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Réalité numéro 116 du mercredi 8 décembre 2004

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Réalité numéro 116 du mercredi 8 décembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le français en question
  4. Vol d’aigle présidentiel
  5. Une session budgétaire sans Budget
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 116

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

ZINA WAA SIDEE ?

ZINA WAA SIDA

Prendre une décision politique implique parfois, pour tout responsable consciencieux, un choix moral et religieux déchirant. Aussi, ne pouvons-nous que saluer le volontarisme affiché du régime dans sa lutte contre le fléau du Sida : dans un pays dont la Constitution a érigé l’Islam en religion d’État, il fallait oser pour proposer le préservatif comme moyen de ralentir la propagation du VIH. Et le seul fait que les autorités religieuses n’aient pas lancé une fatwa pour vice d’inconstitutionnalité ou d’apostat contre cette publicité de la capote, et de l’incitation à la débauche sexuelle qui en justifie l’usage, montre bien la tolérance et la modernité de notre Islam : se voiler la face serait en effet criminel quand le chiffre des séropositifs atteint ces proportions catastrophiques.

Mais, au-delà du discours officiel et de ses bonnes intentions, force est de regretter que la pratique sur le terrain ne soit pas à la hauteur de la menace : la lutte contre le Sida mérite un peu plus qu’une simple mobilisation folklorique, même si le Premier ministre se donne une importance factice en prétendant que sa seule présence occasionnelle lors d’une journée ad hoc démontre l’importance réelle que son régime accorde à ce problème de santé publique.

La simple présentation par le journal gouvernemental « La Nation » de cette journée de sensibilisation trahirait plutôt une instrumentalisation aux fins de capter un financement extérieur qui fournit l’essentiel des fonds investis dans ce chapitre par le gouvernement : à part le salaire de ses agents, la partie djiboutienne ne prend pratiquement rien en charge. Ce n’est donc pas un hasard si les déclarations de responsables politiques ont intéressé notre confrère beaucoup plus que les considérations, peut-être trop terre à terre des praticiens vivant ce drame au quotidien.

Une déclaration mérite toutefois une mention spéciale dans ce florilège : celle de la Représentante du PNUD insistant sur la nécessité de mettre en place une politique de dépistage. Plus gravement, pour le citoyen responsabilisé, un triptyque mobilisateur clairement défini aurait dû correspondre à la trilogie abstinence-fidélité-préservatif.

Abstinence : elle regroupe la catégorie temporelle et générationnelle la plus importante parce que la plus exposée, à savoir le célibat. A ces jeunes concernés, même si c’est prêcher dans le désert, et pour peu qu’ils soient sensibles aux sermons du vendredi, l’on ne peut que rappeler le Verset 5 de la Sourate 23.

Fidélité : l’important taux de divorce observable dans notre société, imputable aux caractéristiques du marché matrimonial et à la précipitation dans le choix du conjoint ou de la conjointe ( quand choix il y a), tend à suggérer que l’infidélité constitue un facteur non négligeable de la propagation du Sida. A cet égard, l’excitation sexuelle post-khatique mériterait une attention particulière et une lutte plus sérieuse contre le racolage sur la voie publique ne serait pas complètement malvenue.

Préservatif : alors qu’il est facilement disponible dans les plus petites boutiques chez nos voisins, il faut ici se rendre dans un dispensaire (où l’on n’en trouve pas toujours) ou une pharmacie ( à un prix exorbitant) pour s’en procurer. Il y a donc comme une contradiction ( ou une hypocrisie) entre inciter à utiliser ce moyen de protection et ne pas en faciliter l’accès à travers, par exemple, la mise en place de distributeurs aussi discrets qu’accessibles pour les consommateurs potentiels.

Plus dramatiquement, au regard de sa vulnérabilité par sa constitution et par la culturelle, il est primordial de mettre, avec tous les acteurs impliqués dans ce secteur, la femme djiboutienne au centre de cette mobilisation contre le Sida. Et si, en ce domaine, l’UNFD fait véritablement œuvre utile en conscientisant dans les langues maternelles plutôt que dans des affiches en français, il serait irresponsable de ne pas la soutenir dans cette noble tâche.

Parce que, pour de nombreuses raisons, tout donnant lieu de penser que c’est l’homme qui constitue le principal vecteur de propagation du VIH, la protection du sexe pour une fois vraiment faible car dominé et prédisposé, mériterait plus de considération et d’investissement.

Mais, pour la protéger une fois femme d’untel, encore faut-il l’avoir préservée lors du mariage, moment crucial de la contamination, parce que le statut de vierge est plus valorisant que celui de puceau, selon les normes peu musulmanes de la domination masculine. C’est pourquoi nous invitons les autorités concernées à rendre obligatoire un test prénuptial de Sida. De façon marginale, cela contribuera à ralentir la progression de la pandémie en évitant une victime potentielle. D’une façon générale, une telle disposition énergique ne pourra que renforcer la prise de conscience des unes et des autres.

Brèves nationales

Il pleut sur Arhiba :

Mais ce sont des balles réelles !

Dans la matinée d’hier, les habitants d’Arhiba, après avoir vainement exigé que les eaux de pluie inondant leur quartier soient pompées, ont tenu à manifester leur colère en bloquant la circulation sur la route d’Arta. Plutôt que d’envoyer des motopompes, le régime a, dans un élan répressif, immédiatement dépêché sur les lieux les forces anti-émeute, qui ont aussitôt arrosé les paisibles manifestants massés aux abords de la route, de grenades lacrymogènes, également tirées à l’intérieur des habitations.

Les affrontements qui s’en sont suivis ont duré plus de deux heures. Vers midi, les forces de l’ordre auraient fait usage de balles réelles, officiellement tirées en l’air, mais toujours est-il que l’on dénombre au moins quatre blessés dans les rangs des manifestants. De même que le régime aurait ensuite procédé à de nombreuses arrestations.

Ce n’est pas la première fois que ce quartier déshérité subit les foudres d’un régime incapable de lutter contre la dangereuse insalubrité de ce ghetto. Combien faudra-t-il de morts et de blessés parmi une population déjà durement frappée par le chômage et la précarité pour que les autorités, dont la propagande sur la salubrité urbaine bat son plein depuis quelques semaines, prennent enfin leurs responsabilités en se rendant compte que la répression n’a jamais constitué un remède miracle ?

Le directeur de l’OPS limogé-restauré :

La valse de la mauvaise gouvernance

Pourquoi le directeur de l’OPS a-t-il été récemment suspendu ? Mystère, mais il n’empêche : la nouvelle a bien fait l’effet d’une bombe. Non parce que le directeur de l’Office des Prestations Sociales soit connu pour sa générosité à l’égard des travailleurs et des retraités défavorisés, pas plus que pour avoir instauré un climat de travail convivial au sein de son administration. Non, le ci-devant ancien directeur de l’OPS récemment suspendu de ses fonctions pour des raisons que le régime n’a pas daigné expliquer à ses concitoyens, puis tout aussi inexplicablement réintégré à son poste, est tristement célèbre au sein de sa communauté comme étant le chargé de mission pour les affaires pastorales du chef de l’État. Du Day à Hanlé, en passant par Mabla, il a sillonné tous les recoins de la brousse nationale pour se faire la voix de son maître agropastoral, le président de la République, docteur honoris causa.

Il s’agissait donc d’une disgrâce temporaire que rien de sérieux ne pouvait justifier dans ce régime de mauvaise gouvernance. Nul doute qu’en raison de l’opacité dans la gestion des deniers publics en général ou ceux de l’OPS, de l’EDD ou de l’ONED en particulier, un confortable matelas a certainement été mis en place pour amortir cette chute. En tout état de cause, les retraités spoliés dans leurs droits étaient les derniers à regretter cette brutale éviction du responsable de leurs malheurs, éviction que certaines mauvaises langues attribuent à de sombres règlements de compte agitant la périphérie du régime, comme seraient en train d’en faire les frais d’autres hauts fonctionnaires.

C’est donc la valse : après tel ministre démis puis restauré avec perte et fracas, c’est au tour des hauts fonctionnaires de tester la solidité de leur parachute. Comme si le candidat fragilisé voulait mesurer la docilité de ses troupes à l’approche de l’échéance électorale.

Une question se posait avec anxiété : qui aurait désormais fourni le carburant du groupe électrogène que cet ancien directeur avait si généreusement mis à la disposition d’une population vivant à 1300 mètres d’altitude, pour lui permettre de suivre à la télévision les prestations électoralistes de son protecteur candidat à sa propre succession ?

Mais il est peu probable que la chute temporaire de ce haut fonctionnaire ait fait beaucoup d’orphelins, comme le disait à un tout autre propos le griot du régime et ami des siens, généreusement installé dans le logement de fonction normalement occupé par tout directeur de l’OPS. Aux frais de qui ?

Lutte contre les moustiques :

Ça gaze dur !

Samedi dernier en fin d’après-midi, une épaisse couche de fumée s’élevait du côté du marché central; de loin cela ressemblait à un gigantesque incendie. Renseignement pris, c’était une opération de fumigation contre mouches et moustiques dans la Capitale, entreprise « de concert » par les différents services concernés. Tout en saluant pour notre part cet effort visible des pouvoirs publics, certains Djiboutiens affirment avoir été incommodés par cette pulvérisation massive et inattendue de produits toxiques dans ces secteurs très habités ou fréquentés. Force est de reconnaître avec eux que les moustiques ou autres insectes n’ont pas été les seuls surpris par ce déluge de fumée blanche à travers la ville. A l’avenir, il serait plus sage de prévenir les riverains des zones ciblées, sinon cela reviendrait à balancer les bébés avec l’eau de leur bain.

Ces fumées doivent viser en priorité les dépotoirs à ciel ouvert et les zones boisées. Dans une deuxième étape, elles pourront s’étendre aux secteurs fortement infestées. Relevons tout de même que cette lutte soudaine contre l’insalubrité serait plus efficace si les services techniques du district disposaient de bacs à ordures un peu partout, au lieu de ramasser de manière artisanale les détritus déversés sur la voie publique. Prévenir vaut mieux que guérir, n’est-ce pas ?

Insécurité publique :

Peur sur la ville ?

A l’instar des autres grandes villes africaines réputées pour leur dangerosité que sont Abidjan, Lagos, Durban ou Nairobi, notre petite Capitale risque-t-elle de perdre son statut de ville sûre à cause de la mauvaise gouvernance ? Ainsi, depuis que les pouvoirs publics peut-être préoccupés par autre chose, ont baissé les bras dans la lutte contre l’insécurité et la délinquance urbaine, les agressions se multiplient, parfois en plein jour. Même les résidents étrangers, également exposés à ce phénomène, s’en plaignent amèrement. Il ne se passe pas un jour sans que de dangereux délinquants, pour la plupart clandestins, ne s’en prennent impunément aux paisibles nationaux et expatriés. Les sportifs pratiquant le jogging le soir se plaignent régulièrement de la recrudescence de l’insécurité dans les rues de la Capitale.

On raconte qu’il y a quelques jours de cela, aux alentours de 19 heures en plein boulevard de la République, deux dames étrangères cadres du système des Nations Unies, auraient été agressées. Cette insécurité tend à devenir endémique dans toute la Capitale. Les policiers de faction interviennent rarement, préférant racketter et relâcher les délinquants contre le paiement d’une petite somme d’argent que les criminels gardent toujours sur eux, en prévision d’une interpellation intempestive. Corruption de bas étage assez courante lorsque la criminalité à col blanc est à ce point impunie. Si des policiers ripoux entretiennent l’insécurité par leur passivité ou complicité, qui veillera donc sur la sécurité de paisibles passants ?

Voirie publique :

La brouette avant la pelle ?

Poursuivant leur campagne de menaces au moyen de textes réglementaires, les pouvoirs publics annoncent cette semaine que des mesures punitives seront désormais prises à l’encontre des personnes reconnues coupables d’atteintes à la salubrité publique. Ainsi, au lieu de disposer partout dans la ville des bacs à ordures faisant cruellement défaut, les autorités plus promptes à verbaliser qu’à comprendre, prétendent sévir contre l’incivisme en brandissant des règles répressives se présentant sous la forme de contraventions risibles.

La démarche ainsi poursuivie rappelle tristement des sanctions destinées à frapper des fumeurs au prétexte que la salle de réunion est dépourvue de cendriers. Nous le disons et le répétons : que la voirie subitement inspirée commence par équiper la Capitale de bacs à ordures, avant de prétendre sévir contre les manquements directement cause de cette situation de démission.

Il est parfaitement ridicule de présenter dans les pages complaisantes de « La Nation » des messages complètement déconnectés de la réalité. Il serait plus judicieux de mettre fin à la prédation avant de brandir des contraventions abusives surtout destinées à renflouer les poches des petits charognards.

District d’Obock :

Prochaine visite présidentielle

Selon des informations recueillies par notre journal, le candidat solitaire à sa propre succession, autrement dit le grand chef, projetterait de visiter cette ville dans les prochains jours. Pour l’heure, nous ne savons toujours pas si le docteur honoris «creusa» se limitera à l’annonce de la réalisation future dans ce district de nouveaux forages destinés à combattre la soif, ou s’il n’emportera dans ses bagages que les traditionnels cadeaux présidentiels que sont le khat et les vivres généreusement fournis par l’aide alimentaire internationale.

A ce sujet, rappelons tout juste à l’illustre touriste que le principal dépôt de nourritures du PAM (Programme Alimentaire Mondial) dans cette ville est douloureusement vide et que l’entrepôt est dans un état de dégradation avancé.

Après AIR-FAD, compagnie aérienne des forces Armées Djiboutiennes s’acquittant du désenclavement aérien de ce district, quel nouveau cadeau électoraliste l’agronome volant annoncera-t-il lors de sa future escale dans ce district isolé ?

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti le mardi 30 novembre 2004 de M. Bolock Abdou Mohamed. Le défunt, octogénaire, originaire d’Obock, fut un parlementaire connu et respecté. Il était en outre le père de l’ancien ministre Abdou Bolock et l’oncle paternel de notre compagnon Adan Mohamed Abdou.

Il laisse une veuve et quatre enfants.

l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances à toute la famille du défunt Bolock Abdou Mohamed.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. Amin.

Inna Lihhah Wa Inna Ilayhi Raaji’unn.


Le français en question

LÉGITIMITÉ D’UNE CRITIQUE

A l’heure où le régime prétend valoriser l’étude de nos langues nationales, voici un courrier pertinent allant plus loin : pourquoi ne pas les introduire dans le système scolaire, puisque de nombreuses études ont clairement démontré qu’elles facilitaient grandement l’assimilation des connaissances des jeunes écoliers.

Le constat du faible rendement de notre système éducatif montre la nécessité d’engager une réforme profonde en ce domaine. Un débat public s’avèrerait dès lors nécessaire et incontournable pour procéder à une évaluation sans complaisance et à nouvel examen. Si l’on devait résumer les grandes lignes de la nouvelle loi d’orientation qui a été adoptée dans la foulée des États généraux en 2000, deux idées sont à retenir :

1) Adapter notre système éducatif aux réalités socio-culturelles du pays ;

2) Garantir à nos enfants l’accès équitable à une Education de qualité.

Nous ne discuterons pas de la valeur de ces principes. Cependant, s’il est un point sur lequel il nous faudra insister, c’est bien celui de la politique linguistique ainsi poursuivie. En effet, outre qu’elle repose sur de nombreuses contradictions, elle semble suivre le même chemin que celui de la politique linguistique mise en place depuis l’indépendance, bien qu’elle n’ait pas répondu aux besoins de notre société.

Le ministère, en décidant de maintenir le français dans son statut de langue exclusive de scolarisation, a provoqué la déception de tous ceux qui espéraient l’introduction des langues nationales dans le cursus scolaire. Il était incompréhensible pour eux que les pouvoirs publics n’aient pas jugé utile de les enseigner pour parfaire la formation des jeunes citoyens djiboutiens. On le voit, pour l’État, cette question linguistique est secondaire, qui n’explique en rien la crise actuelle que traverse notre système éducatif.

Ne peut-on pas supposer, au contraire, que l’imposition du français comme langue exclusive de l’école puisse expliquer en grande partie la faillite de notre système éducatif ? Bien de maux que nous déplorons aujourd’hui, tels que le phénomène de déscolarisation ou le retard dans l’acquisition des connaissances ne s’éclairent que par ce décalage entre la langue de l’école et celle de la maison.

Personne ne semble trouver étrange, en tout cas, de demander à nos enfants d’acquérir les bases du savoir dans une langue qui n’est pas la leur. Ainsi, deux-tiers des élèves quittent l’école pratiquement analphabètes, sans disposer d’un outil linguistique adéquat pour appréhender la modernité urbaine. Nous n’avons rien dit de plus ici que n’ont déjà affirmé des personnes plus autorisées que nous. Lesquelles ont maintes fois souligné l’incohérence psychologique d’une telle démarche.

S’il est imprudent d’être catégorique dans la réponse, il reste cependant une question que l’on ne saurait écarter d’un revers de main, car on ne fait pas disparaître un problème en le cachant ou en le taisant. Est-il donc sage de demander de renoncer à la langue maternelle dès la première année de sa scolarisation ? Sachant pertinemment qu’ils ne sont pas tous capables de réussir un tel déchirement : certains réagissent par une inhibition intellectuelle générale, alors que d’autres sont sujets à une inhibition affective les conduisant précocement à détester l’école.

Ce renoncement à la langue maternelle est celui qui, de plus, impose incontestablement le plus gros effort, qui participe à l’échec d’une scolarité normale. Il reste enfin le plus difficile à supporter et de surcroît le plus coûteux, car il laisse inutilisées de précieuses énergies. « C’est une chance, a dit Gérard Vigner, pour tout élève de retrouver à l’école des signes qui renvoient à un sens et non à une forêt de hiéroglyphes ».

Autre paradoxe, qui n’est pas le moindre : dans le même temps où le ministère prône un retour à la tradition, affirmant que « l’une des finalités de notre école est d’être le creuset de l’identité djiboutienne, intégrant les valeurs et cultures nationales », il exclut les langues locales du paysage éducatif. Se faisant, il admet du moins implicitement que le français (qui reste une langue étrangère malgré son statut privilégié) paraît tout à fait capable d’exprimer les valeurs culturelles de notre pays. Or, on ne peut séparer langue et culture, tous les linguistes sont d’accord sur ce point, la langue faisant partie intégrante de la culture dont elle véhicule les valeurs. R. Galisson reconnaît que « c’est en tant que pratique sociale et produit socio-historique que la langue est toute pénétrée de culture ».

C’est pourquoi nous affirmons qu’un vrai projet de réforme dans le sens d’une prise en compte de la réalité socio-culturelle, ne peut se réaliser sans une réelle promotion des langues nationales qui sont seules aptes à expliquer à exprimer notre identité. P. Dumont, exprime le même point de vue dans son « français, langue africaine » : « aucune méthode, fut-ce de FLE, ne parviendra jamais à combler le fossé qui sépare l’école de la vie, parce que le seul moyen de réconcilier l’élève africain avec son environnement social, ce n’est pas de lui faire apprendre une langue étrangère, mais bien de lui enseigner à lire et à écrire dans sa langue maternelle ». De plus, c’est bien la seule façon d’éviter que l’école ne condamne à l’échec les enfants des milieux défavorisés (ne constituent-ils pas la majeure partie de nos enfants ?).

Enfin, si l’on veut préserver notre culture, il nous faudra réhabiliter au plus vite le statut de nos langues et faciliter leur introduction dans le système éducatif. Victor Ségalène a écrit dans les « Immémoriaux » qu’ « une culture meurt lorsque l’on retire au langage qui avait pour fonction de la maintenir son éminente dignité de conservation des dieux ».

Si les différents ministres de l’Education ont souligné la nécessité de promouvoir les langues nationales, force est de constater que jusqu’à maintenant, elles ne font l’objet d’aucun enseignement à l’école. De plus, ils ne se sont pas posés et n’ont donc pas résolu les problèmes spécifiques de l’enseignement des langues nationales (formation initiale des maîtres, niveau d’introduction, fonctions assignées à ces langues, etc..). Enfin, si le ministère était convaincu de la nécessité de promouvoir les langues nationales, pourquoi n’a-t-il pas engagé une campagne nationale d’alphabétisation en langues nationales ?

On aura compris, à la lumière de ces faits, il est permis de douter de la réelle volonté du ministère de promouvoir les langues nationales. S’il y a une revendication, elle ne dépasse pas le niveau de la pétition de principe. C’est du reste une faute méthodologique que de résoudre l’épineuse question des langues nationales par des déclarations ou des professions de foi si enthousiastes et si sincères soient-elles.

Reste donc à nous interroger sur les raisons qui ont conduit nos responsables à maintenir le statut quo dans le domaine linguistique (maintenant que nous nous sommes débarrassés de la tutelle coloniale). Mais qu’est-ce donc qui fait du français la langue de l’État, la seule langue de l’institution scolaire ? Par quelle vertu mérite-t-il cette prérogative ?

Le discours de légitimation et sa critique

Pour beaucoup, le français participe à l’unité du pays. P. Dumont note sur un autre passage de son livre « le français, langue africaine » : « les autorités djiboutiennes mises en place depuis l’indépendance ont défini une politique dans laquelle le français est non seulement l’instrument de la cohésion nationale, mais aussi de la résistance d’un pays encore jeune, faible, affirmant son indépendance face au monde arabophone». Faut-il tout d’abord rappeler à P. Dumont que Djibouti fait partie de la Ligue Arabe (et ceci peu après l’accession de notre pays à la souveraineté nationale) et que donc il n’a jamais été question pour notre pays de « résister au monde arabophone ». P. Dumont affirme là, ce qui à ma connaissance, n’a encore été soutenu par personne, à tout le moins, pas par nos élites politiques qui ont peu après l’indépendance de notre pays, décidés de l’adhésion de Djibouti à la Ligue Arabe.

Si l’auteur n’avait pas abandonné la vois historique correcte au profit d’une déduction plus rassurante mais fausse, l’inexactitude de son assertion lui aurait sauté aux yeux. La manière dont P. Dumont explique le conservatisme linguistique révèle en tout cas une légèreté inhabituelle chez l’auteur, légèreté que l’on pourrait expliquer – soit dit en plaisantant – de cette façon : l’auteur a peut-être pris son désir pour la réalité. Il faut en somme considérer cela comme une spéculation personnelle de l’auteur. De plus, soutenir qu’une remise en cause du statut du français raviverait le conflit ethnique n’est rien d’autre qu’une argutie de mauvais aloi, qu’il nous faudra rejeter ; car on ne voit pas comment la langue du colonisateur pourrait raffermir l’unité du pays (d’ailleurs, n’est-ce pas le même argument que l’on invoquait pour retarder l’accession de notre pays à l’indépendance). Enfin, les partisans de cette idéologie ne peuvent pas concevoir que l’on peut forger une nation pluriethnique respectant la diversité culturelle.

Si déjà, nous avons rejeté le parti-pris avec lequel P. Dumont explique le conservatisme linguistique, pour les mêmes raisons, il nous faut rejeter l’argument économique avancé par l’auteur pour justifier du maintien du statu quo linguistique (P. Dumont affirme un peu plus loin sur le même livre que « si les africains ont gagné la bataille idéologique contre le français, par contre, aucun Etat africain n’a les moyens de sa politique linguistique»).

Si déjà, (voir plus haut dans notre article) nous avons loué le courage avec lequel l’auteur a flétri le chauvinisme linguistique, nous refusons par contre de le suivre, lorsqu’au lieu de se borner à constater des faits, il émet des jugements de valeur qui, selon nous, n’ont rien à voir avec la psychologie mais à la morale. Il es malheureux et même quelque peu démoralisant de voir un linguiste de grand talent donner un appui scientifique et sa caution morale à cette entreprise (de « francisation » s’entend) ; car quelque effort que nous faisions, il ne sera jamais couronné de succès.

Pour d’autres, seule l’habitude (plus qu’un choix délibéré) explique le maintien du français dans son statut privilégié.

Sans entamer une discussion philosophique plus approfondie, notons que « l’habitude » étant un concept descriptif, il ne peut tenir lieu d’explication ; autrement dit, il ne peut expliquer le maintien du statu quo linguistique. Voici ce qu’a dit à ce sujet G. Vigner dans « le français, Langue Seconde : une discipline spécifique » in Diagonales n° 4 – déc. 1987 : le choix d’une langue d’enseignement, en Afrique, comme dans d’autres régions du monde ne doit rien au hasard et ne saurait dans tous les cas s’expliquer par le maintien d’une tradition si respectable soit-elle ?

Il nous faut donc chercher ailleurs les raisons profondes de cette élection. Nul mieux que F. Eboussi Boulaga n’a le mieux expliqué cette « étrange fascination » pour le français. Écoutons ce qu’il dit, à ce propos, dans son livre « La crise du Maître » chez Présence africaine. Du fait de la situation coloniale, nous assistons à « l’idéalisation d’une langue de rencontre, la sublimation ou la divinisation d’un vainqueur et de ses modes d’être, accompagnée de la négation de soi et de son corps propre, de sa culture ». Il note dans un autre passage de son livre que presque tous les dirigeants africains ont perpétué le système colonial « sans en changer ni la forme ni le contenu, en faisant comme si les institutions étaient le produit d’une déduction d’un principe universel et non celui d’une histoire sociale singulière ».

C’est pourquoi, il nous faudra dénoncer sans ambages tous ces alibis fallacieux au nom du réalisme. A y regarder de près, ce culte du français ressemble étrangement au dogme chrétien, à la notion du « credo quia absurdum », croire même si c’est absurde (cette notion ne traduit-elle d’ailleurs pas la plus amère auto-ironie ?) ; il est défendu de remettre en question le statut du français comme il est défendu de discuter des dogmes religieux.

Quant à nous, n’étant pas adeptes de la « philosophie du comme si » (et de ses tours de passe-passe), il nous est plus permis de tergiverser plus longtemps : faut-il le rappeler, 70 à 80% de la population ne parle pas français. Certes, vingt-sept ans d’indépendance et trop court pour juger des résultats de l’entreprise (de « francisation » s’entend). Pourtant, quelque effort que nous fournissons, il ne peut pas être couronné de succès même s’il est poursuivi avec le plus grand zèle (le français, bien qu’il ait conservé son statut privilégié, est d’emploi limité, confiné à l’école).

Malgré les arguments qui plaident en faveur des langues nationales, certains de nos compatriotes ne sont pas convaincus de l’utilité de les promouvoir. Chez les enseignants, cette idée suscite un degré de méfiance et d’incrédulité qui excède les limites de l’objectivité et trahit même une nette malveillance (ils n’hésitent pas à tourner en dérision ce qu’ils considèrent comme un combat d’arrière-garde).

Face à cette situation, pour espérer un changement, ce qui est nécessaire, c’est une conversion du cœur et de l’esprit de nos élites politiques et du grand public. Pour cela, il nous faudra agir, on le devine, au niveau des représentations liées au français, car, c’est uniquement de l’évolution des mentalités que nous pouvons attendre un véritable progrès.

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos : loin de moi l’idée de vouloir exclure le français du passage éducatif (personne ne nie qu’il est et restera un facteur de développement et de progrès pour notre pays). Il est néanmoins essentiel de repenser son statut et sa place (les enjeux sont énormes, surtout maintenant que l’on souhaite créer une école de base).

L’intérêt que nous portons, enfin, sur les langues nationales n’est pas seulement pédagogique (comme certains le penseraient qui n’envisagent l’étude de ces langues parce qu’elle préparerait à une meilleure maîtrise de la langue française), il est aussi culturel. L’étude et l’enseignement de langues nationales est la condition préalable de toute promotion d’une littéraire nationale (écrite en langues nationales). Dans un texte qui date de 1937 et dont le thème était « Le problème culturel en A.O.F » in Liberté, négritude et humanisme – Paris – Seuil, 1964) Senghor affirme « qu’il n’y a pas de civilisation sans une littérature qui en exprime les valeurs, et sans une littérature écrite pas de civilisation qui aille au delà de la simple curiosité ethnographique ». Or, demande Senghor, « comment concevoir une littérature indigène qui ne serait pas écrite dans une langue indigène ? ».

On ne peut que s’accorder entièrement sur ce point avec les vues d’un homme aussi averti de ces sujets que Senghor.

Ainsi, pour conclure, nous osons affirmer que toute option visant à réformer notre système éducatif ne peut faire l’économie des principes et remarques énoncés tout au long de cet article.

Abdallah G. Warsama, Instituteur à l’École d’Arhiba



Vol d’aigle présidentiel

HAATUF A-T-IL CAPTÉ LE CRI D’UN ÉPERVIER ?

Lors de sa réunion du 5 décembre, l’UAD a décidé d’exclure le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), estimant que les initiatives personnelles et intempestives du Président de cette formation politique membre de l’UAD étaient incompatibles avec le sérieux que le Peuple djiboutien, lassé des magouilles politiciennes et alimentaires, attend d’une opposition responsable se voulant incarner une véritable alternance démocratique. Retour sur cette décision historique.

Depuis la disparition de son leader historique Ahmed Dini le 12 septembre 2004, l’opposition djiboutienne avait enregistré son premier acte de renaissance le 18 octobre 2004. Cette date marquait l’union retrouvée et resserrée des quatre partis d’opposition au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) dans la perspective du scrutin présidentiel de 2005, par une suspension concertée de la candidature prématurée de l’opposant Mohamed Daoud Chehem à cette élection. Malheureusement, ce dernier vient encore une fois de se dédire à l’occasion d’un entretien avec un journal somalilandais dans un luxueux hôtel de Hargueisa. Pourquoi diable avoir été si loin pour lancer sa campagne électorale : les électeurs djiboutiens sont-ils plus nombreux là-bas qu’ici ?

Pourquoi diable n’avoir pas choisi le cadre d’un luxueux hôtel à Djibouti : les médias djiboutiens, au nombre desquels la RTD, se seraient fait violence pour donner à cette candidature inespérée un écho proportionnel aux attentes du candidat solitaire cherchant désespérément un challenger candide ?

Toujours est-il que le Président du PDD a choisi l’occasion de sa visite à Hargueisa pour se présenter, au nom de son parti et de l’UAD, comme le candidat le mieux placé pour battre celui du régime en place. Qu’il s’exprime à titre personnel, c’est à la direction de son parti d’évaluer en toute indépendance la pertinence de ce positionnement. Qu’il le fasse dans le cadre de l’UAD, cela est inadmissible et appelait une décision à la mesure de cette violation. Car toute cette gesticulation rappelle malheureusement le vol d’un épervier aventurier au-dessus du Beit-el-Wali. Chacun le sait : le candidat solitaire poursuivant tel un aigle son vol plané à la recherche d’une proie facile serait sur le point de fondre sur cet imprudent épervier.

Telle parait être la morale d’une histoire rapportée cette semaine par le quotidien indépendant «Haatuf», paraissant à Hargueisa. Ainsi, dans son édition du 28 novembre 2004, notre confrère somalilandais consacre sa une à notre pays, en relatant généreusement les propos du Président du PDD, lequel aurait récemment séjourné dans la Capitale du Somaliland en compagnie de ses deux lieutenants pour, paraît-il, se reposer et rencontrer des membres de la communauté djiboutienne résidant là-bas.

Jusque là, rien à y redire : tout Djiboutien a le droit de profiter du climat bienfaisant de Hargueisa pour se reposer et visiter des compatriotes. Seul hic : au cours de son séjour, la Président du PDD s’est livré à des confidences publiques quant à ses intentions présidentielles en 2005 et ce en violation flagrante de la démarche unitaire de l’UAD. On se souvient que M. Mohamed Daoud Chehem avait, dès le 30 août 2004, adressé un communiqué à l’AFP annonçant sa candidature à l’élection présidentielle, avant de se rétracter par son communiqué publié le 18 octobre dernier.

Et voilà qu’aujourd’hui le probable challenger du candidat solitaire dit tout le contraire, en affichant ses velléités de candidature, au mépris de la ligne politique de l’UAD à laquelle il a jusqu’à présent prétendu entièrement souscrire. Aussi, convaincue que le linge sale se lave parfois mieux en public et fidèle en cela à sa politique de vérité, l’UAD a-t-elle décidé de publier le 5 décembre 2004 le communiqué suivant, afin que nul doute ne subsiste dans les esprits :

« L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD),

– Fermement attachée au principe de collégialité régissant toute prise de décision en son sein ;

– Rappelant sa position maintes fois réitérées relatives aux conditions préalables à sa participation à toute consultation électorale ;

– Profondément navrée des violations répétées de ce principe de collégialité perpétrées, notamment en août et novembre 2004, par le Président du Parti Djiboutien pour le Développement, M. Mohamed Daoud Chehem, et cela malgré sa lettre d’autocritique du 18 octobre 2004 ;

DECIDE :

en sa réunion extraordinaire de ce dimanche 5 décembre 2004, de procéder à l’exclusion pure et simple de ses rangs du Parti Djiboutien pour le Développement. Cette décision prise à l’unanimité prend effet à compter de ce jour. »

Voilà pour la position officielle de l’UAD, signée par MM. Ismael Guedi Hared, Président de l’UDJ, Ahmed Youssouf Houmed, Président de l’ARD et Souleiman Farah Lodon, Vice-Président du MRD.

Par contre, en tant qu’ARD continuité historique et légitime du FRUD-armé signataire de l’Accord de paix du 12 mai 2001, il nous est impossible de ne pas réagir à certains propos tenus à l’occasion de cette interview par le Président du PDD. Certes, il est vrai qu’il a été emprisonné suite à une fumeuse tentative de coup d’État en 1991, en compagnie de son mentor politique de l’époque (et d’aujourd’hui ?), un ancien politicien des temps coloniaux aujourd’hui membre du comité central du parti au pouvoir.

Mais il est totalement faux et prétentieux de faire croire que, dès sa libération en 1993, il aurait rejoint les rangs de la guérilla : l’origine de celle-ci ne doit absolument rien aux velléités de ce soit-disant putsch manqué et de ses commanditaires putatifs.

Pour le reste, cette regrettable initiative du Président du PDD, croyant pouvoir battre le candidat du régime sans même que soient acceptées les conditions préalables exigées par l’UAD pour toute participation à une consultation électorale transparente et démocratique, ressemble fort à une occulte manipulation visant trois objectifs :

1) discréditer la presse somalilandaise espérant trouver à tout prix une reconnaissance extérieure dans la victoire d’un candidat djiboutien à la présidentielle, sans rien connaître de notre réalité nationale ni de sa réelle représentativité sur l’échiquier politique djiboutien : si le Président Dini, au nom du FRUD, a reconnu le Somaliland dès 1992, l’ARD fidèle à cette position n’a jamais prétendu que sa position devait engager toute l’UAD ; les liens indissolubles qui nous lient au Peuple somalilandais imposent autrement plus de sérieux que cette entreprise électoraliste de charme ;

2) affaiblir l’UAD dont le sérieux est ainsi mis à mal, tendant à faire croire que sa solidité ne serait qu’apparente et que tout opposant, pour peu qu’il y trouve son intérêt personnel, serait prêt à trahir les espérances populaires en lui placées, incitant à une démoralisation qui ne peut servir qu’un régime à l’agonie et en quête de faire-valoir pour cautionner ses pratiques liberticides ;

3) marginaliser l’ARD, continuité historique du FRUD politico-militaire et coupable de dénoncer toutes les violations de l’Accord de paix du 12 mai 2001, en inventant un leader de substitution auréolé d’un passé de maquisard et seul à même d’incarner les aspirations à l’égalité pour laquelle une importante frange de la communauté djiboutienne a tant sacrifié de sa personne et de ses biens, conformément au précepte musulman appelant tout croyant à combattre l’injustice des hypocrites.

Gratuitement, et sans que cela n’apparaisse comme un renfort à cette campagne électorale illégitime, voici des extraits, dans le texte, des propos qui ont valu au Président du PDD son exclusion de l’UAD pour aventurisme politique.

EXTRAITS DES PROPOS D’UN CANDIDAT CANDIDE

Musharaxa madaxweynenimada xisbiga PDD waxa uu ka hadlay arimaha doorashada madaxtimada ee dalka Djibouti ka dhacaysa sannadka foodda inagu soo haya, isaga oo saadaal ka bixiyey rajada uu xisbigiisu ka qabo inuu guulaysto iyo aragtida xisbigiisa ee ku wajahan inay doorashadu u dhici si cadaalad ah iyo inkale.

Sannadkii 1999-kii ayey markii u horaysay doorasho madaxtinimo oo ku dhisan hanaanka xisbiyada badan ka dhacday dalka Djibouti, waxaana ku guulaystay jagada madaxweynenimada Ismaaciil Cumar Geelle oo hadda talada dalkaa hayey muddo 6 sannadood ah, laakiin iminkana inkasta oo aanu si rasmi ah ugu dhawaaqin hadana waxa la filayaa inuu diyaar u yahay inuu mar kale tartamo si uu talada u sii hayo, iyadoo lagu wado inay doorashada madaxtinimada Djaboouti dhacdo inta u dhaxaysa Abril—May, 2005.

« Dadka reer Djabouti marka la eego dhibaatada maanta haysata isbedel bay diyaar u yihiin, anaguna xisbi ahaan taageero badan ayaanu ka haysanaa, markii aan is-sharaxaadda ku dhawaaqayna si weyn ayey dadka reer Djabouti u soo dhoweeyey musharaxnimadayda, waxaanuna doonaynaa inaanu wax ka bedelo maamul-xumada jirta oo aanu soo celino nidaamkii dawladnimo oo ee dalka Djabouti oo lumay, iyo inaanu wax ka qabano dhibaatooyinka haysta dadka reer Djabouti, mucaaradka ayaana aqlabiyadda dadka haysta »ayuu yidhi Mr. Shixim, isaga oo ka jawaabaya inta ay le’eg tahay taageerada uu haystaa.

Musharaxa xisbiga PDD ee mucaaradka Djabouti Maxamed Daa’uud Shixim, waxa uu dhashay sannadkii 1948-kii, wuxuuna ku dhashay degmada Tajura. Isla markaana sannadkii 1977-kii ayuu waxbarasho heer jaamacadeed ah ku soo qaatay dalka Faransiiska, isaga oo shahaado MA ah oo xisaabaadka ah ku soo qaatay jaamacad ku taal Baariis, ka dibna waxa uu masuuliyado ka soo qabtay wasaaradda maaliyadda Djibouti oo uu ka noqday madax sare.

Laakiin sannadkii 1991-kii ayey dawladda Djabouti jeelka dhigtay iyadoo lagu eedeeyey inuu ka qayb qaatay inqilaab ay dawladda Djabouti sheegtay inuu ku talaabsaday siyaasigii Canfarta ahaa ee la odhan jiray Cali Caarif, ka dibna sannadkii 1993-kii ayaa la sii daayey, xiligaa ka dibna waxa uu Mr. Shixim ku biiray jabhaddii mucaaradka ahayd ee la odhan jiray FRUD.

*

L’essentiel et le plus grave est dit : selon le probable challenger du candidat solitaire à sa propre succession, les élections de 1999 auraient été régulièrement remportées par le grand chef et celle à venir se dérouleront de manière transparente. Et comme il aurait des chances de la remporter, il reconnaîtra alors le Somaliland. CQFD. C’est si simple de convaincre loin de chez soi !



Une session budgétaire sans Budget

Et en l’absence du grand Argentier !

Si, l’inexistence de toute alternative contraint l’Exécutif à se soumettre à « l’impératif » démocratique, en matière de perfectionnement ce qui s’est passé la semaine dernière à l’Assemblée nationale dément toute avancée graduelle (selon les vœux d’IOG in JAI. cf. Réalité 115) de la démocratie dans notre pays, y compris celle de prendre en considération le peu de rôle dévolu au Législatif par la Constitution de 1992. En effet, la seconde session annuelle dite « session budgétaire » a démontré par sa comédie l’incapacité de l’Assemblée nationale à assumer les responsabilités qui sont les siennes.

En raison des pressions extérieures exigeant une bonne gouvernance, les inquiétudes exprimées par le Président de l’Assemblée nationale, lui feraient craindre, que la non-transmission fin novembre du budget prévisionnel et des réalisations de l’année écoulée par le gouvernement, rende impossible tout débat sur le sujet et tout contrôle budgétaire du parlement. A cet instant même, le Ministre en charge des Finances est absent tout comme les supports budgétaires (Comptes 2004 et prévisions budgétaires 2005).

C’est donc pour justifier ce manquement de l’Exécutif que le Président de l’assemblée nationale tente de trouver à travers son discours une « solution échappatoire », une « issue de sortie honorable », tout en constatant l’existence d’un profond dysfonctionnement du Législatif auquel il propose les corrections suivantes : « la mise en place d’une commission ad-hoc chargée de réformer le règlement intérieur de l’assemblée nationale et d’une expertise internationale pour trouver les voies et les moyens d’améliorer le fonctionnement du parlement ».

Relevant de la connivence cet alibi est grave de conséquences pour le pays. La prochaine refonte du règlement intérieur de l’assemblée nationale n’empêchant pas dans l’immédiat le respect de la légalité de la part du gouvernement et donc de donner les justificatifs de sa gestion passée et à venir, les propositions du Président de la « Chambre » cacheraient plutôt l’inaptitude, voire l’incapacité des mal-élus à jouer pleinement le peu de rôle que leur confère la Constitution. Cette « douloureuse » condition d’existence contribuant certainement à l’accentuation de l’inexistence politique de ces hommes et femmes destinés, en principe, à représenter le peuple et à le défendre contre tous les abus du pouvoir Exécutif, les propos du Président de la Chambre (d’enregistrement) confirme la démocratie version Beit-El-Wali.

C’est donc, en l’absence de tous les documents de base pour les discussions budgétaires, lesquels devaient être déposés, normalement en octobre au bureau de l’assemblée, pour permettre l’étude, le contrôle de la véracité des recettes, et à l’occasion les propositions d’amendements sur les dépenses jugées inopportunes que s’est ouverte cette seconde session. Il est à souligner au passage que, depuis l’indépendance, aucun amendement n’a été enregistré, sauf celui anticonstitutionnel qui avait dénaturé le projet de loi sur la décentralisation adopté dans le cadre des accords de paix définitive de mai 2001 entre le gouvernement et le FRUD-armé.

Si bien que la soumission réelle à l’Exécutif explique dans cette affaire la remarquable docilité du Législatif satisfait d’écouter l’exposé du Premier ministre sur les grandes lignes économiques du budget 2005, non ficelé encore par le ministère de tutelle. A en croire «La Nation», les données économiques lues par le premier des ministres ont été hautement approuvées par l’Assemblée. Quoi qu’il en soit, ce dernier tout en n’évoquant nullement dans son discours l’absence des comptes définitifs des exercices 2002 et 2003, n’a pourtant pas manqué d’exalter les performances économiques de 2004. Un budget que nous avions largement commenté, en son temps, et qui présentait tous les caractères d’une catastrophe économique et sociale pour la population, surtout des faibles revenus, victimes ciblées des multiples pressions fiscales, directes et indirectes. Pour ainsi dire, malgré les augmentations substantielles des impôts sur le revenu salarial, le gouvernement n’arrive pas à dégager un budget 2004 tablé à hauteur de 43 milliards FD. D’ailleurs, les données économiques officielles du second semestre de l’année en cours avaient confirmé nos prévisions.

C’est cette déception réelle que traduit le discours du Premier ministre, prétendant au passage que malgré la flambée des prix du pétrole et les incidences négatives générées par la faiblesse du dollar face à l’Euro, le régime a réussi son pari. Une mystification démentie par la prudence visible sur les prévisions budgétaires pour 2005 lesquelles sont identiques à 2004 et qui explique l’échec des ambitions affichées pour l’année en cours.

Concernant le prix du pétrole, les ménages, derniers consommateurs, en savent davantage. Cependant, les propos du Président de la République dans « Jeune-Afrique l’Intelligent » vantant à la fois la réussite économique et demandant parallèlement des aides conséquentes aux pays du Nord trahissait la réalité vécue par son peuple. Il justifiait sa faillite financière par l’injection des recettes de l’Etat dans la stabilisation des prix du pétrole du marché intérieur. Or, si le pétrole est cher à Djibouti, c’est tout simplement en raison des lourdes taxes et surtaxes multipliant par trois le prix du litre à la pompe, versées à la SIDH (ex EPH), une entreprise au service du régime et à l’objectif non défini.

Parmi les performances chères au Premier ministre sur l’exercice 2004 viennent en tête du palmarès, le trafic portuaire et aéroportuaire. Une argumentation de plus destinée à justifier outrageusement le bradage pur et simple des seuls sites créateurs de richesses, au risque de remettre en cause l’indépendance réelle de notre Nation. En effet, le port, à lui seul concédé pour vingt ans à Dubaï n’a toujours pas, depuis l’année 2000, rendu public ses chiffres (bonnes ou mauvaises).

Une situation qui devait inquiéter les auditeurs de l’assemblée nationale qui n’ont même pas été consultés ni en amont lors de la mise en concession, ni en aval pour l’actuelle décision du gouvernement de confier la gestion des recettes à Dubaï International Port.

« Décision sage et prometteuse » commentée par le Ministre de l’Economie, lequel n’a pas exigé depuis quatre ans bientôt les versements des dividendes tirées du port dans les caisses de l’Etat. Si la prudence doit être de rigueur quand les moyens manquent (pour des raisons relevant de la folie des grandeurs), le Premier ministre ne dit rien sur l’état actuel de la dette nationale, mais parle d’une épargne budgétaire substantielle pour des investissements dans la Capitale et à Ali-Sabieh.

Nous l’excuserons de sa confusion entre un autofinancement et un crédit sur la projection d’un investissement de 1 milliard FD, mais anticipons sur les financements extérieurs de 18 milliards de nos francs, en pariant sur les faibles retombées économiques et en matière d’emplois pour cause d’évaporation, en ce sens qu’elles serviront certainement à contribuer à alimenter les caisses de la campagne présidentielle.

Concernant le bilan de ce mandat, il se résume à : corruption, affairisme, paupérisation, famine, chômage, expropriations de biens publics, etc. Qui dit pire ?


* * *

 

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 115 du mercredi 1 décembre 2004

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Réalité numéro 115 du mercredi 1 décembre 2004

ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Quand le chef parle
  4. Arafat devant l’ONU (3)
  5. Le citoyen djiboutien est-il immatriculé TT ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 115

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

POLITIQUE DE LA MISÈRE :

FAIM DE NON-RECEVOIR À DORRA

A croire que le malheur attire le malheur : certaines régions de notre pays ne doivent leur intrusion sur le devant de l’actualité qu’en raison des drames qui s’y déroulent et dont des impératifs plus politiques que journalistiques incitent à parler. Tel semble être le cas de Dorra et il faut remercier, l’exception n’étant pas la règle, la plume du journal gouvernemental «La Nation» de couper l’appétit de ses lecteurs en s’alarmant lundi dernier de la chronique annoncée d’une famine de grande ampleur qui serait sur le point de s’abattre sur les habitants de ce coin perdu de notre territoire national. Et ce n’est pas là une dramatisation exagérée, même s’il est compréhensible qu’un candidat au suffrage universel se prétendant faiseur de miracles doive, à travers sa presse de propagande, montrer les maux pour mieux suggérer les remèdes et même s’il y a fort à parier qu’une prochaine distribution de denrées alimentaires tombera à point nommé pour donner des arguments à une campagne électorale que la majorité de nos concitoyens auraient préféré voir se dérouler dans des conditions un peu plus respectueuses pour eux.

Ceci ne surprend que ceux qui ont choisi de fermer les yeux : les habitants de la région de Dorra risquent d’être très prochainement victimes d’une catastrophe humanitaire. Le problème, c’est que celle-ci est inscrite dans la nature d’un régime politique qui aggrave les impondérables aléas climatiques en utilisant la famine comme arme de domination. D’autant plus dangereuse et efficace que le mode de vie de ces populations rurales les prédispose à la dépendance alimentaire à l’égard de ceux de la ville. Depuis les temps coloniaux, elles n’ont toujours dû leur introduction dans l’économie monétaire qu’aux transferts d’argent effectués par leurs rares proches salariés ailleurs. Le développement séparé (pour parler comme l’ancien régime raciste d’Afrique du Sud) au terme duquel l’implantation coloniale avait défini un Djibouti utile limité à la seule Capitale et plus que moins reconduit à l’Indépendance, a été aggravé par un conflit civil de dix ans : l’effet a accentué la cause.

S’il est bien entendu qu’il ne faille pas tout attendre de l’État, le premier devoir de ce dernier envers ses déshérités est de leur fournir les infrastructures publiques de base : ceux qui connaissent cette région savent que les agents indigènes de l’État s’y comptent sur les doigts d’une seule main et que des militaires se comportant comme en pays conquis y sont plus nombreux qu’infirmiers ou instituteurs, malgré l’indéniable besoin qu’implique une forte densité démographique. Ou, à tout le moins, de reconstruire celles qui ont été détruites par la guerre, comme l’y obligeait le volet « Réhabilitation » d’un Accord de paix dont c’est là la plus inacceptable violation, eu égard à l’extrême indigence de ces victimes. De ce point de vue, rappelons que l’axe routier Tadjourah-Bouya, passant par Dorra, générateur de nombreuses richesses pour les populations de ce district et de cette région, demeure encore fermée de façon inexplicable, privant ses riverains d’indéniables possibilités de réduire leur dépendance grâce au commerce avec l’Éthiopie. Preuve que le quai de Tadjourah ne rend pas encore tous les services que l’on est en droit d’attendre de lui : une part importante des importations éthiopiennes passant naguère par Assab aurait pu transiter par la Ville-Blanche, car telle était sa vocation première bien avant la création de la ville de Djibouti. Souligner enfin que les retombées économiques de la prétendue décentralisation tardent à se montrer serait enfoncer une porte ouverte ou tirer sur une ambulance : justement, la dernière fois que nous avions évoqué dans nos colonnes les difficultés de vivre à Dorra, c’était pour informer nos lecteurs de la mort d’un habitant du coin, qu’une ambulance réquisitionnée à des fins festives avait refusé d’évacuer. Sans que cela n’émeuve outre mesure les pouvoirs publics dont le désintérêt criminel ne choque pratiquement personne !

Le véritable problème est là : tant que ne sera pas mis fin à la politique de la misère, par laquelle ce régime affame volontairement ses concitoyens pour mieux prétendre apporter des remèdes à des maux dont il est le principal responsable, les médias publics continueront à alerter sur telle catastrophe humanitaire à venir, juste pour obliger les figurants nécessiteux à meubler le décor d’une distribution électoraliste de vivres alimentaires. Nul n’a oublié, à Dorra comme ailleurs, que la dernière distribution de l’aide alimentaire internationale, lors des législatives de janvier 2003, avait fait l’objet d’un atroce chantage à la soumission partisane. Quand elle n’est pas tout simplement détournée, comme tel riz et revendue ici ou ailleurs.


Brèves nationales

Le régime nous menace :

Ha ! Chiche !

Preuve de son profond désarroi, le candidat solitaire aurait-il décidé de menacer les démocrates par l’intermédiaire de son griot patenté, ne représentant que lui et surtout connu pour être son compagnon de broutage ? Ainsi, abordant un cadre important de notre Parti la semaine dernière dans les couloirs de la Cité ministérielle, l’homme de main présidentiel lui a tenu les propos suivants : « nous vous connaissons, vous n’êtes que quatre emmerdeurs. Mais, désormais que vous êtes orphelins, nous savons comment en finir avec vous : nous allons vous exterminer ! Et nous ne négocierons jamais avec vous car vous êtes des extrémistes ! » Sur ce, notre responsable lui a répondu, comme la tortue menacée : « Dieu fait-il partie du complot ? »

Il est navrant d’entendre de telles menaces de la part d’une parole autorisée du régime, grassement entretenue par l’État à ne rien faire. Qui est extrémiste : un pouvoir violant un accord de paix ou ceux qui demandent pacifiquement son application ? Comme en Côte d’Ivoire, qui est responsable de la dérive fascisante que dénonçait Chirac : le régime de Gbagbo ou les Forces Nouvelles ?

Si chacun se rend bien compte que ce dernier n’a pas fait pire que le Président djiboutien dans le reniement de sa parole, faudra-t-il reprendre les armes pour être pris au sérieux par ce régime fanfaron et alimentaire ? En tout cas, s’il arrive quoi que ce soit à l’un d’entre ceux ainsi menacés, chacun saura d’où vient l’agression et certaines bedaines ne pourront plus impunément enfler. Pour notre part, inutile de dire que cette haine ne nous intimide nullement.

Le seul à pouvoir être tenu pour responsable de telles dérives, c’est uniquement le grand chef : il est pitoyable qu’il soit si mal entouré et représenté.

Mégaprojets d’Ali-Sabieh :

Fantômes ou réalités ?

Les Djiboutiens l’ont bien compris : dès que « Réalité» tire à boulets rouges sur une esbroufe gouvernementale, le régime réplique par des bombes fumigènes sans convaincre. Ainsi, il y a plusieurs semaines de cela, notre journal s’était inquiété de l’absence de l’eau minérale Il Jano sur le marché et s’étonnait du silence des pouvoirs publics sur les problèmes techniques retardant la réalisation des méga projets d’Ali-Sabieh. Voilà que le journal gouvernemental « La Nation » annonce fièrement dans son numéro de mercredi dernier : « C’était il y a près de huit mois ou plus exactement le 19 février dernier que fut inaugurée par le Président de la République, M. Ismael Omar Guelleh, l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh. ‘Il Jano’, c’est l’appellation du produit, est enfin disponible sur le marché local. Enfin, car certaines mauvaises langues qualifiaient cette unité de traitement et de mise en bouteilles d’eau minérale d’usine fantôme. Pari gagné donc, puisque après l’eau de Tadjourah, Il Jano fait son entrée dans le marché et garnit les étalages des magasins et autres points de vente de la Capitale. »

Pourquoi avoir attendu 8 mois et même plus pour mettre en service une unité de production qui n’avait pas hésité à exhiber dès le 19 février 2004, quelques centaines de cartons et généreusement distribué « la source de paradis » aux milliers de figurants convoqués à la cérémonie d’inauguration ?

En fait, il est de notoriété publique que la brumeuse société industrielle d’eau minérale d’Ali-Sabieh a connu de réels problèmes techniques et financiers. Si aujourd’hui ladite entreprise mixte se dit prête à satisfaire le marché local, tant mieux : nous verrons la suite.

Mais rappelons tout de même que le journal gouvernemental, saluant aujourd’hui l’exploit, affirmait au lendemain de l’inauguration de cette unité : « cette usine alimente désormais la ville d’Ali-Sabieh et produit 24.000 bouteilles d’eau minérale par jour». Il aura donc fallu plus de huit mois au régime prédateur pour livrer son eau miraculeuse. Et maintenant : si les affairistes du pouvoir nous en disaient plus sur les autres projets initiés dans ce district, à savoir la cimenterie et l’usine de marbre ?

Sont-ce des fantômes ou des réalités ? Leurs travaux étaient supposés durer vingt mois, aux dires du chef de l’État, alors qu’il se murmure que leurs financements n’auraient même pas été obtenus.

Enfin, s’agissant de l’eau de Tadjourah, dix ans après la paix d’Ab’a, sa production ne semble toujours pas à l’ordre du jour.

Interview présidentielle dans J.A.I :

Gouvernator ou Imperator ?

A l’occasion de la tenue du Xème sommet de la Francophonie à Ouagadougou, l’hebdomadaire « Jeune-Afrique/L’Intelligent » à mené une campagne de collecte de messages payants auprès des décideurs des pays concernés. Ainsi, la présidence djiboutienne, à l’affût de ce genre de démarchage et disposant de fonds colossaux pour soigner son image ternie, a-t-elle acquis pour plusieurs millions de nos francs quelques pages dithyrambiques dans les colonnes de cet hebdomadaire international. Aussi, le candidat solitaire peu disert chez lui s’y est-il fendu d’une interview en forme d’incantations.

Dans cet entretien aussi maladroit que mensonger, le « grand communicateur » se positionne en francophile accompli. D’ailleurs, pour mieux ponctuer ses propos délirants, il a tenu à illustrer cette page d’une photo le montrant échanger un « shake hand » avec le Président américain Bush. L’entretien réalisé par on ne sait quel journaliste est titré : « le Xème sommet doit affronter la fracture numérique ».

Qu’un promoteur de la fracture sociale et clanique chez lui puisse tenir de tels propos est proprement ahurissant. Car, dans un pays où tel district n’a même pas un seul kilomètre de route goudronnée, il est surréaliste de parler d’autoroute de l’information. D’autant plus que, par exemple, le seul ordinateur multimédia existant dans le district d’Obock, est celui offert en 2003 par l’Alliance Française.

Enfin, il est parfaitement risible que le responsable d’un régime issu des fraudes puisse vanter la démocratie parlementaire qu’il a instituée à travers la coalition des quatre partis squattant l’Assemblée nationale. En effet, le dynamisme de cette fantomatique institution où le «débat démocratique» serait permanent ne l’empêche pas d’engranger les dividendes du port sans aucun contrôle budgétaire.

Opération Hanlé verte :

La carte verte n’est pas pour demain ?

Le hasard fait bien les choses : il arrive parfois au journal gouvernemental « La Nation » de lâcher au détour de ses pages commandées, quelques vérités amères.

Ainsi, dans le numéro de mercredi dernier, la chute d’un article élogieux consacré au reverdissement du désert de Hanlé-Agna dans le district de Dikhil nous a laissé songeur. Après avoir illustré de photos prometteuses son reportage sur cette région désolée et brusquement mise en valeur par l’agronome volant, l’auteur conclut de manière péremptoire : « les habitants reviennent et la vie devient possible, mais plus agréable que nulle part ailleurs. Ils demandent d’être soutenus dans leur retour pour le creusement d’un puits ou pour le forage, pour la fourniture d’infrastructures sanitaires et scolaires, pour l’élaboration de papiers civils. Chose paradoxale, aucun d’entre eux ne dispose d’acte de naissance, encore moins de carte d’identité, bref ils font leur introduction à l’état civil par hasard. Et selon certaines rumeurs, le chemin risque d’être long ».

Si le prétendu sauveur de cette contrée et actuel candidat à sa propre succession n’a pas daigné fournir des cartes d’identité aux habitants de Hanlé, qu’il considérait jusqu’à présent comme des étrangers alors que certains des leurs ont connu la répression coloniale bien avant qu’il naisse à Diré-Dawa, c’est bien la preuve que ce déni du droit à la citoyenneté s’inscrit dans la politique de fracture clanique menée aux dépens de larges couches de la communauté nationale. Il reste donc aux ruraux délaissés, méprisés mais parfois « bakchichés » de notre pays, de ne pas perdre de vue cette réalité d’un régime injuste et divisionniste. Un proverbe nomade ne dit-il pas « si les chamelles nous privent de leur lait, nous savons de quoi les priver » ? Constat ou regret ?

Francophonie nationale :

La mendicité, une seconde nature ?

Signe des temps, le génie national récemment converti à la francophilie après avoir laissé traiter la France de nazie à propos d’une ténébreuse affaire empoisonnant les relations entre Paris et Djibouti, change brusquement de cap. Ainsi, dans une interview spectacle, notre polyglotte national prétend: « la francophonie est pour mes concitoyens une seconde nature ».

Décidément, le ridicule ne tuera jamais ce régime à l’origine de la désertification du paysage culturel djiboutien. Dans un pays où il n’existe même pas de bibliothèque nationale, des archives nationales ni même de points de vente de journaux français, le francophile new look devrait lire sa presse nationale relatant copieusement chaque semaine la mendicité devenue une seconde nature de son régime.

Rien que la semaine dernière, le journal gouvernemental « La Nation » s’est cru obligé de rapporter généreusement une cérémonie de remise de 3000 livres aux écoles et collèges de notre pays par la France.

Après cela, le « Danube, pardon, l’oued Agna de la pensée » pourra toujours fustiger la coopération avec les pays du Nord, en la qualifiant d’effets d’annonces.

Pardon de l’Aïd-el-Fitr :

Un curieux oubli

Il est de tradition dans les pays musulmans, qu’à occasion de l’Aïd-el-Fitr clôturant le mois béni de Ramadan, des mesures de clémence et d’élargissement soient prises en faveur des prisonniers de droit commun. Les Djiboutiens n’ont pas manqué de relever, cette année, que son Excellence El Hadj très affligé à la suite du décès du leader palestinien, n’a pas daigné accorder sa grâce présidentielle aux prisonniers croupissant dans ses geôles.

Peut-être parce qu’ils sont moins méritants que le dénommé Adouani Hamouda Hassan, condamné à perpétuité en 1987 pour avoir perpétré l’atroce attentat de l’Historil et libéré au bout de treize ans de détention, et qui coulerait des jours heureux chez lui, certains prétendent parce qu’il en savait trop.


Quand le chef parle

« Jeune Afrique l’Intelligent » est et reste, on le sait, le support médiatique préféré du numéro un djiboutien qui véhicule à travers ce magazine sa propagande destinée à la consommation extérieure. Cependant, sa politique de duplicité ne peut passer éternellement inaperçue. Pour trancher avec ce qu’a écrit « La Nation » de lundi dernier, nous vous livrons l’intégralité de cette interview express.

Voyons donc l’ampleur de sa culture politique en faisant les observations suivantes.

 

S’agissant tout d’abord du contexte environnemental, cette interview a été réalisée en raison de la tenue au Burkina-Faso du 10ème sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui compte quelque 51 États et rassemble 500 millions de locuteurs. Cette rencontre entre des États ayant en commun l’usage de la langue française devait dégager plusieurs solutions aux multiples crises (épidémies, instabilité politique, analphabétisme, guerres, génocides, corruption, absence d’État de droit…) qui affectent principalement continent africain et dont l’origine est surtout politique. C’est ainsi qu’ont été abordées les questions qui traitent de la situation politique intérieure et régionale, celle économique et sociale, et les perspectives d’avenir du pays.

Quant à la présentation publicitaire du texte : alors qu’il s’agissait de la tenue du sommet des pays francophones, le choix du cadre ornemental susceptible de donner une image de notre pays a porté, maladroitement, outre une vue aérienne du port, sur une photo du « numéro un » local avec son homologue américain (numéro un mondial) à la Maison-Blanche. Une photo censée justifier son activisme diplomatique et sa bouderie à l’endroit de la France pour cause de Borrel.

La seconde observation porte sur la politique intérieure et extérieure. Résumé dans deux réponses, le volet de politique intérieure traite principalement de la démocratie. La première question sur ce chapitre dissimulant une subtilité linguistique semble ne pas avoir été comprise par le numéro un djiboutien. Toutefois, considérant toujours la démocratie comme une intrusion forcée de l’étranger, celle-ci reste funeste car le président utilise le qualificatif « impératif » parce-qu’il n’y a pas d’autre alternative dit-il clairement. Il justifie sa logique démocratique par l’existence d’une représentation de quatre partis au sein de son assemblée nationale. Concernant la transparence, il se base sur les instruments issus de la constitution de 1992 qui n’a offert aucune transparence électorale ni transition démocratique en République de Djibouti. Au contraire, cette façade démocratique avait même été critiquée par la délégation de l’Union Européenne de passage ici. Une situation politique perverse qu’elle a jugé inadmissible et incompatible avec l’esprit de la démocratie. La loi sur les élections rendant impossible toute représentation de l’opposition à l’Assemblée Nationale, cette délégation s’étant entretenue avec les autorités, n’avait pas manqué de déplorer l’absence de représentants d’une opposition qui a, officiellement, obtenu 45% des suffrages exprimés, et souligné le risque que peut revêtir à Djibouti comme en Afrique le non-respect de la transparence électorale et des règles de jeu de la démocratie. Car, c’est pratiquement près de la moitié de la population qui n’est pas représentée au sein de cette chambre de mal-élus.

Répondant à la question sur l’énorme déséquilibre économique et sanitaire entre la capitale et les régions, le Président se retranche derrière ses origines (sous le colon) sans expliquer le pourquoi de sa permanence après 27 ans d’indépendance. Bien entendu, depuis ces temps la capitale a enregistré un boom économique à tel point que le régime aurait oublié de définir les atouts et les dispositions économiques susceptibles d’offrir une chance de développement à chacune de nos régions de l’intérieur. Se disant attendre l’effet de levier économique à travers la décentralisation, il est important de rappeler aux lecteurs que la décentralisation régionale était posée par les textes issus de l’indépendance et que celle qu’il évoque ici relève de son allergie à tout ce qui peut impulser une quelconque dynamique de développement de nos districts. Ce qui implique la persistance d’une flagrante injustice demeurant à l’encontre de nos populations rurales.

Pareillement, la diplomatie djiboutienne relève, elle aussi, de cette même duplicité servant de cadre à toute action politique. Une réalité qui se vérifie par la teneur des propos du médiateur national affirmant que les accords de paix intersomaliens de Mbagathi au Kenya seraient la continuité de ceux d’Arta. Ce qui n’est pas vrai du tout ; la paix d’Arta avait échoué pour deux raisons simples : premièrement parce que le Président de la République avait refusé toute participation des chefs de guerre à sa conférence ; ensuite du fait de l’importante divergence sur ce dossier somalien opposant les États de la sous-région (Igad et Arabes). Aussi, dans ce contexte politique incertain, le Somaliland ne pouvait rester ignoré par ses voisins, en premier Djibouti, gênée par l’évolution pacifique de cette République auto-proclamée. Une situation compromettante pour la réussite du plan de paix djiboutien, qui n’a pas voulu diplomatiquement soutenir pendant plus d’une décennie le vœu du voisin somalilandais, ce dernier comptant plus sur nous en raison de l’interdépendance culturelle et économique par rapport à son autre grand voisin, l’Éthiopie. Ce qui dément donc la neutralité djiboutienne et la non-ingérence dans les affaires des États voisins lesquels n’accordent d’ailleurs aucun crédit à notre diplomatie, faite de tergiversations. Discrédit qui la frappe également dans le dossier soudanais.

La situation économique et sociale constitue notre troisième observation. La persistance de la crise économique est aujourd’hui ressentie par tous les citoyens et plus particulièrement par les faibles revenus. Au lieu de donner d’expliquer l’état réel de sa politique économique et sociale, responsable de l’accentuation de la paupérisation du peuple djiboutien, le Président va à contre-courant de la réalité du pays. Ceci en raison de l’absence totale de tout projet politique fiable, il disserte sur sa croyance en une réussite économique et sociale du pays, ce qui ne relève même pas de la méthode Coué. De l’ensemble du questionnaire et des réponses, il ressort une contradiction fondamentale.

Celle qui réside tout d’abord dans la présentation de Djibouti comme étant un pays fier (de par son régime) d’avoir trouvé enfin le chemin du développement socio-économique (réponses 1, 2, 3, 4) et les souhaits d’aides attendues des pays du nord exprimés fortement dans les réponses 11 et 12.

Au bout de six ans de pouvoir, il est clair que les perspectives de développement emportent plus sur les réalisations palpables. En effet, abstraction faite de l’opacité entretenue sur les revenus générés par le port et l’aéroport, dits en pleine expansion, outre les aides et les prêts qui oscillent à plus de 70 milliards de nos francs, le budget de l’État pour l’année en cours avait tablé sur 43 milliards FD.

Or, il est sûr que si les salaires sont versés plus ou moins par rapport aux années antérieures, le reste des recettes demeure inexpliqué. La paupérisation croissante de la population étant visible à l’œil nu eu égard à l’état de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’eau, … Les aides directes de l’ordre de 200 millions de dollars soit 35,6 milliards FD (réponse 5) octroyées par les pays arabes pour des projets de développement, ne semblent pas avoir soulagé le peuple djiboutien, au même titre que les redevances des armées étrangères présentes sur notre territoire. La situation économique et sociale est telle que les multiples prélèvements consolidés dans un seul impôt obèrent tout redressement économique et toute amélioration des conditions de vie de la population.

Aucune politique favorable à la création d’entreprises comme la définition d’un cadre juridique incitatif à l’investissement étranger n’étant initiée, le Président ne semble pas avoir réalisé que depuis son inauguration de la zone franche outre lesdits investisseurs du Golfe, concessionnaire des lieux, l’ensemble du complexe à l’avenir prometteur reste vide. Si cadre juridique il y a, c’est seulement celui responsable de l’appauvrissement de nos travailleurs avec les lois antisociales de Da’ach et les pratiques déjà expérimentées mais seulement consolidées par le nouveau code du travail. De là à dire que Djibouti est en phase de réduire la pauvreté, de créer des emplois, il faut peut-être plus que cela… Les perspectives d’avenir d’un peuple ayant entamé d’ores et déjà le chemin du développement nous semblent irréelles. D’autant plus que le promoteur du projet de Doraleh comme celui de la zone franche avait annoncé la couleur d’une future transformation de l’état économique du pays qui servirait d’Eldorado aux futurs travailleurs étrangers n’exigeant ni salaire décent, ni couverture sociale, ni logement salubre.

Si Dubaî a prospéré avec cette main-d’œuvre à bon marché, c’est que ce pays a des ressources énergétiques convoitées. Qu’offrent le Président et le Copilote ?


LA QUINTESSENCE DU VIDE

Voici les réponses inspirées du chef de l’Etat aux questions du journaliste peu inspiré de « Jeune-Afrique/L’Intelligent ».

« LE Xème SOMMET DOIT AFFRONTER LA FRACTURE NUMERIQUE »

Ismaël Omar Guelleh

Solidarité francophone, coopération avec le Nord, ambitions économiques, conflits régionaux…

Le chef de l’État djiboutien se livre à un vaste tour d’horizon.

Quelle est votre principale fierté, cinq ans après votre élection à la tête du pays ?

Notre fierté est d’avoir contribué à placer notre pays sur le chemin du développement socio-économique.

Pouvez-vous évaluer la dimension et le rayonnement francophones de Djibouti, au milieu d’un océan d’anglophones ?

Pour mes compatriotes, la Francophonie est une seconde nature. Ce n’est pas uniquement une question de langue même si le français est une de nos deux langues officielles, avec l’arabe. La dimension est plus large, culturelle : les Djiboutiens ont le sentiment que, dans la famille francophone, la diversité culturelle est non seulement respectée mais entretenue. Enfin notre condition d’ « îlot francophone entouré d’un océan anglophone » contribue à créer des liens solides avec le reste de la famille francophone en Afrique, en Europe ou ailleurs.

Cela fait deux ans que votre pays a démarré la construction du nouveau port de Doralé, doté d’une ambitieuse zone franche. Quels en sont les premiers bilans et perspectives ?

Il est très tôt pour faire le bilan d’un chantier qui n’en est qu’à ses débuts. Notre pays a une vocation d’échange, de services. Car nous sommes au carrefour de l’Afrique, de la péninsule Arabique et de l’Asie. Le port de Doralé et la zone franche vont dans le sens de l’intégration de notre pays dans le commerce régional, voire international. Cela aura bien sûr des retombées en matière d’emplois, de réduction de la pauvreté, mais également d’infrastructures.

Au-delà des activités de commerce et de transit, Djibouti peut-il réussir son pari de devenir le Singapour financier de l’Afrique?

Avec le méga projet de Doralé, le port et la zone franche, nous changeons de dimension économique; nous entrons à coup sûr dans une nouvelle ère de développement… Allons-nous devenir le Dubaï, ou le Singapour d’Afrique? Une chose est sûre: nous sommes préparés, nous avons mis tous les atouts de notre côté pour attirer les investisseurs. Nous avons élaboré un cadre juridique très favorable à la création et à l’installation des entreprises. Notre monnaie à parité fixe avec le dollar, ainsi que les possibilités de transfert financier en temps réel – mais également notre appartenance à de grands ensembles régionaux comme le Comesa (Marché commun des États de l’Afrique orientale et australe) – sont susceptibles de faciliter les tractations commerciales.

Quelles sont les retombées pour Djibouti de l’explosion des prix du pétrole? Les riches frères arabes manifestent–ils leur solidarité? Qu’en est-il du projet de raffinerie ?

Il est clair que cette montée inexorable du prix du baril constitue un handicap pour notre économie. Le peu de devises que nous engrangeons est utilisé pour stabiliser le prix sur le marché intérieur. Quant à la solidarité de nos frères arabes, elle s’illustre dans plusieurs domaines prioritaires. Rien que ces dernières années, nous avons bénéficié de 200 millions de dollars d’aide directe à des projets de développement. Nous sommes donc très satisfaits… En ce qui concerne le projet de raffinerie, plusieurs parties ont manifesté leur intérêt. J’espère que nous serons fixés d’ici à l’année prochaine.

Djibouti compte des sites naturels et un environnement sous-marin d’une beauté à couper le souffle. A quand donc l’afflux de touristes amateurs de sensations fortes ?

Le développement du tourisme permet de lutter contre la pauvreté. A condition, bien entendu, qu’il ne contribue pas à la dégradation de l’environnement et des écosystèmes. Or de plus en plus de tour-opérateurs programment aujourd’hui la destination Djibouti. C’est le résultat d’une politique de promotion et de communication que nous avons mise en place par l’intermédiaire de l’Onta (Office national du tourisme).

Comment approfondir et élargir encore l’expérience démocratique djiboutienne, notamment dans l’enceinte parlementaire ?

La démocratie est un perfectionnement de tout instant. Notre pays, depuis la Constitution de 1992, s’est doté d’instruments qui permettent une pratique saine et transparente de « l’impératif » démocratique. Nous continuerons dans cette voie, car il n’y a pas d’alternative. Quant à l’Assemblée nationale, il faut souligner que c’est la première fois depuis notre indépendance qu’une coalition de quatre partis y siège. Le débat démocratique y est permanent.

Pour éviter que la capitale ne devienne un îlot de prospérité entouré de misère, n’y a-t-il pas lieu d’investir plus systématiquement, à travers le pays ?

Surtout dans un pays comme le nôtre, qui est tributaire des capitaux étrangers, l’investissement ne se décrète pas. Il obéit à une logique économique et financière. Le déséquilibre entre la capitale et le reste du pays, nous l’avons hérité de la politique coloniale: à l’époque, seul le port de Djibouti présentait un intérêt, dit « stratégique ». Cela dit, nous comptons exploiter les spécificités économiques de chaque région. Le processus de décentralisation politique que nous avons mis en oeuvre ne saurait être viable s’il n’est accompagné d’une décentralisation économique.

Après les initiatives prometteuses – l’accord d’Arta, en 2000, avez-vous fini par baisser les bras dans la recherche d’une solution à la trop longue crise somalienne ?

Nous n’avons jamais baissé les bras. La réconciliation d’Arta a jeté les bases d’un processus qui a abouti aux accords de Mbagathi (Kenya). Arta a servi de dynamique. Elle a permis à la Somalie de se réconcilier avec elle-même. Il convient maintenant d’aider le nouveau président somalien et son gouvernement. J’appelle la communauté internationale à élaborer un programme de sortie de la période post-conflit, le plus rapidement possible. Afin d’éloigner définitivement le spectre des désordres et du chaos.

Que faut-il faire du Somaliland, ce voisin « fantôme » de Djibouti?

Le Somaliland n’est pas un voisin « fantôme », comme vous dites. C’est une entité physique palpable pour les Djiboutiens. Son avenir ne dépend pas de notre pays. Nous avons toujours été partisans de la non-ingérence dans les affaires internes de nos voisins. Il leur appartient de décider de leur destinée.

Djibouti peut-il contribuer à atténuer les tensions entre Washington et Khartoum ? Quelles seraient les bases durables d’une solution aux conflits du Soudan?

Le Soudan est un grand pays, pas seulement géographiquement. La stabilité de ce pays frère aura des retombées positives sur l’ensemble de la Corne de l’Afrique. Nous avons donc tous intérêt à ce que la crise au Darfour trouve une issue négociée, comme celle qui se dessine pour le Sud-Soudan. Les efforts d’arbitrage déployés par I’Union Africaine avec le soutien des grandes puissances vont, j’en suis persuadé, aboutir. La Communauté internationale dans son ensemble, y compris Washington, doit privilégier cette approche. Car il ne s’agit pas de déstabiliser davantage le Soudan ; il faut l’aider à consolider le processus de réconciliation.

Êtes-vous satisfait de la coopération avec les pays du Nord pour un « développement durable » ?

Souvent le Nord se contente des effets d’annonce. Cela s’est vu dans la lutte contre le sida, mais également à propos du Nepad, le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique. Nous attendons du Nord qu’il soit sensible à nos priorités et qu’il nous aide en conséquence.

En matière de transfert des technologies – et, notamment, pour combler le fossé numérique-, la famille francophone ne doit-elle pas adopter un plan d’action urgente, qui dépasse les vœux pieux?

La fracture numérique est une réalité. Elle accélère la marginalisation des pays pauvres sur « le marché » de la mondialisation. La famille francophone doit réagir à cette situation, car l’accès aux nouvelles technologies pourrait intensifier les échanges culturels. J’espère qu’à Ouagadougou des mesures concrètes seront arrêtées pour accéder à un instrument indispensable au développement durable.


Arafat devant l’ONU (3)

DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988 (3)

Voici la dernière partie du discours prononcé par le regretté Arafat. En demandant l’indulgence de nos lecteurs : la Cause incarnée par ce grand homme mérite bien une telle longueur.

Il m’importe ici, au moment de répéter cette proclamation historique devant famille des nations et maintenant qu’elle est devenue un document officiel des Nations Unies, d’affirmer qu’il s’agit d’une décision sur laquelle nous ne reviendrons jamais et que nous n’arrêterons pas d’œuvrer à sa réalisation pour venir à bout de l’occupation et pour que notre peuple exerce sa souveraineté dans son État.

Cet État de Palestine est l’État des Palestiniens où qu’ils soient. Ils pourront y développer leur identité nationale et culturelle. Ils y jouiront de la pleine égalité des droits et de leurs convictions religieuses et Politiques, ainsi que de leur dignité humaine. Ils y seront protégés par un régime parlementaire et démocratique fondé sur les principes de la liberté d’opinion, la liberté de constituer des partis, la prise en considération par la majorité des droits de la minorité et le respect par la minorité des décisions de la majorité, la justice sociale, l’égalité et l’absence de toute discrimination dans les libertés publiques sur la base de la race, de la religion, de la couleur, ou entre la femme e l’homme, à l’ombre d’une constitution qui assure la primauté de la loi et l’indépendance de la justice, en totale fidélité à l’héritage spirituel de la Palestine, patrimoine fait de tolérance et de cohabitation entre les religions à travers les siècles.

L’État de Palestine est un État arabe, son peuple fait partie intégrante de la nation arabe, de son patrimoine, de sa civilisation et de ses aspirations au progrès social, à l’unité et à la libération. Il se réclame de la Charte de la Ligue des États arabes, de la Charte de l’ONU, de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des principes du non-alignement..

Cet État est épris de paix et attaché aux principes de la coexistence pacifique ; il oeuvrera de concert avec tous les États et tous les peuples pour instaurer une paix permanente basée sur la justice et le respect des droits.

Cet État croit à la résolution des conflits régionaux et internationaux par des moyens pacifiques, en application de la Charte des Nations Unies et de leurs résolutions. Il rejette la menace de l’usage de la violence, de la force et du terrorisme, leur utilisation contre la sécurité de son propre territoire ou contre son indépendance politique, ou contre l’intégrité territoriale de tout autre État, sans porter atteinte à son droit naturel à défendre son territoire et son indépendance. Cet État croit que l’avenir ne réserve que la sécurité à ceux qui auront agi justement, ou auront aspiré à la justice.

Voici l’État de Palestine que nous avons proclamé et que nous oeuvrerons à concrétiser, pour qu’il prenne sa place entre les autres pays, qu’il participe et innove dans l’édification d’un monde libre oÙ règnent la justice et la paix. Notre État aura son gouvernement provisoire, avec l’aide de Dieu, dans les plus brefs délais. Le Conseil national palestinien a chargé le Comité exécutif de l’OLP d’assumer les responsabilités de ce gouvernement provisoire en attendant sa formation. Pour concrétiser cette décision, notre Conseil national palestinien (CNP) en a adopté une série d’autres dont il importe de souligner ici les plus importantes, pour confirmer notre détermination à aller de l’avant avec sérieux dans la voie de la juste solution pacifique, et à déployer les plus grands efforts pour sa réussite.

Notre Conseil national a affirmé la nécessité de la tenue de la conférence internationale sur la question du Moyen-Orient, dont le cœur est la question de Palestine, sous l’égide des Nations Unies et avec la participation des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ainsi que de toutes les parties au conflit dans la région, y compris l’OLP, unique représentant légitime du peuple palestinien, sur un Pied d’égalité. Ceci en considérant que la conférence internationale se tiendra sur la base des deux résolutions du Conseil de sécurité 242 (1967) et 338 (1973), ainsi que sur la base de la garantie des droits nationaux et politiques légitimes du Peuple palestinien, au premier rang desquels son droit à l’autodétermination.

Notre Conseil national a également affirmé la nécessité du retrait d’Israël tous les territoires palestiniens et arabes qu’il a occupés en 1967, y compris la Jérusalem arabe, l’établissement de l’État palestinien et l’abolition de toutes 1es mesures de rattachement et d’annexion, ainsi que le démantèlement des colonies édifiées par Israël dans les territoires palestiniens et arabes depuis 1967. Toutes ces exigences ont été formulées par les sommets arabes, et particulièrement par les sommets arabes de Fès et d’Alger.

Notre Conseil national a affirmé la nécessité d’œuvrer pour placer les territoires palestiniens occupés, y compris la Jérusalem arabe, sous la tutelle des Nations Unies pour une Période limitée. Ce pour protéger notre peuple et créer un climat propice à la réussite des travaux de la conférence internationale, ce pour parvenir à un règlement Politique global et instaurer la sécurité et la paix pour tous, peuples et États, au Moyen-Orient, à travers l’acceptation et le consentement mutuels, et afin de permettre à l’État de Palestine d’exercer son autorité effective sur ces territoires. Tout ceci également a été affirmé dans le 8 décisions issues des sommets arabes. Notre conseil a aussi affirmé la nécessité de résoudre la question des réfugiés palestiniens, conformément aux décisions des Nations Unies. Il a également affirmé qu’il garantirait la liberté de croyance et de culte dans les Lieux saints de Palestine pour les adeptes de toutes les religions. Notre Conseil national a également confirmé ses décisions précédentes concernant les relations spéciales et privilégiées entre les deux peuples frères, jordanien et palestinien, et que la relation future entre l’État de Palestine et 1e Royaume Hachémite de Jordanie se fera sur une base confédérale, selon le principe du choix volontaire et libre des deux pays frères. Ceci pour consolider les liens historiques et les intérêts vitaux qui les réunissent.

Le Conseil national a renouvelé sa conviction que le Conseil de sécurité des Nations Unies devait établir et garantir les dispositions de la sécurité et de la paix entre tous les États parties au conflit dans la région.

Je tiens à souligner ici que ces décisions, ainsi qu’il ressort clairement de leur contenu et de leur formulation, reflètent la fermeté de notre foi dans la paix et la liberté, ainsi que notre profonde conscience du climat de détente internationale, et de l’attachement de la communauté internationale à des solutions équilibrées qui répondent aux aspirations et aux intérêts fondamentaux des parties au conflit. Ces décisions reflètent également le degré de sérieux de la position palestinienne au sujet de la paix, son attachement à la paix et la nécessité de la garantir et de la préserver par le biais du Conseil de sécurité, et sous l’égide des Nations Unies.

Ces résolutions apportent une réponse claire et ferme à tous les alibis et les prétextes colportés par certains États au sujet de la position et de la politique de l’Organisation de libération de la Palestine. Alors que notre peuple, par son soulèvement comme par l’intermédiaire de ses représentants au Conseil national, votait pour la paix, confirmant son accord avec la tendance dominante elle-même consolidée par la détente nouvelle dans les relations internationales, propice à la Solution des conflits régionaux et mondiaux par des moyens pacifiques, le Gouvernement israélien, pour sa part, alimente les tendances agressives et expansionnistes ainsi que le fanatisme religieux, confirmant son obstination à choisir l’agression et à nier les droits de notre peuple.

La partie palestinienne a formulé de son côté des positions politiques claires et responsables, conformes à la volonté de la communauté internationale pour aider à la tenue et à la réussite des travaux de la Conférence internationale de paix.

L’appui international, courageux et bienvenu, à la reconnaissance de l’État Palestine est la preuve éclatante de la justesse de la voie que nous avons choisie de la crédibilité de nos résolutions et de leur conformité avec la volonté et l’amour de la paix qui animent la communauté internationale.

En dépit de notre grande estime pour ces voix américaines libres qui ont pris l’initiative d’expliquer et de justifier notre position et nos résolutions, l’administration américaine se refuse toujours à appliquer des critères uniques toutes les parties au conflit et continue à nous imposer -et à nous seuls – l’acceptation de positions qui ne sauraient être tranchées avant la négociation et le dialogue dans le cadre de la conférence internationale.

Je tiens ici à rappeler que reconnaître aux deux parties au conflit l’égalité des droits sur la base de la réciprocité constitue la seule approche qui réponde aux diverses interrogations, d’où qu’elles viennent. Et si les Politiques pratiquées sur le terrain reflètent les intentions de ceux qui les conduisent, 1a partie Palestinienne a plus de raisons de s’inquiéter et de s’interroger au sujet de son propre sort et sur son avenir face à un État d’Israël bardé des armes les plus modernes, y compris des armes nucléaires.

Notre Conseil national a renouvelé son engagement vis-à-vis des résolutions des Nations Unies qui affirment le droit des peuples à résister à l’occupation étrangère, à la colonisation et à la discrimination raciale ainsi que leur droit à lutter pour l’indépendance. Il a également renouvelé son refus du terrorisme sous toutes ses formes, y compris le terrorisme d’État, confirmant par là son adhésion aux décisions prises à ce sujet : la résolution du sommet arabe d’Alger en 1988, les deux résolutions des Nations Unies, 42/159 de 1987 et 40/61 de 1985, ainsi que ce qui figure à ce sujet dans la Déclaration du Caire du 7 novembre 1985. Cette position est claire et sans équivoque. En dépit de cela, je réaffirme ici une fois encore, en ma qualité de président de l’OLP, que je condamne le terrorisme sous toutes ses formes.

Je salue tous ceux que je vois face à moi dans cette salle, gui ont un jour été accusés d’être des terroristes par leurs bourreaux et leurs colonisateurs au cours des combats menés dans leurs pays pour les libérer du joug de la colonisation. Ce sont aujourd’hui des dirigeants investis de la confiance de leurs peuples et de fidèles et sincères partisans des principes et des valeurs de la justice et de la liberté. Un grand salut aux martyrs qui sont tombés, victimes du terrorisme et des terroristes, au premier rang desquels le compagnon de ma vie, mon adjoint, le martyr-symbole Khalil el Wazir, ainsi que tous les martyrs tombés dans les massacres infligés à notre peuple dans les lieux les plus divers, dans les villes, les villages et les camps de Cisjordanie, de Gaza et du Liban.

La situation dans notre patrie palestinienne ne souffre plus l’attente. Les masses de notre peuple et nos enfants sont à la tête du cortège, portant le flambeau de la liberté, tombant quotidiennement dans la lutte pour chasser les occupants et consolider les fondements de la paix dans leur patrie libre et indépendante aussi bien que dans la région tout entière. Le Conseil national palestinien a ainsi fondé ses résolutions sur le réalisme, prenant en considération les circonstances particulières aux Palestiniens et aux Israéliens ainsi que la longue histoire de tolérance qui les a unis dans le passé.

Les Nations Unies ont à l’égard de notre peuple et de ses droits une responsabilité historique exceptionnelle. Voici plus de 40 ans que les Nations Unies ont décidé, sur la base de la résolution 181 (Il), d’établir deux Etats en Palestine, l’un arabe palestinien et l’autre juif. Et nous voyons qu’en dépit de l’injustice historique qui a frappé notre peuple, cette résolution assure aujourd’hui encore les conditions de légitimité internationale qui garantissent le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l’indépendance nationale.

L’accélération du processus de paix dans la région requiert un effort exceptionnel de la part de toutes les parties concernées et de leurs partenaires internationaux. Je citerai plus précisément les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique, investis d’une grande responsabilité vis-à-vis de la cause de la paix dans notre région.

A cette étape, le rôle des Nations Unies et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, celui des blocs et des instances internationales est vital et crucial. C’est pourquoi, j’ai l’honneur, en ma qualité de président du Comité exécutif de l’OLP, qui assume momentanément les responsabilités du gouvernement provisoire de l’Etat de Palestine, de vous présenter l’initiative de paix palestinienne suivante.

Premièrement, que de sérieux efforts soient déployés pour réunir le Comité préparatoire de la Conférence internationale de paix au Moyen-Orient, sous l’égide du Secrétaire général des Nations Unies, et ce, sur la base de l’initiative des deux Présidents, Gorbatchev et Mitterrand, qui a reçu l’appui de nombreux Etats et que le Président Mitterrand a eu l’obligeance d’exposer devant votre assemblée à la du mois de septembre dernier – initiative préludant à la tenue de la Conférence internationale, qui est appuyée par la totalité des Etats dans le monde, à l’exception du Gouvernement d’Israël.

Deuxièmement, partant de notre foi en le rôle vital des Nations Unies et fort de la confiance que nous accordons à la légalité internationale, nous réclamons une action visant à mettre notre terre palestinienne occupée sous la tutelle momentanée des Nations Unies : que s’y déploient des forces internationales qui protègent notre peuple en même temps qu’elles supervisent le retrait des troupes israélien de notre patrie.

Troisièmement, l’Organisation de libération de la Palestine recherchera un règlement pacifique global avec les parties concernées au conflit arabo-israélien, y compris l’État de Palestine, Israël et ses autres voisins, dans le cadre de la conférence internationale de paix au Moyen-Orient, sur la base des résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité, de façon à garantir l’égalité et l’équilibre des intérêts et, tout particulièrement, le droit de notre peuple à la liberté et à l’indépendance nationale, ainsi que le respect du droit de toutes les parties au conflit, comme je viens de le dire, à exister dans la paix et la sécurité.

Si ces bases sont adoptées lors de la conférence internationale, nous aurons franchi une étape essentielle en direction de la solution juste, ce qui permettrait de parvenir à un accord sur l’ensemble des dispositions et des arrangements de sécurité et de paix.

J’espère qu’il est bien clair que notre peuple palestinien, qui aspire à la réalisation de ses droits nationaux légitimes, à l’autodétermination, au retour et à la fin de l’occupation de la terre de sa patrie palestinienne, tient à réaliser ces objectifs en continuant à avancer sur la voie pacifique, dans le cadre de la conférence internationale tenue sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies et conformément à sa charte et à ses résolutions. J’affirme que nous sommes un peuple qui aspire à la paix, comme tous les peuples de la terre, peut-être avec un peu plus d’ardeur, étant donné la longueur de cette épreuve tout au long de ces années et la dureté de la vie que mènent notre peuple et nos enfants, qui ne peuvent jouir d’une vie normale, à l’abri des guerres, des malheurs, de la souffrance et de l’exil, de la dispersion et des difficultés de la vie quotidienne. Que s’élèvent des voix pour soutenir le rameau d’olivier, pour appuyer la pratique de la coexistence pacifique et pour renforcer le climat de détente internationale. Joignons nos mains et nos efforts pour ne pas laisser passer une occasion historique, qui pourrait ne pas se représenter, de mettre fin à un drame qui n’a que trop duré et qui a coûté le sacrifice de milliers de vies et la destruction de centaines de villages et de villes.

Et si nous tendons la main vers le rameau d’olivier, le rameau de la paix, c’est parce que celui-ci se répand dans nos cœurs à partir de l’arbre de la patrie et de la liberté.

Je suis venu à vous au nom de notre peuple, la main ouverte, pour que nous œuvrions à instaurer une paix véritable, une paix bâtie sur la justice. Sur cette base, je demande aux dirigeants d’Israël de venir ici, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, pour que nous accomplissions cette paix. Et leur dis, tout comme je vous le dis : notre peuple désire la dignité, la liberté et la paix. Il désire la sécurité pour son État tout comme il la désire pour tous Etats et parties au conflit arabo-israélien.

Je m’adresse ici tout particulièrement aux Israéliens de toutes les catégories, de tous les courants et de tous les milieux et, avant tout, aux forces de la démocratie et de la paix, et je leur dis : Venez ! Loin de la peur et de la menace, réalisons la paix, loin du spectre des guerres ininterrompues depuis 40 dans le brasier de ce conflit, loin de la menace de nouvelles guerres, qui n’auraient d’autre combustible que nos enfants et vos enfants, venez, faisons la paix, la paix des braves, loin de l’arrogance de la force et des armes de la destruction, loin de l’occupation, de la tyrannie, de l’humiliation, de la tuerie et de la torture.

Je dis : « O gens du Livre, retrouvez-vous en une seule parole», pour que nous établissions la paix sur la terre de la paix, la terre de Palestine. « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »

Mon Dieu, Tu es la Paix. La Paix vient de Toi. la Paix aboutit à Toi. Seigneur, fais-nous vivre dans la paix et accéder au Paradis, ta demeure, la demeure de la Paix.

Enfin, je dis à notre peuple : l’aube, inéluctablement, vient, et la victoire elle aussi, est déjà en chemin. Je vois la patrie dans vos pierres sacrées ; je vois le drapeau de notre État palestinien indépendant flotter sur les hauteurs de la patrie bien-aimée.

Je vous remercie et vous salue, avec la miséricorde de Dieu, et ses bénédictions.



Le citoyen djiboutien est-il immatriculé TT ?

Si un régime aussi impopulaire que celui du parti au pouvoir arrive encore à exister ici, c’est surtout parce que tous les citoyens ne se sentent pas égaux en droit devant les responsabilités qu’implique le fait de se considérer comme djiboutien. Pour en finir avec ce despotisme et cette division, nous devons tous avant tout revendiquer notre droit le plus fondamental et le plus inaliénable : celui d’être d’un citoyen voulant vivre en égalité avec les autres et dans leur respect. Car, le risque réel de reprise du conflit civil n’apportera aucune solution miracle à ce déficit de citoyenneté.

A la fin des années 70, lorsque la couleur de l’oppression commençait à virer au noir, la population djiboutienne, qui ne manque pas d’humour, avait réussi à faire coïncider les lettres A, B et C des véhicules administratifs en signes de proximité par rapport au nouveau pouvoir post colonial. Aujourd’hui, l’on se rend compte avec gravité que cette ségrégation entre automobiles d’État et entre citoyens (qui les conduisent ou pas) est tellement intériorisée et banalisée qu’aucune opposition sérieuse, fondant son action non pas sur des élections truquées mais sur la mobilisation citoyenne, ne peut l’ignorer si elle veut véritablement canaliser et fédérer le mécontentement général. Car ne peut être mobilisé que celui qui est conscient de ses devoirs de citoyen, considérant que la terre lui appartient autant qu’à d’autres. Ce qui signifie que, si un parti-Etat n’a surtout pas besoin de vrais citoyens pour pérenniser son oppression, il n’en est pas de même pour l’opposition démocratique qui ne peut exister que si et seulement si le citoyen responsable existe et s’assume.

Quelles sont alors les caractéristiques des différentes composantes d’une population djiboutienne dont la cohabitation, dans les actuelles limites territoriales, découle pour ainsi dire d’un acte fondateur sui generis imposé par l’installation de la puissance coloniale ? La principale, c’est que les origines de ce peuplement provoqué par la construction du chemin de fer franco-éthiopien et donc de la ville de Djibouti, sont diverses. Contre l’idée candide d’un melting-pot tolérant, il convient de rappeler que ce sont des logiques tribales préexistantes d’agrégation communautaire qui sont au principe de la constitution des quartiers de la Capitale : les premières zones d’habitat intercommunautaire étant les cités Lher et Einguela. Certes, la domination coloniale s’est plus ou moins traduite par la construction d’une identité djiboutienne qui, bien que fluctuant en fonction des circonstances politiques, n’en était pas moins réelle que la singularité des anciennes cités commerciales de Zeyla ou de Harar. Identité qui s’est justement renforcée dans la résistance à cette présence coloniale : en rupture avec la politique de division en vertu de laquelle les citoyens étaient de première ou de seconde classe, indigènes ou allogènes, tous espéraient que l’Indépendance nationale serait synonyme d’égalité entre les citoyens, sans aucune distinction d’origine régionale, ethnique ou tribale.

Hélas : au prétexte de prévenir tout risque de dérive identitaire préjudiciable à la construction d’une conscience nationale dont il s’est érigé en promoteur exclusif, le parti au pouvoir s’est autoproclamé unique, instaurant dans la pratique une hiérarchisation des citoyens allant de pair avec leur cloisonnement. Politique d’apartheid version locale qui est directement à l’origine du conflit civil en 1991. Conflit dont la pertinence nationale avait été démontrée par la première forme d’opposition pluriethnique regroupant l’ensemble des composantes du pays : le Front Uni de l’Opposition Djiboutienne (FUOD). Dans cette perspective unitaire, le FRUD ne devenait que le bras armé de toutes les aspirations populaires à la justice et à l’égalité. Ceux qui ont vécu cette période dans la Capitale se souviennent avec nostalgie de leur légitime fierté de participer à l’affirmation d’un intérêt général transcendant les traditionnels clivages ethniques et tribaux. C’était, pour les franges dont la marginalisation à l’époque coloniale avait été reconduite à l’Indépendance, le moyen de revendiquer leur citoyenneté bafouée, la sinistre catégorie des Kaar-Damer n’étant que la partie la plus brutalement visible d’un déni plus général.

C’est dans ce cadre qu’il convient de replacer la capitulation d’une dissidence en 1994 au sein de la guérilla : en faisant croire que le conflit ne concernait contre une autre qu’une seule composante de la communauté nationale dont les représentants armés allaient, sous diverses modalités, participer à l’arbitraire en place, l’accord d’Ab’a a principalement porté atteinte à la dynamique unitaire du FUOD. S’il est normal que la résistance soit proportionnelle à l’oppression et que certains en viennent plus que d’autres à sacrifier leur vie, le seul enjeu crédible ne peut être que national : aucune composante de notre communauté nationale n’a jamais prétendu qu’elle pourrait vivre ici au détriment des autres, en profitant de toute la redistribution des richesses du pays.

Aujourd’hui, cette démobilisation traumatise encore les esprits. Ce n’est pas un hasard si certains accordent moins d’importance à ce qui se passe ici que dans la région : le régime fait sentir que tous ne sont pas complètement chez eux en République de Djibouti, ne serait-ce qu’en leur choisissant des « représentants » qu’ils ne reconnaissent nullement comme légitimes et que certains sont plus citoyens que d’autres, à la recherche d’un espace vital à conquérir aux dépens des populations voisines dans la région. C’est cette apathie pour l’action collective locale que l’opposition démocratique doit combattre. Pour cela, elle doit rassurer les uns et les autres sur la dimension nationale de sa lutte, comme l’avait réussi le regretté Ahmed Dini qui, pour avoir proclamé l’Indépendance, n’avait jamais été soupçonné de vouloir porter atteinte à l’unité d’un pays à la naissance duquel il avait tant contribué.

C’est en cela que les intolérables violations de l’accord de paix qu’il a signé avec le régime le 12 mai 2001 reconduisent les conditions d’un inévitable affrontement armé à venir, que seule une mobilisation pacifique de tous les citoyens peut contribuer à éviter. L’avenir de notre pays dépend de cette prise de conscience citoyenne. Autrement, cela reviendrait à dire qu’une importante partie de notre population s’estime être sur notre territoire national en situation de transit temporaire (TT).


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 114 du mercredi 24 novembre 2004

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Réalité numéro 114 du mercredi 24 novembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Arafat devant l’ONU (2)
  4. La nouvelle politique de l’Habitat
  5. Le nouveau Code de Travail
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 114

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

LA CAROTTE MOINS QUE LE BÂTON :

LES TRIBULATIONS DU FONCTIONNAIRE DJIBOUTIEN

Ne pas le relever serait un manque de respect indigne de tout organe de presse à l’écoute des lecteurs : il arrive au journal gouvernemental « La Nation » de publier des courriers qui incitent vraiment à la réflexion. C’est le cas du billet paru dans son édition de jeudi dernier sous le titre évocateur de « Ni carotte ni bâton », dans lequel l’auteur se penche sur les dysfonctionnements de l’administration djiboutienne.

La thèse centrale est expédiée en trois phrases : « Même si, parfois, il y a une part de vérité, les fonctionnaires ne sont pas les victimes qu’ils prétendent être. Un fonctionnaire est avant tout une personne qui rend service à l’État en échange d’un salaire. Son statut lui fait obligation de respecter des horaires stricts, ainsi que d’observer un devoir de réserve ». A la précaution circonstancielle près, le fonctionnaire djiboutien y est dépeint comme un parasite payé pour ne rien faire : seule une poignée travaillerait effectivement pour combler un déficit de productivité dont le premier responsable serait « le clientélisme et le népotisme », les deux mamelles de la mauvaise gouvernance. Et l’oisiveté tant mère de tous les vices, le fonctionnaire n’ayant aucune obligation de rendement passerait son temps à parler politique, nirvana qu’il espère atteindre comme d’autres à force de courbettes.

Sur le fond, l’auteur a bien raison de s’inquiéter du faible rendement de l’administration locale car, sans administration efficace, point d’État. Ce qui signifie l’inexistence pure et simple de l’arbitre impartial, garantissant l’intérêt général, qui fonde toute coexistence pacifique. Pourtant, le seul examen de l’évolution exponentielle du nombre de « conseillers techniques » affectés à la Présidence aurait dû conduire l’auteur de ce billet à ne pas inverser cause et effet. Dans une telle perspective, il serait inapproprié de parler de carotte : le bouc (émissaire) reçoit surtout des coups de bâton, quoique broutant une herbe qui n’est pas forcément du khat. La défaillance bureaucratique est ici imputable aux caractéristiques d’un régime politique fondé sur l’usurpation et l’arbitraire.

Usurpation tout d’abord. Au moins, du temps du parti unique, les choses étaient simples : pas de compétition électorale. Mais, peut-être parce qu’une grande partie de sa classe politique avait débuté dans l’administration coloniale, il y avait alors un certain sens de l’État : si la « notation administrative », le « conseil de discipline » ou encore les « critères de récompenses » ont aujourd’hui disparu, c’est bien la preuve qu’ils existaient, comme l’aurait démontré Lapalisse. Car, avant 1992, même la loi dite de mobilisation générale, embrigadant tout citoyen (et a fortiori tout fonctionnaire) au service du parti unique, n’avait pas provoqué la paralysie bureaucratique observable de nos jours. C’est qu’à l’heure actuelle, le fonctionnaire est aussi virtuel que l’électeur, parce qu’un régime issu de la fraude électorale ne peut exiger de qui que ce soit un rendement auquel il n’est lui-même pas astreint, comme en témoigne la seule opacité dans la gestion des deniers publics. D’autant plus qu’étant perpétuellement en quête de soutien, il subordonne l’avancement des fonctionnaires à leur docilité partisane : ce n’est pas un hasard si les vrais syndicalistes ont été licenciés dès 1995 et si les cadres de notre parti ont vu leurs salaires suspendus sans avoir été officiellement radiés de la Fonction Publique.

Arbitraire en second lieu : l’autre caractéristique du régime djiboutien depuis 1998 c’est que, justement, rien n’est impossible quand la norme est à géométrie variable. Pire, parce que seul à détenir le pouvoir réglementaire (il assure la promotion du plus petit fonctionnaire comme le recrutement de la plus modeste femme de ménage), la personne du chef de l’Etat est devenue un obstacle quasiment physique à l’application d’un droit impersonnel auquel tout un chacun serait uniformément soumis.

Quand l’arbitraire devient à ce point la règle, il est malheureusement normal que le fonctionnaire attende tout d’un passe-droit, établi de façon partisane, plutôt que d’un droit dont rêve le démocrate. Dans cet assassinat de l’intérêt général par lequel le chef de l’État promeut sans contrôle ni contrepouvoir des intérêts personnels et privés, il est presque normal que le fonctionnaire, mû par l’instinct de survie, se désinvestisse de sa mission d’intérêt général et préfère une danse du ventre plus lucrative et dans l’air du temps : l’administration djiboutienne est devenue un vaste cabaret partisan, auquel ne résistent que les Derniers des Justes, travaillant pour tous les autres.

Lumumba l’avait déjà dit : « Nous avons connu que la loi n’était jamais la même pour tous, selon qu’il s’agissait d’un Noir ou d’un Blanc : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Le travail pour nous, les bénéfices pour vous. Les félicitations pour vous, les punitions pour nous ». Sauf qu’il fustigeait alors l’exploitation coloniale devant le roi Baudouin. Mais le regretté Ahmed Dini l’avait également dit lors de la campagne pour les législatives 2003 : « Les peuples africains doivent être libérés deux fois : d’abord de la colonisation, puis du parti-Etat ». C’est seulement alors que le fonctionnaire, comme le citoyen, retrouvera sa fierté et qu’il pourra être critiqué: seul un régime usurpateur peut dormir tranquille de son parasitisme. C’est seulement alors que telle plume, autorisée par la censure du parti-Etat, pourra juger de son travail.


Brèves nationales

Hanlé-Agna :

Le nouveau chantier du génie pastoral

Certaines mauvaises langues prétendaient que le titre de docteur honoris causa en agriculture brillamment et gratuitement décroché à Tokyo par notre génie national ne serait qu’une parure clinquante sans aucune utilité dans le domaine du concret. Elles se tairont, à la vue des travaux pharaoniques menés par l’impétrant dans le district de Dikhil, à Hanlé-Agna précisément. Tel un sourcier à l’œuvre, il a eu l’idée géniale de dévier le cours d’un oued vers une zone buissonnière.

Pour sortir les Djiboutiens de leur ignorance quant aux pouvoirs de leur Leader bien-aimé, une équipe de la RTD a courageusement bravé l’ingratitude notoire de cette contrée pour présenter cette réalisation dans la lutte contre la désertification, pour l’accomplissement de laquelle le candidat solitaire n’a même pas eu besoin des services du Génie Rural. Tout juste a-t-il réquisitionné pour cela un haut fonctionnaire dispensé du devoir de réserve et bombardé chargé de mission partisane pour les doléances pastorales. Les retraités spoliés apprécieront.

La reconnaissance citoyenne étant à la mesure de l’œuvre exceptionnelle, la RTD a généreusement rapporté les propos d’un indigène selon lequel ni l’administration coloniale ni même l’ancien chef de l’État n’avaient fait cela pour développer cette région. La magie n’existant que pour ceux qui veulent bien y croire, toute cette gesticulation était en fait censée démentir une petite brève parue dans nos colonnes la semaine dernière et se faisant l’écho d’un persistant problème de soif dans cette région, largement imputable à une mauvaise gouvernance incapable de remplacer une pompe défaillante d’un forage dans le secteur dénommé Der-Elwa. Comme quoi l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi : même sans titre de docteur honoris causa, il arrive à la presse d’opposition de pointer du doigt des problèmes cruciaux auxquels le candidat à sa propre succession aussitôt prétend remédier, sans plus de transparence quant à l’origine des fonds investis et sans y associer les responsables politiques de la région qu’il s’est pourtant lui-même choisis.

L’on se souvient que lors de son passage à Yoboki, notre agronome volant avait exhorté les populations de Hanlé à abandonner la culture du palmier-doum. Quand on sait que le suc de cet arbre constitue un apport considérable en protéines et en vitamines, surtout pour les femmes ayant accouché et affaiblies par la malnutrition, nous ne pouvons que lui suggérer, pourquoi pas, la construction d’un dispensaire à Agna. Plus tard, nul doute que, dans son infinie bonté, il financera également la construction d’une école d’où sortira peut-être un futur docteur, pas nécessairement honoris causa.

Un oligarque à « Gros Plan » :

Les confidences d’un copilote ?

« Ismaël et moi » : ainsi se résume le discours d’Abdourahman Boreh. L’homme d’affaires « très en vue » depuis quelques années est en effet un très proche du chef de l’État. Invité de l’émission « Gros Plan » vendredi dernier, le golden boy y poursuivait deux objectifs : vendre son projet controversé du port de Doraleh et crédibiliser le candidat solitaire comme le seul sauveur national.

Nos concitoyens téléspectateurs ayant suivi ce plaidoyer électoraliste, estiment que le brillant businessman s’est fourvoyé en voulant booster la campagne de réélection du principal responsable de la régression nationale. Faisant fi du mécontentement général, « l’investisseur » s’est même permis d’approuver le lapsus du journaliste présageant : « quand le Président terminera sa mission dans six ans », octroyant un peu trop facilement un deuxième mandat à son pote de Haramous.

Tout comme il a fait peu de cas des réalités nationales en vantant la stabilité du régime djiboutien, le meilleur système à ses yeux ; on le comprend : les repus n’entendent point les gargouillements des ventres vides.

Lu dans le Nouvel Afrique-Asie :

Djibouti dans l’œil du cyclone

Dans son édition n°182 de novembre 2004, le Nouvel Afrique-Asie a consacré à notre pays l’article suivant :

« La France est présente à Djibouti avec trois mille soldats mais elle n’a plus le monopole de la présence militaire depuis le 11 septembre, avec l’installation de mille cinq cents soldats américains de la force d’intervention rapide. Djibouti est devenu une pièce importante du dispositif américain de lutte antiterroriste en Afrique de l’Est. Les Djiboutiens sont en grande partie hostiles aux Américains à cause de l’invasion de l’Irak, de leur soutien inconditionnel à Sharon et du couvre-feu qu’ils instaurent sur les côtes du Nord, paralysant ainsi toute l’activité de pêche. Le pouvoir en place à Djibouti ne dispose d’aucun soutien dans la région, lâché par son puissant voisin, l’Éthiopie. Le gouvernement de Meles Zenawi lui reproche entre autres sa politique interventionniste en Somalie, son soutien aux opposants oromos en Éthiopie, son intervention armée dans la partie afar de l’Éthiopie et son rapprochement avec l’Érythrée.

L’homme fort de Djibouti est dans l’œil du cyclone de la justice française depuis que la thèse de l’assassinat a été privilégiée dans l’affaire du juge Borel – découvert calciné le 19 octobre 1995 au pied d’une falaise à 80 km de la capitale. L’enquête met en cause l’actuel président Guelleh (chef de cabinet à la présidence et responsable de la sécurité à l’époque), qui avait accusé la France de vouloir déstabiliser Djibouti. Le « bouclier » français de Guelleh semble voler en éclats. Dès le mois d’août 2004, le président a demandé à ses deux plus proches collaborateurs cités dans l’affaire Borel – Hassan Said (directeur de la sécurité nationale) et Mahdi Ahmed Cheik (chef de la gendarmerie) – de ne plus se rendre en France. Le procureur de la République de Djibouti, Djama Souleiman, a refusé de se rendre à la convocation du juge Bellin au palais de justice de Versailles le 30 septembre 2004, à titre de témoin assisté dans le cadre de l’affaire Borel pour subornation de témoin.

Ces trois personnages épinglés par la justice française constituent des pièces maîtresses du système répressif de Guelleh.

Les 8 et 9 juin 2004, une manifestation de taille à Arhiba, quartier important de la capitale, a paralysé pendant deux jours une grande partie de la ville, dénonçant le pouvoir corrompu et réclamant la justice et la démocratie. Un facteur alimente cette désaffection de la population à l’égard du pouvoir : le refus de la part de ce dernier de résorber les causes qui avaient engendré la guerre civile. Les loyers de la base française ont été réévalués de 18 à 30 millions d’euros tandis que l’aide américaine est estimée à 30 millions de dollars. Ces retombées économiques de la présence militaire sont accaparées par le chef de l’État et son entourage. A Djibouti, toute la question maintenant est de savoir si l’opposition dans sa diversité sera capable de s’unir et de présenter une alternative crédible

Rien n’y fait donc : malgré les centaines de millions que lui rapporte la location militaire du territoire, le régime ne semble pas encore disposé à assurer à ces forces étrangères la stabilité intérieure sans laquelle leurs missions risquent d’être compromises.

Pour le moment, le régime déstabilise la sous-région.

Campagne ville propre :

Les textes préviennent, les ordures reviennent

A travers ses médias, le régime tente vainement de lutter contre l’accumulation des ordures dans la Capitale, au moyen de textes et de gesticulations tonitruantes. Cette littérature de propagande et autres exhortations ne suffisent pas pour faire reculer le fléau menaçant, principalement dû à la mauvaise gouvernance prédatrice. Ainsi, parmi les textes convoqués, la délibération n°472/6è L dispose que « tout habitant est tenu de balayer régulièrement tous les jours avant huit heures devant sa maison, cour, boutique, jardin ou autre emplacement qu’il possède en jouissance ». De plus, le communiqué du directeur des services techniques du district de Djibouti rappelle que, « en conformité avec la réglementation en vigueur, il est interdit de déverser des ordures ménagères sur la voie publique en dehors des poubelles individuelles ou bacs collectifs ».

Il y a comme un problème car, comble du ridicule, le régime invoque des textes datant d’une époque où notre Capitale était propre, parce que sa population était moins nombreuse et les services publics plus sérieux qu’aujourd’hui.

Si les ordures sont quotidiennement déversées sur la voie publique, cela est dû à deux facteurs : en premier lieu la baisse du civisme, l’État donnant lui-même le mauvais exemple dans tous les domaines, en second lieu parce que le système de prédation en vigueur a fait disparaître les bacs à ordures et autres poubelles publiques.

A preuve : où sont passés les nouveaux de bacs à ordures offerts l’an dernier par la Chine Populaire ? Il se murmure en ville que ces bacs auraient été loués aux forces étrangères présentes dans notre Capitale. Qui a bien pu faire cela et pour le compte de qui ?

Rappelons pour mémoire qu’un seul bac à ordures est mis à la disposition de dizaines de milliers d’habitants des quartiers 4, 5 et 6. Il en est de même pour les autres quartiers populaires croulant également sous les ordures.

Défense des droits de l’homme :

La LDDH soutient l’ARDHD

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains a vivement réagi au renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris du procès intenté contre M. Schaal, Président de l’ARDHD. Au nom de la LDDH, son Président Jean-Paul Abdi Noël a tenu à faire la mise au point suivante :

« Par une Ordonnance en date du 4 novembre 2004, la Juge d’Instruction de Paris, sur plainte du Général Zakaria, Chef d’Etat Major des Armées en République de Djibouti, a décidé du renvoi de Jean-Loup SCHAAL Président de l’Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) devant le Tribunal Correctionnel de Paris. Il lui est reproché d’avoir diffusé sur leur site des documents, témoignages, déclarations et autres rapports mettant à jour des actes répréhensibles de la part de cette Autorité et important Décideur des Affaires Militaires.

Face à cette Décision de Renvoi devant le Tribunal Correctionnel de Paris, il est du Devoir des Défenseurs des Droits de l’Homme en République de Djibouti de témoigner l’entière solidarité à l’égard de Jean-Loup SCHAAL qui combat au quotidien et constamment depuis plus d’une décennie pour le respect et la promotion des Droits de l’ Homme en République de Djibouti.

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) a toujours exprimé son soutien à la juste cause que l’ARDHD défend avec vigueur contre les actes répréhensibles en République de Djibouti.

La LDDH avait témoigné ses Hommages au Président Jean-Loup SCHAAL pour ses engagements sans équivoque pour la totale transparence de la gestion djiboutienne dont les contribuables français y participent financièrement.

La LDDH encourage le Président Jean-Loup SCHAAL à continuer ses diffusions d’échanges et de confrontations au sein du site de l’ARDHD (où d’ailleurs le Ministre des Finances et de la Privatisation n’avait pas hésité à demander la publication de son Droit de Réponse à l’encontre d’une diffusion de la LDDH), diffusions d’échanges et de confrontations tant nécessaires pour la Démocratie, tant nécessaires pour une Justice Djiboutienne Totalement Indépendante, tant nécessaires pour mettre fin à une politique foncièrement et sournoisement dictatoriale. »

Dans notre pays où la liberté d’informer reste toute précaire, « Réalité » elle-même poursuivie par le ministre de la Défense, ne peut être que solidaire de toutes les victimes de la chasse aux sorcières.



Arafat devant l’ONU (2)

DISCOURS DE YASSER ARAFAT

DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988 (2)

Voici la seconde partie du discours historique prononcé par le regretté Yasser Arafat à la tribune des Nations Unies. La dernière partie sera publiée la semaine prochaine.

Il est triste et regrettable que seul le Gouvernement des États-Unis continue à soutenir et à appuyer ces plans israéliens d’agression et d’expansion, et continue à soutenir Israël dans la poursuite de son occupation de nos territoires palestiniens et arabes, dans la poursuite de ses crimes et de sa politique de main de fer contre nos enfants et nos femmes. Il est également douloureux et regrettable que le Gouvernement américain s’obstine à refuser de reconnaître à six millions de Palestiniens le droit à l’autodétermination, qui est un droit sacré pour le peuple américain comme pour tous les peuples de la terre.

Je rappelle au peuple américain la position du Président Wilson, père de ces deux principes universels qui régissent les relations internationales que sont l’inadmissibilité de l’acquisition du territoire d’autrui par la force, et le droit des peuples à l’autodétermination. Lorsque notre peuple palestinien fut consulté, en 1919, par l’entremise de la Commission King-Crane, ce sont les États-Unis qu’il avait alors choisi pour puissance mandataire mais les circonstances ont fait que ce fut la Grande-Bretagne qui vint prendre cette place. Et je m’adresse aujourd’hui au peuple américain, et je pose cette question : est-il équitable que les principes énoncés à ce propos par le Président Wilson ne soient pas appliqués au peuple palestinien ?

Les administrations américaines qui se sont succédées au cours de ces années savent pourtant pertinemment que l’unique acte de naissance de l’État d’Israël, c’est la résolution 181 (11) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée le 29 novembre 1947 avec le soutien des États-Unis et de l’Union soviétique et qui recommandait l’établissement de deux États en Palestine, l’un arabe palestinien et l’autre juif. Comment le Gouvernement américain peut-il expliquer sa position, qui consiste à reconnaître la moitié de cette résolution relative à Israël tout en rejetant l’autre moitié relative à l’État palestinien ? Mieux encore, comment le Gouvernement américain peut-il expliquer son manque d’empressement à faire appliquer une résolution qu’il a lui-même adoptée et dont il a plus d’une fois réaffirmé la validité face à votre auguste assemblée, à savoir la résolution 194 (111), qui reconnaît le droit des Palestiniens au retour dans les foyers dont ils ont été chassés et au recouvrement de leurs biens ou à l’indemnisation de ceux qui ne souhaiteraient pas revenir ?

Le.Gouvernement des États-Unis sait bien qu’il ne peut, pas plus qu’aucun autre État, s’arroger le droit de fractionner la légalité internationale ni vider de leur sens les jugements du droit international.

La lutte continue de notre peuple pour ses droits remonte à des dizaines d’années, au cours desquelles il a consenti des centaines de milliers de martyrs et de bléssés, enduré toutes sortes de souffrances, traversé des tragédies sans jamais défaillir et sans que sa volonté ne s’émousse. Au contraire, il n’a cessé de renforcer sa détermination à demeurer attaché à sa patrie palestinienne et à son identité nationale.

Les dirigeants israéliens, en proie à une euphorie trompeuse, s’étaient imaginé qu’après notre départ de Beyrouth l’OLP allait être engloutie par la mer. Ils ne s’attendaient pas à ce que le départ vers les exils se transforme en chemin du retour à la patrie, au véritable champ de bataille, à la Palestine occupée.

C’est alors qu’advint l’héroïque soulèvement populaire à l’intérieur de notre terre occupée, cette Intifada qui s’est levée pour se poursuivre jusqu’à la réalisation de nos objectifs de liberté et d’indépendance nationale.

Je m’enorgueillis d’être l’un des fils de ce peuple qui trace avec le sang de ses enfants, de ses femmes et de ses hommes l’admirable épopée de la résistance populaire, réalisant des miracles quotidiens, frisant la légende pour que son Intifada continue, pour qu’elle se développe et s’étende, jusqu’à ce qu’elle impose sa volonté et fasse la preuve que le droit peut l’emporter sur la force.

Chaleureuses salutations aux masses de notre peuple qui forgent aujourd’hui cette expérience révolutionnaire et démocratique unique en son genre !

C’est cette foi que la machine de guerre israélienne n’a jamais pu ébranler, que les balles de toutes sortes n’ont jamais pu réduire ni terroriser, dont l’ensevelissement des vivants, les os brisés, les avortements provoqués par les gaz et la mainmise sur les ressources en eau n’ont jamais pu venir à bout, et que ni les arrestations, ni les prisons, ni les exils, ni les expulsions hors de la patrie n’ont affaiblie. Quant aux châtiments collectifs, aux dynamitages de maisons, à la fermeture des universités, des écoles, des syndicats, des associations et des institutions, quant à l’interdiction des journaux et au blocus des camps, des villages et des villes, tout cela n’a fait que raffermir cette foi, jusqu’à ce que la révolution embrasse chaque foyer, jusqu’à ce qu’elle s’enracine dans chaque pouce de la terre de la patrie.

Un peuple qui a parcouru cet itinéraire, un peuple héritier de cette histoire ne peut être défait. Nulle force et nulle terreur ne sauraient lui faire renier sa foi parfaite en son droit à une patrie comme en son adhésion aux valeurs de la justice, de la paix, de l’amour et de la coexistence tolérante. Et comme le fusil du révolutionnaire nous a protégés, empêchant notre liquidation et l’annihilation de notre identité nationale sur le champ brûlant des combats, nous avons une totale confiance en notre capacité à défendre notre rameau d’olivier sur le champ des batailles politiques. Le ralliement mondial à la justesse de notre cause et en faveur de l’instauration de la paix basée sur la justice démontre sans ambiguïté que le monde sait aujourd’hui qui est le bourreau et qui est la victime, qui est l’agresseur et qui est l’agressé, qui mène la lutte pour la liberté et pour la paix et qui est le terroriste. Et voici que les pratiques quotidiennes des forces d’occupation et des bandes de colons fanatiques et armés contre notre peuple, ses enfants et ses femmes mettent à nu le visage hideux de l’occupation israélienne, le révèlent dans sa vérité d’agresseur.

Cette conscience mondiale grandissante a fini par toucher des groupes juifs eux-mêmes, à l’intérieur comme à l’extérieur d’Israël, dont les yeux se sont ouverts à la réalité du problème et à l’essence du conflit, et qui ont pris conscience des pratiques quotidiennes inhumaines qui détruisent la tolérance dans l’âme même du judaïsme. Il est désormais bien difficile, voire impossible, pour un Juif de déclarer son refus de l’oppression raciste et son attachement aux libertés et aux droits de l’homme et de se taire face aux violations israéliennes des droits de l’homme, face aux crimes commis à l’encontre du peuple et de la patrie palestiniens, et plus particulièrement face aux pratiques quotidiennes odieuses des Occupants et des bandes de colons armés.

Nous faisons une claire distinction entre le citoyen juif dont les milieux israéliens au pouvoir tentent d’étouffer et de dénaturer la conscience, d’une part, et les pratiques des dirigeants israéliens, d’autre part. Plus encore, nous réalisons qu’il y a en Israël comme hors d’Israël des Juifs nobles et courageux qui n’approuvent pas la politique de répression et les massacres, qui réprouvent la Politique d’expansion, de colonisation et d’expulsion du Gouvernement d’Israël et qui reconnaissent à notre peuple un droit égal à la vie, à la liberté et à l’indépendance. Au nom du peuple palestinien, je les remercie tous pour cette position courageuse et honorable.

Notre peuple ne revendique aucun droit qui ne soit le sien, qui ne lui soit reconnu par le droit et les lois internationales. Il ne veut pas d’une liberté au détriment de la liberté d’un autre peuple ni d’un destin qui annulerait celui d’un autre peuple. Notre peuple refuse tout privilège dont il pourrait jouir aux dépens d’un autre peuple, comme il refuse qu’un autre peuple jouisse de privilèges à ses dépens. Notre peuple aspire à l’égalité avec tous les autres peuples, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. J’adresse cet appel à tous les peuples du monde, et particulièrement à ceux qui ont subi l’occupation nazie, et qui ont alors considéré que leur devoir consistait à tourner la page de la tyrannie et de l’oppression exercées par un peuple sur un autre, et d’apporter aide et soutien à toutes les victimes du terrorisme, du fascisme et du nazisme. J’en appelle à ces peuples pour qu’ils prennent clairement conscience de la responsabilité que l’histoire leur a fait porter à l’égard de notre peuple martyrisé qui réclame pour ses enfants une place au soleil de leur patrie, pour qu’ils puissent y vivre comme les enfants du monde entier, libres sur une terre libre.

Il est encourageant de constater que le chemin de notre lutte a atteint ce sommet qu’est l’Intifada dans un climat international caractérisé par des efforts soutenus et sérieux en faveur de la détente et de l’entente internationales et pour le progrès des peuples. C’est avec une grande joie que nous sommes témoins des succès remportés par les Nations Unies et leur secrétaire général dans le cadre de leur contribution efficace à la solution de nombreux problèmes et à l’extinction de nombreux foyers de tension dans le monde, dans ce nouveau climat de concorde internationale.

Assurément, il n’est pas possible de consolider ce climat international nouveau et positif sans se tourner vers les problèmes et les foyers de tension éparpillés de par le monde. C’est d’autant plus nécessaire que cela permettra à la conscience humaine de réaliser avec plus d’acuité un bilan de l’activité des hommes et des États, et d’entrevoir avec plus de transparence ce que le siècle qui s’approche nous réserve de défis et de responsabilités nouvelles, loin de la guerre et de la destruction, sur le chemin de la liberté, du bien-être, de la paix et du progrès de l’humanité.

Nous nous accordons tous ici sur le fait que la question palestinienne constitue le problème des problèmes du monde contemporain. C’est la question la plus anciennement inscrite à l’ordre du jour de vos travaux. C’est le problème régional le plus complexe, le plus ramifié, le plus dangereux pour la paix et la sécurité mondiales. La question palestinienne constitue également une priorité pour les deux superpuissances et tous les États conscients de la nécessité d’efforts particuliers pour tracer le chemin d’une solution, sur la base de principes de justice qui constituent en eux-mêmes la meilleure des garanties pour l’extension de la paix à l’ensemble du Moyen-Orient.

Nous, dans l’OLP, en tant que direction responsable du peuple de Palestine et de son destin, par fidélité à sa lutte et en hommage au sacrifice de nos martyrs, soucieux de répondre au climat de détente et de concorde et conscients de l’importance de notre contribution aux efforts pacifiques pour trouver une solution politique susceptible de mettre un terme au malheur des guerres et des combats et d’ouvrir la voie à une coexistence pacifique régie par le droit international, nous avons convoqué notre Conseil national palestinien en une session extraordinaire à Alger, entre le 12 et le 15 novembre dernier, et ce dans le but de préciser et de clarifier notre position en tant que protagoniste principal du conflit arabo-israélien, sans la participation et l’accord duquel il ne peut y avoir de solution.

J’ai la joie de vous annoncer en toute fierté que notre Conseil national palestinien, par une pratique démocratique totalement libre, assumait ses hautes responsabilités nationales et avait adopté une série de résolutions sérieuses, constructives et responsables. Ces résolutions ont frayé le chemin de l’approfondissement et de la manifestation de notre désir de contribuer à la recherche d’un règlement pacifique garantissant les droits nationaux et politiques de notre peuple ainsi que la sécurité et la paix pour tous.

La première et la plus décisive des résolutions prises par notre conseil, c’est la proclamation de l’État de Palestine avec pour capitale Al Qods Al Charif, Jérusalem, et ce sur la base du droit naturel, historique et légal du peuple arabe Palestinien à sa patrie, la Palestine. En vertu des sacrifices de générations successives pour la défense de la liberté et de l’indépendance de leur patrie et partant des résolutions des sommets arabes de la force de la légalité internationale telle qu’elle est incarnée dans les résolutions de l’ONU depuis 1947, et en exercice, par le peuple arabe palestinien, de son droit à l’autodétermination, à l’indépendance politique et à la souveraineté sur son sol, conformément à vos résolutions successives.

A suivre…



La nouvelle politique de l’Habitat

UNE EXPROPRIATION DÉGUISÉE

Fidèle à sa politique antisociale, le régime s’attaque cette fois-ci aux occupants des logements des anciens quartiers de la Capitale et d’une partie de Balbala. Sachant que ces dernières années, il travaille d’arrache-pied à trouver une couverture juridique et institutionnelle à ses pratiques corruptrices. Parce qu’il y est contraint par les instances internationales et les bailleurs de fonds, dans le cadre de la bonne gouvernance, cette « légalité » inventée et recherchée au nom des secteurs à haut financement dépendant de la générosité internationale (Santé, Femme, Enfant, Éducation, VIH/Sida, etc.) mais, malheureusement, pénalisant davantage une population condamnée à une tragique injustice sociale et économique.

Après les différents Fonds imaginés et confectionnés par plusieurs ministères et sans retombées économiques, voilà que le département de l’Habitat, après l’évaporation du Fonds Routier, se tourne encore vers l’extorsion des fonds des plus démunis. Ainsi, le ministre en charge de ce département a présenté lors du 24ème conseil des ministres un projet dont la teneur comme l’ambition « d’un logement pour chaque djiboutien » lui ont valu une interview dans le journal gouvernemental « La Nation » de jeudi dernier.

A le lire, cette nouvelle trouvaille est présentée comme un ambitieux projet relevant d’une procédure simplifiée d’accession des Djiboutiens à la propriété. Comme ses collègues du gouvernement, il se veut d’une part corriger le déni de droit hérité du colonialisme et empêchant les Djiboutiens d’accéder à la propriété foncière et les carences d’une loi en la matière instituée après l’Indépendance sur l’attribution en concession provisoire des parcelles de terrain et, d’autre part, concrétiser les exigences portant sur l’Habitat, dictées par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (sans aucune précision de son contenu).

Cependant, en conformité avec sa politique de l’impunité et de l’arbitraire, son dangereux projet porte en lui les germes d’une spoliation pure et simple des habitations des anciens quartiers de Djibouti-ville et de Balbala.

Concernant le déni de droit sous le colon, de mémoire de Djiboutien dans ces quartiers de la Capitale, personne ne souffrait d’une quelconque insécurité foncière et sanitaire. Au contraire, en retraçant l’histoire de ces zones concernées par le projet diabolique en cours, il est vrai que le colon avait tenté, au mieux de ses intérêts et en raison de ses objectifs, d’adapter ses structures propres au mode de vie des différentes communautés formant l’indispensable main-d’œuvre dont il avait énormément besoin. Pour ce faire, sa politique de gestion (bonne ou mauvaise) consistait en la constitution de quartiers par communauté tribale et/ou ethnique. En même temps, sur le plan cadastral, chaque quartier était constitué de telle sorte qu’il soit traversé par des rues et sur sa périphérie par des boulevards et avenues, beaucoup plus larges pour marquer les limites des différentes zones d’habitation. Chaque rue traversant le quartier portait un numéro comme chaque maison. Les grandes « artères » se repérant par des numéros ou des noms.

Sur le plan administratif, l’arrondissement, dirigé par un colon en général, couvrait et couvre toujours un ensemble de quartiers. Chaque quartier étant sous la direction de Chef de quartier d’origine « indigène », épaulé dans sa tâche par les responsables tribaux du secteur. Selon les Anciens, cette manière de procéder offrait l’avantage, à l’administration coloniale, de connaître l’occupant de chaque logement des quartiers autochtones. Mais, contrairement aux affirmations du ministre, cela n’a nullement constitué un quelconque déni du droit à la propriété foncière. Bien au contraire, les dispositions en la matière ont non seulement été maintenues jusqu’au début des années 1980, mais ont même fait l’objet d’une aliénation délibérée au détriment des plus faibles.

Force est de reconnaître qu’en ces temps-là, le cadre de vie était meilleur en ce sens que, journellement, le Chef de quartier et ses assistants veillaient sur la propreté des lieux d’habitation, au respect des biens communs, des limites de chaque habitation, à l’interdiction des constructions sauvages, etc. Les services en charge de l’entretien de ces espaces communs, comme celui du ramassage des ordures ménagères s’acquittaient scrupuleusement de leur mission en sillonnant les artères, à l’époque accessibles. De plus, chaque année, les services techniques du ministère des Travaux Publics chargé de l’Urbanisme, procédaient à la réfection, voire à la confection des panneaux indicatifs des quartiers, rues, maisons, avenues, boulevards, etc.

Et depuis l’Indépendance disent les habitants ? Qu’est-ce qui a empêché le régime de continuer, ne serait-ce que pour maintenir en l’état les réalisations héritées du colonialisme ? Certainement pas les occupants de ces quartiers originels.

Le ministre fait référence à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, dont l’article 25, paragraphe 1 stipule pourtant que : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; Elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».

Ce qui suppose que la jouissance d’un logement décent est un des besoins fondamentaux de l’individu, et que son absence prive l’homme de multiples droits et le marginalise dans sa production et dans sa participation au développement de la société. Ce qui oblige la République de Djibouti, signataire de cette déclaration et du Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 ratifié le 1er décembre 1995, à respecter son engagement et à rendre exécutoire le droit au logement en prenant ses propres responsabilités juridiques envers ses citoyens et face aux autres États. Lequel engagement juridique se doit de protéger les couches sociales les plus défavorisées contre toute spéculation immobilière !

L’engagement ainsi souscrit signifie que le droit au logement doit être garanti à chaque citoyen, de même qu’une protection contre l’expulsion forcée, le harcèlement et autres menaces, ainsi que l’accès aux ressources communes (eau potable, énergie, aux services d’assainissement, à la santé, …), l’accès aux subventions au logement, à la jouissance d’un environnement et d’un emplacement sains et protégés de toutes menaces sur la sécurité physique des occupants, notamment les vices de construction et les vecteurs de maladies, la facilité d’accès au logement pour les groupes défavorisés ( personnes âgées, enfants, grands malades, handicapés, etc.), l’expression de l’identité et de la diversité culturelle, etc. constituent des droits inaliénables.

Aujourd’hui, le constat est accablant. L’état physique et sanitaire des anciens quartiers de la Capitale est des plus déplorables. Maintenant pointées du doigt par le gouvernement, les zones concernées par ce projet d’expropriation couvrent les quartiers 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 7bis, Djebel et Ambouli, en plus des anciens quartiers de Balbala. Les habitants de ces secteurs, qui seront frappés par cette loi, sont déjà des nécessiteux. Pour ceux d’entre eux qui travaillent, ils restent soumis aux multiples prélèvements fiscaux directs et indirects, et cette catégorie sociale contribue déjà fortement au Budget de l’État, les propriétaires immobiliers du Héron, de Gabode ou de Haramous n’intervenant que faiblement dans ces recettes de l’État, beaucoup parmi ceux-là ne faisant même pas l’objet d’une quelconque imposition foncière, et pour cause…

Quant aux travaux d’assainissement effectués il y a quelques années dans les quartiers 3 et 5, ils n’ont généré qu’une situation sanitaire catastrophique. S’agissant du quartier 6, dont les habitations furent en grande partie rasées malgré les subventions du gouvernement, son état reste identique à la situation prévalant dans les autres quartiers. A cet égard, l’exemple le plus frappant de cet état de fait dû à la démission totale des pouvoirs publics depuis l’Indépendance étant celui des quartiers 4 et Djebel. Tout compte fait, le constat est amer. Les anciens quartiers de la Capitale, jadis propres et praticables, ressemblent plus à des ghettos urbains qu’à des zones d’habitation dignes d’une capitale moderne abritant le siège régional de l’IGAD.

La pauvreté des habitants et la démission totale des pouvoirs publics chargés de l’entretien technique et sanitaire de ces zones ont constitué un des éléments favorisant les maladies et autres facteurs de dégradation du tissu social, laquelle participe à l’amplification de tous types de délinquance sociale.

Aussi, faute de moyens financiers, cette catégorie de la population n’a pu, depuis la création de la ville de Djibouti, acquérir la parcelle de terrain qu’elle occupe, ni transformer en dur la construction en planches et en tôles qui constitue son toit. L’objectif du ministre de l’Habitat semble donc relever d’une expropriation sans détour de ces citoyens.

En effet, le promoteur immobilier du gouvernement affirme qu’en vendant à chaque occupant, dont certains sont propriétaires depuis plus de 40 ans, le terrain qu’il occupe, il donne un abri à chaque djiboutien, qui doit transformer en dur, dans un laps de temps très court, son logement en planches ou en tôles.

Pour ce qui est des logements en dur ou de l’accession à la propriété foncière, les lotissements hérités du colonialisme que sont les cités du Stade, d’Einguela et d’Arhiba, sont submergés depuis des années par les eaux usagées et infectées déversées par les égouts à ciel ouvert. L’anarchie des constructions sauvages autorisées par l’administration favorisant énormément la détérioration de l’état sanitaire et sécuritaire de ses habitants.

Et pourtant, ces derniers ont été les premiers Djiboutiens à bénéficier de l’accession à la propriété, qu’ils ont payée au moins le triple de sa valeur réelle d’origine. La technique de la location-vente mise en place après l’Indépendance ayant ruiné des familles entières qui ne sont toujours pas propriétaires de leur logement devenu vétuste faute d’entretien, après plus de 20 ans.

Par conséquent, le projet du ministre de l’Habitat constitue un réel danger, en ce sens que ses visées, tout en donnant un caractère définitif à l’occupation provisoire des parcelles par cette diabolique trouvaille, n’ouvre que la perspective réelle d’une expropriation effective et légale des habitations des anciens quartiers de la capitale et de Balbala.

Encore plus cynique est l’argumentation du ministre prétendant vouloir aider l’accession à la propriété privée par un système de prêt et d’échelonnement du prix à payer pour l’achat de la parcelle de terrain (de 3 à 12 mois). Or, avec un taux de chômage inégalé depuis des années, une précarité des revenus des retraités, la disparition de la garantie de l’emploi dans l’administration, etc., il est clair qu’au moins une grande partie de la population des quartiers en question doit vider les lieux, étant dans l’incapacité financière, pour cause d’insolvabilité, de transformer leur logement en dur, même en étant propriétaire du terrain occupé.

Alors qu’il rejette toujours la responsabilité de la dégradation des infrastructures de base sur les réfugiés et autre population flottante, n’est-ce pas le régime lui-même, qui a procédé à l’expulsion en masse de ces derniers en septembre 2003, avant d’autoriser leur retour, cédant en cela aux pressions des propriétaires des appartements et autres villas du Héron, demeurés vides un très court laps de temps.

Quoi qu’il en soit, des constats tirés de la situation des infrastructures sociales de base et principalement ceux relatifs au contexte urbain relevés dans le document cadre, base de réflexion de l’action gouvernementale de février 2002, il ressort que le régime reconnaît que l’inadéquation entre ses actions et les besoins réels de la population a engendré un échec de sa politique de l’Habitat.

Il affirme clairement que sa mauvaise appréciation de l’accroissement démographique aggravée par les multiples obstacles financiers dus à l’inadaptation des procédures et pratiques administratives aussi laxistes que complaisantes, et amplifiée par l’absence totale d’une stratégie globale d’assainissement, a été à l’origine des échecs de sa politique de l’Habitat.

Pour ainsi dire, les conséquences étant nombreuses, nos lecteurs doivent savoir que le régime reconnaît l’origine de ces multiples dysfonctionnements. Car, ce département ministériel ne peut mener aucune action, ni promouvoir aucun développement de l’Habitat pour des raisons relevant de l’insuffisance des investissements publics, des conflits de compétence existant entre les nombreux services ministériels, de l’inadaptation des politiques de construction aux besoins réels de la population et notamment celle à revenu modeste, enfin de l’absence de toute structure de maintenance des équipements sociaux en plus de l’inexistence de tout financement intérieur pour la réalisation d’opérations à caractère social.

Or, trahissant honteusement les ambitions citées dans une stratégie officielle et susceptible d’engager une réelle politique de l’Habitat participant à la réduction de la pauvreté, le ministère a jugé utile, dans son projet, de faire fi des objectifs fixés dans ce document et appuyés par le rapport d’EDAM 1996 (Etude Démographique des Ménages) qui démontre que près de la moitié de la population djiboutienne vit en dessous du seuil de pauvreté.

A ce jour, aucune amélioration des conditions de vie dans ces quartiers n’ayant été enregistrée, ce projet constitue plus une idée lumineusement dangereuse risquant d’aboutir cette fois-ci à la dépossession du toit inaliénable qui reste aux nombreux Djiboutiens des quartiers populaires, certains d’entre eux y vivant depuis plus de 40 ans.

Quant au déséquilibre entre la Capitale et les régions de l’Intérieur, nous l’examinerons dans un prochain numéro.

Enfin, il est clair que cette opération à venir, obéissant à des objectifs non avoués, seule une vigilance et une mobilisation doivent être de mise pour dire ensemble : TOUCHE PAS A MON TOIT !


Le nouveau Code de Travail

UN PROJET SATANIQUE

Le 8 novembre dernier, le gouvernement en son conseil des ministres a entériné un projet de code de travail exigé depuis près d’une décennie par les institutions de Bretton Woods (Banque Mondial et Fonds Monétaire International) et mis en chantier il y a cinq ans par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, qui n’a pas changé de titulaire depuis. Les syndicats, dont l’UDT, se mobilisent déjà pour faire barrage à ce projet satanique

Ce projet est fortement contesté par tous les travailleurs et leurs organisations syndicales, notamment l’UDT, centrale libre, indépendante et de loin la plus représentative aux plans national et international. D’ailleurs, révoltée, cette centrale vient de publier un communiqué de presse dénonçant ce projet qu’elle considère comme « une nette régression sur le plan social par rapport au code de travail qu’il est censé remplacer et une mise en cause manifeste des acquis sociaux au premier plan desquels la liberté syndical, pourtant garantie par la Constitution de septembre 1992 et par rapport à laquelle il s’inscrit en flagrante contradiction ».

En effet, ce nouveau code de travail est censé remplacer celui d’outremer de 1952 (hérité de l’époque coloniale) qui codifiait jusqu’à présent les législations du travail et servait de référence aux lois, conventions et règlements du travail. Ce qui frappe le plus dans le contenu de ce projet sur mesure, c’est tout d’abord la mise sous tutelle de la liberté syndicale, entravée par des obstacles administratifs aussi arbitraires que grotesques : la simple création d’un syndicat y est l’objet d’un parcours de combattant. En quand bien même on s’y serait plié et que l’on serait parvenu à le créer, avec l’autorisation désormais obligatoire de pas moins de trois ministères (Intérieur, Emploi et Justice) et leurs services (district, inspection du travail, police et Parquet du tribunal), le syndicat peut cependant être dissout à leur demande sur simple décision du Procureur de la République.

Ensuite, c’est la voie déblayée à tous les abus possibles et imaginables pour conforter les employeurs qui, dorénavant, disposeront d’un important arsenal répressif à utiliser comme bon leur semble à l’encontre de leurs employés dont les droits et les protections réglementaires se trouvent insidieusement fragilisés. D’autre part, la loi n°140 dite loi Daach y est intégralement reprise, qui supprime toute référence au salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), handicape et rend aléatoire tout recours légal comme toute possibilité de se défendre contre les éventuels abus et délits d’entrave de la part des employeurs.

Ainsi, pour son promoteur, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale (MESN), ce nouveau code de travail pour lequel il vient d’obtenir l’aval du président de la République et par conséquent la bénédiction de son gouvernement en ce dernier mardi de Ramadan de l’an 1424 de l’Hégire, est l’aboutissement d’un rêve que caressait tout employeur privé tel que lui. Pour les travailleurs et l’ensemble de leurs syndicats, c’est peut-être le début d’un cauchemar. Ce code qui a nécessité de si longues années d’efforts à notre Hercule du MESN ayant commis pratiquement sans la moindre consultation des partenaires sociaux (travailleurs comme employeurs) et dont il a été contraint de revoir par trois fois la version, ramène la législation sociale et du travail à au moins cinquante années en arrière, tout en faisant table rase des droits et libertés syndicaux, pourtant garantis par une Constitution qui se cherche dorénavant un garant !

C’est « l’œuvre de Satan » pour les travailleurs qui commencent à s’agiter et font déjà entendre leurs voix, à l’instar de l’UDT qui s’est dit « révoltée » par ce chef-d’œuvre d’obscurantisme concocté dans la pénombre d’une démarche unilatérale à laquelle tous les efforts pour créer des « clones syndicaux » afin de contourner le refus des centrales syndicales légales et légitimes de cautionner son projet, n’ont pu apporter ni caution ni lumière.

Déjà baptisé « code satanique » par certains travailleurs qui crient au scandale, tant l’objet de cet instrument de codification du travail, autrement dit la nouvelle législation, semble avoir pour objectif de transformer les travailleurs en instruments de production livrés en pâture aux employeurs érigés en seigneurs. Pire, le code nouveau du ministre de l’Emploi est du pain béni pour les patrons qui auront désormais toute latitude pour se faire de confortables bénéfices sur le dos des travailleurs dans une ambiance d’autant plus sereine que le syndicalisme, loin d’être libre et indépendant, serait confiné au rôle de Sisyphe, personnage de la mythologie grecque. Sisyphe, qui fut condamné aux enfers à éternellement pousser jusqu’au sommet d’une montagne un rocher qui en retombait chaque fois.

Dans ce projet, qui sera certainement soumis à l’Assemblée Nationale pour examen et adoption, il apparaît en dernier ressort que le titulaire du portefeuille du MESN est aussi et avant tout un homme d’affaires à la tête d’une kyrielle d’entreprises, juge et partie, il l’est donc dans cette œuvre pour l’élaboration de laquelle, en tant que promoteur, il s’est passé de toute tierce partie qu’un projet d’une telle importance pour la société (la Nation, pas l’entreprise) requiert, nonobstant les recommandations maintes fois réitérées du Bureau International du Travail quant à la nécessaire reconnaissance et consultation des centrales syndicales libres et légitimes.

Ce n’est ni plus ni moins ce que recommandait dans ses résolutions le séminaire organisé dans le courant du premier semestre de cette année et auquel, outre les représentants de tous les ministères concernés, participaient les bailleurs de fonds (dont le FMI et la Banque Mondiale) la Chambre de Commerce et les représentants des employeurs privés de la place etc.… ainsi que, pour la première fois, les délégués de l’UDT une de ces résolution qui invitait le gouvernement à « organiser une table ronde tripartite pour élaborer un nouveau code de travail ». Mais ce en vain : tel un comboy, le régime préfère discuter après avoir tiré.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 113 du mercredi 17 novembre 2004

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Réalité numéro 113 du mercredi 17 novembre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Discours d’Arafat à l’ONU (1)
  4. La Cause Palestinienne en dates
  5. Meeting de l’Aïd-el-Fitr 2004
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 113

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

UN MUR PEUT EN CACHER UN AUTRE

Le plus grand hommage qu’un dirigeant disparu puisse recevoir, c’est bien sûr celui rendu par ses concitoyens. A cette aune, l’hystérie dans laquelle s’est déroulé jeudi dernier à Ramallah l’enterrement de Yasser Arafat montre à quel point il était l’espoir vivant des Palestiniens.

Le protocole diplomatique, actualisé par la communication en temps réel, exige aujourd’hui que tous les Etats du monde réagissent à ce genre de drame. Reconnaissons au moins aux Etats-Unis et à Israël le mérite de la sincérité : le décès du leader historique de la Cause palestinienne ne les a pas déçus outre mesure. Bien au contraire, imputant le blocage du processus de paix à la seule dimension psychologique du regretté Yasser Arafat, ces deux Etats se réjouissent de ce que sa disparition laisserait augurer d’une ère aussi nouvelle que radieuse pour le Proche-Orient, à condition bien sûr, précisent-ils, que la nouvelle équipe de l’Autorité Palestinienne soit capable de se montrer à la hauteur de ce qu’ils attendent d’elle, une sorte de capitulation qui consiste à reconnaître le mur érigé pour morceler le futur Etat palestinien et enfermer ses habitants.

Dans le Tiers-Monde, la crédibilité des hommages officiels varie selon deux paramètres : la constance du soutien apporté à l’OLP d’une part, la nature du régime d’autre part. Car nul n’ignore que rares sont les pays dont l’engagement aux côtés des Palestiniens ne souffre d’aucune hésitation, le soutien se limitant généralement à la rhétorique diplomatique. Pour ce qui est du second aspect, du fait de la résistance quotidienne à l’oppression sioniste, force est d’admettre qu’il existe en Palestine une société civile et une vie démocratique que certains régimes despotiques seraient tentés de voir comme de dangereux exemples, potentiellement contagieux.

Mais le sommet des hommages indécents est certainement celui rendu par le régime djiboutien : trop gros pour être honnête. Non pas que le Peuple Djiboutien, fervent musulman et épris de liberté, pour avoir été lui-même colonisé, ait trouvé superflu le deuil national de quatre jours décrété à cette occasion : au moins n’a-t-il pas eu à supporter un discours d’Aïd-el-Fitr déconnecté de sa réalité. C’était le moindre des gestes de compassion envers le Peuple frère palestinien. Non, c’est la nature du régime lui ayant rendu cet hommage qui pose problème. Ainsi, lorsque le communiqué de condoléances émanant de la Présidence djiboutienne ose affirmer que « son combat était le nôtre», il y a malaise. Certes, nul ne demandera à un pays dont le Budget national est incapable de payer à temps ses fonctionnaires d’aider financièrement la Cause palestinienne. Mais que des hommes d’affaires israéliens (non-arabes) aient pu un jour investir à Djibouti dans un fumeux projet agricole, en joint-venture avec un enfant du régime, il y a comme une intolérable hypocrisie. Et une trahison somme toute compréhensible, étant donné les caractéristiques du pouvoir en place fondé sur une indicible usurpation.

Car, « Jusqu’à présent, poursuit le communiqué présidentiel, les innombrables résolutions, engagements, initiatives et processus de paix destinés à résoudre le conflit interminable du Proche-Orient demeurent pour le moins rhétorique ». Il serait tentant d’y rétorquer à l’instar de son prédécesseur : « Qu’au-tu fait » dans le cadre de ton propre conflit interne ? Ce qui est terrible, c’est que l’on retrouve dans le régime djiboutien certains traits des pires systèmes oppressifs. Pas seulement avec celui de la Côte d’Ivoire, violeur lui aussi d’un accord de paix et dont les dérives fascisantes inquiètent à juste titre le Président Chirac. Ici, même s’il n’est pas en béton armé, il existe malheureusement un mur de la honte que le régime dresse entre des concitoyens, déjà au niveau du droit inaliénable qu’est celui d’avoir une nationalité, par son refus de délivrer sans ségrégation des pièces d’identité ou des actes de naissance. Et qui oublie ici que le regretté Ahmed Dini, auquel un tel hommage posthume a été refusé, était accusé par ce régime de constituer une entrave personnelle, physique et psychologique, à la consolidation du processus de paix en République de Djibouti ? Comme était accusé Yasser Arafat !

Tout cela, le Peuple Djiboutien le sait parfaitement qui, sans donner crédit à une propagande officielle cherchant même à récupérer une visite de ce dernier dans notre pays, rend intimement hommage à la grandeur de l’un comme de l’autre. Parce que, pour lui comme pour le Peuple Palestinien, la Lutte continue.

 


Brèves nationales

Tadjourah :

Le PDD dénonce les provocations policières

Dans un communiqué de presse diffusé le 11 novembre dernier, le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD) s’insurge contre les menées provocatrices du pouvoir dans le district de Tadjourah. Le Président de cette formation politique membre de l’UAD, M. Mohamed Daoud Chehem, a interpellé le Ministre de l’Intérieur en ces termes : « Depuis la mainmise de l’Opposition sur Tadjourah, Ville-Blanche, le pouvoir ne cesse d’intimider les militants de l’opposition en général et ceux du PDD en particulier, par le biais d’un officier de la Police nationale, qui a un passé douloureux dans la région. Se sentant jouir de l’impunité, il continue la provocation dans la même région en passant outre ses prérogatives.

Le PDD, soucieux de la paix civile, demande au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation de mettre fin à cette provocation.»

Décidément, les mauvaise habitudes répressives, qui se sont renforcées durant le conflit civil, ont encore du mal à s’estomper chez certains militaires et policiers. La paix civile n’est donc encore qu’illusion.

Le régime plane au-dessus des drogues :

L’ecstasy s’installe à Djibouti

Dans son édition de jeudi dernier, le journal gouvernemental «La Nation» a eu le courage d’évoquer un sujet véritablement tabou dans notre société : l’usage de la drogue. Mais le lecteur est certainement resté… en manque : il est en effet difficile de traiter des stupéfiants quand aucune politique publique n’est initiée pour réduire la consommation de khat. La gêne semble telle que le nom de cette drogue n’est même pas mentionnée (de couleur jaunâtre apprend-on) par l’article en question, alors que sa provenance est clairement mise à l’index : la Somalie via Loyada. Voie terrestre qui est loin d’être la seule : le port de Djibouti étant internationalement réputée pour accueillir des trafics en tous genres.

En fait, la substance dont les effets ravageurs augmentent au sein de la jeunesse désœuvrée serait, selon toute vraisemblance, de l’ecstasy, nom commun d’une molécule connue sous le nom barbare de MDMA (3,4 méthylènedioxyméthamphétamine), synthétisée pour la première fois en 1912 à des fins militaires. Ses effets sont tellement graves à court terme que même son utilisation médicale a été interrompue et son usage proscrit partout dans le monde.

Faisant partie de la catégorie des nouvelles drogues, l’ecstasy se présente sous la forme de comprimés de couleur variée et, parce que sa fabrication est clandestine, d’autres composants s’y mêlent, tels qu’analgésiques, anabolisants, hallucinogènes et même du savon ! Consommé en Europe lors des soirées raves et dénommée « la pilule de l’amour », à Djibouti c’est la jeunesse essentiellement au chômage et à la recherche d’un paradis artificiel au plus bas prix qui s’y adonne. L’ecstasy agit sur trois hormones du cerveau : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Celles-ci se manifestent à leur tour sur le centre du plaisir, le cycle de l’éveil et du sommeil, sur l’humeur, les émotions et les fonctions sexuelles. Si le drogué est immédiatement plongé dans un profond état de béatitude et d’ataraxie, les études menées sur le court terme démontrent que l’ecstasy est une substance neurotoxique provoquant de terribles lésions cérébrales augmentant les risques de développer la maladie de Parkinson.

Est-ce parce que ce nouvel opium du peuple anesthésie toute velléité de contestation sociale de la part de ces défavorisés que le régime ne s’est jamais préoccupé de ce fléau ? Ou bien est-ce parce que l’importation et la commercialisation de l’ecstasy impliquent, selon toute vraisemblance, certains de ses courtisans ?

Un débarcadère à Sagallou :

Pour quel développement ?

Sagallou, gros village côtier situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Tadjourah, sera-t-il bientôt doté d’un mini port de pêche ? Des sources bien informées dans la région indiquent que des travaux de construction d’un débarcadère devraient prochainement démarrer sur le bord de mer.

Lequel débarcadère devant servir de mini port d’attache aux bateaux des pêcheurs de cette localité. A notre connaissance, les rares pêcheurs de ce village pratiquent une pêche de subsistance et ne disposent pas de pirogues leur permettant de capturer le poisson au large. Quelques jeunes venus de Tadjourah sur des embarcations de fortune (planche) fréquentent cette côte bien poissonneuse.

Aussi, il est fort à craindre que ce futur débarcadère soit en priorité destiné au débarquement de l’illustre touriste en campagne, cherchant à accoster son yacht pour rejoindre le Day par la piste de Garenlé toute proche.

Le candidat à sa propre succession pourrait ainsi profiter de la mer et de la montagne chaque week-end. Une nouvelle manière de faire campagne entre la ville et la brousse en ces temps difficiles pour le leader de l’ex-parti unique. C’est le mécénat version despotisme nonchalant.

Der-Elwa :

La soif est toujours là

En raison d’une soif persistante dans le secteur de Der-Elwa, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Yoboki, hommes et bêtes ont été contraints de se déplacer vers le forage de Hanlé I. Selon nos informations, la motopompe du forage de Der-Elwa serait hors service depuis quatre mois faute d’entretien convenable.

La population n’a pas manqué d’alerter à plusieurs reprises les autorités administratives du district de Dikhil au sujet de la panne de ce moteur vital pour le fonctionnement du forage. Pourtant, une équipe de dépannage du Génie Rural composée de trois agents disposant d’un véhicule 4×4 existait jusqu’en 2002 dans ce district.

Dans les milieux administratifs de Dikhil, on affirme que le ministère de l’Agriculture aurait fait l’acquisition d’une nouvelle motopompe destinée à remplacer celle défaillante de ce forage. Qu’attendent donc les pouvoirs publics en général et le ministère concerné en particulier pour livrer dans les meilleurs délais le moteur en question ? Les nomades qui ont dû quitter cette zone à cause de la soif pourraient ainsi retrouver leurs aires d’habitation traditionnelles.

Mouloud du RPP :

Ventres pleins, digestions difficiles

Les rassemblements du parti au pouvoir en période de Ramadan sont généralement l’occasion de festoyer aux frais de l’Etat, dans une ambiance plus politicienne que religieuse. Cette année, le Mouloud célébré mardi dernier restera dans les annales comme un des plus coûteux pour le contribuable djiboutien.

Au menu : méga bouffe et broutage d’enfer. Le khat à lui seul aurait coûté plusieurs millions de nos francs. Pendant que les dignitaires et leurs obligés convoqués à cette cérémonie politico-religieuse digéraient difficilement à l’ombre d’un portrait géant du candidat officiel, le candidat solitaire festoyait à l’autre bout de la ville dans sa modeste résidence, en compagnie d’invités modestes aussi. Au siège central du Mocambo, le Premier ministre s’est fendu d’un discours qui a en fait bailler plus d’un. Tentant de rassurer ses troupes, il a esquissé le bilan des tournées partisanes du Ramadan, affirmant devant ses auditeurs incrédules : « Partout où nous sommes passés, nous avons été accueillis à bras et cœurs ouverts » . Alors que le secrétaire général du RPP invitait urbi et orbi à réfléchir sur les dures conditions d’existence de ses coreligionnaires partout dans le monde.

Décidément, personne n’était venu à cette soirée de ripailles pour écouter la vérité. Malheureusement, tous ou presque savaient que toutes les tournées effectuées par leur vice-président durant ce mois béni du Ramadan n’ont convaincu personne. Tant dans les districts d l’Intérieur que dans la Capitale, la population a largement démontré qu’elle était fatiguée du mensonge officiel. Les seuls bras qui se sont ouverts l’ont été pour le khat, les cœurs eux sont restés fermés.

Obock :

Un parc à bétail sans bétail ?

Un curieux ouvrage récemment terminé intrigue les Obockois, éternels oubliés du développement durable version RPP. Ainsi, depuis quelques mois, un enclos dénommé parc à bétail trône sur le plateau à quelques kilomètres à l’ouest de cette ville. Ce projet aurait été financé par le bailleur de fonds national, la Présidence en l’occurrence, pour y regrouper le bétail à vendre. Sa construction terminée, l’endroit reste douloureusement vide de bétail. Gageons que le candidat à sa propre succession n’hésitera pas à inaugurer ce misérable enclos lors de son prochain passage dans ce district.

Dans une région durablement affectée par le conflit et où tout reste à reconstruire, le chantre du développement agropastoral prétendrait-il que le pastoralisme peut se passer des pasteurs appauvris ?

Aïd-el-Fitr :

Deuil officiel et festivités superficielles

Contrairement à ce qu’affirmait le journal gouvernemental « La Nation » dans son édition du 15 novembre, toutes les festivités n’ont pas été annulées durant les quatre jours de deuil officiel décrété en hommage au regretté Yasser Arafat. Certes, pour la première fois depuis l’indépendance, la traditionnelle garden-party au Palais présidentiel a été annulée cette année, officiellement pour raison de deuil national. En fait, et les Djiboutiens l’ont compris, le candidat solitaire n’ayant pas grand-chose à dire, il aurait donc pour une fois saisi une occasion de se taire et c’est tant mieux pour nos oreilles assommées par le blabla officiel.

Quant au deuil national décrété suite à la disparition du regretté Président Palestinien, il aurait donné l’occasion ci et là à des festivités copieusement rapportées par les médias gouvernementaux. Ainsi, une troupe militaro-artistique française aurait égayé les rues de la Capitale, en présence du Ministre djiboutien de la Culture, de surcroît porte-parole du Gouvernement.

De plus, des danses traditionnelles endiablées auraient été exécutées par une troupe locale, en l’honneur de touristes américains de passage. On le voit, notre pays reste une terre d’échanges et de rencontres avec ou sans deuil national. Pendant que le « numéro un » se terre, le spectacle continue !

….

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu jeudi 11 novembre 2004 à Obock de Mohamed Ali Gabassé, dit Kadda Alita, ancien cadi d’Obock.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 76 ans était une personnalité religieuse connue et respectée.

Dans les années 60, il fut un enseignant réputé d’une école coranique à Djibouti.

Depuis 1986, il était cadi d’Obock.

Il laisse deux veuves et neuf enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances attristées à toute la famille de Mohamed Ali Gabassé.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UU



Discours d’Arafat à l’ONU (1)

DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988

En hommage au Leader de la Cause palestinienne, voici la première partie d’un document exceptionnel : la première partie de son discours historique devant l’Assemblée générale des Nations unies. La seconde partie sera publiée la semaine prochaine.

Monsieur le Président, Messieurs les représentants, Jamais je n’aurais imaginé que ma première rencontre depuis 1974 avec votre auguste assemblée aurait lieu dans cette bonne et hospitalière ville de Genève. Je pensais que les acquis et les nouvelles positions politiques auxquelles est parvenu notre peuple palestinien lors de la tenue du Conseil national, à Alger, qui ont toutes reçu un accueil international très favorable, m’obligeraient sans nul doute à me rendre à New York, au Siège de l’Organisation internationale, pour vous y présenter nos résolutions politiques et la vision que nous avons de l’avenir de la paix dans notre patrie, telles qu’elles ont été élaborées par notre Conseil national palestinien, la plus haute instance législative de nos institutions politiques.

Ma rencontre avec vous aujourd’hui à Genève, après qu’une injuste décision américaine m’eut empêché d’aller vous rencontrer à New York, est donc pour moi source de fierté et de joie.. Fierté d’être avec vous, parmi vous, vous qui êtes la plus haute des tribunes pour toutes les causes de justice et de paix dans le monde. Ma joie, c’est d’être à Genève, là où la justice et la neutralité sont un flambeau et une constitution dans un monde où ceux qui croient à l’arrogance de la force brute perdent la neutralité et le sens de la justice qu’ils portent en eux. C’est pour cela que la décision de votre auguste assemblée, adoptée à la majorité des 154 Etats, de tenir ici même cette réunion, n’est pas une victoire sur une décision américaine. C’est la victoire du consensus international en faveur de la liberté, c’est un plébiscite sans précédent en faveur de la paix, et c’est la preuve que la juste cause de notre peuple s’est définitivement enracinée dans la structure même de la conscience universelle.

Notre peuple palestinien se souviendra toujours de cette auguste assemblée, de ces nations amies debout ici avec le droit et la justice, défendant les valeurs et les principes au service desquels l’Organisation des Nations Unies a été fondée. Tous les peuples qui subissent l’injustice, l’oppression et l’occupation et qui comme notre peuple palestinien, luttent pour la liberté, la dignité et la vie, y puiseront confiance et assurance.

Je saisis cette occasion pour adresser mes profonds remerciements à tous les Etats, forces, organisations internationales et personnalités mondiales qui ont soutenu notre peuple et appuyé ses droits nationaux. Tout particulièrement à nos amis en Union soviétique et en Chine populaire, dans les pays socialistes, les pays non alignés, les pays islamiques, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que dans tous les autres pays amis. Je remercie aussi les pays d’Europe occidentale et le Japon pour les positions qu’ils ont récemment adoptées à l’égard de notre peuple, et je les convie à aller de l’avant, pour que ces positions se développent davantage encore, et que s’ouvre la perspective de la paix et d’une solution juste au conflit dans notre région, le Moyen-Orient.

J’affirme ici aussi notre solidarité et notre appui aux mouvements de libération en Namibie et en Afrique du Sud, dans leur lutte, ainsi que notre appui aux pays africains de la ligne de front face aux agressions perpétrées par le régime raciste d’Afrique du Sud.

Je saisis cette occasion pour exprimer mes remerciements et ma reconnaissance à l’égard de tous ces pays amis qui ont pris l’initiative de nous soutenir, d’appuyer les décisions de notre Conseil national et de reconnaître l’Etat de Palestine.

Et je ne manquerai pas de souligner notre immense gratitude envers S. E. M. Javier Peréz de Cuéllar, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, ainsi qu’envers ses adjoints, pour les efforts inlassables qu’ils n’ont cessé de déployer pour édifier ce à quoi l’humanité aspire en matière de détente internationale, de solution des conflits, et tout particulièrement au sujet de la question de Palestine. J’adresse de même mes remerciements et ma considération au Président et aux membres du Comité pour l’exercice des droits nationaux inaliénables du peuple palestinien pour leurs efforts en faveur de la cause de notre peuple. Je salue et remercie également le Comité spécial des neuf pays non alignés pour la question de Palestine, pour le travail constructif qu’il a accompli pour la cause de notre peuple.

Permettez-moi enfin, Monsieur le Président, de vous adresser mes plus chaleureuses félicitations à l’occasion de votre élection à la présidence de cette assemblée. J’ai pleinement confiance en votre sagesse et en votre rigueur. Je salue également votre prédécesseur, qui a dirigé avec clairvoyance les travaux de l’Assemblée précédente. J’exprime enfin au Gouvernement et au peuple suisses mes salutations et ma profonde gratitude pour l’assistance considérable qu’ils nous ont fournie, les facilités dont ils nous ont fait bénéficier et les efforts qu’ils ont accomplis dans ce but.

Il y a 14 ans, le 13 novembre 1974, j’avais reçu de vous une gracieuse invitation à exposer, devant cette auguste assemblée, la cause de notre peuple palestinien. Me voici de nouveau devant vous, après toutes ces années riches en événements dramatiques, et je constate que de nouveaux peuples occupent désormais Gleur place parmi vous, couronnement de leurs victoires dans les combats de la liberté et de l’indépendance. Aux représentants de ces peuples, j’adresse les félicitations de notre peuple, et je proclame devant vous tous que je reviens à vous la voix plus haute, la détermination plus ferme et la confiance plus assurée pour affirmer que notre lutte, inévitablement, portera ses fruits. J’affirme que l’Etat de Palestine, dont nous avons proclamé l’établissement lors de notre Conseil national, prendra inévitablement sa place parmi vous pour participer à vos côtés à l’application de la Charte de cette organisation et pour faire respecter la Déclaration des droits de l’homme, pour mettre fin aux tragédies endurées par l’humanité et jeter les bases du droit, de la justice, de la paix et de la liberté pour tous.

Il y a 14 ans, lorsque vous nous avez dit, dans la salle de l’Assemblée générale :

« Oui à la Palestine et au peuple de Palestine, oui à l’Organisation de libération de la Palestine, oui aux droits nationaux inaliénables du peuple Palestinien », certains s’étaient imaginé que vos résolutions ne seraient suivies d’aucun effet notable. Ils ne comprenaient pas que ces résolutions allaient devenir une des sources les plus vives à laquelle s’abreuverait le rameau d’olivier que je portais ce jour-là, ce rameau qui s’est transformé, après que nous l’ayons arrosé de notre sang, de nos larmes et de notre sueur, en un arbre qui prend ses racines dans la terre, dont les branches s’élancent vers le ciel et qui promet le fruit de la victoire sur l’oppression, la tyrannie et l’occupation. Vous nous avez offert l’espoir du triomphe de la liberté et de la justice. Nous vous avons offert en retour une génération entière des enfants de notre peuple, qui a consacré sa vie à la réalisation de cet espoir, la génération de l’Intifada bénie, qui brandit aujourd’hui la pierre de la patrie pour défendre sa dignité et l’honneur d’appartenir à un peuple assoiffé de liberté et d’indépendance.

A vous tous ici présents, je transmets les salutations des enfants de notre peuple héroïque, hommes et femmes, des masses de notre Intifada bénie qui entre dans sa seconde année avec ce grand élan, cette organisation minutieuse et cette pratique éminemment civilisée et démocratique jusque dans la confrontation avec l’occupation, l’exploitation, la tyrannie et les crimes monstrueux quotidiennement commis à leur encontre par les occupants israéliens.

A vous tous ici présents, je transmets le salut de nos garçons et de nos filles dans les prisons et les camps de détention collective de l’occupation. A vous tous, je transmets le salut des enfants de la pierre qui défient l’occupation, ses avions et ses chars, et font revivre dans les mémoires l’image nouvelle du David palestinien aux mains nues face à Goliath l’Israélien bardé d’armes.

Lors de notre première rencontre, j’avais conclu mon intervention en affirmant, en ma qualité de président de l’OLP et de commandant de la révolution palestinienne, que nous ne voulions pas que soit versée une seule goutte de sang, juif ou arabe, et que nous ne voulions pas que les combats se poursuivent, ne fut-ce qu’une minute. Je m’étais adressé à vous, dans l’espoir que nous Parviendrions à abréger la douleur et les souffrances, à hâter la mise en place des bases d’une paix juste fondée sur la garantie des droits de notre peuple, de ses aspirations et de ses espoirs, comme des droits de tous les peuples, sur un pied d’égalité.

Je m’étais adressé à vous pour que vous vous teniez aux côtés de notre peuple en lutte pour l’exercice de son droit à l’autodétermination, pour que vous lui donniez les moyens de retourner de son exil imposé par la force des baïonnettes et de l’arbitraire, pour que vous nous aidiez à mettre fin à la tyrannie imposée à tant de générations de notre peuple, depuis tant de décennies, afin qu’il puisse enfin vivre dans sa patrie, retrouver ses maisons, libre et souverain, jouissant de la Plénitude de ses droits nationaux et humains. Et j’avais, pour finir, affirmé du haut de cette tribune, que la guerre surgissait de Palestine, et que la paix commençait en Palestine.

Le rêve que nous caressions alors était d’établir un Etat palestinien démocratique au sein duquel vivraient musulmans, chrétiens et juifs sur un pied d’égalité, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, dans une seule société unifiée, à l’instar d’autres peuples sur cette terre dans notre monde contemporain.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous entendîmes les responsables israéliens expliquer que ce rêve palestinien, inspiré de l’héritage des messages divins qui ont illuminé le ciel de la Palestine ainsi que des valeurs humaines qui fondent la coexistence au sein d’une société démocratique et libre, était un plan visant à les détruire et à les anéantir.

Il nous fallait tirer les leçons d’un tel état de fait, constater la distance qui le séparait du rêve. Nous prîmes alors, au sein de l’OLP, l’initiative de procéder à la recherche de formules alternatives réalistes et praticables pour apporter à ce problème une solution fondée sur une justice possible, et non pas sur une justice absolue. Une solution qui puisse garantir les droits de notre peuple à la liberté, la souveraineté et l’indépendance, et qui puisse également garantir à tous la paix, la sécurité et la stabilité, évitant à la Palestine et au Moyen-Orient la poursuite des guerres et des combats qui s’y déroulent depuis 40 ans.

Ne sommes-nous pas ceux qui ont pris l’initiative d’invoquer la Charte des Nations Unies et leurs résolutions, la Déclaration universelle des droits de l’homme et la légalité internationale en tant que références de base pour la solution du conflit arabo-israélien ?

N’avons-nous pas fait bon accueil à la déclaration commune Vance-Gromyko en 1977, en tant qu’initiative qui pouvait servir de base à un projet de solution pour ce conflit ?.

N’avons-nous pas donné notre accord pour participer à la Conférence de Genève sur la base de la déclaration soviéto-égyptienne de 1977, de façon à progresser vers une solution de paix dans la région ?

N’avons-nous pas adopté1e Plan de paix arabe de Fès, en 1982, puis le projet de convocation d’une conférence Internationale de paix sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies et conformément à ses résolutions ?

N’avons-nous pas appuyé le Plan Brejnev pour la paix au Moyen-Orient ?

N’avons-nous pas accueilli et appuyé la Déclaration de Venise des pays de la Communauté économique européenne concernant les. bases d’une paix juste dans la région ?

N’avons-nous pas accueilli et soutenu l’initiative des deux Présidents Gorbatchev et Mitterrand au sujet de la commision préparatoire de la conférence internationale?

N’avons-nous pas fait bon accueil aux dizaines de déclarations et d’initiatives politiques émanant des groupes régionaux, des pays africains, des pays islamiques, des pays non alignés, des pays socialistes, des pays d’Europe et d’autres pays, dans le seul but de parvenir à un règlement pacifique fondé sur la légalité internationale, afin d’instaurer la paix et de résoudre le conflit ?

Quelle fut la position d’Israël face à tout cela ? Bien que chacune de ces initiatives, chacun de ces plans, chacune de ces déclarations ait été inspiré par la volonté de prendre en considération le rapport de force politique de même que les revendications et les intérêts de l’ensemble des parties au conflit arabo-israélien, l’attitude d’Israël devant tout cela fut l’escalade de ses projets de colonisation et d’expansion. Elle consista à élargir le champ des destructions et des ruines, et à faire à nouveau couler le sang. Elle consista à multiplier les fronts, jusqu’à y inclure le Liban frère, que les troupes d’occupation envahirent en 1982, avec les conséquences que l’on sait, les massacres comme ceux de Sabra et de Chatila, et les boucheries perpétrées à l’encontre des deux peuples, libanais et palestinien. Israël continue d’occuper une partie du Sud-Liban, et ce pays doit quotidiennement faire face aux raids de l’aviation et aux agressions aériennes, terrestres ou maritimes qui frappent ses villes et ses villages comme elles frappent nos camps dans le sud.

A suivre…


La Cause Palestinienne en dates

Voici les dates essentielles pour comprendre la lutte inachevée du Peuple Palestinien, qu’incarnait le regretté Yasser Arafat depuis 1959. Cette chronologie est tirée de l’hebdomadaire l’Express en ligne du 4 novembre 2004, sous la plume de Catherine Gouëset.

29 novembre 1947 : l’ONU adopte un plan de partage de la Palestine en deux Etats indépendants, un juif et un arabe. Jérusalem est placé sous régime international.

14 mai 1948 : à la fin du mandat britannique sur la Palestine, David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. Le 15, éclate la première guerre israélo-arabe, les pays arabes refusant le plan de partage. Début de l’exode des Palestiniens. Les combats prennent fin en 1949 avec les accords de Rhodes fixant une ligne de démarcation qui demeurera jusqu’en 1967.

24 avril 1950 : la Cisjordanie est annexée par le roi Abdallah de Jordanie. L’Egypte contrôle la bande de Gaza.

Octobre 1959 : premier congrès du Fatah, créé au Koweït.

28 mai 1964 : création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), présidée par Ahmed Choukeiry.

Octobre-novembre 1956 : après la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Nasser, la seconde guerre israélo-arabe est déclenchée. A la fin de 1956, les Israéliens commencent à évacuer le Sinaï. Israël retrouve ses frontières de 1949.

5/10 juin 1967 : Israël déclenche la troisième guerre israélo-arabe dite des “Six jours”, et occupe le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan.

22 novembre 1967 : le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité la résolution 242 qui prévoit l’évacuation “ des “ (ou “ de “, selon la version anglaise) territoires occupés, en échange de la reconnaissance mutuelle de tous les Etats du Proche-Orient.

Février 1969 : Yasser Arafat est élu président du Comité exécutif de l’OLP.

17 septembre 1970 : l’armée jordanienne liquide les forces combattantes palestiniennes après la destruction de 3 avions de ligne occidentaux sur le territoire jordanien. Les combats entre armée jordanienne et fedayins palestiniens font des milliers de victimes civiles palestiniennes (“Septembre noir”).

6/25 octobre 1973 : quatrième guerre israélo-arabe dite “guerre de Kippour” ; l’armée égyptienne pénètre dans le Sinaï occupé mais doit se retirer.

22 octobre 1973 : le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 338 qui appelle à un cessez-le-feu et à des négociations.

28 novembre 1973 : la Ligue arabe reconnaît l’OLP en tant que seul représentant du peuple palestinien.

13 novembre 1974 : discours de Yasser Arafat à l’ONU. Le 22, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaît le droit des Palestiniens “à la souveraineté et à l’indépendance nationale”.

13 avril 1976 : élections municipales en Cisjordanie et à Gaza occupés. Les candidats proches de l’OLP remportent 80% des sièges.

13 juin 1980 : le Conseil européen adopte une résolution affirmant que le “peuple palestinien doit exercer son droit à l’autodétermination” et que “l’OLP doit être associée à toute négociation”.

Mars-avril 1982 : insurrection palestinienne dans les territoires occupés. Les maires élus sont destitués.

6 juin 1982 : l’armée israélienne envahit le Liban -opération “Paix en Galilée”- et chasse de Beyrouth les organisations palestiniennes, dont l’Organisation de libération de la Palestine, l’OLP.

17-18 septembre 1982 : assassinat à Beyrouth du président libanais Bechir Gemayel. Les Israéliens entrent à Beyrouth-Ouest. Massacre de civils par les milices chrétiennes dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, avec la complicité passive de “Tsahal”, l’armée israélienne.

1er octobre 1985 : un raid de l’aviation israélienne contre le quartier général de l’OLP à Tunis fait 70 morts.

6 août 1986 : le Parlement israélien vote une loi interdisant tout contact avec des dirigeants de l’OLP.

9 décembre 1987 : début de l’Intifada (soulèvement en arabe), également appelée “guerre des pierres” dans les territoires occupés.

15 novembre 1988 : à Alger, le Conseil national palestinien (CNP, parlement en exil), proclame l’Etat palestinien indépendant et accepte les résolutions 242 et 338 de l’ONU, reconnaissant ainsi implicitement l’existence d’Israël. En décembre, devant l’ONU à Genève, Yasser Arafat, chef de l’OLP, reconnaît le droit d’Israël à vivre “en paix”, et déclare renoncer totalement au terrorisme.

2 mai 1989 : en France, Yasser Arafat est reçu pour la première fois à l’Elysée par François Mitterrand.

12 mars 1991 : le secrétaire d’Etat américain James Baker rencontre pour la première fois des personnalités palestiniennes des territoires occupés.

30 octobre 1991 : ouverture à Madrid (Espagne) d’une conférence de paix. Israéliens, Palestiniens -des territoires occupés, et non de l’OLP-, Jordaniens et Syriens se rencontrent sous le co-parrainage de George Bush et de Mikhaïl Gorbatchev.

14 janvier 1992 : les Palestiniens remettent à la délégation israélienne leur projet d’autonomie dans les territoires occupés.
27 avril 1992 : une session de pourparlers se déroule pour la première fois en présence d’observateurs de l’OLP à Washington.

19 janvier 1993 : le Parlement israélien abroge la loi interdisant les contacts avec l’OLP.

Juillet-août 1993 : des rumeurs font état de contacts secrets entre Israël et l’OLP.

13 septembre 1993 : Israël et l’OLP signent à Washington un accord de principe (“Oslo I”) sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin et Yasser Arafat échangent une poignée de main historique.

25 février 1994 : un extrémiste juif, le docteur Baruch Goldstein, massacre 29 Palestiniens en prière au Caveau des patriarches à Hébron.

4 mai 1994 : accord du Caire sur l’autonomie de la bande de Gaza et de la ville de Jéricho (Cisjordanie). L’Autorité palestinienne s’installe dans les zones nouvellement autonomes.
1er juillet 1994 : retour de Yasser Arafat à Gaza.

28 septembre 1995: Israël et l’OLP signent à Washington l’accord négocié à Taba (“Oslo II”) étendant l’autonomie en Cisjordanie et prévoyant une série de retraits israéliens par étapes.

20 janvier 1996 : Yasser Arafat est élu président de l’Autorité palestinienne et ses partisans remportent les 2/3 des 80 sièges du Conseil législatif.

24 avril 1996 : le CNP (parlement palestinien en exil), réuni pour la première fois en Palestine, élimine de sa charte les articles mettant en cause le droit à l’existence de l’Etat d’Israël.
29 mai 1996 : les Israéliens élisent comme Premier ministre Benyamin Netanyahu, chef de la droite nationaliste, opposé aux accords d’Oslo.

24 septembre 1996 : ouverture par Israël d’un tunnel sous l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem provoque de violents affrontements entre l’armée israélienne et des manifestants palestiniens, qui font plus de 70 tués.

15 janvier 1997 : Netanyahu et Arafat concluent un accord sur un retrait partiel israélien de la ville d’Hébron en Cisjordanie.
7 mars 1997 : l’annonce unilatérale par Israël d’un retrait de 9 % de la Cisjordanie (les Palestiniens réclament 30%) provoque une nouvelle crise.

30 novembre 1997 : Israël accepte le principe de retrait limité de Cisjordanie (sans en fixer l’ampleur ni la date), assorti de conditions draconiennes. La presse israélienne parle de 6 à 8% de territoires évacués.

14 janvier 1998 : Israël annonce qu’il gardera sous son contrôle de larges parties de la Cisjordanie, même en cas d’accord de paix avec les Palestiniens.

30 mars 1998 : Dennis Ross, émissaire de Bill Clinton, quitte Jérusalem après le rejet de la proposition américaine qui demandait que 9 % à 13 % de la Cisjordanie soient évacués par l’armée israélienne.

21 juin 1998 : en dépit des critiques des Etats-Unis et de l’Union européenne, le gouvernement israélien décide la création d’une super-municipalité de Jérusalem qui englobe plusieurs colonies de Cisjordanie, et double ainsi de volume.
23 octobre 1998 : Arafat et Netanyahou signent à Wye Plantation (Etats-Unis) un accord destiné à sortir le processus de paix de l’impasse : Israël transférera à l’administration palestinienne, en trois étapes (sur douze semaines), 13% supplémentaires du territoire de la Cisjordanie encore sous son contrôle. L’Autorité palestinienne s’engage de son côté à renforcer la lutte contre le terrorisme.

Décembre 1998 : Bill Clinton est le premier président américain reçu en visite officielle par un Etat Palestinien virtuel. Inauguration de l’aéroport de Gaza, sous contrôle israélien.

4 septembre 1999 : la signature, à Charm-el-Cheikh (Egypte), d’un accord fixant les dates des retraits israéliens de Cisjordanie (prévus par l’accord de Wye Plantation mais non appliqués par l’ancien Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu), relance le processus de paix.

21 mars 2000 : avec un nouveau retrait de l’armée israélienne de 6,1% de Cisjordanie, l’Autorité palestinienne contrôle désormais, partiellement ou totalement, 40 % du territoire.

Mai 2000 : des émeutes consécutives aux manifestations en faveur de la libération des 1.600 prisonniers palestiniens en Israël, font 6 morts en Cisjordanie.

15 mai 2000 : le parlement israélien vote le transfert à l’autorité palestinienne de 3 localités proches de Jérusalem, dont Abou Dis, souvent présenté comme le siège de la capitale d’un futur Etat palestinien.

11-25 juillet 2000 : échec du sommet israélo-palestinien de Camp David (Maryland). Aucun accord n’est conclu entre les deux parties.

10 septembre 2000 : Le Conseil central de l’OLP décide de reporter la proclamation de l’indépendance de la Palestine fixée en juillet dernier au 13 septembre, date anniversaire de l’accord d’Oslo.

28 septembre 2000 : la visite du chef du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des Mosquées (Jérusalem-est), troisième lieu saint de l’islam, provoque de violentes émeutes en Israël et dans les territoires palestiniens, faisant plus de 90 victimes.

29 janvier 2001 : Israël et les Palestiniens annoncent avoir réalisé de sérieux progrès dans les négociations de Taba. Ehud Barak décide de les ajourner jusqu’à l’élection du chef du gouvernement le 6 février, estimant impossible un accord avant cette date.

6 Février 2001 : Ariel Sharon est élu premier ministre en Israël avec une avance de 25 points sur Ehud Barak.
4 décembre 2001 : Israël lance des raids d’une ampleur sans précédent dans les territoires palestiniens. Yasser Arafat, déclaré «hors-jeu» par Ariel Sharon, ne peut plus sortir de Ramallah, encerclée par Tsahal.

29 mars 2002 : l’Etat hébreu lance une offensive dans les territoires occupés baptisée «rempart défensif». La Mouqataa, le quartier général d’Arafat à Ramallah, est partiellement détruit et le leader palestinien est coupé du monde.
15 avril 2002 : Marwan Barghouti, le chef du Fatah en Cisjordanie, est capturé par l’armée israélienne.

14 février 2003 : cédant aux pressions internationales pour des réformes au sein de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat donne son accord à la nomination d’un Premier ministre.
19 mars 2003 : Yasser Arafat propose de nommer Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), un pragmatique notoire, au poste de Premier ministre.

29 avril 2003 : Mahmoud Abbas et son cabinet reçoivent l’investiture du parlement palestinien. Son investiture lève le dernier obstacle à la publication de la «feuille de route», plan de paix international prévoyant la création d’un Etat palestinien d’ici à 2005.

6 septembre 2003 : Mahmoud Abbas annonce sa démission au Parlement palestinien, invoquant des obstacles intérieurs, israéliens et américains à son action.

7 septembre 2003 : Yasser Arafat offre au président du parlement, Ahmed Qoreï, le poste de premier ministre. Celui-ci l’accepte deux jours plus tard.

12 novembre 2003 : investiture du gouvernement élargi de Qoreï.

26 janvier 2004 : Ahmed Qoreï annonce une série de réformes dans le fonctionnement des services de sécurité. La veille, le Parlement avait dénoncé l’«échec» du gouvernement à assurer la sécurité dans les Territoires.
22 mars 2004 : Cheikh Yassine, le fondateur du Hamas, est assassiné lors d’un raid mené par des hélicoptères israéliens devant une mosquée de Gaza.

17 avril 2004 : le nouveau chef du Hamas, Abdelaziz al-Rantissi, est tué lors d’un raid aérien israélien dans la ville de Gaza.13 juillet : l’envoyé spécial de l’Onu dans les territoires palestiniens, Terje Roed-Larsen, adresse de vives critiques à Yasser Arafat, estimant que la situation dans les territoires «tourne progressivement au chaos» et que le dirigeant palestinien affiche «un manque de volonté politique» pour réformer l’Autorité palestinienne.

16 juillet 2004 : une série de rapts est organisée dans les territoires par des groupes armés qui entendent protester contre la corruption de l’Autorité palestinienne.
17 juillet 2004 : Yasser Arafat annonce une refonte des services de sécurité, après qu’Ahmed Qoreï a proclamé son intention de démissionner. Le Raïs nomme à la tête du service de sécurité générale son neveu, Moussa Arafat. La nomination de ce dernier, soupçonné de corruption, entraîne de violentes manifestations. Il est rétrogradé quelques jours plus tard.
27 juillet 2004 : Ahmed Qoreï revient sur sa démission.
1er août 2004 : l’ancien ministre délégué à la Sécurité, Mohammad Dahlan, menace Yasser Arafat de manifestations de masse à Gaza s’il ne fait pas appliquer les réformes des services de sécurité dans les dix jours.

18 août 2004 : s’adressant au Conseil législatif palestinien à Ramallah, Yasser Arafat reconnaît des erreurs «inacceptables» de son gouvernement et promet d’engager des réformes.
29 octobre 2004 : Arafat est hospitalisé en France.

11 novembre 2004 : décès d’Arafat à l’âge de 75 ans.

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Meeting de l’Aïd-el-Fitr 2004

UNE REMARQUABLE DÉMONSTRATION DE FORCE

Le traditionnel rassemblement populaire organisé par l’UAD le jour de l’Aïd-el-Fitr a connu cette année une affluence exceptionnelle. Preuve de la maturité de notre Peuple, mobilisé aux côtés de l’opposition nationale., seule alternative crédible au régime des bedaines, synonyme d’insouciance, d’incompétence et de pillage des richesses nationales.

« Le combattant meurt, le combat continue » proclamaient de larges banderoles réclamant également l’application de l’Accord de paix du 12 mai 2001, déployées par les militants de l’UAD devant le siège de la fédération ARD d’Arhiba situé place de l’Indépendance. En ce samedi matin de fête, des milliers de militants de l’opposition attendaient dignement, dans une ambiance fraternelle l’arrivée de la direction de l’UAD.

Peu avant 9 heures, les dirigeants des quatre formations politiques regroupées au sein de l’UAD ont été chaleureusement ovationnés, avant de s’adresser à la foule combative. La présentation des vœux de l’Aïd a été précédée d’une émouvante séance de prière à la mémoire du regretté Président de l’UAD et père de la Nation, récemment disparu. La vitalité de l’UAD est le meilleur gage de la poursuite de son combat inachevé.

Après avoir communiqué le programme du jour, les dirigeants de l’UAD se sont déplacés à pied vers le deuxième lieu du rassemblement populaire, la bien-nommée Avenue Nasser, face au siège central de l’UDJ. Cette traversée à pied de la route d’Arta dans le sens Arhiba-Avenue Nasser, n’avait pas été rééditée depuis l’Aïd-el-Fitr 2002.

Ainsi, en quelques minutes, ce sont des milliers de militants et sympathisants qui ont escorté la direction de l’UAD jusqu’à l’Avenue Nasser, où convergeaient également une foule très nombreuse venue des autres quartiers.

Après les congratulations d’usage, le meeting proprement dit a débuté vers 10 heures dans une ambiance combative. Une pléthore d’orateurs a ainsi chauffé l’auditoire durant près de deux heures. Tout à tour, nos dirigeants se sont alors exprimés de façon claire et concise.

Tous ont démontré, exemples à l’appui, que le pays allait de mal en pis et qu’un sursaut national était l’unique voie pour barrer la route au principal responsable du désastre national : le candidat solitaire à sa propre succession. De fait, l’unité d’action brillamment démontrée sur le terrain par les responsables et militants de l’UAD a mis du baume au cœur à tous ceux venus écouter un langage d’unité et de combativité.

M.Souleiman Farah Lodon, Vice-Président du MRD, a tenu à rappeler que « ce régime irresponsable n’a pas respecté sa parole et sa signature en violant systématiquement l’Accord de paix du 12 mai 2001 et continue à saboter la décentralisation ». Le Président de l’ARD, M. Ahmed Yousouf, a particulièrement mis l’accent sur la consolidation de l’Unité nationale : « celle-ci demeure une condition sine qua non pour que triomphe le juste combat national de l’UAD ».

Pour sa part, le Président du PDD, M. Mohamed Daoud Chehem, a mis en relief l’échec politique et économique de ce régime du gâchis. « La régression est visible à l’œil nu, il suffit d’observer l’état de saleté de notre Capitale, transformée en un gigantesque dépotoir à ciel ouvert » a-t-il indiqué.

Outre les principaux leaders des partis politiques regroupés au sein de l’UAD, plusieurs autres dirigeants ont également tenu à haranguer l’assistance avec conviction en égrenant la liste des méfaits imputables à ce régime de prédation. Ainsi, un des discours les plus applaudis et les plus remarquables a été celui prononcé du fond du cœur par le camarade Naguib, du MRD.

Ce brillant orateur s’exprimant en arabe avait déjà été remarqué lors de la campagne des législatives de janvier 2003. Ses formules piquantes et le ton sincère de son discours en a ému plus d’un. Après avoir fustigé la propagande mensongère du candidat officiel du parti au pouvoir, Naguib Bachir a martelé : « six ans de plus à ce rythme rétrograde et c’en est fini de notre pays. Tous ensemble, faisons barrage à ce régime insouciant et insatiable. Honte à ce système qui méprise les siens au point même de refuser d’honorer la mémoire du père fondateur de notre République. Il n’y a rien à attendre des ingrats, il faut les balayer » a-t-il conclu sous un tonnerre d’applaudissements.

Prenant la parole en dernier, M. Ismaël Guedi, le Président de l’UAD, s’exprimant successivement en afar et en somali, a été on ne peut plus clair, en affirmant : « Après la disparition de notre leader charismatique, certains observateurs spéculaient sur l’affaiblissement durable, voire la désagrégation de l’UAD. Bien au contraire, portée par l’espérance populaire, notre coalition se renforce de jour en jour. La Lutte continue, et nous suivons la voie de l’unité nationale, de la démocratie et de la justice, admirablement tracée par le regretté Ahmed Dini » a-t-il précisé, soulevant une salve d’applaudissements.

Le meeting a pris fin peu avant midi et l’immense foule joyeuse s’est dispersée dans le calme, scandant encore UAD ! UAD !

De l’avis général, l’UAD a tenu ce jour-là un de ses plus mémorables rassemblements populaires depuis janvier 2003. Ce n’est que le début, la mobilisation continue.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 112 du mercredi 10 novembre 2004

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Réalité numéro 112 du mercredi 10 novembre 2004

Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Comprendre les Afar (2)
  4. Sans-papiers chez eux
  5. Ben Laden a voté Bush !
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMEDCodirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 112

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


EDITORIAL

 

AILLEURS COMME ICI :

NEUTRALISER LES TUEURS DE PAIX

Il y a une fâcheuse constante chez tous les dirigeants bellicistes peu soucieux de concorde nationale : comme le fit en son temps Gouled, le Président ivoirien Laurent Gbagbo voulait profiter du cessez-le-feu et de l’interposition des soldats de l’ONUCI pour se réarmer massivement, reprendre les hostilités contre les rebelles et ainsi pousser ces forces d’interposition mises devant le fait accompli à quitter les zones de guerre. Cette logique extrémiste ayant réussi dans le cas djiboutien, et la France possédant chez lui au moins autant d’intérêts à protéger qu’ici, le calcul machiavélique de Gbagbo devait inévitablement conduire au désengagement de toutes les troupes étrangères de maintien de la paix (plus un contingent de 4000 français) et donc à la fin de la médiation internationale, dont la France a le tort d’être le bras armé. Eviter toute redéfinition de la citoyenneté ivoirienne par l’application honnête des accords de Marcoussis (janvier 2003) et celui d’Accra III (juillet 2004), en tuant samedi 6 novembre dans un bombardement aérien dix ressortissants occidentaux (9 militaires français et un civil américain), le jeu en valait pour lui la chandelle. Mais la machine a fait tilt : une telle remise en cause criminelle de la notion même de maintien de la paix et de médiation extérieure était inacceptable.

Si sa diplomatie se laisse occasionnellement insulter ici ou là, la France ne peut durablement tolérer, sans renier sa grandeur, que des despotes violeurs d’accords de paix, l’humilient sur la scène internationale en sabotant le rôle modérateur et conciliant qu’elle entend y tenir.

Face à ce sabotage, le Conseil de sécurité des Nations-Unies serait sur le point de voter un projet français de résolution, prévoyant des sanctions à l’encontre de la Côte d’Ivoire et de certains de ses responsables : embargo sur les armes à destination de ce pays, gel des avoirs et interdiction de voyager pour les personnes jugées coupables de blocage du processus de paix seraient au menu.

Certes, il y aura toujours des pointilleux pour trouver regrettable de constater qu’il aura fallu la mort de ces dix Occidentaux pour que la communauté internationale réagisse en s’attaquant aux origines de ce drame : la violation des accords de paix par la partie gouvernementale. Sans manquer de rappeler que le massacre de centaines de manifestants pacifiques par les troupes régulières dans les rues d’Abidjan l’année dernière n’avait suscité qu’un communiqué laconique du Quai d’Orsay. Le parallèle est saisissant : qui a ici oublié qu’il en fut de même lors du massacre d’Arhiba en décembre 1991, alors qu’une petite attaque du FRUD contre les infrastructures portuaires avaient soulevé la profonde indignation des autorités françaises. Mais à quelque chose malheur est malheureusement bon : la réaction présente de la France, par la destruction des moyens aériens ivoiriens, aura été à la hauteur de l’affront. Et de l’avenir : parce que l’indifférence générale de la communauté internationale avait jusqu’à présent encouragé Gbagbo à torpiller les accords de paix et pour l’application desquels un comité ad hoc avait été mis en place. Les pressions internationales qui vont désormais s’exercer sur les protagonistes imposeront, espérons-le, les conditions politiques pour une réconciliation des forces ivoiriennes en conflit.

Toutefois, le rappel des motivations françaises vaut le détour. Selon une déclaration de son Ministre des Affaires Etrangères, « tous ceux qui ne respectent pas leur signature pourraient faire l’objet de sanctions individuelles décidées par les Nations-Unies. Il faut obliger ceux qui ont donné leur parole et leur signature à les respecter ». Propos qui, sous d’autres cieux, devraient inciter à réfléchir tous ceux qui, parvenus par la force et la fraude, croient ruser avec la réalité en retardant les indispensables conditions d’une réelle paix civile. Car, ici, sans attenter à la vie de qui que ce soit, (innocent ou coupable), notre Peuple qui a décrété le 12 mai journée nationale de la Paix, reste mobilisé et déterminé à faire appliquer tous les termes de l’Accord signé entre la partie gouvernementale et le FRUD-armé. Et, pour notre part, en tant que co-signataire, notre participation à la compétition politique ne trouve sa légitimité que dans un ensemble de réformes démocratiques, prévues par ledit accord et dont la réalisation est loin d’être effective. Sachant pertinemment que cette application ne passera pas par les urnes, nous ne souhaitons pas qu’elle le soit par les armes.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il reste à espérer que la communauté internationale qui se mobilise aujourd’hui pour imposer la paix en Côte d’Ivoire, se penche sur la situation djiboutienne avant l’irréparable.

 

 

 


Brèves nationales

 

Les FAD désenclavent le Nord :

 

Elles terrorisent encore le Sud

 

Alors qu’elles se vantent de contribuer au développement économique des régions affectées par le conflit civil en participant au désenclavement aérien du district d’Obock, les Forces Armées Djiboutiennes viennent de démentir de façon dramatique la propagande selon laquelle notre pays aurait été débarrassé de toutes les mines antipersonnelles enterrées par les troupes gouvernementales. Ainsi, le 7 septembre dernier, trois fillettes bergères auraient été sérieusement blessées par l’explosion d’une mine antipersonnelle à quelques centaines de mètres de la garnison de Galafi. Il s’agit de : Fatouma Willisa, Arba’i Orbiss et Fatouma Mohamed. Les jeunes bergères, âgées de 9 à 12 ans, auraient été évacuées à bord d’un véhicule militaire vers Dikhil, pour y recevoir des soins vite jugés insuffisants au vu de la gravité de leur état. L’une d’elles, Fatouma Willisa, aurait même perdu un œil, tandis que Fatouma Mohamed aurait quant à elle perdu une main. La troisième fillette aurait pour sa part reçu des éclats sur tout le corps.

 

Contrairement aux affirmations du régime, qui claironne que Djibouti est « mine safe » (vide de mines), tout laisse malheureusement à penser que ses mines antipersonnelles restent toujours en liberté dans notre pays, mettant en danger la vie de paisibles citoyens des zones rurales. Comme le prouve, après l’avis des spécialistes, le seul fait qu’aucun déminage des envions de cette garnison de Galafi ne soit à l’ordre du jour…

 

Ambassades djiboutiennes :

 

Entre annexes RPP et lieux de culte

 

Après celle de Bruxelles, c’est donc au tour de l’ambassade djiboutienne à Paris de se transformer, le temps d’un rassemblement partisan très peu en conformité avec ses missions diplomatique et consulaires, en une annexe sans gêne du parti au pouvoir du candidat à sa propre succession. Triste spectacle qui n’a certainement pas manqué d’intriguer les observateurs étrangers : un tel usage d’un édifice public à des fins partisanes et au service d’intérêts sectaires, c’est effectivement chose rare depuis la disparition officielle des partis uniques. Entre le personnel diplomatique au grand complet et des réfugiés proches du régime, il y avait du beau monde, naïvement convaincu que cette messe en adoration de celui qui met en danger la concorde nationale influencera le cours des choses ici. Que le régime se mette en scène de façon aussi pitoyable à des milliers de kilomètres de notre réalité nationale, devant laquelle le bon sens qu’impose la certitude d’être illégitime l’incite à beaucoup de discrétion ici, n’en démontre que plus son isolement à l’intérieur.

 

Investissements à Obock :

 

Aubaine ou bedaine ?

 

Selon des informations circulant dans les milieux d’affaires, des investisseurs djiboutiens et étrangers lorgneraient vers le district d’Obock. Ainsi, une société sud-africaine et des privés nationaux projetteraient d’y investir dans le secteur de la pêche, potentiellement riche dans cette région. On parle de l’installation dans la zone de Khor-Angar, au nord d’Obock, d’une ferme aquacole destinée à l’élevage de langoustes et autres crustacés. Ce projet d’un montant de 10 millions de dollars pourrait, dit-on, permettre la création de quelques dizaines d’emplois dans cette région.

 

Par ailleurs, des privés djiboutiens seraient sur le point d’exploiter un chalutier dans les eaux particulièrement poissonneuses d’Obock, au bénéfice des pêcheurs qui ont dû abandonner leurs activités en raison du coût élevé du carburant et de l’absence de moyens de conservation du poisson sur place.

 

« Réalité » suivra avec intérêt ces projets et leurs impacts réels sur les conditions de vie des populations oubliées de cette région. En attendant, il est trop tôt pour savoir si ces futurs investissements seront une aubaine pour les citoyens ordinaires du coin ou une nouvelle opportunité pour enfler certaines bedaines du régime.

 

Décès du fondateur des Emirats Arabes Unis :

 

Le sanglot du mendiant ?

 

Les Djiboutiens a appris mercredi dernier le décès survenu mardi 2 novembre du cheik Zayed Ben Sultan Al Nahyane, Président de la Fédération des Emirats Arabes Unis. Le cheik Zayed qui vient de disparaître à l’âge de 86 ans était l’émir d’Abu-Dhabi et Président de cette fédération créée en 1971 avec cinq autres émirats : Dubaï, Ras El Khaimah, Fujaïra, Ajman et Um Al Quwaïn. La Capitale de cet Etat du Golfe est Abu-Dhabi, mais les Djiboutiens connaissent surtout Dubaï, avec lequel notre pays entretient des relations commerciales depuis une vingtaine d’années.

 

Depuis l’an 2000, cet émirat est cité en modèle à Djibouti, les autorités djiboutiennes ayant concédé à Djebel Ali la gestion du Port, de l’Aéroport, de la nouvelle Zone Franche et du futur Port de Doraleh. C’est, nous semble-t-il, parce que Djebel Ali contrôle une partie de notre économie nationale que notre pays a transféré à Dubaï son ancienne ambassade en Irak, alors que les Emirats n’ont pour leur part aucune réciprocité avec Djibouti. Qu’importe, Djebel Ali vaut bien une prière ou même trois jours de deuil national décrété officiellement à l’occasion de la disparition du cheik Zayed mais, en réalité, pour des raisons hypocritement commerciales.

 

Ce sanglot d’Etat, qui n’est pas sans rappeler celui du mendiant ayant perdu son bienfaiteur, semblerait plus sincère si notre gouvernement avait honoré comme il se doit, et comme nos compatriotes l’attendaient de sa part, la mémoire du père fondateur de notre République, récemment disparu. Ne peut aimer autrui celui qui n’aime pas les siens.

 

Pour le reste, nous réitérons notre vive sympathie au Peuple frère Emirati et saluons la mémoire du cheik Zayed Ben Sultan Al Nahyane, fondateur des Emirats Arabes Unis et laisse un des pays les plus stable et le plus prospère du monde arabe.

 


 

Comprendre les Afar (2)

UN ALPHABET ORIGINAL

Dans cette dernière partie, nous nous intéresserons à la récente découverte de la Feera (1), alphabet afar. Voici l’exposé qu’y consacre le site Arhotaba.com. Cette découverte pose plus de questions à la science qu’elle n’apporte de réponses, car on ne comprend pas le bouleversement ayant conduit à la rupture de la chaîne de transmission du savoir, conduisant à l’oubli d’une telle avancée.

Vendredi 26 janvier 001, découverte des SEEKA (2), des pierres ovales en forme de tablette sur lesquelles étaient gravées les inscriptions de la FEERA dans le vestige des anciens habitats des nomades dans la région d’AOUSSA au sud de l’ETHIOPIE.

Mardi 13 mars 001, vaste opération de recherche des témoignages de cette écriture cursive à travers les objets, la représentation des astres célestes( les étoiles, le soleil, la lune etc…), les différents types de support autre que les Seeka, d’autres sources d’inspiration dans toute la région afar.

Samedi 21 avril 001, étude des GINNI FIRO (3), les inscriptions gravées sur les pierres en tablette. Recours au même système de déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique égyptienne sur les différents signes graphiques inscrits sur les pierres

Jeudi 17 mai 001, mise à jour complète de la FEERA, une écriture phonétique qui constitue la base de l’alphabet afar. Regroupement des lettres au nombre de 22 dont 17 consonnes et 5 voyelles ( a, e, o, i, u).

ETUDE DES DONNEES

LA FORME DE L’ECRITURE

Les pierres en tablette portaient des inscriptions gravées en deux modes d’écriture que les anciens appellent les GINNI FIRO. En effet, la FEERA est constituée à 80% des traits rectilignes représentant des signes à la fois alphabétiques et syllabiques. Les anciens considèrent donc à première vue que cette écriture aurait pour ancêtre le FIRO ou FIIRO qui veut dire littéralement des tracés. Il s’agit de deux écritures juxtaposées l’une après l’autre.

La première est constituée des pictogrammes et la seconde, plus cursive, représente des signes phonétiques. Cette écriture a des ressemblances graphiques, mais aussi phonétiques avec l’écriture hiéroglyphique et hiératique égyptienne. On suppose donc, qu’au vu de ces similitudes et de l’évolution graphique de la FEERA vers une écriture plus simple et plus rapide, cette dernière aurait pour ascendant l’écriture égyptienne. Dés lors, à partir de là, on peut établir un lien de filiation entre ces deux écritures.

Ces signes, dans un premier temps, sont figuratifs ; un pictogramme désigne l’objet qu’il représente dans sa forme plus ou moins réelle et originale. Une écriture figurative ne peut pas en soi exprimer des abstractions, c’est pourquoi donc les anciens ont eu avec le temps l’ingéniosité de la transcrire en signes sons pour pouvoir mettre à l’écrit les sentiments, les émotions, mais surtout les convictions religieuses.

Pour cela, les Kaatib ont utilisé délibérément sur les Seeka des redondances des signes sons parallèlement aux pictogrammes, c’est à dire, on procédant à une transcription plus ou moins directe des signes images aux signes sons. C’est ce qui a rendu facile aux chercheurs la tache du déchiffrement.

LES ETAPES DU DECHIFFREMENT

Pour pouvoir procéder au déchiffrement, on a établi d’abord une liste de correspondances entre les hiéroglyphes égyptiens et les inscriptions gravées sur les pierres en tablette. Cependant, il n’y avait pas véritablement une réelle correspondance entre les signes relevés sur les pierres et les hiéroglyphes égyptiens.

Les objets, les astres ou les êtres vivants figurant sur les Seeka ne sont pas tous répertoriés dans les hiéroglyphes égyptiens ou ils sont représentés différemment. Néanmoins, il s’agit à la base d’un même procédé d’écriture, c’est-à-dire, à la fois des pictogrammes, des idéogrammes et des signes sons. Les premiers signes sont constitués des pictogrammes. Ces signes sont linéarisés :

La première ligne commence par 3 traits verticaux juxtaposés les uns après les autres. Ensuite, 2 signes représentants 2 étoiles, un signe représentant un croissant de lune et un cercle représentant le soleil. La suite des signes inscrits sur ce même ligne correspond à une écriture phonétique. Il n’y a pas un blanc d’espacement entre ces deux écritures. La seconde écriture correspond à une évolution graphique des pictogrammes ou des idéogrammes vers une écriture à la fois alphabétique et syllabique.

Il s’agit donc d’une redondance voulue volontairement par les « kaatib » pour pouvoir les lire dans deux formes d’écriture. C’est pourquoi, la volonté de transcrire dans deux formes d’écriture différentes graphiquement s’explique nécessairement par le contexte historique, politique, économique et social de la région.

La seconde ligne est beaucoup plus significative. Elle commence par un signe représentant une « OULLA», la parturiente. Dans la coutume afar, une femme qui a accouché n’a pas le même statut social que les autres. Elle bénéficie de tous les privilèges et est comblée des toutes les affections matérielles et morales.

Ce signe se rapproche de la représentation d’un être humain en hiéroglyphes égyptiens. Le second signe est asymétrique au précédent, mais sa taille est beaucoup plus petite. Il s’agit donc de la représentation pictographique d’un enfant ; ce qui laisse supposer que le sexe ou l’age d’un enfant est représenté par un même signe sans distinction graphique. Le troisième signe représente un dromadaire avec sa monture et enfin le dernier signe représente un homme avec un bâton sur les épaules qui doit être éventuellement le chamelier.

SIGNIFICATIONS ET TRADUCTIONS DES SIGNES

La première ligne constitue un système de datation de cette époque. Les trois traits verticaux représentent le chiffre 3 et il s’écrit en écriture phonétique « SIDAHNA » ou « SIDACNA » qui signifie littéralement le troisième jour de la semaine, c’est à dire le MARDI (4) du calendrier latin. Ensuite, les deux étoiles signifient que l’enfant est né entre l’intermittence de deux étoiles. Les anciens nomades afars lisaient dans les étoiles les présages pour les nouveaux nés afin de prédire leurs positions et leurs rangs au sein de la société. Il en va de même pour le bien être de la tribu, le cheptel, les saisons de pluie etc.… Aussi, les étoiles sont des points de repaires pour les nomades qui sont constamment confrontés au déplacement saisonnier des campements. Leurs transcriptions sont reprises en écriture phonétique « LAMMA ( fana ) HOUTOUKA» ou « LAMMA ( fana ) CUTUUKA » (5).

Cela signifie que l’enfant est né entre l’intermittence des deux étoiles. La lune est un astre sacré chez les Afars. Elle est à la fois vénérée pour ses vertus guérisseurs et redoutée parce qu’elle est considérée, dans les us et coutumes locales, qu’elle est à l’origine de certaines maladies psychosomatiques et autres. Le pictogramme sur les Seeka représente un croissant de lune et on peut considérer dans un premier temps qu’elle soit gravée pour des raisons des croyances pour éloigner du nouveau-né ses effets négatifs.

Cependant, sa véritable signification ne peut être, si l’on raisonne au sens de la logique et de la cohérence par rapport aux signes précédents, qu’un moyen de datation de la naissance de l’enfant parmi tant d’autres signes. En ce sens, la lune ou ses différentes phases représentent le «mois » de l’année. Elle se lit en écriture phonétique « ALSA ( k ) BILO » qui signifie le premier jour du mois. Cependant, tous les enfants qui sont nés pendant cette période du croissant de lune sont réputés être nés le même jour et cela se perpétue jusqu’aujourd’hui dans la coutume afar.

Enfin, le soleil est représenté par un cercle rond. La valeur de l’année est limitée chez les afars en fonction de la saison de pluie. Une année ne représente pas forcement 12 mois et donc son appréciation est relative selon la régularité des saisons de pluie. Sa transcription directe en Feera se lit « AYRO ( oy ) LIGGIDA » qui signifie littéralement le « soleil et l’année ». Le terme AYRO, par extension, désigne aussi le jour et les Kaatib ont rajouté le mot LIGGIDA pour désigner l’année afin d’écarter toute incertitude.

Les signes de la ligne suivante représentent des scènes de la vie quotidienne, mais sa signification est symbolique pour ne pas dire sacrée.

Le terme « OULLA» est une désignation sociale portée par les femmes qui ont accouchées pour les distinguer des autres femmes dans la société. Elle est représentée par un signe figuratif reprenant plus ou moins le trait d’un être humain et les signes phonétiques se lisent « OULLA» ou « ULLA ».

Ensuite, l’enfant est représenté par le même signe, mais de taille beaucoup plus petite que ce dernier. Les signes phonétiques représentant l’enfant se lisent « BADA » ou « BAXA ».

Il est, en outre, difficile de faire une réelle distinction par l’écriture entre un « garçon » et une « fille » qui s’écrivent tous avec les mêmes signes phonétiques ; les nuances n’étant perceptibles qu’au niveau des sons émis, la confusion reste à ce jour non résolue au niveau de l’écriture. Le pictogramme suivant représente un dromadaire avec sa monture en forme de X que les afars appellent communément « Anabo » ou « Qanaabo».

Sa représentation fait allusion par extension aux marchandises, désignées en écriture symbolique par le mot « ARI » ou « QARI » suivi par l’auxiliaire avoir «LEW ». Enfin, l’homme avec le bâton sur les épaules représente le chamelier ; sa désignation n’est pas transcrite en écriture symbolique, mais il s’agit d’un idéogramme conçu pour désigner le tout, c’est à dire, la caravane « ARHO ».

Ces signes sont symboliques car ils constituent à la base une formule d’une expression très populaire perpétuée par l’oral dans la coutume afare pendant les évènements, les cérémonies religieuses etc.…et ce c’est qui a d’ailleurs facilité aux chercheurs la tâche du déchiffrement en contribution avec les signes sons. On note dans la première partie « ULLA », « BAXA » et dans la seconde « QARI », « LEW », « ARHO ».

On constate qu’il existe un agencement logique entre ces signes qui donne à la formule un sens précis qui se situe dans le cadre d’un événement précis et dans des circonstances précises. Ainsi, les anciens ont restitué le morceau manquant du puzzle de la célèbre expression. Les signes sons qui ont été déchiffrés auparavant ont contribué largement à sa lecture. Elle avait une connotation religieuse :

“ ULLA ( H ) BAXA ( I ) ( YASALAMAY )”

“ QARI ( LEW ) ARHO ( TASALAMAY )”

« QUE L’ENFANT NAISSE SAIN ET SAUF »

« QUE LA CARAVANE RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »

Cependant, la version ancienne de cette expression au passé millénaire est la suivante :

« BOUDA ( L ) OULLA [ TASALAMAY ] »

« GITA ( L ) ARHO [ TASALAMAY ] »

« QUE LA FEMME ENCEINTE ACCOUCHE SAINE ET SAUVE »

« QUE LA CARAVANE RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »

AUTRES SOURCES DE DECOUVERTES SUR LA PEAU HUMAINE :

Les spécialistes de l’écriture ont relevé, dans le cadre de la recherche, des signes apparentés à la FEERA comme ceux inscrits sur les Seeka, tatouées sur la joue, le front, les cils, les bras, la poitrine, le ventre et le dos des nomades afars.

On a observé des similitudes entre le « HADDA» (6) ou le « HAXXA » que portent généralement les femmes sur les joues et la lettre M, sur le front les lettres B ou I, la lettre X sur le menton ( Debne Hadda ), les lettres Y, W, D sur le dos et la poitrine.

LES AUTRES SUPPORTS :

La lettre N reproduit dans sa configuration l’image d’un bâton symbolique porté par une catégorie des gens, MAKABAN, qui détiennent le pouvoir dans une société régie par des lois traditionnelles, le MADAA ou MADQA. On trouve aussi dans les jeux individuels ou collectifs comme le KOULA HABE la reproduction des certains signes figuratifs et la représentation des objets tels qu’ils sont gravés sur les Seeka.

Il existe aussi d’autres figures sur les objets de ménage: le AYNI, KORA, FIDIMA etc.. En revanche, la plupart des autres signes se rapprochent au niveau de la graphie de l’écriture hiératique égyptienne, même si ces signes ne correspondent pas forcement aux même sons. Il en est ainsi pour les lettres E, G, H. La lettre X est une représentation d’un tombeau en forme conique afar, le WAYDAL qui correspond à la configuration géométrique d’une pyramide nubienne ou égyptienne. Les femmes portent des colliers et des boucles d’oreilles en forme pyramidale.

LEXIQUE

(1) Feera signifie le « doigt » de la main. Par extension, le doigt fait allusion à l’écriture dans la langue afar.

(2) Seeka veut dire littéralement les « saints » en afar. Ces sont des pierres en tablettes que les anciens, dont la vie sociale et religieuse était teintée des croyances animistes, adoraient et les enduisaient du beurre en signe de vénération.

(3) Ginni Firo signifie les « tracés du diable ». Les Afars croyaient que les scènes rupestres, les gravures sur les rochers etc…étaient l’œuvre du diable.

(4) « SIDAHNA » ou « SIDACNA » correspond à MARDI. On peut donc établir à partir de là les noms des jours de toute la semaine : SIDACNA, FERA, KONA, LIHA, MALCINU, ENEKNA, LAMAXA qui correspondent respectivement à MARDI, MERCREDI, JEUDI, VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE et LUNDI.

(5) Les mots en majuscules mis entre guillemets se prononcent d’abords en phonétique latine, ensuite en phonétique afar : « LAMMA ( fana ) HOUTOUKA » se prononce en phonétique latine et « LAMMA ( fana) CUTUUKA » en phonétique afar.

 

(6) Hadda sont des signes et des figures géométriques tatoués sur les corps des hommes et des femmes afars.

 

 


Sans-papiers chez eux

Alors que le Ministre de l’Intérieur invite ses compatriotes à s’inscrire sur les listes électorales, nous soumettons à sa sage réflexion l’épineux problème de la nationalité, qu’aucun accord de paix n’a encore réussi à régler pour cause de violation. Sans manquer de l’inviter à faire un petit sondage pour savoir combien sont tous ceux qui, Djiboutiens depuis 1977, ont eu autant de mal à obtenir une citoyenneté que son régime refuse à d’autres.

La question de la nationalité a en tout temps été cruciale à Djibouti. Maintes fois, « Réalité » a traité ce problème d’une importance majeure en mettant en exergue les dangers qui revêtait cette situation pour des milliers de familles apatrides dans leur propre pays. Cet état de non droit obéit à une décision volontaire du régime connu pour sa politique sectaire. Son refus obstiné d’accorder ce droit inaliénable à des milliers de nos concitoyens relève d’une politique aussi inique qu’insensée, laquelle est basée sur l’attribution sélective et inégalitaire de la citoyenneté aux communautés nationales.

En ce sens, coexistent aujourd’hui différents citoyens apatrides présentant différents cas d’injustice. Des « kaar dameer » à l’époux ou épouse étrangère, en passant par l’enfant de père ou de mère inconnue, ces familles de « sans papiers », sans aucun droit, survivent depuis trois générations pour certains d’entre eux sans espoir, dans l’angoisse et la détresse. Cette triste réalité, conséquence d’une programmation politique consciente, n’empêche tout de même pas les coupables animés par une « naturelle » arrogance de séduire ces populations marginalisées à l’approche de chaque consultation électorale.

L’arme de la « citoyenneté » permet au pouvoir de combler son déficit de légitimité en cette courte période, en procédant à l’enregistrement de ses victimes « sans papiers » qui deviennent ainsi des électeurs par ordonnances. Toutefois, ces pratiques aussi ponctuelles que conjoncturelles ne permettent pas de corriger la situation de ces apatrides mais bien au contraire aggravent souvent leur cas en raison d’une part d’un manque de suivi de leurs dossiers, et d’autre part des multiples obstacles posés par la méconnaissance des textes. C’est donc l’échec par le découragement qui réduit encore ces sous-citoyens parce que spoliés de leurs droits.

Alors, n’importe qui ne passe à travers les mailles tressées par une administration corrompue et sectaire, mais nombreux sont pourtant les étrangers des régions voisines qui, par des moyens autres que la légalité, arrivent à obtenir la citoyenneté djiboutienne. En général, cette catégorie de nouveaux élus à la nationalité émigrent à l’étranger, choix que seules peuvent faciliter les pièces d’identité djiboutienne par rapport à celles de leur pays d’origine dans la région.

En effet, moyennant finances ces postulants à la nationalité de notre pays se déplacent dans les districts du sud ou la connivence avec les services du ministère de l’intérieur chargés des pièces d’identité leur permet de disposer en un laps de temps record « les papiers ».

Plus chanceux sont encore ceux qui de la manière la plus occulte disposent des pièces d’identité de personnes décédées et non-déclarées. Pratique très courante jadis entre membres d’une même famille, sous le colonialisme. C’est d’ailleurs cette technique qui a permis à nombres de nos concitoyens issus du circonvoisinage immédiat de disposer de la nationalité djiboutienne jusqu’à occuper des hautes responsabilités dans l’appareil de l’Etat, sous un nom d’emprunt évidemment.

Depuis peu, une nouvelle méthode plus dangereuse que les précédentes tend à grossir les rangs des « sans papiers » de la manière la plus ignoble. Celle-ci a pris forme depuis que la grogne des victimes de l’arme de la « citoyenneté » s’est fait entendre.

Les personnes concernées, dans leur majorité nécessiteuse et surtout analphabètes, se voient illégalement « déchues » de leur nationalité par des irresponsables de certaines administrations. En effet, et c’est le dossier que nous traitons ci-dessous, ces personnes qui remplissent toutes les conditions nécessaires pour être djiboutiens se voient refuser l’attribution de leurs pièces d’identité et contraints administrativement à opter pour une naturalisation. Le cas ci-dessous n’est qu’un exemple parmi des centaines.

Madame Kadidja Houmed Abdo est née en 1972 à Kouta-Bouya et domiciliée à Djibouti-ville. Mariée depuis 1988 (cf.doc 1) elle est aujourd’hui mère de sept enfants qui disposent eux de leur acte de naissance. A la fin de l’année écoulée, elle entreprend les démarches nécessaires pour obtenir sa carte d’identité nationale. Son entreprise se voit bloquée par l’administration chargée de la délivrance des pièces d’identité qui juge que n’étant pas djiboutienne elle doit solliciter une naturalisation.

Or, alors qu’elle relevait de l’article 5 de la loi n° 200/AN/81 portant code la nationalité djiboutienne qui stipule : «Est djiboutien, ainsi que ses enfants mineurs, l’individu majeur, au 27 juin 1977, qui par suite de sa naissance en République de Djibouti était français au sens des lois encore en vigueur sur le territoire », voilà que du coup, Madame Kadidja mineure à l’indépendance de notre pays, a été contraint de demander la nationalité djiboutienne par naturalisation et tombe du coup sous l’article 14 de la même loi qui dit ceci : « La nationalité djiboutienne peut s’acquérir par décision de l’autorité publique. Elle résulte d’une naturalisation accordée par décret et sur demande de l’intéressé ».

C’est le début du parcours du combattant que va devoir entamer Madame Kadidja pourtant djiboutienne. Cette démarche ne sera pas sans préjudice pour cette dame, mère de sept enfants et mariée à un djiboutien, la demande de la naturalisation lui enlevant désormais son droit à la nationalité par naissance. C’est ainsi que cet article qui engendre un ensemble de dispositions dissuasives citées par les articles 18 et suivants de cette loi de 1981 oblige cette épouse à faire une requête auprès du Directeur de la Population en février 2004, en lui fournissant un jeu de documents exigés. Notre administration n’ayant jamais fait l’effort d’adapter les méthodes d’enquête et leurs supports issus du colonialisme à la réalité de notre pays depuis 1977, parmi ces documents figurent un procès-verbal d’assimilation au contenu ahurissant (cf doc. 2), un certificat de vie commune, alors que notre religion et notre coutume autorise certainement la polygamie mais surtout pas une vie commune en dehors du mariage (cf doc. 3), et bien d’autres aussi insensés que choquants.

Selon la loi, le cas de cette femme dépendra dans un premier temps de la décision d’une commission présidée par un magistrat désigné par le Président de la République chargée de donner un avis préalable à toutes demandes de naturalisation. Quoi qu’il en soit, la contradiction réside dans les textes suivants qui soutiennent dans l’article 19 d’une part que « …la naturalisation ne peut être accordée qu’à l’étranger justifiant d’une résidence habituelle en République de Djibouti pendant au moins 10 ans qui précèdent le dépôt de sa demande », d’autre part l’article 21 : « L’étranger ou l’apatride qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité djiboutienne ne peut solliciter la nationalité djiboutienne qu’après deux ans de vie commune. En cas de naturalisation les enfants mineurs issus du mariage sont de droit djiboutiens ».

Ce cas d’espèce ne peut s’appliquer à cette dame qui est née à Djibouti, mère de sept enfants issus d’un mariage avec un djiboutien. La situation de madame Kadidja n’est pas unique dans notre pays ou de la manière la plus illégale notre gouvernement bafoue les droits de ses propres citoyens au profit de nombreux étrangers qui, pour le cas de la naturalisation, bénéficient de la largesse du pouvoir en leur octroyant la nationalité sur la base de l’article 22 qui stipule que : « …Peut être naturalisé sans condition de délai, l’étranger dont la naturalisation présente pour la République de Djibouti un intérêt exceptionnel » . Cette loi relevant du pouvoir discrétionnaire du Président de la République a fait de citoyens djiboutiens un nombre non négligeable de personnes originaires des pays voisins Yémen, Ethiopie, et ces dernières années d’anciens militaires et autres agents de sécurité de la défunte dictature de Siad Barré.

Combien de temps croit pouvoir tenir un régime qui préfère massivement djiboutianiser des étrangers et au compte-gouttes naturaliser des nationaux.?



 

Ben Laden a voté Bush !

LE TERRORISME AU SERVICE DE LA MÉDIOCRITÉ

Ayatollah : Bush… Kerry… Quelle différence ?

Al Qaïda : Zut ! Encore un indécis

Un savant américain avait un jour décrété « la fin de l’Histoire » : avec la faillite du communisme, toute source de contradiction avait pour lui disparu. Celle qui est en train de s’écrire actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, par une plume trempée dans le sang de leurs soldats tombés en Irak ou des innocentes victimes des attentats aveugles, le contredit dramatiquement : le terrorisme semble y être devenu le nouveau moteur d’une Histoire à reculons.

Parce que leur pouvoir d’achat est affaibli par une inflation importée consécutive à la baisse du dollar, elle-même imputable aux choix économiques et budgétaires de la Maison-Blanche, nos compatriotes avaient très majoritairement fait le voeu d’une alternance politique lors de la présidentielle américaine du 2 novembre dernier. Comme beaucoup d’autres de par le vaste monde, ils sont restés pour ainsi dire « Bush bée » devant l’issue du scrutin. Avec plus de 3,5 millions de voix d’avance sur son concurrent démocrate, il fallait bien se rendre à l’aveuglante évidence : la personnalité et les priorités du candidat à sa propre succession correspondaient mieux aux attentes de l’électorat américain. Pour lequel l’assurance guerrière et la détermination quasi-mystique de George W. Bush sont donc les meilleures assurances en ces temps troublés, conforté qu’il fut dans cette analyse par le coup de pouce très peu désintéressé du chef d’Al-Qaïda.

Mais parler d’ « analyse » serait à maints égards inadéquat pour tenter d’expliquer les déterminants de ce vote historique, et tous les observateurs ont à juste titre mis l’accent sur la place prépondérante prise par le facteur irrationnel dans le choix des électeurs républicains. De toute évidence, cette élection étant la première à se dérouler dans un contexte de guerre (celle contre un ennemi déterritorialisé, consécutive aux attentats du 11 septembre provoquant la peur d’être attaqué sur son propre territoire, et même celle du Vietnam, impliquant les troupes américaines à l’extérieur), c’est un sentiment de légitime défense qui a déterminé le verdict des urnes. Ainsi, alors que certaines puissances engagées en Irak, officiellement à la recherche d’armes de destruction massive, regrettaient que l’ingérence meurtrière des réseaux terroristes affiliés à Ben Laden dans la campagne électorale espagnole ait conduit le nouveau gouvernement socialiste de Zapatero à retirer ses troupes, force est de constater que ce même terrorisme international a véritablement pollué le débat au sein de la première démocratie du monde, à tel point que la médiocrité qu’il a imposée aux Etats-Unis inquiète plus d’un observateur.

Médiocrité tout d’abord au niveau de l’individu américain, car il est bien connu que la peur n’a jamais été la meilleure conseillère de l’être humain. Que les Américains vivant dans le Middle West aient préféré Bush alors qu’ils ont statistiquement beaucoup moins de risque d’être victimes d’un attentat que ceux qui habitent à New York ou à Los Angeles, ayant pour leur part voté Kerry, n’en démontre que plus la psychose ambiante née des attentats aveugles. C’est l’un des piliers de l’american way of life qui est ébranlé : plus personne ne se sent en sécurité nulle part sur le territoire américain et c’est cette crainte pour leur vie qui a conduit par exemple ceux qui, massivement chômeurs dans l’Ohio à cause de la politique économique des Républicains, à voter contre leurs intérêts matériels immédiats et évidents, en reconduisant la cause de leurs difficultés.

Médiocrité en second lieu des arguments électoraux de cette équipe républicaine: à juste titre persuadée que la lutte antiterroriste constitue un filon inépuisable (il n’y a rien à négocier avec Al Qaïda), elle a sciemment et méthodiquement alimenté et entretenu cette psychose des attentats, à travers notamment la complaisance peu déontologique de certaines chaînes de télévision, dont les écarts dans le traitement de l’actualité irakienne sont restés célèbres par leur patriotisme. Le candidat républicain, profitant d’une visite surprise du chef d’Al Qaïda au travers d’une vidéo qui ne pouvait mieux tomber pour lui, a rajouté son grain de sel en affirmant, lors d’une dernière réunion électorale dans le Michigan que “Les Américains se rendent aux urnes dans une période de guerre et de menaces persistantes comme nous n’en avons jamais connues auparavant (…) Les terroristes qui ont tué des milliers d’innocents sont toujours dangereux et ils sont déterminés”. Ce qui n’était qu’un argument supplémentaire pour tous les déjà convertis qui lui apportent leur soutien, dont une droite ultraconservatrice croyant trouver son salut dans la restauration de ses valeurs morales fondatrices. Médiocrité enfin dans les alliances que cette croisade antiterroriste impose aux Etats-Unis : à Djibouti, pour ne prendre que l’exemple qui nous concerne directement, nous en savons quelque chose. De fait, on les voit mal plaider ailleurs en faveur de droits de l’homme qui sont manifestement mis en suspens chez eux. Mais ceci est une autre histoire. . .

Le principal étant que la volonté populaire américaine ait été respectée, rendons hommage aux uns et aux autres. Saluons donc le courage des électeurs démocrates qui, sensibles à l’image de leur pays à l’étranger, ont remis en cause leurs certitudes les plus profondes, héritées de la conquête de l’Ouest, et qui ont exprimé leur désir de changer d’équipage en pleine tempête, persuadés qu’une grande partie des problèmes de leur navire venait de l’incompétence du capitaine. Saluons aussi et surtout la fierté des électeurs républicains qui, s’estimant seuls maîtres de leur destin, ont reconduit leur héros en dépit de l’image que le reste de la planète pouvait avoir de lui.

C’est peut-être la leçon principale que nous autres Djiboutiens devons tirer de cette histoire: notre destin national ne sera pas décidé par quelque chancellerie ou opinion publique étrangère. Tout comme, malheureusement, il ne sera pas déterminé au sortir d’une urne prochaine.


 

* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 111 du mercredi 3 novembre 2004

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Réalité numéro 111 du mercredi 3 novembre 2004

Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Les transitaires en colère
  4. Comprendre les Afar (1)
  5. Pendant ce temps, en Ogaden
  6. Somaliland-Somalie(s)
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 111

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

CANDIDAT SOLITAIRE

CHERCHE

CHALLENGER ALIMENTAIRE

Que faire ? Cette lancinante question, vient à l’esprit de tout responsable qui se respecte au moins une fois dans l’année. En ce début du mois de novembre, tout semble indiquer que le frénétique et précoce candidat à sa propre succession se la pose désespérément, lui qui est à la recherche d’un rival dans une élection truquée d’avance. Certains observateurs n’hésitent pas à comparer le Président-candidat au footballeur condamné à s’échauffer tout seul sur un gazon synthétique. Il semble que, désireux de sauver la mise, son réseau d’affidés se serait même transformé en chasseurs de têtes à la recherche d’un faire-valoir capable de crédibiliser la réélection de l’homme entré au Beit-el-Wali il y a 27 ans.

Dans les mabraz huppés ou dans les modestes villas d’Haramous, son think-tank clanique (sorte de groupe de réflexion) s’agite, cogite et… s’inquiète.

Car, depuis son retour de Cuba, certains de ses partisans le voient sous les traits du Lider Maximo au pouvoir depuis 45 ans et qui aurait, dit-on, épuisé huit Présidents des Etats-Unis d’Amérique. D’autres aimeraient qu’il consulte plus souvent certains de ses pairs Africains surnommés baobabs en raison de leur exceptionnelle longévité au pouvoir. On raconte en effet que ces sages initiés du bois sacré prodigueraient même des conseils à certains dirigeants français, comme quoi l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

Force est de reconnaître que ces adeptes de la Présidence à vie ont retenu les leçons de La Baule en s’adaptant. Cette mutation salutaire des anciens partis uniques a permis à ces « démocraties » typiquement africaines de bannir les assemblées monocolores. Ainsi en est-t-il du Gabon, où le leader de l’opposition, le Père Mba Abessole, fut élu maire de Libreville. Même la Guinée de Lansana Conté avait élu, il y a quelques années, une assemblée nationale dominée par l’opposition.

Chez nous, sous ce régime archaïque, foin de tout cela. La décentralisation reste un sujet tabou et les élections régionales paraissent une mode venue d’ailleurs et à rejeter au nom de l’authenticité de l’arbre à palabre. L’actuel chef de l’Etat pense comme l’ancien qu’ « il faut se méfier des modes ». Aussi, croyant tenir solidement la barre, le timonier national navigue à vue et pourtant, le bateau se dirige droit sur les récifs. Dans ces conditions, que faire comme disait Lénine ?

Que faire pour sortir de l’impasse lorsque l’on refuse de comprendre que l’action politique ne se résume pas à l’arnaque et à la matraque ?

Que faire pour convaincre après avoir violé les accords de paix et saboté la réconciliation nationale au sortir d’un conflit civil de dix ans ?

Que faire pour crédibiliser les institutions, lorsque l’on permet les atteintes aux acquis démocratiques arrachés de haute lutte ?

Que faire, enfin, pour trouver un nouvel élan quand le bilan politique, économique et social est aussi catastrophique ? De fait, dans un environnement national, régional et international incertain, l’insouciance cultivée en haut lieu fait craindre des débordements pouvant ébranler les fondements mêmes de notre Nation. En effet, dans leur grande majorité, nos concitoyens estiment que la confrontation électorale étant réduite à un jeu de qui perd gagne, il était temps que cette sinistre comédie rencontre enfin ses limites infranchissables.

Dans le cas où le candidat solitaire réussissait quand même à fabriquer un candidat à sa mesure, l’Histoire se chargera de lui rappeler qu’en politique, il arrive souvent que le fabricant aille à la poubelle en même temps que le jouet cassé.


Brèves nationales

Forces de défense et de sécurité :

Les picoreuses et la Dévoreuse

Comme chaque année depuis les tragiques événement du Ramadan 2000, le chef suprême des Armées s’est déplacé jeudi denier au Camp Cheik Osman pour partager le repas de rupture du jeûne avec les officiers de l’armée nationale. Cette tournée des popotes au demeurant fort sympathique, cache cependant une réalité peu glorieuse de la situation des forces de défense et de sécurité sous ce régime de mauvaise gouvernance et de favoritisme éhonté. Ainsi, il est loisible à tout un chacun de constater que l’institution militaire, bénéficiant pourtant du deuxième chapitre au Budget national, est dans un état de délabrement avancé, alors qu’un nouveau corps créé sur l’initiative de la Présidence et pompeusement baptisé Garde Républicaine, paraît quant à lui particulièrement choyé. C’est un secret de Polichinelle : cette nouvelle unité bénéficie de toutes les attentions du régime. Logée dans l’ancien Camp des parachutistes de l’AND, cette garde (personnelle ?) dispose d’une caserne sans cesse rénovée et d’équipements que leur envient les autres militaires des FAD.

Au chapitre des cadeaux généreusement fournis aux éléments de cette fameuse garde présidentielle, en plus d’un salaire intéressant, on cite généralement le khat gratuit, les rations alimentaires gratuites pour les familles et des primes vestimentaires pour les fêtes.

En outre, les conditions de vie et de travail dans cette caserne new look seraient particulièrement appréciables, si l’on en juge par la qualité des équipements mis à la disposition des pensionnaires : une salle informatique avec du matériel dernier cri, une infirmerie ultramoderne et, last but not least, des installations sportives dont un terrain de football agréable avec du gazon synthétique ! Est-ce donc pour faire oublier toutes les largesses accordées à la garde présidentielle que le chef suprême des Armées a choisi de passer une soirée de Ramadan avec les FAD, au son de la musique (religieuse) de la troupe Harbi ? Peut-être…

Il est quand même pitoyable de voir des militaires américains remettre en état, à leurs frais, le laboratoire et les toitures du collège Charles de Foucault, tandis que le régime préfère investir dans l’achat de matériels d’écoute téléphonique et dans l’embellissement d’une caserne de la garde présidentielle !

Gestion de vraie problématique :

Le Premier ministre crève l’écran

Bien que bénéficiant du premier chapitre du Budget national, l’Education nationale reste un des principaux récipiendaires des dons extérieurs. Cette année, les Américains ont tenu à colmater comme il se doit une brèche béante ouverte par la mauvaise gouvernance dans les écoles primaires publiques, en remédiant au manque cruel des fournitures scolaires. Ainsi, près de 40.000 kits scolaires ont été remis aux autorités djiboutiennes à l’intention des écoliers de notre pays. Toujours à l’affût des médias, le fringant Premier ministre a tenu à remettre lui-même les premiers sacs à dos, ardoises et crayons offerts à son gouvernement par les Etats-Unis d’Amérique. A travers le petit écran, nos concitoyens ont suivi, certains amusés, d’autres dépités, le triste spectacle de la fameuse gestion de vraie problématique, généreusement mise en scène par la RTD, avec le concours financier du contribuable américain : la lutte contre le terrorisme international vaut bien quelques gestes humanitaires, et tant pis si cela permet à un régime foncièrement impopulaire d’être artificiellement maintenu en vie.

Liberté de la presse menacée :

Qui se sent nerveux se couche !

Suite à la plainte déposée contre notre journal par un ministre frileux, de nombreux lecteurs nous ont fait part de leur indignation et cherchent à comprendre les raisons de cette fièvre gouvernementale. Pour notre part, nous sommes déterminés à défendre les libertés publiques pour lesquelles tant de démocrates sont morts. Aussi, perd-il son temps, ce régime cherchant un nouvel élan susceptible de masquer son piètre bilan. En fait, dans cette affaire, tout semble cousu de fil blanc : l’organe de presse de l’ARD est devenu le cauchemar du pouvoir, en osant dénoncer sans cesse la dure réalité imposée à notre Peuple. Il combat la philosophie du Rien Pour le Peuple affamant la majorité en vue d’engraisser une minuscule classe d’affairistes pillant ici pour roupiller ailleurs.

Tournée partisane du Ramadan :

L’UAD fait le plein, le RPP rencontre le vide

Les longues veillées du Ramadan sont propices aux activités partisanes. Pendant que les dignitaires du régime écument la ville à la recherche d’oreilles complaisantes avec, pour seul argument, une distribution massive de khat, l’UAD mobilise à tour de bras. Ainsi, jeudi dernier, l’état-major de l’UAD s’est rendu à l’avenue Nasser au siège du MRD, où l’attendait une nombreuse jeunesse enthousiaste. Les dirigeants de l’UAD se sont adressés à cet auditoire combatif et le message est bien passé. La dizaine d’indicateurs des services de renseignements en faction aux alentours du lieu du meeting en sait quelque chose.

Par ailleurs, un long cortège de dignitaires RPP, escorté par des véhicules de police avec gyrophare, a fait relâche lundi dernier dans les annexes 4 et 6 du parti au pouvoir. Les visiteurs étaient plus nombreux que les visités ! Malgré les moyens déployés, les pontes du régime ne réussissent qu’à faire le vide où ils passent.


Les transitaires en colère

VERS UNE BRADERIE ANTINATIONALE ?

Sous diverses formes, notre peuple entretient depuis des siècles avec ceux de l’Ethiopie des relations commerciales basées sur le respect des intérêts mutuels, et ceci bien avant la création du caravansérail de Bati au cours du 18ème siècle par des commerçants originaires de Tadjourah et la conclusion de l’accord relatif à l’utilisation du Port de Djibouti et le transit des marchandises, basé sur le droit et la pratique internationale. Mais les deux pays n’ont toujours pas convenu des modalités de mise en œuvre de cet accord qui risque de léser les intérêts des transitaires djiboutiens. Réalité tire la sonnette d’alarme.

Au cours de la 8ème session de la Commission mixte ministérielle, qui a eu lieu à Djibouti du 18 au 20 mai 2004, les deux parties éthiopienne et djiboutienne seraient parvenues à un accord sur la mise en œuvre du connaissement direct qui doit prendre effet après les modalités convenues entre les deux pays et finalisé en décembre 2004. nous n’en sommes malheureusement pas encore là ! rappelons qu’en 2000, les transitaires nationaux avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, lorsque, à la demande, du gouvernement éthiopien, la Banque Commerciale Ethiopienne ne délivrait de lettre de crédit qu’aux seuls importateurs passant par l’Ethiopian Shipping Lines, société d’Etat bien entendu.

Devant la levée de bouclier des transitaires djiboutiens, cette compagnie avait précisé qu’il ne s’agissait que des marchandises en provenance de la dizaines de ports touchés par sa flotte. Or, l’essentiel des marchandises à destination de l’Ethiopie provient du continent asiatique et singulièrement des ports chinois, que ne touche justement pas la flotte de l’Ethiopian Shipping Lines.

Nous nous souvenons tous qu’en 2001, il avait été quelque temps question que seuls nos transitaires nationaux assureraient le transit et le transport (par voie terrestre) des marchandises touchant le Port de Djibouti. Le gouvernement djiboutien était à l’époque engagé dans un bras de fer avec notre puissant voisin éthiopien dans l’interminable règlement de la question somalienne. Devant la protestation de notre principal partenaire commercial, les autorités djiboutiennes avaient dû reculer.

Cette fois-ci, ce sont les transitaires djiboutiens qui risquent de faire les frais de l’accord en cours, s’il est finalisé en décembre de cette année, tel que proposé par la partie éthiopienne. Il s’agit tout simplement de la mise en œuvre du connaissement direct, qui est une pratique courante dans le commerce international, permettant d’acheminer les conteneurs unifiés des ports de chargement aux points de livraison dans un document unique, en utilisant au moins deux modes de transport aux moindres coût et délai. Point d’interface pour les marchandises et les navires, le Port Autonome International de Djibouti ne serait en aucun cas lésé par cette pratique. Mais là où le bât blesse, c’est qu’après la proposition éthiopienne sur les modalités de mise en œuvre du connaissement direct, « l’Ethiopian Shipping Lines sera désigné comme Le transporteur pour toutes les importations éthiopiennes », ce qui est inadmissible car cette proposition conduira inévitablement les autres transporteurs, agents maritimes et transitaires à mettre à court terme la clé sous le paillasson.

Cette proposition n’arrange d’ailleurs pas les importateurs et commerçants éthiopiens eux-mêmes, qui ne pourront alors plus avoir accès à l’offre variée des transporteurs et des transitaires djiboutiens et donc du délai de livraison plus rapide et du coût moins élevé qu’impliquerait une saine concurrence. Constitués en association de défense, ils attendent avec anxiété que les deux parties parviennent à un accord qui ne lèse pas leurs intérêts. Comment la partie éthiopienne peut-elle sérieusement parler de droit et de commerce international dans un pays où l’Ethiopian Shipping Lines se trouve en situation de monopole ?

L’acceptation par la partie djiboutienne d’une telle proposition serait un cas sans précédent de bradage d’intérêts commerciaux vitaux. Il se murmure dans les broutoirs djiboutois que le candidat unique à sa propre succession, ayant lamentablement échoué à imposer son poulain en Somalie, serait en quête, faute de soutien populaire dans son pays, du sponsoring politique de son puissant voisin pour la reconduite de son mandat présidentiel et serait sur le point de donner son aval à cette inadmissible proposition.

« Réalité », qui suit de près ce dossier, interpelle le ministère de l’Equipement et des Transports, en charge côté djiboutien, de conduire les négociations avec notre partenaire éthiopien, et exige que soit trouvé un arrangement respectant les intérêts de partenaires commerciaux et voisins condamnés à s’entendre.

Il est vrai que ledit ministère est ces derniers temps très affairé dans la récupération de plusieurs centaines de millions de nos francs, qui se seraient volatilisées du Fonds d’Entretien Routier.

A suivre…



Comprendre les Afar (1)

CULTURE

Quel est le peuple de la région qui ignore aujourd’hui l’origine du nom qu’il s’est lui-même donné au début de son histoire ? C’est le peuple ‘Afar, dont nous allons traiter cette semaine la dénomination, la répartition géographique, la structure et l’Histoire antique.

Transcription : sans aucune prétention scientifique, le texte qui suit se veut uniquement documentaire. Raison pour laquelle nous avons choisi une transcription simplifiée privilégiant la visibilité phonétique au lecteur. Seul le arabe est transcrit par ‘.

Dénomination : ‘Afar, Danakil et Adal

‘Afar : c’est ainsi que ce peuple se nomme lui-même alors que, paradoxalement, cet ethnonyme n’apparaît pour la première fois dans l’Histoire qu’en 1967, avec la création du Territoire Français des Afars et des Issa.

Nul ne sait aujourd’hui ce que cette appellation ‘Afar signifie, même si certains chercheurs l’ont rapproché de l’Ophir biblique. Pour sa part, Didier Morin pense, à l’instar de Heudebert, qu’il faille rapprocher cet ethnonyme de la tribu Al ‘Afar, vivant dans l’émirat d’Oman, et dont l’ancêtre éponyme serait « une femme nommée ‘Afra, forme que l’on retrouve dans la généalogie de Haral Mâhis, l’ancêtre des tribus régnantes afares ». L’auteur suggère même une piste régionale « cette tribu de l’Oman, à la différence des autres, est totalement enclavée, sans accès à la mer, ce qui pourrait expliquer une émigration partielle, sur une route plus au nord que celle suivie par les Mahra en direction de Bosaso, sur la côte somalie ». Quoi qu’il en soit, les flux migratoires entre la péninsule arabique et le peuplement primitif ‘Afar vivant sur cette côte de la Mer Rouge est attestée par la tribu des Hadarmo ( qui signifie originaire de Hadramout au Yémen) : en République de Djibouti, elle s’appelle ‘Ablé.

Danakil : c’est le nom sous lequel les tribus arabes du Yémen connaissent les ‘Afar. Il s’agit d’une généralisation du nom de la tribu Dankali, vivant dans la région de Baylul au nord d’Assab et pratiquant de tout temps la navigation et la pêche. C’est une des plus vieilles tribus ‘Afar classée dans la catégorie des Suget (voir plus loin la signification de ce terme).

Adal ou Oda’Ali : là encore, il s’agit de la généralisation à toute cette ethnie du nom d’une de ses tribus : celle des Ad’ali. Les ‘Afar dans leur ensemble sont connus sous cette appellation par les Somali et les Amhara, ce qui suggère leur contactdans le cadre du sultanat Adal, implanté sur un vaste territoire allant de Zeyla’ à Awsa. A ce chapitre, même si les différents peuples de la région revendiquent l’origine du dénommé Ahmed Gragne, il convient de rappeler que sa femme Bati était la fille de l’imam Mahfuz, qui dirigeait ce sultanat et elle était surnommée Dêle-wân-bara : littéralement celle que l’on ne peut pas repousser en ‘afar.

Situation géographique

Les ‘Afar habitent aujourd’hui dans trois pays : Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie sur un territoire couvrant environ 120.000 km2. Pour de nombreux raisons, autant techniques que politiques, leur nombre ne peut être déterminé avec exactitude, même si l’on s’accorde généralement à reconnaître qu’ils sont supérieurs à deux millions. Enfin, du fait de la politique de somalisation du temps de Siad Barré (logique dans les premiers temps de la construction d’un Etat-Nation impliquant l’homogénéisation de l’espace territorial et la détribalisation d’une société profondément divisée en clans) et du chaos de la Somalie, il a été jusqu’à présent impossible de mesurer scientifiquement le degré d’ « afarité » des populations qui, enclavées dans un environnement somali, se reconnaissent une parenté avec une ethnie ‘Afar géographiquement sans contact avec elles. Par ailleurs, il convient de noter que ces groupes ‘Afar vivant en périphérie ont subi d’importantes influences des peuples qu’ils côtoyaient. Ainsi en est-il, par exemple, des Irob, habitant dans la région d’Adigrat, au nord de Mekélé : certains d’entre eux sont aujourd’hui des chrétiens Tigré.

Un processus similaire s’est probablement déroulé au sud-est : des tribus ‘Afar sont certainement devenus Somali comme des tribus Somali ont une origine ‘Afar. A cet égard, il n’est pas inutile de mentionner la correspondance entre les Eberto et les Harala (‘Afar) d’une part, les Yibir et les Harla (Somali) d’autre part. Tout comme il faut indiquer que, sans exclure l’hypothèse d’un peuplement consécutif à la déroute des troupes (Somali et ‘Afar) d’Ahmed Gragne dans le Gondar au milieu du 16ème siècle, une petite population revendiquant expressément cette origine somali mais parlant uniquement la langue ‘afar, habite une vaste zone en Erythrée, comprise entre Tî’o et la presqu’île de Bôri.

Structure

Les ‘Afar se subdivisent en deux groupes : les ‘Asahyamara (littéralement ceux qui disent c’est Rouge) et les ‘Adohyamara (ceux qui disent c’est Blanc) sans que, là encore, l’on sache exactement ce que cette différenciation recouvre. Si l’on s’en réfère à la symbolique des couleurs, et considérant que le blanc représente la sagesse et le droit, tandis que le rouge évoque la force et la guerre, il se pourrait que cette différenciation renvoie au renversement de l’ordre politico-religieux qu’a connu cette ethnie, avec la chute de la dynastie Ankala consécutivement à l’implantation de l’Islam. Pour d’autres, elle se base sur la géologie des terres occupées par les tribus : les Rouges vivant sur les terres rouges de l’intérieur (‘Alta et Dok’a) tandis que les Blancs se retrouvent sur les plaines côtières (Laa’o). Mais cette répartition territoriale n’est valable qu’en République de Djibouti.

Selon certains chercheurs, la différence entre Rouges et Blancs serait d’ordre généalogique : les premiers descendant de l’ancêtre commun Haral Mâhis (littéralement celui-qui-est-apparu-au-matin-sur-l’arbre), tandis que les seconds se subdivisent à leur tour en Suget (ceux qui étaient là, c’est-à-dire le noyau originel ‘Afar) et en Abûsamara ( les tribus nées d’un mariage soit entre Rouges et Suget, soit d’un apport extérieur, i-e d’un autre peuple). Encore une fois, cette dichotomie ne tient pas, du fait de l’existence de sultans Blancs à Tadjourah et à Rahaïta, pourtant descendant du même ancêtre que les autres chefferies Rouges. Pour Chedeville, un des meilleurs connaisseurs de ce peuple, cette opposition entre Rouges et Blancs serait essentiellement politique et consécutive à la guerre commerciale pour le contrôle des pistes caravanières qui a opposé, au 18ème siècle, le sultanat d’Awsa à celui de Tadjourah. Ce qui semble plausible, ce conflit étant la seule guerre fratricide dont se souvienne la mémoire collective de ce peuple. Cela étant, sans leur affecter une couleur spécifique, on peut considérer que les ‘Afar se divisent en trois catégories.

Les Suget tout d’abord : cette catégorie regroupe l’ensemble des tribus originelles, ne se rattachant à aucun ancêtre commun. C’est autour de ce noyau originel que les autres tribus sont venues se greffer, soit en tant que ‘Afar venus de la péninsule arabique avec une variante culturelle propre, soit descendant d’un étranger intégré au sein d’une tribu qui existe. C’est peut-être en référence à cette puissante capacité intégratrice qu’un proverbe est toujours cité avec une étonnante distance consistant à préciser que « les ‘Afar disent en guise de proverbe », comme s’il s’agissait d’un emprunt fait à une culture autre.

La seconde catégorie regroupe toute la descendance de Haral Mâhis, personnage énigmatique apparu un matin sur un arbre à Daffeynaïtou. Sa descendance se subdivise en quatre tribus Ad’ali, Dammahoyta, Modayto et Ulu’to, détenant l’essentiel du pouvoir politique du monde afar, suite à un complot politico-religieux contre les prédécesseurs Ankala. Les Abûsamara, de loin la plus importante d’un point de vue démographique, est une catégorie constituée autour de la confédération des Badoyma-Mêla et dont l’origine doit être recherchée en référence à la spécificité d’une terre dominée par le kaolin : bado.

Histoire

Comme pour autres peuples sans écritures, la recherche historique relative précédant la première attestation écrite, doit privilégier une approche pluridisciplinaire confrontant la tradition orale aux dernières connaissances en la matière.

Préhistoire : même si plus vieux ossements humains (Lucy, l’Australopithécus Afarensis puis Ramidus, ont été découverts dans des régions éthiopiennes actuellement habitées par des ‘Afar, rien ne permet d’en inférer une telle ancienneté de ce peuple, bien que son caractère fondamentalement local ne souffre aucune contestation, au grand dam de ceux qui lui cherchaient une origine sud-arabique ou même caucasienne. Toutefois, même Chedeville avait été frappé par l’archaïsme de certaines formes idiomatiques utilisées par les locuteurs de cette langue couchitique.

En fait, un bon connaisseur de la langue ‘afar trouverait facilement, dans la définition de l’humanité et de l’animalité, une référence plus que psychanalytique aux deux tabous constitutifs de la civilisation : celui de l’anthropophagie et celui de l’inceste. De même, notons pour l’anecdote que l’être humain se dit ici « celui-à-deux pattes » ! Tout comme le doigt se dit « celle-qui-grimpe ». S’il n’est pas établi que ce peuple ait à un moment de son histoire vécu dans les arbres, le fait que le même verbe désigne à la fois monter et sortir semble indiquer (comme le prouvent d’ailleurs les grottes dans la région de Bôri) que les ‘Afar auraient très bien pu être les « Troglodytes» (habitants des cavernes) dont parlait, dans les premières années de l’ère chrétienne, l’Histoire Universelle de Diodore de Sicile.

Pour sa part, Austin, l’auteur de How to do things with words ( ouvrage capital traduit en français sous le titre Quand dire, c’est faire), aurait certainement trouvé ici un matériau linguistique décisif à l’appui de son concept de self-fulfilling prophecy (prophétie auto-créatrice) : à travers, par exemple, la forme idiomatique makitti erhe ‘signifiant à la fois j’ai fait un tout et j’ai dit un tour, on voit que, là aussi, dire, c’est agir. Comment ne pas évoquer, dans ce cadre, le fameux proverbe disant « yab yâbeh, yabbâbek tibba kô mây abte » (littéralement la parole m’a crée et a créé mon père, le silence t’aurait-il créé), évoquant le mythe de la parole créatrice que l’on retrouve dans les plus anciens récits cosmogoniques ?

Antiquité : la première parenté qui vient à l’esprit, ne serait qu’en raison de la funeste pratique de l’excision et de l’infibulation, c’est celle avec le monde pharaonique. Quoique souffrant souvent d’une extrapolation abusive, beaucoup de recherches ont été entreprises ici dans ce domaine au niveau djiboutien, dans la lignée des travaux égyptologiques entrepris par Cheik Anta Diop et son école de IFAN (Institut Fondamental de l’Afrique Noire).

Diodore de Sicile avait déjà fait état des liens historiques et culturels ayant existé entre les Egyptiens du temps des pharaons et les habitants de Pount « Terre des Dieux ». De plus, il avait rapporté que les habitants de Pount avaient de tout temps vécu sur cette terre. Caractère indigène que ne possèdent pas les autres peuples sémites de la région, Amhara (Habasha) et Tigré venus pour leur part de l’Arabie Heureuse.

Même si l’Histoire contemporaine régionale, produite pour et par des idéologies d’Etat en mal de passé glorieux, a donné lieu à des récupérations de Pount, un consensus académique semble s’établir quant à sa localisation sur nos rivages de la Mer Rouge. Il convient à cet égard de lever un amalgame : lorsqu’il était question d’Ethiopiens dans l’Antiquité, il s’agissait de tous les peuples de notre région ainsi nommés en raison de la couleur de leur peau : en grec, Aetiops signifie « visage brûlé ».

Pour ce qui est de ses habitants, dont les Egyptiens eux-mêmes se disaient être les descendants, de nombreux faits linguistiques et culturels semblent les rattacher aux actuels ‘Afar. Ainsi, pour ne prendre que cet exemple parmi d’autres innombrables, la forme de relation à plaisanterie « Afbêha » (signifiant à la fois la bouche d’après demain et ouverture de la bouche) qui lie entre elles les tribus pourrait s’expliquer par la cérémonie funéraire égyptienne d’embaumement du mort, transcrite sous la forme WR-KW, et dans laquelle le serpent jouait un rôle déterminant : en langue ‘afar, cela donnerait WâRi-KâW (Ouverture sur l’Eternité) ou Warri-Kâw (Ouverture du Serpent).

Tout comme l’importance du vocabulaire commun à l’afar, au latin et au grec ne peut s’expliquer que par les échanges culturels entre ces peuples durant la haute Antiquité, ce que prouverait les récits des Grecs eux-mêmes et le caractère éthiopien qu’ils reconnaissaient par exemple à Cassiopée.

A suivre …


Pendant ce temps, en Ogaden

Alors que la paix éthiopienne s’installe de Hargueisa à Mogadiscio, il nous a semblé utile d’attirer l’attention de nos lecteurs, pour compléter le tour d’horizon consacré aux Somalis dans notre rubrique Culture, à la situation dramatique que vivent quotidiennement d’autres Somali. Ceux de l’Ogaden qui, à en croire cet article paru dans Le Monde Diplomatique en août 2000, endurent une sécheresse très peu naturelle.

Sylvie Brunel

APRÈS trois années de sécheresse, l’Ogaden, au sud-est de l’Ethiopie, concentre un grand nombre d’organisations humanitaires mobilisées contre la famine. Cette catastrophe qu’on dit « naturelle » n’a, en réalité, que peu à voir avec la nature. En effet, elle représente l’archétype d’une famine mise en scène à la face du monde dans un triple dessein : attirer l’aide internationale, « capturer » une région périphérique aux tendances centrifuges, souder le peuple éthiopien dans la lutte contre une « catastrophe » à quelques semaines d’élections essentielles pour le régime

La sécheresse frappe de nouveau l’Ogaden. Les 3,5 millions de Somalis qui peuplent cette région de l’Ethiopie l’ont subie trois années de suite. Les ressources en eau se sont raréfiées, tandis que les pâturages s’épuisaient. Les difficultés climatiques, courantes dans une région sahélienne, ont mis en évidence des déséquilibres croissants entre les capacités du milieu et son utilisation.

L’économie de l’Ogaden, tournée non vers l’Ethiopie mais vers l’Est, a successivement souffert de la guerre en Somalie à partir de 1991, d’une modification des normes sanitaires en Arabie saoudite – qui l’a privée de ses exportations traditionnelles de bétail -, de sécheresses récurrentes, voire d’inondations occasionnelles, et d’une insécurité permanente. En 1999, alors même que le reste de l’Ethiopie dégageait des excédents céréaliers, l’Ogaden a connu une pénurie sévère: la sécheresse a détruit 90 % des récoltes et s’est prolongée anormalement dans le Sud. Le prix du bétail s’est effondré, tandis que celui de la nourriture explosait. La mort par inanition d’une grande partie des bovins a marqué un point de rupture.

Pourtant, il était possible aux autorités éthiopiennes, qui contrôlent les puits profonds – restés approvisionnés, contrairement aux puits traditionnels, gérés, eux, par les clans et asséchés dès le début de la crise -, d’intervenir pour répondre au déficit pluviométrique et éviter les concentrations d’hommes et de bétail autour de ces puits. Près des points d’eau, les pâturages, trop sollicités, disparaissent rapidement.

L’Ethiopie est un des rares pays d’Afrique où le système public de gestion des crises fonctionne. Un système d’alerte précoce y a été mis en place dès 1976, et la Commission de prévention des désastres (DPPC), legs de la grande famine de 1984-1985, veille à éviter les famines. Elle obtient des résultats satisfaisants grâce à des stocks de sécurité, lâchés sur les marchés en cas de flambée anormale des prix. La DPPC a ainsi pu, malgré le déficit pluviométrique, éviter la pénurie dans le Tigré, dans le nord du pays, région d’origine du premier ministre, M. Meles Zenawi.

Des distributions préventives de nourriture, un déstockage des troupeaux par la régulation du système d’achat, ainsi que la mise en oeuvre des systèmes d’alerte précoce (SAP) auraient évité le drame. Mais l’activation du SAP est entravée dans les zones pastorales, pourtant fragiles, par les restrictions de circulation imposées aux agences des Nations unies comme aux organisations non gouvernementales (ONG).

Le pays s’estime suffisamment organisé, en effet, pour que les ONG internationales n’y soient pas les bienvenues, sauf lorsqu’elles se limitent à fournir assistance technique et moyens financiers aux autorités. Leur capacité de réaction en cas d’urgence est annihilée par des tracasseries permanentes: longueur des procédures d’homologation, entraves diverses à leur activité, telles que la limitation du nombre de véhicules autorisés, l’interdiction des camions, des hélicoptères et des téléphones cellulaires, les communications devant se limiter à des échanges radio, et l’imposition de taxes importantes à l’entrée des marchandises.

L’insécurité empêche le déploiement des programmes humanitaires. En 1977, l’occupation militaire de l’Ogaden par la Somalie ouvrait un conflit international. Aujourd’hui, l’insécurité continue d’être entretenue par de nombreux mouvements séparatistes, dont les deux principaux sont l’Al Ittihad al-Islam et le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF), soutenus par la Somalie. Le pays vit dans un état de guerre chronique, avec des affrontements constants entre des clans, entre les militaires et les rebelles, entre ces derniers et des milices civiles montées de toutes pièces par le gouvernement d’Addis-Abeba, et qui sont rémunérées en sacs de nourriture… prélevés sur l’aide internationale, notamment celle du Programme alimentaire mondial (PAM).

Les Somalis sont doublement pénalisés en Ethiopie.

D’une part, ils représentent une minorité par rapport aux peuples des hauts plateaux (Oromos, Amharas et Tigréens – ces derniers, au nombre de trois millions selon le recensement le plus récent, étant eux-mêmes une minorité par rapport aux premiers, même s’ils contrôlent le pouvoir politique), avec lesquels ils entretiennent des relations d’hostilité réciproque. D’autre part, ils constituent un peuple extrêmement divisé, cloisonné en groupes rivaux. Au plus fort de la sécheresse, les antagonismes entre clans ont ainsi privé de nombreuses familles de l’accès à la nourriture et à l’eau, notamment le long de la principale rivière de la région, la Wabé Shebélé.

Tromper l’opinion internationale

La menace d’une « somalisation » de l’Ogaden hante le gouvernement éthiopien, qui, s’il a toujours négligé le peuple somali, convoite en revanche ses terres. Cet immense espace peu peuplé pourrait constituer une frontière agricole idéale pour une nation amhara en quête d’un déversoir démographique.

Si l’Ogaden est géographiquement un Sahel aux terres peu fertiles, il recèle d’énormes quantités de gaz naturel encore inexploitées: 35 milliards de mètres cubes, selon une évaluation russe menée au début des années 80! Une firme chinoise a signé, en 1997, un contrat pour produire du gaz liquéfié avec l’aide de la Banque mondiale. Il existe même un projet de gazoduc vers Harare (Zimbabwe), où une raffinerie pourra être construite.

Quel meilleur moyen de mettre au pas cette province rebelle que d’organiser les contrôles autour des principaux points d’eau pérennes. Seuls les puits profonds sont restés en eau. Certains appartiennent à des propriétaires privés qui en font payer chèrement l’accès. D’autres sont contrôlés par l’armée éthiopienne. Ceux qui veulent en bénéficier doivent faire acte d’allégeance: ici comme ailleurs, qui contrôle la nourriture et l’eau détient le pouvoir.

En avril 1999, des militaires éthiopiens interdisaient l’accès à la rivière Wabé Shebélé, vers laquelle confluaient des milliers de familles, au prétexte qu’elle regorgeait de bactéries. Les distributions de nourriture, organisées sous la férule de l’armée là où se trouvent les plus fortes concentrations de population, facilitent le quadrillage d’un territoire jusque-là mal maîtrisé par des troupes peu amènes à l’égard des populations locales.

La volonté de mainmise des autorités sur cette région s’est exacerbée avec la perspective des élections générales (qui se sont tenues à la mi-mai, sauf dans l’Ogaden, où elles ont été repoussées à ce mois d’août). Remportées de façon écrasante par la coalition au pouvoir, elles désignaient les membres des conseils des neuf Etats fédéraux – les organes législatifs régionaux – et des régions administratives particulières, mais aussi les députés de la Chambre des représentants, organe législatif fédéral.

Pour Addis-Abeba, l’enjeu somali est de taille, en raison du principe d’autodétermination adopté par le gouvernement de M. Meles Zenawi. En Ogaden, les précédentes élections, en 1993, avaient porté au pouvoir des responsables locaux fortement tentés par l’indépendance. Ce n’est qu’en finançant des partis « amis » que le gouvernement central a réussi à limiter les dégâts, au prix d’un renforcement musclé de la présence armée, financée en partie par l’aide américaine.

En 1999, Human Rights Watch dénonce la « guerre secrète » de l’Ogaden: la province est devenue un immense camp militaire à huis clos où l’armée multiplie les exactions, emprisonne, massacre, interdit l’accès à l’eau. Au plus fort de la sécheresse, en avril, l’armée d’Addis-Abeba change de tactique et revêt la panoplie inattendue du bon Samaritain humanitaire. Elle transporte les vivres et organise les secours. Même si les quantités distribuées sont plus qu’insuffisantes – et les conditions dans lesquelles se font les distributions très éloignées des méthodes employées par les « vrais » humanitaires -, l’objectif est clair: l’impact de distributions de nourriture, à quelques semaines du scrutin, ne peut que jouer en faveur des candidats d’un gouvernement fédéral qui peine jusqu’ici à imposer sa légitimité.

Cependant, les moyens manquent: la guerre de tranchées fratricide entre l’Ethiopie et l’Erythrée absorbe les forces vives du pays depuis mai 1998. Elle s’est révélée ruineuse en hommes, en matériels, en moyens financiers. Recueillir l’aide internationale en soudant les Ethiopiens autour d’une catastrophe nationale devient un excellent calcul pour le régime. Prétextant le manque de routes et d’infrastructures de transport, le gouvernement concentre les médias et les agences d’aide dans une zone calme parce que bien contrôlée par les militaires.

Son épicentre est la ville de Godé, où se trouve un des rares aéroports de cette région sous-équipée. Au total, tous les reportages des médias du monde sur la « famine en Ethiopie » sont issus de la même zone de cinquante kilomètres de rayon. La grande majorité d’entre eux sont tournés à Denan, petite ville distante de 40 kilomètres de Godé, où la famine est particulièrement « visible ».

Symboles de désolation absolue, des cadavres de vaches mortes jalonnent la route qui va de Godé à Denan. Les cadavres ont été traînés le long des routes, soigneusement alignés, redressés chaque fois que possible pour mettre en scène la famine. Les autorités conduisent les Occidentaux au cimetière de Denan pour leur montrer quelques tombes d’enfants fraîchement creusées et prennent à partie la communauté internationale, accusée d’avoir trop tardé à envoyer des secours. Sans préciser qu’il y a peu, elles refusaient encore toute présence humanitaire occidentale.

En avril 2000, l’Ethiopie se voit promettre cinq fois plus d’aide alimentaire qu’il n’était prévu avant la médiatisation de la famine: près de 900 000 tonnes, un montant considérable, qui n’est même pas conditionné à l’arrêt des combats avec l’Erythrée, Addis-Abeba ayant catégoriquement refusé un tel « chantage ». Un montant surtout sans rapport avec le nombre réel des affamés.

Les organisations humanitaires hésitaient, en mars 2000, à estimer le nombre des victimes. Le chef de mission sur place avançait prudemment qu’un million de personnes environ, soit un peu moins du tiers de la population de l’Ogaden, ont besoin d’une aide alimentaire urgente. Pourtant, début avril, le gouvernement annonce que deux millions de personnes sont frappées par la famine. En quelques jours, le montant des affamés double, passant à quatre millions, puis double encore pour atteindre huit millions… Une visite sur place de la directrice du PAM, que les autorités promènent dans le nord du pays, au Tigré, géographiquement situé à l’opposé de l’épicentre du sinistre, amène l’estimation à doubler une fois encore pour atteindre seize millions de personnes! Le gouvernement éthiopien, relayé par le PAM et l’Unicef, réclame désormais une aide pour tout le nord du pays en prétextant la sécheresse. Présente dans le Tigré, l’ONG britannique Save the Children n’y observe pourtant pas de détérioration de la situation nutritionnelle.

Ce nombre impressionnant de seize millions est une extrapolation plus que hasardeuse à partir d’une réalité géographiquement très limitée, celle de la malnutrition aiguë autour de Godé. Il correspond à la totalité des personnes vivant dans les régions de la Corne de l’Afrique frappées peu ou prou par le déficit pluviométrique.

On sait, pourtant, que tous ne seront pas également touchés: comme un tamis, la famine sélectionne les individus les plus vulnérables. Mais l’appel est entendu. 900 000 tonnes de céréales sont promises par les donateurs.

Un tel montant permet de subvenir au déficit alimentaire chronique en Ethiopie, qui fait partie des dix-sept pays du monde dits de « risque majeur » sur le plan alimentaire. Un apport précieux pour un Etat en guerre et en période électorale. Mais les affamés de l’Ogaden risquent de n’en voir qu’une faible partie, d’autant plus que les ports de Djibouti et de Berbera – ceux de l’Erythrée étant catégoriquement exclus par le gouvernement de M. Zenawi – sont dans l’incapacité matérielle d’absorber de tels tonnages.

Cette catastrophe humanitaire n’a que peu à voir avec la nature. Le gouvernement éthiopien a cyniquement tiré argument de la sécheresse en Ogaden pour obtenir de donateurs, jusque-là réticents à alimenter un pays en guerre, le maximum d’aide en un minimum de temps.

Sylvie Brunel

 


Somaliland-Somalie(s)

UNE GUERRE CONTRE L’ESPOIR

Moins de trois semaines après l’élection du leader du Puntland comme Président intérimaire de la Somalie, les relations conflictuelles entretenues entre cette région et le Somaliland voisin ont malheureusement dégénéré en affrontements frontaliers d’une extrême violence le week-end dernier. Il y a quelques numéros de cela, nous avions salué la désignation à Nairobi du colonel Abdillahi Youssouf, espérant que la stabilité serait enfin restaurée à Mogadiscio et que cela ouvrirait la voie à de futures réconciliations avec le Somaliland.

Dans la seule journée de vendredi 29 octobre, les affrontements entre les troupes du Somaliland et celles du Puntland auraient fait plus d’une centaine de morts. Les combats se seraient déroulés à une trentaine de kilomètres au nord de Las Anod, précisément à Adi-Addeye, et auraient pu faire plus de victimes si des pluies torrentielles ne s’étaient abattues dans la région.

Ce n’est pas la première fois que les deux forces armées des deux voisins s’affrontent, un problème frontalier les opposant depuis la sécession et la proclamation de la République du Somaliland en 1991. En effet, alors que le Somaliland s’attèle à recouvrer l’ensemble de ses frontières héritées du colonialisme britannique, le Puntland a toujours revendiqué sa souveraineté sur cette partie Est du Somaliland, dépendant de son autorité sur la base de considérations tenant à la structure traditionnelle.

Toutefois, les autorités du Somaliland, tant sous le regretté Egal que sous l’actuel Chef de l’Etat Rayaleh, ont opté pour un profil bas face à cette situation difficilement acceptable et dangereuse pour la stabilité, au risque de retarder tout espoir d’une reconnaissance internationale ; la nouvelle donne politique en Somalie y étant pour beaucoup.

Ainsi, dès la proclamation des résultats définitifs portant Abdillahi Youssouf Ahmed à la tête du pouvoir intérimaire somalien au Kenya, les autorités du Somaliland n’ont pas caché leurs inquiétudes. Un Conseil de ministre extraordinaire tenu aussitôt a appelé à la mobilisation générale, excluant sans équivoque tout retour dans l’ensemble somalien.

Bien que le Président Abdillahi Youssouf ait promis de favoriser le dialogue avec le Somaliland, pour ce dernier, le nouvel homme fort de la Somalie demeure avant tout un Chef de guerre et estime aujourd’hui que, sans son accord, l’armée du Puntland ne l’aurait pas agressé.

Ses craintes se fondent par ailleurs sur deux points :

1) porté à la tête de l’Etat Somalien, Abdillahi Youssouf jusque-là considéré comme un redoutable chef de guerre par son voisin somalilandais, profite de sa nouvelle situation et de son rang auprès de la communauté internationale, pour mettre fin à tout espoir d’indépendance du Somaliland et se met au-dessus de toutes les autres factions somaliennes au rang desquelles il rabaisse le Somaliland ;

2) son appel à une interposition militaire internationale pour désarmer les milices autres chefs de guerre concerne également le Somaliland et le place ainsi dans une situation d’instabilité, son indépendance n’étant pas reconnue par le pouvoir central de Mogadiscio ni cette communauté internationale prônant l’intégrité territoriale de l’ancienne République Démocratique de Somalie. Même si le nouveau Président intérimaire avait pris les devants pour proposer une solution pacifique à la réintégration du Somaliland dans le giron somalien lors de son investiture. Seulement, voilà que trois semaines après, de violents affrontements démentent cette démarche par le dialogue.

Aujourd’hui, le Somaliland accuse ouvertement l’ex-chef du Puntland d’avoir mobilisé ses milices pour le déstabiliser, et va même jusqu’à exhorter l’Ethiopie, avec qui les deux belligérants entretiennent d’excellentes relations, à contrôler sa population de la région de l’Ogaden dont une partie de la guérilla de l’ONLF (Ogaden National Liberation Front) aurait pris part à cet affrontement armé.

Une telle régionalisation est extrêmement lourde d’implications car cette accusation peut servir de prétexte à l’Ethiopie, soutenue en cela par la coalition internationale contre le terrorisme, pour réprimer une population de l’Ogaden au sein de laquelle le mouvement séparatiste compte beaucoup de sympathisants, et dont l’une des composantes est accusée de connivence avec la nébuleuse Al-Qaïda.

A l’heure où une nouvelle famine se profile en Ethiopie, selon l’avertissement lancé par le système des Nations Unies, et gardant à l’esprit l’arme redoutable que peut constituer l’aide alimentaire, des jours difficiles sont donc à craindre pour les civils de l’Ogaden.

Ce premier accrochage meurtrier depuis la nomination du Président de la Somalie augure de lendemains difficiles pour la région et pour la somalie en particulier. Néanmoins, il n’est un secret pour personne que l’Ethiopie domine la nouvelle politique régionale de la Somalie et du Somaliland, et qu’à ce titre elle se doit de jouer le rôle de pompier dans le bourbier somalien.

Une croyance locale, d’inspiration animiste, veut qu’il pleuve à chaque fois que la terre nourricière a besoin d’être purifiée du sang humain dont elle a été souillée. Les dernières pluies qui se sont abattues dans la région où des frères se sont massacrés étaient vraiment les bienvenues à tous égards. Mais, il serait préférable qu’il pleuve sans qu’il y ait du sang humain à laver.

Une force internationale d’interposition pourrait donc être la bienvenue, à condition que sa mission soit réduite à la seule pacification de la Somalie de Mogadiscio.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 110 du mercredi 27 octobre 2004

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Réalité numéro 110 du mercredi 27 octobre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Comprendre la Somalie (2)
  4. Les retraités humiliés
  5. Réalité dérange
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 110

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

RÉALITÉ EN JUSTICE :

UN RÉGIME BÊTE ET MÉCHANT

Tout en sachant qu’une cabale poursuivait nos confrères de l’opposition, nous nous faisions un devoir de ne justifier une quelconque poursuite devant la Justice, au prétexte d’une improbable atteinte à la personne d’une auguste personnalité. Voilà donc qu’aujourd’hui, une plainte a été déposée contre nous par le ministre de la Défense, s’estimant diffamé par deux courriers de lecteurs que nous avons publiés il y a longtemps, conformément à notre souci d’ouvrir nos colonnes aux innombrables sans-voix du pays authentique. La manœuvre, à la fois bête et méchante, trahit en fait le profond désarroi du régime face au refus de l’UAD de ne cautionner aucune consultation électorale frauduleuse.

La bêtise se dévoile en premier lieu dans la procédure de convocation : dans un élan de zèle, la gendarmerie a convoqué le même jour notre directeur de publication et son co-directeur. Or, selon la loi, le second ne peut être convoqué que si le premier jouit d’une immunité ou s’il ne peut être entendu pour raison d’empêchement. Une telle lacune de la part d’un gendarme censé appliquer la loi est pour le moins préoccupante. Par respect pour ce corps d’armes, nous la mettrons sur le compte d’un ordre reçu d’en haut lieu.

La bêtise se trahit en second lieu dans le motif invoqué : les deux lettres incriminées ont des auteurs, qui se manifesteront le moment venu. Qui relatent des faits connus de tous, mais que la presse gouvernementale censure. Plus que cela, ils sont eux-mêmes l’expression d’une légitime colère des populations délaissées par ce régime de spectacle et qui ne se reconnaissent absolument pas dans les prétendus dirigeants préfabriqués que l’on tente vainement de leur imposer, en vertu d’une division clanique du travail politique source de toutes les inégalités que nous dénonçons inlassablement.

Est-ce donc parce qu’il sait compter sur le verdict de sa Justice, dont l’indépendance n’est pas la vertu cardinale, que le régime nous intente aujourd’hui un tel procès ? Pas seulement, d’après Borgès : « les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie ». Car la bêtise se nourrit ici de la méchanceté, laquelle révèle les limites de la comédie politique que le parti au pouvoir veut imposer aux citoyens.

Celle qui consiste précisément à ne pas nous obliger à participer au détournement de la volonté populaire. Car le régime se croyait malin, tel ce peuple indigène qui, pour capturer des singes, évident une grosse noix de coco et y déposent des graines par un orifice juste assez large pour laisser entrer une main ouverte : une fois cette main refermée sur l’objet de la convoitise, elle ne peut plus en ressortir et le singe est ainsi fait prisonnier.

Ceci pour dire si l’objectif premier de tout parti politique digne de ce nom consiste à entrer dans la compétition électorale afin de pouvoir appliquer son programme de gouvernement, les conditions qui prévalent actuellement à Djibouti ne garantissent nullement le droit au changement auquel tout peuple réellement libre peut légitimement aspirer. Tout simplement parce qu’aucune dictature n’a jamais programmé son autodestruction par la voie des urnes.

L’UAD ayant subordonné sa participation à la prochaine présidentielle à une série d’avancées démocratiques dont l’absence est son fondement, le régime, fidèle à sa posture provocatrice, semble avoir décidé de prendre les devants : la meilleure défense reste toujours l’attaque. C’est pour cela que la plainte date du 20 octobre : précisément le jour de la parution de notre précédent numéro.

Sauf que cette fois, il risque de le regretter : nous lui donnons donc rendez-vous le jour du procès. Il se rendra alors compte de notre force et de notre détermination !

 


Brèves nationales

L’UAD désigne son Président :

Ismaël Guedi assure la continuité

Lors de sa réunion hebdomadaire du dimanche 24 octobre 2004, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD), regroupant les partis politiques ARD, UDJ, MRD et PDD, a désigné à l’unanimité M. Ismaël Guedi Hared en qualité de Président.

M. Ismaël Guedi, Président de l’UDJ, assurait jusqu’à présent, en tant que vice-président, les fonctions de président par intérim de notre coalition, née dans le cadre des dernières législatives et reconduite afin de donner une dimension nationale au combat pour l’avènement rapide d’une alternance démocratique.

Dès sa nomination, M. Ismaël Guedi s’est engagé à oeuvrer pour la consolidation de l’Unité nationale, seule à même de concrétiser un véritable changement démocratique.

Ramadan gouvernemental :

L’un hiberne, l’autre gouverne ?

On raconte que chaque année depuis son accession à la magistrature suprême, le « numéro un » djiboutien hiberne les dix premiers jours du Ramadan. C’est, nous semble-t-il, la raison pour laquelle le numéro deux virtuel est chargé, pendant les vacances présidentielles à Haramous, de gesticuler au maximum afin de donner l’illusion qu’il gouverne un peu. Ainsi, l’on a appris que le week-end dernier, le Premier ministre n’a pas du tout chômé.

Dans l’après-midi de jeudi, il s’est rendu à Obock à bord d’une vedette de la Force Navale, accompagné d’un petit groupe de dignitaires RPPistes. En cette période de « désenclavement » tous azimuts, son déplacement par mer (boude-t-il AIR-FAD ?) augure-t-il de l’ouverture prochaine d’une ligne maritime par la Force Navale « au profit des populations du Nord à des prix exceptionnels » comme il se doit ?

Toujours est-il que les Obockois ont été un peu surpris de voir débarquer cette délégation lourdement chargée en khat, venue passer la nuit dans leur ville. Le lendemain vendredi, le Premier ministre est arrivé en fin de matinée à Tadjourah, où il a aussitôt procédé, dans l’indifférence générale, à la pose d’une première pierre des travaux de construction d’un mur devant protéger la ville contre les fortes marées. Le même genre d’ouvrage qui a été réalisé à Obock dans les années 60.

Dans la soirée, l’enfant du pays a rencontré quelques notables et des jeunes de la vie associative locale, sans créer l’événement et sans convaincre. Espérons que la veillée de Ramadan organisée par la jeunesse ARD de Tadjourah aux abords de notre annexe du front de mer n’a pas dérangé les cogitations de l’illustre visiteur en campagne. Décidément, si l’un a choisi d’hiberner, l’autre n’arrive toujours pas à gouverner : où est donc la fameuse « gestion de vraie problématique » ?

Démission de l’Etat :

Des étudiantes laissées à l’abandon ?

La mauvaise gouvernance conduit fatalement au désengagement de l’Etat de toutes ses responsabilités premières. Conséquence : toutes les couches de la société pâtissent de cette situation.

Dernier exemple en date : des jeunes Djiboutiennes bachelières de l’année 2004 ont été envoyées récemment au Sénégal afin de poursuivre leurs études dans les universités de ce pays. Ayant tout juste bénéficié d’un billet d’avion et d’une petite somme d’argent (30.000 FD), une dizaine de ces étudiantes, arrivées à Dakar il y a deux semaines, n’ont toujours pas pu s’inscrire dans les facultés sénégalaises, les autorités de ce pays leur réclamant, pour la constitution de dossiers, le fameux extrait n°3 du casier judiciaire.

Les autorités djiboutiennes ne semblent pas pressées de débloquer la situation et les parents de ces étudiantes se démènent comme ils peuvent pour venir en aide à leurs progénitures en difficulté si loin de chez elles.

Piètre image ainsi donnée de notre pays à l’étranger à l’heure où le régime mène ici une campagne démagogique centrée sur les droits de la femme. Ainsi, on peut lire sur les banderoles disséminées sur les principales artères de la Capitale depuis la désignation du président-candidat à sa propre succession : « Avec Ismaël, l’intégration de la femme dans la sphère publique est une réalité ». Le calvaire de ces jeunes étudiantes laissées à l’abandon à l’étranger illustre de manière dramatique que, sous ce régime de mauvaise gouvernance, l’exclusion des femmes est une réalité ordinaire.

Pôle universitaire :

Heurs et malheurs de l’enseignement supérieur

La création du Pôle universitaire, au lendemain des Etats Généraux de l’Education Nationale tenues en 200, fut sans conteste une avancée. L’ouverture de cet établissement permettait à une grande partie des bacheliers Djiboutiens de poursuivre leurs études supérieures sur place. Beaucoup de familles sans ressources suffisantes étaient soulagées de voir leurs progénitures décrocher un diplôme universitaire dans leur pays.

Pourtant, derrière cette façade positive, se cache une quantité de problèmes qui finissent par décourager nombre d’étudiants. La première cause de frustration se situe au niveau de l’orientation. Il semble que la direction du Pôle décide arbitrairement du choix des filières à suivre par l’étudiant.

C’est ainsi qu’il est même arrivé à des étudiants sachant à peine lire l’arabe d’être orientés vers la filière LEA (Langues Etrangères Appliquées, option Arabe). Autre casse-tête pour les étudiants en première année : l’impossibilité de redoubler. Aussi, ils sont des dizaines à être exclus chaque année de l’établissement, grossissant ainsi le flot des jeunes chômeurs. A ce rythme, il y aura bientôt autant de bacheliers chômeurs que ceux exclus du système scolaire au niveau du primaire ou du secondaire.

On se souvient que l’été dernier, le chef de l’Etat en précampagne n’avait pas hésité à descendre dans l’arène du gymnase du lycée afin de remettre lui-même les diplômes à plus d’un millier de bacheliers. Combien parmi ces heureux récipiendaires de 2004 inscrits en cette année universitaire au Pôle pourront réellement terminer leurs études ? Quel effort l’Etat a-t-il fourni cette année afin d’améliorer les conditions d’études de la future élite nationale ?

Mis à part les travaux d’extension du Pôle sur le domaine de l’ancien camp Barkat Siraj. On raconte que ces bâtiments préfabriqués auraient été offerts par un généreux donateur d’un pays du Golfe. Mais la mendicité n’a jamais fait progresser un pays.

Journée des Nations Unies :

Le constat lucide de Kofi Annan

A l’occasion de la Journée des Nations Unies, le Secrétaire général Kofi Annan a adressé à tous les citoyens du monde un message dont la concision vaut la pertinence : « Il, y a cinquante-neuf ans, y dit-il, l’Organisation des Nations Unies était créée afin de servir la paix, les droits de l’homme et le développement. Le monde dans lequel nous vivons est meilleur grâce à l’ONU. Cependant, trop de gens continuent de souffrir de la violence, de l’oppression, de la pauvreté, de l’analphabétisme et des maladies.

Nous pouvons et devons mieux faire. Tous les êtres humains méritent de vivre à l’abri de la peur et du besoin. Il faut qu’ils puissent espérer un futur meilleur. Il le faut pour l’avenir de l’humanité. Il le faut pour notre sécurité à tous.

Toute nation a besoin d’un gouvernement qui soit vraiment au service de son peuple. Et nous avons tous besoin que l’Organisation des Nations Unies soit efficace, qu’elle reflète le monde dans lequel nous vivons, et qu’elle soit capable de relever les défis auxquels nous devrons faire face demain. Je pense que nous pouvons bâtir une meilleure Organisation des Nations Unies.

Fort de cette conviction, je présenterai bientôt aux dirigeants du monde entier un ensemble de mesures destinées à revaloriser l’Organisation. Il appartiendra à vos dirigeants de faire preuve de hauteur de vues et de bonne volonté. Il faudra qu’ils trouvent un terrain d’entente lors de la réunion historique qui aura lieu dans un an.

Je vous demande d’encourager vos dirigeants à offrir à notre monde l’Organisation des Nations Unies qu’il mérite. Avec votre aide, je sais que ce sera possible.

Nous vivons une ère nouvelle. Il nous faut une nouvelle Organisation des Nations Unies. Faisons en sorte qu’elle voie le jour. »

A Djibouti un peu plus qu’ailleurs, nous appelons de tous nos vœux une telle Organisation, plus soucieuse du droit des peuples à vivre dans la dignité. A condition qu’elle soit capable en retour, d’amener les régimes tels que le nôtre à véritablement œuvrer au service du peuple djiboutien : la peur (pour son salaire, sa pension de retraite ou même son intégrité physique) et le besoin (droit à la citoyenneté, à l’Education, au travail, à la Santé, au changement, etc) on connaît ce que cela veut dire à Djibouti.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti dimanche 17 octobre 2004 de M. Idriss Abdillahi Fod.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 34 ans était un militant actif de l’UAD, candidat spolié aux dernières élections législatives dans la circonscription d’Ali-Sabieh, où il exerçait en tant que commerçant connu et apprécié de tous.

Il laisse une veuve 3 enfants.

L’UAD, l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances attristées à toute la famille du regretté Idriss Abdillahi Fod.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel.amin

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN


Comprendre la Somalie (2)

Partons d’une anecdote, pour exemplifier cette partie consacrée aux difficultés qu’il y a à reconstruire la Somalie. Quelqu’un racontait qu’au lendemain de la désignation de M. Abdillahi Youssouf en qualité de Président intérimaire de la Somalie, il n’arrivait plus à circuler tranquillement à Djibouti-ville, tellement il recevait de félicitations en raison de son appartenance au même clan que lui. Ce qui l’avait énervé au plus haut point, trouvant anormal que lui, Djiboutien, soit complimenté pour un événement se déroulant à Mogadiscio. Pour lui, cet amalgame trahissait l’absence d’une véritable conscience nationale djiboutienne. Mais, lui a-t-il été rétorqué, en préférant pérorer et parader à Arta dans le cadre d’une conférence de réconciliation somalienne, plutôt que de s’investir dans les négociations interdjiboutiennes entre son gouvernement et le FRUD-armé, le chef de l’Etat djiboutien n’a-t-il pas lui aussi contribué à la fragilisation de cette conscience nationale djiboutienne ? Mutatis mutandis, l’analyse de l’inadéquation entre structures mentales et structures étatiques, que l’auteur développe dans l’article ci-dessous reproduit à propos de la Somalie, ne vaut-elle pas aussi pour Djibouti ? Nous y reviendrons dans nos commentaires. Pour le moment, place à cette étude, dont les trois volets peuvent être consultés sur le site www.lesnouvelles.org.

Esquisse d’une sociologie des clans somalis

(1/3) Les termes, la situation, la structure

par Youssouf Karieh

Dans le premier volet de cette importante contribution adressée aux « Nouvelles d’Addis », Youssouf Karieh, universitaire djiboutien spécialiste de la corne de l’Afrique, s’interroge sur l’existence même d’un pays nommé « Somalie ». L’auteur insiste sur l’absence historique et sociologique d’une « autorité centrale » dans l’organisation des clans somalis. De son point de vue: « Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité. »

Septembre-octobre 2001

1. Introduction

Le terme « clan » n’englobe pas la même réalité et les mêmes structures socio-claniques partout dans les aires d’habitation des peuples désignés par le terme. Il existe des différences notables selon la localisation du clan – à proximité des côtes, continentales ou périphériques – et selon les rapports entretenus par les clans autour de la femme (mariage ).

Selon nous, ces deux variables constituent un axe à partir duquel une sociologie des clans somalis pourrait être entreprise. La réalité du clan n’est pas une donnée intrinsèque, immuable et uniforme.

Elle n’est ni une réalité vécue de la même manière partout, ni une structure imposée à tous les Somalis de façon univoque.

Dans cet article, nous étudions les clans somalis à partir des matériaux obtenus empiriquement sur les terrains pendant une période de dix années. Les matériaux s’appuient également sur des études généalogiques des « échantillons » somalis.

Les observations retenues dans ces travaux sont rassemblées dans cette période ( 1987 -1997) où l’auteur de l’article a été un observateur de terrain. En d’autres termes, l’auteur a séjourné des fins fonds de l’Éthiopie à la Somalie, en passant par Djibouti.

Les travaux d’observation empiriques, issus de l’esquisse de cette sociologie des clans seront affinés par des postulats théoriques.

2. Situation contextuelle

Les nostalgiques d’un État-unifié-somalien essaient de reconstituer l’histoire de façon erronée. Tout d’abord, il n’y a pas d’histoire de la Somalie pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu de Somalie. Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité: Oromos, Hararis, Afars, etc. ; zones à l’intérieur desquelles cohabitent des clans somalis, juxtaposés les uns à côté des autres, chacun ayant un périmètre de pâturage et d’influence.

Ensuite dans ce contexte, il n’y a jamais eu d’autorité supra clanique ou d’institution commune pouvant réunir les Somalis sous une même bannière. L’on avait tout au plus du temps précolonial, comme aujourd’hui – ou il n’y a pas d’État -, des terroirs ou fiefs des clans, avec le périmètre de chacun, sur lequel s’établissent des règles soit conflictuelles, soit de coexistence pacifique, selon les circonstances du moment, avec les clans voisins.

Même dans le vocabulaire, les Somalis ne disposent pas de concept commun pour designer l’autorité suprême de l’ordre culturel clanique. Nous en avons recensé neuf appellations différentes: Sultan, Garad, Ugas, Malaq, Boqor, Baqow, Webber, Imam, Isim.

Enfin, tout marche aujourd’hui comme si les Somalis, depuis la disparition de cette éphémère autorité centrale (l’État somalien n’a duré que trente ans) étaient projetés d’un seul coup dans une réalité à tous points de vue identique à celle d’avant la colonisation.

La situation décrite en 1854 par Richard Burton dans son fameux livre (1) est la même que connaissent les Somalis d’aujourd’hui: absence d’autorité centrale, prééminence de la logique clanique. . . insertion des individus dans le périmètre de protection clanique. Les pratiques de razzia de conquêtes de nouveaux espaces de pâturage, de points d’eau. . . sont des phénomènes qui jalonnent l’histoire des Somalis.

Les tenants d’un État unitaire somalien, et qui pleurent aujourd’hui sur la disparition de l’autorité centrale, ont beau argumenter sur les agrégats constitutifs de la nation somalienne, unique en son genre en Afrique. Certes, les Somalis partagent la même langue, religion, culture, etc. Mais ceux-ci occultent souvent l’essentiel: l’absence chez les Somalis d’avoir à partager le même vécu, de disposer de la même histoire, de projeter sur l’avenir des espérances similaires. . . bref d’avoir des rêves identiques. La volonté de vivre ensemble fait toujours défaut chez ces peuples. Et il en a été ainsi depuis les calendes grecques.

À part quelques Cités-États, qui ont émergées a des périodes différentes ( entre les Xème et XVème siècles), l’absence d’institution supra clanique reste le fondement de l’organisation sociale chez les Somalis.

Aujourd’hui comme hier, est pris en otage ou comme cible tout ce qui relève du droit régalien de puissance publique: équipements publics, aide alimentaire internationale. . . sont l’objet de, razzia car cela n’appartient à aucun clan, donc par définition à personne, Par contre, la propriété privée semble elle respectée puisqu’elle s’apparente à un individu, par conséquent au clan.

Ceci démontre combien la notion de puissance publique ou d’intérêt général reste réfractaire à l’entendement mental des Somalis.

Pourtant la situation vécue par les Somalis est contrastée et n’est pas si dramatique. Comme l’a bien souligné Gérard Prunier dans son article « La recomposition de la nation somalienne » (2), les choses ne vont pas si mal et le chaos n’est pas partout en règle comme certains le décrivent.

Au contraire, une tentative de regroupement des clans et l’établissement d’un minimum d’ordre sont perceptibles ici et là. Les clans opèrent des processus de pacification – comme ils le faisaient depuis des lustres – et de réconciliation selon les affinités culturelles, d’alliance, de liens de sang et de voisinage.

Par-delà les vicissitudes et les schémas chaotiques véhiculés par les médias, les Somalis offrent une capacité d’adaptation extraordinaire à l’absence d’État et un dynamisme assez inégal de survie.

L’on constate sur le plan économique une augmentation même de la richesse nationale: la production de banane, de peaux, l’exportation de cheptel ( ovin, bovin) – principale richesse des Somalis . . . – ont presque doublé et le score demeure meilleur qu’au temps de l’existence de l’État.

Le secteur de télécommunication est en pleine effervescence: des fiefs les plus reculés sont desservis et reliés au monde, à travers l’aménagement des petits aérodromes et grâce aux téléphones cellulaires. La différenciation contrastée des situations en Somalie s’accompagne d’une différenciation d’organisation sociale chez les clans que nous allons analyser dans cet article.

3. Structure sociale: le clan

La société somalienne est une société stratifiée avec une juxtaposition de clans. À l’intérieur de chaque clan, l’on assiste à une trame de sous-clan, tribu, sous-tribu, fraction et sous-fraction.

La logique de cette trame fonctionne de la façon suivante: chaque niveau est assujetti à celui qui lui est supérieur. À titre d’exemple, l’individu appartient d’abord à une famille, à une sous-fraction, puis à une fraction et sous-tribu, ensuite à une tribu et ainsi de suite jusqu’au clan, entité de souveraineté par excellence.

L’individu se trouve confronté à des relations de type horizontal et vertical, hiérarchisées différemment à chaque niveau. Ce labyrinthe de niveaux décisionnels gère et régule sa vie pastorale devant lesquels il doit constamment négocier pour juguler ses atteintes à leurs exigences. La vie pastorale devient ainsi une véritable survie.

3.1 Catégories des clans. – L’hégémonie considérable des clans, chez les Somalis, demeure réfractaire aux exigences de l’intérêt collectif de l’ensemble des entités. Le passage d’une réalité clanique à un ensemble de ce qui peut être appelé « le national » demeure difficile dans le contexte somalien.

À partir des matériaux des lignées généalogiques, nous pensons qu’il existe quatre types de clans chez les peuples appelées Somalis :

3.1.1 – Clan à filiation ou descendance unique.

3.1.2- Clan à filiation mais doublée d’une certaine adhésion. Apparaît ici un facteur de différenciation: le xeer, ébauche d’une forme de consensus social.

3.1.3 – Clan non-filiatif mais à pure adhésion.

Émerge à ce niveau un contrat social plus affirmé qui s’apparente à la structure clanique plus relâchée.

3.1.4 – Clan sab. Bien qu’ayant une lignée généalogique qui lui soit propre, ce clan dispose d’un statut différencié et infériorisé par rapport aux autres catégories de clans. C’est un clan marginalisé vivant seulement dans les zones de deux premières catégories. Tout indique qu’il est réellement intégré dans le troisième groupe.

3.2 Localisation des clans. – L’analyse de la localisation – éloignement ou proximité des côtes – nous amène à de nouvelles perspectives de recherche sur la nature des clans. Les structures de ceux-ci les uns a l’égard des autres – sont d’abord liées à leur emplacement spatial.

3.2.1- Clans Périphériques. Il s’agit des clans éloignés des côtes. Nous regroupons sous le vocable de « périphérique » la 3ème catégorie de clans, à savoir les clans non-filiatifs mais opérant par simple adhésion. Ils sont généralement cantonnés à la limite de « l’espace » des Somalis.

3.2.2- Clans du Centre. Ce sont essentiellement les clans côtiers qui se trouvent assez éloignés des hauts plateaux de l’Abyssinie. Les clans du centre correspondent parfaitement aux clans à descendance unique opérant par la filiation de sang.

3.2.3- Clans tampons. La localisation de ces clans est à mi-chemin entre la périphérie et le centre. Ils opèrent par système généalogique à filiation d’une part et par contrat social et adhésion d’autre part. Les Somalis appartiennent à ces quatre catégories de clans et, selon leur localisation à trois groupes de clans ou la forme et l’organisation de structures claniques différentes d’un clan a l’autre, ou d’un espace donne à un autre. Ça varie d’une structure rigide à un relâchement fonctionnel entre les liens au sein des membres du clan.

Youssouf Karieh

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(1) « The first foot steps in Horn of Africa », Richard Burton, 1854.

(2) « Recomposition de la nation somalienne », Gérard Prunier, le Monde diplomatique, avril 2000.

(*) Universitaire djiboutien, spécialiste des pays de la corne de l’ Afrique, Youssouf Kariye est diplômé en Sciences politiques de l’lEP de Grenoble (1980), et titulaire d’un DESS en économie auprès de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne ( décembre 1981 ).

Il vit actuellement à Seattle, États-Unis.

COMMENTAIRES

«Le malheur des sciences sociales, écrivaient les auteurs du métier de sociologue, c’est d’avoir un objet qui parle » : inutile de dire à quel point ce genre d’analyse se voulant scientifique, donc idéologiquement neutre, rencontrera une certaine réticence. C’est un luxe offert aux chercheurs exilés que de revendiquer en acte le statut d’« intellectuel sans attache ni racine » dont révait Mannheim : les diverses formes de pression du groupe d’origine, subordonnant la reconnaissance et le prestige à la satisfaction de ses attentes, interdisent toute distance critique : c’est peut-être à cause de cela que les études sociales sont pratiquement inexistantes à Djibouti.

Cela étant, tout en ayant démontré la causalité entre structures sociales et structures mentales, et selon quelle logique celles-ci entrent, dans le cas d’espèce, en contradiction avec une forme d’organisation étatique moderne impliquant la sauvegarde de l’intérêt général, cette étude appelle de notre part deux nuances et une comparaison.

La première concerne l’Ogaden. En effet, même si elles ne s’étaient pas dotées d’une autorité politique centrale, les populations somali de l’Ogaden n’ont jamais dépendu d’un quelconque Négus éthiopien. Inutile de rappeler ici dans quelles conditions, sujettes à débat et parfois à caution, cette région a été rattachée à l’empire éthiopien.

La seconde se rapporte au danger qu’il y a à inférer d’une structure sociale donnée une culture politique censée être uniformément observable chez tous les sujets. La seule expérience que vit actuellement le Somaliland , tirant les enseignements des drames récents, nous incite à reconnaître qu’il existe un consensus sur la nécessité de sauvegarder un intérêt général sans lequel aucune coexistence ne serait possible. Par contre, l’absence de cet intérêt général est patent chez les actuels dirigeants djiboutiens. Sans que, bien entendu, cela doive donner lieu à une généralisation abusive et idéologique. En effet, pour ne prendre que l’exemple le plus célèbre, tout le monde sait que le regretté Elabé n’a jamais succombé aux tentations, si faciles ici, de la corruption. De même que, dans tous les départements ministériels qu’il a dirigés, il a toujours cherché à garantir l’indispensable équilibre entre les différentes composantes de la communauté nationale. Dire qu’on ne peut pas en dire autant de l’actuelle équipe au pouvoir est un euphémisme : elle n’a pas encore compris que l’intérêt général est la soustraction et non la somme des intérêts particuliers.

D’où une comparaison qui s’impose, afin de mieux saisir tout le danger qu’il y a à utiliser un concept aussi délicat que celui de structure mentale. En effet, sans le nommer explicitement, c’est au concept d’«habitus» que l’auteur fait référence, défini comme schème intériorisé de pensée et d’action, acquis au cours d’un processus de socialisation : en d’autres termes, les structures mentales ne sont que des structures sociales intériorisées. Ainsi, on sait que, contrairement à d’autres, l’ethnie afar s’est depuis longtemps dotée d’un solide corpus juridique dont les dispositions s’appliquent uniformément à tous les individus. Il existe même un droit de l’environnement protégeant l’écosystème contre les abus de l’homme.

Mais, quand bien même le sens de l’intérêt général existe au sein de cette communauté, il n’en demeure pas moins vrai que, dans le contexte étatique, certains de ses indigènes s’adonnent sans vergogne à la corruption. Pire, on observe depuis quelque temps un repli sur les intérêts claniques et régionaux remarquable, par exemple, dans une instrumentalisation partisane des hauts fonctionnaires que l’on rencontre rarement d’une façon aussi caricaturale chez ceux des autres composantes de la communauté nationale.

Ce qui signifie que, pour ne pas céder à la facilité des généralisations culturalistes, l’habitus primaire doit être affiné au cas par cas, en fonctions des multiples habitus secondaires que façonnent d’autres processus de socialisation : école, religion ou profession.


Les retraités humiliés

VIE QUOTIDIENNE

Dimanche 17 octobre 2004. de 8h 30 à 11 heures devant la Caisse Nationale de Retraite, une quarantaine de retraités, parmi lesquels un député, un ancien ministre et des agents de la FNP, attendent de percevoir leur pension trimestrielle. Des gendarmes en faction les brutalisent, sans égard pour leur âge avancé. Les infortunés retraités sont obligés de subir de telles humiliations pour toucher leur pension. Deux vieux en ont même failli tomber en syncope. Cette barbarie a provoqué une légitime colère chez l’un de ces retraités humiliés : voici la réaction indignée de M. Jean-Paul Abdi Noël, ancien député.

Courrier à l’attention de l’Opinion Publique

le 17 octobre 2004

Sur les humiliations, les dégradations

inadmissibles et insupportables en République de Djibouti

par certainement des dirigeants mécréants

Alors que faire ? Oui que faire ?

Que vieux, vieilles et jeunes en ce mois béni du Ramadan se posent en silence cette question: alors que faire ?

Oui j’écoute, ici le CNR

Centre des Nouveaux Recrutements ou

Caisse Nationale des Retraites (imposées)

Age anticipé pour le recrutement: 50 ans ; Age final: 150 ans.

A mon commandement !

Toutes et tous, vielles ou vieux, « c’est un ordre, si vous voulez rentrer pour percevoir votre argent il faut vous asseoir ou vous mettre à genou, sinon attention aux schlagues! » ( il faut vraiment être physiquement présent pour l’entendre et le croire.) Cela se passe tout naturellement à l’entrée de la CNR.

C’est triste à l’entendre, c’est triste à le dire, et c’est révoltant, oui c’est provocant et intolérable d’essayer d’acculer des vieux de la Fonction Publique, de la FNP, de l’Assemblée Nationale, des vieux Ministres (un ancien ministre de la Défense Nationale en tête) à se révolter, car à leur âge, il n’est plus possible pour eux de prendre le fusil ou de prendre leurs armes et de dire avec courage: à mon commandement citoyenne, citoyen prenez vos armes contre tous les mécréants, tous les traîtres qui violent les principes de la République et de l’Etat de Droit.

C’est vrai qu’à leur âge ils savent dire non aux candidat(s) qu’ils estiment comme des pourris, car ils sont complètement corrompus, car ils sont profondément ancrés dans une politique dictatoriale foncièrement sournoise.

Ces vieilles et ces vieux ont encore la mémoire fraîche et ne manqueront pas, s’il plaît à DIEU, toutes les prochaines occasions pour épauler et libérer à nouveau leur patrie, en facilitant le terrain du combat contre les mesures despotiques en vigueur encore chez nous.

C’est vrai, que l’actuel très, très jeune Président n’a rien à cirer de ces vieux croulants.

A voir l’œil d’Abou et en ce mois béni du Ramadan, on a vraiment l’impression d’être dirigé par des mécréants, dirigé par des païens.

Le Droit à l’Assurance de la pension retraite est un droit non imposable d’autant plus qu’en République de Djibouti, jamais, plus que jamais et à aucun moment, les Pensions retraites n’ont jamais été revalorisées (financièrement parlant et compte tenu des inflations galopantes presque à un rythme inférieur aux vastes Détournements des Finances Publiques et des Biens Sociaux). On ne quémande pas son droit, une fois qu’on a largement cotisé à sa retraite.


Réalité dérange

L’EX MILITAIRE REPREND DU SERVICE

Marx l’avait dit : « L’histoire se répète, une fois tragique, une fois comique ». Beaucoup se souviennent des tragiques événements qui ont marqué l’actuel mandat présidentiel : sans respect pour son immunité parlementaire, M. Moussa Ahmed Idriss, candidat spolié, a été traîné en justice par le ministre de la Défense au motif que le journal qu’il dirigeait avait porté « atteinte au moral des troupes » et les forces de police chargées de faire appliquer le verdict avaient pris son domicile d’assaut, tuant au passage son fils adoptif. Aujourd’hui, c’est le même ministre qui nous traîne en justice : une telle constance dans l’acharnement contre les forces démocratiques par celui que le régime auréole d’un glorieux passé de maquisard mérite une mention spéciale.

Un constat s’impose au chapitre de la répression journalistique : l’actuel ministre de la Défense est celui qui, dans l’équipe gouvernementale détient le record de plaintes déposées contre les organes de presse de l’opposition !

Rappelons que c’était lui qui avait été à l’origine de l’emprisonnement de Moussa Ahmed Idriss, Général Ali Meidal Wais, Daher Ahmed Farah, en septembre 1999. C’est encore lui qui avait poursuivi DAF, en plus du Général Zakaria, lors de sa dernière arrestation, et il récidive aujourd’hui, en cherchant à museler notre organe de presse à quelques mois de la présidentielle.

En effet, par une plainte enregistrée sous le n°3331/04 et déposée le 20 Octobre courant pour « outrage et diffamation », le Ministre de la Défense poursuit notre organe pour deux textes le mettant en cause par deux fois pour une affaire touchant sa région d’origine, dont la dernière en date est une lettre écrite et signée, insérée dans la rubrique « Courrier des lecteurs».

Cet acharnement s’explique par plusieurs facteurs, le premier étant la conjoncture dans laquelle il a accédé au pouvoir. Arrivé aux affaires publiques dans le cadre d’une dissidence traumatisante dont il fut le principal initiateur et que nul ne lui a pardonné, il ne s’estime peut-être pas avoir des comptes à rendre aux « ingrats » qu’il est censé représenter.

Les infortunés mandants présumés le lui rendant bien, qui ont vainement attendu une quelconque contribution de sa part à l’amélioration de leurs difficiles conditions d’existence. La boucle étant bouclée par le fait que le régime, estimant ne rien perdre en le perdant, lui confie ses sales besognes.

Celui qui, depuis la signature en décembre 1994 des accords d’Aba’a été relégué au poste honorifique de Secrétaire Général dans son parti, joue donc le rôle de cerbère de la dictature tout simplement parce qu’il n’est qu’un ministre en sursis ! Parce qu’il n’est qu’un minuscule rouage de l’appareil répressif, nous implorons pour lui la clémence de notre lectorat.

 


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