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Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

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Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (5)
  4. Courrier des lecteurs
  5. Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »
  6. Graner contre Graner
  7. Le soldat, le ministre et le député

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 122

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr


Éditorial

QUI EST AGABA ?

C’EST LE RPP !

Plus que le pouvoir en place, dont la machine à frauder est rôdée depuis longtemps, la jeune opposition démocratique est aujourd’hui à un tournant historique. Au diapason des aspirations populaires, étouffées par la farce électorale du 10 janvier 2003, l’UAD doit désormais renouer avec la vigueur militante qui était celle de tous les partis politiques légaux avant l’Indépendance. Pour réussir dans cette entreprise véritablement de salut public, il ne s’agit pas de pompeusement rédiger un volumineux programme politique, ce qui est à la portée de n’importe quel scribouillard voulant sacrifier aux normes d’une démocratie qui n’existe pas à Djibouti. Non, dans un pays où la pauvreté s’installe dans une dramatique banalité, il s’agit de démontrer en quoi ce dont se nourrit le partisan RPP porte atteinte à l’intérêt général qui est la base minimale de toute coexistence pacifique à l’intérieur d’un même espace territorial. Et, parce que toute mobilisation supposant prise de conscience des enjeux, l’illustration par l’exemple concret vaut mieux que l’invocation de Hobbes ou la nostalgie de Rousseau.

Ainsi, le régime a réquisitionné tous ses moyens aériens pour convoyer depuis Djibouti-ville de centaines de figurants devant peupler les rues d’Obock mardi dernier à l’occasion d’une représentation gratuite du cirque présidentiel au prétexte d’un Conseil des ministres errant, à défaut d’être décentralisé ou même délocalisé. Tout le monde sait parfaitement que le carburant englouti par les multiples rotations de cet aéronef n’a pas été acheté avec l’argent du parti au pouvoir : c’est le contribuable djiboutien qui a payé, encore une fois, pour cette exhibition partisane que les médias d’État présenteront comme nationale.

Tout le monde sait parfaitement, par ailleurs, que plus aucun district de l’Intérieur ne bénéficie depuis longtemps de la moindre évacuation sanitaire par voie aérienne : il serait plutôt demandé aux nécessiteux d’acheter le gasoil pour l’ambulance, quand il ne s’agit pas d’un pneu. Et ne parlons même pas de la vedette-ambulance, achetée par l’OPS, réquisitionnée par l’Armée, mais en réalité destinée à servir dans le cadre du projet de Doraleh.

Donc, c’est bien là la preuve que ce régime ne perdure pas uniquement par la seule répression brutale : il ne peut se maintenir qu’en rendant certains de nos concitoyens, souvent les plus mendiants, complices de tous ses abus : détournements des deniers publics, usages privés de biens sociaux, corruption, faux témoignages, etc. C’est le Peuple volant le Peuple !

Là est le plus grave ressort de toute cette servitude volontaire, qui permet à l’oppression de continuer sa néfaste survie : le partisan RPP, chef du parti en tête, est un dangereux Agaba assuré d’une impunité d’État : on dit «Qushi» en somali et «Rien A Foutre» en français.

Inutile de croire que ces partisans complices de vol ignorent le crime qu’ils commettent ainsi contre l’Unité nationale par leur pitoyable soumission : ils se savent pertinemment au service d’un parti travaillant méthodiquement sur le registre de la plus rétrograde concurrence tribale.

Dans ces conditions, tout citoyen en paix avec sa conscience et soucieux de ne pas condamner ses enfant à l’exil, devra très bientôt choisir, avec toutes les implications à court terme : soit tolérer cette inévitable destruction de l’Unité nationale, soit reconnaître qu’un pays, et a fortiori une ville-Etat, ne peut se développer au détriment des autres membres, supposés inséparables et condamnés à vivre ensemble, contrairement aux illusions de tel projet comme celui de l’improbable port de Doraleh.

La question est donc simple en définitive : voulons-nous continuer à vivre séparément, comme le prétendait le régime d’apartheid d’Afrique de Sud avant Nelson Mandela, en une poussière polluante d’individus cloisonnés dans de mesquins intérêts claniques, comme l’exige ce régime ? Ou alors travailler ensemble à construire une Nation ne lésant aucune de ses composantes et respectueuse de sa diversité, comme le souhaite l’opposition démocratique regroupée au sein de l’UAD ?

Nul doute que nos concitoyens sauront faire le bon choix à l’heure de vérité, qui n’est pas celle des urnes : il en va de notre survie. A condition de faire barrage à tous les véritables Agaba : ceux du RPP. Eux qui trouvent normal que l’aide alimentaire soit systématiquement détournée, même au sommet de l’État, même celle destinée aux cantines scolaires. C’est à toute une immoralité banalisée qu’il nous faut mettre un terme : il n’y a pas à hésiter !


Brèves nationales

Visite présidentielle à Obock :

Échec et mat !

La tournée de campagne du candidat solitaire dans la ville d’Obock n’a pas été une promenade de santé. Les Obockois ont ostensiblement boudé le carnaval du RPP. Seuls les malheureux écoliers obligés de sécher leurs cours, quelques notables et fonctionnaires réquisitionnés ont été mobilisés pour applaudir au passage du candidat fatigué, venu inaugurer des logements en forme de cages à poules, construits sur financement européen et l’école yéménite où trône déjà son portrait géant. Quant au matériel de pêche fourni à la pêcherie d’Obock, les Obockois savent que ce pseudo cadeau présidentiel est en réalité le don d’un généreux commerçant djiboutois. Comme d’habitude, les seuls cadeaux entièrement financés par les deniers publics, que le régime condescend à distribuer à nos concitoyens d’Obock ou d’ailleurs, c’est le khat.

Pour le reste, le rituel demeure inchangé : les murs d’Obock étaient couverts de graffitis hostiles au régime et dénonçant la démagogie, tandis que les notables convoqués, bousculés par les forces de sécurité fébriles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs doléances.

*

Reprises des insultes officielles :

«Le Progrès» steward du Boeing présidentiel ?

Cela faisait longtemps que l’organe de presse du parti unique au pouvoir n’avait pas proféré des insultes aussi crues contre l’opposition. Les rares et éventuels lecteurs du « Progrès» ont peut-être raté son numéro, essentiellement consacré aux élections dans les annexes du parti au pouvoir,

Toujours est-il, qu’apparemment blessé par une de nos récentes publications, voici que « Le Progrès » renoue avec sa tradition d’invective. Se voulant pourtant d’une tolérance incurable, il s’estime obligé de dénoncer « les écrits de ces apprentis sorciers, DAF et les enfants Dini» qui seraient selon lui « symptomatiques de ces graves manquements à l’honneur et à la dignité de ceux que le peuple a choisi. » Notre crime ? Ce serait de diffuser « une information programme qui n’épargne, chaque semaine qui passe, ni l’État, ni les personnes qui en incarnent l’autorité, ni le Chef de l’État quand ce n’est pas la Première Dame du pays. »

Nous retournerons donc à cette plume ses propres arguments, selon lesquels il ne s’agit pas ici d’un « écrit polémique, la polémique étant un ressort du débat démocratique ». Que nous reproche-t-on vraiment ? D’avoir écrit qu’en se déplaçant inconsidérément à bord du Boeing présidentiel, la Première dame se rendait coupable d’usage privé d’un bien public ? Ce n’est pas la première fois que nous le dénonçons, sans oublier de rappeler qu’un tel abus trahit surtout un malaise au sommet de l’État : elle n’a aucunement détourné cet avion !

Mais certainement plus que cela, c’est le rappel des origines du conflit qui a agacé notre triste confrère : l’ancien chef de l’État a bel et bien été un brutal chef de guerre tribal et son neveu a bel et bien été son bras armé. Si nous osons rappeler cette vérité incontournable, c’est uniquement parce que nous estimons qu’aucune paix véritable ne peut se fonder sur l’occultation des origines de la guerre. En les niant, seul le régime cherche en l’ancien dictateur un bouc émissaire pour les problèmes actuels.

Que nous sommes les premiers à regretter : Gouled ne doit nullement être tenu pour responsable d’avoir violé l’accord de paix du 12 mai 2001. Tout comme, en tant que partie signataire, il est de notre responsabilité d’en prendre acte.

*

Le régime censure RFI :

La démocratie pastorale en pratique ?

La République de Djibouti, îlot francophone de la Corne de l’Afrique, terre de rencontres et d’échanges, pays dont le chef de l’État rappelait encore le caractère dans une récente interview accordée à « Jeune Afrique/L’Intelligent» en affirmant que pour ses concitoyens la francophonie était « une seconde nature », a-t-elle basculé dans une censure nationale et internationale de l’information ? La question mérite d’être posée, au regard du raidissement observé ces derniers temps. Les auditeurs djiboutiens de la radio mondiale française RFI ne peuvent plus capter sur FM cette chaîne radiophonique depuis le 12 janvier.

Ce n’est pas la première fois que les autorités djiboutiennes, particulièrement frileuses à propos d’une sombre affaire empoisonnant leurs relations avec Paris, se permettent de brouiller ou de suspendre les émissions en FM de cette radio, que le journal gouvernemental « La Nation » compare sans hésiter à celle des « Mille collines ».

La propagande sur la prétendue démocratie pastorale vient de rencontrer ses limites externes : en privant les auditeurs djiboutiens de la réception en FM de RFI, par la désactivation de son relais local pour lequel il perçoit pourtant de substantielles redevances, le pouvoir djiboutien ne plaide pas en faveur de son innocence dans l’affaire Borrel.

La frilosité du grand chef, constatée depuis bien longtemps, semble gagner tout un appareil d’État sommé de suivre et d’être complice. Après les basses attaques contre la presse d’opposition, la réduction au silence de RFI indique clairement que, loin de la sérénité proclamée, le régime RPP et son chef de file, le candidat solitaire sont plus instables que jamais.

Pour le salut de notre pays, et sans nous immiscer dans cette affaire de justice, oeuvrons ensemble à les pousser vers la porte de sortie : plus qu’une puissance étrangère, nous en serons certainement les principaux bénéficiaires.

*

Insalubrité publique :

L’UNFD désigne les coupables

A la pointe du combat contre l’insalubrité criante qui défigure notre Capitale, les dynamiques militantes de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) dirigée comme il se doit en tout despotisme subtropical par l’épouse du chef de l’État, se seraient retrouvées le 8 janvier dernier à l’occasion d’une journée de sensibilisation baptisée « action des femmes pour une ville propre ».

Selon notre confrère « La Nation » qui rapporte l’événement, les femmes djiboutiennes, militant au sein de cette organisation qui n’hésite pas entre la politique partisane et la promotion du genre, auraient été confrontée à une réalité qui est malheureusement la nôtre : « Djibouti est devenue un dépotoir à ciel ouvert et la situation perdure du fait d’un manque de civisme latent de la part de la femme djiboutienne, de la mère de famille qui est en fait celle qui est à l’origine de la poubelle et des ordures ménagères. »

Pauvre ménagère djiboutienne ainsi injustement épinglée : la scandaleuse saleté de notre Capitale serait donc due à sa coupable négligence ! C’est parce qu’elle aurait abandonné son balai et sa corbeille que notre ville serait devenue le dépotoir dont nous souffrons : et tout cela affirmé par l’UNFD, organisation-phare de l’émancipation féminine version RPP.

Il devait vraiment s’amuser, le directeur des services techniques du district, présent à ce conclave féminin d’auto flagellation, lui dont les services sont incapables, pour cause de prédation, de mettre à la disposition de ces femmes (de ménage) productrices d’ordures, des bacs et camions-bennes pouvant accueillir leurs forfaits.

Honte à ce régime misogyne de mauvaise gouvernance, préférant culpabiliser les citoyennes et les citoyens, au lieu d’assumer des responsabilités de salubrité publique pour lesquelles il collecte pourtant des taxes. Chacun le sait : l’insalubrité est avant tout causée par la démission des pouvoirs publics, n’en déplaise aux femmes savantes de l’UNFD, cinquième parti de la mouvance présidentielle.

*

Le nouveau Code de la famille rejeté :

Non aux cadis déracinés !

Parmi les sujets problématiques qui, à Tadjourah comme à Obock, attendaient le chef de l’État, figurait la réforme du Code de la famille. En vertu de cette nouveauté dont la prétention modernisante n’a d’égal que le décalage par rapport aux réalités nationales, des cadis nommés par le régime officieront désormais dans tous les recoins du pays pour célébrer les mariages ou pour constater les divorces.

C’est dans ce cadre que, s’autorisant d’un prétendu concours dont beaucoup de postulants n’ont même pas entendu parler (à part les ministères concernés), des cadis ont été nommés pour les districts d’Obock et de Tadjourah.

Le seul problème, c’est que ces heureux agents de l’État, absolument intégrés dans le milieu qui leur a ainsi été désigné, souffrent d’un blues bien compréhensible, quoique faisant le malheur des administrés. Car, et cela beaucoup plus dans certaines composantes de notre communauté nationale, le mariage est avant tout une affaire tribale : il ne viendrait pas à l’idée de tout le monde de demander à un cadi ne parlant pas la langue d’officier une cérémonie dont les implications dépassent la seule rencontre entre un homme et son élue.

De fait, en cas de litige, souvent à l’ordre du jour, les familles ayant contracté ce lien se tourneront inévitablement vers l’officiant : bonjour le surplus de difficultés s’il ne connaît rien aux procédures coutumières qui, souvent plus que le canon musulman, sont invoquées pour tout règlement. Et inutile de prétendre, comme l’a maladroitement tenté le chef de l’État, que des traducteurs appointés combleront cette lacune.

Son Excellence El Hadj honoris causa veut donc envoyer partout dans le Nord des cadis venus d’ailleurs : osera-t-il en faire autant pour le Sud ? Pour le moment, force est de déplorer que ce brassage au nom de l’Unité nationale ne soit pas une réalité en ce qui concerne les représentants de l’État dans les régions.

*

Sud-Ouest :

Yoboki condamné à la soif ?

En raison de la panne d’une motopompe que la mauvaise gouvernance semble incapable de réparer ou de remplacer, les habitants de Yoboki, gros village du district de Dikhil, sont condamnés à la soif. Ainsi, depuis plus de dix jours, l’eau courante a disparu de cette localité particulièrement courtisée en octobre 2003. En attendant que le docteur honoris causa en campagne trouve une solution miraculeuse au problème de la soif à Yoboki, les milliers d’habitants de cette bourgade en sont réduits à faire la queue devant les rares camions-citernes de passage, venant de Dikhil.

A l’heure où le sourcier national se vante d’avoir découvert de l’eau sur le haut du plateau du Day, après avoir déversé des centaines de millions de nos francs pour faire venir de l’eau de Garenlé à 17 kilomètres en contrebas, qu’attend-il également pour sauver les habitants assoiffés de Yoboki ?

*

Misère de l’Ecole publique :

Accès, équité, qualité ?

Le ministre de l’Éducation nationale et sa délégation se sont rendus à Dikhil le 16 janvier dernier pour constater que, comme partout ailleurs, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, la réalité des écoles rurales reste préoccupante. Ainsi, l’école de Dawdawya dans la région de Yoboki est un exemple frappant du mépris officiel en matière d’éducation dans les zones rurales.

Dans cette école de trois classes, comptant chacune une trentaine d’élèves, seuls deux instituteurs sont contraints à prendre en charge près d’une centaine d’élèves. Le ministre de l’Education considère-t-il que l’accès équitable de l’enseignement et sa qualité sont assurés dans ces conditions? Pourtant, la presse gouvernementale avait, avec zèle, expliqué que tels étaient les objectifs poursuivis par les forums décentralisés tenus dans les différents districts de l’Intérieur.

Pendant ce temps, le chef de l’État et son pote le ministre de l’Éducation nationale, se permettent d’inaugurer des écoles de six classes construites par une organisation de bienfaisance yéménite, osant même pompeusement les baptiser lycées. Où a-t-on vu des lycées composées de six salles ? Au fait, combien de classes existent au lycée privé Guelleh Batal ?

A croire qu’elle participe activement à la déperdition scolaire. Pour l’heure, tout le monde est heureusement conscient que cette politique est condamnée à l’échec.


Les comptes de la Chambre des Comptes (5)

L’ANARCHIE DANS LES ETABLISSEMENTS PUBLICS

Il n’y a pas que l’administration centrale qui soit gangrenée par la mauvaise gouvernance. Dotés d’un conseil d’administration comme organe délibérant censé être indépendant de tout pouvoir politique ou économique, les établissements publics à caractère industriel et commercial (E.P.I.C) n’échappent pas à cette plaie, comme l’attestent les anomalies relevées dans les entreprises auditées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB)


Dans son rapport, la CCDB commence par constater que le gouvernement ne respecte pas les lois qu’il a lui-même édictées et relatives aux conditions de privatisation. A la loi n°130/AN/97 définissant quatre modalités de privatisation (cession d’actifs, cession de capital, transfert de l’exploitation et concession) a succédé la Loi-programme n°12/AN/98, plus restrictive et réduisant ces modalités à une seule : la cession d’une partie du capital après création d’une société anonyme de droit privé. Si cette modalité n’a pas du tout été respectée parce que le mode de privatisation privilégié du gouvernement reste la concession. Il est à souligner par ailleurs, les différentes cessions des entreprises publiques s’étaient faites dans une totale opacité en ce sens que certaines d’entre elles en bonne santé financière ont été bradées, comme par exemple la Pharmacie de l’indépendance.

Nous le savions déjà, la mauvaise gouvernance étant le mode de gestion des deniers publics, la Chambre des Comptes en dehors de l’énumération des défauts administratifs de ces établissements ne quantifie pas les conséquences économiques et sociales des dérapages de leur direction. Ce qui est grave puisque les modifications des textes antérieurs régissant les Conseils d’Administration qui ne sont plus présidés par les Ministres de tutelle, n’ont rien changé dans le fonctionnement anarchique de ces établissements. Quoiqu’il en soit, la désastreuse situation financière, en l’absence de tout contrôle en amont comme en aval, contribue à la perpétuation des gestions plus que douteuses des directeurs dont certains restent inamovibles.

Ne dit-on pas que «si la tête ne va pas, rien ne va».

La Chambre constate seulement l’état de déconfiture de ces entreprises dû principalement aux manquements des directions et des Conseils d’Administration. Or, il est curieux de la voir citer des paiements d’honoraires aux administrateurs sous forme de primes exceptionnelles. Elle écrit: «les membres de certains conseils d’administration perçoivent des honoraires sous forme de primes exceptionnelles contrevenant ainsi aux dispositions légales». Même si les magistrats ne nous disent rien du montant de ces primes exceptionnelles, elles doivent quelque peu grever le budget de ces établissements, quand nous savons que les conseils d’administration se réunissent au moins trois fois par an.

Les graves anomalies relevées par la Chambre n’ont pas de quoi surprendre puisque les Directions et les Conseils d’Administration, tous deux responsables de cette situation, demeurent inamovibles. Quelle responsabilité peut-on donc attendre des Comptables de ces sociétés d’État.

Certes, une entreprise étant un tout, les dérapages financiers accentués par la mauvaise gestion des responsables ne peuvent certainement pas garantir une rentabilité quelconque, ni une trésorerie positive.

La Chambre n’ayant toujours pas cité objectivement l’origine du mal, l’absence des pièces comptables et les passations de fausses écritures ne peuvent suffire. Il faut clairement désigner les fautifs et préconiser les décisions indispensables pour un redressement de la situation des établissements publics.

C’est la permanence de la mauvaise gestion depuis bientôt 30 ans qui assure ce que la Chambre des Comptes qualifie timidement de camouflage des dépassements des crédits qui se situeraient à environ 20% des prévisions. Or, tout un chacun sait qu’outre le train de vie des responsables de ces sociétés, l’État aussi s’en sert à l’occasion, y compris jusqu’à épuiser leurs ressources financières pour les guerres contre ces citoyens comme des voisins.

Ces contrôles de la Chambre manquent de sérieux. Les dépenses, remarque-t-elle, sont allégrement violées: fausses factures, faux bons de commande, absence de recouvrement des créances… Pourquoi les contrôleurs de la Chambre n’ont pas procédé à utiliser la méthode de contrôle à travers la réciprocité des comptes ? Ils auraient pu ainsi déterminer la part des malversations dans les dépenses de ces sociétés, mais aussi dégager la trésorerie supposée effective de celles-ci, dans une gestion saine. Point important qui sauverait peut-être certaines sociétés utilisatrices permanentes des multiples financements bancaires dont les frais pèsent et handicapent lourdement tout investissement et donc tout développement. A ce sujet, dans la déontologie bancaire (il y a en une), le financement accordée à des entreprises défaillantes constitue un délit, puisqu’il contribue à précipiter leur faillite.

Nous aurions souhaité un peu plus de sérieux et franchise en plus du dégagement de décisions susceptibles d’assainir l’état de délabrement économique, financier et social des établissements publics. Dès lors, les recommandations de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire se veulent comme un programme de moralisation de la vie publique auquel ne peuvent qu’adhérer les responsables, mais qui risque de rester lettre morte tant que fera défaut une volonté politique au sommet de l’État. Comme c’est le cas actuellement.


Courrier des lecteurs

OBOCK : ENCORE LE BLOCUS

En guise de contribution à la visite du chef de l’État à Obock, un jeune chômeur de ce district nous a fait parvenir ce courrier. Peut-être était-il persuadé que le cirque présidentiel en déplacement ne le laisserait par s’exprimer ? Merci de nous accorder votre confiance.


Ces derniers temps, AIR-FAD assure la desserte aérienne de Tadjourah et d’Obock, deux fois par jour. Dès son premier vol, un certain journal avait bel et bien précisé que c’était un signe de la campagne pour la présidentielle. Ce qui semble absolument vrai, tant cette région est oubliée par le gouvernement comme par l’ensemble des médias, y compris votre organe de presse, qui ne relate qu’occasionnellement sa détresse sans fin.

A l’heure où la femme et l’enfant sont des priorités partout dans le monde, des mères et leurs progénitures n’ont pas ici la considération que les ravisseurs du RPP accordent aux plantes vertes sur le terrain de décollage d’AIR-FAD. Une fois arrivé l’aigle provenant d’Éthiopie et transportant à son bord la ration quotidienne de khat, toutes les listes de passagers enregistrés sont annulées.

Et les rares mères retenues par miracle avec leurs bébés ne doivent surtout pas déranger les piles de khat occupant une place de choix. Pour son confort, les listes de passagers sont souvent réduites à 16 personnes. Cela leur est égal que ces bébés meurent de faim ou de soif.

Je n’évoquerai pas la falsification de ces listes, tout comme je n’évoquerai pas la discourtoisie envers les passagers : les militaires ne font ni dans le commercial, ni dans l’humanitaire. En fait, ces liaisons servent principalement aux ravisseurs du RPP qui regagnent Obock avec leurs rations de la plante verte.

Plus gravement, il y a environ deux mois, une jeune femme enceinte de plusieurs mois et atteinte d’hémorragie interne, avait été hospitalisée au dispensaire d’Obock. Constatant qu’elle avait déjà perdu trop de sang et qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle ici, les responsables médicaux ont pris la décision de procéder à son évacuation sanitaire par voie aérienne sur la Capitale.

Au moment où l’avion s’apprêtait à atterrir sur le terrain, de hauts responsables du district et de la Santé l’accompagnèrent pour insister sur le caractère urgent et vital de son évacuation, afin que le pilote accepte de la prendre à bord. Détestant l’imprévu, la seule réponse de ce pilote fut qu’une fois arrivé à Djibouti, il en référerait à ses supérieurs mais que, pour ce vol, il lui était impossible d’embarquer la malade, la liste étant close. Que sa vie était en danger ne constituait pas pour lui un cas de force majeur. Pourtant, qu’y a-t-il de plus important que de venir au secours de son prochain et même de sauver une vie ?

Un autre jour, l’avion arriva à Obock aux environs de 15 heures, avec à son bord les inévitables rations de plantes vertes. A la descente des passagers, on remarqua enfin qu’une femme enceinte (et sous perfusion) avait beaucoup de mal à respirer, à cause de la promiscuité et de l’encombrante cargaison de khat. Or, ce même jour, un hélicoptère avait été mis à la disposition d’une autre campagne se déroulant à Khor-Angar et transportant lui aussi du khat.

Mardi, le Président de la République débarquera à Obock, sans se rendre compte de l’état réel de ses concitoyens dans ce district. Concitoyens dont il attend pourtant un accueil chaleureux. En marge de cette visite, de courtoisie dira-t-on, il procèdera à l’inauguration d’une école islamique entièrement financée et construite par le Yémen ; qui sera plus tard transformée en un lycée, paraît-il : on aperçoit déjà la photo de notre chef d’État sur un mur de l’enceinte.

Ce que nous ne comprenons pas ici, c’est le pourquoi de toutes ces gesticulations de la part d’un Président de la République qui, grâce aux fraudes, n’a rien à craindre des urnes. D’autant plus que l’opposition qui le gênait a fait savoir qu’elle ne participerait pas à la prochaine élection présidentielle.

Pour l’heure, tout est fin prêt à Obock pour le recevoir : les écoliers doivent être dans la rue poussiéreuse à applaudir, eux auxquels est pourtant refusée l’aide alimentaire fournie par le Programme Alimentaire Mondial destinée aux cantines scolaires. Il entendra quelques notables ou autres personnages le remercier de tous ses efforts en direction d’Obock dans le cadre de la Réhabilitation.

Parlons-en, justement. Pour nous Obockois, la Réhabilitation est uniquement le fruit de l’accord de paix du 12 mai 2001 et son financement par la communauté internationale a été sabotée par le gouvernement djiboutien. Avant le 7 février 2000, la ville et la région d’Obock étaient considérées comme des zones de guerre : prétendre qu’un effort de réhabilitation aurait suivi la paix de 1994 est donc totalement fantaisiste. Nous en savons quelque chose, qui avons dû fuir nos maisons et abandonner nos biens pillés par les troupes gouvernementales, avec quelques civils assassinés au passage. Pour ce qui est de la Réhabilitation actuelle, observons déjà que toutes les maisons prévues ne sont pas construites.

Mais il y a pire : les quelques logements en construction n’ont qu’une seule chambre ! Sans évoquer le fait que, faute de ciment en quantité suffisante, certaines portes d’entrée sont déjà à terre.

Merci quand même, monsieur le Président pour cet effort, quoique beaucoup de citoyens aimeraient bien savoir où diable sont passés les millions et les millions prétendument injectés dans cette réhabilitation version RPP. Surtout, certaines Obockois désemparés s’interrogent, eux auxquels est refusée une maison en remplacement de la leur détruite, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour financer la part de la construction laissée à la charge des « réhabilité ».

Sans oublier, enfin, que le taux de chômage avoisinant ici les 99%, il sera difficile à ces nouveaux locataires d’honorer les factures d’eau et d’électricité. Tout ceci pour dire qu’avec ce régime, notre avenir restera désespérément triste.

Pour conclure, justement, cela concerne l’actualité de cette semaine à Obock : des citoyens privés de leur identité nationale (presque 60% n’ont pas de pièces d’identité, le registre d’état civil ayant été détruit par les soldats au début de la guerre) n’auront pas eu l’honneur de participer à l’élection pour désigner le président d’annexe d’un certain parti. Comme quoi, le régime n’a besoin ni de militants ni de citoyens. On aurait dit tant mieux s’il ne s’agissait que de ne pas être militants de ce parti de malheur, qui n’est autre que le RPP.

En ce qui nous concerne, pour les pièces d’identité, le prétexte au refus opposé par l’administration était autrefois que les cartes des parents étaient introuvables. A présent, même si les pièces d’un seul parent sont en principe suffisantes, l’accès à la citoyenneté pose encore problème : une fois arrivés à Djibouti, il paraît que les dossiers disparaissent. C’est trop grave pour en rire.

Je profite de cette occasion pour féliciter la jeunesse de Tadjourah pour sa remarquable et constante mobilisation ; tout comme je tiens à féliciter toute la Jeunesse djiboutienne, où qu’elle se trouve : restons mobilisés et revendiquons nos droits.

M.A.M Obock


Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »

Les observateurs relèvent que, depuis peu, l’arrogance de la diplomatie djiboutienne s’est quelque peu atténuée. Toutefois, les rencontres soutenues avec la République du Somaliland et la timide participation de notre pays à la consolidation de la paix inter-somalienne scellée au Kenya illustrent l’ambiguïté de notre diplomatie.


 

L’actuelle trajectoire de la politique régionale djiboutienne ne correspond plus à sa position initiale. Certes, le gouvernement formé au Kenya y est pour quelque chose comme les élections législatives en Somaliland prévues pour mars prochain et la présidentielle à Djibouti un mois plus tard. Cependant, le pouvoir a passé sous silence, dans sa presse écrite, cette visite officielle de l’importante délégation ministérielle du Somaliland.

Pour notre part, nous nous sommes intéressés à l’événement. Car, quoi qu’il en soit, il est clair que la visite à Djibouti des ministres somalilandais fait suite au voyage officiel effectué chez nous par l’actuel Président de ce pays, au lendemain de son investiture, rencontre qui avait permis la reprise des relations entre les deux voisins. Sous la conduite de leur ministre de l’Intérieur, cette délégation était composée de cinq ministres dont celui de la Communication, de l’Économie, de l’Air et du Transport aérien, celui en charge des relations avec le Parlement et enfin du Maire de la Capitale somalilandaise, Hargeisa, devant s’entretenir avec son homologue djiboutien pour dégager les domaines d’intérêt réciproque.

Interrogée par la presse de son pays, le ministre somalilandais de la Communication avait précisé que sa délégation allait visiter Djibouti sur invitation du gouvernement de ce pays avec, pour objectif, le renforcement des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays. Précisant que suite à la création antérieure d’une commission interministérielle, cette nouvelle rencontre devait permettre la mise en place des commissions techniques des deux pays.

Les discussions porteraient, avait-il souligné, sur la coopération entre les deux États dans les domaines de l’Économie, du Commerce, de la paix, de la lutte contre le terrorisme et enfin de la finalisation de certains points restés en suspens qu’il n’a pas voulu citer.

Néanmoins, le Ministre voulait calmer le gouvernement djiboutien, irrité des propos de son homologue chargé de l’Élevage sur l’exportation via le port de Djibouti du bétail sur pied, il s’est refusé à confirmer si cette visite dans notre pays appuyait la candidature du Président djiboutien en avril 2005. Mais il a surtout éludé la question portant sur le refus de reconnaître le Somaliland par l’État hôte, en soulignant que la République autoproclamé sans reconnaissance internationale était obligée de travailler avec son voisin immédiat, même sans sa reconnaissance.

Or, si la presse nationale écrite (par contre, toujours audio à l’adresse de certains quartiers de la Capitale quand il s’agit de manœuvres électoralistes) n’a pas jugé utile de commenter les résultats de cette rencontre, celle du Somaliland, quant à elle, présente à Djibouti, prétend que cette visite a révélé les points tenus secrets de cette réunion interministérielle. Ainsi, le gouvernement djiboutien aurait demandé, et ce n’est pas la première fois, le transfert de la frontière et du village de Loyada, côté somaliland, de près de 20 km, à l’intérieur de ce pays. Il est dit par ailleurs que, depuis deux ans, Djibouti se plaint de la contrebande venant de ce pays, en particulier celle du carburant et des cigarettes, activité que combattent officiellement les forces de police des deux pays.

La presse somalilandaise se demande également si l’explosion perpétrée l’année dernière contre les deux stations d’essence du village frontalier de Loyada, dont les auteurs demeurent toujours introuvables, ne serait une raison trop facile invoquée par l’État djiboutien dans sa lutte contre l’activité de contrebande. Cette même presse signale enfin que les petits commerçants somalilandais se plaignent de la confiscation de certains produits par les forces de police, alors qu’ils seraient ensuite revendus ailleurs.

A cette réunion, à laquelle avaient participé entre autres, côté djiboutien, le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération, de l’Intérieur et de la Décentralisation et celui en charge de la Communication, aurait été discutée la question de l’exportation du cheptel somalilandais via Djibouti.

Quoi qu’il en soit, cette visite a suscité une levée de boucliers tant parmi la population somalilandaise que du côté de l’opposition de ce pays qui voient d’un mauvais œil le caractère secret de ces relations tenues secrètes.

En effet, ils disent craindre que cette insistance de la partie djiboutienne pour le transfert de la frontière soit dictée par des visées obscures. D’ailleurs, lors de son intervention télévisée le ministre djiboutien des Affaires Étrangères n’avait pas hésité à affirmer qu’entre les deux pays, la notion de frontière n’avait aucun sens. Une attitude démagogique que nous dénonçons avec vigueur.

Nous sommes tentés de rappeler que cette invitation lancée au Somaliland en pleine campagne pour la réélection du candidat solitaire reste, avant tout, une opération électoraliste destinée à s’assurer du concours des Djiboutiens installés dans ce pays en faveur du renouvellement de son mandat. Le Somaliland n’a pas la mémoire courte, ses dirigeants et sa population savent bien que le FUOD et sa composante le FRUD, avaient dès 1992 reconnu son choix à l’autodétermination.

L’ARD, continuité historique du FRUD et du FUOD, reste toujours fidèle à cette position de principe.

Enfin, il est clair qu’à travers cette manœuvre de rapprochement avec le Somaliland, le régime cherche à réitérer le forfait anti-démocratique d’avril 1999, tout en continuant de saboter la Réconciliation somalienne initiée au Kenya.


Graner contre Graner

Le caporal américain Charles Graner, considéré comme le principal responsable des sévices infligés à des détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraïb, a été condamné samedi dernier à dix ans de prison et à la radiation de l’armée par la cour martiale de Fort Hodd, au Texas. Agé de 36 ans, il a donc été reconnu coupable par les dix officiers composant le jury de ce tribunal militaire, tous d’anciens combattants en Irak et en Afghanistan. Cet ancien gardien de prison dans le civil a été présenté par l’accusation comme l’instigateur des sévices infligés aux prisonniers d’Abou Ghraïb, tandis que, pour la défense, le caporal Graner n’aurait fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs.


Accusé de mauvais traitements envers des détenus, incapacité à les protéger contre des abus, actes de cruauté, agressions et actes d’indécence, le caporal Graner avait notamment contraint des prisonniers irakiens d’Abou Ghraïb à composer nus une pyramide humaine, à se masturber devant leurs geôliers ou encore à mimer des scènes de fellations.

Ce scandale avait éclaté au printemps dernier, avec la publication de photos de prisonniers irakiens humiliés par des soldats américains. Aucun membre du jury ne pouvait décemment déclarer recevable l’argumentation selon laquelle toute la chaîne de commandement était complice, car il est impensable qu’une telle décision ait été prise au plus haut niveau.

Pour sa défense, le soldat Charles Graner a reconnu avoir agi de manière condamnable, en affirmant : «Je n’ai rien aimé de ce que j’ai fait là-bas. Beaucoup de choses étaient mauvaises, beaucoup étaient criminelles.» Tout en précisant aussitôt : «Ma hiérarchie m’a ordonné de continuer les sévices.» Il s’est même permis de donner les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès desquels il a affirmé avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers.

L’accusation a maintenu que Graner était connu pour être un sadique notoire et qu’il n’avait aucunement reçu des ordres pour se comporter de la sorte. Dans sa plaidoirie, l’avocat de Graner avait pourtant martelé que son client avait agi sur ordre des responsables du renseignement militaire.

Après le verdict, la mère de Charles Graner, pleine d’amertume, a nommément accusé le président Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld d’être les vrais instigateurs des tortures contre les prisonniers irakiens.

Toujours est-il qu’il est à présent établi que le pitoyable soldat Graner et sa compagne, la première classe Lynndie England, dont les photos avec les prisonniers irakiens nus ont fait le tout du monde, sont des monstres à visage humain qu’une Amérique bien-pensante ne pouvait tolérer. Le scandale de ces humiliations a déjà conduit à la condamnation de quatre autres soldats américains.

Pour leur part, les organisations des droits de l’homme avaient eu parfaitement raison d’alerter l’opinion publique internationale sur le sort des prisonniers détenus à Guantanamo, dans des conditions qui contreviennent à la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre et, d’une manière générale, cette condamnation de Graner intervient dans un contexte de recul des droits de l’homme à la faveur de la lutte antiterroriste. L’arsenal juridique adopté aux États-Unis et en Europe fait régulièrement l’objet de plaintes déposées par Human Right Watch. Les États-Unis n’hésitent d’ailleurs pas à sous-traiter dans les pays alliés, notamment dans le monde arabe, des polices locales peu scrupuleuses dans leur recours à la torture pour extorquer des aveux à de simples suspects.

Cette condamnation n’en reste pas moins exemplaire, surtout pour un pays comme Djibouti, où de gradés et de moins gradés s’étant rendus coupables de crimes de guerre, jouissent encore de la plus totale impunité, certains ayant même été décorés et promus.

COMMUNIQUÉ DE L’UAD

Meeting populaireà l’avenue Nasser

L’Union pour l’Alternance Démocratique souhaite une bonne et heureuse fête de l’Aïd-El-Adha à toute la communauté djiboutienne ainsi qu’aux musulmans du monde entier.

L’UAD invite toutes ses militantes et tous ses militants à assister massivement à son grand meeting populaire qui se tiendra le jeudi 20 janvier à partir de 8 heures 30 devant le siège de l’UDJ à l’Avenue Nasser.


Le soldat, le ministre et le député

FRAGMENTS D’UN DIALOGUE CENSURÉ

En réaction aux derniers développements d’une ténébreuse affaire, qui empoisonne ses relations avec la France, le régime a repris sa diplomatie de l’insulte. Fini la rigolade, apprend-on dans les colonnes de « La Nation » : Paris coupable d’avoir laissé sa Justice manquer de respect à l’égard des dirigeants djiboutiens, doit désormais savoir que «the game is over» ! Comme il est vilain de manquer de respect vis-à-vis de qui que ce soit, il est de notre devoir de relater les conditions honteuses dans lesquelles s’est déroulé le Conseil des ministres décentralisé à Tadjourah mardi 11 janvier. Le cirque en déplacement militarisé s’y est tellement moqué du monde qu’ici, l’on peut estimer que la machine à frauder a fait tilt.


« La démocratie pastorale en pratique » : c’est sous ce titre fleurant bon la nostalgie élitiste d’une peuplade subtropicale se croyant Élue, que le journal gouvernemental « La Nation » a relaté à sa manière les échanges qui se seraient établis entre le chef de l’État et les habitants de la région de Tadjourah. Le malheur, ce n’est pas que la presse gouvernementale dénature à ce point les faits : seul le cloisonnement des différentes composantes de notre communauté nationale l’autorise à désinformer ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. En effet, s’étant heurtée au devoir de vérité qu’impose une posture citoyenne, la machine électorale du candidat en campagne a en fait, tout simplement, censuré les propos de tous ceux qui, en toute bonne foi, s’étaient déplacés pour formuler les inévitables doléances d’une région abandonnée.

Car c’est de cela qu’il était question lorsque les émissaires du chef de l’État ont sillonné ce district : l’illustre visiteur désirait entendre ses concitoyens pour qu’ils lui fassent part de leurs attentes. Cette démocratie directe, à défaut d’être pastorale, devait en premier lieu se concrétiser par la présence des notabilités après la séance du Conseil des ministres. Hélas ! l’accès à la salle de réunion a été refusé sans ménagement à certains des plus importants notables de Tadjourah. Quant aux autres, qui ont pu approcher, il ne leur a pas été possible d’exprimer une quelconque doléance : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Beaucoup d’entre eux, réquisitionnés du fin fond de la brousse, juraient mais un peu tard qu’on ne les y reprendrait plus : non seulement censurés, mais même les mandibules ont fait le voyage pour rien, puisque le khat offert par le visiteur avait été confisqué par la soldatesque !

Puis, ce fut au tour d’un « député » de la région d’être brutalement éconduit par un soldat de faction : par respect pour nos lecteurs, nous ne reproduirons pas les propos (classés X) de cette gâchette nerveuse. Occupant à l’Assemblée nationale un siège qui aurait normalement dû revenir à un candidat UAD, il nous est difficile de nous sentir offusqués par l’humiliation ainsi infligée à ce timide qui aurait certainement inspiré Brel.

Depuis l’Antiquité, l’instauration de la démocratie s’est accompagnée d’un processus de neutralisation des guerriers, selon le principe latin en vertu duquel les armes cèdent le pas aux toges. Tout comme chez nous, un Sultan ne doit jamais porter sur lui des attributs guerriers : il gouverne uniquement par la Parole.

Ce qui n’est évidemment pas le cas de ce régime, comme le rappelait un graffiti condamnant les « mal-élus » sur un mur de Tadjourah. Quand un militaire se permet de publiquement insulter celui qui ose se prétendre élu du Peuple, c’est de notre point de vue un peu plus grave qu’une convocation à comparaître adressée par la lointaine Justice française à un fonctionnaire djiboutien, quel que soit son rang. C’est aussi le moment où le vernis démocratique laisse transparaître le despotisme local dans toute sa sauvagerie : il est ainsi rappelé au mal-élu qu’il n’est qu’une simple fabrication et qu’il ne devrait pas trop se prendre au sérieux. Comme le sujet de Pharaon, il appartient à son créateur, lequel accorde plus d’importance au soldat qui le protège qu’au pantin qui le légitime.

Mais il n’est pas nécessaire d’être armé pour ainsi bafouer la bienséance démocratique. Il se raconte dans les couloirs de l’Assemblée nationale qu’un député trop consciencieux avait été récemment insulté par un ministre lui déniant tout droit d’expression, en raison de l’origine tribale de l’un et de l’autre. Le député et le ministre se reconnaîtront.

Le dictateur qui le précédait avait une autre façon d’agir. En tournée dans ce même district, il avait un jour des années 80 refusé la parole à un illustre notable souhaitant s’exprimer. Si le visiteur n’était pas venu pour l’écouter, lui ne s’était pas déplacé non plus uniquement pour boire ses paroles : ce notable quitta donc dignement une réunion dans laquelle il ne se considérait pas à sa place, parce que rabaissé au rôle d’un pitoyable figurant convoqué pour applaudir. Le successeur préfère pour sa part feindre écouter ceux que lui et ses obligés ont préalablement sélectionnés parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à lui dire la vérité.

Vérité que, n’en déplaise à certains mâles, une femme pourtant peu suspecte d’opposition, a osé dire en face au chef de l’État : son gouvernement n’offre aucune perspective de développement pour la région de Tadjourah. Ainsi a-t-elle regretté que le village de Sagallou, en tant que zone affectée par le conflit, n’ait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. L’interrompant sans courtoisie, le Premier ministre lui aurait alors répondu que son gouvernement allait corriger cette injustice «même en détournant, s’il le faut, les crédits affectés à la reconstruction des maisons d’Obock».

Dégoûtée mais pas convaincue, elle lui aurait tout simplement répondu : « Ne m’interrompez pas, c’est au chef de l’État que je m’adresse».

Pas convaincue : le régime aurait commencé à reconstruire toutes les infrastructures détruites durant le conflit, au lieu de se gargariser de deux réalisations (un local pour stocker du poisson et une école) entièrement financées par la générosité extérieure.

Ce mardi-là à Tadjourah, la machine du parti unique a vraiment fait tilt : il est impossible de durablement berner une population de plus en plus consciente des réalités. A quand la prochaine étape, celle de l’heure de vérité ?

En toute logique, ce régime d’usurpation et de fraude tentera vainement de réprimer toute aspiration à la vie qui ose s’exprimer ailleurs que sur le terrain miné d’une consultation électorale.

Mais de cela, tout le monde est conscient : l’émancipation et le développement sont à ce prix.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 121 du mercredi 12 janvier 2005

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Réalité numéro 121 du mercredi 12 janvier 2005

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (4)
  4. Transport : le corridor en concession ?
  5. Abou Mazen président !
  6. Accord de paix final au Sud Soudan
  7. Une citoyenneté à marée basse
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 121

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TADJOURAH :

LE CIRQUE MINISTÉRIEL EN TOURNÉE

Le fait n’est pas nouveau, mais revêt cette fois-ci une dimension dont le caractère pathétique n’a d’égal que le sabotage ainsi perpétré contre l’administration publique. Ainsi donc, d’innombrables fonctionnaires, pratiquement tous d’une même communauté et s’ennuyant dans la Capitale, ont été réquisitionnés pour faire office de badauds applaudissant dans les rues de Tadjourah mardi dernier, à l’occasion d’un Conseil des ministres « décentralisé » qui s’est tenu dans ce chef-lieu de la région la plus peuplée des districts de l’Intérieur, soit dit en passant.

 

Il ne s’agit pas ici de compatir aux génuflexions qu’un régime d’abus de droit impose aux agents de l’Etat qu’un chantage au salaire ou à la promotion transforme abusivement en militants partisans en quête de rétribution. Ces victimes consentantes d’un STO (Service du Travail Obligatoire) version parti unique attirent l’attention uniquement parce qu’elles ne sont que les pitoyables figurants d’une comédie politique qui porte gravement atteinte à la dignité de nos concitoyens. Sans oublier qu’accessoirement, elles servent d’agents de propagande au service d’un régime fondant son usurpation sur la jalousie que ses politiques de développement à deux vitesses provoque entre les Djiboutiens. Car le drame, et l’inexcusable, est là : comment ose-t-on parler de développement, surtout décentralisé, à une population injustement ignorée et dont les conditions de vie se sont dramatiquement dégradées depuis plus d’une décennie ?

 

Pour ne pas défoncer des portes ouvertes, n’évoquons qu’incidemment le folklore d’un prétendu Conseil régional censé incarner une décentralisation en action : on chercherait vainement sa contribution au développement d’une région qui ne manque pourtant pas de potentialités. Sans plus évoquer son opacité dans la gestion des 50 millions de fonds qui lui sont alloués par la Présidence : Tadjourah n’est malheureusement pas la seule victime d’une concussion généralisée et d’une absence de rendement de l’administration, nationale ou régionale.

 

Par contre, considérant les énormes préjudices que le conflit civil a causés dans ce district au niveau des infrastructures publiques comme des biens privés, détruits et pillés par les troupes gouvernementales, la démagogie officielle selon laquelle le régime fonderait l’essor économique de ce district sur sa façade maritime doit être dénoncée avec la plus extrême vigueur. Car, comme l’ont rappelé il y a quelque temps de cela les notables d’Ali-Sabieh, toutes les régions du territoire national nécessitent un égal traitement d’urgence quant à la mise en valeur de leurs richesses.

 

Ainsi, force est de rappeler à ce gouvernement paresseux et à ses adorateurs, que la mer ne constitue pas un atout en soi, encore faut-il donner aux populations qui vivent sur ses côtes les moyens de la mettre en valeur. Car, à Tadjourah, l’on attend en vain une quelconque contribution d’un quai dont la réfection avait été fortement médiatisée par la presse gouvernementale il y a quelques années de cela et dont les retombées en termes d’emplois et de revenus tardent encore à se concrétiser. Tout simplement oserait-on dire, parce qu’un port n’existe que par ses débouchés : les pistes de l’intérieur sont abandonnées et la frontière régionale avec l’Ethiopie demeure désespérément fermée. L’instauration de la paix semble être un événement qui ne concerne pas la région, comme en témoigne par ailleurs le renforcement d’une caserne à Adaylou, en violation du principe du retour des troupes régulières à leur position d’avant le conflit.

 

Comme quoi, le district de Tadjourah est encore en situation d’occupation militaire : le régime n’a donc pas tiré les douloureuses leçons d’un récent passé pour reconnaître que des fusils, quand bien même ils seraient commandés par un criminel de guerre, dont beaucoup attendent le procès conformément à la lutte contre l’impunité, ne pourront jamais rien face à une population déterminée à revendiquer son droit à la vie.

 

Et cela, les habitants de Tadjourah l’ont clairement manifesté hier : malgré tous les renforts de figurants officiels venus en masse de la Capitale, ceux qui veulent vivre dignement au pays, sans avoir à quémander des mendiants attitrés ont, sans équivoque, dénoncé la politique du faire-semblant. L’Histoire leur en saura gré, ne serait-ce qu’en souvenir de toutes les victimes civiles injustement mortes pour que s’améliorent les conditions de vie matérielles et morales des générations futures.

 

Le Combat est toujours là, qui nous attend : la Paix tant attendue n’est toujours pas réalité !

 


Brèves nationales

Le « Miroir » aux alouettes :

 

Centriste, mon oeil !

 

Après une éclipse de plusieurs mois le « Miroir », curieux mensuel lancé en mai 2004 par un groupe proche du pouvoir, nous revient cette fois avec de nouvelles prétentions mais toujours le même discours. Ainsi, dans sa dernière livraison ce confrère se croit obligé de clarifier sa position sur l’échiquier politique national et proclame : « nous nous voulons centristes pour que notre position soit et reste absolument en phase avec la réalité. Pour ne pas la voir uniquement avec l’œil droit à l’instar des hommes du pouvoir, ni uniquement avec l’œil gauche à l’instar de ceux de l’opposition. Mais avec les deux yeux pour avoir une vue équilibrée du panorama politique de notre pays. Et dire notre vérité à nous au lieu de répéter celle de l’autre. Ne dit-on pas que toute vérité est relative. ! ». Rappelons à nos lecteurs que le Directeur de publication de ce Journal fabriqué à l’Imprimerie Nationale n’est autre que le Secrétaire Général d’un parti de la mouvance présidentielle et ayant récemment apporté comme il se doit son soutien à la candidature du candidat solitaire.

 

Pour le reste, inutile de s’attarder sur le contenu de cette brumeuse publication destinée à leurrer les citoyens. Tout juste dirons-nous un mot de son article en langue Somalie intitulé: « C’est quoi un Pays et qui est Citoyen « ? La question de la citoyenneté semble préoccuper notre nouveau confrère qui chercherait, ce faisant, à lancer un débat sur la question en proposant le numéro d’une boîte postale (2005, tiens !) et une adresse e.mail…

 

Ne voulant pas engager une polémique sur un sujet régulièrement traité dans ses colonnes, «Réalité » souhaite de l’inspiration à ce « Miroir » embué par de sombres considérations partisanes.

 

Quant à nous autres, opposants djiboutiens, nous demeurons avant tout des citoyens, des patriotes sincères, luttant contre toutes les dérives de ce régime divisionniste et prédateur.

 

*

 

Voirie et Environnement :

 

Le «Sans fil », incinérateur et dépotoir ?

 

Le régime poursuit sa propagande sur la salubrité publique et l’assainissement, en faisant appel au sursaut citoyen et aux menaces de sanctions. De leur côté, les administrés se demandent à quoi servent la décharge publique de Doudah et l’incinérateur offert l’an dernier par les Américains ? En effet, pour les riverains de la route d’Arta, la situation est dramatique.

 

Chaque vendredi des milliers de sacs d’ordures sont incinérés sur le terre plein du « sans fil », face à l’école primaire d’Arhiba. Incapables de mettre à la disposition des habitants d’Arhiba des bacs à ordures et des camions-bennes, les pouvoirs publics préfèrent rassembler les ordures et les faire incinérer le long de la route d’Arta au mépris du bon sens et de la préservation de l’environnement. Ainsi, les passants et les automobilistes, empruntant cette voie très fréquentée, se disent outrés et incommodés par les fumées âcres se dégageant de l’incinération à ciel ouvert des ordures sur le terrain du « Sans fil ».

 

Quant aux malheureux habitants de la Cité d’Arhiba, la pollution visuelle et olfactive de ces fumées leur paraissent un moindre mal comparé au danger représenté par l’accumulation des détritus dans leur quartier oublié.

 

A l’heure ou le candidat solitaire entame sa campagne démagogique sur les progrès économiques et sociaux accomplis durant son sixtennat, nous l’interpellons solennellement sur le sort cruel imposé aux habitants des quartiers populaires condamnés à l’insalubrité dans une Capitale devenue dépotoir à cause de son régime de mauvaise gouvernance.

 

*

 

Ali-Sabieh :

 

Le développement en trompe-l’oeil

 

La Capitale du District Assajog a subi comme Arta et Dikhil avant elle le passage de la caravane présidentielle en campagne. On raconte que, déçu de sa virée à Dikhil où ses promesses démagogiques n’ont pas trouvé d’oreilles complaisantes, le candidat solitaire aurait mis le paquet à Ali-Sabieh. Une formidable machine de propagande cherche à faire croire que les Assajogs sont les principaux bénéficiaires de la politique de développement initiée depuis six ans par le candidat actuel à sa propre succession. Ainsi à en croire le journal gouvernemental «La Nation » les Sages d’Ali-Sabieh auraient affirmé: « notre district n’a rien à envier à la Capitale ». Doit-on prendre cette déclaration à la lettre, si tant est qu’elle a eu lieu, comme un témoignage de satisfaction ou de déception ?

 

La condition des Djiboutois, sous ce régime de mauvaise gouvernance est connue de tous, celle des Assajogs aussi. Cela signifierait donc que le district Assajog reste, lui aussi, gangrené par le chômage, l’insalubrité, l’insécurité et la pauvreté : maux classiques du sous-développement causés par la démission des pouvoirs publics. Selon les médias gouvernementaux, les méga projets d’Ali-sabieh, en grande partie virtuels, auraient tellement modifié la carte socio-économique de la région qu’un vieux sage éberlué se serait écrié : « Eu égard à toutes les réalisations faites dans notre district, nous ne devrions même pas formuler une seule doléance».

 

Là, nous restons bouche bée.

 

Le génie de Haramous aurait-il transformé Ali-Sabieh en nouvel émirat tropical le temps d’une courte visite électoraliste ? Trêve d’esbroufe ! Le virtuel ne nourrit pas, les Assajogs le savent bien. Certains notables ont tenu à courageusement le rappeler, mais les médias gouvernementaux ont censuré leurs propos.

 

Il est vrai que le candidat solitaire déjà passablement fatigué par cette nouvelle campagne électorale dans les districts de l’Intérieur, en a suffisamment vu et entendu.

 

*

 

Développement routier :

 

Le régime fait fausse route

 

La troisième séance du Conseil des ministres décentralisé tenue à Ali-Sabieh, aurait été principalement consacré à l’examen du développement du transport routier urbain et national. Le département de l’équipement et des transports, gérant le fameux Fonds d’Entretien Routier (FER) organisme dont la gestion opaque est connue de tous, était ainsi mis en vedette dans la ville d’origine de l’actuel titulaire de ce portefeuille ministériel.

 

Si le richissime ministre en charge de ce département sommé d’exposer le bilan, forcément et globalement positif de ses activités n’a pas craint le ridicule en affichant ses maigres réalisations, la réalité sur le terrain est à mille lieues de ses prétentions démagogiques.

 

En effet, est-il besoin de rappeler que, mise à part la route Nelson Mandela récemment réhabilitée, les prétendus succès du département de l’équipement et des transports s’enlisent dans la gadoue. Ainsi en est-il des réhabilitations avortées de l’avenue Nasser, de l’avenue Guelleh Batal, de la rue Abdallah Guedid (anciennement rue des Issas) ou encore du boulevard 18 et de la rue des Mouches dont le pavage à grands frais n’a servi à rien, vu leur état actuel.

 

Par ailleurs, ce ministère ose toute honte bue prétendre avoir amélioré les pistes rurales, dont l’état d’abandon est de notoriété publique et faisant périodiquement l’objet d’une réhabilitation partielle de la part de forces armées étrangères.

 

Quant aux ouvriers cantonniers embauchés pour l’entretien des pistes rurales dans la région d’Obock par exemple, il convient de rappeler que ce recrutement électoraliste survenu en 2003 s’est révélé n’être qu’une esbroufe de mauvais goût. Comme en atteste une lettre datée du 8 janvier 2005, le directeur du Fonds d’Entretien Routier annonce brutalement aux responsables des ouvriers d’Obock que le budget 2004 ne prévoyait que des crédits de paiement des salaires pour seulement 15 cantonniers, au lieu des 30 effectivement recrutés.

 

Cette correspondance administrative, dont nous avons pu nous procurer copie; est ainsi libellée : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que les lignes de crédits affectés au paiement de vos salaires sont épuisés il y a six mois de cela. En effet, le budget 2004 a été prévu pour 15 ouvriers à Obock, mais le nombre s’est avéré le double, soit 30 ouvriers. Par conséquent, les crédits étant épuisés à la moitié de l’année 2004, aussi bien pour les ouvriers d’Obock que pour ceux de Tadjourah. Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.» Signé : le directeur par intérim du FER. La dernière formule de politesse n’était vraiment pas de trop, en considération des drames humains ainsi provoqués par ces quelques millilitres d’encre sur autant de grammes de papier.

 

Rappelons que les ouvriers d’Obock avaient été embauchés en 2003 pour raison électoraliste et ont continué à être exploités malgré des mois d’arriérés de salaire. Aujourd’hui, ils sont tout simplement congédiés sans autre forme de procès. Alors que, pendant deux ans, ils travaillaient dans des conditions difficiles pour un salaire de misère (17.000 FD) souvent versé au bout de plusieurs mois.

 

Le ministère des transports ayant retiré les engins des Travaux Publics du Nord du pays, depuis au moins trois ans, il vient à présent de saboter le travail de réhabilitation effectué avec pelles et pioches par de misérables cantonniers.

 

Où est donc le développement rural prôné par le docteur honoris causa en campagne ?

 

*

 

Tadjourah en état de siège :

 

Le candidat solitaire de plus en plus frileux

 

Venus par terre, air et mer, ils étaient plusieurs milliers d’écoliers privés de cours, de fonctionnaires débauchés de leur travail et de ruraux obligés de déserter leurs campements et villages, à se retrouver dans la Ville-Blanche pour accueillir le candidat solitaire et sa suite. Au prétexte d’y tenir un Conseil des ministres, le régime et ses forces de sécurité ont pris d’assaut Tadjourah mardi dernier. Le séjour du grand chef ne fut pas de tout repos. Dans la matinée, ses forces de sécurité ont brutalement maîtrisé quelques jeunes qui distribuaient paisiblement des exemplaires de l’accord de paix du 12 mai 2001.

 

Ainsi, le régime vient de démontrer pathétiquement son mépris de la paix civile et de sa consolidation. Le candidat du RPP doit comprendre une fois pour toutes qu’aucune de ses promesses démagogiques ne sera prise au sérieux tant qu’il persistera à ignorer les clauses de l’accord de paix signé avec le FRUD-armé. Les populations des zones affectées par le conflit le considèrent avant tout comme le saboteur de la réconciliation nationale.

 

Raison pour laquelle il déploie sa soldatesque sur son passage. Sa frilosité excessive explique à elle seule sa mauvaise conscience et ses sombres desseins.

 


Les comptes de la Chambre des Comptes (4)

DES DÉPENSES MIROBOLANTES

Malgré l’antériorité de la période ayant fait l’objet des contrôles budgétaires de la Chambre des Comptes, nous avons porté une attention particulière à un Titre très significatif de la mauvaise gouvernance du pouvoir. Il s’agit des « Dépenses Communes » qui représentent entre 24% et 25% des crédits engagés depuis 1999.


 

Il aurait été souhaitable que les travaux de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire soient plus pointilleux dans la recherche des imputations multiples de crédits identiques. Nous traitons cette semaine un chapitre des Dépenses qui reflète de par son importance les utilisations faites des fonds des contribuables djiboutiens.

 

Ces dépenses communes qui, par le volume conséquent de l’enveloppe, devaient être suivies avec rigueur croissent d’année en année et semblent relever d’un pouvoir « discrétionnaire » du ministère des Finances. Lequel ministère dispose, selon la Chambre des Comptes des prérogatives pour l’attribution des dotations sectorielles, de la détermination de leurs priorités, du montant des enveloppes nécessaires et enfin de la gestion des règlements.

 

C’est pourquoi, la Chambre des Comptes s’étonne dans son rapport que les imputations aient été déjà programmées en vue de l’absorption totale des crédits de ce chapitre de Dépenses communes, qui est l’exemple type des violations des règles des Finances Publiques. Il relève particulièrement dit-on du non-respect des procédures voire une violation des principes budgétaires de base.

 

Pour appuyer ces constats, nous vous livrons ci-dessous un sous-compte de ces « Dépenses Communes » : les Dépenses Carburant qui, importantes en volume budgétaire (près de 200 millions FD) relèvent directement de ce pouvoir « discrétionnaire » du seul Ministère des Finances.

 

Avant d’entamer les commentaires que nécessite ce tableau, il est regrettable que la Chambre des Comptes n’ait pas fait le lien entre ces dépenses en carburant et des autres sous-comptes que sont « les frais de mission » et « les frais de transport » qui figurent en plus des dépenses en carburant dans les budgets 1999, 2000 et 2001, et curieusement disparaissent en 2002.

 

A les voir de très près, ces trois sous-comptes représentaient dans les comptes définitifs une consommation totale sur quatre ans de 1,9 milliards FD. Montant qui ne tient pas compte de Dépenses Subventionnées en Hydrocarbure de 400 millions FD exceptionnellement en 2000.

 

En observant de près ce tableau, il est clair que sur les 200 millions FD au prix actuel, que représentent ces dépenses en carburant, plus de la moitié revient aux différents services du ministère des Finances alors que d’autres ministères plus importants pour le développement ne bénéficient guère de ces coupons et autres approvisionnements en vrac.

 

En effet dix-sept départements dépendant de ce ministère bénéficient de ces largesses sur un total de 43 dans cette liste ci-dessous. Il est révoltant d’observer que des ministères comme la Santé, l’Education, l’Elevage et la Pêche, etc. soient totalement lésés par rapport au SDS.

 

Nous vous livrerons dans nos prochaines éditions d’autres aberrations sur les dépenses inconsidérées d’un régime dont les multiples impositions fiscales et sociales contribuent fortement à l’appauvrissement des populations.

 


Transport : le corridor en concession ?

Lorsque la presse gouvernementale nous cite, c’est le plus souvent en forme d’invectives, à propos de tel ou tel article ayant déplu en haut lieu. Par contre, il arrive à la presse étrangère de prendre position par rapport à nos écrits, restitués dans le contexte spécifique des relations bilatérales. Ainsi, dans son édition du 5 décembre 2004, le sérieux hebdomadaire éthiopien « Fortune » proche des milieux d’affaires a consacré un long article au contentieux djibouto-éthiopien relatif au connaissement direct et ce que nous avions publié sur le sujet.


 

Sous le titre « les inquiétudes de Djibouti au sujet de connaissement direct », notre confrère d’Addis-Abeba rappelle que le gouvernement djiboutien est actuellement en train de faire marche arrière sur ce dossier, après que le journal d’opposition « Réalité » « ait déclaré la proposition éthiopienne inacceptable. » L’hebdomadaire « Fortune » explique que l’opposition regroupée au sein de l’UAD, qui tient la dragée haute au pouvoir, ferait de ce dossier un cheval de bataille lors de la prochaine présidentielle. Et conclut que, dans le cas d’une alternance au sommet, l’opposition djiboutienne renégociera les termes de cet accord. Une délégation de haut niveau devait se rendre à Djibouti le 5 décembre dernier pour finaliser un accord de principe déjà donné. A la dernière minute, la visite a été annulée à la demande de la partie djiboutienne.

 

Selon notre confrère, qui le tient de source diplomatique, les autorités de notre pays ont fait savoir à leurs homologues éthiopiennes que la finalisation de cette négociation en ce moment serait inopportune, la reportant à l’après avril 2005. Après quoi la neuvième commission mixte interministérielle la finalisera, ainsi que celles relatives à d’autres dossiers.

 

Que l’on nous permette de longuement citer notre confrère qui se livre à un rappel du fil des événements : « Lors de la réunion de la commission mixte des deux pays, qui a eu lieu à Djibouti en 2004, un accord de principe fut conclu sur l’acheminement des marchandises de port à port ; une équipe d’experts éthiopiens a produit un document de 40 pages comportant des propositions visant notamment à rassurer Djibouti sur les intentions monopolistiques d’ESL, laquelle sous-traiterait les opérateurs locaux et éthiopiens soumissionnant aux appels d’offres lancés par elle. Une semaine après la soumission de la proposition éthiopienne à Djibouti, une journal d’opposition, «Réalité», a déclaré cette proposition ‘’inacceptable’’ ».

 

1) Si le régime s’est rétracté à présent sur ce dossier, c’est uniquement pour des raisons électoralistes. Pour notre part, les conditions de notre participation à la prochaine consultation électorale n’étant pas réunies, ce dossier n’a jamais constitué un cheval de bataille pour nous ;

 

2) Nous ne contestons pas le connaissement direct en tant que mode de travail permettant aux conteneurs unifiés d’être acheminés aux points de livraison dans un document unique, en utilisant au moins deux moyens de transport dans un délai le plus court possible et au moindre coût ;

 

Ce que nous avons jugé et continuons de juger inacceptable, ce sont les modalités de mise sa œuvre telles que proposées par la partie éthiopienne : il y était clairement stipulé dans une proposition portant sur les transporteurs que la société ESL (Ethiopian Shipping Lines) « sera désignée comme Le transporteur pour les importations éthiopiennes. » ESL est en effet en situation de monopole chez elle ; c’est une dynamique compagnie qui pratique le slot, c’est-à-dire la location d’un espace dans les lignes marchandes de P.I.L : plusieurs centaines de conteneurs. Elle a par ailleurs acquis pour dix millions de birrs à Kaliti, dans la banlieue de la Capitale éthiopienne, un entrepôt de 34.000 m2. on sait que l’essentiel des marchandises transitant par le port de Djibouti sont des importations éthiopiennes.

 

Ainsi donc, si les termes de l’Accord de principe étaient finalisés tels quels, d’amont en aval, ESL serait en situation de monopole et les agents maritimes et transporteurs djiboutiens n’auront plus qu’à mettre la clé sous le paillasson.

 

Après le Port et l’Aéroport, c’est le corridor routier qui serait en voie d’être concédé à un opérateur privé étranger. Le dynamique manager d’ESL, M. Ambachew Abraha, comprendra aisément que « Réalité » cherche uniquement à préserver les intérêts des transporteurs nationaux ou étrangers opérant à Djibouti, qui emploient des centaines de personnes et qui versent des impôts au fisc djiboutien. Notre organe de presse est favorable à une situation de concurrence qui bénéficiera également aux importateurs et hommes d’affaires éthiopiens.

 

Nous avons au demeurant critiqué les atermoiements en 2001 des dirigeants djiboutiens, prétendant réserver le transit maritime aux seuls opérateurs nationaux et excluant de ce fait MTS, ce qui était inamical. Tout comme nous considérons inamicale l’OPA d’ESL sur le corridor terrestre djibouto-éthiopien et nuisible aux bonnes relations commerciales entre partenaires et voisins. Ces atermoiements et voltes faces décrédibilisent nos dirigeants auprès de nos partenaires éthiopiens, tout comme les décrédibilise la gestion du scandale du Fonds d’Entretien Routier (ce sont les camions éthiopiens qui entretiennent ce fonds) auprès de tous nos partenaires impliqués dans le développement économique de notre pays.

 

Le gouvernement djiboutien clame et répète à l’envi son souci de la bonne gouvernance et démontre dans la pratique tout le contraire, comme l’atteste le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire.

 

Enfin, vigilants et responsables, « Réalité » et l’UAD d’une manière générale restent favorables au renforcement des relations commerciales (qui ne datent pas du port de Djibouti) entre notre pays et son principal partenaire commercial et voisin, sans que ne soient lésés les intérêts d’aucune partie.

 


 

Abou Mazen président !

L’HEURE DE VÉRITÉ POUR ISRAËL

Avec plus de 66% des suffrages exprimés et un taux de participation avoisinant les 70% des inscrits, Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a donc succédé à son vieux compagnon de lutte, le regretté Yasser Arafat, à la tête de l’Autorité Palestinienne. La tâche qui l’attend est immense.


 

Le premier scrutin depuis l’élection de Yasser Arafat en 1996 était considéré par tous les observateurs internationaux comme celui de tous les dangers. La présence en Palestine comme observateurs de l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter et de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, témoigne de l’importance accordée par les Etats-Unis, l’Union Européenne et la communauté internationale en général, à ce scrutin dont dépend en partie l’avenir de la région. La question palestinienne empoisonne les relations internationales depuis 1948, mais elle est, depuis la fin de la guerre froide, la clé de la paix dans cette région et dans le monde.

 

La phobie sécuritaire, que seul justifie en fait un expansionnisme colonial de l’Etat juif, avait conduit l’ancien Premier ministre Netanyahou à soutenir officiellement devant le Congrès américain en 2000, l’ « urgente nécessité» de neutraliser le dictateur irakien Saddam Houssein afin d’élargir le périmètre vital de sécurité autour d’Israël. Attentas terroristes qui, de façon inexplicable, avaient valu à un mouvement de résistance tel que le Hamas, de figurer sur la liste des ennemis de la Démocratie!

 

Efficacement relayée par le très influent lobby sioniste aux Etats-Unis, cette doctrine a, de toute évidence, trouvé un écho favorable auprès de l’administration républicaine. Après l’échec des Accords d’Oslo, imputable à Israël du fait de sa poursuite des colonies de peuplement, et le tournant du 11 septembre 2001, les défenseurs de cette doctrine ont réussi à entraîner leur allié américain dans une croisade en Mésopotamie, où il s’est totalement enlisé.

 

C’est dans ce contexte, dans une région en proie à un indescriptible chaos, que vient de se dérouler l’élection présidentielle remportée par Abou Mazen.

 

Dépourvu de tout charisme, mais jouissant d’une indéniable légitimité tant au sein du Fatah, dont il est un membre fondateur, qu’auprès de la communauté internationale pour son opposition à l’Intifada qu’il estime contre-productive, Abou Mazen est un pragmatique. Négociateur hors pair, il était l’artisan des Accords d’Oslo.

 

En désignant un Exécutif légitime, l’électorat palestinien a clairement et massivement exprimé son souhait de sortir de l’impasse. En élisant un candidat qui se posait comme alternative aux violences de l’Intifada et s’engageait à œuvrer à l’ouverture des négociations de paix avec Israël, pour la conclusion de laquelle sa longue expérience de pourparlers et son pragmatisme sont des atouts majeurs.

 

Abou Mazen a, le temps d’une campagne sereine, courtisé les extrémistes de son camp en les persuadant qu’il souhaitait diriger avec eux et non contre eux, avec pour objectif la création d’un Etat palestinien ayant Jérusalem pour « Capitale Eternelle ».

 

Les espoirs de paix au Proche-Orient sont donc relancés par son élection à la tête de l’Autorité Palestinienne et il lui faudra, dans l’immédiat, parvenir à un accord avec le Hamas et les autres organisations afin de réunifier le Fatah, pour aller en rangs serrés aux pourparlers de paix.

 

Son challenger Mustapha Barghouti, cousin de Marwane Barghouti qui, avec environ 20% des suffrages exprimés, se pose comme la deuxième force palestinienne, a déjà reconnu sa défaite et souhaité plein succès à son vainqueur. La démocratie palestinienne a donc fait la preuve de sa vitalité et est sans doute aujourd’hui la seule véritable dans le monde arabe.

 

Dès lors, la balle est dans le camp de l’occupant sioniste, pour qui sonne l’heure de vérité. Après avoir diabolisé le défunt président Arafat, Israël devra montrer ses dispositions à conclure un accord de paix durable avec l’Autorité nouvellement élue. L’Etat sioniste aura fort à faire avec les colons fanatisés et leur évocation exaltée du Grand Israël, déterminés qu’ils sont à saboter le retrait unilatéral des tous les Territoires Occupés.

 

Sitôt les résultats de cette consultation électorale connus, le président Bush a salué l’événement et promis de vouloir travailler avec le nouvel homme fort de la Palestine. Cette prise de position américaine est en soi encourageante et laisse augurer d’une implication positive des Etats-Unis dans le règlement de la crise israélo-palestinienne, qui envenime la paix au Proche-Orient et discrédite pour le moment une puissance américaine que les peuples épris de liberté souhaiteraient voir jouer un rôle à la mesure de sa puissance, au lieu de soutenir un colonialisme qui opprime au nom d’une justification religieuse.

 

De son côté, une fois n’est pas coutume, le régime israélien a également, par la voix de son Premier ministre Sharon, salué les résultats de l’élection présidentielle palestinienne qui s’est déroulée dimanche dernier. Il faut à présent espérer que le futur gouvernement d’union nationale formé hier en Israël assumera ses responsabilités en s’engageant dans des négociations sincères avec la nouvelle Autorité Palestinienne.

 

Enfin, pour leur part, les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et d’ailleurs, sans oublier les réfugiés dont Mahmoud Abbas souhaite le retour, ont largement fêté la victoire du nouveau leader palestinien.

 

Conforté par ces signes encourageants, Mahmoud Abbas qui doit prêter serment ce mercredi, semble avoir les coudées franches pour engager sa patrie et son peuple dans une ère nouvelle.

 

Car, autant que les Israéliens, les Palestiniens veulent rompre avec un dramatique engrenage d’une violence qui, jusqu’à présent, ne profite qu’aux extrémistes des deux bords : colons en quête de territoire et islamistes transformant en combat religieux le légitime droit d’un peuple à l’autodétermination.

 


 

Accord de paix final au Sud Soudan

ESPOIR DE RÈGLEMENT AU DARFOUR ?

La plus longue guerre civile d’Afrique (21 ans de conflit armé, au moins 2 millions de morts et 4 millions de déplacés) a officiellement pris fin avec la signature d’un accord de paix définitive entre le gouvernement soudanais et la rébellion du SPLA à Nairobi dimanche dernier. La communauté internationale a unanimement salué cet accord historique et appelle également à la résolution de la crise du Darfour, nouvelle plaie ouverte du Soudan depuis février 2003.


Le 9 janvier 2005 restera certainement une date historique pour le Sud Soudan, en proie à une guerre civile meurtrière depuis plus de deux décennies. La rébellion déclenchée en 1983 par le Sudan’s People Liberation Army (SPLA) de John Garang a officiellement pris fin cette semaine au bout de deux années d’âpres négociations entre les frères ennemis Soudanais au Kenya. La cérémonie de signature a été organisée dans un grand stade de Nairobi, en présence de représentants de la communauté internationale, d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement et de quelque 5.000 spectateurs.

Cet accord a été contresigné par le président du pays hôte, le Kenya, ainsi que par le chef d’Etat ougandais, président en exercice de l’IGAD. La communauté internationale, qui s’était particulièrement impliquée dans ce processus de paix, exprime sa satisfaction et espère que, dans la foulée, le gouvernement soudanais fera les efforts nécessaires pour que les pourparlers d’Abuja (Nigeria) entre les rebelles du Darfour et le régime de Khartoum débouchent rapidement sur un règlement pacifique de la crise dans cette région à l’est du Soudan, où sévit une sanglante guerre civile depuis février 2003.

La crise humanitaire du Darfour est l’une des plus graves qu’ait connues le continent africain depuis le drame biafrais. Cette guerre aurait déjà fait plus de 70.000 morts et deux millions de déplacés ou réfugiés.

Fort de la paix retrouvée au Sud, le régime militaro-islamiste de Khartoum devra désormais activement se consacrer au règlement du conflit du Darfour, région musulmane où l’armée gouvernementale et les milices arabes Djandjawid terrorisent les populations civiles accusées de soutenir les mouvements rebelles. Après la signature de l’accord de paix de Nairobi, le président soudanais Omar El Béchir a déclaré vouloir désormais signer un accord similaire de partage du pouvoir et des richesses avec les rebelles du Darfour.

Pour l’heure, l’euphorie du règlement de la crise au Sud Soudan incite le gouvernement soudanais à l’optimisme. Les mois qui viennent diront si vraiment le plus grand pays d’Afrique cherche effectivement à tourner la page des guerres internes pour se consacrer enfin au développement économique et social de ses populations. Il reste pour le moment à sérieusement appliquer l’accord signé le 9 janvier dernier avec le SPLA de John Garang. Selon les observateurs, le chef historique de la rébellion du Sud Soudan deviendrait le premier vice-président d’un gouvernement d’union nationale, qui doit être formé dans les mois qui viennent. L’accord signé à Nairobi prévoit en effet une période de transition de six ans et la rédaction d’une nouvelle Constitution excluant de l’application de la Charia les populations non musulmanes. A l’issue de cette période transitoire de six ans, les populations sudistes à majorité chrétiennes et animistes seront appelées par voie de référendum à choisir si elles veulent rester dans l’ensemble soudanais ou alors devenir indépendantes dans un Etat qui leur appartiendrait en propre.

Aussitôt l’accord signé, le leader sud soudanais a humblement reconnu que la paix dans son pays ne serait réelle qu’après le règlement juste de la crise du Darfour. Garang a même souhaité se faire inviter au processus de paix en cours à Abuja, consacré au Darfour en rappelant que le Soudan risquait de connaître la guerre tant que ne serait pas réglée la crise du Darfour, où deux nouveaux mouvements rebelles seraient récemment apparus.

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan a, dans son rapport au Conseil de sécurité rendu public vendredi dernier, laissé entendre que le conflit du Darfour serait actuellement sur le point de gagner la province voisine du Kordofan.

La paix globale qui se dessine dans le plus étendu pays d’Afrique est certes une avancée positive qui permettra au régime de Khartoum de briser son isolement international tout en soulageant ses populations des affres de la guerre civile. Mais un accord de paix n’est viable que s’il est sincèrement et intégralement appliqué, afin de pouvoir soigner tant les causes que les conséquences du conflit.

Ce n’est pas un hasard si le chef de l’Etat djiboutien faisait pâle figure à Nairobi parmi ses pairs africains. Ayant honteusement violé l’accord de paix le liant au FRUD-armé, il était le moins qualifié pour jouer un rôle honorable de médiateur régional. C’est la deuxième fois qu’il est obligé de se déplacer à Nairobi pour constater que les Kenyans ont réussi là où il a lamentablement échoué.

Si la scène régionale et internationale lui offrira certainement une nouvelle opportunité de redorer son blason terni, pas besoin d’être devin pour lui prédire qu’une telle violation de l’accord de paix du 12 mai 2001 lui réserve chez lui de pénibles lendemains. Il ne pourra pas impunément parader à l’extérieur ou à l’intérieur avec une telle forfaiture.

 


 

Une citoyenneté à marée basse

Les conséquences dramatiques du tsunami qui a frappé l’Asie du Sud-Est le 26 décembre dernier, ont donné lieu à un élan international de générosité jamais enregistré auparavant. Toutefois, cette mondialisation de l’émotion cache de profondes disparités nationales, à l’aune desquelles notre position de citoyens djiboutiens, peu glorieuse, devrait nous inciter à réfléchir sur le sens de notre passivité. Car, si nous sommes uniquement spectateurs des cataclysmes mondiaux, si nous nous sentons si peu citoyens du monde, n’est-ce pas surtout parce que nous ne nous sentons pas assez citoyens responsables chez nous ?


 

La presse gouvernementale nous apprend que la Présidence djiboutienne aurait ouvert un compte bancaire afin de collecter tous les dons pour venir en aide aux populations somaliennes frappées par les dernières vagues du tsunami. Sur les côtes de ce pays déjà en proie au chaos, l’on dénombrerait en effet près de 300 morts. Cette générosité de la Présidence djiboutienne, pour appréciable qu’elle soit, ne doit pas nous dispenser de nous interroger sur la compassion active que chacun d’entre nous devrait normalement témoigner à l’égard des victimes d’une telle catastrophe naturelle. Car, il ne s’agit pas ici de panser les blessures d’une guerre provoquée par la folie des hommes : il est question de rester solidaires face à un aléa de notre condition de terrestres devant lequel, pas définition, toutes les victimes sont innocentes.

 

Dans ces conditions, pourquoi est-ce encore dans les pays occidentaux que les citoyens se sont massivement mobilisés, pour venir au secours des habitants d’une région si éloignée de leurs préoccupations quotidiennes ? Une bonne conscience trop facile voudrait que ce soit le niveau de vie élevé des Occidentaux, et corrélativement leur mauvaise conscience à la vue de la misère du Tiers-Monde, qui expliquerait leur élan de solidarité face au drame que vivent les populations du Sud-est asiatique.

 

C’est plus compliqué que cela : quand des enfants font le tour des voisins pour collecter des fonds destinés aux écoliers démunis du Sri Lanka, quand des collégiens lavent des voitures pour reverser l’argent ainsi gagné à une organisation caritative ou quand même les détenus d’une prison se cotisent pour apporter leur contribution financière aux aides humanitaires, l’on est bien obligé de reconnaître que, plus que la richesse matérielle, il serait plus pertinent de parler d’une richesse morale, dont l’absence ou la faiblesse renvoie à un déficit de citoyenneté qui devrait nous interpeller.

 

En premier lieu, la mobilisation individuelle renvoie à la notion de responsabilité : c’est lorsque, même en prison, l’on se sent maître de son destin et acteur des événements, que l’on s’estime en devoir d’activement participer à la marche de l’Histoire. Cette application concrète de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (en vertu de laquelle « tous les hommes naissent libres et égaux en droits et en devoirs » et s’agissant dans le cas présent d’une solidarité de l’espèce humaine face à une catastrophe naturelle dont chacun aurait pu être victime), ne peut elle-même advenir que dans un système politique respectant la liberté et reconnaissant au citoyen ce droit et cette capacité d’agir. Autrement dit, c’est lorsque l’on s’estime citoyen chez soi (avec tous les droits et les devoirs afférents) que l’on peut s’investir dans la citoyenneté mondiale. Un despotisme politique issu d’une fraude électorale et se perpétuant par l’abus de pouvoir est donc synonyme d’une irresponsabilité citoyenne, cantonnant chacun individu dans le rôle peu glorieux de spectateur inerte face à de telles urgences internationales, parce qu’il en est ainsi au regard des événements nationaux. Inutile de trop rappeler qu’un adulte ne peut inculquer à son enfant la conscience d’un civisme qui lui est si méthodiquement dénié : la passivité présente face à ce genre de régime handicape même les futures générations !

 

En second lieu, cette dépossession d’une citoyenneté agissante, car responsable, montre bien à quel point il est pour le moment vain de parler de société civile à Djibouti : la pléthore d’associations non gouvernementales, dont l’existence est loin d’être synonyme d’efficacité, ne peut masquer le fait qu’il manque véritablement ce pilier essentiel de toute démocratie digne de ce nom.

 

Au niveau individuel de l’irresponsabilité, vient alors s’ajouter la dimension collective. Chez nous, le seul esprit associatif que se soit imposé, c’est celui des tontines auxquelles les femmes ont souvent recours, quoique cela constitue une forme d’entraide difficilement assimilable à de la gratuité.

 

Enfin, dans les conditions actuelles d’opacité dans la gestion des deniers publics, accompagnée d’une corruption généralisée, elle-même renforcée par l’impunité dont bénéficient ceux qui détournent l’argent public, comment en vouloir à l’honnête citoyen très peu enclin à verser au Croissant-Rouge djiboutien une somme, même symbolique, au nom d’une cause aussi noble soit-elle ?

 

A la misère matérielle à laquelle la mauvaise gouvernance condamne la grande majorité de nos concitoyens, s’ajoute donc une misère morale, née d’un déficit de citoyenneté, qui nous maintient en marge de la solidarité internationale : pour être respecté ailleurs, il faut d’abord recouvrer sa dignité chez soi. S’aider soi-même pour aider autrui.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 120 du mercredi 5 janvier 2005

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Réalité numéro 120 du mercredi 5 janvier 2005

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La force de la Nature
  4. Les comptes de la Chambre des Comptes (3)
  5. Vrais et faucons
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 120

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site: www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SOLIDAIRES

FACE À LA DÉSOLATION

Mogadiscio, ce n’est pas très loin de Djibouti. Pourtant, il y a eu là-bas au moins 200 morts consécutivement à un tsunami venu de milliers de kilomètres. Parce que nous sommes beaucoup moins à l’abri des catastrophes naturelles, ce qui s’est passé en ce 26 décembre 2004 devrait nous inciter à réfléchir sur notre propre vulnérabilité et nous sentir solidaires des souffrances endurées. Ce n’est pas la première fois qu’un cataclysme prend une telle dimension planétaire.

Souvenons-nous : c’était le 27 août 1883. Suite à une éruption volcanique sous-marine, l’île de Krakatoa située entre Java et Sumatra est complètement détruite. L’explosion donna lieu au bruit le plus assourdissant jamais enregistré sur Terre : il fut même entendu à cinq mille kilomètres à la ronde ! Une série de tsunamis succéda alors, la vague du dernier atteignant la hauteur vertigineuse de 35 mètres et fit plusieurs fois le tour du monde. 300 villages de la côte indonésienne furent totalement rayées de la carte et au moins 36.000 morts furent recensés.

Par les pertes humaines et matérielles causées en Asie du Sud-Est, la désolation du 26 décembre dernier constitue à n’en pas douter la catastrophe naturelle la plus dévastatrice que le monde ait vécu à ce jour. Après avoir fait le deuil des 150.000 morts à l’heure actuelle recensés (dont 80.000 dans le seul nord de Sumatra, le bilan définitif ne sera probablement jamais connu de façon précise), il faudra au moins dix ans et un colossal effort international pour reconstruire tout ce qui a été détruit en Indonésie, En Inde, au Sri Lanka, en Thaïlande ou en Malaisie.

Pour l’heure, il s’agit de parer au plus pressé : identifier les morts et assister les survivants. L’émotion suscitée étant à la mesure de la désolation, une mobilisation internationale sans précédent s’est mise en place : gouvernements, institutions multilatérales, ONG et même simples citoyens du monde. Les seules promesses d’aides publiques se chiffreraient déjà à deux milliards de dollars américains. C’est que la tâche est immense. Il s’agit d’abord de soulager la détresse des millions de sans-abri que le raz de marée a brutalement et durablement privés de toit, de nourritures, de soins et de vêtements dans les huit pays touchés. Il faudra également prévenir et combattre les inévitables risques d’épidémies qui risquent de gravement alourdir un bilan humain déjà dramatique.

Pour évaluer l’ampleur du désastre et des moyens à mettre en ouvre, une conférence internationale se réunira le 11 janvier à Genève, succédant à une réunion extraordinaire de l’ASEAN le 6 janvier en Indonésie. Le drame est là : si cette organisation régionale regroupant les États du Sud-Est asiatique avait eu la volonté politique nécessaire, un mécanisme de veille aurait pu être mis en place pour alerter les populations riveraines de tout risque sismique. Comme s’en sont dotés le Japon et les États-Unis : le problème n’est pas technique, mais hélas d’ordre institutionnel, la coopération économique ou militaire prévalant sur toute autre considération de protection civile.

Situés dans une région à haute activité sismique, nous ne sommes évidemment pas à l’abri d’une catastrophe naturelle : Djibouti-ville étant à certains endroits située au-dessous du niveau de la mer, notre Capitale est d’ores et déjà condamnée à disparaître sous les eaux suite à une élévation du niveau de la mer consécutive à l’effet de serre et au réchauffement de la planète. C’est dans un très proche avenir, et ce n’est pas là un scénario-catastrophe.

Pour l’heure, au lieu de danser pour le nouvel An, le régime aurait été mieux inspiré de communier avec la douleur internationale et surtout de rassurer l’opinion publique nationale quant à notre degré d’exposition à de tels risques naturels : à quoi servent donc nos scientifiques du CERD ?


Brèves nationales

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Contreplan sur «Gros Plan» :

Le journalisme-propagande se porte bien

L’impertinence d’un journaliste face à son invité est en règle générale, dans les pays où existe un véritable pluralisme de la presse, un gage de sérieux déontologique et de respect du public citoyen. Même en différé (nonobstant l’inévitable censure politique) et malgré la mise à distance des téléspectateurs qu’une telle formule empêche de participer aux débats par leurs questions, l’émission «Gros Plan» avait soulevé beaucoup d’espoirs dans un environnement médiatique pour le moins morose, en l’absence de médias indépendants.

Apparemment, c’était encore trop attendre d’une certaine nature humaine sacrifiant sa liberté de penser au profit de basses sollicitations partisanes et sectaires, incompatibles avec l’intérêt général.

Ainsi, dans le récent numéro de «Gros Plan» l’animateur s’est rendu coupable de flagrantes légèretés qui ne peuvent nous laisser indifférents. Non pas que nous prétendions ici prendre la défense de son invité, le président du parti politique dénommé FRUD : il a lui-même remis à sa place le journaliste prétentieux cherchant à le déstabiliser à propos d’un quolibet. Par contre, les allégations de cet animateur propagandiste selon lesquelles l’opposition djiboutienne serait actuellement divisée sur le choix d’un candidat à la prochaine présidentielle sont tout à fait infondées.

Elles semblent surtout participer d’une intoxication médiatique dont le seul bénéficiaire est incontestablement le candidat solitaire à sa propre succession. Dans un système politique où les vocations se résument à rejoindre le parti au pouvoir uniquement pour des raisons personnelles et alimentaires, auxquelles les candidats donnent une justification tribale, ce journaliste maison cherchait, à travers cette contrevérité, à discréditer l’UAD. Mais surtout à rabaisser le débat de société en privilégiant les individus au détriment des personnes.

Rappelons que si l’UAD a décidé d’exclure de son sein un parti dont le président s’était trop précipitamment déclaré candidat à la présidentielle d’avril prochain, c’est parce que, moins que sa personne, respectable au demeurant, le seul fait de participer à une fraude électorale prévisible est contraire à la contribution que l’opposition entend apporter dans l’instauration d’une véritable démocratie.

En un sens, le président du FRUD a eu raison de dire que l’opposition ne jouerait pas un grand rôle dans la prochaine consultation électorale : au sens du jeu traditionnel consistant à cautionner l’illégalité instituée, certainement pas ! Tout simplement parce que, contrairement à ses illusions bien compréhensibles, il n’y a pas encore de réelle démocratie à Djibouti. La meilleure preuve en étant ce journaliste lui manquant de respect et tentant de le piéger dans des élucubrations sans intérêt.

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Mégaboum officielle du nouvel An :

Danses, chants et feux d’artifices

En signe de solidarité avec les nations dévastées et endeuillées par les tsunamis, la plupart des Etats du globe ont décidé de limiter ou même d’annuler les festivités officielles marquant le passage à la nouvelle année. En effet, selon les derniers décomptes officiels, ce sont plus de 150.000 personnes qui auraient péri dans les huit pays touchés par les raz-de-marée du 26 décembre 2004.

C’est dans ces circonstances tragiques à l’échelle mondiale que le régime djiboutien a choisi de pompeusement fêter le nouvel An à la résidence du Premier ministre. Ainsi, dès 20 heures vendredi, des policiers filtraient la circulation sur la route entre La Siesta et Boulaos. Vers 22h30, plusieurs dizaines de véhicules 4×4 étaient garées le long de cette voie, donnant une idée de l’affluence exceptionnelle à cette fête organisée par le pouvoir. Selon nos informations, des centaines d’heureux invités, ou de malheureux réquisitionnés, ont pris part à cette soirée, aux frais du contribuable bien sûr.

Rien n’a été négligé pour donner un éclat sans précédent à cette fête de l’insouciance : lampions multicolores, agapes des mille et une nuits, musique branchée et assourdissante, gigantesque feu d’artifice à minuit. On raconte que les derniers fêtards auraient dansé jusqu’à très tard dans la nuit, pratiquement aux aurores.

Tout ce beau monde n’a évidemment pas eu le temps de visionner le « Gros Plan » consacré à la paix d’Ab’a, ni encore moins de se recueillir au moment du pathétique et insipide message présidentiel du nouvel An, enregistré pour l’occasion au quartier général de campagne de Haramous s/mer. Ils étaient peut-être trop pressés de jouir de l’instant présent : demain est un autre jour, comme le disait Scarlett O’ Hara dans «Autant en emporte le vent».

Mais, pour être tout à fait honnête, admettons que la petite histoire de cette grande soirée dit aussi qu’avant de se déhancher au rythme endiablé des musiques dans l’air du temps, les illustres danseurs auraient observé une longue minute de silence à la mémoire de toutes les victimes du tsunami, dont 200 rien que dans la république soeur de Somalie, cinquième pays le plus touché.

*

L’opposition se renforce :

Galafi hisse les couleurs de l’ARD

La localité de Galafi, dans le Sud-Ouest du pays et par où transite l’essentiel du trafic commercial routier avec l’Éthiopie, reste une région particulièrement désolée, en dépit de ses potentialités. La présence de l’État se limite à un petit détachement militaire, quelques fonctionnaires de police et un agent des Douanes. Dans un rayon de 20 km, aucune trace de développement n’est visible, pas même agropastoral, n’en déplaise à tel docteur honoris causa en la matière.

Ainsi, faisant suite aux multiples demandes de la population de ce secteur, l’ARD y a ouvert une annexe la semaine dernière. A peine le tableau de notre parti accroché dans ce village, le régime pris de panique a officiellement protesté par la voix d’un ministre, natif de l’étape. Les notables lui ont fermement répondu que les citoyens oubliés de Galafi n’avaient désormais plus d’autre alternative que de soutenir le combat juste de l’ARD, le parti qui ose dénoncer l’injustice, qui lutte pour que la vérité éclate et qui ne tolère aucune discrimination entre les Djiboutiens.

Dans une région où cartes d’identité nationale, extraits d’acte de naissance, dispensaire et école sont encore plus rares que la mousson d’hiver, aucun doute que notre parti n’aura aucune difficulté à mobiliser. Surtout que, sans même parler de réhabilitation, dans cette zone durement affectée par le conflit, des fillettes ont encore été mutilées en septembre dernier par des mines antipersonnel que l’Armée se refuse obstinément à neutraliser. Et cela, les habitants de cette région ne peuvent l’admettre.

*

Conseil des ministres de campagne :

Dikhil boude le candidat solitaire

Entamant sa campagne par des voies détournées, le candidat solitaire a tenu le deuxième « Conseil des ministres décentralisé » à Dikhil mardi dernier. Malgré le zèle des rabatteurs dépêchés sur place, la population de la ville de l’Unité aurait allégrement boudé la visite démagogique du candidat fatigué à sa propre succession. La RTD aura tout de même réussi à concocter un pénible reportage sur cette région, lassée comme toutes les autres du mensonge officiel et du gâchis. Déçu du voyage, le docteur honoris causa serait brutalement rentré à Arta, où il aurait poursuivi ses méditations solitaires sur la suite des événements. On raconte même que l’escapade à Dikhil l’aurait passablement fatigué.

Pourtant, soucieux qu’il serait de ne faire aucun jaloux, il projetterait courageusement de tenir de prochains «Conseils de ministres décentralisés » à Ali-Sabieh, Tadjourah et Obock.

Qui vivra verra.

*

La Première Dame à Abou-Dhabi :

Tardives larmes de crocodile

Notre article de la semaine dernière consacré à la condition féminine à Djibouti et dans lequel nous faisions allusion au récent voyage en Boeing présidentiel de la présidente de l’UNFD aux Emirats Arabes Unis a, paraît-il, particulièrement déplu en haut lieu. Aussi, sommé de donner une explication à cette visite privée, le journal gouvernemental « La Nation » s’est empressé de publier en dernière page de son édition du jeudi 30 décembre, un court article en forme de mise au point.

Le texte aussi risible que maladroit cherchait à faire diversion en prétendant que la Première Dame aurait effectué ce déplacement uniquement pour présenter ses condoléances à la veuve du président d’Abou-Dhabi décédé il y a plus de deux mois.

Tout ce que nous avions avancé, c’est que ce voyage privé avait été financé par les deniers publics : le régime n’a pas osé affirmer que la Première Dame avait voyagé en boutre ou en charter de Daalo-Airlines !

Quant aux condoléances, bien tardives, la population djiboutienne aurait pour sa part apprécié que ses propres doléances soient prises en considération par celle qui, apparemment, a plus de pouvoir et de moyens que nombre de ministres.

L’Aïd approche : elle pourrait inviter son président de mari à verser aux agents de l’Etat les deux mois d’arriérés de salaire injustement retenus parce qu’affectés à d’autres urgences : comme tel voyage privé en Boeing présidentiel ou telle boum de la primature ?

*

La Présidence s’agrandit :

Le bâtisseur national voit grand

Visiblement à l’étroit dans les murs du modeste palais présidentiel qu’il hante depuis plus de 27 ans, et dont certains couloirs datant du début du 20 ème siècle interdiraient l’épanouissement de son envergure grandissante, le candidat solitaire projetterait une extension du Beit El Wali. Depuis son accession à la magistrature suprême, il y a ainsi fait procéder à de multiples travaux de rénovation et de décoration pour plusieurs centaines de millions de nos francs.

Pris d’une frénésie de construction et disposant d’un budget occulte conséquent, le bâtisseur national serait sur le point, pour cela, de faire disparaître la dernière mangrove de Djibouti, située côté mer, aux fins d’agrandir le domaine de la Présidence. Aura-t-il le temps de terminer ses futurs travaux pharaoniques ? Dieu seul le sait.

Toujours est-il qu’il s’y emploie activement. Ainsi, tel Pharaon, il échafauderait des plans cherchant à agrandir sa pyramide de béton. Quand on songe à l’état de délabrement de certaines routes, dispensaires, écoles ou autres édifices publics, on reste révolté par un tel gâchis financier perpétré par un seul homme.

Après en avoir militarisé la plus grande partie, pourquoi ne rénoverait-il pas ce qui reste public de l’ancienne Jetée du Gouvernement ou route de l’Escale ? Peut-être cherche-t-il à définitivement effacer tout ce qui reste d’une sombre période coloniale qu’il préfère oublier !

Quoi qu’il en soit, l’homme reste un bâtisseur né: il suffit pour s’en convaincre de voir l’état impeccable des deux routes donnant accès au modeste quartier de Haramous sur mer, émirat tropical dont il est fondateur.

Si ses ingrats compatriotes lui confiaient spontanément un deuxième mandat, nul doute qu’il aurait reconstruit notre Capitale à l’image de la ville de Dubaï. Mais les Djiboutiens appauvris par ses dépenses inconsidérées, rechignent à le reconduire, comme ils ne l’avaient pas vraiment élu en 1999.

Dommage pour le génie de Haramous, jurant cette fois avoir des idées constructives plein la tête.

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La force de la Nature

Les chiffres de la grandeur

A l’heure où la Nature a dramatiquement démontré sa toute-puissance, il n’est pas inutile de rappeler à l’homme moderne quelques éléments, pour mieux mesurer la petitesse de notre condition de mortel.

I) LA TERRE EN CHIFFRES

SuperficiesSuperficie totale : 510 100 000 km2

Superficie des océans : 360 700 000 km2 (70,71 %)

Superficie des terres émergées : 149 400 000 km2 (29,29%)

Superficie de l’Océan Pacifique : 179 700 000 km2

Superficie de l’Océan Atlantique : 106 100 000 km2

Superficie de l’Océan Indien : 74 900 000 km2

Superficie de l’Asie : 43 807 785 km2

Superficie de l’Afrique : 30 281 812 km2

Superficie de l’Amérique du Nord et Centrale : 24 343681 km2

Superficie de l’Amérique du Sud : 17 845 439 km2

Superficie de l’Europe : 10 392 855 km2

Superficie de l’Antarctique : 14 107 637 km2

 

> Points culminants (par continents)

Asie : Mt Everest (8 847 m)

Afrique : Mt Kilimandjaro (5 895 m)

Amérique du Nord et Centrale : Mt McKinley (6 194 m)

Amérique du Sud : Cerro Aconcagua (6 960 m)

Europe politique : Mt Blanc (4 810 m)

Europe géographique : Mt Elbrouz (5 562 m)

Océanie : Puncak Jaya (5 030 m)

Antarctique : Vinson Massif (5 140 m)

 

> Profondeurs océaniques et marines

 

Profondeur moyenne : -3 800 m

Pacifique Est : fosse des Mariannes (-11 035 m) – Fosse Tonga (-10 882 m)

Pacifique Ouest : fosse Pérou-Chili (-8 064 m) – Fosse du Guatemala (-6 662 m)

Atlantique : fosse de Porto Rico (-9 218 m) – Fosse des Sandwich du Sud (-8 264 m)

– Indien : fosse de la Sonde-Java (-7 450 m) – Fosse de Madagascar Ouest (-6 400 m)

Méditerranée : Sud du cap Matapan (-5 121 m) – sud-est de la Sicile (-4 115 m)

Glacial Antarctique : -6 972 m

Glacial Arctique : -5 520 m

Mer Rouge : -3 039 m

Mer Noire : -2 245 m

Adriatique : -1260 m

Mer de Marmara : -1 273 m

Baltique : -470 m

Mer du Nord : -725 m

Manche : -172 m

Golfe Persique : -110 m

Mer d’Azov : -13 m

 

> Superficies des principales îlesGroenland : 2 175 600 km²

Nouvelle-Guinée : 785 000 km²

Bornéo : 736 000 km²

Madagascar : 596 000 km²

– Baffin : 476 000 km²

Sumatra : 471 000 km²

Grande-Bretagne : 228 200 km²

Hondo : 228 000 km²

Ellesmere : 198 400 km²

Victoria : 192 700 km²

> Superficies des principaux lacs

Mer Caspienne : 371 000 km²

Lac Supérieur : 84 131 km²

Lac Victoria : 68 100 km²

Lac Huron : 61 797 km²

Lac Michigan : 58 016 km²

Mer d’Aral : 34 000 km² environ en 2 000

Lac Tanganika : 32 893 km²

Grand Lac de l’Ours : 31 792 km²

Lac Baïkal : 31 500 km²

Lac Nyassa/Malawi : 30 800 km²

Grand Lac des Esclaves : 28 438 km²

Lac Érié : 25 612 km²

Lac Winnipeg :24 514 km²

Lac Ontario : 18 941 km²

Lac Ladoga : 18 400 km²

Lac Balkhach : 16 300 km²

> Longueur des principaux fleuves

Nil – Kagera : 6 671 km

Amazone – Ucayali : 6 280 km

Mississippi – Missouri – Red Rock : 5 970 km

Chang Jiang (Fleuve Bleu) : 5 800 km

Amazone – Maranon : 5 500 km

Ob – Irtys : 5 410 km

Gange-Brahmapoutre : 5 401 km

Huang He (Fleuve Jaune) : 4 845 km

Congo : 4 700 km

Amour : 4 667 km

Léna : 4 400 km

– Irtych (affluent de l’Ob) : 4 248 km

Niger : 4 184 km

Ienisseï : 4 129 km

Parana : 4 025 km

Mékong : 4 023 km

Volga : 3 701 km

> Population

Nombre d’habitants : environ 6,2 milliards

Nombre de villes et villages : environ 2 millions

II) LES RECORDS DE LA NATURE

PHENOMENE RECORD DATE

Climatologie

Brouillard maritime le plus long : plus de 120 jours par an à terre-neuve (Canada)

Ensoleillement minimal : pole sud 182 jours

maximal : 97% Sahara

Grêlons les plus lourds : blocs de 7 kg en Espagne janvier 2000

le plus gros : 18 cm de diamètre, 50 cm de circonférence (Nebraska) juin 2003

Chutes de neige

les plus fortes : 31,1 m à Paradise Mont Rainier (Washington, USA) du 18/02/1971 au 18-02-1971

les plus fortes : 1,93 m à Silver Lake (Colorado, USA) 14-15/04/1921

Orages

nombre maximal par an : 322 jours à Bogor (Java, Indonésie) 1916

nombre d’impacts (en France) : 62 000, le 22/09/1992

Précipitations

Hauteurs maximales : en un jour : 1,87 m Cilaos (La réunion) 15-16/03/1952

Hauteurs maximales : en un mois : 9,3 m Cherrapunji (Inde) juillet 1861

Hauteurs maximales : en une année : 24,461 m Cherrapunji (Inde) du 01/08/1860 au 31/07/1861

Moyennes annuelles : à Mawsyrnam 11873 mm

Moyennes annuelles : Tutunendo (Colombie), 11 770 mm

Minimales : Antofagasta (Chili) 0,4 mm

Engendrée par un cyclone : 2 200 mm en 2 jours, 4 150 mm en 4 jours mars 1962

Cyclone Lenny : 300 mm en 48 heures sur Point à Pitre novembre 1999

Températures

La plus élevée : 57,8°C El Azizia (Libye) 13/09/1922

deuxième plus élevée : 56,7°C Vallée de la Mort (Etats Unis) 1913

troisième plus élevée : 53,9°C à Tirat Zévi (Israël) 1942

la plus élevée en France : 44°C à Toulouse 08/08/1923

La plus basse : -89,2 °C Vostok (Antarctique) 21/07/1983

Amplitude annuelle maxi : 104,4°C (de -67,7°C à +36,7°C) à Verkhoïansk, Sibérie.

Amplitude thermique diurne maxi : 55,5°C (de -6,7°C à 48,8°C) à Browning, Montana, USA 23-24/01/1916

Vents

les plus forts : USA mont Washington, 371 km/h 12/04/1934

les plus forts en France au mont Ventoux : 320 km/h 19/11/1967

Super-typhon Zoe avec des rafales atteignant 340 km/h (région de l’archipel des îles Salomon dans le Pacifique Sud-Ouest et plus particulièrement l’île Tikopia) 30/12/2002

Trombe au large d’Eden (Australie) : colonne d’eau d’environ 1850 m de haut et 3 m de diamètre 16/05/1898

Pression

Plus basse : 870 hPa (œil du typhon Tip par 17° de latitude Nord et 138°de longitude Est – Pacifique) 12/10/1979

Plus haute : 1083,8 hPa Agata (Sibérie) 31/12/1968

géomorphologie / géologie

Lac

le plus profond : 1519 m, Baïkal (Sibérie, URSS) le plus élevé : 3810 m au dessus du niveau de la mer, Titicaca (Pérou-Bolivie) sous-glaciaire

le plus grand de l’Antarctique : lac Vostok, 240 km de long, 50 km de large, jusqu’à 1 km de profondeur, situé sous 3750 mètres de glace depuis des millions d’années

Gorge

la plus profonde : 2400 m, hells Canyon (Idaho, USA)

la plus longue : 349 km, Grand Canyon (Arizona, USA)

Marée : amplitude maximale : 16,2 m, dans la baie de Fundy (Canada) Océan

la plus grande profondeur : fosse du Challenger, 11 033 m dans la fosse des Mariannes (océan Pacifique)

Mer la plus basse en altitude : -394 m, la mer Morte (Proche Orient) Vague

La plus haute : 34 m, 342 m de long, période de 14,8 s, vitesse de 23m/s lors d’une tempête avec des vents jusqu’à 120 km/h. Cette vague a été mesurée à bord du pétrolier USS Ramapo février 1933

Jusqu’à une trentaine de mètres pour les tsunamis

Montagne

sommet le plus haut : 8846 m, Chomo Lungma dit l’Everest

la plus haute : 9450 m (4214 m d’altitude et -5236 m dans l’océan Pacifique), le Mauna Kea

le plus haut plateau : 4800 m, le Tibet

Fleuves

le plus gros débit : l’Amazone avec 150 000 m3/s

le plus long : Nil – Kagera : 6 671 km

la plus grand embouchure : l’Amazone avec 350 km de large

le plus grand bassin versant : l’Amazone avec 7 000 000 km2

Geyser : Le plus grand et actif : Steamboat Geyser sur le site de « Norris Geyser Basin », jaillit à 90 m de haut (Yellowstone, USA)

Volcan : Explosion la plus colossale : celle du Krakatoa (Indonésie) qui fût entendue jusqu’à l’île Rodrigue à 4 811 km du volcan. 27/08/1883

Roche : La plus vieille : 4,016 milliards d’années

Dunes : Les plus hautes : jusqu’à 500 m dans le désert Badain Jaran à l’ouest de la Mongolie intérieure (Chine)

biologie

Arbre: le plus vieux : 5000 ans estimé pour les pins de Californie Pinus longaeva. Le vétéran a été abattu en 1964 et devait avoir 4900 ans

vie

Condition thermique maximale : 121°C


Les comptes de la Chambre des Comptes (3)


Endettement extérieur et dépenses inconsidérées

Le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB) se cantonne à masquer la réalité en compliquant les observations par l’étalement de tableaux comparatifs, de graphiques inutiles comme de variables relatives, non conséquents pour toute étude de ce genre. Sans vouloir réitérer nos analyses qui dépassent la période étudiée par son « Rapport Général Public – Spécial n° 3 du 15 novembre 2004 », nous constatons l’inventoriage, partiel et partial, de ce qui est qualifié d’« entorses budgétaires » par la CCDB mais, malheureusement, grave pour l’avenir de la communauté nationale obligée de payer les erreurs gouvernementales dans la gestion et les dépenses exponentielles, dont cette instance dépend directement.


Ce document étant simplement destiné à la consommation extérieure, il ne peut nullement justifier le piteux état du pays en ce sens que son étude se limite seulement à un constat purement comptable et non à une analyse globale intégrant la condition sociale de la population et la situation économique du pays.

Ignorant les dispositions recommandables pour une équation entre les multiples accroissements budgétaires et les dépenses dont les destinations varient en fonction des priorités circonstancielles du régime, la CCDB semble vouloir séduire à travers ses 400 pages les bailleurs de fonds en vue du maintien sinon de l’augmentation de leurs injections financières dans un pays d’un peu plus de 500.000 âmes, où la corruption demeure être la plus exemplaire d’Afrique. Une corruption qui fait partie des mœurs politiques depuis l’indépendance et s’est renforcée depuis 1999.

Nous réservant pour un prochain numéro l’étude chiffrée et les comparatifs des données de la CCDB, nous nous limiterons cette fois-ci à l’analyse macrobudgétaire des années retenues dans ce rapport et des constats importants tirés, en plus des recommandations.

Les rapports distants entre les Lois des Finances Initiales et celles des Lois des Finances Rectificatives constituent un des éléments majeurs de l’évaporation des recettes de l’Etat à travers les dépenses non maîtrisées dit le rapport. Par exemple, en 1999, le budget prévisionnel « voté » étant de 28,4 milliards FD il s’était accru de près de 7 milliards FD, soit plus de 23% lors de l’adoption du budget rectificatif.

Comme toutes les années et dans tous les budgets, il constate que la ligne « Moyens de Service » affiche une dépense globale représentant plus de 75% des recettes en plus de l’accroissement gravissime des dettes publiques dues essentiellement à la poursuite de la politique vieille de 27 ans.

Passant de 27 milliards FD à environ 35 milliards FD, cette flambée de la dette si elle n’est expliquée a de quoi inquiéter. Le montant des engagements contractés par l’Etat reste dans l’immédiat provisoire. Néanmoins, ce rapport pointe du doigt la défaillance des services du Ministère des Finances qui, malgré les dernières restructurations ayant mis en place une Direction chargée des financements extérieurs, demeurent toujours inopérationnels : de multiples défaillances responsables de la non-communication des données fiables et définitives sur l’endettement réel du pays.

Seule explication avancée par cet organisme public: l’accroissement important de la dette publique serait d’origine principalement bilatérale. Cette dette bilatérale aurait été aggravée par les non-remboursements de prêts anciens tels que celui de l’Espagne de 2,4 millions USD destinés à la réhabilitation de l’Hôpital Peltier en 1997 ou des trois prêts de la Chine ayant permis les constructions du Palais de Peuple et du Stade Hassan Gouled, en plus de la dernière acquisition à crédit, du système des contrôles des conteneurs dans un Port mis en concession pour deux décennies.

Cette situation d’endettement grave est d’autant plus alourdie par la capitalisation des charges d’intérêts des emprunts non-remboursés qui, à terme, conduiront à hypothéquer l’avenir des générations futures.

Les principales irrégularités relevées au titre des Dépenses du Budget de l’Etat, que nous avons décidé d’examiner cette semaine, concernent les dotations budgétaires sur ou sous-évaluées, ainsi que les dépassements de crédits. Nos magistrats observent que « d’une manière générale, les crédits destinés aux dépenses de matériels enregistrent des dépassements excessifs » . Et systématiques, dans certains ministères, ajouterons-nous. Les textes réglementaires sont pourtant explicites : « sauf exception prévue par les textes, les crédits sont limitatifs et les dépenses sur lesquelles ils s’imputent ne peuvent être engagées et ordonnancées que dans les limites des crédits ouverts ».Et comme nous l’avions déjà montré il y a un an, c’est la Présidence de la République qui montre, comme en d’autres domaines, le mauvais exemple. En 2000, ces dépassements s’élevaient 374.197.775 FD. Ces inimaginables dépassements de crédits pour une seule ligne budgétaire sont injustifiables et d’ailleurs injustifiés.

Leur cause exacte reste inexpliquée : parce qu’inavouables ? Les tentatives d’explication des magistrats de la CCDB ne sont pas vraiment convaincantes. Selon eux, cet excédent « provient en réalité des engagements de dépenses au profit de différents ministères… Du fait du contrôle redondant du ministère des Finances, les ministères se tournent assez souvent vers la Présidence, pour entreprendre des activités prioritaires de leur programme. » A quoi servent ces ministères et leur budget s’ils doivent se tourner vers la Présidence pour la réalisation de leur programme supposé être prioritaire, mais apparemment pas budgétisé ?

La palme des irrégularités revient cependant à l’Assemblée nationale, qui dispose d’un compte spécial au Trésor et qui doit en principe jouer un rôle dans le contrôle budgétaire. Il est clair que les prêts comme les priorités budgétaires découlent d’une politique économique favorisant les manipulations afin de pérenniser un régime despotique.

Sinon, comment peut-on comprendre que les crédits budgétaires dépendant plus de l’Exécutif que d’un Législatif, simple chambre d’enregistrement, offrent la plus importante ligne de dépenses (400 millions FD, ce qui donnerait une moyenne de 6.154.000 FD par député) à une Assemblée Nationale constituée de mals-élus ?

Nous apprenons ainsi qu’ « au chapitre 40.10 de la comptabilité interne, les dépenses excèdent en fin d’exercice de 49.000.000 FD les crédits d’origine en 2000. Quant aux frais de mission, qui étaient de 8 millions FD en 1999, ils ont connu en 2000 une hausse de 42 millions FD. L’anomalie, nous dit la CCDB, « réside dans le mode de perception de ces frais», sans préciser lequel, mais l’on devine.

Pas ailleurs, la CCDB note « la déliquescence des opérations d’inventaire, graves manquements généralisés dans la tenue, le suivi et le contrôle des biens de l’Etat, de nature à développer un état de gaspillage préjudiciable aux deniers publics ». Il faut donc en conclure que cette situation de gaspillage est générale et avancée. Les conditions déplorables d’archivage des documents administratifs et comptables créent des divergences entre les données des administrateurs de crédits et les ordonnateurs subdélégués :

– Non-respect des autorisations budgétaires,

– Mouvements contradictoires et incohérents des crédits,

– Dépassements

– Imputations budgétaires irrégulières (« outre qu’elles constituent des infractions à la règle de la spécialité des crédits, ces irrégularités ont pour effet de nuire à la transparence indispensable des comptes »),

– Avantages et espèces et en nature non-réglementaires,

– Infractions au Code des Marchés Publics ;

On le voit, le tableau est sombre et risque de le rester, à en croire le constat amer mais lucide de nos magistrats selon lesquels « le ministère des Finances fait peu cas des injonctions de la Chambre. »

Dans le rapport sur l’exécution des Lois de Finances de 1999 à 2001, la CCDB avait déjà soulevé ces pratiques dont la récurrence finit par porter préjudice à la crédibilité des autorisations budgétaires.

Au niveau des dépenses proprement dites, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire n’a pas pu expliciter ou a semblé ignorer les raisons qui ont conduit à l’augmentation disproportionnée des indemnités parlementaires en 1999, comme les fortes élévations des crédits alloués en 1997 et 1998 à la Primature et certains ministères par rapport à d’autres.

Et pourtant, cette institution de contrôle est censé savoir que si ces dépenses ont été relevées cette époque, c’est tout simplement qu’elles devaient couvrir les frais nés de la campagne de mobilisation des nouveaux parlementaires issus d’Ab’a et d’un gouvernement de circonstance dont le successeur de son oncle avait énormément besoin. Pour l’année de son « élection », les Ministères « activistes » que sont : La Primature, les Affaires Etrangères, les Finances et l’Emploi et la Solidarité devaient bénéficier des largesses budgétaires en raison de la tenue de la Conférence de réconciliation somalienne d’Arta qui a fini, malgré les efforts titanesques déployés, dans un fiasco total.

D’ailleurs, cette explication est justifiée par la chute importante des crédits alloués à ces ministères « activistes » depuis.

Enfin, ce rapport ne portant que sur les exercices antérieurs à l’état actuel des finances publiques, les recommandations de la Chambre des Comptes restent timides et purement administratives, sans effet positif majeur pour l’instauration d’une réelle transparence dans la gestion des deniers publics. Une nécessité pourtant urgente jusque-là rendue impossible par un dirigisme politique allergique à l’avènement de tout contrepouvoir, base d’une vraie démocratie.

Une vérité qui trouve sa justification dans l’aggravation de la corruption et de l’enrichissement illicite d’administrateurs et de responsables politiques continuant en toute impunité à commettre des crimes financiers, car aucune condamnation n’a été prononcée à leur encontre depuis l’Indépendance de notre pays. Observant toutes les anomalies dans la gestion du denier public, « Réalité » a, depuis sa parution et sous diverses formes de critiques se voulant constructives, fait les mêmes constats que le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, et avant lui.

C’est pourquoi nous sommes convaincus que le chapelet de recommandations que la CCDB égrène en fin de chapitre pour pallier aux innombrables irrégularités qu’elle a décelées, restera un vœu pieux et lettre morte.

Tout comme les recommandations des innombrables séminaires, ateliers, symposiums et états généraux qui ont émaillé le mandat du candidat solitaire à la poursuite de la politique-spectacle.


Vrais et faucons


80% AU BOUT DE 10 ANS !

Le dernier passage à l’émission « Gros Plan » de M. Ali Mohamed Daoud, président du FRUD, ne restera certainement pas dans les annales de la politique politicienne. Non pas qu’il n’y ait rien dit d’intéressant, bien au contraire. C’est justement que le ton mesuré de ses propos et son refus de la polémique stérile ont dû déplaire à un journaliste en service commandé peu soucieux de la vérité historique que tout citoyen est en droit d’attendre concernant le douloureux conflit civil qui a endeuillé notre pays de 1991 à 2000. Vérité historique que ni le présentateur ni son invité n’ayant respecté à des degrés divers et pour des raisons différentes, il est de notre devoir de rétablir, de notre modeste point de vue.

La première règle de toute information objective, c’est la fidèle restitution de la pluralité des points de vue. Ainsi, l’on se souvient que, pour relativiser les propos du regretté Ahmed Dini lors de son passage à « Gros Plan », des clips de personnalités d’un horizon politique opposé avaient ponctué l’émission, souvent peu amènes à l’endroit de l’invité certainement pas consulté pour une telle présentation des faits.

Dans cette logique, il aurait donc été plus honnête que l’animateur de cette émission interviewe, pour sa dernière édition consacrée au dixième anniversaire de la paix d’Ab’a, un représentant de tous ceux ( nombreux, dont au moins un actuel député RPP) qui avaient refusé de cautionner ce qu’ils considéraient comme une capitulation pure et simple. Mais il est vain et candide d’attendre de la RTD un minimum de rigueur déontologique : le service y est moins public que partisan. C’est pourquoi tous ceux qui en espéraient un moment de vérité ont été dépités : si les causes du conflit ont été prudemment esquissées par l’invité, ils ont par leur deux voix unanimes surestimé la portée de l’accord de 1994.

De chef de Guérissa

à chef de guerre issa

Le président du FRUD a raison de regretter toutes les victimes du conflit, et c’est tout à son honneur : seuls ceux qui transforment les sacrifices humains en autant de marches ponctuant l’escalier de leur promotion personnelle peuvent oublier à quel point il est injuste de mourir sous les balles uniquement quand elles sont tirées parce que résister par les armes constitue le dernier recours face à un régime ségrégationniste.

On aurait aimé voir le régime, dans un même élan d’humilité, regretter la mort de toutes les victimes civiles que ses troupes ont sauvagement torturées, assassinées ou violées, de décembre 1977 à novembre 1999. Sans oublier les malheureux policiers, militaires et gendarmes uniquement morts pour défendre une dictature et non une République.

Et ce n’est pas un hasard : les causes du conflit sont à rechercher dans l’intransigeance bédouine de l’ancien chef de l’Etat qui n’a pas hésité à trahir son compagnon de lutte pour instaurer une intolérable répression, malheureusement au nom d’une communauté à laquelle il interdisait, ce faisant, de trouver une place respectable au sein d’une Nation djiboutienne qu’il sabordait dès l’Indépendance.

C’est donc la dictature issue de l’Indépendance, avec tout ce que cela implique comme déséquilibre et étouffement des libertés individuelles, qui est à l’origine du conflit civil, comme y a pudiquement insisté le président du FRUD, bien qu’il ait préféré employer l’euphémisme de « difficulté » au lieu de tout simplement parler d’injustice. D’ailleurs, l’ancien chef de l’Etat avait lui-même défini la nature du conflit et de la paix d’Ab’a, avec la maladresse inculte qui est la sienne : «Les Danakils et nous avons fait la guerre. Ils m’ont demandé à manger et je leur ai donné à manger.» Si ceux de la paix d’Ab’a se sont effectivement contentés de manger, lui n’avait pas fait qu’affamer : il s’était bel et bien comporté non pas en responsable politique, mais en brutal chef de guerre tribal. Comme quoi, il n’y a pratiquement rien à dénoncer à la posture soumise de l’ancien Premier ministre qu’un actuel ministre avait justement rabaissé dans son livre au rang d’« afar de service ». Ce qui vaut évidemment pour son pathétique successeur. A quoi riment alors toutes ces festivités de commémoration ?

Coupable

d’être victime

Sans reconnaître une puissance surnaturelle à la médiation internationale, le second point qu’il convient de relativiser est la prétendue vertu du dialogue interdjiboutien : 1994, 2000 ou 2001, l’absence d’une tierce partie n’a nullement constitué un gage de respect de quelque accord de paix que ce soit. Les violations des accords de Marcoussis par la partie gouvernementale montrent clairement que, quand un régime s’obstine à reconduire les causes d’un conflit interne, aucune garantie internationale ne suffit.

Mais en souvenir des sacrifices consentis, aucune rébellion ne devrait se sentir seule responsable du chaos consécutif au déclenchement des hostilités armées : quand l’on porte soi-même les stigmates de la torture infligée par le SDS que dirigeait tel chef de cabinet de la présidence, on devrait être le moins prédisposé à sacrifier son engagement sur l’autel de la seule et petite ambition personnelle.

Surtout quand il s’agit de crédibiliser la capitulation de 1994 : la prétendue paix d’Ab’a n’a en fait réuni que tous ceux qui avaient un intérêt immédiat et personnel à fuir une médiation africaine conduite par l’Egypte et cherchant à instaurer les conditions d’une paix véritable à Djibouti. C’est donc une véritable paix par la résolution des causes véritables qui a été sabotée en 1994 : malgré les vœux pieux du président du FRUD, l’indispensable rééquilibrage ethnique n’a trouvé aucun début d’application, ni à l’époque, ni après l’accord de paix définitive du 12 mai 2001.

La seule différence, c’est que nous, nous osons le dénoncer : prétendre que les dispositions de la paix d’Ab’a auraient été appliquées à 80% en dix ans, c’est gravement nier le bien-fondé des sacrifices consentis. Et l’Histoire est sans pitié pour la mauvaise conscience des vrais opprimés reconduisant les conditions de leur oppression. S’il ne fallait retenir qu’une seule morale de cette histoire, c’est qu’il vaut mieux être un faucon qu’un vrai : il est regrettable que les victimes participent encore à leur répression. Parce que les vrais responsables dorment encore tranquillement.

Mais il est bien évident que si l’actuel ministre de la Défense avait été l’invité de cette émission, notre critique aurait été un peu plus acerbe : ce n’est pas pour rien que le régime lui accorde l’essentiel de ses louanges dans ce qui est arrivé en décembre 1994.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 119 du mercredi 29 décembre 2004

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Réalité numéro 119 du mercredi 29 décembre 2004

ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La mystification de la décennie : Ab’a dix ans après
  4. Nos chancelleries se barricadent : le 18 décembre en Europe
  5. Point de vue
  6. Promotion de la Femme : Djibouti en pâle position
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 119

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA FRAUDE MÉDITE :

LA LEÇON UKRAINIENNE

Madagascar, Géorgie, Côte d’Ivoire… Ukraine : ce début de millénaire a vu le rejet des rapports de domination se manifester plus ou moins pacifiquement et a vu presque partout en dernière instance la victoire du Peuple. « Notre pays était indépendant depuis une dizaine d’années. A partir d’aujourd’hui, il est libre. » Voilà ce qu’a déclaré Iouchtchenchko en annonçant à ses supporters sa victoire au troisième tour de l’élection présidentielle, en leur demandant toutefois d’avoir la victoire modeste.

Même si Djibouti est l’un des rares pays au monde à être gouverné par des dirigeants issus de fraudes électorales, il n’en a pas le monopole. Ainsi, soutenu par son puissant voisin russe, le candidat du régime avait annoncé sa victoire, malgré les multiples preuves de fraudes aussitôt dénoncées par l’opposition et tous les observateurs internationaux.

Il a fallu un spectaculaire mouvement de mobilisation et un courageux vote de l’Assemblée nationale déclarant nul et non avenu le résultat officiel pour arracher au sortir des urnes, après d’âpres négociations, la tenue d’un troisième tour, le démantèlement et la recomposition de la CENI locale.

Poutine et son poulain, qui avaient parié sur un essoufflement de la mobilisation, se sont donc lourdement trompés sur le message de la « révolution orange ». Loin de s’essouffler, le mouvement s’est amplifié et a gagné en sympathie à travers le monde, pour son caractère pacifique.

La première leçon à tirer c’est, même et surtout pacifique, la détermination d’un Peuple à prendre son destin en mains, renverse des montagnes : en l’occurrence un régime corrompu et ouvertement soutenu par son toujours puissant voisin russe. Il faudrait aussi saluer le comportement des forces de l’ordre qui sont restées neutres quand elles n’ont pas tout simplement fraternisé avec les manifestants. C’est dans ce contexte que le pouvoir pro-russe a renoncé à passer en force, non sans avoir tout essayé, même une tentative d’empoisonnement du candidat de l’opposition avant le scrutin.

Le résultat du troisième tour prouve de manière éclatante toutes les manœuvres frauduleuses du tour précédent car, avant même la fin du dépouillement, Iouchtchenchko disposait d’une avance de 10 points sur son rival.

Mais l’épreuve la plus dure à surmonter pour le vainqueur sera celle du pouvoir car il lui faudra combattre de front la mafia civile et militaire dont la capacité de nuisance reste intacte, ainsi que le puissant voisin russe résolu à garder l’Ukraine ancrée dans son giron et qui voit d’un très mauvais œil la perspective de son adhésion aux structures euroatlantiques.

A Djibouti, si comme nous l’avons démontré, il n’y a rien à espérer de ce régime, de ses mal-élus, de sa CENI ou de son Conseil Constitutionnel, le Peuple, lui, reste mobilisé et le démontre en chaque occasion, comme lors de la commémoration du massacre d’Arhiba le 18 décembre.

Un candidat solitaire à sa propre succession, flanqué d’une garde républicaine obligée de jurer sur le Coran de fidèlement le servir, face à un Peuple pacifique mais déterminé à ne pas s’en laisser conter, cela promet une campagne électorale insolite. A ne manquer sous aucun prétexte.


Brèves nationales

Premier ministre, Fest’Horn et paix :

Il danse à défaut d’agir :

Comme nul n’est censé l’ignorer, le Fest’Horn est un événement censé promouvoir une culture de paix dans notre sous-région. Initiative que nous ne pouvons que saluer, tellement la Corne de l’Afrique, nonobstant l’inconsistance du président de l’ADAC, association maître d’œuvre de l’événement, mérite que la musique adoucisse les mœurs politiques de dirigeants plus souvent prompts à dégainer qu’à développer.

Au bénéfice du doute, considérons donc que c’est peut-être pour exciper de ses penchants naturellement pacifiques que le Premier ministre a tenu à honorer de sa présence la cérémonie de clôture de l’édition 2004 du Fest’Horn, en compagnie du ministre de la Communication et du sous-ministre en charge de la mendicité internationale. Dommage que les Tambours sacrés du Burundi n’étaient pas là : il faudrait penser à les inviter la prochaine fois.

Malheureusement, le Premier ministre, artisan proclamé de l’accord de paix de Paris du 7 février 2000, n’a modestement pas tenu à rappeler son immense contribution à l’instauration de la concorde civile en République de Djibouti. Se contentant juste d’« exécuter quelques pas de danse », comme le rapporte a capella le journal gouvernemental « La Nation ».

Et c’est bien dommage, car cette tribune aussi culturelle que multiculturelle aurait certainement été très intéressée de savoir où en est la paix dans le pays hôte. Parce que, contrairement à une idée reçue, un artiste doit réfléchir pour prétendre convenablement chanter.

Étant donné le bide monumental de son discours du 26 décembre (des ingrats présumés n’ont pas daigné communier avec ses « instants d’allégresse » à l’occasion de la célébration du dixième anniversaire d’une paix à laquelle il a si peu contribué, si ce n’est en facilitant l’extradition plus tard d’une civile du nom d’Aïcha Dabalé vivant à l’époque à Addis-Abeba et opérant dans un domaine humanitaire n’impliquant pas le FRUD), le Premier ministre aurait été bien inspiré de ne pas rater cette occasion du 19 décembre 2004.

Peut-être a-t-il commis cette erreur politique parce qu’il ne sait pas saisir à chaque occasion l’opportunité politique qui se présente à lui ?

Pourtant, il est à bonne école : celle de l’opportunisme politique. Mais tout ne se met pas forcément en chanson : la musique se défend comme elle peut.

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Conseil des ministres a Arta :

Sous le signe de la gabegie

A court d’imagination et ne sachant que faire pour doper sa campagne qui bat de l’aile, le candidat solitaire a convoqué un Conseil des ministres décentralisé à Arta le 21 décembre dernier. Ce conclave ministériel a bien sûr mobilisé des centaines de personnes, forces de sécurité comprises, toutes venues de la Capitale aux frais du contribuable évidemment.

Comble de l’ironie, l’Éducation nationale figurait en bonne place dans l’ordre du jour de ce Conseil des ministres organisé dans l’enceinte de l’ancienne école hôtelière. Si, comme ont tenté de le faire croire les médias gouvernementaux, l’Éducation nationale constituait une priorité de l’action gouvernementale, le lieu était décidément mal choisi pour l’affirmer.

En effet, tous les Djiboutiens savent que l’école hôtelière d’Arta a fermé depuis la mauvaise gouvernance instituée sous l’actuel mandat présidentiel. Depuis l’Indépendance, ce centre de formation professionnelle avait formé des serveurs, maîtres d’hôtel et cuisiniers qualifiés, pour la plupart originaires d’Arta.

Donc, cette école a fermé ses portes et les natifs de la région sont les premiers à déplorer cette situation, dont ils rendent directement responsable le candidat à sa propre succession, surtout connu pour généreusement distribuer du khat lors de ses fréquents passages dans cette station climatique où il possède une modeste résidence secondaire.

A Arta, personne ne se fait d’illusion sur les promesses annoncées par un régime même pas capable d’installer le portail d’entrée des bureaux administratifs du district !

Pour ce qui est de la réalité de la décentralisation dans ce nouveau district, à la naissance duquel nul n’a attenté contrairement à certaines allégations cherchant à semer la discorde au sein de la communauté nationale, il y a fort à craindre que relèvera de la même mystification que celle qui impose actuellement la paralysie la plus complète au bon fonctionnement de ce qui existe déjà.

Les actuels conseils régionaux n’ont nulle part créé d’emplois nouveaux, pas plus qu’ils n’ont initié un quelconque programme de développement porteur pour leur région.

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Mécénat militaire à Wéa :

Crayons et cahiers pour les écoliers

Le régime nous le répète sans cesse : l’Éducation nationale constitue la priorité de l’action gouvernementale, bénéficiant comme il se doit de plus de 12 milliards de nos francs par an. Ainsi, comme l’a souligné le Conseil des ministres tenu à Arta le 21 décembre dernier, parmi ses plus récents succès figureraient : « les actions de réduction sinon d’élimination des coûts telles les dotations gratuites de fournitures scolaires, l’accès gratuit aux manuels scolaires dans le primaire, etc. » Comprenne qui pourra !

Si tel avait réellement été le cas à l’École primaire publique, pourquoi alors les États-Unis d’Amérique ont-ils financé pour quelques millions de nos francs des kits scolaires au bénéfice des 40.000 élèves de l’enseignement public ? Pourquoi les forces françaises, à travers la 13ème DBLE basée à Wéa, ont-elles tenu à distribuer le 19 décembre dernier des « fournitures scolaires comme des crayons et cahiers » au cours d’une cérémonie généreusement rapportée par le journal gouvernemental « La Nation » ? Où passent alors les milliards officiellement budgétisés pour l’Éducation nationale si nos enfants restent toujours tributaires des dons gracieusement proposés par le mécénat militaire étranger ?

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Code de la famille :

Obock ne comprend pas

Dans le cadre d’une opération de sensibilisation au nouveau Code de la famille, la sous-ministre chargée de la Promotion de la Femme s’est rendue à Obock accompagnée de ses principaux collaborateurs. Au cours d’une réunion tenue dans le chef-lieu de ce district en présence des autorités coutumières, religieuses et féminines, de vives discussions sur ce nouveau texte de loi ont provoqué les protestations unanimes des administrés ne comprenant pas les innovations imposées en la matière.

Ainsi, les Obockois se disent outrés par la réforme des formalités du mariage, désormais célébré par des juges installés à Djibouti-ville, en lieu et place des anciens cadis présents sur pratiquement l’ensemble du territoire. Les Obockois se disent déterminés à continuer de passer par les autorités religieuses traditionnelles pour tout ce qui a trait aux procédures d’officialisation du mariage ou du divorce.

La nouvelle législation prétendument moderne ne les satisfait pas, ils la considèrent inadaptée à leurs conditions de vie, ne leur permettant pas de dégager la somme nécessaire pour un séjour dans la Capitale.

Les pouvoirs publics l’entendront-ils de cette oreille, avant de déclarer bâtards et indignes d’obtenir un acte de naissance tout enfant né hors-la-loi ? Affaire à suivre…

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Haramous s/mer :

Emirat tropical à risques ?

Dimanche dernier, un terrible séisme sous-marin de magnitude 8,9 sur l’échelle de Richter, s’est produit dans l’océan Indien, provoquant un gigantesque tsunami (raz-de de marée) dévastateur sur les côtes de plusieurs pays riverains. Un récent bilan fait état de plus de 40.000 morts et disparus au Sri Lanka, en Thaïlande, Inde, Indonésie, Malaisie, aux Maldives et même en Somalie, où l’on dénombrerait au moins une cinquantaine de morts et autant de disparus.

A Djibouti, selon nos informations, l’illustre pensionnaire de la modeste résidence présidentielle sise à Haramous, paniqué à l’idée de se voir emporté par un raz-de-marée, n’aurait pas dormi la nuit du dimanche 26 décembre. Les experts consultés sur les risques dans la zone n’ont pas pu le rassurer sur l’absence du danger.

Le candidat solitaire sait en effet que seuls les scientifiques japonais sont en mesure de prévoir un tsunami deux minutes avant son déclenchement et donner ainsi une alerte à l’échelle nationale. Aussi, peu rasséréné par les assurances de ses experts courtisans, le docteur honoris causa se serait réfugié dès lundi dans sa résidence d’Arta. On raconte même qu’il songerait sérieusement à s’établir au Day, à 1500 mètres d’altitude, dans la toute nouvelle résidence dont il vient tout juste d’achever la construction. Ainsi haut perché tout près de ses plants de khat Awaday, il attendra patiemment que les plaques tectoniques se calment, avant de redescendre dans l’arène politique nationale. Élection présidentielle oblige.

Il a vraiment de la chance, lui le bâtisseur national, d’avoir construit un peu partout aux frais du contribuable djiboutien, de modestes résidences refuge en cas d’intempérie climatique ou politique. A ce sujet, nous osons modestement lui suggérer de construire au sommet du Moussa Ali et au Mont Arrey, tout comme nous le félicitons pour ses innombrables pieds-terre en France, en Afrique du Sud, en Éthiopie à Debré Zeit et surtout dans sa ville natale de Diré-Dawa où brille son château flambant neuf. Mais en attendant l’heure de vérité, il lui faut choisir entre fuir ou construire.


La mystification de la décennie : Ab’a dix ans après

Contre toute attente, le chef de l’État fossoyeur de tous les accords de paix, par procuration ou en personne, a décidé cette année de commémorer la mystification à l’origine de sa conquête du pouvoir. Pour l’ARD, continuité historique du Frud politico-militaire, signataire de la paix définitive du 12 mai 2001, le régime en campagne vient ainsi bruyamment de reconnaître son forfait politique : la violation de l’accord de paix définitive et historique, signé avec le regretté Ahmed Dini Ahmed. Le Président candidat mesure-t-il les conséquences d’un tel complot contre la réconciliation nationale ?

Subitement inspiré ou sérieusement ébranlé par la commémoration nationale réussie des tragiques évènements d’Arhiba, le régime a précipitamment décidé de fêter le 10ème anniversaire de la paix d’Ab’a. Comble du ridicule, les médias gouvernementaux ont été rapidement et maladroitement mis à contribution pour diffuser le communiqué suivant concocté à la hâte par d’obscurs organisateurs : « L’Alliance Rpp/Frud organise une cérémonie de commémoration du 10ème anniversaire de l’accord de paix d’ABB’A conclu le 26/12/1994. Une marche de la paix s’effectuera à partir du port de Pêche jusqu’à l’esplanade du Palais du Peuple le dimanche 26/12/2004. Le départ de la marche est fixé à 7h 30. La Paix étant le bien commun l’Alliance invite l’ensemble des Djiboutiens à prendre part massivement à cet important événement ». Sollicité en renfort, le Secrétaire Général de l’ex-parti unique et actuel Président de l’Assemblée nationale, mal-élue, s’est empressé, à travers une circulaire datée du 23 décembre dernier, de réquisitionner les «députés» pour cet « important événement » (voir fac-similé ci-dessus).

Malgré la propagande gouvernementale effrénée et les moyens matériels et financiers mobilisés pour marquer ce dixième anniversaire de la paix d’Ab’a, la journée fut un bide monumental sur le plan politique.

Les observateurs n’ont pas manqué de relever avec humour que le candidat solitaire, déstabilisé par la commémoration citoyenne du massacre d’Arhiba, en a même oublié la composition réelle de sa fantomatique mouvance présidentielle, se référant uniquement à l’alliance boiteuse Rpp/Frud imaginée lors des législatives de 1997.

De son côté, l’ARD continuité historique du Frud-armé signataire de l’accord de paix définitive du 12 mai 2001 considère que le régime vient une nouvelle fois de se couvrir de ridicule en tentant vainement de glorifier un accord de paix allégrement violé et majoritairement considéré comme une mystification qui a vécu.

Pour sa part enfin, l’opposition nationale constate que cette pseudo célébration consacre la faillite du mensonge officiel sur la consolidation de la paix et la réconciliation. Car elle nie expressément la réalité nationale ayant cours depuis la paix définitive de 2001.

Comme on le sait, l’accord sanctionnant cette paix historique et proposant les vrais remèdes contre tout renouvellement du conflit, est honteusement violé par un Chef de Gouvernement cherchant à crédibiliser aujourd’hui la mystification d’Ab’a, perçue par les Djiboutiens comme un processus qui lui a surtout permis d’usurper le pouvoir.

Mais, tout bien considéré, il est normal que ce genre de régime préfère le faste clinquant d’une commémoration vide de contenu, plutôt que de prouver, chiffres et réformes à l’appui, les acquis concrets de la paix. Sa nature répressive étant à l’origine de ce drame, son irresponsabilité lui interdit toute remise en cause, quand bien même elle serait salutaire pour la conscience nationale et pour la suite des événements.

Par contre, cette négation des causes et de la Cause impose aux anciens rebelles une posture clownesque (restons polis) qui ne peut que les discréditer davantage chez tous ceux qui, en toute bonne foi, attendaient de leur initiative de paix une réelle amélioration de leurs conditions de vie.

C’est pourquoi il aurait été plus intéressant et instructif, du point de vue civique de tout Djiboutien, soucieux de voir avec quelle intensité les causes du conflit sont traitées pour en éviter le renouvellement. Si l’accord de paix d’Ab’a ne comportait aucune disposition relative à la citoyenneté et aux réformes démocratiques (le système despotique à l’origine du conflit y avait été reconduit dans son refus de délivrer des pièces d’identité et dans ses fraudes électorales), force est de regretter que, dans l’ensemble et à des degrés divers, les autres titres n’ont pas encore trouvé une application satisfaisante, au bout de dix ans. Même un chapitre aussi porteur que celui de la réhabilitation des zones affectées par le conflit n’a pas été sérieusement pris en considération. En effet, il avait fallu attendre les négociations en 2000-2001 pour qu’un état des lieux exhaustif des pertes et des dégâts soit dressé par les deux parties signataires de l’accord de paix du 12 mai 2001.

Là aussi, malgré une clause invitant les parties signataires à solliciter l’aide internationale, pour sa part disposée à soutenir un tel effort propice à la consolidation de la paix civile, le régime impose un refus systématique de remédier aux conséquences du conflit. Se permettant même d’affliger le triste spectacle de quelques infrastructures publiques gracieusement retapées par une force militaire étrangère, alors que le maigre budget prétendument affecté au chapitre de la «Réhabilitation des zones de guerre» est allégrement dilapidé à d’autres fins partisanes.

Enfin, quand un des responsables de la paix d’Ab’a reconnaît tranquillement qu’au bout de dix ans, la réinsertion des démobilisés reste encore à finaliser, tout donne lieu de penser que cet accord n’a fait des heureux que chez de rares responsables politiques : la masse victime ou combattante a tout simplement été oubliée. Et ce n’est certainement pas une pompeuse commémoration en 2004, quand un enjeu électoral pousse une improbable mouvance présidentielle à se donner en spectacle pour nier les réalités, que cette masse se sentira enfin respectée.

Il ne s’agit donc pas ici de juger la légitimité de la paix d’Ab’a : il reviendra à l’Histoire, lorsqu’elle pourra s’écrire à l’abri de la manipulation de ce régime, de remettre chacun à sa place pour que l’anecdotique n’étouffe pas l’événement et qu’une trahison ne soit plus présentée comme un acte de courage politique.

Car cette commémoration qui pousse les dignitaires sédentaires à piquer un footing dont ils se seraient bien passés renvoie à une perception pitoyable de la paix et de la guerre. Précisément celle qui consiste, au mépris des souffrances et des sacrifices, à ne considérer l’être humain que comme de la chair à canon, à utiliser pour servir des ambitions personnelles. Que les premiers responsables du conflit, trouvant de surcroît dans cette initiative de paix un moyen de se positionner dans une course à la succession, méprisent les sacrifices des opprimés et inscrivent ceux de leurs troupes dans le cadre tribal d’une conquête territoriale, c’est d’une affligeante banalité dans une Afrique postcoloniale dont les États sont squattés par des cohortes d’arrivistes prétentieux et ambitieux.

Et tant qu’ils ne seront pas sanctionnés par la Vox Populi, d’une façon ou d’une autre, il n’y a aucun miracle citoyen à attendre de ces politiciens-là : ils ne veulent le pouvoir que pour y rester, divisant pour régner et s’enrichissant au passage par la prédation.

Mais il est rare que d’anciens maquisards arrivés au pouvoir en oublient le fondement de leur engagement ultime et se contentent d’être de simples faire-valoir exhibés en cas de besoin par ceux dont ils ont naguère combattu les abus.

Et, à l’examen de ce qui s’est passé depuis le 26 décembre 1994, c’est uniquement sous cet aspect de désinvolture qu’il vaut mieux considérer le processus aujourd’hui célébré en grandes pompes par le régime. C’est pourquoi trois questions sont posées aux ex-rebelles :

1) « Qu’avez-vous fait pour les combattants dont vous avez déposé les armes ? »

2) « Qu’avez-vous fait pour ceux dont vous prétendiez soulager les souffrances grâce à votre paix ? »

3) « Quelle a été votre contribution pour instaurer une culture de paix afin que tous les Djiboutiens, sans aucune distinction, se sentent responsables de leur destin et imposent la seule voie pour prévenir de nouveaux déchirements : la Démocratie ? »

De la réponse à chacune de ces questions dépend en premier lieu le jugement que l’on pourra porter sur ce qui s’est passé non seulement en ce 26 décembre 1994, mais aussi de toute la gestion en aval depuis le 11 novembre 1991. D’elle dépend également la crédibilité accordée à l’alliance au pouvoir pour véritablement remédier aux causes du conflit et en soigner les conséquences.

Plus gravement enfin, il s’agira pour le Peuple d’en tirer les conclusions qui s’imposent afin que, en dépit de toutes les manœuvres de ceux qui cherchent uniquement à garder le pouvoir, les innombrables souffrances ne constituent pas un terreau fertile aux germes de la division que plante ce régime impopulaire ne respectant même pas les morts.


Nos chancelleries se barricadent : le 18 décembre en Europe

LE 18 DECEMBRE 2004 EN EUROPE

Une fois encore, l’union autour de la défense des Droits fondamentaux a permis de réunir un nombre considérable de Djiboutiens dans une manifestation pour dire « Non à l’impunité à Djibouti». Le rassemblement fait suite à douze mobilisations précédentes contre l’impunité et pour la justice aux victimes du massacre d’Arhiba, perpétré le 18 décembre 1991. Comptes-rendus de cette mémorable journée à Paris et à Bruxelles par l’ARD-France et le Forum pour la Démocratie et la Paix (FDP) à Bruxelles.


Pour cette treizième année de mobilisation, les manifestants s’étaient rassemblés face à l’Ambassade, à l’angle de la rue Emile Meunier dans le 16e arrondissement de Paris, à l’appel de l’Association pour la démocratie et le développement (ADD), de l’Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti (ARDHD) et du Comité en France de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD).

Le froid hivernal et la pluie fine n’y changèrent rien : les Djiboutiennes et les Djiboutiens de France rassemblés dans leur diversité s’étaient donné rendez-vous sous les fenêtres de la diplomatie djiboutienne, le temps de dire leur colère et leur refus de l’impunité et de la dictature d’Ismaël Omar Guelleh.

En ouverture de partie, une lecture des versets du Saint-Coran, de la sourate Yacine, appelés « les versets des morts », a été faite pendant quinze minutes par un jeune Djiboutien à l’émotion prenante en souvenir des 59 martyrs de la tuerie d’Arhiba.

Aussitôt le pardon imploré pour les défunts, et pour que plus jamais cela ne se reproduise, les revendications ont fusé, clamées dans un porte-voix tonitruant, circulé de manifestant en manifestant pour donner de la voix la plus forte.

Des slogans choisis en rapport direct avec la tragédie djiboutienne se sont donnés libre cours, déchirant la quiétude parisienne de toutes parts : « Pas de paix sans justice », « Justice pour Arhiba », « Solidarité avec les femmes victimes de viol », ou encore « 27 ans d’impunité, ça suffit», « Pour un État démocratique à Djibouti »…

La voix était forte, l’image était sans concession. Sur une pancarte figurait un portrait du dictateur Guelleh barrée d’un grosse croix rouge avec l’inscription « Cet homme est responsable d’assassinat, de torture, de viol ». Une banderole imposante de 3 m sur 1 m avec la légende « Justice pour Arhiba » dominait une myriade d’une quinzaine de pancartes de 80 cm x 40 cm garnies d’inscriptions diverses comparables aux slogans entendus.

Des riverains aussi étaient de la partie depuis les fenêtres de leurs appartements, certains tendant l’oreille depuis plus d’une décennie à la même fenêtre pour écouter parfois les mêmes revendications. Certaines voitures passantes s’arrêtaient un court moment pour écouter elles aussi les slogans et les tambours. Beaucoup de voix, beaucoup d’images, et donc beaucoup de curieux en cet après-midi parisien.

Mais le beau monde démocrate faisait peur. Il était contenu par de barricades entières de policiers français. Découvrez plutôt : un front armé de gourdins et de matraques constitué de six agents de police, tenait la rangée de manifestants à une distance de dix mètres de l’entrée de l’ambassade. Quatre patrouilles d’agents de police supplémentaires restaient à proximité prêtes à intervenir, quatre autres patrouilles circulaient à la ronde en voiture, deux voitures « civiles» et encore deux autres de police étaient stationnés dans les parages des cinq mètres.

Ce qui restera l’incident du jour faillit coûter aux policiers leur sang froid. C’était Ibrahim, pense-t-on, chauffeur ès qualité de l’ambassade, blotti lâchement contre une voiture sur un trottoir situé en face de la manifestation, une caméra à la main, en plein tournage commandé du rassemblement.

C’est alors que les manifestants les plus alertes sortirent eux aussi leurs appareils photo, les faisant crépiter de tous leurs flashs en direction de l’arroseur arrosé dans une montée soudaine de la tension. Les policiers tentaient de repousser quasiment désespérément les photographes des deux camps, constituant un barrage au milieu d’un véritable tir croisé de flashs.

Rappelons que le 18 décembre 2004, les Djiboutiens de Belgique ont tenu également à manifester en masse pour commémorer le massacre d’Arhiba devant notre ambassade dans la Capitale Européenne. Par élan patriotique plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées pour scander les mots d’ordre lancés par les intervenants.

Nos compatriotes venus en masse de toute la Belgique, ont déplié leurs banderoles reprenant les slogans du jour. Les photos des victimes du Massacre furent brandies. Évidemment, les « reporters » (police politique et employés zélés) de l’ambassade n’ont pas manqué l’occasion, pour filmer, photographier les manifestants.

Comme d’habitude, le régime et ses larbins utiliseront ces supports contre les opposants afin de faire pression sur leurs familles restées au pays et sur eux. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois.

Cet après-midi restera symbolique dans la lutte pour la démocratie à Djibouti.



Point de vue

Présidentielle de 2005 :

Un enjeu National ?

Nous publions volontiers ce point de vue d’un fidèle lecteur qui s’interroge sur la portée politique de la future échéance électorale. Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement le point de vue de notre journal.

Nous saurons, bientôt, si l’ère du paternalisme en vigueur depuis l’indépendance et celle des urnes bourrées, héritage de l’époque coloniale, appartiennent à un passé révolu.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. Je parle évidemment de la démocratie de façade imposée à notre pays. Partant de ce proverbe, on peut se demander si l’élection présidentielle peut changer le paysage et surtout les mœurs politiques. Nul n’est dupe, il ne faudra sans doute pas mettre beaucoup d’espoirs dans cette consultation, eu égard au passé proche (souvenons-nous des mascarades électorales des années précédentes). Les dirigeants djiboutiens se sont toujours substitués au peuple pour décider en lieu et place de ce dernier.

Le quart de siècle d’immobilisme politique, dont le régime actuel est grandement responsable, la gabegie financière et l’état de délabrement moral, qu’il a installés, sont autant de boulets dont il aura bien du mal à se défaire. Mais en rameutant tous ceux qui à un moment ou à un autre ont exercé des responsabilités politiques ou administratives, il compte une fois de plus sur la carte régionaliste ou tribaliste en cherchant à mobiliser sa « clientèle » pour réitérer une fraude électorale dont le refrain nous est connu.

Il est par ailleurs scandaleux de faire de l’acte civique, celui du vote, un acte rémunéré à l’image de ces hauts fonctionnaires grassement rétribués sur le dos du contribuable djiboutien.

Mais au fait ! que peut-on attendre de l’élection présidentielle ? Le système, tel qu’il est organisé ici veut que le Président soit responsable autant des instances dirigeantes de son parti que du pouvoir Exécutif. Une telle organisation conduit inévitablement à une personnalisation du pouvoir. Le vote, on l’aura compris, sera détourné de sa finalité qui est de se prononcer pour des idées, des programmes et non pour un homme. C’est pourquoi nous croyons à la nécessité de modifier le régime « présidentiel » (en réalité hybride) au profit d’un régime parlementaire. Du reste, ne l’oublions pas, la Constitution de 1992 (que des structures qu’elle a enfantées) a été taillée sur mesure pour l’ex-Président Gouled qui, toujours refusait le débat démocratique. Il serait donc dommage de maintenir cette Constitution.

C’est pourquoi nous appelons à modifier le régime présidentiel au profit du régime parlementaire : la distribution de trois pouvoirs (Législatif, Exécutif et Judiciaire) serait effective au lieu d’être de pure forme.

La démocratisation ne pourra être garantie que si toutes les sensibilités du pays sont représentées à l’Assemblée Nationale. Afin de contribuer à résoudre ce problème, favoriser les chances d’une réelle démocratie dans notre pays, pour que l’équipe gouvernementale ne réponde plus au seul Chef de l’État, mais aussi à toute autre instance représentant le peuple et pouvant sanctionner ses manquements, il nous faudra opter sans hésitation pour un régime parlementaire. Outre la réforme du système politique, nous voulons souligner la nécessité de réformer le code électoral dans le sens d’une juste représentation de toutes les sensibilités de notre peuple. Ce serait la seule manière d’éviter qu’une minorité ou un groupe de citoyens puisse confisquer le pouvoir et le conserver pour son propre profit.

Mais tant que ces conditions ne sont pas réunies, il est immoral d’appeler le peuple à voter pour un Président car, en réalité, cette élection est sans enjeux véritables. Sauf pour la classe dirigeante qui pour des raisons évidentes a intérêt à maintenir le statu quo.

Si, un tel système perdure, c’est qu’il existe peut-être dans la masse le désir d’avoir un homme fort et dur auquel il faut se soumettre, un dictateur « éclairé ». Quelle attitude enfantine ! On a vu ou est-ce que cela nous a menés : une présidence impériale personnifiant l’État tout entier et la société. Ce régime est répressif, manipulateur, débilitant, corrupteur, muselant, terrorisant à l’égard du peuple ; c’est une machine à tuer moralement et physiquement exigeant du peuple djiboutien une obéissance docile. La pensée, la volonté politique, l’initiative, la liberté de parole des citoyens sont brimées.

C’est l’opposé d’une politique basée sur la palabre, essence de notre démocratie nomade.

C’est la raison pour laquelle il serait criminel de ne pas dévoiler ces tares.

Et l’opposition devra sans relâche dénoncer cet état de fait. Pour toutes ces raisons, nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper, que l’élection présidentielle prévue en 2005 ne constitue pas, aux yeux des Djiboutiens, un véritable enjeu national sincère. Dévoiler cet état de fait, le dire, tel sera, nous l’espérons le credo politique des élites intellectuelles nationales, opposition incluse.

A.M.A


Promotion de la Femme : Djibouti en pâle position

La posture de scribe gouvernemental provoque souvent des crampes cérébrales : à trop défendre l’indéfendable, cela en devient grotesque. Pour avoir porté un jugement négatif sur la place de la femme dans la société djiboutienne, un site Internet a récemment subi les foudres d’une plume mal inspirée de « La Nation ».

Il y a quelque temps, parce qu’elle avait affirmé que notre pays était à ce point dépendant de l’extérieur qu’il ne produisait même pas la plus petite aiguille à coudre, une journaliste égyptienne avait subi le courroux d’une plume gouvernementale plus prompte à insulter qu’à réfléchir. Une récente anecdote montre que le retour réflexif n’est pas la vertu première des plumes réquisitionnées pour désinformer.

Ainsi, selon le journal gouvernemental « La Nation », un site féministe arabe aurait récemment médit sur le compte de notre pays. En réponse aux allégations de notre consœur en ligne, notre confrère local prompt à défendre la promotion féminine version RPP, tire à boulets rouges sur ce site Internet coupable d’avoir critiqué la condition de la femme djiboutienne.

Dans une réaction épidermique et faussement chauvine, le journal gouvernemental s’insurge contre la déclaration d’un membre du conseil national des droits de l’homme en Jordanie qui aurait déclaré : « pour les oubliés du monde arabe tels que la Somalie et Djibouti, c’est la femme qui assume en premier lieu les conséquences des conflits régionaux et de la pauvreté. » Offusquée sinon ulcérée, la plume gouvernementale répond ainsi : « Premièrement cette dame ignore que la République de Djibouti depuis son accession à l’indépendance jouit d’une stabilité politique et n’est nullement touchée par les conflits qui secouent la région.» Trêve de délire !

Dans un pays sortant d’un douloureux conflit civil de dix ans (dont le dixième anniversaire d’une parodie de résolution était pourtant célébrée le 26 décembre dernier), et au cours duquel des dizaines de filles et de femmes ont été soit froidement exécutées soit sauvagement violées par les troupes gouvernementales, lire de pareilles inepties révisionnistes est proprement révoltant.

Les Djiboutiennes des zones rurales pauvres parmi les pauvres n’ont jusqu’à ce jour accès ni aux soins, ni à l’eau courante ni encore moins à Internet, n’en déplaise aux promesses démagogiques du candidat solitaire et de son épouse la présidente de l’UNFD, partie en voyage cette semaine encore en Boeing présidentiel pour faire son shopping à Dubaï.

Mais ce n’est pas tout. Dans un pays où les crimes ordinaires que sont les mutilations génitales féminines n’ont pas encore donné lieu à une quelconque sanction pénale, il est démagogique de prétendre protéger autrement que par l’incantation législative toutes les fillettes victimes de cette pratique durablement inscrite dans les mœurs tant que le niveau de scolarisation et de réussite scolaire n’aura pas été sensiblement élevé.

Et, dans ce registre, étant donné que c’est par la gente féminine que de telles blessures plus physiques que symboliques se perpétuent, les multiples entraves à la scolarisation de ces fillettes persistent, faute d’une véritable volonté politique, tout simplement parce que l’École génère trop d’intolérables déchets. Une salutaire remise en cause de cette pratique païenne semble encore avoir quelques jours devant elle.

Une simple étude statistique montrerait clairement que c’est dans le milieu rural que nos petites filles sont victimes de ce droit pharaonique à disposer du corps d’autrui. Parce cela n’a pas été codifié par le Coran, peut-être faudrait-il rappeler à ces familles coupables et complices le verset 21 de la Sourate 31 : « Et quand on leur dit « Suivez ce qu’Allah a fait descendre », ils répondent : « Nous suivrons plutôt ce que nos ancêtres faisaient » et cela même si c’est l’œuvre du Diable qui les incite au châtiment de la fournaise. »

Du fait de la saturation du marché du travail et la sélection scolaire (le caractère obligatoire de la scolarité n’existe que sur le papier), la femme est statistiquement moins bien placée que l’homme pour prétendre à une quelconque indépendance financière. État qui induit une soumission forcée et la rend d’autant plus victime des violences conjugales.

On ne change pas la société par décret. Ce n’est pas parce qu’un dirigeant politique prétendument moderniste prône la promotion de la femme que celle-ci accède du jour au lendemain et comme par miracle à un statut social supérieur.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 118 du mercredi 22 décembre 2004

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Réalité numéro 118 du mercredi 22 décembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Avis de recherche
  4. La Somalie se cherche encore
  5. Communiqué de la LDDH
  6. Les comptes de la Chambre des Comptes (2)
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMED Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD Dépôt légal n° : 118 Tirage : 500 exemplaires Tél : 25.09.19 BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr


Éditorial

DÉMISSION PUBLIQUE NATIONALE,

MÉCÉNAT MILITAIRE ÉTRANGER

La commémoration du massacre d’Arhiba, à laquelle nous accordons une large place cette semaine, pose une question de fond, relative au sens que l’on doit donner à un tel événement. En une telle circonstance, le rappel d’un passé douloureux masque mal l’inachèvement de l’indispensable travail de deuil qui doit impérativement être celui d’une Nation désireuse de se réconcilier avec elle-même au sortir d’un douloureux conflit civil. Dans cette perspective seulement, il peut s’agir d’un rite d’expiation, afin que les erreurs du passé ne se renouvellent pas. Encore faut-il pour cela que toutes les parties se persuadent d’une telle nécessité, comme les y invite d’ailleurs une disposition essentielle de l’accord de paix du 12 mai 2001, en vertu de laquelle il s’agit d’œuvrer à l’instauration d’une culture de paix.

Malheureusement, considérant qu’une action citoyenne comme celle du FestHorn investit dans cette culture de la paix beaucoup plus que le régime djiboutien, force est de regretter que ce dernier semble peu soucieux d’une paix civile sans laquelle aucune politique équilibrée de développement n’est envisageable. Nier les problèmes intérieurs par la promotion d’une manifestation culturelle à prétention régionale, tout en cantonnant à la clandestinité les actions citoyennes à impact national comme celle qui s’est déroulée le 18 décembre dernier dans notre Capitale, ce n’est qu’une piètre et dangereuse façon d’annoncer des troubles à venir. Pour mieux les discréditer, dans l’optique d’une politique solidement établie et consistant à diviser pour régner.

C’est dans cette optique négationniste qu’il convient d’analyser un événement rapporté par le journal gouvernemental « La Nation » : le village de Randa disposerait désormais d’un terrain de football digne de ce nom. Il était temps ! Là où le bât blesse, trahissant toute l’impudeur de ce régime, c’est qu’il s’agit d’une initiative privée, soutenue par une sorte de mécénat militaire découlant de la dimension purement géostratégique à travers laquelle notre pays est de plus en plus perçu par les puissances étrangères. Donc, palliant la démission des pouvoirs publics djiboutiens, les troupes françaises auraient généreusement doté le village de Randa d’un terrain de football. Or, nul n’ignore à moins d’être ambassadeur de Djibouti à Washington, qu’il s’agit là d’une zone durement affectée par le conflit et qui devait, de ce fait, bénéficier d’un programme de réhabilitation qu’apparemment plus soucieux de paix civile que la partie gouvernementale cosignataire dudit accord de paix, les bailleurs de fonds étaient disposés à financer.

Il n’est pas question ici de jeter la pierre sur ces forces militaires étrangères : la réhabilitation des pistes et des infrastructures publiques (écoles et dispensaires) de l’Intérieur profitent directement à ces populations aussi défavorisées que nécessiteuses. Mais le fait, peu glorieux, qu’elles oeuvrent dans le domaine social beaucoup plus que nos forces armées nationales, renvoie aux faibles préoccupations du gouvernement en matière de consolidation de la paix.

D’ailleurs, même le rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire a relevé que les crédits affectés à ce chapitre étaient très peu utilisés. Et quand ils l’étaient, ce n’était que rarement vers leur destination initiale. Tout se passe donc comme si le régime s’acharnait à maintenir en l’état le dénuement des zones affectées par le conflit : s’agit-il en quelque sorte d’en punir les habitants d’avoir osé se révolter contre l’oppression ?

Dès lors, il est normal que la commémoration, à laquelle ont participé toutes les composantes de la communauté djiboutienne désireuses de s’impliquer de façon citoyenne dans la réconciliation nationale, du massacre d’Arhiba soit passée sous silence par la presse gouvernementale. Parce que le pouvoir en place n’a aucun intérêt à ce que s’instaure un climat de confiance intercommunautaire qui ne peut que saper les bases de son arbitraire.

Cela, la majorité l’a bien compris. Même les futurs footballeurs de Randa pour qui un terrain est certes nécessaire, mais pas suffisant quand le minimum manque à ce point, à commencer par l’électricité et l’eau courante, faute d’une implication minimale des pouvoirs publics.

Même les mécènes militaires des puissances étrangères qui, en attendant, parent au plus pressé, conscientes que ce n’est pas là leur mission première, mais désireuses de contribuer un tant soit peu à l’instauration d’une indispensable stabilité intérieure.


Brèves nationales

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Rassemblement au cimetière d’Arhiba :

Un devoir de mémoire

Ils étaient plusieurs milliers de Djiboutiennes et de Djiboutiens, jeunes et vieux, de tous les quartiers de la Capitale, à s’être rassemblés au cimetière des martyrs d’Arhiba le 18 décembre dernier. Cette commémoration des tragiques événements de 1991 était placée sous le signe de la dénonciation de l’impunité et du devoir de mémoire envers toutes les victimes de la répression.

Dès quinze heures, plusieurs centaines de jeunes déployant de larges banderoles où l’on pouvait lire entre autres « Le Peuple condamne fermement les auteurs des massacres », avaient pris position à quelques mètres du cimetière où reposent plusieurs dizaines d’innocents froidement exécutés par les forces de répression le 18 décembre 1991.

Vers seize heures, une foule très nombreuse a rejoint la cérémonie qui a débuté par la lecture des versets du saint Coran.

L’ambiance était au recueillement et à la fraternisation.

Cette cérémonie du souvenir et de la solidarité a été ponctuée de quelques brefs messages de soutien lus ou improvisés par différents responsables de la société civile, dans toutes les langues nationales et en français. Les inévitables indicateurs de la police politique, présents sur les lieux, n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles, ne s’attendant certainement pas à la totale réussite d’un tel rassemblement fraternel, où communiaient ensemble toutes les communautés nationales révoltées contre les manœuvres divisionnistes du régime en place depuis 27 ans.

Ce rassemblement organisé onze jours après la brutale répression des récentes manifestations se voulait également l’expression d’un ras-le-bol populaire unanime contre les menées répressives récurrentes à l’approche d’une élection présidentielle. La cérémonie du souvenir a pris fin au coucher du soleil et l’immense foule s’est dispersée dans le calme et la dignité.

Le succès historique d’une telle manifestation fraternelle et citoyenne à quelques mois d’une nouvelle farce électorale devrait donner à réfléchir à tous ceux qui s’extasiaient par avance sur la victoire programmée du candidat solitaire, principal responsable de tous les malheurs du Peuple Djiboutien.

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Duplicité gouvernementale :

Le dire sans le faire

Dans notre pays, un seul qualificatif résume l’action gouvernementale : la duplicité. En effet, les exemples abondent pour illustrer cette situation. Ainsi, pendant que le chef de l’Etat, par la voix du porte-parole de son gouvernement, se félicitait de l’état de salubrité de Djibouti, Arhiba et d’autres quartiers de la Capitale se débattaient dans le cloaque et les mares d’eaux usées.

Inutile d’être un expert pour juger des conséquences sur la santé de ces populations : paludisme, diarrhée, etc. Si d’aventure les habitants de ces taudis protestent contre les mauvaises conditions de vie qui leur sont ainsi imposées par la démission de l’Etat, la réaction des pouvoirs publics est le plus souvent violente. Pas d’autre alternative : mourir de ces maladies ou crever sous les balles des policiers.

Il en résulte alors un profond sentiment d’injustice et de désarroi chez les administrés ainsi méprisés.

Mais pourquoi diable ne punit-on pas les principaux responsables de la mauvaise gouvernance qui, au lieu de convenablement faire leur travail, passent leur temps à palabrer dans les mabraz et afficher leurs privilèges ? Les rares fois qu’ils daignent venir dans ces quartiers insalubres, c’est pour exhiber leur insolence d’apparatchiks : bolides 4×4 rutilants et tenues vestimentaires impeccables.

Pendant ce temps, les élèves d’Arhiba et d’ailleurs marchent dans le cloaque pour rejoindre leur école envahie par les eaux usées. Dans ces conditions, quel peut valablement être le rôle éducateur de l’Etat : comment peut-on demander aux enseignants d’inculquer aux écoliers les règles de l’hygiène publique et les bienfaits de la propreté quand, de l’autre côté, l’Etat-éducateur ne fait rien pour endiguer ces eaux usées ?

Mais qu’est-ce qui justifie donc ce sentiment d’impunité ? Est-ce peut-être une politique délibérée que de laisser mourir ces populations abandonnées à leur triste sort ?

Tout ceci n’est pas sans rappeler une anecdote édifiante : du temps de la Russie impériale, la tsarine Catherine avait pour habitude, lors des réceptions d’ambassadeurs des pays étrangers, d’entourer d’un gigantesque rideau rouge les quartiers mal famés de Saint-Pétersbourg. Ne serait-il pas tentant de faire le parallèle avec ce qui se passe dans notre pays ?

Etait-elle moins bien inspirée que le régime djiboutien qui se contente de nier verbalement et inlassablement la réalité insalubre devant les bailleurs de fonds ?

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Haramous s/mer :

QG de campagne?

La nouvelle et modeste résidence présidentielle de Haramous a, pour la première fois, fait parler d’elle en 1999, lorsque le candidat RPP y avait reçu la visite du ministre Français de la Coopération de l’époque, Charles Josselin. Depuis cette date et le début de l’actuel mandat présidentiel, le lieu est devenu familier à tous les hôtes de marque de passage dans notre Capitale. Ainsi, jeudi dernier, le président allemand et sa délégation en visite pour quelques heures à Djibouti, y ont été conviés à une réunion de travail par le président-candidat, loin du bruit et de la misère ambiante. Dans ce nouveau quartier résidentiel aux allures futuristes, le médiateur régional, uniquement préoccupé par la stabilité dans la sous-région, n’aurait eu aucun mal à se positionner comme le candidat le mieux placé pour trouver des solutions miracles à tous les problèmes de l’heure. Sauf ceux de chez lui !

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Djibouti-Union Européenne :

Dialogue ou monologue ?

Dans le cadre de l’accord de Cotonou, l’Union Européenne s’est engagée depuis quelques années dans un dialogue politique avec certains Etats bénéficiant de son aide économique, mais connaissant également une transition démocratique difficile. De leur côté, désireuses de voir se renforcer leur coopération avec l’Union Européenne, beaucoup de nations africaines à la traîne de cette démocratisation sont ainsi contraintes de jouer le jeu et d’apporter leur contribution à l’ouverture démocratique à travers un dialogue constructif avec leurs oppositions respectives.

Le récent dialogue politique initié entre le gouvernement djiboutien et l’Union Européenne est-il d’un genre nouveau ? Selon la presse gouvernementale relatant la réunion de travail du 13 décembre dernier, le régime ne semble pas en attendre grand chose, puisqu’il affirme que tout s’est bien passé comme d’habitude.

Tout juste apprend-on que « conformément aux dispositions de l’article 8 de l’accord de Cotonou, les deux parties ont convenu d’instaurer un dialogue permanent et ont décidé de poursuivre tous les six mois le dialogue politique afin de renforcer le partenariat ».

Si ce dialogue politique entre Djibouti et l’Union Européenne s’est vraiment limité au monologue de la partie djiboutienne, pourquoi donc le poursuivre inutilement ?

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Budget virtuel 2005 :

La méthode Coué appliquée aux Finances publiques

Une croissance du P.I.B de 3,5%, une inflation contenue à 3%, la suppression de la surtaxe sur le pétrole lampant, la réduction de la TIC sur les denrées alimentaires, les automobiles,… le Budget 2005 accorderait, à en croire notre confrère « La Nation » du 16 décembre, la part belle au social. Rien n’est moins sûr ! Dans son dernier rapport général public, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire nous a éclairé sur le taux très moyen d’exécution des lois de finances pour les exercices 2000, 2001 et 2002.

D’autre part, les mal-élus n’ont toujours pas à ce jour examiné ledit Budget 2005, dont ils n’ont pourtant adopté, lors de la récente session budgétaire, que les grandes lignes lues sur un ton monocorde par un Premier ministre qui ne l’a certainement pas lui-même examiné. C’est pourquoi nous saluons les efforts techniques et financiers du PNUD pour le renforcement de nos capacités institutionnelles et notamment le dernier séminaire sur les procédures budgétaires.

Mais, dans un pays où les dysfonctionnements sont la règle et le respect de la loi l’exception, nous apprenons, dans un erratum paru dans le n°146 de « La Nation » du jeudi 9 décembre 2004 que la Commission des Affaires Etrangères a examiné le lundi 6 décembre un projet de loi portant compte définitif du budget de l’Etat pour l’exercice 2003 et un projet de loi portant budget rectificatif de l’exercice 2004.

Depuis quand l’examen de ces projets de loi relèvent-ils de la compétence de la Commission des Affaires Etrangères ? Pourquoi la Commission normalement compétente a-t-elle été court-circuitée ?

La Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire a décidément du pain sur la planche pour conseiller (et obliger ?) les mal-élus à respecter la légalité des procédures budgétaires. Et à la faire respecter par l’Exécutif !


Avis de recherche

PORTRAIT D’UN « SERIAL KILLER » POLITIQUE

Un dangereux et insatiable tueur sévit ces dernières années dans notre pays. Les éléments de similitudes qui attestent que nous sommes en présence de crimes en série, commis de surcroît par un seul et même individu, sont nombreux. Personne n’ayant malheureusement pu identifier ce mystérieux « serial killer » qui rode toujours autour de nos ornières, nous nous contenterons de la fine expertise qu’un « profiler » de métier a bien voulu nous esquisser de cet individu, selon les données disponibles à ce jour sur ce dossier. C’est dans l’espoir que vous nous aiderez, à travers vos témoignages, à débusquer cet individu malfaisant, que nous lançons cet avis de recherche. A défaut de vous proposer une quelconque prime (contrairement à lui qui, manifestement, bénéficie d’une prime à tuer) (sic), soyez certain de l’éternelle reconnaissance de la Patrie.


Nous nous interrogions la semaine dernière sur la disparition des intellectuels djiboutiens, ne remplissant pas le rôle de libre penseur qu’une société en quête de développement serait en droit d’attendre d’eux. Il se trouve malheureusement que de lourdes menaces pesant sur eux les inciteraient à la démission discrète, pour ne pas tomber comme certains d’entre eux, sur le champ peu glorieux des règlements de compte artisans, victimes d’un serial killer frappant impunément.

LES FAITS

Depuis près de quatre ans, on dénombre une dizaine de hauts fonctionnaires sauvagement trucidés dans leurs bureaux et dans l’exercice de leurs fonctions, (l’arme des crimes, invariablement, serait un stylo à plume de grande marque au bout doré, planté au cœur des victimes) et en plein jour. De plus, à chaque récidive, tel Fantomas, l’auteur de ces actes disparaît dans la nature. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, les enquêtes officielles n’ont fait état jusqu’à ce jour d’aucun témoin leur ayant révélé un quelconque indice tangible.

La première uniformité que l’on peut déceler entre ces crimes, c’est en premier lieu le mobile : les victimes ont été choisies sur la seule base de l’inimitié personnelle. Et elles sont toutes, en second lieu, des hauts cadres de l’administration, intellectuels pour certains, et plus ou moins « intellectuellisants » pour d’autres.

Pour mémoire, rappelons à nos lecteurs qu’ils ont pu lire dans nos colonnes, à différentes périodes et sous différentes rubriques, de mystérieux décès administratifs (les liens entre ces actes ne transparaissant que progressivement) de tels Commissaires de la République, de tel Directeur d’un grand établissement autonome, de tel chef de corps fraîchement nommé à la suite d’une retentissante défection de son prédécesseur, ou encore de celui qui fut en charge d’un fond social, pour ne citer que les plus illustres d’entre eux.

Et… last but not the least, nous ne pouvons ne pas citer la dernière sommité victime du serial killer, qui lui, était chargé d’un fond de retraites et qui, à l’examen de ses innombrables victimes privées du droit à leur pension de retraite, avait permis à l’Etat d’engranger de substantielles économies sur leurs dos, économies certainement réutilisées de façon opaque dans de sombres activités partisanes, allant du Day à Hanlé, en passant par Mabla.

LES INDICES

Nous affirmions un peu plus haut que des indices, il n’y en avait point. L’absence flagrante d’éléments, alors qu’il s’agit d’actes répétés en plein jour et en des lieux publics, nous donne de facto, un faisceau d’indices relevant du bon sens. L’auteur de ces actes opère en toute confiance, convaincu d’être couvert quoi qu’il advienne.

Cette « couverture », qui est manifestement de taille et peut être même d’un poids exceptionnel démontre qu’indéniablement, notre surprotégé est pour le moins le « chouchou » d’un grand gourou. Mais alors, agit-il de son propre chef ou existerait-il un commanditaire à qui profite réellement ces crimes administratifs ? Nous reviendrons sur cette question, car les éléments de réponse figurent dans le profil psychologique du serial killer.

Par ailleurs, nos constats nous ont amené (permettez-nous de vous épargner les menus détails de nos investigations) à affirmer que notre homme figure parmi les supérieurs hiérarchiques des victimes, et connaissait parfaitement les lieux, ainsi que les habitudes de chaque administrateur. Les côtoyant de surcroît à l’occasion d’une tasse de café populaire, cette proximité lui fournissait des raisons supplémentaires pour les désigner comme prochaines victimes, coupables de lui renvoyer une image dévalorisante de sa fonction.

Et une prétention immodérée à vouloir pourtant le remplacer : la vie rampante est sans pitié pour les apprentis Iznogoud !

LE PROFIL PSYCHOLOGIQUE

Paradoxalement, ce tueur en série opère immuablement au sein d’une seule communauté nationale donnée. Nous ne sommes donc pas en présence d’un individu sociopathe, dont la fureur frapperait sans aucune distinction d’origine, comme on pourrait le croire de prime abord. Il s’agit donc de comprendre les ressorts psychologiques et politiques de cette pathologie ciblée et chronique. Cette forme de déviance, constatée et analysée ces quinze dernières années par le docteur Réalitus dans ses manifestations cliniques et qui se développe dangereusement, selon les criminologues, au sein d’une mystérieuse caste de dignitaires courtisans, mériterait un plus large développement de notre part, mais nous y reviendrons.

Vous aurez en outre remarqué que toutes les victimes lors de leur décès étaient en charge de hautes responsabilités, que ce soit dans l’administration publique ou dans les arcanes des départements ministériels. A ce titre donc, ces hauts fonctionnaires étaient perçus dans leur société (à tort ou à raison) et en premier par leur bourreau comme figurant parmi les élites intellectuelles dirigeantes de ce pays.

Nous constaterons par conséquent que notre homme est aussi un « intellophobe » patenté. La question relative à la disparition des intellectuels, que nous posions la semaine dernière dans nos colonnes trouverait-elle ici un début d’explication ?

Toujours est-il que ces phobies cumulées démontrent indiscutablement que cet individu souffre de profondes inhibitions et de sérieux complexes d’infériorité, comme s’il était mal assuré d’une place que beaucoup convoitent.

Les pathologies identifiées donnent à penser que ce tueur en série ne se sentant manifestement pas fait à sa place, se venge de ses lacunes sur ceux qui pourraient se gargariser de titres ronflants ou s’en prévaloir pour prétendre le remplacer et faire mieux que lui. Surtout que, conformément à la loi universelle des affinités électives que romançait Goethe, un supérieur affublé du titre de docteur honoris causa peut légitimement chercher un adjoint universitaire, à moins que l’honoris causa opère là comme un repoussoir.

Ces fixations ne s’expliquent que dans le cas où ce serial killer exerce une fonction qui, de son point de vue, est convoitée par ses subalternes, et qu’il ne songe nullement à quitter, même au prix des plus horribles crimes administratifs.

N’étant nullement assuré d’avoir le temps d’acquérir le savoir « sur le tas » et ne daignant se forger par sa propre volonté comme tant de self made men ; il use par conséquent de la seule solution expéditive à sa portée qui, à défaut d’être finale, n’en demeure pas moins efficace : l’élimination pure et simple des concurrents présumés ou potentiels.

Enfin, nous tenons à souligner un des points saillants de ce profil, en affirmant que l’aspect délibérément ciblé de ces crimes administratifs indique, contrairement à ce que l’on pourrait croire, que son auteur est issu de la même communauté que ceux qu’il décime à tour de bras.

Ces singuliers crimes « fratricides » s’expliquent aisément au vu du système politico-administratif en vigueur, qui inculque aux cooptés du système (comble d’un éhonté mensonge auquel ne persistent à croire cupidement que les plus servilement intéressés ) que leurs sièges ne pourraient être menacés que par leurs cousins. La division du travail politique détermine donc l’origine sociale des victimes. Avidement accrochés à leur meuble, certains se contentent de s’équiper d’œillères et de boules Quiès, mais ouvrent grande leur bouche, implorant des deux mains le grand Manitou d’y laisser choir quelques miettes du gargantuesque gâteau. S’ingéniant à plaire et à s’effacer, on se tenait pour dit, semblait-il, que leur monotone carrière perdurerait, tant que leur numéro de faire-valoir servira de devanture minimale aux curieux regards inquisiteurs des étrangers de passage.

Mais voilà qu’opère désormais un dangereux frère prédateur, chamboulant du coup les règles du jeu (quel jeu ? Mais celui du « qui perd gagne », bien sûr !) qu’on pensait établies au sein de cette secte. Son commanditaire protecteur aura certainement décidé de réduire comme peau de chagrin cette devanture communautaire minimale, et il ne pouvait manipuler meilleur exécutant que ce serial killer convaincu d’agir selon ses propres convictions.

Les vraies raisons de ces curieux agissements sont donc ailleurs. Les inhibitions, craintes et autres pathologies de l’individu semblent habilement entretenus, attisés, exploités et dirigés de main de maître, à d’inavouables fins autrement plus machiavéliques et jusqu’au-boutistes que la légitime recherche de l’efficacité bureaucratique. Des horizons que l’esprit peu mature (politiquement s’entend ) de notre tueur en série ne pourrait en aucun cas entrevoir.

PREMIÈRES CONCLUSIONS

Nous sommes finalement arrivés à cerner, du moins dans ses traits essentiels, la personnalité du serial killer, ses motivations et son environnement. Mais il court toujours, et de la même manière qu’un portrait robot aussi réussi soit-il ne peut remplacer un fidèle photomaton, les analyses d’un « profiler » attendent d’être corroborées ou démenties par un réel et exhaustif témoignage.

Pour preuve, le seul « rescapé » à ce jour des agissements du tueur en série fait état, apprend-on de source sûre, d’une curieuse singularité réfractaire à toute analyse objective, depuis les déroulements de ces faits, à deux semaines d’aujourd’hui.

Ce directeur de l’Hôtel des prélèvements, ayant tardé dans son bureau au-delà de 13 heures, aurait échappé in extremis au serial killer, ayant promptement eu le réflexe de claquer la porte au nez d’un individu masqué à la Zorro et brandissant de la main droite un scintillant stylo à plume.

Et, dans ce contact furtif, il aurait nettement aperçu sur les lèvres de ce tueur en série, un large et fendant sourire. Mystère et boule de neige.. Appel à témoins !

La Somalie se cherche encore

LA MÉFIANCE RESTE DE MISE

Dans cette région sensible de la Corne de l’Afrique, le cas de la Somalie demeure une préoccupation majeure pour tous : somaliens d’abord, la communauté régionale, le monde arabe et la communauté internationale. L’insolubilité de cette situation de guerre, de plus d’une décennie, aurait, peut-être, trouvée la solution si les interactions politiques des intérêts (internes et externes) étaient atténuées, du moins, le temps nécessaire pour la réalisation sinon la finalisation et le succès d’une réelle réconciliation entre les parties en conflit en Somalie. Malheureusement, la toute dernière conférence de réconciliation, engagée sous l’égide de la communauté régionale et internationale à Mbgathi au Kenya, semble, elle aussi rendre l’âme, après deux années de discussions et de tiraillement et plus de vingt millions de dollars américains de frais engagés.


La Communauté internationale qui avait salué le succès « inattendu » du Président de la région autonome du Puntland, le Général Abdillahi Youssouf Ahmed, se trouve perplexe devant la position adoptée par l’Assemblée Nationale Transitoire qui l’avait élu il y a de cela deux mois seulement.

En effet, la nomination dans les délais d’un Premier Ministre, Dr Mohamed Ali Guedi, n’ayant pas posé de problème particulier et apparent, la constitution de son équipe gouvernementale s’était heurtée à de multiples difficultés de divers ordres, lesquelles « auraient transgressé » et la Constitution et l’Unité Nationale : une base pour une véritable réconciliation. Cette conférence du Kenya, contrairement au processus de réconciliation d’Arta, avait le mérite d’engager les Chefs de guerre pour qu’une chance définitive à la paix soit donnée. Malheureusement, le problème somalien reste toujours tributaire des ingérences politiques internes et externes dont les impacts demeurent encore minimisés.

Ce dernier point nécessite une autre analyse mais dans l’immédiat la somalie se trouve une fois de plus dans l’impasse. Depuis la mise en place du gouvernement formé par le Premier Ministre le Dr. Mohamed Ali Guedi, une opposition ouverte s’était instaurée entre l’Exécutif et le Législatif.

En effet, alors que déjà un tiraillement grave opposait les parlementaires sur des points du Règlement Intérieur de l’Assemblée provisoire, une réunion avait été convoquée à cet effet. Or, un groupe puissant de cette instance considérait que cette réunion devait débattre plutôt du non-respect de plusieurs articles de la Constitution par le Premier Ministre, notamment ceux portant sur l’équilibre des pouvoirs entre clans dans le gouvernement et la précipitation du Chef de Gouvernement dans la publication de la liste de son équipe avant d’avoir obtenu la confiance de l’Assemblée. En priorité ont-ils jugé par rapport à la révision des articles du règlement intérieur de la Chambre.

Le Président de cette chambre provisoire M. Sharif Hassan jugeant qu’un tel débat prendrait plus d’une séance avait reporté cette rencontre au samedi 11 décembre 2004.

C’est donc lors de cette journée qu’en l’espace de quelques heures et après un débat houleux que celui-ci ordonna le passage au vote de la motion de confiance qui fut procédé à main levée et se solda par le renversement sans appel de la première équipe gouvernementale du Président Abdillahi Youssouf Ahmed, élu par cette même instance un peu plus de deux mois auparavant.

Cette résolution définitive de l’Assemblée provisoire a transformé l’hémicycle en champ de bataille, en ce sens que l’affrontement physique entre parlementaires a fait plusieurs blessés, dont l’ancien Président de l’Assemblée issue d’Arta, M. Abdallah Deero, évacué d’urgence vers un hôpital.

Selon certains témoins présents sur les lieux, des erreurs en matière du non-respect de la constitution avaient été commises de part et d’autre (Exécutif et Législatif) et cette séance devait être l’occasion de les corriger. Malheureusement, celle-ci a constitué la mise à mort de l’unité de la Somalie, puisqu’elle a porté atteinte à l’Intérêt Suprême de la Nation Somalienne telle que prévue dans la Constitution provisoire. Cependant, compte tenu de l’atmosphère tendue ce samedi-là, le Président de l’Assemblée Nationale provisoire aurait volontairement ignoré qu’il avait la possibilité de clore cette séance comme lui autorisait le règlement intérieur. Dans la mesure où il avait appelé au vote de la motion de confiance, cette consultation aurait dû se faire à bulletin secret plutôt qu’à main levée en raison de l’importance de la question. Ce qui aurait pu éviter la transformation de la Chambre en champ de bataille et les députés en chefs de guerre.

Aussi regrettable que soit cette situation pour la Somalie, toujours est-il que, selon certaines sources dignes de foi, un grave malaise se serait néanmoins instauré entre le nouveau Président somalien et le Président de l’Assemblée depuis la nomination de l’équipe gouvernementale. En effet, ce dernier semble considérer que la représentation clanique au sein du gouvernement serait sabotée et remettrait en cause le principe de l’Unité Nationale. D’ailleurs, cette opposition aurait été remarquée, en ce sens que le Président de la Chambre aurait brillé par son absence à la réception offerte en l’honneur de l’Exécutif mis en place.

Quoi qu’il en soit, cette guerre de tranchée paraît encore plus sérieuse, puisque certains députés affirmaient ouvertement qu’en cas de refus de la destitution de l’équipe gouvernementale par le Président de la République, la Chambre se verrait dans l’obligation d’agir en conséquence en lui retirant sa confiance, puisqu’il aurait failli aux responsabilités que lui conférait la Constitution, à savoir la garantie des institutions républicaines et de l’Unité Nationale.

En vérité, selon certains, le Président de l’Assemblée nationale provisoire aurait activement participé au renversement du premier gouvernement intérimaire formé au Kenya, avec des membres de l’Exécutif tels que Mohamed Kanyaré, Ismaël Bouba et le Colonel Shaati Gaduud. Ces ministres se seraient considérés comme lésés dans ce gouvernement et auraient par conséquent choisi la mise à mort de toute l’équipe. D’ailleurs, M. Bouba n’a pas caché sa position puisqu’il a affirmé que le gouvernement de Mohamed Ali Guedi contrevenait à l’Unité scellée au Kenya.

La Constitution permettant au Président Abdillahi Youssouf de reprendre une seconde fois M. Guedi , c’est ce qu’il fit et, à l’heure ou nous mettons sous presse, celui-ci n’a toujours pas formé son équipe depuis une semaine.

En attendant, force est de regretter que les incessantes tables rondes, dépendant d’une diplomatie extérieure avec ce qu’elle comporte d’effets (négatifs ou positifs), s’avèrent être vouées de plus en plus à l’échec, en raison de l’endossement conscient et collectif d’une irresponsabilité de la part de la communauté internationale, à commencer par celle des Etats du premier front : L’Igad.

Cette démission collective face à la détresse humanitaire d’un peuple somalien victime d’une situation de génocide indescriptible et d’une fin définitive pour une destination sans nom, ne semble pas interpeller la conscience collective. La dernière décision de Assemblée Transitoire relève de cet état de fait qui reconduit le statu quo ante pour une permanence de l’anarchie et de la mort pour des centaines de milliers de victimes civiles. « Réalité » reviendra prochainement sur ce dossier.


Communiqué de la LDDH

COMMUNIQUE DE PRESSE

DU 18 DECEMBRE 2004

COMMEMORATION DU MASSACRE D’ARHIBA

LE 18 DECEMBRE 1991

Dans l’après-midi du samedi 18 décembre 2004, sous l’égide de l’Association Djiboutienne des Victimes et des Handicapés de la Guerre, s’est tenue une cérémonie de commémoration au cimetière d’Arhiba, dans une ambiance de prière et dans un contexte de mobilisation en Mémoire aux victimes d’Arhiba et à toutes les victimes de la répression en République de Djibouti.

Malheureusement, force est de regretter que les répressions aveugles continuent de s’abattre sur les populations civiles djiboutiennes, répressions insoutenables, répressions qui perdurent avec leurs lots de morts mystérieuses et d’exécutions extrajudiciaires, répressions qui tuent surtout lors des manifestations pacifiques ou à l’approche, entre autres, des élections présidentielles. Et pourtant, l’indépendance nationale devait en principe permettre à notre Peuple de bénéficier des Libertés fondamentales – c’est l’essence même de l’indépendance -.

Il est légitime de se demander, de se poser des questions, d’essayer de savoir si les dirigeants de notre République continueront encore à salir et de souiller notre drapeau avec le sang de ses enfants ; il serait intéressant d’effectuer des recherches en vue de comparer le nombre des victimes des répressions avant et après l’indépendance ?

Des principes doivent s’imposer et constituer le leitmotiv du combat des Défenseurs des Droits de l’Homme: la lutte contre l’impunité, le combat pour le Droit à la Mémoire des victimes d’Arhiba, de toutes les victimes des Répressions intolérables de la Machine gouvernementale et ce depuis l’accession du pays à l’indépendance.

Dans un esprit de Réconciliation nationale, il est demandé au Chef de l’Etat dans le cadre des pouvoirs qui lui sont conférés, de déclarer et de décréter le « Pardon de l’Etat » ainsi que le droit à la Mémoire à l’égard et à l’attention de toutes les victimes civiles de la répression sur tout le territoire national depuis l’accession de notre pays à l’indépendance Nationale.

Le Président de la LDDH

M. NOEL ABDI Jean-Paul


COMMENTAIRE

Comme le Président de la LDDH, nous constatons et regrettons la persistance de dangereuses pratiques répressives et le règne de l’impunité. Sans nous livrer à une macabre comptabilité historique, il ne nous semble pas exagéré d’avancer que les victimes de ce régime se comptent par milliers depuis l’indépendance.

Ainsi, dans une interview accordée à notre journal à l’occasion du premier anniversaire (de la violation) de l’accord de paix du 12 mai 2001, le regretté Président de l’ARD déclarait : « je ne regrette pas d’avoir fait la paix, même si l’accord qui la sanctionne n’est toujours pas appliqué ; tout comme je ne regrette pas d’avoir lutté pour l’indépendance, même s’il y a eu plus de morts par balles ou torture à l’ombre de notre drapeau qu’en 115 ans de colonialisme. »

L’époque des libertés et de la justice ne semblant pas encore arrivée pour le Peuple djiboutien, il ne lui reste qu’à lutter.

LA REDACTION

Les comptes de la Chambre des Comptes (2)

2 : LA CONFUSION BUDGÉTAIRE

Après un premier survol la semaine dernière, entrons dans le détail du rapport public de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire. A l’heure où le régime vante les mérites de son Budget 2005, examinons les incohérences notoires dont souffre ses prévisions en matière de recettes.


I) la censure exportée

Nous avions suggéré la semaine dernière que la version publique du rapport de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, paru dans le Journal Officiel, n’était qu’une parure expurgée aux fins de tromper les bailleurs de fonds. Le seul fait que, contrairement aux règles de procédure normalement en vigueur pour ce type de travail, les établissements publics épinglés n’aient pas été explicitement mentionnés, donnait une petite idée du volume de non-dit. Mais, pour qui voudrait encore s’en convaincre, voici in extenso un court extrait d’un flagrant délit de censure, tel qu’il apparaît à la page 351, sous la rubrique 5 des « anomalies diverses :

La délibération N° 475 stipule, en son article 34 alinéa premier, que « certains chapitres peuvent comporter des crédits globaux destinés à faire face à des dépenses éventuelles ou accidentelles ». Conformément à cette disposition le chapitre 39.11 inclut l’article 84 intitulé « dépenses imprévues ». De l’examen approfondi des dépenses de cet article ressort des dysfonctionnements graves au regard de la loi budgétaire.

Il fait l’objet, en premier lieu, d’un dépassement chronique des crédits disponibles. Les taux de dépassements de crédit sont faramineux (134,16% en 1999, 104,37% en 2001 et sept fois le crédit en 2000).

En second lieu, cet article est le réceptacle des dépenses diverses et variées. Son existence encourage des telles dérives qui autrement n’auraient pas existées. Au nombre de ces dépenses on peut citer :

Les dépenses imprévues révèlent enfin une gestion budgétaire laxiste par le biais des opérations imputées et l’importance des dépenses de régularisation. »

Comme le lecteur, nous sommes donc restés sur notre faim, car l’énumération que précédaient les deux points a manifestement été censurée dans la version publique de ce rapport.

Sur la base des informations ayant échappé à cette rétention, examinons à présent l’amateurisme, certainement pas innocent, qui préside à l’élaboration du Budget national.

II) des Recettes

Le Rapport note que les procédures prévues par le code des impôts sont souvent ignorées, irrégularités se manifestant par :

1) des écarts entre les recettes indirectes constatées et le recouvrement ;

2) des restes à recouvrer d’impôts directs non justifiés;

3) la non cohérence des informations chiffrées détenues par les structures d’un même service ;

4) la gestion des redevances pour services rendus, susceptibles d’être qualifiée de gestion de fait ;

5) l’irrégularité de la méthode de répartition des pénalités, qui peut constituer également une gestion de fait ;

6) l’abandon de la procédure du traitement des réclamations contentieuses et de la procédure d’admission des émissions en non valeur ;

7) l’absence de politique de contrôle fiscal et de recensement des personnes et produits imposables avec en place d’un fichier central d’identification et de suivi des contribuables ;

8) absence totale de contrôle et de suivi des régies des recettes d’avances en dehors de l’arrêté de caisse effectué le 31 décembre.

Quand on sait que l’élaboration d’un Budget consiste à programmer des dépenses en fonction de recettes escomptées, les dysfonctionnements ci-dessus montrent clairement le laxisme en la matière : même retenu à la source, il existe d’importants écarts entre prévisions virtuelles et réalisations concrètes de l’impôt sur les salaires !

Parmi les recommandations de la Chambre des Comptes en ce domaine, il faut citer :

1) que la Direction de l’Elaboration Budgétaire, du ministère des Finances, présente au plus tard au mois de juin des prévisions argumentées ;

2) que chaque service concerné mette tout en œuvre pour atteindre ses objectifs dans le recouvrement des recettes à sa charge ;

3) engager la responsabilité personnelle et pécuniaire pour les sommes non encaissées ;

4) appliquer rigoureusement la procédure du Code général des impôts en ce qui concerne les réclamations contentieuses et les recours gracieux;

5) renforcer les brigades de contrôle fiscal ;

6) mettre en place un identifiant unique pour chaque contribuable ;

7) répartir clairement les responsabilités entre le Directeur des Recettes et celui des Finances d’une part, de dernier et son chef du service de Recouvrement d’autre part.

Dans un prochain numéro, nous examinerons les incohérences qui président à la définition et à l’application du Budget en ce qui concerne les dépenses.

Là aussi, c’est la pagaille la plus complète qui prévaut, et les critiques à l’égard du premier responsable du ministère des Finances sont pour le moins acerbes et explicites.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 117 du mercredi 15 décembre 2004

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Réalité numéro 117 du mercredi 15 décembre 2004

 

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Malaise dans la société djiboutienne
  4. Communiqué de l’UAD
  5. Lu pour vous « Droits de l’Homme et lutte antiterroriste »
  6. Les comptes de la Chambre des Comptes
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 117

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

MAIS OÙ SONT DONC PASSÉS

LES INTELLECTUELS ?

Quelle que soit l’évolution historico-politique de notre pays, personne ne peut nier que des Djiboutiens tels que Ahmed Dini, Mohamed Ahmed Issa dit Cheikho, Mahmoud Harbi, Omar Osman Rabeh, et bien d’autres ont combattu fièrement pour libérer leur pays du joug colonial. Si, pour certains cette lutte avait été l’idéal d’un pays, d’une Nation qui s’accepte avec ses différences, il en a été autrement pour d’autres, cherchant juste à remplacer le colon.

Pour ne citer que Cheiko, son plaidoyer de mars 1991 avait démontré les limites de la tolérance, le régime n’étant pas près à mesurer l’ampleur des changements qui s’opéraient partout ailleurs de par le monde. C’est au sein de son parti qu’il expliquait l’universalité des droits, celui surtout de penser, de choisir ses idéaux dont la Démocratie se devait désormais d’être le fondement : « Un parti unique qui a quatorze ans d’existence est comme un enfant majeur dans notre religion, capable de procréer, donc notre pays, une République, a le même âge que cet homme. Nous devons nous mettre à changer ce pays et son mode fonctionnement, donc à considérer l’environnement dans lequel nous vivons. Il ne peut y avoir de parti unique parce que seul Dieu est unique» avait-il dit à l’époque. Des intellectuels plus discrets versés dans les lettres ont également participé à la formation de notre liberté d’expression, comme Abdourahman Waberi et bien d’autres…

Mais aujourd’hui, la plupart de nos intellectuels djiboutiens ne sont pas disposés à remplir leur rôle. Beaucoup ont trahi l’espoir que les populations plaçaient en eux. Où est donc passée l’expression libre des centaines de bacheliers, des dizaines de maîtrisards, et des quelques 3e cycle arrivant chaque année sur le marché du travail ? Faudra-t-il dorénavant distinguer entre « nos intellectuels » et « nos diplômés » ?

Y a-t-il lieu de revoir la notion d’intellectuel ? A ce propos, le Larousse nous apprend que l’intellectuel, c’est celui dont la profession comporte essentiellement une activité de l’esprit ou qui a un goût affirmé pour les activités de l’esprit. Pour Le Robert, il s’agit d’un homme chez qui prédominent les activités de l’esprit. Donc c’est bien cela. L’intellectuel est censé produire de la pensée plutôt que produire la matière économique, voire la matière politique, elle-même.

Vociférant hier au passage de la caravane gouvernementale, la plupart des intellectuels se retrouve aujourd’hui dans le convoi de la caravane et dans le rôle d’élites prédatrices. Pas tous heureusement, mais beaucoup attendent à l’affût le rite des remaniements ministériels pour s’insérer dans les rangs du cercle du pouvoir. Pour y parvenir, certains vont créer une galaxie d’associations dont les objectifs inavoués consistent à rappeler au pouvoir qu’ils sont là.

Or, ce qui est demandé aux intellectuels, c’est une attitude de recul et une aptitude à se mettre à distance des différents protagonistes afin de servir éventuellement de relais aux opinions démocratiques des uns et des autres, tout en les alimentant.

Comme le disait Raymond Aron, on ne peut pas être en même temps homme d’action politique et homme d’étude sans porter atteinte à la dignité de l’un ou de l’autre, sans manquer à la vocation de l’un ou de l’autre.

Malheureusement à Djibouti, la mission de l’homme politique a été pervertie par le régime en un simple gagne-pain opportuniste, très peu compatible avec l’objectif de la construction de la Nation. La déconfiture des intellectuels est encore plus accentuée plus aujourd’hui qu’hier à Djibouti, le sommet de la non participation à la vie démocratique de leur nation, une vie démocratique qu’ils appellent pourtant de leur vœux dans le privé, relèvant trop facilement pour eux des injonctions d’un système répressif, maître-chanteur es salaire et travail. A leur décharge, rappelons néanmoins que cette affaire est aussi de la responsabilité de notre époque, où les pays nantis qui offraient l’asile à l’âme tourmentée ont largement déclaré forfait. Il suffit de voir dans quelle misère matérielle et morale pataugent les réfugiés politiques en Europe et en Amérique, quel que soit leur pays d’origine.

Mais il n’y a pas de décharge à sa responsabilité morale envers le pays qui vous a vu naître. Parce que sa contribution est décisive dans la définition de l’identité nationale et dans la revendication du droit à la vie et de la liberté, la démission de l’intellectuel est beaucoup plus grave que les compromissions mercantiles des semeurs de trouble patentés que sont les piliers de ce régime.

S’il ne devait rester qu’un seul privilège à tout intellectuel digne de ce nom, ce serait bien celui de ne pas bêler avec le troupeau docile des serviles uniquement préoccupés de leur réussite personnelle.


Brèves nationales

Tragique accident de la route :

Un ami nous a quittés

Des collisions souvent mortelles surviennent de nuit sur la route nationale entre Djibouti et le PK52, généralement causées par des poids lourds empruntant cette voie. Ainsi, dans la soirée de vendredi dernier, un poids lourd immobilisé sur la chaussée a été violemment percuté par un véhicule rentrant de Tadjourah. Bilan tragique : un mort sur le coup et quatre blessés, dont le chauffeur grièvement atteint. L’homme qui a perdu la vie dans cet accident meurtrier était notre ami et s’appelait Abdoulkader Ahmed Farradé.

Le défunt était bien connu à Djibouti où il comptait de nombreux amis. Homme de culture, cet intellectuel affable avait exercé de hautes responsabilités en Ethiopie dans les années 80. En février 2003, Abdoulkader Ahmed Farradé avait participé au symposium Afar organisé à Djibouti, aux côtés de son ami Djamaleddine A. Redo, cocréateur, avec notre actuel vice-président Ahmed Abdallah dit Dimis, de l’alphabet afar en 1976.

Profondément attristées par la brutale disparition de ce quinquagénaire de valeur, l’ARD et la rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille et aux proches du regretté Abdoulkader Ahmed Farradé. Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. Amin.

INNA LIHHAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.

Listes électorales :

Inscriptions interrompues au 5ème arrondissement

Alors que le ministère de l’Intérieur invite régulièrement les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à l’approche de la clôture des inscriptions officiellement fixée au 31 décembre, quelque chose ne tourne pas rond au 5ème arrondissement de la Capitale. Selon des informations concordantes recueillies par Réalité, les citoyens résidant dans ce secteur n’arrivent plus à s’inscrire sur les listes électorales depuis plus de deux semaines, officiellement, dit-on, par manque de formulaires administratifs.

Si la prédation instituée par la mauvaise gouvernance prive des services entiers de l’administration de tels documents, tout laisse à penser que la manœuvre est cette fois-ci politique. Entre farces et fraudes, les élections demeurent pour ce régime de simples formalités… administratives, avec ou sans documents. En empêchant de la sorte les citoyens de s’inscrire, le régime leur indiquerait-il sa voie d’une sagesse impuissante consistant à ne pas se fatiguer à essayer de s’inscrire ?

Revendication salariales :

Les cheminots réclament leur dû

Depuis quelques mois, rien ne va plus pour les agents du Chemin de fer, privés du paiement régulier des salaires. On se souvient que dès la rentrée, les cheminots avaient bruyamment tenté à plusieurs reprises de bloquer la circulation sur le boulevard de la République, à hauteur du passage à niveau. Ainsi, dimanche dernier, ils ont de nouveau manifesté leur mécontentement en tentant d’interdire la circulation dans ce secteur. Fidèle à ses manies répressives, le régime a immédiatement disposé les forces de l’ordre sur ce parcours. En fin de matinée, un compromis aurait été trouvé entre la direction du CDE et les travailleurs en colère. Les affrontements ont donc été évités de justesse.

Jusqu’à quand le régime fera-t-il la sourde oreille ?

Le PDD coule à Tadjourah :

Son comité rejoint l’ARD

Après avoir pris connaissance de l’exclusion par l’UAD du Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), le comité de l’annexe de Tadjourah de ce parti nous a adressé une lettre de démission collective, signée par le président, le vice-président et le secrétaire général de la section PDD de Tadjourah. Le texte, respectivement signé par MM. Houmed Mohamed Halloïta, Youssouf Omar Houmed, Ali Mohamed Ali et Abbas Mohamed Osman, déclarant agir au nom de tous les militants PDD de Tadjourah, annonce leur ralliement à l’ARD, tout en réaffirmant leur soutien indéfectible à l’UAD. Cette démission serait motivée, selon eux, par le « manque de transparence des responsables du PDD».

A chacun son lecteur :

Le « Progrès » végète

Ses rares lecteurs l’auront remarqué : lorsqu’il s’agit de remplir sa mission qui consiste à dénigrer l’opposition, en insultant ses représentants s’il le faut, notre confrère « Le Progrès » passe presque toujours par de prétendus courriers des lecteurs. Ainsi, dans une récente édition, ce pamphlet de bas étage prétend décrédibiliser toute l’opposition en s’en prenant à notre journal.

Il ne s’agit pas pour nous de répondre, ni ici ni ailleurs, à cette littérature de propagande, mais juste de faire remarquer que les lecteurs de la presse du chef de l’Etat ne semblent prendre la plume que pour insulter, à défaut d’argumenter. Tout comme nos lecteurs auront noté qu’aucun courrier que nous publions ne porte atteinte à la dignité de qui que ce soit : les sujets susceptibles d’inviter au débat sont suffisamment variés pour que nous remplissions nos pages de telles inepties. Le seul courrier ad hominen, que nous avons par ailleurs publié sans aucune hésitation, est celui qui nous vaut d’être actuellement traîné en justice : il dénonçait certains abus de confiance dont l’actuel ministre de la Défense s’était rendu coupable au sein de sa communauté.

Pour le reste, ayant plus sérieux à faire qu’à polémiquer avec ces plumitifs réquisitionnés, nous osons confraternellement proposer à la rédaction du « Progrès » un sujet de réflexion sur une actualité brûlante, récemment traitée même par son ennemi intime, le journal tout aussi gouvernemental « La Nation ». Question posée au pion du RPP : « Est-ce que le riz indien, détourné par la Présidence comme nous l’avions dénoncé, figurait au menu des rations alimentaires récemment distribuées aux populations de Dorra victimes de la sécheresse » ?

Sorties présidentielles :

L’ermite d’Haramous à Ali-Sabieh et Arta

Ainsi que nous l’annoncions la semaine dernière, l’ermite d’Haramous, autrement dit le candidat solitaire, s’apprête à entamer des visites éclairs dans le pays profond. Selon nos informations, il devrait visiter dans le courant de ce mois les deux districts du Nord. C’est bien connu : quand « Réalité » annonce, le régime renonce ou improvise.

Ainsi, déprogrammant sa visite prévue à Obock, le candidat solitaire s’est rendu à Ali-Sabieh le week-end dernier, officiellement pour y faire ses ablutions à l’eau d’Il Jano et prier. Dans l’après-midi, la colonne présidentielle composée d’une noria de 4×4, s’est ébranlée en direction du village d’Arta, où le docteur honoris causa aurait tenu un conclave limité à ses plus proches conseillers. Tout ceci dans l’indifférence générale.

« Réalité » ne manquera pas de relater les faits et gestes d’un candidat fatigué à sa propre succession, histoire de lui rappeler que cette fois-ci, la partie est loin d’être gagnée, malgré la révision complète de la machine à frauder.

La LDDH dénonce la répression à Arhiba :

Pluie de balles et arrestations abusives

Dans un communiqué de presse daté du 11 décembre 2004, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) proteste vigoureusement contre la répression sauvage des manifestants d’Arhiba. Son président Jean-Paul Abdi-Noël a vivement réagi en ces termes :

« Le mardi 7 décembre 2004, suite à une « épreuve de pluie », la population du « ghetto » d’Arhiba a manifesté pour démontrer sa désapprobation contre l’inaction des services de l’État sur sa situation sanitaire dans ce quartier populaire.

C’est, parce qu’inondée, que cette population avait bloqué la circulation pour une urgence, car confiné dans un état sanitaire déplorable.

Cette action interpellait, entre autres, le Ministre de l’Habitat, de l’Assainissement et de l’Environnement du Territoire qui se devait de prendre ses responsabilités en viabilisant tous les quartiers.

Encore une fois, la fusillade a crépité sur la population civile, en blessant les jeunes d’Arhiba, alors que le Conseil des Ministres pavoisait tranquillement à quelques pas de là.

En cette période pré-électorale et comme avant le cycle des importantes élections présidentielles, faut-il encore s’attendre à des emprisonnements, à des morts mystérieux, à des tirs à balles réelles sur des civiles manifestants ?

Alors, faut-il maintenir une équipe au pouvoir qui n’accepte même pas une simple manifestation sanitaire, une simple démonstration afin d’éradiquer tous les fléaux endémiques, entre autre, l’évolution exponentielle du paludisme. . . ?

Tout est possible, surtout quand un coup d’État électoral en faveur du maintien d’une politique foncièrement dictatoriale est non seulement programmé, mais soutenu et encouragé par des éléments non nationaux, par des éléments proches des groupes mafieux ?

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH):

– reste très, très inquiète de la restauration de la politique de répression à l’égard des populations civiles, qui revendiquent et manifestent pacifiquement leurs droits de citoyens, leurs droits prévus par la Constitution, leurs droits fondamentaux prévus par les deux Pactes Internationaux récemment ratifiés, ( plus de deux ans, au moins) par la République de Djibouti ;

– lance un Appel pressant à la Communauté Nationale et Internationale afin que les jeunes arbitrairement incarcérés à Gabode soient immédiatement relaxés, et que tous les autres jeunes encore en garde à vue regagnent rapidement leur foyer.

Brigade municipale :

De quelle municipalité ?

Le statut de Djibouti-ville, prévu par l’Accord de paix du 12 mai 2001 signé entre le FRUD-armé et le gouvernement, serait-il miraculeusement entré en vigueur ? C’est à se le demander, à en croire la presse officielle. « La brigade municipale en action » : c’est sous ce titre ronflant que le journal gouvernemental « La Nation » a consacré lundi 6 décembre, un article à l’unité récemment mise en place en vue de lutter contre les comportements inciviques ( constructions illégales, dégradations de la voie publique, dépôts d’ordures sur la voie publique ) le tout relevant désormais de contraventions dont les produits iront certainement dans les poches des prédateurs patentés. Contravention : le mot est lancé ; la mauvaise gouvernance prédatrice privilégie les amendes avant de s’amender elle-même.

Comment peut-on parler de municipalité dans un pays où il n’existe jusqu’à présent aucune élection municipale ? Qui a élu un maire depuis l’Indépendance ? Pourquoi sans cesse fuir la vérité en mettant la charrue avant les bœufs ? Le jour où le maire et le conseil municipal seront élus, les autorités du district pourront valablement mettre en place une police municipale. Pour l’heure, les agents de la nouvelle brigade mobile équipée d’un seul véhicule, s’apparentent plus à des distributeurs de contraventions abusives.

Que le premier philosophe de l’opacité, en l’occurrence le chef de l’État, fasse montre de civisme avant d’importuner des citoyens trop vite taxés d’activité incivique !



Malaise dans la société djiboutienne

COURRIER DES LECTEURS

Comme le démontre ce courrier, le « narcissisme des petites différences » qu’évoque Freud est instrumentalisé à Djibouti par des affranchis-héritiers fondant leur domination sur la destruction du sentiment national.

Un malaise perceptible mine notre société, marquée à la fois par l’effondrement et l’effritement des valeurs morales, ainsi que par la violence néocoloniale, qui se manifeste non pas directement, mais le plus souvent dans le « discours officiel » lénifiant revêtant la forme d’une véritable « diarrhée verbale». Violence enfin des institutions qui enferment les individus dans des carcans rigides, qui refusent la prise en charge des opinions diverses, du pluralisme de notre société. Djibouti est devenue une taupinière où se cultive la médiocrité et la suffisance ; taupinière dans le sens où rien de grand ne pousse, ne vient remuer les eaux stagnantes du conformisme.

On rétorquera à ce propos que la situation a changé depuis le multipartisme intégral. Quoi que l’on dise, on ne pourra pas nous enlever ce sentiment d’impuissance et de frustration. Que l’on nous explique si cela est vrai, pourquoi les mêmes maux se retrouvent toujours (mais sous des formes édulcorées), qui ont miné par le passé la vie politique de notre Nation : dictature du parti unique, RPP et sa version moderne UMP, Assemblée nationale monocolore.

Le poids du passé : le mythe de l’unité et du consensus.

S’il est un mythe qui a joué un rôle essentiel dans l’histoire de la culture politique djiboutienne, c’est bien celui de l’unité. Dans la culture politique nationale, du moins chez la classe dirigeante, la notion d’ « unité » est élevée au rang de mythe, sans que l’on puisse donner une définition exacte de ce concept. Unité : oui lorsqu’elle participe seulement d’une exigence de paix civile, de tolérance, bref de réunion autour de valeurs saines. Non si elle évite la diversité et le pluralisme des opinions.

En fait, tout s’est joué pendant l’Indépendance. Sous prétexte de lutter contre le tribalisme (l’unité du Peuple revient comme un leitmotiv à partir de 1975), on a étouffé dans l’œuf toute velléité d’indépendance d’esprit et de sens civique. Les conflits ordinaires ont été disqualifiés de facto en étant constamment rapportés comme une menace de guerre civile ou comme l’amorce d’un complot. L’élite politique en arriva à défendre une conception presque rigide de la notion d’unité, tendant à exacerber la distance entre les gouvernés, cantonnés dans la misère morale. C’est pourquoi certains signes observables chez les dirigeants politiques au pouvoir font qu’ils sont devenus les héritiers du colonisateur.

La transformation du parti RPP en parti-Etat, on l’a vu, n’a pas pu avoir d’autre effet qu’un dédoublement inutilement coûteux des structures et des instances de l’État, ainsi qu’une gestion saine de celui-ci au rythme du parti unique. Du reste, ce parti en était-il encore un, du moment que les Djiboutiens en étaient tous obligatoirement membres ?

Enfin, la primauté du parti sur l’Etat nous paraît difficilement acceptable : par principe, l’Etat reste premier et les partis politiques appelés à se succéder au pouvoir demeurent à son service. Le parti devenu une institution suprême a envahi tout l’appareil politico-administratif ; le népotisme et le militantisme d’une part, la médiocrité d’autre part, l’emportent généralement sur la vertu et la compétence. De ce fait, la notion du Bien et du Mal se confond avec la générosité du parti-Etat et la sanction des fonctionnaires coupables devient un non-sens. Le RPP (comme sa version moderne de l’UMP) est devenu la seule norme de référence.

Une telle organisation conduit inévitablement à un monisme politique et à une concentration du pouvoir à outrance par sa personnification. Le Président de notre pays est à la fois le chef du gouvernement et celui d’une Assemblée monocolore dont l’opposition est exclue, qui laisse peu de place à la responsabilité des fonctionnaires et des « élus » normalement au service de l’intérêt général. Dès lors, les rapports avec la population sont verrouillés : la liberté d’expression est pratiquement supprimée au détriment d’une saine critique du fonctionnement des institutions de l’État. La gestion des deniers publics obéit aux impératifs partisans et fait office de « caisse» du parti-Etat, mise à la disposition des autorités du pays qui se comportent comme une véritable nomenklatura: chacun y puise à sa guise et selon son rang.

Le fonctionnement de nos institutions tel que décrit ci-dessus est bien connu et encouragé par les bailleurs de fonds et partenaires étrangers. Comment peut-on trouver normal et juste de demander au Peuple, qui en a été spolié, de rembourser les prêts consentis par ces partenaires et qui ont été détournés par les prédateurs du régime ? Il est dès lors injuste et inhumain que ce même Peuple soit obligé de subir le poids des crédits dont il n’a pas bénéficié et qui fructifient pourtant pour d’autres responsables. L’Indépendance tant attendue par notre Peuple est devenue une vue de l’esprit, la métaphore d’une autre réalité : celle de la domination de l’affranchi-héritier, coupable d’opprimer ses concitoyens décolonisés. L’ordre social instauré depuis l’Indépendance ne change pas en son rapport avec la réalité djiboutienne. Ce qui a constitué dans sa première phase (et nul ne peut nier que nous en sommes restés à ce stade) à récupérer le pouvoir colonial sans en changer ni la forme ni le contenu. L’Indépendance, dans la mesure où elle n’a pas instauré un ordre radicalement nouveau, n’a pas créé d’autres rapports interpersonnels, reconduisant ceux de l’époque précédente.

Ce que l’illustre défunt Ahmed Dini avait craint est devenu une réalité. Voici ce qu’il avait écrit dans « Le Populaire », journal de la LPAI : « notre Indépendance ne sera ni le cadre ni le prétexte ou l’occasion de seulement remplacer des Blancs européens par des Noirs autochtones qui perpétueraient les mentalités, attitudes et comportements de leurs prédécesseurs et maîtres d’hier ». Ce sage conseil du plus illustre fils de notre pays n’a pas été écouté. Voici ce qu’il en advint dans la réalité : « tous les défauts et abus des fonctionnaires coloniaux ont été non seulement conservés par nos propres compatriotes qui ont hérité des fauteuils des Blancs, mais les ont aussi poussés à leur paroxysme. Réalité n°4 du 15 mai 2002).

Très vite, les inadaptations se font jour. Mais qu’a-t-on fait en vérité ? Seul le replâtrage est possible, créer est interdit à l’affranchi-héritier, car ce serait chercher la légitimité ailleurs que dans le système du pouvoir du Maître : c’est ouvrir la voie au retour du refoulé, avec lui d’autres compétences, d’autres élites. Dès lors, la seule posture possible est celle de la philosophie du « comme si », chère à Otto Weininger. Les retouches ont un petit goût de transgression qui tout à la fois effraie et rassure : on risque d’adultérer la pureté des modèles et donc de ne plus se faire reconnaître de ses maîtres, de ne plus apparaître aux yeux de la masse comme légataires universels de ceux-là. Mais les écarts que l’on se permet, si minimes soient-ils, donnent un sentiment d’initiative et de puissance.

Ce qu’il est difficile de faire, ce qui est considéré comme impossible pour nos dirigeants, c’est la refonte des programmes politiques sur la base de la culture effective du grand nombre. Qu’en est-il en réalité ? Elle demeure un mirage et un alibi. Notre tradition, nos langues nationales, notre modernité les a disqualifiées. Le retour à la tradition sonne faux dans la bouche de nos dirigeants. Qui n’évoquent ces valeurs traditionnelles que pour mieux asseoir leur domination. Tradition : c’est devenu le thème favori du groupe dominant qui divertit des problèmes urgents du partage des responsabilités et des richesses, qui se donne bonne conscience en prétendant veiller au patrimoine culturel, se cherche une légitimation ex nihilo comme représentant et sauveur d’une culture menacée. Tandis que, dans la réalité, dans la pratique quotidienne, les disqualifie par la clochardisation de ceux qui en sont encore les véritables porteurs, c’est-à-dire la masse réduite à l’expectative et rongés par tous les maux : Sida, pauvreté, etc.

Mais trêve ! Que ne sert de répandre un tel déluge de paroles! Il faut agir, pas se lamenter.



Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD)

Djibouti, le 13 décembre 2004

COMMUNIQUE

Le monde a célébré le 10 décembre la journée des Droits de l’Homme. Sa commémoration invite tout un chacun à dresser un état des lieux et à œuvrer davantage à leur renforcement. Ce n’est pas un hasard si, à Djibouti, le régime en place a préféré passer cet événement sous silence, et pour cause : la promotion, même sous la forme d’une propagande officielle, des Droits de l’Homme ne peut aucunement contribuer à consolider les ténèbres de la méconnaissance sur lesquelles se fonde son arbitraire. Et ce n’est pas la tragique répression de paisibles manifestants, survenue à Arhiba mardi dernier, qui démentira le mépris dans lequel ce régime dictatorial tient les citoyens. Car, dans l’ensemble des domaines où la consolidation des droits humains fondamentaux devrait être visible et accompagner le processus de développement économique, la République de Djibouti est malheureusement à la traîne, au regard des améliorations généralement observables de par le monde.

Car, ici, le simple fait d’exiger l’évacuation des eaux pluviales dans les quartiers inondés donne lieu à une répression sauvage à coups de balles réelles et à d’arrestations abusives.

Tout aussi gravement, l’on assiste à l’instauration d’une chape de plomb plus lourde qu’à l’époque du parti unique de jure :

le multipartisme intégral n’est que de façade, puisque les fraudes électorales, dont le parti unique n’avait pas besoin du fait de son monopole, sont maintenant érigées en norme pour valider l’usurpation par les urnes;

– le droit à l’obtention d’une carte d’électeur relève désormais d’une faveur uniquement accordée à tous ceux que les multiples formes de chantage rendent vulnérables ;

le droit inaliénable à la citoyenneté est refusé à de larges franges de la population, par le refus de d’enregistrer les naissances et par celui de délivrer les cartes d’identité nationale : même une situation temporaire issue de la colonisation n’a pas été pour le moment régularisée ;

le droit au travail demeure illusoire, malgré le prétendu concours d’accès à la Fonction Publique, le recrutement des agents de l’Etat devenant une occasion pour les dirigeants de fidéliser une clientèle tribale en lui réservant l’accès exclusif aux richesses nationales ;

le nouveau Code du Travail porte encore plus atteinte aux libertés syndicales, par la suppression du salaire minimum garanti comme de toute organisation syndicale véritablement indépendante et représentative des travailleurs;

la nouvelle politique de l’habitat constitue une épée de Damoclès sur la tête des foyers modestes vivant dans les quartiers anciens, insalubres et déshérités de la Capitale, le plus souvent dans l’impossibilité financière, pour cause d’une détérioration de leur pouvoir d’achat due aux multiples pressions fiscales, de racheter un toit que la période coloniale leur avait octroyée en concession provisoire ;

– fondement de tout Etat de droit, il n’existe aucune Justice indépendante, ni aucun tribunal de contentieux administratif censé protéger le citoyen contre les abus, toujours plus nombreux, du pouvoir en place.

Tant que perdurera ce déficit démocratique, toutes les formes de répression seront utilisées par le régime.

En conséquence, l’UAD

– Dénonce les atteintes multiformes portées par le régime contre la concrétisation et le renforcement des droits inaliénables des citoyens djiboutiens, et lance un appel pressant à l’opinion nationale pour qu’elle revendique son droit à la vie ;

– Condamne les auteurs des atrocités commises contre les paisibles manifestants d’Arhiba

– Exige la libération de tous les manifestants arrêtés dans le cadre de ces événements.

Enfin, l’UAD attire l’attention de la communauté internationale sur les conséquences à très court terme qu’une telle situation de non-droit risque d’engendrer pour une paix civile en l’absence de laquelle tout effort de développement reste vain.


Lu pour vous

Pour mieux restituer cette journée dans le contexte actuel des relations internationales, voici l’interview accordée par le président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme à Afrik.com.

DROITS DE L’HOMME ET LUTTE ANTI-TERRORISTE :

LA TORTURE SOUS-TRAITÉE

Sidiki Kaba, président de la FIDH, s’exprime à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme
jeudi 9 décembre 2004, par Saïd Aït-Hatrit.


Comment les impératifs de lutte contre le terrorisme ont conduit, depuis trois ans, partout dans le monde, à une dégradation des Droits de l’Homme ? Comment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en arrivent aujourd’hui à faire sous-traiter les interrogatoires musclés de leurs prisonniers par des Etats peu regardants des droits humains? Sidiki Kaba, président de la FIDH, répond à ces questions à l’occasion de la journée internationale des Droits de l’Homme, célébrée ce vendredi 10 décembre.

Au Maroc et en Tunisie, à Djibouti et en Mauritanie, comme en Grande-Bretagne, en France ou en Tchétchénie, les nouveaux impératifs internationaux de lutte contre le terrorisme ont conduit à un recul de la défense des droits humains. Parce que les puissances internationales ont décidé que sécurité et liberté sont antinomiques. Au grand dam de Sidiki Kaba, président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), qui fait le point avec Afrik.com sur la situation des droits humains dans le monde. C’est justement dans ce contexte que « la pression doit être maintenue avec encore plus de ténacité», souligne-t-il, ce vendredi, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme. L’avocat sénégalais explique comment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en sont arrivés à faire sous-traiter les interrogatoires musclés de leurs prisonniers, soupçonnés de terrorisme, par des pays qui offrent l’avantage de pratiquer encore la torture. Oubliant ainsi la vocation universelle des droits de l’Homme. La FIDH a été créée en 1922. Elle fédère aujourd’hui 142 ligues de défense des droits de l’Homme dans près de 110 pays.


Afrik.com : Par quels moyens la FIDH œuvre-t-elle à la défense des droits de l’homme ?

Sidiki Kaba : Notre principe est qu’il y a une situation universelle des droits de l’Homme, qui appelle une réponse universelle. Nous oeuvrons à sa défense par une panoplie d’actions, en justice, de protestation, d’enquêtes, de lobbying, de mobilisation et de diplomatie des droits de l’Homme. Selon les circonstances, nous utilisons les actions les plus appropriées pour le maximum d’efficacité.

Afrik.com : Comment réalisez-vous vos enquêtes, notamment dans les pays où vous êtes mal acceptés…
Sidiki Kaba : Nous ne rentrons jamais clandestinement dans un pays. Nous travaillons à ciel ouvert. Nous prévenons les autorités que nous avons connaissance d’une situation de violation des droits de l’Homme, de telle sorte que nous puissions avoir les points de vue des victimes, des autorités, des organisations indépendantes et de tout autre témoin capable de confirmer ou infirmer notre thèse.

Afrik.com : A-t-on souvent refusé l’entrée d’une équipe de la FIDH dans un pays ?

Sidiki Kaba : Cela arrive actuellement en Mauritanie. Les autorités considèrent les membres de l’association mauritanienne de défense des droits de l’Homme, avec laquelle nous travaillons, comme des terroristes. Nous avons pourtant condamné les actions terroristes et nous avons depuis longtemps mis en garde les autorités contre une dérive autoritaire qui risquerait de déboucher sur une crise. Mais ces mises en garde sont considérées comme des attaques contre le gouvernement. Nous ne sommes pas contre le pouvoir, nous sommes un contre-pouvoir.

Afrik.com : Vous dites que les défenseurs des droits de l’Homme sont considérés comme des terroristes. Sont-ils traités comme tels ?

Sidiki Kaba : C’est une façon de parler, mais il y a bien des pays où ils sont pourchassés. C’est le cas de la Tunisie, du Zimbabwe, de la RDC (République Démocratique du Congo, ndlr), de la Mauritanie. A l’issu du Forum des ONG, organisé du 20 novembre au 4 décembre avec la Commission africaine, les autorités mauritaniennes ont arrêté plusieurs de leurs ressortissants qui avaient participé à la rencontre et rentraient chez eux. Une femme l’a été en état de grossesse et a dû accoucher dans des conditions dramatiques, amenée de la prison à l’hôpital, puis de l’hôpital à la prison, après l’accouchement. Récemment, la Liprodor (Ligue pour la promotion et la défense des droits de l’Homme, Rwanda, ndlr), avec laquelle nous sommes affiliés au Rwanda, a été dissoute et ses dirigeants, pourchassés, ont dû fuir. Ils sont recherchés à l’heure actuelle. Car ils sont considérés comme des opposants au pouvoir en place. Mais nous ne dénonçons pas pour dénoncer. Nous le faisons toujours sur la base de preuves.

Afrik.com : Les pressions internationales semblent efficaces – en Libye par exemple – pour pousser des Etats à se démocratiser. Mais la question des droits de l’Homme paraît toujours secondaire. Cela a été le cas en Tunisie, lors du passage du Président français, qui a affirmé que le premier des droits était de pouvoir manger, et en Algérie, avec la question des « disparus»…

Sidiki Kaba : Lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’Homme de Vienne, en 1993, il a été répété qu’aucune raison ne peut-être invoquée pour violer les droits de l’Homme. Quand la parole est bâillonnée, il va de soit que cela aboutit à la crise.

On ne peut pas dire : « On vous donne à manger, alors taisez-vous », ni « on ne vous donne pas à manger, mais vous pouvez parler ». Les droits sont liés. En ce qui concerne les « disparus » en Algérie, nous sommes résolument avec eux et nous nous battons aux Nations Unies pour que des Conventions soient adoptées, que les proches puissent faire leur deuil. Quant aux pressions internationales, notamment économiques, nous faisons nous même pression sur les Etats pour que cette arme soit utilisée. Mais nous sommes prudents avec l’embargo, car il touche toujours les populations civiles. Au contraire des dirigeants, qui sont visés, mais qui arrivent souvent à les détourner pour vivre très bien. C’est pourquoi nous appelons à la prise de mesures individuelles contre les dirigeants, comme cela sera peut-être le cas en Côte d’Ivoire, à partir du 15 décembre, contre les autorités et les forces rebelles, si elles ne font aucun effort pour débloquer la crise.

Afrik.com : La lutte contre le terrorisme a restreint les libertés individuelles dans de nombreux pays africains…

Sidiki Kaba : Même en Europe, en Grande-Bretagne, en France… la lutte contre le terrorisme est un alibi pour restreindre les libertés. En Grande Bretagne, un ressortissant étranger arrêté dans une affaire de terrorisme peut être gardé indéfiniment en prison. La torture est devenue d’une insoutenable banalité. Même en Europe. Lorsque l’on entend la justice britannique dire que l’on peut utiliser des aveux extorqués sous la torture en justice! Les juridictions britanniques ont bien reconnu cela dans le cadre d’une affaire antiterroriste. On ne peut pas dire : « Il faut interdire la torture chez soi (ce que fait la Grande-Bretagne, ndlr) et pas chez les autres ». Le résultat est que les Etats-Unis, qui acceptent également ce type d’aveux, envoient des prisonniers se faire torturer dans des pays arabes, puis utilisent les aveux extorqués hors de leurs frontières. Cela a été le cas pour des prisonniers de Guantanamo (Cuba, ndlr). Dans le contexte de lutte contre le terrorisme, la défense des droits de l’Homme est dans une mauvaise posture. Nous sommes coincés dans un triple étau de guerres identitaire, ethnique et religieuse, dans l’étau du droit de la force, surtout avec cet impératif de lutte contre le terrorisme, et dans l’étau de la mondialisation, qui rime avec injustice et exclusion pour l’écrasante majorité de l’humanité.

Afrik.com : Comment la situation des droits de l’Homme a-t-elle évoluée en Afrique ?

Sidiki Kaba : Beaucoup de conflits sont l’occasion de violation des droits de l’Homme. Il y a près de cinq millions de réfugiés et cinq millions de déplacés en Afrique. Trois situations sont particulièrement alarmantes. Dans le Darfour (Ouest du Soudan, ndlr), au-delà des exactions commises par les Janjawid, nous assistons à un désastre humanitaire. En Côte d’Ivoire, les exactions sont commises contre les civils par les forces gouvernementales. Mais l’armée française a aussi été amenée à tuer des civils. Et nous disons que toutes les populations ont droit à la justice. En RDC, il y a eu de graves violations des droits de l’homme en huit ans de conflit : 3,5 millions de morts, 3 millions de déplacés et 3 millions de réfugiés. A l’opposé, nous pouvons nous réjouir de nombreux processus de paix en cours. En RDC, justement, où ce processus est fragile, ainsi qu’au Burundi. Au Mozambique, des élections se sont déroulées après 26 ans de conflit, comme au Ghana, au Cap-Vert, au Kenya, en Zambie ou encore en Namibie…

Afrik.com : La FIDH fonctionne beaucoup par des actions en justice, dont il est facile de mesurer l’efficacité. Mais comment mesurez-vous l’efficacité de vos autres activités ?

Sidiki Kaba : L’an passé, le général Aussaresses n’a pas hésité dans un livre à dire que la torture a été utilisée durant la guerre d’Algérie. Dès que nous l’avons appris, nous avons intenté deux actions en justice pour apologie de crime. Il a été condamné à 10 000 euros d’amende avec son éditeur et s’est pourvu en cassation. J’ai le plaisir de vous annoncer qu’hier, le 8 décembre, son pourvoi a été rejeté par la cour d’appel. Nous oeuvrons ainsi dans de nombreux autres cas : pour Leïla Zaman, en Turquie, en RDC, nous avons tout fait pour que la CPI (Cours pénale internationale, ndlr) soit saisie pour les exactions commises en Ituri. Le dossier sera examiné en 2005. Le tribunal de Meaux a mis fin à la procédure judiciaire dans l’affaire des « disparus du Beach », au Congo Brazzaville, mais nous nous sommes pourvus en cassation, et nous avons encore la Cour européenne de justice si cela ne marche pas. Pour les autres actions, nous ne sommes pas des puisatiers et il est difficile de nous rendre compte de notre efficacité. Mais par exemple, à Guantanamo, 660 prisonniers de 42 nationalités ont été arrêtés pendant deux ans sans bénéficier d’avocats ni de statut. C’est sous la pression internationale, et sous la pression de la FIDH, que la Cour suprême des États-Unis a finalement déclaré leur détention illégale. Ce fut une grande victoire pour nous. Nous formons également des défenseurs des droits de l’Homme, en Afrique, en Asie… pour leur expliquer qu’ils ne doivent pas avoir peur des gendarmes, de l’armée ou de la police car des actions peuvent être intentées contre eux. Nous travaillons pour une évolution des consciences.

Afrik.com : La FIDH a-t-elle toujours fonctionné de la même manière, depuis 1922 ?

Sidiki Kaba : Elle a adapté ses actions à l’évolution et à la complexité de la lutte pour les droits de l’Homme. La nouvelle situation de lutte contre le terrorisme nous pousse à faire preuve d’une grande ténacité judiciaire. Aujourd’hui, les indépendantistes et les opposants sont présentés comme des terroristes. Nous avons condamné les violations des droits de l’Homme en Tchétchénie, mais la Russie a le soutien des États-Unis. De nombreux pays sont en train de dire qu’il faut lever l’embargo sur les armes contre la Chine. Nous disons que le commerce ne doit pas prévaloir sur les droits de l’Homme.

Il est sans aucun doute nécessaire de lutter contre le terrorisme. Mais nous disons que sécurité et liberté ne s’opposent pas.



Les comptes de la chambre des comptes

GABEGIE ET DÉLINQUANCE D’ETAT

Prévue par la Constitution de 1992, créée de manière purement formelle par une loi du 2 juillet 1997 (nomination d’un seul magistrat) et ayant fait l’objet d’un volet de l’accord de paix du 7 février 2000, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire a finalement accouché de son premier rapport général public. Réalité s’en félicite. Nous nous contenterons cette semaine d’en commenter les conclusions et recommandations et entrerons dans le détail de cette caverne d’Ali Baba lors de nos prochaines éditions.


La Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB) a démarré ses activités en septembre 2001, date de prestation de serment du premier groupe de magistrats. Depuis, elle aurait instruit 31 affaires, dont 11 concernant l’administration générale et 20 concernant les établissements publics. Ces investigations ont porté sur le contrôle des comptes des comptables, ainsi qu’une appréciation sur la qualité de gestion. Pourtant, dans cet épais rapport de 400 pages, ne figure aucun arrêt, aucune décision définitive ni aucun rapport d’instruction. C’est dommage ! Cela déprécie la qualité juridictionnelle d’un travail fourni et fouillé, comme en témoignent les innombrables graphiques et tableaux. Aucune sanction non plus.

C’est que, nous expliquent les auteurs, et nous n’avons aucune peine à les croire, « la Chambre a été confrontée à des obstacles de tout ordre dans la conduite des audits : absence ou dépôt tardif des comptes, réticence ou refus de collaboration manifestes, versatilité (multiplicité) des comptes déposés auprès de la juridiction. » Pour les auteurs, « ces difficultés qui constituent de véritables entraves pour la mise en œuvre de ses compétences, sont à mettre sur le compte de l’absence de reddition des comptes, absence d’antécédents d’organes de contrôle à Djibouti et surtout de la mauvaise appréciation des responsables administratifs de la ferme détermination des pouvoirs publics dans la mise en place de cette institution. » Allons donc ! Nos magistrats seraient-ils assez naïfs pour le croire au point de le laisser croire dans un rapport officiel ? Que, de son annonce en 1992, à avril 2004 date de son premier rapport général public, cette institution ait mis douze ans pour voir un fonctionnement presque normal, démontre plutôt l’absence de détermination des pouvoirs publics, puisque ces entraves perdurent encore à ce jour.

D’autre part, son avènement a fait l’objet d’âpres négociations avec tous les partenaires impliqués dans le développement économique et social de notre pays, ainsi qu’avec le FRUD-armé. Et son fonctionnement régulier et normal fait chaque année l’objet de tractations avec les bailleurs de fonds, soucieux d’un minimum de transparence dans la gestion des deniers publics et qui en font une condition du déblocage de l’aide au développement.

La preuve en est pourtant apportée par les auteurs eux-mêmes : « du fait que la Chambre ne disposait pas de budget propre, la Présidence fut son premier donateur en lui attribuant, en 2000, le premier lot de matériel de bureau et 650.000 FD pour le financement de l’atelier de sensibilisation en septembre 2000 », c’est dire sa détermination !!! Ce n’est tout de même pas une petite association. Pour le reste, ce sont donc le PNUD, la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement et la Fondation Africaine pour le Renforcement des Capacités qui ont contribué à sa création et à son fonctionnement à hauteur de 510 millions FD. Examinons alors les observations de la CCDB relatives aux contrôles engagés en 2000-2001 ainsi que les rapports sur l’exécution des lois de Finances.

Durant cette période, sept entités (elles ne sont curieusement pas mentionnées) ont été contrôlées par les magistrats, avec des investigations portant sur les recettes et les dépenses. Même si leur rôle s’est limité à de simples constats, ne boudons pas notre plaisir.

Concernant les recettes, la CCDB relève des défauts d’habilitation des agents de services, exerçant la fonction de régisseur sans y être habilités par un arrêté ; défaut de perception et de reversement des droits par les régisseurs, constatant que « dans la majorité des régies, l’ensemble des recettes, prévu par les textes en vigueur, n’est pas recouvré». Plus grave, les auteurs du rapport notent que « l’ensemble des recettes collectées par la régie n’est par automatiquement reversé au Trésor. » Pourquoi ? Parce que dans certains cas, « la confusion s’est introduite par le fait que les chèques sont libellés au nom de l’organe ou de la personne qui a fourni la prestation et non au nom du Trésor : ce qui rend possible la déperdition des dites recettes. Tous ces dysfonctionnements sont rendus possibles par l’insuffisance du contrôle interne. »

Les principes des finances publiques sont donc allégrement violés puisque certains fonctionnaires, comptables de fait, « s’érigent en ordonnateurs en engageant les deniers collectés à des dépenses de leurs services qu’ils jugent utiles ; l’intégralité de ces opérations échappe complètement aux écritures comptables du Trésorier Payeur Général ». Et bien plus grave, la CCDB aurait même été confrontée à « l’existence de caisses parallèles à celle du Trésorier Payeur Général » !

Défaillance dans la tenue des comptabilités, absence de pièces comptables des ordonnateurs et administrateurs de crédits, imputation budgétaire irrégulière, dépassements de crédits, infractions au code des marchés publics… Comment, dans ces conditions, les pouvoirs publics peuvent-ils sérieusement nous affirmer que depuis 1999, la bonne gouvernance serait une préoccupation et la priorité de l’actuel chef de l’Etat ?

Pour illustrer tous ces dysfonctionnements traduisant une tenace délinquance financière et politique, citons un extrait éloquent de ce rapport : « la ligne budgétaire « réhabilitation du quartier 4 » est dotée de 50.000.000 FD en contrepartie du financement du FED à hauteur de 200.000.000 FD. La contrepartie est consommée à hauteur de 25.086.741 FD destiné aux travaux effectués par une société privée au niveau de l’axe du défilé militaire. Ce qui contrevient à l’objet initial du crédit.

La ligne budgétaire 51002203 « Réhabilitation des infrastructures scolaires en zone de conflit » dispose d’un crédit de 150.000.000 FD au titre d’investissements hors-projets. Le crédit est dépensé pour 136.183.166 FD au profit d’une entreprise au titre des « indemnités et intérêts moratoires » dans le cadre du contrat de construction du CES de Balbala en 1997. L’usage du crédit contrevient à la destination initiale. »

Un défilé militaire plus urgent que l’assainissement d’un quartier ou la réhabilitation des écoles dans les zones affectées par le conflit sacrifiée sur l’autel d’un sombre arriéré datant de 1997, ce ne sont que des amuse-gueule.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 116 du mercredi 8 décembre 2004

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Réalité numéro 116 du mercredi 8 décembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le français en question
  4. Vol d’aigle présidentiel
  5. Une session budgétaire sans Budget
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 116

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

ZINA WAA SIDEE ?

ZINA WAA SIDA

Prendre une décision politique implique parfois, pour tout responsable consciencieux, un choix moral et religieux déchirant. Aussi, ne pouvons-nous que saluer le volontarisme affiché du régime dans sa lutte contre le fléau du Sida : dans un pays dont la Constitution a érigé l’Islam en religion d’État, il fallait oser pour proposer le préservatif comme moyen de ralentir la propagation du VIH. Et le seul fait que les autorités religieuses n’aient pas lancé une fatwa pour vice d’inconstitutionnalité ou d’apostat contre cette publicité de la capote, et de l’incitation à la débauche sexuelle qui en justifie l’usage, montre bien la tolérance et la modernité de notre Islam : se voiler la face serait en effet criminel quand le chiffre des séropositifs atteint ces proportions catastrophiques.

Mais, au-delà du discours officiel et de ses bonnes intentions, force est de regretter que la pratique sur le terrain ne soit pas à la hauteur de la menace : la lutte contre le Sida mérite un peu plus qu’une simple mobilisation folklorique, même si le Premier ministre se donne une importance factice en prétendant que sa seule présence occasionnelle lors d’une journée ad hoc démontre l’importance réelle que son régime accorde à ce problème de santé publique.

La simple présentation par le journal gouvernemental « La Nation » de cette journée de sensibilisation trahirait plutôt une instrumentalisation aux fins de capter un financement extérieur qui fournit l’essentiel des fonds investis dans ce chapitre par le gouvernement : à part le salaire de ses agents, la partie djiboutienne ne prend pratiquement rien en charge. Ce n’est donc pas un hasard si les déclarations de responsables politiques ont intéressé notre confrère beaucoup plus que les considérations, peut-être trop terre à terre des praticiens vivant ce drame au quotidien.

Une déclaration mérite toutefois une mention spéciale dans ce florilège : celle de la Représentante du PNUD insistant sur la nécessité de mettre en place une politique de dépistage. Plus gravement, pour le citoyen responsabilisé, un triptyque mobilisateur clairement défini aurait dû correspondre à la trilogie abstinence-fidélité-préservatif.

Abstinence : elle regroupe la catégorie temporelle et générationnelle la plus importante parce que la plus exposée, à savoir le célibat. A ces jeunes concernés, même si c’est prêcher dans le désert, et pour peu qu’ils soient sensibles aux sermons du vendredi, l’on ne peut que rappeler le Verset 5 de la Sourate 23.

Fidélité : l’important taux de divorce observable dans notre société, imputable aux caractéristiques du marché matrimonial et à la précipitation dans le choix du conjoint ou de la conjointe ( quand choix il y a), tend à suggérer que l’infidélité constitue un facteur non négligeable de la propagation du Sida. A cet égard, l’excitation sexuelle post-khatique mériterait une attention particulière et une lutte plus sérieuse contre le racolage sur la voie publique ne serait pas complètement malvenue.

Préservatif : alors qu’il est facilement disponible dans les plus petites boutiques chez nos voisins, il faut ici se rendre dans un dispensaire (où l’on n’en trouve pas toujours) ou une pharmacie ( à un prix exorbitant) pour s’en procurer. Il y a donc comme une contradiction ( ou une hypocrisie) entre inciter à utiliser ce moyen de protection et ne pas en faciliter l’accès à travers, par exemple, la mise en place de distributeurs aussi discrets qu’accessibles pour les consommateurs potentiels.

Plus dramatiquement, au regard de sa vulnérabilité par sa constitution et par la culturelle, il est primordial de mettre, avec tous les acteurs impliqués dans ce secteur, la femme djiboutienne au centre de cette mobilisation contre le Sida. Et si, en ce domaine, l’UNFD fait véritablement œuvre utile en conscientisant dans les langues maternelles plutôt que dans des affiches en français, il serait irresponsable de ne pas la soutenir dans cette noble tâche.

Parce que, pour de nombreuses raisons, tout donnant lieu de penser que c’est l’homme qui constitue le principal vecteur de propagation du VIH, la protection du sexe pour une fois vraiment faible car dominé et prédisposé, mériterait plus de considération et d’investissement.

Mais, pour la protéger une fois femme d’untel, encore faut-il l’avoir préservée lors du mariage, moment crucial de la contamination, parce que le statut de vierge est plus valorisant que celui de puceau, selon les normes peu musulmanes de la domination masculine. C’est pourquoi nous invitons les autorités concernées à rendre obligatoire un test prénuptial de Sida. De façon marginale, cela contribuera à ralentir la progression de la pandémie en évitant une victime potentielle. D’une façon générale, une telle disposition énergique ne pourra que renforcer la prise de conscience des unes et des autres.

Brèves nationales

Il pleut sur Arhiba :

Mais ce sont des balles réelles !

Dans la matinée d’hier, les habitants d’Arhiba, après avoir vainement exigé que les eaux de pluie inondant leur quartier soient pompées, ont tenu à manifester leur colère en bloquant la circulation sur la route d’Arta. Plutôt que d’envoyer des motopompes, le régime a, dans un élan répressif, immédiatement dépêché sur les lieux les forces anti-émeute, qui ont aussitôt arrosé les paisibles manifestants massés aux abords de la route, de grenades lacrymogènes, également tirées à l’intérieur des habitations.

Les affrontements qui s’en sont suivis ont duré plus de deux heures. Vers midi, les forces de l’ordre auraient fait usage de balles réelles, officiellement tirées en l’air, mais toujours est-il que l’on dénombre au moins quatre blessés dans les rangs des manifestants. De même que le régime aurait ensuite procédé à de nombreuses arrestations.

Ce n’est pas la première fois que ce quartier déshérité subit les foudres d’un régime incapable de lutter contre la dangereuse insalubrité de ce ghetto. Combien faudra-t-il de morts et de blessés parmi une population déjà durement frappée par le chômage et la précarité pour que les autorités, dont la propagande sur la salubrité urbaine bat son plein depuis quelques semaines, prennent enfin leurs responsabilités en se rendant compte que la répression n’a jamais constitué un remède miracle ?

Le directeur de l’OPS limogé-restauré :

La valse de la mauvaise gouvernance

Pourquoi le directeur de l’OPS a-t-il été récemment suspendu ? Mystère, mais il n’empêche : la nouvelle a bien fait l’effet d’une bombe. Non parce que le directeur de l’Office des Prestations Sociales soit connu pour sa générosité à l’égard des travailleurs et des retraités défavorisés, pas plus que pour avoir instauré un climat de travail convivial au sein de son administration. Non, le ci-devant ancien directeur de l’OPS récemment suspendu de ses fonctions pour des raisons que le régime n’a pas daigné expliquer à ses concitoyens, puis tout aussi inexplicablement réintégré à son poste, est tristement célèbre au sein de sa communauté comme étant le chargé de mission pour les affaires pastorales du chef de l’État. Du Day à Hanlé, en passant par Mabla, il a sillonné tous les recoins de la brousse nationale pour se faire la voix de son maître agropastoral, le président de la République, docteur honoris causa.

Il s’agissait donc d’une disgrâce temporaire que rien de sérieux ne pouvait justifier dans ce régime de mauvaise gouvernance. Nul doute qu’en raison de l’opacité dans la gestion des deniers publics en général ou ceux de l’OPS, de l’EDD ou de l’ONED en particulier, un confortable matelas a certainement été mis en place pour amortir cette chute. En tout état de cause, les retraités spoliés dans leurs droits étaient les derniers à regretter cette brutale éviction du responsable de leurs malheurs, éviction que certaines mauvaises langues attribuent à de sombres règlements de compte agitant la périphérie du régime, comme seraient en train d’en faire les frais d’autres hauts fonctionnaires.

C’est donc la valse : après tel ministre démis puis restauré avec perte et fracas, c’est au tour des hauts fonctionnaires de tester la solidité de leur parachute. Comme si le candidat fragilisé voulait mesurer la docilité de ses troupes à l’approche de l’échéance électorale.

Une question se posait avec anxiété : qui aurait désormais fourni le carburant du groupe électrogène que cet ancien directeur avait si généreusement mis à la disposition d’une population vivant à 1300 mètres d’altitude, pour lui permettre de suivre à la télévision les prestations électoralistes de son protecteur candidat à sa propre succession ?

Mais il est peu probable que la chute temporaire de ce haut fonctionnaire ait fait beaucoup d’orphelins, comme le disait à un tout autre propos le griot du régime et ami des siens, généreusement installé dans le logement de fonction normalement occupé par tout directeur de l’OPS. Aux frais de qui ?

Lutte contre les moustiques :

Ça gaze dur !

Samedi dernier en fin d’après-midi, une épaisse couche de fumée s’élevait du côté du marché central; de loin cela ressemblait à un gigantesque incendie. Renseignement pris, c’était une opération de fumigation contre mouches et moustiques dans la Capitale, entreprise « de concert » par les différents services concernés. Tout en saluant pour notre part cet effort visible des pouvoirs publics, certains Djiboutiens affirment avoir été incommodés par cette pulvérisation massive et inattendue de produits toxiques dans ces secteurs très habités ou fréquentés. Force est de reconnaître avec eux que les moustiques ou autres insectes n’ont pas été les seuls surpris par ce déluge de fumée blanche à travers la ville. A l’avenir, il serait plus sage de prévenir les riverains des zones ciblées, sinon cela reviendrait à balancer les bébés avec l’eau de leur bain.

Ces fumées doivent viser en priorité les dépotoirs à ciel ouvert et les zones boisées. Dans une deuxième étape, elles pourront s’étendre aux secteurs fortement infestées. Relevons tout de même que cette lutte soudaine contre l’insalubrité serait plus efficace si les services techniques du district disposaient de bacs à ordures un peu partout, au lieu de ramasser de manière artisanale les détritus déversés sur la voie publique. Prévenir vaut mieux que guérir, n’est-ce pas ?

Insécurité publique :

Peur sur la ville ?

A l’instar des autres grandes villes africaines réputées pour leur dangerosité que sont Abidjan, Lagos, Durban ou Nairobi, notre petite Capitale risque-t-elle de perdre son statut de ville sûre à cause de la mauvaise gouvernance ? Ainsi, depuis que les pouvoirs publics peut-être préoccupés par autre chose, ont baissé les bras dans la lutte contre l’insécurité et la délinquance urbaine, les agressions se multiplient, parfois en plein jour. Même les résidents étrangers, également exposés à ce phénomène, s’en plaignent amèrement. Il ne se passe pas un jour sans que de dangereux délinquants, pour la plupart clandestins, ne s’en prennent impunément aux paisibles nationaux et expatriés. Les sportifs pratiquant le jogging le soir se plaignent régulièrement de la recrudescence de l’insécurité dans les rues de la Capitale.

On raconte qu’il y a quelques jours de cela, aux alentours de 19 heures en plein boulevard de la République, deux dames étrangères cadres du système des Nations Unies, auraient été agressées. Cette insécurité tend à devenir endémique dans toute la Capitale. Les policiers de faction interviennent rarement, préférant racketter et relâcher les délinquants contre le paiement d’une petite somme d’argent que les criminels gardent toujours sur eux, en prévision d’une interpellation intempestive. Corruption de bas étage assez courante lorsque la criminalité à col blanc est à ce point impunie. Si des policiers ripoux entretiennent l’insécurité par leur passivité ou complicité, qui veillera donc sur la sécurité de paisibles passants ?

Voirie publique :

La brouette avant la pelle ?

Poursuivant leur campagne de menaces au moyen de textes réglementaires, les pouvoirs publics annoncent cette semaine que des mesures punitives seront désormais prises à l’encontre des personnes reconnues coupables d’atteintes à la salubrité publique. Ainsi, au lieu de disposer partout dans la ville des bacs à ordures faisant cruellement défaut, les autorités plus promptes à verbaliser qu’à comprendre, prétendent sévir contre l’incivisme en brandissant des règles répressives se présentant sous la forme de contraventions risibles.

La démarche ainsi poursuivie rappelle tristement des sanctions destinées à frapper des fumeurs au prétexte que la salle de réunion est dépourvue de cendriers. Nous le disons et le répétons : que la voirie subitement inspirée commence par équiper la Capitale de bacs à ordures, avant de prétendre sévir contre les manquements directement cause de cette situation de démission.

Il est parfaitement ridicule de présenter dans les pages complaisantes de « La Nation » des messages complètement déconnectés de la réalité. Il serait plus judicieux de mettre fin à la prédation avant de brandir des contraventions abusives surtout destinées à renflouer les poches des petits charognards.

District d’Obock :

Prochaine visite présidentielle

Selon des informations recueillies par notre journal, le candidat solitaire à sa propre succession, autrement dit le grand chef, projetterait de visiter cette ville dans les prochains jours. Pour l’heure, nous ne savons toujours pas si le docteur honoris «creusa» se limitera à l’annonce de la réalisation future dans ce district de nouveaux forages destinés à combattre la soif, ou s’il n’emportera dans ses bagages que les traditionnels cadeaux présidentiels que sont le khat et les vivres généreusement fournis par l’aide alimentaire internationale.

A ce sujet, rappelons tout juste à l’illustre touriste que le principal dépôt de nourritures du PAM (Programme Alimentaire Mondial) dans cette ville est douloureusement vide et que l’entrepôt est dans un état de dégradation avancé.

Après AIR-FAD, compagnie aérienne des forces Armées Djiboutiennes s’acquittant du désenclavement aérien de ce district, quel nouveau cadeau électoraliste l’agronome volant annoncera-t-il lors de sa future escale dans ce district isolé ?

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti le mardi 30 novembre 2004 de M. Bolock Abdou Mohamed. Le défunt, octogénaire, originaire d’Obock, fut un parlementaire connu et respecté. Il était en outre le père de l’ancien ministre Abdou Bolock et l’oncle paternel de notre compagnon Adan Mohamed Abdou.

Il laisse une veuve et quatre enfants.

l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances à toute la famille du défunt Bolock Abdou Mohamed.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. Amin.

Inna Lihhah Wa Inna Ilayhi Raaji’unn.


Le français en question

LÉGITIMITÉ D’UNE CRITIQUE

A l’heure où le régime prétend valoriser l’étude de nos langues nationales, voici un courrier pertinent allant plus loin : pourquoi ne pas les introduire dans le système scolaire, puisque de nombreuses études ont clairement démontré qu’elles facilitaient grandement l’assimilation des connaissances des jeunes écoliers.

Le constat du faible rendement de notre système éducatif montre la nécessité d’engager une réforme profonde en ce domaine. Un débat public s’avèrerait dès lors nécessaire et incontournable pour procéder à une évaluation sans complaisance et à nouvel examen. Si l’on devait résumer les grandes lignes de la nouvelle loi d’orientation qui a été adoptée dans la foulée des États généraux en 2000, deux idées sont à retenir :

1) Adapter notre système éducatif aux réalités socio-culturelles du pays ;

2) Garantir à nos enfants l’accès équitable à une Education de qualité.

Nous ne discuterons pas de la valeur de ces principes. Cependant, s’il est un point sur lequel il nous faudra insister, c’est bien celui de la politique linguistique ainsi poursuivie. En effet, outre qu’elle repose sur de nombreuses contradictions, elle semble suivre le même chemin que celui de la politique linguistique mise en place depuis l’indépendance, bien qu’elle n’ait pas répondu aux besoins de notre société.

Le ministère, en décidant de maintenir le français dans son statut de langue exclusive de scolarisation, a provoqué la déception de tous ceux qui espéraient l’introduction des langues nationales dans le cursus scolaire. Il était incompréhensible pour eux que les pouvoirs publics n’aient pas jugé utile de les enseigner pour parfaire la formation des jeunes citoyens djiboutiens. On le voit, pour l’État, cette question linguistique est secondaire, qui n’explique en rien la crise actuelle que traverse notre système éducatif.

Ne peut-on pas supposer, au contraire, que l’imposition du français comme langue exclusive de l’école puisse expliquer en grande partie la faillite de notre système éducatif ? Bien de maux que nous déplorons aujourd’hui, tels que le phénomène de déscolarisation ou le retard dans l’acquisition des connaissances ne s’éclairent que par ce décalage entre la langue de l’école et celle de la maison.

Personne ne semble trouver étrange, en tout cas, de demander à nos enfants d’acquérir les bases du savoir dans une langue qui n’est pas la leur. Ainsi, deux-tiers des élèves quittent l’école pratiquement analphabètes, sans disposer d’un outil linguistique adéquat pour appréhender la modernité urbaine. Nous n’avons rien dit de plus ici que n’ont déjà affirmé des personnes plus autorisées que nous. Lesquelles ont maintes fois souligné l’incohérence psychologique d’une telle démarche.

S’il est imprudent d’être catégorique dans la réponse, il reste cependant une question que l’on ne saurait écarter d’un revers de main, car on ne fait pas disparaître un problème en le cachant ou en le taisant. Est-il donc sage de demander de renoncer à la langue maternelle dès la première année de sa scolarisation ? Sachant pertinemment qu’ils ne sont pas tous capables de réussir un tel déchirement : certains réagissent par une inhibition intellectuelle générale, alors que d’autres sont sujets à une inhibition affective les conduisant précocement à détester l’école.

Ce renoncement à la langue maternelle est celui qui, de plus, impose incontestablement le plus gros effort, qui participe à l’échec d’une scolarité normale. Il reste enfin le plus difficile à supporter et de surcroît le plus coûteux, car il laisse inutilisées de précieuses énergies. « C’est une chance, a dit Gérard Vigner, pour tout élève de retrouver à l’école des signes qui renvoient à un sens et non à une forêt de hiéroglyphes ».

Autre paradoxe, qui n’est pas le moindre : dans le même temps où le ministère prône un retour à la tradition, affirmant que « l’une des finalités de notre école est d’être le creuset de l’identité djiboutienne, intégrant les valeurs et cultures nationales », il exclut les langues locales du paysage éducatif. Se faisant, il admet du moins implicitement que le français (qui reste une langue étrangère malgré son statut privilégié) paraît tout à fait capable d’exprimer les valeurs culturelles de notre pays. Or, on ne peut séparer langue et culture, tous les linguistes sont d’accord sur ce point, la langue faisant partie intégrante de la culture dont elle véhicule les valeurs. R. Galisson reconnaît que « c’est en tant que pratique sociale et produit socio-historique que la langue est toute pénétrée de culture ».

C’est pourquoi nous affirmons qu’un vrai projet de réforme dans le sens d’une prise en compte de la réalité socio-culturelle, ne peut se réaliser sans une réelle promotion des langues nationales qui sont seules aptes à expliquer à exprimer notre identité. P. Dumont, exprime le même point de vue dans son « français, langue africaine » : « aucune méthode, fut-ce de FLE, ne parviendra jamais à combler le fossé qui sépare l’école de la vie, parce que le seul moyen de réconcilier l’élève africain avec son environnement social, ce n’est pas de lui faire apprendre une langue étrangère, mais bien de lui enseigner à lire et à écrire dans sa langue maternelle ». De plus, c’est bien la seule façon d’éviter que l’école ne condamne à l’échec les enfants des milieux défavorisés (ne constituent-ils pas la majeure partie de nos enfants ?).

Enfin, si l’on veut préserver notre culture, il nous faudra réhabiliter au plus vite le statut de nos langues et faciliter leur introduction dans le système éducatif. Victor Ségalène a écrit dans les « Immémoriaux » qu’ « une culture meurt lorsque l’on retire au langage qui avait pour fonction de la maintenir son éminente dignité de conservation des dieux ».

Si les différents ministres de l’Education ont souligné la nécessité de promouvoir les langues nationales, force est de constater que jusqu’à maintenant, elles ne font l’objet d’aucun enseignement à l’école. De plus, ils ne se sont pas posés et n’ont donc pas résolu les problèmes spécifiques de l’enseignement des langues nationales (formation initiale des maîtres, niveau d’introduction, fonctions assignées à ces langues, etc..). Enfin, si le ministère était convaincu de la nécessité de promouvoir les langues nationales, pourquoi n’a-t-il pas engagé une campagne nationale d’alphabétisation en langues nationales ?

On aura compris, à la lumière de ces faits, il est permis de douter de la réelle volonté du ministère de promouvoir les langues nationales. S’il y a une revendication, elle ne dépasse pas le niveau de la pétition de principe. C’est du reste une faute méthodologique que de résoudre l’épineuse question des langues nationales par des déclarations ou des professions de foi si enthousiastes et si sincères soient-elles.

Reste donc à nous interroger sur les raisons qui ont conduit nos responsables à maintenir le statut quo dans le domaine linguistique (maintenant que nous nous sommes débarrassés de la tutelle coloniale). Mais qu’est-ce donc qui fait du français la langue de l’État, la seule langue de l’institution scolaire ? Par quelle vertu mérite-t-il cette prérogative ?

Le discours de légitimation et sa critique

Pour beaucoup, le français participe à l’unité du pays. P. Dumont note sur un autre passage de son livre « le français, langue africaine » : « les autorités djiboutiennes mises en place depuis l’indépendance ont défini une politique dans laquelle le français est non seulement l’instrument de la cohésion nationale, mais aussi de la résistance d’un pays encore jeune, faible, affirmant son indépendance face au monde arabophone». Faut-il tout d’abord rappeler à P. Dumont que Djibouti fait partie de la Ligue Arabe (et ceci peu après l’accession de notre pays à la souveraineté nationale) et que donc il n’a jamais été question pour notre pays de « résister au monde arabophone ». P. Dumont affirme là, ce qui à ma connaissance, n’a encore été soutenu par personne, à tout le moins, pas par nos élites politiques qui ont peu après l’indépendance de notre pays, décidés de l’adhésion de Djibouti à la Ligue Arabe.

Si l’auteur n’avait pas abandonné la vois historique correcte au profit d’une déduction plus rassurante mais fausse, l’inexactitude de son assertion lui aurait sauté aux yeux. La manière dont P. Dumont explique le conservatisme linguistique révèle en tout cas une légèreté inhabituelle chez l’auteur, légèreté que l’on pourrait expliquer – soit dit en plaisantant – de cette façon : l’auteur a peut-être pris son désir pour la réalité. Il faut en somme considérer cela comme une spéculation personnelle de l’auteur. De plus, soutenir qu’une remise en cause du statut du français raviverait le conflit ethnique n’est rien d’autre qu’une argutie de mauvais aloi, qu’il nous faudra rejeter ; car on ne voit pas comment la langue du colonisateur pourrait raffermir l’unité du pays (d’ailleurs, n’est-ce pas le même argument que l’on invoquait pour retarder l’accession de notre pays à l’indépendance). Enfin, les partisans de cette idéologie ne peuvent pas concevoir que l’on peut forger une nation pluriethnique respectant la diversité culturelle.

Si déjà, nous avons rejeté le parti-pris avec lequel P. Dumont explique le conservatisme linguistique, pour les mêmes raisons, il nous faut rejeter l’argument économique avancé par l’auteur pour justifier du maintien du statu quo linguistique (P. Dumont affirme un peu plus loin sur le même livre que « si les africains ont gagné la bataille idéologique contre le français, par contre, aucun Etat africain n’a les moyens de sa politique linguistique»).

Si déjà, (voir plus haut dans notre article) nous avons loué le courage avec lequel l’auteur a flétri le chauvinisme linguistique, nous refusons par contre de le suivre, lorsqu’au lieu de se borner à constater des faits, il émet des jugements de valeur qui, selon nous, n’ont rien à voir avec la psychologie mais à la morale. Il es malheureux et même quelque peu démoralisant de voir un linguiste de grand talent donner un appui scientifique et sa caution morale à cette entreprise (de « francisation » s’entend) ; car quelque effort que nous faisions, il ne sera jamais couronné de succès.

Pour d’autres, seule l’habitude (plus qu’un choix délibéré) explique le maintien du français dans son statut privilégié.

Sans entamer une discussion philosophique plus approfondie, notons que « l’habitude » étant un concept descriptif, il ne peut tenir lieu d’explication ; autrement dit, il ne peut expliquer le maintien du statu quo linguistique. Voici ce qu’a dit à ce sujet G. Vigner dans « le français, Langue Seconde : une discipline spécifique » in Diagonales n° 4 – déc. 1987 : le choix d’une langue d’enseignement, en Afrique, comme dans d’autres régions du monde ne doit rien au hasard et ne saurait dans tous les cas s’expliquer par le maintien d’une tradition si respectable soit-elle ?

Il nous faut donc chercher ailleurs les raisons profondes de cette élection. Nul mieux que F. Eboussi Boulaga n’a le mieux expliqué cette « étrange fascination » pour le français. Écoutons ce qu’il dit, à ce propos, dans son livre « La crise du Maître » chez Présence africaine. Du fait de la situation coloniale, nous assistons à « l’idéalisation d’une langue de rencontre, la sublimation ou la divinisation d’un vainqueur et de ses modes d’être, accompagnée de la négation de soi et de son corps propre, de sa culture ». Il note dans un autre passage de son livre que presque tous les dirigeants africains ont perpétué le système colonial « sans en changer ni la forme ni le contenu, en faisant comme si les institutions étaient le produit d’une déduction d’un principe universel et non celui d’une histoire sociale singulière ».

C’est pourquoi, il nous faudra dénoncer sans ambages tous ces alibis fallacieux au nom du réalisme. A y regarder de près, ce culte du français ressemble étrangement au dogme chrétien, à la notion du « credo quia absurdum », croire même si c’est absurde (cette notion ne traduit-elle d’ailleurs pas la plus amère auto-ironie ?) ; il est défendu de remettre en question le statut du français comme il est défendu de discuter des dogmes religieux.

Quant à nous, n’étant pas adeptes de la « philosophie du comme si » (et de ses tours de passe-passe), il nous est plus permis de tergiverser plus longtemps : faut-il le rappeler, 70 à 80% de la population ne parle pas français. Certes, vingt-sept ans d’indépendance et trop court pour juger des résultats de l’entreprise (de « francisation » s’entend). Pourtant, quelque effort que nous fournissons, il ne peut pas être couronné de succès même s’il est poursuivi avec le plus grand zèle (le français, bien qu’il ait conservé son statut privilégié, est d’emploi limité, confiné à l’école).

Malgré les arguments qui plaident en faveur des langues nationales, certains de nos compatriotes ne sont pas convaincus de l’utilité de les promouvoir. Chez les enseignants, cette idée suscite un degré de méfiance et d’incrédulité qui excède les limites de l’objectivité et trahit même une nette malveillance (ils n’hésitent pas à tourner en dérision ce qu’ils considèrent comme un combat d’arrière-garde).

Face à cette situation, pour espérer un changement, ce qui est nécessaire, c’est une conversion du cœur et de l’esprit de nos élites politiques et du grand public. Pour cela, il nous faudra agir, on le devine, au niveau des représentations liées au français, car, c’est uniquement de l’évolution des mentalités que nous pouvons attendre un véritable progrès.

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos : loin de moi l’idée de vouloir exclure le français du passage éducatif (personne ne nie qu’il est et restera un facteur de développement et de progrès pour notre pays). Il est néanmoins essentiel de repenser son statut et sa place (les enjeux sont énormes, surtout maintenant que l’on souhaite créer une école de base).

L’intérêt que nous portons, enfin, sur les langues nationales n’est pas seulement pédagogique (comme certains le penseraient qui n’envisagent l’étude de ces langues parce qu’elle préparerait à une meilleure maîtrise de la langue française), il est aussi culturel. L’étude et l’enseignement de langues nationales est la condition préalable de toute promotion d’une littéraire nationale (écrite en langues nationales). Dans un texte qui date de 1937 et dont le thème était « Le problème culturel en A.O.F » in Liberté, négritude et humanisme – Paris – Seuil, 1964) Senghor affirme « qu’il n’y a pas de civilisation sans une littérature qui en exprime les valeurs, et sans une littérature écrite pas de civilisation qui aille au delà de la simple curiosité ethnographique ». Or, demande Senghor, « comment concevoir une littérature indigène qui ne serait pas écrite dans une langue indigène ? ».

On ne peut que s’accorder entièrement sur ce point avec les vues d’un homme aussi averti de ces sujets que Senghor.

Ainsi, pour conclure, nous osons affirmer que toute option visant à réformer notre système éducatif ne peut faire l’économie des principes et remarques énoncés tout au long de cet article.

Abdallah G. Warsama, Instituteur à l’École d’Arhiba



Vol d’aigle présidentiel

HAATUF A-T-IL CAPTÉ LE CRI D’UN ÉPERVIER ?

Lors de sa réunion du 5 décembre, l’UAD a décidé d’exclure le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), estimant que les initiatives personnelles et intempestives du Président de cette formation politique membre de l’UAD étaient incompatibles avec le sérieux que le Peuple djiboutien, lassé des magouilles politiciennes et alimentaires, attend d’une opposition responsable se voulant incarner une véritable alternance démocratique. Retour sur cette décision historique.

Depuis la disparition de son leader historique Ahmed Dini le 12 septembre 2004, l’opposition djiboutienne avait enregistré son premier acte de renaissance le 18 octobre 2004. Cette date marquait l’union retrouvée et resserrée des quatre partis d’opposition au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) dans la perspective du scrutin présidentiel de 2005, par une suspension concertée de la candidature prématurée de l’opposant Mohamed Daoud Chehem à cette élection. Malheureusement, ce dernier vient encore une fois de se dédire à l’occasion d’un entretien avec un journal somalilandais dans un luxueux hôtel de Hargueisa. Pourquoi diable avoir été si loin pour lancer sa campagne électorale : les électeurs djiboutiens sont-ils plus nombreux là-bas qu’ici ?

Pourquoi diable n’avoir pas choisi le cadre d’un luxueux hôtel à Djibouti : les médias djiboutiens, au nombre desquels la RTD, se seraient fait violence pour donner à cette candidature inespérée un écho proportionnel aux attentes du candidat solitaire cherchant désespérément un challenger candide ?

Toujours est-il que le Président du PDD a choisi l’occasion de sa visite à Hargueisa pour se présenter, au nom de son parti et de l’UAD, comme le candidat le mieux placé pour battre celui du régime en place. Qu’il s’exprime à titre personnel, c’est à la direction de son parti d’évaluer en toute indépendance la pertinence de ce positionnement. Qu’il le fasse dans le cadre de l’UAD, cela est inadmissible et appelait une décision à la mesure de cette violation. Car toute cette gesticulation rappelle malheureusement le vol d’un épervier aventurier au-dessus du Beit-el-Wali. Chacun le sait : le candidat solitaire poursuivant tel un aigle son vol plané à la recherche d’une proie facile serait sur le point de fondre sur cet imprudent épervier.

Telle parait être la morale d’une histoire rapportée cette semaine par le quotidien indépendant «Haatuf», paraissant à Hargueisa. Ainsi, dans son édition du 28 novembre 2004, notre confrère somalilandais consacre sa une à notre pays, en relatant généreusement les propos du Président du PDD, lequel aurait récemment séjourné dans la Capitale du Somaliland en compagnie de ses deux lieutenants pour, paraît-il, se reposer et rencontrer des membres de la communauté djiboutienne résidant là-bas.

Jusque là, rien à y redire : tout Djiboutien a le droit de profiter du climat bienfaisant de Hargueisa pour se reposer et visiter des compatriotes. Seul hic : au cours de son séjour, la Président du PDD s’est livré à des confidences publiques quant à ses intentions présidentielles en 2005 et ce en violation flagrante de la démarche unitaire de l’UAD. On se souvient que M. Mohamed Daoud Chehem avait, dès le 30 août 2004, adressé un communiqué à l’AFP annonçant sa candidature à l’élection présidentielle, avant de se rétracter par son communiqué publié le 18 octobre dernier.

Et voilà qu’aujourd’hui le probable challenger du candidat solitaire dit tout le contraire, en affichant ses velléités de candidature, au mépris de la ligne politique de l’UAD à laquelle il a jusqu’à présent prétendu entièrement souscrire. Aussi, convaincue que le linge sale se lave parfois mieux en public et fidèle en cela à sa politique de vérité, l’UAD a-t-elle décidé de publier le 5 décembre 2004 le communiqué suivant, afin que nul doute ne subsiste dans les esprits :

« L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD),

– Fermement attachée au principe de collégialité régissant toute prise de décision en son sein ;

– Rappelant sa position maintes fois réitérées relatives aux conditions préalables à sa participation à toute consultation électorale ;

– Profondément navrée des violations répétées de ce principe de collégialité perpétrées, notamment en août et novembre 2004, par le Président du Parti Djiboutien pour le Développement, M. Mohamed Daoud Chehem, et cela malgré sa lettre d’autocritique du 18 octobre 2004 ;

DECIDE :

en sa réunion extraordinaire de ce dimanche 5 décembre 2004, de procéder à l’exclusion pure et simple de ses rangs du Parti Djiboutien pour le Développement. Cette décision prise à l’unanimité prend effet à compter de ce jour. »

Voilà pour la position officielle de l’UAD, signée par MM. Ismael Guedi Hared, Président de l’UDJ, Ahmed Youssouf Houmed, Président de l’ARD et Souleiman Farah Lodon, Vice-Président du MRD.

Par contre, en tant qu’ARD continuité historique et légitime du FRUD-armé signataire de l’Accord de paix du 12 mai 2001, il nous est impossible de ne pas réagir à certains propos tenus à l’occasion de cette interview par le Président du PDD. Certes, il est vrai qu’il a été emprisonné suite à une fumeuse tentative de coup d’État en 1991, en compagnie de son mentor politique de l’époque (et d’aujourd’hui ?), un ancien politicien des temps coloniaux aujourd’hui membre du comité central du parti au pouvoir.

Mais il est totalement faux et prétentieux de faire croire que, dès sa libération en 1993, il aurait rejoint les rangs de la guérilla : l’origine de celle-ci ne doit absolument rien aux velléités de ce soit-disant putsch manqué et de ses commanditaires putatifs.

Pour le reste, cette regrettable initiative du Président du PDD, croyant pouvoir battre le candidat du régime sans même que soient acceptées les conditions préalables exigées par l’UAD pour toute participation à une consultation électorale transparente et démocratique, ressemble fort à une occulte manipulation visant trois objectifs :

1) discréditer la presse somalilandaise espérant trouver à tout prix une reconnaissance extérieure dans la victoire d’un candidat djiboutien à la présidentielle, sans rien connaître de notre réalité nationale ni de sa réelle représentativité sur l’échiquier politique djiboutien : si le Président Dini, au nom du FRUD, a reconnu le Somaliland dès 1992, l’ARD fidèle à cette position n’a jamais prétendu que sa position devait engager toute l’UAD ; les liens indissolubles qui nous lient au Peuple somalilandais imposent autrement plus de sérieux que cette entreprise électoraliste de charme ;

2) affaiblir l’UAD dont le sérieux est ainsi mis à mal, tendant à faire croire que sa solidité ne serait qu’apparente et que tout opposant, pour peu qu’il y trouve son intérêt personnel, serait prêt à trahir les espérances populaires en lui placées, incitant à une démoralisation qui ne peut servir qu’un régime à l’agonie et en quête de faire-valoir pour cautionner ses pratiques liberticides ;

3) marginaliser l’ARD, continuité historique du FRUD politico-militaire et coupable de dénoncer toutes les violations de l’Accord de paix du 12 mai 2001, en inventant un leader de substitution auréolé d’un passé de maquisard et seul à même d’incarner les aspirations à l’égalité pour laquelle une importante frange de la communauté djiboutienne a tant sacrifié de sa personne et de ses biens, conformément au précepte musulman appelant tout croyant à combattre l’injustice des hypocrites.

Gratuitement, et sans que cela n’apparaisse comme un renfort à cette campagne électorale illégitime, voici des extraits, dans le texte, des propos qui ont valu au Président du PDD son exclusion de l’UAD pour aventurisme politique.

EXTRAITS DES PROPOS D’UN CANDIDAT CANDIDE

Musharaxa madaxweynenimada xisbiga PDD waxa uu ka hadlay arimaha doorashada madaxtimada ee dalka Djibouti ka dhacaysa sannadka foodda inagu soo haya, isaga oo saadaal ka bixiyey rajada uu xisbigiisu ka qabo inuu guulaysto iyo aragtida xisbigiisa ee ku wajahan inay doorashadu u dhici si cadaalad ah iyo inkale.

Sannadkii 1999-kii ayey markii u horaysay doorasho madaxtinimo oo ku dhisan hanaanka xisbiyada badan ka dhacday dalka Djibouti, waxaana ku guulaystay jagada madaxweynenimada Ismaaciil Cumar Geelle oo hadda talada dalkaa hayey muddo 6 sannadood ah, laakiin iminkana inkasta oo aanu si rasmi ah ugu dhawaaqin hadana waxa la filayaa inuu diyaar u yahay inuu mar kale tartamo si uu talada u sii hayo, iyadoo lagu wado inay doorashada madaxtinimada Djaboouti dhacdo inta u dhaxaysa Abril—May, 2005.

« Dadka reer Djabouti marka la eego dhibaatada maanta haysata isbedel bay diyaar u yihiin, anaguna xisbi ahaan taageero badan ayaanu ka haysanaa, markii aan is-sharaxaadda ku dhawaaqayna si weyn ayey dadka reer Djabouti u soo dhoweeyey musharaxnimadayda, waxaanuna doonaynaa inaanu wax ka bedelo maamul-xumada jirta oo aanu soo celino nidaamkii dawladnimo oo ee dalka Djabouti oo lumay, iyo inaanu wax ka qabano dhibaatooyinka haysta dadka reer Djabouti, mucaaradka ayaana aqlabiyadda dadka haysta »ayuu yidhi Mr. Shixim, isaga oo ka jawaabaya inta ay le’eg tahay taageerada uu haystaa.

Musharaxa xisbiga PDD ee mucaaradka Djabouti Maxamed Daa’uud Shixim, waxa uu dhashay sannadkii 1948-kii, wuxuuna ku dhashay degmada Tajura. Isla markaana sannadkii 1977-kii ayuu waxbarasho heer jaamacadeed ah ku soo qaatay dalka Faransiiska, isaga oo shahaado MA ah oo xisaabaadka ah ku soo qaatay jaamacad ku taal Baariis, ka dibna waxa uu masuuliyado ka soo qabtay wasaaradda maaliyadda Djibouti oo uu ka noqday madax sare.

Laakiin sannadkii 1991-kii ayey dawladda Djabouti jeelka dhigtay iyadoo lagu eedeeyey inuu ka qayb qaatay inqilaab ay dawladda Djabouti sheegtay inuu ku talaabsaday siyaasigii Canfarta ahaa ee la odhan jiray Cali Caarif, ka dibna sannadkii 1993-kii ayaa la sii daayey, xiligaa ka dibna waxa uu Mr. Shixim ku biiray jabhaddii mucaaradka ahayd ee la odhan jiray FRUD.

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L’essentiel et le plus grave est dit : selon le probable challenger du candidat solitaire à sa propre succession, les élections de 1999 auraient été régulièrement remportées par le grand chef et celle à venir se dérouleront de manière transparente. Et comme il aurait des chances de la remporter, il reconnaîtra alors le Somaliland. CQFD. C’est si simple de convaincre loin de chez soi !



Une session budgétaire sans Budget

Et en l’absence du grand Argentier !

Si, l’inexistence de toute alternative contraint l’Exécutif à se soumettre à « l’impératif » démocratique, en matière de perfectionnement ce qui s’est passé la semaine dernière à l’Assemblée nationale dément toute avancée graduelle (selon les vœux d’IOG in JAI. cf. Réalité 115) de la démocratie dans notre pays, y compris celle de prendre en considération le peu de rôle dévolu au Législatif par la Constitution de 1992. En effet, la seconde session annuelle dite « session budgétaire » a démontré par sa comédie l’incapacité de l’Assemblée nationale à assumer les responsabilités qui sont les siennes.

En raison des pressions extérieures exigeant une bonne gouvernance, les inquiétudes exprimées par le Président de l’Assemblée nationale, lui feraient craindre, que la non-transmission fin novembre du budget prévisionnel et des réalisations de l’année écoulée par le gouvernement, rende impossible tout débat sur le sujet et tout contrôle budgétaire du parlement. A cet instant même, le Ministre en charge des Finances est absent tout comme les supports budgétaires (Comptes 2004 et prévisions budgétaires 2005).

C’est donc pour justifier ce manquement de l’Exécutif que le Président de l’assemblée nationale tente de trouver à travers son discours une « solution échappatoire », une « issue de sortie honorable », tout en constatant l’existence d’un profond dysfonctionnement du Législatif auquel il propose les corrections suivantes : « la mise en place d’une commission ad-hoc chargée de réformer le règlement intérieur de l’assemblée nationale et d’une expertise internationale pour trouver les voies et les moyens d’améliorer le fonctionnement du parlement ».

Relevant de la connivence cet alibi est grave de conséquences pour le pays. La prochaine refonte du règlement intérieur de l’assemblée nationale n’empêchant pas dans l’immédiat le respect de la légalité de la part du gouvernement et donc de donner les justificatifs de sa gestion passée et à venir, les propositions du Président de la « Chambre » cacheraient plutôt l’inaptitude, voire l’incapacité des mal-élus à jouer pleinement le peu de rôle que leur confère la Constitution. Cette « douloureuse » condition d’existence contribuant certainement à l’accentuation de l’inexistence politique de ces hommes et femmes destinés, en principe, à représenter le peuple et à le défendre contre tous les abus du pouvoir Exécutif, les propos du Président de la Chambre (d’enregistrement) confirme la démocratie version Beit-El-Wali.

C’est donc, en l’absence de tous les documents de base pour les discussions budgétaires, lesquels devaient être déposés, normalement en octobre au bureau de l’assemblée, pour permettre l’étude, le contrôle de la véracité des recettes, et à l’occasion les propositions d’amendements sur les dépenses jugées inopportunes que s’est ouverte cette seconde session. Il est à souligner au passage que, depuis l’indépendance, aucun amendement n’a été enregistré, sauf celui anticonstitutionnel qui avait dénaturé le projet de loi sur la décentralisation adopté dans le cadre des accords de paix définitive de mai 2001 entre le gouvernement et le FRUD-armé.

Si bien que la soumission réelle à l’Exécutif explique dans cette affaire la remarquable docilité du Législatif satisfait d’écouter l’exposé du Premier ministre sur les grandes lignes économiques du budget 2005, non ficelé encore par le ministère de tutelle. A en croire «La Nation», les données économiques lues par le premier des ministres ont été hautement approuvées par l’Assemblée. Quoi qu’il en soit, ce dernier tout en n’évoquant nullement dans son discours l’absence des comptes définitifs des exercices 2002 et 2003, n’a pourtant pas manqué d’exalter les performances économiques de 2004. Un budget que nous avions largement commenté, en son temps, et qui présentait tous les caractères d’une catastrophe économique et sociale pour la population, surtout des faibles revenus, victimes ciblées des multiples pressions fiscales, directes et indirectes. Pour ainsi dire, malgré les augmentations substantielles des impôts sur le revenu salarial, le gouvernement n’arrive pas à dégager un budget 2004 tablé à hauteur de 43 milliards FD. D’ailleurs, les données économiques officielles du second semestre de l’année en cours avaient confirmé nos prévisions.

C’est cette déception réelle que traduit le discours du Premier ministre, prétendant au passage que malgré la flambée des prix du pétrole et les incidences négatives générées par la faiblesse du dollar face à l’Euro, le régime a réussi son pari. Une mystification démentie par la prudence visible sur les prévisions budgétaires pour 2005 lesquelles sont identiques à 2004 et qui explique l’échec des ambitions affichées pour l’année en cours.

Concernant le prix du pétrole, les ménages, derniers consommateurs, en savent davantage. Cependant, les propos du Président de la République dans « Jeune-Afrique l’Intelligent » vantant à la fois la réussite économique et demandant parallèlement des aides conséquentes aux pays du Nord trahissait la réalité vécue par son peuple. Il justifiait sa faillite financière par l’injection des recettes de l’Etat dans la stabilisation des prix du pétrole du marché intérieur. Or, si le pétrole est cher à Djibouti, c’est tout simplement en raison des lourdes taxes et surtaxes multipliant par trois le prix du litre à la pompe, versées à la SIDH (ex EPH), une entreprise au service du régime et à l’objectif non défini.

Parmi les performances chères au Premier ministre sur l’exercice 2004 viennent en tête du palmarès, le trafic portuaire et aéroportuaire. Une argumentation de plus destinée à justifier outrageusement le bradage pur et simple des seuls sites créateurs de richesses, au risque de remettre en cause l’indépendance réelle de notre Nation. En effet, le port, à lui seul concédé pour vingt ans à Dubaï n’a toujours pas, depuis l’année 2000, rendu public ses chiffres (bonnes ou mauvaises).

Une situation qui devait inquiéter les auditeurs de l’assemblée nationale qui n’ont même pas été consultés ni en amont lors de la mise en concession, ni en aval pour l’actuelle décision du gouvernement de confier la gestion des recettes à Dubaï International Port.

« Décision sage et prometteuse » commentée par le Ministre de l’Economie, lequel n’a pas exigé depuis quatre ans bientôt les versements des dividendes tirées du port dans les caisses de l’Etat. Si la prudence doit être de rigueur quand les moyens manquent (pour des raisons relevant de la folie des grandeurs), le Premier ministre ne dit rien sur l’état actuel de la dette nationale, mais parle d’une épargne budgétaire substantielle pour des investissements dans la Capitale et à Ali-Sabieh.

Nous l’excuserons de sa confusion entre un autofinancement et un crédit sur la projection d’un investissement de 1 milliard FD, mais anticipons sur les financements extérieurs de 18 milliards de nos francs, en pariant sur les faibles retombées économiques et en matière d’emplois pour cause d’évaporation, en ce sens qu’elles serviront certainement à contribuer à alimenter les caisses de la campagne présidentielle.

Concernant le bilan de ce mandat, il se résume à : corruption, affairisme, paupérisation, famine, chômage, expropriations de biens publics, etc. Qui dit pire ?


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