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Réalité numéro 128 du mercredi 2 mars 2005

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Réalité numéro 128 du mercredi 2 mars 2005

Sommaire

                  Editorial

                  Brèves nationales

                  L’ARD en tournée dans le sud-ouest

                  De la réforme du système éducatif

                 Courrier des lecteurs

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 128

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DÉSORDRE DANS LES TÊTES,

ORDRE DANS LES RUES

C’est bien connu, l’humour reste la politesse du désespoir : tourner une injustice en ridicule est le moyen le plus immédiatement accessible de la combattre. Connaissant la nature du régime, les Djiboutiens pressentaient que l’Accord de paix du 12 mai 2001 ne trouverait aucune application. Édifiés par le pathétique bouffon du Conseil constitutionnel lors des législatives du 10 janvier 2003, ils y ont répondu par une boutade : « pour faire croire qu’il a appliqué le point de l’Accord de paix du 12 mai 2001 relatif au Conseil constitutionnel, le régime aurait au moins pu envoyer son président pour un petit stage de formation juridique.» Car, tout le monde sait ici que l’actuel président du Conseil constitutionnel n’a jamais suivi le plus élémentaire cours de droit, certaines vérités méritant d’être crûment énoncées, même si sa seule ignorance en la matière n’avait pas motivé cette réforme démocratique.

« Administratif » : c’est ainsi que ledit président du Conseil constitutionnel s’est permis de qualifier tout le contentieux qui oppose l’UAD au régime. Seule l’incompétente prétentieuse au service d’une usurpation partisane l’autorise à pérorer sur un domaine qui ne relève pas de ses prérogatives. Au demeurant, ce personnage du régime est une incarnation vivante de l’illégalité que nous dénonçons : si un minimum de légalité existait, il ne serait pas à sa place aujourd’hui. Car, la démocratie au respect de laquelle nous invite monsieur le président du Conseil est démentie par sa seule apparition télévisée, parce qu’il n’avait même pas le droit d’être là où il est exhibé. Et, pour donner la plus complète information possible à nos concitoyens voulant mieux comprendre, pourquoi la RTD ne permet-elle pas à l’opposition d’argumenter sa position sur ses ondes, au lieu d’un «Gros Plan» sur un sujet secondaire ? C’est cette circularité spécieuse, par laquelle chaque pantin du régime tente de légitimer l’ensemble de la comédie, que l’UAD a décidé de tout simplement ignorer : le seul verdict qui aura le dernier mot sera celui d’une volonté populaire librement exprimée ailleurs que dans des urnes truquées !

Il y a comme un paradoxe à Djibouti, si l’on suit tel philosophe qui postule que l’ordre règne dans nos rues parce qu’il règne dans nos têtes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans la tête de nos compatriotes, est loin de régner un quelconque ordre. Ce serait plutôt le contraire. Soumis à de multiples formes de socialisation politique (tribu, région et classe), le Djiboutien ne connaît aucune paix dans son esprit, parce que la raison de ses conditions quotidiennes d’existence lui commande de radicalement rejeter l’ordre en place. Dans leur grande majorité, les Djiboutiens ont parfaitement conscience que la survie du pays passe par la fin du système actuel : les choses ne peuvent plus continuer comme avant. Et la prochaine échéance électorale est le moment ou jamais pour donner une ultime chance à notre avenir, qui réside dans le respect de notre diversité. Tous les Djiboutiens ont conscience que la politique d’une fausse représentation tribale, telle qu’elle a cours pour le moment, ne garantira pas la coexistence harmonieuse entre les diverses composantes de la communauté nationale, pas plus que le développement équilibré des différentes régions de notre territoire national. Comme cela l’a été rappelé au chef de l’État à Ali-Sabieh, aucune tribu ni aucun district ne pourront jamais se développer au détriment des autres. Tout comme les salariés du privé ou du public ne se sentiront jamais en sécurité, pour leur salaire comme pour leur retraite, tant que des syndicalistes authentiques seront réprimés. Seuls les nantis de l’inégalité ont intérêt à ce que ce régime perdure.

Donc, l’ordre est loin de régner dans la tête de nos concitoyens : tout les inclinerait plutôt à se révolter radicalement contre le système en place. Pourquoi un ordre inexistant dans les têtes régnerait-il alors dans nos rues ? Certainement une question de circonstance : les gens ne se révoltent que lorsqu’ils estiment la situation en leur faveur. L’opposition a conscience de cette réalité: le Peuple ne peut être mobilisé que si et seulement si une réelle perspective de changement lui est proposée.

Ce qui est le cas aujourd’hui, car il n’est nullement question pour nous de tergiverser avec le despotisme en place, tout simplement parce que ce n’est pas l’amélioration de nos situations personnelles qui est en jeu. Au risque d’y perdre ce que nous avons de plus cher, jamais nous n’accepterons de sacrifier une cause pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis : pour un démocrate sincère, l’avenir des ses concitoyens n’est pas négociable. Le civil innocent, le rebelle armé et le soldat surarmé ne doivent pas être morts pour que survive ce régime par notre seule inaction.

C’est pour cela que nous irons jusqu’au bout de nos convictions, quoi qu’il nous en coûte. Et nous sommes persuadés que la majorité de nos concitoyens désireux de mettre leur esprit en conformité avec les souffrances quotidiennement endurées nous accompagnera en ce moment décisif. Il est temps de libérer l’esprit torturé, en combattant le tortionnaire. Tant que l’individu vivra mal dans sa peau, toute la société est condamnée.


Brèves nationales

« Kaadi badane, waa loo gogol badiya » :

Candidature bidon !

L’annonce par « La Nation » du lundi 28 février 2005 de la candidature du président du PDD (Parti Djiboutien pour le Développement) à la présidentielle d’avril prochain, constitue pour nous un non-événement. Elle suscite plutôt chez nos concitoyens dérision et suspicion, ne serait-ce qu’au regard du tapage médiatique dont le régime la comble. Dans sa version officielle en langue arabe, « Al Qarn » en dresse un portrait subitement élogieux.

Passons sur la justification par M. Mohamed Daoud de sa candidature, affirmant qu’il s’agirait pour lui de « montrer sa bonne volonté à l’opinion internationale. » Libre à lui d’attendre Godot, c’est le peuple djiboutien qu’il faut avant tout convaincre de la justesse de sa position.

Parce qu’il a participé aux législatives du 10 janvier 2003 aux côtés de l’UAD, il vu son salaire abusivement suspendu. Son recours auprès de tribunal administratif n’a pas eu de suite.

Il a cosigné en mai 2004, avec l’ensemble de l’UAD, un texte posant les conditions de la participation de l’opposition aux prochaines échéances électorales. Il a été exclu de l’UAD pour avoir abdiqué ses droits et conditions car, depuis ce courrier officiel, rien de nouveau n’est venu rassurer l’UAD quant à la transparence électorale. C’est pour fuir les innombrables injustices que nos compatriotes ont massivement émigré cette dernière décennie en Europe, aux USA et au Canada.

Cette diaspora auprès de laquelle il mènerait campagne en ce moment, soutient massivement le boycott actif prôné par l’UAD et nous l’a fait savoir. Rappelons enfin que sa candidature est loin de faire l’unanimité au sein de son propre parti, qui la condamne majoritairement. Ses membres n’ont pas jugé utile de répondre à une énième manipulation qui ne profite qu’au régime : ils s’exprimeront en temps utile et en toute indépendance, sans publicité de la RTD.

Cette candidature sans crédibilité n’apportera donc pas au pouvoir l’onction démocratique qu’il cherche désespérément.

*

Autisme politique et élections :

Transparence zéro !

Un récent éditorial de « Réalité » avait établi un diagnostic du mal dont souffre ce régime : l’autisme politique. Voilà que le ministre de l’Intérieur vient confirmer, dans une tonitruante déclaration radiotélévisée, la pertinence de nos analyses, en lançant un pathétique appel à l’Opposition.

Ainsi, c’est effarés que les djiboutiens qui ont massivement approuvé la position de l’UAD relative au boycott actif de l’élection présidentielle ont suivi les propos décalés de la réalité d’un ministre apparemment sommé de monter au créneau. Sans rire, rappelons ce qu’a dit en substance le Ministre peu inspiré du candidat fatigué :

« je lance solennellement un appel à l’Opposition afin qu’elle reconsidère sa position et accepte de participer aux élections car le temps presse : la CENI doit être mise en place le dimanche 20 février, l’opposition doit donc désigner au plus vite ses représentants ».

Cette invitation fait froid dans le dos pour qui se rappelle que ce Ministre a été le premier à recevoir la réponse négative de l’UAD, quant à sa participation à cette prétendue CENI. Les Djiboutiens se souviennent également que l’opposition a clarifié sa position sur la présidentielle au cours d’un mémorable meeting tenu à l’avenue Nasser, le 13 février dernier.

Confortée par le soutien massif de nos concitoyens au boycott actif, l’UAD a publié quelques jours plus tard un communiqué de presse, on ne peut plus clair, expliquant sa nouvelle démarche politique.

Mais que vient donc chercher un Ministre ne craignant pas le ridicule au point d’affirmer : « je vous promets la transparence comme en Janvier 2003, le Président en personne, m’a ordonné d’organiser les élections de la manière la plus transparence qui soit, alors faites preuve de civisme et de patriotisme et participez à la prochaine consultation électorale… » ?

*

De qui croit-il se moquer ?

Notre position au sujet des élections truquées d’avance est irréversible tant que le régime persistera à ignorer nos conditions pour la mise en place d’une réelle transparence.

Enfin, symptôme visible de l’autisme de ce régime, un ministre de l’Intérieur scandant : VIVE L’UAD ! alors que le médiocre pamphlet de son parti, le mal-nommé « le Progrès » clame sans cesse que «l’Opposition djiboutienne n’est pas crédible car anti-nationale ».

C’est pourquoi l’UAD a décidé de lancer un combat sans merci contre l’autisme politique. Le mensonge et l’imposture connaîtront bientôt le cinglant désaveu populaire qu’ils méritent.

*

District de Tadjourah :

Armée de développement ou de ratissage ?

Lundi dernier, les généraux des Forces Armées Djiboutiennes (FAD) et les autorités civiles et militaires du district de Tadjourah, ont assisté à une cérémonie d’ouverture de trois pistes récemment réhabilitées par les soldats du groupement interarmes de Tadjourah. Selon les médias gouvernementaux, une centaine de militaires aurait travaillé d’arrache-pied durant plus de deux mois, pour construire trois pistes donnant toutes accès au plateau de Dalha à partir de Guirori et d’Assa-Gayla.

La nouvelle armée de développement du candidat solitaire aurait par la même occasion fourni diverses assistances humanitaires aux populations enclavées de cette région montagneuse. Malheureusement, la situation sur le terrain est loin d’être aussi rose. Il s’agit ni plus ni moins d’une opération de militarisation d’une zone connue pour avoir abrité dans le passé des éléments rebelles. Ainsi, selon nos informations, le régime chercherait, en violation de l’accord de paix du 12 mai 2001, à installer de nouveaux casernements de l’armée sur le plateau de Dalha et à Médého. Ce nouveau quadrillage militaire n’est pas pour rassurer les populations qui redoutent des ratissages de sinistre mémoire. Il y a quelques jours de cela, une jeune fille aurait été sauvagement violée dans la région du lac Assal par plusieurs soldats de cette armée de sous-développement.

La paix reste donc plus que jamais menacée par ces nouveaux déploiements des forces armées dans une zone qui a particulièrement souffert du conflit civil de dix ans.

*

Commerce régional :

Obock sous blocus ?

Lors du dernier passage du candidat solitaire à Obock, une habitante de cette ville s’était adressé au chef de l’État en ces termes : « nous vivons d’un petit commerce maritime avec le Yémen dont nous importons du carburant que nous revendons ici. Malheureusement, l’État taxe trop lourdement ces produits. » Bon prince, le candidat unique avait alors annoncé que ces taxes seraient illico supprimées, mais à condition que le produit importé ne soit revendu qu’à Obock et nulle part ailleurs.

Quelques jours plus tard, après cette énième promesse présidentielle, les trois agents des Contributions affectés à cette tâche à Obock ont été purement et simplement suspendus et le montant des taxes revu à la hausse. Conséquence : les Obockois vivant de ce commerce régional sont pris à la gorge et la mesure gouvernementale s’apparente à un blocus économique du district le plus pauvre et le plus enclavé de notre pays. Bravo le candidat solitaire ! Les Obockois ont parfaitement compris l’avenir économique que leur prépare celui qui a décrété que les deux districts du Nord devraient vivre de la mer.

*

La forêt du Day en péril :

A cause du docteur honoris causa

Fatma Samora, Représentante du Programme Alimentaire Mondial (PAM) à Djibouti, a récemment écrit un long article par dans « La Nation » consacré à la forêt du Day, qui force notre admiration. Dans son édition de mercredi dernier, notre confrère en a reproduit de larges extraits. « Réalité » qui l’a lu avec intérêt tient sincèrement à la féliciter et la remercier. Félicitations pour son érudition, la sincérité d’un témoignage poignant où transparaissait la douleur de voir se mourir un patrimoine qu’elle considère comme mondial, la qualité du texte, concis à la différence de beaucoup de textes savants et redondants écrits sur le sujet. Remerciements pour sa démarche : nombre de montagnards de la région nous ayant demandé de lui faire part de leur gratitude.

Si l’on ne devait retenir qu’une seule phrase de son plaidoyer, c’est son espoir de sauver la forêt, résumé en une ligne : « le prix à payer pour la sauvegarde du Day n’égalerait en rien les sommes colossales investies en Égypte pour sauver le temple d’Abou Simbel… on pourrait mettre un terme à l’agonie du Day avec des moyens infiniment réduits. » Déplorant que la superficie de la forêt du Day, qui renferme 60% de la biodiversité du pays, soit passée de 3000 hectares à l’indépendance à 900 aujourd’hui, elle conclue qu’ « il faut sauver cette forêt qui est d’un intérêt primordial pour l’environnement mondial. »

Sa position rejoint ainsi le point de vue de « Réalité » qui, à plusieurs reprises, s’est prononcé pour, sinon son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, du moins sa sauvegarde d’urgence par un don multi ou bilatéral. Mais cette démarche doit être gouvernementale et ce gouvernement crédible et soucieux de l’intérêt général. Force est de constater qu’il ne l’est pas. Gouverner, c’est prévoir, dit-on, or il n’entreprend rien pour enrayer la mort prévisible de cette forêt.

Pire, les préoccupations du gouvernement sont ailleurs et se situent au niveau des mandibules. Son chef, le docteur honoris causa en agriculture y acclimate le khat aux frais du contribuable et en bordure de la forêt. Sur les 4 hectares cultivés dans le ranch présidentiel, une part est occupée par cette plante venue des hauts plateaux éthiopiens.

Si le gouvernement et son chef comprenaient le langage de cette forêt et celui de ses riverains, ils ne lui auraient pas imposé un si mauvais voisinage, mais on ne peut pas comprendre quand on est malvoyant et malentendant.

Heureusement, le bon sens est la chose la mieux partagée au monde : c’est une femme originaire d’Afrique de l’Ouest qui milite pour la sauvegarde d’une forêt primaire d’Afrique de l’Est.

Merci Madame, le Day s’en souviendra toujours ! A notre humble avis, le premier pas pour la sauvegarde de ce patrimoine national inestimable.

*

Lutte contre l’insalubrité :

Les pauvres réprimés !

Comme la plupart des décisions prises par la district de Djibouti, la dernière en date concernant le commerce informel, signée par le directeur des services techniques, est une décision irréfléchie. « Réalité » ne désapprouve pas l’intention commandée par le bon sens de réglementer le commerce informel et lutter contre l’occupation sauvage des espaces publics, qui font de notre Capitale une ville sale et aux allures anarchiques.

Mais nous condamnons les méthodes répressives et brutales employées contre ces malheureux commerçants (dont la plupart sont des femmes) et le fait qu’aucune mesure d’accompagnement ne leur ait été proposée. Il aurait fallu au préalable tenir des réunions de concertation avec ces commerçants, en aménageant à leur intention là où c’est possible quelques locaux dans chaque quartier et surtout accorder un délai d’un à deux mois pour leur permettre une réinstallation conforme à la réglementation.

La lutte contre l’insalubrité ne doit pas se faire de façon aussi brutale et répressive (plusieurs dizaines de commerçants sont jetés en prison et leur matériel détruit), mais maintenant que les trottoirs sont dégagés, il faut d’urgence installer des bennes à ordures (la centaine offerte par la Chine est inexplicablement louée à des forces étrangères stationnées sur notre sol) pour transformer notre Capitale qui reste un dépotoir à ciel ouvert.


L’ARD en tournée dans le Sud-Ouest

Le flambeau ARDent se multiplie

Joignant le geste à la parole, l’ARD a commencé sa tournée de mobilisation dans les districts par la région de Dikhil. Ainsi, le week-end dernier, une forte délégation de notre Parti, conduite par le Président Ahmed Youssouf, a sillonné le Sud-Ouest. Compte rendu d’un déplacement historique qui a ébranlé le régime et embrasé le cœur et les esprits d’une population abandonnée à son triste sort.


« Là où passe la caravane de la vérité, le mensonge n’a plus sa place » : cette phrase d’un vénérable notable de Yoboki résume l’accueil populaire enthousiaste réservé à l’ARD dans le district de Dikhil. Lassée du verbiage stérile du régime, et souffrant autant qu’ailleurs des méfaits de la mauvaise gouvernance, la population veut entendre un discours nouveau, à mettre en pratique dans les plus brefs délais.

Galafi

La délégation de l’ARD a quitté Djibouti tôt jeudi matin, en direction de Galafi, première étape de cette tournée. Arrivés sur place vers 11 heures, les dirigeants et cadres de notre Parti ont été portés en triomphe par une population massée devant notre annexe. Après une courte réunion avec notre comité de Galafi, les dirigeants de l’ARD se sont adressés à la foule en liesse qui scandait : « Vive l’ARD ! Vive la vérité ! » Les différents orateurs ont pointé du doigt les misérables conditions de vie imposées aux habitants de cette contrée oubliée. Le message de lutte et d’espoir délivré sur place a été bien reçu.

Le meeting a été suivi d’une réunion avec les notables et les jeunes de cette localité. Tous ont parfaitement compris la nouvelle démarche de l’UAD concernant l’élection présidentielle et promis d’œuvrer concrètement à nos côtés. Dans ce bureau de vote, les délégués de l’opposition avaient été brutalisés puis emprisonnés par les militaires lors des législatives du 10 janvier 2003 : inutile d’exposer qui que ce soit à ces vols à main armé.

Ils ont également témoigné de leurs difficultés quotidiennes : la peur des mines antipersonnel enfouies par les troupes gouvernementales et encore disséminées dans le coin les empêchent de librement circuler. C’est dire combien la paix n’est pas encore une réalité pour eux. Sans parler de développement : il n’y a que des chômeurs, aucune école ni dispensaire. Dans ces conditions, pas étonnant que le régime ne soit pas aimé. Et l’ARD est à l’heure actuelle le seul parti à s’être installé à Galafi.

D’ailleurs, la réussite de notre implantation dans cette zone a été telle que les habitants de Daoudaouya ont réclamé à leur tour l’ouverture d’une annexe chez eux dans les plus brefs délais. Après Galafi, ce fut au tour de Yoboki, où la délégation est arrivée peu avant 13 heures.

Yoboki

Il faut dire que les habitants de ce gros village étaient massés devant notre annexe en plein soleil depuis 10 heures du matin. Hommes et femmes chantaient et dansaient en scandant « Vive l’ARD ! Le RPP, on n’en veut plus ! » Paniqué par l’ampleur de l’accueil réservé à l’ARD, le Commissaire du district avait dépêché des forces anti-émeutes dans ce village, avec pour mission d’empêcher coûte que coûte le meeting public de l’ARD. Nos dirigeants ont alors poliment fait savoir aux autorités policières et administratives que notre Parti est légalement constitué et qu’il s’adressera à la population, quoi qu’il arrive.

Passant outre ces manœuvres d’intimidation, les responsables de l’ARD ont pris la parole vers 13h 30, sous un soleil de plomb et dans une grande ferveur militante. Là aussi, le mot d’ordre de l’UAD est très bien passé.

Rappelons que ce village martyr, aux ¾ détruit lors du conflit civil, n’a jusqu’à présent bénéficié d’aucun programme de reconstruction digne de ce nom. La petite centrale électrique dispose de deux groupes électrogènes, mais un seul fonctionne et une partie de la journée seulement. Pas un seul jeune ne travaille. Le ras-le-bol de cette jeunesse a d’ailleurs failli la conduire à violemment exprimer sa colère ce jour-là en manifestant sur la route qui traverse Yoboki, n’eût été les conseils d’apaisement de notre Parti.

Le meeting public a été suivi d’un copieux déjeuner auquel a pris part une centaine de militants de cette localité. Dans l’après-midi, la direction de l’ARD s’est entretenu avec les notables et les jeunes. Les discussions ont surtout porté sur les difficultés de vivre à Yoboki et ses environs, principalement causées par la mauvaise gouvernance instituée par le candidat solitaire.

L’ARD a rallumé la ferveur de lutte et son passage à Yoboki restera inoubliable. Les habitants de Gourabous, présents à Yoboki lors de ce meeting, ont demandé à l’ARD d’installer une annexe dans leur village.

La délégation de l’ARD a ensuite rejoint As-Eyla, troisième étape de sa tournée, peu avant le coucher du soleil.

As-Eyla

Chaleureusement accueillis par les habitants de cette bourgade, notre délégation a passé la nuit sur place. Après la prière du soir, une délégation de Sages et de jeunes d’As-Eyla a été reçue par le Président de l’ARD, entouré de ses proches collaborateurs. Les Sages et les jeunes nous ont tous fait part de leur rejet du RPP et de son chef, qui ont réduit au chômage la jeunesse en âge de travailler et dont une grande partie a quitté l’école après le BEPC, à survivre en brûlant du bois mort pour le transformer en charbon. Voilà, ont-ils conclu, l’avenir auquel ce régime de mauvaise gouvernance et de favoritisme condamne les forces vives d’As-Eyla. Le boycott actif de l’UAD est une chance de les débarrasser d’un système voulu et institué par le candidat solitaire. Système de mépris officiel consistant à affamer le peuple pour le soumettre.

Le lendemain, vendredi, l’ARD avait prévu de tenir un meeting devant son annexe à 10 heures. Vers 9 heures, quelle ne fut pas sa surprise quand le chef de poste administratif du coin est venu nous signifier que le meeting public était interdit et qu’une réunion avec les militants à l’intérieur de l’annexe était seulement tolérée. Là encore, les autorités administratives de Dikhil avaient ordonné aux forces de l’ordre d’empêcher la tenue du meeting public.

Rejetant cette énième provocation et soutenue par toute la population d’As-Eyla, notre délégation s’est adressée à la foule à 10 heures précises. Les forces de l’ordre prétendument mises en alerte n’ont pas quitté leurs casernements et le meeting fut un grand succès.

Peu avant la fin du meeting, deux véhicules 4×4 flambant neufs sont entrés dans la ville en voulant passer par l’artère principale où se tenait le rassemblement populaire de l’ARD. Des proches du régime, pour l’essentiel de hauts fonctionnaires dont un responsable du service technique de l’ONED, connu pour son zèle partisan et un membre de la rédaction du « Progrès », faisaient partie de cette étrange délégation venue là sous couvert d’une activité associative. Des jeunes surexcités ont commencé à les huer en scandant « Aux voleurs ! » avant de tenter de bloquer leur passage. Nos dirigeants qui s’adressaient à la foule ont alors intimé l’ordre de les laisser passer.

On le voit, la jeunesse désœuvrée de la région de Gobaad est particulièrement remontée contre le système prédateur du RPP, personnifié par la candidat solitaire qui, rappelons-le, s’était déplacé en catimini à As-Eyla en juillet 2003, au lendemain du passage d’une équipe de « Réalité » invitée par les forces américaines venues soigner la population. Rien n’a changé depuis, dans cette localité très peuplée où l’eau courante et l’électricité ont disparu. La population s’abreuve au puits du coin et le groupe électrogène ne fonctionne que lors de brefs et rares passages des dignitaires du régime.

D’ailleurs, les Sages de la ville nous ont fait remarquer que l’électricité était miraculeusement revenue, dans la partie électrifiée, une heure avant l’arrivée de la délégation de l’ARD, jeudi soir vers 18 heures. Manque de pot pour les partisans du mensonge, nos dirigeants ont passé la nuit chez l’habitant dans le secteur non éclairé de cette vaste bourgade.

Profitant du passage de l’ARD, la population a massivement démontré sa volonté de changement, celle-là même que notre Parti préconise depuis la transformation du FRUD-armé en organisation politique, au lendemain de la signature de l’accord de paix du 12 mai 2001. C’est pourquoi des militants de Koutabouya et de Kontali, présents ce jour-là à As-Eyla, ont demandé à ce que l’ARD ouvre rapidement et vienne inaugurer une annexe dans leur village. Demande acceptée et bientôt honorée. Cap sur la dernière étape : Dikhil, ville de l’Unité.

Dikhil

Après la prière du vendredi midi et le repas, jeunes, notables et femmes, toutes communautés confondues ont envahi notre annexe de Dikhil pour participer à une réunion de travail destinée à dynamiser cette structure. Là aussi, le même message de mobilisation et de vigilance leur a été délivrée par les responsables de l’ARD qui leur ont donné rendez-vous pour une prochaine rencontre, avec toute l’UAD cette fois.

Le district de Dikhil s’était illustré en réservant un accueil froid au candidat solitaire lors de son dernier passage, d’autant plus écoeuré par sa distribution tribale d’argent de poche (50.000 FD par clan), généreux avec les uns, oubliant les autres.

La ville de l’Unité ne pouvait tolérer une telle zizanie, cherchant à semer la discorde entre ses habitants. D’autant plus que, sur près d’une trentaine d’agents de l’Etat récemment licenciés de l’Assemblée nationale, plus de vingt étaient originaires de cette région. A l’occasion de la visite de l’ARD, Dikhil a démontré qu’il était aussi frondeur que la ville d’Ali-Sabieh. Ce sera bientôt au tour de Tadjourah et d’Obock.

Dans un somali lyrique, une ancienne militante de la LPAI a galvanisé l’assistance en rappelant les heures glorieuses de la lutte pour l’indépendance. Pour appeler ses compatriotes à encore plus d’unité face à ce régime de division, elle a évoqué une anecdote. Un jour, les forces coloniales avaient encerclé la cité d’Arhiba pour réprimer ses habitants.

Sous la conduite du regretté Ahmed Dini, les militants de la LPAI, toutes ethnies confondues, ont alors déferlé sur Arhiba, en signifiant à l’administration coloniale qu’ils partageaient la colère de cette cité. Les forces de répression ont fait marche arrière et l’unité nationale est sortie renforcée de cette épreuve.

C’est cette même unité nationale que cherche à saper le régime divisionniste du candidat solitaire. Aux jeunes générations, oubliant parfois les leçons de l’Histoire, elle a expliqué en quoi le RPP est pire que le colon : « non seulement il tue comme lui et même plus, mais il dénie tous les droits, salaire, santé, école, travail, liberté d’expression, rien n’est plus comme avant. Avec l’UAD, mettons fin à ce système pour que renaisse enfin notre pays » a-t-elle conclu.

Quelle meilleure preuve que la maturité de notre peuple, plus décidé que jamais à mettre un terme aux agissements néfastes de ce régime.


De la réforme du système éducatif

QUEL BILAN ?

Son précédent article ayant soulevé une certaine polémique dans le milieu enseignant, un instituteur nous a fait parvenir cette contribution à l’indispensable réflexion sur notre système éducatif.


Nous avions refusé de participer au forum-débat sur l’Éducation Nationale organisé par le ministère, car nous estimions que les grandes cérémonies de ce genre ne servent à rien du moment que l’on ne peut donner abondamment son opinion ni exercer l’acuité sceptique de son jugement. A cela, nous avons préféré « le silence de la réflexion ». C’est donc tout naturellement que j’envois mon article critique à « Réalité». En effet, je vous le demande, où devrait s’adresser tout citoyen en quête de vérité, lorsqu’il cherche un soutien moral, si ce n’est à ce journal : n’est-il pas vrai que l’on y parle réalité ? Bref, commençons !

Nous avons déjà, dans ce même journal, dressé une vive critique à l’encontre de l’actuelle réforme de l’École, dont on vient de faire le bilan officiel. Nous avons, entre autre, suffisamment montré comment celle-ci ne remettait pas fondamentalement en cause l’inadéquation du système éducatif; qu’elle n’a en réalité abouti qu’à l’aménagement du statu quo par des réformettes. Errare humanum est, perseverare diabolicum : persister dans l’erreur, n’est-ce pas la marque du diable ?

Nous avons dû renoncer à apprécier en détail toutes les mesures prises pour améliorer le système ; le pauvre enseignant que je suis ne pouvait prétendre rechercher ou examiner toutes les sources éparses auxquelles les auteurs de la réforme ont puisé leurs arguments. Il a fallu laisser cette tâche à de plus compétents en la matière. Nous avons exclusivement critiqué la réforme du seul point de vue linguistique. Nous avons pu affirmer, en effet, que la cause principale, sinon la racine, de la faillite de notre système éducatif résidait dans le maintien d’une politique linguistique qui exclut les langues nationales du cursus éducatif. Or, on sait aujourd’hui que le problème de la langue joue un rôle considérable dans l’échec scolaire, explique en grande partie le phénomène de déscolarisation, le retard dans le développement cognitif (inutile de s’y attarder ici, nous avons longuement exposé les données du problème dans notre précédent article). C’est à ce point précis que l’on a pu mettre le doigt sur les insuffisances de l’actuelle réforme de l’École, qui aborde les problèmes de façon unilatérale, en négligeant le facteur linguistique (de seules spéculations sur les conditions économiques ne mèneront jamais à rien). Ainsi, nous avons pu affirmer qu’aussi longtemps que nous négligerons cet aspect, le problème de l’École restera non résolu et cette pseudo-réforme ne pourra satisfaire qu’un public plutôt naïf mais jamais les enseignants que nous sommes.

La tenue des États Généraux sur l’École avait éveillé à l’époque chez nombre d’entre nous l’espoir que l’on arriverait à dégager de nouvelles perspectives plus réalistes pour notre École. En réalité, cela s’est révélé être un leurre : la montagne a accouché d’une souris. La méconnaissance de la question linguistique n’a pu avoir pour conséquence que de rendre les discours sur la réforme insignifiants, inefficaces et relativement insensés par rapport au projet du ministère exprimé dans son vœu de créer un système éducatif authentique, enraciné dans les réalités socioculturelles de notre pays.

La question de savoir à quelles finalités répond le choix de la langue française comme langue exclusive de scolarisation, comme langue officielle, n’est pas si oiseuse qu’il n’y paraît, surtout quand on sait que la grande majorité de nos concitoyens échappe à toute alphabétisation en français. C’est pourquoi nous avons souligné la nécessité de voir redéfinir le rôle et la place du français et, partant, de décider sans plus tarder de l’introduction des langues nationales à l’École. De plus, s’il est vrai que les choix linguistiques dépendent de choix éducatifs, il nous a paru contradictoire de maintenir le français dans son statut de langue d’enseignement, maintenant que nous avons résolument opté pour le concept d’école de base (qui centre ses actions sur l’acquisition des savoirs de base que sont lire, écrire et compter). Le ministère, on le voit, cède à la magie du nominalisme, qui croit changer les choses en en dépossédant les signes (en abandonnant le concept d’école primaire pour celui d’école de base). Nous avons enfin répondu à ceux qui, de leur hauteur, jettent un regard de mépris sur les langues nationales, qu’ils ne devraient pourtant pas ignorer eu égard à l’importance stratégique partout confirmée de leur introduction à l’École.

Mais, lorsque certains d’entre eux qualifient mes propos de réactionnaire au prétexte qu’il est inutile de lutter contre la France (sic), ils donnent une preuve supplémentaire de leur totale incompréhension sur ce point. Or, nous n’avons rien prétendu de tel. Il nous faut rappeler ici une évidence, pour dissiper tout malentendu : les langues afar et somali, de même que la langue française, n’appartiennent à ceux pour lesquels elles sont maternelles. Par définition, une langue appartient à tous ceux qui la maîtrisent. Nous avons distingué les langues des nationalités et des pays. Ce n’est pas à nous mais à eux-mêmes que les auteurs doivent s’en prendre pour cette généralisation abusive. La seule chose qu’il faut se demander, est donc celle-ci : est-il logique et réaliste d’enseigner à nos enfants dès le CI à renommer en français le réel qui les entoure et qu’ils appréhendent dans leur langue maternelle ? C’est pourtant ce que les instituteurs exigent de nos enfants à l’école: nommer les tables, les chaises, la parenté, les fables, les contes, raconter une histoire en français : on pourrait multiplier les exemples à l’infini. Le fait est que c’est uniquement dans les ménages à haut niveau de scolarisation que le français est couramment usité à la maison : l’école ne fait donc que reproduire des inégalités sociales fondées sur la maîtrise de cette langue. Et ce n’est pas un hasard si les enfants des classes sociales supérieures sont les seules à fréquenter les écoles françaises : Nativité ou Dolto.

Le plaidoyer pour la réforme de l’École aurait gagné en crédibilité si le ministère avait publié les résultats effectifs des élèves ; or, il s’en est bien gardé, à juste titre. Pour toutes ces raisons, il nous est difficile de partager le sentiment triomphaliste des auteurs de la réforme. Un tel langage de satisfaction est le malheur qui s’ignore. Ainsi, faute de convaincre sur le terrain, il leur faut convaincre par l’image, ce qui explique le tapage médiatique, la multiplication es journaux édités par le ministère, les colloques et rencontres organisés, etc. La débauche verbale est une nécessité dans cette économie de l’impuissance. Le bavardage nous semble être quant à lui comme une manière de nier le réel. On préfère discuter de tout et de travers, superficiellement, de toutes choses insignifiantes, pour éviter d’aborder en paroles et en pensée ce qui est réellement important. Une autre manière de faire accepter ce que la simple logique rejetterait et d’entourer la discours en question, en témoigne encore l’ouvrage édité par le ministère, qui retrace le bilan de la réforme, de considérations apologétiques. L’attention du lecteur est détournée du problème crucial, de la vérité du discours sur la réforme, pour se porter sur d’autres questions. Mais nous savons que l’apologétique est un déguisement qui veut combattre la nécessité de créer un authentique système.

La recherche de l’authenticité exige quant à elle la rigueur de la pensée, au-delà des slogans. Du reste, peut-on parle de réforme quand en réalité on ne fait que perpétuer la logique coloniale qui a imposé le français comme unique langue de scolarisation. On ne peut qu’être encore frappé dans cette réforme par la persistance d’éléments tout à fait traditionnels, de discours au milieu de la prétendue nouveauté : le thème de la généralisation scolaire est un exemple frappant. Dès l’accession de notre pays à la souveraineté, l’objectif d’un enseignement public de masse fut très tôt proclamé. L’actuelle réforme ne semble suivre que la même politique, tout en se gardant de refonder le système en profondeur. Proposer une réforme, c’est marquer une rupture avec l’ancien système ; or, tel n’est pas le cas aujourd’hui. Pourtant, le discours du ministère de l’Éducation est partout applaudi, on le qualifie de révolutionnaire. C’est de n’avoir rien appris et d’être voué à la répétition de la renonciation à soi, qui doit être sans cesse dévoilée, dénoncée. Mais il est toujours possible de chercher la cohérence et la logique de l’attitude de quiconque veut aller plus loin, qui refuse de se contenter du fait accompli.

Nous revendiquons le droit d’explorer la vérité par une voie nouvelle. Au demeurant, la complète faillite du système éducatif classique excuserait toute tentative et la stérilité de l’orientation classique devrait inciter ses adeptes (je parle ici des auteurs de la réforme) à plus de mesure et de modestie dans leur critique des enseignants : il est vain de les critiquer quand les responsabilités incombent à ces auteurs incapables de percevoir les contradictions internes dans lesquelles l’actuel système s’est enfermé.

Certes, on ne saurait nier le formidable effort d’investissement entrepris pour améliorer l’actuel système éducatif (augmentation de ses capacités d’accueil, multiplication des postes d’enseignant). Cependant, la portée de ces actions reste limitée : elles ne couvrent qu’une partie des besoins. D’ailleurs, en cela, le ministère n’a fait que suivre les recommandations de la Banque Mondiale (dont nous regrettons ici le déphasage par rapport à nos réalités) qui s’intéresse plus au budget consacré à l’Éducation, qui reste confiné dans des généralités sur la nature des matériaux utilisés pour la construction des écoles, qu’à la question « simple mais essentielle de savoir si les enfants comprennent ou non la langue dans laquelle on leur donne l’enseignement » comme l’écrit Chaudenson dans sa « nouvelle francophonie ».

On l’aura compris, la rhétorique de la réforme devenue une langue nationale supplémentaire a pour dessein d’occulter la réalité de la défaite de la pensée. Elle a pour fonction, pouvons-nous dire encore, de faire l’économie d’une réflexion autonome puisant aux meilleures sources des principes d’éducation et fortement ancrée dans les réalités de la société djiboutienne : quand 80% sont analphabètes, est-il sérieux d’imposer le français ? Les inconséquences dont les auteurs de la réforme se sont rendus coupables en généralisant un présupposé de classe, parce qu’ils parlent le français à la maison à leurs enfants, nous laissent penser que l’idée de la réforme n’est qu’un prétexte. Notre analyse nous permet d’ores et déjà de supposer que les discours sur la réforme (et leur tapage médiatique) n’est pas seulement au service d’intérêts pratiques (ils n’indiquent pas un vrai désir de changement) mais de s’assurer de la reconduite de certains dans les affaires du pays.

Sur un autre plan, on peut légitimement s’étonner de voir s’accepter la réforme telle qu’elle se présente, avec un contenu pauvre, des prétentions que ses méthodes et sa pratique rendent dérisoires. Il est désormais clair que sa force ne lui vient pas d’abord de son contenu de vérité : sa valeur ou sa fascination proviennent d’une régulation externe qui en impose, avec sa certitude et son assurance, ses thèmes, concepts méthodes et toute leur légitimité. Seules les « autruches » que nous comptons parmi les cadres du ministère pourront nier cela. En réalité, ils ne feront qu’ânonner ou bégayer des concepts venus d’ailleurs. Mais la négation de soi nous installe dans une éternelle dépendance. L’aide et l’assistance caractérisent notre être ; en témoigne par exemple le discours du ministère de l’Education dans son ouvrage sur « la réforme de l’école. Bilan des réalisations ». Voici ce qui y est écrit pages 4 et 5 : « Il a fallu pour conduire la réforme, faire appel à nos partenaires financiers et techniques ». Le langage adopté est celui de la servilité et de la négation de soi. On veut s’affirmer selon une loi qui n’est pas celle de son être : l’entreprise est contradictoire. C’est ainsi que s’explique la haute estime souvent peu justifiée où l’on tient les idées des autres, de même que le mépris pour tout ce qui est authentiquement national.

Quant à nous, il nous faut dénoncer cet état d’esprit qui permet le déni de soi, de sa culture propre. Car, on ne comprend pas comment les assistants techniques qui ignorent la morale propre de notre société, nos besoins concrets, pourraient comprendre mieux que nous ne comprenons, nous apporter l’aide dont nous avons vraiment besoin. Il est difficile pour nous d’accepter un tel état d’esprit.

Apparaît encore un autre phénomène, que peu ont relevé : c’est celui de s’octroyer des parrains (ainsi du ministère sollicitant toujours l’avis des experts de la Banque Mondiale, de l’UNICEF, etc, qui les supplie de donner leur assentiment). On est allé jusqu’à solliciter l’onction de l’ambassadeur de France (voir Educ-Info/MENESUP n°10 de mai 2004 : on y trouve en page 6 le compte rendu de la réunion du 24 mai) pour donner sa « bénédiction » à la réforme. On aura saisi le sens de cet étrange comportement : le ministère recherchait une caution de conformité de la part des anciens maîtres.

Si nous étendons nos observations au niveau du collège et à l’université, nous ressentons les mêmes ambiguïtés, les mêmes embarras. Les contenus des disciplines enseignées n’ont jamais été clairement définis. Ainsi, l’Histoire et la Géographie la littérature étudiées sont celles de la « métropole des vrais hommes ».

Pour le ministère, peu importe que le contenu des disciplines soit sans aucun encrage réel, sans lien avec les besoins réels de notre pays, il lui faut accepter cela. Mais, quel genre de citoyen voulons-nous vraiment former pour demain ? Le système actuel, tel qu’il est constitué, ne produira comme il l’a produit par le passé, qu’une élite acculturée, incapable de scruter la réalité de notre société. On a toujours privilégié la culture cosmopolite. Il en est ainsi parce que ce n’est pas le ministère de l’Éducation qui fixe ni organise les programmes. Les professeurs sont jugés dignes d’exercer leur fonction au collège ou a l’université à partir du moment où ils ont obtenu les attestations et diplômes par les universités françaises. Du reste, n’est-ce pas un abus de langage que de parler d’université autonome à Djibouti, quand en réalité on ne fait que reproduire le modèle français ?

Les considération énoncées plus haut montrent que notre pays est à la croisée des chemins : ou bien nous nous engageons dans la voie d’une profonde réforme utile à la majorité de nos enfants, ou bien nous continuons à maintenir l’actuelle tyrannie d’un système sans finalité collective parce que ne profitant qu’aux enfants des classes supérieures.

A.W


Courrier des lecteurs

« Je tiens par la présente vous demander de bien vouloir insérer dans les colonnes de votre journal cette copie de mon message électronique dont je sais que la Nation ne le fera pas. Comme vous constatez j’ai réagi à l’offre d’emploi du Port de Djibouti. Sachez enfin que j’avais envoyé cette réaction pour soulager ma conscience.» Sachant nous aussi que ledit journal gouvernemental étouffera toute réalité incompatible avec la propagande officielle, et considérant inadmissible qu’au chômage endémique s’ajoute le favoritisme qui pénalise la majorité des postulants non pistonnés par le régime, c’est un devoir pour nous de publier ce cri de détresse et de révolte.


Djibouti, le 24/02/05

VOS LECTEURS VOUS ECRIVENT :

A

Mr le rédacteur en chef de la NATION

lanation@intnet.dj

*

DJIBOUTI DOIT ETRE UNE REPUBLIQUE DES CITOYENS

ET NON UNE REPUBLIQUE DES COUSINS ET DES CLANS.

Dans l’édition du Mercredi 16 Février 2005, le Port de Djibouti faisait une annonce d’offre d’emploi concernant son service de pompier qui sera créé prochainement.

Je tiens à réagir à cette offre du port parue dans cette édition et je vous demande de bien vouloir insérer cette réaction dans vos colonnes.

Il est demandé officiellement aux citoyens djiboutiens d’avoir des conditions normales ou la compétence est exigée. Ces conditions sont bien sur l’âge, des diplômes, un casier judiciaire vierge et un CV bien garni…

Il n’est un secret pour personne qu’il faut aussi montrer « pattes blanches » même après avoir remplis les conditions officielles.

Pour cela il faut justifier par des preuves à l’appui que les candidats à ces postes sont des «citoyens honnêtes.»

Ces citoyens honnêtes sont, ceux qui soutiennent profondément ce régime et ont par conséquent les droits à être embauchés dans les services publics avant les autres. Il faut dire aussi que la priorité est donnée au clan du président même s’il y a très peu de chômeurs en son sein.

Pour le poste du chef de service du future service pompier du port, au lieu de prendre le plus compétent des chômeurs, l’exécutif décide de mettre en position d’indisponibilité un officier mobilisé qui est réellement sergent du pompier et proche famille du président à cette poste. Quant aux autres, ces sont des sous citoyens selon les critères de l’exécutif.

Il serait donc judicieux de ne pas insulter l’intelligence des djiboutiens et d’ajouter aux conditions, lescritères essentielles (conditions officieuses) que sont :

1) Détenir la carte d’adhérent du RPP,

2) Avoir une caution morale d’un membre du bureau politique de ce parti.

En 2001, lors d’une embauche des employés de la sécurité de ce même port, j’avais répondu à toutes les conditions officielles. J’avais été qualifié et mon nom était apparu dans la Nation du Lundi 17 Septembre 2001, mais je n’avais pas montré pattes blanches.

Dans cette même année un autre djiboutien avait été sélectionné pour le poste du chef de service de la sécurité mais il n’a pas pu montrer patte blanche donc présenter une caution morale. Ce dernier il faut reconnaître était plus diplômés et plus expérimenté que moi et avait même été un officier d’un corps national.

C’est fort regrettable qu’afin de participer au développement de mon pays les responsables politiques s’il y a et les établissements publics m’obligent à faire la danse du ventre et à mentir.

Dans tous les cas, je ne regrette pas d’avoir soutenu l’UAD lors des dernières élections. Cette fois-ci je serais beaucoup plus malin et je ferais tout pour avoir ce travail de pompier.

Ne dit-on pas que l’expérience corrige !!!

Signé : Daniel


COMMENTAIRES

Merci de nous avoir fait confiance pour la publication de cette lettre : que « La Nation » l’ait censurée ne nous étonne guère. Tout comme nous comprenons l’usage du prénom Daniel : c’est certainement un pseudonyme utilisé pour préserver ses chances de postuler à un futur emploi : c’est dire combien le simple droit d’exprimer son désarroi n’est pas toléré sous ce régime.

La triste histoire que vous nous racontez confirme la pertinence de nos analyses : non seulement ce régime impose un chômage massif aux jeunes du fait de choix budgétaires incohérents de la mauvaise gouvernance privilégiant le gaspillage et le favoritisme, mais en plus il crée une intolérable ségrégation entre concitoyens auxquels l’avenir devrait normalement appartenir. Il faut en finir.


*  *  *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 127 du mercredi 23 février 2005

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Réalité numéro 127 du mercredi 23 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Forçats des temps modernes
  3. Présidentielle 2005 : la LDDH s’inquiète pour la paix civile
  4. Gros plan sur Adan Mohamed Abdou
  5. Le régime condamné par l’ORAF-CISL
  6. Communiqué du PDD
  7. Mise au point d’un militant du PDD

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 127

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

A ARMES ÉGALES

Le mot d’ordre de boycott actif lancé par l’UAD contre la prochaine élection présidentielle suscite une grande effervescence. La nouveauté est à la mesure de l’incertitude qu’elle implique. Pas pour nous : par cette position salutaire, l’opposition se met tout simplement en conformité avec un environnement institutionnel caractérisé par l’abus de pouvoir et le détournement du verdict des urnes. Cela, tout le monde le sait, mais le rappeler n’est pas inutile. Emprisonnements, licenciements, salaires suspendus, carrières brisées, pensions de retraite bloquées, etc. : les démocrates qui endurent ces épreuves du seul fait de leurs convictions politiques ne peuvent, de surcroît, cautionner une injustice supplémentaire sous prétexte de rendre justice à un peuple qui n’a pas droit au chapitre. C’est cela, le boycott actif, se mettre à l’abri de l’illégalité qui fonde ce régime, refuser ses magouilles électorales en les empêchant d’advenir. Certes, la légalité n’existe que sur le papier, mais nos actions s’inscriront toujours dans un cadre pacifique et la panoplie des moyens à notre disposition est vaste. Donc, si notre position est inédite, c’est pour nos adversaires que l’incertitude doit être insupportable.

Pour tous ceux qui végètent dans la docilité contre un salaire de honte, la routine que leur assurait l’impunité établie est rompue à partir du moment où nous avons décidé de la combattre. Des membres du Conseil constitutionnel à ceux de la CENI, en passant par les fonctionnaires réquisitionnés des administrations qui squattent les bureaux de vote, peu dorment aujourd’hui la conscience tranquille. Eux qui savent que, par les méthodes répressives qu’il emploiera inévitablement contre l’opposition mobilisée, le régime les offrira à la vindicte populaire. Il ne peut en être autrement, c’est dans sa nature. Sans prétention prémonitoire, aidons-les par une parabole à y voir un peu plus clair.

Certaines vaches ont beau être sacrées et certains taureaux castrés, tous les bovins broutent de l’herbe. Après avoir ruminé, ils éliminent comme d’autres organismes humains : c’est la production de la bouse. Sous son écœurante banalité, cette bouse, et l’on en a peu conscience, a des effets dévastateurs. Elle contribue à l’effet de serre et au réchauffement de la planète, étant donné qu’elle contient du méthane. Mais pour certains humains, la bouse une fois sèche est d’une grande utilité, puisqu’ils s’en servent comme combustible, à la place du charbon ou du pétrole. Ça brûle indéfiniment et à petit feu. Quel rapport avec la politique en général et la prochaine élection présidentielle en particulier ? C’est qu’en violant l’accord de paix du 12 mai 2001 et en refusant d’instaurer un environnement institutionnel pacifié, propice à une saine compétition électorale, ce régime a lui-même mis le feu, pas aux poudres qu’il est le seul à posséder, mais à cette bouse. L’étincelle de la révolte est née de cette illégalité. Ou, plus exactement, la résistance s’apparente à cette étincelle, en ce qu’elle est sans cesse alimentée. Alors, d’où vient cette bouse ? Tout simplement de la mauvaise gouvernance : le pouvoir en place produit ainsi les conditions de sa propre perte. Et il y en a tellement !

Voilà le topo : cette fois-ci, le régime ne pourra pas prétendre qu’il aura gagné faute d’opposition. Peut-être sera-t-il condamné à balbutier qu’il aura gagné pour avoir sauvagement réprimé cette opposition. Répression qui, à l’instar de la bouse de tout à l’heure, ne fera qu’alimenter d’autres formes de résistance : qui tirera le premier aura perdu et ce ne sera jamais nous, pour qui la paix doit être une réalité, jusque dans les urnes.


Forçats des temps modernes

Dieu merci, à l’ARD, nous sommes capables de nous défendre, au moins en les dénonçant publiquement, contre les agressions multiformes du régime, telles que les violations de l’accord de paix du 12 mai 2001. La plus grande fierté de notre journal est sans conteste lorsque des victimes ordinaires de la mauvaise gouvernance nous contactent pour que les injustices qu’elles subissent soient portées à la connaissance du public. Parmi elles, les jeunes recrues spoliées de la Police attirent cette semaine notre attention : tout le monde ne travaille pas durant des années sans salaire.


L’événement était en soi extraordinaire : c’était la première fois qu’un corps (la Force Nationale de Police) perdait sa tête (son général, le défunt Yacin Yabeh). Car à part lui, aucun chef de corps n’a jamais été remplacé depuis l’Indépendance, hormis un actuel vice-président d’un parti d’opposition, brutalement radié de la Gendarmerie pour des raisons sectaires que nul n’ignore. Quoi qu’il en soit, le remplaçant de l’ancien général, nommé à la suite des tragiques incidents du Ramadan 2000, avait été invité par le sommet de l’État à procéder au recrutement de nouveaux éléments dans la Police. Histoire, paraît-il, de tempérer le monolithisme tribal de ce corps par un brassage des communautés en son sein.

C’est ainsi que quelque 200 jeunes ont été incorporés dans la FNP en avril 2001. Après un stage de formation de six mois à l’école de police de Nagad, ces éléments furent affectés dans les différents services de la Police, y compris sur le terrain. Soucieux de régulariser leur situation, le nouveau patron de la Police avait aussitôt transmis leurs dossiers au ministère de l’Emploi et à celui des Finances , sous couvert de sa hiérarchie, afin que les recrues de cette ère nouvelle commencent à percevoir le solde qui leur est dû.

Les problèmes commencent alors : la régularisation de leur situation rencontre des difficultés si insurmontables… qu’elle n’aboutira jamais. Il se raconte (la confirmation viendra certainement un jour) que certaines personnalités au bras long auraient exigé un droit de péage : avaliser le document de régularisation en échange du recrutement surnuméraire de quelques cousins et neveux.

Ce que le sommet de l’Etat n’avait pas permis au colonel Ali Hassan qui, de guerre lasse, abandonna ce combat perdu d’avance contre le népotisme ambiant. Pas de régularisation, donc pas de solde : les recrues travaillèrent donc gratuitement et sans couverture sociale, pendant plus de trois ans, du 25 mai 2001 au 15 juin 2004 très exactement.

Et si l’un d’eux avait été blessé ou même tué dans l’exercice de ses fonctions ? Pour le régime, la question ne se posait pas. Comme c’était le dernier de ses soucis de savoir si des citoyens au courant que tant de policiers censés les protéger travaillaient en fait en toute illégalité, sans matricule ni solde !

Un beau jour, le colonel remplaçant fut à son tour remplacé, ne correspondant manifestement plus au profil de l’emploi. Et les choses commencèrent à se clarifient, mais pas dans le bon sens, ni par le bon sens d’ailleurs.

Par la note de service n°337/DGPN/04 en date du 15 juin 2004, c’est la radiation pure, simple et sans aucune indemnité qui leur est annoncée en ces termes :

« Les jeunes recrus dont les noms sont cités en annexe ci-joint sont rayés des contrôles pour leurs indisponibilités. Le budget de la Police Nationale ne permettant pas leur engagement, ils seront libérés dès la publication de la présente note. » Il y a comme une contradiction dans cette note : en langage décodé, l’indisponibilité est synonyme de désertion ou d’abandon de poste. Passons. Tout étant négociable, sauf le droit, une partie de ces nouvelles recrues a été radiée sans aucune indemnité, une autre travaille encore, mais sans être rémunérée. Plus grave, certains licenciés ont été à nouveau recrutés, pour l’essentiel dans les formes et perçoivent leurs soldes.

Quant aux spoliés ayant travaillé tant d’années sans salaire, puis congédiés sans indemnité, ils ont en vain tapé à toutes les portes. Après celle de leur hiérarchie policière, ce sont l’Inspection du Travail et les instances judiciaires qui se sont déclarées incompétentes en la matière. Il leur a même été suggéré de s’adresser à un Tribunal du Contentieux Administratif, qui n’existe que sur le papier : les justiciables savent qu’il n’a pas fonctionné depuis près de dix ans !

Ensuite, leurs démarches auprès du Premier ministre ont été plus brutalement improductives. Ayant déposé leurs doléances à son Cabinet dès juin 2004, il leur a gentiment été de revenir en septembre, après les longues vacances estivales. Revenus dans les délais impartis, les couloirs de la Cité ministérielle ont un beau jour tremblé sous les pas du Premier ministre qui, les poursuivant fou d’une colère sans fondement, a estimé fondamental pour son mandat, qu’ils soient purement et simplement incarcérés. Destination le commissariat central de leur ancienne Police, qui les a hébergés contre leur gré : emprisonnés pour avoir revendiqué le salaire de trois années de travail ! Intimidés et menacés d’un emprisonnement de plus longue durée à Gabode s’ils persistaient, c’est en désespoir de cause qu’ils ont finalement écrit au chef de l’État afin d’être restaurés dans leurs droits.

Dans cette nouvelle lettre en date du 8 décembre 2004, ces licenciés de la FNP sollicitaient au moins une indemnité de licenciement. Ce qui serait la moindre des choses : même en tant que chômeurs disposant de beaucoup de temps libre, ils n’ont pas le cœur à philosopher sur les voies du favoritisme en vertu duquel les citoyens sont plus égaux que d’autres.

Pour le moment, le docteur honoris causa n’a pas encore daigné donner suite à leur courrier, lui qui se prétend pourtant si proche des préoccupations quotidiennes de ses concitoyens.

A moins qu’il n’ait pas pu résoudre l’énigme ainsi soumise à sa sagacité : comment indemniser quelqu’un dont le recrutement n’a pas suivi le cours légal des choses ? En d’autres termes, il faut vivre pour mourir. Et s’il leur permettait tout simplement de revivre en les réintégrant dans une Police dont ils n’auraient jamais dû être radiés ?

A considérer la mésaventure de ces jeunes, les incorporés du SNA ont quelques soucis à se faire quant à leur avenir. L’embrigadement qui leur est proposé, sans réelle formation professionnelle, cachant mal une nouvelle militarisation de la jeunesse : future chair à canon ? Mais, pour quelle guerre ? Certainement pas celle contre le chômage et le sous-développement : les radiés de la FNP auraient été, à coup sûr, en première ligne et leurs droits fondamentaux respectés.


Présidentielle 2005 : la LDDH s’inquiète pour la paix civile

Se posant de légitimes questions quant au devenir de notre pays avant, pendant et après l’échéance électorale à venir, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains a publié la note d’information ci-dessous reproduite, à l’intention de la Fédération Internationale des Droits Humains (FIDH). Il nous a semblé utile que nos concitoyens en prennent également connaissance.


DU 20 FEVRIER 2005

SUR LE REPORT DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES

1) Histoire coloniale

L’actuelle République de Djibouti est devenue une colonie française avec le traité de 1862.

Après qu’un contentieux avec les autorités indigènes ait conduit la France à quitter la rade d’Obock, c’est autour de la nouvelle ville de Djibouti, créée pour les besoins du chemin de fer à destination de l’Éthiopie, que des populations en quête de travail se sont rassemblées, devenant ainsi des citoyens français.

Aux fins de pérenniser sa présence, face aux résistances de toutes origines, la puissance coloniale a mis en place une politique de balance entre les différentes composantes, au gré des rapports de force.

Politique de division qui se retrouve dans les différentes dénominations du territoire : Territoire d’Obock et Dépendances, Côte Française des Somalis et Territoire Français des Afars et des Issas. Changements de dénomination qui allaient déterminer tout le processus de décolonisation.

2) Processus de décolonisation

Bien malgré elle, la présence coloniale allait provoquer une remarquable élévation de la conscience de classe, à travers la naissance des premiers syndicats de travailleurs dès 1948, plaidant pour une égalité de traitement avec les travailleurs métropolitains.

Après des révoltes sporadiques et circonscrites dans l’arrière-pays contre la puissance coloniale, les premiers mouvements massifs de décolonisation apparaissent à partir de 1958 dans la Capitale.

Au référendum sur l’autodétermination de cette année-là, Mahmoud Harbi avait appelé à voter Non contre la présence française. Après cet échec, Mahmoud Harbi décide de s’exiler.

Le référendum de 1967 donnera officiellement le même résultat en faveur du maintien de la présence française, grossissant un peu plus les rangs du FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalis) créé dès 1963.

3) Indépendance

Après ces deux échecs, la lutte pour l’indépendance allait connaître un renouveau décisif avec la création de la LPAI (Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance). Toutefois, derrière sa façade unitaire, la suite des événements allaient rapidement démontré que tous ne combattaient pas exactement pour la même cause : celle de l’unité nationale.

4) Instauration du parti unique

Les divergences au sein de la LPAI ont éclaté au grand jour dès les premiers mois de l’Indépendance. A la suite d’un attentat contre le Palmier en Zinc, le nouveau régime procède à une vaste répression dans la communauté afar. Ce qui conduit le Premier ministre Ahmed Dini à présenter sa démission. Tandis qu’une partie de la jeunesse de cette communauté choisit l’exil et la lutte armée. Tous les attentats déstabilisateurs restent évidemment encore dans l’impunité la plus absolue car profitable pour un groupe.

Au congrès du 4 mars 1979, la LPAI se transforme en RPP (Rassemblement Populaire pour le Progrès). En vertu d’un multipartisme hérité des textes juridiques de la période coloniale, certains hommes politiques tentent de mettre sur pied un parti politique dénommé PPD (Parti Populaire Djiboutien) en septembre 1981. Ils seront emprisonnés dans différentes casernes de l’Armée dans le Nord et le Sud du pays. En corollaire, tous les partis politiques autres que le RPP sont interdits par une loi de mobilisation générale en octobre 1981.

II) HISTORIQUE DES CONFLITS ARMÉS

1) Premier conflit dès 1977

Une partie de la jeunesse du MPL (Mouvement Populaire de Libération) et de l’UNI (Union Nationale pour l’Indépendance) choisit de combattre le nouveau régime par les armes. Ainsi est née le FDLD (Front Démocratique de Libération de Djibouti), basé en Ethiopie. Mais devenu un petit pion sur le grand échiquier régional, et malgré quelques actions militaires plus symboliques qu’efficaces, ce mouvement se désagrège dès 1983 et l’essentiel de ses membres regagne le pays. Pour la plupart, ils y seront sauvagement torturés, puisque aucune loi d’amnistie les concernant n’avait été votée, ni même envisagée.

2) Du FRUD aux FRUD

Malgré cela, la situation intérieure n’évolue pas dans le sens d’une pacification. Le parti unique, caractérisé par une politique de ségrégation tribale et un étouffement des libertés, provoque à nouveau une résistance armée. Un coup d’Etat est avorté en janvier 1991. Suite à la fusion de trois mouvements, le FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie) naît en août 1991 et déclenche des opérations militaires de grande envergure dès novembre de la même année. Son programme est relayé par une opposition pacifique connue sous le nom de FUOD (Front Uni de l’Opposition Djiboutienne), donnant une dimension nationale à ce qui est présenté condonnant une dimension nationale à ce qui est présenté comme un combat contre la dictature du parti unique. Des exactions perpétrées contre les civils par les troupes régulières un peu partout dans le pays accompagnent chaque succès militaire du FRUD. Après avoir rapidement conquis les ¾ du pays, le FRUD voit son offensive bloquée par une médiation française qui n’aboutira pas. Chassé des zones qu’il contrôlait à la suite d’une offensive générale des troupes gouvernementales, le FRUD connaît de profondes dissensions internes. Une partie importante de ce mouvement signera avec le gouvernement un accord de paix en décembre 1994. Lequel accord prévoyait, entre autres, un rééquilibrage ethnique et une décentralisation territoriale. Des responsables de cette faction entrent d’abord au gouvernement, puis à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une alliance avec le RPP. Aucune réforme démocratique n’est initiée dans le cadre de cet accord qui n’a même pas été dûment soumis à l’Assemblé nationale pour ratification, contrairement au suivant. L’autre faction continue sa lutte armée jusqu’à ce qu’un accord-cadre soit signé entre elle et le gouvernement le 7 février 2000 à Paris. Une troisième faction verra alors le jour, contestant le bien-fondé de cette initiative de paix et lui préférant l’exil, en attendant la reprise de la lutte armée.

3) L’Accord de paix du 12 mai 2001

Ce premier pas initié à Paris conduit à des négociations à Djibouti entre le gouvernement et la faction désormais dénommée FRUD-armé. Au bout d’un an, elles aboutissent à la signature d’un accord de paix définitive le 12 mai 2001. Outre la réhabilitation des zones affectées par le conflit et l’indemnisation des biens civils détruits ou pillés par les troupes gouvernementales, les deux volets les plus importants de cet accord prévoient

a) une réelle décentralisation territoriale,

b) d’importantes réformes démocratiques, à travers l’accès à la citoyenneté pour tous les citoyens privés de pièces d’identité et la transparence électorale qui a toujours fait défaut à grâce au multipartisme intégral, la mise en place d’une Commission Electorale Nationale Indépendante et le réforme d’un Conseil constitutionnel uniquement et directement intégré au pouvoir en place dans le contexte actuel.

III) LES ÉLECTIONS DEPUIS LE RÉFÉRENDUM

SUR LA CONSTITUTION DE SEPTEMBRE 1992

1) Tenue du référendum dans un contexte de partition du pays

Sommé par la communauté internationale de procéder à une ouverture démocratique, le régime met en place une Constitution qui sera adoptée par référendum en septembre 1992. Mais, à cette époque, l’essentiel du pays était sous contrôle du FRUD qui avait d’ailleurs appelé au boycott à travers le FUOD

2) Législatives du 18 décembre 1992

Profitant de la relative ouverture politique, deux nouveaux partis ont vu le jour : le PRD (Parti pour le Renouveau Démocratique) et le PND ( Parti National Djiboutien). Seul le PRD a participé avec le RPP aux législatives du 18 décembre 1992. Ce parti d’opposition en a par la suite contesté les résultats, dénonçant des fraudes massives.

3) Présidentielle de 1993

Outre trois autres outsiders, deux concurrents s’affrontent : le Président sortant Hassan Gouled, dont c’était là le troisième mandat anticonstitutionnel, et celui du PRD, M. Mohamed Djama Elabé. Là encore, le représentant de l’opposition a contesté le résultat.

4) Présidentielle de 1999

Toute l’opposition, y compris le FUOD qui avait jusqu’à présent boycotté chaque consultation électorale, se range derrière son candidat unique, M. Moussa Ahmed Idriss, face à celui du régime, neveu de Hassan Gouled et son chef de cabinet depuis 1977 : M. Ismael Omar. Aux fraudes aussitôt dénoncées, succède un assaut de la Police contre le domicile du candidat malheureux, au cours duquel son fils adoptif tombe sous les balles des policiers et lui-même arrêté et jeté en prison.

5) Législatives de janvier 2003

Avec l’instauration du multipartisme intégral à partir de septembre 2002, cinq nouvelles formations politiques voient le jour, dont deux rejoindront le camp du régime : il s’agit du PSD (Parti Social Démocrate) et du PND (Parti National Djiboutien). Les quatre autres, l’ARD (Alliance Républicaine pour le Développement), l’UDJ (Union pour la Démocratie et la Justice) le MRD (Mouvement pour le Renouveau Djiboutien) et le PDD (Parti pour la Démocratie et le Développement) concluront une alliance de l’opposition dans le cadre de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) lors des législatives de janvier 2003.

De multiples fraudes ont, encore une fois, été constatées et dénoncées : 52% du corps électoral ne s’étant même pas rendu aux urnes, soit faute de carte d’électeur, soit pour la majorité des cas n’ayant plus du tout confiance dans la sincérité, à la transparence du processus électoral. L’ensemble de ces fraudes a été consigné dans un dossier de recours en annulation déposé par l’UAD auprès du Conseil Constitutionnel. Une fin de non-recevoir lui a été opposée, malgré les preuves flagrantes, dont les moindres ne sont pas les brutalités contre les délégués de l’opposition, les détournements des urnes par l’Armée ou encore un représentant de la CENI pris en flagrant délit de bourrage d’urne à Tadjourah. Sans oublier le fait que les membres de ladite CENI n’ont jamais rédigé un rapport final : celui officiellement remis au chef de l’État par son président est donc manifestement un faux établi en dehors de toute légalité.

IV) FAUT-IL CAUTIONNER

LA PROCHAINE ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE ?

1) Les réformes démocratiques prévues par l’Accord sont-elles effectives ?

Pour le gouvernement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, fier d’une paix des armes somme toute bien précaire. Il affirme avoir respecté tous ses engagements afin de consolider la paix

2) Le point de vue de l’opposition

Pour sa part, l’autre partie signataire de l’accord de paix du 12 mai 2001 dénonce inlassablement les multiples violations perpétrées par le gouvernement et l’ayant vidé de toute réalité. De fait, deux points méritent d’être soulignés.

D’une part, la décentralisation, même sous sa forme amendée par l’Assemblée nationale, n’a toujours pas été mise en place, malgré les promesses gouvernementales. Les actuels conseils régionaux désignés par la Présidence de la République sont loin de satisfaire les profondes aspirations des populations, surtout que la population de la Capitale en est pour le moment exclue.

D’autre part, les réformes démocratiques prévues n’ont pas connu non plus l’application attendue : la mise en place de la CENI a été menée unilatéralement par le régime, la distribution des pièces d’identité nationale reste marginale et discrétionnaire, le Conseil constitutionnel n’a pas été réformé et la transparence électorale est loin d’être garantie, d’autant plus, que depuis sa timide mais courageuse décision d’annuler en 1993 quelques Bureaux de vote, le Conseil Constitutionnel s’est depuis lors fait valoir d’inefficacité face aux fraudes et aussi, et surtout, les risques de répressions restent très menaçants.

3) Le point de vue de la population

Si l’on considère les seuls chiffres officiels, pourtant contestés par l’opposition, 45% du corps électoral auraient désavoué le régime lors des législatives de janvier 2003. Le boycott prôné par l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) rencontre un écho favorable au sein de tous ceux qui avaient estimé que leur alliance avait été spoliée de sa victoire à l’époque et qui ne désirent pas renouveler cette douloureuse expérience de frustration prévisible.

V) QUE FAIRE FACE À UN RÉGIME

QUI AFFECTE (TOUS TRÉSORS CONFONDUS) 47% DU BUDGET NATIONAL

À SES FORCES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ ?

Force est de regretter que le régime djiboutien n’accorde ni crédits ni importance à la consolidation de la démocratie et d’une culture de paix, comme ce devrait être le cas pour tout pays sortant d’un conflit civil. Plus grave, l’impunité la plus totale est accordée aux soldats qui s’étaient rendus coupables d’exactions contre les civils.

L’ouverture démocratique reste donc introuvable, même au niveau de la liberté syndicale autant bafouée que par le passé : la notion de société civile, dont la vitalité conditionne la valeur démocratique d’un système politique, n’a aucune réalité palpable à Djibouti

A côté de cela, la plus grande opacité demeure dans la gestion des deniers publics. D’ailleurs,

– où passe le budget du Port, celui de l’Aéroport, et autres dons extérieurs ?

– à combien s’élève la contribution des forces militaires amies et présentes en République de Djibouti ?

– combien y a-t-il exactement de Trésors publics, dès lors qu’existent différentes comptabilités opaques pour ne pas dire occultes ?

VI) RECOMMANDATIONS

Face à ces conditions, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) reste réservée et inquiète quant au bon déroulement de la prochaine présidentielle d’avril 2005, que l’opposition s’est engagée d’empêcher tant que le régime continuera à ignorer ses exigences en matière de transparence électorale. C’est pourquoi, craignant plus que jamais pour une paix civile menacée, la LDDH aurait souhaité le report pur et simple de la prochaine présidentielle.

Si le régime persiste à ignorer le profond malaise et si l’opposition (notamment l’ARD, (Alliance Républicaine pour le Développement), continuité historique du FRUD-armé partie signataire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001), maintient son mot d’ordre de boycott actif, il est clair que l’on s’achemine vers une période d’incertitude qui risque de gravement remettre en cause la fragile paix civile.

Dès lors,

1) face à la permanence des fraudes électorales depuis le référendum de septembre 1992 ;

2) face à la persistance d’un régime quasiment despotique violant sans vergogne et constamment les droits fondamentaux, les droits économiques, politiques, sociaux et culturels ;

3) face à la régression juridico sociale imposée par un système fondé sur le mensonge et l’inexistence du principe de la Séparation des Pouvoirs ;

4) face au refus méprisant d’accorder une quelconque considération à tout dialogue avec l’opposition nationale et les forces vives du pays ;

5) face à l’inexistence d’une Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) véritablement indépendantes et d’une Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire véritablement opérationnelle ;

6) conformément à la mission, de tout défenseur des Droits de l’Homme, consistant à la prévention des conflits ;

7) Tenant compte des récentes déclarations radiotélévisées et aux aspects belliqueux du ministre de l’Intérieur « escortées » par la visite du chef de l’État dans un camp militaire avec « un bâton de maréchal » rappelant tristement Mobuto et les dérives impardonnables à l’encontre du peuple Zaïrois ;

8) constatant que toute velléité d’indépendance en matière syndicale est étouffée par ce régime qui ne conçoit de société civile qu’à son service ;

la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) considère qu’il est de son devoir le plus urgent d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur la situation potentiellement et réellement explosive qui prévaut aujourd’hui en République de Djibouti ;

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) ne peut qu’exiger le report d’un an de cette élection présidentielle, afin :

1) d’instaurer des conditions favorables à des processus électoraux réellement transparents ;

2) de procéder à la refonte effective des listes électorales avec la participation de tous les partis politiques et la présence des Observateurs internationaux notamment ceux des Défenseurs des Droits de l’Homme ;

3) d’instaurer un gouvernement de transition chargé de la mise en place de tous les processus électoraux et du bon déroulement des élections indépendantes pour la Magistrature suprême (élection présidentielle) ;

4) d’organiser rapidement les élections des Assemblées Régionales promises par l’actuel chef d’Etat pour la fin de l’année 2004 ;

5) d’éviter toutes les interférences illégales des Forces armées et des instances juridico-administratives en faveur flagrante à l’équipe au pouvoir ;

6) de rendre rapidement opérationnel le Tribunal du Contentieux administratif afin que tout recours contre les abus de pouvoir soient pris en considération.

Sans l’instauration des conditions favorables à une concurrence électorale loyale, juste et équitable ;

Sans l’éradication des fléaux des fraudes électorales, alors les dangers des dérapages sanglants et les risques de conflit armé sont plus que jamais omniprésents.

NOEL ABDI Jean-Paul


Gros plan sur Adan Mohamed Abdou

Non, la célèbre émission locale ne l’a pas invité : c’est sous ce titre que le site de la Confédération Internationale des Syndicats Libres a publié une interview du secrétaire général le plus atypique, puisque c’est un responsable syndical abusivement licencié. En forme de gros pan sur le régime violeur des droits syndicaux !

Bruxelles, le 17 février 2005 (CISL En Ligne) : Adan Mohamed Abdou est le secrétaire général de l’Union djiboutienne du Travail (UDT), affiliée à la CISL. Alors qu’un nouveau code du travail défavorable au syndicalisme indépendant est en préparation à Djibouti, il nous parle entre autres de la situation précaire des travailleurs djiboutiens, des pressions menées contre l’UDT et de possibles détournements d’argent.


Où en est Djibouti en ce qui concerne les violations des droits syndicaux ?

Nos problèmes ont commencé en septembre 1995, lorsque nous avons fait une grève générale pour protester contre les ajustements structurels issus des institutions de Bretton Woods, qui aboutissaient à une retenue sur les salaires d’une somme drastique, de l’ordre d’environ 40%. A cette époque, des centaines de syndicalistes ont été licenciés pour avoir lancé des grèves de protestations, dont des dirigeants de deux centrales, l’UDT et l’UGTD (Union générale des travailleurs djiboutiens). Ces dirigeants syndicaux, dont je fais partie, demeurent toujours licenciés à l’heure actuelle. L’entreprise qui se hasarderait à nous embaucher peut être poursuivie. Cela fait donc près de dix ans que nous vivons sans salaire. Nous demeurons harcelés quotidiennement dans nos activités syndicales par les services de l’Etat. Nous vivons cette situation très difficilement, elle est intenable.

La situation syndicale dans notre pays s’est encore aggravée en 1999, lorsque l’actuel ministre de l’Emploi a hérité de ce portefeuille et a décidé de réaliser un « coup d’Etat » contre les deux centrales indépendantes en créant deux organisations syndicales fantoches, des clones syndicaux portant les mêmes sigles que les authentiques. Clones qu’il invite et prend en charge dans les réunions officielles à l’étranger, notamment à celles de l’Organisation arabe du travail, de l’OIT, etc. en les présentant partout comme des représentants de travailleurs djiboutiens, alors qu’ils ne le sont pas.

Vous êtes aussi inquiets concernant un projet de nouveau Code du travail…

Oui, un nouveau code du travail a été élaboré, puis adopté par le Conseil des ministres, en attendant son adoption par l’Assemblée nationale. Le ministère de l’Emploi y travaille seul depuis 1999 en se refusant à associer les syndicats et les employeurs à son élaboration. Les employeurs ne se sont jamais sentis menacés par cette réforme, peut-être parce que le ministre est lui-même un employeur et que les faits passés les ont rassurés. Jusqu’à présent, le code du travail en vigueur à Djibouti est celui de 1952, il date donc de l’époque coloniale.

Nous sommes déjà en retard de plus de 50 ans avec ce code, mais aujourd’hui, le nouveau code du travail remet en cause tous les droits fondamentaux de l’OIT, notamment la liberté syndicale, la négociation collective et le droit à l’organisation. Désormais, selon ce code, pour créer un syndicat, il faudra l’autorisation du ministère de l’Intérieur, du ministère de l’Emploi, de l’inspection du travail, du ministère de la Justice et du Procureur de la République.

Et si ces ministères demandent la dissolution d’un syndicat donné, le Procureur de la République pourra, sur simple décision administrative, y procéder. Ce serait revenir un siècle en arrière pour la législation djiboutienne du travail, alors que le code de 1952 n’avait pas fait l’objet d’une quelconque amélioration.

Le code du travail pourrait être adopté dès cette année, mais nous sommes en train de mener une campagne de sensibilisation et de mobilisation pour nous y opposer, via des communiqués de presse, des pétitions, des contacts au sein de l’Assemblée nationale, etc. Nous prévoyons également de manifester à cet effet.

Les syndicalistes djiboutiens sont-ils confrontés à la violence physique ?

Pas pour l’instant mais si demain nous manifestons, nous pouvons toujours être victimes de violence, ou notre famille avoir des problèmes. Nous sommes sans cesse sur le qui-vive. Nous avons pu célébrer le 1er mai 2004 sans grand incident, le gouvernement n’a pas osé nous brusquer car nous étions préparés à la confrontation mais l’année précédente, on nous avait interdit de le célébrer.

Quelle est la situation de l’emploi ?

Le chômage est galopant : selon les chiffres du gouvernement, son taux est de 70 % mais sur les 700.000 habitants de Djibouti, il n’y a qu’environ 40.000 travailleurs dans l’économie formelle. Tous les autres vivent dans l’informel, et tous ne sont pas comptabilisés dans les 70% avancés par le gouvernement. Une très grande majorité de ces chômeurs sont des jeunes. Dans ces circonstances, beaucoup de jeunes s’inquiètent pour leur avenir.

Au nom de la lutte contre le terrorisme international, en plus de l’armée française, les armées américaine, espagnole, allemande et hollandaise sont aujourd’hui présentes à Djibouti. Toutes versent de confortables subsides à l’Etat djiboutien, qui n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui en raison de cet argent. Mais cette manne étrangère ne profite pas au peuple djiboutien puisque, selon les rapports des Nations unies, la misère persiste et augmente. Le chômage reste donc endémique, tandis que le pouvoir d’achat est en chute libre.

Comment se débrouillent les gens dans l’économie informelle ?

Beaucoup dépendent de leur famille. Plus de 20% sont des nomades. Les travailleurs de l’informel sont actifs dans toute une série de domaines : chauffeurs de bus, magasins, vendeurs à la criée, vendeuses de produits agricoles de l’Ethiopie, … Nous avons organisé un syndicat de chauffeurs, mais ce n’est pas facile de maintenir le nombre de membres car il y a toujours des changements : aujourd’hui ils sont chauffeurs, demain autre chose.

Quel est le salaire d’un travailleur djiboutien ?

Le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) était d’environ 100 dollars, mais il a été annulé par une loi qui sera ensuite inclue dans le nouveau code du travail. Les écarts de salaire sont très importants : si le SMIG est à 100 dollars, un chef de service ou un directeur touche environ 2.000 dollars. Le salaire mensuel moyen est d’environ 300 à 400 dollars, mais il faut au moins 1.000 dollars par mois pour mener une vie décente, car la vie est très chère à Djibouti.

La présence de l’armée américaine a généré quelques emplois, notamment sur le plan de la sécurité. Les Américains ont voulu utiliser leur propre barème de salaire, mais il a été exigé d’eux qu’ils se conforment au barème en vigueur à Djibouti. La première fois qu’ils ont payé, les travailleurs ont reçu un salaire moyen de 500 dollars ou plus, mais le gouvernement a dit qu’il fallait payer moins, comme les autres employeurs de Djibouti.

Où en est la création de zones franches?

C’est en cours. Pour l’instant, nous constatons que ces zones franches sont confiées à une société du port de Dubaï qui, pour les construire, importe des travailleurs Philippins, car elle estime qu’ils sont moins chers que les ouvriers djiboutiens! Les ouvriers djiboutiens sont en train de préparer une offensive contre cette utilisation abusive de la main-d’œuvre étrangère pour des emplois pouvant être occupés par des Djiboutiens compétents.

C’est aussi le port de Dubaï qui s’est vu confier la gestion du port de Djibouti. Celui-ci génère des rentrées financières énormes, mais personne, en dehors de la Présidence de Djibouti, ne sait où aboutit cet argent. Même à l’Assemblée nationale ou au gouvernement, personne ne connaît la nature du contrat qui a été signé entre le port de Dubaï et celui de Djibouti. Pareil pour l’aéroport. Cette prospérité n’a donc aucune influence favorable sur le reste du pays. Des privés en bénéficient peut-être, mais pas le peuple.

Propos recueillis

par Samuel Grumiau


Le régime condamné par l’ORAF-CISL

20 janvier 2005

 

Objet : Lettre de protestation.

Excellence,

L’organisation Régionale Africaine de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (ORAF/CISL) qui regroupe 60 organisations syndicales nationales dans 48 pays africains dont l’UDT, vient d’apprendre avec indignation, l’adoption par le conseil des ministres de Djibouti tenu le mardi 08 novembre 2004, d’un nouveau code de travail élaboré unilatéralement par les autorités nationales sans une consultation préalable des partenaires sociaux que sont les organisations syndicats.

Aussi, je me trouve en droit de vous rappeler que cette procédure est contraire aux dispositions des normes internationales de l’OIT qui consacrent la coopération tripartite et le dialogue social dont notamment:

– La Convention n° 144 sur les consultations tripartites aux normes internationales du travail de 1976 ;

– La Recommandation n° 152 correspondant à la convention n° 144 sur les consultations tripartites aux normes internationales du travail de 1976 ;

– La Recommandation n° 113 sur la consultation aux échelons industriel et national de 1960.

Aussi. il me doit de vous rappeler que la coopération tripartite se résume en l’ association des représentants des travailleurs, des employeurs et du Gouvernement à un cadre commun de recherche de décisions consensuelles, de coopération égalitaire à travers de libres discutions à caractère démocratique. C’est en substance ce que prévoit la déclaration de Philadelphie qui a servi de source d’inspiration majeure à l’OIT pour l’élaboration des normes relatives au dialogue sociale et à la coopération tripartite.

Les mandants de cette organisation, dont la République de Djibouti, ont formellement adhéré à la philosophie de cette déclaration en ce qu’elle appelle « la collaboration des travailleurs et des employeurs à l’élaboration et à l’application des politiques économiques et sociales dans chaque pays »

Il y a lieu également de vous rappeler que le Code du Travail d’Outre mer, de 1952, encore en vigueur à Djibouti, prévoyait un Conseil Supérieur du Travail composé des représentant du Gouvernement, des employeurs et des travailleurs et qui a pour mission :

– l’étude des problèmes concernant le travail, l’emploi des travailleurs, l’orientation la formation professionnelle, les conditions matérielles et morales des travailleurs ;

– d’émettre des avis et formuler des propositions et résolutions sur la réglementation à venir en ces matières.

Au vu de ce qui précède, l’élaboration et l’adoption du nouveau code de travail par le gouvernement djiboutien constituent une violation flagrante des dispositions du code de travail en vigueur et est contraire à l’État de Droit.

C’est pourquoi je vous demande d’être mon porte parole auprès du Gouvernement Djiboutien pour reconsidérer sa position afin d’éviter au pays d’autres rudes épreuves.

Dans l »espoir d’avoir été bien compris, recevez, Excellence, l’expression de ma très haute considération.


Communiqué du PDD

Parti Djiboutien pour le Développement

Siège social : Quartier 2, Avenue Cheik Houmed

Boîte Postale : 892 Tél : 35.32.43

République de Djibouti

Djibouti, le 21 février 2005

COMMUNIQUE DE PRESSE

Dans le cadre de la préparation de la présidentielle d’avril 2005, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) se serait réunie dimanche 20 février pour fixer sa composition.

Selon les médias gouvernementaux qui rapportent la nouvelle, des militants de notre Parti siègeraient au sein de la CENI.

En ma qualité de Secrétaire Général du PDD, j’apporte ici un démenti officiel à cette information : notre Parti n’a tenu aucune réunion pour désigner quelque délégué que ce soit à CENI. Tous ceux que la télévision a présentés comme des nôtres ne sont pas ni des responsables ni des militants du PDD : ils n’engagent qu’eux-mêmes.

Le PDD n’a pas non plus tenu de réunion pour déterminer sa position quant à son éventuelle participation à la prochaine consultation électorale. C’est pourquoi nous regrettons la décision hâtive de l’UAD d’exclure de son sein le PDD, fondée sur une information partielle et une initiative aussi inopportune qu’individuelle.

En conséquence, en vertu des pouvoirs que me confèrent les Statuts de notre Parti, j’entame dès ce jour toutes les démarches organisationnelles nécessaires à la tenue dans les plus brefs délais d’un congrès extraordinaire du PDD pour déterminer sa position relative à la prochaine élection présidentielle.

En attendant les résolutions de ce congrès, toute personne qui, quel que soit son rang, prendra une quelconque position à ce sujet s’exposera aux sanctions, prévues par notre Règlement Intérieur, qu’appelle ce genre de comportement anti-organisationnel et incompatible avec la ligne politique du PDD.


Mise au point d’un militant du PDD

Djibouti, le 20 février 2005

MISE AU POINT

J’ai appris avec stupéfaction par la RTD ce soir, que je figurais au nom du Parti Djiboutien pour le Développement (PDD) dans la liste des membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Je démens formellement toute implication de ma part dans ce qui n’est qu’une manœuvre frauduleuse : mon Parti ne m’a jamais désigné à cet effet.

Il est inadmissible que mon nom soit utilisé sans mon consentement. Si j’avais un tant soit peu confiance en la Justice de mon pays, j’aurais sans hésiter porté plainte contre la CENI pour cet usage frauduleux de mon nom dans une entreprise dans laquelle je ne suis ni de près ni de loin impliqué.

Où s’arrêteront donc les manœuvres frauduleuses d’une CENI dont l’existence commence déjà par utiliser des noms sans le consentement de leurs titulaires ?

J’invite instamment les instances dirigeantes de mon Parti à convoquer un Congrès extraordinaire afin que son nom et celui de ses membres cessent d’être abusivement utilisés et que le PDD clarifie une fois pour toutes sa position pour la présidentielle à venir.

Bourhan Mohamed Cheikh


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 126 du mercredi 16 février 2005

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Réalité numéro 126 du mercredi 16 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Combattre l’injustice jusqu’à l’anéantir
  4. Djibouti : la lente descente aux enfers
  5. Réalité du développement humain (2)
  6. Après Eyadema, Eyadema ?
  7. Communiqué de l’UAD

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 126

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UNE FORTERESSE VIDE

Où l’on apprend que pouvoir et opposition auraient débattu des meilleures options en matière de développement économique : si la nouvelle est passée inaperçue ici, c’est que, malheureusement, cela se passait ailleurs, chez un de nos voisins plus exactement. A l’heure où l’UAD prône un boycott actif parfaitement compris par la majorité de nos concitoyens, le régime reste pour sa part fidèle à sa stratégie préférée : le mutisme sur les enjeux cruciaux. Il n’y a pas si longtemps, le Premier ministre parlait d’une nouvelle « méthodologie » qui, selon lui, caractériserait l’actuel mandat présidentiel. A défaut d’une méthodologie, qui suppose une rigueur difficilement corroborée par les faits, il faudrait plutôt parler de pathologie politique. Maladie infantile qui, dans ses multiples manifestations cliniques, nous conforte dans la justesse de notre diagnostic et du remède prescrit.

La pathologie dont souffre ce régime, c’est l’autisme. Syndrome qui se caractérise par l’incapacité à établir des relations sociales, l’absence ou les dysfonctionnements du langage, des anomalies dans la perception de la réalité et une résistance aux changements. Ainsi, l’individu autistique ne craint pas les vrais dangers, rit sans raison valable, fait le sourd, et préfère s’isoler.

Appliqués à un régime despotique, ces critères diagnostiques de l’autisme infantile, établis par l’Association Psychiatrique Américaine, se résument dans la principale caractéristique du pouvoir djiboutien: une forteresse vide. Et c’est bien compréhensible. L’usurpation compulsive n’autorisant nullement l’optimisme ou la certitude de lendemains sereins, la quête pathétique d’un nouveau mandat présidentiel à tout prix interdit toute confrontation avec une réalité perçue comme subversive. Faute de pouvoir débattre, le régime est condamné à s’isoler dans une posture défensive trahissant toute sa dangereuse fragilité.

L’enjeu est grave : quand une opposition refuse de jouer le jeu d’une compétition électorale truquée d’avance et quand elle se prévaut d’un large, pour ne pas dire majoritaire soutien populaire, tel qu’il s’était déjà exprimé le 10 janvier 2003 et tel qu’il s’est encore manifesté vendredi dernier lors du meeting de l’UAD, un large débat aurait dû avoir lieu si vraiment il y avait démocratie et respect du pluralisme des opinions. Les médias publics, pour peu qu’ils soient publics, c’est-à-dire au service du public, auraient invité des représentants de l’opposition afin qu’ils justifient leur position. Par décence et par rigueur déontologique, tel animateur télé n’aurait pas eu à spéculer sur une fantaisiste dissension au sein de l’opposition quant au choix d’un candidat. Dans le meilleur des cas, le régime l’aurait rencontrée dans un face à face contradictoire, afin que le public confronte les arguments de chacun. Mais tout cela, c’est-à-dire le respect, le peuple djiboutien sait qu’il n’y a pas droit pour le moment.

Et pour cause : par notre boycott actif, nous remettons en cause le fondement essentiel de l’imposture au pouvoir. Tant que l’environnement institutionnel ne garantira pas une vie politique pacifiée ainsi qu’une compétition transparente et honnête, il est hors de question que nous participions à quelque détournement que ce soit du verdict des urnes. Il ne s’agit pas de frileusement quitter le jeu, à la manière de quelqu’un qui, par peur d’être un jour volé, refuserait de s’acheter une voiture. Il s’agit de neutraliser les malfaiteurs afin que nul ne craigne pour ses biens, le plus précieux après la vie, étant le droit de librement choisir ses dirigeants.

Parce qu’il met en danger la vie de ses concitoyens, l’autisme despotique qui encombre encore le paysage politique africain n’a droit à aucune tolérance. Il impose ce dont il souffre : le retard et le sous-développement.


Brèves nationales

Prière du vendredi à Ali-Sabieh :

Sous haute surveillance

La nouvelle année musulmane Muharram 1426, célébrée jeudi dernier, s’annonce décidément sous de sombres auspices pour le candidat de l’imposture. Ainsi, le week-end dernier, son programme a été particulièrement chamboulé.

Dans l’après-midi de jeudi, le candidat unique avait prévu de retrouver son ranch agropastoral du Day, mais des événements de dernière minute l’ont contraint à annuler cette escapade bucolique. C’est bien dommage pour lui.

Le lendemain vendredi, pendant qu’une partie des pèlerins dépêchés à Obock priait à son intention, lui a préféré déserter une Capitale où devait se tenir un meeting de l’UAD qu’il prévoyait moins rose pour lui que sa « convention » du club hippique. Rassemblement auquel les «invités» n’ont pu assister qu’après être passés par un détecteur d’armes, sécurité que l’UAD n’a bien évidemment pas imposée à ses sympathisants : c’est au pouvoir que la confiance ne règne pas.

En grand improvisateur, il s’est donc tourné vers Ali-Sabieh pour la prière de vendredi midi. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les Assajog médusés ont été obligés pour la énième fois de prier sous haute surveillance. En effet, la soldatesque du frileux candidat s’est intempestivement mêlée aux fidèles de la mosquée d’Ali-Sabieh.

Gâchettes nerveuses que n’a pas supporté un religieux présent qui, aussitôt la prière terminée, s’est emparé du micro pour s’adresser au chef de l’État : « tous ces hommes en armes que vous nous imposez, de qui vous protègent-ils ? » La vérité est si facile pour qui l’ose. On l’imagine, le candidat solitaire ainsi apostrophé s’est éclipsé sur le champ, tandis que le courageux religieux se voyait confisquer le micro. On le voit, le premier week-end de la nouvelle année musulmane 1426 aura été difficile pour le chef de file de l’imposture.

The best is yet to come !

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Pèlerinage à Obock :

Esprit (partisan), tu étais là !

Djibouti a toujours été une terre de tolérance religieuse, la conscience collective n’y a jamais gardé aucune trace des croisades chrétiennes et des Djihad musulmans qui ont bouleversé la région au cours du XVIème siècle. Sans remonter aussi loin dans le temps, les Djiboutiens authentiques se souviennent que le repli religieux et mystique date chez nous des années 80, concomitamment au renforcement des mécanismes répressifs du parti unique. La religion est ainsi devenue le refuge de tous les déçus d’une citoyenneté bafouée.

De là à voir dans la réactivation de la ferveur mystique, comme celle du récent pèlerinage à Obock, une récupération partisane, il n’y avait qu’un pas que nous avions franchi et qui nous avait valu une vive réplique de pèlerins certainement sincères.

Malheureusement, et nous aurions préféré nous être trompés, le pèlerinage sur la tombe de cheik Bourhan, qui s’est déroulé le week-end dernier à Obock, n’a pas démenti nos craintes. Ainsi que nous l’avions prévu, tout a été organisé par le régime, et les pèlerins sincères ont dû batailler ferme pour que la récupération partisane ne prenne par les allures d’une Bérézina des consciences indépendantes.

En premier lieu, les moyens de transport dans cette région enclavée à cause de la mauvaise gouvernance, ont été fournis par le candidat solitaire, qui a mis une vedette de la Force navale à la disposition des pèlerins, pour l’essentiel natifs du coin. Alors que cette vedette, régulièrement réquisitionnée pour les déplacements des dignitaires en campagne, n’a jamais été mobilisée pour une quelconque évacuation sanitaire. Tout comme AIR FAD, toujours à court de kérosène quand il s’agit d’embarquer un malade nécessitant une évacuation sanitaire.

Pire, ce sont les forces armées gouvernementales, celles-là mêmes qui ont pillé et détruit la ville d’Obock après avoir poussé ses habitants à l’exode vers les zones rebelles, puis à l’exil dans les pays voisins, qui ont installé au centre-ville les tentes devant accueillir la cérémonie du Maoulid. Cette vérité se devait d’être rappelée, tout en nous excusant auprès des pèlerins sincères, lesquels auraient d’ailleurs refusé de s’associer à une nouveauté (Bid’a) proscrite par la religion et consistant à sacrifier des bêtes. Rite d’ignorance finalement officié par l’armée du candidat unique.

Le pèlerinage sur l’oratoire de cheik Bourhan ne serait pas la dernière trouvaille politico-religieuse du candidat fatigué et de sa secte pour assurer sa réélection : une cérémonie similaire serait pour bientôt programmée à Tadjourah, toujours dans le but de redonner des forces à la campagne d’imposture de son Excellence El Hadj.

Qui vivra verra.

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Séminaire de l’UDT au Palais du Peuple :

Silence assourdissant des médias publics

L’Union Djiboutienne du Travail (UDT), une des deux centrales syndicales de notre pays, a organisé les 10 et 11 février derniers, un séminaire de formation syndicale à l’intention de ses membres. Le thème de la formation, animée par des experts de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (ORAF/CISL) était : « Planification des stratégies et élaboration des politiques ».

Ce séminaire, boycotté par les représentants du ministère de l’Emploi, qui ont préféré ignorer l’invitation qui leur a été adressée, a regroupé une trentaine de participants, tous affiliés aux syndicats de base membres de la centrale UDT et les membres du comité exécutif de cette dernière.

Rappelons qu’une équipe de la RTD est venue couvrir l’événement, histoire de faire semblant, alors que des consignes claires de ne pas diffuser cette information aurait été dictées par la direction de ce média public. Honte au régime de tous les abus, clairement démasqué par cet énième forfait contre la liberté d’expression et la démocratie. Les experts étrangers de l’ORAF/CISL sont repartis édifié. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) saura s’en souvenir lors de ses assises de Genève en juin prochain.

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Le Premier ministre à « Gros Plan » :

La voix de son maître

Nos lecteurs l’ont souvent constaté : quand « Réalité » annonce, le régime se prononce. Ainsi, dès que notre journal eût annoncé, dans son édition de mercredi dernier, qu’un meeting de l’UAD sur l’élection présidentielle était programmé pour le vendredi, le régime a en toute hâte envoyé aux fourneaux le premier de ses figurants.

Voilà pourquoi, vendredi dernier pendant que les Djiboutiens qui ont massivement assisté au meeting de l’UAD tenu dans l’après-midi, méditaient sur le message politique délivré par l’opposition à cette occasion, la RTD annonçait que le Premier ministre s’exprimerait dans la soirée au cours de l’émission vedette « Gros Plan ».

En fait, ce fut un démagogue de second plan et second couteau qui a maladroitement essayé de démontrer 50 minutes durant que le candidat solitaire nourrissait de grandes ambitions pour son pays. Dans un entretien avec un journaliste-maison peu inspiré, le souriant numéro deux virtuel a tout d’abord rappelé tout ce qu’il devait à son Pygmalion politique : « il m’a beaucoup aidé et encadré, c’est mon maître » s’est-il écrié.

On le savait. Et après ? « le gouvernement compte débloquer les avancements et favoriser le pouvoir d’achat. Tout ira mieux désormais » s’est-il avancé. Comme quoi, et nous avions encore raison sur ce point, l’énorme ponction fiscale et tout le dispositif mis en place au début du conflit, ne devaient pas être reconduits à partir du moment où la paix avait été signée.

Allant toujours plus loin dans l’audace qu’autorise le soliloque, sa plaidoirie se fait plus précise : « il faut donner une chance au candidat qui a déjà beaucoup fait et qui espère faire mieux. Les élections auront lieu dans tous les cas de figure, avec ou sans l’opposition. J’espère qu’elles ne seront pas troublées… » Malheureusement pour lui, qui n’existe que par lui, elles ont très peu de chances d’avoir lieu sans l’opposition et tout le monde le comprendra.

« Malheureusement » est, soit dit en passant, l’adverbe qui est revenu une vingtaine de fois au cours du pitoyable plaidoyer de l’inexpérimenté avocat du candidat solitaire. Ce sera certainement la réalité de la fin, malheureusement pour eux.

Mais, alors que les téléspectateurs l’attendaient sur la réaction officielle face au boycott actif annoncé par l’opposition, il a préféré fuir ce débat (le journaliste n’a pas trop insisté non plus) en croyant savoir, selon le compte rendu généreux de « La Nation » que : « l’opposition, après le décès de leur leader charismatique feu Dini se cherche encore un leader ».

Tout d’abord, en tant que musulmans, nous sommes en devoir d’atténuer son acculturation : la formule « feu » en parlant d’un défunt est un héritage culturel des anciens Aryens, qu’un nomadisme perpétuel obligeait à systématiquement brûler les dépouilles, au lieu de les enterrer. Crémation formellement interdite par toutes les religions monothéistes. Dire « feu » à propos d’un défunt musulman n’a donc aucun sens.

Ensuite, la politique de l’opportunisme impliquant pour ses praticiens l’amnésie de leurs paroles et de leurs actes, nos concitoyens aspirant à une autre politique n’oublient pas pour leur part que, de son vivant, le regretté Ahmed Dini n’était pas si « charismatique » que cela aux yeux de notre dilettante Premier ministre. Qui n’avait pas hésité, dans un courrier officiel, à traiter de menteur l’ancien président du FRUD-armé, à propos des multiples violations de l’accord de paix du 12 mai 2001.

Violations dont certaines justifient aujourd’hui le refus de l’UAD de cautionner la prochaine mascarade électorale : refus de délivrer des pièces d’identité nationale, refus de mettre en place une CENI véritablement indépendante et un Conseil constitutionnel digne de ce nom.

Tant que des institutions réellement démocratiques n’existeront pas, le plus valeureux des leaders ne servira strictement à rien, sauf s’il refuse de participer à un jeu truqué d’avance, parce que le verdict des urnes n’est pas un jeu : c’est de l’avenir d’un Peuple qu’il s’agit.

Les fraudes du 10 janvier 2003 l’ont amplement démontré, un illustre inconnu sans aucune expérience politique aurait alors battu un leader charismatique.

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Nos oubliés du Sénégal :

Un étudiant nous écrit

Suite à notre brève de la semaine dernière consacrée aux difficiles conditions d’études et de séjour des étudiants djiboutiens au Sénégal, l’un d’eux nous a adressé un émouvant courrier électronique libellé en ces termes : « Tout d’abord, je vous passe tous mes meilleurs vœux pour cette belle année 2005. Que cette année soit prospère pour votre parti. Je me présente : je suis étudiant au Sénégal et je vous écris pour me plaindre de notre gouvernement qui n’arrive pas à tenir ses promesses électorales en faveur des jeunes.

Cette année, nous sommes de nombreux étudiants Djiboutiens dont la plupart est théoriquement boursier de l’Etat. Mais quelle bourse ? Une bourse fictive qu’on attend depuis fort longtemps. Beaucoup d’entre nous restent encore à la charge de leurs parents.

Je vous prie de transmettre mon message de détresse pour que le peuple Djiboutien sache dans quel enfer nous vivons. Excusez-moi, je suis obligé de garder mon identité secrète pour éviter des représailles à ma famille.»

Rappelons que depuis le mois d’octobre 2004, notre journal s’est fait par deux fois l’écho de la situation de nos étudiantes et étudiants au Sénégal et ce pour interpeller les autorités djiboutiennes sur le désarroi de nos jeunes injustement abandonnés.

« Réalité » continuera d’être la voix des sans voix, quoi qu’il advienne !

Merci pour ce courrier.


Combattre l’injustice jusqu’à l’anéantir

COMBATTRE L’INJUSTICE JUSQU’À L’ANÉANTIR :

ELLE EST UNE ANOMALIE 

ET LE SORT INÉVITABLE DE TOUTE ANOMALIE

EST SON ANÉANTISSEMENT.

Nous avons reçu ce courrier de notre fédération de Tadjourah. Qui montre à quel point le boycott actif prôné par l’UAD est conforme à ce que notre base attend de nous.

Chers compatriotes, le 10 janvier 2003 est une date inoubliable pour tous les Djiboutiens. C’était le premier jour de vote pour plusieurs générations qui n’ont connu que la dictature pendant vingt-six ans. Autrefois, c’était le bourrage des urnes dès la matinée, sans la participation du peuple. Le 10 janvier 2003, le résultat au ministère de l’Intérieur n’a pas changé, il a été transformé.

Mais le vrai résultat sur le terrain, que nous connaissons tous, c’était la victoire de l’UAD, qui avait comme slogan « UAD 100% ». Cette victoire revient tout d’abord à notre président défunt (que Dieu l’accueille en Son Paradis). Ensuite à vous, vous avez vaincu les malfaiteurs, les corrompus. Vous les avez empêchés de voler, vous les avez fait pleurer, ce jour-là à 18 heures, aux annonces des comptes des bureaux de vote, ceux qui vous font aujourd’hui des fausses promesses habituelles ressemblaient à des gens auxquels l’on annonce la mort dans un proche moment.

Certes, nous avons perdu un grand leader politique, un sage parmi les quelques sages de l’Afrique. Il est mort au combat, il n’a jamais été flexible devant l’injustice et l’oppression.

Aujourd’hui, après sa mort, est-il normal que nous cherchions l’amitié de ceux qui ont combattu sans réserve notre défunt président, le Père de l’Indépendance ? Non ! Ce serait trahir sa mémoire, son honneur et son combat pour nous, pour notre pays. Non ! Il serait immoral de se soumettre passivement à l’injustice. Dieu sera avec nous, au degré de notre détermination. Dès que notre point de vue commun dépassera les 50%, Dieu démolira tout seul ce château de cartes de malheur qui est le régime sanguinaire et intolérant qui nous gouverne. Unissons-nous pour la bonne cause (un État de droit) et notre Créateur nous aidera.

Aujourd’hui, nous avons des exemples concrets devant nous, un prétendu ministre n’a pas le pouvoir d’embaucher un frère qui chôme à la maison, un député mal élu n’a même pas le droit de parler dans l’Assemblée. Assis sur une chaise, il ressemble à un enfant qui écoute la leçon de son maître. Chaque député mal élu attend impatiemment la sortie, la fin de la séance comme un enfant fainéant. Ces malfaiteurs essaieront de vous tromper de plusieurs manières.

Vêtu d’un beau costume brillant, il vous appellera « cousine ou cousin, neveu ou nièce, après la réélection de notre cher président M. Ismaël, ton embauche est assurée. Il faudra que tu te montres à la campagne électorale en faveur du président. »

Autre anecdote : « ton cousin, M. X, se montre opposant. Donc, il faudra que tu lui fasses abandonner l’opposition, toi qui parles si bien, toi qui te dis responsable, tu remplaceras ton cousin irresponsable en tant qu’okal de la tribu. Pour cela, montre-toi en faveur du président Ismaël et, après sa réélection, ce sera toi, l’okal de notre région. »

Cette fois-ci, c’est à un jeune commerçant que le député mal élu s’adresse : « toi qui es riche, offre quelques millions pour la campagne électorale du président Ismaël. Tu récupéreras facilement ces millions car, dès qu’il sera réélu, on te donnera une licence de commerce international et tu t’enrichiras très vite. » Mais, le samedi après le vote, toutes ces promesses se transforment en autant de cauchemars.

Chers compatriotes, leurs méthodes de tromperie sont simples et féroces. Méfiez-vous surtout de vos proches, ceux qui vous approchent à l’approche de la campagne électorale. En politique, il n’y a pas de lien de parenté qui tienne : il n’y a que des intérêts communs, qui sont des intérêts généraux dans lesquels réside l’intérêt de chacun. Si les routes sont bien entretenues, si notre port fonctionne, si les échanges commerciaux avec les pays limitrophes (Éthiopie, Somaliland et Yémen) se font directement avec notre port auxiliaire de Tadjourah dans les règles commerciales, si les trois pouvoirs se séparent (Exécutif, Législatif et Judiciaire) et se conforment aux notions d’État de droit, le nombre de nos chômeurs diminuera, la cruauté de la misère s’atténuera et nos dirigeants se comporteront comme de vrais responsables politiques.

L’heure de vérité est proche : il suffit de rester constant dans l’objectif et demeurer vigilant face aux fossoyeurs. La formule est simple, restez fidèles à Dieu et vous resterez fermes dans votre engagement. Dieu aime les endurants et, en récompense, Il les soulève.

En conclusion, toute lutte a besoin d’un appui financier pour la bonne continuité : chers compatriotes, adhérez à votre parti qui milite pour la Justice, la Fraternité et la Paix ! Régularisez vos cotisations mensuelles. N’oubliez pas notre défunt président Ahmed Dini, n’enterrez pas son combat avec lui. Son combat est le nôtre. Il est mort combatif, comme son compagnon Chehem Daoud. Nous devons prendre la relève.

Comme le disait le regretté Ahmed Dini, la quincaillerie n’a jamais gagné la guerre et l’argent volé à l’Etat ne nous vaincra pas. La détermination du peuple l’emportera tôt ou tard. Toute chose a une fin, surtout la dictature idiote qui opprime ses concitoyens. Qu’Allah Accueille notre défunt président, son compagnon Chehem Daoud et tous les martyrs en Son Paradis Eternel.

Et leur combat doit continuer jusqu’à la victoire : elle ne dépend que de nous !


Djibouti : la lente descente aux enfers

Sous la plume de Mohamed Qayad, l’édition papier des Nouvelles d’Addis a publié, dans son édition de janvier-mars 2005, le texte ci-dessous reproduit posant de façon lyrique, le contexte de misère généralisée dans lequel prétend se dérouler la prochaine présidentielle. Comme quoi, les masses opprimées en général et la jeunesse sans avenir en particulier n’ont plus rien à perdre, à part leurs chaînes, en sanctionnant le premier responsable de leurs malheurs.


Les Djiboutiens(nes) vivent au sein d’un leurre magistral, d’une République disparue que le régime autocratique s’acharne à ne pas reconnaître telle, et que ses politiques artificielles prétendent perpétuer.

La réalité est insensée, les chiffres sont terrifiants: 40.000 personnes meurent de faim chaque jour dans le monde, ce sida qui tue deux millions d’Africains chaque année. Combien meurent-ils de faim ou de sida à Djibouti ? Nous ne le saurons jamais?

Cette dictature qui broie des centaines de milliers de Djiboutiens sous la répression, la torture. Ce peuple affamé, anéanti, au vu et au su de tous, pour « la très juste cause » et les intérêts de l’ex-puissance colonisatrice. Un peuple livré à lui-même… Mais nous posons toujours les mêmes questions fantômes auxquelles, beaucoup le savent, rien ne répondra sinon le désastre des vies que ce silence ravage et dont on oublie qu’elles représentent chacune un destin.

Que devient-elle la RDD ? Une promesse de Vie? Un Enfer, déjà, qui ne dit pas son nom?

Mais Dante a-t-il imaginé l’Enfer de ceux qui réclameraient l’Enfer en vain? De ceux pour qui la pire damnation serait d’en avoir été chassés?

N’est-il pas terrifiant de demeurer ainsi passifs, comme paralysés, tétanisés devant ce dont dépend notre survie? Ne faut-il pas se demander si cette survie est programmée ou non?

A fuir ces questions, on s’épargne dans l’immédiat la révélation du pire, mais craindre la révélation du pire, n’est-ce pas risquer d’y être mieux précipité?

Or, ce régime dictatorial s’emploie à dévier, supprimer ces questions ; il se mobilise, converge vers d’autres, et focalise autour d’elles l’opinion qu’il tient de la sorte en suspens autour de faux problèmes.

Demandez-vous à quel point la cruauté de ces vies abrège leur durée, et s’il est besoin de murs, de miradors pour incarcérer ces gens.

Revisite-t-il/elle (Djiboutien(ne) ce temps d’une lenteur insidieuse au cours duquel il/elle est devenu(e) l’un de ceux qui, même vus, même entendus, ne sont pas regardés, ne sont pas écoutés, et qui, d’ailleurs, se taisent?

De ces chômeurs rejetés, puis écrasés sur les bords de la route. Une route qui ne mène plus aux mêmes lieux. Où conduit-elle ? Nul ne sait.

Destins annulés, jeunesse détériorée. Avenir aboli. Que peuvent-ils attendre de l’avenir? Quelle sera leur vieillesse, s’ils l’atteignent?

De ces enfants exclus d’un système scolaire inique et impitoyable qui n’ont plus rien à espérer puisque cette démocrature ne leur a jamais rien donné.

Qu’ont-ils à perdre puisqu’ils n’ont rien reçu, sinon des modèles de vie que tout les empêche d’imiter?

On atteint ici à des sommets de l’absurde, de l’inconscience planifiée. De la tristesse, aussi.

Ce siècle nous a appris que rien ne dure, pas même les régimes les plus bétonnés.

Qu’allons-nous devenir? Que faire? Par où commencer ? Autant de questions qui restent sans réponses face à ce régime génocidaire.

Quel avenir peuvent-ils imaginer? Même le rêve ne leur a jamais été permis. Que peuvent-ils attendre de l’avenir? Avenir sans projet? Un avenir qui leur réserve « chômage », « misère », « rejet », le sentiment d’être inutiles, ou, même, parasitaires? Des virtuoses de l’exclusion !

De ces enseignants humiliés, ruinés puis exilés. On leur reproche le choix de l’exil avec raison, certes; mais on oublie bien vite le caractère dévastateur de la violence et du déni de droits qu’ils subissent en amont.

De ces répudiés, de ces laissés-pour-compte, jetés dans un néant social. De ces oubliés-là (les retraités), abandonnés, proscrits. Hors jeu!

De ces jeunes filles désorientées, désemparées qui se prostituent afin de subsister un temps. On le sait. Et il Y a des clients. Qui hurle, sinon les parents de ces victimes? Quels boucliers levés contre cette pédophilie tolérée? Seuls à réagir, les consommateurs.

Le régime ne devrait-il pas s’attaquer non pas tant aux épiphénomènes que sont l’alcool, la drogue, la prostitution, mais aux phénomènes qui en sont l’origine : la pauvreté dont nous savons qu’elle conduit ces jeunes filles à se prostituer au bénéfice des possédants, à seule fin de survivre encore un peu.

Encore faut-il qu’ils aient la volonté de le faire ? Devrait–il fuir le désespoir au moyen de mensonges, de camouflages, de fuites aberrantes? Cette attitude-là est désespérée, désespérante.

Discours sur discours annonçant « des priorités» qui n’apparaissent pas, qui n’apparaîtront pas. Ces malfrats ont transformé Djibouti en une immense tombe : vivants, nous sommes morts – des morts-vivants. Leurs discours survolent les vrais problèmes ou les faussent, des discours qui sans fin ressassent les mêmes promesses intenables, ces discours-là sont passéistes et remuent sans fin des nostalgies qu’ils sauront toujours utiliser pour mieux mentir davantage.

La remise en cause des fausses questions posées, le rétablissement de celles évitées, la dénonciation de celles escamotées: dénoncerait sans doute la duplicité du pouvoir autoritaire, ou plutôt des ioguistes, et leur intérêt à ce que la société djiboutienne demeure inféodée au système périmé, fondé sur la culture de la bassesse, de l’avilissement.

Le régime ioguiste utilise alors le système quasi parfait de la double pensée que Georges Orwell avait inventé en 1949, un an avant sa mort, pour… son célèbre « 1984 » ! : « Il fallait oublier un critère devenu inopportun, mais aller le rechercher quant il redevenait nécessaire, aussi longtemps qu’il le fallait. »

Cette réalité, qui ne souffre aucune controverse chez les gens de bonne foi, définit la différence fondamentale du climat électoral: dans cette république (Djibouti), soumise à la terreur d’une machine à tuer devenue folle, soutenue ou dirigée par la France, les conditions de n’importe quel scrutin sont compromises à l’avance.

La route de leur paradis est courte et ils jouissent de ce qu’ils trouvent de meilleur : l’alcool, la drogue, la prostitution… Leur espoir est plein de mépris, mais le cri des opprimés est plein de paix.

Notre ultime espoir c’est la raison, que l’homme a laissé disparaître dans un océan de malhonnêteté. L’Amour du Créateur me donne l’espoir qu’une vie meilleure se prépare.


Réalité du développement humain (2)

Nous concluons cette semaine le commentaire sur le Rapport National du Développement Humain 2004, en nous arrêtant sur ses recommandations dans lesquelles, malgré la présence de représentants de l’Etat dans le comité de rédaction, transparaissent l’amertume et le doute sur la volonté politique de ce régime à assurer un développement humain harmonieux à Djibouti.


Nous avons examiné la semaine dernière l’un des axes autour duquel s’articule le développement humain selon les critères pertinents retenus par le rapport mondial du PNUD de 1995 était la justice sociale. Pour y parvenir, tous les obstacles entravant les potentialités économique et politique doivent être éliminés. Parmi lesquels la centralisation administrative et économique identifiée comme source de la pauvreté humaine à Djibouti et qu’il fallait par conséquent « œuvrer au plus vite en faveur des régions en activant le projet de décentralisation administrative et économique, voire politique », et que nous avions largement commenté la semaine dernière.

La durabilité est le troisième critère considéré par le Pnud : l’accès aux potentialités économique et politique devant être assuré non seulement aux générations actuelles mais aussi aux générations futures. D’autre part, le PNUD considère la dimension féminine comme un élément clé pour atteindre à juste titre les objectifs de développement du millénaire, connus sous le sigle d’ODM en rapport avec la Déclaration du Millénaire de septembre 2000 adoptée par 191 pays dont le nôtre.

Parce qu’aucun renouvellement du capital humain n’est possible sans une éducation et une santé performantes, figurant en bonne place parmi les objectifs à atteindre : l’assurance d’une éducation primaire universelle, la réduction de 2/3 de la mortalité infantile et la réduction de ¾ de la mortalité maternelle…

C’est donc dans ce contexte, qu’il faut lire l’intérêt soudain de nos dirigeants pour les secteurs sociaux et comprendre à travers l’apparition de slogans incantatoires dans les discours officiels et la multiplication des séminaires, symposiums, états généraux et autres ateliers consacrés à ces sujets et financés à cet effet par le don multilatéral dont Djibouti est dépendant et devant lequel il est comptable. Près de un quinquennat après la ratification de cette déclaration, force est de constater, à l’aune des réalisations que tous ces slogans se sont révélés poudre aux yeux.

Ayant pris acte des intentions gouvernementales consignées pour certaines dans les textes officiels, les rapporteurs constatent que si des avancées ont été enregistrées dans ces domaines, elles restent superficielles et limitées. Si la représentation législative féminine est de 10%, grâce à une loi imposant ce quota, la condition féminine à Djibouti est déplorable. Représentant 52% de la population totale, la femme est une « pauvre parmi les pauvres » dont le quotidien et fait de corvée de bois et de mutilation génitales. Selon une enquête IDAM IS 2, DISED 2002, son taux de scolarisation dans l’enseignement passe de 41,6% dans le primaire (contre 44,7 seulement pour les hommes) à 19,2% dans le secondaire et 0,9% dans le supérieur. La santé n’est guère mieux lotie, une analyse détaillée de l’indice d’accessibilité aux services de santé montrant qu’un nombre « non négligeable » de la population n’a pas accès aux services de santé, puisque la ville de Djibouti concentre 84% du personnel de la santé, 14% dans les districts et 1,3% pour les zones rurales. Le taux de mortalité infantile est de 102/1000 en 2002 contre 85/1000 au Yémen et 73/1000 en Erythrée.

Le constat sans complaisance établi par le rapport nous dispense de nous étaler davantage sur les chiffres pour nous contenter de l’essentiel : la gestion de l’aide par l’administration est jugée inefficace car « des pratiques contestables et contre-productives servent comme règles de gestion… les ateliers et les séminaires de formation à l’extérieur du pays ne bénéficient pas forcément aux cadres selon leur profil et leur compétence mais renforcent l’apanage des hauts fonctionnaires de l’administration qui utilisent ces ressources comme autant de prébendes pour gratifier leurs obligés… les projets de développement sont devenus comme autant d’occasion d’enrichissement personnel et de redistribution notamment pendant les périodes préélectorales. Ce phénomène entrave à terme le développement d’une société civile saine.

Le problème est que si les autorités nationales sont davantage comptables de leurs actes devant les bailleurs de fonds, elles le sont moins devant leurs propres citoyens. Cette situation caractérise la faiblesse des institutions publiques et l’inefficacité des actions en matière de bonne gouvernance. La responsabilité nationale dans l’échec pour l’utilisation de l’aide est largement admise… ».

Il ne faut donc pas s’étonner dans ces conditions que l’Aide Publique au Développement (APD) exprimée en % du PIB soit passée de 13,7% en 1999 à 9,4% en 2001 contre pour la même période de 10% à 17% en Éthiopie et 18% à 34% en Érythrée, dans un contexte de rude concurrence entre pays en développement pour attirer l’aide des bailleurs de fonds.


Après Eyadema, Eyadema ?

CRIME DE LÈSE CONSTITUTION AU TOGO

Après le décès du vieux baobab Etienne Gnassimbé Eyadema, au pouvoir depuis 1967, l’armée togolaise a nommé à sa place son fils Faure Eyadema, jusque là ministre de l’Equipement et des Mines. Cette transition anticonstitutionnelle inquiète tous les démocrates africains et la communauté internationale.


Auteur du premier coup d’Etat de l’Afrique post coloniale en 1963, Etienne Gnassimbé Eyadema accède officiellement au pouvoir à la faveur d’un second coup de force en 1967. Originaire du Nord et d’ethnie Kabré, le jeune lieutenant-colonel Eyadema instaure aussitôt un régime autoritaire et sanguinaire. Dans la foulée, il crée un parti unique, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), toujours au pouvoir sous une autre forme. Durant trente-huit douloureuses années, le général-président a dirigé le Togo principalement au profit de son ethnie Kabré, qui ne représente que 20% de la population totale. Au début de la décennie 1990, de violentes manifestations le contraignent à une timide ouverture politique.

Depuis cette date, toutes les élections présidentielles et législatives « pluralistes » ont toujours été remportées par le président Eyadema et sa mouvance. L’opposition togolaise, essentiellement incarnée par l’Union des Forces du Changement (UFC) de Gilchrist Olympio, fils du premier président Sylvanius Olympio assassiné en 1963 par Eyadema père, s’est vu à plusieurs reprises dépossédée de sa victoire, quand elle n’a pas choisi le boycott, comme en 1993, 1998, 1999 et 2003. Le vieux baobab récemment éteint laisse donc un pays économiquement et politiquement en crise. En suspendant la Constitution et en faisant succéder Faure Eyadema à son père, l’armée togolaise monoethnique a préféré une transition clanique à la démocratie pourtant prévue par les textes. C’est pour dénoncer le complot contre la Constitution que des milliers de manifestants sont descendus dans la rue dimanche dernier. Au cours des échauffourées, un manifestant a été tué. La communauté internationale a clairement condamné le coup de force anticonstitutionnel et appelé à la tenue d’élections libres dans les plus brefs délais. Le géant de la région, le Nigeria, menace même d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre constitutionnel.

De son côté, la diaspora togolaise se mobilise. Ainsi, dimanche dernier, à l’appel de l’opposition en exil, une grande manifestation a été organisée dans la Capitale française. Craignant que Djibouti et le Togo soient même topo, et constatant que de dangereuses similitudes existent entre le RPT et le RPP, l’ARD de France a participé à cette manifestation à Paris, aux côtés des démocrates Togolais. Voici le compte rendu de cette journée, que nous a fait parvenir notre représentant en France, M. Maki Houmed Gaba :

« Selon l’article 150 de la Constitution du Togo, « en cas de coup d’État ou de coup de force quelconque, tout Togolais a le droit le plus sacré et le devoir le plus impératif de s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime ». D’où l’« Initiative150 » pour la coalition contre le coup d’État au Togo, comme un devoir constitutionnel pour les Togolais et une exigence de solidarité pour les amis des démocrates togolais.

C’est pourquoi l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) en France a apporté son soutien à l’Initiative150 en participant à la manifestation qui s’est tenue dimanche 13 février 2005 de 14 heures à 16 heures à Paris, de la Place de la République à la Place de la Bastille, pour dénoncer l’accaparement de la présidence du Togo par Faure Gnassimbé après le décès du tyran Eyadéma Gnassimbé.

L’article 150 de la Constitution n’est pas le seul en cause. Selon l’article 65-1, « En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, démission ou empêchement définitif, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le Président de l’Assemblée Nationale».

Or Faure Gnassimbé n’était pas Président de l’Assemblée Nationale, ni même parlementaire, mais Ministre de l’Équipement et des Mines conformément à l’article 76-2 qui stipule « Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire».

Quant à une « révision » à la hâte de ces dispositions de la Constitution, l’article 144-5 énonce « Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en période d’intérim ou de vacance ou lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire ».

Il est absolument anticonstitutionnel de laisser le clan Gnassimbé se faire la belle avec la liberté des Togolais. La chance historique que la nature elle-même voulut offrir aux Togolais en faisant que Eyadéma soit rappelé à Dieu, ne doit pas échapper à son bénéficiaire qui doit être le peuple togolais. La solidarité de tous les démocrates d’Afrique est impérative pour résister au rapt de l’Afrique par ses dictateurs.

L’opposition djiboutienne représentée par l’ARD en France a assuré les démocrates togolais du soutien indéfectible du peuple djiboutien à la cause du peuple togolais. L’ARD a profité de cette occasion pour inviter les démocrates togolais à prendre connaissance de ce que Djibouti aussi a enduré et continue d’endurer sur la voie d’une démocratisation rendue impossible par le régime d’Ismaël Omar Guelleh. L’échange a permis de renforcer la détermination des uns et des autres à poursuivre leur combat main dans la main jusqu’à éradiquer totalement l’autocratie dans nos pays respectifs.

Les Djiboutiennes et les Djiboutiens de la diaspora devraient compter des amis togolais à leur prochaine manifestation prévue pour dénoncer la mascarade électorale en gestation à Djibouti.


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE (U.A.D)

(ARD, UDJ, MRD)

Adresse: Héron Djibouti                    Tél: (253) 25 09 19            Email: realite_djibouti@yahoo.fr

Djibouti

Djibouti, le 13 février 2005

COMMUNIQUE DE PRESSE

SUR L’ELECTION PRESIDENTIELLE D’AVRIL 2005

 

La prochaine échéance électorale est une étape fondamentale pour le devenir de la République de Djibouti, eu égard au caractère présidentialiste de notre Constitution. C’est pourquoi l’Union pour l’Alternance Démocratique y accorde une importance particulière. Pour le régime, la campagne est déjà lancée depuis plusieurs mois, à grand renfort de médias publics détournés de leur mission d’information et de l’ensemble des ressources de l’État.

Décidée le dimanche 6 févier 2005 par le Haut Conseil de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD), la tenue du meeting du vendredi 11 février avait un double objectif : démontrer sa capacité à mobiliser ses militants et sympathisants en un temps record et annoncer à cette occasion sa position sur la prochaine élection présidentielle.

L’UAD, se félicitant de la participation massive à son premier meeting de la présidentielle constate une fois encore l’arrogance et l’inique comportement de l’actuel chef de l’État, candidat à sa propre succession, en campagne depuis plus de cinq mois, au mépris des textes et des règles de conduite élémentaires pour l’avènement d’une compétition transparente. Pourtant, il n’est toujours pas en mesure de répondre à nos multiples courriers posant les conditions sine qua non pour un réel concours démocratique respectueux de l’expression de chaque électeur et par-delà du peuple djiboutien,.

Formulées dans une correspondance adressée au président de la République le 9 octobre 2004, nos exigences portaient, outre l’indispensable refonte du Conseil Constitutionnel, prévue par l’accord de paix du 12 mai 2001 sur:

1) La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement ;

2) L’établissement de ces listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur,

3) La publication de toutes les listes électorales mises à la disposition de tous les partis politiques ;

4) La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité égale de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

5) L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale ;

6) La modification de Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-verbaux, consécutive au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, pour une réelle transparence des élections, chaque partie devant disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI ;

7) L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs devant représenter les parties en compétition ;

8) L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics ;

9) L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Consciente d’incarner une véritable alternance démocratique, l’UAD a clarifié sa position sur la prochaine consultation électorale, à savoir : son rejet pur et simple, cette élection ne devant pas avoir lieu sans l’UAD ;

C’est pourquoi l’UAD exigeant l’avènement d’une réelle démocratie et forte de la confiance populaire, réitère ses sommations ignorées depuis trois ans par le régime, basées sur la stricte application de l’accord de paix du 12 mai 2001, lance un appel :

1) Au Peuple djiboutien :

          Par notre action de mobilisation, il est de notre intérêt commun de rejeter ce régime qui s’obstine à    saboter la consolidation d’une paix réelle. Nous ne devons plus accepter cette dictature responsable de la corruption, du chômage, de la pauvreté, de la maladie, de l’immoralité et de l’enrichissement illicite d’un cercle restreint.

           2) A la communauté internationale :

           L’Union pour l’Alternance Démocratique appelle la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à faire pression par tous les moyens à l’encontre de la dictature.

AVEC L’AIDE DE DIEU, INCHA ALLAH , L’UAD VAINCRA.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 125 du mercredi 9 février 2005

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Réalité numéro 125 du mercredi 9 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Réalité du développement humain
  4. Les coups bas d’Ali Coubba
  5. Droit de réponse
  6. L’Éducation rend sa copie

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 125

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

PAS D’ÉLECTION

SANS NOUS !

La raison d’être d’un parti politique, c’est d’un jour assurer la gestion de la chose publique en accédant au pouvoir par la voie des urnes, grâce aux suffrages librement exprimés en sa faveur par des électeurs ayant rempli leurs devoirs de citoyen responsable. Si une telle banalité se doit d’être aujourd’hui rappelée, c’est parce qu’une proche échéance électorale commande aux partis politiques regroupés au sein de l’UAD de clarifier leur position : espérons-nous gagner lors de la présidentielle qui se profile ? Sans hésiter, nous répondons OUI ! D’où nous vient un tel optimisme ?

Tout simplement du caractère massif et préparé des fraudes par lesquelles nous avons été dépossédés de notre victoire lors des législatives de janvier 2003. L’aspiration au changement, le besoin quasi physique d’en finir avec ce régime rétrograde étant très largement majoritaires, encore faut-il que les mécanismes institutionnels en vigueur garantissent ce droit inaliénable à l’alternance politique. Mais, nous rétorquera-t-on, pourquoi vouloir encore participer en 2005 à une fraude généralisée que vous aviez prévue et dénoncée en 2003 ? Outre le fait qu’un parti n’est digne de ce nom que si et seulement si il peut incarner une alternance crédible et appliquer tout ou partie de son programme, un bref rappel historique s’impose.

C’est contre les manœuvres d’un régime qui n’aurait pas hésité à reconduire la limitation des partis politiques légaux à quatre, qu’une disposition de l’Accord de paix du 12 mai 2001 avait explicitement prévu le multipartisme intégral dès septembre 1992. Comme nous, qui avions patiemment attendu cette échéance, tous les autres partis d’opposition regroupés au sein de l’UAD (le PRD ayant été cloné) sont les enfants de cet Accord : la paix ne peut exister sans une totale ouverture démocratique par des réformes dont les trois autres volets étaient l’accès à la nationalité, l’instauration de la Commission Electorale Nationale Indépendante et la réforme du Conseil constitutionnel.

Mais, se demandera encore l’honnête citoyen, pourquoi avoir participé dans ces conditions frauduleuses aux dernières législatives, puisque ces aspects et beaucoup d’autres dont la Décentralisation, ont été violés par le chef de l’Etat, actuel candidat solitaire avec tambours et trompettes ? Pour deux raisons essentielles, toutes au service de la paix et de l’instauration d’un Etat de droit. La première, c’était l’assurance que, malgré les fraudes que tous prévoyaient, nos concitoyens devaient être mobilisés autour d’un véritable projet de société dépassant la seule personne des leaders et proposant l’indispensable ébauche d’une identité djiboutienne encore à construire. La seconde, c’était l’intime conviction que ces fraudes ne constituant qu’une nouvelle et récurrente dimension de la violation d’un accord de paix, il nous fallait impliquer le plus grand nombre (ce qui ne signifie pas prioritairement ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale) : pas de paix sans démocratie et pas de démocratie sans paix.

Et maintenant ? Les leçons du 10 janvier 2003 ont été retenues par tous : par nos concitoyens qui ne veulent pas être mobilisés sur de faux espoirs de changement, par l’UAD qui ne tient pas à participer à la énième édition d’une compétition électorale truquée d’avance. Préférant moins que d’autres le chaos au changement, l’UAD a formulé des propositions claires et raisonnables afin que la prochaine consultation électorale puisse se dérouler dans des conditions à même de garantir une compétition équitable et transparente, en bref le respect du verdict des urnes, en amont et en aval. Elles sont sur le bureau du candidat-chef de l’Etat.

Alors, de deux choses l’une. Soit le régime, en fait le candidat du pouvoir, accède à nos demandes, auquel cas le vaincu sera celui dont les promesses et surtout le bilan auront été désavoués par une majorité librement exprimée de citoyens égaux et responsables, pour peu que l’égalité et la responsabilité leur soient accordées. Soit le régime refuse de garantir la transparence électorale en reconduisant une machine à frauder qui a déjà fait ses preuves auparavant, auquel cas il n’y aura pas d’élection du tout.

A chacun d’assumer ses responsabilités : les nôtres nous interdisent de cautionner l’illégalité. Et, s’il est écrit que nous devions en passer par là, il ne sert absolument à rien d’hésiter ! Parce qu’en matière de farce électorale, il n’y a qu’un seul dindon : le Peuple. Et cela, nous ne pouvons le tolérer, car il s’agit de juste faire croire à l’existence d’une démocratie qui n’existe pas. Peuple auquel l’UAD donne rendez-vous vendredi prochain à partir de 15 heures à l’Avenue Nasser.


Brèves nationales

Convention de l’UMP :

Investiture ou imposture ?

« Plus de 7.000 militants ont répondu présents au rendez-vous du meeting de l’Union pour la Majorité Présidentielle marquant la convention des quatre formations politiques dont le RPP, le FRUD, le PND et le PSD ».

Ainsi s’extasiait notre confrère gouvernemental « La Nation » dans son édition de jeudi dernier. Le journal gouvernemental n’a pas fait dans la nuance en rapportant l’évènement dont nous avions annoncé par avance, au vu des préparatifs, une couverture exceptionnelle par les médias du pouvoir. Le régime n’a pas lésiné sur les moyens (publics) pour donner l’illusion d’une popularité qu’il n’a jamais eue. En vue de ratisser large, plusieurs milliers de cartons d’invitation ont été effectivement confectionnés.

De leur côté, les bonimenteurs du régime ne se sont pas gênés pour les distribuer à tout va, allant jusqu’à menacer de représailles certains commerçants ou fonctionnaires qui oseraient bouder cette soirée d’imposture.

Selon nos informations, ce seraient au total quelque 2.000 personnes, dont une grande partie a été réquisitionnée, qui auraient fait le déplacement à l’ancien Club Hippique sur le boulevard Guelleh Batal (coïncidence ?).

Les observateurs ont relevé que nombre de réquisitionnés mécontents et fatigués ont commencé à s’éclipser à partir de 21 h 30mn. Après les animations culturelles dignes des sombres périodes du parti unique et les discours des dirigeants enlisés des partis de la mouvance, ce fut au tour du candidat solitaire de monter sur le podium.

A cette heure tardive, plus de la moitié des figurants était déjà partie. Ce qui n’a pas empêché le candidat unique de se fendre d’un hypocrite discours de plus d’une demi heure.

Dans cette grande causerie, tenue ex-cathedra, le docteur honoris causette est revenu sur la paix : « il a ainsi évoqué les efforts en faveur de la restauration de la concorde civile et l’unité nationale … La paix des braves scellée en mai 2001 lors de la signature d’un accord cadre entre le gouvernement et les rebelles du FRUD a mis un terme à un conflit fratricide ».

La plume commanditée de « La Nation » omet bien sûr de préciser la date réelle de cet accord de paix, comme la tendance du Frud qui en est signataire et sans oser rappeler la durée de ce conflit fratricide que même l’actuel candidat solitaire avait lui-même qualifié le 12 mai 2001 au Palais du Peuple : « des dix années les moins glorieuses de notre histoire ».

Ce rappel historique étant fait, il faut reconnaître que cette soirée d’imposture a été une réussite technique à défaut d’être politique. En premier lieu, saluons l’exploit des TP qui, pendant plus d’une semaine, ont mis les bouchées doubles en temps et en matériel mobilisé pour viabiliser le lieu du meeting. On aimerait bien que le ministère de l’Equipement et des Transports mette un même zèle à réhabiliter les routes défoncées de la capitale. Enfin mention spéciale pour l’équipe de retransmission de la RTD et celle du studio présidentiel qui ont su nous présenter une convention d’investiture ni démocrate ni républicaine, car financée sur les deniers publics. Rappelons que ce spectacle faisait penser à Disneyland.

Ce pitoyable gâchis aura tout de même coûté plusieurs millions de nos francs au contribuable djiboutien. Le vide continue de vider les caisses de l’Etat. Jusqu’à quand ? Pour le reste, qui vivra verra.

*

Centre informatique de Tadjourah :

6 sur 10 ?

Suite à notre brève relative à l’inactivité du centre informatique de la ville blanche géré par l’AFT (Association des Femmes de Tadjourah), nous apprenons avec satisfaction cette semaine que 6 ordinateurs sur la dizaine reçue (où sont passés les quatre autres ?) seraient effectivement branchés depuis quelques jours.

Seul bémol : le local réservé à ces équipements serait peu fonctionnel et la direction de ce centre exigerait le paiement préalable d’une somme de 3.000FD aux scolaires et 5.000FD à tout jeune chômeur désirant s’initier à l’outil informatique. Au secours, les bailleurs de fonds national ! Autrement dit, le candidat richissime mais solitaire.

Quant à la connexion Internet, ce sera pour plus tard : quand les plants de khat et de café du jardin présidentiel du Day ne seront pas prioritaires pour le développement économique de la région. A suivre…

*

Etudiantes djiboutiennes à Dakar :

Djibouti ne répond plus ?

En octobre dernier, une dizaine de jeunes étudiantes djiboutiennes ont été envoyées au Sénégal pour suivre des études universitaires dans les facultés réputées de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Au moment de leur départ, les jeunes filles djiboutiennes ont bénéficié d’un billet d’avion et d’une somme de trente mille francs chacune. Depuis, le ministère de l’Education nationale n’aurait plus rien envoyé à ces étudiantes qui survivent là-bas dans des conditions difficiles et demeurent toujours à la charge de leurs familles respectives.

Pourtant, le régime clame toute honte bue que l’Education nationale et la jeunesse constituent ses priorités. Pas plus tard que samedi soir, le candidat solitaire affirmait dans un démagogique discours prononcé à la « convention » : « seuls des jeunes fiers de leur identité et confiants en eux-mêmes ainsi que des responsables n’abusant pas de leur pouvoir sont les meilleurs garants pour construire une République forte et indépendante ».

Pour l’heure, force est de déplorer que les étudiants djiboutiens à l’étranger soient ainsi abandonnés par le pouvoir de tous les abus.

*

Campagne présidentielle :

Le Trésor occulte n’y suffit plus

Le candidat solidaire a beau engranger un trésor de guerre censé assurer sa réélection, les fonds publics accumulés à cet effet lui paraissent toujours insuffisants tant ses besoins et dépenses restent énormes. Ainsi, il se murmure dans les cercles dirigeants dont les membres alimentaires s’entredéchirent, que la mise en route d’un nouveau programme de financement ayant pour but de renforcer la machine électorale gouvernementale serait sur pied.

C’est semble-t-il la raison pour laquelle le régime aurait récemment vendu à un particulier membre d’un parti de la mouvance, la cargaison de riz débarquée le 8 janvier dernier et provenant de l’aide alimentaire japonaise au peuple djiboutien. Selon des informations concordantes, ce riz japonais écoulé au prix fort sur le marché local devrait rapporter une centaine de millions de nos francs aux caisses du régime. Par ailleurs, il serait également question de mettre en vente la résidence de notre Ambassadeur dans une capitale européenne, celle-là même que l’actuel candidat solitaire avait inauguré en grandes pompes il y a plus de deux ans.

Dans cette affaire, si « Réalité » pouvait se permettre une suggestion, ce serait celle-ci : il serait préférable de mettre en vente la modeste villa de notre Ambassadeur à Washington, qui rapporterait une coquette somme. Mais nos financiers savent que le dollar continue son repli face à l’euro.

Alors, que faire ? L’argent permet d’acheter des voix, certaines consciences fatiguées, mais pas tout. N’en déplaise aux cupides qui affament leur peuple.

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Manifestation anti-française avortée :

Détente nerveuse ?

Au plus fort de l’escalade anti-française, le pouvoir avait convoqué pour le 28 janvier dernier une manifestation populaire « spontanée » devant la résidence de l’Ambassadeur de France. Ce jour là, le régime avait dès 6 heures du matin positionné des forces de police chargées de contenir la marée humaine attendue.

Pour des raisons que les organisateurs patentés n’oseront jamais avouer, l’appel est resté ignoré. Pas un seul « jeune patriote » version locale n’est venu se frotter aux grilles de cette résidence côté zone portuaire sud où devait avoir lieu ce rassemblement. Il est vrai que la veille au soir, la vigilance française en a découragé plus d’un. Certains djiboutiens n’hésitent pas à établir le parallèle entre l’échec cuisant de cet appel à manifester et la tenue intra muros et intime d’une pseudo convention d’investiture. L’imposture finit par lasser sérieusement.

Ce que n’a pas compris le candidat solitaire qui, évoquant maladroitement ses relations avec l’ancienne métropole, s’est exclamé à la « convention » samedi dernier : « s’il existe des gens ou des Etats désireux de nous discréditer à travers des affaires dont nous n’avons rien à voir, qu’ils sachent que nous ne ferons aucune concession en ce qui concerne nos droits et notre souveraineté ».

De son côté, une veuve déterminée et confiante en la justice indépendante de son pays, dit à peu près la même chose. Une belle empoignade en perspective !

*

3ème anniversaire de la Garde présidentielle :

Les figurants en première ligne

La toute récente unité dévolue corps et âme à la défense du chef de l’Etat et de sa famille, a fêté le week-end dernier le troisième anniversaire de sa création. Cette milice clanique est particulièrement choyée par le frileux candidat unique.

Pourtant, ce dernier n’a même pas assisté à la fête de cette garde prétorienne organisée dans l’enceinte du camp Omar Aline, sis sur la route de Boulaos menant à Haramous. Le chef des Armées a préféré déléguer à cette cérémonie deux figurants de son gouvernement, en l’occurrence le Premier ministre et le ministre de la Défense, qui étaient les moins qualifiés pour s’adresser à un corps ne relevant que de la Présidence.

Autre curiosité protocolaire : l’ambassadrice des Etats-Unis a été chargée de remettre des médailles à certains officiers distingués. Pourquoi ? Quoi qu’il en soit, les observateurs ont noté l’absence de l’ambassadeur français, alors que les officiers des FFDJ étaient présents. A-t-il préféré bouder cette cérémonie ?

Tant mieux s’il a compris!


BONNE ET HEUREUSE

ANNÉE 1426

A l’occasion du Nouvel An musulman Muharram 1426, l’UAD et la Rédaction de « Réalité » souhaitent aux Djiboutiens et aux Musulmans du monde entier une bonne et heureuse année. Que cette nouvelle année soit pour le Peuple Djiboutien celle de la paix, de la réconciliation et de l’alternance démocratique.

L’UAD invite tous ses militants et sympathisants, ainsi que les Djiboutiennes et Djiboutiens souhaitant le changement démocratique, à assister massivement à son grand meeting sur l’élection présidentielle, le vendredi 11 février 2005 à partir de 15 heures devant le siège de l’UDJ à l’avenue Nasser.


Réalité du développement humain

Nous avions consacré le mois dernier une série d’articles au rapport général public de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, qui démontrait clairement que notre pays est tout sauf un Etat de droit. Le Rapport National sur le Développement Humain pour 2004, le deuxième du genre après celui de 2002, publié par le PNUD, est tout aussi accablant pour le gouvernement.


Apparu en 1990, le concept de développement humain, parce qu’il considère les individus comme les bénéficiaires des politiques du bien-être social et non comme de simples maillons du processus de production, est un meilleur outil d’analyse que les théories classiques. Celles-ci considèrent les chiffres froids de la croissance économique se rapportant à l’augmentation du PNB, l’équilibre budgétaire ou les taux d’inflation et sur la base desquels les institutions de Bretton Woods accordent ou non des prêts conditionnés par la privatisation tous azimuts du secteur public, comme si c’était une panacée.

Le rapport mondial sur le développement humain de 1995 a retenu trois indicateurs : l’IDH (Indicateur de Développement Humain), l’ISDH (Indicateur Sexo-spécifique de Développement Humain) et l’IPH (Indicateur de la Participation des Femmes), pour mesurer le développement humain. Lequel s’articule autour de quatre pôles :

– la productivité,

– la justice sociale devant éliminer tous les obstacles entravant les potentialités économiques et politiques de manière à permettre aux individus de jouer un rôle actif dans la société et tirer parti de ces potentialités,

– la durabilité en assurant le renouvellement de toutes les formes de capital (matériel, humain et naturel) et enfin,

– le contrôle des personnes, les individus devant être des acteurs du développement, participant aux processus de prises de décisions, qui décident du cours de leur vie.

Pour en finir avec la méthodologie qui a conduit à l’élaboration de ce document indispensable en ce qu’il enrichit et complète les données statistiques officielles, rarement fiables, saluons l’idée originale et enrichissante de la « caravane de développement humain » qui, en sillonnant l’ensemble du pays et en allant au contact des populations, a permis à celles-ci de participer à la production de ce document.

Les salamalecs d’usage qu’impose la bienséance protocolaire sitôt expédiés, le document pour l’année 2004 entre dans le vif du sujet, dressant un état du développement humain. Il constate que « Djibouti se caractérise actuellement par des indicateurs sociaux en dessous des normes des pays en développement à faible revenu et des pays arabes, avec un PIB par tête d’habitant estimé à 890 dollars et un indicateur de développement humain de 0,462 (0,445 en 2002) qui le classe à la 153ème place dans le classement mondial sur un total de 175 pays. »

Le PNUD définit la pauvreté comme étant relative lorsque la dépense journalière d’un adulte est inférieure à 3 dollars US et la pauvreté extrême lorsque le seuil de cette dépense tombe à moins de 1,8 dollars US par jour. Les efforts des pouvoirs publics pour redresser une désastreuse situation économique entre 1996 et 2002, ont permis d’obtenir des résultats macroéconomiques jugés satisfaisants.

Mais, au cours de la même période, la détérioration des indicateurs sociaux s’est particulièrement accélérée, comme l’ont démontré les enquêtes djiboutiennes auprès des ménages (EDAM-IS 1 et 2, financées par la Banque Mondiale et le PNUD) : la pauvreté relative touchant 74,4% de la population en 2002 contre 45,1% en 1996 ; tandis que la pauvreté extrême est passée de 9,6% en 1996 à … 42,2% en 2002 ! La caravane constatant que « la pauvreté frappe les quartiers périphériques et les zones rurales montrant ainsi l’exclusion spatiale touchant les couches vulnérables de la population que sont les jeunes et les femmes, preuve de la marginalisation sociale. »

Pointant le chômage et la centralisation administrative et économique comme causes et déterminants de la pauvreté qui s’est accélérée en même temps que le redressement du taux de croissance entre 1996 et 2002, les clairvoyants rédacteurs de ce document concluent que, pour y remédier, « il faudrait par conséquent, en attendant le retour d’un taux de croissance soutenu, œuvrer au plus vite en faveur des régions, notamment en activant le projet de décentralisation administrative et économique, voire politique. » Tout est dit.

Même aussi explicitement formulée et même si ce gouvernement nous donnera l’occasion d’en reparler, la décentralisation mérite que l’on s’y attarde quelque peu. Inscrite dans la Constitution, elle est toujours reportée aux calendes grecques. Prévue par l’Accord d’Aba’a, elle a été inappliquée. Elle constituait le volet le plus important des Accords de paix signés avec le FRUD-armé en 2000 et 2001. Restée inappliquée, elle a été plus gravement violée.

Tous les partenaires impliqués dans le développement de notre pays (Etats et Organisations) ayant toujours été et demeurant disposés à accompagner et soutenir financièrement cette nécessaire et indispensable réforme, les difficultés pécuniaires invoquées par le gouvernement pour la retarder sont un prétexte fallacieux. La raison de son inapplication est essentiellement politique, le régime cherchant préalablement à sa mise en œuvre à déstructurer les fondements socio-juridiques structurant la société semi-nomade de l’arrière-pays.

L’attestent la maladroite tentative d’acquisition de la concession du Day, où le docteur honoris causa tente d’acclimater le khat ; la dénaturation et la violation du projet de loi organique portant décentralisation, adoptée en Conseil des ministres, par une Assemblée de mal élus au prétexte de sa souveraineté et, plus récemment et gravement sournois, le projet de loi sur l’agropastoralisme, que nous avons dénoncé.

Nous savons de source sûre que tous ces projets attendent, pour être exhumés, la réélection du candidat en campagne à sa propre succession, que nous mettons en garde : ces projets scélérats trouveront en l’ARD un irréductible adversaire, qui empêchera leur réalisation par tous les moyens. Ces entraves politiques au développement humain harmonieux expliquées et dénoncées, nous vous proposons d’examiner avec nous ces données comparées de développement humain.

Nous reviendrons la semaine prochaine sur les conclusions de ce très riche rapport, mais l’examen de ces données statistiques démontre clairement, s’il en était encore besoin, que malgré ses importants atouts le peu enviable classement de notre pays est essentiellement dû à la mauvaise gouvernance.

Comment expliquer autrement qu’avec dix fois plus d’Aide publique au Développement par tête d’habitant que nos voisins immédiats, le taux de croissance du PIB par habitant soit ici négatif ? Comment expliquer, autrement que par l’injuste redistribution des richesses et les choix politiques et budgétaires irrationnels, l’aggravation des inégalités et de la pauvreté extrême durant la même période qui a vu un taux de croissance positif avec le boom des activités portuaires et la rente des présences militaires étrangères ?

Mauvaise gouvernance aggravée par le caractère délibéré des violations (consignées dans le Journal officiel) des lois et règles fondant la coexistence pacifique dans un Etat. Inaccessible parce que ne voyant et n’écoutant que ses obligés et griots, dont le plus obséquieux semble être notre confrère à prétention intellectuelle « Balbala », le candidat solitaire à sa propre succession donne l’image d’un paon malvoyant et malentendant avançant en terrain marécageux. Plus dur sera le réveil.

Développement humain, pauvreté humaine et pauvreté monétaire.

Quelques éléments de comparaison internationale

Source : PNUD. Rapport mondial sur le développement humain. 2002

Source : PNUD. Rapport mondial sur le développement humain. 2002


Les coups bas d’Ali Coubba

Uguta/Toosa : c’est sous cette appellation qu’un nouveau mouvement politique est né le mois dernier en Europe. Animé par M. Ali Coubba, il se place résolument dans le camp de l’opposition. Si nous ne pouvons que saluer l’engagement militant de la diaspora djiboutienne en général et d’un allié démocrate en particulier, nous sommes toutefois au regret de prendre quelque distance, à la lecture de la présentation qui en est donnée sur le site www.uguta.org, auquel nous renvoyons nos lecteurs internautes pour plus amples informations.


A l’occasion du premier anniversaire de son accession à la magistrature suprême, l’actuel chef de l’Etat avait brièvement évoqué ce qu’il pensait des exilés djiboutiens : beaucoup de mal. Pour lui, ils ne seraient que des enfants ingrats, préférant trahir leur patrie au profit d’une mesquine amélioration ailleurs de leurs conditions matérielles d’existence. Un tel mépris est somme toute bien compréhensible : ce sont trop souvent l’étouffement des libertés et l’absence de perspectives d’avenir qui expliquent l’exode de nos concitoyens.

Le président du nouveau mouvement politique Uguta (Toosa) en sait quelque chose. Sauvagement torturé par la police politique en août 1990 au prétexte d’un tract dénonçant les collusions entre les régimes djiboutien et irakien, les causes de son exil sont directement imputables aux actions néfastes d’un ancien chef de cabinet aujourd’hui devenu chef de son cabinet.

Parce que la dignité interdit d’oublier les sacrifices consentis et les persécutions endurées, Ali Coubba n’a jamais faibli dans sa détermination à combattre ce régime. En connaissance de cause, il en parle sans détour : « Dans notre pays, le chef de l’Etat ne respecte ni les lois ni la Constitution nationale. Notre combat vise donc à éradiquer la classe politique actuelle dont Ismaël Omar Guelleh est la caricature absolue et répugnante. » lit-on dès l’introduction.

C’est la continuité historique d’un engagement initié, apprend-on, dans le cadre de « l’Alliance des forces pour la démocratie (A.F.D. : Ali Coubba) entre 1988 et 1992, date à laquelle les militants de ce mouvement ont préféré rejoindre individuellement le FRUD…) Des noms auraient été les bienvenus, car nous regrettons, sans nullement nous sentir concernés, que ce sigle AFD ne soit connu que de rares initiés indétectables même au microscope !

Après avoir défini en cinq principes la démocratie qu’il souhaite voir s’instaurer à Djibouti, ce mouvement se fixe les objectifs suivants :

– conquérir la diaspora djiboutienne installée en Europe, aux Etats-Unis et au Canada ;

– nouer des relations avec les partis politiques et les organismes internationaux qui luttent dans le domaine des droits de l’homme ;

– participer activement à l’information, à la sensibilisation de la population djiboutienne sur la campagne présidentielle prévue pour l’année 2005.

En attendant d’obtenir sa légalisation ici, Uguta (Toosa) souhaiterait enfin « servir de vitrine politique à l’Opposition intérieure, en relayant son combat sur le plan international. » Merci pour cette touchante attention mais, même modeste, nous avons déjà notre propre « vitrine » à l’étranger. Le problème est malheureusement là : si nous souscrivons à ses analyses sur la nature despotique du régime en place, nous regrettons cette posture d’ « entrepreneur de la 25ème heure » consistant à dénigrer toute forme d’opposition nationale pour justifier son positionnement… tardif.

« La création de Uguta s’imposait d’elle-même pour défendre les intérêts de tous les Djiboutiens et Djiboutiennes –cette majorité silencieuse- qui ne se reconnaissent ni dans le régime qui les considère moins que terre, ni dans le mutisme de l’opposition complaisante qui devient aphone dès qu’il s’agit de défendre la vraie cause du peuple. »

Le tout est dit le plus sérieusement du monde : c’est peut-être à cause de l’éloignement géographique que ce mouvement n’a pas pu prendre la juste mesure de l’énorme adhésion populaire suscitée par l’UAD lors des législatives de janvier 2003.

Dans la justification de sa nécessité historique, la présentation du mouvement ne fait pas dans la dentelle, puisqu’il se positionnerait « face à l’opposition de façade atrophiée (chacun se reconnaîtra) qui est aux abonnés absents, dont la véritable philosophie est « chacun pour soi » et qui guette des hypothétiques miettes qui pourraient glisser de la bouche de IOG. On ne peut malheureusement que constater au jour d’aujourd’hui qu’une fraction de l’opposition djiboutienne, non seulement ne remplit pas sa tâche, mais elle est à la remorque de IOG dont elle attend un renvoi d’ascenseur. Attendu qu’on a rien en commun avec cette opposition, il est urgent et vital pour le salut du peuple djiboutien de proposer des hommes et des femmes de Uguta (Toosa) capables d’apporter un changement profond dans le paysage politique de la république de Djibouti.»

Alors, de quelle opposition intérieure ce mouvement souhaite-t-il devenir la vitrine internationale ?

Seule l’inexpérience fait croire que la virginité est toujours un gage de fidélité. C’est ce qui amène ce mouvement à dénoncer « la présence d’une classe politique, hier complice du régime de parti unique de Hassan Gouled et qui se réclame aujourd’hui de l’opposition, ce qui gêne la visibilité des mouvements démocratiques. En même temps, ces partis politiques et la promptitude avec laquelle leurs dirigeants apportent leur caution au dictateur en place, ne facilitent pas le travail de sensibilisation et de dénonciation du régime. Ces revirements… parasitent le travail de véritables démocrates. »

Sidérant ! Sachant que dans les quatre partis regroupés au sein de l’UAD, il y a au moins un responsable à avoir connu la prison de Gabode, prétendre qu’ils seraient tous dans un starting-block prêts à bondir à la première offre d’achat (ou de rachat) du régime, c’est accessoirement mal cerner les ressorts de chaque engagement et tout simplement mépriser les souffrances endurées par autrui. Ce qui est grave lorsque l’on a été soi même emprisonné et torturé.

Alors, aux côtés de quel parti d’opposition le mouvement Uguta (Toosa) veut-il s’engager lors de la prochaine présidentielle « dans le but de faire des propositions concrètes » ? Il convient de ne pas confondre vitesse et précipitation : la hâte dans le positionnement ne doit pas passer par le dénigrement systématique et irresponsable du camp que l’on prétend rejoindre.

Mais, parce que nous sommes persuadés qu’il n’y a pas de nouvel électorat à conquérir ici, demandons-nous sur quelles terres ce nouveau mouvement compte chasser, lui qui s’affirme volontiers d’une «opposition qui sache s’opposer à IOG, représenter une force d’alternance et qui possède un vrai projet politique et la volonté de le mettre en œuvre en dépassant les clivages partisans et les intérêts tribaux. »

La réponse est à chercher dans la page en langue afar, dont nous traduisons le point essentiel : « Vous voyez tous de vos propres yeux ce qu’est devenu le FRUD. Petit à petit, ses responsables ont fini par soutenir le régime. » Telle est, nous semble-t-il, le véritable objectif d’Uguta, auquel Toosa ne serait qu’un faire-valoir linguistique parce que tribal : séduire tous les déçus de la paix d’Aba’a. C’est pour cela que, pour lui comme pour les signataires de cette paix qui a effectivement tant déçu, le conflit civil a pris fin en 1994. C’est peut-être pour cela qu’il n’évoque pas la violation de l’Accord de paix du 12 mai 2001. Silence qui ne déplaîra certainement pas au régime.

Encore une fois, c’est peut-être l’éloignement géographique qui l’a empêché de voir les dizaines de milliers de citoyens qui ont accueilli ici la délégation du FRUD-armé, après la signature de l’Accord-cadre du 7 février 2000.

C’est dommage, car il a raté le plus important : la consolidation de la paix et la réconciliation nationale mobilisent plus et plus durablement que tous les discours sur les droits de l’homme et la relève des générations. Tout ceci, sans rien enlever à la détermination des membres de ce mouvement.


Droit de réponse

Notre brève de la semaine dernière, consacrée aux préparatifs d’un pélérinage à Obock, sponsorisé par le régime, nous a valu ce droit de réponse ci-dessous.

Au nom du droit de réponse qui s’impose en vertu de la liberté d’expression, je vous prie de bien vouloir publier le texte suivant. Nous avons beaucoup d’estime pour votre journal. C’est pourquoi il nous est difficile de l’accuser de subjectivité scandaleuse. Cependant, grande fut notre surprise lorsque parurent les quelques lignes relatives à un prochain pèlerinage à Obock.

Elles nous ont profondément touchés car vous y insinuiez que nous étions proches de l’actuel régime, qui nous utiliserait à des fins partisanes pour bientôt célébrer cette cérémonie à Obock.

Or, vous semblez ignorer le fait que ce pèlerinage sur la tombe de Cheik Bourhan s’effectuait depuis très longtemps et qu’elle avait été interdite avec l’accession de notre pays à l’indépendance et l’arrivée de quelques prestigieux religieux d’obédience wahhabite. Les informations qui vous ont été transmises sont absolument fausses et infondées : il se pourrait même qu’elles émanent de personnes malintentionnées cherchant à semer la zizanie et troubler la cérémonie qui est sur le point de retrouver son importance d’antan.

Tous ceux qui sont habilités à l’officier l’ont toujours soutenue, de génération en génération, indépendamment de toute influence extérieure et de tout parrainage partisan. Il est donc de notre devoir de vous le rappeler, afin d’apporter à vos propos les rectificatifs qui s’imposent.

M.A.H.


COMMENTAIRES

Le pouvoir spirituel fait rarement bon ménage avec le pouvoir temporel, sauf quand il s’est agi pour le premier de cautionner le second, quelle que soit la religion. Et, quel que soit le caractère forcément sujet à réticences, de nos informations, nous pensions avoir été assez clairs dans notre brève de la semaine dernière. Le pèlerinage programmé sur la tombe de cheik Bourhan est une initiative du régime et financé par lui.

C’était tout : votre droit de réponse ne nous contredit pas sur ce point. D’autre part, nous n’avions pas remis en cause la légitimité religieuse de ce genre de pèlerinage sur la tombe d’un saint homme, quoi que même celle du Prophète (PSL) n’a jamais fait l’objet d’une telle vénération.

Ceci pour rappeler, mais vous le savez peut-être, que la tombe d’un certain Abu Yazid est fréquemment visitée au Day, alors qu’il est tranquillement mort chez lui à Bistam, en Iran. Or, en matière de pèlerinage, ce sage a laissé à la postérité une puissante maxime, que l’on retrouve dans ses « Dits » : «Mon Dieu, les créatures sont à Toi ; Tu es leur propriétaire ; qu’ai-je à m’interposer entre vous, n’était-ce l’insouciance ? » Le fait de se recueillir sur la tombe d’un saint homme pour y implorer Allah, n’est-ce pas une forme d’intercession que récusait Abu Yazid Al Bistami ?

Pour le reste, comme le dit un proverbe du coin, « la bouche qui a prié ne peut en même temps maudire ». Or, prier en ayant bénéficié pour son transport de deniers publics détournés (car tout ce que ce régime qui n’accorde même pas une évacuation sanitaire aux malades ou aux parturientes, mobilise pour sa promotion partisane constitue un vol au détriment de l’intérêt général), c’est de notre point de vue se rendre complice d’un délit. D’autant plus grave que l’on se trouve dans le domaine religieux.

Enfin, ce ne sera pas la première fois que le régime aura recours au surnaturel pour manipuler les consciences : l’on se souvient des moutons égorgés en sacrifice pour que les générateurs de l’EDD se remettent miraculeusement à fonctionner !


L’Éducation rend sa copie

Bilan : Illettrisme et Chômage

A deux jours de la tenue du Forum-bilan qui devait clôturer la tournée des districts de l’Intérieur sur la « Réforme de l’Ecole », le Ministre chargé de l’enseignement a, par souci de transparence, jugé utile de nous adresser, pour information seulement, trois exemplaires des résultats de l’action engagée après les Etats Généraux de l’Education organisés à la fin de l’année 1999. Alors que nous avions publié, dès réception il y a de cela quelques mois un droit de réponse émanant de ce ministère, c’est tardivement que nous avons reçu son Livre-bilan. Nous le remercions quand même pour ce geste. Il n’empêche, toutefois, que cette initiative ministérielle ne modifie en rien notre position vis-à-vis de la politique démagogique du gouvernement. C’est pourquoi, à partir de ce numéro, nous vous proposons une série d’articles sur l’action de ce département, avec nos analyses et propositions sur l’état actuel de l’enseignement dispensé à nos progénitures et les perspectives réelles pour les générations futures ; celles d’aujourd’hui subissant les effets de l’échec scolaire dont le chômage et l’illettrisme.


Après son périple régional, le Forum « volant » animé par le Ministre en charge de l’Education a fini par atterrir pour sa clôture, aux fins d’une campagne électorale, chez son génie géniteur, le candidat solitaire. L’ambiance de la cérémonie de clôture a bien entendu été à la hauteur de l’échec du programme édicté par les Etats Généraux de l’Education, dont le coût financier a été le plus important sous l’actuel mandat de son concitoyen d’origine.

Résumée dans un Livre-bilan d’une qualité exceptionnelle et tout en couleur (document auquel nous attribuons d’ailleurs une note honorable de 17/20, seulement pour son aspect purement esthétique), l’action du ministère de l’Education est certainement d’un grand intérêt national. Raison pour laquelle, ce Livre-bilan est une pièce de collection rare qui trouvera, certainement dans les jours prochains, une place à la mesure de son succès « au musée » des échecs politiques du régime. La principale richesse de ce recueil réside donc dans son aspect physique, suggérant l’importance de l’investissement financier consacré à la production de ses cent quatre-vingt pages.

Une première impression à laquelle s’ajoute la place accordée au mariage intelligemment réussi entre le texte et les photos dont vingt neuf clichés ont été consacrés au Superministre contre dix-sept à son Guide Suprême. Les enseignants, les parents et surtout les premiers concernés que sont nos enfants n’ayant récolté qu’entre douze et dix-sept poses.

Certainement que l’investissement engagé dans la confection de cette brochure de campagne en milliers d’exemplaires sur papier glacé, dépasse outrageusement la réhabilitation de l’école de Médého qui n’a coûté qu’un million francs Djibouti déboursé par les FFDJ. La corvée qu’est la réhabilitation des établissements scolaires s’avérant nécessiter un engagement financier et humain sans aucune retombée, ces travaux ont, comme il se doit, été confiés aux forces étrangères présentes sur notre sol. Leur concours, dit-on plus haut, est normal compte tenu de l’exceptionnel terrain d’entraînement pacifié mis à leur disposition par l’ingénieux bradeur et ses intermédiaires.

Dans ce même ordre d’idée, l’énorme contribution des Américains à l’Education nationale à travers la distribution de kits scolaires à la rentrée comme la fourniture d’équipements et autres matériels de formation comme l’outil informatique à nos progénitures, constitue un des éléments majeurs dans la lutte contre le terrorisme international. Il se dirait dans les arcanes du pouvoir que contribuer à l’Education de nos enfants c’est prévenir, c’est conscientiser les jeunes, à la base, pour mieux lutter contre ce danger international. Peut-être ! Mais il est regrettable que le geste des Américains ait été quelque peu détourné de sa gratuité, puisque les dons de matériels scolaires ont transité en partie par des boutiques privées avant d’arriver à leur destination finale : les écoliers. A ce chapitre, la contribution du ministère est nulle, donc une note de 2/20 lui est attribuée : peut mieux faire. Dispose d’une capacité financière importante, mais n’investit pas dans les créneaux porteurs pour un développement durable du pays !

A la matière « vivres, bourses, transport et conditions de travail », le concepteur de la réforme comme le chef de chantier n’auraient pas ménagé leurs efforts en faveur des nos enfants du milieu rural, de nos étudiants à l’étranger comme de nos enseignants. En effet, sollicitant un secours familial (pour ceux dont les parents perçoivent normalement les salaires) nos étudiants à l’étranger et nommément au Sénégal souffrent de précarité, les bourses se faisant attendre.

Dans les districts de l’Intérieur, les élèves des zones rurales subissent le même sort que leurs frères et sœurs partis étudier à l’étranger. Les cantines scolaires alimentées par l’aide du PAM sont curieusement vides et les restaurants qui devaient servir les repas à nos enfants dans les chefs-lieux n’ont pas été payés depuis longtemps par la Présidence.

Physiquement et psychiquement affectés par l’irresponsabilité voulue du ministère de l’Education nationale dont les errements sont couverts par la Présidence, ces enfants resterons-ils les « damnés de notre terre » ?

Quant au corps enseignant, rescapés des actions syndicales durement réprimés au milieu des années 1990, rejoints depuis par d’autres formateurs susceptibles de combler le déficit né de l’exil forcé de nombreux enseignants, leurs conditions de travail demeurent pitoyables : des classes surchargées, des avantages supprimés, des salaires en retard, des mises à niveau délaissées, etc.…

Mal-vivre qui explique la multiplicité des grèves, aggravé par les troubles dans les établissements scolaires : l’autorité se perdant, la maïeutique s’accouche au forceps.

Au génie donc : une note de 0/20 pour cette matière pluridisciplinaire. Un chapitre qui relève de cette mauvaise gouvernance dont les effets se font cruellement sentir en matière d’Education.

Décision du conseil national de fin de mandat : n’est pas apte à continuer. Orientation : Vie active. Attention au chômage ? La bête dévoreuse de nos jeunes !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 124 du mercredi 2 février 2005

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Réalité numéro 124 du mercredi 2 février 2005

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Un fantôme dans la réalité
  4. Polar franco-djiboutien
  5. L’homme qui défie à nouveau Paris
  6. Courrier des lecteurs
  7. Intikhaab : puisse ce bébé grandir !

 

Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 124

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES :

TOLÉRANCE ZÉRO !

Il y a comme cela des domaines où, par-delà les clivages partisans, un consensus devrait se dégager pour ensemble promouvoir le bien-être de nos populations. La lutte contre les Mutilations Génitales Féminines (MGF) est l’un d’eux, actuellement sur le devant de l’actualité. Blessures physiques et psychologiques loin d’être uniquement symboliques, l’éradication de ces pratiques barbares nécessite une prise de conscience et une vigilance quotidienne de chaque citoyenne et de chaque citoyen. Quotidienne étant donné qu’il naît des filles tous les jours, dont beaucoup sont aussitôt excisées et infibulées, en toute impunité, malgré les dispositions légales en vigueur. Car, en la matière, une tradition sédimentée donne trop facilement une bonne conscience religieuse qu’il faut à tout prix déstabiliser, déranger. Preuve parmi d’autres que l’on ne change pas une société par décret, c’est tout un travail de sensibilisation qui doit être mené, en permanence.

Sur le long terme, il est bien évident que l’élévation du niveau d’instruction, spécialement chez le genre féminin, se traduira par un abandon progressif de ces mutilations. D’ores et déjà, le caractère barbare de leur prégnance varie considérablement selon ce niveau d’études : plus intolérable dans le milieu rural essentiellement illettré.

Pour l’heure, sur le court terme, c’est sur l’illégitimité religieuse des MGF que les messages de sensibilisation doivent insister. C’est dire combien la contribution des autorités religieuses est décisive dans ce juste combat. Selon la Constitution de septembre 1992, l’Islam est ici religion d’État : il serait malheureusement plus juste de dire qu’en fait c’est le « clergé » musulman qui est au service du régime.

On se souvient qu’au début du conflit civil, un prédicateur du vendredi appelait solennellement au Djihad contre une composante de la communauté nationale. Au nom de toutes les fillettes injustement et quotidiennement charcutées, on aimerait qu’un même zèle soit mis au service de l’intégrité physique et psychologique d’une personne humaine trop jeune pour se défendre. Pourquoi est-il plus facile d’inciter au meurtre de son prochain que d’inviter au respect de la vie ? Pourtant, l’Histoire est là pour nous enseigner que cette indispensable révolution culturelle n’a rien d’impossible : n’oublions pas qu’avant l’Islam, les tribus de la Péninsule Arabique avaient pour coutume de tuer les fillettes, comme le rappellent les verset 8 et 9 de la Sourate 81.

« Et quand on leur dit ‘Suivez ce qu’Allah a fait descendre’, ils répondent ‘Nous préférons suivre ce que nos ancêtres faisaient avant nous’ quand bien même ce serait le Diable qui les appellerait au châtiment du feu ». C’est bien ce Verset 21 de la Sourate 31 qui explique le conformisme culturel consistant à systématiquement mutiler les fillettes. Car l’excision et l’infibulation n’ont rien à voir avec le Coran : on les retrouve chez des peuples chrétiens de l’Afrique de l’Est comme chez des peuplades animistes d’Afrique de l’Ouest. La seule référence religieuse, cosmogonique en fait, des mutilations génitales scientifiquement attestée, est en réalité pharaonique. C’est le mythe de l’androgynie d’Amon, retrouvé par les ethnologues chez les Dogon : pour que l’humanité se perpétue, il fallait enlever à l’homme ce qu’il y a de féminin en lui (le prépuce) et à la femme ce qu’il y a de masculin en elle (le clitoris érectile). L’ablation des grandes lèvres n’étant plus, pour ainsi dire, qu’une sophistication ornementale. On chercherait en vain une telle rationalisation de ces pratiques dans le Coran ou la Sunna.

Plutôt que de tout attendre d’une inefficace pénalisation, ou de l’inévitable processus de laïcisation (et de relâchement des mœurs) qui accompagne l’élévation du niveau d’instruction, c’est aux autorités religieuses d’assumer leurs responsabilités, en insistant sur le fait que les MGF sont avant tout des pratiques païennes que l’Islam ne saurait ni cautionner ni tolérer.


Brèves nationales

Obock redécouverte :

Cérémonie de prière pour le candidat solitaire

Dans l’espoir de booster la campagne chaotique du candidat solitaire, des pèlerins peu ordinaires dépêchés de Djibouti seraient sur le point de débarquer à Obock. Ces marabouts proches du régime projetteraient de se recueillir sur la tombe du Cheik Bourhan au cimetière situé à 1km au nord de cette ville. Lieu d’un pèlerinage annuel autrefois, l’oratoire du Cheik Bourhan était rarement fréquenté depuis l’indépendance. C’est donc à cet endroit mythique qu’une cérémonie de prière à l’intention du candidat unique devrait être organisée prochainement. On le voit, le régime fatigué cherche à faire flèche de tout bois.

Dans la polémique sur l’interdiction du voile islamique, au moins les choses étaient claires : un État laïc n’instrumentalise ni la religion ni le clergé. Ici, l’Islam et ses officiants ne semblent pas toujours sollicités pour la bonne cause.

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Soirée électorale de l’UMP :

Fête ou défaite ?

Afin de conjurer le sort et redonner de l’espoir au candidat solitaire, le régime organise en début de semaine prochaine une grande soirée. Les préparatifs vont bon train pour donner un éclat particulier à cette fête à la gloire du candidat officiel. Plusieurs centaines de figurants et autres réquisitionnés feront bombance avant de swinguer dans l’air du temps.

Cette méga boum du régime sera certainement l’occasion de discours creux dont le RPP a le secret. Les médias gouvernementaux sont d’ores et déjà mobilisés pour nous faire revivre les grands moments de cette fête de l’illusion organisée bien sûr aux frais du contribuable djiboutien. Une chose est sûre : le peuple sera le grand absent de cette fête qui sent la défaite, morale sûrement.

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Galafi :

Zone oubliée ou abandonnée ?

La localité de Galafi dans le district de Dikhil est un des endroits les plus désolés de notre pays. Ce poste frontalier situé sur le corridor routier reliant Djibouti et l’Ethiopie ne dispose d’aucune infrastructure de base, le lieu est si déshérité que la population se sent condamnée à l’oubli. Au début de cette année, l’ARD a ouvert une annexe dans ce village abandonné pour répondre aux souhaits maintes fois exprimés par nos militants.

Depuis cette date, des missi dominici du régime sillonnent la région et promettent monts et merveilles aux populations désespérées. Ainsi, à l’invitation de nos dynamiques militants de cette contrée, une délégation de notre parti compte se rendre prochainement sur place pour délivrer à cette population un message de lutte et d’espoir. Gageons que le candidat solitaire nous emboîtera le pas. Mais, contrairement à nous, l’agronome volant viendra les bras chargés de cadeaux et la tête pleine de fausses promesses.

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Quand les mal-élus pensent aux autres :

Le ridicule ne tue pas !

Selon le journal gouvernemental « La Nation » les mal-élus se seraient dernièrement retrouvés à l’occasion d’une session dite budgétaire pour également réfléchir à la situation de certaines régions du monde. Au cours de cette session épique, plusieurs résolutions à portée planétaire auraient été adoptées.

L’une d’elle était relative aux régions dévastées par le tsunami du 26 décembre 2004. On se souvient que le 26 décembre 2004 était précisément le jour où les mal-élus, les membres du gouvernement et autres militants de la mouvance avaient organisé un défilé parti de la route de Venise pour commémorer le dixième anniversaire de la paix d’Aba’a. Citons copieusement ce qu’à écrit notre confrère « La Nation » dans son édition de lundi dernier.

« …L’Assemblée nationale, réunie en séance plénière le samedi 29 janvier 2005, a exprimé sa compassion et sa solidarité avec les pays et les peuples touchés, et s’est félicité de l’aide d’urgence et de la méga mobilisation de la communauté internationale dans de si meilleurs délais pour venir en aide aux populations sinistrées.

L’Assemblée nationale soutient les efforts pour reconstruire les zones dévastées et pour un retour aussi rapide que possible de ces populations gravement touchées à des conditions de vie décentes, et a par ailleurs exhorté la communauté internationale à tirer les leçons de ce cataclysme qui a pris au dépourvu des milliers de personnes et à coordonner les activités de recherche sismologiques notamment sous-marines dans le but de la mise en place de mécanismes d’alerte précoce et rapide à grande échelle pour pouvoir sauver le maximum de vies humaines… ».

Une autre réaction tout aussi ubuesque concernait la situation dans certaines régions d’Afrique. Toujours selon ce confrère gouvernemental :

«… L’Assemblée nationale a exhorté la communauté internationale à ne pas oublier les victimes des guerres civiles incessantes dans certaines régions d’Afrique… ».

Quand on songe au sort injuste imposé par ce régime aux victimes du conflit chez nous, qui attendent toujours la réhabilitation et la réinsertion, cette réaction des mal-élus ne fait que confirmer le pitoyable cynisme politique du système en place depuis 27 ans : pour n’avoir pas été vraiment choisis, ils n’ont apparemment pas le temps de s’occuper de leurs compatriotes, trop pris qu’ils sont dans des considérations planétaires.

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Visite Présidentielle au quartier 4 :

Réalité d’une esbroufe

Mardi 25 janvier dernier, le chef de l’État accompagné des membres de son gouvernement a effectué une visite éclair au quartier 4 où il a vécu dans sa jeunesse. Le candidat solitaire se serait rendu sur place pour inspecter les travaux d’assainissement en cours dans ce quartier populaire. A cette occasion le candidat en campagne n’a pas manqué de lancer quelques promesses électorales dont il a le secret.

Pourtant ce quartier partiellement assaini pour les besoins de sa visite ne figure pas dans les projets d’assainissement de certains quartiers de la capitale dont l’exécution est confiée à l’Adetip. Cette agence a diffusé un appel d’offres national où il est question de l’assainissement d’Arhiba, Einguela, Cité du stade, Cité Cheik Osman et Salines Ouest, mais point de quartier 4.

Rappelons que « Réalité » avait relevé dans un précédent numéro, que les 50 millions fd destinés à l’assainissement de ce quartier avaient en fait servi au règlement d’une entreprise qui avait participé à la construction du complexe présidentiel pour le défilé du 27 juin. Alors est-ce pour réparer ce dommage et cet oubli que le chef de l’État s’en est allé parader dans son ancien quartier ?

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Commerce international :

La Chine au chevet de l’Afrique

Nouveau géant du commerce mondial, la Chine tient également à renforcer ses relations commerciales avec l’Afrique dont elle importe l’essentiel de ses matières premières et qui constitue également un grand débouché pour ses exportations.

Ainsi, depuis le 1er janvier 2005, les importations chinoises provenant de 25 pays africains seront exonérées de taxes douanières. Cette mesure concerne près de 200 articles exportés par ces pays vers la Chine. Parmi les heureuses nations africaines bénéficiaires des exemptions tarifaires chinoises, figure aussi Djibouti.

Tout en remerciant le gouvernement chinois pour l’intérêt qu’il porte à notre pays, nous nous demandons vraiment si cette mesure profitera réellement à l’économie nationale. Que peut bien exporter notre pays en direction de l’Empire du milieu ?

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Djibouti-France :

La vigilance semble de mise

L’euphémisme diplomatique a beau prétendre calmer le jeu, il y a pourtant des signes de nervosité qui ne trompent pas. La récente crispation dans les relations franco-djiboutiennes auront en tout cas fait quelques victimes collatérales : des chauffeurs de taxi djiboutiens. Alerte ou entraînement ? Toujours est-il que les ressortissants français ont déserté les rues et les commerces de la Capitale jeudi dernier tôt dans la soirée. Espérons que ce n’était là qu’une fausse alerte.

Même s’il y a ici une malheureuse tradition d’attentats anti-français, notre population ne souhaite nullement que les tragiques événements de la Côte d’Ivoire se répètent ici. Car, sur ce terrain, le régime sera ce qu’il est déjà : seul contre la majorité.


Un fantôme dans la réalité

BORREL HANTE

LA PRESSE FRANÇAISE

En représailles aux récents développements judiciaires de l’affaire Borrel (comme s’il demandait à l’État français de contrôler sa Justice), le régime djiboutien a procédé à l’expulsion de six coopérants français, après avoir fermé l’antenne locale de RFI. Sur le premier point, dans un communiqué rendu public le 29 janvier 2005, le Quai d’Orsay regrettait cette mesure, qui touche des experts oeuvrant dans des secteurs vitaux : Santé, Éducation, Sécurité publique, Développement rural. Nous le regrettons aussi, quoi que l’on aurait été plus indulgent s’il s’était agi d’un conseiller militaire. Car, pour l’honnête citoyen djiboutien, cette nervosité regrettable autant que suspecte, se résume à deux questions. 1) Soit ces coopérants expulsés ne servaient à rien ici, auquel cas pourquoi les avoir tolérés jusqu’à ce que la Justice française ait demandé à entendre deux hauts fonctionnaires djiboutiens dans le cadre d’un assassinat ? 2) Soit ces coopérants expulsés servaient à quelque chose, auquel cas est-il responsable d’en faire des boucs émissaires et des instruments de chantage à des fins ne relevant pas nécessairement de la défense des intérêts supérieurs de la République de Djibouti ? Sur le second point, concernant la fermeture de l’antenne locale de RFI, il s’agit là d’une inadmissible violation de la liberté de la presse, que nous condamnons fermement. Par solidarité journalistique, conscients de notre propre sursis et pour combler dans la mesure de nos moyens ce déficit imposé d’information, qui plus est francophone, il est de notre devoir de nous faire l’écho de tout ce que ce régime cherche ainsi à censurer. C’est pourquoi nous proposons cette semaine, suite à de nombreuses réclamations de nos lecteurs, deux articles publiés par nos confrères français : le premier paru mercredi dernier dans « Le Canard Enchaîné» n° 4396 du 26 janvier 2005, le second dans le n°1120 du 29 janvier 2005 de la « Lettre de l’Océan Indien ». Sans oublier de renvoyer l’internaute intéressé par tous les déboires de la France dans son pré carré, au site «assassinatsdecooperants.ouvaton.org,» dans lequel le chapitre consacré à Djibouti n’est pas le moins épais. Pour ce qui est de la position de l’UAD, rappelons qu’elle n’a jamais tenté aucune récupération de cette sombre affaire, même si le régime avait maladroitement accusé tel ou tel opposant d’en avoir été l’instigateur, bénéficiant de complicités au sein d’une certaine magistrature hexagonale. Car, si le fait que les plus hauts responsables du régime soient accusés de meurtre ne soit ni glorieux ni déplacé, c’est l’arbre qui cache la forêt. D’une part du fait que le chef de l’État peut être tenu pour responsable de la mort en 1999 et en 2000 ( sans parler de ses «contributions» en sa qualité de chef de cabinet de la Présidence) d’au moins cinq civils djiboutiens :en tant que chef suprême des Armées, il n’a diligenté aucune enquête. D’autre part, la seule dimension crapuleuse, aujourd’hui sur le devant de l’actualité française, nous préoccupe malheureusement moins que les multiples violations ici perpétrées contre les Droits de l’Homme d’une manière générale. C’est pourquoi, l’UAD, solidaire du juste combat que mène la veuve Borrel pour l’avènement de la vérité, estime que, face à la violation de l’Accord de paix du 12 mai 2001 et au refus de tout changement démocratique, la mobilisation du Peuple djiboutien pour mettre un terme à l’imposture de ce régime peut véritablement restaurer la dignité perdue de notre pays.


Polar franco-djiboutien

JUGES ET DIPLOMATES SOMBRENT

DANS UN POLAR FRANCO-DJIBOUTIEN

Depuis l’assassinat du juge Borrel, il y a neuf ans, tout a été fait pour cacher la vérité.

Y compris par des magistrats français, aujourd’hui ridiculisés.

( Le Canard Enchaîné n° 4396 du mercredi 26 janvier 2005)

LES militaires français n’excluent plus l’hypothèse d’un retrait pur et simple de Djibouti, leur plus importante base en Afrique. Les relations avec Ismaël Omar Guelleh, actuel président, se sont encore dégradées ces derniers jours. Six coopérants français ont été expulsés, et, le 21 janvier, l’émetteur local de Radio France Internationale a été coupé. Principal motif de la fureur des autorités djiboutiennes, la décision de la Cour d’Appel de Versailles d’ordonner l’audition du chef des services secrets, Hassan Saïd, compromis dans l’assassinat du juge Borrel, magistrat français retrouvé mort le 19 octobre 1995 à 80 km de Djibouti.

Au grand désespoir de l’état-major français, qui voit déjà les Américains s’installer à notre place, la crise n’est pas près de se tasser. Car la Ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie, vient d’accepter de déclassifier quelques documents « confidentiel-défense » qui dormaient sagement dans les archives de la DPSD (ex-Sécurité militaire). Certains de ces papiers vont faire encore monter la pression. Notamment une note, rédigée en mars 2000 par un officier, qui dresse un tableau peu ragoûtant des mœurs politico-judiciaires locales (notre document).

Il aura fallu près de dix ans pour que la justice et l’armée acceptent de laisser poindre la vérité sur la mort du juge Borrel. On comprend aujourd’hui pourquoi : il s’agissait de haute diplomatie et d’intérêts stratégiques. L’enquête sur la disparition du magistrat a été sacrifiée à la raison d’État. En pure perte. Car l’obstination de la veuve de Bernard Borrel et l’accumulation des maladresses, voire de grossières manipulations, ont abouti à ce brillant résultat: la crise diplomatique est là. Et, en prime, une véritable affaire d’Etat, mettant en cause le fonctionnement de la justice et l’attitude de plusieurs magistrats qui risquent… des poursuites judiciaires.

EPIDÉMIE DE MYOPIE

Dés les premières heures qui ont suivi la découverte du corps à demi calciné du juge Borrel, alors détaché à Djibouti pour préparer une réforme du Code de procédure pénale, les opérations d’étouffement ont commencé. Les gendarmes, arrivés les premiers sur les lieux, rédigent, alors qu’ils ne sont pas saisis de l’affaire, deux procès-verbaux au ton catégorique : « Le suicide est l’hypothèse la plus vraisemblable, d’autant qu’aucun élément ne permet de penser le contraire. » Puissamment raisonné !

Bien que seule la justice djiboutienne soit saisie, ce sont des militaires français qui emportent le corps, et plus précisément le médecin-chef du centre hospitalier des Armées. Une autopsie devait être pratiquée. C’est du moins ce qu’on avait annoncé à la famille. En fait, les médecins militaires ne font que quelques radios. Lesquelles seront perdues : la justice ne les verra jamais. Et déjà se pose la question de la dissimulation délibérée de preuves. Car il est acquis aujourd’hui, après expertises et contre-expertises, que le juge Borrel avait une fracture du crâne et l’avant-bras cassé. Ce qui suggère, dit aujourd’hui un collège d’experts, un coup porté par un instrument contondant, et un geste de défense avec le bras. Même le plus nul des radiologues n’aurait pu passer à côté de ces fractures. Pourquoi les médecins militaires se sont-ils tus, avant de « perdre » les clichés ?

Pendant cinq ans, avec une obstination et une constance qui forcent l’admiration, la justice s’accrochera à la thèse du suicide. Deux juges d’instruction parisiens, Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, vont témoigner d’un dévouement de tous les instants pour réunir les preuves en ce sens. Ils iront jusqu’à effectuer deux reconstitutions sur place. La seconde, organisée le 11 mars 2000, a été filmée.

UN SUICIDÉ ACROBATE

On peut voir, sur la cassette vidéo, les dignes magistrats batifoler dans les pierrailles où a été retrouvé le corps de leur collègue. Ils tentent d’expliquer, notamment, que le suicidé, après s’être aspergé d’essence, a pu, le corps en feu, dévaler les 15 mètres sans blesser ses pieds nus. Après avoir descendu la pente, abrupte, avec lenteur et maintes précautions, l’un d’eux montre triomphalement ses orteils intacts à la caméra. La preuve est faite…

L’enquête prend un nouveau tour lorsqu’un ancien garde du président djiboutien affirme qu’il a surpris, au lendemain de la mort du juge, une conversation d’où il ressort que le chef des services secrets de l’époque (devenu chef de l’État) aurait commandité le meurtre du petit « juge fouineur ». Lequel s’intéressait à un attentat commis à Djibouti contre un café français, et était en relation à ce sujet avec son collègue… Le Loire !

Dans un premier temps, la juge Moracchini estime l’audition de ce témoin inutile. Elle consent tout de même à l’entendre et se rend pour cela en Belgique. Mais, selon un avocat présent, elle tente de le convaincre qu’il prend de grands risques en tenant ces propos. Peu après, le chef de la grade présidentielle de Djibouti témoigne « spontanément » que ce témoin n’est qu’un fieffé menteur. En réalité, cette tentative pour le discréditer lui a été soufflée par Hassan Saïd, l’actuel chef des services secrets de Djibouti.

La manœuvre est suivie d’une démarche du procureur de la République djiboutienne, qui conseille vivement au témoin de revenir sur ses déclarations. Pure coïncidence, ledit procureur de Djibouti et Mme Moracchini se tutoient, et s’embrassent comme du bon pain.

OFFENSIVE JUDICIAIRE

En dépit de ces nombreux efforts conjugués, la vérité va peut être enfin surgir. Dessaisis en juin 2000, les magistrats Le Loire et Moracchini sont remplacés par le juge Parlos, puis par Sophie Clément. C’est cette dernière qui vient d’obtenir la communication de documents classifiés. Et elle envisage de lancer des mandats d’arrêt internationaux contre le chef des services secrets de Djibouti. Avant de mettre en cause le chef de l’État ?.

Pour parachever le désastre diplomatique, une autre procédure judiciaire a été ouverte, à Versailles, pour « subornation de témoin ». Une juge est chargée d’éclaircir le ballet des aimables « conseillers » autour du fameux témoin entendu en Belgique. Elle a déjà interrogé comme « témoins assistés » ses collègues Le Loire et Moracchini. Elle tremblait un peu à l’idée de convoquer le procureur de Djibouti et le chef des services secrets. D’autant que le parquet de Versailles, toujours à la pointe du combat pour la vérité, s’opposait à ces auditions. Mais la cour d’appel vient, en deux arrêts successifs, d’ordonner à la juge de les interroger. Bien entendu, ils ne se rendront pas aux convocations.

En d’autres temps, on aurait envoyé l’armée. Mais elle y est déjà. Et c’est elle qui sera peut-être obligée de se retirer en bon ordre… 

Louis-Marie Horeau


L’homme qui défie à nouveau Paris

La Lettre de l’Océan Indien

LOI n°1120 du 29 janvier 2005

Le président Ismaël Omar Guelleh vient une nouvelle fois de défier Paris que l’intérêt pour la position stratégique de Djibouti rend impuissant face à ces chantages répétés. Mécontent de la décision de la justice française d’entendre comme témoin assisté le chef des services secrets djiboutiens dans le cadre de l’enquête sur la mort du magistrat Bernard Borrel à Djibouti en 1995. Guelleh a fait fermer l’émetteur de RFI et expulser six assistants techniques français auprès de ministères civils djiboutiens. Ne croyant pas à l’indépendance de la justice, il s’estime victime de déstabilisation avant le scrutin présidentiel d’avril où il briguera un second mandat.

Surenchère. La méfiance à l’égard de la France et la surenchère pour en obtenir le maximum de financements est une longue tradition des cercles dirigeants djiboutiens. Le président Guelleh n’a fait qu’en systématiser la pratique après 1999. Selon une note confidentielle rédigée le 18 mars 2000 par le lieutenant-colonel Clément chef de la DPSD à Djibouti et récemment déclassifiée, Guelleh avait déjà utilisé des mesures de rétorsion après un article sur l’affaire Borrel paru en France en janvier 2000 : campagne de presse et manifestations anti-françaises, refus de Guelleh de recevoir l’ambassadeur de France, interdiction du débarquement d’un détachement de chars Leclerc à Djibouti alors que les autorisations avaient été préalablement données.

Le débat sur le contrôle de l’utilisation de l’aide française à Djibouti a également donné lieu à des passes d’armes épiques entre les deux pays. Paris a finalement accédé en partie aux exigences djiboutiennes en acceptant de payer un « loyer » de 30 millions d’euros par an, durant neuf ans à partir de 2004, pour prix du maintien de la présence militaire française dans ce poste d’observation et d’entraînement au bord de la Mer Rouge.

Réputation. Bien que formé dans la police coloniale française, Guelleh a toujours eu une mauvaise réputation à Paris depuis l’époque où il était chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon et patron des services secrets djiboutiens. A ce poste, il a été aux premières loges pour tous les coups fourrés contre les opposants djiboutiens susceptibles d’obtenir une oreille attentive à Paris. Des agents des services secrets français ont soupçonné les services secrets djiboutiens d’avoir été impliqués dans l’attentat du Café de Paris intervenu à Djibouti le 27 septembre 1990. Au même moment, le frère de l’actuel président, Idriss Omar Guelleh, décédé il y a dix ans, était le chef des milices tribales Issas. C’est la visite du patron de la DGSE Jacques Dawatre à Djibouti an avril 1995 qui va un peu modifier la donne : Guelleh lui apparaît comme un homme de parole qui s’est toujours acquitté de ses promesses envers la France et comme « le seul homme d’État dans le pays ». Et lorsqu’il est élu à la présidence en 1999, des mirages français survolent sa maison en battant de l’aile en signe de félicitation.

Cela n’empêche pas sa mauvaise réputation de perdurer : la note confidentielle du lieutenant-colonel Clément faisait ainsi état en 2000 de la « mise en cause de diverses personnalités politiques locales, dont l’actuel président de la République, dans des affaires de trafics d’armes, de stupéfiants ou de fausse monnaie ».

Nationalisme. Les autorités françaises ont également eu du mal à se faire au nationalisme du président Guelleh qui lui a permis de récupérer nombre de ses opposants dont certains ornent aujourd’hui son gouvernement et sa majorité au Parlement. D’autant plus colérique qu’il se sait malade, le chef de l’État djiboutien est coutumier des diatribes anti-françaises en privé et récemment, il aurait même évoqué en petit cercle l’hypothèse (finalement non retenue) de la fermeture de son ambassade à Paris.

Au plan économique, il a pris ces dernières années plusieurs mesures pour briser la position dominante des sociétés françaises dans les secteurs du transit et de l’assurance, ce qui n’a pas été sans léser certains intérêts particuliers. Sous l’influence de l’homme d’affaires djiboutien Abdurahman Boreh, il veut faire de son pays un Dubaï africain. Enfin, il a accepté d’accueillir une base militaire américaine pour faire la nique aux Français et remplir les caisses du Trésor djiboutien.


COMMENTAIRES

Tout en souscrivant à l’analyse sur l’aspect mafieux du régime, deux réticences toutefois.

1) On cherche en vain une once de nationalisme dans l’équipe au pouvoir. Ce serait son absence, allant de pair avec l’incitation à la haine tribale, qui caractériserait ceux que la veuve Borrel tient pour responsables de l’assassinat de son mari.

2) Que la manne financière consécutive au surenchérissement du loyer des présences militaires ait pu remplir les caisses du Trésor djiboutien prête ici à sourire, si l’on reste poli. Car les retards dans le versement des salaires perdurent, pas plus tard que le mois dernier : l’opacité et les détournements des deniers publics sont encore la règle.


Courrier des lecteurs

Je suis un jeune chômeur et un lecteur assidu de « Réalité ». Je trouve votre journal très profond, responsable et même modéré. Je veux parler du ton employé bien sûr. Même si j’estime que les dirigeants que vous critiquez ne méritent pas la mesure de vos propos, en sondant mes compatriotes qui lisent votre journal, j’ai remarqué que votre lectorat, le plus nombreux, approuve votre modération.

Ce n’est pas pour tenir des propos acerbes ou injurieux que je vous écris, mais pour interpeller le Chef de l’État puisque c’est comme ça que vous vous obstinez à l’appeler. Sa dernière visite au quartier 4 a été qualifiée par un journaliste de « La Nation » comme une « visite d’inspection inopinée dans un des secteurs populaires de la ville de Djibouti, en l’occurrence le quartier répertorié n°4 ».

Inopinée ? Contrairement à vous, votre confrère n’a pas peur des mots (Xishood…). Tout le monde sait que chacun de ses déplacements est préparé plusieurs jours à l’avance et le lieu de visite, comme par exemple la place de la prière de l’Aïd, nettoyé et sécurisé dès la veille. Nous savions tous qu’il allait visiter le quartier 4, tous les riverains ainsi que le personnel des Travaux Publics affecté à la réhabilitation, tous prévenus, présents, sapés et à l’œuvre pour l’applaudir, l’écouter et l’applaudir encore. Tous les médias gouvernementaux (RTD, Nation) étaient inopinément présents pour saluer et immortaliser l’événement…

Je le félicite de s’être souvenu qu’après avoir quitté Diré-Dawa, il a été accueilli et hébergé par ce quartier et ses habitants. Je me félicite qu’à l’approche des élections présidentielles pour lesquelles il est le seul candidat sérieux et déclaré, il se soucie de l’assainissement de ce quartier et du bien-être de ses habitants, puisqu’il y a promis, pré-campagne oblige, la construction prochaine d’aires de jeux sur la place de l’ancien jardin du quartier. En espérant être démenti, je suis prêt à parier que ces aires de jeux ne verront pas le jour durant son prochain mandat, si toutefois il est réélu.

Il a précisé que le gouvernement mène les opérations de réhabilitation des quartiers populaires sur le Budget national, en attendant l’octroi du fonds prévu par l’Union Européenne à cet effet. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la série d’articles que vous avez consacrés aux commentaires du rapport général de la Chambre des Comptes.

Je me demande de quelle ligne budgétaire ils ont détourné ces fonds pour réhabiliter le quartier 4, qui en avait bien besoin. Tant mieux pour ses habitants. Quant à moi, je réside à Einguela depuis sa création. Je voudrais tout d’abord rafraîchir la mémoire d’IOG, en lui rappelant qu’il y avait résidé quand elle était flambant neuve. Je l’invite donc, au nom de tous ses habitants, à venir nous visiter inopinément et constater par lui-même son état d’insalubrité. Il n’y a plus d’aires de jeux.

Depuis le rond-point jusqu’au théâtre des Salines, tout son pourtour est pollué par les eaux usées et pluviales et les fosses septiques qui débordent. Toutes ces eaux stagnantes ne sont pas évacuées car les canalisations sont bouchées depuis des années. Je sais qu’il le sait, mais c’est un simple rappel.

Mais, même si c’est mon droit le plus élémentaire, je suis gêné de me plaindre au vu de l’état d’insalubrité de cette cité-ghetto qu’est Arhiba. Là-bas, tous les pouvoirs publics ont démissionné depuis longtemps : les TP, l’Intérieur et le District, la Santé… elle survit en marge de toute politique publique. Est-ce parce que ses habitants sont réputés frondeurs qu’Arhiba est délibérément marginalisée ? Peut-être qu’ils le seraient moins si le pouvoir s’occupait de ses habitants comme de citoyens ordinaires. Même pendant les campagnes électorales, le RPP dont il est président y tient meeting à ses abords.

Même dans le quartier résidentiel huppé du Héron, il suffit d’une demi-heure de pluie pour rendre impraticables, pendant des jours ses rues pourtant bitumées, simplement parce que les eaux pluviales ne sont pas évacuées, ce qui dégrade le bitume, oblige les T.P à la réfection de quelques tronçons qui se dégradent à nouveau à la première goutte de pluie et engloutissent en pure perte des dizaines de millions de fd des deniers publics.

J’ai entendu dire que les riverains, les Chancelleries étrangères (Nations Unies et Ambassades qui y ont leurs bureaux et résidences) se sont plaints quand un tout nouveau résident du quartier, le Ministre des finances pour ne pas le nommer, a entrepris le bitumage de 150 mètres d’une ruelle qui mène à sa résidence en délaissant les autres tronçons dégradés.

Je l’exhorte donc à multiplier ses visites inopinées dans les quartiers populaires à l’approche d’avril 2005, ils sont très nombreux qui nécessitent son attention et ses promesses.

M.A.S

fidèle lecteur d’Einguela


COMMENTAIRES

Merci cher lecteur pour ce sympathique papier. Nous en avons apprécié le ton ironique. Pour ce qui nous concerne, nous maintiendrons le cap concernant la mesure et le ton du propos, qui est effectivement très apprécié à en croire le volumineux courrier que nous recevons. Nous en profitons pour nous excuser auprès de tous nos lecteurs de ne pouvoir faute de place et d’une actualité toujours chargée, reproduire dans nos colonnes les nombreuses et très intéressantes lettres que vous nous adressez chaque semaine.

Quant à votre courrier, il est transmis à qui de droit. Vous avez parfaitement raison d’attirer (nous le faisons régulièrement) les pouvoirs publics sur l’état des cités populaires et des routes de la capitale. C’est une appréciable réponse d’un citoyen responsable aux campagnes de sensibilisation que le gouvernement mène à grands frais dans ses médias. Comme s’il s’agissait d’une insalubrité dont est responsable la seule population ! Même si le comportement de certains habitants est incivique (dont la majorité est une population flottante qui a envahi de plus belle la capitale, un an après la grande mascarade de l’année dernière), le premier responsable et coupable, c’est le pouvoir. La centaine de bennes à ordures offert par la Chine aurait été louée à des forces stationnées à Djibouti et l’incinérateur offert par les Américains est donc forcément inutile pour l’instant. Nous ne pouvons qu’espérer avec vous qu’à la faveur de la campagne électorale qui s’annonce insolite, votre courrier sensibilisera les malentendants et mal-voyants qui nous gouvernent.


Intikhaab : puisse ce bébé grandir !

 « Election », c’est ainsi qu’une maman irakienne chiite a prénommé son fils né le dimanche 30 janvier 2005. c’est en effet les premières élections pluralistes en Irak, depuis 1953. Ce baptême symbolise à lui seul l’espoir de tout un peuple, et singulièrement de la majorité chiite jusque là marginalisée et martyrisée par la minorité sunnite qui a accaparé tout le pouvoir sous le règne du Baas… Zoom sur le contexte politique dans lequel grandira le bébé Intikhaab.


Depuis le 20 mars 2003, date à laquelle les troupes américano-britanniques et australiennes envahissent l’Irak dans le cadre d’une opération baptisée « Iraqui Freedom », jusque cette historique journée de dimanche 30 janvier, il ne s’est pas passé un jour qui n’ait vu des massacres de civils, des attentats suicides ou pas, des soldats tués (le bilan côté corps expéditionnaire dépasse le millier), des otages enlevés (plusieurs centaines dont l’écrasante majorité irakiens) ou exécutés ( la plupart des étrangers dont l’exécution a été cyniquement médiatisée). C’est pourquoi l’empressement de millions d’électeurs irakiens à se rendre aux urnes force l’admiration. Le taux de participation qui dépasse 60% en dit à lui seul suffisamment assez sur la détermination du peuple irakien à être un acteur majeur dans le jeu politique très complexe où se joue son avenir.

Alors que selon un bilan du ministère de l’Intérieur, 36 personnes, 30 civils et 6 policiers ont été tués et une centaine blessés à travers l’Irak dans des actes de violences pendant la journée des élections, 8 millions d’électeurs ont voté dans 5159 bureaux. 17 000 candidats et 223 listes étaient en lice pour 3 scrutins. 111 listes et 7 761 candidats pour 275 sièges au Parlement national.

Le taux de participation élevé s’explique également par le fait que les Kurdes ont massivement voté pour choisir 111 députés de leur parlement autonome. Enfin, les Irakiens élisaient en même temps les 41 membres des 17 Conseils Provinciaux et les 51 du Conseil de Bagdad.

Même dans les villes du « triangle de la mort » et d’autres zones sunnites où il est vrai la participation a été moindre, des milliers d’électeurs se sont rendus aux urnes, bravant les menaces de mort des organisations extrémistes et ignorant l’appel au boycottage de la principale association religieuse de la communauté sunnite, tandis que le principal dignitaire religieux chiite en Irak qui use de son influence pour favoriser une domination chiite sur le futur gouvernement a publié un décret qualifiant le vote de « devoir religieux ».

Bien que les résultats officiels définitifs ne soient pas attendus avant plusieurs jours, l’organisme chapeautant les quelques 10 000 observateurs irakiens indépendants, l’Ong Ein, le Représentant de l’Onu auprès de la commission électorale indépendante ont tous assuré que «ces premières élections multipartites depuis 1953 n’avaient connu que très peu de violations et de fraudes ». Ce qui, avec cette très forte participation devrait conforter la légitimité du pouvoir qui sortira des urnes.

Intikhaab est donc bien né, mais après ?

Car ce qu’a exprimé comme un seul homme le peuple irakien, toutes ethnies et confessions confondues, c’est outre le fait d’en finir avec l’anarchie en choisissant ses dirigeants, c’est aussi le souhait de voir prendre fin l’occupation de leur pays.

Or, le retrait des troupes ne figure pas dans l’agenda de l’administration républicaine et ses alliés. Et cela, peu après avoir reconnu l’absence d’armes de destruction massives dont la menaçante existence était le mobile de l’invasion, un porte-parole du Département d’État l’a affirmé sans ambages. C’est là que le bât blesse, car la présence de près de 200.000 soldats étrangers sur son sol, à tous les coins de rue à Bagdad, si elle ne remet pas en cause la légitimité du pouvoir, risque assurément d’en ternir l’indépendance. Personne n’arrive à lire clairement les contours de la politique US en Irak.

Certes, Saddam est en prison et la menace des missiles conventionnels pouvant atteindre Tel-Aviv n’est plus. C’est bien peu par rapport aux dommages humain, financier et surtout diplomatiques subis et en cours. Ni la région, ni le reste du monde n’en sont plus sûrs. Bien au contraire.

Car la principale conséquence de la chute du dictateur et de la gestion du chaos qui s’en est suivi, aura été la « libanisation » de l’Irak. Voulue ? Ce n’est pas sûr car près de deux ans après l’invasion, l’administration républicaine donne franchement l’impression de subir l’événement que d’en diriger le fil. Au demeurant, on voit mal en quoi l’éclatement actuel de l’Irak en communautarismes ethnique et confessionnel répondrait à la sécurité au Moyen Orient et aux intérêts immédiats des États-Unis dans la région.

Une guérilla urbaine terroriste née avec l’invasion et qui selon toute vraisemblance ne disparaîtra qu’avec le départ des forces d’occupation, un Irak éclaté en régions autonomes et communautés confessionnelles et ethniques et qui facilite l’influence des États voisins, des États-Unis déterminés à y imposer sa vision du monde, non seulement à l’Irak mais aussi à l’Iran voisin… Après une naissance pénible mais heureuse, Intikhaab connaîtra assurément un allaitement amer.

Souhaitons-lui bonne croissance.


*  *  *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 123 du mercredi 26 janvier 2005

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Réalité numéro 123 du mercredi 26 janvier 2005

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (fin)
  4. Cautionner la fraude ? Non merci !
  5. Le prix d’achat
  6. Ne jamais oublier Auschwitz

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 123

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr


Éditorial

LIBERTÉ IMMUABLE :

APRÈS LE DISCOURS, LA MÉTHODE ?

Le discours d’investiture est au chef d’État ce que l’ablution est au musulman. Ce rituel propiatoire était particulièrement attendu jeudi dernier lorsque, se succédant à lui-même, le président américain George W. Bush, y a défini les grands axes de la politique étrangère qu’il entendait mener lors de son second mandant à la Maison-Blanche.

Et il avait bien besoin de rassurer : pour compréhensible que soit le traumatisme provoqué par les attentats du 11 septembre, l’unilatéralisme guerrier de son instrumentalisation dans le cadre d’une agression prévue bien avant contre l’Irak, a profondément fragilisé la légitimité d’un multilatéralisme fondé sur la primauté du droit international. Accessoirement, par les choix budgétaires qu’il implique, cet effort de guerre a précipité la chute du billet vert, menaçant toute l’économie mondiale d’une récession sans précédent.

A contexte exceptionnel, propos messianiques : le discours inaugural du second mandat de Bush s’est voulu nouveauté dans la continuité.

Continuité. La menace terroriste justifiera, comme par le passé, une sorte d’activisme préventif qui a déjà causé la chute du dictateur Saddam Hussein, à défaut d’avoir instauré la démocratie en Irak :

« Aussi longtemps que des régions entières du monde seront plongées dans le ressentiment et la tyrannie, soumises à des idéologies qui nourrissent la haine et pardonnent le meurtre, la violence augmentera, deviendra puissance destructrice, et franchira les frontières les mieux défendues, se transformant en menace mortelle… Les événements et le bon sens nous mènent à une conclusion : la survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus du succès de la liberté dans d’autres pays. Le plus grand espoir pour la paix chez nous est le développement de la liberté dans le monde entier.»

Si nul ne conteste le bien-fondé de cette vision, son mode opératoire situé en dehors de la légalité internationale et surtout les réalités concrètement vécues dans certaines régions, que ce soit en Irak ou dans les Territoires Occupés, suscitent pour le moment quelques inquiétudes tout aussi bien fondées. Un sondage effectué entre le 15 novembre 2004 et le 3 janvier 2005 par GlobeScan pour le compte de la BBC sur un échantillon international réparti sur 16 pays, donne à cet égard toute la mesure de la méfiance des opinions publiques. Ainsi, 58% des personnes interrogées considèrent la réélection de Bush comme un événement négatif, tandis que 48% d’entre elles estiment que les États-Unis ne jouent pas un rôle positif dans le monde. C’est regrettable : si l’administration républicaine est si sévèrement sanctionnée, son incapacité à normaliser la situation en Irak, où l’on ne parle plus d’armes de destruction massive, et sa mansuétude envers l’État sioniste, qui viole les accords d’Oslo et qui bafoue la fameuse « feuille de route » y sont certainement pour quelque chose.

Nouveauté. Le second mandat ne peut être présenté comme copie conforme du premier :

« Aujourd’hui, l’Amérique adresse un nouveau discours aux peuples du monde. Que tous ceux qui connaissent la tyrannie et le désespoir le sachent : les États-Unis n’ignoreront pas votre oppression, ni n’excuseront vos oppresseurs. Lorsque vous vous lèverez, nous nous lèverons avec vous… »

N’ignoreront pas ou n’ignoreront plus ? Même circonstanciels, il y a des futurs pleins de sous-entendus antérieurs. Car, des peuples opprimés plaçant beaucoup d’espoirs dans ce devoir d’ingérence, il ne doit pas être très difficile d’en identifier quelques-uns. Il suffirait, pour concrétiser ce discours, que l’administration américaine tire des leçons des rapports pertinents sur la situation des droits de l’homme que le Département d’État dresse chaque année pour chaque pays.

Dont Djibouti. A l’heure où ses relations avec l’ancienne puissance coloniale s’enveniment à la suite des derniers développements judiciaires d’une affaire en forme de serpent de mer, ou de fantôme, et sa nature despotique étant continuellement mise à l’index, nul doute que la position des États-Unis ne sera pas dictée par les considérations géostratégiques de sa nouvelle présence militaire sur notre sol.

Car, nul n’en doute ici : tôt ou tard, le Peuple djiboutien se lèvera contre un régime qui lui dénie le droit au changement démocratique. Et, ce jour-là, nul doute que ses véritables amis seront à ses côtés.


Brèves nationales

Djibouti-France :

Escalade ou désescalade ?

Les récents rebondissements de la ténébreuse affaire Borrel ont particulièrement assombri le ciel peu serein des relations franco-djiboutiennes. Dernièrement, nos confrères parisiens parmi les plus réputés avaient largement commenté les nouveaux développements de cette affaire qui empoisonne les relations entre Djibouti et Paris. Cela n’a pas été du goût des autorités djiboutiennes sourcilleuses, qui manient depuis l’invective et les menaces à l’adresse du gouvernement français.

Après avoir brutalement interrompu les émissions de RFI en FM, le pouvoir djiboutien a, dans la foulée, procédé à l’expulsion de six coopérants Français. Poursuivant l’escalade anti-française, le régime s’est fendu hier d’un communiqué, attribué au porte-parole par intérim du ministère des Affaires Étrangères. Le ton virulent du texte ne doit pas faire oublier que, cette fois, la Présidence ne s’est nullement mise en avant : Gbagbo est-il passé par là? Notons également que ce communiqué ne met pas directement en cause le gouvernement français, mais les milieux parisiens. Alors, prudence ou désescalade ?

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Campagne présidentielle dans les districts :

Ni figue, ni raisin

La tournée présidentielle commencée le 21 décembre à Arta a pris fin mardi dernier à Obock. Durant quatre semaines le candidat solitaire a vainement tenté de remobiliser ses concitoyens autour de sa personne. Dans l’ensemble des districts visités, les populations locales semblaient peu concernées par cette campagne électoraliste marquée par le gâchis et finalement contre productive pour le candidat unique fatigué, de l’être. Tout comme lui, les populations des districts de l’intérieur sont restées déçues de la prétendue démocratie pastorale version Rpp. Le docteur honoris causa tirera-t-il les leçons de ses échecs ou maintiendra-t-il le mauvais cap ? Quoi qu’il en soit sa marge de manœuvre semble vraiment réduite ! Tout en se refusant à dramatiser la situation, certains de ses proches admettent en privé que cette fois la partie est difficile pour leur héros. Normal, en désaccord sur l’essentiel, ses collaborateurs n’en finissent pas de s’étriper.

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La soif tenaille Yoboki :

La population prise à la gorge

Pendant que le sourcier national en campagne disserte sur sa lutte tapageuse contre la soif, la population de Yoboki perd patience. Ainsi, mercredi dernier, les habitants assoiffés de cette localité aurait bloqué la route de Galafi et des jeunes ulcérés auraient brûlé des pneus sur cette voie très fréquentée. La citerne desservant cette bourgade n’y suffit plus. La population réclame également la mise à leur disposition d’une deuxième citerne de ce district, celle là-même qui serait réquisitionnée depuis août 2000 par le Commissaire du district. Cette citerne est dit-on stationnée dans la résidence du Commissaire lequel en ferait un usage privé. Par ailleurs, on raconte qu’une équipe du génie rural tenterait actuellement de réparer la motopompe défaillante. En attendant que ces messieurs réussissent l’exploit, la population n’en finit pas de protester contre l’absence d’eau courante et la mauvaise gouvernance responsable de cette situation. Rappelons que Yoboki est privé d’eau courante depuis plus de deux semaines. Pendant ce temps, les médias gouvernementaux nous apprennent que le Commissaire d’Arta vient d’inaugurer un nouveau forage réalisé par les Américains à Ali Faren, à l’ouest de Wéa. Les Yobokois devront-ils faire appel aux Américains pour être sauvés de la soif ?

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As-Eyla :

L’électricité a disparu ?

La localité d’As-Eyla dans le sud de Dikhil se plaint de l’absence de courant électrique depuis plusieurs semaines faute de gasoil pour alimenter le générateur électrique. Dans ce gros village fortement peuplé, seuls de petits groupes électrogènes privés appartenant aux boutiques fonctionneraient quelques heures par jour. Le village est plongé dans l’obscurité totale et les moustiques feraient des ravages dans la population. Le Président électrogène aurait-il abandonné cette localité qu’il avait pourtant visitée en catimini en juillet 2003 ?

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Pôle Universitaire :

Monologue ministériel

Lundi dernier, le Ministre de l’Éducation nationale aurait rencontré les étudiants du pôle universitaire pour vanter les bienfaits de la réforme du système de l’Éducation entrepris sous l’actuel mandat présidentiel. Les idées lumineuses du régime en matière d’Éducation sont, on le sait, consignées dans une somptueuse plaquette publicitaire récemment éditée par ce ministère. Durant son monologue, le ministre se serait refusé à répondre aux questions de la future élite nationale, l’enjoignant tout simplement de prendre connaissance de la brochure gouvernementale consacrée à ce sujet. Cela s’appelle la démocratie pastorale en pratique. C’est ainsi que les « démocraties » meurent.

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Dopage politique au khat :

Le régime y a souvent recours

Le journal gouvernemental « La Nation » nous apprend dans son édition de lundi dernier qu’un athlète kenyan David Munyasia a été exclu des Jeux Olympiques de 2004 pour avoir été contrôlé positif au khat. Ainsi, notre confrère gouvernemental peu suspect de blues post khatique écrit le plus sérieusement du monde : « le khat est classé dans la catégorie de produits dopants qui peuvent vous valoir de sanctions sans appel de la part des fédérations internationales ». Quand on songe à l’usage politique que le régime RPP fait de cette plante pour abrutir les citoyens et vu les sommes colossales dépensées à chaque déplacement présidentiel dans la distribution de ce cadeau électoral, on reste dopés.

Sans rappeler que le candidat solitaire, alias docteur honoris causa en agriculture, a investi des centaines de millions de nos francs pour acclimater le khat dans son ranch agropastoral du Day où plus de 10.000 pieds de khat Awaday engloutissent plus d’eau que toute la population de ce village. Khat et 4×4 restent les cadeaux préférés de ce régime alimentaire.

Le peuple devra sanctionner sans appel cette politique de la misère.

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Meeting de l’Aïd-El-Adha :

L’UAD des grands jours

Le traditionnel rassemblement populaire de l’UAD, à l’occasion de l’Aïd, s’est tenu jeudi dernier à l’Avenue Nasser. Dès 8h30, les militants et sympathisants de l’UAD, venus de tous les quartiers de la Capitale, s’étaient massés devant le siège de l’UDJ. La direction de l’UAD est arrivée vers 9h et a aussitôt rejoint la tribune, sous les vivats d’une foule enthousiaste.

Plusieurs dirigeants se sont succédé au micro durant plus de deux heures. Dans leurs différentes interventions, les leaders de l’opposition n’ont pas manqué de critiquer le triste bilan de l’actuel mandat présidentiel, tout en appelant la population à faire barrage au candidat solitaire, responsable de la régression de notre pays. Ce meeting a été ponctué de chants et poèmes des militants. Un poète sexagénaire a même réussi à résumer, dans un Gabay épique, la régression tous azimuts imposée à notre pays par ce régime irresponsable : « Ne voyez-vous pas, chers compatriotes, que ce régime de malheur a précipité notre pays au bord du gouffre ? Sauvons notre patrie avant qu’il ne soit trop tard ! Levons-nous pendant qu’il en est encore temps ! »

Spoliée de sa victoire lors des législatives de janvier 2003, l’Union pour l’Alternance Démocratique a décidé d’ignorer la prochaine mascarade électorale, tant que les conditions de transparence resteront sabotées par le candidat solitaire, spécialiste mondial des hold-up électoraux. L’heure est à la mobilisation pour imposer l’alternance démocratique et non à la compétition faussée d’avance.

Que le candidat à sa propre succession se le tienne pour dit ! La dynamique unitaire est plus solide que jamais, quoi qu’en pense le régime alimentaire et divisionniste. L’union à la base se renforce de jour en jour. L’unité d’action reste notre seul credo.

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Centre informatique de Tadjourah :

Le virtuel est encore virtuel

Lors de la dernière tournée du chef de l’État à Tadjourah, les médias gouvernementaux ont généreusement rapporté les propos d’une mal élue de la région, présentée comme une actrice de développement. Les Jeunes de Tadjourah se demandent toujours si le régime se moque d’eux en vantant l’existence de ce centre informatique qui n’a jamais fonctionné.

Rappelons que le matériel informatique, offert à l’AFT par les Américains il y a plus de deux ans, n’a jamais servi. Les ordinateurs n’ont jamais été branchés et le local demeure douloureusement fermé.

De qui se moque-t-on ? Des donateurs ou des Jeunes chômeurs ? Ainsi va l’esbroufe et le gâchis du RPP.

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Assainissement du quartier 4 :

Enfin des gestes concrets

Nous avions évoqué il y a quelque temps la déplorable condition d’insalubrité imposée aux habitants du quartier 4. Nous apprenons cette semaine que, suite à une réunion interministérielle consacrée à l’insalubrité criante de notre Capitale, les pouvoirs publics auraient commencé à nettoyer ce quartier. Les mères de famille de ce quartier abandonné avaient, à plusieurs reprises, alerté les autorités, en vain.

Depuis quelques jours, des camions et une pelleteuse s’activent dans les rues devenues impraticables de ce quartier, au grand soulagement des riverains qui espèrent, cette fois-ci, que le travail sera bien fait.

La politique « Qushi » du RPP a transformé notre Capitale en dépotoir à ciel ouvert ; c’est là une réalité qui crève les yeux. Le régime en campagne réagira-t-il à temps, avant que les eaux apparemment stagnantes ne l’emportent ?

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti lundi 24 janvier 2005 de Dilleita Mohamed Moussa.

Le septuagénaire qui vient de nous quitter était une personnalité politique connue et respectée de Djibouti. Dilleita Mohamed Moussa a été député de Tadjourah durant plus de deux décennies.

Tous ceux qui l’ont connu garderont de lui l’image d’un homme bon, pieux et discret. Il laisse une importante famille composée de veuves, plusieurs enfants et petits enfants.

La Rédaction de Réalité adresse ses condoléances attristées à toute la famille de Dilleita Mohamed Moussa.

Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin.


Les comptes de la Chambre des Comptes (fin)

L’INCOHÉRENCE DES DÉPENSES DE MATÉRIEL

Les dépenses de matériel concernent les biens destinés à servir de manière durable ou ceux consommés de premier usage par les différents services des ministères. Les plus grandes anomalies constatées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire, et les plus fréquentes, sont relevées dans leur consommation, qui ne respecte aucune règle des finances publiques.


Même si, dans l’ensemble, de 1996 à 2001, les dépenses de matériel ont connu une évolution à la baisse, celle-ci n’a pas été constante, connaissant en 1999 un taux de variation à la hausse de près de 60%. D’autre part, cette baisse n’a pas concerné tous les ministères.

Comme nous pouvons le constater dans le tableau retraçant ces dépenses pour l’exercice 2002, c’est l’ensemble des services de l’État qui sont en dépassement. Dans ce domaine comme dans d’autres, le mauvais exemple est montré par la Présidence, qui a plus que doublé avec un écart de près de 115%. Les magistrats de la Chambre prennent bien soin de préciser que tous ces dépassements concernent des chapitres dotés de crédits limitatifs.

Or, la loi consacrant le caractère limitatif des crédits dispose explicitement l’interdiction des dépassements. Leur caractère systématique, leur fréquence et leur importance nous conforte dans la conviction que, parce que la loi est délibérément violée (par le Parlement et par l’Exécutif) tout l’arsenal juridique et juridictionnel dont s’est doté l’État djiboutien ne constitue, pour reprendre la formule désormais célèbre d’un ministre en exercice, que des « parures institutionnelles ». Lequel ministre ne se distingue pas de ses semblables, puisque le ministère dont il a la charge ne fait pas exception en matière de dépassement.

Chacun pourra constater les disparités anormales en dotations entre les différents ministères. Entre la Présidence qui se taille la part du lion et, par exemple le ministère de l’Équipement, l’écart est du simple au sextuple, qui peut se comprendre eu égard au parc (automobile et aérien) de la Présidence qui trouve, malgré tout, le moyen d’être en pôle position en dépassement de crédit. Au total, les dépassements de crédits se chiffrent à près de 58%. Il est anormal que ces dépassements prennent de telles proportions et soient systématiques pour une seule ligne budgétaire.

Banalisées, elles traduisent un mépris du denier public dans un pays sous ajustement structurel.

Tant qu’elle se contentera de constater les anomalies et de les consigner dans un rapport, officiel ou confidentiel, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB) pourra indéfiniment verser des larmes de crocodile. Nous ne pouvons que compatir à ses états d’âme lorsqu’elle confie que :

« l’analyse effectuée sur l’exécution des dotations du Titre II –Moyens de service- laisse penser que le ministère des Finances fait peu de cas des injonctions de la Chambre et de la manière par laquelle il banalise la gestion des autorisations parlementaires. Dans le rapport sur l’exécution des Lois de Finance de 1999 à 2001, la Chambre des Comptes avait déjà soulevé ces pratiques, dont la récurrence finit par porter préjudice à la crédibilité des autorisations budgétaires. Ce manque d’intérêt est perceptible eu égard aux pratiques énumérées ci-dessous à titre d’illustration… »

Au non respect des autorisations de dépenses et son corollaire le dépassement de crédits, s’ajoutent :

– les mouvements contradictoires et incohérents des crédits : sous ou surévaluation des dotations initiales; lois de Finances rectificatives qui gonflent artificiellement et en pleine gestion les crédits initiaux; crédits sans aucun emploi reconduits dans chaque budget.

– les imputations budgétaires irrégulières : outre qu’elle constitue une infraction à la règle de la spécialité des crédits, elle a pour effet de nuire à la transparence des comptes.

La plus flagrante que nous relatons ici est le crédit de 100.000.000 FD (cent millions FD) ouvert par la loi de Finances 2002 destiné à la « Réhabilitation des zones de conflit » et consommé dans le cadre du projet de développement urbain de Djibouti. Lequel était déjà très largement doté.

Ce seul exemple de délinquance politique dénote avant tout le mépris à l’endroit des zones et des populations concernées, comme il discrédite les alliés du RPP qui, la tête plongée dans le mangeoire, ne disent mot et donc consentent.

– les avantages en nature et en espèces non réglementaires : les magistrats ayant pris note des diverses mesures tendant à ajuster les dépenses de personnel aux ressources du pays depuis plus d’une décennie, ont relevé en 2002, comme les années précédentes, de nombreuses irrégularités dans ce domaine et constaté :

« une fois de plus, que le ministère des Finances ne semble se fier ni à la réglementation, ni aux recommandations de la Chambre et qu’en dépit de tout cela, il persiste à octroyer des avantages en espèces et en nature à certains agents de l’administration qui n’y ont pas droit.» Comme de bien entendu, aucun nom de griot n’est cité.

Ajoutons que les investigations de la Chambre des Comptes ne portent curieusement pas sur les années fastes, pour certains (1995-1996) et les millions de dollars engloutis par les projets de réhabilitation (Obock notamment) et financés par le don multi et bilatéral.

Nos magistrats n’ont pas trouvé anormal que n’ait pas été versée au Trésor National la manne providentielle que constituent les loyers payés par les puissances militaires alliées présentes sur notre sol.

Les missions de la CCDB ne se limitent pas à l’assistance et au conseil du Parlement et de l’Exécutif, comme elle s’en est, sans doute à son corps défendant, contenté depuis sa création. Ni au répertoriage des irrégularités constatées et à l’émission de recommandations aux malentendants qui nous gouvernent.

Faute d’exercer ses missions juridictionnelles inhérentes à sa mission en sanctionnant les infractions commises et leurs auteurs ( de la condamnation à l’amende à la poursuite judiciaire, en passant par la mise en examen et la sanction administrative, la Justice dispose d’un large éventail de moyens pour obliger l’Exécutif et les justiciables à se conformer à la règle), la CCDB est appelée à être un ornement de plus dans les parures institutionnelles et à laquelle semble la destiner le sommet de l’État.

Mais le travail de fourmi exécuté par les magistrats ne sera pas tout à fait vain : son rapport général public n’étant pas tombé dans l’oreille que de malentendants du pouvoir, « Réalité » en ayant pris bonne note, nous ne nous lasserons pas d’œuvrer, d’une manière ou d’une autre, à l’observance de ses recommandations ; pour faire de notre pays ce qu’il doit être : un État de droit.

 


Cautionner la fraude ? Non merci !

La stricte application du principe de réciprocité aurait voulu que nous n’écrivions pas cette lettre : depuis les élections législatives de janvier 2003, le régime s’est inscrit aux abonnés absents en refusant impoliment de répondre aux lettres de l’UAD. Que ce soit le chef de l’État ou son ministre de l’Intérieur, ils n’étaient apparemment pas au courant qu’une opposition digne de ce nom puisse exister ici. Surtout que l’organe de presse du parti au pouvoir affirme sans hésiter que l’opposition djiboutienne est antinationale : pourquoi donc nous avoir alors autorisé à exister et pourquoi nous tolérer encore ? Toujours est-il que, par courrier adressé à chacun des partis regroupés au sein de l’UAD, le ministre de l’Intérieur nous a gentiment invités à participer à la prochaine malversation de la prétendue Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Invitation à laquelle l’UAD a répondu par le courrier ci-dessous reproduit.


 


Le prix d’achat

JE T’ACHÈTE, TU TE VENDS

Nous avons toujours dit que ce régime n’était pas tribaliste : il est tout bêtement méchant. Surtout quand des prétendus opposants le rejoignent parce qu’une posture d’opposition ne rapporte rien financièrement, à eux ou à leur famille. Et tant pis pour ceux qui, naïvement, avaient pensé comprendre que ces opposants de circonstance défendaient une cause dans laquelle tous nos concitoyens se reconnaîtraient. C’est ce que dénonce ce communiqué du président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH).


Djibouti, le 24 janvier 2005

Au Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale.

Monsieur le Ministre,

Dans le cadre de la solidarité nationale, je tiens à attirer votre aimable attention sur le licenciement abusif de Monsieur Hassan Ali Djama qui a pris en plus l’allure d’une disparité inadmissible doublée d’un flagrant délit de discrimination sociale avec la réintégration pour des raisons uniquement familiales du fils de M. Ahmed Boulaleh. Intégration qui fait suite au ralliement du PSD à la Mouvance Présidentielle.

C’est triste de l’écrire mais hélas c’est la stricte vérité.

Rappelant :

Que monsieur Hassan Ali Djama, fils de famille modeste, ainsi que Fayçal, le fils d’Ahmed Boulaleh Barre ancien Ministre de l’Intérieur puis de la Défense, homme d’affaire très important, ont travaillé tous les deux au Trésor National durant la période de cinq ans de privation des droits civiques de l’ancien opposant ;

Que M. Fayçal Ahmed Boulaleh et M. Hassan Ali Djama durant une période de dépression ont été hospitalisés à l’Hôpital Peltier en 1999 ;

Que, malgré les certificats médicaux, une Décision de révocation du 10 avril 2000 prise par le Président de la République, stipule en ses articles 5 et 6 :

Article 5 : M. FAYCAL AHMED BOULALEH inspecteur 2 classe – 5° échelon du Corps du Trésor et des Contributions, en service au Trésor National, est révoqué de son emploi à compter du 1er janvier 2000.

Article 6 : M. HASSAN ALI DJAMA, contrôleur 2 classe- 5° échelon du Corps du Trésor et des Contributions, en service au Trésor National, est révoqué de son emploi à compter du 1er janvier 2000.

Que malgré le certificat médical de reprise du Travail aucune considération n’a été donnée suite à cet abus de pouvoir !

Que les raisons de ces licenciements ne visaient uniquement que le fils d’Ahmed Boulaleh ancien Ministre de la Défense nationale, puis traîné et jeté en prison, tandis que Hassan Ali Djama dont le père est un simple retraité apolitique a été victime d’une injustice « collatérale » du fait qu’il a travaillé dans le même service et surtout qu’il était hospitalisé et en congé de maladie, tout comme le jeune Fayçal, à la même époque ;

Que dans le cadre des négociations entre d’une part, le Président du Parti RPP, et d’autre part, MM. Moumin Bahdon et Ahmed Boulaleh respectivement Président et Vice-président du GDR puis ensuite du PSD, seul M. Fayçal Ahmed Boulaleh a bénéficié de la réintégration dans son service d’origine, alors que M. Ahmed Boulaleh s’était engagé en ma présence lors d’une réunion des responsables du GDR d’insérer dans ses négociations la situation de ses fils AMIN et FAYCAL ainsi que le jeune HASSAN ALI DJAMA qui avait été abusivement révoqué comme son fils et ce dans le cadre des répressions politiques contre les familles des opposants;

Que jusqu’à présent, malgré les différentes promesses des membres dirigeants du PSD le statu quo persiste sur la réintégration de M. HASSAN ALI DJAMA. Aucune poursuite judiciaire pour abus de pouvoir et prise de Décision non seulement hâtive mais surtout arbitraire, n’est possible car la juridiction concernée est totalement muselée ;

Qu’il est bon à faire remarquer que Monsieur Hassan Ali Djama est très connu à Arta pour avoir vécu lorsque son père y travaillait, et qu’il est très apprécié par les jeunes des quartiers où vous et votre collègue des Affaires Etrangères seront prochainement appelés à faire campagne pour votre candidat lors des prochaines élections présidentielles.

POUR CES RAISONS

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) vous saisit Monsieur le Ministre et vous demande d’intervenir auprès du Chef de l’Etat, afin que justice soit faite en réintégrant dans son corps d’origine M. Hassan Ali Djama ;

La LDDH lance un Appel pressant à la Communauté nationale et internationale pour que cessent ces discriminations à caractère sociales voire tribales ;

La LDDH demande à la FIDH, à Amnesty Internationale, au Haut Commissariat des Droits de l’Homme, à l’UIDH et au BIT de faire pression afin d’accorder la Totale Indépendance à la Justice en République de Djibouti, et d’exiger, notamment la relance de la Juridiction habilitée à pénaliser toutes les formes d’Abus de pouvoir. Dans le cas contraire prévoir une juridiction internationale pour sanctionner de tels abus.

Avec mes sentiments déférents et amicaux

Signé : NOEL ABDI Jean-Paul

Pour information :

Le Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme ;

Le Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, des Relations avec le Parlement.


Pour notre part, étant donné que le salaire de certains membres de notre Rédaction a été suspendu dès la parution de notre journal, il est de notre devoir de dénoncer cette prime à la reptation par laquelle le régime veut favoriser tous ceux qui, sans état d’âme le rejoignent en sacrifiant les sacrifices consentis par les autres.

De plus, le ministre de l’Intérieur nous ayant gentiment invités à cautionner la pitoyable facétie de la CENI, nous ne pouvons manquer de rappeler les propos du président de la LDDH qui, y ayant participé au nom du parti dont il se désolidarise aujourd’hui, avait reconnu dans une interview publiée par notre journal qu’« Il n’y a jamais eu de rapport final officiel… Le rapport final a tout simplement été soumis au président de la République avec « un chèque en blanc » de la Commission Électorale Nationale Indépendante » Inutile d’insister.


Ne jamais oublier Auschwitz

Le monde commémore demain 27 janvier le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz. Pour mieux marquer la gravité de l’instant, et inviter toute la planète à un devoir de mémoire constamment actualisé par les génocides qui menacent encore, l’Assemblée générale de l’ONU a, pour la première fois, tenu à s’associer à l’événement. Car la dénonciation du sionisme qui opprime le Peuple palestinien ne peut aucunement servir de prétexte pour le négationnisme qui tente vainement de nier l’Holocoste.


« Et j’aimerais maintenant le dire en ce jour mémorable peut-être pas seulement pour nous, Allemands : j’ai été dans ma vie très souvent prophète et ai été le plus souvent raillé. À l’époque de mon combat pour le pouvoir, c’était en première ligne le peuple juif qui accueillait avec des rires mes prophéties selon lesquelles je serais un jour, en Allemagne, à la tête de l’État, que, par là, je prendrais en charge le peuple tout entier et qu’ensuite, parmi bien d’autres problèmes, je donnerais également une solution au problème juif. Je crois que ce rire, à l’époque retentissant, du judaïsme en Allemagne a été sur ces entrefaites déjà ravalé dans la gorge. Je veux à nouveau aujourd’hui être prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, et par là la victoire du judaïsme, mais au contraire l’anéantissement de la race juive en Europe » Ainsi parlait Adolf Hitler à la tribune du Reichstag le 30 janvier 1939.

«Parmi les quelque 10 millions de juifs européens se trouvent, selon mon impression, au moins 2-3 millions d’hommes et de femmes tout à fait aptes à travailler. Au vu des extraordinaires difficultés auxquelles nous pouvons nous attendre sur la question du travail, mon point de vue est que ces 2-3 millions de personnes sont dans tous les cas à retirer et à conserver. Bien entendu, cela ne vaut que si on les rend en même temps incapables de se reproduire. Il y a à peu près un an déjà, je vous avais indiqué que certains de mes mandataires avaient réalisé toutes les expériences nécessaires pour atteindre ce but. Je voulais rappeler une nouvelle fois cet état de fait. Il n’est pas question, dans ce cas, de stérilisation du type de celles pratiquées sur des dégénérés, parce qu’elles sont aussi voraces en temps qu’en argent. Une castration par rayon X, cependant, n’est pas seulement relativement peu coûteuse, mais peut aussi être appliquée sur des milliers et des milliers de personnes dans le temps le plus bref. » Ainsi suggérait froidement Victor Brack dans une lettre en date du 23 juin 1942 adressée à Himmler.

Mais c’est à la Conférence de Wannsee, tenue le 20 janvier 1942, que fut systématisé le génocide du Peuple juif : la purification de l’espace vital allemand devait impérativement passer par la déportation des quelque 11 millions de Juifs d’Europe. Dans sa volonté s’instaurer un 3ème Reich « nettoyé des Juifs », Hitler conçut la « solution finale » après que d’autres alternatives eurent échoué, dont la déportation vers Madagascar. C’est avec l’occupation de la Pologne que des camps d’internement ont été installés ou agrandis, dont celui tristement célèbre d’Auschwitz-Birkenau, libéré par l’Armée soviétique le 27 janvier 1945.

Les massacres à la mitrailleuse étant trop artisanaux et pas assez rentables, ces camps étaient destinés à donner une dimension industrielle à la folie meurtrière nazie. Ainsi, à Auschwitz-Birkenau, plus d’un million de personnes furent exterminées : 960.000 juifs, 75.000 Polonais, 21.000 Tziganes et 15.000 prisonniers de guerre soviétiques. Mais ce camp n’était pas le seul à accueillir les convois de condamnés à mort déportés de toute l’Europe : Treblinka (750.000 victimes), Belzec (550.000) Sobibor (200.000), Chelmno (150.000), etc. Et dire qu’il a fallu attendre les années soixante pour que les témoignages des rescapés de ces camps d’extermination soient enfin pris en considération et donnent toute la mesure de l’horreur.

Dès leur arrivée à Auschwitz, les prisonniers étaient sélectionnés en fonction de leur endurance physique. Les plus résistants servaient de main-d’œuvre à Auschwitz I et dans les usines de la région ; tous les autres, c’est-à-dire l’immense majorité, étaient immédiatement tués, jusqu’à 20.000 par jour, au Zyklon-B ou dans des fours crématoires, dans d’atroces douleurs. Au total, ce seront près de six millions de juifs qui auront été tués dans ces camps d’extermination.

C’est pour rappeler la permanence de cette folie génocidaire que les Nations Unies ont tenu à participer cette année au soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz. Parce que l’Holocauste, « Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons consigner dans un passé lointain et oublier. Le mal qui a exterminé six millions de juifs, et d’autres, dans ces camps, est le même qui nous menace encore tous aujourd’hui » a rappelé Koffi Annan.

Ce rappel de l’Histoire prend une dimension particulière, à l’heure où s’enlise le processus de paix au Proche-Orient : au prétexte de se défendre contre un terrorisme qui n’est que l’expression désespérée de la résistance, l’État sioniste perpètre quotidiennement des crimes ordinaires qui sont autant d’arguments au service des négationnismes de tous bords.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

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Réalité numéro 122 du mercredi 19 janvier 2005

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les comptes de la Chambre des Comptes (5)
  4. Courrier des lecteurs
  5. Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »
  6. Graner contre Graner
  7. Le soldat, le ministre et le député
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 122

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

QUI EST AGABA ?

C’EST LE RPP !

Plus que le pouvoir en place, dont la machine à frauder est rôdée depuis longtemps, la jeune opposition démocratique est aujourd’hui à un tournant historique. Au diapason des aspirations populaires, étouffées par la farce électorale du 10 janvier 2003, l’UAD doit désormais renouer avec la vigueur militante qui était celle de tous les partis politiques légaux avant l’Indépendance. Pour réussir dans cette entreprise véritablement de salut public, il ne s’agit pas de pompeusement rédiger un volumineux programme politique, ce qui est à la portée de n’importe quel scribouillard voulant sacrifier aux normes d’une démocratie qui n’existe pas à Djibouti. Non, dans un pays où la pauvreté s’installe dans une dramatique banalité, il s’agit de démontrer en quoi ce dont se nourrit le partisan RPP porte atteinte à l’intérêt général qui est la base minimale de toute coexistence pacifique à l’intérieur d’un même espace territorial. Et, parce que toute mobilisation supposant prise de conscience des enjeux, l’illustration par l’exemple concret vaut mieux que l’invocation de Hobbes ou la nostalgie de Rousseau.

Ainsi, le régime a réquisitionné tous ses moyens aériens pour convoyer depuis Djibouti-ville de centaines de figurants devant peupler les rues d’Obock mardi dernier à l’occasion d’une représentation gratuite du cirque présidentiel au prétexte d’un Conseil des ministres errant, à défaut d’être décentralisé ou même délocalisé. Tout le monde sait parfaitement que le carburant englouti par les multiples rotations de cet aéronef n’a pas été acheté avec l’argent du parti au pouvoir : c’est le contribuable djiboutien qui a payé, encore une fois, pour cette exhibition partisane que les médias d’État présenteront comme nationale.

Tout le monde sait parfaitement, par ailleurs, que plus aucun district de l’Intérieur ne bénéficie depuis longtemps de la moindre évacuation sanitaire par voie aérienne : il serait plutôt demandé aux nécessiteux d’acheter le gasoil pour l’ambulance, quand il ne s’agit pas d’un pneu. Et ne parlons même pas de la vedette-ambulance, achetée par l’OPS, réquisitionnée par l’Armée, mais en réalité destinée à servir dans le cadre du projet de Doraleh.

Donc, c’est bien là la preuve que ce régime ne perdure pas uniquement par la seule répression brutale : il ne peut se maintenir qu’en rendant certains de nos concitoyens, souvent les plus mendiants, complices de tous ses abus : détournements des deniers publics, usages privés de biens sociaux, corruption, faux témoignages, etc. C’est le Peuple volant le Peuple !

Là est le plus grave ressort de toute cette servitude volontaire, qui permet à l’oppression de continuer sa néfaste survie : le partisan RPP, chef du parti en tête, est un dangereux Agaba assuré d’une impunité d’État : on dit «Qushi» en somali et «Rien A Foutre» en français.

Inutile de croire que ces partisans complices de vol ignorent le crime qu’ils commettent ainsi contre l’Unité nationale par leur pitoyable soumission : ils se savent pertinemment au service d’un parti travaillant méthodiquement sur le registre de la plus rétrograde concurrence tribale.

Dans ces conditions, tout citoyen en paix avec sa conscience et soucieux de ne pas condamner ses enfant à l’exil, devra très bientôt choisir, avec toutes les implications à court terme : soit tolérer cette inévitable destruction de l’Unité nationale, soit reconnaître qu’un pays, et a fortiori une ville-Etat, ne peut se développer au détriment des autres membres, supposés inséparables et condamnés à vivre ensemble, contrairement aux illusions de tel projet comme celui de l’improbable port de Doraleh.

La question est donc simple en définitive : voulons-nous continuer à vivre séparément, comme le prétendait le régime d’apartheid d’Afrique de Sud avant Nelson Mandela, en une poussière polluante d’individus cloisonnés dans de mesquins intérêts claniques, comme l’exige ce régime ? Ou alors travailler ensemble à construire une Nation ne lésant aucune de ses composantes et respectueuse de sa diversité, comme le souhaite l’opposition démocratique regroupée au sein de l’UAD ?

Nul doute que nos concitoyens sauront faire le bon choix à l’heure de vérité, qui n’est pas celle des urnes : il en va de notre survie. A condition de faire barrage à tous les véritables Agaba : ceux du RPP. Eux qui trouvent normal que l’aide alimentaire soit systématiquement détournée, même au sommet de l’État, même celle destinée aux cantines scolaires. C’est à toute une immoralité banalisée qu’il nous faut mettre un terme : il n’y a pas à hésiter !


Brèves nationales

Visite présidentielle à Obock :

Échec et mat !

La tournée de campagne du candidat solitaire dans la ville d’Obock n’a pas été une promenade de santé. Les Obockois ont ostensiblement boudé le carnaval du RPP. Seuls les malheureux écoliers obligés de sécher leurs cours, quelques notables et fonctionnaires réquisitionnés ont été mobilisés pour applaudir au passage du candidat fatigué, venu inaugurer des logements en forme de cages à poules, construits sur financement européen et l’école yéménite où trône déjà son portrait géant. Quant au matériel de pêche fourni à la pêcherie d’Obock, les Obockois savent que ce pseudo cadeau présidentiel est en réalité le don d’un généreux commerçant djiboutois. Comme d’habitude, les seuls cadeaux entièrement financés par les deniers publics, que le régime condescend à distribuer à nos concitoyens d’Obock ou d’ailleurs, c’est le khat.

Pour le reste, le rituel demeure inchangé : les murs d’Obock étaient couverts de graffitis hostiles au régime et dénonçant la démagogie, tandis que les notables convoqués, bousculés par les forces de sécurité fébriles, n’ont pas pu exprimer toutes leurs doléances.

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Reprises des insultes officielles :

«Le Progrès» steward du Boeing présidentiel ?

Cela faisait longtemps que l’organe de presse du parti unique au pouvoir n’avait pas proféré des insultes aussi crues contre l’opposition. Les rares et éventuels lecteurs du « Progrès» ont peut-être raté son numéro, essentiellement consacré aux élections dans les annexes du parti au pouvoir,

Toujours est-il, qu’apparemment blessé par une de nos récentes publications, voici que « Le Progrès » renoue avec sa tradition d’invective. Se voulant pourtant d’une tolérance incurable, il s’estime obligé de dénoncer « les écrits de ces apprentis sorciers, DAF et les enfants Dini» qui seraient selon lui « symptomatiques de ces graves manquements à l’honneur et à la dignité de ceux que le peuple a choisi. » Notre crime ? Ce serait de diffuser « une information programme qui n’épargne, chaque semaine qui passe, ni l’État, ni les personnes qui en incarnent l’autorité, ni le Chef de l’État quand ce n’est pas la Première Dame du pays. »

Nous retournerons donc à cette plume ses propres arguments, selon lesquels il ne s’agit pas ici d’un « écrit polémique, la polémique étant un ressort du débat démocratique ». Que nous reproche-t-on vraiment ? D’avoir écrit qu’en se déplaçant inconsidérément à bord du Boeing présidentiel, la Première dame se rendait coupable d’usage privé d’un bien public ? Ce n’est pas la première fois que nous le dénonçons, sans oublier de rappeler qu’un tel abus trahit surtout un malaise au sommet de l’État : elle n’a aucunement détourné cet avion !

Mais certainement plus que cela, c’est le rappel des origines du conflit qui a agacé notre triste confrère : l’ancien chef de l’État a bel et bien été un brutal chef de guerre tribal et son neveu a bel et bien été son bras armé. Si nous osons rappeler cette vérité incontournable, c’est uniquement parce que nous estimons qu’aucune paix véritable ne peut se fonder sur l’occultation des origines de la guerre. En les niant, seul le régime cherche en l’ancien dictateur un bouc émissaire pour les problèmes actuels.

Que nous sommes les premiers à regretter : Gouled ne doit nullement être tenu pour responsable d’avoir violé l’accord de paix du 12 mai 2001. Tout comme, en tant que partie signataire, il est de notre responsabilité d’en prendre acte.

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Le régime censure RFI :

La démocratie pastorale en pratique ?

La République de Djibouti, îlot francophone de la Corne de l’Afrique, terre de rencontres et d’échanges, pays dont le chef de l’État rappelait encore le caractère dans une récente interview accordée à « Jeune Afrique/L’Intelligent» en affirmant que pour ses concitoyens la francophonie était « une seconde nature », a-t-elle basculé dans une censure nationale et internationale de l’information ? La question mérite d’être posée, au regard du raidissement observé ces derniers temps. Les auditeurs djiboutiens de la radio mondiale française RFI ne peuvent plus capter sur FM cette chaîne radiophonique depuis le 12 janvier.

Ce n’est pas la première fois que les autorités djiboutiennes, particulièrement frileuses à propos d’une sombre affaire empoisonnant leurs relations avec Paris, se permettent de brouiller ou de suspendre les émissions en FM de cette radio, que le journal gouvernemental « La Nation » compare sans hésiter à celle des « Mille collines ».

La propagande sur la prétendue démocratie pastorale vient de rencontrer ses limites externes : en privant les auditeurs djiboutiens de la réception en FM de RFI, par la désactivation de son relais local pour lequel il perçoit pourtant de substantielles redevances, le pouvoir djiboutien ne plaide pas en faveur de son innocence dans l’affaire Borrel.

La frilosité du grand chef, constatée depuis bien longtemps, semble gagner tout un appareil d’État sommé de suivre et d’être complice. Après les basses attaques contre la presse d’opposition, la réduction au silence de RFI indique clairement que, loin de la sérénité proclamée, le régime RPP et son chef de file, le candidat solitaire sont plus instables que jamais.

Pour le salut de notre pays, et sans nous immiscer dans cette affaire de justice, oeuvrons ensemble à les pousser vers la porte de sortie : plus qu’une puissance étrangère, nous en serons certainement les principaux bénéficiaires.

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Insalubrité publique :

L’UNFD désigne les coupables

A la pointe du combat contre l’insalubrité criante qui défigure notre Capitale, les dynamiques militantes de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) dirigée comme il se doit en tout despotisme subtropical par l’épouse du chef de l’État, se seraient retrouvées le 8 janvier dernier à l’occasion d’une journée de sensibilisation baptisée « action des femmes pour une ville propre ».

Selon notre confrère « La Nation » qui rapporte l’événement, les femmes djiboutiennes, militant au sein de cette organisation qui n’hésite pas entre la politique partisane et la promotion du genre, auraient été confrontée à une réalité qui est malheureusement la nôtre : « Djibouti est devenue un dépotoir à ciel ouvert et la situation perdure du fait d’un manque de civisme latent de la part de la femme djiboutienne, de la mère de famille qui est en fait celle qui est à l’origine de la poubelle et des ordures ménagères. »

Pauvre ménagère djiboutienne ainsi injustement épinglée : la scandaleuse saleté de notre Capitale serait donc due à sa coupable négligence ! C’est parce qu’elle aurait abandonné son balai et sa corbeille que notre ville serait devenue le dépotoir dont nous souffrons : et tout cela affirmé par l’UNFD, organisation-phare de l’émancipation féminine version RPP.

Il devait vraiment s’amuser, le directeur des services techniques du district, présent à ce conclave féminin d’auto flagellation, lui dont les services sont incapables, pour cause de prédation, de mettre à la disposition de ces femmes (de ménage) productrices d’ordures, des bacs et camions-bennes pouvant accueillir leurs forfaits.

Honte à ce régime misogyne de mauvaise gouvernance, préférant culpabiliser les citoyennes et les citoyens, au lieu d’assumer des responsabilités de salubrité publique pour lesquelles il collecte pourtant des taxes. Chacun le sait : l’insalubrité est avant tout causée par la démission des pouvoirs publics, n’en déplaise aux femmes savantes de l’UNFD, cinquième parti de la mouvance présidentielle.

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Le nouveau Code de la famille rejeté :

Non aux cadis déracinés !

Parmi les sujets problématiques qui, à Tadjourah comme à Obock, attendaient le chef de l’État, figurait la réforme du Code de la famille. En vertu de cette nouveauté dont la prétention modernisante n’a d’égal que le décalage par rapport aux réalités nationales, des cadis nommés par le régime officieront désormais dans tous les recoins du pays pour célébrer les mariages ou pour constater les divorces.

C’est dans ce cadre que, s’autorisant d’un prétendu concours dont beaucoup de postulants n’ont même pas entendu parler (à part les ministères concernés), des cadis ont été nommés pour les districts d’Obock et de Tadjourah.

Le seul problème, c’est que ces heureux agents de l’État, absolument intégrés dans le milieu qui leur a ainsi été désigné, souffrent d’un blues bien compréhensible, quoique faisant le malheur des administrés. Car, et cela beaucoup plus dans certaines composantes de notre communauté nationale, le mariage est avant tout une affaire tribale : il ne viendrait pas à l’idée de tout le monde de demander à un cadi ne parlant pas la langue d’officier une cérémonie dont les implications dépassent la seule rencontre entre un homme et son élue.

De fait, en cas de litige, souvent à l’ordre du jour, les familles ayant contracté ce lien se tourneront inévitablement vers l’officiant : bonjour le surplus de difficultés s’il ne connaît rien aux procédures coutumières qui, souvent plus que le canon musulman, sont invoquées pour tout règlement. Et inutile de prétendre, comme l’a maladroitement tenté le chef de l’État, que des traducteurs appointés combleront cette lacune.

Son Excellence El Hadj honoris causa veut donc envoyer partout dans le Nord des cadis venus d’ailleurs : osera-t-il en faire autant pour le Sud ? Pour le moment, force est de déplorer que ce brassage au nom de l’Unité nationale ne soit pas une réalité en ce qui concerne les représentants de l’État dans les régions.

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Sud-Ouest :

Yoboki condamné à la soif ?

En raison de la panne d’une motopompe que la mauvaise gouvernance semble incapable de réparer ou de remplacer, les habitants de Yoboki, gros village du district de Dikhil, sont condamnés à la soif. Ainsi, depuis plus de dix jours, l’eau courante a disparu de cette localité particulièrement courtisée en octobre 2003. En attendant que le docteur honoris causa en campagne trouve une solution miraculeuse au problème de la soif à Yoboki, les milliers d’habitants de cette bourgade en sont réduits à faire la queue devant les rares camions-citernes de passage, venant de Dikhil.

A l’heure où le sourcier national se vante d’avoir découvert de l’eau sur le haut du plateau du Day, après avoir déversé des centaines de millions de nos francs pour faire venir de l’eau de Garenlé à 17 kilomètres en contrebas, qu’attend-il également pour sauver les habitants assoiffés de Yoboki ?

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Misère de l’Ecole publique :

Accès, équité, qualité ?

Le ministre de l’Éducation nationale et sa délégation se sont rendus à Dikhil le 16 janvier dernier pour constater que, comme partout ailleurs, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, la réalité des écoles rurales reste préoccupante. Ainsi, l’école de Dawdawya dans la région de Yoboki est un exemple frappant du mépris officiel en matière d’éducation dans les zones rurales.

Dans cette école de trois classes, comptant chacune une trentaine d’élèves, seuls deux instituteurs sont contraints à prendre en charge près d’une centaine d’élèves. Le ministre de l’Education considère-t-il que l’accès équitable de l’enseignement et sa qualité sont assurés dans ces conditions? Pourtant, la presse gouvernementale avait, avec zèle, expliqué que tels étaient les objectifs poursuivis par les forums décentralisés tenus dans les différents districts de l’Intérieur.

Pendant ce temps, le chef de l’État et son pote le ministre de l’Éducation nationale, se permettent d’inaugurer des écoles de six classes construites par une organisation de bienfaisance yéménite, osant même pompeusement les baptiser lycées. Où a-t-on vu des lycées composées de six salles ? Au fait, combien de classes existent au lycée privé Guelleh Batal ?

A croire qu’elle participe activement à la déperdition scolaire. Pour l’heure, tout le monde est heureusement conscient que cette politique est condamnée à l’échec.


Les comptes de la Chambre des Comptes (5)

L’ANARCHIE DANS LES ETABLISSEMENTS PUBLICS

Il n’y a pas que l’administration centrale qui soit gangrenée par la mauvaise gouvernance. Dotés d’un conseil d’administration comme organe délibérant censé être indépendant de tout pouvoir politique ou économique, les établissements publics à caractère industriel et commercial (E.P.I.C) n’échappent pas à cette plaie, comme l’attestent les anomalies relevées dans les entreprises auditées par la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire (CCDB)


Dans son rapport, la CCDB commence par constater que le gouvernement ne respecte pas les lois qu’il a lui-même édictées et relatives aux conditions de privatisation. A la loi n°130/AN/97 définissant quatre modalités de privatisation (cession d’actifs, cession de capital, transfert de l’exploitation et concession) a succédé la Loi-programme n°12/AN/98, plus restrictive et réduisant ces modalités à une seule : la cession d’une partie du capital après création d’une société anonyme de droit privé. Si cette modalité n’a pas du tout été respectée parce que le mode de privatisation privilégié du gouvernement reste la concession. Il est à souligner par ailleurs, les différentes cessions des entreprises publiques s’étaient faites dans une totale opacité en ce sens que certaines d’entre elles en bonne santé financière ont été bradées, comme par exemple la Pharmacie de l’indépendance.

Nous le savions déjà, la mauvaise gouvernance étant le mode de gestion des deniers publics, la Chambre des Comptes en dehors de l’énumération des défauts administratifs de ces établissements ne quantifie pas les conséquences économiques et sociales des dérapages de leur direction. Ce qui est grave puisque les modifications des textes antérieurs régissant les Conseils d’Administration qui ne sont plus présidés par les Ministres de tutelle, n’ont rien changé dans le fonctionnement anarchique de ces établissements. Quoiqu’il en soit, la désastreuse situation financière, en l’absence de tout contrôle en amont comme en aval, contribue à la perpétuation des gestions plus que douteuses des directeurs dont certains restent inamovibles.

Ne dit-on pas que «si la tête ne va pas, rien ne va».

La Chambre constate seulement l’état de déconfiture de ces entreprises dû principalement aux manquements des directions et des Conseils d’Administration. Or, il est curieux de la voir citer des paiements d’honoraires aux administrateurs sous forme de primes exceptionnelles. Elle écrit: «les membres de certains conseils d’administration perçoivent des honoraires sous forme de primes exceptionnelles contrevenant ainsi aux dispositions légales». Même si les magistrats ne nous disent rien du montant de ces primes exceptionnelles, elles doivent quelque peu grever le budget de ces établissements, quand nous savons que les conseils d’administration se réunissent au moins trois fois par an.

Les graves anomalies relevées par la Chambre n’ont pas de quoi surprendre puisque les Directions et les Conseils d’Administration, tous deux responsables de cette situation, demeurent inamovibles. Quelle responsabilité peut-on donc attendre des Comptables de ces sociétés d’État.

Certes, une entreprise étant un tout, les dérapages financiers accentués par la mauvaise gestion des responsables ne peuvent certainement pas garantir une rentabilité quelconque, ni une trésorerie positive.

La Chambre n’ayant toujours pas cité objectivement l’origine du mal, l’absence des pièces comptables et les passations de fausses écritures ne peuvent suffire. Il faut clairement désigner les fautifs et préconiser les décisions indispensables pour un redressement de la situation des établissements publics.

C’est la permanence de la mauvaise gestion depuis bientôt 30 ans qui assure ce que la Chambre des Comptes qualifie timidement de camouflage des dépassements des crédits qui se situeraient à environ 20% des prévisions. Or, tout un chacun sait qu’outre le train de vie des responsables de ces sociétés, l’État aussi s’en sert à l’occasion, y compris jusqu’à épuiser leurs ressources financières pour les guerres contre ces citoyens comme des voisins.

Ces contrôles de la Chambre manquent de sérieux. Les dépenses, remarque-t-elle, sont allégrement violées: fausses factures, faux bons de commande, absence de recouvrement des créances… Pourquoi les contrôleurs de la Chambre n’ont pas procédé à utiliser la méthode de contrôle à travers la réciprocité des comptes ? Ils auraient pu ainsi déterminer la part des malversations dans les dépenses de ces sociétés, mais aussi dégager la trésorerie supposée effective de celles-ci, dans une gestion saine. Point important qui sauverait peut-être certaines sociétés utilisatrices permanentes des multiples financements bancaires dont les frais pèsent et handicapent lourdement tout investissement et donc tout développement. A ce sujet, dans la déontologie bancaire (il y a en une), le financement accordée à des entreprises défaillantes constitue un délit, puisqu’il contribue à précipiter leur faillite.

Nous aurions souhaité un peu plus de sérieux et franchise en plus du dégagement de décisions susceptibles d’assainir l’état de délabrement économique, financier et social des établissements publics. Dès lors, les recommandations de la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire se veulent comme un programme de moralisation de la vie publique auquel ne peuvent qu’adhérer les responsables, mais qui risque de rester lettre morte tant que fera défaut une volonté politique au sommet de l’État. Comme c’est le cas actuellement.


Courrier des lecteurs

OBOCK : ENCORE LE BLOCUS

En guise de contribution à la visite du chef de l’État à Obock, un jeune chômeur de ce district nous a fait parvenir ce courrier. Peut-être était-il persuadé que le cirque présidentiel en déplacement ne le laisserait par s’exprimer ? Merci de nous accorder votre confiance.


Ces derniers temps, AIR-FAD assure la desserte aérienne de Tadjourah et d’Obock, deux fois par jour. Dès son premier vol, un certain journal avait bel et bien précisé que c’était un signe de la campagne pour la présidentielle. Ce qui semble absolument vrai, tant cette région est oubliée par le gouvernement comme par l’ensemble des médias, y compris votre organe de presse, qui ne relate qu’occasionnellement sa détresse sans fin.

A l’heure où la femme et l’enfant sont des priorités partout dans le monde, des mères et leurs progénitures n’ont pas ici la considération que les ravisseurs du RPP accordent aux plantes vertes sur le terrain de décollage d’AIR-FAD. Une fois arrivé l’aigle provenant d’Éthiopie et transportant à son bord la ration quotidienne de khat, toutes les listes de passagers enregistrés sont annulées.

Et les rares mères retenues par miracle avec leurs bébés ne doivent surtout pas déranger les piles de khat occupant une place de choix. Pour son confort, les listes de passagers sont souvent réduites à 16 personnes. Cela leur est égal que ces bébés meurent de faim ou de soif.

Je n’évoquerai pas la falsification de ces listes, tout comme je n’évoquerai pas la discourtoisie envers les passagers : les militaires ne font ni dans le commercial, ni dans l’humanitaire. En fait, ces liaisons servent principalement aux ravisseurs du RPP qui regagnent Obock avec leurs rations de la plante verte.

Plus gravement, il y a environ deux mois, une jeune femme enceinte de plusieurs mois et atteinte d’hémorragie interne, avait été hospitalisée au dispensaire d’Obock. Constatant qu’elle avait déjà perdu trop de sang et qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle ici, les responsables médicaux ont pris la décision de procéder à son évacuation sanitaire par voie aérienne sur la Capitale.

Au moment où l’avion s’apprêtait à atterrir sur le terrain, de hauts responsables du district et de la Santé l’accompagnèrent pour insister sur le caractère urgent et vital de son évacuation, afin que le pilote accepte de la prendre à bord. Détestant l’imprévu, la seule réponse de ce pilote fut qu’une fois arrivé à Djibouti, il en référerait à ses supérieurs mais que, pour ce vol, il lui était impossible d’embarquer la malade, la liste étant close. Que sa vie était en danger ne constituait pas pour lui un cas de force majeur. Pourtant, qu’y a-t-il de plus important que de venir au secours de son prochain et même de sauver une vie ?

Un autre jour, l’avion arriva à Obock aux environs de 15 heures, avec à son bord les inévitables rations de plantes vertes. A la descente des passagers, on remarqua enfin qu’une femme enceinte (et sous perfusion) avait beaucoup de mal à respirer, à cause de la promiscuité et de l’encombrante cargaison de khat. Or, ce même jour, un hélicoptère avait été mis à la disposition d’une autre campagne se déroulant à Khor-Angar et transportant lui aussi du khat.

Mardi, le Président de la République débarquera à Obock, sans se rendre compte de l’état réel de ses concitoyens dans ce district. Concitoyens dont il attend pourtant un accueil chaleureux. En marge de cette visite, de courtoisie dira-t-on, il procèdera à l’inauguration d’une école islamique entièrement financée et construite par le Yémen ; qui sera plus tard transformée en un lycée, paraît-il : on aperçoit déjà la photo de notre chef d’État sur un mur de l’enceinte.

Ce que nous ne comprenons pas ici, c’est le pourquoi de toutes ces gesticulations de la part d’un Président de la République qui, grâce aux fraudes, n’a rien à craindre des urnes. D’autant plus que l’opposition qui le gênait a fait savoir qu’elle ne participerait pas à la prochaine élection présidentielle.

Pour l’heure, tout est fin prêt à Obock pour le recevoir : les écoliers doivent être dans la rue poussiéreuse à applaudir, eux auxquels est pourtant refusée l’aide alimentaire fournie par le Programme Alimentaire Mondial destinée aux cantines scolaires. Il entendra quelques notables ou autres personnages le remercier de tous ses efforts en direction d’Obock dans le cadre de la Réhabilitation.

Parlons-en, justement. Pour nous Obockois, la Réhabilitation est uniquement le fruit de l’accord de paix du 12 mai 2001 et son financement par la communauté internationale a été sabotée par le gouvernement djiboutien. Avant le 7 février 2000, la ville et la région d’Obock étaient considérées comme des zones de guerre : prétendre qu’un effort de réhabilitation aurait suivi la paix de 1994 est donc totalement fantaisiste. Nous en savons quelque chose, qui avons dû fuir nos maisons et abandonner nos biens pillés par les troupes gouvernementales, avec quelques civils assassinés au passage. Pour ce qui est de la Réhabilitation actuelle, observons déjà que toutes les maisons prévues ne sont pas construites.

Mais il y a pire : les quelques logements en construction n’ont qu’une seule chambre ! Sans évoquer le fait que, faute de ciment en quantité suffisante, certaines portes d’entrée sont déjà à terre.

Merci quand même, monsieur le Président pour cet effort, quoique beaucoup de citoyens aimeraient bien savoir où diable sont passés les millions et les millions prétendument injectés dans cette réhabilitation version RPP. Surtout, certaines Obockois désemparés s’interrogent, eux auxquels est refusée une maison en remplacement de la leur détruite, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour financer la part de la construction laissée à la charge des « réhabilité ».

Sans oublier, enfin, que le taux de chômage avoisinant ici les 99%, il sera difficile à ces nouveaux locataires d’honorer les factures d’eau et d’électricité. Tout ceci pour dire qu’avec ce régime, notre avenir restera désespérément triste.

Pour conclure, justement, cela concerne l’actualité de cette semaine à Obock : des citoyens privés de leur identité nationale (presque 60% n’ont pas de pièces d’identité, le registre d’état civil ayant été détruit par les soldats au début de la guerre) n’auront pas eu l’honneur de participer à l’élection pour désigner le président d’annexe d’un certain parti. Comme quoi, le régime n’a besoin ni de militants ni de citoyens. On aurait dit tant mieux s’il ne s’agissait que de ne pas être militants de ce parti de malheur, qui n’est autre que le RPP.

En ce qui nous concerne, pour les pièces d’identité, le prétexte au refus opposé par l’administration était autrefois que les cartes des parents étaient introuvables. A présent, même si les pièces d’un seul parent sont en principe suffisantes, l’accès à la citoyenneté pose encore problème : une fois arrivés à Djibouti, il paraît que les dossiers disparaissent. C’est trop grave pour en rire.

Je profite de cette occasion pour féliciter la jeunesse de Tadjourah pour sa remarquable et constante mobilisation ; tout comme je tiens à féliciter toute la Jeunesse djiboutienne, où qu’elle se trouve : restons mobilisés et revendiquons nos droits.

M.A.M Obock


Djibouti-Somaliland : du mépris au « respect »

Les observateurs relèvent que, depuis peu, l’arrogance de la diplomatie djiboutienne s’est quelque peu atténuée. Toutefois, les rencontres soutenues avec la République du Somaliland et la timide participation de notre pays à la consolidation de la paix inter-somalienne scellée au Kenya illustrent l’ambiguïté de notre diplomatie.


L’actuelle trajectoire de la politique régionale djiboutienne ne correspond plus à sa position initiale. Certes, le gouvernement formé au Kenya y est pour quelque chose comme les élections législatives en Somaliland prévues pour mars prochain et la présidentielle à Djibouti un mois plus tard. Cependant, le pouvoir a passé sous silence, dans sa presse écrite, cette visite officielle de l’importante délégation ministérielle du Somaliland.

Pour notre part, nous nous sommes intéressés à l’événement. Car, quoi qu’il en soit, il est clair que la visite à Djibouti des ministres somalilandais fait suite au voyage officiel effectué chez nous par l’actuel Président de ce pays, au lendemain de son investiture, rencontre qui avait permis la reprise des relations entre les deux voisins. Sous la conduite de leur ministre de l’Intérieur, cette délégation était composée de cinq ministres dont celui de la Communication, de l’Économie, de l’Air et du Transport aérien, celui en charge des relations avec le Parlement et enfin du Maire de la Capitale somalilandaise, Hargeisa, devant s’entretenir avec son homologue djiboutien pour dégager les domaines d’intérêt réciproque.

Interrogée par la presse de son pays, le ministre somalilandais de la Communication avait précisé que sa délégation allait visiter Djibouti sur invitation du gouvernement de ce pays avec, pour objectif, le renforcement des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays. Précisant que suite à la création antérieure d’une commission interministérielle, cette nouvelle rencontre devait permettre la mise en place des commissions techniques des deux pays.

Les discussions porteraient, avait-il souligné, sur la coopération entre les deux États dans les domaines de l’Économie, du Commerce, de la paix, de la lutte contre le terrorisme et enfin de la finalisation de certains points restés en suspens qu’il n’a pas voulu citer.

Néanmoins, le Ministre voulait calmer le gouvernement djiboutien, irrité des propos de son homologue chargé de l’Élevage sur l’exportation via le port de Djibouti du bétail sur pied, il s’est refusé à confirmer si cette visite dans notre pays appuyait la candidature du Président djiboutien en avril 2005. Mais il a surtout éludé la question portant sur le refus de reconnaître le Somaliland par l’État hôte, en soulignant que la République autoproclamé sans reconnaissance internationale était obligée de travailler avec son voisin immédiat, même sans sa reconnaissance.

Or, si la presse nationale écrite (par contre, toujours audio à l’adresse de certains quartiers de la Capitale quand il s’agit de manœuvres électoralistes) n’a pas jugé utile de commenter les résultats de cette rencontre, celle du Somaliland, quant à elle, présente à Djibouti, prétend que cette visite a révélé les points tenus secrets de cette réunion interministérielle. Ainsi, le gouvernement djiboutien aurait demandé, et ce n’est pas la première fois, le transfert de la frontière et du village de Loyada, côté somaliland, de près de 20 km, à l’intérieur de ce pays. Il est dit par ailleurs que, depuis deux ans, Djibouti se plaint de la contrebande venant de ce pays, en particulier celle du carburant et des cigarettes, activité que combattent officiellement les forces de police des deux pays.

La presse somalilandaise se demande également si l’explosion perpétrée l’année dernière contre les deux stations d’essence du village frontalier de Loyada, dont les auteurs demeurent toujours introuvables, ne serait une raison trop facile invoquée par l’État djiboutien dans sa lutte contre l’activité de contrebande. Cette même presse signale enfin que les petits commerçants somalilandais se plaignent de la confiscation de certains produits par les forces de police, alors qu’ils seraient ensuite revendus ailleurs.

A cette réunion, à laquelle avaient participé entre autres, côté djiboutien, le ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération, de l’Intérieur et de la Décentralisation et celui en charge de la Communication, aurait été discutée la question de l’exportation du cheptel somalilandais via Djibouti.

Quoi qu’il en soit, cette visite a suscité une levée de boucliers tant parmi la population somalilandaise que du côté de l’opposition de ce pays qui voient d’un mauvais œil le caractère secret de ces relations tenues secrètes.

En effet, ils disent craindre que cette insistance de la partie djiboutienne pour le transfert de la frontière soit dictée par des visées obscures. D’ailleurs, lors de son intervention télévisée le ministre djiboutien des Affaires Étrangères n’avait pas hésité à affirmer qu’entre les deux pays, la notion de frontière n’avait aucun sens. Une attitude démagogique que nous dénonçons avec vigueur.

Nous sommes tentés de rappeler que cette invitation lancée au Somaliland en pleine campagne pour la réélection du candidat solitaire reste, avant tout, une opération électoraliste destinée à s’assurer du concours des Djiboutiens installés dans ce pays en faveur du renouvellement de son mandat. Le Somaliland n’a pas la mémoire courte, ses dirigeants et sa population savent bien que le FUOD et sa composante le FRUD, avaient dès 1992 reconnu son choix à l’autodétermination.

L’ARD, continuité historique du FRUD et du FUOD, reste toujours fidèle à cette position de principe.

Enfin, il est clair qu’à travers cette manœuvre de rapprochement avec le Somaliland, le régime cherche à réitérer le forfait anti-démocratique d’avril 1999, tout en continuant de saboter la Réconciliation somalienne initiée au Kenya.


Graner contre Graner

Le caporal américain Charles Graner, considéré comme le principal responsable des sévices infligés à des détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraïb, a été condamné samedi dernier à dix ans de prison et à la radiation de l’armée par la cour martiale de Fort Hodd, au Texas. Agé de 36 ans, il a donc été reconnu coupable par les dix officiers composant le jury de ce tribunal militaire, tous d’anciens combattants en Irak et en Afghanistan. Cet ancien gardien de prison dans le civil a été présenté par l’accusation comme l’instigateur des sévices infligés aux prisonniers d’Abou Ghraïb, tandis que, pour la défense, le caporal Graner n’aurait fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs.


Accusé de mauvais traitements envers des détenus, incapacité à les protéger contre des abus, actes de cruauté, agressions et actes d’indécence, le caporal Graner avait notamment contraint des prisonniers irakiens d’Abou Ghraïb à composer nus une pyramide humaine, à se masturber devant leurs geôliers ou encore à mimer des scènes de fellations.

Ce scandale avait éclaté au printemps dernier, avec la publication de photos de prisonniers irakiens humiliés par des soldats américains. Aucun membre du jury ne pouvait décemment déclarer recevable l’argumentation selon laquelle toute la chaîne de commandement était complice, car il est impensable qu’une telle décision ait été prise au plus haut niveau.

Pour sa défense, le soldat Charles Graner a reconnu avoir agi de manière condamnable, en affirmant : «Je n’ai rien aimé de ce que j’ai fait là-bas. Beaucoup de choses étaient mauvaises, beaucoup étaient criminelles.» Tout en précisant aussitôt : «Ma hiérarchie m’a ordonné de continuer les sévices.» Il s’est même permis de donner les noms de plusieurs de ses supérieurs auprès desquels il a affirmé avoir protesté contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers.

L’accusation a maintenu que Graner était connu pour être un sadique notoire et qu’il n’avait aucunement reçu des ordres pour se comporter de la sorte. Dans sa plaidoirie, l’avocat de Graner avait pourtant martelé que son client avait agi sur ordre des responsables du renseignement militaire.

Après le verdict, la mère de Charles Graner, pleine d’amertume, a nommément accusé le président Bush et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld d’être les vrais instigateurs des tortures contre les prisonniers irakiens.

Toujours est-il qu’il est à présent établi que le pitoyable soldat Graner et sa compagne, la première classe Lynndie England, dont les photos avec les prisonniers irakiens nus ont fait le tout du monde, sont des monstres à visage humain qu’une Amérique bien-pensante ne pouvait tolérer. Le scandale de ces humiliations a déjà conduit à la condamnation de quatre autres soldats américains.

Pour leur part, les organisations des droits de l’homme avaient eu parfaitement raison d’alerter l’opinion publique internationale sur le sort des prisonniers détenus à Guantanamo, dans des conditions qui contreviennent à la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre et, d’une manière générale, cette condamnation de Graner intervient dans un contexte de recul des droits de l’homme à la faveur de la lutte antiterroriste. L’arsenal juridique adopté aux États-Unis et en Europe fait régulièrement l’objet de plaintes déposées par Human Right Watch. Les États-Unis n’hésitent d’ailleurs pas à sous-traiter dans les pays alliés, notamment dans le monde arabe, des polices locales peu scrupuleuses dans leur recours à la torture pour extorquer des aveux à de simples suspects.

Cette condamnation n’en reste pas moins exemplaire, surtout pour un pays comme Djibouti, où de gradés et de moins gradés s’étant rendus coupables de crimes de guerre, jouissent encore de la plus totale impunité, certains ayant même été décorés et promus.

COMMUNIQUÉ DE L’UAD

Meeting populaireà l’avenue Nasser

L’Union pour l’Alternance Démocratique souhaite une bonne et heureuse fête de l’Aïd-El-Adha à toute la communauté djiboutienne ainsi qu’aux musulmans du monde entier.

L’UAD invite toutes ses militantes et tous ses militants à assister massivement à son grand meeting populaire qui se tiendra le jeudi 20 janvier à partir de 8 heures 30 devant le siège de l’UDJ à l’Avenue Nasser.


Le soldat, le ministre et le député

FRAGMENTS D’UN DIALOGUE CENSURÉ

En réaction aux derniers développements d’une ténébreuse affaire, qui empoisonne ses relations avec la France, le régime a repris sa diplomatie de l’insulte. Fini la rigolade, apprend-on dans les colonnes de « La Nation » : Paris coupable d’avoir laissé sa Justice manquer de respect à l’égard des dirigeants djiboutiens, doit désormais savoir que «the game is over» ! Comme il est vilain de manquer de respect vis-à-vis de qui que ce soit, il est de notre devoir de relater les conditions honteuses dans lesquelles s’est déroulé le Conseil des ministres décentralisé à Tadjourah mardi 11 janvier. Le cirque en déplacement militarisé s’y est tellement moqué du monde qu’ici, l’on peut estimer que la machine à frauder a fait tilt.


« La démocratie pastorale en pratique » : c’est sous ce titre fleurant bon la nostalgie élitiste d’une peuplade subtropicale se croyant Élue, que le journal gouvernemental « La Nation » a relaté à sa manière les échanges qui se seraient établis entre le chef de l’État et les habitants de la région de Tadjourah. Le malheur, ce n’est pas que la presse gouvernementale dénature à ce point les faits : seul le cloisonnement des différentes composantes de notre communauté nationale l’autorise à désinformer ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. En effet, s’étant heurtée au devoir de vérité qu’impose une posture citoyenne, la machine électorale du candidat en campagne a en fait, tout simplement, censuré les propos de tous ceux qui, en toute bonne foi, s’étaient déplacés pour formuler les inévitables doléances d’une région abandonnée.

Car c’est de cela qu’il était question lorsque les émissaires du chef de l’État ont sillonné ce district : l’illustre visiteur désirait entendre ses concitoyens pour qu’ils lui fassent part de leurs attentes. Cette démocratie directe, à défaut d’être pastorale, devait en premier lieu se concrétiser par la présence des notabilités après la séance du Conseil des ministres. Hélas ! l’accès à la salle de réunion a été refusé sans ménagement à certains des plus importants notables de Tadjourah. Quant aux autres, qui ont pu approcher, il ne leur a pas été possible d’exprimer une quelconque doléance : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Beaucoup d’entre eux, réquisitionnés du fin fond de la brousse, juraient mais un peu tard qu’on ne les y reprendrait plus : non seulement censurés, mais même les mandibules ont fait le voyage pour rien, puisque le khat offert par le visiteur avait été confisqué par la soldatesque !

Puis, ce fut au tour d’un « député » de la région d’être brutalement éconduit par un soldat de faction : par respect pour nos lecteurs, nous ne reproduirons pas les propos (classés X) de cette gâchette nerveuse. Occupant à l’Assemblée nationale un siège qui aurait normalement dû revenir à un candidat UAD, il nous est difficile de nous sentir offusqués par l’humiliation ainsi infligée à ce timide qui aurait certainement inspiré Brel.

Depuis l’Antiquité, l’instauration de la démocratie s’est accompagnée d’un processus de neutralisation des guerriers, selon le principe latin en vertu duquel les armes cèdent le pas aux toges. Tout comme chez nous, un Sultan ne doit jamais porter sur lui des attributs guerriers : il gouverne uniquement par la Parole.

Ce qui n’est évidemment pas le cas de ce régime, comme le rappelait un graffiti condamnant les « mal-élus » sur un mur de Tadjourah. Quand un militaire se permet de publiquement insulter celui qui ose se prétendre élu du Peuple, c’est de notre point de vue un peu plus grave qu’une convocation à comparaître adressée par la lointaine Justice française à un fonctionnaire djiboutien, quel que soit son rang. C’est aussi le moment où le vernis démocratique laisse transparaître le despotisme local dans toute sa sauvagerie : il est ainsi rappelé au mal-élu qu’il n’est qu’une simple fabrication et qu’il ne devrait pas trop se prendre au sérieux. Comme le sujet de Pharaon, il appartient à son créateur, lequel accorde plus d’importance au soldat qui le protège qu’au pantin qui le légitime.

Mais il n’est pas nécessaire d’être armé pour ainsi bafouer la bienséance démocratique. Il se raconte dans les couloirs de l’Assemblée nationale qu’un député trop consciencieux avait été récemment insulté par un ministre lui déniant tout droit d’expression, en raison de l’origine tribale de l’un et de l’autre. Le député et le ministre se reconnaîtront.

Le dictateur qui le précédait avait une autre façon d’agir. En tournée dans ce même district, il avait un jour des années 80 refusé la parole à un illustre notable souhaitant s’exprimer. Si le visiteur n’était pas venu pour l’écouter, lui ne s’était pas déplacé non plus uniquement pour boire ses paroles : ce notable quitta donc dignement une réunion dans laquelle il ne se considérait pas à sa place, parce que rabaissé au rôle d’un pitoyable figurant convoqué pour applaudir. Le successeur préfère pour sa part feindre écouter ceux que lui et ses obligés ont préalablement sélectionnés parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à lui dire la vérité.

Vérité que, n’en déplaise à certains mâles, une femme pourtant peu suspecte d’opposition, a osé dire en face au chef de l’État : son gouvernement n’offre aucune perspective de développement pour la région de Tadjourah. Ainsi a-t-elle regretté que le village de Sagallou, en tant que zone affectée par le conflit, n’ait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. L’interrompant sans courtoisie, le Premier ministre lui aurait alors répondu que son gouvernement allait corriger cette injustice «même en détournant, s’il le faut, les crédits affectés à la reconstruction des maisons d’Obock».

Dégoûtée mais pas convaincue, elle lui aurait tout simplement répondu : « Ne m’interrompez pas, c’est au chef de l’État que je m’adresse».

Pas convaincue : le régime aurait commencé à reconstruire toutes les infrastructures détruites durant le conflit, au lieu de se gargariser de deux réalisations (un local pour stocker du poisson et une école) entièrement financées par la générosité extérieure.

Ce mardi-là à Tadjourah, la machine du parti unique a vraiment fait tilt : il est impossible de durablement berner une population de plus en plus consciente des réalités. A quand la prochaine étape, celle de l’heure de vérité ?

En toute logique, ce régime d’usurpation et de fraude tentera vainement de réprimer toute aspiration à la vie qui ose s’exprimer ailleurs que sur le terrain miné d’une consultation électorale.

Mais de cela, tout le monde est conscient : l’émancipation et le développement sont à ce prix.