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Réalité numéro 125 du mercredi 9 février 2005

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Réalité numéro 125 du mercredi 9 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Réalité du développement humain
  4. Les coups bas d’Ali Coubba
  5. Droit de réponse
  6. L’Éducation rend sa copie

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 125

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

PAS D’ÉLECTION

SANS NOUS !

La raison d’être d’un parti politique, c’est d’un jour assurer la gestion de la chose publique en accédant au pouvoir par la voie des urnes, grâce aux suffrages librement exprimés en sa faveur par des électeurs ayant rempli leurs devoirs de citoyen responsable. Si une telle banalité se doit d’être aujourd’hui rappelée, c’est parce qu’une proche échéance électorale commande aux partis politiques regroupés au sein de l’UAD de clarifier leur position : espérons-nous gagner lors de la présidentielle qui se profile ? Sans hésiter, nous répondons OUI ! D’où nous vient un tel optimisme ?

Tout simplement du caractère massif et préparé des fraudes par lesquelles nous avons été dépossédés de notre victoire lors des législatives de janvier 2003. L’aspiration au changement, le besoin quasi physique d’en finir avec ce régime rétrograde étant très largement majoritaires, encore faut-il que les mécanismes institutionnels en vigueur garantissent ce droit inaliénable à l’alternance politique. Mais, nous rétorquera-t-on, pourquoi vouloir encore participer en 2005 à une fraude généralisée que vous aviez prévue et dénoncée en 2003 ? Outre le fait qu’un parti n’est digne de ce nom que si et seulement si il peut incarner une alternance crédible et appliquer tout ou partie de son programme, un bref rappel historique s’impose.

C’est contre les manœuvres d’un régime qui n’aurait pas hésité à reconduire la limitation des partis politiques légaux à quatre, qu’une disposition de l’Accord de paix du 12 mai 2001 avait explicitement prévu le multipartisme intégral dès septembre 1992. Comme nous, qui avions patiemment attendu cette échéance, tous les autres partis d’opposition regroupés au sein de l’UAD (le PRD ayant été cloné) sont les enfants de cet Accord : la paix ne peut exister sans une totale ouverture démocratique par des réformes dont les trois autres volets étaient l’accès à la nationalité, l’instauration de la Commission Electorale Nationale Indépendante et la réforme du Conseil constitutionnel.

Mais, se demandera encore l’honnête citoyen, pourquoi avoir participé dans ces conditions frauduleuses aux dernières législatives, puisque ces aspects et beaucoup d’autres dont la Décentralisation, ont été violés par le chef de l’Etat, actuel candidat solitaire avec tambours et trompettes ? Pour deux raisons essentielles, toutes au service de la paix et de l’instauration d’un Etat de droit. La première, c’était l’assurance que, malgré les fraudes que tous prévoyaient, nos concitoyens devaient être mobilisés autour d’un véritable projet de société dépassant la seule personne des leaders et proposant l’indispensable ébauche d’une identité djiboutienne encore à construire. La seconde, c’était l’intime conviction que ces fraudes ne constituant qu’une nouvelle et récurrente dimension de la violation d’un accord de paix, il nous fallait impliquer le plus grand nombre (ce qui ne signifie pas prioritairement ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale) : pas de paix sans démocratie et pas de démocratie sans paix.

Et maintenant ? Les leçons du 10 janvier 2003 ont été retenues par tous : par nos concitoyens qui ne veulent pas être mobilisés sur de faux espoirs de changement, par l’UAD qui ne tient pas à participer à la énième édition d’une compétition électorale truquée d’avance. Préférant moins que d’autres le chaos au changement, l’UAD a formulé des propositions claires et raisonnables afin que la prochaine consultation électorale puisse se dérouler dans des conditions à même de garantir une compétition équitable et transparente, en bref le respect du verdict des urnes, en amont et en aval. Elles sont sur le bureau du candidat-chef de l’Etat.

Alors, de deux choses l’une. Soit le régime, en fait le candidat du pouvoir, accède à nos demandes, auquel cas le vaincu sera celui dont les promesses et surtout le bilan auront été désavoués par une majorité librement exprimée de citoyens égaux et responsables, pour peu que l’égalité et la responsabilité leur soient accordées. Soit le régime refuse de garantir la transparence électorale en reconduisant une machine à frauder qui a déjà fait ses preuves auparavant, auquel cas il n’y aura pas d’élection du tout.

A chacun d’assumer ses responsabilités : les nôtres nous interdisent de cautionner l’illégalité. Et, s’il est écrit que nous devions en passer par là, il ne sert absolument à rien d’hésiter ! Parce qu’en matière de farce électorale, il n’y a qu’un seul dindon : le Peuple. Et cela, nous ne pouvons le tolérer, car il s’agit de juste faire croire à l’existence d’une démocratie qui n’existe pas. Peuple auquel l’UAD donne rendez-vous vendredi prochain à partir de 15 heures à l’Avenue Nasser.


Brèves nationales

Convention de l’UMP :

Investiture ou imposture ?

« Plus de 7.000 militants ont répondu présents au rendez-vous du meeting de l’Union pour la Majorité Présidentielle marquant la convention des quatre formations politiques dont le RPP, le FRUD, le PND et le PSD ».

Ainsi s’extasiait notre confrère gouvernemental « La Nation » dans son édition de jeudi dernier. Le journal gouvernemental n’a pas fait dans la nuance en rapportant l’évènement dont nous avions annoncé par avance, au vu des préparatifs, une couverture exceptionnelle par les médias du pouvoir. Le régime n’a pas lésiné sur les moyens (publics) pour donner l’illusion d’une popularité qu’il n’a jamais eue. En vue de ratisser large, plusieurs milliers de cartons d’invitation ont été effectivement confectionnés.

De leur côté, les bonimenteurs du régime ne se sont pas gênés pour les distribuer à tout va, allant jusqu’à menacer de représailles certains commerçants ou fonctionnaires qui oseraient bouder cette soirée d’imposture.

Selon nos informations, ce seraient au total quelque 2.000 personnes, dont une grande partie a été réquisitionnée, qui auraient fait le déplacement à l’ancien Club Hippique sur le boulevard Guelleh Batal (coïncidence ?).

Les observateurs ont relevé que nombre de réquisitionnés mécontents et fatigués ont commencé à s’éclipser à partir de 21 h 30mn. Après les animations culturelles dignes des sombres périodes du parti unique et les discours des dirigeants enlisés des partis de la mouvance, ce fut au tour du candidat solitaire de monter sur le podium.

A cette heure tardive, plus de la moitié des figurants était déjà partie. Ce qui n’a pas empêché le candidat unique de se fendre d’un hypocrite discours de plus d’une demi heure.

Dans cette grande causerie, tenue ex-cathedra, le docteur honoris causette est revenu sur la paix : « il a ainsi évoqué les efforts en faveur de la restauration de la concorde civile et l’unité nationale … La paix des braves scellée en mai 2001 lors de la signature d’un accord cadre entre le gouvernement et les rebelles du FRUD a mis un terme à un conflit fratricide ».

La plume commanditée de « La Nation » omet bien sûr de préciser la date réelle de cet accord de paix, comme la tendance du Frud qui en est signataire et sans oser rappeler la durée de ce conflit fratricide que même l’actuel candidat solitaire avait lui-même qualifié le 12 mai 2001 au Palais du Peuple : « des dix années les moins glorieuses de notre histoire ».

Ce rappel historique étant fait, il faut reconnaître que cette soirée d’imposture a été une réussite technique à défaut d’être politique. En premier lieu, saluons l’exploit des TP qui, pendant plus d’une semaine, ont mis les bouchées doubles en temps et en matériel mobilisé pour viabiliser le lieu du meeting. On aimerait bien que le ministère de l’Equipement et des Transports mette un même zèle à réhabiliter les routes défoncées de la capitale. Enfin mention spéciale pour l’équipe de retransmission de la RTD et celle du studio présidentiel qui ont su nous présenter une convention d’investiture ni démocrate ni républicaine, car financée sur les deniers publics. Rappelons que ce spectacle faisait penser à Disneyland.

Ce pitoyable gâchis aura tout de même coûté plusieurs millions de nos francs au contribuable djiboutien. Le vide continue de vider les caisses de l’Etat. Jusqu’à quand ? Pour le reste, qui vivra verra.

*

Centre informatique de Tadjourah :

6 sur 10 ?

Suite à notre brève relative à l’inactivité du centre informatique de la ville blanche géré par l’AFT (Association des Femmes de Tadjourah), nous apprenons avec satisfaction cette semaine que 6 ordinateurs sur la dizaine reçue (où sont passés les quatre autres ?) seraient effectivement branchés depuis quelques jours.

Seul bémol : le local réservé à ces équipements serait peu fonctionnel et la direction de ce centre exigerait le paiement préalable d’une somme de 3.000FD aux scolaires et 5.000FD à tout jeune chômeur désirant s’initier à l’outil informatique. Au secours, les bailleurs de fonds national ! Autrement dit, le candidat richissime mais solitaire.

Quant à la connexion Internet, ce sera pour plus tard : quand les plants de khat et de café du jardin présidentiel du Day ne seront pas prioritaires pour le développement économique de la région. A suivre…

*

Etudiantes djiboutiennes à Dakar :

Djibouti ne répond plus ?

En octobre dernier, une dizaine de jeunes étudiantes djiboutiennes ont été envoyées au Sénégal pour suivre des études universitaires dans les facultés réputées de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Au moment de leur départ, les jeunes filles djiboutiennes ont bénéficié d’un billet d’avion et d’une somme de trente mille francs chacune. Depuis, le ministère de l’Education nationale n’aurait plus rien envoyé à ces étudiantes qui survivent là-bas dans des conditions difficiles et demeurent toujours à la charge de leurs familles respectives.

Pourtant, le régime clame toute honte bue que l’Education nationale et la jeunesse constituent ses priorités. Pas plus tard que samedi soir, le candidat solitaire affirmait dans un démagogique discours prononcé à la « convention » : « seuls des jeunes fiers de leur identité et confiants en eux-mêmes ainsi que des responsables n’abusant pas de leur pouvoir sont les meilleurs garants pour construire une République forte et indépendante ».

Pour l’heure, force est de déplorer que les étudiants djiboutiens à l’étranger soient ainsi abandonnés par le pouvoir de tous les abus.

*

Campagne présidentielle :

Le Trésor occulte n’y suffit plus

Le candidat solidaire a beau engranger un trésor de guerre censé assurer sa réélection, les fonds publics accumulés à cet effet lui paraissent toujours insuffisants tant ses besoins et dépenses restent énormes. Ainsi, il se murmure dans les cercles dirigeants dont les membres alimentaires s’entredéchirent, que la mise en route d’un nouveau programme de financement ayant pour but de renforcer la machine électorale gouvernementale serait sur pied.

C’est semble-t-il la raison pour laquelle le régime aurait récemment vendu à un particulier membre d’un parti de la mouvance, la cargaison de riz débarquée le 8 janvier dernier et provenant de l’aide alimentaire japonaise au peuple djiboutien. Selon des informations concordantes, ce riz japonais écoulé au prix fort sur le marché local devrait rapporter une centaine de millions de nos francs aux caisses du régime. Par ailleurs, il serait également question de mettre en vente la résidence de notre Ambassadeur dans une capitale européenne, celle-là même que l’actuel candidat solitaire avait inauguré en grandes pompes il y a plus de deux ans.

Dans cette affaire, si « Réalité » pouvait se permettre une suggestion, ce serait celle-ci : il serait préférable de mettre en vente la modeste villa de notre Ambassadeur à Washington, qui rapporterait une coquette somme. Mais nos financiers savent que le dollar continue son repli face à l’euro.

Alors, que faire ? L’argent permet d’acheter des voix, certaines consciences fatiguées, mais pas tout. N’en déplaise aux cupides qui affament leur peuple.

*

Manifestation anti-française avortée :

Détente nerveuse ?

Au plus fort de l’escalade anti-française, le pouvoir avait convoqué pour le 28 janvier dernier une manifestation populaire « spontanée » devant la résidence de l’Ambassadeur de France. Ce jour là, le régime avait dès 6 heures du matin positionné des forces de police chargées de contenir la marée humaine attendue.

Pour des raisons que les organisateurs patentés n’oseront jamais avouer, l’appel est resté ignoré. Pas un seul « jeune patriote » version locale n’est venu se frotter aux grilles de cette résidence côté zone portuaire sud où devait avoir lieu ce rassemblement. Il est vrai que la veille au soir, la vigilance française en a découragé plus d’un. Certains djiboutiens n’hésitent pas à établir le parallèle entre l’échec cuisant de cet appel à manifester et la tenue intra muros et intime d’une pseudo convention d’investiture. L’imposture finit par lasser sérieusement.

Ce que n’a pas compris le candidat solitaire qui, évoquant maladroitement ses relations avec l’ancienne métropole, s’est exclamé à la « convention » samedi dernier : « s’il existe des gens ou des Etats désireux de nous discréditer à travers des affaires dont nous n’avons rien à voir, qu’ils sachent que nous ne ferons aucune concession en ce qui concerne nos droits et notre souveraineté ».

De son côté, une veuve déterminée et confiante en la justice indépendante de son pays, dit à peu près la même chose. Une belle empoignade en perspective !

*

3ème anniversaire de la Garde présidentielle :

Les figurants en première ligne

La toute récente unité dévolue corps et âme à la défense du chef de l’Etat et de sa famille, a fêté le week-end dernier le troisième anniversaire de sa création. Cette milice clanique est particulièrement choyée par le frileux candidat unique.

Pourtant, ce dernier n’a même pas assisté à la fête de cette garde prétorienne organisée dans l’enceinte du camp Omar Aline, sis sur la route de Boulaos menant à Haramous. Le chef des Armées a préféré déléguer à cette cérémonie deux figurants de son gouvernement, en l’occurrence le Premier ministre et le ministre de la Défense, qui étaient les moins qualifiés pour s’adresser à un corps ne relevant que de la Présidence.

Autre curiosité protocolaire : l’ambassadrice des Etats-Unis a été chargée de remettre des médailles à certains officiers distingués. Pourquoi ? Quoi qu’il en soit, les observateurs ont noté l’absence de l’ambassadeur français, alors que les officiers des FFDJ étaient présents. A-t-il préféré bouder cette cérémonie ?

Tant mieux s’il a compris!


BONNE ET HEUREUSE

ANNÉE 1426

A l’occasion du Nouvel An musulman Muharram 1426, l’UAD et la Rédaction de « Réalité » souhaitent aux Djiboutiens et aux Musulmans du monde entier une bonne et heureuse année. Que cette nouvelle année soit pour le Peuple Djiboutien celle de la paix, de la réconciliation et de l’alternance démocratique.

L’UAD invite tous ses militants et sympathisants, ainsi que les Djiboutiennes et Djiboutiens souhaitant le changement démocratique, à assister massivement à son grand meeting sur l’élection présidentielle, le vendredi 11 février 2005 à partir de 15 heures devant le siège de l’UDJ à l’avenue Nasser.


Réalité du développement humain

Nous avions consacré le mois dernier une série d’articles au rapport général public de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, qui démontrait clairement que notre pays est tout sauf un Etat de droit. Le Rapport National sur le Développement Humain pour 2004, le deuxième du genre après celui de 2002, publié par le PNUD, est tout aussi accablant pour le gouvernement.


Apparu en 1990, le concept de développement humain, parce qu’il considère les individus comme les bénéficiaires des politiques du bien-être social et non comme de simples maillons du processus de production, est un meilleur outil d’analyse que les théories classiques. Celles-ci considèrent les chiffres froids de la croissance économique se rapportant à l’augmentation du PNB, l’équilibre budgétaire ou les taux d’inflation et sur la base desquels les institutions de Bretton Woods accordent ou non des prêts conditionnés par la privatisation tous azimuts du secteur public, comme si c’était une panacée.

Le rapport mondial sur le développement humain de 1995 a retenu trois indicateurs : l’IDH (Indicateur de Développement Humain), l’ISDH (Indicateur Sexo-spécifique de Développement Humain) et l’IPH (Indicateur de la Participation des Femmes), pour mesurer le développement humain. Lequel s’articule autour de quatre pôles :

– la productivité,

– la justice sociale devant éliminer tous les obstacles entravant les potentialités économiques et politiques de manière à permettre aux individus de jouer un rôle actif dans la société et tirer parti de ces potentialités,

– la durabilité en assurant le renouvellement de toutes les formes de capital (matériel, humain et naturel) et enfin,

– le contrôle des personnes, les individus devant être des acteurs du développement, participant aux processus de prises de décisions, qui décident du cours de leur vie.

Pour en finir avec la méthodologie qui a conduit à l’élaboration de ce document indispensable en ce qu’il enrichit et complète les données statistiques officielles, rarement fiables, saluons l’idée originale et enrichissante de la « caravane de développement humain » qui, en sillonnant l’ensemble du pays et en allant au contact des populations, a permis à celles-ci de participer à la production de ce document.

Les salamalecs d’usage qu’impose la bienséance protocolaire sitôt expédiés, le document pour l’année 2004 entre dans le vif du sujet, dressant un état du développement humain. Il constate que « Djibouti se caractérise actuellement par des indicateurs sociaux en dessous des normes des pays en développement à faible revenu et des pays arabes, avec un PIB par tête d’habitant estimé à 890 dollars et un indicateur de développement humain de 0,462 (0,445 en 2002) qui le classe à la 153ème place dans le classement mondial sur un total de 175 pays. »

Le PNUD définit la pauvreté comme étant relative lorsque la dépense journalière d’un adulte est inférieure à 3 dollars US et la pauvreté extrême lorsque le seuil de cette dépense tombe à moins de 1,8 dollars US par jour. Les efforts des pouvoirs publics pour redresser une désastreuse situation économique entre 1996 et 2002, ont permis d’obtenir des résultats macroéconomiques jugés satisfaisants.

Mais, au cours de la même période, la détérioration des indicateurs sociaux s’est particulièrement accélérée, comme l’ont démontré les enquêtes djiboutiennes auprès des ménages (EDAM-IS 1 et 2, financées par la Banque Mondiale et le PNUD) : la pauvreté relative touchant 74,4% de la population en 2002 contre 45,1% en 1996 ; tandis que la pauvreté extrême est passée de 9,6% en 1996 à … 42,2% en 2002 ! La caravane constatant que « la pauvreté frappe les quartiers périphériques et les zones rurales montrant ainsi l’exclusion spatiale touchant les couches vulnérables de la population que sont les jeunes et les femmes, preuve de la marginalisation sociale. »

Pointant le chômage et la centralisation administrative et économique comme causes et déterminants de la pauvreté qui s’est accélérée en même temps que le redressement du taux de croissance entre 1996 et 2002, les clairvoyants rédacteurs de ce document concluent que, pour y remédier, « il faudrait par conséquent, en attendant le retour d’un taux de croissance soutenu, œuvrer au plus vite en faveur des régions, notamment en activant le projet de décentralisation administrative et économique, voire politique. » Tout est dit.

Même aussi explicitement formulée et même si ce gouvernement nous donnera l’occasion d’en reparler, la décentralisation mérite que l’on s’y attarde quelque peu. Inscrite dans la Constitution, elle est toujours reportée aux calendes grecques. Prévue par l’Accord d’Aba’a, elle a été inappliquée. Elle constituait le volet le plus important des Accords de paix signés avec le FRUD-armé en 2000 et 2001. Restée inappliquée, elle a été plus gravement violée.

Tous les partenaires impliqués dans le développement de notre pays (Etats et Organisations) ayant toujours été et demeurant disposés à accompagner et soutenir financièrement cette nécessaire et indispensable réforme, les difficultés pécuniaires invoquées par le gouvernement pour la retarder sont un prétexte fallacieux. La raison de son inapplication est essentiellement politique, le régime cherchant préalablement à sa mise en œuvre à déstructurer les fondements socio-juridiques structurant la société semi-nomade de l’arrière-pays.

L’attestent la maladroite tentative d’acquisition de la concession du Day, où le docteur honoris causa tente d’acclimater le khat ; la dénaturation et la violation du projet de loi organique portant décentralisation, adoptée en Conseil des ministres, par une Assemblée de mal élus au prétexte de sa souveraineté et, plus récemment et gravement sournois, le projet de loi sur l’agropastoralisme, que nous avons dénoncé.

Nous savons de source sûre que tous ces projets attendent, pour être exhumés, la réélection du candidat en campagne à sa propre succession, que nous mettons en garde : ces projets scélérats trouveront en l’ARD un irréductible adversaire, qui empêchera leur réalisation par tous les moyens. Ces entraves politiques au développement humain harmonieux expliquées et dénoncées, nous vous proposons d’examiner avec nous ces données comparées de développement humain.

Nous reviendrons la semaine prochaine sur les conclusions de ce très riche rapport, mais l’examen de ces données statistiques démontre clairement, s’il en était encore besoin, que malgré ses importants atouts le peu enviable classement de notre pays est essentiellement dû à la mauvaise gouvernance.

Comment expliquer autrement qu’avec dix fois plus d’Aide publique au Développement par tête d’habitant que nos voisins immédiats, le taux de croissance du PIB par habitant soit ici négatif ? Comment expliquer, autrement que par l’injuste redistribution des richesses et les choix politiques et budgétaires irrationnels, l’aggravation des inégalités et de la pauvreté extrême durant la même période qui a vu un taux de croissance positif avec le boom des activités portuaires et la rente des présences militaires étrangères ?

Mauvaise gouvernance aggravée par le caractère délibéré des violations (consignées dans le Journal officiel) des lois et règles fondant la coexistence pacifique dans un Etat. Inaccessible parce que ne voyant et n’écoutant que ses obligés et griots, dont le plus obséquieux semble être notre confrère à prétention intellectuelle « Balbala », le candidat solitaire à sa propre succession donne l’image d’un paon malvoyant et malentendant avançant en terrain marécageux. Plus dur sera le réveil.

Développement humain, pauvreté humaine et pauvreté monétaire.

Quelques éléments de comparaison internationale

Source : PNUD. Rapport mondial sur le développement humain. 2002

Source : PNUD. Rapport mondial sur le développement humain. 2002


Les coups bas d’Ali Coubba

Uguta/Toosa : c’est sous cette appellation qu’un nouveau mouvement politique est né le mois dernier en Europe. Animé par M. Ali Coubba, il se place résolument dans le camp de l’opposition. Si nous ne pouvons que saluer l’engagement militant de la diaspora djiboutienne en général et d’un allié démocrate en particulier, nous sommes toutefois au regret de prendre quelque distance, à la lecture de la présentation qui en est donnée sur le site www.uguta.org, auquel nous renvoyons nos lecteurs internautes pour plus amples informations.


A l’occasion du premier anniversaire de son accession à la magistrature suprême, l’actuel chef de l’Etat avait brièvement évoqué ce qu’il pensait des exilés djiboutiens : beaucoup de mal. Pour lui, ils ne seraient que des enfants ingrats, préférant trahir leur patrie au profit d’une mesquine amélioration ailleurs de leurs conditions matérielles d’existence. Un tel mépris est somme toute bien compréhensible : ce sont trop souvent l’étouffement des libertés et l’absence de perspectives d’avenir qui expliquent l’exode de nos concitoyens.

Le président du nouveau mouvement politique Uguta (Toosa) en sait quelque chose. Sauvagement torturé par la police politique en août 1990 au prétexte d’un tract dénonçant les collusions entre les régimes djiboutien et irakien, les causes de son exil sont directement imputables aux actions néfastes d’un ancien chef de cabinet aujourd’hui devenu chef de son cabinet.

Parce que la dignité interdit d’oublier les sacrifices consentis et les persécutions endurées, Ali Coubba n’a jamais faibli dans sa détermination à combattre ce régime. En connaissance de cause, il en parle sans détour : « Dans notre pays, le chef de l’Etat ne respecte ni les lois ni la Constitution nationale. Notre combat vise donc à éradiquer la classe politique actuelle dont Ismaël Omar Guelleh est la caricature absolue et répugnante. » lit-on dès l’introduction.

C’est la continuité historique d’un engagement initié, apprend-on, dans le cadre de « l’Alliance des forces pour la démocratie (A.F.D. : Ali Coubba) entre 1988 et 1992, date à laquelle les militants de ce mouvement ont préféré rejoindre individuellement le FRUD…) Des noms auraient été les bienvenus, car nous regrettons, sans nullement nous sentir concernés, que ce sigle AFD ne soit connu que de rares initiés indétectables même au microscope !

Après avoir défini en cinq principes la démocratie qu’il souhaite voir s’instaurer à Djibouti, ce mouvement se fixe les objectifs suivants :

– conquérir la diaspora djiboutienne installée en Europe, aux Etats-Unis et au Canada ;

– nouer des relations avec les partis politiques et les organismes internationaux qui luttent dans le domaine des droits de l’homme ;

– participer activement à l’information, à la sensibilisation de la population djiboutienne sur la campagne présidentielle prévue pour l’année 2005.

En attendant d’obtenir sa légalisation ici, Uguta (Toosa) souhaiterait enfin « servir de vitrine politique à l’Opposition intérieure, en relayant son combat sur le plan international. » Merci pour cette touchante attention mais, même modeste, nous avons déjà notre propre « vitrine » à l’étranger. Le problème est malheureusement là : si nous souscrivons à ses analyses sur la nature despotique du régime en place, nous regrettons cette posture d’ « entrepreneur de la 25ème heure » consistant à dénigrer toute forme d’opposition nationale pour justifier son positionnement… tardif.

« La création de Uguta s’imposait d’elle-même pour défendre les intérêts de tous les Djiboutiens et Djiboutiennes –cette majorité silencieuse- qui ne se reconnaissent ni dans le régime qui les considère moins que terre, ni dans le mutisme de l’opposition complaisante qui devient aphone dès qu’il s’agit de défendre la vraie cause du peuple. »

Le tout est dit le plus sérieusement du monde : c’est peut-être à cause de l’éloignement géographique que ce mouvement n’a pas pu prendre la juste mesure de l’énorme adhésion populaire suscitée par l’UAD lors des législatives de janvier 2003.

Dans la justification de sa nécessité historique, la présentation du mouvement ne fait pas dans la dentelle, puisqu’il se positionnerait « face à l’opposition de façade atrophiée (chacun se reconnaîtra) qui est aux abonnés absents, dont la véritable philosophie est « chacun pour soi » et qui guette des hypothétiques miettes qui pourraient glisser de la bouche de IOG. On ne peut malheureusement que constater au jour d’aujourd’hui qu’une fraction de l’opposition djiboutienne, non seulement ne remplit pas sa tâche, mais elle est à la remorque de IOG dont elle attend un renvoi d’ascenseur. Attendu qu’on a rien en commun avec cette opposition, il est urgent et vital pour le salut du peuple djiboutien de proposer des hommes et des femmes de Uguta (Toosa) capables d’apporter un changement profond dans le paysage politique de la république de Djibouti.»

Alors, de quelle opposition intérieure ce mouvement souhaite-t-il devenir la vitrine internationale ?

Seule l’inexpérience fait croire que la virginité est toujours un gage de fidélité. C’est ce qui amène ce mouvement à dénoncer « la présence d’une classe politique, hier complice du régime de parti unique de Hassan Gouled et qui se réclame aujourd’hui de l’opposition, ce qui gêne la visibilité des mouvements démocratiques. En même temps, ces partis politiques et la promptitude avec laquelle leurs dirigeants apportent leur caution au dictateur en place, ne facilitent pas le travail de sensibilisation et de dénonciation du régime. Ces revirements… parasitent le travail de véritables démocrates. »

Sidérant ! Sachant que dans les quatre partis regroupés au sein de l’UAD, il y a au moins un responsable à avoir connu la prison de Gabode, prétendre qu’ils seraient tous dans un starting-block prêts à bondir à la première offre d’achat (ou de rachat) du régime, c’est accessoirement mal cerner les ressorts de chaque engagement et tout simplement mépriser les souffrances endurées par autrui. Ce qui est grave lorsque l’on a été soi même emprisonné et torturé.

Alors, aux côtés de quel parti d’opposition le mouvement Uguta (Toosa) veut-il s’engager lors de la prochaine présidentielle « dans le but de faire des propositions concrètes » ? Il convient de ne pas confondre vitesse et précipitation : la hâte dans le positionnement ne doit pas passer par le dénigrement systématique et irresponsable du camp que l’on prétend rejoindre.

Mais, parce que nous sommes persuadés qu’il n’y a pas de nouvel électorat à conquérir ici, demandons-nous sur quelles terres ce nouveau mouvement compte chasser, lui qui s’affirme volontiers d’une «opposition qui sache s’opposer à IOG, représenter une force d’alternance et qui possède un vrai projet politique et la volonté de le mettre en œuvre en dépassant les clivages partisans et les intérêts tribaux. »

La réponse est à chercher dans la page en langue afar, dont nous traduisons le point essentiel : « Vous voyez tous de vos propres yeux ce qu’est devenu le FRUD. Petit à petit, ses responsables ont fini par soutenir le régime. » Telle est, nous semble-t-il, le véritable objectif d’Uguta, auquel Toosa ne serait qu’un faire-valoir linguistique parce que tribal : séduire tous les déçus de la paix d’Aba’a. C’est pour cela que, pour lui comme pour les signataires de cette paix qui a effectivement tant déçu, le conflit civil a pris fin en 1994. C’est peut-être pour cela qu’il n’évoque pas la violation de l’Accord de paix du 12 mai 2001. Silence qui ne déplaîra certainement pas au régime.

Encore une fois, c’est peut-être l’éloignement géographique qui l’a empêché de voir les dizaines de milliers de citoyens qui ont accueilli ici la délégation du FRUD-armé, après la signature de l’Accord-cadre du 7 février 2000.

C’est dommage, car il a raté le plus important : la consolidation de la paix et la réconciliation nationale mobilisent plus et plus durablement que tous les discours sur les droits de l’homme et la relève des générations. Tout ceci, sans rien enlever à la détermination des membres de ce mouvement.


Droit de réponse

Notre brève de la semaine dernière, consacrée aux préparatifs d’un pélérinage à Obock, sponsorisé par le régime, nous a valu ce droit de réponse ci-dessous.

Au nom du droit de réponse qui s’impose en vertu de la liberté d’expression, je vous prie de bien vouloir publier le texte suivant. Nous avons beaucoup d’estime pour votre journal. C’est pourquoi il nous est difficile de l’accuser de subjectivité scandaleuse. Cependant, grande fut notre surprise lorsque parurent les quelques lignes relatives à un prochain pèlerinage à Obock.

Elles nous ont profondément touchés car vous y insinuiez que nous étions proches de l’actuel régime, qui nous utiliserait à des fins partisanes pour bientôt célébrer cette cérémonie à Obock.

Or, vous semblez ignorer le fait que ce pèlerinage sur la tombe de Cheik Bourhan s’effectuait depuis très longtemps et qu’elle avait été interdite avec l’accession de notre pays à l’indépendance et l’arrivée de quelques prestigieux religieux d’obédience wahhabite. Les informations qui vous ont été transmises sont absolument fausses et infondées : il se pourrait même qu’elles émanent de personnes malintentionnées cherchant à semer la zizanie et troubler la cérémonie qui est sur le point de retrouver son importance d’antan.

Tous ceux qui sont habilités à l’officier l’ont toujours soutenue, de génération en génération, indépendamment de toute influence extérieure et de tout parrainage partisan. Il est donc de notre devoir de vous le rappeler, afin d’apporter à vos propos les rectificatifs qui s’imposent.

M.A.H.


COMMENTAIRES

Le pouvoir spirituel fait rarement bon ménage avec le pouvoir temporel, sauf quand il s’est agi pour le premier de cautionner le second, quelle que soit la religion. Et, quel que soit le caractère forcément sujet à réticences, de nos informations, nous pensions avoir été assez clairs dans notre brève de la semaine dernière. Le pèlerinage programmé sur la tombe de cheik Bourhan est une initiative du régime et financé par lui.

C’était tout : votre droit de réponse ne nous contredit pas sur ce point. D’autre part, nous n’avions pas remis en cause la légitimité religieuse de ce genre de pèlerinage sur la tombe d’un saint homme, quoi que même celle du Prophète (PSL) n’a jamais fait l’objet d’une telle vénération.

Ceci pour rappeler, mais vous le savez peut-être, que la tombe d’un certain Abu Yazid est fréquemment visitée au Day, alors qu’il est tranquillement mort chez lui à Bistam, en Iran. Or, en matière de pèlerinage, ce sage a laissé à la postérité une puissante maxime, que l’on retrouve dans ses « Dits » : «Mon Dieu, les créatures sont à Toi ; Tu es leur propriétaire ; qu’ai-je à m’interposer entre vous, n’était-ce l’insouciance ? » Le fait de se recueillir sur la tombe d’un saint homme pour y implorer Allah, n’est-ce pas une forme d’intercession que récusait Abu Yazid Al Bistami ?

Pour le reste, comme le dit un proverbe du coin, « la bouche qui a prié ne peut en même temps maudire ». Or, prier en ayant bénéficié pour son transport de deniers publics détournés (car tout ce que ce régime qui n’accorde même pas une évacuation sanitaire aux malades ou aux parturientes, mobilise pour sa promotion partisane constitue un vol au détriment de l’intérêt général), c’est de notre point de vue se rendre complice d’un délit. D’autant plus grave que l’on se trouve dans le domaine religieux.

Enfin, ce ne sera pas la première fois que le régime aura recours au surnaturel pour manipuler les consciences : l’on se souvient des moutons égorgés en sacrifice pour que les générateurs de l’EDD se remettent miraculeusement à fonctionner !


L’Éducation rend sa copie

Bilan : Illettrisme et Chômage

A deux jours de la tenue du Forum-bilan qui devait clôturer la tournée des districts de l’Intérieur sur la « Réforme de l’Ecole », le Ministre chargé de l’enseignement a, par souci de transparence, jugé utile de nous adresser, pour information seulement, trois exemplaires des résultats de l’action engagée après les Etats Généraux de l’Education organisés à la fin de l’année 1999. Alors que nous avions publié, dès réception il y a de cela quelques mois un droit de réponse émanant de ce ministère, c’est tardivement que nous avons reçu son Livre-bilan. Nous le remercions quand même pour ce geste. Il n’empêche, toutefois, que cette initiative ministérielle ne modifie en rien notre position vis-à-vis de la politique démagogique du gouvernement. C’est pourquoi, à partir de ce numéro, nous vous proposons une série d’articles sur l’action de ce département, avec nos analyses et propositions sur l’état actuel de l’enseignement dispensé à nos progénitures et les perspectives réelles pour les générations futures ; celles d’aujourd’hui subissant les effets de l’échec scolaire dont le chômage et l’illettrisme.


Après son périple régional, le Forum « volant » animé par le Ministre en charge de l’Education a fini par atterrir pour sa clôture, aux fins d’une campagne électorale, chez son génie géniteur, le candidat solitaire. L’ambiance de la cérémonie de clôture a bien entendu été à la hauteur de l’échec du programme édicté par les Etats Généraux de l’Education, dont le coût financier a été le plus important sous l’actuel mandat de son concitoyen d’origine.

Résumée dans un Livre-bilan d’une qualité exceptionnelle et tout en couleur (document auquel nous attribuons d’ailleurs une note honorable de 17/20, seulement pour son aspect purement esthétique), l’action du ministère de l’Education est certainement d’un grand intérêt national. Raison pour laquelle, ce Livre-bilan est une pièce de collection rare qui trouvera, certainement dans les jours prochains, une place à la mesure de son succès « au musée » des échecs politiques du régime. La principale richesse de ce recueil réside donc dans son aspect physique, suggérant l’importance de l’investissement financier consacré à la production de ses cent quatre-vingt pages.

Une première impression à laquelle s’ajoute la place accordée au mariage intelligemment réussi entre le texte et les photos dont vingt neuf clichés ont été consacrés au Superministre contre dix-sept à son Guide Suprême. Les enseignants, les parents et surtout les premiers concernés que sont nos enfants n’ayant récolté qu’entre douze et dix-sept poses.

Certainement que l’investissement engagé dans la confection de cette brochure de campagne en milliers d’exemplaires sur papier glacé, dépasse outrageusement la réhabilitation de l’école de Médého qui n’a coûté qu’un million francs Djibouti déboursé par les FFDJ. La corvée qu’est la réhabilitation des établissements scolaires s’avérant nécessiter un engagement financier et humain sans aucune retombée, ces travaux ont, comme il se doit, été confiés aux forces étrangères présentes sur notre sol. Leur concours, dit-on plus haut, est normal compte tenu de l’exceptionnel terrain d’entraînement pacifié mis à leur disposition par l’ingénieux bradeur et ses intermédiaires.

Dans ce même ordre d’idée, l’énorme contribution des Américains à l’Education nationale à travers la distribution de kits scolaires à la rentrée comme la fourniture d’équipements et autres matériels de formation comme l’outil informatique à nos progénitures, constitue un des éléments majeurs dans la lutte contre le terrorisme international. Il se dirait dans les arcanes du pouvoir que contribuer à l’Education de nos enfants c’est prévenir, c’est conscientiser les jeunes, à la base, pour mieux lutter contre ce danger international. Peut-être ! Mais il est regrettable que le geste des Américains ait été quelque peu détourné de sa gratuité, puisque les dons de matériels scolaires ont transité en partie par des boutiques privées avant d’arriver à leur destination finale : les écoliers. A ce chapitre, la contribution du ministère est nulle, donc une note de 2/20 lui est attribuée : peut mieux faire. Dispose d’une capacité financière importante, mais n’investit pas dans les créneaux porteurs pour un développement durable du pays !

A la matière « vivres, bourses, transport et conditions de travail », le concepteur de la réforme comme le chef de chantier n’auraient pas ménagé leurs efforts en faveur des nos enfants du milieu rural, de nos étudiants à l’étranger comme de nos enseignants. En effet, sollicitant un secours familial (pour ceux dont les parents perçoivent normalement les salaires) nos étudiants à l’étranger et nommément au Sénégal souffrent de précarité, les bourses se faisant attendre.

Dans les districts de l’Intérieur, les élèves des zones rurales subissent le même sort que leurs frères et sœurs partis étudier à l’étranger. Les cantines scolaires alimentées par l’aide du PAM sont curieusement vides et les restaurants qui devaient servir les repas à nos enfants dans les chefs-lieux n’ont pas été payés depuis longtemps par la Présidence.

Physiquement et psychiquement affectés par l’irresponsabilité voulue du ministère de l’Education nationale dont les errements sont couverts par la Présidence, ces enfants resterons-ils les « damnés de notre terre » ?

Quant au corps enseignant, rescapés des actions syndicales durement réprimés au milieu des années 1990, rejoints depuis par d’autres formateurs susceptibles de combler le déficit né de l’exil forcé de nombreux enseignants, leurs conditions de travail demeurent pitoyables : des classes surchargées, des avantages supprimés, des salaires en retard, des mises à niveau délaissées, etc.…

Mal-vivre qui explique la multiplicité des grèves, aggravé par les troubles dans les établissements scolaires : l’autorité se perdant, la maïeutique s’accouche au forceps.

Au génie donc : une note de 0/20 pour cette matière pluridisciplinaire. Un chapitre qui relève de cette mauvaise gouvernance dont les effets se font cruellement sentir en matière d’Education.

Décision du conseil national de fin de mandat : n’est pas apte à continuer. Orientation : Vie active. Attention au chômage ? La bête dévoreuse de nos jeunes !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 124 du mercredi 2 février 2005

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Réalité numéro 124 du mercredi 2 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Un fantôme dans la réalité
  4. Polar franco-djiboutien
  5. L’homme qui défie à nouveau Paris
  6. Courrier des lecteurs
  7. Intikhaab : puisse ce bébé grandir !

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 124

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES :

TOLÉRANCE ZÉRO !

Il y a comme cela des domaines où, par-delà les clivages partisans, un consensus devrait se dégager pour ensemble promouvoir le bien-être de nos populations. La lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) est l’un d’eux, actuellement sur le devant de l’actualité. Blessures physiques et psychologiques loin d’être uniquement symboliques, l’éradication de ces pratiques barbares nécessite une prise de conscience et une vigilance quotidienne de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Quotidienne étant donné qu’il naît des filles tous les jours, dont beaucoup sont aussitôt excisées et infibulées, en toute impunité, malgré les dispositions légales en vigueur. Car, en la matière, une tradition sédimentée donne trop facilement une bonne conscience religieuse qu’il faut à tout prix déstabiliser, déranger. Preuve parmi d’autres que l’on ne change pas une société par décret, c’est tout un travail de sensibilisation qui doit être mené, en permanence.

Sur le long terme, il est bien évident que l’élévation du niveau d’instruction, spécialement chez le genre féminin, se traduira par un abandon progressif de ces mutilations. D’ores et déjà, le caractère barbare de leur prégnance varie considérablement selon ce niveau d’études : plus intolérable dans le milieu rural essentiellement illettré.

Pour l’heure, sur le court terme, c’est sur l’illégitimité religieuse des MGF que les messages de sensibilisation doivent insister. C’est dire combien la contribution des autorités religieuses est décisive dans ce juste combat. Selon la Constitution de septembre 1992, l’Islam est ici religion d’État : il serait malheureusement plus juste de dire qu’en fait c’est le « clergé » musulman qui est au service du régime.

On se souvient qu’au début du conflit civil, un prédicateur du vendredi appelait solennellement au Djihad contre une composante de la communauté nationale. Au nom de toutes les fillettes injustement et quotidiennement charcutées, on aimerait qu’un même zèle soit mis au service de l’intégrité physique et psychologique d’une personne humaine trop jeune pour se défendre. Pourquoi est-il plus facile d’inciter au meurtre de son prochain que d’inviter au respect de la vie ? Pourtant, l’Histoire est là pour nous enseigner que cette indispensable révolution culturelle n’a rien d’impossible : n’oublions pas qu’avant l’Islam, les tribus de la Péninsule Arabique avaient pour coutume de tuer les fillettes, comme le rappellent les verset 8 et 9 de la Sourate 81.

« Et quand on leur dit ‘Suivez ce qu’Allah a fait descendre’, ils répondent ‘Nous préférons suivre ce que nos ancêtres faisaient avant nous’ quand bien même ce serait le Diable qui les appellerait au châtiment du feu ». C’est bien ce Verset 21 de la Sourate 31 qui explique le conformisme culturel consistant à systématiquement mutiler les fillettes. Car l’excision et l’infibulation n’ont rien à voir avec le Coran : on les retrouve chez des peuples chrétiens de l’Afrique de l’Est comme chez des peuplades animistes d’Afrique de l’Ouest. La seule référence religieuse, cosmogonique en fait, des mutilations génitales scientifiquement attestée, est en réalité pharaonique. C’est le mythe de l’androgynie d’Amon, retrouvé par les ethnologues chez les Dogon : pour que l’humanité se perpétue, il fallait enlever à l’homme ce qu’il y a de féminin en lui (le prépuce) et à la femme ce qu’il y a de masculin en elle (le clitoris érectile). L’ablation des grandes lèvres n’étant plus, pour ainsi dire, qu’une sophistication ornementale. On chercherait en vain une telle rationalisation de ces pratiques dans le Coran ou la Sunna.

Plutôt que de tout attendre d’une inefficace pénalisation, ou de l’inévitable processus de laïcisation (et de relâchement des mœurs) qui accompagne l’élévation du niveau d’instruction, c’est aux autorités religieuses d’assumer leurs responsabilités, en insistant sur le fait que les MGF sont avant tout des pratiques païennes que l’Islam ne saurait ni cautionner ni tolérer.


Brèves nationales

Obock redécouverte :

Cérémonie de prière pour le candidat solitaire

Dans l’espoir de booster la campagne chaotique du candidat solitaire, des pèlerins peu ordinaires dépêchés de Djibouti seraient sur le point de débarquer à Obock. Ces marabouts proches du régime projetteraient de se recueillir sur la tombe du Cheik Bourhan au cimetière situé à 1km au nord de cette ville. Lieu d’un pèlerinage annuel autrefois, l’oratoire du Cheik Bourhan était rarement fréquenté depuis l’indépendance. C’est donc à cet endroit mythique qu’une cérémonie de prière à l’intention du candidat unique devrait être organisée prochainement. On le voit, le régime fatigué cherche à faire flèche de tout bois.

Dans la polémique sur l’interdiction du voile islamique, au moins les choses étaient claires : un État laïc n’instrumentalise ni la religion ni le clergé. Ici, l’Islam et ses officiants ne semblent pas toujours sollicités pour la bonne cause.

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Soirée électorale de l’UMP :

Fête ou défaite ?

Afin de conjurer le sort et redonner de l’espoir au candidat solitaire, le régime organise en début de semaine prochaine une grande soirée. Les préparatifs vont bon train pour donner un éclat particulier à cette fête à la gloire du candidat officiel. Plusieurs centaines de figurants et autres réquisitionnés feront bombance avant de swinguer dans l’air du temps.

Cette méga boum du régime sera certainement l’occasion de discours creux dont le RPP a le secret. Les médias gouvernementaux sont d’ores et déjà mobilisés pour nous faire revivre les grands moments de cette fête de l’illusion organisée bien sûr aux frais du contribuable djiboutien. Une chose est sûre : le peuple sera le grand absent de cette fête qui sent la défaite, morale sûrement.

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Galafi :

Zone oubliée ou abandonnée ?

La localité de Galafi dans le district de Dikhil est un des endroits les plus désolés de notre pays. Ce poste frontalier situé sur le corridor routier reliant Djibouti et l’Ethiopie ne dispose d’aucune infrastructure de base, le lieu est si déshérité que la population se sent condamnée à l’oubli. Au début de cette année, l’ARD a ouvert une annexe dans ce village abandonné pour répondre aux souhaits maintes fois exprimés par nos militants.

Depuis cette date, des missi dominici du régime sillonnent la région et promettent monts et merveilles aux populations désespérées. Ainsi, à l’invitation de nos dynamiques militants de cette contrée, une délégation de notre parti compte se rendre prochainement sur place pour délivrer à cette population un message de lutte et d’espoir. Gageons que le candidat solitaire nous emboîtera le pas. Mais, contrairement à nous, l’agronome volant viendra les bras chargés de cadeaux et la tête pleine de fausses promesses.

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Quand les mal-élus pensent aux autres :

Le ridicule ne tue pas !

Selon le journal gouvernemental « La Nation » les mal-élus se seraient dernièrement retrouvés à l’occasion d’une session dite budgétaire pour également réfléchir à la situation de certaines régions du monde. Au cours de cette session épique, plusieurs résolutions à portée planétaire auraient été adoptées.

L’une d’elle était relative aux régions dévastées par le tsunami du 26 décembre 2004. On se souvient que le 26 décembre 2004 était précisément le jour où les mal-élus, les membres du gouvernement et autres militants de la mouvance avaient organisé un défilé parti de la route de Venise pour commémorer le dixième anniversaire de la paix d’Aba’a. Citons copieusement ce qu’à écrit notre confrère « La Nation » dans son édition de lundi dernier.

« …L’Assemblée nationale, réunie en séance plénière le samedi 29 janvier 2005, a exprimé sa compassion et sa solidarité avec les pays et les peuples touchés, et s’est félicité de l’aide d’urgence et de la méga mobilisation de la communauté internationale dans de si meilleurs délais pour venir en aide aux populations sinistrées.

L’Assemblée nationale soutient les efforts pour reconstruire les zones dévastées et pour un retour aussi rapide que possible de ces populations gravement touchées à des conditions de vie décentes, et a par ailleurs exhorté la communauté internationale à tirer les leçons de ce cataclysme qui a pris au dépourvu des milliers de personnes et à coordonner les activités de recherche sismologiques notamment sous-marines dans le but de la mise en place de mécanismes d’alerte précoce et rapide à grande échelle pour pouvoir sauver le maximum de vies humaines… ».

Une autre réaction tout aussi ubuesque concernait la situation dans certaines régions d’Afrique. Toujours selon ce confrère gouvernemental :

«… L’Assemblée nationale a exhorté la communauté internationale à ne pas oublier les victimes des guerres civiles incessantes dans certaines régions d’Afrique… ».

Quand on songe au sort injuste imposé par ce régime aux victimes du conflit chez nous, qui attendent toujours la réhabilitation et la réinsertion, cette réaction des mal-élus ne fait que confirmer le pitoyable cynisme politique du système en place depuis 27 ans : pour n’avoir pas été vraiment choisis, ils n’ont apparemment pas le temps de s’occuper de leurs compatriotes, trop pris qu’ils sont dans des considérations planétaires.

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Visite Présidentielle au quartier 4 :

Réalité d’une esbroufe

Mardi 25 janvier dernier, le chef de l’État accompagné des membres de son gouvernement a effectué une visite éclair au quartier 4 où il a vécu dans sa jeunesse. Le candidat solitaire se serait rendu sur place pour inspecter les travaux d’assainissement en cours dans ce quartier populaire. A cette occasion le candidat en campagne n’a pas manqué de lancer quelques promesses électorales dont il a le secret.

Pourtant ce quartier partiellement assaini pour les besoins de sa visite ne figure pas dans les projets d’assainissement de certains quartiers de la capitale dont l’exécution est confiée à l’Adetip. Cette agence a diffusé un appel d’offres national où il est question de l’assainissement d’Arhiba, Einguela, Cité du stade, Cité Cheik Osman et Salines Ouest, mais point de quartier 4.

Rappelons que « Réalité » avait relevé dans un précédent numéro, que les 50 millions fd destinés à l’assainissement de ce quartier avaient en fait servi au règlement d’une entreprise qui avait participé à la construction du complexe présidentiel pour le défilé du 27 juin. Alors est-ce pour réparer ce dommage et cet oubli que le chef de l’État s’en est allé parader dans son ancien quartier ?

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Commerce international :

La Chine au chevet de l’Afrique

Nouveau géant du commerce mondial, la Chine tient également à renforcer ses relations commerciales avec l’Afrique dont elle importe l’essentiel de ses matières premières et qui constitue également un grand débouché pour ses exportations.

Ainsi, depuis le 1er janvier 2005, les importations chinoises provenant de 25 pays africains seront exonérées de taxes douanières. Cette mesure concerne près de 200 articles exportés par ces pays vers la Chine. Parmi les heureuses nations africaines bénéficiaires des exemptions tarifaires chinoises, figure aussi Djibouti.

Tout en remerciant le gouvernement chinois pour l’intérêt qu’il porte à notre pays, nous nous demandons vraiment si cette mesure profitera réellement à l’économie nationale. Que peut bien exporter notre pays en direction de l’Empire du milieu ?

*

Djibouti-France :

La vigilance semble de mise

L’euphémisme diplomatique a beau prétendre calmer le jeu, il y a pourtant des signes de nervosité qui ne trompent pas. La récente crispation dans les relations franco-djiboutiennes auront en tout cas fait quelques victimes collatérales : des chauffeurs de taxi djiboutiens. Alerte ou entraînement ? Toujours est-il que les ressortissants français ont déserté les rues et les commerces de la Capitale jeudi dernier tôt dans la soirée. Espérons que ce n’était là qu’une fausse alerte.

Même s’il y a ici une malheureuse tradition d’attentats anti-français, notre population ne souhaite nullement que les tragiques événements de la Côte d’Ivoire se répètent ici. Car, sur ce terrain, le régime sera ce qu’il est déjà : seul contre la majorité.


Un fantôme dans la réalité

BORREL HANTE

LA PRESSE FRANÇAISE

En représailles aux récents développements judiciaires de l’affaire Borrel (comme s’il demandait à l’État français de contrôler sa Justice), le régime djiboutien a procédé à l’expulsion de six coopérants français, après avoir fermé l’antenne locale de RFI. Sur le premier point, dans un communiqué rendu public le 29 janvier 2005, le Quai d’Orsay regrettait cette mesure, qui touche des experts oeuvrant dans des secteurs vitaux : Santé, Éducation, Sécurité publique, Développement rural. Nous le regrettons aussi, quoi que l’on aurait été plus indulgent s’il s’était agi d’un conseiller militaire. Car, pour l’honnête citoyen djiboutien, cette nervosité regrettable autant que suspecte, se résume à deux questions. 1) Soit ces coopérants expulsés ne servaient à rien ici, auquel cas pourquoi les avoir tolérés jusqu’à ce que la Justice française ait demandé à entendre deux hauts fonctionnaires djiboutiens dans le cadre d’un assassinat ? 2) Soit ces coopérants expulsés servaient à quelque chose, auquel cas est-il responsable d’en faire des boucs émissaires et des instruments de chantage à des fins ne relevant pas nécessairement de la défense des intérêts supérieurs de la République de Djibouti ? Sur le second point, concernant la fermeture de l’antenne locale de RFI, il s’agit là d’une inadmissible violation de la liberté de la presse, que nous condamnons fermement. Par solidarité journalistique, conscients de notre propre sursis et pour combler dans la mesure de nos moyens ce déficit imposé d’information, qui plus est francophone, il est de notre devoir de nous faire l’écho de tout ce que ce régime cherche ainsi à censurer. C’est pourquoi nous proposons cette semaine, suite à de nombreuses réclamations de nos lecteurs, deux articles publiés par nos confrères français : le premier paru mercredi dernier dans « Le Canard Enchaîné» n° 4396 du 26 janvier 2005, le second dans le n°1120 du 29 janvier 2005 de la « Lettre de l’Océan Indien ». Sans oublier de renvoyer l’internaute intéressé par tous les déboires de la France dans son pré carré, au site «assassinatsdecooperants.ouvaton.org,» dans lequel le chapitre consacré à Djibouti n’est pas le moins épais. Pour ce qui est de la position de l’UAD, rappelons qu’elle n’a jamais tenté aucune récupération de cette sombre affaire, même si le régime avait maladroitement accusé tel ou tel opposant d’en avoir été l’instigateur, bénéficiant de complicités au sein d’une certaine magistrature hexagonale. Car, si le fait que les plus hauts responsables du régime soient accusés de meurtre ne soit ni glorieux ni déplacé, c’est l’arbre qui cache la forêt. D’une part du fait que le chef de l’État peut être tenu pour responsable de la mort en 1999 et en 2000 ( sans parler de ses «contributions» en sa qualité de chef de cabinet de la Présidence) d’au moins cinq civils djiboutiens :en tant que chef suprême des Armées, il n’a diligenté aucune enquête. D’autre part, la seule dimension crapuleuse, aujourd’hui sur le devant de l’actualité française, nous préoccupe malheureusement moins que les multiples violations ici perpétrées contre les Droits de l’Homme d’une manière générale. C’est pourquoi, l’UAD, solidaire du juste combat que mène la veuve Borrel pour l’avènement de la vérité, estime que, face à la violation de l’Accord de paix du 12 mai 2001 et au refus de tout changement démocratique, la mobilisation du Peuple djiboutien pour mettre un terme à l’imposture de ce régime peut véritablement restaurer la dignité perdue de notre pays.


Polar franco-djiboutien

JUGES ET DIPLOMATES SOMBRENT

DANS UN POLAR FRANCO-DJIBOUTIEN

Depuis l’assassinat du juge Borrel, il y a neuf ans, tout a été fait pour cacher la vérité.

Y compris par des magistrats français, aujourd’hui ridiculisés.

( Le Canard Enchaîné n° 4396 du mercredi 26 janvier 2005)

LES militaires français n’excluent plus l’hypothèse d’un retrait pur et simple de Djibouti, leur plus importante base en Afrique. Les relations avec Ismaël Omar Guelleh, actuel président, se sont encore dégradées ces derniers jours. Six coopérants français ont été expulsés, et, le 21 janvier, l’émetteur local de Radio France Internationale a été coupé. Principal motif de la fureur des autorités djiboutiennes, la décision de la Cour d’Appel de Versailles d’ordonner l’audition du chef des services secrets, Hassan Saïd, compromis dans l’assassinat du juge Borrel, magistrat français retrouvé mort le 19 octobre 1995 à 80 km de Djibouti.

Au grand désespoir de l’état-major français, qui voit déjà les Américains s’installer à notre place, la crise n’est pas près de se tasser. Car la Ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie, vient d’accepter de déclassifier quelques documents « confidentiel-défense » qui dormaient sagement dans les archives de la DPSD (ex-Sécurité militaire). Certains de ces papiers vont faire encore monter la pression. Notamment une note, rédigée en mars 2000 par un officier, qui dresse un tableau peu ragoûtant des mœurs politico-judiciaires locales (notre document).

Il aura fallu près de dix ans pour que la justice et l’armée acceptent de laisser poindre la vérité sur la mort du juge Borrel. On comprend aujourd’hui pourquoi : il s’agissait de haute diplomatie et d’intérêts stratégiques. L’enquête sur la disparition du magistrat a été sacrifiée à la raison d’État. En pure perte. Car l’obstination de la veuve de Bernard Borrel et l’accumulation des maladresses, voire de grossières manipulations, ont abouti à ce brillant résultat: la crise diplomatique est là. Et, en prime, une véritable affaire d’Etat, mettant en cause le fonctionnement de la justice et l’attitude de plusieurs magistrats qui risquent… des poursuites judiciaires.

EPIDÉMIE DE MYOPIE

Dés les premières heures qui ont suivi la découverte du corps à demi calciné du juge Borrel, alors détaché à Djibouti pour préparer une réforme du Code de procédure pénale, les opérations d’étouffement ont commencé. Les gendarmes, arrivés les premiers sur les lieux, rédigent, alors qu’ils ne sont pas saisis de l’affaire, deux procès-verbaux au ton catégorique : « Le suicide est l’hypothèse la plus vraisemblable, d’autant qu’aucun élément ne permet de penser le contraire. » Puissamment raisonné !

Bien que seule la justice djiboutienne soit saisie, ce sont des militaires français qui emportent le corps, et plus précisément le médecin-chef du centre hospitalier des Armées. Une autopsie devait être pratiquée. C’est du moins ce qu’on avait annoncé à la famille. En fait, les médecins militaires ne font que quelques radios. Lesquelles seront perdues : la justice ne les verra jamais. Et déjà se pose la question de la dissimulation délibérée de preuves. Car il est acquis aujourd’hui, après expertises et contre-expertises, que le juge Borrel avait une fracture du crâne et l’avant-bras cassé. Ce qui suggère, dit aujourd’hui un collège d’experts, un coup porté par un instrument contondant, et un geste de défense avec le bras. Même le plus nul des radiologues n’aurait pu passer à côté de ces fractures. Pourquoi les médecins militaires se sont-ils tus, avant de « perdre » les clichés ?

Pendant cinq ans, avec une obstination et une constance qui forcent l’admiration, la justice s’accrochera à la thèse du suicide. Deux juges d’instruction parisiens, Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, vont témoigner d’un dévouement de tous les instants pour réunir les preuves en ce sens. Ils iront jusqu’à effectuer deux reconstitutions sur place. La seconde, organisée le 11 mars 2000, a été filmée.

UN SUICIDÉ ACROBATE

On peut voir, sur la cassette vidéo, les dignes magistrats batifoler dans les pierrailles où a été retrouvé le corps de leur collègue. Ils tentent d’expliquer, notamment, que le suicidé, après s’être aspergé d’essence, a pu, le corps en feu, dévaler les 15 mètres sans blesser ses pieds nus. Après avoir descendu la pente, abrupte, avec lenteur et maintes précautions, l’un d’eux montre triomphalement ses orteils intacts à la caméra. La preuve est faite…

L’enquête prend un nouveau tour lorsqu’un ancien garde du président djiboutien affirme qu’il a surpris, au lendemain de la mort du juge, une conversation d’où il ressort que le chef des services secrets de l’époque (devenu chef de l’État) aurait commandité le meurtre du petit « juge fouineur ». Lequel s’intéressait à un attentat commis à Djibouti contre un café français, et était en relation à ce sujet avec son collègue… Le Loire !

Dans un premier temps, la juge Moracchini estime l’audition de ce témoin inutile. Elle consent tout de même à l’entendre et se rend pour cela en Belgique. Mais, selon un avocat présent, elle tente de le convaincre qu’il prend de grands risques en tenant ces propos. Peu après, le chef de la grade présidentielle de Djibouti témoigne « spontanément » que ce témoin n’est qu’un fieffé menteur. En réalité, cette tentative pour le discréditer lui a été soufflée par Hassan Saïd, l’actuel chef des services secrets de Djibouti.

La manœuvre est suivie d’une démarche du procureur de la République djiboutienne, qui conseille vivement au témoin de revenir sur ses déclarations. Pure coïncidence, ledit procureur de Djibouti et Mme Moracchini se tutoient, et s’embrassent comme du bon pain.

OFFENSIVE JUDICIAIRE

En dépit de ces nombreux efforts conjugués, la vérité va peut être enfin surgir. Dessaisis en juin 2000, les magistrats Le Loire et Moracchini sont remplacés par le juge Parlos, puis par Sophie Clément. C’est cette dernière qui vient d’obtenir la communication de documents classifiés. Et elle envisage de lancer des mandats d’arrêt internationaux contre le chef des services secrets de Djibouti. Avant de mettre en cause le chef de l’État ?.

Pour parachever le désastre diplomatique, une autre procédure judiciaire a été ouverte, à Versailles, pour « subornation de témoin ». Une juge est chargée d’éclaircir le ballet des aimables « conseillers » autour du fameux témoin entendu en Belgique. Elle a déjà interrogé comme « témoins assistés » ses collègues Le Loire et Moracchini. Elle tremblait un peu à l’idée de convoquer le procureur de Djibouti et le chef des services secrets. D’autant que le parquet de Versailles, toujours à la pointe du combat pour la vérité, s’opposait à ces auditions. Mais la cour d’appel vient, en deux arrêts successifs, d’ordonner à la juge de les interroger. Bien entendu, ils ne se rendront pas aux convocations.

En d’autres temps, on aurait envoyé l’armée. Mais elle y est déjà. Et c’est elle qui sera peut-être obligée de se retirer en bon ordre… 

Louis-Marie Horeau


L’homme qui défie à nouveau Paris

La Lettre de l’Océan Indien

LOI n°1120 du 29 janvier 2005

Le président Ismaël Omar Guelleh vient une nouvelle fois de défier Paris que l’intérêt pour la position stratégique de Djibouti rend impuissant face à ces chantages répétés. Mécontent de la décision de la justice française d’entendre comme témoin assisté le chef des services secrets djiboutiens dans le cadre de l’enquête sur la mort du magistrat Bernard Borrel à Djibouti en 1995. Guelleh a fait fermer l’émetteur de RFI et expulser six assistants techniques français auprès de ministères civils djiboutiens. Ne croyant pas à l’indépendance de la justice, il s’estime victime de déstabilisation avant le scrutin présidentiel d’avril où il briguera un second mandat.

Surenchère. La méfiance à l’égard de la France et la surenchère pour en obtenir le maximum de financements est une longue tradition des cercles dirigeants djiboutiens. Le président Guelleh n’a fait qu’en systématiser la pratique après 1999. Selon une note confidentielle rédigée le 18 mars 2000 par le lieutenant-colonel Clément chef de la DPSD à Djibouti et récemment déclassifiée, Guelleh avait déjà utilisé des mesures de rétorsion après un article sur l’affaire Borrel paru en France en janvier 2000 : campagne de presse et manifestations anti-françaises, refus de Guelleh de recevoir l’ambassadeur de France, interdiction du débarquement d’un détachement de chars Leclerc à Djibouti alors que les autorisations avaient été préalablement données.

Le débat sur le contrôle de l’utilisation de l’aide française à Djibouti a également donné lieu à des passes d’armes épiques entre les deux pays. Paris a finalement accédé en partie aux exigences djiboutiennes en acceptant de payer un « loyer » de 30 millions d’euros par an, durant neuf ans à partir de 2004, pour prix du maintien de la présence militaire française dans ce poste d’observation et d’entraînement au bord de la Mer Rouge.

Réputation. Bien que formé dans la police coloniale française, Guelleh a toujours eu une mauvaise réputation à Paris depuis l’époque où il était chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon et patron des services secrets djiboutiens. A ce poste, il a été aux premières loges pour tous les coups fourrés contre les opposants djiboutiens susceptibles d’obtenir une oreille attentive à Paris. Des agents des services secrets français ont soupçonné les services secrets djiboutiens d’avoir été impliqués dans l’attentat du Café de Paris intervenu à Djibouti le 27 septembre 1990. Au même moment, le frère de l’actuel président, Idriss Omar Guelleh, décédé il y a dix ans, était le chef des milices tribales Issas. C’est la visite du patron de la DGSE Jacques Dawatre à Djibouti an avril 1995 qui va un peu modifier la donne : Guelleh lui apparaît comme un homme de parole qui s’est toujours acquitté de ses promesses envers la France et comme « le seul homme d’État dans le pays ». Et lorsqu’il est élu à la présidence en 1999, des mirages français survolent sa maison en battant de l’aile en signe de félicitation.

Cela n’empêche pas sa mauvaise réputation de perdurer : la note confidentielle du lieutenant-colonel Clément faisait ainsi état en 2000 de la « mise en cause de diverses personnalités politiques locales, dont l’actuel président de la République, dans des affaires de trafics d’armes, de stupéfiants ou de fausse monnaie ».

Nationalisme. Les autorités françaises ont également eu du mal à se faire au nationalisme du président Guelleh qui lui a permis de récupérer nombre de ses opposants dont certains ornent aujourd’hui son gouvernement et sa majorité au Parlement. D’autant plus colérique qu’il se sait malade, le chef de l’État djiboutien est coutumier des diatribes anti-françaises en privé et récemment, il aurait même évoqué en petit cercle l’hypothèse (finalement non retenue) de la fermeture de son ambassade à Paris.

Au plan économique, il a pris ces dernières années plusieurs mesures pour briser la position dominante des sociétés françaises dans les secteurs du transit et de l’assurance, ce qui n’a pas été sans léser certains intérêts particuliers. Sous l’influence de l’homme d’affaires djiboutien Abdurahman Boreh, il veut faire de son pays un Dubaï africain. Enfin, il a accepté d’accueillir une base militaire américaine pour faire la nique aux Français et remplir les caisses du Trésor djiboutien.


COMMENTAIRES

Tout en souscrivant à l’analyse sur l’aspect mafieux du régime, deux réticences toutefois.

1) On cherche en vain une once de nationalisme dans l’équipe au pouvoir. Ce serait son absence, allant de pair avec l’incitation à la haine tribale, qui caractériserait ceux que la veuve Borrel tient pour responsables de l’assassinat de son mari.

2) Que la manne financière consécutive au surenchérissement du loyer des présences militaires ait pu remplir les caisses du Trésor djiboutien prête ici à sourire, si l’on reste poli. Car les retards dans le versement des salaires perdurent, pas plus tard que le mois dernier : l’opacité et les détournements des deniers publics sont encore la règle.


Courrier des lecteurs

Je suis un jeune chômeur et un lecteur assidu de « Réalité ». Je trouve votre journal très profond, responsable et même modéré. Je veux parler du ton employé bien sûr. Même si j’estime que les dirigeants que vous critiquez ne méritent pas la mesure de vos propos, en sondant mes compatriotes qui lisent votre journal, j’ai remarqué que votre lectorat, le plus nombreux, approuve votre modération.

Ce n’est pas pour tenir des propos acerbes ou injurieux que je vous écris, mais pour interpeller le Chef de l’État puisque c’est comme ça que vous vous obstinez à l’appeler. Sa dernière visite au quartier 4 a été qualifiée par un journaliste de « La Nation » comme une « visite d’inspection inopinée dans un des secteurs populaires de la ville de Djibouti, en l’occurrence le quartier répertorié n°4 ».

Inopinée ? Contrairement à vous, votre confrère n’a pas peur des mots (Xishood…). Tout le monde sait que chacun de ses déplacements est préparé plusieurs jours à l’avance et le lieu de visite, comme par exemple la place de la prière de l’Aïd, nettoyé et sécurisé dès la veille. Nous savions tous qu’il allait visiter le quartier 4, tous les riverains ainsi que le personnel des Travaux Publics affecté à la réhabilitation, tous prévenus, présents, sapés et à l’œuvre pour l’applaudir, l’écouter et l’applaudir encore. Tous les médias gouvernementaux (RTD, Nation) étaient inopinément présents pour saluer et immortaliser l’événement…

Je le félicite de s’être souvenu qu’après avoir quitté Diré-Dawa, il a été accueilli et hébergé par ce quartier et ses habitants. Je me félicite qu’à l’approche des élections présidentielles pour lesquelles il est le seul candidat sérieux et déclaré, il se soucie de l’assainissement de ce quartier et du bien-être de ses habitants, puisqu’il y a promis, pré-campagne oblige, la construction prochaine d’aires de jeux sur la place de l’ancien jardin du quartier. En espérant être démenti, je suis prêt à parier que ces aires de jeux ne verront pas le jour durant son prochain mandat, si toutefois il est réélu.

Il a précisé que le gouvernement mène les opérations de réhabilitation des quartiers populaires sur le Budget national, en attendant l’octroi du fonds prévu par l’Union Européenne à cet effet. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la série d’articles que vous avez consacrés aux commentaires du rapport général de la Chambre des Comptes.

Je me demande de quelle ligne budgétaire ils ont détourné ces fonds pour réhabiliter le quartier 4, qui en avait bien besoin. Tant mieux pour ses habitants. Quant à moi, je réside à Einguela depuis sa création. Je voudrais tout d’abord rafraîchir la mémoire d’IOG, en lui rappelant qu’il y avait résidé quand elle était flambant neuve. Je l’invite donc, au nom de tous ses habitants, à venir nous visiter inopinément et constater par lui-même son état d’insalubrité. Il n’y a plus d’aires de jeux.

Depuis le rond-point jusqu’au théâtre des Salines, tout son pourtour est pollué par les eaux usées et pluviales et les fosses septiques qui débordent. Toutes ces eaux stagnantes ne sont pas évacuées car les canalisations sont bouchées depuis des années. Je sais qu’il le sait, mais c’est un simple rappel.

Mais, même si c’est mon droit le plus élémentaire, je suis gêné de me plaindre au vu de l’état d’insalubrité de cette cité-ghetto qu’est Arhiba. Là-bas, tous les pouvoirs publics ont démissionné depuis longtemps : les TP, l’Intérieur et le District, la Santé… elle survit en marge de toute politique publique. Est-ce parce que ses habitants sont réputés frondeurs qu’Arhiba est délibérément marginalisée ? Peut-être qu’ils le seraient moins si le pouvoir s’occupait de ses habitants comme de citoyens ordinaires. Même pendant les campagnes électorales, le RPP dont il est président y tient meeting à ses abords.

Même dans le quartier résidentiel huppé du Héron, il suffit d’une demi-heure de pluie pour rendre impraticables, pendant des jours ses rues pourtant bitumées, simplement parce que les eaux pluviales ne sont pas évacuées, ce qui dégrade le bitume, oblige les T.P à la réfection de quelques tronçons qui se dégradent à nouveau à la première goutte de pluie et engloutissent en pure perte des dizaines de millions de fd des deniers publics.

J’ai entendu dire que les riverains, les Chancelleries étrangères (Nations Unies et Ambassades qui y ont leurs bureaux et résidences) se sont plaints quand un tout nouveau résident du quartier, le Ministre des finances pour ne pas le nommer, a entrepris le bitumage de 150 mètres d’une ruelle qui mène à sa résidence en délaissant les autres tronçons dégradés.

Je l’exhorte donc à multiplier ses visites inopinées dans les quartiers populaires à l’approche d’avril 2005, ils sont très nombreux qui nécessitent son attention et ses promesses.

M.A.S

fidèle lecteur d’Einguela


COMMENTAIRES

Merci cher lecteur pour ce sympathique papier. Nous en avons apprécié le ton ironique. Pour ce qui nous concerne, nous maintiendrons le cap concernant la mesure et le ton du propos, qui est effectivement très apprécié à en croire le volumineux courrier que nous recevons. Nous en profitons pour nous excuser auprès de tous nos lecteurs de ne pouvoir faute de place et d’une actualité toujours chargée, reproduire dans nos colonnes les nombreuses et très intéressantes lettres que vous nous adressez chaque semaine.

Quant à votre courrier, il est transmis à qui de droit. Vous avez parfaitement raison d’attirer (nous le faisons régulièrement) les pouvoirs publics sur l’état des cités populaires et des routes de la capitale. C’est une appréciable réponse d’un citoyen responsable aux campagnes de sensibilisation que le gouvernement mène à grands frais dans ses médias. Comme s’il s’agissait d’une insalubrité dont est responsable la seule population ! Même si le comportement de certains habitants est incivique (dont la majorité est une population flottante qui a envahi de plus belle la capitale, un an après la grande mascarade de l’année dernière), le premier responsable et coupable, c’est le pouvoir. La centaine de bennes à ordures offert par la Chine aurait été louée à des forces stationnées à Djibouti et l’incinérateur offert par les Américains est donc forcément inutile pour l’instant. Nous ne pouvons qu’espérer avec vous qu’à la faveur de la campagne électorale qui s’annonce insolite, votre courrier sensibilisera les malentendants et mal-voyants qui nous gouvernent.


Intikhaab : puisse ce bébé grandir !

 « Election », c’est ainsi qu’une maman irakienne chiite a prénommé son fils né le dimanche 30 janvier 2005. c’est en effet les premières élections pluralistes en Irak, depuis 1953. Ce baptême symbolise à lui seul l’espoir de tout un peuple, et singulièrement de la majorité chiite jusque là marginalisée et martyrisée par la minorité sunnite qui a accaparé tout le pouvoir sous le règne du Baas… Zoom sur le contexte politique dans lequel grandira le bébé Intikhaab.


Depuis le 20 mars 2003, date à laquelle les troupes américano-britanniques et australiennes envahissent l’Irak dans le cadre d’une opération baptisée « Iraqui Freedom », jusque cette historique journée de dimanche 30 janvier, il ne s’est pas passé un jour qui n’ait vu des massacres de civils, des attentats suicides ou pas, des soldats tués (le bilan côté corps expéditionnaire dépasse le millier), des otages enlevés (plusieurs centaines dont l’écrasante majorité irakiens) ou exécutés ( la plupart des étrangers dont l’exécution a été cyniquement médiatisée). C’est pourquoi l’empressement de millions d’électeurs irakiens à se rendre aux urnes force l’admiration. Le taux de participation qui dépasse 60% en dit à lui seul suffisamment assez sur la détermination du peuple irakien à être un acteur majeur dans le jeu politique très complexe où se joue son avenir.

Alors que selon un bilan du ministère de l’Intérieur, 36 personnes, 30 civils et 6 policiers ont été tués et une centaine blessés à travers l’Irak dans des actes de violences pendant la journée des élections, 8 millions d’électeurs ont voté dans 5159 bureaux. 17 000 candidats et 223 listes étaient en lice pour 3 scrutins. 111 listes et 7 761 candidats pour 275 sièges au Parlement national.

Le taux de participation élevé s’explique également par le fait que les Kurdes ont massivement voté pour choisir 111 députés de leur parlement autonome. Enfin, les Irakiens élisaient en même temps les 41 membres des 17 Conseils Provinciaux et les 51 du Conseil de Bagdad.

Même dans les villes du « triangle de la mort » et d’autres zones sunnites où il est vrai la participation a été moindre, des milliers d’électeurs se sont rendus aux urnes, bravant les menaces de mort des organisations extrémistes et ignorant l’appel au boycottage de la principale association religieuse de la communauté sunnite, tandis que le principal dignitaire religieux chiite en Irak qui use de son influence pour favoriser une domination chiite sur le futur gouvernement a publié un décret qualifiant le vote de « devoir religieux ».

Bien que les résultats officiels définitifs ne soient pas attendus avant plusieurs jours, l’organisme chapeautant les quelques 10 000 observateurs irakiens indépendants, l’Ong Ein, le Représentant de l’Onu auprès de la commission électorale indépendante ont tous assuré que «ces premières élections multipartites depuis 1953 n’avaient connu que très peu de violations et de fraudes ». Ce qui, avec cette très forte participation devrait conforter la légitimité du pouvoir qui sortira des urnes.

Intikhaab est donc bien né, mais après ?

Car ce qu’a exprimé comme un seul homme le peuple irakien, toutes ethnies et confessions confondues, c’est outre le fait d’en finir avec l’anarchie en choisissant ses dirigeants, c’est aussi le souhait de voir prendre fin l’occupation de leur pays.

Or, le retrait des troupes ne figure pas dans l’agenda de l’administration républicaine et ses alliés. Et cela, peu après avoir reconnu l’absence d’armes de destruction massives dont la menaçante existence était le mobile de l’invasion, un porte-parole du Département d’État l’a affirmé sans ambages. C’est là que le bât blesse, car la présence de près de 200.000 soldats étrangers sur son sol, à tous les coins de rue à Bagdad, si elle ne remet pas en cause la légitimité du pouvoir, risque assurément d’en ternir l’indépendance. Personne n’arrive à lire clairement les contours de la politique US en Irak.

Certes, Saddam est en prison et la menace des missiles conventionnels pouvant atteindre Tel-Aviv n’est plus. C’est bien peu par rapport aux dommages humain, financier et surtout diplomatiques subis et en cours. Ni la région, ni le reste du monde n’en sont plus sûrs. Bien au contraire.

Car la principale conséquence de la chute du dictateur et de la gestion du chaos qui s’en est suivi, aura été la « libanisation » de l’Irak. Voulue ? Ce n’est pas sûr car près de deux ans après l’invasion, l’administration républicaine donne franchement l’impression de subir l’événement que d’en diriger le fil. Au demeurant, on voit mal en quoi l’éclatement actuel de l’Irak en communautarismes ethnique et confessionnel répondrait à la sécurité au Moyen Orient et aux intérêts immédiats des États-Unis dans la région.

Une guérilla urbaine terroriste née avec l’invasion et qui selon toute vraisemblance ne disparaîtra qu’avec le départ des forces d’occupation, un Irak éclaté en régions autonomes et communautés confessionnelles et ethniques et qui facilite l’influence des États voisins, des États-Unis déterminés à y imposer sa vision du monde, non seulement à l’Irak mais aussi à l’Iran voisin… Après une naissance pénible mais heureuse, Intikhaab connaîtra assurément un allaitement amer.

Souhaitons-lui bonne croissance.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 123 du mercredi 26 janvier 2005

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Réalité numéro 123 du mercredi 26 janvier 2005

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (fin)
  4. Cautionner la fraude ? Non merci !
  5. Le prix d’achat
  6. Ne jamais oublier Auschwitz

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 123

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr


Éditorial

LIBERTÉ IMMUABLE :

APRÈS LE DISCOURS, LA MÉTHODE ?

Le discours d’investiture est au chef d’État ce que l’ablution est au musulman. Ce rituel propiatoire était particulièrement attendu jeudi dernier lorsque, se succédant à lui-même, le président américain George W. Bush, y a défini les grands axes de la politique étrangère qu’il entendait mener lors de son second mandant à la Maison-Blanche.

Et il avait bien besoin de rassurer : pour compréhensible que soit le traumatisme provoqué par les attentats du 11 septembre, l’unilatéralisme guerrier de son instrumentalisation dans le cadre d’une agression prévue bien avant contre l’Irak, a profondément fragilisé la légitimité d’un multilatéralisme fondé sur la primauté du droit international. Accessoirement, par les choix budgétaires qu’il implique, cet effort de guerre a précipité la chute du billet vert, menaçant toute l’économie mondiale d’une récession sans précédent.

A contexte exceptionnel, propos messianiques : le discours inaugural du second mandat de Bush s’est voulu nouveauté dans la continuité.

Continuité. La menace terroriste justifiera, comme par le passé, une sorte d’activisme préventif qui a déjà causé la chute du dictateur Saddam Hussein, à défaut d’avoir instauré la démocratie en Irak :

« Aussi longtemps que des régions entières du monde seront plongées dans le ressentiment et la tyrannie, soumises à des idéologies qui nourrissent la haine et pardonnent le meurtre, la violence augmentera, deviendra puissance destructrice, et franchira les frontières les mieux défendues, se transformant en menace mortelle… Les événements et le bon sens nous mènent à une conclusion : la survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus du succès de la liberté dans d’autres pays. Le plus grand espoir pour la paix chez nous est le développement de la liberté dans le monde entier.»

Si nul ne conteste le bien-fondé de cette vision, son mode opératoire situé en dehors de la légalité internationale et surtout les réalités concrètement vécues dans certaines régions, que ce soit en Irak ou dans les Territoires Occupés, suscitent pour le moment quelques inquiétudes tout aussi bien fondées. Un sondage effectué entre le 15 novembre 2004 et le 3 janvier 2005 par GlobeScan pour le compte de la BBC sur un échantillon international réparti sur 16 pays, donne à cet égard toute la mesure de la méfiance des opinions publiques. Ainsi, 58% des personnes interrogées considèrent la réélection de Bush comme un événement négatif, tandis que 48% d’entre elles estiment que les États-Unis ne jouent pas un rôle positif dans le monde. C’est regrettable : si l’administration républicaine est si sévèrement sanctionnée, son incapacité à normaliser la situation en Irak, où l’on ne parle plus d’armes de destruction massive, et sa mansuétude envers l’État sioniste, qui viole les accords d’Oslo et qui bafoue la fameuse « feuille de route » y sont certainement pour quelque chose.

Nouveauté. Le second mandat ne peut être présenté comme copie conforme du premier :

« Aujourd’hui, l’Amérique adresse un nouveau discours aux peuples du monde. Que tous ceux qui connaissent la tyrannie et le désespoir le sachent : les États-Unis n’ignoreront pas votre oppression, ni n’excuseront vos oppresseurs. Lorsque vous vous lèverez, nous nous lèverons avec vous… »

N’ignoreront pas ou n’ignoreront plus ? Même circonstanciels, il y a des futurs pleins de sous-entendus antérieurs. Car, des peuples opprimés plaçant beaucoup d’espoirs dans ce devoir d’ingérence, il ne doit pas être très difficile d’en identifier quelques-uns. Il suffirait, pour concrétiser ce discours, que l’administration américaine tire des leçons des rapports pertinents sur la situation des droits de l’homme que le Département d’État dresse chaque année pour chaque pays.

Dont Djibouti. A l’heure où ses relations avec l’ancienne puissance coloniale s’enveniment à la suite des derniers développements judiciaires d’une affaire en forme de serpent de mer, ou de fantôme, et sa nature despotique étant continuellement mise à l’index, nul doute que la position des États-Unis ne sera pas dictée par les considérations géostratégiques de sa nouvelle présence militaire sur notre sol.

Car, nul n’en doute ici : tôt ou tard, le Peuple djiboutien se lèvera contre un régime qui lui dénie le droit au changement démocratique. Et, ce jour-là, nul doute que ses véritables amis seront à ses côtés.


Brèves nationales

Djibouti-France :

Escalade ou désescalade ?

Les récents rebondissements de la ténébreuse affaire Borrel ont particulièrement assombri le ciel peu serein des relations franco-djiboutiennes. Dernièrement, nos confrères parisiens parmi les plus réputés avaient largement commenté les nouveaux développements de cette affaire qui empoisonne les relations entre Djibouti et Paris. Cela n’a pas été du goût des autorités djiboutiennes sourcilleuses, qui manient depuis l’invective et les menaces à l’adresse du gouvernement français.

Après avoir brutalement interrompu les émissions de RFI en FM, le pouvoir djiboutien a, dans la foulée, procédé à l’expulsion de six coopérants Français. Poursuivant l’escalade anti-française, le régime s’est fendu hier d’un communiqué, attribué au porte-parole par intérim du ministère des Affaires Étrangères. Le ton virulent du texte ne doit pas faire oublier que, cette fois, la Présidence ne s’est nullement mise en avant : Gbagbo est-il passé par là? Notons également que ce communiqué ne met pas directement en cause le gouvernement français, mais les milieux parisiens. Alors, prudence ou désescalade ?

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Campagne présidentielle dans les districts :

Ni figue, ni raisin

La tournée présidentielle commencée le 21 décembre à Arta a pris fin mardi dernier à Obock. Durant quatre semaines le candidat solitaire a vainement tenté de remobiliser ses concitoyens autour de sa personne. Dans l’ensemble des districts visités, les populations locales semblaient peu concernées par cette campagne électoraliste marquée par le gâchis et finalement contre productive pour le candidat unique fatigué, de l’être. Tout comme lui, les populations des districts de l’intérieur sont restées déçues de la prétendue démocratie pastorale version Rpp. Le docteur honoris causa tirera-t-il les leçons de ses échecs ou maintiendra-t-il le mauvais cap ? Quoi qu’il en soit sa marge de manœuvre semble vraiment réduite ! Tout en se refusant à dramatiser la situation, certains de ses proches admettent en privé que cette fois la partie est difficile pour leur héros. Normal, en désaccord sur l’essentiel, ses collaborateurs n’en finissent pas de s’étriper.

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La soif tenaille Yoboki :

La population prise à la gorge

Pendant que le sourcier national en campagne disserte sur sa lutte tapageuse contre la soif, la population de Yoboki perd patience. Ainsi, mercredi dernier, les habitants assoiffés de cette localité aurait bloqué la route de Galafi et des jeunes ulcérés auraient brûlé des pneus sur cette voie très fréquentée. La citerne desservant cette bourgade n’y suffit plus. La population réclame également la mise à leur disposition d’une deuxième citerne de ce district, celle là-même qui serait réquisitionnée depuis août 2000 par le Commissaire du district. Cette citerne est dit-on stationnée dans la résidence du Commissaire lequel en ferait un usage privé. Par ailleurs, on raconte qu’une équipe du génie rural tenterait actuellement de réparer la motopompe défaillante. En attendant que ces messieurs réussissent l’exploit, la population n’en finit pas de protester contre l’absence d’eau courante et la mauvaise gouvernance responsable de cette situation. Rappelons que Yoboki est privé d’eau courante depuis plus de deux semaines. Pendant ce temps, les médias gouvernementaux nous apprennent que le Commissaire d’Arta vient d’inaugurer un nouveau forage réalisé par les Américains à Ali Faren, à l’ouest de Wéa. Les Yobokois devront-ils faire appel aux Américains pour être sauvés de la soif ?

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As-Eyla :

L’électricité a disparu ?

La localité d’As-Eyla dans le sud de Dikhil se plaint de l’absence de courant électrique depuis plusieurs semaines faute de gasoil pour alimenter le générateur électrique. Dans ce gros village fortement peuplé, seuls de petits groupes électrogènes privés appartenant aux boutiques fonctionneraient quelques heures par jour. Le village est plongé dans l’obscurité totale et les moustiques feraient des ravages dans la population. Le Président électrogène aurait-il abandonné cette localité qu’il avait pourtant visitée en catimini en juillet 2003 ?

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Pôle Universitaire :

Monologue ministériel

Lundi dernier, le Ministre de l’Éducation nationale aurait rencontré les étudiants du pôle universitaire pour vanter les bienfaits de la réforme du système de l’Éducation entrepris sous l’actuel mandat présidentiel. Les idées lumineuses du régime en matière d’Éducation sont, on le sait, consignées dans une somptueuse plaquette publicitaire récemment éditée par ce ministère. Durant son monologue, le ministre se serait refusé à répondre aux questions de la future élite nationale, l’enjoignant tout simplement de prendre connaissance de la brochure gouvernementale consacrée à ce sujet. Cela s’appelle la démocratie pastorale en pratique. C’est ainsi que les « démocraties » meurent.

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Dopage politique au khat :

Le régime y a souvent recours

Le journal gouvernemental « La Nation » nous apprend dans son édition de lundi dernier qu’un athlète kenyan David Munyasia a été exclu des Jeux Olympiques de 2004 pour avoir été contrôlé positif au khat. Ainsi, notre confrère gouvernemental peu suspect de blues post khatique écrit le plus sérieusement du monde : « le khat est classé dans la catégorie de produits dopants qui peuvent vous valoir de sanctions sans appel de la part des fédérations internationales ». Quand on songe à l’usage politique que le régime RPP fait de cette plante pour abrutir les citoyens et vu les sommes colossales dépensées à chaque déplacement présidentiel dans la distribution de ce cadeau électoral, on reste dopés.

Sans rappeler que le candidat solitaire, alias docteur honoris causa en agriculture, a investi des centaines de millions de nos francs pour acclimater le khat dans son ranch agropastoral du Day où plus de 10.000 pieds de khat Awaday engloutissent plus d’eau que toute la population de ce village. Khat et 4×4 restent les cadeaux préférés de ce régime alimentaire.

Le peuple devra sanctionner sans appel cette politique de la misère.

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Meeting de l’Aïd-El-Adha :

L’UAD des grands jours

Le traditionnel rassemblement populaire de l’UAD, à l’occasion de l’Aïd, s’est tenu jeudi dernier à l’Avenue Nasser. Dès 8h30, les militants et sympathisants de l’UAD, venus de tous les quartiers de la Capitale, s’étaient massés devant le siège de l’UDJ. La direction de l’UAD est arrivée vers 9h et a aussitôt rejoint la tribune, sous les vivats d’une foule enthousiaste.

Plusieurs dirigeants se sont succédé au micro durant plus de deux heures. Dans leurs différentes interventions, les leaders de l’opposition n’ont pas manqué de critiquer le triste bilan de l’actuel mandat présidentiel, tout en appelant la population à faire barrage au candidat solitaire, responsable de la régression de notre pays. Ce meeting a été ponctué de chants et poèmes des militants. Un poète sexagénaire a même réussi à résumer, dans un Gabay épique, la régression tous azimuts imposée à notre pays par ce régime irresponsable : « Ne voyez-vous pas, chers compatriotes, que ce régime de malheur a précipité notre pays au bord du gouffre ? Sauvons notre patrie avant qu’il ne soit trop tard ! Levons-nous pendant qu’il en est encore temps ! »

Spoliée de sa victoire lors des législatives de janvier 2003, l’Union pour l’Alternance Démocratique a décidé d’ignorer la prochaine mascarade électorale, tant que les conditions de transparence resteront sabotées par le candidat solitaire, spécialiste mondial des hold-up électoraux. L’heure est à la mobilisation pour imposer l’alternance démocratique et non à la compétition faussée d’avance.

Que le candidat à sa propre succession se le tienne pour dit ! La dynamique unitaire est plus solide que jamais, quoi qu’en pense le régime alimentaire et divisionniste. L’union à la base se renforce de jour en jour. L’unité d’action reste notre seul credo.

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Centre informatique de Tadjourah :

Le virtuel est encore virtuel

Lors de la dernière tournée du chef de l’État à Tadjourah, les médias gouvernementaux ont généreusement rapporté les propos d’une mal élue de la région, présentée comme une actrice de développement. Les Jeunes de Tadjourah se demandent toujours si le régime se moque d’eux en vantant l’existence de ce centre informatique qui n’a jamais fonctionné.

Rappelons que le matériel informatique, offert à l’AFT par les Américains il y a plus de deux ans, n’a jamais servi. Les ordinateurs n’ont jamais été branchés et le local demeure douloureusement fermé.

De qui se moque-t-on ? Des donateurs ou des Jeunes chômeurs ? Ainsi va l’esbroufe et le gâchis du RPP.

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Assainissement du quartier 4 :

Enfin des gestes concrets

Nous avions évoqué il y a quelque temps la déplorable condition d’insalubrité imposée aux habitants du quartier 4. Nous apprenons cette semaine que, suite à une réunion interministérielle consacrée à l’insalubrité criante de notre Capitale, les pouvoirs publics auraient commencé à nettoyer ce quartier. Les mères de famille de ce quartier abandonné avaient, à plusieurs reprises, alerté les autorités, en vain.

Depuis quelques jours, des camions et une pelleteuse s’activent dans les rues devenues impraticables de ce quartier, au grand soulagement des riverains qui espèrent, cette fois-ci, que le travail sera bien fait.

La politique « Qushi » du RPP a transformé notre Capitale en dépotoir à ciel ouvert ; c’est là une réalité qui crève les yeux. Le régime en campagne réagira-t-il à temps, avant que les eaux apparemment stagnantes ne l’emportent ?

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti lundi 24 janvier 2005 de Dilleita Mohamed Moussa.

Le septuagénaire qui vient de nous quitter était une personnalité politique connue et respectée de Djibouti. Dilleita Mohamed Moussa a été député de Tadjourah durant plus de deux décennies.

Tous ceux qui l’ont connu garderont de lui l’image d’un homme bon, pieux et discret. Il laisse une importante famille composée de veuves, plusieurs enfants et petits enfants.

La Rédaction de Réalité adresse ses condoléances attristées à toute la famille de Dilleita Mohamed Moussa.

Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin.


Les comptes de la Chambre des Comptes (fin)

L’INCOHÉRENCE DES DÉPENSES DE MATÉRIEL

Les dépenses de matériel concernent les biens destinés à servir de manière durable ou ceux consommés de premier usage par les différents services des ministères. Les plus grandes anomalies constatées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, et les plus fréquentes, sont relevées dans leur consommation, qui ne respecte aucune règle des finances publiques.


Même si, dans l’ensemble, de 1996 à 2001, les dépenses de matériel ont connu une évolution à la baisse, celle-ci n’a pas été constante, connaissant en 1999 un taux de variation à la hausse de près de 60%. D’autre part, cette baisse n’a pas concerné tous les ministères.

Comme nous pouvons le constater dans le tableau retraçant ces dépenses pour l’exercice 2002, c’est l’ensemble des services de l’État qui sont en dépassement. Dans ce domaine comme dans d’autres, le mauvais exemple est montré par la Présidence, qui a plus que doublé avec un écart de près de 115%. Les magistrats de la Chambre prennent bien soin de préciser que tous ces dépassements concernent des chapitres dotés de crédits limitatifs.

Or, la loi consacrant le caractère limitatif des crédits dispose explicitement l’interdiction des dépassements. Leur caractère systématique, leur fréquence et leur importance nous conforte dans la conviction que, parce que la loi est délibérément violée (par le Parlement et par l’Exécutif) tout l’arsenal juridique et juridictionnel dont s’est doté l’État djiboutien ne constitue, pour reprendre la formule désormais célèbre d’un ministre en exercice, que des « parures institutionnelles ». Lequel ministre ne se distingue pas de ses semblables, puisque le ministère dont il a la charge ne fait pas exception en matière de dépassement.

Chacun pourra constater les disparités anormales en dotations entre les différents ministères. Entre la Présidence qui se taille la part du lion et, par exemple le ministère de l’Équipement, l’écart est du simple au sextuple, qui peut se comprendre eu égard au parc (automobile et aérien) de la Présidence qui trouve, malgré tout, le moyen d’être en pôle position en dépassement de crédit. Au total, les dépassements de crédits se chiffrent à près de 58%. Il est anormal que ces dépassements prennent de telles proportions et soient systématiques pour une seule ligne budgétaire.

Banalisées, elles traduisent un mépris du denier public dans un pays sous ajustement structurel.

Tant qu’elle se contentera de constater les anomalies et de les consigner dans un rapport, officiel ou confidentiel, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB) pourra indéfiniment verser des larmes de crocodile. Nous ne pouvons que compatir à ses états d’âme lorsqu’elle confie que :

« l’analyse effectuée sur l’exécution des dotations du Titre II –Moyens de service- laisse penser que le ministère des Finances fait peu de cas des injonctions de la Chambre et de la manière par laquelle il banalise la gestion des autorisations parlementaires. Dans le rapport sur l’exécution des Lois de Finance de 1999 à 2001, la Chambre des Comptes avait déjà soulevé ces pratiques, dont la récurrence finit par porter préjudice à la crédibilité des autorisations budgétaires. Ce manque d’intérêt est perceptible eu égard aux pratiques énumérées ci-dessous à titre d’illustration… »

Au non respect des autorisations de dépenses et son corollaire le dépassement de crédits, s’ajoutent :

– les mouvements contradictoires et incohérents des crédits : sous ou surévaluation des dotations initiales; lois de Finances rectificatives qui gonflent artificiellement et en pleine gestion les crédits initiaux; crédits sans aucun emploi reconduits dans chaque budget.

– les imputations budgétaires irrégulières : outre qu’elle constitue une infraction à la règle de la spécialité des crédits, elle a pour effet de nuire à la transparence des comptes.

La plus flagrante que nous relatons ici est le crédit de 100.000.000 FD (cent millions FD) ouvert par la loi de Finances 2002 destiné à la « Réhabilitation des zones de conflit » et consommé dans le cadre du projet de développement urbain de Djibouti. Lequel était déjà très largement doté.

Ce seul exemple de délinquance politique dénote avant tout le mépris à l’endroit des zones et des populations concernées, comme il discrédite les alliés du RPP qui, la tête plongée dans le mangeoire, ne disent mot et donc consentent.

– les avantages en nature et en espèces non réglementaires : les magistrats ayant pris note des diverses mesures tendant à ajuster les dépenses de personnel aux ressources du pays depuis plus d’une décennie, ont relevé en 2002, comme les années précédentes, de nombreuses irrégularités dans ce domaine et constaté :

« une fois de plus, que le ministère des Finances ne semble se fier ni à la réglementation, ni aux recommandations de la Chambre et qu’en dépit de tout cela, il persiste à octroyer des avantages en espèces et en nature à certains agents de l’administration qui n’y ont pas droit.» Comme de bien entendu, aucun nom de griot n’est cité.

Ajoutons que les investigations de la Chambre des Comptes ne portent curieusement pas sur les années fastes, pour certains (1995-1996) et les millions de dollars engloutis par les projets de réhabilitation (Obock notamment) et financés par le don multi et bilatéral.

Nos magistrats n’ont pas trouvé anormal que n’ait pas été versée au Trésor National la manne providentielle que constituent les loyers payés par les puissances militaires alliées présentes sur notre sol.

Les missions de la CCDB ne se limitent pas à l’assistance et au conseil du Parlement et de l’Exécutif, comme elle s’en est, sans doute à son corps défendant, contenté depuis sa création. Ni au répertoriage des irrégularités constatées et à l’émission de recommandations aux malentendants qui nous gouvernent.

Faute d’exercer ses missions juridictionnelles inhérentes à sa mission en sanctionnant les infractions commises et leurs auteurs ( de la condamnation à l’amende à la poursuite judiciaire, en passant par la mise en examen et la sanction administrative, la Justice dispose d’un large éventail de moyens pour obliger l’Exécutif et les justiciables à se conformer à la règle), la CCDB est appelée à être un ornement de plus dans les parures institutionnelles et à laquelle semble la destiner le sommet de l’État.

Mais le travail de fourmi exécuté par les magistrats ne sera pas tout à fait vain : son rapport général public n’étant pas tombé dans l’oreille que de malentendants du pouvoir, « Réalité » en ayant pris bonne note, nous ne nous lasserons pas d’œuvrer, d’une manière ou d’une autre, à l’observance de ses recommandations ; pour faire de notre pays ce qu’il doit être : un État de droit.

 


Cautionner la fraude ? Non merci !

La stricte application du principe de réciprocité aurait voulu que nous n’écrivions pas cette lettre : depuis les élections législatives de janvier 2003, le régime s’est inscrit aux abonnés absents en refusant impoliment de répondre aux lettres de l’UAD. Que ce soit le chef de l’État ou son ministre de l’Intérieur, ils n’étaient apparemment pas au courant qu’une opposition digne de ce nom puisse exister ici. Surtout que l’organe de presse du parti au pouvoir affirme sans hésiter que l’opposition djiboutienne est antinationale : pourquoi donc nous avoir alors autorisé à exister et pourquoi nous tolérer encore ? Toujours est-il que, par courrier adressé à chacun des partis regroupés au sein de l’UAD, le ministre de l’Intérieur nous a gentiment invités à participer à la prochaine malversation de la prétendue Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Invitation à laquelle l’UAD a répondu par le courrier ci-dessous reproduit.


 


Le prix d’achat

JE T’ACHÈTE, TU TE VENDS

Nous avons toujours dit que ce régime n’était pas tribaliste : il est tout bêtement méchant. Surtout quand des prétendus opposants le rejoignent parce qu’une posture d’opposition ne rapporte rien financièrement, à eux ou à leur famille. Et tant pis pour ceux qui, naïvement, avaient pensé comprendre que ces opposants de circonstance défendaient une cause dans laquelle tous nos concitoyens se reconnaîtraient. C’est ce que dénonce ce communiqué du président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH).


Djibouti, le 24 janvier 2005

Au Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale.

Monsieur le Ministre,

Dans le cadre de la solidarité nationale, je tiens à attirer votre aimable attention sur le licenciement abusif de Monsieur Hassan Ali Djama qui a pris en plus l’allure d’une disparité inadmissible doublée d’un flagrant délit de discrimination sociale avec la réintégration pour des raisons uniquement familiales du fils de M. Ahmed Boulaleh. Intégration qui fait suite au ralliement du PSD à la Mouvance Présidentielle.

C’est triste de l’écrire mais hélas c’est la stricte vérité.

Rappelant :

Que monsieur Hassan Ali Djama, fils de famille modeste, ainsi que Fayçal, le fils d’Ahmed Boulaleh Barre ancien Ministre de l’Intérieur puis de la Défense, homme d’affaire très important, ont travaillé tous les deux au Trésor National durant la période de cinq ans de privation des droits civiques de l’ancien opposant ;

Que M. Fayçal Ahmed Boulaleh et M. Hassan Ali Djama durant une période de dépression ont été hospitalisés à l’Hôpital Peltier en 1999 ;

Que, malgré les certificats médicaux, une Décision de révocation du 10 avril 2000 prise par le Président de la République, stipule en ses articles 5 et 6 :

Article 5 : M. FAYCAL AHMED BOULALEH inspecteur 2 classe – 5° échelon du Corps du Trésor et des Contributions, en service au Trésor National, est révoqué de son emploi à compter du 1er janvier 2000.

Article 6 : M. HASSAN ALI DJAMA, contrôleur 2 classe- 5° échelon du Corps du Trésor et des Contributions, en service au Trésor National, est révoqué de son emploi à compter du 1er janvier 2000.

Que malgré le certificat médical de reprise du Travail aucune considération n’a été donnée suite à cet abus de pouvoir !

Que les raisons de ces licenciements ne visaient uniquement que le fils d’Ahmed Boulaleh ancien Ministre de la Défense nationale, puis traîné et jeté en prison, tandis que Hassan Ali Djama dont le père est un simple retraité apolitique a été victime d’une injustice « collatérale » du fait qu’il a travaillé dans le même service et surtout qu’il était hospitalisé et en congé de maladie, tout comme le jeune Fayçal, à la même époque ;

Que dans le cadre des négociations entre d’une part, le Président du Parti RPP, et d’autre part, MM. Moumin Bahdon et Ahmed Boulaleh respectivement Président et Vice-président du GDR puis ensuite du PSD, seul M. Fayçal Ahmed Boulaleh a bénéficié de la réintégration dans son service d’origine, alors que M. Ahmed Boulaleh s’était engagé en ma présence lors d’une réunion des responsables du GDR d’insérer dans ses négociations la situation de ses fils AMIN et FAYCAL ainsi que le jeune HASSAN ALI DJAMA qui avait été abusivement révoqué comme son fils et ce dans le cadre des répressions politiques contre les familles des opposants;

Que jusqu’à présent, malgré les différentes promesses des membres dirigeants du PSD le statu quo persiste sur la réintégration de M. HASSAN ALI DJAMA. Aucune poursuite judiciaire pour abus de pouvoir et prise de Décision non seulement hâtive mais surtout arbitraire, n’est possible car la juridiction concernée est totalement muselée ;

Qu’il est bon à faire remarquer que Monsieur Hassan Ali Djama est très connu à Arta pour avoir vécu lorsque son père y travaillait, et qu’il est très apprécié par les jeunes des quartiers où vous et votre collègue des Affaires Etrangères seront prochainement appelés à faire campagne pour votre candidat lors des prochaines élections présidentielles.

POUR CES RAISONS

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) vous saisit Monsieur le Ministre et vous demande d’intervenir auprès du Chef de l’Etat, afin que justice soit faite en réintégrant dans son corps d’origine M. Hassan Ali Djama ;

La LDDH lance un Appel pressant à la Communauté nationale et internationale pour que cessent ces discriminations à caractère sociales voire tribales ;

La LDDH demande à la FIDH, à Amnesty Internationale, au Haut Commissariat des Droits de l’Homme, à l’UIDH et au BIT de faire pression afin d’accorder la Totale Indépendance à la Justice en République de Djibouti, et d’exiger, notamment la relance de la Juridiction habilitée à pénaliser toutes les formes d’Abus de pouvoir. Dans le cas contraire prévoir une juridiction internationale pour sanctionner de tels abus.

Avec mes sentiments déférents et amicaux

Signé : NOEL ABDI Jean-Paul

Pour information :

Le Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme ;

Le Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, des Relations avec le Parlement.


Pour notre part, étant donné que le salaire de certains membres de notre Rédaction a été suspendu dès la parution de notre journal, il est de notre devoir de dénoncer cette prime à la reptation par laquelle le régime veut favoriser tous ceux qui, sans état d’âme le rejoignent en sacrifiant les sacrifices consentis par les autres.

De plus, le ministre de l’Intérieur nous ayant gentiment invités à cautionner la pitoyable facétie de la CENI, nous ne pouvons manquer de rappeler les propos du président de la LDDH qui, y ayant participé au nom du parti dont il se désolidarise aujourd’hui, avait reconnu dans une interview publiée par notre journal qu’« Il n’y a jamais eu de rapport final officiel… Le rapport final a tout simplement été soumis au président de la République avec « un chèque en blanc » de la Commission Électorale Nationale Indépendante » Inutile d’insister.


Ne jamais oublier Auschwitz

Le monde commémore demain 27 janvier le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz. Pour mieux marquer la gravité de l’instant, et inviter toute la planète à un devoir de mémoire constamment actualisé par les génocides qui menacent encore, l’Assemblée générale de l’ONU a, pour la première fois, tenu à s’associer à l’événement. Car la dénonciation du sionisme qui opprime le Peuple palestinien ne peut aucunement servir de prétexte pour le négationnisme qui tente vainement de nier l’Holocoste.


« Et j’aimerais maintenant le dire en ce jour mémorable peut-être pas seulement pour nous, Allemands : j’ai été dans ma vie très souvent prophète et ai été le plus souvent raillé. À l’époque de mon combat pour le pouvoir, c’était en première ligne le peuple juif qui accueillait avec des rires mes prophéties selon lesquelles je serais un jour, en Allemagne, à la tête de l’État, que, par là, je prendrais en charge le peuple tout entier et qu’ensuite, parmi bien d’autres problèmes, je donnerais également une solution au problème juif. Je crois que ce rire, à l’époque retentissant, du judaïsme en Allemagne a été sur ces entrefaites déjà ravalé dans la gorge. Je veux à nouveau aujourd’hui être prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, et par là la victoire du judaïsme, mais au contraire l’anéantissement de la race juive en Europe » Ainsi parlait Adolf Hitler à la tribune du Reichstag le 30 janvier 1939.

«Parmi les quelque 10 millions de juifs européens se trouvent, selon mon impression, au moins 2-3 millions d’hommes et de femmes tout à fait aptes à travailler. Au vu des extraordinaires difficultés auxquelles nous pouvons nous attendre sur la question du travail, mon point de vue est que ces 2-3 millions de personnes sont dans tous les cas à retirer et à conserver. Bien entendu, cela ne vaut que si on les rend en même temps incapables de se reproduire. Il y a à peu près un an déjà, je vous avais indiqué que certains de mes mandataires avaient réalisé toutes les expériences nécessaires pour atteindre ce but. Je voulais rappeler une nouvelle fois cet état de fait. Il n’est pas question, dans ce cas, de stérilisation du type de celles pratiquées sur des dégénérés, parce qu’elles sont aussi voraces en temps qu’en argent. Une castration par rayon X, cependant, n’est pas seulement relativement peu coûteuse, mais peut aussi être appliquée sur des milliers et des milliers de personnes dans le temps le plus bref. » Ainsi suggérait froidement Victor Brack dans une lettre en date du 23 juin 1942 adressée à Himmler.

Mais c’est à la Conférence de Wannsee, tenue le 20 janvier 1942, que fut systématisé le génocide du Peuple juif : la purification de l’espace vital allemand devait impérativement passer par la déportation des quelque 11 millions de Juifs d’Europe. Dans sa volonté s’instaurer un 3ème Reich « nettoyé des Juifs », Hitler conçut la « solution finale » après que d’autres alternatives eurent échoué, dont la déportation vers Madagascar. C’est avec l’occupation de la Pologne que des camps d’internement ont été installés ou agrandis, dont celui tristement célèbre d’Auschwitz-Birkenau, libéré par l’Armée soviétique le 27 janvier 1945.

Les massacres à la mitrailleuse étant trop artisanaux et pas assez rentables, ces camps étaient destinés à donner une dimension industrielle à la folie meurtrière nazie. Ainsi, à Auschwitz-Birkenau, plus d’un million de personnes furent exterminées : 960.000 juifs, 75.000 Polonais, 21.000 Tziganes et 15.000 prisonniers de guerre soviétiques. Mais ce camp n’était pas le seul à accueillir les convois de condamnés à mort déportés de toute l’Europe : Treblinka (750.000 victimes), Belzec (550.000) Sobibor (200.000), Chelmno (150.000), etc. Et dire qu’il a fallu attendre les années soixante pour que les témoignages des rescapés de ces camps d’extermination soient enfin pris en considération et donnent toute la mesure de l’horreur.

Dès leur arrivée à Auschwitz, les prisonniers étaient sélectionnés en fonction de leur endurance physique. Les plus résistants servaient de main-d’œuvre à Auschwitz I et dans les usines de la région ; tous les autres, c’est-à-dire l’immense majorité, étaient immédiatement tués, jusqu’à 20.000 par jour, au Zyklon-B ou dans des fours crématoires, dans d’atroces douleurs. Au total, ce seront près de six millions de juifs qui auront été tués dans ces camps d’extermination.

C’est pour rappeler la permanence de cette folie génocidaire que les Nations Unies ont tenu à participer cette année au soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz. Parce que l’Holocauste, « Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons consigner dans un passé lointain et oublier. Le mal qui a exterminé six millions de juifs, et d’autres, dans ces camps, est le même qui nous menace encore tous aujourd’hui » a rappelé Koffi Annan.

Ce rappel de l’Histoire prend une dimension particulière, à l’heure où s’enlise le processus de paix au Proche-Orient : au prétexte de se défendre contre un terrorisme qui n’est que l’expression désespérée de la résistance, l’État sioniste perpètre quotidiennement des crimes ordinaires qui sont autant d’arguments au service des négationnismes de tous bords.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

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Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (5)
  4. Courrier des lecteurs
  5. Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »
  6. Graner contre Graner
  7. Le soldat, le ministre et le député
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 122

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

QUI EST AGABA ?

C’EST LE RPP !

Plus que le pouvoir en place, dont la machine à frauder est rôdée depuis longtemps, la jeune opposition démocratique est aujourd’hui à un tournant historique. Au diapason des aspirations populaires, étouffées par la farce électorale du 10 janvier 2003, l’UAD doit désormais renouer avec la vigueur militante qui était celle de tous les partis politiques légaux avant l’Indépendance. Pour réussir dans cette entreprise véritablement de salut public, il ne s’agit pas de pompeusement rédiger un volumineux programme politique, ce qui est à la portée de n’importe quel scribouillard voulant sacrifier aux normes d’une démocratie qui n’existe pas à Djibouti. Non, dans un pays où la pauvreté s’installe dans une dramatique banalité, il s’agit de démontrer en quoi ce dont se nourrit le partisan RPP porte atteinte à l’intérêt général qui est la base minimale de toute coexistence pacifique à l’intérieur d’un même espace territorial. Et, parce que toute mobilisation supposant prise de conscience des enjeux, l’illustration par l’exemple concret vaut mieux que l’invocation de Hobbes ou la nostalgie de Rousseau.

Ainsi, le régime a réquisitionné tous ses moyens aériens pour convoyer depuis Djibouti-ville de centaines de figurants devant peupler les rues d’Obock mardi dernier à l’occasion d’une représentation gratuite du cirque présidentiel au prétexte d’un Conseil des ministres errant, à défaut d’être décentralisé ou même délocalisé. Tout le monde sait parfaitement que le carburant englouti par les multiples rotations de cet aéronef n’a pas été acheté avec l’argent du parti au pouvoir : c’est le contribuable djiboutien qui a payé, encore une fois, pour cette exhibition partisane que les médias d’État présenteront comme nationale.

Tout le monde sait parfaitement, par ailleurs, que plus aucun district de l’Intérieur ne bénéficie depuis longtemps de la moindre évacuation sanitaire par voie aérienne : il serait plutôt demandé aux nécessiteux d’acheter le gasoil pour l’ambulance, quand il ne s’agit pas d’un pneu. Et ne parlons même pas de la vedette-ambulance, achetée par l’OPS, réquisitionnée par l’Armée, mais en réalité destinée à servir dans le cadre du projet de Doraleh.

Donc, c’est bien là la preuve que ce régime ne perdure pas uniquement par la seule répression brutale : il ne peut se maintenir qu’en rendant certains de nos concitoyens, souvent les plus mendiants, complices de tous ses abus : détournements des deniers publics, usages privés de biens sociaux, corruption, faux témoignages, etc. C’est le Peuple volant le Peuple !

Là est le plus grave ressort de toute cette servitude volontaire, qui permet à l’oppression de continuer sa néfaste survie : le partisan RPP, chef du parti en tête, est un dangereux Agaba assuré d’une impunité d’État : on dit «Qushi» en somali et «Rien A Foutre» en français.

Inutile de croire que ces partisans complices de vol ignorent le crime qu’ils commettent ainsi contre l’Unité nationale par leur pitoyable soumission : ils se savent pertinemment au service d’un parti travaillant méthodiquement sur le registre de la plus rétrograde concurrence tribale.

Dans ces conditions, tout citoyen en paix avec sa conscience et soucieux de ne pas condamner ses enfant à l’exil, devra très bientôt choisir, avec toutes les implications à court terme : soit tolérer cette inévitable destruction de l’Unité nationale, soit reconnaître qu’un pays, et a fortiori une ville-Etat, ne peut se développer au détriment des autres membres, supposés inséparables et condamnés à vivre ensemble, contrairement aux illusions de tel projet comme celui de l’improbable port de Doraleh.

La question est donc simple en définitive : voulons-nous continuer à vivre séparément, comme le prétendait le régime d’apartheid d’Afrique de Sud avant Nelson Mandela, en une poussière polluante d’individus cloisonnés dans de mesquins intérêts claniques, comme l’exige ce régime ? Ou alors travailler ensemble à construire une Nation ne lésant aucune de ses composantes et respectueuse de sa diversité, comme le souhaite l’opposition démocratique regroupée au sein de l’UAD ?

Nul doute que nos concitoyens sauront faire le bon choix à l’heure de vérité, qui n’est pas celle des urnes : il en va de notre survie. A condition de faire barrage à tous les véritables Agaba : ceux du RPP. Eux qui trouvent normal que l’aide alimentaire soit systématiquement détournée, même au sommet de l’État, même celle destinée aux cantines scolaires. C’est à toute une immoralité banalisée qu’il nous faut mettre un terme : il n’y a pas à hésiter !


Brèves nationales

Visite présidentielle à Obock :

Échec et mat !

La tournée de campagne du candidat solitaire dans la ville d’Obock n’a pas été une promenade de santé. Les Obockois ont ostensiblement boudé le carnaval du RPP. Seuls les malheureux écoliers obligés de sécher leurs cours, quelques notables et fonctionnaires réquisitionnés ont été mobilisés pour applaudir au passage du candidat fatigué, venu inaugurer des logements en forme de cages à poules, construits sur financement européen et l’école yéménite où trône déjà son portrait géant. Quant au matériel de pêche fourni à la pêcherie d’Obock, les Obockois savent que ce pseudo cadeau présidentiel est en réalité le don d’un généreux commerçant djiboutois. Comme d’habitude, les seuls cadeaux entièrement financés par les deniers publics, que le régime condescend à distribuer à nos concitoyens d’Obock ou d’ailleurs, c’est le khat.

Pour le reste, le rituel demeure inchangé : les murs d’Obock étaient couverts de graffitis hostiles au régime et dénonçant la démagogie, tandis que les notables convoqués, bousculés par les forces de sécurité fébriles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs doléances.

*

Reprises des insultes officielles :

«Le Progrès» steward du Boeing présidentiel ?

Cela faisait longtemps que l’organe de presse du parti unique au pouvoir n’avait pas proféré des insultes aussi crues contre l’opposition. Les rares et éventuels lecteurs du « Progrès» ont peut-être raté son numéro, essentiellement consacré aux élections dans les annexes du parti au pouvoir,

Toujours est-il, qu’apparemment blessé par une de nos récentes publications, voici que « Le Progrès » renoue avec sa tradition d’invective. Se voulant pourtant d’une tolérance incurable, il s’estime obligé de dénoncer « les écrits de ces apprentis sorciers, DAF et les enfants Dini» qui seraient selon lui « symptomatiques de ces graves manquements à l’honneur et à la dignité de ceux que le peuple a choisi. » Notre crime ? Ce serait de diffuser « une information programme qui n’épargne, chaque semaine qui passe, ni l’État, ni les personnes qui en incarnent l’autorité, ni le Chef de l’État quand ce n’est pas la Première Dame du pays. »

Nous retournerons donc à cette plume ses propres arguments, selon lesquels il ne s’agit pas ici d’un « écrit polémique, la polémique étant un ressort du débat démocratique ». Que nous reproche-t-on vraiment ? D’avoir écrit qu’en se déplaçant inconsidérément à bord du Boeing présidentiel, la Première dame se rendait coupable d’usage privé d’un bien public ? Ce n’est pas la première fois que nous le dénonçons, sans oublier de rappeler qu’un tel abus trahit surtout un malaise au sommet de l’État : elle n’a aucunement détourné cet avion !

Mais certainement plus que cela, c’est le rappel des origines du conflit qui a agacé notre triste confrère : l’ancien chef de l’État a bel et bien été un brutal chef de guerre tribal et son neveu a bel et bien été son bras armé. Si nous osons rappeler cette vérité incontournable, c’est uniquement parce que nous estimons qu’aucune paix véritable ne peut se fonder sur l’occultation des origines de la guerre. En les niant, seul le régime cherche en l’ancien dictateur un bouc émissaire pour les problèmes actuels.

Que nous sommes les premiers à regretter : Gouled ne doit nullement être tenu pour responsable d’avoir violé l’accord de paix du 12 mai 2001. Tout comme, en tant que partie signataire, il est de notre responsabilité d’en prendre acte.

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Le régime censure RFI :

La démocratie pastorale en pratique ?

La République de Djibouti, îlot francophone de la Corne de l’Afrique, terre de rencontres et d’échanges, pays dont le chef de l’État rappelait encore le caractère dans une récente interview accordée à « Jeune Afrique/L’Intelligent» en affirmant que pour ses concitoyens la francophonie était « une seconde nature », a-t-elle basculé dans une censure nationale et internationale de l’information ? La question mérite d’être posée, au regard du raidissement observé ces derniers temps. Les auditeurs djiboutiens de la radio mondiale française RFI ne peuvent plus capter sur FM cette chaîne radiophonique depuis le 12 janvier.

Ce n’est pas la première fois que les autorités djiboutiennes, particulièrement frileuses à propos d’une sombre affaire empoisonnant leurs relations avec Paris, se permettent de brouiller ou de suspendre les émissions en FM de cette radio, que le journal gouvernemental « La Nation » compare sans hésiter à celle des « Mille collines ».

La propagande sur la prétendue démocratie pastorale vient de rencontrer ses limites externes : en privant les auditeurs djiboutiens de la réception en FM de RFI, par la désactivation de son relais local pour lequel il perçoit pourtant de substantielles redevances, le pouvoir djiboutien ne plaide pas en faveur de son innocence dans l’affaire Borrel.

La frilosité du grand chef, constatée depuis bien longtemps, semble gagner tout un appareil d’État sommé de suivre et d’être complice. Après les basses attaques contre la presse d’opposition, la réduction au silence de RFI indique clairement que, loin de la sérénité proclamée, le régime RPP et son chef de file, le candidat solitaire sont plus instables que jamais.

Pour le salut de notre pays, et sans nous immiscer dans cette affaire de justice, oeuvrons ensemble à les pousser vers la porte de sortie : plus qu’une puissance étrangère, nous en serons certainement les principaux bénéficiaires.

*

Insalubrité publique :

L’UNFD désigne les coupables

A la pointe du combat contre l’insalubrité criante qui défigure notre Capitale, les dynamiques militantes de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) dirigée comme il se doit en tout despotisme subtropical par l’épouse du chef de l’État, se seraient retrouvées le 8 janvier dernier à l’occasion d’une journée de sensibilisation baptisée « action des femmes pour une ville propre ».

Selon notre confrère « La Nation » qui rapporte l’événement, les femmes djiboutiennes, militant au sein de cette organisation qui n’hésite pas entre la politique partisane et la promotion du genre, auraient été confrontée à une réalité qui est malheureusement la nôtre : « Djibouti est devenue un dépotoir à ciel ouvert et la situation perdure du fait d’un manque de civisme latent de la part de la femme djiboutienne, de la mère de famille qui est en fait celle qui est à l’origine de la poubelle et des ordures ménagères. »

Pauvre ménagère djiboutienne ainsi injustement épinglée : la scandaleuse saleté de notre Capitale serait donc due à sa coupable négligence ! C’est parce qu’elle aurait abandonné son balai et sa corbeille que notre ville serait devenue le dépotoir dont nous souffrons : et tout cela affirmé par l’UNFD, organisation-phare de l’émancipation féminine version RPP.

Il devait vraiment s’amuser, le directeur des services techniques du district, présent à ce conclave féminin d’auto flagellation, lui dont les services sont incapables, pour cause de prédation, de mettre à la disposition de ces femmes (de ménage) productrices d’ordures, des bacs et camions-bennes pouvant accueillir leurs forfaits.

Honte à ce régime misogyne de mauvaise gouvernance, préférant culpabiliser les citoyennes et les citoyens, au lieu d’assumer des responsabilités de salubrité publique pour lesquelles il collecte pourtant des taxes. Chacun le sait : l’insalubrité est avant tout causée par la démission des pouvoirs publics, n’en déplaise aux femmes savantes de l’UNFD, cinquième parti de la mouvance présidentielle.

*

Le nouveau Code de la famille rejeté :

Non aux cadis déracinés !

Parmi les sujets problématiques qui, à Tadjourah comme à Obock, attendaient le chef de l’État, figurait la réforme du Code de la famille. En vertu de cette nouveauté dont la prétention modernisante n’a d’égal que le décalage par rapport aux réalités nationales, des cadis nommés par le régime officieront désormais dans tous les recoins du pays pour célébrer les mariages ou pour constater les divorces.

C’est dans ce cadre que, s’autorisant d’un prétendu concours dont beaucoup de postulants n’ont même pas entendu parler (à part les ministères concernés), des cadis ont été nommés pour les districts d’Obock et de Tadjourah.

Le seul problème, c’est que ces heureux agents de l’État, absolument intégrés dans le milieu qui leur a ainsi été désigné, souffrent d’un blues bien compréhensible, quoique faisant le malheur des administrés. Car, et cela beaucoup plus dans certaines composantes de notre communauté nationale, le mariage est avant tout une affaire tribale : il ne viendrait pas à l’idée de tout le monde de demander à un cadi ne parlant pas la langue d’officier une cérémonie dont les implications dépassent la seule rencontre entre un homme et son élue.

De fait, en cas de litige, souvent à l’ordre du jour, les familles ayant contracté ce lien se tourneront inévitablement vers l’officiant : bonjour le surplus de difficultés s’il ne connaît rien aux procédures coutumières qui, souvent plus que le canon musulman, sont invoquées pour tout règlement. Et inutile de prétendre, comme l’a maladroitement tenté le chef de l’État, que des traducteurs appointés combleront cette lacune.

Son Excellence El Hadj honoris causa veut donc envoyer partout dans le Nord des cadis venus d’ailleurs : osera-t-il en faire autant pour le Sud ? Pour le moment, force est de déplorer que ce brassage au nom de l’Unité nationale ne soit pas une réalité en ce qui concerne les représentants de l’État dans les régions.

*

Sud-Ouest :

Yoboki condamné à la soif ?

En raison de la panne d’une motopompe que la mauvaise gouvernance semble incapable de réparer ou de remplacer, les habitants de Yoboki, gros village du district de Dikhil, sont condamnés à la soif. Ainsi, depuis plus de dix jours, l’eau courante a disparu de cette localité particulièrement courtisée en octobre 2003. En attendant que le docteur honoris causa en campagne trouve une solution miraculeuse au problème de la soif à Yoboki, les milliers d’habitants de cette bourgade en sont réduits à faire la queue devant les rares camions-citernes de passage, venant de Dikhil.

A l’heure où le sourcier national se vante d’avoir découvert de l’eau sur le haut du plateau du Day, après avoir déversé des centaines de millions de nos francs pour faire venir de l’eau de Garenlé à 17 kilomètres en contrebas, qu’attend-il également pour sauver les habitants assoiffés de Yoboki ?

*

Misère de l’Ecole publique :

Accès, équité, qualité ?

Le ministre de l’Éducation nationale et sa délégation se sont rendus à Dikhil le 16 janvier dernier pour constater que, comme partout ailleurs, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, la réalité des écoles rurales reste préoccupante. Ainsi, l’école de Dawdawya dans la région de Yoboki est un exemple frappant du mépris officiel en matière d’éducation dans les zones rurales.

Dans cette école de trois classes, comptant chacune une trentaine d’élèves, seuls deux instituteurs sont contraints à prendre en charge près d’une centaine d’élèves. Le ministre de l’Education considère-t-il que l’accès équitable de l’enseignement et sa qualité sont assurés dans ces conditions? Pourtant, la presse gouvernementale avait, avec zèle, expliqué que tels étaient les objectifs poursuivis par les forums décentralisés tenus dans les différents districts de l’Intérieur.

Pendant ce temps, le chef de l’État et son pote le ministre de l’Éducation nationale, se permettent d’inaugurer des écoles de six classes construites par une organisation de bienfaisance yéménite, osant même pompeusement les baptiser lycées. Où a-t-on vu des lycées composées de six salles ? Au fait, combien de classes existent au lycée privé Guelleh Batal ?

A croire qu’elle participe activement à la déperdition scolaire. Pour l’heure, tout le monde est heureusement conscient que cette politique est condamnée à l’échec.


Les comptes de la Chambre des Comptes (5)

L’ANARCHIE DANS LES ETABLISSEMENTS PUBLICS

Il n’y a pas que l’administration centrale qui soit gangrenée par la mauvaise gouvernance. Dotés d’un conseil d’administration comme organe délibérant censé être indépendant de tout pouvoir politique ou économique, les établissements publics à caractère industriel et commercial (E.P.I.C) n’échappent pas à cette plaie, comme l’attestent les anomalies relevées dans les entreprises auditées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB)


Dans son rapport, la CCDB commence par constater que le gouvernement ne respecte pas les lois qu’il a lui-même édictées et relatives aux conditions de privatisation. A la loi n°130/AN/97 définissant quatre modalités de privatisation (cession d’actifs, cession de capital, transfert de l’exploitation et concession) a succédé la Loi-programme n°12/AN/98, plus restrictive et réduisant ces modalités à une seule : la cession d’une partie du capital après création d’une société anonyme de droit privé. Si cette modalité n’a pas du tout été respectée parce que le mode de privatisation privilégié du gouvernement reste la concession. Il est à souligner par ailleurs, les différentes cessions des entreprises publiques s’étaient faites dans une totale opacité en ce sens que certaines d’entre elles en bonne santé financière ont été bradées, comme par exemple la Pharmacie de l’indépendance.

Nous le savions déjà, la mauvaise gouvernance étant le mode de gestion des deniers publics, la Chambre des Comptes en dehors de l’énumération des défauts administratifs de ces établissements ne quantifie pas les conséquences économiques et sociales des dérapages de leur direction. Ce qui est grave puisque les modifications des textes antérieurs régissant les Conseils d’Administration qui ne sont plus présidés par les Ministres de tutelle, n’ont rien changé dans le fonctionnement anarchique de ces établissements. Quoiqu’il en soit, la désastreuse situation financière, en l’absence de tout contrôle en amont comme en aval, contribue à la perpétuation des gestions plus que douteuses des directeurs dont certains restent inamovibles.

Ne dit-on pas que «si la tête ne va pas, rien ne va».

La Chambre constate seulement l’état de déconfiture de ces entreprises dû principalement aux manquements des directions et des Conseils d’Administration. Or, il est curieux de la voir citer des paiements d’honoraires aux administrateurs sous forme de primes exceptionnelles. Elle écrit: «les membres de certains conseils d’administration perçoivent des honoraires sous forme de primes exceptionnelles contrevenant ainsi aux dispositions légales». Même si les magistrats ne nous disent rien du montant de ces primes exceptionnelles, elles doivent quelque peu grever le budget de ces établissements, quand nous savons que les conseils d’administration se réunissent au moins trois fois par an.

Les graves anomalies relevées par la Chambre n’ont pas de quoi surprendre puisque les Directions et les Conseils d’Administration, tous deux responsables de cette situation, demeurent inamovibles. Quelle responsabilité peut-on donc attendre des Comptables de ces sociétés d’État.

Certes, une entreprise étant un tout, les dérapages financiers accentués par la mauvaise gestion des responsables ne peuvent certainement pas garantir une rentabilité quelconque, ni une trésorerie positive.

La Chambre n’ayant toujours pas cité objectivement l’origine du mal, l’absence des pièces comptables et les passations de fausses écritures ne peuvent suffire. Il faut clairement désigner les fautifs et préconiser les décisions indispensables pour un redressement de la situation des établissements publics.

C’est la permanence de la mauvaise gestion depuis bientôt 30 ans qui assure ce que la Chambre des Comptes qualifie timidement de camouflage des dépassements des crédits qui se situeraient à environ 20% des prévisions. Or, tout un chacun sait qu’outre le train de vie des responsables de ces sociétés, l’État aussi s’en sert à l’occasion, y compris jusqu’à épuiser leurs ressources financières pour les guerres contre ces citoyens comme des voisins.

Ces contrôles de la Chambre manquent de sérieux. Les dépenses, remarque-t-elle, sont allégrement violées: fausses factures, faux bons de commande, absence de recouvrement des créances… Pourquoi les contrôleurs de la Chambre n’ont pas procédé à utiliser la méthode de contrôle à travers la réciprocité des comptes ? Ils auraient pu ainsi déterminer la part des malversations dans les dépenses de ces sociétés, mais aussi dégager la trésorerie supposée effective de celles-ci, dans une gestion saine. Point important qui sauverait peut-être certaines sociétés utilisatrices permanentes des multiples financements bancaires dont les frais pèsent et handicapent lourdement tout investissement et donc tout développement. A ce sujet, dans la déontologie bancaire (il y a en une), le financement accordée à des entreprises défaillantes constitue un délit, puisqu’il contribue à précipiter leur faillite.

Nous aurions souhaité un peu plus de sérieux et franchise en plus du dégagement de décisions susceptibles d’assainir l’état de délabrement économique, financier et social des établissements publics. Dès lors, les recommandations de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire se veulent comme un programme de moralisation de la vie publique auquel ne peuvent qu’adhérer les responsables, mais qui risque de rester lettre morte tant que fera défaut une volonté politique au sommet de l’État. Comme c’est le cas actuellement.


Courrier des lecteurs

OBOCK : ENCORE LE BLOCUS

En guise de contribution à la visite du chef de l’État à Obock, un jeune chômeur de ce district nous a fait parvenir ce courrier. Peut-être était-il persuadé que le cirque présidentiel en déplacement ne le laisserait par s’exprimer ? Merci de nous accorder votre confiance.


Ces derniers temps, AIR-FAD assure la desserte aérienne de Tadjourah et d’Obock, deux fois par jour. Dès son premier vol, un certain journal avait bel et bien précisé que c’était un signe de la campagne pour la présidentielle. Ce qui semble absolument vrai, tant cette région est oubliée par le gouvernement comme par l’ensemble des médias, y compris votre organe de presse, qui ne relate qu’occasionnellement sa détresse sans fin.

A l’heure où la femme et l’enfant sont des priorités partout dans le monde, des mères et leurs progénitures n’ont pas ici la considération que les ravisseurs du RPP accordent aux plantes vertes sur le terrain de décollage d’AIR-FAD. Une fois arrivé l’aigle provenant d’Éthiopie et transportant à son bord la ration quotidienne de khat, toutes les listes de passagers enregistrés sont annulées.

Et les rares mères retenues par miracle avec leurs bébés ne doivent surtout pas déranger les piles de khat occupant une place de choix. Pour son confort, les listes de passagers sont souvent réduites à 16 personnes. Cela leur est égal que ces bébés meurent de faim ou de soif.

Je n’évoquerai pas la falsification de ces listes, tout comme je n’évoquerai pas la discourtoisie envers les passagers : les militaires ne font ni dans le commercial, ni dans l’humanitaire. En fait, ces liaisons servent principalement aux ravisseurs du RPP qui regagnent Obock avec leurs rations de la plante verte.

Plus gravement, il y a environ deux mois, une jeune femme enceinte de plusieurs mois et atteinte d’hémorragie interne, avait été hospitalisée au dispensaire d’Obock. Constatant qu’elle avait déjà perdu trop de sang et qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle ici, les responsables médicaux ont pris la décision de procéder à son évacuation sanitaire par voie aérienne sur la Capitale.

Au moment où l’avion s’apprêtait à atterrir sur le terrain, de hauts responsables du district et de la Santé l’accompagnèrent pour insister sur le caractère urgent et vital de son évacuation, afin que le pilote accepte de la prendre à bord. Détestant l’imprévu, la seule réponse de ce pilote fut qu’une fois arrivé à Djibouti, il en référerait à ses supérieurs mais que, pour ce vol, il lui était impossible d’embarquer la malade, la liste étant close. Que sa vie était en danger ne constituait pas pour lui un cas de force majeur. Pourtant, qu’y a-t-il de plus important que de venir au secours de son prochain et même de sauver une vie ?

Un autre jour, l’avion arriva à Obock aux environs de 15 heures, avec à son bord les inévitables rations de plantes vertes. A la descente des passagers, on remarqua enfin qu’une femme enceinte (et sous perfusion) avait beaucoup de mal à respirer, à cause de la promiscuité et de l’encombrante cargaison de khat. Or, ce même jour, un hélicoptère avait été mis à la disposition d’une autre campagne se déroulant à Khor-Angar et transportant lui aussi du khat.

Mardi, le Président de la République débarquera à Obock, sans se rendre compte de l’état réel de ses concitoyens dans ce district. Concitoyens dont il attend pourtant un accueil chaleureux. En marge de cette visite, de courtoisie dira-t-on, il procèdera à l’inauguration d’une école islamique entièrement financée et construite par le Yémen ; qui sera plus tard transformée en un lycée, paraît-il : on aperçoit déjà la photo de notre chef d’État sur un mur de l’enceinte.

Ce que nous ne comprenons pas ici, c’est le pourquoi de toutes ces gesticulations de la part d’un Président de la République qui, grâce aux fraudes, n’a rien à craindre des urnes. D’autant plus que l’opposition qui le gênait a fait savoir qu’elle ne participerait pas à la prochaine élection présidentielle.

Pour l’heure, tout est fin prêt à Obock pour le recevoir : les écoliers doivent être dans la rue poussiéreuse à applaudir, eux auxquels est pourtant refusée l’aide alimentaire fournie par le Programme Alimentaire Mondial destinée aux cantines scolaires. Il entendra quelques notables ou autres personnages le remercier de tous ses efforts en direction d’Obock dans le cadre de la Réhabilitation.

Parlons-en, justement. Pour nous Obockois, la Réhabilitation est uniquement le fruit de l’accord de paix du 12 mai 2001 et son financement par la communauté internationale a été sabotée par le gouvernement djiboutien. Avant le 7 février 2000, la ville et la région d’Obock étaient considérées comme des zones de guerre : prétendre qu’un effort de réhabilitation aurait suivi la paix de 1994 est donc totalement fantaisiste. Nous en savons quelque chose, qui avons dû fuir nos maisons et abandonner nos biens pillés par les troupes gouvernementales, avec quelques civils assassinés au passage. Pour ce qui est de la Réhabilitation actuelle, observons déjà que toutes les maisons prévues ne sont pas construites.

Mais il y a pire : les quelques logements en construction n’ont qu’une seule chambre ! Sans évoquer le fait que, faute de ciment en quantité suffisante, certaines portes d’entrée sont déjà à terre.

Merci quand même, monsieur le Président pour cet effort, quoique beaucoup de citoyens aimeraient bien savoir où diable sont passés les millions et les millions prétendument injectés dans cette réhabilitation version RPP. Surtout, certaines Obockois désemparés s’interrogent, eux auxquels est refusée une maison en remplacement de la leur détruite, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour financer la part de la construction laissée à la charge des « réhabilité ».

Sans oublier, enfin, que le taux de chômage avoisinant ici les 99%, il sera difficile à ces nouveaux locataires d’honorer les factures d’eau et d’électricité. Tout ceci pour dire qu’avec ce régime, notre avenir restera désespérément triste.

Pour conclure, justement, cela concerne l’actualité de cette semaine à Obock : des citoyens privés de leur identité nationale (presque 60% n’ont pas de pièces d’identité, le registre d’état civil ayant été détruit par les soldats au début de la guerre) n’auront pas eu l’honneur de participer à l’élection pour désigner le président d’annexe d’un certain parti. Comme quoi, le régime n’a besoin ni de militants ni de citoyens. On aurait dit tant mieux s’il ne s’agissait que de ne pas être militants de ce parti de malheur, qui n’est autre que le RPP.

En ce qui nous concerne, pour les pièces d’identité, le prétexte au refus opposé par l’administration était autrefois que les cartes des parents étaient introuvables. A présent, même si les pièces d’un seul parent sont en principe suffisantes, l’accès à la citoyenneté pose encore problème : une fois arrivés à Djibouti, il paraît que les dossiers disparaissent. C’est trop grave pour en rire.

Je profite de cette occasion pour féliciter la jeunesse de Tadjourah pour sa remarquable et constante mobilisation ; tout comme je tiens à féliciter toute la Jeunesse djiboutienne, où qu’elle se trouve : restons mobilisés et revendiquons nos droits.

M.A.M Obock


Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »

Les observateurs relèvent que, depuis peu, l’arrogance de la diplomatie djiboutienne s’est quelque peu atténuée. Toutefois, les rencontres soutenues avec la République du Somaliland et la timide participation de notre pays à la consolidation de la paix inter-somalienne scellée au Kenya illustrent l’ambiguïté de notre diplomatie.


L’actuelle trajectoire de la politique régionale djiboutienne ne correspond plus à sa position initiale. Certes, le gouvernement formé au Kenya y est pour quelque chose comme les élections législatives en Somaliland prévues pour mars prochain et la présidentielle à Djibouti un mois plus tard. Cependant, le pouvoir a passé sous silence, dans sa presse écrite, cette visite officielle de l’importante délégation ministérielle du Somaliland.

Pour notre part, nous nous sommes intéressés à l’événement. Car, quoi qu’il en soit, il est clair que la visite à Djibouti des ministres somalilandais fait suite au voyage officiel effectué chez nous par l’actuel Président de ce pays, au lendemain de son investiture, rencontre qui avait permis la reprise des relations entre les deux voisins. Sous la conduite de leur ministre de l’Intérieur, cette délégation était composée de cinq ministres dont celui de la Communication, de l’Économie, de l’Air et du Transport aérien, celui en charge des relations avec le Parlement et enfin du Maire de la Capitale somalilandaise, Hargeisa, devant s’entretenir avec son homologue djiboutien pour dégager les domaines d’intérêt réciproque.

Interrogée par la presse de son pays, le ministre somalilandais de la Communication avait précisé que sa délégation allait visiter Djibouti sur invitation du gouvernement de ce pays avec, pour objectif, le renforcement des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays. Précisant que suite à la création antérieure d’une commission interministérielle, cette nouvelle rencontre devait permettre la mise en place des commissions techniques des deux pays.

Les discussions porteraient, avait-il souligné, sur la coopération entre les deux États dans les domaines de l’Économie, du Commerce, de la paix, de la lutte contre le terrorisme et enfin de la finalisation de certains points restés en suspens qu’il n’a pas voulu citer.

Néanmoins, le Ministre voulait calmer le gouvernement djiboutien, irrité des propos de son homologue chargé de l’Élevage sur l’exportation via le port de Djibouti du bétail sur pied, il s’est refusé à confirmer si cette visite dans notre pays appuyait la candidature du Président djiboutien en avril 2005. Mais il a surtout éludé la question portant sur le refus de reconnaître le Somaliland par l’État hôte, en soulignant que la République autoproclamé sans reconnaissance internationale était obligée de travailler avec son voisin immédiat, même sans sa reconnaissance.

Or, si la presse nationale écrite (par contre, toujours audio à l’adresse de certains quartiers de la Capitale quand il s’agit de manœuvres électoralistes) n’a pas jugé utile de commenter les résultats de cette rencontre, celle du Somaliland, quant à elle, présente à Djibouti, prétend que cette visite a révélé les points tenus secrets de cette réunion interministérielle. Ainsi, le gouvernement djiboutien aurait demandé, et ce n’est pas la première fois, le transfert de la frontière et du village de Loyada, côté somaliland, de près de 20 km, à l’intérieur de ce pays. Il est dit par ailleurs que, depuis deux ans, Djibouti se plaint de la contrebande venant de ce pays, en particulier celle du carburant et des cigarettes, activité que combattent officiellement les forces de police des deux pays.

La presse somalilandaise se demande également si l’explosion perpétrée l’année dernière contre les deux stations d’essence du village frontalier de Loyada, dont les auteurs demeurent toujours introuvables, ne serait une raison trop facile invoquée par l’État djiboutien dans sa lutte contre l’activité de contrebande. Cette même presse signale enfin que les petits commerçants somalilandais se plaignent de la confiscation de certains produits par les forces de police, alors qu’ils seraient ensuite revendus ailleurs.

A cette réunion, à laquelle avaient participé entre autres, côté djiboutien, le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération, de l’Intérieur et de la Décentralisation et celui en charge de la Communication, aurait été discutée la question de l’exportation du cheptel somalilandais via Djibouti.

Quoi qu’il en soit, cette visite a suscité une levée de boucliers tant parmi la population somalilandaise que du côté de l’opposition de ce pays qui voient d’un mauvais œil le caractère secret de ces relations tenues secrètes.

En effet, ils disent craindre que cette insistance de la partie djiboutienne pour le transfert de la frontière soit dictée par des visées obscures. D’ailleurs, lors de son intervention télévisée le ministre djiboutien des Affaires Étrangères n’avait pas hésité à affirmer qu’entre les deux pays, la notion de frontière n’avait aucun sens. Une attitude démagogique que nous dénonçons avec vigueur.

Nous sommes tentés de rappeler que cette invitation lancée au Somaliland en pleine campagne pour la réélection du candidat solitaire reste, avant tout, une opération électoraliste destinée à s’assurer du concours des Djiboutiens installés dans ce pays en faveur du renouvellement de son mandat. Le Somaliland n’a pas la mémoire courte, ses dirigeants et sa population savent bien que le FUOD et sa composante le FRUD, avaient dès 1992 reconnu son choix à l’autodétermination.

L’ARD, continuité historique du FRUD et du FUOD, reste toujours fidèle à cette position de principe.

Enfin, il est clair qu’à travers cette manœuvre de rapprochement avec le Somaliland, le régime cherche à réitérer le forfait anti-démocratique d’avril 1999, tout en continuant de saboter la Réconciliation somalienne initiée au Kenya.


Graner contre Graner

Le caporal américain Charles Graner, considéré comme le principal responsable des sévices infligés à des détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraïb, a été condamné samedi dernier à dix ans de prison et à la radiation de l’armée par la cour martiale de Fort Hodd, au Texas. Agé de 36 ans, il a donc été reconnu coupable par les dix officiers composant le jury de ce tribunal militaire, tous d’anciens combattants en Irak et en Afghanistan. Cet ancien gardien de prison dans le civil a été présenté par l’accusation comme l’instigateur des sévices infligés aux prisonniers d’Abou Ghraïb, tandis que, pour la défense, le caporal Graner n’aurait fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs.


Accusé de mauvais traitements envers des détenus, incapacité à les protéger contre des abus, actes de cruauté, agressions et actes d’indécence, le caporal Graner avait notamment contraint des prisonniers irakiens d’Abou Ghraïb à composer nus une pyramide humaine, à se masturber devant leurs geôliers ou encore à mimer des scènes de fellations.

Ce scandale avait éclaté au printemps dernier, avec la publication de photos de prisonniers irakiens humiliés par des soldats américains. Aucun membre du jury ne pouvait décemment déclarer recevable l’argumentation selon laquelle toute la chaîne de commandement était complice, car il est impensable qu’une telle décision ait été prise au plus haut niveau.

Pour sa défense, le soldat Charles Graner a reconnu avoir agi de manière condamnable, en affirmant : «Je n’ai rien aimé de ce que j’ai fait là-bas. Beaucoup de choses étaient mauvaises, beaucoup étaient criminelles.» Tout en précisant aussitôt : «Ma hiérarchie m’a ordonné de continuer les sévices.» Il s’est même permis de donner les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès desquels il a affirmé avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers.

L’accusation a maintenu que Graner était connu pour être un sadique notoire et qu’il n’avait aucunement reçu des ordres pour se comporter de la sorte. Dans sa plaidoirie, l’avocat de Graner avait pourtant martelé que son client avait agi sur ordre des responsables du renseignement militaire.

Après le verdict, la mère de Charles Graner, pleine d’amertume, a nommément accusé le président Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld d’être les vrais instigateurs des tortures contre les prisonniers irakiens.

Toujours est-il qu’il est à présent établi que le pitoyable soldat Graner et sa compagne, la première classe Lynndie England, dont les photos avec les prisonniers irakiens nus ont fait le tout du monde, sont des monstres à visage humain qu’une Amérique bien-pensante ne pouvait tolérer. Le scandale de ces humiliations a déjà conduit à la condamnation de quatre autres soldats américains.

Pour leur part, les organisations des droits de l’homme avaient eu parfaitement raison d’alerter l’opinion publique internationale sur le sort des prisonniers détenus à Guantanamo, dans des conditions qui contreviennent à la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre et, d’une manière générale, cette condamnation de Graner intervient dans un contexte de recul des droits de l’homme à la faveur de la lutte antiterroriste. L’arsenal juridique adopté aux États-Unis et en Europe fait régulièrement l’objet de plaintes déposées par Human Right Watch. Les États-Unis n’hésitent d’ailleurs pas à sous-traiter dans les pays alliés, notamment dans le monde arabe, des polices locales peu scrupuleuses dans leur recours à la torture pour extorquer des aveux à de simples suspects.

Cette condamnation n’en reste pas moins exemplaire, surtout pour un pays comme Djibouti, où de gradés et de moins gradés s’étant rendus coupables de crimes de guerre, jouissent encore de la plus totale impunité, certains ayant même été décorés et promus.

COMMUNIQUÉ DE L’UAD

Meeting populaireà l’avenue Nasser

L’Union pour l’Alternance Démocratique souhaite une bonne et heureuse fête de l’Aïd-El-Adha à toute la communauté djiboutienne ainsi qu’aux musulmans du monde entier.

L’UAD invite toutes ses militantes et tous ses militants à assister massivement à son grand meeting populaire qui se tiendra le jeudi 20 janvier à partir de 8 heures 30 devant le siège de l’UDJ à l’Avenue Nasser.


Le soldat, le ministre et le député

FRAGMENTS D’UN DIALOGUE CENSURÉ

En réaction aux derniers développements d’une ténébreuse affaire, qui empoisonne ses relations avec la France, le régime a repris sa diplomatie de l’insulte. Fini la rigolade, apprend-on dans les colonnes de « La Nation » : Paris coupable d’avoir laissé sa Justice manquer de respect à l’égard des dirigeants djiboutiens, doit désormais savoir que «the game is over» ! Comme il est vilain de manquer de respect vis-à-vis de qui que ce soit, il est de notre devoir de relater les conditions honteuses dans lesquelles s’est déroulé le Conseil des ministres décentralisé à Tadjourah mardi 11 janvier. Le cirque en déplacement militarisé s’y est tellement moqué du monde qu’ici, l’on peut estimer que la machine à frauder a fait tilt.


« La démocratie pastorale en pratique » : c’est sous ce titre fleurant bon la nostalgie élitiste d’une peuplade subtropicale se croyant Élue, que le journal gouvernemental « La Nation » a relaté à sa manière les échanges qui se seraient établis entre le chef de l’État et les habitants de la région de Tadjourah. Le malheur, ce n’est pas que la presse gouvernementale dénature à ce point les faits : seul le cloisonnement des différentes composantes de notre communauté nationale l’autorise à désinformer ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. En effet, s’étant heurtée au devoir de vérité qu’impose une posture citoyenne, la machine électorale du candidat en campagne a en fait, tout simplement, censuré les propos de tous ceux qui, en toute bonne foi, s’étaient déplacés pour formuler les inévitables doléances d’une région abandonnée.

Car c’est de cela qu’il était question lorsque les émissaires du chef de l’État ont sillonné ce district : l’illustre visiteur désirait entendre ses concitoyens pour qu’ils lui fassent part de leurs attentes. Cette démocratie directe, à défaut d’être pastorale, devait en premier lieu se concrétiser par la présence des notabilités après la séance du Conseil des ministres. Hélas ! l’accès à la salle de réunion a été refusé sans ménagement à certains des plus importants notables de Tadjourah. Quant aux autres, qui ont pu approcher, il ne leur a pas été possible d’exprimer une quelconque doléance : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Beaucoup d’entre eux, réquisitionnés du fin fond de la brousse, juraient mais un peu tard qu’on ne les y reprendrait plus : non seulement censurés, mais même les mandibules ont fait le voyage pour rien, puisque le khat offert par le visiteur avait été confisqué par la soldatesque !

Puis, ce fut au tour d’un « député » de la région d’être brutalement éconduit par un soldat de faction : par respect pour nos lecteurs, nous ne reproduirons pas les propos (classés X) de cette gâchette nerveuse. Occupant à l’Assemblée nationale un siège qui aurait normalement dû revenir à un candidat UAD, il nous est difficile de nous sentir offusqués par l’humiliation ainsi infligée à ce timide qui aurait certainement inspiré Brel.

Depuis l’Antiquité, l’instauration de la démocratie s’est accompagnée d’un processus de neutralisation des guerriers, selon le principe latin en vertu duquel les armes cèdent le pas aux toges. Tout comme chez nous, un Sultan ne doit jamais porter sur lui des attributs guerriers : il gouverne uniquement par la Parole.

Ce qui n’est évidemment pas le cas de ce régime, comme le rappelait un graffiti condamnant les « mal-élus » sur un mur de Tadjourah. Quand un militaire se permet de publiquement insulter celui qui ose se prétendre élu du Peuple, c’est de notre point de vue un peu plus grave qu’une convocation à comparaître adressée par la lointaine Justice française à un fonctionnaire djiboutien, quel que soit son rang. C’est aussi le moment où le vernis démocratique laisse transparaître le despotisme local dans toute sa sauvagerie : il est ainsi rappelé au mal-élu qu’il n’est qu’une simple fabrication et qu’il ne devrait pas trop se prendre au sérieux. Comme le sujet de Pharaon, il appartient à son créateur, lequel accorde plus d’importance au soldat qui le protège qu’au pantin qui le légitime.

Mais il n’est pas nécessaire d’être armé pour ainsi bafouer la bienséance démocratique. Il se raconte dans les couloirs de l’Assemblée nationale qu’un député trop consciencieux avait été récemment insulté par un ministre lui déniant tout droit d’expression, en raison de l’origine tribale de l’un et de l’autre. Le député et le ministre se reconnaîtront.

Le dictateur qui le précédait avait une autre façon d’agir. En tournée dans ce même district, il avait un jour des années 80 refusé la parole à un illustre notable souhaitant s’exprimer. Si le visiteur n’était pas venu pour l’écouter, lui ne s’était pas déplacé non plus uniquement pour boire ses paroles : ce notable quitta donc dignement une réunion dans laquelle il ne se considérait pas à sa place, parce que rabaissé au rôle d’un pitoyable figurant convoqué pour applaudir. Le successeur préfère pour sa part feindre écouter ceux que lui et ses obligés ont préalablement sélectionnés parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à lui dire la vérité.

Vérité que, n’en déplaise à certains mâles, une femme pourtant peu suspecte d’opposition, a osé dire en face au chef de l’État : son gouvernement n’offre aucune perspective de développement pour la région de Tadjourah. Ainsi a-t-elle regretté que le village de Sagallou, en tant que zone affectée par le conflit, n’ait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. L’interrompant sans courtoisie, le Premier ministre lui aurait alors répondu que son gouvernement allait corriger cette injustice «même en détournant, s’il le faut, les crédits affectés à la reconstruction des maisons d’Obock».

Dégoûtée mais pas convaincue, elle lui aurait tout simplement répondu : « Ne m’interrompez pas, c’est au chef de l’État que je m’adresse».

Pas convaincue : le régime aurait commencé à reconstruire toutes les infrastructures détruites durant le conflit, au lieu de se gargariser de deux réalisations (un local pour stocker du poisson et une école) entièrement financées par la générosité extérieure.

Ce mardi-là à Tadjourah, la machine du parti unique a vraiment fait tilt : il est impossible de durablement berner une population de plus en plus consciente des réalités. A quand la prochaine étape, celle de l’heure de vérité ?

En toute logique, ce régime d’usurpation et de fraude tentera vainement de réprimer toute aspiration à la vie qui ose s’exprimer ailleurs que sur le terrain miné d’une consultation électorale.

Mais de cela, tout le monde est conscient : l’émancipation et le développement sont à ce prix.

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

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Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (5)
  4. Courrier des lecteurs
  5. Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »
  6. Graner contre Graner
  7. Le soldat, le ministre et le député

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 122

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr


Éditorial

QUI EST AGABA ?

C’EST LE RPP !

Plus que le pouvoir en place, dont la machine à frauder est rôdée depuis longtemps, la jeune opposition démocratique est aujourd’hui à un tournant historique. Au diapason des aspirations populaires, étouffées par la farce électorale du 10 janvier 2003, l’UAD doit désormais renouer avec la vigueur militante qui était celle de tous les partis politiques légaux avant l’Indépendance. Pour réussir dans cette entreprise véritablement de salut public, il ne s’agit pas de pompeusement rédiger un volumineux programme politique, ce qui est à la portée de n’importe quel scribouillard voulant sacrifier aux normes d’une démocratie qui n’existe pas à Djibouti. Non, dans un pays où la pauvreté s’installe dans une dramatique banalité, il s’agit de démontrer en quoi ce dont se nourrit le partisan RPP porte atteinte à l’intérêt général qui est la base minimale de toute coexistence pacifique à l’intérieur d’un même espace territorial. Et, parce que toute mobilisation supposant prise de conscience des enjeux, l’illustration par l’exemple concret vaut mieux que l’invocation de Hobbes ou la nostalgie de Rousseau.

Ainsi, le régime a réquisitionné tous ses moyens aériens pour convoyer depuis Djibouti-ville de centaines de figurants devant peupler les rues d’Obock mardi dernier à l’occasion d’une représentation gratuite du cirque présidentiel au prétexte d’un Conseil des ministres errant, à défaut d’être décentralisé ou même délocalisé. Tout le monde sait parfaitement que le carburant englouti par les multiples rotations de cet aéronef n’a pas été acheté avec l’argent du parti au pouvoir : c’est le contribuable djiboutien qui a payé, encore une fois, pour cette exhibition partisane que les médias d’État présenteront comme nationale.

Tout le monde sait parfaitement, par ailleurs, que plus aucun district de l’Intérieur ne bénéficie depuis longtemps de la moindre évacuation sanitaire par voie aérienne : il serait plutôt demandé aux nécessiteux d’acheter le gasoil pour l’ambulance, quand il ne s’agit pas d’un pneu. Et ne parlons même pas de la vedette-ambulance, achetée par l’OPS, réquisitionnée par l’Armée, mais en réalité destinée à servir dans le cadre du projet de Doraleh.

Donc, c’est bien là la preuve que ce régime ne perdure pas uniquement par la seule répression brutale : il ne peut se maintenir qu’en rendant certains de nos concitoyens, souvent les plus mendiants, complices de tous ses abus : détournements des deniers publics, usages privés de biens sociaux, corruption, faux témoignages, etc. C’est le Peuple volant le Peuple !

Là est le plus grave ressort de toute cette servitude volontaire, qui permet à l’oppression de continuer sa néfaste survie : le partisan RPP, chef du parti en tête, est un dangereux Agaba assuré d’une impunité d’État : on dit «Qushi» en somali et «Rien A Foutre» en français.

Inutile de croire que ces partisans complices de vol ignorent le crime qu’ils commettent ainsi contre l’Unité nationale par leur pitoyable soumission : ils se savent pertinemment au service d’un parti travaillant méthodiquement sur le registre de la plus rétrograde concurrence tribale.

Dans ces conditions, tout citoyen en paix avec sa conscience et soucieux de ne pas condamner ses enfant à l’exil, devra très bientôt choisir, avec toutes les implications à court terme : soit tolérer cette inévitable destruction de l’Unité nationale, soit reconnaître qu’un pays, et a fortiori une ville-Etat, ne peut se développer au détriment des autres membres, supposés inséparables et condamnés à vivre ensemble, contrairement aux illusions de tel projet comme celui de l’improbable port de Doraleh.

La question est donc simple en définitive : voulons-nous continuer à vivre séparément, comme le prétendait le régime d’apartheid d’Afrique de Sud avant Nelson Mandela, en une poussière polluante d’individus cloisonnés dans de mesquins intérêts claniques, comme l’exige ce régime ? Ou alors travailler ensemble à construire une Nation ne lésant aucune de ses composantes et respectueuse de sa diversité, comme le souhaite l’opposition démocratique regroupée au sein de l’UAD ?

Nul doute que nos concitoyens sauront faire le bon choix à l’heure de vérité, qui n’est pas celle des urnes : il en va de notre survie. A condition de faire barrage à tous les véritables Agaba : ceux du RPP. Eux qui trouvent normal que l’aide alimentaire soit systématiquement détournée, même au sommet de l’État, même celle destinée aux cantines scolaires. C’est à toute une immoralité banalisée qu’il nous faut mettre un terme : il n’y a pas à hésiter !


Brèves nationales

Visite présidentielle à Obock :

Échec et mat !

La tournée de campagne du candidat solitaire dans la ville d’Obock n’a pas été une promenade de santé. Les Obockois ont ostensiblement boudé le carnaval du RPP. Seuls les malheureux écoliers obligés de sécher leurs cours, quelques notables et fonctionnaires réquisitionnés ont été mobilisés pour applaudir au passage du candidat fatigué, venu inaugurer des logements en forme de cages à poules, construits sur financement européen et l’école yéménite où trône déjà son portrait géant. Quant au matériel de pêche fourni à la pêcherie d’Obock, les Obockois savent que ce pseudo cadeau présidentiel est en réalité le don d’un généreux commerçant djiboutois. Comme d’habitude, les seuls cadeaux entièrement financés par les deniers publics, que le régime condescend à distribuer à nos concitoyens d’Obock ou d’ailleurs, c’est le khat.

Pour le reste, le rituel demeure inchangé : les murs d’Obock étaient couverts de graffitis hostiles au régime et dénonçant la démagogie, tandis que les notables convoqués, bousculés par les forces de sécurité fébriles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs doléances.

*

Reprises des insultes officielles :

«Le Progrès» steward du Boeing présidentiel ?

Cela faisait longtemps que l’organe de presse du parti unique au pouvoir n’avait pas proféré des insultes aussi crues contre l’opposition. Les rares et éventuels lecteurs du « Progrès» ont peut-être raté son numéro, essentiellement consacré aux élections dans les annexes du parti au pouvoir,

Toujours est-il, qu’apparemment blessé par une de nos récentes publications, voici que « Le Progrès » renoue avec sa tradition d’invective. Se voulant pourtant d’une tolérance incurable, il s’estime obligé de dénoncer « les écrits de ces apprentis sorciers, DAF et les enfants Dini» qui seraient selon lui « symptomatiques de ces graves manquements à l’honneur et à la dignité de ceux que le peuple a choisi. » Notre crime ? Ce serait de diffuser « une information programme qui n’épargne, chaque semaine qui passe, ni l’État, ni les personnes qui en incarnent l’autorité, ni le Chef de l’État quand ce n’est pas la Première Dame du pays. »

Nous retournerons donc à cette plume ses propres arguments, selon lesquels il ne s’agit pas ici d’un « écrit polémique, la polémique étant un ressort du débat démocratique ». Que nous reproche-t-on vraiment ? D’avoir écrit qu’en se déplaçant inconsidérément à bord du Boeing présidentiel, la Première dame se rendait coupable d’usage privé d’un bien public ? Ce n’est pas la première fois que nous le dénonçons, sans oublier de rappeler qu’un tel abus trahit surtout un malaise au sommet de l’État : elle n’a aucunement détourné cet avion !

Mais certainement plus que cela, c’est le rappel des origines du conflit qui a agacé notre triste confrère : l’ancien chef de l’État a bel et bien été un brutal chef de guerre tribal et son neveu a bel et bien été son bras armé. Si nous osons rappeler cette vérité incontournable, c’est uniquement parce que nous estimons qu’aucune paix véritable ne peut se fonder sur l’occultation des origines de la guerre. En les niant, seul le régime cherche en l’ancien dictateur un bouc émissaire pour les problèmes actuels.

Que nous sommes les premiers à regretter : Gouled ne doit nullement être tenu pour responsable d’avoir violé l’accord de paix du 12 mai 2001. Tout comme, en tant que partie signataire, il est de notre responsabilité d’en prendre acte.

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Le régime censure RFI :

La démocratie pastorale en pratique ?

La République de Djibouti, îlot francophone de la Corne de l’Afrique, terre de rencontres et d’échanges, pays dont le chef de l’État rappelait encore le caractère dans une récente interview accordée à « Jeune Afrique/L’Intelligent» en affirmant que pour ses concitoyens la francophonie était « une seconde nature », a-t-elle basculé dans une censure nationale et internationale de l’information ? La question mérite d’être posée, au regard du raidissement observé ces derniers temps. Les auditeurs djiboutiens de la radio mondiale française RFI ne peuvent plus capter sur FM cette chaîne radiophonique depuis le 12 janvier.

Ce n’est pas la première fois que les autorités djiboutiennes, particulièrement frileuses à propos d’une sombre affaire empoisonnant leurs relations avec Paris, se permettent de brouiller ou de suspendre les émissions en FM de cette radio, que le journal gouvernemental « La Nation » compare sans hésiter à celle des « Mille collines ».

La propagande sur la prétendue démocratie pastorale vient de rencontrer ses limites externes : en privant les auditeurs djiboutiens de la réception en FM de RFI, par la désactivation de son relais local pour lequel il perçoit pourtant de substantielles redevances, le pouvoir djiboutien ne plaide pas en faveur de son innocence dans l’affaire Borrel.

La frilosité du grand chef, constatée depuis bien longtemps, semble gagner tout un appareil d’État sommé de suivre et d’être complice. Après les basses attaques contre la presse d’opposition, la réduction au silence de RFI indique clairement que, loin de la sérénité proclamée, le régime RPP et son chef de file, le candidat solitaire sont plus instables que jamais.

Pour le salut de notre pays, et sans nous immiscer dans cette affaire de justice, oeuvrons ensemble à les pousser vers la porte de sortie : plus qu’une puissance étrangère, nous en serons certainement les principaux bénéficiaires.

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Insalubrité publique :

L’UNFD désigne les coupables

A la pointe du combat contre l’insalubrité criante qui défigure notre Capitale, les dynamiques militantes de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) dirigée comme il se doit en tout despotisme subtropical par l’épouse du chef de l’État, se seraient retrouvées le 8 janvier dernier à l’occasion d’une journée de sensibilisation baptisée « action des femmes pour une ville propre ».

Selon notre confrère « La Nation » qui rapporte l’événement, les femmes djiboutiennes, militant au sein de cette organisation qui n’hésite pas entre la politique partisane et la promotion du genre, auraient été confrontée à une réalité qui est malheureusement la nôtre : « Djibouti est devenue un dépotoir à ciel ouvert et la situation perdure du fait d’un manque de civisme latent de la part de la femme djiboutienne, de la mère de famille qui est en fait celle qui est à l’origine de la poubelle et des ordures ménagères. »

Pauvre ménagère djiboutienne ainsi injustement épinglée : la scandaleuse saleté de notre Capitale serait donc due à sa coupable négligence ! C’est parce qu’elle aurait abandonné son balai et sa corbeille que notre ville serait devenue le dépotoir dont nous souffrons : et tout cela affirmé par l’UNFD, organisation-phare de l’émancipation féminine version RPP.

Il devait vraiment s’amuser, le directeur des services techniques du district, présent à ce conclave féminin d’auto flagellation, lui dont les services sont incapables, pour cause de prédation, de mettre à la disposition de ces femmes (de ménage) productrices d’ordures, des bacs et camions-bennes pouvant accueillir leurs forfaits.

Honte à ce régime misogyne de mauvaise gouvernance, préférant culpabiliser les citoyennes et les citoyens, au lieu d’assumer des responsabilités de salubrité publique pour lesquelles il collecte pourtant des taxes. Chacun le sait : l’insalubrité est avant tout causée par la démission des pouvoirs publics, n’en déplaise aux femmes savantes de l’UNFD, cinquième parti de la mouvance présidentielle.

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Le nouveau Code de la famille rejeté :

Non aux cadis déracinés !

Parmi les sujets problématiques qui, à Tadjourah comme à Obock, attendaient le chef de l’État, figurait la réforme du Code de la famille. En vertu de cette nouveauté dont la prétention modernisante n’a d’égal que le décalage par rapport aux réalités nationales, des cadis nommés par le régime officieront désormais dans tous les recoins du pays pour célébrer les mariages ou pour constater les divorces.

C’est dans ce cadre que, s’autorisant d’un prétendu concours dont beaucoup de postulants n’ont même pas entendu parler (à part les ministères concernés), des cadis ont été nommés pour les districts d’Obock et de Tadjourah.

Le seul problème, c’est que ces heureux agents de l’État, absolument intégrés dans le milieu qui leur a ainsi été désigné, souffrent d’un blues bien compréhensible, quoique faisant le malheur des administrés. Car, et cela beaucoup plus dans certaines composantes de notre communauté nationale, le mariage est avant tout une affaire tribale : il ne viendrait pas à l’idée de tout le monde de demander à un cadi ne parlant pas la langue d’officier une cérémonie dont les implications dépassent la seule rencontre entre un homme et son élue.

De fait, en cas de litige, souvent à l’ordre du jour, les familles ayant contracté ce lien se tourneront inévitablement vers l’officiant : bonjour le surplus de difficultés s’il ne connaît rien aux procédures coutumières qui, souvent plus que le canon musulman, sont invoquées pour tout règlement. Et inutile de prétendre, comme l’a maladroitement tenté le chef de l’État, que des traducteurs appointés combleront cette lacune.

Son Excellence El Hadj honoris causa veut donc envoyer partout dans le Nord des cadis venus d’ailleurs : osera-t-il en faire autant pour le Sud ? Pour le moment, force est de déplorer que ce brassage au nom de l’Unité nationale ne soit pas une réalité en ce qui concerne les représentants de l’État dans les régions.

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Sud-Ouest :

Yoboki condamné à la soif ?

En raison de la panne d’une motopompe que la mauvaise gouvernance semble incapable de réparer ou de remplacer, les habitants de Yoboki, gros village du district de Dikhil, sont condamnés à la soif. Ainsi, depuis plus de dix jours, l’eau courante a disparu de cette localité particulièrement courtisée en octobre 2003. En attendant que le docteur honoris causa en campagne trouve une solution miraculeuse au problème de la soif à Yoboki, les milliers d’habitants de cette bourgade en sont réduits à faire la queue devant les rares camions-citernes de passage, venant de Dikhil.

A l’heure où le sourcier national se vante d’avoir découvert de l’eau sur le haut du plateau du Day, après avoir déversé des centaines de millions de nos francs pour faire venir de l’eau de Garenlé à 17 kilomètres en contrebas, qu’attend-il également pour sauver les habitants assoiffés de Yoboki ?

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Misère de l’Ecole publique :

Accès, équité, qualité ?

Le ministre de l’Éducation nationale et sa délégation se sont rendus à Dikhil le 16 janvier dernier pour constater que, comme partout ailleurs, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, la réalité des écoles rurales reste préoccupante. Ainsi, l’école de Dawdawya dans la région de Yoboki est un exemple frappant du mépris officiel en matière d’éducation dans les zones rurales.

Dans cette école de trois classes, comptant chacune une trentaine d’élèves, seuls deux instituteurs sont contraints à prendre en charge près d’une centaine d’élèves. Le ministre de l’Education considère-t-il que l’accès équitable de l’enseignement et sa qualité sont assurés dans ces conditions? Pourtant, la presse gouvernementale avait, avec zèle, expliqué que tels étaient les objectifs poursuivis par les forums décentralisés tenus dans les différents districts de l’Intérieur.

Pendant ce temps, le chef de l’État et son pote le ministre de l’Éducation nationale, se permettent d’inaugurer des écoles de six classes construites par une organisation de bienfaisance yéménite, osant même pompeusement les baptiser lycées. Où a-t-on vu des lycées composées de six salles ? Au fait, combien de classes existent au lycée privé Guelleh Batal ?

A croire qu’elle participe activement à la déperdition scolaire. Pour l’heure, tout le monde est heureusement conscient que cette politique est condamnée à l’échec.


Les comptes de la Chambre des Comptes (5)

L’ANARCHIE DANS LES ETABLISSEMENTS PUBLICS

Il n’y a pas que l’administration centrale qui soit gangrenée par la mauvaise gouvernance. Dotés d’un conseil d’administration comme organe délibérant censé être indépendant de tout pouvoir politique ou économique, les établissements publics à caractère industriel et commercial (E.P.I.C) n’échappent pas à cette plaie, comme l’attestent les anomalies relevées dans les entreprises auditées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB)


Dans son rapport, la CCDB commence par constater que le gouvernement ne respecte pas les lois qu’il a lui-même édictées et relatives aux conditions de privatisation. A la loi n°130/AN/97 définissant quatre modalités de privatisation (cession d’actifs, cession de capital, transfert de l’exploitation et concession) a succédé la Loi-programme n°12/AN/98, plus restrictive et réduisant ces modalités à une seule : la cession d’une partie du capital après création d’une société anonyme de droit privé. Si cette modalité n’a pas du tout été respectée parce que le mode de privatisation privilégié du gouvernement reste la concession. Il est à souligner par ailleurs, les différentes cessions des entreprises publiques s’étaient faites dans une totale opacité en ce sens que certaines d’entre elles en bonne santé financière ont été bradées, comme par exemple la Pharmacie de l’indépendance.

Nous le savions déjà, la mauvaise gouvernance étant le mode de gestion des deniers publics, la Chambre des Comptes en dehors de l’énumération des défauts administratifs de ces établissements ne quantifie pas les conséquences économiques et sociales des dérapages de leur direction. Ce qui est grave puisque les modifications des textes antérieurs régissant les Conseils d’Administration qui ne sont plus présidés par les Ministres de tutelle, n’ont rien changé dans le fonctionnement anarchique de ces établissements. Quoiqu’il en soit, la désastreuse situation financière, en l’absence de tout contrôle en amont comme en aval, contribue à la perpétuation des gestions plus que douteuses des directeurs dont certains restent inamovibles.

Ne dit-on pas que «si la tête ne va pas, rien ne va».

La Chambre constate seulement l’état de déconfiture de ces entreprises dû principalement aux manquements des directions et des Conseils d’Administration. Or, il est curieux de la voir citer des paiements d’honoraires aux administrateurs sous forme de primes exceptionnelles. Elle écrit: «les membres de certains conseils d’administration perçoivent des honoraires sous forme de primes exceptionnelles contrevenant ainsi aux dispositions légales». Même si les magistrats ne nous disent rien du montant de ces primes exceptionnelles, elles doivent quelque peu grever le budget de ces établissements, quand nous savons que les conseils d’administration se réunissent au moins trois fois par an.

Les graves anomalies relevées par la Chambre n’ont pas de quoi surprendre puisque les Directions et les Conseils d’Administration, tous deux responsables de cette situation, demeurent inamovibles. Quelle responsabilité peut-on donc attendre des Comptables de ces sociétés d’État.

Certes, une entreprise étant un tout, les dérapages financiers accentués par la mauvaise gestion des responsables ne peuvent certainement pas garantir une rentabilité quelconque, ni une trésorerie positive.

La Chambre n’ayant toujours pas cité objectivement l’origine du mal, l’absence des pièces comptables et les passations de fausses écritures ne peuvent suffire. Il faut clairement désigner les fautifs et préconiser les décisions indispensables pour un redressement de la situation des établissements publics.

C’est la permanence de la mauvaise gestion depuis bientôt 30 ans qui assure ce que la Chambre des Comptes qualifie timidement de camouflage des dépassements des crédits qui se situeraient à environ 20% des prévisions. Or, tout un chacun sait qu’outre le train de vie des responsables de ces sociétés, l’État aussi s’en sert à l’occasion, y compris jusqu’à épuiser leurs ressources financières pour les guerres contre ces citoyens comme des voisins.

Ces contrôles de la Chambre manquent de sérieux. Les dépenses, remarque-t-elle, sont allégrement violées: fausses factures, faux bons de commande, absence de recouvrement des créances… Pourquoi les contrôleurs de la Chambre n’ont pas procédé à utiliser la méthode de contrôle à travers la réciprocité des comptes ? Ils auraient pu ainsi déterminer la part des malversations dans les dépenses de ces sociétés, mais aussi dégager la trésorerie supposée effective de celles-ci, dans une gestion saine. Point important qui sauverait peut-être certaines sociétés utilisatrices permanentes des multiples financements bancaires dont les frais pèsent et handicapent lourdement tout investissement et donc tout développement. A ce sujet, dans la déontologie bancaire (il y a en une), le financement accordée à des entreprises défaillantes constitue un délit, puisqu’il contribue à précipiter leur faillite.

Nous aurions souhaité un peu plus de sérieux et franchise en plus du dégagement de décisions susceptibles d’assainir l’état de délabrement économique, financier et social des établissements publics. Dès lors, les recommandations de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire se veulent comme un programme de moralisation de la vie publique auquel ne peuvent qu’adhérer les responsables, mais qui risque de rester lettre morte tant que fera défaut une volonté politique au sommet de l’État. Comme c’est le cas actuellement.


Courrier des lecteurs

OBOCK : ENCORE LE BLOCUS

En guise de contribution à la visite du chef de l’État à Obock, un jeune chômeur de ce district nous a fait parvenir ce courrier. Peut-être était-il persuadé que le cirque présidentiel en déplacement ne le laisserait par s’exprimer ? Merci de nous accorder votre confiance.


Ces derniers temps, AIR-FAD assure la desserte aérienne de Tadjourah et d’Obock, deux fois par jour. Dès son premier vol, un certain journal avait bel et bien précisé que c’était un signe de la campagne pour la présidentielle. Ce qui semble absolument vrai, tant cette région est oubliée par le gouvernement comme par l’ensemble des médias, y compris votre organe de presse, qui ne relate qu’occasionnellement sa détresse sans fin.

A l’heure où la femme et l’enfant sont des priorités partout dans le monde, des mères et leurs progénitures n’ont pas ici la considération que les ravisseurs du RPP accordent aux plantes vertes sur le terrain de décollage d’AIR-FAD. Une fois arrivé l’aigle provenant d’Éthiopie et transportant à son bord la ration quotidienne de khat, toutes les listes de passagers enregistrés sont annulées.

Et les rares mères retenues par miracle avec leurs bébés ne doivent surtout pas déranger les piles de khat occupant une place de choix. Pour son confort, les listes de passagers sont souvent réduites à 16 personnes. Cela leur est égal que ces bébés meurent de faim ou de soif.

Je n’évoquerai pas la falsification de ces listes, tout comme je n’évoquerai pas la discourtoisie envers les passagers : les militaires ne font ni dans le commercial, ni dans l’humanitaire. En fait, ces liaisons servent principalement aux ravisseurs du RPP qui regagnent Obock avec leurs rations de la plante verte.

Plus gravement, il y a environ deux mois, une jeune femme enceinte de plusieurs mois et atteinte d’hémorragie interne, avait été hospitalisée au dispensaire d’Obock. Constatant qu’elle avait déjà perdu trop de sang et qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle ici, les responsables médicaux ont pris la décision de procéder à son évacuation sanitaire par voie aérienne sur la Capitale.

Au moment où l’avion s’apprêtait à atterrir sur le terrain, de hauts responsables du district et de la Santé l’accompagnèrent pour insister sur le caractère urgent et vital de son évacuation, afin que le pilote accepte de la prendre à bord. Détestant l’imprévu, la seule réponse de ce pilote fut qu’une fois arrivé à Djibouti, il en référerait à ses supérieurs mais que, pour ce vol, il lui était impossible d’embarquer la malade, la liste étant close. Que sa vie était en danger ne constituait pas pour lui un cas de force majeur. Pourtant, qu’y a-t-il de plus important que de venir au secours de son prochain et même de sauver une vie ?

Un autre jour, l’avion arriva à Obock aux environs de 15 heures, avec à son bord les inévitables rations de plantes vertes. A la descente des passagers, on remarqua enfin qu’une femme enceinte (et sous perfusion) avait beaucoup de mal à respirer, à cause de la promiscuité et de l’encombrante cargaison de khat. Or, ce même jour, un hélicoptère avait été mis à la disposition d’une autre campagne se déroulant à Khor-Angar et transportant lui aussi du khat.

Mardi, le Président de la République débarquera à Obock, sans se rendre compte de l’état réel de ses concitoyens dans ce district. Concitoyens dont il attend pourtant un accueil chaleureux. En marge de cette visite, de courtoisie dira-t-on, il procèdera à l’inauguration d’une école islamique entièrement financée et construite par le Yémen ; qui sera plus tard transformée en un lycée, paraît-il : on aperçoit déjà la photo de notre chef d’État sur un mur de l’enceinte.

Ce que nous ne comprenons pas ici, c’est le pourquoi de toutes ces gesticulations de la part d’un Président de la République qui, grâce aux fraudes, n’a rien à craindre des urnes. D’autant plus que l’opposition qui le gênait a fait savoir qu’elle ne participerait pas à la prochaine élection présidentielle.

Pour l’heure, tout est fin prêt à Obock pour le recevoir : les écoliers doivent être dans la rue poussiéreuse à applaudir, eux auxquels est pourtant refusée l’aide alimentaire fournie par le Programme Alimentaire Mondial destinée aux cantines scolaires. Il entendra quelques notables ou autres personnages le remercier de tous ses efforts en direction d’Obock dans le cadre de la Réhabilitation.

Parlons-en, justement. Pour nous Obockois, la Réhabilitation est uniquement le fruit de l’accord de paix du 12 mai 2001 et son financement par la communauté internationale a été sabotée par le gouvernement djiboutien. Avant le 7 février 2000, la ville et la région d’Obock étaient considérées comme des zones de guerre : prétendre qu’un effort de réhabilitation aurait suivi la paix de 1994 est donc totalement fantaisiste. Nous en savons quelque chose, qui avons dû fuir nos maisons et abandonner nos biens pillés par les troupes gouvernementales, avec quelques civils assassinés au passage. Pour ce qui est de la Réhabilitation actuelle, observons déjà que toutes les maisons prévues ne sont pas construites.

Mais il y a pire : les quelques logements en construction n’ont qu’une seule chambre ! Sans évoquer le fait que, faute de ciment en quantité suffisante, certaines portes d’entrée sont déjà à terre.

Merci quand même, monsieur le Président pour cet effort, quoique beaucoup de citoyens aimeraient bien savoir où diable sont passés les millions et les millions prétendument injectés dans cette réhabilitation version RPP. Surtout, certaines Obockois désemparés s’interrogent, eux auxquels est refusée une maison en remplacement de la leur détruite, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour financer la part de la construction laissée à la charge des « réhabilité ».

Sans oublier, enfin, que le taux de chômage avoisinant ici les 99%, il sera difficile à ces nouveaux locataires d’honorer les factures d’eau et d’électricité. Tout ceci pour dire qu’avec ce régime, notre avenir restera désespérément triste.

Pour conclure, justement, cela concerne l’actualité de cette semaine à Obock : des citoyens privés de leur identité nationale (presque 60% n’ont pas de pièces d’identité, le registre d’état civil ayant été détruit par les soldats au début de la guerre) n’auront pas eu l’honneur de participer à l’élection pour désigner le président d’annexe d’un certain parti. Comme quoi, le régime n’a besoin ni de militants ni de citoyens. On aurait dit tant mieux s’il ne s’agissait que de ne pas être militants de ce parti de malheur, qui n’est autre que le RPP.

En ce qui nous concerne, pour les pièces d’identité, le prétexte au refus opposé par l’administration était autrefois que les cartes des parents étaient introuvables. A présent, même si les pièces d’un seul parent sont en principe suffisantes, l’accès à la citoyenneté pose encore problème : une fois arrivés à Djibouti, il paraît que les dossiers disparaissent. C’est trop grave pour en rire.

Je profite de cette occasion pour féliciter la jeunesse de Tadjourah pour sa remarquable et constante mobilisation ; tout comme je tiens à féliciter toute la Jeunesse djiboutienne, où qu’elle se trouve : restons mobilisés et revendiquons nos droits.

M.A.M Obock


Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »

Les observateurs relèvent que, depuis peu, l’arrogance de la diplomatie djiboutienne s’est quelque peu atténuée. Toutefois, les rencontres soutenues avec la République du Somaliland et la timide participation de notre pays à la consolidation de la paix inter-somalienne scellée au Kenya illustrent l’ambiguïté de notre diplomatie.


 

L’actuelle trajectoire de la politique régionale djiboutienne ne correspond plus à sa position initiale. Certes, le gouvernement formé au Kenya y est pour quelque chose comme les élections législatives en Somaliland prévues pour mars prochain et la présidentielle à Djibouti un mois plus tard. Cependant, le pouvoir a passé sous silence, dans sa presse écrite, cette visite officielle de l’importante délégation ministérielle du Somaliland.

Pour notre part, nous nous sommes intéressés à l’événement. Car, quoi qu’il en soit, il est clair que la visite à Djibouti des ministres somalilandais fait suite au voyage officiel effectué chez nous par l’actuel Président de ce pays, au lendemain de son investiture, rencontre qui avait permis la reprise des relations entre les deux voisins. Sous la conduite de leur ministre de l’Intérieur, cette délégation était composée de cinq ministres dont celui de la Communication, de l’Économie, de l’Air et du Transport aérien, celui en charge des relations avec le Parlement et enfin du Maire de la Capitale somalilandaise, Hargeisa, devant s’entretenir avec son homologue djiboutien pour dégager les domaines d’intérêt réciproque.

Interrogée par la presse de son pays, le ministre somalilandais de la Communication avait précisé que sa délégation allait visiter Djibouti sur invitation du gouvernement de ce pays avec, pour objectif, le renforcement des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays. Précisant que suite à la création antérieure d’une commission interministérielle, cette nouvelle rencontre devait permettre la mise en place des commissions techniques des deux pays.

Les discussions porteraient, avait-il souligné, sur la coopération entre les deux États dans les domaines de l’Économie, du Commerce, de la paix, de la lutte contre le terrorisme et enfin de la finalisation de certains points restés en suspens qu’il n’a pas voulu citer.

Néanmoins, le Ministre voulait calmer le gouvernement djiboutien, irrité des propos de son homologue chargé de l’Élevage sur l’exportation via le port de Djibouti du bétail sur pied, il s’est refusé à confirmer si cette visite dans notre pays appuyait la candidature du Président djiboutien en avril 2005. Mais il a surtout éludé la question portant sur le refus de reconnaître le Somaliland par l’État hôte, en soulignant que la République autoproclamé sans reconnaissance internationale était obligée de travailler avec son voisin immédiat, même sans sa reconnaissance.

Or, si la presse nationale écrite (par contre, toujours audio à l’adresse de certains quartiers de la Capitale quand il s’agit de manœuvres électoralistes) n’a pas jugé utile de commenter les résultats de cette rencontre, celle du Somaliland, quant à elle, présente à Djibouti, prétend que cette visite a révélé les points tenus secrets de cette réunion interministérielle. Ainsi, le gouvernement djiboutien aurait demandé, et ce n’est pas la première fois, le transfert de la frontière et du village de Loyada, côté somaliland, de près de 20 km, à l’intérieur de ce pays. Il est dit par ailleurs que, depuis deux ans, Djibouti se plaint de la contrebande venant de ce pays, en particulier celle du carburant et des cigarettes, activité que combattent officiellement les forces de police des deux pays.

La presse somalilandaise se demande également si l’explosion perpétrée l’année dernière contre les deux stations d’essence du village frontalier de Loyada, dont les auteurs demeurent toujours introuvables, ne serait une raison trop facile invoquée par l’État djiboutien dans sa lutte contre l’activité de contrebande. Cette même presse signale enfin que les petits commerçants somalilandais se plaignent de la confiscation de certains produits par les forces de police, alors qu’ils seraient ensuite revendus ailleurs.

A cette réunion, à laquelle avaient participé entre autres, côté djiboutien, le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération, de l’Intérieur et de la Décentralisation et celui en charge de la Communication, aurait été discutée la question de l’exportation du cheptel somalilandais via Djibouti.

Quoi qu’il en soit, cette visite a suscité une levée de boucliers tant parmi la population somalilandaise que du côté de l’opposition de ce pays qui voient d’un mauvais œil le caractère secret de ces relations tenues secrètes.

En effet, ils disent craindre que cette insistance de la partie djiboutienne pour le transfert de la frontière soit dictée par des visées obscures. D’ailleurs, lors de son intervention télévisée le ministre djiboutien des Affaires Étrangères n’avait pas hésité à affirmer qu’entre les deux pays, la notion de frontière n’avait aucun sens. Une attitude démagogique que nous dénonçons avec vigueur.

Nous sommes tentés de rappeler que cette invitation lancée au Somaliland en pleine campagne pour la réélection du candidat solitaire reste, avant tout, une opération électoraliste destinée à s’assurer du concours des Djiboutiens installés dans ce pays en faveur du renouvellement de son mandat. Le Somaliland n’a pas la mémoire courte, ses dirigeants et sa population savent bien que le FUOD et sa composante le FRUD, avaient dès 1992 reconnu son choix à l’autodétermination.

L’ARD, continuité historique du FRUD et du FUOD, reste toujours fidèle à cette position de principe.

Enfin, il est clair qu’à travers cette manœuvre de rapprochement avec le Somaliland, le régime cherche à réitérer le forfait anti-démocratique d’avril 1999, tout en continuant de saboter la Réconciliation somalienne initiée au Kenya.


Graner contre Graner

Le caporal américain Charles Graner, considéré comme le principal responsable des sévices infligés à des détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraïb, a été condamné samedi dernier à dix ans de prison et à la radiation de l’armée par la cour martiale de Fort Hodd, au Texas. Agé de 36 ans, il a donc été reconnu coupable par les dix officiers composant le jury de ce tribunal militaire, tous d’anciens combattants en Irak et en Afghanistan. Cet ancien gardien de prison dans le civil a été présenté par l’accusation comme l’instigateur des sévices infligés aux prisonniers d’Abou Ghraïb, tandis que, pour la défense, le caporal Graner n’aurait fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs.


Accusé de mauvais traitements envers des détenus, incapacité à les protéger contre des abus, actes de cruauté, agressions et actes d’indécence, le caporal Graner avait notamment contraint des prisonniers irakiens d’Abou Ghraïb à composer nus une pyramide humaine, à se masturber devant leurs geôliers ou encore à mimer des scènes de fellations.

Ce scandale avait éclaté au printemps dernier, avec la publication de photos de prisonniers irakiens humiliés par des soldats américains. Aucun membre du jury ne pouvait décemment déclarer recevable l’argumentation selon laquelle toute la chaîne de commandement était complice, car il est impensable qu’une telle décision ait été prise au plus haut niveau.

Pour sa défense, le soldat Charles Graner a reconnu avoir agi de manière condamnable, en affirmant : «Je n’ai rien aimé de ce que j’ai fait là-bas. Beaucoup de choses étaient mauvaises, beaucoup étaient criminelles.» Tout en précisant aussitôt : «Ma hiérarchie m’a ordonné de continuer les sévices.» Il s’est même permis de donner les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès desquels il a affirmé avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers.

L’accusation a maintenu que Graner était connu pour être un sadique notoire et qu’il n’avait aucunement reçu des ordres pour se comporter de la sorte. Dans sa plaidoirie, l’avocat de Graner avait pourtant martelé que son client avait agi sur ordre des responsables du renseignement militaire.

Après le verdict, la mère de Charles Graner, pleine d’amertume, a nommément accusé le président Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld d’être les vrais instigateurs des tortures contre les prisonniers irakiens.

Toujours est-il qu’il est à présent établi que le pitoyable soldat Graner et sa compagne, la première classe Lynndie England, dont les photos avec les prisonniers irakiens nus ont fait le tout du monde, sont des monstres à visage humain qu’une Amérique bien-pensante ne pouvait tolérer. Le scandale de ces humiliations a déjà conduit à la condamnation de quatre autres soldats américains.

Pour leur part, les organisations des droits de l’homme avaient eu parfaitement raison d’alerter l’opinion publique internationale sur le sort des prisonniers détenus à Guantanamo, dans des conditions qui contreviennent à la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre et, d’une manière générale, cette condamnation de Graner intervient dans un contexte de recul des droits de l’homme à la faveur de la lutte antiterroriste. L’arsenal juridique adopté aux États-Unis et en Europe fait régulièrement l’objet de plaintes déposées par Human Right Watch. Les États-Unis n’hésitent d’ailleurs pas à sous-traiter dans les pays alliés, notamment dans le monde arabe, des polices locales peu scrupuleuses dans leur recours à la torture pour extorquer des aveux à de simples suspects.

Cette condamnation n’en reste pas moins exemplaire, surtout pour un pays comme Djibouti, où de gradés et de moins gradés s’étant rendus coupables de crimes de guerre, jouissent encore de la plus totale impunité, certains ayant même été décorés et promus.

COMMUNIQUÉ DE L’UAD

Meeting populaireà l’avenue Nasser

L’Union pour l’Alternance Démocratique souhaite une bonne et heureuse fête de l’Aïd-El-Adha à toute la communauté djiboutienne ainsi qu’aux musulmans du monde entier.

L’UAD invite toutes ses militantes et tous ses militants à assister massivement à son grand meeting populaire qui se tiendra le jeudi 20 janvier à partir de 8 heures 30 devant le siège de l’UDJ à l’Avenue Nasser.


Le soldat, le ministre et le député

FRAGMENTS D’UN DIALOGUE CENSURÉ

En réaction aux derniers développements d’une ténébreuse affaire, qui empoisonne ses relations avec la France, le régime a repris sa diplomatie de l’insulte. Fini la rigolade, apprend-on dans les colonnes de « La Nation » : Paris coupable d’avoir laissé sa Justice manquer de respect à l’égard des dirigeants djiboutiens, doit désormais savoir que «the game is over» ! Comme il est vilain de manquer de respect vis-à-vis de qui que ce soit, il est de notre devoir de relater les conditions honteuses dans lesquelles s’est déroulé le Conseil des ministres décentralisé à Tadjourah mardi 11 janvier. Le cirque en déplacement militarisé s’y est tellement moqué du monde qu’ici, l’on peut estimer que la machine à frauder a fait tilt.


« La démocratie pastorale en pratique » : c’est sous ce titre fleurant bon la nostalgie élitiste d’une peuplade subtropicale se croyant Élue, que le journal gouvernemental « La Nation » a relaté à sa manière les échanges qui se seraient établis entre le chef de l’État et les habitants de la région de Tadjourah. Le malheur, ce n’est pas que la presse gouvernementale dénature à ce point les faits : seul le cloisonnement des différentes composantes de notre communauté nationale l’autorise à désinformer ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. En effet, s’étant heurtée au devoir de vérité qu’impose une posture citoyenne, la machine électorale du candidat en campagne a en fait, tout simplement, censuré les propos de tous ceux qui, en toute bonne foi, s’étaient déplacés pour formuler les inévitables doléances d’une région abandonnée.

Car c’est de cela qu’il était question lorsque les émissaires du chef de l’État ont sillonné ce district : l’illustre visiteur désirait entendre ses concitoyens pour qu’ils lui fassent part de leurs attentes. Cette démocratie directe, à défaut d’être pastorale, devait en premier lieu se concrétiser par la présence des notabilités après la séance du Conseil des ministres. Hélas ! l’accès à la salle de réunion a été refusé sans ménagement à certains des plus importants notables de Tadjourah. Quant aux autres, qui ont pu approcher, il ne leur a pas été possible d’exprimer une quelconque doléance : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Beaucoup d’entre eux, réquisitionnés du fin fond de la brousse, juraient mais un peu tard qu’on ne les y reprendrait plus : non seulement censurés, mais même les mandibules ont fait le voyage pour rien, puisque le khat offert par le visiteur avait été confisqué par la soldatesque !

Puis, ce fut au tour d’un « député » de la région d’être brutalement éconduit par un soldat de faction : par respect pour nos lecteurs, nous ne reproduirons pas les propos (classés X) de cette gâchette nerveuse. Occupant à l’Assemblée nationale un siège qui aurait normalement dû revenir à un candidat UAD, il nous est difficile de nous sentir offusqués par l’humiliation ainsi infligée à ce timide qui aurait certainement inspiré Brel.

Depuis l’Antiquité, l’instauration de la démocratie s’est accompagnée d’un processus de neutralisation des guerriers, selon le principe latin en vertu duquel les armes cèdent le pas aux toges. Tout comme chez nous, un Sultan ne doit jamais porter sur lui des attributs guerriers : il gouverne uniquement par la Parole.

Ce qui n’est évidemment pas le cas de ce régime, comme le rappelait un graffiti condamnant les « mal-élus » sur un mur de Tadjourah. Quand un militaire se permet de publiquement insulter celui qui ose se prétendre élu du Peuple, c’est de notre point de vue un peu plus grave qu’une convocation à comparaître adressée par la lointaine Justice française à un fonctionnaire djiboutien, quel que soit son rang. C’est aussi le moment où le vernis démocratique laisse transparaître le despotisme local dans toute sa sauvagerie : il est ainsi rappelé au mal-élu qu’il n’est qu’une simple fabrication et qu’il ne devrait pas trop se prendre au sérieux. Comme le sujet de Pharaon, il appartient à son créateur, lequel accorde plus d’importance au soldat qui le protège qu’au pantin qui le légitime.

Mais il n’est pas nécessaire d’être armé pour ainsi bafouer la bienséance démocratique. Il se raconte dans les couloirs de l’Assemblée nationale qu’un député trop consciencieux avait été récemment insulté par un ministre lui déniant tout droit d’expression, en raison de l’origine tribale de l’un et de l’autre. Le député et le ministre se reconnaîtront.

Le dictateur qui le précédait avait une autre façon d’agir. En tournée dans ce même district, il avait un jour des années 80 refusé la parole à un illustre notable souhaitant s’exprimer. Si le visiteur n’était pas venu pour l’écouter, lui ne s’était pas déplacé non plus uniquement pour boire ses paroles : ce notable quitta donc dignement une réunion dans laquelle il ne se considérait pas à sa place, parce que rabaissé au rôle d’un pitoyable figurant convoqué pour applaudir. Le successeur préfère pour sa part feindre écouter ceux que lui et ses obligés ont préalablement sélectionnés parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à lui dire la vérité.

Vérité que, n’en déplaise à certains mâles, une femme pourtant peu suspecte d’opposition, a osé dire en face au chef de l’État : son gouvernement n’offre aucune perspective de développement pour la région de Tadjourah. Ainsi a-t-elle regretté que le village de Sagallou, en tant que zone affectée par le conflit, n’ait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. L’interrompant sans courtoisie, le Premier ministre lui aurait alors répondu que son gouvernement allait corriger cette injustice «même en détournant, s’il le faut, les crédits affectés à la reconstruction des maisons d’Obock».

Dégoûtée mais pas convaincue, elle lui aurait tout simplement répondu : « Ne m’interrompez pas, c’est au chef de l’État que je m’adresse».

Pas convaincue : le régime aurait commencé à reconstruire toutes les infrastructures détruites durant le conflit, au lieu de se gargariser de deux réalisations (un local pour stocker du poisson et une école) entièrement financées par la générosité extérieure.

Ce mardi-là à Tadjourah, la machine du parti unique a vraiment fait tilt : il est impossible de durablement berner une population de plus en plus consciente des réalités. A quand la prochaine étape, celle de l’heure de vérité ?

En toute logique, ce régime d’usurpation et de fraude tentera vainement de réprimer toute aspiration à la vie qui ose s’exprimer ailleurs que sur le terrain miné d’une consultation électorale.

Mais de cela, tout le monde est conscient : l’émancipation et le développement sont à ce prix.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 121 du mercredi 12 janvier 2005

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Réalité numéro 121 du mercredi 12 janvier 2005

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (4)
  4. Transport : le corridor en concession ?
  5. Abou Mazen président !
  6. Accord de paix final au Sud Soudan
  7. Une citoyenneté à marée basse
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 121

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TADJOURAH :

LE CIRQUE MINISTÉRIEL EN TOURNÉE

Le fait n’est pas nouveau, mais revêt cette fois-ci une dimension dont le caractère pathétique n’a d’égal que le sabotage ainsi perpétré contre l’administration publique. Ainsi donc, d’innombrables fonctionnaires, pratiquement tous d’une même communauté et s’ennuyant dans la Capitale, ont été réquisitionnés pour faire office de badauds applaudissant dans les rues de Tadjourah mardi dernier, à l’occasion d’un Conseil des ministres « décentralisé » qui s’est tenu dans ce chef-lieu de la région la plus peuplée des districts de l’Intérieur, soit dit en passant.

 

Il ne s’agit pas ici de compatir aux génuflexions qu’un régime d’abus de droit impose aux agents de l’Etat qu’un chantage au salaire ou à la promotion transforme abusivement en militants partisans en quête de rétribution. Ces victimes consentantes d’un STO (Service du Travail Obligatoire) version parti unique attirent l’attention uniquement parce qu’elles ne sont que les pitoyables figurants d’une comédie politique qui porte gravement atteinte à la dignité de nos concitoyens. Sans oublier qu’accessoirement, elles servent d’agents de propagande au service d’un régime fondant son usurpation sur la jalousie que ses politiques de développement à deux vitesses provoque entre les Djiboutiens. Car le drame, et l’inexcusable, est là : comment ose-t-on parler de développement, surtout décentralisé, à une population injustement ignorée et dont les conditions de vie se sont dramatiquement dégradées depuis plus d’une décennie ?

 

Pour ne pas défoncer des portes ouvertes, n’évoquons qu’incidemment le folklore d’un prétendu Conseil régional censé incarner une décentralisation en action : on chercherait vainement sa contribution au développement d’une région qui ne manque pourtant pas de potentialités. Sans plus évoquer son opacité dans la gestion des 50 millions de fonds qui lui sont alloués par la Présidence : Tadjourah n’est malheureusement pas la seule victime d’une concussion généralisée et d’une absence de rendement de l’administration, nationale ou régionale.

 

Par contre, considérant les énormes préjudices que le conflit civil a causés dans ce district au niveau des infrastructures publiques comme des biens privés, détruits et pillés par les troupes gouvernementales, la démagogie officielle selon laquelle le régime fonderait l’essor économique de ce district sur sa façade maritime doit être dénoncée avec la plus extrême vigueur. Car, comme l’ont rappelé il y a quelque temps de cela les notables d’Ali-Sabieh, toutes les régions du territoire national nécessitent un égal traitement d’urgence quant à la mise en valeur de leurs richesses.

 

Ainsi, force est de rappeler à ce gouvernement paresseux et à ses adorateurs, que la mer ne constitue pas un atout en soi, encore faut-il donner aux populations qui vivent sur ses côtes les moyens de la mettre en valeur. Car, à Tadjourah, l’on attend en vain une quelconque contribution d’un quai dont la réfection avait été fortement médiatisée par la presse gouvernementale il y a quelques années de cela et dont les retombées en termes d’emplois et de revenus tardent encore à se concrétiser. Tout simplement oserait-on dire, parce qu’un port n’existe que par ses débouchés : les pistes de l’intérieur sont abandonnées et la frontière régionale avec l’Ethiopie demeure désespérément fermée. L’instauration de la paix semble être un événement qui ne concerne pas la région, comme en témoigne par ailleurs le renforcement d’une caserne à Adaylou, en violation du principe du retour des troupes régulières à leur position d’avant le conflit.

 

Comme quoi, le district de Tadjourah est encore en situation d’occupation militaire : le régime n’a donc pas tiré les douloureuses leçons d’un récent passé pour reconnaître que des fusils, quand bien même ils seraient commandés par un criminel de guerre, dont beaucoup attendent le procès conformément à la lutte contre l’impunité, ne pourront jamais rien face à une population déterminée à revendiquer son droit à la vie.

 

Et cela, les habitants de Tadjourah l’ont clairement manifesté hier : malgré tous les renforts de figurants officiels venus en masse de la Capitale, ceux qui veulent vivre dignement au pays, sans avoir à quémander des mendiants attitrés ont, sans équivoque, dénoncé la politique du faire-semblant. L’Histoire leur en saura gré, ne serait-ce qu’en souvenir de toutes les victimes civiles injustement mortes pour que s’améliorent les conditions de vie matérielles et morales des générations futures.

 

Le Combat est toujours là, qui nous attend : la Paix tant attendue n’est toujours pas réalité !

 


Brèves nationales

Le « Miroir » aux alouettes :

 

Centriste, mon oeil !

 

Après une éclipse de plusieurs mois le « Miroir », curieux mensuel lancé en mai 2004 par un groupe proche du pouvoir, nous revient cette fois avec de nouvelles prétentions mais toujours le même discours. Ainsi, dans sa dernière livraison ce confrère se croit obligé de clarifier sa position sur l’échiquier politique national et proclame : « nous nous voulons centristes pour que notre position soit et reste absolument en phase avec la réalité. Pour ne pas la voir uniquement avec l’œil droit à l’instar des hommes du pouvoir, ni uniquement avec l’œil gauche à l’instar de ceux de l’opposition. Mais avec les deux yeux pour avoir une vue équilibrée du panorama politique de notre pays. Et dire notre vérité à nous au lieu de répéter celle de l’autre. Ne dit-on pas que toute vérité est relative. ! ». Rappelons à nos lecteurs que le Directeur de publication de ce Journal fabriqué à l’Imprimerie Nationale n’est autre que le Secrétaire Général d’un parti de la mouvance présidentielle et ayant récemment apporté comme il se doit son soutien à la candidature du candidat solitaire.

 

Pour le reste, inutile de s’attarder sur le contenu de cette brumeuse publication destinée à leurrer les citoyens. Tout juste dirons-nous un mot de son article en langue Somalie intitulé: « C’est quoi un Pays et qui est Citoyen « ? La question de la citoyenneté semble préoccuper notre nouveau confrère qui chercherait, ce faisant, à lancer un débat sur la question en proposant le numéro d’une boîte postale (2005, tiens !) et une adresse e.mail…

 

Ne voulant pas engager une polémique sur un sujet régulièrement traité dans ses colonnes, «Réalité » souhaite de l’inspiration à ce « Miroir » embué par de sombres considérations partisanes.

 

Quant à nous autres, opposants djiboutiens, nous demeurons avant tout des citoyens, des patriotes sincères, luttant contre toutes les dérives de ce régime divisionniste et prédateur.

 

*

 

Voirie et Environnement :

 

Le «Sans fil », incinérateur et dépotoir ?

 

Le régime poursuit sa propagande sur la salubrité publique et l’assainissement, en faisant appel au sursaut citoyen et aux menaces de sanctions. De leur côté, les administrés se demandent à quoi servent la décharge publique de Doudah et l’incinérateur offert l’an dernier par les Américains ? En effet, pour les riverains de la route d’Arta, la situation est dramatique.

 

Chaque vendredi des milliers de sacs d’ordures sont incinérés sur le terre plein du « sans fil », face à l’école primaire d’Arhiba. Incapables de mettre à la disposition des habitants d’Arhiba des bacs à ordures et des camions-bennes, les pouvoirs publics préfèrent rassembler les ordures et les faire incinérer le long de la route d’Arta au mépris du bon sens et de la préservation de l’environnement. Ainsi, les passants et les automobilistes, empruntant cette voie très fréquentée, se disent outrés et incommodés par les fumées âcres se dégageant de l’incinération à ciel ouvert des ordures sur le terrain du « Sans fil ».

 

Quant aux malheureux habitants de la Cité d’Arhiba, la pollution visuelle et olfactive de ces fumées leur paraissent un moindre mal comparé au danger représenté par l’accumulation des détritus dans leur quartier oublié.

 

A l’heure ou le candidat solitaire entame sa campagne démagogique sur les progrès économiques et sociaux accomplis durant son sixtennat, nous l’interpellons solennellement sur le sort cruel imposé aux habitants des quartiers populaires condamnés à l’insalubrité dans une Capitale devenue dépotoir à cause de son régime de mauvaise gouvernance.

 

*

 

Ali-Sabieh :

 

Le développement en trompe-l’oeil

 

La Capitale du District Assajog a subi comme Arta et Dikhil avant elle le passage de la caravane présidentielle en campagne. On raconte que, déçu de sa virée à Dikhil où ses promesses démagogiques n’ont pas trouvé d’oreilles complaisantes, le candidat solitaire aurait mis le paquet à Ali-Sabieh. Une formidable machine de propagande cherche à faire croire que les Assajogs sont les principaux bénéficiaires de la politique de développement initiée depuis six ans par le candidat actuel à sa propre succession. Ainsi à en croire le journal gouvernemental «La Nation » les Sages d’Ali-Sabieh auraient affirmé: « notre district n’a rien à envier à la Capitale ». Doit-on prendre cette déclaration à la lettre, si tant est qu’elle a eu lieu, comme un témoignage de satisfaction ou de déception ?

 

La condition des Djiboutois, sous ce régime de mauvaise gouvernance est connue de tous, celle des Assajogs aussi. Cela signifierait donc que le district Assajog reste, lui aussi, gangrené par le chômage, l’insalubrité, l’insécurité et la pauvreté : maux classiques du sous-développement causés par la démission des pouvoirs publics. Selon les médias gouvernementaux, les méga projets d’Ali-sabieh, en grande partie virtuels, auraient tellement modifié la carte socio-économique de la région qu’un vieux sage éberlué se serait écrié : « Eu égard à toutes les réalisations faites dans notre district, nous ne devrions même pas formuler une seule doléance».

 

Là, nous restons bouche bée.

 

Le génie de Haramous aurait-il transformé Ali-Sabieh en nouvel émirat tropical le temps d’une courte visite électoraliste ? Trêve d’esbroufe ! Le virtuel ne nourrit pas, les Assajogs le savent bien. Certains notables ont tenu à courageusement le rappeler, mais les médias gouvernementaux ont censuré leurs propos.

 

Il est vrai que le candidat solitaire déjà passablement fatigué par cette nouvelle campagne électorale dans les districts de l’Intérieur, en a suffisamment vu et entendu.

 

*

 

Développement routier :

 

Le régime fait fausse route

 

La troisième séance du Conseil des ministres décentralisé tenue à Ali-Sabieh, aurait été principalement consacré à l’examen du développement du transport routier urbain et national. Le département de l’équipement et des transports, gérant le fameux Fonds d’Entretien Routier (FER) organisme dont la gestion opaque est connue de tous, était ainsi mis en vedette dans la ville d’origine de l’actuel titulaire de ce portefeuille ministériel.

 

Si le richissime ministre en charge de ce département sommé d’exposer le bilan, forcément et globalement positif de ses activités n’a pas craint le ridicule en affichant ses maigres réalisations, la réalité sur le terrain est à mille lieues de ses prétentions démagogiques.

 

En effet, est-il besoin de rappeler que, mise à part la route Nelson Mandela récemment réhabilitée, les prétendus succès du département de l’équipement et des transports s’enlisent dans la gadoue. Ainsi en est-il des réhabilitations avortées de l’avenue Nasser, de l’avenue Guelleh Batal, de la rue Abdallah Guedid (anciennement rue des Issas) ou encore du boulevard 18 et de la rue des Mouches dont le pavage à grands frais n’a servi à rien, vu leur état actuel.

 

Par ailleurs, ce ministère ose toute honte bue prétendre avoir amélioré les pistes rurales, dont l’état d’abandon est de notoriété publique et faisant périodiquement l’objet d’une réhabilitation partielle de la part de forces armées étrangères.

 

Quant aux ouvriers cantonniers embauchés pour l’entretien des pistes rurales dans la région d’Obock par exemple, il convient de rappeler que ce recrutement électoraliste survenu en 2003 s’est révélé n’être qu’une esbroufe de mauvais goût. Comme en atteste une lettre datée du 8 janvier 2005, le directeur du Fonds d’Entretien Routier annonce brutalement aux responsables des ouvriers d’Obock que le budget 2004 ne prévoyait que des crédits de paiement des salaires pour seulement 15 cantonniers, au lieu des 30 effectivement recrutés.

 

Cette correspondance administrative, dont nous avons pu nous procurer copie; est ainsi libellée : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que les lignes de crédits affectés au paiement de vos salaires sont épuisés il y a six mois de cela. En effet, le budget 2004 a été prévu pour 15 ouvriers à Obock, mais le nombre s’est avéré le double, soit 30 ouvriers. Par conséquent, les crédits étant épuisés à la moitié de l’année 2004, aussi bien pour les ouvriers d’Obock que pour ceux de Tadjourah. Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.» Signé : le directeur par intérim du FER. La dernière formule de politesse n’était vraiment pas de trop, en considération des drames humains ainsi provoqués par ces quelques millilitres d’encre sur autant de grammes de papier.

 

Rappelons que les ouvriers d’Obock avaient été embauchés en 2003 pour raison électoraliste et ont continué à être exploités malgré des mois d’arriérés de salaire. Aujourd’hui, ils sont tout simplement congédiés sans autre forme de procès. Alors que, pendant deux ans, ils travaillaient dans des conditions difficiles pour un salaire de misère (17.000 FD) souvent versé au bout de plusieurs mois.

 

Le ministère des transports ayant retiré les engins des Travaux Publics du Nord du pays, depuis au moins trois ans, il vient à présent de saboter le travail de réhabilitation effectué avec pelles et pioches par de misérables cantonniers.

 

Où est donc le développement rural prôné par le docteur honoris causa en campagne ?

 

*

 

Tadjourah en état de siège :

 

Le candidat solitaire de plus en plus frileux

 

Venus par terre, air et mer, ils étaient plusieurs milliers d’écoliers privés de cours, de fonctionnaires débauchés de leur travail et de ruraux obligés de déserter leurs campements et villages, à se retrouver dans la Ville-Blanche pour accueillir le candidat solitaire et sa suite. Au prétexte d’y tenir un Conseil des ministres, le régime et ses forces de sécurité ont pris d’assaut Tadjourah mardi dernier. Le séjour du grand chef ne fut pas de tout repos. Dans la matinée, ses forces de sécurité ont brutalement maîtrisé quelques jeunes qui distribuaient paisiblement des exemplaires de l’accord de paix du 12 mai 2001.

 

Ainsi, le régime vient de démontrer pathétiquement son mépris de la paix civile et de sa consolidation. Le candidat du RPP doit comprendre une fois pour toutes qu’aucune de ses promesses démagogiques ne sera prise au sérieux tant qu’il persistera à ignorer les clauses de l’accord de paix signé avec le FRUD-armé. Les populations des zones affectées par le conflit le considèrent avant tout comme le saboteur de la réconciliation nationale.

 

Raison pour laquelle il déploie sa soldatesque sur son passage. Sa frilosité excessive explique à elle seule sa mauvaise conscience et ses sombres desseins.

 


Les comptes de la Chambre des Comptes (4)

DES DÉPENSES MIROBOLANTES

Malgré l’antériorité de la période ayant fait l’objet des contrôles budgétaires de la Chambre des Comptes, nous avons porté une attention particulière à un Titre très significatif de la mauvaise gouvernance du pouvoir. Il s’agit des « Dépenses Communes » qui représentent entre 24% et 25% des crédits engagés depuis 1999.


 

Il aurait été souhaitable que les travaux de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire soient plus pointilleux dans la recherche des imputations multiples de crédits identiques. Nous traitons cette semaine un chapitre des Dépenses qui reflète de par son importance les utilisations faites des fonds des contribuables djiboutiens.

 

Ces dépenses communes qui, par le volume conséquent de l’enveloppe, devaient être suivies avec rigueur croissent d’année en année et semblent relever d’un pouvoir « discrétionnaire » du ministère des Finances. Lequel ministère dispose, selon la Chambre des Comptes des prérogatives pour l’attribution des dotations sectorielles, de la détermination de leurs priorités, du montant des enveloppes nécessaires et enfin de la gestion des règlements.

 

C’est pourquoi, la Chambre des Comptes s’étonne dans son rapport que les imputations aient été déjà programmées en vue de l’absorption totale des crédits de ce chapitre de Dépenses communes, qui est l’exemple type des violations des règles des Finances Publiques. Il relève particulièrement dit-on du non-respect des procédures voire une violation des principes budgétaires de base.

 

Pour appuyer ces constats, nous vous livrons ci-dessous un sous-compte de ces « Dépenses Communes » : les Dépenses Carburant qui, importantes en volume budgétaire (près de 200 millions FD) relèvent directement de ce pouvoir « discrétionnaire » du seul Ministère des Finances.

 

Avant d’entamer les commentaires que nécessite ce tableau, il est regrettable que la Chambre des Comptes n’ait pas fait le lien entre ces dépenses en carburant et des autres sous-comptes que sont « les frais de mission » et « les frais de transport » qui figurent en plus des dépenses en carburant dans les budgets 1999, 2000 et 2001, et curieusement disparaissent en 2002.

 

A les voir de très près, ces trois sous-comptes représentaient dans les comptes définitifs une consommation totale sur quatre ans de 1,9 milliards FD. Montant qui ne tient pas compte de Dépenses Subventionnées en Hydrocarbure de 400 millions FD exceptionnellement en 2000.

 

En observant de près ce tableau, il est clair que sur les 200 millions FD au prix actuel, que représentent ces dépenses en carburant, plus de la moitié revient aux différents services du ministère des Finances alors que d’autres ministères plus importants pour le développement ne bénéficient guère de ces coupons et autres approvisionnements en vrac.

 

En effet dix-sept départements dépendant de ce ministère bénéficient de ces largesses sur un total de 43 dans cette liste ci-dessous. Il est révoltant d’observer que des ministères comme la Santé, l’Education, l’Elevage et la Pêche, etc. soient totalement lésés par rapport au SDS.

 

Nous vous livrerons dans nos prochaines éditions d’autres aberrations sur les dépenses inconsidérées d’un régime dont les multiples impositions fiscales et sociales contribuent fortement à l’appauvrissement des populations.

 


Transport : le corridor en concession ?

Lorsque la presse gouvernementale nous cite, c’est le plus souvent en forme d’invectives, à propos de tel ou tel article ayant déplu en haut lieu. Par contre, il arrive à la presse étrangère de prendre position par rapport à nos écrits, restitués dans le contexte spécifique des relations bilatérales. Ainsi, dans son édition du 5 décembre 2004, le sérieux hebdomadaire éthiopien « Fortune » proche des milieux d’affaires a consacré un long article au contentieux djibouto-éthiopien relatif au connaissement direct et ce que nous avions publié sur le sujet.


 

Sous le titre « les inquiétudes de Djibouti au sujet de connaissement direct », notre confrère d’Addis-Abeba rappelle que le gouvernement djiboutien est actuellement en train de faire marche arrière sur ce dossier, après que le journal d’opposition « Réalité » « ait déclaré la proposition éthiopienne inacceptable. » L’hebdomadaire « Fortune » explique que l’opposition regroupée au sein de l’UAD, qui tient la dragée haute au pouvoir, ferait de ce dossier un cheval de bataille lors de la prochaine présidentielle. Et conclut que, dans le cas d’une alternance au sommet, l’opposition djiboutienne renégociera les termes de cet accord. Une délégation de haut niveau devait se rendre à Djibouti le 5 décembre dernier pour finaliser un accord de principe déjà donné. A la dernière minute, la visite a été annulée à la demande de la partie djiboutienne.

 

Selon notre confrère, qui le tient de source diplomatique, les autorités de notre pays ont fait savoir à leurs homologues éthiopiennes que la finalisation de cette négociation en ce moment serait inopportune, la reportant à l’après avril 2005. Après quoi la neuvième commission mixte interministérielle la finalisera, ainsi que celles relatives à d’autres dossiers.

 

Que l’on nous permette de longuement citer notre confrère qui se livre à un rappel du fil des événements : « Lors de la réunion de la commission mixte des deux pays, qui a eu lieu à Djibouti en 2004, un accord de principe fut conclu sur l’acheminement des marchandises de port à port ; une équipe d’experts éthiopiens a produit un document de 40 pages comportant des propositions visant notamment à rassurer Djibouti sur les intentions monopolistiques d’ESL, laquelle sous-traiterait les opérateurs locaux et éthiopiens soumissionnant aux appels d’offres lancés par elle. Une semaine après la soumission de la proposition éthiopienne à Djibouti, une journal d’opposition, «Réalité», a déclaré cette proposition ‘’inacceptable’’ ».

 

1) Si le régime s’est rétracté à présent sur ce dossier, c’est uniquement pour des raisons électoralistes. Pour notre part, les conditions de notre participation à la prochaine consultation électorale n’étant pas réunies, ce dossier n’a jamais constitué un cheval de bataille pour nous ;

 

2) Nous ne contestons pas le connaissement direct en tant que mode de travail permettant aux conteneurs unifiés d’être acheminés aux points de livraison dans un document unique, en utilisant au moins deux moyens de transport dans un délai le plus court possible et au moindre coût ;

 

Ce que nous avons jugé et continuons de juger inacceptable, ce sont les modalités de mise sa œuvre telles que proposées par la partie éthiopienne : il y était clairement stipulé dans une proposition portant sur les transporteurs que la société ESL (Ethiopian Shipping Lines) « sera désignée comme Le transporteur pour les importations éthiopiennes. » ESL est en effet en situation de monopole chez elle ; c’est une dynamique compagnie qui pratique le slot, c’est-à-dire la location d’un espace dans les lignes marchandes de P.I.L : plusieurs centaines de conteneurs. Elle a par ailleurs acquis pour dix millions de birrs à Kaliti, dans la banlieue de la Capitale éthiopienne, un entrepôt de 34.000 m2. on sait que l’essentiel des marchandises transitant par le port de Djibouti sont des importations éthiopiennes.

 

Ainsi donc, si les termes de l’Accord de principe étaient finalisés tels quels, d’amont en aval, ESL serait en situation de monopole et les agents maritimes et transporteurs djiboutiens n’auront plus qu’à mettre la clé sous le paillasson.

 

Après le Port et l’Aéroport, c’est le corridor routier qui serait en voie d’être concédé à un opérateur privé étranger. Le dynamique manager d’ESL, M. Ambachew Abraha, comprendra aisément que « Réalité » cherche uniquement à préserver les intérêts des transporteurs nationaux ou étrangers opérant à Djibouti, qui emploient des centaines de personnes et qui versent des impôts au fisc djiboutien. Notre organe de presse est favorable à une situation de concurrence qui bénéficiera également aux importateurs et hommes d’affaires éthiopiens.

 

Nous avons au demeurant critiqué les atermoiements en 2001 des dirigeants djiboutiens, prétendant réserver le transit maritime aux seuls opérateurs nationaux et excluant de ce fait MTS, ce qui était inamical. Tout comme nous considérons inamicale l’OPA d’ESL sur le corridor terrestre djibouto-éthiopien et nuisible aux bonnes relations commerciales entre partenaires et voisins. Ces atermoiements et voltes faces décrédibilisent nos dirigeants auprès de nos partenaires éthiopiens, tout comme les décrédibilise la gestion du scandale du Fonds d’Entretien Routier (ce sont les camions éthiopiens qui entretiennent ce fonds) auprès de tous nos partenaires impliqués dans le développement économique de notre pays.

 

Le gouvernement djiboutien clame et répète à l’envi son souci de la bonne gouvernance et démontre dans la pratique tout le contraire, comme l’atteste le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire.

 

Enfin, vigilants et responsables, « Réalité » et l’UAD d’une manière générale restent favorables au renforcement des relations commerciales (qui ne datent pas du port de Djibouti) entre notre pays et son principal partenaire commercial et voisin, sans que ne soient lésés les intérêts d’aucune partie.

 


 

Abou Mazen président !

L’HEURE DE VÉRITÉ POUR ISRAËL

Avec plus de 66% des suffrages exprimés et un taux de participation avoisinant les 70% des inscrits, Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a donc succédé à son vieux compagnon de lutte, le regretté Yasser Arafat, à la tête de l’Autorité Palestinienne. La tâche qui l’attend est immense.


 

Le premier scrutin depuis l’élection de Yasser Arafat en 1996 était considéré par tous les observateurs internationaux comme celui de tous les dangers. La présence en Palestine comme observateurs de l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter et de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, témoigne de l’importance accordée par les Etats-Unis, l’Union Européenne et la communauté internationale en général, à ce scrutin dont dépend en partie l’avenir de la région. La question palestinienne empoisonne les relations internationales depuis 1948, mais elle est, depuis la fin de la guerre froide, la clé de la paix dans cette région et dans le monde.

 

La phobie sécuritaire, que seul justifie en fait un expansionnisme colonial de l’Etat juif, avait conduit l’ancien Premier ministre Netanyahou à soutenir officiellement devant le Congrès américain en 2000, l’ « urgente nécessité» de neutraliser le dictateur irakien Saddam Houssein afin d’élargir le périmètre vital de sécurité autour d’Israël. Attentas terroristes qui, de façon inexplicable, avaient valu à un mouvement de résistance tel que le Hamas, de figurer sur la liste des ennemis de la Démocratie!

 

Efficacement relayée par le très influent lobby sioniste aux Etats-Unis, cette doctrine a, de toute évidence, trouvé un écho favorable auprès de l’administration républicaine. Après l’échec des Accords d’Oslo, imputable à Israël du fait de sa poursuite des colonies de peuplement, et le tournant du 11 septembre 2001, les défenseurs de cette doctrine ont réussi à entraîner leur allié américain dans une croisade en Mésopotamie, où il s’est totalement enlisé.

 

C’est dans ce contexte, dans une région en proie à un indescriptible chaos, que vient de se dérouler l’élection présidentielle remportée par Abou Mazen.

 

Dépourvu de tout charisme, mais jouissant d’une indéniable légitimité tant au sein du Fatah, dont il est un membre fondateur, qu’auprès de la communauté internationale pour son opposition à l’Intifada qu’il estime contre-productive, Abou Mazen est un pragmatique. Négociateur hors pair, il était l’artisan des Accords d’Oslo.

 

En désignant un Exécutif légitime, l’électorat palestinien a clairement et massivement exprimé son souhait de sortir de l’impasse. En élisant un candidat qui se posait comme alternative aux violences de l’Intifada et s’engageait à œuvrer à l’ouverture des négociations de paix avec Israël, pour la conclusion de laquelle sa longue expérience de pourparlers et son pragmatisme sont des atouts majeurs.

 

Abou Mazen a, le temps d’une campagne sereine, courtisé les extrémistes de son camp en les persuadant qu’il souhaitait diriger avec eux et non contre eux, avec pour objectif la création d’un Etat palestinien ayant Jérusalem pour « Capitale Eternelle ».

 

Les espoirs de paix au Proche-Orient sont donc relancés par son élection à la tête de l’Autorité Palestinienne et il lui faudra, dans l’immédiat, parvenir à un accord avec le Hamas et les autres organisations afin de réunifier le Fatah, pour aller en rangs serrés aux pourparlers de paix.

 

Son challenger Mustapha Barghouti, cousin de Marwane Barghouti qui, avec environ 20% des suffrages exprimés, se pose comme la deuxième force palestinienne, a déjà reconnu sa défaite et souhaité plein succès à son vainqueur. La démocratie palestinienne a donc fait la preuve de sa vitalité et est sans doute aujourd’hui la seule véritable dans le monde arabe.

 

Dès lors, la balle est dans le camp de l’occupant sioniste, pour qui sonne l’heure de vérité. Après avoir diabolisé le défunt président Arafat, Israël devra montrer ses dispositions à conclure un accord de paix durable avec l’Autorité nouvellement élue. L’Etat sioniste aura fort à faire avec les colons fanatisés et leur évocation exaltée du Grand Israël, déterminés qu’ils sont à saboter le retrait unilatéral des tous les Territoires Occupés.

 

Sitôt les résultats de cette consultation électorale connus, le président Bush a salué l’événement et promis de vouloir travailler avec le nouvel homme fort de la Palestine. Cette prise de position américaine est en soi encourageante et laisse augurer d’une implication positive des Etats-Unis dans le règlement de la crise israélo-palestinienne, qui envenime la paix au Proche-Orient et discrédite pour le moment une puissance américaine que les peuples épris de liberté souhaiteraient voir jouer un rôle à la mesure de sa puissance, au lieu de soutenir un colonialisme qui opprime au nom d’une justification religieuse.

 

De son côté, une fois n’est pas coutume, le régime israélien a également, par la voix de son Premier ministre Sharon, salué les résultats de l’élection présidentielle palestinienne qui s’est déroulée dimanche dernier. Il faut à présent espérer que le futur gouvernement d’union nationale formé hier en Israël assumera ses responsabilités en s’engageant dans des négociations sincères avec la nouvelle Autorité Palestinienne.

 

Enfin, pour leur part, les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et d’ailleurs, sans oublier les réfugiés dont Mahmoud Abbas souhaite le retour, ont largement fêté la victoire du nouveau leader palestinien.

 

Conforté par ces signes encourageants, Mahmoud Abbas qui doit prêter serment ce mercredi, semble avoir les coudées franches pour engager sa patrie et son peuple dans une ère nouvelle.

 

Car, autant que les Israéliens, les Palestiniens veulent rompre avec un dramatique engrenage d’une violence qui, jusqu’à présent, ne profite qu’aux extrémistes des deux bords : colons en quête de territoire et islamistes transformant en combat religieux le légitime droit d’un peuple à l’autodétermination.

 


 

Accord de paix final au Sud Soudan

ESPOIR DE RÈGLEMENT AU DARFOUR ?

La plus longue guerre civile d’Afrique (21 ans de conflit armé, au moins 2 millions de morts et 4 millions de déplacés) a officiellement pris fin avec la signature d’un accord de paix définitive entre le gouvernement soudanais et la rébellion du SPLA à Nairobi dimanche dernier. La communauté internationale a unanimement salué cet accord historique et appelle également à la résolution de la crise du Darfour, nouvelle plaie ouverte du Soudan depuis février 2003.


Le 9 janvier 2005 restera certainement une date historique pour le Sud Soudan, en proie à une guerre civile meurtrière depuis plus de deux décennies. La rébellion déclenchée en 1983 par le Sudan’s People Liberation Army (SPLA) de John Garang a officiellement pris fin cette semaine au bout de deux années d’âpres négociations entre les frères ennemis Soudanais au Kenya. La cérémonie de signature a été organisée dans un grand stade de Nairobi, en présence de représentants de la communauté internationale, d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement et de quelque 5.000 spectateurs.

Cet accord a été contresigné par le président du pays hôte, le Kenya, ainsi que par le chef d’Etat ougandais, président en exercice de l’IGAD. La communauté internationale, qui s’était particulièrement impliquée dans ce processus de paix, exprime sa satisfaction et espère que, dans la foulée, le gouvernement soudanais fera les efforts nécessaires pour que les pourparlers d’Abuja (Nigeria) entre les rebelles du Darfour et le régime de Khartoum débouchent rapidement sur un règlement pacifique de la crise dans cette région à l’est du Soudan, où sévit une sanglante guerre civile depuis février 2003.

La crise humanitaire du Darfour est l’une des plus graves qu’ait connues le continent africain depuis le drame biafrais. Cette guerre aurait déjà fait plus de 70.000 morts et deux millions de déplacés ou réfugiés.

Fort de la paix retrouvée au Sud, le régime militaro-islamiste de Khartoum devra désormais activement se consacrer au règlement du conflit du Darfour, région musulmane où l’armée gouvernementale et les milices arabes Djandjawid terrorisent les populations civiles accusées de soutenir les mouvements rebelles. Après la signature de l’accord de paix de Nairobi, le président soudanais Omar El Béchir a déclaré vouloir désormais signer un accord similaire de partage du pouvoir et des richesses avec les rebelles du Darfour.

Pour l’heure, l’euphorie du règlement de la crise au Sud Soudan incite le gouvernement soudanais à l’optimisme. Les mois qui viennent diront si vraiment le plus grand pays d’Afrique cherche effectivement à tourner la page des guerres internes pour se consacrer enfin au développement économique et social de ses populations. Il reste pour le moment à sérieusement appliquer l’accord signé le 9 janvier dernier avec le SPLA de John Garang. Selon les observateurs, le chef historique de la rébellion du Sud Soudan deviendrait le premier vice-président d’un gouvernement d’union nationale, qui doit être formé dans les mois qui viennent. L’accord signé à Nairobi prévoit en effet une période de transition de six ans et la rédaction d’une nouvelle Constitution excluant de l’application de la Charia les populations non musulmanes. A l’issue de cette période transitoire de six ans, les populations sudistes à majorité chrétiennes et animistes seront appelées par voie de référendum à choisir si elles veulent rester dans l’ensemble soudanais ou alors devenir indépendantes dans un Etat qui leur appartiendrait en propre.

Aussitôt l’accord signé, le leader sud soudanais a humblement reconnu que la paix dans son pays ne serait réelle qu’après le règlement juste de la crise du Darfour. Garang a même souhaité se faire inviter au processus de paix en cours à Abuja, consacré au Darfour en rappelant que le Soudan risquait de connaître la guerre tant que ne serait pas réglée la crise du Darfour, où deux nouveaux mouvements rebelles seraient récemment apparus.

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan a, dans son rapport au Conseil de sécurité rendu public vendredi dernier, laissé entendre que le conflit du Darfour serait actuellement sur le point de gagner la province voisine du Kordofan.

La paix globale qui se dessine dans le plus étendu pays d’Afrique est certes une avancée positive qui permettra au régime de Khartoum de briser son isolement international tout en soulageant ses populations des affres de la guerre civile. Mais un accord de paix n’est viable que s’il est sincèrement et intégralement appliqué, afin de pouvoir soigner tant les causes que les conséquences du conflit.

Ce n’est pas un hasard si le chef de l’Etat djiboutien faisait pâle figure à Nairobi parmi ses pairs africains. Ayant honteusement violé l’accord de paix le liant au FRUD-armé, il était le moins qualifié pour jouer un rôle honorable de médiateur régional. C’est la deuxième fois qu’il est obligé de se déplacer à Nairobi pour constater que les Kenyans ont réussi là où il a lamentablement échoué.

Si la scène régionale et internationale lui offrira certainement une nouvelle opportunité de redorer son blason terni, pas besoin d’être devin pour lui prédire qu’une telle violation de l’accord de paix du 12 mai 2001 lui réserve chez lui de pénibles lendemains. Il ne pourra pas impunément parader à l’extérieur ou à l’intérieur avec une telle forfaiture.

 


 

Une citoyenneté à marée basse

Les conséquences dramatiques du tsunami qui a frappé l’Asie du Sud-Est le 26 décembre dernier, ont donné lieu à un élan international de générosité jamais enregistré auparavant. Toutefois, cette mondialisation de l’émotion cache de profondes disparités nationales, à l’aune desquelles notre position de citoyens djiboutiens, peu glorieuse, devrait nous inciter à réfléchir sur le sens de notre passivité. Car, si nous sommes uniquement spectateurs des cataclysmes mondiaux, si nous nous sentons si peu citoyens du monde, n’est-ce pas surtout parce que nous ne nous sentons pas assez citoyens responsables chez nous ?


 

La presse gouvernementale nous apprend que la Présidence djiboutienne aurait ouvert un compte bancaire afin de collecter tous les dons pour venir en aide aux populations somaliennes frappées par les dernières vagues du tsunami. Sur les côtes de ce pays déjà en proie au chaos, l’on dénombrerait en effet près de 300 morts. Cette générosité de la Présidence djiboutienne, pour appréciable qu’elle soit, ne doit pas nous dispenser de nous interroger sur la compassion active que chacun d’entre nous devrait normalement témoigner à l’égard des victimes d’une telle catastrophe naturelle. Car, il ne s’agit pas ici de panser les blessures d’une guerre provoquée par la folie des hommes : il est question de rester solidaires face à un aléa de notre condition de terrestres devant lequel, pas définition, toutes les victimes sont innocentes.

 

Dans ces conditions, pourquoi est-ce encore dans les pays occidentaux que les citoyens se sont massivement mobilisés, pour venir au secours des habitants d’une région si éloignée de leurs préoccupations quotidiennes ? Une bonne conscience trop facile voudrait que ce soit le niveau de vie élevé des Occidentaux, et corrélativement leur mauvaise conscience à la vue de la misère du Tiers-Monde, qui expliquerait leur élan de solidarité face au drame que vivent les populations du Sud-est asiatique.

 

C’est plus compliqué que cela : quand des enfants font le tour des voisins pour collecter des fonds destinés aux écoliers démunis du Sri Lanka, quand des collégiens lavent des voitures pour reverser l’argent ainsi gagné à une organisation caritative ou quand même les détenus d’une prison se cotisent pour apporter leur contribution financière aux aides humanitaires, l’on est bien obligé de reconnaître que, plus que la richesse matérielle, il serait plus pertinent de parler d’une richesse morale, dont l’absence ou la faiblesse renvoie à un déficit de citoyenneté qui devrait nous interpeller.

 

En premier lieu, la mobilisation individuelle renvoie à la notion de responsabilité : c’est lorsque, même en prison, l’on se sent maître de son destin et acteur des événements, que l’on s’estime en devoir d’activement participer à la marche de l’Histoire. Cette application concrète de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (en vertu de laquelle « tous les hommes naissent libres et égaux en droits et en devoirs » et s’agissant dans le cas présent d’une solidarité de l’espèce humaine face à une catastrophe naturelle dont chacun aurait pu être victime), ne peut elle-même advenir que dans un système politique respectant la liberté et reconnaissant au citoyen ce droit et cette capacité d’agir. Autrement dit, c’est lorsque l’on s’estime citoyen chez soi (avec tous les droits et les devoirs afférents) que l’on peut s’investir dans la citoyenneté mondiale. Un despotisme politique issu d’une fraude électorale et se perpétuant par l’abus de pouvoir est donc synonyme d’une irresponsabilité citoyenne, cantonnant chacun individu dans le rôle peu glorieux de spectateur inerte face à de telles urgences internationales, parce qu’il en est ainsi au regard des événements nationaux. Inutile de trop rappeler qu’un adulte ne peut inculquer à son enfant la conscience d’un civisme qui lui est si méthodiquement dénié : la passivité présente face à ce genre de régime handicape même les futures générations !

 

En second lieu, cette dépossession d’une citoyenneté agissante, car responsable, montre bien à quel point il est pour le moment vain de parler de société civile à Djibouti : la pléthore d’associations non gouvernementales, dont l’existence est loin d’être synonyme d’efficacité, ne peut masquer le fait qu’il manque véritablement ce pilier essentiel de toute démocratie digne de ce nom.

 

Au niveau individuel de l’irresponsabilité, vient alors s’ajouter la dimension collective. Chez nous, le seul esprit associatif que se soit imposé, c’est celui des tontines auxquelles les femmes ont souvent recours, quoique cela constitue une forme d’entraide difficilement assimilable à de la gratuité.

 

Enfin, dans les conditions actuelles d’opacité dans la gestion des deniers publics, accompagnée d’une corruption généralisée, elle-même renforcée par l’impunité dont bénéficient ceux qui détournent l’argent public, comment en vouloir à l’honnête citoyen très peu enclin à verser au Croissant-Rouge djiboutien une somme, même symbolique, au nom d’une cause aussi noble soit-elle ?

 

A la misère matérielle à laquelle la mauvaise gouvernance condamne la grande majorité de nos concitoyens, s’ajoute donc une misère morale, née d’un déficit de citoyenneté, qui nous maintient en marge de la solidarité internationale : pour être respecté ailleurs, il faut d’abord recouvrer sa dignité chez soi. S’aider soi-même pour aider autrui.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 120 du mercredi 5 janvier 2005

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Réalité numéro 120 du mercredi 5 janvier 2005

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La force de la Nature
  4. Les comptes de la Chambre des Comptes (3)
  5. Vrais et faucons
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 120

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site: www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SOLIDAIRES

FACE À LA DÉSOLATION

Mogadiscio, ce n’est pas très loin de Djibouti. Pourtant, il y a eu là-bas au moins 200 morts consécutivement à un tsunami venu de milliers de kilomètres. Parce que nous sommes beaucoup moins à l’abri des catastrophes naturelles, ce qui s’est passé en ce 26 décembre 2004 devrait nous inciter à réfléchir sur notre propre vulnérabilité et nous sentir solidaires des souffrances endurées. Ce n’est pas la première fois qu’un cataclysme prend une telle dimension planétaire.

Souvenons-nous : c’était le 27 août 1883. Suite à une éruption volcanique sous-marine, l’île de Krakatoa située entre Java et Sumatra est complètement détruite. L’explosion donna lieu au bruit le plus assourdissant jamais enregistré sur Terre : il fut même entendu à cinq mille kilomètres à la ronde ! Une série de tsunamis succéda alors, la vague du dernier atteignant la hauteur vertigineuse de 35 mètres et fit plusieurs fois le tour du monde. 300 villages de la côte indonésienne furent totalement rayées de la carte et au moins 36.000 morts furent recensés.

Par les pertes humaines et matérielles causées en Asie du Sud-Est, la désolation du 26 décembre dernier constitue à n’en pas douter la catastrophe naturelle la plus dévastatrice que le monde ait vécu à ce jour. Après avoir fait le deuil des 150.000 morts à l’heure actuelle recensés (dont 80.000 dans le seul nord de Sumatra, le bilan définitif ne sera probablement jamais connu de façon précise), il faudra au moins dix ans et un colossal effort international pour reconstruire tout ce qui a été détruit en Indonésie, En Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande ou en Malaisie.

Pour l’heure, il s’agit de parer au plus pressé : identifier les morts et assister les survivants. L’émotion suscitée étant à la mesure de la désolation, une mobilisation internationale sans précédent s’est mise en place : gouvernements, institutions multilatérales, ONG et même simples citoyens du monde. Les seules promesses d’aides publiques se chiffreraient déjà à deux milliards de dollars américains. C’est que la tâche est immense. Il s’agit d’abord de soulager la détresse des millions de sans-abri que le raz de marée a brutalement et durablement privés de toit, de nourritures, de soins et de vêtements dans les huit pays touchés. Il faudra également prévenir et combattre les inévitables risques d’épidémies qui risquent de gravement alourdir un bilan humain déjà dramatique.

Pour évaluer l’ampleur du désastre et des moyens à mettre en ouvre, une conférence internationale se réunira le 11 janvier à Genève, succédant à une réunion extraordinaire de l’ASEAN le 6 janvier en Indonésie. Le drame est là : si cette organisation régionale regroupant les États du Sud-Est asiatique avait eu la volonté politique nécessaire, un mécanisme de veille aurait pu être mis en place pour alerter les populations riveraines de tout risque sismique. Comme s’en sont dotés le Japon et les États-Unis : le problème n’est pas technique, mais hélas d’ordre institutionnel, la coopération économique ou militaire prévalant sur toute autre considération de protection civile.

Situés dans une région à haute activité sismique, nous ne sommes évidemment pas à l’abri d’une catastrophe naturelle : Djibouti-ville étant à certains endroits située au-dessous du niveau de la mer, notre Capitale est d’ores et déjà condamnée à disparaître sous les eaux suite à une élévation du niveau de la mer consécutive à l’effet de serre et au réchauffement de la planète. C’est dans un très proche avenir, et ce n’est pas là un scénario-catastrophe.

Pour l’heure, au lieu de danser pour le nouvel An, le régime aurait été mieux inspiré de communier avec la douleur internationale et surtout de rassurer l’opinion publique nationale quant à notre degré d’exposition à de tels risques naturels : à quoi servent donc nos scientifiques du CERD ?


Brèves nationales

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Contreplan sur «Gros Plan» :

Le journalisme-propagande se porte bien

L’impertinence d’un journaliste face à son invité est en règle générale, dans les pays où existe un véritable pluralisme de la presse, un gage de sérieux déontologique et de respect du public citoyen. Même en différé (nonobstant l’inévitable censure politique) et malgré la mise à distance des téléspectateurs qu’une telle formule empêche de participer aux débats par leurs questions, l’émission «Gros Plan» avait soulevé beaucoup d’espoirs dans un environnement médiatique pour le moins morose, en l’absence de médias indépendants.

Apparemment, c’était encore trop attendre d’une certaine nature humaine sacrifiant sa liberté de penser au profit de basses sollicitations partisanes et sectaires, incompatibles avec l’intérêt général.

Ainsi, dans le récent numéro de «Gros Plan» l’animateur s’est rendu coupable de flagrantes légèretés qui ne peuvent nous laisser indifférents. Non pas que nous prétendions ici prendre la défense de son invité, le président du parti politique dénommé FRUD : il a lui-même remis à sa place le journaliste prétentieux cherchant à le déstabiliser à propos d’un quolibet. Par contre, les allégations de cet animateur propagandiste selon lesquelles l’opposition djiboutienne serait actuellement divisée sur le choix d’un candidat à la prochaine présidentielle sont tout à fait infondées.

Elles semblent surtout participer d’une intoxication médiatique dont le seul bénéficiaire est incontestablement le candidat solitaire à sa propre succession. Dans un système politique où les vocations se résument à rejoindre le parti au pouvoir uniquement pour des raisons personnelles et alimentaires, auxquelles les candidats donnent une justification tribale, ce journaliste maison cherchait, à travers cette contrevérité, à discréditer l’UAD. Mais surtout à rabaisser le débat de société en privilégiant les individus au détriment des personnes.

Rappelons que si l’UAD a décidé d’exclure de son sein un parti dont le président s’était trop précipitamment déclaré candidat à la présidentielle d’avril prochain, c’est parce que, moins que sa personne, respectable au demeurant, le seul fait de participer à une fraude électorale prévisible est contraire à la contribution que l’opposition entend apporter dans l’instauration d’une véritable démocratie.

En un sens, le président du FRUD a eu raison de dire que l’opposition ne jouerait pas un grand rôle dans la prochaine consultation électorale : au sens du jeu traditionnel consistant à cautionner l’illégalité instituée, certainement pas ! Tout simplement parce que, contrairement à ses illusions bien compréhensibles, il n’y a pas encore de réelle démocratie à Djibouti. La meilleure preuve en étant ce journaliste lui manquant de respect et tentant de le piéger dans des élucubrations sans intérêt.

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Mégaboum officielle du nouvel An :

Danses, chants et feux d’artifices

En signe de solidarité avec les nations dévastées et endeuillées par les tsunamis, la plupart des Etats du globe ont décidé de limiter ou même d’annuler les festivités officielles marquant le passage à la nouvelle année. En effet, selon les derniers décomptes officiels, ce sont plus de 150.000 personnes qui auraient péri dans les huit pays touchés par les raz-de-marée du 26 décembre 2004.

C’est dans ces circonstances tragiques à l’échelle mondiale que le régime djiboutien a choisi de pompeusement fêter le nouvel An à la résidence du Premier ministre. Ainsi, dès 20 heures vendredi, des policiers filtraient la circulation sur la route entre La Siesta et Boulaos. Vers 22h30, plusieurs dizaines de véhicules 4×4 étaient garées le long de cette voie, donnant une idée de l’affluence exceptionnelle à cette fête organisée par le pouvoir. Selon nos informations, des centaines d’heureux invités, ou de malheureux réquisitionnés, ont pris part à cette soirée, aux frais du contribuable bien sûr.

Rien n’a été négligé pour donner un éclat sans précédent à cette fête de l’insouciance : lampions multicolores, agapes des mille et une nuits, musique branchée et assourdissante, gigantesque feu d’artifice à minuit. On raconte que les derniers fêtards auraient dansé jusqu’à très tard dans la nuit, pratiquement aux aurores.

Tout ce beau monde n’a évidemment pas eu le temps de visionner le « Gros Plan » consacré à la paix d’Ab’a, ni encore moins de se recueillir au moment du pathétique et insipide message présidentiel du nouvel An, enregistré pour l’occasion au quartier général de campagne de Haramous s/mer. Ils étaient peut-être trop pressés de jouir de l’instant présent : demain est un autre jour, comme le disait Scarlett O’ Hara dans «Autant en emporte le vent».

Mais, pour être tout à fait honnête, admettons que la petite histoire de cette grande soirée dit aussi qu’avant de se déhancher au rythme endiablé des musiques dans l’air du temps, les illustres danseurs auraient observé une longue minute de silence à la mémoire de toutes les victimes du tsunami, dont 200 rien que dans la république soeur de Somalie, cinquième pays le plus touché.

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L’opposition se renforce :

Galafi hisse les couleurs de l’ARD

La localité de Galafi, dans le Sud-Ouest du pays et par où transite l’essentiel du trafic commercial routier avec l’Éthiopie, reste une région particulièrement désolée, en dépit de ses potentialités. La présence de l’État se limite à un petit détachement militaire, quelques fonctionnaires de police et un agent des Douanes. Dans un rayon de 20 km, aucune trace de développement n’est visible, pas même agropastoral, n’en déplaise à tel docteur honoris causa en la matière.

Ainsi, faisant suite aux multiples demandes de la population de ce secteur, l’ARD y a ouvert une annexe la semaine dernière. A peine le tableau de notre parti accroché dans ce village, le régime pris de panique a officiellement protesté par la voix d’un ministre, natif de l’étape. Les notables lui ont fermement répondu que les citoyens oubliés de Galafi n’avaient désormais plus d’autre alternative que de soutenir le combat juste de l’ARD, le parti qui ose dénoncer l’injustice, qui lutte pour que la vérité éclate et qui ne tolère aucune discrimination entre les Djiboutiens.

Dans une région où cartes d’identité nationale, extraits d’acte de naissance, dispensaire et école sont encore plus rares que la mousson d’hiver, aucun doute que notre parti n’aura aucune difficulté à mobiliser. Surtout que, sans même parler de réhabilitation, dans cette zone durement affectée par le conflit, des fillettes ont encore été mutilées en septembre dernier par des mines antipersonnel que l’Armée se refuse obstinément à neutraliser. Et cela, les habitants de cette région ne peuvent l’admettre.

*

Conseil des ministres de campagne :

Dikhil boude le candidat solitaire

Entamant sa campagne par des voies détournées, le candidat solitaire a tenu le deuxième « Conseil des ministres décentralisé » à Dikhil mardi dernier. Malgré le zèle des rabatteurs dépêchés sur place, la population de la ville de l’Unité aurait allégrement boudé la visite démagogique du candidat fatigué à sa propre succession. La RTD aura tout de même réussi à concocter un pénible reportage sur cette région, lassée comme toutes les autres du mensonge officiel et du gâchis. Déçu du voyage, le docteur honoris causa serait brutalement rentré à Arta, où il aurait poursuivi ses méditations solitaires sur la suite des événements. On raconte même que l’escapade à Dikhil l’aurait passablement fatigué.

Pourtant, soucieux qu’il serait de ne faire aucun jaloux, il projetterait courageusement de tenir de prochains «Conseils de ministres décentralisés » à Ali-Sabieh, Tadjourah et Obock.

Qui vivra verra.

*

La Première Dame à Abou-Dhabi :

Tardives larmes de crocodile

Notre article de la semaine dernière consacré à la condition féminine à Djibouti et dans lequel nous faisions allusion au récent voyage en Boeing présidentiel de la présidente de l’UNFD aux Emirats Arabes Unis a, paraît-il, particulièrement déplu en haut lieu. Aussi, sommé de donner une explication à cette visite privée, le journal gouvernemental « La Nation » s’est empressé de publier en dernière page de son édition du jeudi 30 décembre, un court article en forme de mise au point.

Le texte aussi risible que maladroit cherchait à faire diversion en prétendant que la Première Dame aurait effectué ce déplacement uniquement pour présenter ses condoléances à la veuve du président d’Abou-Dhabi décédé il y a plus de deux mois.

Tout ce que nous avions avancé, c’est que ce voyage privé avait été financé par les deniers publics : le régime n’a pas osé affirmer que la Première Dame avait voyagé en boutre ou en charter de Daalo-Airlines !

Quant aux condoléances, bien tardives, la population djiboutienne aurait pour sa part apprécié que ses propres doléances soient prises en considération par celle qui, apparemment, a plus de pouvoir et de moyens que nombre de ministres.

L’Aïd approche : elle pourrait inviter son président de mari à verser aux agents de l’Etat les deux mois d’arriérés de salaire injustement retenus parce qu’affectés à d’autres urgences : comme tel voyage privé en Boeing présidentiel ou telle boum de la primature ?

*

La Présidence s’agrandit :

Le bâtisseur national voit grand

Visiblement à l’étroit dans les murs du modeste palais présidentiel qu’il hante depuis plus de 27 ans, et dont certains couloirs datant du début du 20 ème siècle interdiraient l’épanouissement de son envergure grandissante, le candidat solitaire projetterait une extension du Beit El Wali. Depuis son accession à la magistrature suprême, il y a ainsi fait procéder à de multiples travaux de rénovation et de décoration pour plusieurs centaines de millions de nos francs.

Pris d’une frénésie de construction et disposant d’un budget occulte conséquent, le bâtisseur national serait sur le point, pour cela, de faire disparaître la dernière mangrove de Djibouti, située côté mer, aux fins d’agrandir le domaine de la Présidence. Aura-t-il le temps de terminer ses futurs travaux pharaoniques ? Dieu seul le sait.

Toujours est-il qu’il s’y emploie activement. Ainsi, tel Pharaon, il échafauderait des plans cherchant à agrandir sa pyramide de béton. Quand on songe à l’état de délabrement de certaines routes, dispensaires, écoles ou autres édifices publics, on reste révolté par un tel gâchis financier perpétré par un seul homme.

Après en avoir militarisé la plus grande partie, pourquoi ne rénoverait-il pas ce qui reste public de l’ancienne Jetée du Gouvernement ou route de l’Escale ? Peut-être cherche-t-il à définitivement effacer tout ce qui reste d’une sombre période coloniale qu’il préfère oublier !

Quoi qu’il en soit, l’homme reste un bâtisseur né: il suffit pour s’en convaincre de voir l’état impeccable des deux routes donnant accès au modeste quartier de Haramous sur mer, émirat tropical dont il est fondateur.

Si ses ingrats compatriotes lui confiaient spontanément un deuxième mandat, nul doute qu’il aurait reconstruit notre Capitale à l’image de la ville de Dubaï. Mais les Djiboutiens appauvris par ses dépenses inconsidérées, rechignent à le reconduire, comme ils ne l’avaient pas vraiment élu en 1999.

Dommage pour le génie de Haramous, jurant cette fois avoir des idées constructives plein la tête.

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La force de la Nature

Les chiffres de la grandeur

A l’heure où la Nature a dramatiquement démontré sa toute-puissance, il n’est pas inutile de rappeler à l’homme moderne quelques éléments, pour mieux mesurer la petitesse de notre condition de mortel.

I) LA TERRE EN CHIFFRES

SuperficiesSuperficie totale : 510 100 000 km2

Superficie des océans : 360 700 000 km2 (70,71 %)

Superficie des terres émergées : 149 400 000 km2 (29,29%)

Superficie de l’Océan Pacifique : 179 700 000 km2

Superficie de l’Océan Atlantique : 106 100 000 km2

Superficie de l’Océan Indien : 74 900 000 km2

Superficie de l’Asie : 43 807 785 km2

Superficie de l’Afrique : 30 281 812 km2

Superficie de l’Amérique du Nord et Centrale : 24 343681 km2

Superficie de l’Amérique du Sud : 17 845 439 km2

Superficie de l’Europe : 10 392 855 km2

Superficie de l’Antarctique : 14 107 637 km2

 

> Points culminants (par continents)

Asie : Mt Everest (8 847 m)

Afrique : Mt Kilimandjaro (5 895 m)

Amérique du Nord et Centrale : Mt McKinley (6 194 m)

Amérique du Sud : Cerro Aconcagua (6 960 m)

Europe politique : Mt Blanc (4 810 m)

Europe géographique : Mt Elbrouz (5 562 m)

Océanie : Puncak Jaya (5 030 m)

Antarctique : Vinson Massif (5 140 m)

 

> Profondeurs océaniques et marines

 

Profondeur moyenne : -3 800 m

Pacifique Est : fosse des Mariannes (-11 035 m) – Fosse Tonga (-10 882 m)

Pacifique Ouest : fosse Pérou-Chili (-8 064 m) – Fosse du Guatemala (-6 662 m)

Atlantique : fosse de Porto Rico (-9 218 m) – Fosse des Sandwich du Sud (-8 264 m)

– Indien : fosse de la Sonde-Java (-7 450 m) – Fosse de Madagascar Ouest (-6 400 m)

Méditerranée : Sud du cap Matapan (-5 121 m) – sud-est de la Sicile (-4 115 m)

Glacial Antarctique : -6 972 m

Glacial Arctique : -5 520 m

Mer Rouge : -3 039 m

Mer Noire : -2 245 m

Adriatique : -1260 m

Mer de Marmara : -1 273 m

Baltique : -470 m

Mer du Nord : -725 m

Manche : -172 m

Golfe Persique : -110 m

Mer d’Azov : -13 m

 

> Superficies des principales îlesGroenland : 2 175 600 km²

Nouvelle-Guinée : 785 000 km²

Bornéo : 736 000 km²

Madagascar : 596 000 km²

– Baffin : 476 000 km²

Sumatra : 471 000 km²

Grande-Bretagne : 228 200 km²

Hondo : 228 000 km²

Ellesmere : 198 400 km²

Victoria : 192 700 km²

> Superficies des principaux lacs

Mer Caspienne : 371 000 km²

Lac Supérieur : 84 131 km²

Lac Victoria : 68 100 km²

Lac Huron : 61 797 km²

Lac Michigan : 58 016 km²

Mer d’Aral : 34 000 km² environ en 2 000

Lac Tanganika : 32 893 km²

Grand Lac de l’Ours : 31 792 km²

Lac Baïkal : 31 500 km²

Lac Nyassa/Malawi : 30 800 km²

Grand Lac des Esclaves : 28 438 km²

Lac Érié : 25 612 km²

Lac Winnipeg :24 514 km²

Lac Ontario : 18 941 km²

Lac Ladoga : 18 400 km²

Lac Balkhach : 16 300 km²

> Longueur des principaux fleuves

Nil – Kagera : 6 671 km

Amazone – Ucayali : 6 280 km

Mississippi – Missouri – Red Rock : 5 970 km

Chang Jiang (Fleuve Bleu) : 5 800 km

Amazone – Maranon : 5 500 km

Ob – Irtys : 5 410 km

Gange-Brahmapoutre : 5 401 km

Huang He (Fleuve Jaune) : 4 845 km

Congo : 4 700 km

Amour : 4 667 km

Léna : 4 400 km

– Irtych (affluent de l’Ob) : 4 248 km

Niger : 4 184 km

Ienisseï : 4 129 km

Parana : 4 025 km

Mékong : 4 023 km

Volga : 3 701 km

> Population

Nombre d’habitants : environ 6,2 milliards

Nombre de villes et villages : environ 2 millions

II) LES RECORDS DE LA NATURE

PHENOMENE RECORD DATE

Climatologie

Brouillard maritime le plus long : plus de 120 jours par an à terre-neuve (Canada)

Ensoleillement minimal : pole sud 182 jours

maximal : 97% Sahara

Grêlons les plus lourds : blocs de 7 kg en Espagne janvier 2000

le plus gros : 18 cm de diamètre, 50 cm de circonférence (Nebraska) juin 2003

Chutes de neige

les plus fortes : 31,1 m à Paradise Mont Rainier (Washington, USA) du 18/02/1971 au 18-02-1971

les plus fortes : 1,93 m à Silver Lake (Colorado, USA) 14-15/04/1921

Orages

nombre maximal par an : 322 jours à Bogor (Java, Indonésie) 1916

nombre d’impacts (en France) : 62 000, le 22/09/1992

Précipitations

Hauteurs maximales : en un jour : 1,87 m Cilaos (La réunion) 15-16/03/1952

Hauteurs maximales : en un mois : 9,3 m Cherrapunji (Inde) juillet 1861

Hauteurs maximales : en une année : 24,461 m Cherrapunji (Inde) du 01/08/1860 au 31/07/1861

Moyennes annuelles : à Mawsyrnam 11873 mm

Moyennes annuelles : Tutunendo (Colombie), 11 770 mm

Minimales : Antofagasta (Chili) 0,4 mm

Engendrée par un cyclone : 2 200 mm en 2 jours, 4 150 mm en 4 jours mars 1962

Cyclone Lenny : 300 mm en 48 heures sur Point à Pitre novembre 1999

Températures

La plus élevée : 57,8°C El Azizia (Libye) 13/09/1922

deuxième plus élevée : 56,7°C Vallée de la Mort (Etats Unis) 1913

troisième plus élevée : 53,9°C à Tirat Zévi (Israël) 1942

la plus élevée en France : 44°C à Toulouse 08/08/1923

La plus basse : -89,2 °C Vostok (Antarctique) 21/07/1983

Amplitude annuelle maxi : 104,4°C (de -67,7°C à +36,7°C) à Verkhoïansk, Sibérie.

Amplitude thermique diurne maxi : 55,5°C (de -6,7°C à 48,8°C) à Browning, Montana, USA 23-24/01/1916

Vents

les plus forts : USA mont Washington, 371 km/h 12/04/1934

les plus forts en France au mont Ventoux : 320 km/h 19/11/1967

Super-typhon Zoe avec des rafales atteignant 340 km/h (région de l’archipel des îles Salomon dans le Pacifique Sud-Ouest et plus particulièrement l’île Tikopia) 30/12/2002

Trombe au large d’Eden (Australie) : colonne d’eau d’environ 1850 m de haut et 3 m de diamètre 16/05/1898

Pression

Plus basse : 870 hPa (œil du typhon Tip par 17° de latitude Nord et 138°de longitude Est – Pacifique) 12/10/1979

Plus haute : 1083,8 hPa Agata (Sibérie) 31/12/1968

géomorphologie / géologie

Lac

le plus profond : 1519 m, Baïkal (Sibérie, URSS) le plus élevé : 3810 m au dessus du niveau de la mer, Titicaca (Pérou-Bolivie) sous-glaciaire

le plus grand de l’Antarctique : lac Vostok, 240 km de long, 50 km de large, jusqu’à 1 km de profondeur, situé sous 3750 mètres de glace depuis des millions d’années

Gorge

la plus profonde : 2400 m, hells Canyon (Idaho, USA)

la plus longue : 349 km, Grand Canyon (Arizona, USA)

Marée : amplitude maximale : 16,2 m, dans la baie de Fundy (Canada) Océan

la plus grande profondeur : fosse du Challenger, 11 033 m dans la fosse des Mariannes (océan Pacifique)

Mer la plus basse en altitude : -394 m, la mer Morte (Proche Orient) Vague

La plus haute : 34 m, 342 m de long, période de 14,8 s, vitesse de 23m/s lors d’une tempête avec des vents jusqu’à 120 km/h. Cette vague a été mesurée à bord du pétrolier USS Ramapo février 1933

Jusqu’à une trentaine de mètres pour les tsunamis

Montagne

sommet le plus haut : 8846 m, Chomo Lungma dit l’Everest

la plus haute : 9450 m (4214 m d’altitude et -5236 m dans l’océan Pacifique), le Mauna Kea

le plus haut plateau : 4800 m, le Tibet

Fleuves

le plus gros débit : l’Amazone avec 150 000 m3/s

le plus long : Nil – Kagera : 6 671 km

la plus grand embouchure : l’Amazone avec 350 km de large

le plus grand bassin versant : l’Amazone avec 7 000 000 km2

Geyser : Le plus grand et actif : Steamboat Geyser sur le site de « Norris Geyser Basin », jaillit à 90 m de haut (Yellowstone, USA)

Volcan : Explosion la plus colossale : celle du Krakatoa (Indonésie) qui fût entendue jusqu’à l’île Rodrigue à 4 811 km du volcan. 27/08/1883

Roche : La plus vieille : 4,016 milliards d’années

Dunes : Les plus hautes : jusqu’à 500 m dans le désert Badain Jaran à l’ouest de la Mongolie intérieure (Chine)

biologie

Arbre: le plus vieux : 5000 ans estimé pour les pins de Californie Pinus longaeva. Le vétéran a été abattu en 1964 et devait avoir 4900 ans

vie

Condition thermique maximale : 121°C


Les comptes de la Chambre des Comptes (3)


Endettement extérieur et dépenses inconsidérées

Le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB) se cantonne à masquer la réalité en compliquant les observations par l’étalement de tableaux comparatifs, de graphiques inutiles comme de variables relatives, non conséquents pour toute étude de ce genre. Sans vouloir réitérer nos analyses qui dépassent la période étudiée par son « Rapport Général Public – Spécial n° 3 du 15 novembre 2004 », nous constatons l’inventoriage, partiel et partial, de ce qui est qualifié d’« entorses budgétaires » par la CCDB mais, malheureusement, grave pour l’avenir de la communauté nationale obligée de payer les erreurs gouvernementales dans la gestion et les dépenses exponentielles, dont cette instance dépend directement.


Ce document étant simplement destiné à la consommation extérieure, il ne peut nullement justifier le piteux état du pays en ce sens que son étude se limite seulement à un constat purement comptable et non à une analyse globale intégrant la condition sociale de la population et la situation économique du pays.

Ignorant les dispositions recommandables pour une équation entre les multiples accroissements budgétaires et les dépenses dont les destinations varient en fonction des priorités circonstancielles du régime, la CCDB semble vouloir séduire à travers ses 400 pages les bailleurs de fonds en vue du maintien sinon de l’augmentation de leurs injections financières dans un pays d’un peu plus de 500.000 âmes, où la corruption demeure être la plus exemplaire d’Afrique. Une corruption qui fait partie des mœurs politiques depuis l’indépendance et s’est renforcée depuis 1999.

Nous réservant pour un prochain numéro l’étude chiffrée et les comparatifs des données de la CCDB, nous nous limiterons cette fois-ci à l’analyse macrobudgétaire des années retenues dans ce rapport et des constats importants tirés, en plus des recommandations.

Les rapports distants entre les Lois des Finances Initiales et celles des Lois des Finances Rectificatives constituent un des éléments majeurs de l’évaporation des recettes de l’Etat à travers les dépenses non maîtrisées dit le rapport. Par exemple, en 1999, le budget prévisionnel « voté » étant de 28,4 milliards FD il s’était accru de près de 7 milliards FD, soit plus de 23% lors de l’adoption du budget rectificatif.

Comme toutes les années et dans tous les budgets, il constate que la ligne « Moyens de Service » affiche une dépense globale représentant plus de 75% des recettes en plus de l’accroissement gravissime des dettes publiques dues essentiellement à la poursuite de la politique vieille de 27 ans.

Passant de 27 milliards FD à environ 35 milliards FD, cette flambée de la dette si elle n’est expliquée a de quoi inquiéter. Le montant des engagements contractés par l’Etat reste dans l’immédiat provisoire. Néanmoins, ce rapport pointe du doigt la défaillance des services du Ministère des Finances qui, malgré les dernières restructurations ayant mis en place une Direction chargée des financements extérieurs, demeurent toujours inopérationnels : de multiples défaillances responsables de la non-communication des données fiables et définitives sur l’endettement réel du pays.

Seule explication avancée par cet organisme public: l’accroissement important de la dette publique serait d’origine principalement bilatérale. Cette dette bilatérale aurait été aggravée par les non-remboursements de prêts anciens tels que celui de l’Espagne de 2,4 millions USD destinés à la réhabilitation de l’Hôpital Peltier en 1997 ou des trois prêts de la Chine ayant permis les constructions du Palais de Peuple et du Stade Hassan Gouled, en plus de la dernière acquisition à crédit, du système des contrôles des conteneurs dans un Port mis en concession pour deux décennies.

Cette situation d’endettement grave est d’autant plus alourdie par la capitalisation des charges d’intérêts des emprunts non-remboursés qui, à terme, conduiront à hypothéquer l’avenir des générations futures.

Les principales irrégularités relevées au titre des Dépenses du Budget de l’Etat, que nous avons décidé d’examiner cette semaine, concernent les dotations budgétaires sur ou sous-évaluées, ainsi que les dépassements de crédits. Nos magistrats observent que « d’une manière générale, les crédits destinés aux dépenses de matériels enregistrent des dépassements excessifs » . Et systématiques, dans certains ministères, ajouterons-nous. Les textes réglementaires sont pourtant explicites : « sauf exception prévue par les textes, les crédits sont limitatifs et les dépenses sur lesquelles ils s’imputent ne peuvent être engagées et ordonnancées que dans les limites des crédits ouverts ».Et comme nous l’avions déjà montré il y a un an, c’est la Présidence de la République qui montre, comme en d’autres domaines, le mauvais exemple. En 2000, ces dépassements s’élevaient 374.197.775 FD. Ces inimaginables dépassements de crédits pour une seule ligne budgétaire sont injustifiables et d’ailleurs injustifiés.

Leur cause exacte reste inexpliquée : parce qu’inavouables ? Les tentatives d’explication des magistrats de la CCDB ne sont pas vraiment convaincantes. Selon eux, cet excédent « provient en réalité des engagements de dépenses au profit de différents ministères… Du fait du contrôle redondant du ministère des Finances, les ministères se tournent assez souvent vers la Présidence, pour entreprendre des activités prioritaires de leur programme. » A quoi servent ces ministères et leur budget s’ils doivent se tourner vers la Présidence pour la réalisation de leur programme supposé être prioritaire, mais apparemment pas budgétisé ?

La palme des irrégularités revient cependant à l’Assemblée nationale, qui dispose d’un compte spécial au Trésor et qui doit en principe jouer un rôle dans le contrôle budgétaire. Il est clair que les prêts comme les priorités budgétaires découlent d’une politique économique favorisant les manipulations afin de pérenniser un régime despotique.

Sinon, comment peut-on comprendre que les crédits budgétaires dépendant plus de l’Exécutif que d’un Législatif, simple chambre d’enregistrement, offrent la plus importante ligne de dépenses (400 millions FD, ce qui donnerait une moyenne de 6.154.000 FD par député) à une Assemblée Nationale constituée de mals-élus ?

Nous apprenons ainsi qu’ « au chapitre 40.10 de la comptabilité interne, les dépenses excèdent en fin d’exercice de 49.000.000 FD les crédits d’origine en 2000. Quant aux frais de mission, qui étaient de 8 millions FD en 1999, ils ont connu en 2000 une hausse de 42 millions FD. L’anomalie, nous dit la CCDB, « réside dans le mode de perception de ces frais», sans préciser lequel, mais l’on devine.

Pas ailleurs, la CCDB note « la déliquescence des opérations d’inventaire, graves manquements généralisés dans la tenue, le suivi et le contrôle des biens de l’Etat, de nature à développer un état de gaspillage préjudiciable aux deniers publics ». Il faut donc en conclure que cette situation de gaspillage est générale et avancée. Les conditions déplorables d’archivage des documents administratifs et comptables créent des divergences entre les données des administrateurs de crédits et les ordonnateurs subdélégués :

– Non-respect des autorisations budgétaires,

– Mouvements contradictoires et incohérents des crédits,

– Dépassements

– Imputations budgétaires irrégulières (« outre qu’elles constituent des infractions à la règle de la spécialité des crédits, ces irrégularités ont pour effet de nuire à la transparence indispensable des comptes »),

– Avantages et espèces et en nature non-réglementaires,

– Infractions au Code des Marchés Publics ;

On le voit, le tableau est sombre et risque de le rester, à en croire le constat amer mais lucide de nos magistrats selon lesquels « le ministère des Finances fait peu cas des injonctions de la Chambre. »

Dans le rapport sur l’exécution des Lois de Finances de 1999 à 2001, la CCDB avait déjà soulevé ces pratiques dont la récurrence finit par porter préjudice à la crédibilité des autorisations budgétaires.

Au niveau des dépenses proprement dites, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire n’a pas pu expliciter ou a semblé ignorer les raisons qui ont conduit à l’augmentation disproportionnée des indemnités parlementaires en 1999, comme les fortes élévations des crédits alloués en 1997 et 1998 à la Primature et certains ministères par rapport à d’autres.

Et pourtant, cette institution de contrôle est censé savoir que si ces dépenses ont été relevées cette époque, c’est tout simplement qu’elles devaient couvrir les frais nés de la campagne de mobilisation des nouveaux parlementaires issus d’Ab’a et d’un gouvernement de circonstance dont le successeur de son oncle avait énormément besoin. Pour l’année de son « élection », les Ministères « activistes » que sont : La Primature, les Affaires Etrangères, les Finances et l’Emploi et la Solidarité devaient bénéficier des largesses budgétaires en raison de la tenue de la Conférence de réconciliation somalienne d’Arta qui a fini, malgré les efforts titanesques déployés, dans un fiasco total.

D’ailleurs, cette explication est justifiée par la chute importante des crédits alloués à ces ministères « activistes » depuis.

Enfin, ce rapport ne portant que sur les exercices antérieurs à l’état actuel des finances publiques, les recommandations de la Chambre des Comptes restent timides et purement administratives, sans effet positif majeur pour l’instauration d’une réelle transparence dans la gestion des deniers publics. Une nécessité pourtant urgente jusque-là rendue impossible par un dirigisme politique allergique à l’avènement de tout contrepouvoir, base d’une vraie démocratie.

Une vérité qui trouve sa justification dans l’aggravation de la corruption et de l’enrichissement illicite d’administrateurs et de responsables politiques continuant en toute impunité à commettre des crimes financiers, car aucune condamnation n’a été prononcée à leur encontre depuis l’Indépendance de notre pays. Observant toutes les anomalies dans la gestion du denier public, « Réalité » a, depuis sa parution et sous diverses formes de critiques se voulant constructives, fait les mêmes constats que le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, et avant lui.

C’est pourquoi nous sommes convaincus que le chapelet de recommandations que la CCDB égrène en fin de chapitre pour pallier aux innombrables irrégularités qu’elle a décelées, restera un vœu pieux et lettre morte.

Tout comme les recommandations des innombrables séminaires, ateliers, symposiums et états généraux qui ont émaillé le mandat du candidat solitaire à la poursuite de la politique-spectacle.


Vrais et faucons


80% AU BOUT DE 10 ANS !

Le dernier passage à l’émission « Gros Plan » de M. Ali Mohamed Daoud, président du FRUD, ne restera certainement pas dans les annales de la politique politicienne. Non pas qu’il n’y ait rien dit d’intéressant, bien au contraire. C’est justement que le ton mesuré de ses propos et son refus de la polémique stérile ont dû déplaire à un journaliste en service commandé peu soucieux de la vérité historique que tout citoyen est en droit d’attendre concernant le douloureux conflit civil qui a endeuillé notre pays de 1991 à 2000. Vérité historique que ni le présentateur ni son invité n’ayant respecté à des degrés divers et pour des raisons différentes, il est de notre devoir de rétablir, de notre modeste point de vue.

La première règle de toute information objective, c’est la fidèle restitution de la pluralité des points de vue. Ainsi, l’on se souvient que, pour relativiser les propos du regretté Ahmed Dini lors de son passage à « Gros Plan », des clips de personnalités d’un horizon politique opposé avaient ponctué l’émission, souvent peu amènes à l’endroit de l’invité certainement pas consulté pour une telle présentation des faits.

Dans cette logique, il aurait donc été plus honnête que l’animateur de cette émission interviewe, pour sa dernière édition consacrée au dixième anniversaire de la paix d’Ab’a, un représentant de tous ceux ( nombreux, dont au moins un actuel député RPP) qui avaient refusé de cautionner ce qu’ils considéraient comme une capitulation pure et simple. Mais il est vain et candide d’attendre de la RTD un minimum de rigueur déontologique : le service y est moins public que partisan. C’est pourquoi tous ceux qui en espéraient un moment de vérité ont été dépités : si les causes du conflit ont été prudemment esquissées par l’invité, ils ont par leur deux voix unanimes surestimé la portée de l’accord de 1994.

De chef de Guérissa

à chef de guerre issa

Le président du FRUD a raison de regretter toutes les victimes du conflit, et c’est tout à son honneur : seuls ceux qui transforment les sacrifices humains en autant de marches ponctuant l’escalier de leur promotion personnelle peuvent oublier à quel point il est injuste de mourir sous les balles uniquement quand elles sont tirées parce que résister par les armes constitue le dernier recours face à un régime ségrégationniste.

On aurait aimé voir le régime, dans un même élan d’humilité, regretter la mort de toutes les victimes civiles que ses troupes ont sauvagement torturées, assassinées ou violées, de décembre 1977 à novembre 1999. Sans oublier les malheureux policiers, militaires et gendarmes uniquement morts pour défendre une dictature et non une République.

Et ce n’est pas un hasard : les causes du conflit sont à rechercher dans l’intransigeance bédouine de l’ancien chef de l’Etat qui n’a pas hésité à trahir son compagnon de lutte pour instaurer une intolérable répression, malheureusement au nom d’une communauté à laquelle il interdisait, ce faisant, de trouver une place respectable au sein d’une Nation djiboutienne qu’il sabordait dès l’Indépendance.

C’est donc la dictature issue de l’Indépendance, avec tout ce que cela implique comme déséquilibre et étouffement des libertés individuelles, qui est à l’origine du conflit civil, comme y a pudiquement insisté le président du FRUD, bien qu’il ait préféré employer l’euphémisme de « difficulté » au lieu de tout simplement parler d’injustice. D’ailleurs, l’ancien chef de l’Etat avait lui-même défini la nature du conflit et de la paix d’Ab’a, avec la maladresse inculte qui est la sienne : «Les Danakils et nous avons fait la guerre. Ils m’ont demandé à manger et je leur ai donné à manger.» Si ceux de la paix d’Ab’a se sont effectivement contentés de manger, lui n’avait pas fait qu’affamer : il s’était bel et bien comporté non pas en responsable politique, mais en brutal chef de guerre tribal. Comme quoi, il n’y a pratiquement rien à dénoncer à la posture soumise de l’ancien Premier ministre qu’un actuel ministre avait justement rabaissé dans son livre au rang d’« afar de service ». Ce qui vaut évidemment pour son pathétique successeur. A quoi riment alors toutes ces festivités de commémoration ?

Coupable

d’être victime

Sans reconnaître une puissance surnaturelle à la médiation internationale, le second point qu’il convient de relativiser est la prétendue vertu du dialogue interdjiboutien : 1994, 2000 ou 2001, l’absence d’une tierce partie n’a nullement constitué un gage de respect de quelque accord de paix que ce soit. Les violations des accords de Marcoussis par la partie gouvernementale montrent clairement que, quand un régime s’obstine à reconduire les causes d’un conflit interne, aucune garantie internationale ne suffit.

Mais en souvenir des sacrifices consentis, aucune rébellion ne devrait se sentir seule responsable du chaos consécutif au déclenchement des hostilités armées : quand l’on porte soi-même les stigmates de la torture infligée par le SDS que dirigeait tel chef de cabinet de la présidence, on devrait être le moins prédisposé à sacrifier son engagement sur l’autel de la seule et petite ambition personnelle.

Surtout quand il s’agit de crédibiliser la capitulation de 1994 : la prétendue paix d’Ab’a n’a en fait réuni que tous ceux qui avaient un intérêt immédiat et personnel à fuir une médiation africaine conduite par l’Egypte et cherchant à instaurer les conditions d’une paix véritable à Djibouti. C’est donc une véritable paix par la résolution des causes véritables qui a été sabotée en 1994 : malgré les vœux pieux du président du FRUD, l’indispensable rééquilibrage ethnique n’a trouvé aucun début d’application, ni à l’époque, ni après l’accord de paix définitive du 12 mai 2001.

La seule différence, c’est que nous, nous osons le dénoncer : prétendre que les dispositions de la paix d’Ab’a auraient été appliquées à 80% en dix ans, c’est gravement nier le bien-fondé des sacrifices consentis. Et l’Histoire est sans pitié pour la mauvaise conscience des vrais opprimés reconduisant les conditions de leur oppression. S’il ne fallait retenir qu’une seule morale de cette histoire, c’est qu’il vaut mieux être un faucon qu’un vrai : il est regrettable que les victimes participent encore à leur répression. Parce que les vrais responsables dorment encore tranquillement.

Mais il est bien évident que si l’actuel ministre de la Défense avait été l’invité de cette émission, notre critique aurait été un peu plus acerbe : ce n’est pas pour rien que le régime lui accorde l’essentiel de ses louanges dans ce qui est arrivé en décembre 1994.


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