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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 109 du mercredi 20 octobre 2004

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Réalité numéro 109 du mercredi 20 octobre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. M. Mohamed Daoud clarifie sa position
  4. Comprendre la Somalie (1)
  5. Communiqué de l’UAD
  6. L’UAD avait écrit
  7. Le régime a mauvaise mine
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 109

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

FAD S.A.R.L :

OBOCK ENTRE FADAISE ET FOUTAISE

Ce régime est un fervent adepte de la pataphysique qu’Alfred Jarry définissait comme étant « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité». Derrière la complexité apparente de cette définition, il y a la banalité d’une gesticulation officielle proposant de fausses solutions pour de vrais problèmes. La réalité quotidiennement vécue par nos concitoyens abonde d’exemples : Il Jano tarie dans une région qui ne manque pourtant pas de potentialités ou le bitumage du front de mer à Tadjourah dans un district attendant vainement la réhabilitation de ses infrastructures de base détruites lors du conflit, pour ne citer que l’actualité de cette semaine. Pourtant, mention spéciale doit être faite d’une mystification dont le caractère placebo risque d’avoir beaucoup d’effet secondaires : c’est la desserte aérienne proposée aux habitants d’Obock par les Forces Armées Nationales.

Les Forces Armées Djiboutiennes n’en sont pas à leur première incursion dans le domaine de l’initiative mercantile. On se souvient que, depuis quelques mois, leurs garages se proposent de réparer, au meilleur prix sur le marché, tous types de véhicules appartenant à des privés. Au grand dam des propriétaires de garages présents dans la Capitale, qui n’ont pas manqué de dénoncer cette concurrence déloyale puisque, par définition, dans le cas d’un garage appartenant à l’Armée, toutes les charges qu’implique une telle activité (main-d’œuvre, électricité, etc.) sont supportées par le contribuable djiboutien. De surcroît, cette intrusion intempestive dans l’économie privée n’est pas la première mission que le citoyen, supportant déjà mal le maintien sous une autre forme de l’impôt patriotique, est en droit d’attendre de l’institution militaire.

Rien n’y fait : sommé, par l’incompétence, d’inventer de fausses solutions pour de réels problèmes, le régime récidive dans l’illégalité profiteuse, cette fois-ci dans le domaine de l’aviation civile. Ainsi, on apprend qu’une initiative caritative a jailli, de ses pénibles séances de broutage peut-être : « dans le but de désenclaver les régions du Nord, les FAD par le biais de la Force Aérienne Djiboutienne viennent de créer des liaisons aériennes, au profit de la population du Nord à des prix exceptionnels ». Tout est dit ou presque. Sauf de rappeler qu’il existait autrefois une compagnie nationale dénommée Air Djibouti qui desservait Obock et Tadjourah deux fois par jour : ce n’est pas Air-France qui est responsable de sa faillite ! Insistons : les responsables de sa faillite sont aujourd’hui au plus haut sommet de l’Etat.

Le problème se situe à trois niveaux, et tout d’abord à celui du véritable pouvoir d’achat de la population si généreusement ciblée : la pauvreté généralisée rend peu probable que l’avion affrété pour la circonstance fasse le plein de voyageurs, même à 2000 FD l’aller simple. Le caractère déloyal de cette concurrence trouvant ainsi ses limites dans le chômage de ceux en âge de travailler et dans la suppression des pensions de retraite de ceux qui ont déjà travaillé.

Second niveau, beaucoup plus grave : quel régime d’assurance s’appliquera à ces voyageurs. Car, pour autant que l’on sache, ce genre de philanthropie n’est pas inclus dans la Convention de Varsovie régissant le trafic commercial aérien. Donc, en cas de perte de bagages (ils en auront certainement un peu) ou par malheur de décès, tout passera par pertes et profits ! Et il y a un précédent. Mais il est bien connu que les nécessiteux sont les moins bien placés pour choisir en toute liberté.

Enfin, dernier sans nom, cette militarisation des liaisons aériennes n’est qu’une étape supplémentaire dans le désengagement de l’Etat : déjà victimes du refus de la réhabilitation et de la reconstruction de leur ville et de leur région, laissées dans un état d’abandon confinant à une incitation à la mendicité, ces populations ne peuvent désormais plus solliciter une quelconque évacuation sanitaire aux frais de la Santé publique. Le manque d’ambulance passe au second plan puisque l’introuvable gasoil est remplacé par le généreux kérosène militaire.

A n’en pas douter, Faustroll devait être un docteur honoris causa, comme le chef suprême des Forces Armées Djiboutiennes. Entre accepter cette Fadaise et dénoncer la foutaise, il n’y a pas à hésiter.


Brèves nationales

Ecole ou nourriture :

Pourquoi choisir ?

La rétention des informations relatives aux réelles conditions de vie de ses concitoyen est le propre de tout régime fondé sur la fraude et par conséquent non astreint au rendement. A Djibouti, on frôle même le désastre, comme le confirme dans son dernier numéro, la version papier des Nouvelles d’Addis.

On y apprend en effet que, « selon Famine Early Warning Systems Network (FEWS), les prix à la consommation à Djibouti auraient grimpé de 25 à 30% depuis août 2003. l’organisation estime que de nombreux Djiboutiens devront faire des choix entre nourriture et école et même réduire leur consommation de nourriture. Elle préconise l’extension de la distribution de repas à l’école et la réduction des taxes sur les produits alimentaires et le kérosène, de même que la diminution des frais de scolarisation. Fews s’inquiète également de la pénurie d’eau dans certains quartiers de la capitale et craint que les incendies ne dégénèrent en catastrophes ».

Les choix budgétaires irresponsables, marqués par un taux d’imposition trop élevé ont souvent été évoqués dans notre journal. Pour ce qui est des cantines scolaires, inutile de rappeler qu’elles n’existent le plus souvent que sur le papier. Pourtant, des milliers de tonnes d’aide alimentaire, offerte par le Programme Alimentaire Mondial et officiellement destinée à ces cantines scolaires, surtout en milieu rural, avaient récemment été réceptionnés par le sous-ministre chargé de la Coopération internationale.

Les écoliers de Dalley, par exemple, n’ont rien reçu de tel, puisqu’ils doivent faire quotidiennement à pied les kilomètres séparant l’école de leur domicile : pas de cantine ni de ramassage scolaires. Le régime estime peut-être qu’ils n’en ont pas besoin : c’est connu, le bédouin marche beaucoup et mange peu !

Affaire à suivre…

Le paradis introuvable :

Il Jano, huit mois après…

La publicité mensongère fait partie intégrante de la mauvaise gouvernance. Pendant que les Assajogs voient s’éloigner les promesses de développement industriel et avec elles les créations d’emplois annoncées, le consommateur djiboutien cherche toujours l’eau miraculeuse embouteillée au pied du mont Arrey. Pourtant, les abonnés au téléphone ne manquent pas de tomber, en consultant leur annuaire 2004, sur de pleines pages de publicité achetée par la fantomatique société industrielle des eaux minérales d’Ali-Sabieh.

En l’absence dans notre pays d’un Bureau de Vérification de la Publicité (BVP), organisme chargé de traquer les publicités mensongères, nous sommons les autorités d’apporter au public les informations relatives aux difficultés techniques empêchant la commercialisation de cette eau minérale, ainsi qu’à l’état d’avancement du projet de cimenterie et d’usine de marbre d’Ali-Sabieh. Une campagne digne de ce nom débute par l’information du citoyen.

Tadjourah :

Campagne d’embellissement ?

La route du front de mer à Tadjourah, longue de quelques centaines de mètres, semble ces derniers temps promise à une modernisation précipitée. On se souvient que le Premier ministre avait promis de goudronner cette voie pour embellir la ville et c’est la raison pour laquelle les engins des Travaux Publics sont miraculeusement de retour dans ce district : rouleau compresseur en tête. Pourtant, à y regarder de plus près, il apparaît évident que le régime cherche à baliser la voie vers de futures fraudes électorales.

Cette pseudo-campagne d’embellissement paraîtrait plus sérieuse si les pouvoirs publics s’attaquaient en priorité à la réhabilitation de la route Tadjourah-Randa, autrefois goudronnée et aujourd’hui dans un piteux état, au grand désespoir des usagers et des touristes. Les habitants de la Ville-Blanche ont d’autres préoccupations, bien éloignées des gesticulations électoralistes des usurpateurs.

Il y a plus urgent dans cette ville et dans ce district que bitumer quelques centaines de mètres de route destinées avant tout à accueillir les 4xkhat du cortège présidentiel en campagne.

Un spectacle dégoûtant :

Le régime se mire dans les eaux stagnantes

Apparemment sommé en haut lieu de jeter quelques pierres dans la mare, le journal gouvernemental La Nation a consacré la semaine dernière une pleine page à l’une des plaies béantes de la mauvaise gouvernance : les dangereuses mares d’eaux stagnantes visibles un peu partout dans les quartiers populaires de la Capitale. Malheureusement, comme tous les reportages « autorisés », cet article sur «l’assainissement» se contente de dresser un constat alarmant, sans trop rappeler la démission des pouvoirs publics.

Nous le ferons donc à sa place car « beaucoup de nos concitoyens sont acculés à vivre dans la merde (sic !). L’absence de moyens ne peut constituer un prétexte pour expliquer le manque d’entretien », surtout que l’on sait que des fonds colossaux sont utilisés par le candidat en campagne pour acheter la conscience des citoyens condamnés à patauger dans les eaux stagnantes.

Un régime lui-même malsain ne peut rien assainir véritablement !

Désenclavement d’Obock :

AIR FAD vole bas

Ainsi, on a appris le week-end dernier que l’enclavement d’Obock, qui perdure depuis de longues années, ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Une miraculeuse liaison aérienne bi-hebdomadaire entre la Capitale et ce chef-lieu de district aurait été établie grâce au concours humanitaire d’une nouvelle «compagnie aérienne»: AIR FAD.

En fait, il s’agit d’un petit avion de quelques places appartenant aux FAD (Forces Armées Djiboutiennes) et destiné avant tout aux déplacements des dignitaires en campagne et de leurs ballots de khat.

Tout le monde l’aura compris : le désenclavement social (pour la modique somme de 2000 FD) d’une capitale régionale en cette période électorale paraît bien l’œuvre du candidat à sa propre succession, Son Excellence El Hadj, Docteur…, Chef Suprême des Armées et d’AIR FAD également. Qui donc à part lui aurait pu imaginer et concevoir une solution aussi rapide au casse-tête de l’enclavement ?

En attendant, le régime continue à voler de ses propres ailes… plombées. Ne se sentant pas concernés par ce voltige aérien électoraliste au-dessus de leurs têtes, les malheureux Obockois attendent pour leur part un véritable désenclavement routier et maritime durable.


M. Mohamed Daoud clarifie sa position

Parti Djiboutien pour le Développement

Siège social : Quartier 2,

Avenue Cheik Houmed

Boîte Postale : 892 Tél : 35.32.43

République de Djibouti

 

Djibouti, le 18 octobre 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

Suite à la parution, dans plusieurs journaux internationaux, de l’annonce de ma candidature à l’élection présidentielle de 2005, j’ai l’honneur de porter à la connaissance des trois autres partis de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qu’une telle décision ne sera prise que conformément aux us et coutumes de la Coordination, c’est-à-dire de façon collégiale.

En conséquence, j’affirme que le PDD fait toujours partie de l’UAD. Une division en son sein ne profiterait qu’au régime de parti unique qui malmène le pays.

Le Président du PDD

Mohamed Daoud Chehem


Comprendre la Somalie (1)

CULTURE

En cette sainte période de Ramadan propice au recueillement et à la tolérance, il nous a semblé opportun d’ouvrir une rubrique Culture, afin de modestement contribuer à la compréhension mutuelle entre les peuples de la région. N’est-il pas dit dans le Saint Coran : « et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez, car le plus noble d’entre vous auprès d’Allah sera le plus pieux » (Sourate 49 Verset 13) ? Cette semaine, nous commençons la première partie du volet consacré à la Somalie, ou plutôt aux Somalies avec une introduction à l’histoire, au peuplement et à la répartition régionale.

 

Une récente actualité, faite d’espoir et de crainte, a remis la Somalie sur le devant de l’actualité internationale. Espoir de voir enfin ce Peuple retrouver une stabilité intérieure qu’il a perdue depuis si longtemps. Crainte que, même sincère, un volontarisme mal éclairé cherchant à précipiter sa réunification, ne provoque des tensions avec le voisin somalilandais.

Peuplement

Même si toute la région côtière était connue durant l’Antiquité sous l’appellation égyptienne de « Terre de Pount », rien ne permet, en l’état actuel des connaissances scientifiques, de la rattacher au peuplement contemporain d’aire géographique Somali. Plus près de nous, la seule Capitale Mogadiscio doit son nom au toponyme persan signifiant « Trône du Shah ».

De fait, c’est avec l’arrivée des Arabes, commerçants et missionnaires musulmans qu’apparaissent les premières attestations de ce peuple. Précisément lorsqu’un puissant pouvoir musulman, connu sous le nom de Sultanat Adal se met en place, recouvrant un vaste espace et facteur d’un brassage culturel déterminant.

C’est vraisemblablement à partir de son déclin au 16ème siècle, suite à une intervention militaire, commandée par le fils de Vasco de Gama, venue en aide à l’empire chrétien éthiopien, qu’un mouvement de dispersion a eu lieu, amenant les populations de pasteurs-nomades somali et afar à conquérir de nouveaux espaces territoriaux, le plus souvent au détriment d’autres peuples, oromo ou bantou.

C’est pour cela que, fait peu connu ici, il existe un important îlot afar au centre et au sud-ouest de l’actuelle Somalie, alors qu’il aurait été plus plausible que cette composante se retrouve au nord de ce pays. C’est essentiellement dans la province de Bay (région de Baydabo) que cette population est implantée.

Il existe également un résidus des groupes bantous originels, à Afgoye et Kismayo. Quant aux Arabes, principalement venus du Yémen, ils sont uniquement installés dans la Capitale. Notons enfin un apport portugais et indo-pakistanais à Merca et Barawa.

Histoire contemporaine

En 1887, la Grande-Bretagne établit un protectorat et définit les limites territoriales de l’actuel Somaliland. Quant à l’Italie, c’est suite à plusieurs traités qu’elle prend possession du reste de la Somalie, qu’elle rattache en 1936 à l’Erythrée et à l’Ethiopie pour former l’Africa Orientale Italiana.

Le 26 juin 1960, le Somaliland accède à l’Indépendance, suivi le 1er juillet par la Somalia, entité avec laquelle il fusionne immédiatement pour créer la République de Somalie et Aden Abdallah Osman en devint le premier Président.

Arrivé au pouvoir grâce au coup d’état du 21 octobre 1969, le Général Siad Barré place le pays dans l’orbite socialiste et opte pour une puissante affirmation identitaire, concrétisée par une campagne d’alphabétisation en langue maternelle et le pansomalisme.

Lequel l’a conduit, en 1977, à s’engager plus activement dans le conflit de l’Ogaden. Ce n’est qu’avec le soutien de l’URSS, de Cuba et du Yémen du sud, que l’Ethiopie de Mengistu a réussi à repousser les rebelles indépendantistes de l’Ogaden et les troupes somaliennes.

Alors commence le déclin de la République Démocratique de Somalie, aboutissant à la chute du dictateur, à la séparation du Somaliland, officialisée en 1992 sous la conduite du SNM et à une interminable guerre civile dans l’ancienne Somalie italienne.

 

S’autorisant du droit international relatif aux frontières héritées de la colonisation, et connaissant une stabilité intérieure que certains voisins, dont Djibouti, lui envient, le Somaliland est toujours à la recherche d’une reconnaissance internationale. Alors que la Somalie, après treize conférences de réconciliation nationale ratées, dont deux organisées à Djibouti, a enfin à sa tête un Président intérimaire réellement représentatif, Abdillahi Youssouf, ex-président du Puntland, désigné à Nairobi dimanche 10 octobre 2004.

Avenir

Du coup, la réunification est vivement espérée par la communauté internationale : il y a un peu plus d’une décennie que les deux Yémen ont choisi cette voie, alors pourquoi pas les deux Somalie ?

Mais il y a encore beaucoup d’obstacles à franchir avant cela, la première étant évidemment que le Somaliland l’accepte.

Nous verrons la semaine prochaine certaines de ces difficultés, à travers une importante étude menée par un Djiboutien, au terme d’un long séjour dans tous les pays de région. A suivre…


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 19 octobre 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

Aucune amélioration de la situation politique du pays n’est perceptible. Les partis politiques comme les syndicats libres, traversent la période la plus sombre de leur histoire. Le parti au pouvoir depuis plus de 25 ans vient de tenir un congrès extraordinaire pour désigner son candidat à la présidentielle de 2005. Ces assises n’avaient d’autres objectifs que la pérennisation d’un régime antidémocratique. Par conséquent, l’Union pour l’Alternance Démocratique réunie en sa séance ordinaire de la rentrée :

Constate que :

1) Conformément aux dispositions légales en vigueur, l’UAD n’a pas manqué de jouer son rôle dans les règles qu’impose toute démocratie ;

2) Pour ce faire, elle a saisi avant et après les élections législatives toutes les instances dirigeantes du pays et en dernier ressort le Président de la République et Chef de gouvernement tant sur l’énorme décalage existant entre la démocratisation affichée et la pratique. Exemples : non remboursement de la caution de 32,5 millions FD déposée lors des législatives du 10 janvier 2003 par les candidats, conformément à la loi relative aux élections, et notre dernier courrier du 21 mai 2004 portant sur les conditions de la démocratisation de la vie politique, resté toujours sans réponse ;

3) La loi sur les élections régionales, votée par l’Assemblée Nationale et promulguée par le Président de la République en 2002, n’est toujours pas entrée en vigueur malgré les nombreuses promesses gouvernementales.

Considère que :

Toute tentative pour le déblocage de ce verrouillage politique par l’ancien parti unique repose sur la réalisation des modalités suivantes :

1) La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement;

2) L’établissement des listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur;

3) La publication de toutes les listes électorales et leur mise à la disposition de tous les partis politiques;

4) La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

5) L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale ;

6) La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-Verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, pour une réelle transparence des élections, chaque parti doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI;

7) L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent représenter les partis en compétition;

8) L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics (radio, TV, journaux, etc.);

9) L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

En conséquence :

– soucieuse de l’intérêt général, l’UAD craint que la non-réalisation de ces modalités fassent que les élections à venir ne soient, comme d’habitude, entachées de fraudes massives et ne puissent aucunement garantir un concours franc et crédible.

– L’UAD demande au Peuple Djiboutien, et à ses militants, de rester vigilants face aux manœuvres du régime.


L’UAD avait écrit

Voici, pour rappel, la lettre que l’UAD avait adressée au Président de la République et à laquelle le communiqué du 19 octobre fait référence.

*

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

A

Monsieur le Président de la République

Chef de Gouvernement, Palais Présidentiel Djibouti

Objet : Conditions pour la Démocratisation de la vie politique.

Djibouti, le 21 mai 2004

Monsieur le Président de la République,

Depuis l’instauration du multipartisme intégral consécutif aux accords de paix définitive du 12 mai 2001, nous n’avons à aucun moment manqué de nous conformer aux dispositions légales en vigueur afin de respecter pleinement les règles qu’impose toute démocratie. Nous nous permettons de vous rappeler que nous vous avions saisi, en votre qualité de Président de la République et Chef de Gouvernement, avant et après les élections législatives, sur l’énorme décalage entre la démocratisation affichée et les dispositions de la loi relatives aux élections. A cet effet, c’est par souci de transparence électorale, que nous vous avions d’ailleurs écrit le 9 novembre 2002, sur l’impérieuse nécessité d’une modification du décret n° 2002/198/PR/MID du 30 septembre de la même année relatif à la composition et au fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante en vous y exposant nos observations et nos propositions afin que ladite commission puisse disposer de toutes les attributions et compétences nécessaires pour bénéficier de l’indispensable indépendance que requiert sa mission, seule garantie pour l’organisation d’élections libres et transparentes.

De l’annonce des résultats du scrutin du 10 janvier 2003 à ce jour, nous avions entrepris et épuisé toutes les démarches légales, pour le remboursement de la caution de 32,5 millions FD déposée au Trésor Public par les 65 candidats de notre liste aux dernières élections. Du Trésorier payeur, en passant par le Ministre de l’Intérieur, du Tribunal Civil et Commercial, du Tribunal du Contentieux Administratif enfin du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, nos doléances sont restées sans réponse. Notre dernière tentative, avec pour objectif le déblocage de la situation politique de notre pays, fut notre entrevue du 24 mars dernier avec votre Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Cette rencontre devait permettre la concrétisation effective, puisque légale, des engagements relatifs à la démocratisation de la vie politique, tant pour les consultations nationales que régionales.

A ce sujet, nous n’avions pas manqué de faire remarquer au Ministre en charge de la Décentralisation, que la loi n° 174/AN/02/4ème L portant décentralisation et statut des régions du 7 juillet 2002 promulguée par vous-mêmes et publiée au journal Officiel du 15 juillet 2002, a été tout simplement violée au regard de son article 5 alinéa 2, lequel stipule :

« dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente loi, un décret précisera un calendrier pour l’installation et la mise en place effective des collectivités régionales élues ainsi que les transferts de compétences qui leur sont dévolus par la loi ».

Par conséquent, cette réunion n’ayant débouché sur aucune conclusion honorable et considérant qu’à défaut d’une issue responsable pour notre pays, nous, Union pour l’Alternance Démocratique regroupant les quatre partis de l’opposition, toujours soucieuse de l’intérêt général, réitérons avant toute consultation électorale nos exigences légales et légitimes pour :

– La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement. Sur ce point, votre Ministre de l’Intérieur avait reconnu en présence des observateurs internationaux lors des dernières législatives que les listes électorales étaient décalées de la réalité du corps électoral national

– L’établissement de ces listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur ;

– La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

– L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale Djibouti ;

– La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-Verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, nous considérons que pour une transparence réelle des élections, chaque liste doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI ;

– L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent désormais représenter les listes en compétition ;

– L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics;

– L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Monsieur le Président de la République, la légitimité du pouvoir, la transparence et la stabilité résident dans la loyale application des points ci-dessus. Dans le cas contraire, nous prenons à témoins l’opinion nationale et internationale sur les dangers que fait courir votre gouvernement à la fragile stabilité que nous avons su préserver jusqu’à ce jour.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de notre haute considération.


Le régime a mauvaise mine

Au terme d’une véritable restauration de la paix, après tout conflit armé, c’est bien au droit de pouvoir fouler leur sol national en toute sécurité que les citoyens aspirent. Or, comme le démontre l’article ci-dessous reproduit, tiré des Nouvelles d’Addis, le régime djiboutien, en laissant encore enfouies des centaines de mines antipersonnel, donc interdites par le droit de la guerre, agit comme si le conflit perdurait. Mettant ainsi dangereusement en péril la vie de paisibles concitoyens des zones rurales, affectées par le conflit ou pas.

*

Djibouti: pas si déminé que ça…

Les autorités djiboutiennes ont déclaré le pays « mine free ». Pourtant, selon les informations recueillies par Les nouvelles d’Addis, Djibouti ne serait « pas si déminé que cela ». Par exemple, une mission d’évaluation du centre Minex, en octobre 2003, à la Douda, a évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce seul secteur. Témoignage d’un spécialiste.

ALBAN GOUBET

Juillet 2004. – Malgré les affirmations des autorités djiboutiennes, qui ont déclaré le territoire de Djibouti exempt de mines (mine free), devant les États partis de la Convention d’Ottawa réunis à Genève en janvier dernier, il semblerait bien que certaines se « baladent » encore dans des sites connus ou inconnus.

Je me suis laissé dire que les démineurs de l’armée nationale djiboutienne, appuyés par la compagnie privée américaine Ronco, découvrent de nouvelles mines chaque mois. Autre exemple, et j’en atteste personnellement (1 ).

L’armée française avait un dépôt de munitions à Ladouda, site qui se trouve à quelques kilomètres du centre-ville de Djibouti. Ce dépôt était protégé par des mines antipersonnel.

Mais des inondations dans les années 80 et 90 ont déplacé ces engins hors du marquage de barbelés encadrant le champ de mines. Cela n’a tué que quelques pauvres bougres et autres chèvres et dromadaires. Pas de quoi fouetter un chat pour les autorités des deux pays.

Sauf que les Américains ont décidé de construire un camp à cet endroit, et qu’ils y ont trouvé des mines dès les premiers coups de pelleteuse.

La France a dépêché une mission d’évaluation du centre Minex de l’ESAG (2), en octobre dernier Ils ont évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce secteur.

Cette pollution pose de nombreux problèmes car les mines utilisées comportent une rondelle métallique de détectabilité amovible, d’où leur nom : Mine APDV59 (Mine Antipersonnel Détectable à Volonté, année de conception 1959). Or, des rondelles seules ont été retrouvées, donc des mines sont désormais indétectables. . . On ignore où en sont les opérations de déminage et de recherche de ces engins devenus indétectables – à moins de marcher dessus. Mais affirmer que Djibouti est le premier pays africain « mine free » paraît un peu précipité.

D’autant que selon d’autres sources, durant la guerre contre le Frud, l’armée djiboutienne aurait également disséminé des engins explosifs dans certaines zones qu’elle serait bien en peine de définir avec précision aujourd’hui. Là encore, des pauvres bougres et leurs troupeaux seront les futurs démineurs du premier pays africain « mine free » – AG

*

(1) Notre correspondant est conseiller technique en matière de lutte antimines.

(2) ESAG . École supérieure d’application du génie.


COMMENTAIRES

L’incompétence ne peut à elle seule expliquer que des zones entières des nos brousses demeurent de vastes champ de mines. La légèreté qui a conduit l’Etat-major djiboutien à ne garder aucune archive précise des lieux où ces mines antipersonnel ont été enterrées semble bien avoir la même motivation qui l’a poussé à autoriser le pillage des biens civils, ou encore à ne pas sanctionner massacres ou exactions à l’encontre des innocents.

C’est celle, irresponsable et contraire à l’unité nationale, qui consiste à ne pas considérer ces populations, leurs biens et leurs zones d’habitat comme partie intégrante de la République de Djibouti.

Par ailleurs, le rapport 2003 du Landmine Monitor nous apprend que  » l’échéance fixée par le Traité pour que Djibouti ait terminé la destruction de ses stocks était le 1er mars 2003. A la réunion du Comité Permanent du 6 février 2003, le représentant de Djibouti a pour la première fois fait rapport sur le plan de destruction des stocks de son pays. Il a indiqué que la destruction avait été planifiée initialement pour le début de 2003, mais qu’elle avait été différée à cause de la campagne électorale ». Surtout qu’elle a été spoliée de sa victoire, l’UAD aurait certainement accepté un report des élections si cela pouvait assurer la consolidation de la paix civile.

Devant un tel constat, de mise en danger de la vie d’autrui, un tel régime aurait normalement été puni par n’importe quel tribunal. Sauf que, en la circonstance, c’est uniquement au Peuple Djiboutien de s’ériger en tribunal populaire !

La Rédaction.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 108 du mercredi 13 octobre 2004

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Réalité numéro 108 du mercredi 13 octobre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La Somalie sur la bonne voie ?
  4. Lu pour vous
  5. Hommage
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 108

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


ÉDITORIAL

LE TEMPS EST VENU…

D’EN FINIR AVEC LA « PAONDEMIE » !

Comme la montagne accouche parfois d’une souris, surtout quand il s’agit de médiatiser le blabla officiel d’un régime fondé sur l’usurpation, le fameux discours du candidat officiel, donc vainqueur programmé d’une fraude institutionnalisée, aura tenu toutes ses promesses d’inconsistance, de démagogie et de mégalomanie. Difficile dans ces conditions d’accepter la monnaie de singe fournie en guise d’excuse par l’organe de presse gouvernemental La Nation dans ses lignes commises d’office : ce discours aurait été prononcé « sous le coup de l’émotion », l’encre tachée du journal faisant foi. Pour le reste, cette vacuité n’étonne personne.

Tout d’abord, la précipitation avec laquelle s’est tenu ce rassemblement anti-populaire, est diversement analysée selon la proximité que l’on croit détenir par rapport au pouvoir en place. Pour les tenants du régime, voulant battre le fer tant qu’il est chaud, ce serait pour profiter des présumées faiblesses d’une « opposition au faite de son désarroi » : le malheur des uns faisant certes le bonheur des autres, il n’en demeure pas moins vrai que, personnifier n’étant pas personnaliser, une perte aussi inestimable soit-elle n’entame en rien la détermination d’un véritable démocrate, bien au contraire ! C’est peut-être pour cela, qu’Allah faisant toujours bien les choses, certaines mains n’ont pas été serrées à l’occasion d’une cérémonie funéraire : l’hypocrisie doit avoir des limites.

Pour le citoyen ordinaire, priant nuit et jour afin que disparaisse ce régime et avec lui le premier responsable de cette catastrophe nationale, cette précipitation serait surtout due à la crainte qu’une certaine affaire pendante devant la justice française, et mettant en cause les sommets de l’État djiboutien, ne vienne à définitivement saper l’illusoire cohésion du groupuscule au pouvoir. Même si ce n’est pas aussi clinquant que les diamants de Bokassa, ni aussi sanguinolent que l’anthropophagie du feu dictateur de l’empire centrafricain, il fait aujourd’hui mal vivre dans l’Hexagone de côtoyer des assassins présumés. Donc, pour toute l’opposition démocratique, le dernier congrès du parti au pouvoir est un non-événement : une tempête dans un verre d’eau !

Cela dit, il convient de comprendre, par-delà les contraintes internes et externes sans aucune réalité sur les véritables enjeux nationaux, pesant sur tel candidat à sa propre succession, et sur sa cour d’obligés par conséquent, le ressort ultime de toute cette gesticulation qui n’a pas fini de faire couler toute l’encre officielle et déclencher toutes les salives hargneuses, partisanes et sectaires. Ajouté à la mise en scène d’un entraînement de la Garde présidentielle aux dernières techniques de combat (urbain ?), grâce à la généreuse coopération des forces françaises stationnées à Djibouti, ce positionnement sur une scène électorale frauduleuse, par définition comédie dans un pays où tant de citoyens cherchent encore désespérément de pièces d’identité nationale et quand tant d’autres se voient dépossédés de leur carte d’électeur, n’appelle pour le moment aucune réaction officielle de notre part.

Car le fin mot de ce brouhaha médiatique est tout simplement d’occuper un terrain d’avance miné : entre des forces de défense et de sécurité partisanes, une administration terrorisée qu’aucune centrale syndicale libre et indépendante ne peut défendre, et un Conseil constitutionnel d’un ridicule caricatural, le prétentieux d’un régime lui appartenant corps et âme peut facilement jouer au paon : le vernis tolérant et démocratique du pouvoir en place ( que peut légitimement laisser croire le seul fait de lire ces quelques lignes) cède lentement place à sa véritable nature intolérante et oppressive. Pour qui ne le savait pas déjà ! Quand tant de crimes d’État restent encore impunis, il est bien évident que l’instauration d’un État de droit en République de Djibouti passe inévitablement par la chute de ce régime : aucun compromis n’est donc possible. En attendant, le théâtre officiel, aux frais du contribuable, continuera de déployer son faste indécent. Plus pour longtemps !


BRÈVES NATIONALES

Les droits de la femme version RPP :

Au mépris des parturientes

« Le temps est venu d’assurer à la femme djiboutienne la place et le rôle prépondérants qui sont les siens dans la communauté nationale, en l’arrachant au doute, à la violence, à la moralité, à la marginalisation et à l’exclusion, afin de s’appuyer sur elles pour édifier les chemins de l’avenir. »

Ce court extrait du pompeux discours prononcé par le chef de l’État à l’occasion de sa « désignation » comme candidat lors du folklorique congrès du parti au pouvoir, tentant abusivement de faire croire que le gente féminine djiboutienne serait respectée sous nos cieux officiels. La réalité quotidiennement vécue par ces femmes dément catégoriquement cette propagande d’État.

Pendant que l’illustre candidat autoproclamé discourait du haut d’une tribune à sa cause acquise, sur la promotion des droits de la femme sous son gouvernement, l’actualité récente d’une situation vécue dans une zone rurale de Tadjourah démentait ses prétentions progressistes.

Ainsi, il y a quelques jours de cela, une parturiente, donc sur le point d’accoucher, dans le secteur de Garrassou, petit village de montagne à l’est de Randa, et dangereusement affaiblie, par une grossesse difficile, y a failli faire les frais de la mauvaise gouvernance assassine. La parturiente étant sur le point de mettre au monde, ses proches se sont rendus à Tadjourah afin de solliciter du dispensaire local une ambulance pour l’évacuer autrement qu’à dos de chameau.

Quelle ne fut leur surprise et leur déception quand les autorités médicales de ce district leur répondirent que ladite ambulance ne se déplacerait pour cette évacuation sanitaire que si et seulement si les demandeurs s’acquittaient des frais de carburant et consentaient également à financer l’achat de deux pneus neufs pour le véhicule. Avant, on ne demandait que l’argent pour le gasoil, plus l’achat du khat pour les ambulanciers !

Choquée, la famille de la parturiente en difficulté a préféré louer un véhicule privé. Arrivé sur les lieux, la dame avait tout de même réussi à accoucher, dans des conditions que chacun imagine délicates ; mais, étant miraculeusement en vie malgré de graves problèmes de santé.

Deux jours plus tard, elle fut évacuée sur un brancard de fortune jusqu’au campement d’Am’isso, situé en bordure de la piste Tadjourah-Randa, d’où elle a finalement été transportée vers le dispensaire de Tadjourah, s’y remettant péniblement de son calvaire. Dans un pays où un hélicoptère d’État est mobilisé pour le transport de khat en zone rurale au prétexte d’une sensibilisation partisane au profit du parti au pouvoir, ce énième mépris sonne comme une terrible négation au droit à la vie.

Où est donc le sens de responsabilité affiché par le candidat officiel du parti au pouvoir, prêt à rempiler pour parachever la destruction du pays ?

Tourisme politique au Day :

le khat ne nourrit pas !

Le parti au pouvoir, en campagne prématurée, n’en saisit pas la mesure : pour la population du village du Day, le pic de pollution politique a atteint le sommet du pic Deloncle. On se souvient que, dans cette région particulièrement affectée par le conflit, les électeurs avaient massivement sanctionné l’UMP et son chef de file lors des législatives de janvier 2003. Depuis cette date, pas une semaine ne passe sans que les missi dominici présidentiels n’y déversent leurs sempiternels lots de mensonges et autres ballots de khat.

Ainsi, on raconte ces derniers temps qu’un dignitaire zélé, au demeurant directeur d’un établissement public vache à lait patenté du régime, chercherait moyennant une généreuse distribution de khat, à amadouer les populations victimes du chômage pour cause de développement non durable, de l’insécurité perpétrée par la garde présidentielle affectée au khat présidentiel et de la précarité généralisée à l’échelle nationale.

Ce haut fonctionnaire en campagne pour quoi de droit pousserait même le culot jusqu’à recueillir les doléances de la population pour, paraît-il, les fidèlement et directement transmettre au grand chef. Comme si les visites du docteur honoris causa dans le coin n’avaient servi à rien : prétentieux !

Rappelons que l’illustre gentleman-farmer propriétaire du ranch agropastoral sis sur les lieux, est actuellement en train de bâtir dans ce village une « modeste » (comme dirait un journaliste alimentaire de Jeune Afrique/L’Intelligent) résidence secondaire dont le chantier est sévèrement gardé par des éléments de la fameuse garde présidentielle.

Par ailleurs, les usagers de la piste Randa-Day, impraticable sur un tronçon de quatre kilomètres depuis août 2003, remarquent avec amertume que les engins des Travaux Publics affectés à l’aménagement de la propriété présidentielle du Day sont ceux-là mêmes qui manquent cruellement à la réhabilitation de cette piste.

La coupure de cet axe routier les obligeant à un détour de plus de 80 kilomètres pour relier les deux localités. Quelle meilleure preuve du mépris présidentiel pour les difficiles conditions des populations rurales ! Unique pitance uniquement servie par ce régime alimentaire : le khat et le bakchich.

Enclavement médiatique :

Obock ne connaît pas « Le Progrès »

La vérité sort de la bouche des enfants : sommé de dire son mot, un militant RPP de la ville d’Obock convoqué au récent congrès du parti présidentiel, a résumé à sa façon le terrible enclavement imposé à sa région.

« C’est curieux, s’est-il demandé, nous sommes tellement isolés à Obock que les journaux gouvernementaux, La Nation et Le Progrès, ne nous parviennent pas, alors que Réalité, hebdomadaire de l’opposition, est disponible chaque semaine dans notre ville ».

Preuve que notre journal s’intéresse aux pénibles conditions de vie des populations isolées de tous les districts de l’Intérieur, contrairement aux médias de propagande du régime. Pour nous, Obock veut dire quelque chose, pas pour les pilleurs du régime ! Être RPP, quel calvaire pour la conscience.

Belgique et réfugiés djiboutiens :

Le régime fait fuir…

Désireux de comprendre le pourquoi de l’afflux aussi massif de réfugiés djiboutiens sur son territoire, le royaume de Belgique a envoyé la semaine dernière une de ses fonctionnaires aux fins de saisir en République de Djibouti ce qui peut bien pousser ses ressortissants à fuir leur pays. Dans le cadre de cette mission , Mme Katelinje Hermans, a séjourné quelques jours dans notre Capitale, soucieuse de recueillir les avis de tous les horizons : régime, opposition et société civile.

A ce titre, elle a tout d’abord pris contact avec des défenseurs des droits de l’homme dans le pays. Ensuite, elle a rencontré des responsables syndicaux licenciés en 1995 pour fait de grève, donc potentiellement candidats à l’exil, mais résistants de l’intérieur fidèles à leur engagement.

Sur ce, elle aurait reçu la visite impromptue des sbires de la police politique cherchant à la dissuader de prendre contact avec ces indésirables patentés.

Ayant eu carrément peur pour sa vie, parce que ne s’attendant pas à un tel comité d’accueil, elle a préféré décommander tous ses rendez-vous ultérieurs avec des représentants de l’opposition, dont elle a néanmoins rencontré un dirigeant du MRD.

Le régime ayant lui-même démontré sa nature totalitaire, une question se pose alors : est-il préférable pour l’opposition démocratique que ces forces vives exilées rentrent au pays pour lutter sur place contre un pouvoir qu’ils ont fui ? Certainement, même si le risque est réel de les voir subir une oppression à huis-clos dont la dénonciation n’aurait forcément pas la même valeur dans les rues de notre Capitale que si elle perturbait la quiétude bruxelloise. A chacun d’y répondre en son âme et conscience.

Bien sûr, la question ne se pose pas pour les familles de certains dignitaires cherchant dans l’exil doré une tranquillité qu’ils ne semblent pas prédire pour notre pays. La confiance règne.

Rwanda-Djibouti :

Une triste constance

On se souvient qu’il y a quelques mois, la Présidence djiboutienne, furieuse des derniers rebondissements de l’affaire Borrel, s’était fendue d’un communiqué virulent contre la France. L’accusation sans nuance la rendait responsable du génocide rwandais. Certes, la France, dans le cadre d’un accord de coopération militaire avec le régime tribaliste de Kigali, équipait et entraînait les forces régulières dévouées à la cause de Juvénal Habyarimana. Mais un régime sectaire préfère voir ce qui se passe loin de chez lui et occulter les scandales au fondement de sa pérennité.

Bis repetitas : le journal gouvernemental La Nation nous apprend que, dans un contexte de raidissement du régime, les forces françaises stationnées à Djibouti ont assuré l’entraînement des éléments de la garde présidentielle.

Or, ne serait-ce que par sa composition, ce n’est un secret pour personne que ladite garde présidentielle a toutes les caractéristiques d’une vulgaire milice tribale, pratiquement une force paramilitaire exclusivement chargée de la protection du chef de l’État, comme si la Police et l’AND n’inspiraient plus confiance en haut lieu.

Même si, là encore, la formation fournie par l’ancienne puissance coloniale s’inscrit dans le cadre des accords de coopération militaire, et considérant les risques d’instabilité que ce régime de division fait courir au pays, il n’en demeure pas moins vrai que ce soutien n’améliorera en rien l’image de marque de la France auprès de nos concitoyens.


LA SOMALIE

SUR LA BONNE VOIE ?

Le nouveau Président aura du pain sur la planche

Le colonel Abdillahi Youssouf, jusque là président du Puntland, est sorti vainqueur du scrutin présidentiel organisé dimanche dernier à Nairobi, face à 26 autres candidats, dont Abdilkassim Salat Hassan, poulain du pouvoir djiboutien et éliminé dès le premier tour. L’élection du nouvel homme fort somalien suscite un immense espoir dans le monde, les avis sont partagés dans la région.

La conférence de réconciliation somalienne, ouverte au Kenya il y a deux ans sous l’égide de l’IGAD semble avoir porté ses fruits. Les 275 députés du Parlement de transition ont désigné, à une large majorité, le colonel Abdillahi Youssouf, président de la région autonome du Puntland, comme le nouveau Président intérimaire de la Somalie.

Abdillahi Youssouf est loin d’être un inconnu dans la région. Dès 1978, il s’est opposé à Siad Barré en créant à partir de l’Éthiopie un mouvement armé connu sous le sigle SSDF (Front Démocratique du Salut Somalien).

A la chute du dictateur en 1991, il regagne son pays, mais n’arrive pas à s’imposer à la tête de la Somalie. Il restera jusqu’en 1997 un des chefs de guerre membre du Conseil National Somalien (NSC).

En 1998, il se replie sur sa zone d’influence traditionnelle et devient ainsi le président de la région autonome du Puntland. Homme à poigne, ce militaire de carrière dirige alors cette zone d’une main de fer et refuse d’y organiser des élections. Chassé du pouvoir en 2002, il n’hésite pas à le reprendre de force quelques mois plus tard, certes avec le concours de l’Éthiopie dont il reste un fidèle allié.

En 2001, comme plusieurs autres chefs de guerre renommés, il boude souverainement le processus de réconciliation intersomalien organisé à Arta sous l’égide du chef de l’État djiboutien. L’élection du nouveau Président de la Somalie, aujourd’hui âgé de 70 ans, semble rassurer la communauté internationale désireuse de durablement pacifier ce pays.

Le Secrétaire Général des Nations-Unies, M. Kofi Annan a d’ailleurs fait une déclaration dans laquelle il estime que cette élection constitue « une nouvelle étape importante vers le rétablissement de la paix et de stabilité en Somalie, et il attend la formation, dans un proche avenir, d’un gouvernement fédéral de transition capable d’entamer le processus de réconciliation et de reconstruction dans un esprit de consensus et de dialogue ».

Cette étape sur la voie de la reconstruction d’un État somalien unitaire, donc plus à même de neutraliser certains groupuscules rassure également la coalition engagée dans la lutte contre le terrorisme, qui suspecte Al Qaïda d’avoir des bases dans la sous-région. Hantise également d’un gouvernement éthiopien qui a maille à partir avec des mouvements séparatistes pouvant utiliser une Somalie anarchique comme base arrière. Mais ce choix est cependant loin de faire l’unanimité dans la corne de l’Afrique.

Le Somaliland tout d’abord, dont l’homme fut un voisin difficile en tant que président du Puntland, considère avec méfiance la montée en puissance d’un leader qui avait des visées territoriales affichées sur les provinces somalilandaises de Sool et Sanag, ainsi que sur la ville de Las Anod. D’ailleurs, dans son premier discours en sa qualité de Président fraîchement désigné, M. Abdillahi Youssouf aurait promis qu’il oeuvrerait à la restauration de l’intégrité territoriale de l’État anciennement connu sous l’appellation de République Démocratique de Somalie, ce qui implique bien évidemment à ses yeux le retour du Somaliland dans le giron de Mogadiscio.

C’est pourquoi, aussitôt les résultats proclamés, le gouvernement du Somaliland a tenu une réunion extraordinaire à l’issue de laquelle une déclaration officielle a été rendue publique par son ministère de l’Information.

Dans ce document, le Somaliland, fort d’une Constitution ratifiée par 97% de sa population, n’entend pas renouer avec un passé unitaire dont les stigmates d’une guerre civile sont encore vivaces.

Des tensions sont donc malheureusement à craindre à ce niveau entre les deux voisins, celui qui n’est pas reconnu sur la scène internationale étant de surcroît affaibli par le retour programmé de l’administration centrale somalienne dans le Puntland jusque-là plus ou moins autonome. A ce chapitre enfin, il sera intéressant de suivre la position du plus grand voisin, l’Ethiopie, qui entretient de bonnes relations avec les deux entités.

Car, avant même les Somaliens qui attendent des actes concrets du nouvel homme fort, cette élection a concrétisé la suprématie de la diplomatie éthiopienne dans la région, au grand dam des autorités djiboutiennes.

Celles-ci ne portent pas dans leur cœur le tombeur de leur protégé, Abdilkassim Salat, choisi à Arta en 2000 et digèrent difficilement la retentissante faillite du processus jadis imaginé par le « visionnaire national ».

C’est donc une certaine diplomatie djiboutienne, prétentieuse sans en avoir les moyens, projetant le plus souvent sur la scène régionale de sombres calculs de domination interne, qui est clairement sanctionnée.

Pour les affairistes du pouvoir djiboutien, c’est la fin d’un lobby militaro-commercial qu’ils cherchaient à établir à Mogadiscio, pour pouvoir profiter de la manne financière qu’une communauté internationale désireuse de participer à la reconstruction de la Somalie, était censée déverser.

Mais le plus grand chantier qui attend Abdillahi Youssouf se situe au plan intérieur. La pacification complète du pays requiert de moyens financiers colossaux.

Le désarmement de toutes les milices armées sera une tâche particulièrement ardue et il n’est pas acquis que les chefs de guerre s’assagissent si leurs appétits de pouvoir ne sont pas satisfaits comme ils y sont jusqu’à présent habitués.

Dans un pays où tout a été détruit, la mise en place d’une administration centrale ne sera pas chose facile. La lutte contre le tribalisme et l’esprit de clan est indéniablement un important défi que devra relever, pour inscrire sa fonction dans la durée, cet ancien officier de l’armée somalienne formé en Europe.

Rappelons qu’au cours du long conflit civil qu’a connu la Somalie tout a pratiquement été détruit et le nouveau pouvoir sera contraint de repartir de zéro. Ainsi, depuis 1991 des centaines de milliers de somaliens sont morts de violence, de famine et de maladies tandis que plusieurs dizaines de milliers ont pris le chemin de l’exil. L’élite nationale a massivement émigré en Europe, en Amérique et dans les pays arabes et africains. Il n’est donc pas certain que les forces vives retournent dans leur patrie avant bien longtemps. Pourtant ce pays est potentiellement riche. L’agriculture et la pêche constituent ses atouts majeurs avec l’élevage.

Du fait du conflit les Somaliens sont devenus une des populations les plus pauvres de la planète vivant avec un revenu national par habitant estimé à 110 dollars par an. En raison du chaos aucune donnée statistique fiable n’est disponible faute d’administration centrale.

Pour réussir dans sa mission de reconstruction nationale, le nouveau Président devra impérativement convaincre ses compatriotes qu’il est bien l’homme de la situation, capable d’œuvrer dans le sens d’un intérêt général qui a si dramatiquement fait défaut au Peuple somalien depuis si longtemps.

De ce contrat de confiance dépend essentiellement la suite des événements, afin que l’espoir suscité par cette élection ne soit pas déçu. C’est, en tout cas, le sentiment majoritairement partagé à Mogadiscio.

Et c’est une fois cette paix intérieure acquise, qu’il sera temps, si toutes les parties en décident ainsi, de rechercher les voies et moyens de parvenir à la réunification de la Somalie et du Somaliland. Car, à y bien réfléchir, seuls des ennemis de la Nation somalienne peuvent espérer qu’elle reste durablement divisée. Ce n’est pas notre position.

Mais du temps est nécessaire pour parvenir à la paix des cœurs et des esprits qu’impliquent de telles retrouvailles. C’est ce que nous leur souhaitons de tout cœur.


BON RAMADAN

A l’occasion du mois béni du Ramadan, l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs meilleurs vœux à tous leurs concitoyens et aux musulmans du monde entier. Elles leur souhaitent de passer ce mois béni dans les meilleures conditions matérielles et spirituelles.


LU POUR VOUS

VU DE DOS

Avec la campagne qui s’ouvre, le citoyen courtisé pour la circonstance subira les assauts déchaînés d’une presse gouvernementale à laquelle s’adjoindront certainement d’éphémères publications ad hoc. La modestie ne sera pas la première caractéristique de ce déluge programmé : seul pharaon aura peut-être fait plus grand dans le culte de sa personne. A titre prophylactique, nous proposons cette semaine un autre regard sur le candidat de son propre pouvoir. Paru sur le site des Nouvelles d’Addis en décembre de l’année dernière, ce texte restitue « l’Homme » (comme aimait à se qualifier feu Causescu avant de finir dans les poubelles de l’Histoire) dans l’héritage de son oncle, dont il fut la tristement célèbre main de fer, et dans un contexte régional dont il n’a pas contribué à apaiser les convulsions. A l’heure donc de l’ouverture tambour battant d’une campagne qui est synonyme de perte de temps pour nos concitoyens, et au moment où la Somalie de Mogadiscio a désigné son Président intérimaire, ce portrait vaut le détour.

Géopolitique / Djibouti

Géopolitique de la corne d’Afrique : Le pouvoir d’Ismaël Omar Guelleh
« Au lieu de voir les Djiboutiens vivre en harmonie, aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs voisins, axe sur lequel la corne de l’Afrique évolue, le Président Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un statu quo complètement dépassé et anachronique. »

ABDOURAHMAN YASSIN

9 décembre 2003. – Le président de la république de Djibouti, M. Guelleh, est un homme empêtré dans la solitude du pouvoir, pour lequel il ne dispose pas de beaucoup de chances.

Le contexte dans lequel M. Guelleh a pu accéder au pouvoir est « infériorisé » par rapport à celui qu’a connu son prédécesseur M. Hassan Gouled. Plusieurs raisons fragilisent celui-ci par rapport à son tuteur.

Malgré la vision de grandeur que son «père » n’avait pas, M. Guelleh, avec l’habilité tactique et manœuvrière dont il dispose, reste un homme malchanceux. D’abord, il hérite d’une situation quasi chaotique où, sur le plan socio-économique, tout marche mal : forte récession, arriérés de salaires des fonctionnaires, administration en décadence totale, etc.

Ensuite, son règne coïncide avec le moment où une relative prospérité géopolitique dont Djibouti a pu bénéficier jusqu’ici vient de se tarir. La dualité entre ses deux grands voisins, la Somalie et l’Éthiopie, sur laquelle a tablé Djibouti depuis sa création, n’a plus raison d’être avec la disparition de l’État somalien.

Aujourd’hui, seule reste sur l’échiquier régional une Éthiopie démocratisée et moderne (comparée à Djibouti), face à laquelle le petit pays se trouve complètement démuni.

Devant les pressions de l’Éthiopie comme de la Somalie, M. Gouled avait la possibilité de recourir à l’un pour neutraliser les ambitions de l’autre. Ceci lui conférait une position suffisamment confortable, avec l’assurance d’une certaine marge de manœuvre.

Position tellement confortable que ça le conduisit, à deux reprises, à initier des missions de bons offices entres les deux belligérants, en 1986 et 1988.

La formule de la grenouille se faisant passer pour aussi grosse que le bœuf a bien marché ; au point d’aboutir à la création d’une organisation de regroupement régional (Igad), ayant pour siège Djibouti !

Au lendemain de la guerre de l’Ogaden où les deux régimes sortent affaiblis et meurtris, M. Guelleh, agissant sous l’ombre de Gouled, tisse avec ces derniers des accords secrets, dans lesquels Siyad Barré et Menguistu concèdent chacun une portion de leur territoire respectif : la partie septentrionale de la Somalie et l’Est éthiopien passent de facto, pour raisons de sécurité, sous protectorat Djiboutien.

Enfin, dans ce contexte, le premier dirigeant djiboutien a pu naviguer calmement en eaux troubles tout en bénéficiant des mannes financières aussi bien des pays du Golfe que de l’Occident, attachés qu’ils étaient tous à pérenniser un petit pays convoité de tous côtés.

Cette conjoncture, relativement favorable, a permis à Gouled d’usurper le pouvoir et toute la puissance publique, au profit d’un seul groupement clanique parmi les composantes nationales du pays, auparavant unies dans la lutte pour l’indépendance.

Sur le plan économique, certes la mise à disposition du pays, sous le contrôle des forces militaires internationales coalisées, après le 11 septembre, rapporte quelques bouffées d’oxygène au régime de Guelleh ; mais ça ne change fondamentalement pas la donne socio-économique.

Actuellement, avec la disparition de l’État somalien, est rompu l’équilibre qui faisait contrepoids à l’Éthiopie : le Président Guelleh se trouve devant la suprématie « éthiopienne » désirant naturellement remodeler la région en fonction de ses besoins stratégiques, bien qu’il dispose de beaucoup d’affinités biographiques et culturelles avec ce pays.

N’est-il pas né et n’a-t-il pas étudié à Diré-Daoua? M. Guelleh reste désarmé face à ce qu’il appelle le diktat éthiopien, destiné à le mettre dans une position de pure vassalité.

Conscient de ce danger le président djiboutien fait tout afin de rétablir l’équilibre régional et pourquoi pas, à terme, le contexte de belligérance. Rompu en essayant, vaille que vaille, de remodeler un État somalien disloqué et difficile à trouver ; ou bien, s’il le faut, prêt à s’allier avec « le diable», entre autres par la recherche d’une alliance auprès de l’Érythrée, devenu l’ennemi numéro un de l’Éthiopie.

Se prémunir contre une Éthiopie, à ses yeux hégémonique, devient la principale préoccupation de sa politique.

Ceci explique sa démarche, à peine élu : s’atteler à la tenue d’une conférence de réconciliation somalienne, assez coûteuse et conduire du même coup une politique d’hostilité déclarée vis-à-vis du Somaliland, pourtant situé à la porte de son domicile.

Avec la débâcle d’Abdoulkassim Hassan et de son « gouvernement », sortis tous deux des mains magiques de M. Guelleh, celui-ci persiste et signe ! Et va jusqu’à s’en prendre au Kenya, dernier pays organisateur des pseudos conférences somaliennes.

C’est à se demander, si cela ne constitue pas une véritable obsession ? Non !, loin de là. M. Guelleh est toujours en symbiose avec lui-même, fidèle à la poursuite d’une même politique : celle de voir pérenniser une domination clanique, devenue par la suite tribale, au détriment de l’émergence d’une véritable identité nationale djiboutienne.

Or, la perte du fameux équilibre régional, avec dislocation de la Somalie et l’émergence à sa place une nouvelle entité, le Somaliland, pourtant inoffensif et non reconnu internationalement, constitue pour M. Guelleh un danger qui met en cause les « acquis ».

Certes, le Somaliland n’est pas particulièrement hostile au régime de Djibouti, mais celui-ci lui prête une intention de vouloir, à terme, du fait de son influence grandissante, donner un « coup de main » à plusieurs composantes nationales dont on a usurpé la place sur l’échiquier politique local.

Au lieu de voir les Djiboutiens vivre en harmonie, aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs voisins, axe sur lequel la corne de l’Afrique évolue, le Président Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un statu quo complètement dépassé et anachronique.

Son hostilité épidermique envers l’Éthiopie, et plus encore à l’égard du Somaliland avec lequel pourtant les citoyens djiboutiens partagent beaucoup de biens, s’explique aisément : cette nouvelle république risque à terme de bouleverser l’équilibre des forces politico-ethniques établies et héritées du processus de décolonisation.

Le Président Guelleh ne voudrait en aucun cas se faire passer, aux yeux de son prédécesseur toujours à l’affût et devant l’histoire, comme un fossoyeur de la suprématie clanique sur Djibouti.

Sur ce point, rendons hommage à monsieur Guelleh dans sa tentative de vouloir perpétrer l’héritage.

S’il s’en sort à merveille, du moins reste-t-il vulnérable dans la mesure où il navigue à contre-courant. – AY


HOMMAGE

L’HOMME ENGAGÉ S’EST ÉTEINT

MAIS LA LUTTE DEMEURE

Par souci de ne pas donner l’impression de vivre dans le passé, nous avions décidé de ne plus publier aucun hommage. Mais ce courrier de lecteur, qu’il nous a fallu traduire de l’arabe, nous a interpellé, par respect pour le militantisme de ses rédacteurs.

Une maxime anglo-saxonne nous éclaire par ces mots « Il ne faut pas échanger ton honneur contre la fortune, ni ta liberté pour le pouvoir ». L’engagé d’envergure, le regretté Ahmed Dini Ahmed, a fait sienne cette maxime comme sa devise, sa version et son point de repère. Depuis sa prime jeunesse datant d’une soixantaine d’années, il s’est donné comme principe clair en faisant don de sa vie à son pays, à ses compagnons, à sa nation. Cette vision l’a poussé pour lutter un jour pour l’indépendance de notre pays. Nous savons que sans la volonté d’Allah et sans sa farouche détermination, celle-ci aurait été repoussée aux calendes grecques ou irréalisable à jamais. Le peuple djiboutien, sans distinction aucune, reconnaissent que ses compagnons de lutte d’antan étaient eux aussi élancés dans les quatre coins du monde pour y porter notre désir d’indépendance. Cette passion l’empêchait de connaître le sommeil des gens ordinaires. Cela mérite de vivre pour sa patrie alors que d’autres excellaient, sans irruption jusqu’à cette date, dans l’art de s’enrichir à l’encontre de leur pays.

Qu’il est paradoxal, que le fossé est profond entre celui qui profite de son pays et l’homme qui meurt jusqu’à son dernier souffle pour sortir son pays du joug colonial. L’homme intelligent et l’homme de la rue reconnaissent ensemble que le citoyen et son pays ne peuvent être que les deux faces d’une même pièce. C’est pour le bien-être de chaque citoyen djiboutien, quelle que soit sa tribu, que le regretté Dini a passé des nuits difficiles en prison. C’est pour le même intérêt de ce citoyen qu’il a été emprisonné dans les geôles de sa ville natale à Obock après l’indépendance. C’est aussi pour le souci de ce citoyen opprimé qu’il rejoint la rébellion, c’est toujours dans la détermination de tirer ce citoyen de la souffrance qu’il était amené à vivre loin de sa famille dans l’exil. Soulager ce citoyen de la souffrance a été l’unique raison qui a motivé son retour au bercail et sa signature de l’Accord-cadre.

C’est pour cette même cause qu’il a proclamé solennellement à toute la nation que la partie gouvernementale n’a pas respecté ses engagements. Cet amour du citoyen l’a poussé à créer un parti accepté dans un court laps de temps, par des grandes personnalités et aussi toute la foule djiboutienne sans distinctions tribales ni régionales. L’intérêt de ce même citoyen l’a amené, en accord avec d’autres, à fusionner toutes les aspirations d’une sorte de confédération en une alliance puissante qui a remporté avec éclat la victoire confisquée lors des dernières élections législatives. C’est aussi, pour le souci de ce citoyen que cet homme sublime dans ses aspirations, sublime dans sa foi, dans ses valeurs, dans sa vie et sa mort, sublime auprès des siens et envers ses ennemis. C’est de cette façon qu’il a préféré mener sa vie au nom du citoyen quels que soient les obstacles et quel que soit le prix à payer.

Il croyait sans relâche à la Liberté. C’est pour cette raison qu’il a offert son honneur lorsque certains hommes s’échangeaient à bas prix au marché de la foire, sous la criée des vendeurs d’hommes au vu et su de toute la nation. Cette vente à la foire n’a épargné qu’une poignée d’hommes avec à leurs têtes Ahmed Dini. Celui-là même qui avait épousé à jamais cette maxime citée en première ligne « il ne faut pas échanger ton honneur contre la fortune, et ta liberté contre le pouvoir». Il est donc de notre devoir à nous autres, après sa disparition, de proclamer haut et fort qu’il a été un martyr dans un monde de courtisans sans scrupules et qu’il était un martyr dans un monde où l’honneur s’échange contre le pouvoir. Le peuple djiboutien, dans sa conscience collective retiendra profondément en lui ses qualités pour la transmettre aux générations futures afin qu’elles sachent dans le futur que cette nation a eu des hommes illustres.

Mais la haine qui anime ce système d’oppression a refusé de déclarer le jour de son décès un jour de Deuil National. Qu’allait-il lui coûter de placer en berne le drapeau pour trois jours ? Ont-ils oublié qu’il a été le premier homme a proclamé par sa voix l’Indépendance ? Ils ont préféré oublier que l’indépendance a été le fruit de sa lutte. Que diront les générations futures en lisant le passé de cet homme, quand ils sauront qu’il a été le fondement de cette indépendance et que ces hommes au pouvoir ne lui ont pas rendu justice le jour de sa mort ?

Il était un homme dynamique, un homme d’action dans ce temps où la rareté des hommes politiques de cette envergure est criante. Le peuple djiboutien croit fermement qu’il faisait partie des martyrs qui meurent pour le bien-être de ses concitoyens. Ils sont convaincus qu’il sera l’éternel vivant dans la conscience de chaque citoyen, dans l’esprit des générations futures et dans chaque maison. C’est aussi une science pour toute génération, c’est une éducation pour une lutte sans relâche. C’est un mouvement vers l’avant et sans recul. Il y a des morts-vivants sur terre, alors qu’il est vivant dans sa tombe tant qu’il existera sur terre un opprimé et un oppresseur, un peuple sous un dictateur, un droit confisqué et un ayant-droit exigeant. Et nous suivrons sa voie et la lutte continuera !

Des militants sincères et convaincus.

* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 107 du mercredi 6 octobre 2004

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Réalité numéro 107 du mercredi 6 octobre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Jeune Afrique/L’Inintelligent
  4. Mises au point
  5. Une Éducation à deux vitesses
  6. Syndicalisme : Djibouti encore condamné
  7. Lu pour vous
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 108

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UNE ALERTE A LA BOMBE :

ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS

Une simple photo de la BCI-MR (sous la rubrique l’œil d’Abou, sous-titrée 30 septembre 2004 : pour la BCI, ce fut le jour le plus long) : c’est tout ce que le journal gouvernemental La Nation, du lundi 4 octobre 2004, a daigné proposer à ses lecteurs en guise de couverture d’un événement qui, c’est le moins qu’on puisse dire, sortait pourtant de l’ordinaire. Pensez donc, en ce jeudi 30 septembre 2004 au matin, notre pays a connu la première alerte à la bombe de son histoire : l’inédit aurait mérité plus ample information. A défaut d’expliquer, contentons-nous de commenter.

Les faits d’abord. Vers 9h 30, le standard de la BCI reçoit un appel téléphonique anonyme prévenant que des bombes, sur le point d’exploser, auraient été déposées dans ses locaux. Tous les employés des commerces situés alentour, y compris les siens, sont évacués par leurs directions et tout ce beau monde se regroupe sur la place Lagarde. Plus de trente minutes après, les premiers éléments de la Police arrivent, ensuite appuyés par les forces françaises, et sécurisent le périmètre, avant d’entamer la procédure de déminage.

Mais, curieusement, aucune ambulance n’est visible, ni d’ailleurs aucun véhicule des pompiers : mettre ces graves lacunes constatées, sur le seul compte de la mauvaise gouvernance, serait faire injure à toutes les bonnes volontés, sincèrement courageuses, ce jour-là mobilisées.

Car, la présence aussi folklorique qu’incongrue du Procureur de la République sur les lieux (alors qu’attendu sous d’autres cieux dans le cadre d’un procès à propos duquel La Nation lui a offert une pleine page avant-hier), ajoutée à l’historique chargée de la violence politique en République de Djibouti, remarquable par l’impunité des terroristes et le mépris des victimes, tout cela a logiquement conduit l’homme de la rue à voir dans cette alerte à la bombe, au mieux l’œuvre d’un déséquilibré, au pire une manœuvre des services de sécurité du régime lui-même. Sonder les motivations d’un candidat à l’asile d’aliénés ne relevant pas de notre compétence, interrogeons-nous sur la plausibilité d’une piste officielle.

Premier background à charge : le régime djiboutien est notoirement connu sur la scène internationale pour furieusement pratiquer la violence institutionnelle, celle par laquelle l’abus de pouvoir et le déni des droits fondamentaux se fondent sur la violation ordinaire de textes de loi ne servant uniquement que de parures démocratiques ; la politisation de la Justice le démontre de façon si caricaturale.

Second background à charge : beaucoup de civils, innocents par définition, sont ici tombés sous les balles ou les tortures du régime. Parfois à titre communautaire, mais aussi à titre individuel. Pas seulement des citoyens djiboutiens : qui peut oublier la grâce présidentielle accordée au meurtrier des scientifiques allemands et à celui, pourtant en cavale, d’un enfant français ? Alors que tant d’anciens gendarmes, policiers et soldats sont encore punis pour avoir refusé de trucider les leurs lors du conflit civil. A cette humanité douteuse, vient aujourd’hui s’ajouter le terrorisme virtuel.

Actualité suspecte : cette alerte à la bombe, les locales victimes imaginées passant par pertes et profits, visait un intérêt financier français le jour même où un symbole de l’État djiboutien devait comparaître en France, sous l’accusation de subornation de témoin dans un procès intenté par une veuve cherchant à élucider les circonstances dans lesquelles son époux de mari a trouvé la mort sur notre sol. Heureusement, ce ne fut qu’une fausse alerte : si victime il y avait eu, djiboutienne ou étrangère, cela nous aurait traumatisé bien plus que l’atteinte portée aux intérêts français ici, tout comme l’affaire Borrel nous intéresse bien moins que nos urgences nationales. Qui de droit serait bien inspiré de ne pas l’oublier : tout le monde est fatigué des manœuvres de diversion.


Brèves nationales

Insalubrité quotidienne :

Les égouts d’Arhiba dégoûtent

Dans la matinée du samedi 2 octobre 2004, de nouveaux affrontements ont failli opposer les forces de l’ordre aux jeunes en colère du quartier défavorisé d’Arhiba. Excédés par l’insalubrité grandissante et dangereuse de leur cité, principalement causée par la démission des pouvoirs publics, ces jeunes ont bruyamment tenté d’interrompre la circulation sur la route d’Arta. Les forces de l’ordre, immédiatement arrivées sur les lieux, ont alors maladroitement tenté de réprimer ce mouvement d’humeur, avant de s’essayer à la conciliation et l’apaisement.

Devant par l’ampleur de la colère, les autorités ont finalement accepté de pomper les eaux nauséabondes déversées par les égouts. Rappelons que des solutions analogues ont déjà été arrachées par le passé, sans que la durable insalubrité de ce quartier délaissé parmi d’autres ne soit vraiment combattue.

Tant qu’une véritable politique d’assainissement des zones insalubres n’aura pas été sérieusement mise en place en faveur de tous les quartiers insalubres de la Capitale, des protestations similaires sont à craindre dans tous les secteurs concernés. Il est temps, mais tout juste temps, de se pencher sur la question. Demain, il sera trop tard.

C’est d’ailleurs ce qu’une délégation des Jeunes d’Arhiba a tenu à expliquer au chef du district de Djibouti qui, dès le lendemain, a bien voulu la recevoir. Mais le problème est loin de se situer à son niveau.

Les militaires militent-ils au RPP?

L’ARD victime des vandales à Yoboki

L’implantation efficace de l’ARD dans le Sud-Ouest dérange au plus haut point les responsables de ce régime en déroute partout dans le pays. On se souvient qu’au lendemain de la folklorique visite présidentielle à Yoboki en octobre 2003, la direction de l’ARD avait opérée une percée remarquée dans l’arrière-pays de Dikhil, en consolidant l’implantation de notre parti dans cette région. Dans une réaction de fureur et d’impuissance, le régime avait alors endommagé le tableau de l’annexe ARD de Yoboki, qui fut immédiatement remplacé quelques jours plus tard.

En cette rentrée politique, constatant définitivement l’inefficacité de ses tentatives de récupération des populations oubliées du Sud-Ouest, le régime a opté pour l’intimidation, en agressant nos militants du secteur de Yoboki. Il a ainsi fait illégalement arrêter le vice-président de notre annexe dans ce village et détruire le tableau du siège de notre parti.

C’était le 16 septembre dernier, sur ordre d’on ne sait qui, des militaires zélés ont fait irruption dans le local de notre parti qu’ils ont saccagé et ont procédé àl’arrestation abusive du vice-président de notre annexe.

Devant les protestations unanimes de la population de Yoboki et des autorités policières, présentes sur les lieux, notre compagnon a été libéré, mais le fonctionnement légal et régulier de notre parti reste arbitrairement entravé.

Aussi, l’ARD a décidé de réagir à cette provocation éhontée en élevant dans une première étape une vigoureuse protestation auprès des autorités compétentes. En attendant que celles-ci se prononcent officiellement sur d’éventuelles mesures à prendre à l’encontre des vandales impliqués dans ces tentatives d’intimidation vouées à l’échec, l’ARD met le régime solennellement en garde contre ces agissements qui n’augurent rien de bon pour la paix civile.

Que gagnerait le régime à empêcher la libre expression d’un mouvement d’opposition légalement constitué et prônant l’alternance démocratique et la réconciliation nationale ? Ces pratiques dignes des pires pyromanes ne risquent que de contribuer à l’embrasement des cœurs et des esprits dans une région dont les civils ont beaucoup souffert du conflit.

L’ARD prend à témoin le Peuple Djiboutien sur les dangers que fait courir ce pouvoir irresponsable à la paix, à la démocratie et à la réconciliation nationale dans notre pays.

Nomadisme international :

De l’Amérique aux Caraïbes ?

Cela faisait plus de deux semaines que le Chef d’État était absent de son pays, où décidément, il n’a rien à faire. Au prétexte de prendre part aux travaux de l’assemblée générale des Nations Unies ouverte à la mi-septembre, notre globe-trotter national en a profité depuis pour parcourir le continent américain, de New-York, à Washington et Miami, en passant par les Bahamas et Cuba. Qu’y cherche-t-il ? Certainement pas les intérêts du Peuple Djiboutien ! D’ailleurs, le corps diplomatique africain accrédité à La Havane a été généreusement mis à sa disposition pour y entendre l’urgence d’une mobilisation au bénéfice de la réconciliation somalienne.

Bravant les cyclones de cette région, le Boeing présidentiel n’aurait pas cessé de surfer entre les aéroports et les cocotiers. Aux dernières nouvelles, le timonier national était en visite chez le Lider Maximo, aux fins dit-on d’établir et de renforcer la coopération avec le régime castriste, ennemi intime des États-Unis d’Amérique depuis plus de quarante ans.

La rencontre entre les deux barbus isolés sur les plans intérieur et extérieur ne débouchera certainement pas, l’on s’en doute, sur la consolidation de la démocratie, réclamée à cor et à cri par les peuples djiboutien et cubain.

Rentrée universitaire 2004-2005 :

Les travaux du Pôle n’avancent pas

La rentrée universitaire djiboutienne s’annonce sous de sombres auspices. Outre le manque de locaux, principalement dû aux retards pris par les travaux d’extension du Pôle universitaire sur le domaine de l’ancien camp Barkat Siraj, les nouveaux étudiants djiboutiens se plaignent d’avoir été entravés dans leur démarches pour poursuivre leurs études en France, en raison des tracasseries imposées par les services consulaires français à Djibouti.

Entre impossibilité de voyager pour ceux qui en ont les moyens, et difficultés techniques à étudier sur place pour tous les autres, l’avenir des étudiants djiboutiens s’assombrit de jour en jour. Et le régime ne semble pas s’inquiéter outre mesure des diplômes de la future élite nationale, se contentant peut-être d’un quelconque titre de docteur honoris causa. A quoi bon décrocher le baccalauréat si l’on n’a pas la possibilité de suivre des études supérieures ? Que faire d’un diplôme universitaire qui n’ouvre la voie à aucune possibilité d’emploi ?

Plus simplement : que signifie l’Education nationale dans un pays dirigé par un tel régime insouciant ?

Paix civile et sécurité :

Curieuse nomadisation policière.

Selon les ruraux habitant les environs de Randa, un détachement de la police de Tadjourah dirigé par un capitaine tristement célébre nomadiserait ces derniers temps près d’Ilayssa et de Dat-hugub. Pour les populations de ce secteur qui restent encore traumatisées par les exactions des troupes gouvernementales durant le conflit, cette proximité gênante d’hommes lourdement armés n’a rien de rassurant, bien au contraire.

C’est parce que nous les comprenons que nous nous faisons l’écho de leurs craintes. Cette nomadisation nocturne et guerrière est injustifiée. Surtout, elle porte gravement atteinte à l’indispensable paix civile que nos concitoyens, spécialement dans les zones affectées par le conflit, étaient en droit d’attendre d’un accord de paix.

Désenclavement d’Obock :

A partir d’avril 2005 ?

Cette semaine, nous apprenons que le régime s’est finalement penché sur le désenclavement routier du Nord. Cynisme politique et approche d’échéances électorales, le ministère des Finances aurait paraphé un accord de financement avec le Fonds Koweitien pour la construction de la future route reliant Tadjourah à Obock. Le début de ces importants travaux censés désenclaver la première Capitale du pays serait prévu pour le mois d’avril 2005. Réalité avait déjà relevé à plusieurs reprises que le financement pour le bitumage de cette voie de communication était acquis depuis plus de trois ans et que le régime voulait faire coïncider le lancement des travaux avec la campagne présidentielle.

Quel mépris pour les populations du district d’Obock, soumis aux caprices d’un seul homme ! Quel mépris pour une région dont le développement est freiné par de basses considérations politiciennes !

Mauvaise gouvernance :

Les familles des gendarmes manifestent.

La mauvaise gouvernance assombrit la vie quotidienne de tous les citoyens civils comme militaires. Ses dangereuses tentacules commencent à étouffer la société djiboutienne dans son ensemble. Ainsi, lundi dernier plusieurs dizaines de membres des familles de gendarmes entassées dans des logements insalubres du boulevard de Gaule ont bruyamment manifesté leur colère en tentant de bloquer la circulation sur cette artère très fréquentée. A l’aide de pneus et matelas enflammés ces protestataires ont allumé un immense bûcher que les pompiers arrivés sur les lieux ont réussi à rapidement éteindre.

A travers cette action spectaculaire, les familles des gendarmes vivant dans des conditions difficiles cherchaient à protester contre les coupures d’électricité qui leur auraient été imposées. Sur quelle force occulte compte ce régime de non droit pour gouverner encore au mépris des aspirations du peuple Djiboutien ?

Service National Adapté:

Aveu d’incapacité des FAD

Depuis l’institution du fameux service national adapté, nouvelle trouvaille censée résoudre le chômage des jeunes, «Réalité» avait régulièrement dénoncé cette démagogique entreprise du régime que constitue l’embrigadement de centaines de jeunes djiboutiens auxquels on promet une insertion professionnelle à l’issue d’une formation diplomante dispensée par les forces armées djiboutiennes.

Un an après le lancement de cette opération électoraliste, les FAD viennent implicitement de reconnaître leur incompétence en ce domaine en sous-traitant des centres de formation professionnelle appartenant à l’Eglise chrétienne et aux FFDJ. Ainsi, «La Nation» daté du 30 septembre 2004 relate-elle copieusement l’accord de parrainage signé entre les FFDJ et les FAD relatif à l’accueil d’une cinquantaine de jeunes djiboutiens mobilisés au titre du SNA dans les bases militaires françaises de Djibouti, en stage pour une période de deux mois, mais sans garantie d’emploi à la sortie.

Or, se félicitant de cet accord de coopération entre une armée nationale sous équipée et incompétente et l’armée de l’ancienne puissance coloniale présente à Djibouti, le journal gouvernemental conclut sans ambages: «le SNA est un message d’espoir pour tous les jeunes djiboutiens, il leur donne l’opportunité de devenir acteur à part entière de la vie sociale et économique de leur pays». C.Q.F.D..


Jeune Afrique/L’Inintelligent

LA MAUVAISE FOI JOURNALISTIQUE

AU SERVICE DE LA PROPAGANDE DICTATORIALE


A la rescousse d’un régime ne voulant rater aucune occasion de se mettre en valeur, l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent, a offert en ligne un article qui, après du décès de M. Ahmed Dini, procède en fait à une réécriture de l’Histoire et à une mystification du présent. En voici le texte, dont nous avons indiqué chaque contrevérité, méritant d’être relevée, par un chiffre qui renvoie à une mise au point en page 5.


Ahmed Dini Ahmed

L’ancien Premier ministre djiboutien est décédé le 12 septembre.

Ahmed Dini Ahmed, grande figure de la vie politique djiboutienne, éphémère Premier ministre durant les six premiers mois de l’indépendance du pays, en 1977, est décédé le 12 septembre à l’hôpital militaire français de Djibouti. Cette disparition est un coup dur pour l’opposition, dont le défunt fut un leader charismatique, à la veille d’une échéance importante (1) : l’élection présidentielle, prévue en avril 2005.

Ahmed Dini Ahmed, afar, est né en 1932 dans la région du mont Mabla, dans le nord du pays. Après une formation de technicien de la santé, il s’engage en politique à l’âge de 26 ans. Une année plus tard, en 1959, il devient vice-président du Conseil de gouvernement de la Côte française des Somalis, la plus haute autorité institutionnelle locale. Il occupe cette fonction quelques mois avant de briguer un mandat de député territorial.

Durant les années 1960, Ahmed Dini occupe plusieurs postes au sein du Conseil de gouvernement. Le tournant de sa carrière politique intervient en 1973 quand, en compagnie de Hassan Gouled Aptidon, un Issa, il lance la Ligue populaire africaine (LPA), mouvement qui prend, deux années après sa création, une option indépendantiste. Dini et Aptidon deviennent ainsi les deux pères fondateurs de la nation djiboutienne.

En 1977, l’indépendance est proclamée dans ce qui était devenu le territoire français des Afars et des Issas. La présidence de la toute nouvelle République est confiée à Aptidon qui nomme, en juin 1977, Ahmed Dini Premier ministre( 2). Mais le parcours commun des deux hommes tourne court. Aptidon concentre tous les pouvoirs, rognant sans limites sur les prérogatives de son compagnon de lutte. Dini, qui n’est pas homme à se taire, tente de contenir la boulimie de pouvoir d’Aptidon. Au bout de six mois, il rend le tablier en dénonçant la mainmise de la communauté issa (3), une des deux grandes composantes ethniques, sur la vie institutionnelle du pays, au détriment des Afars.

Djibouti vit alors à l’ère du parti unique. Dini se retire à Tadjourah, capitale des Afars (4), mais ne dispose

d’aucune tribune politique pour exprimer ses points de vue. À la fin des années 1980, le mouvement contestataire afar prend la forme d’un Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (Frud). Ahmed Dini rejoint, en 1990, cette organisation, qui se transforme en rébellion armée, puis en prend la tête en 1992 (5).

La guerre civile est une catastrophe pour Djibouti, qui voit tous ses efforts de lutte pour le développement ruinés (6). Aptidon charge son chef de cabinet, Ismaïl Omar Guelleh, de négocier avec les rebelles. Des pourparlers sont engagés et aboutissent à un accord de paix. Le Frud rejoint la coalition au pouvoir, mais pas Dini, qui conteste les clauses de l’accord (7).

Désormais, le Frud se scinde en deux, Dini prenant la tête de la tendance qui maintient l’option de la lutte armée (8). En 1999, Aptidon s’éclipse de la scène politique, et Ismaïl Omar Guelleh lui succède à l’issue d’un scrutin pluraliste. Ahmed Dini, toujours en rébellion, n’entre pas dans la course à la succession d’Aptidon.

L’opposition présente un candidat unique, dénué de tout charisme (9), une véritable bénédiction pour Guelleh. Ce dernier, arrivé aux affaires, ne désespère pas d’obtenir un cessez-le-feu total avec le Frud d’Ahmed Dini. Il confie à Mohamed Dileita, alors ambassadeur de Djibouti à Addis-Abeba, aujourd’hui Premier ministre, de négocier directement avec Dini (10), qui est exilé à Paris.

Des accords de paix sont signés dans la capitale française, le 12 mai 2001 (11). Dini retourne à Djibouti (10) et crée un parti, l’Union pour l’alternance démocratique (12). En septembre 2002, il affronte le suffrage universel lors des premières législatives pluralistes de l’histoire du pays (13). Nouvel échec (14) ; mais sa participation donne du souffle à la vie politique djiboutienne.

La prochaine présidentielle promettait un débat passionnant entre le vieux routier de la lutte pour l’indépendance et un président sortant dont le bilan est loin d’être négatif (15).

Mais le destin en a décidé autrement. Une longue maladie a fini par emporter Ahmed Dini, à qui le pays tout entier a rendu un vibrant hommage.

Chérif Ouazani


Mises au point

Devant une telle concentration de contrevérités, il nous a semblé utile, au moins pour le lecteur peu au courant de notre situation nationale et lisant cet hebdomadaire aux quatre coins de l’Afrique, de rétablir une vérité connue de tous nos compatriotes.


(1) Personne ne lui a jamais dit que ladite opposition comptait participer à ce scrutin, ni a fortiori désigner M. Ahmed Dini comme son candidat.

(2) Le journaliste oublie de préciser qu’en sa qualité de premier Président de la nouvelle Assemblée Nationale, M. Ahmed Dini a proclamé cette Indépendance. Honneur dû à la reconnaissance de son rôle déterminant dans la lutte anticoloniale : c’est à cela que l’on reconnaît un véritable « Père » de la Nation

(3) M. Ahmed Dini n’a jamais dénoncé une quelconque mainmise de toute une composante de la communauté nationale sur le destin de notre pays. tout juste a-t-il dénoncé les prétentions hégémoniques d’une minuscule classe politique qui cherchait à donner une dimension tribale à une vulgaire lutte pour le monopole aux richesses nationales détournées au profit des appétits personnels.

(4) Personne ne sait où se situe cette hypothétique « capitale » des Afars ! C’est une notion qui n’existe ni dans le cadre de leur société traditionnelle, ni encore moins au niveau des États dans lesquels ils s’insèrent et dont ils ont toujours respecté les limites territoriales. Ahmed Dini s’était retiré à Obock.

(5) Erreur historique suspecte pour quelqu’un qui ose se présenter comme un spécialiste de Djibouti au sein de la Rédaction de cet hebdomadaire : c’est en 1991 que le FRUD, mouvement politico-militaire, est né avec des actions de guérilla dès le mois de novembre et c’est à partir de cette date que M. Ahmed Dini, chassé de sa ville d’Obock désertée par tous les habitants fuyant les exactions des troupes gouvernementales, a rejoint les zones sous contrôle du FRUD dont la direction l’a alors chargé de l’aspect diplomatique. C’est suite à de graves dissensions internes, et devant le désistement de certains pressentis, qu’il a été nommé en août 1992 à la présidence de ce mouvement.

(6) L’auteur cherche ici à occulter le fait que, si tensions interethniques il y a eu dès décembre 1977, aboutissant aux rixes intercommunautaires de mai 1990 et au conflit civil de décembre 1991, c’est parce que les fruits de ce développement économique étaient inégalement distribués, instituant une citoyenneté à deux vitesses qui perdure encore aujourd’hui.

(7) Avec son oncle, il était plutôt chargé de saboter une réelle et constructive tentative de paix, sous l’égide de l’OUA et dont le chef de file, côté régime, était le Directeur de cabinet de la Présidence à l’époque. Quant au contenu et à l’application dudit accord de paix négocié par le neveu du dictateur, chacun a pu en mesurer l’inconsistance, malgré la bonne volonté de certains acteurs qui, des deux côtés, espéraient réellement que cela constituerait la première étape d’un règlement durable du conflit. Le sort du second accord de paix le démontre clairement a posteriori.

(8) Cela a été la position soutenue par l’ensemble des congressistes du FRUD qui, en septembre 1994, sous la direction de M. Mohamed Adoyta, ont dénoncé le coup d’état du sergent Ougouré et de ses acolytes ayant préféré diviser le mouvement en pactisant avec l’ennemi pour se contenter de simples strapontins personnels, faisant fi de tous les sacrifices consentis par la population djiboutienne.

(9) Jugement de valeur dont seul est capable un esprit partisan et surtout ignorant du rôle historique joué par M. Moussa Ahmed Idriss depuis les années 60. Pour preuve : ce n’est pas par hasard si l’ensemble de l’opposition politique l’a désigné comme son candidat unique. Lorsque M. Moussa Ahmed Idriss s’est engagé dans la vie politique du pays, le commanditaire présumé de ce journaliste, aujourd’hui chef de l’État était encore à Diré-Dawa, citoyen de l’empire éthiopien.

(10) Ignorance ou hagiographie ? Le chef de la partie gouvernementale chargée de négocier à Paris, de ce fait cosignataire de l’accord du 7 février 2000, était M. Ali Guelleh Aboubaker, Chef de cabinet de la Présidence !

(11) C’est au Palais du Peuple à Djibouti qu’a été signé l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001 ! Quant à M. Ahmed Dini, c’est dès mars 2000 qu’il a regagné le pays pour y conduire les négociations ayant conduit à cet accord.

(12) L’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) n’est pas une création de M. Ahmed Dini : c’est une coalition de quatre partis politiques (l’Alliance Républicaine pour le Développement, l’Union pour la Démocratie et la Justice, le Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Parti Djiboutien pour le Développement) coalisés dans le cadre de leur participation au scrutin législatif du 10 janvier 2003.

(13) C’est en janvier 2003 que les élections législatives, issues de l’instauration d’un pluralisme intégral instauré par l’accord de paix du 12 mai 2001, se sont déroulées.

(14) Pour ce qui est du prétendu échec, les flagrantes et massives fraudes dont le régime s’est rendu coupable sont consignées dans des documents officiels. A tel point qu’en l’état actuel des choses, les partis d’opposition ne voient pas la nécessité de participer à toute consultation électorale, comme ils l’ont signifié au chef de l’État depuis longtemps.

(15) Toute cette mystification pour en arriver là : la seule dégradation des conditions de vie de nos concitoyens et la baisse sensible de leur niveau de vie auraient au moins pu inciter ce journaliste à un peu de pudeur quant aux réussites de l’actuel régime.

LA RÉDACTION.

POST-SCRIPTUM

A lire de telles contrevérités où le tendancieux le dispute à l’ignorance, chacun ne peut qu’accorder crédit à la rumeur persistante selon laquelle le régime djiboutien aurait depuis longtemps mis à la disposition des journalistes de Jeune Afrique/L’Intelligent en publi-reportage, une luxueuse villa dans le quartier résidentiel de la Capitale.

Quant à nous, il est de notre devoir de rappeler le rôle négatif joué dans le déclenchement du conflit par un reportage, véritable incitation à la haine intercommunautaire, publié en 1990 par cet organe de presse international.

LA RÉDACTION.



Une Éducation à deux vitesses


La rentrée scolaire vient de s’achever. Plusieurs dizaines de milliers d’élèves ont repris avec émotion le chemin de l’école, dont quelques milliers pour la première fois. Cependant, l’euphorie de la rentrée masque d’énormes déceptions et difficultés auxquelles sont confrontés beaucoup de parents d’élèves dont les enfants sont chaque année jetés à la vie active dans des proportions de plus en plus inquiétantes.


Exclus du cursus scolaire sans aucun espoir d’une solution qui puisse leur accorder un minimum de chance pour pouvoir se recycler, ils sont le plus souvent destinés à gonfler la cohorte des oisifs hantant les rues, avec par conséquent une forte probabilité d’augmenter la délinquance urbaine, faute de trouver un travail pour prétendre vivre dignement.

Ils sont les victimes d’un système éducatif qui demeure malgré lui insidieusement sélectif. Certes, les parents d’élèves ont leur part de responsabilité dans cet échec : à les voir dépenser autant d’argent et de temps dans la consommation quotidienne de khat, on comprend aisément que les pouvoirs publics délaissent à leur niveau des enfants dans la réussite scolaire desquels les parents semblent si peu s’investir. La régression du revenu des ménages depuis quelques années affecte davantage la scolarité de ces enfants dont la cherté des frais d’incription décourage bon nombre de parents.

Cette rentrée a aussi été perturbée par la non-application de la circulaire datant de l’année dernière et obligeant les parents à inscrire leur progéniture dans l’école la plus proche de leur domicile, d’où des dépenses supplémentaires occasionnées par le transport des élèves.

Après cela, il est compréhensible que cet échec devienne dès le départ programmé, d’une part faute d’infrastructures et de structures d’accueil très insuffisantes, d’autre part d’un manque crucial d’enseignants qualifiés, dont le nombre reste limité en plus d’une situation professionnelle et des conditions de travail souvent déplorables. Ce qui est loin d’être un atout qui aurait peut-être pu contrebalancer un tant soit peu la défaillance matérielle.

Pour cause de mauvaise gouvernance, beaucoup de parents se plaignent même de ce que les fournitures scolaires offertes cette année par les Etats-Unis d’Amérique n’auraient pas été équitablement distribuées.

Lors des fameuses assises des Etats Généraux de l’Education Nationale, que l’actuel ministre avait lancées en grande pompe en 1999, les enseignants avaient bien identifié déjà tous les problèmes et bien d’autres encore. Mais, ces résolutions, qui étaient certes ambitieuses, sont restées lettre morte. L’ambition proclamée de « L’Ecole pour Tous » que

prône depuis ce ministère, à l’instar de certains pays africains tels que le Sénégal, semble être un slogan vide. Prévu pour être effectif à l’horizon 2005, ce projet n’a jamais démarré, même si l’on veut nous faire croire que sa réalisation serait achevée cette année, gagnant même douze mois sur les prévisions (dixit un officiel du PNUD cité par La Nation), pour donner un quelconque crédit à la thèse officielle à cet égard. Et pour cause, la réalité sur le terrain est on ne peut plus alarmante.

Quant à la situation de l’arrière-pays, notamment dans les districts d’Obock et de Tadjourah, le taux de scolarisation a plutôt tendance à y régresser dangereusement. Dans presque toutes les écoles rurales du district d’Obock, depuis le déclenchement du conflit civil en 1991, aucun élève n’a été admis au collège.

Certaines de ces écoles, qui fonctionnaient normalement au temps colonial, ont été abusivement fermées au moment de l’Indépendance par les nouvelles autorités du pays. Pire encore, depuis plusieurs années, n’y sont invariablement assurées que les classes de CI au CE, sans que curieusement les élèves n’y puissent atteindre le niveau du cours moyen.

Incapacité des élèves de ces régions à dépasser le niveau élémentaire ? Ou entrave délibérée faite à la scolarité normale de ces enfants ? D’autant que pour la majorité de ces enfants, l’école étant inaccessible, traiter de la sorte les quelques chanceux parvenant à s’inscrire trahit l’existence éhontée d’une politique d’exclusion scolaire frappant une partie de la population nationale.

Une politique discriminatoire que l’inspecteur du premier degré de Tadjourah exécute avec tellement de zèle en entravant, tant à Tadjourah-ville qu’à l’intérieur de la région, les procédures d’inscription des élèves, par des mesures draconiennes qui n’existent nulle part ailleurs, décourageant ainsi les parents de scolariser leurs progénitures.

Des parents d’élèves indignés auxquels s’est joint le corps enseignant n’ont pu, par leurs protestations, endiguer cette dérive autoritaire tant cet inspecteur serait protégé au plus haut niveau de son ministère.

Est-ce cela la politique de « L’Ecole pour Tous » ? C’est bien la preuve qu’il existe dans notre pays une Education à deux vitesses.


Syndicalisme : Djibouti encore condamné

Le 4ème Congrès mondial de l’Internationale de l’Education (I.E) s’est déroulé du 18 au 26 juillet 2004 à Porto Alegre au Brésil. L’I.E est la principale organisation mondiale regroupant les syndicats enseignants de 161 pays, 315 organisations qui représentent plus de 26 millions d’adhérents (es). Le SEP et le SYNESED, représentant respectivement les enseignants djiboutiens du premier et du second degré et tous deux affiliés à l’UDT à l’échelle nationale et à l’I.E au niveau international.

C’est à ce titre, que ces deux syndicats ont été représentés à ce Congrès. Selon le Délégué M. Souleiman Ahmed Mohamed, ex-Secrétaire Général du Synesed et Secrétaire Général Adjoint de l’UDT de Djibouti, à Porto Alegre : « notre pays fait figure de brebis galeuse au sein des nations en raison des violations répétées des libertés fondamentales en général et syndicales en particulier. Les discussions relatives à notre pays à ce congrès étaient en total décalage avec les thèmes traités. On se rend compte, dit-il, à quel point un pouvoir liberticide et anachronique nous place honteusement à la traîne du monde en terme de développement social et même de développement tout court. La résolution condamnant la République de Djibouti a été votée à l’unanimité».

Le thème principal du Congrès était l’Education pour le progrès global avec comme sous-thèmes : 1) Education : service public ou marché, 2) le droit d’enseigner : Le droit d’apprendre et 3) Recrutement d’enseignants qualifiés et leur maintien dans la profession.

Le Président Lula à la tribune

du 4ème congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation


Résolution politique de l’Internationale de l’Éducation

RÉSOLUTION CONDAMNANT LE GOUVERNEMENT DE DJIBOUTI

Le 4e Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation, réuni à Porto Alegre Brésil, du 22 au 26 juillet 2004:

Considérant que:

1. La quasi totalité des dirigeants syndicaux des centrales et des organisations enseignantes sont licenciés en raison des activités syndicales entreprises entre 1995 et 1997.

2. La plupart d’entre eux ont connu une répression policière sévère, des arrestations répétées et des emprisonnements pour les mêmes raisons; les leaders actuellement en activité sont persécutés dans leur travail.

3. A chaque rencontre internationale, le gouvernement « accrédite » et oppose aux organisations légitimes des syndicats-maison lui servant d’alibi.

4. Le gouvernement ne respecte pas ses engagements lors des missions de conciliation entreprises par des organismes internationaux tel que le Bureau international du travail (BIT).

5. Le gouvernement refuse tout dialogue direct et toute reconnaissance des syndicats libres et indépendants dans le pays.

6. Cette attitude du gouvernement constitue le véritable obstacle au développement d’un syndicalisme authentique, source de progrès social, et retarde d’autant l’avancement d’une culture démocratique dans le pays.

Le quatrième Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation

1. Condamne le gouvernement de Djibouti pour les violations répétées des conventions de l’OIT (87 et 98) relatives à l’exercice des libertés syndicales et de la charte des Nations Unies sur les Droits de l’Homme.

2. Exige du gouvernement:

• De procéder sans délai à la réintégration professionnelle avec les droits pertinents de tous les syndicalistes (enseignants et autres), sanctionnés pour leurs activités syndicales;

• De mettre fin aux entraves à la liberté syndicale en reconnaissant et respectant les syndicats libres et indépendants démocratiquement constitués et affiliés aux organisations internationales telles que la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et l’Internationale de l’Éducation;

• D’ouvrir avec ces syndicats des négociations visant à parvenir à une normalisation de la situation syndicale dans le pays.


Lu pour vous

ÉROSION, DÉTRITUS, POLLUTION …

LA SOMALIE, POUBELLE DE L’EUROPE

COURRIER INTERNATIONAL N° 714 DU 8 AU 14 JUILLET 2004

CORRIERE DELLA SERA

Milan


Guerres des clans, balkanisation, multiplications des Chefs de guerre, massacres d’innocents, parcellisation de Mogadisho, trafics d’armes et de drogue, des exilés partout dans le monde : on connaît cette litanie des drames somaliens consécutifs à la chute du Général Mohamed Siad Barré en 1991. Depuis, les conférences de réconciliation se suivent et semblent plutôt renforcer les belligérants armés pour la succession du dictateur déchu dans un pays en ruine. Celle qui se tient depuis quelques mois à Nairobi ne semble pas offrir, elle non plus dans l’immédiat, les perspectives d’une paix véritable pour ce peuple frère. Reprenant un article paru dans la presse italienne, «Courrier International» attire l’attention sur un aspect méconnu, mais porteur de tous le dangers : l’absence d’État et l’incapacité de la communauté internationale à remédier à ce vide, profitent pourtant à certains. La Somalie est aujourd’hui devenue un véritable dépotoir où des multinationales viennent se débarrasser de produits, toxiques et peut-être même nucléaires.


Des containers suspects s’ensablent régulièrement sur la côte somalienne, provoquant maladies et comportements bizarres chez les animaux marins. L’ONU s’est inquiétée des dangers de cette pollution d’origine chimique et peut-être radioactive.

Le container est ensablé non loin de là, sur une plage brûlée par le soleil de la Somalie centrale. Personne ne veut s’en approcher et nous avons du mal à décider les gens, épouvantés, à nous accompagner pour que nous puissions le voir, le toucher et le prendre en photo.

« Il est dangereux, il contient des produits toxiques. Ceux qui habitent par ici ont eu des malaises », explique Abdullahi Aboukar, un pêcheur vivant à Igo, minuscule village du bord de la mer, à 350 kilomètres de Mogadiscio. Il finit par se laisser convaincre et nous montre le chemin.

La citerne cylindrique de 6,40 m de long et d’un peu plus de 2 mètres de diamètre se trouve à quelques kilomètres de là. Le sel et l’action mécanique des vagues menacent de corroder le container déjà rouillé.

Il est actuellement à 6- 7 mètres du rivage; mais, lorsque la marée monte, l’eau l’encercle et parfois l’emporte au large. « Mais il ne s’éloigne pas. Il vogue pendant quelques heures, il se déplace de quelques dizaines de mètres; puis il s’ensable de nouveau sur la plage, au bord de l’eau, là où les vagues se brisent », explique Abdullahi.

La couche la plus superficielle des containers, en métal et hermétique, tend à disparaître et s’effrite dès qu’on la touche.

Personne ne sait ce que contient cet objet étrange, mais, selon les mises en garde du PNUE (Programme des Nations unies pour l’Environnement), il pourrait renfermer des déchets toxiques, peut-être même radioactifs, en provenance d’Europe et jetés à la mer.

Depuis longtemps déjà, la Somalie fait partie des destinations où il est possible de se débarrasser de déchets nocifs. Le pays connaît un état de guerre civile permanente depuis la fin de l’année 1990 ; il est entre les mains de bandes armées qui ne cessent de s’entre-tuer et qui contrôlent certaines parties plus ou moins grandes du territoire. Il est difficile de se déplacer dans le pays car on risque constamment d’être attaqué.

Abdi Nur, le directeur adjoint de la coopérative de pêcheurs de Maregh, un village situé à 15 kilomètres au nord d’Igo, nous décrit les symptômes qu’il a constatés chez certains animaux marins : « Nous avons relevé de

nombreux cas de cécité. Il est parfois possible de pêcher avec les mains : les poissons ne bougent pas.. Ils ne fuient pas. Quant aux tortues, elles sortent déposer leurs oeufs sur le sable, mais ensuite, au lieu de retourner à l’eau, elles avancent toujours plus loin sur la terre ferme. »

LE TRAFIC DES DÉCHETS AUX MAINS DU CRIME ORGANISÉ

Hussein Mohamud Ossobleh est le chef du district d’El Dehere, un village perdu dans la brousse somalienne, entouré d’oasis et de puits, à une quinzaine de kilomètres de la mer. Maregh est sous sa juridiction. « Nous avons envoyé de nombreux massages à la communauté internationale, à l’ONU et à l’Union européenne. Mais personne ne semble se soucier de nous et de la catastrophe qui guette nos côtes et menace toute la région. Il y a quelques mois, raconte Ossobleh, visiblement inquiet, des nomades ont trouvé un énorme bidon à Ragah Elle, un village près d’Adalé, à quelques kilomètres de la côte. Ils ont réussi à enterrer avec l’aide de la population locale. Maintenant, à cet endroit, le terrain se soulève comme si le cylindre et son contenu mortel étaient en train de gonfler.»

Impossible de dialoguer avec les gens du PNUE, dont le quartier général est à Nairobi : les commentaires sont brefs et du genre : ne savons rien, nous mènerons l’enquête tard. Impossible d’obtenir un rendez-vous ou document.

Mais un fonctionnaire de Genève, qui a insisté pour garder l’anonymat, commente : « Nous savons très bien que le trafic est désormais entre les mains du crime organisé. Dans les pays occidentaux, l’élimination des déchets coûte 250 dollars la tonne; en Somalie, il ne coûte que 2,5 dollars. Il n’est pas difficile d’imaginer les profits considérables que génère ce trafic. Nous savons que des bateaux naviguent au large des côtes extrêmement poissonneuses de l’Afrique et déchargent tout et n’importe quoi. Les containers qui s’ensablent sur la côte ne sont qu’une infime partie des caisses qui gisent au fond de la mer.

C’est surtout là qu’est le danger. Et il ne s’agit pas seulement de substances chimiques toxiques, mais également de déchets radioactifs, provenant de centrales nucléaires, et de déchets plus banals, issus de produits hospitaliers. Lorsque les containers et les citernes usés et rongés par l’érosion, déverseront leur contenu mortel dans la mer somalienne, ce sera la catastrophe. »

Massimo A. Alberizzi


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 106 du mercredi 29 septembre 2004

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Réalité numéro 106 du mercredi 29 septembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Courrier des lecteurs
  4. Hommages et témoignages
  5. Café de Paris : un Septembre noir djiboutien
  6. Lu pour vous
  7. L’ARD en tournée de mobilisation
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 106

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE POMPIER PYROMANE DJIBOUTIEN : UNE COMÉDIE DE L’ONU

Pour l’homme pragmatique, le cas concret qui crève les yeux vaut mieux que toutes les démonstrations et toutes les théories à prétention intellectuelle. Comme quoi les grandes vues de l’esprit se confirment ou se démentent dans les faits les plus brutalement réels. Ainsi, une instance aussi prestigieuse et solennelle que celle d’une session de l’assemblée générale des Nations Unies peut parfois offrir un raccourci saisissant de toutes les difficultés qu’il y a à instaurer un ordre international stable, régi par la primauté du Droit. Tous ceux, prompts à dénoncer l’impérialisme dans le fait que les États-Unis d’Amérique s’érigent en gendarme du monde, au grand dam de cette instance de concertation multilatérale qu’est l’ONU, devraient modérer leur vertu bien-pensante en considérant dans toute sa dangereuse indécence la dernière représentation du chef de l’État djiboutien sur cette scène.

La bienséance diplomatique, la distance médiatique et l’opacité géostratégique autorisant toutes les prestations démagogiques, le premier responsable des malheurs du Peuple Djiboutien s’y est fendu d’un discours dont la grandiloquence le dispute à l’irréalité. La première scène de sa péroraison consistait à asséner que tout allait pour le mieux chez lui : grâce à sa conduite éclairée, Djibouti serait, conformément à une légende aussi tenace que fausse, un havre de paix pour l’ensemble des âmes qui y vivent et y cohabitent. Dans la deuxième scène, celui qui a réduit l’action politique à la dimension d’un spectacle tout à sa gloire, a sorti sa sempiternelle tirade selon laquelle tous les efforts du régime qu’il dirige seraient tendus vers la consolidation des conditions d’un développement durable, au plus grand bénéfice de ses concitoyens. Troisième acte : ayant pratiquement tout réussi chez lui (Paix, Démocratie et Développement), il s’attellerait courageusement à pacifier ses voisins. D’où, cerise sur le gâteau en guise d’épilogue, il se promeut bras droit de Koffi Annan le temps de cette représentation, afin que la communauté internationale lui reconnaisse la stature de grand de ce monde digne, du prix Nobel de la paix.

Il y a quelque chose de pourri en ce royaume, comme disait l’autre. Même si l’ONU est un peu plus qu’un « machin », son assemblée générale n’est ni un confessionnal où l’on expie ses pêchés, ni un tribunal où l’on condamne les crimes. Pourtant, dès les deux premières scènes, l’honorable Dame aurait gagné en crédibilité et en sérieux à lui rappeler, que, pour s’obstiner à refuser d’appliquer un accord de paix, il reconduit de façon irresponsable les causes d’un conflit civil : Monsieur, vous êtes pyromane chez vous! Et ce n’est certainement pas en détruisant le socle fondamental de la coexistence sociale que l’on peut prétendre oeuvrer à l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens. Surtout lorsque corruption et concussion sont les deux mamelles d’une mauvaise gouvernance entrée dans les mœurs publiques. Tout naturellement, aurait dû s’inquiéter l’oreille attentive amie des peuples opprimés, celui qui met le feu chez lui est disqualifié pour oser dire éteindre celui de son voisin.

Tel est donc le dilemme des Nations Unies : établir un ordre international pacifique entre les États tout en tolérant les désordres nationaux au sein de chaque État, en permettant à des dirigeants illégitimes, coupables de toutes les violations chez eux, de se poser en donneurs de leçons et de disserter sur le sort de la planète. Dans ces conditions, comment la superpuissance américaine peut-elle s’autoriser à laisser une telle bouffonnerie internationale décider de sa riposte contre les agressions qui la blessent dans sa chair ? Elle est tout aussi persuadée que sa sécurité ne sera certainement pas renforcée par le soutien aux régimes impopulaires.


Brèves nationales

Affaire Borrel : Neuf ans après…

Le mystère de cette ténébreuse affaire, qui empoisonne les relations franco-djiboutienne, s’éclaircit-il enfin ? Selon des informations diffusées par Radio France International, le juge français en charge du dossier Borrel aurait convoqué pour la semaine prochaine à Versailles (région parisienne) le Procureur de la République et l’avocat français, résidant à Djibouti, du Chef de l’Etat djiboutien. On se souvient que ces deux personnalités, maintenant accusées de subornation de témoin, s’étaient rendues il y a quelques mois à Paris, où elles avaient participé à une tapageuse conférence de presse pour soutenir mordicus la thèse du suicide du juge Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 dans les environs du Goubet. Les observateurs notent que, pour l’heure, les autorités djiboutiennes naguère promptes à réagir à tout nouveau rebondissement de cette affaire vieille de neuf ans, observent un mutisme complet cette fois-ci. Comme l’avocat français du Président de la République, Le Procureur de la République de Djibouti se rendra-t-il à la convocation du juge français ? Nul ne le sait. Affaire à suivre…

Politique politicienne : Le RPP tiendra-t-il congrès ?

Des sources proches de l’ancien parti unique toujours au pouvoir indiquent que la formation du Chef de l’Etat prépare un congrès extraordinaire pour la première semaine du mois d’octobre afin, dit-on, de discuter de « choses sérieuses ». Preuve que le sérieux a souvent fait défaut à ce club fermé de dignitaires d’un régime insouciant et irresponsable. Pourtant, l’homme de la rue n’a pas manqué de relever qu’une fébrilité inhabituelle s’est emparée de ces usurpateurs depuis quelques semaines. L’incessant défilé des 4×4 rutilantes enregistré aux alentours de leur nouveau siège-mabraz sis, ce n’est pas un hasard, en lieu et place de l’ancien dancing Mocambo depuis quelque temps semble laisser croire que ces messieurs s’agitent pour quelque chose. En tout cas, la population semble mépriser par avance cette énième gesticulation politicienne.

Pénuries nationales : Croissance des délestages électriques

Alors que la presse spécialisée dans la fabrication des illusions d’Etat s’échine à faire croire que la croissance économique devient durable et prometteuse, le citoyen lambda non pourvu d’oeillère constate au contraire une nette et dangereuse dégradation de ses conditions de vie. Ainsi, les quotidiens et fréquents délestages électriques, toujours en vigueur dans la plupart des quartiers de la Capitale, et ce malgré l’éloignement de la saison chaude, en disent mieux que tous les discours sur le délabrement avancé de nos infrastructures publiques sous ce régime prédateur. Tant que notre pays ne sera pas en mesure d’assurer l’approvisionnement durable des usagers en matière d’énergie électrique, toutes les gesticulations cherchant à accréditer le sérieux d’un quelconque progrès ou développement seront impitoyablement démenties par les faits, et les faits restent têtus. N’en déplaise aux fabricants de ténèbres, la réalité crève les yeux, surtout dans l’obscurité… imposée.

Infrastructures routières : Quel développement régional ?

Les usagers de la route Tadjourah-Randa crient à nouveau leur colère. Cette route reliant le chef-lieu à cette station climatique et longue de quelque 35 kilomètres, était une fierté régionale après son bitumage réalisé par les Travaux Publics dans les années 80. Sa lente et nette dégradation à partir de 1994, principalement à cause de la mauvaise gouvernance qui a supprimé ou détourné les crédits d’entretien des routes et des pistes, en a fait une misérable piste cahoteuse, abandonnée aux crues des oueds. Les rares tentatives de réhabilitation partielle ne durent que le temps d’une visite présidentielle éclair. Fatigués de l’esbroufe et du mépris officiels, les transporteurs régionaux de cette voie de communication oubliée en appellent bruyamment et en vain aux pouvoirs publics. Nul doute que leurs voix ne seront entendues que le jour d’une véritable alternance démocratique. D’ici là, il leur reste à tirer les conclusions de ce mépris officiel qu’on leur oppose depuis dix ans. Naturellement placés aux côtés des opprimés méprisés et oubliés, nous accompagnerons tout mouvement de protestation concrète. Agissez !

Gestion des deniers publics : L’opacité distinguée ?

Enième provocation d’un régime ayant érigé le mépris de la chose publique en système de gouvernement, le journal gouvernemental « La Nation » nous apprend dans son édition de jeudi dernier que le Président de l’opaque Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire a été décoré par le Premier ministre, eu égard au mérite et à l’efficacité de l’institution qu’il préside. Décidément, le ridicule ne tuera jamais ce régime de tous les abus, osant distinguer une structure opaque dont même les mal-élus avaient tenu à dénoncer le fonctionnement ésotérique. A quand une antenne locale de l’ONG Transparency International chez nous ? Cette vénérable et efficace institution internationale, spécialisée dans la lutte contre la corruption d’Etat, aurait trouvé un filon ici. Comble de l’ironie, il ne se passe pas une semaine sans que l’on apprenne que des sous-fifres accusés de malversations financières ont été brièvement interpellés puis relâchés. Nous osons suggérer de commencer par le haut de la pyramide, les résultats seront sans nul doute probants. A bientôt, l’ouverture de ce chantier pharaonique !


Courrier des lecteurs

A QUAND LA CÉRÉMONIE OFFICIELLE D’INTRONISATION

DU NOUVEAU SULTAN DE GOBAAD ?


Nous avons reçu le texte ci-dessous reproduit il y a plusieurs semaines de cela. Avant de le publier, nous avons sérieusement enquêté sur le sujet, par respect pour les traditions nationales durement malmenées par les dignitaires de ce régime. Voici la réaction d’un des premiers concernés, M. Issé Ali Mohamed.


On se souvient qu’en Mars 2003, une réunion importante inter-debné fut convoquée sous le haut patronage par son excellence le Ministre de la Défense dans son domicile du plateau de Serpent : objectif, préparatif d’intronisation du nouveau Sultan de Gobaad.

Ont pris part à cette réunion :

– Des représentants de tous les services confondus

– Des employés des Établissements publics autonomes et entreprises privés

– Des représentants des différents corps Militaires, gendarmerie, AND et société civile, Associations .

Comme je viens de préciser ci-haut, les discutions qui ont duré presque toute la journée, ont portés sur le préparatif de la prochaine proclamation officielle d’intronisation du nouveau .Sultan en l’occurrence Monsieur Ali Mohamed Loïta dit « Boko » qui prend la succession de. son frère défunt Mr Hassan Boko .

L’ouverture de la séance a été prononcé par son excellence Mr le Ministre de la Défense Mr Ougouré Kiflé qui a longuement mis accent sur la nécessité d’ organiser une collecte de fonds pour couvrir les dépenses éventuelles afférentes lors de cette manifestation importante d’investiture du nouveau Sultan de Gobaad, tels que le déjeuner officiel, achat de Khat et rafraîchissement des autorités venues des différents Districts et localités Administratifs du Pays . Selon toujours son excellence, la modalité et la périodicité de prélèvements sur salaire seront effectuées en fonction de catégorie des contribuables; c’est à dire montant imposé par personne et le nombre de Mois à payer.

Près de 3/4 de recettes récoltées seront consacrés à la construction d’un local F4 qui servira le futur siège du nouveau Sultan. Ce propos a été favorablement accueilli par les participants mais pourvu qu’il soit concrétisé. Ensuite, le conseil devait choisir les responsables chargés de récoltes de fonds parmi les participants. Les travaux de récoltes de fonds ont débutés aussitôt dans la première quinzaine du Mois de Mars 2003. Près d’un Million de nos francs aurait été encaissée dans le filet. Des Mois ont passé, bientôt des années et rien de concret.

Dans leur initiative entreprise à l’insu du nouveau Sultan Mr Ali Boko, qui a succédé conformément au Loi traditionnelle, son frère défunt Hassan Boko décédé en 2002, les instigateurs de ce projet fictif se sont livrés à une collecte de fonds auprès de tous les membres de la communauté Debné sans l’accord préalable des parties concernées, voire les membres de la famille du Sultan. Il est clairement établi aujourd’hui que ce projet de récolte de fonds organisé par le Ministre de la Défense et ses collaborateurs constitue une opération portant atteinte aux prestations et la solidarité coutumière traditionnelle toujours en vigueur au sein de notre communauté.

D’après quelques éléments d’enquête que j’ai pu recueillir sur le terrain’ auprès de certains témoins impliqués dans la collecte, une bonne partie de fonds récoltés aurait déjà été détourné à de fins personnels par le Ministre et ses collaborateurs .

Agissant en qualité du fils et proche collaborateur chargé de protocoles du Sultan, je dénonce vigoureusement cette action qui porte préjudice à la dignité du chef suprême de la communauté Debné.

Mr Issé Ali Mohamed, dit « Boko »


Hommages et témoignages

Message de condoléances de l’Action du Tchad pour l’Unité et le Socialisme

Au nom de notre Parti, l’Action du Tchad pour l’Unité etle Socialisme (ACTUS) et en mon nom personnel, j’adresse nos condoléances à la famille du Président Ahmed Dini Ahmed. Figure emblématique de la lutte pour l’indépendance de Djibouti, de la démocratie et de la justice, le Président Ahmed Dini Ahmed a consacré toute sa vie à la lutte pour ces idéaux. Pendant son exil à Paris, tous les militants africains luttant contre les régimes dictatoriaux imposés aux masses populaires de nos pays respectifs par la France, ont apprécié son militantisme, son humilité, sa modestie, sa détermination et sa rage de débarrasser son pays de la dictature familiale incarnée successivement par les Présidents Hassan Gouled Aptidon et Ismaël Omar Guelleh.

Notre continent ne saurait, indéfiniment, s’accommoder de cette inacceptable et inhumaine situation où les puissances impérialistes « démocratiques » cautionnent, soutiennent financièrement, politiquement et militairement les dictateurs à Djibouti, en RCA, au Tchad, au Togo, en Mauritanie, au Congo-Brazzaville, au Cameroun. Les hold-up électoraux, cautionnés par les puissances impérialistes et la France, sont une assurance tous risques et un permis d’exterminer nos peuples pour ces dictateurs. La disparition sur le champ de bataille du Président Ahmed Dini Ahmed, l’un des fondateurs du FRUD et de l’ARD, est une grande perte pour toute l’opposition de Djibouti. Notre Parti, l’ACTUS, souhaiterait que tous les militants de l’opposition puissent unir leurs efforts afin de continuer le combat exemplaire et ininterrompu du Président Ahmed Dini Ahmed et pour que puissent triompher les nobles idéaux pour lesquels il s’est sacrifié. Avec toute notre solidarité militante.

Le Secrétaire Général, Dr Ley-Ngardigal Djimadoum


AHMED DINI AHMED : UN HOMME PAS COMME LES AUTRES

Par Ahmed Ibrahim (12 septembre 2004).

C’était une journée chaude telle que la connaissent la plupart des Djiboutiens durant la canicule du mois de juillet. La foule se pressait devant une estrade érigée à l’annexe de la LPAI sis à l’avenue Gamal Abdel Nasser. Tout d’un coup, le brouhaha de la foule s’éleva en clameur, dans ce chamboulement total, sont arrivés à mes oreilles de petit gamin, des phrases en rime. La foule répétait de façon lancinante « Waa Dini iyo dinta » : littéralement « Dini c’est l’homme de la religion ». J’essayais tant bien que mal de me faufiler dans la foule afin de percevoir ce « Dini ».

Arrivé devant l’estrade, la vision de cet homme longiligne à la peau très foncée et au verbe magique parlant somali avec aise ne me quittera jamais. Ainsi, je venais, avec la rétrospective, de rencontrer un des plus grands héros de notre pays : feu Ahmed Dini. Cet homme, fils du pays Afar, visionnaire précoce, homme de principe, homme d’honneur, homme de courage, reste le symbole d’une république, et d’un pays que je partage avec lui.

Il est minuit en ce jour du 27 juin : les projecteurs des journalistes n’aveuglent pas cet homme, fraîchement élu Président de la première Assemblée d’une République nommée Djibouti. Il se lève avec des pas qui semblent poser l’historique du moment et se dirige vers le perchoir de l’assemblée nationale. Dans un ton calme qui ne trahit pas la solennité du moment, le premier fils de cette terre que, d’après certains adages, le chacal lui-même ne traverse pas sans avoir fait sa prière auparavant, prononce la phrase pour laquelle tant d’héros sont morts : « … la République de Djibouti, une, indivisible et souveraine est née… ». Ainsi, est sortie la république de la bouche de Ahmed Dini.

Dini, a été trahi par son honnêteté, son intégrité et sa piété. Dans un monde où les intrigues, les trahisons et les volte-face sont de règle, Dini, lui, n’a voulu compromettre aucune de ses qualités, soudé par sa piété. Dini fut doublement victime : les Afars ne lui avaient jamais pardonné d’avoir apporté crédibilité à un Gouled dont ils se méfiaient à juste titre ; les Somalis n’ont pas su reconnaître et exprimer leur gratitude à un homme sans la caution duquel la république de Gouled aurait été livrée à la Comorienne avec un bout de désert grand comme la partie sud du territoire, comme pays et république.

Dini, fidèle à ses principes, n’a pas voulu cautionner la tournure dictatoriale que Gouled a donnée à la nouvelle république. C’est avec mépris qu’il a claqué la porte au sieur de « Beit al Wali » autographeur de décrets à la chaîne. Ainsi, Dini Premier ministre ne pouvait supporter le rôle de figurine à la Barkat Gourad qu’on lui réservait. Ce départ fulgurant fut suivi d’une longue traversée de désert qui l’amènera de l’exil à son passage vers l’au-delà aujourd’hui.

Ahmed, avec Mohamed Ahmed Issa dit Cheiko, fait partie de ces grands hommes Afar à qui notre pays doit ériger des panthéons « … A la Nation reconnaissante, ces illustres héros… ». Au revoir Ahmed, que Dieu te réserve Son Paradis Éternel. A défaut d’une reconnaissance officielle d’une république que tu nous as offerte, sortie droit de ta bouche et fruit de tes sueurs, tu resteras pour nous autres Djiboutiens et enfants de l’Indépendance, un des plus grands de notre histoire, au même titre que Harbi et Gashamaleh.


AHMED DINI, UNE CONSCIENCE NATIONALE

Au delà des nombreuses réactions de compassion suscitées ici et là par la disparition récente de Mr Ahmed Dini Ahmed, il en est surtout une dont la nature mérite beaucoup plus l’attention que toutes les autres car interpellant par simple devoir le bon sens civique. Il s’agit évidement de la réaction officielle étant donné le caractère véritable du destin national conféré au défunt uniquement par notre propre histoire politique. Sachant aujourd’hui ce qu’elle fut, laissons à l’histoire et au peuple d’en juger comme aimait justement le faire cet homme d’exception dont les djiboutiens, à juste titre, ressentirent douloureusement la mort comme un deuil national.

Un homme politique, dit on souvent, est celui qui se trouve déjà là où l’opinion le suivra bien plus tard. Ainsi de Ahmed, parti incompris en décembre 1977, s’en remettant confiant à l’inexorable marche de l ‘Histoire pour attendre patiemment ses compatriotes jusque vers la fin du siècle dernier le rejoindre finalement pour transformer ensemble son dernier essai électoral en janvier… 2003 dans un nouveau millénaire! Car ironie de l’histoire, conférer insidieusement au tout début de l’Indépendance le statut d’ennemi de la République à l’endroit de celui-là même à qui revint pourtant l’honneur et surtout le privilège de la proclamer fut le principal péché originel commis par la jeune république qui venait de naître entre ses mains.

Un péché qu’elle expia hélas douloureusement au prix fort de ses enfants et auquel l’artisan des justes causes, étranger à cette querelle subie parmi ses cailloux chez lui à Obock réussit pourtant à y mettre un terme avec la signature d’ Accords de Paix et de Concorde Civile, Pour saluer sa mémoire, juste deux dates, deux réalités et surtout deux vérités. Interrogé en 1975 par Abdillahi Hadji sur la BBC au sujet des torts des affrontements à Djibouti ville pendant son séjour à Kampala où avait lieu le sommet africain de l’OUA, Dini, tout naturellement avec ce sens inégalé de la répartie opposa la simple réalité à l’insinuation du journaliste auquel avec rare pédagogie, il dispensa un véritable cours de politique intérieure: « S’il vous plaît, ne parlez pas d’Afars ni d’Issas au sujet de ces malheureux affrontements. Parlez plutôt de partisans et de non partisans de l’indépendance» pour ainsi reconnaître logiquement à tout le monde le crédit de la lutte pour l’indépendance. Et pour détribaliser les enjeux. N’en déplaise aux thuriféraires d’hier pourfendeurs, aujourd’hui, Dini indépendantiste en chef et universaliste, était certes oui un Afar mais d’abord dans leurs yeux. « Un juif, disait Sartre, est d’abord juif dans les yeux des autres». Aujourd’hui, beaucoup devraient changer de vision à tout égard. Plus récemment encore souvenons-nous simplement : “Tandis que nous nous efforçons de nouveau aujourd’hui, d’Obock à Yoboki en passant par Arhiba de cimenter le socle du destin de la communauté nationale, ils font tout le contraire».

L’Histoire combattante des peuples s’est toujours affranchie des factices artifices du présent en ce sens que, même si elle pactise hélas parfois au fil du temps avec quelques diables et autorise autres troubadours folkloriques sur le devant de la scène, pour autant, elle ne loge jamais à la même enseigne le sacré et le profane.

Lumumba et Mobutu, De Gaulle et Pétain, Allende et Pinochet, Mandela et autres …Buthelezi de circonstances. Parce que tout simplement l’idéal de justice et de liberté s’inscrit dans l’ordre naturel des choses tandis que les sociétés sont irrémédiablement appelées à changer.

Pour preuve, citons ce courageux mobilisé venu avouer à Dini en campagne à Ali-Sabieh, en janvier 2003, d’avoir pillé sa maison à Obock, “ Papa, disait-il, ils m’ont floué sur ta personne, Pardonne-moi s’il te plaît, Je ne croyais pas que tu étais comme ça”! Ce ne fut certes pas …une pleureuse comme tous ces “qabri ammaan” aux arrnes de crocodiles d’il y a deux semaines.

Malgré le vide patent, l’erreur aujourd’hui serait de regretter la perte de cette figure nationale uniquement pour cause d’imminence du calendrier électoral, Président de la république, sans méprise, feu Idi Amin l’a été aussi et en a fait son dada. Ce n’est pas cela l’important. Sans conteste, Dini valait mieux: la caution morale de tout un peuple, une National Consciousness pour qui, faire évoluer les mentalités importait uniquement” comme l’a si bien rappelé Christophe Farah. II n’y aurait pas plus bel hommage de croire vraiment possible comme lui à l’avènement d’un État de Droit capable de bâtir une identité nationale pour une communauté de destin djiboutienne en prenant rendez-vous avec l’Histoire. A ce prix là, non seulement la sienne mais la mémoire nationale sera réhabilitée par la reconnaissance que la nation toute entière doit à ses justes fils, A lui iyo qaar kalo badane. Officiellement ce jour là.

Bobé Farah. Djibouti


COMMENTAIRES

C’est parce que nous sommes intimement convaincus que tous les Djiboutiens aspirent fondamentalement à la paix et à la réconciliation nationale que nous sommes tous aussi persuadés, qu’ensemble, nous mettrons rapidement en échec les tentatives divisionnistes de ce régime antinational. Parce que nous sommes fiers d’être Djiboutiens.

LA RÉDACTION


Café de Paris : un Septembre noir djiboutien

A l’heure où, des crimes sont dénoncés sous d’autres cieux, et que l’Accord de Paix du 12 mai 2001 prévoyait la lutte contre l’impunité des crimes de guerre, il nous a semblé utile, parce que nous sommes convaincus que la conscience nationale se construit dans la douleur et son dépassement par la Justice et la Mémoire, de rappeler un épisode tragique de notre Histoire nationale. En effet, il y a un peu plus de quatorze ans, au prétexte d’un odieux attentat contre les intérêts français, qui n’arrangeait que le régime en place, des centaines de représentants d’une même communauté ont été sauvagement torturées. Sans que les véritables auteurs de ce crime, ni les commanditaires, ni leurs mobiles, n’aient été formellement identifiés. Par respect pour toutes les victimes innocentes de toutes les exactions d’État.


C’était au début du mois de septembre 1990. De retour de vacances estivales dans son Hexagone, la communauté française, militaires, coopérants expatriés et leurs familles, était au grand complet. La température de notre ville étant encore élevée, les terrasses des cafés ne désemplissaient pas, surtout au début des week-ends, lorsque les militaires entament leur tournée dans ces lieux paisibles, avant d’écumer discothèques et autres bistrots à leur convenance.

Personne n’avait songé que ce jeudi 19 septembre 1990 serait celui de tous les dangers, de tous les malheurs, pour des centaines de familles. Seuls les milieux du renseignement français, avait-on dit, savait depuis deux mois au moins qu’un attentat anti-français se préparait, sans aucune autre précision sur le lieu, ni sur le moment. C’est donc dans ces circonstances que l’acte odieux allait être perpétré.

Lancée de la portière d’un taxi, selon la version officielle, des grenades offensives avaient atterri sur la terrasse du «Café de Paris », moins meurtrières certes que les autres explosifs qui avaient été utilisés au « Palmier en Zinc » en 1977 (6 morts), à « l’Historil » en 1987 (12 morts) ou plus tard au quartier 7 bis (5 morts). Cet attentat a néanmoins fait un mort, dramatique puisque la victime était un petit enfant, et grièvement blessé plusieurs autres innocents consommateurs attablés cette soirée-là.

Minutieusement programmée depuis au moins un an, aussitôt cette phase réalisée, l’étape suivante consistait le plus naturellement du monde à trouver des «coupables» pour ce crime odieux. Ce ne sera pas un individu, ni un groupe, mais une communauté nationale entière qui sera d’emblée désignée comme coupable par le régime : c’est la fameuse piste Gadabourcy. Les foudres de la dictature s’abattaient alors sur des centaines de familles. Pendant plusieurs semaines, toutes les brigades de la Gendarmerie, en passant par l’affreuse « Villa Christophe » et autres lieux d’horreurs, prendront en charge jeunes et moins jeunes, femmes comme hommes, parfois des foyers entiers, pour les soumettre aux plus horribles traitements de la torture et autres traitements corporels inhumains.

Humiliés et blessés, des centaines d’innocents, juste parce qu’ils appartenaient tout simplement à la communauté Gadabourcy, subiront un traitement qui les traumatisera physiquement et psychologiquement à vie. Ces torturés seront à la merci de la barbarie de l’appareil répressif d’un régime cruel dont la véritable nature répressive et ses pulsions agressives étaient ainsi réactualisées.

A la fin des années 80, le régime djiboutien étant à son apogée, l’euphorie suscitée par la chute certaine des dictateurs des deux grands pays voisins qui lui faisaient de l’ombre, et la fascination d’une « sagesse » que lui procurait la présidence de l’IGAD, ne pouvaient que lui offrir la situation rêvée de notre îlot dans cette région troublée, désormais à sa merci. Le mobile de l’acte odieux du « Café de Paris » relève donc de la politique régionale de notre pays dont le régime était animé en ces temps-là par un expansionnisme compromis.

Le régime tenait ainsi à confirmer la balkanisation des tribus, clans, ethnies qui devaient être les premières victimes de l’aliénation de chacun d’eux pour les réduire à des objets mises à la disposition de sa folie démesurée. Raison pour laquelle l’implication active du régime Gouled dans la déstabilisation et la décomposition de la région se devait, bon an mal an, se répercuter sur notre communauté nationale.

Une obsession qui ne découle que de ses propres agressions permanentes, en ce sens que d’autres actes avaient précédé celui du « Café de Paris », où des nationaux de ce même clan avaient fait l’objet de rafles et tués le long de la frontière Djibouto-somalilandaise, en plus de la mise à sac à Balbala de leurs biens pour une valeur estimée à près de 300 millions FD.

Suivirent les tortures des jeunes de cette même tribu de 1989 à début 1990 et l’arrestation de tous les sages de cette communauté, internés dans des camps militaires, tant dans la région de Dikhil que de celle de Tadjourah. Pratique expérimentée par le système colonial contre tous les nationalistes et davantage amplifiée par la dictature issue de l’indépendance.

Le comble de ce machiavélisme au service du crime organisé avait même osé, lors des législatives de 1992, amener et filmer dans leurs quartiers originels, certaines victimes pour leur faire déclarer qu’elles n’avaient rien à reprocher à l’Etat qui les avaient pourtant sauvagement torturées.

Cette mise en scène qui rappelle fortement les manoeuvres des dictatures communistes était destinée à mettre un terme aux revendications des sages de cette communauté meurtrie qui, ayant rencontré l’ancien comme l’actuel Chef de l’Etat, leur avaient demandé de situer les raisons de ces crimes gratuits. Le mutisme du pouvoir prévaut encore à ce jour tant sur le mobile de cette barbarie sans nom que de l’indemnisation des familles.

Pour l’heure, outre les morts suite aux tortures et autres sévices constatés par Amnesty International et un avocat de la place, les rescapés se composent d’exilés et d’handicapés physiques et psychiques dont certains n’ont plus la capacité de procréer. Pour les rares d’entre eux qui ont eu le courage de porter plainte contre l’Etat djiboutien, démunis de moyens financiers pour choisir librement un conseil, la justice leur désigne d’office un avocat de la place qui se trouve être comme par hasard celui de la Présidence.

Même si la presse nationale indépendante et les journaux étrangers aient cité toute l’ampleur que revêtaient les horreurs subies physiquement, psychiquement et matériellement par les cibles désignées dans l’affaire du «Café de Paris», il est important de rappeler ici, qu’aucune des personnes victimes n’a jamais été inculpée pour ce crime odieux!

Dès l’indépendance, la diabolisation de Dini n’augurait rien de bon pour la consolidation de l’Unité Nationale et la coexistence pacifique entre les diverses composantes de la communauté djiboutnne, les attentats perpétrés dans la Capitale, sans mobile, demeurent odieusement nombreux. Pourtant jamais élucidés, ces actes barbares ont toujours fait des victimes directes et indirectes.

Malheureusement pour les successeurs, l’affaire du « Café de Paris » demeure être le démon qui hante encore le régime en place. Il reste toujours d’actualité, sans qu’à aucun moment, les Gadabourcy comme toutes les victimes « clanifiées » n’aient bénéficié du plus simple pardon officiel, en ce 14ème anniversaire de ce qui fut un crime organisé par un pouvoir sur une frange de sa propre communauté nationale. Aux citoyens Djiboutiens de méditer sur ces victimes parmi beaucoup d’autres.


Lu pour vous

A L’HEURE DES COMPTES

Par Francis KPATINDÉ

Jeune Afrique l’Intelligent

n° 2277 du 29 août au 4 septembre 2004

PEUT-ON PASSER L’ÉPONGE SUR DES CRIMES « politiques » au Nom de la réconciliation nationale, de la paix retrouvée ou de la Realpolitik ? Doit-on accorder le pardon à des despotes et à leurs séides, alors même que ces derniers refusent avec ostentation de se repentir et, pour certains, « assument » au grand jour leurs forfaits passés ? Doit-on effacer la responsabilité d’Augusto Pinochet dans la liquidation, entre 1973 et 1990, de milliers d’opposants « communistes et gauchistes », oublier la brutalité, le sadisme et le professionnalisme de ses zélés serviteurs ?

Dans ce débat, vieux comme le monde, la Cour suprême du Chili vient de trancher, en décidant, le 26 août, de priver Pinochet de son immunité, ouvrant la voie à un éventuel procès pour violation des droits de l’homme. Grâce à cet arrêt, historique, pris à une courte majorité, neuf magistrats ayant voté pour, huit contre, l’ancien dictateur, aujourd’hui âgé de 88 ans et atteint, à en croire ses avocats, de « démence sénile », devra rendre des comptes, non pas devant un tribunal international, généralement suspecté de parti pris « droits-de l’hommiste », mais, comme naguère, en Centrafrique, un certain Jean-Bedel Bokassa 1er (et dernier), devant la justice de son pays. Il faut s’en féliciter.

Les avocats des victimes et les proches des « disparus» espèrent pouvoir établir la responsabilité du tombeur de Salvador Allende dans le fameux plan « Condor », cette alliance objective entre les régimes militaires sévissant à l’époque en Amérique du Sud pour l’élimination de leurs opposants respectifs, avec le concours des polices secrètes des différents pays.

La porté de la décision des superjuges de Santiago va bien au-delà des frontières du Chili. Elle prend fait et cause pour ceux qui, en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique et ailleurs, refusent obstinément de confondre amnésie et amnistie, immunité et impunité, de passer par pertes et profits, au nom d’une prétendue paix civile à préserver, les années sombres, les supplices, les pogroms.

Responsables de leurs actes, les exécuteurs de basses oeuvres, les seconds couteaux de la barbarie, mais aussi et surtout leurs commanditaires, doivent rendre des comptes, quitte à se faire pardonner une fois les coupables identifiés, la justice rendue. Il n’y a pas d’autre antidote au crime, au déni de justice et à la dictature.


L‘ARD en tournée de mobilisation

UNE ARDEUR DÉTERMINÉE

Le Comité Exécutif de l’ARD conduit par le nouveau Président du parti M. Ahmed Youssouf Houmed a effectué les journées de vendredi, samedi et dimanche derniers une tournée de travail dans les annexes de la Capitale. L’incontestable réussite de cette tournée témoigne de la vitalité et de la détermination tant de ses militants que de ses dirigeants.


Tout le comité de la fédération d’Arhiba était présent au siège dès 14 heures pour accueillir la délégation du parti emblématique de l’opposition qu’est l’ARD. Les vieux sages ont tenu à assister à cette réunion. Après avoir observé une minute de silence à la mémoire du regretté Président Ahmed Dini Ahmed, le nouveau Président a rappelé que l’année dernière du vivant de son prédécesseur mains en son absence il avait déjà eu l’honneur de diriger une délégation qui a sillonné la Capitale et les régions de l’intérieur durant tout le mois du Chaaba’an 1424.

Cette année la disparition du Père de la Nation et fondateur de l’ARD confère à cette tournée une plus grande importance et exige de tous, dirigeants comme militants, une mobilisation permanente. M. Ahmed Youssouf a déclaré être parfaitement conscient du poids des responsabilités qui sont les siennes et promis de donner de sa personne pour conduire le parti à la conquête des droits inaliénables du peuple djiboutien. Il a affirmé être entouré pour la réalisation de cette mission exaltante mais nécessitant sacrifices et patience, d’une relève dynamique, expérimenté et crédible.

Les vieux sages ainsi que les militants et le comité de fédération ont tour à tour exprimé leur détermination à s’organiser sur des bases nouvelles afin d’insuffler une nouvelle ardeur à la lutte. La même ferveur militante et la volonté de sacrifices se dégageaient de tous les militants rencontrés au cours de ces trois journées passées avec la base du parti dans les trois fédérations que sont Arhiba, Balbala et Quartier 1,2 et 3.

Tous ont dit leur détermination à redoubler d’efforts pour parachever la mission que s’était assigné le défunt qui a déjà tracé le chemin à suivre, non seulement pour honorer sa mémoire mais aussi par conviction religieuse. « Nous avons adhéré à l’ARD comme on entre en religion » ont-ils proclamé en choeur argumentant que si chaque musulman n’ayant pas associé d’autres divinités à Allah peut espérer la Miséricorde divine dans l’Au-Delà, Allah l’accorde généreusement et immédiatement ici-bas à ceux qui refusent d’abdiquer leurs droits inaliénables. Les exemples abondent en Afrique ou ailleurs, de peuples ayant conquis leurs droits de haute lutte, malgré les tentatives désespérées des despotes à se maintenir à tout prix au pouvoir.

« Malgré les mesquineries et les entourloupes du pouvoir, nous sommes déterminés à faire appliquer les Accords de paix d’une manière ou d’une autre ». Les vieux sages priant pour que dirigeants et militants ne soient pas de ceux abdiquent leurs droits, ni de ceux qui empiètent sur les droits de leur prochain. Le saint mois de Ramadan s’annonce studieux pour tout le monde pour préparer le congrès de l’ARD convoqué pour le mois de Shawwaal 1425. Plus que jamais l’heure est à la mobilisation pour surmonter cette pénible épreuve, car le dit un verset du Saint Coran : «…Nous vous éprouverons jusqu’à discerner les combattants d’entre vous et les patients ». Nous en serons ont-ils fini par conclure.

Cette tournée des dirigeants de notre Parti, sous la conduite de M. Ahmed Youssouf, continuera, d’abord dans la Capitale, puis dans tous les districts de l’Intérieur. Elle s’inscrit enfin dans le cadre de la préparation du congrès de notre mouvement.

Ultime instance au sein de laquelle les délégués auront à officiellement se prononcer sur des thèmes cruciaux, tels que les violations de l’Accord de paix du 12 mai 2001 ainsi que les fraudes institutionnalisées qui rendent impossible toute alternance démocratique.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 105 du mercredi 22 septembre 2004

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Réalité numéro 105 du mercredi 22 septembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Hommage à Chehem Daoud Chehem
  3. Condoléances et remerciements
  4. Le dernier message politique de M. Dini
  5. Hommages et témoignages
  6. Ces enfants seront-ils des terroristes ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 105

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

AHMED YOUSSOUF, PRÉSIDENT DE L’ARD

La finitude de l’être humain, le fait de se savoir inéluctablement condamné à la mort biologique, est une donnée anthropologique fondamentale, un invariant universel. Se sachant par définition de passage sur cette terre, et sachant par le Coran que biens et enfants ne sont que factices parures terrestres, l’individu respectueux du don de la vie à lui fait par Dieu tente, en stricte conformité avec les commandements religieux et moraux, de laisser une empreinte positive dans l’Histoire, en hommage à ses prédécesseurs, au service de ses contemporains et comme jalon pour les générations à venir.

L’Histoire coloniale a en son temps enregistré les sacrifices consentis par les ancêtres du regretté Ahmed Dini dans leur résistance aux Italiens et aux Français, tout comme l’Histoire contemporaine a retenu sa propre contribution à l’émancipation du Peuple djiboutien. Même si le sectarisme post-indépendance l’a empêché de consolider l’Unité d’une Nation dont il est le fondateur, en dépit de toutes les tentatives postérieures de manipulation, l’Histoire immédiate de ses contemporains lui reconnaît d’avoir toujours subordonné son action aux impératifs supérieurs de l’intérêt général.

Toutefois, pour que sa vision d’une société djiboutienne réconciliée avec elle-même et oeuvrant, harmonieuse, dans le sens de son Développement, puisse s’inscrire, pour pleinement se réaliser, dans une durée dépassant celle de son existence par définition trop courte, notre ancien et regretté Président se savait compter sur la détermination de celles et de ceux qui l’ont indéfectiblement soutenu dans l’exaltante construction de l’ARD, comme dans la consolidation de l’UAD. C’est avec fierté et humilité que la Direction du parti qu’il a fondé s’est immédiatement attelé à la mission historique qui lui incombe : démontrer jusqu’à la victoire que l’oeuvre survit à son créateur et que chez nous, les personnes sont au service d’un idéal.

Tout naturellement donc, et conformément à nos Statuts, M. Ahmed Youssouf a été désigné Président de l’ARD en remplacement de M. Ahmed Dini. La simplicité de notre nouvel homme fort témoigne de ses convictions sans faille : il n’a jamais transigé sur ses principes, jamais confondu compromis et compromission. Son inébranlable détermination à poursuivre le Combat lui insufflera tant d’énergie, qu’avec l’aide du Très-Haut, il réussira dans sa priorité : mener ses troupes en rangs serrés au prochain Congrès de notre mouvement. C’est sous sa conduite que les responsables de l’ARD entameront, dès vendredi prochain, une tournée dans les annexes du Parti à Djibouti-ville d’abord, dans les districts de l’Intérieur ensuite.

Autant que la Nature, l’ARD a horreur du vide. Si le régime peut se permettre de laisser vacant plus d’un an le poste de Premier ministre, trahissant ainsi tous les déséquilibres qui le condamnent inéluctablement à la disparition, la dramatique urgence de la situation nationale intime à notre Président Ahmed Youssouf de ne ménager aucun effort en direction de toutes les régions de notre territoire et de toutes les composantes de notre Nation : un très proche avenir lui en sera reconnaissant. Il ne peut pas faillir à son Destin, dans l’intérêt général !


Hommage à Chehem Daoud Chehem

1932 – 15 septembre 2004

Trois jours après la disparition de notre Président Ahmed Dini Ahmed, la Nation djiboutienne, encore sous le choc, a été de nouveau ébranlée par la perte d’un autre grand homme en la personne de Chehem Daoud Chehem, combattant de la démocratie et illustre numéro deux du Frud-armé.

Issu d’une famille notable de la région de Tadjourah, le regretté Chehem Daoud faisait partie de cette génération de bâtisseurs qui auront marqué l’histoire de notre pays pour avoir forgé l’identité djiboutienne.

Entreprenant et intrépide, il entre très tôt dans la vie active et s’impose rapidement comme un homme d’affaires influent membre de la Chambre de Commerce de Djibouti.

Grand voyageur, chaleureux et polyglotte, il devient une des personnalités nationales les plus en vue dans les années 70 en tant que député et ministre.

Au lendemain de l’indépendance, il s’oppose à la politique du nouveau régime qu’il pressentait lourde de dérives sectaires et prend alors le chemin de l’exil, en Ethiopie puis en France.

C’est ainsi qu’en 27 années d’indépendance, notre regretté compagnon connaîtra par deux fois l’exil et n’aura vécu qu’une dizaine d’années dans sa patrie.

Peu avant le déclenchement de la lutte armée, accusé de soutenir activement le mouvement armé djiboutien, Chehem Daoud et trois de ses compagnons sont arrêtés et emprisonnés durant six mois en Ethiopie.

En reconnaissance de sa contribution à la lutte et aux souffrances endurées dans les sinistres geôles éthiopiennes, il est désigné par le mouvement rebelle en août 1992, comme son représentant dans les pays Arabes et Africains.

Ami intime et proche conseiller d’Ahmed Dini, son compagnon de lutte et d’exil, il est tout naturellement élu à la Vice-Présidence du FRUD-armé au troisième congrès de ce mouvement tenu dans le maquis en novembre 1997.

Pendant son exil en Europe, notre Vice-Président usera de toute son influence pour aider à l’installation des réfugiés et exilés djiboutiens en Europe et en Amérique.

La diaspora djiboutienne, à laquelle il avait tant apporté, a durement ressenti sa disparition et continue de faire parvenir de nombreux messages de condoléances à sa famille et à l’ARD.

Pour l’ARD, continuité historique du FRUD-armé et pour tous les militants de la démocratie, Chehem Daoud restera un des artisans de l’Accord-cadre de réforme et de Concorde civile signé à Paris le 7 février 2000.

Habile négociateur et fin connaisseur de la société djiboutienne, le dirigeant nationaliste sera accueilli en héros par la Nation djiboutienne toute entière en mars 2000 aux côtés du Président Dini. Les Djiboutiens n’oublieront pas également qu’hospitalisé pour de graves problèmes de santé à Paris, il a courageusement tenu à rentrer au pays pour honorer de sa présence la signature le 12 mai 2001 à Djibouti de l’Accord de paix définitive entre le gouvernement et le FRUD-armé.

Nos concitoyens gardent en mémoire la cérémonie émouvante au cours de laquelle il a été décoré aux côtés du Président Dini au Palais du Peuple.

Au nom de tous les militants de l’ARD, des anciens combattants du FRUD-armé, de la Direction du parti, de la Rédaction de Réalité, et en son nom personnel, le Président Ahmed Yousouf Houmed présente ses condoléances les plus attristées à toute la famille de Chehem Daoud Chehem.

Qu’Allah l’accueille en son Paradis éternel ! Amin.

INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJI’UN


Condoléances et remerciements

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Condoléances du Parti Populaire Social Démocrate

au Vice-président de l’ARD, Ahmed Youssouf Houmed

C’est avec une réelle émotion que je viens d’apprendre le décès de M. Ahmed Dini Ahmed.

J’en suis peiné.

En cette pénible circonstance, permettez-moi de vous adresser au nom du Comité Exécutif du Parti populaire Social Démocrate (PSD), de l’ensemble de nos adhérents, militants, sympathisants et en mon nom personnel, nos condoléances les plus attristées.

M. Ahmed Dini Ahmed fut pour moi, non seulement un compagnon de lutte, mais un frère dont j’apprécie à sa juste valeur, ses qualités d’homme d’Etat et le rôle déterminant qu’il a mené pour faire de Djibouti une nation unie, libre, indépendante et indivisible.

Croyez bien que son action restera vivace et graver pour toujours dans nos mémoires.

Nous sommes de tout cœur avec vous en ces moments difficiles.

Avec ma gratitude, je vous prie d’agréer, Monsieur le Vice-président, l’expression de mes pensées les plus dévouées.

Moumin Bahdon Farah

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Condoléances de la section Q4/Q6

du Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD)

Le Vice-Président et le Trésorier de la section de base du MRD à Q4 et Q6, MM. Saïd Abrar et Mirgan Ali, se joignent aux habitants de leurs quartiers pour adresser leurs sincères condoléances à la famille, aux proches, aux compagnons de lutte de l’ARD et à l’ensemble du Peuple, à l’occasion du décès de notre regretté Président et Père de notre Nation, Monsieur Ahmed Dini Ahmed. Papa Dini, nous resterons à jamais reconnaissants de ta générosité, ta sincérité, ta grande patience, ta longue et difficile lutte pour nous bâtir une vraie Nation. Vous avez été croyant, pieux, pratiquant, défenseur du Bien et des causes justes. Nous continuerons le combat jusqu’à la réalisation de vos voeux d’une totale alternance démocratique dans notre pays.

Inch Allah en 2005 « année de l’espoir » pour notre Peuple. Le combattant est mort, le combat continue. Papa Dini, repose en paix, au revoir au Paradis

Inna Lillaah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun

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Remerciements du Président Ahmed Youssouf

Profondément touché par tous les messages de sympathie adressés à notre parti après le décès de notre Président Ahmed Dini Ahmed, le Président Ahmed Youssouf Houmed remercie toutes celles et tous ceux, personnalités nationales comme étrangères, diaspora djiboutienne comme société civile nationale, qui nous ont soutenus en cette triste circonstance.

Le Président de l’ARD, Ahmed Youssouf Houmed

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Remerciements de M. Mohamed Ahmed Kassim

Au nom de la famille du regretté Ahmed Dini, et en mon nom personnel, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui, innombrables, nous ont témoigné leur sincère sympathie dans cette douloureuse épreuve.

Comme eux, je ne puis manquer de regretter, en tant que citoyen, que les médias d’Etat aient osé occulter la contribution inestimable du défunt à notre Histoire commune : la proclamation de notre Indépendance nationale après une lutte acharnée.

Mohamed Ahmed Kassim, dit Haïssama


Le dernier message politique de M. Dini

Jusqu’à son dernier souffle, le regretté Ahmed Dini aura été un combattant exemplaire. Le texte reproduit ci-dessous et publié dans Les Nouvelles d’Addis constituait sa contribution au colloque tenu à l’Assemblée Nationale française. Le thème central de ce colloque était l’examen des déboires démocratiques dans la Corne de l’Afrique

Colloque Les Nouvelles d’Addis – Les Verts/Paris, Assemblée nationale.

2 février 2004.

Message de M. Ahmed Dini Ahmed, ancien Premier ministre de Djibouti, président de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD).

Monsieur Dini, souffrant, n’a pu participer aux travaux du Colloque du 2 février; il a adressé à l’Assemblée le message ci-dessous, transmis par Mohamed Kadamy.

Ahmed Dini est décédé le 12 septembre 2004 à Djibouti. Ce texte est son ultime message politique extérieur.

Cette salle a vu d’autres colloques pour débattre de sujets aussi sérieux qu’actuels, dignes d’intérêt. Mais celui qui nous réunit aujourd’hui est quelque peu différent par l’approche adoptée pour son organisation par ses initiateurs et par les thèmes choisis pour le débat.

Que les initiateurs soient remerciés pour l’immense effort consacré à l’organisation de ce colloque et tout spécialement le député Vert, Noël Mamère et le secrétaire transnational de ce parti, Patrick Farbiaz, Les nouvelles d’Addis et certains démocrates de la région.

D’abord, l’avantage de l’approche adoptée permet ou permettra, je l’espère, des débats sereins, sans risque de voir s’instaurer des échanges acrimonieux entre les participants.

Ce qui aurait altéré la portée des idées débattues. Cela n’empêchera pas les nécessaires contradictions qui en enrichiront le contenu, il faut l’espérer.

Quant aux thèmes choisis, sans prétention de viser à une portée académique tous les sujets importants, ils permettent cependant de couvrir certains aspects saillants qui nous posent problème, en tant que peuples de la région.

Ceci, bien entendu, découle de constats aussi multiples qu’irréfutables.

Or, que constatons-nous dans nos différents pays ?

L’existence des gouvernements en principe pour gouverner les pays, les diriger sur le développement général, en veillant à la création et au maintien des conditions favorables à ce développement général.

Ce qui comporte nécessairement et notamment l’aménagement du pays, support et source des richesses nécessaires à l’amélioration générale des conditions d’existence des peuples.

La réalité concernant le gouvernement met en évidence le peu de moyens mis à sa disposition qu’il consacre à réaliser les objectifs qui devraient être les siens, maintenant un état de sous développement généralisé, facteur essentiel dans sa politique visant à garder le pouvoir.

Aucune politique de dialogue avec son opposition ne lui paraît tolérable, ni même concevable.

Et lorsque ce dialogue s’amorce à l’initiative de l’opposition, dans de rares occasions dramatiques, les engagements pris sont bafoués par le gouvernement, sans possibilité de recours.

En ce qui concerne l’opposition, tenue par le gouvernement en absolu ostracisme et mépris, n’ayant accès à aucune transparence pour s’informer et agir, elle se limite au rôle ingrat et apparemment négatif de critiquer.

Ce qui parvient à sa connaissance, au risque de finir par ressembler à un unilatéralisme au pouvoir contre lequel elle lutte.

Que faire alors pour sortir de cette situation qui apparaît sans issue ?

C’est pour rechercher des éléments essentiels à ces difficiles questions que les thèmes de ce colloque ont été élaborés et soumis à nos débats ; tout en tenant compte du fait majeur que les peuples de la région ne seront pas les seuls concernés par les réponses qui seront trouvées, mondialisation oblige.

Ceci étant tellement vrai que la plupart des Etats de la corne de l’Afrique présentent des

conditions géostratégiques de première importance, certains parmi eux comme Djibouti abritant à ce titre des bases militaires étrangères.

La Somalie, étant donné ses conditions internes, est soupçonnée à tort ou à raison, de représenter des foyers potentiels de problèmes régionaux.

C’est pourquoi ce pays se trouve mis sous surveillance étroite par les grandes puissances, sur sa façade maritime, ce qui viole, en quelque sorte, sa souveraineté.

Les inconvénients émanant de la présence des grandes puissances dans certains pays, recouvrent parfois l’opposition aux intérêts bien compris des peuples de cette région.

Exemple, lorsque la diplomatie d’une grande puissance s’arrange pour faire participer des contingents militaires – forces de répression dans leur pays – aux forces des Nations Unies pour veiller à la légalité internationale, alors que le contingent constitue une force de répression aveugle chez lui.

Ou bien que cette même diplomatie insiste pour l’envoi comme observateurs d’élections à l’étranger d’agents qui pratiquent chez eux des fraudes électorales en faveur du pouvoir en place.

C’est le cas de Djibouti : Contingent militaire en Haïti, observateurs au Togo, en 2003.

Ceci pour démontrer que tout va bien à Djibouti.

Pour finir, je tiens personnellement à saluer parmi vous, Madame la Ministre des Affaires Etrangères du Somaliland, Edna Adan Ismaïl.

Ahmed Dini Ahmed

Paris, le 2 février 2004


Hommages et témoignages

De très nombreux messages continuent d’affluer au siège de notre Rédaction et sur différents sites Internet. Ne pouvant tous les publier, nous en reproduisons ici ceux qui nous semblent les plus significatifs, dont un leitmotiv se dégage : poursuivre le combat politique.

*

« Nous essayerons d’être fidèles à tes idéaux de justice et de liberté. »

Mohamed Kadamy Youssouf

Nous sommes sous le choc de la disparition prématurée de Ahmed Dini «Hamza».

J’adresse mes condoléances les plus attristées à sa famille. Je m’associe à la peine de ses nombreux amis et des milliers de personnes qui ressentent douloureusement son décès.

C’est une immense perte pour les démocrates djiboutiens, l’ensemble du peuple de Djibouti et pour toute la région.

Nous perdons :

  1. • Un homme de principe d’une intégrité morale exceptionnelle (chose rare en politique)

  2. • Un militant qui a lutté jusqu’au dernier souffle de sa vie pour la liberté et la justice

  3. • Un dirigeant qui a accepté d’assumer la responsabilité d’un front armé à l’âge où d’autres prennent leur retraite

  4. • Un homme d’Etat qui, pour donner une chance à la paix, face à l’intransigeance du pouvoir djiboutien, n’a pas hésité à sacrifier certaines revendications malgré l’opposition de ses meilleurs compagnons.

Vivant, il a été de tous les combats pour la justice et la démocratie ;

Mort, Ahmed Dini restera dans les coeurs de centaines de milliers de personnes comme un symbole de résistance à toutes les injustices.

Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à cet homme exceptionnel, c’est de permettre à son pays d’emprunter la voie de la démocratie.

A son école, nous avons appris à ne pas nous résigner à l’injustice.

Nous essayerons d’être fidèles à tes idéaux de justice et de liberté, Hamza.

Adieu Hamza…

*

Honneur, liberté, intégrité : le combat de Ahmed Dini

COLETTE DELSOL, Directrice des Nouvelles d’Addis

Les Djiboutiens ont perdu un sage et Les Nouvelles d’Addis un ami. Quand nous avons créé ce journal, nous espérions rendre compte des richesses humaines et culturelles de cette région ignorée des médias occidentaux. Jamais nous n’aurions pu espérer trouver un de ses ténors. Ahmed Dini Ahmed était cela, un homme d’une culture exceptionnelle, d’une intégrité remarquable, d’une sagesse ironique et humble, d’une vive intelligence qui savait partager ses passions et ses objectifs, sans asséner, dans la simple démonstration de l’évidence.

Des qualités dissimulées sous une apparence frêle et des yeux rieurs qui recherchaient la connivence ou la provocation amusée.

Maniant avec dextérité l’humour, Ahmed Dini savait quelle arme redoutable il peut représenter, mais aussi quand il fallait y mettre fin pour aborder les sujets essentiels, Djibouti et les Djiboutiens.

Ahmed Dini avait combattu pour l’indépendance de son pays et de son peuple. Il aurait pu, comme tant d’autres, se satisfaire des apparats du pouvoir et regarder avec condescendance le peuple djiboutien.

Mais son seul maître était Allah. Les hommes se devaient, comme lui, de servir Dieu et sur terre, en tant que responsables politiques, de servir leur pays et leur peuple.

Jusqu’à son dernier souffle, il aura tenté d’orienter la politique de Djibouti en ce sens, allant arpenter, souffrant et fatigué, le pays lors des dernières élections législatives, acceptant les

ignominies déversées sur son compte par ses adversaires, engageant ses partisans à modérer leurs troupes pour éviter un bain de sang, tentant par tous les moyens politiques, juridiques et administratifs de faire reconnaître la justice.

Animé par ce désir de justice pour ses concitoyens, il a mené des combats plus ou moins bien compris, même par ses partisans, ; incompréhensions portant plus souvent sur les méthodes que sur les objectifs.

Même dans les affrontements politiques les plus violents, Ahmed Dini n’aura jamais souhaité malheur à ses adversaires au pouvoir. Son sens de l’honneur et sa religion l’en empêchaient. Religion qu’il considérait comme un accord serein entre Dieu et lui, sans besoin de grands discours, ni de démonstrations tapageuses.

A sa famille, à ses amis et à tous les Djiboutiens, Les Nouvelles d’Addis adressent leurs condoléances attristées.

*

Un homme qui a épuisé ses dernières forces à éradiquer la dictature djiboutienne

Ali Coubba

Reims (France), le 14 septembre 2004.- La disparition d’Ahmed Dini est bien entendu un drame pour sa famille. Avant tout, je tiens à présenter mes condoléances à ses enfants et à ses proches. Né en 1932 à Mèle (district d’Obock), il disparaît à 72 ans, au moment où il incarnait la dernière chance d’alternance démocratique pour son pays.

Plus qu’un simple responsable politique, Ahmed Dini faisait partie de ces hommes « sur qui la société repose» . Ses moindres propos étaient commentés à travers le pays, suscitant ici l’admiration, là la haine. Il avait le don, le génie, des formules frappantes auxquelles l’opinion publique adhérait spontanément. Pour fustiger la fraction du FRUD qui prit la partie de négocier avec le régime en 1993, il lance en 1994 le terme Agabaa.

Le décès brutal de l’ancien Premier ministre de Djibouti (de juillet à décembre 1977) n’endeuille pas seulement sa famille. Elle plonge dans la consternation tous ses concitoyens (Afars, Somalis et Arabes).

Au-delà de sa patrie, le triangle Afar peut pleurer légitimement ce «fils» prodige.

Cet été, des nouvelles contradictoires circulaient sur l’état de santé d’Ahmed Dini. Nombre de nomades et de citadins que j’ai croisés, en Ethiopie, désiraient lui témoigner leur compassion.

Ahmed Dini était un homme pieux, très versé dans le domaine religieux. Tout aussi immense était son érudition en matière de la culture afar. Sa famille appartenait à la plus prestigieuse et la plus ancienne dynastie sultanique afar : Ad’ali ou Adal. Pourtant, la postérité ne retiendra de lui qu’une seule image : la figure attachante du dirigeant politique.

Son éloquence fiévreuse et litanique (propre à la culture afar et somali), émaillée d’ironie et de séduction, galvanisait des foules. Dans un pays manquant cruellement de culture politique, il n’a jamais pu donner toute la mesure de son génie.

C’est pourquoi, parfois incompris, il était capable de prendre le parti de se «taire». Ce qu’il fit de 1977 à 1981, puis de 1982 à 1991, en s’exilant à Obock, dans le nord du pays.

L’avènement du FRUD, en 1991, allait transfigurer ce politicien singulier et le propulser de nouveau au devant de la scène politique. Son tempérament naturel le poussait davantage à séduire qu’à convaincre son interlocuteur. C’est pourquoi il sera regretté et par ses amis et par ses adversaires.

A cause de sa propension à vouloir concilier croyances religieuses et convictions politiques, de la trahison de ses « amis » et de ses volte-face brusques, Ahmed Dini a manqué beaucoup de rendez-vous. En dehors d’une brève

vice-présidence de 1959 à 1960, des fonctions de ministre et de député (de 1963 à 1973), et enfin de la primature en 1977 (de juillet à décembre), il n’a jamais occupé la première place.

Pourtant, il en avait le profil, la pondération et la maturité. Entre lui et la magistrature suprême, la distance fut souvent petite.

Mais le destin a voulu qu’il s’en approche souvent sans jamais pouvoir le saisir. Nul doute qu’il aurait donné une notoriété enviable à notre petit pays !

Pour ma part, je garderais du défunt l’image d’un homme qui a épuisé ses dernières forces, entre 2001 et 2003, à éradiquer la dictature djiboutienne. Une dictature archaïque et moyenâgeuse.

Sa vie se confond quelque part avec l’histoire de son pays. Animée de grandes espérances, mais si souvent contrariée.

L’ultime hommage qu’on pourrait lui rendre ne serait-il pas de réaliser son combat inachevé ?

*

Ahmed Dini : Homme d’épée, Homme de paix

Maki Houmedgaba, Représentant de l’ARD en France

(13 septembre 2004). Né en 1932 à Obock dans la première capitale de la future Djibouti, Ahmed Dini Ahmed aura tout donné pour son pays. Père de l’indépendance nationale, homme d’Etat et homme de culture, la personnalité immense de Monsieur Dini a couvert de son ombre toutes les générations d’hommes politiques djiboutiens, comme elle a tracé les sillons de toutes les carrières politiques et administratives nationales depuis 50 ans.

L’honneur revient aux Djiboutiens dans leur ensemble d’avoir un jour compté un homme de cette graine parmi eux. C’est toute la nation djiboutienne qui est désarmée face au défi du vide sidéral laissé par cette disparition.

L’honneur revient aussi à l’opposition djiboutienne regroupée au sein de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD) qui l’avait élevé à sa tête, ainsi qu’aux militants de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD) qu’il présidait.

Les centaines de condoléances reçues par la famille et par les militants du parti donnent la mesure de la reconnaissance des Djiboutiens pour la lutte menée par leur père à tous. Et la seule manière de persévérer est encore d’être digne de lui, et digne du combat qu’il a légué.

En revanche, l’horreur dans toute sa froideur, orne aujourd’hui les visages de l’ancien président Hassan Gouled Aptidon et de son successeur Ismaël Omar Guelleh qui ont, tour à tour, misérablement trahi la confiance placée en eux et la main tendue par M. Dini pour construire ensemble une nation unie et démocratique.

Hélas, Djibouti a perdu son premier citoyen et son premier modérateur, et court désormais le risque d’un embrasement sans fin des cœurs et des esprits.

Il faut se le dire simplement. L’injustice et les frustrations sont si grandes à Djibouti que, si nous ne nous inspirons pas de M. Dini, nous risquons de compter les morts à Djibouti.


Ces enfants seront-ils des terroristes ?

OBOCK:L’AVENIRDÉSESPÉRÉ

Humains (LDDH) : comment le régime djiboutien et certains donateurs extérieurs osent-ils impunément et toute honte bue prétendre avoir réhabilité pour à peine un million de nos francs une salle de classe à Médého ? Quand on sait que le régime dépense beaucoup plus dans la plus petite de ses distributions électorales de khat, le constat a de quoi être alarmant : la communauté internationale contribue à sa manière à la consolidation de la mauvaise gouvernance et à l’oppression des peuples, et subsidiairement à la dilapidation des deniers publics prodigués par certains peuples européens démocratiquement plus avancés.

Pour vérifier de visu la situation dans une de ces zones dévastées par le conflit civil, M. Jean-Paul Abdi Noël, le Président de la LDDH, a tenu à se rendre lui-même sur place pour mesurer l’ampleur du chantier. De ce carnet de voyage, il a ramené une discussion à bâtons rompus avec les plus jeunes citoyens de cette portion de notre territoire national. A nos concitoyens de lire avant tout ce témoignage, en gardant à l’esprit ce lucide constat du Président Bush selon lequel il convient, pour durablement combattre le terrorisme international, d’en éradiquer les racines : celles qui nourrissent le désespoir de l’être humain. Voici, en toute simplicité, ce que les jeunes écoliers et collégiens d’Obock ont tenu à raconter.

Ali : On vient nager tous les jours car, à part jouer au foot par cette chaleur étouffante et dans ce khamsin, il n’y a aucune autre distraction ici : pas de salle de cinéma, la maison des Jeunes toujours fermée depuis longtemps, aucune salle de lecture, rien ! C’est complètement mort ici. Même en période scolaire, il n’y a rien pour se distraire. D’ailleurs, c’est même difficile de tout simplement s’instruire car, la plupart du temps, la centrale électrique est en panne : demandez aux autres écoliers citadins comment ils feraient s’ils étaient obligés de faire leurs devoirs le soir chez eux à la lueur d’une lampe.

Ahmed : Ne pensons pas qu’à nous-mêmes. Moi, ce qui me chagrine aussi, c’est que cette année, aucun écolier d’une école de notre brousse n’a passé son entrée en sixième, comme si le CM2 n’existait plus là-bas. Je crois que dans notre district, il y a au moins si autres écoles en dehors d’Obock, je ne comprends donc pas pourquoi aucun écolier n’en est venu pour passer son entrée en sixième. C’est grave et personne ne s’en soucie.

Mohamed : C’est peut-être un problème de transport. Toutes les pistes en brousse sont fichues depuis la guerre et en plus il y a très peu de 4×4 qui circulent dans notre région. Peut-être parce que les gens sont devenus tellement pauvres à cause de cette guerre qu’ils n’ont plus les moyens de louer un 4×4 pour amener les provisions qu’ils viennent acheter à Obock.

En plus, depuis que le bac est tombé en panne, les boutiques d’Obock sont souvent vides. Alors, beaucoup de gens qui habitent en brousse préfèrent aller avec leurs chameaux se ravitailler à Tadjourah, surtout ceux qui vivent autour de Mabla.

Hassan : Justement, moi j’ai de la famille à Mabla et j’aimerais bien y aller. Le problème, c’est que je ne trouve aucun 4×4 pour m’y emmener. En plus, mon père manifeste tous les jours devant le bureau du chef du district car on lui refuse sept mois de salaires…

Ahmed : C’est vrai ! Toute la ville est au courant. C’est injuste. Ils sont une vingtaine de coolies et de cantonniers auxquels le gouvernement refuse sept mois de salaire alors qu’ils ont travaillé dur. La politique, c’est vraiment méchant !

Hassan : Il paraît même qu’une parente de l’un d’eux a été récemment ramenée de la brousse parce que sa grossesse se passait mal. Eh bien, je vous jure qu’il a fallu se cotiser pour acheter le gasoil pour l’ambulance ! D’ailleurs, c’est toujours comme ça que ça se passe : si on ne paye pas le gasoil, pas d’ambulance. Mais il paraît que c’est aussi comme ça dans tous les autres districts du pays, sauf dans la ville de Djibouti.

Mohamed : Mais les choses sont plus graves à Obock. La ville a été détruite pendant la guerre. Le gouvernement nous a fait beaucoup de promesses. Le Président de la République a même apporté des sacs de ciment pour commencer à reconstruire, mais tout a disparu mystérieusement sans qu’aucune maison n’ait été bâtie avec. Maintenant, il paraît que les Européens ont donné beaucoup d’argent au gouvernement pour reconstruire les maisons détruites, mais on le donne parfois à des habitants dont la maison n’a pas été détruite. En plus, je ne comprends pas pourquoi les Européens veulent qu’on habite dans des maisons aussi petites, qui n’ont qu’une seule chambre pour dormir. Je ne sais pas si les maisons sont aussi petites que ça en Europe. Je me demande où les enfants dormiront quand il pleut : peut-être dans la cuisine où les WC ; en tout cas, la véranda n’est pas couverte. Je sais qu’il ne pleut pas souvent chez nous, mais ce n’est pas une raison pour construire des maisons qui n’ont qu’une seule chambre à coucher

Ali : En plus, ce n’est pas totalement gratuit, parce que le gouvernement demande aux gens de payer eux-mêmes une grande partie des travaux de construction. Ici, les gens qui travaillent ne sont pas nombreux, c’est pour cela qu’il n’y a aucune banque dans notre ville.

Alors, je ne sais pas comment les gens pourront payer leur part pour avoir ces nouvelles maisons, si petites, si minuscules.

Hassan : Excusez-moi, mais je dois vous quitter. Il est l’heure d’aller prier et je dois ensuite apporter à manger à ma tante qui est hospitalisée au dispensaire depuis avant-hier.

La pauvre, je ne sais pas comment elle fait pour dormir le soir, avec tous ces moustiques, parce que la plupart du temps, il n’y a pas d’électricité à cause de la centrale qui tombe toujours en panne. Le médecin et les infirmiers sont bien sympa, mais ça ne suffit pas pour soigner tous ces pauvres malades.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

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Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

 ARD

SPECIAL N°4

Sommaire

  1. EDITORIAL

2. La Nation perd un de ses plus illustres fils

3. Messages et témoignages

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 104

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

LE COMBATTANT MEURT,
LE COMBAT CONTINUE

Débarrassons-nous de l’anecdote : même des dignitaires du régime ont tenu à marquer de leur présence les funérailles de notre Président, le regretté Ahmed Dini. Ce qui nous touche : la compassion est effectivement une valeur universelle. Toutefois, comme l’honnête homme, nous ne pouvons manquer d’émettre au moins une réticence qu’impose le bon sens : celle qui consiste à se demander comment peut-on tour à tour insulter la personne du vivant et saluer la mémoire du défunt ?

Car l’anecdote a sa morale : c’est peut-être ce qui explique que le parti au pouvoir ait en même temps assuré la sécurité policière du cortège funéraire en ce dimanche soir, tout en laissant sa télévision diffuser des chansons quelque peu déplacées.

Cette indécence festive officielle venant polluer des condoléances personnelles, donc sincères, montre dans tout son cynisme et dans toute sa mesquinerie le despotisme du pouvoir en place : il est futile de feindre regretter la disparition d’un tel homme d’Etat, hier présenté comme l’irréductible ennemi à abattre. Mais il ne s’agit pas de rêver : un dirigeant qui n’a d’Histoire qu’usurpée et extorquée n’a pas la grandeur nécessaire pour honorer comme il se doit, et comme l’avait souhaité nos concitoyens, celui qui a proclamé l’Indépendance de notre pays !

Eu égard justement à la profonde et unanime tristesse de nos concitoyens, rappelons l’importance cruciale du contexte dans lequel survient ce qui est véritablement vécu comme une tragédie nationale : l’horizon obscur de la prochaine élection présidentielle. La précipitation dans laquelle le régime a déjà concentré tous ses efforts vers cette échéance fondamentale suffit à démontrer qu’avant ce drame, il ne considérait nullement sa victoire acquise.

Car, entre un candidat à sa propre succession, réduisant la mission politique à une grossière comédie sur fond de distribution de khat, au passé connu de tous et au passif enduré par presque tous, et un leader indépendantiste unanimement considéré pour son engagement sans faille dans la construction d’une Nation Djiboutienne respectueuse de sa diversité, pour qui tout dirigeant digne de ce nom doit avant tout se respecter pour prétendre mériter la confiance de ses concitoyens, le verdict était indéniablement connu d’avance.

Si, toutefois, la volonté populaire n’était pas étouffée, comme dans le passé, par les différents baillons administratifs, militaro-policiers et constitutionnels.

Mais, Gloire à Lui, le Tout-Puissant qui prédétermine notre destinée en avait décidé autrement, et c’est ainsi la fin d’une époque qu’illustre si pitoyablement ceux du régime : celle où le chef charismatique guidé par ses convictions est prétendument supplanté par le caïd accidentel et le figurant circonstanciel. (Suite en page 4)

C’est pourquoi terminons par l’essentiel : contrairement a ce qu’a inconsidérément propagé une dépêche de presse complaisante et orientée vers la consommation externe, le regretté Ahmed Dini n’avait absolument pas été pressenti pour une quelconque candidature, ni par son parti, ni encore moins par l’opposition démocratique regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique.

Tout simplement parce qu’il y a une différence fondamentale entre compétition sportive et compétition électorale : contrairement à la première, il ne s’agit pas dans la seconde de tout juste participer, surtout quand il n’y a ni règles ni arbitre impartial. En clair, on entre dans l’arène politique pour gagner, pas pour être spolié !

Or, en l’état actuel de l’environnement institutionnel djiboutien, et considérant l’ampleur organisée et le caractère systématique des fraudes qui ont discrédité les dernières législatives de janvier 2003, rien ne pourrait justifier un changement miraculeux des fraudeurs patentés. Coupables de surcroît d’une inacceptable violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : le régime djiboutien voudrait être le seul au monde à consolider la paix en aggravant les causes du conflit civil.

Quand on ambitionne un destin politique, la première rigueur consiste à ne pas mentir à ses concitoyens, à ses sympathisants et à ses électeurs : puisqu’il est clairement établi que, dans le système tel qu’il s’impose aujourd’hui, seul l’ancien parti unique au pouvoir et ses alliés à géométrie variable peuvent remporter une consultation électorale quelle qu’elle soit, il est de notre devoir d’en prendre acte… en acte ! Et d’en informer toutes celles et tous ceux qui voient en nous une chance d’alternance démocratique pacifique.

Ce débat traverse l’opposition depuis quelque temps et la question devra être tranchée dans un proche avenir : il n’est pas sérieux de donner d’infondés espoirs lorsque la mécanique frauduleuse est si profondément implantée, qui plonge ses racines dans le déni des droits fondamentaux tels que la citoyenneté et le travail. Il faut donc impérativement définir la stratégie qu’implique la situation : si une vaste prise de conscience agissante de toutes nos concitoyennes et de tous nos concitoyens peut se dresser contre cette dictature sortie des urnes, il faut en définir les modalités pratiques, en procédant à l’évaluation la plus précise de toutes les variables à prendre en considération. Restons donc tous mobilisés et refusons la régression que ce régime prétend nous imposer !

Le seul fait de nous lire en cette douloureuse circonstance est la preuve la plus éclatante que, si le Combattant meurt, la Lutte continue. Nous en avons toujours été intimement convaincus et le sommes encore plus aujourd’hui.

Merci de nous en assurer.


La Nation perd un de ses plus illustres fils

AHMED DINI AHMED 1932- 12 SEPTEMBRE 2004

Rappelé à Dieu le dimanche 12 septembre 2004, Ahmed Dini a rejoint sa dernière demeure accompagné par tout un peuple profondément attristé. En ces moments difficiles mais surmontables, nos lecteurs, amis et concitoyens ne trouveront pas dans nos colonnes une hagiographie de l’honnête combattant que fut notre maître et compagnon.  » Réalité  » rappelle sommairement le parcours exceptionnel d’un croyant engagé et d’un homme d’Etat.

« Quand le croyant parle, il entend dire la vérité, et quand on lui parle, il croit entendre la vérité  » Cette phrase prononcée en octobre 2002 par le regretté Président de l’ARD pourrait résumer l’intensité de l’engagement politique de cet homme d’action au-dessus du commun des mortels, par la Grâce du Tout-Puissant.

Ahmed Dini aimait également à répéter :  » Le faible est celui qui ment, pas celui auquel on ment  »
Elevé dans une famille pieuse et lettrée, il a très tôt acquis le goût de la lutte et l’aversion pour toute forme d’injustice.

Arrivé très tôt dans la Capitale, son caractère batailleur le conduit tout naturellement au militantisme syndical, puis à l’action politique. Son combat politique commencé au début des années 50 lui permettra en 1959 de devenir, à l’âge de 27 ans, vice-président du conseil, la plus haute responsabilité accessible à un autochtone en ces temps.

En seulement treize mois de  » pouvoir « , Ahmed Dini marque de son empreinte la vie politique nationale, en faisant de l’africanisation des cadres son principal cheval de bataille. L’administration coloniale réclame et obtient alors son limogeage en juin 1960. En démocrate convaincu, Ahmed Dini se retire élégamment après le vote d’une motion de défiance contre lui à l’Assemblée Territoriale.

De 1960 à 1970, il devient une personnalité incontournable connue pour sa combativité indéfectible et sa droiture morale. Ses passages aux affaires restent éphémères et remarqués, mais ce sont surtout ses longues périodes dans l’opposition à la direction de l’UDA qui feront connaître et apprécier l’homme de conviction que fut Ahmed Dini et qui lui vaudront sa notoriété nationale.

A partir de 1971, Ahmed Dini sera à la pointe du combat pour l’émancipation et l’unité nationale. La Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) qu’il dirige aux côtés de Hassan Gouled et du regretté Cheiko devient en 1975 le grand parti de masse avec lequel le pouvoir colonial sera contraint de négocier l’Indépendance de notre pays.

Ahmed Dini est ainsi le premier leader politique djiboutien à faire autour de sa personne une unanimité qui dépasse les clivages ethniques. C’est tout naturellement, qu’après le référendum du 8 mai 1977, il accède à la fonction de premier Président de la nouvelle Assemblée Nationale. A ce titre, lui échoit l’honneur historique de proclamer l’Indépendance de la République de Djibouti le 27 juin 1977 à minuit.

Devenu premier Premier ministre en juillet 1977, il démissionne de ce poste cinq mois plus tard pour marquer sa désapprobation avec les dangereuses dérives sectaires initiées par son pourtant ami et compagnon de lutte, le Président Hassan Gouled Aptidon.

Il entre alors en opposition et tente de créer un parti d’opposition véritablement national avec un vétéran de la lutte indépendantiste, Moussa Ahmed Idriss, épaulés par MM. Abdallah Kamil, Hachi Abdillahi Orah, Mohamed Saïd Saleh et tant d’autres. Ils seront tous emprisonnés pour être relâchés quelques mois plus tard, après l’instauration du parti unique.

Ahmed Dini se retire alors à Obock et assiste, pendant plus d’une décennie, à la destruction de notre pays. Ainsi, qu’il l’avait prévu et déploré dès sa rupture consécutive aux exactions de décembre 1977, c’est de là qu’il a suivi attristé les déchirements de l’année 1991.

Contraint en novembre 1991 de quitter sa ville entièrement désertée par ses habitants fuyant les exations gouvernementales, il s’est réfugié en décembre de cette année dans le nord d’Obock, en zone contrôlée par la rébellion du FRUD. Coopté à l’unanimité par le mouvement rebelle en janvier 1992, comme son porte-parole, Ahmed Dini s’est engagé à l’âge de 60 ans dans le combat pour la démocratie et l’égalité.

Une décennie d’exil après, le leader nationaliste a retrouvé sa terre natale en mars 2000, à la faveur d’un accord de paix signé le 7 février à Paris. Qui aboutira, après de difficiles négociations au cours desquelles il devra faire preuve de toute sa sagesse, pour éviter au pays un nouveau déchirement, à l’Accord de Paix du 12 mai 2001 signé à Djibouti et que le Chef de l’Etat s’était solennellement engagé à scrupuleusement respecter, tout en décorant Ahmed Dini de la plus haute distinction nationale.

La violation systématique et éhontée de cet Accord historique par la partie gouvernementale au plus haut niveau, a certainement et négativement pesé sur sa santé qu’avaient déjà fragilisée plus de deux décennies de trahisons et de reniements dont il fut victime.

La création de l’ARD, partie prenante de l’opposition nationale regroupée au sein de l’UAD, a été son ultime tentative pour œuvrer à l’édification d’une Nation Djiboutienne véritablement démocratique et enfin réconciliée avec elle-même.

Terrassé par la maladie, c’est enfin entouré de l’amour des siens, de la considération de ses compagnons de l’UAD et du respect unanime de ses compatriotes, qu’Ahmed Dini s’est éteint à Djibouti le 12 septembre 2004, sans avoir assisté à la concrétisation de ses idéaux, mais apaisé d’avoir tenté, jusqu’à la fin de ses jours, d’établir entre tous les Djiboutiens la Paix des cœurs comme le prône l’Islam.

Dini le mortel est parti, Allah l’Eternel reste !
Inna Illaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun


Messages et témoignages

**

Union pour l’Alternance Démocratique
(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Au nom de l’Union pour l’Alternance Démocratique et en mon nom personnel, j’adresse mes condoléances les plus attristées à la famille de notre très regretté Président Ahmed Dini Ahmed. Homme de parole et combattant de la Liberté, Ahmed Dini Ahmed a toujours été en première ligne pour la défense des valeurs chères à tout peuple et à toute personne : la Justice, les Droits de l’Homme, la Liberté et l’Unité Nationale.
Pieux, l’Homme d’Etat que nous avons connu était une personnalité exceptionnelle.

A nos concitoyennes et concitoyens nous promettons que le Droit et la Justice vaincront l’arbitraire.
En ami convaincu de la justesse de son combat, je ne puis que garantir la poursuite du juste combat qui nous a unis, pour consolider les idéaux de Paix, de Justice et de Démocratie dans l’Unité retrouvée.
Qu’Allah l’abreuve en Son Paradis.

Pour l’UAD
Ismael Guedi Hared


Front pour La Restauration de l’Unité et de la Démocratie
(FRUD)

C’est avec stupeur et grande tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur AHMED DINI AHMED, intervenu dans l’après-midi du 12 septembre 2004.

Avec la disparition d’AHMED DINI, le pays perd un grand homme d’Etat qui s’est toujours distingué, en première ligne dans les combats pour les causes justes : comme l’Indépendance, la Démocratie et la Justice. Je sais pour l’avoir côtoyé quelque temps, son sens élevé de l’Etat, sa vaste culture et sa ferveur pour la religion musulmane qu’il pratiquait avec piété et humilité.

Je présente au nom du FRUD et en mon nom personnel nos condoléances les plus attristées à sa famille et à ses proches et à ses amis.

 » INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJIOUN « 

Le Président du FRUD
Ali Mohamed Daoud


Ligue Djiboutienne pour la Défense des Droits Humains
(LDDH)

La République a perdu, le 12 septembre 2004 vers 15 heures, un grand homme d’Etat, un sage et courageux patriote Ahmed Dini Ahmed. C’est au nom de la LDDH et en mon nom personnel que j’adresse mes sincères condoléances à la famille et aux proches du regretté Ahmed Dini Ahmed. Il fut, pour moi, un compagnon de lutte pour l’indépendance de notre pays. Porte-Parole et Directeur du journal  » Le Populaire « , j’ai été, lors de ces heures glorieuses, son proche collaborateur en charge de l’administration du parti indépendantiste, la Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance – LPAI.

Puis, entre le 8 mai 1976 et le 27 juin 1977, c’est en tant que Secrétaire du Bureau de l’Assemblée Nationale, et sous la Présidence de Ahmed Dini Ahmed, Président du pouvoir législatif, que j’ai travaillé dans la commission mixte composée de la France et du gouvernement de transition. Toujours animé d’une intégrité intellectuelle et morale sans faille, Ahmed Dini Ahmed, une personnalité politique exceptionnelle, avec qui j’ai toujours entretenu d’excellentes relations était, à tous égards, le véritable Père de la Nation. Il était le principal artisan des textes fondamentaux de notre République et des Accords de coopération avec la France dans ces années-là.

Courageux, persévérant, ferme, dans ses décisions et brillant orateur (dans toutes les langues de notre pays), il fut celui qui avait réussi à mobiliser l’ensemble de la population djiboutienne, dans l’Unité, pour l’accession à notre souveraineté nationale et internationale. J’ai connu cet homme de parole qui a toujours respecté ses engagements dans la patience et l’abnégation. Fin négociateur, il avait réussi à mener avec doigté le long et difficile processus des pourparlers avec l’administration coloniale entre 1975 et 1977. Je rends ici hommage à mon compagnon, à l’homme d’Etat, au grand Homme qui m’a appris que la fermeté et l’intransigeance doivent toujours guider toute question relevant de la défense des Libertés et des Droits fondamentaux. Pour lui, ce n’était qu’ensemble que nous pouvions combattre avec efficacité en faveur du Bien-être de nos populations rassemblée contre l’arbitraire et l’injustice.

Depuis la création de la LDDH le 9 mai1999 jusqu’à la signature de l’Accord Cadre à Paris du 7 février 2000, grâce à ses impulsions démocratiques, à sa foi et ses convictions personnelles, il n’avait pas manqué, quelles que soient les circonstances, de consulter les Défenseurs des Droits de l’Homme de la LDDH, pour le respect des Libertés, sur toutes les questions relevant du respect des Droits de l’Homme, surtout en cette période difficile où les exactions sur les populations civiles du nord et sud-ouest étaient des pratiques régulières et courantes du régime, pratiques intolérables, insoutenables et inadmissibles.

Avec sa disparition, nous perdons aujourd’hui, le négociateur hors pair, actuellement le seul homme politique clairvoyant et soucieux de la promotion de l’intérêt général dans un pays qui sort d’une guerre fratricide de dix ans. Il appartient aujourd’hui à tout responsable politique et principalement au gouvernement de réaliser les vœux de notre regretté, compagnon et ami populaire, Ahmed Dini Ahmed : l’application effective des accords de paix du 12 mai 2001, car Ahmed Dini Ahmed n’a jamais failli à ses engagements.

Mon frère Ahmed Dini Ahmed, je peux t’assurer que le peuple est reconnaissant et compatissant.

Adieu frère Ahmed Dini Ahmed, que Dieu Tout-puissant garde ton âme en Paix. Amin

Le Président de la LDDH
Jean-Paul Abdi Noël


COMMUNIQUÉ DE L’ARD

En cette douloureuse occasion qu’est la disparition d’Ahmed Dini, Père de la Nation, la Direction de l’ARD partage sa tristesse avec l’ensemble de la population djiboutienne.

La Direction de l’ARD remercie toutes ses concitoyennes et tous ses concitoyens pour l’émouvant hommage rendu à la mémoire du regretté Ahmed Dini et les exhorte à continuer son juste combat pour l’édification d’une Nation harmonieuse, juste et démocratique.

Enfin, la Direction de l’ARD demande à ses militants de rester mobilisés et de continuer les travaux au sein des annexes pour préparer le futur congrès du parti.

La Direction de l’ARD


REMERCIEMENTS

La famille du regretté Ahmed Dini remercie toutes celles et tous ceux qui, par leurs messages, témoignages, prières, présence et soutien, lui ont témoigné leur sympathie en cette douloureuse circonstance.

Qu’ils trouvent ici l’expression de sa plus sincère gratitude.

Inna Lillaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun

Au nom de toute la famille
Cassim Ahmed Dini


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

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Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’Awaday avant le Day
  4. M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)
  5. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)
  6. Souveraineté pour l’Irak
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 103

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DECENTRALISATION :

TRAHISON AVEC PREMEDITATION

Ce qui est pathétique dans le triste spectacle politique que ce régime inflige à ses concitoyens, c’est que les gesticulations des figurants qu’il envoie en première ligne en leur imposant les plus douloureuses contorsions, cherchent à vainement masquer une usurpation fondamentale. Le droit de dire tout et son contraire, n’importe quoi tout en faisant son contraire, presque simultanément, n’est possible que pour le privilégié qui n’a aucun compte à rendre, et d’abord à sa propre personne. Posture carpe diem heureusement en voie de disparition partout ailleurs dans le monde, mais qui a malheureusement cours ici, comme l’illustre de façon caricaturale la dernière intervention du Premier ministre à l’Assemblée Nationale lors d’une séance impromptue sur les difficultés à instaurer la décentralisation en République de Djibouti.

Par une volte-face qui n’étonnera que les plus candides, celui qui n’a pas absolument aucun compte à rendre à un pouvoir législatif, devant lequel il n’est constitutionnellement pas responsable, a annoncé que son gouvernement, subitement plein de sagesse, et de respect pour ses concitoyens comme pour les partis politiques d’opposition, estimait trop lourd pour ses maigres épaules le fardeau de la décentralisation. Nous apprenant incidemment l’énorme priorité que son chef de gouvernement y accorderait, croyant savoir que les partis politiques de l’opposition y auraient montré leur attachement et étant donné l’importance que le peuple djiboutien attacherait à sa concrétisation, il s’engage à prochainement provoquer un vaste débat national sur la question. A la bonne heure ! Tirer d’abord, discuter ensuite : telle semble la philosophie sauvagement western en vigueur, qui nous oblige à rappeler quelques malversations, commises par l’autre partie signataire, contre une décentralisation qui devait être l’un des acquis majeurs de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Après en avoir complètement, illégalement et unilatéralement dénaturé la portée, vouloir aujourd’hui nous associer à un prétendu constat d’échec ou d’impossibilité de cette avancée démocratique est donc la dernière trouvaille de ces dirigeants dont le sérieux n’est manifestement pas la qualité première. Il nous est difficile d’oublier que l’Assemblée Nationale, certainement sur instruction du chef de l’Etat, a estimé utile de remanier le projet de loi s’y rapportant, tel qu’adopté par les négociateurs et annexé à l’Accord, en abrogeant purement et simplement l’article instituant une Commission Nationale de Décentralisation chargée de veiller à la mise en place des régions décentralisées. De composition mixte, c’est elle qui devait normalement piloter tout le processus et en évaluer les difficultés, le cas échéant. Dire que cette nouvelle manœuvre bassement politicienne, visant à impliquer l’opposition dans une posture de constant sabotage risque fort de rencontrer une fin de non-recevoir, c’est encore rester courtois, par respect pour nos concitoyens et lecteurs. Car, en considérant l’ensemble du contentieux qui nous oppose au régime, tant en ce qui concerne la violation des principales dispositions de l’Accord de Paix que pour ce qui est de la participation de l’UAD aux dernières législatives, nous associer à une instance de concertation prétextée par le gouvernement équivaudrait à faire fructifier le produit d’un vol.

Si ce régime de gaspillage et de fraude souhaitait réellement une quelconque avancée démocratique dans ce domaine, il aurait commencé par budgétiser le nouveau district d’Arta ou ne pas condamner celui d’Obock à l’enclavement.


Brèves nationales

Célébration de l’Indépendance :

Un 27ème anniversaire des plus moroses

De l’avis général, les festivités marquant la célébration de la fête de l’Indépendance étaient empreintes cette année d’une grande morosité. Pourtant, le régime en campagne n’avait pas lésiné sur la propagande et les artifices. Rien n’y fit : tant dans la Capitale que dans les districts de l’Intérieur, les réjouissances populaires n’avaient rien de la spontanéité et de l’éclat d’antan. Plus préoccupés par leurs conditions de vie quotidienne qui se dégradent, nos compatriotes ne cachaient par leur ras-le-bol à l’encontre des dirigeants qui ont échoué et leurs sempiternels mensonges.

En effet, la réalité vécue au quotidien contredit durement les promesses de lendemains qui chantent, sans cesse ressassées par ce régime d’affairistes.

Comment oublier que depuis le début de ce mois, les coupures d’eau et d’électricité, qui sont redevenues quotidiennes dans plusieurs quartiers de la Capitale, sont les pires enregistrées depuis 1999 ?

A cela s’ajoute l’exaspération des populations rurales victimes de la sécheresse, de la soif et du manque d’électricité dans les rares localités électrifiées des districts de l’Intérieur.

Par ailleurs, l’aggravation du chômage des jeunes malgré l’émergence d’un miraculeux secteur privé, a fait comprendre à tous qu’avec ce régime prédateur, l’intérêt personnel passe avant l’intérêt général.

Au chapitre des déclarations officielles, inutile de commenter la langue de bois et l’autosatisfaction de circonstance ; tout juste avons-nous relevé que cette année, le chef de l’Etat a cité parmi ses inaugurations la pose de la première pierre à Balbala d’un orphelinat entièrement financé par la générosité extérieure.

Pour en finir avec l’esbroufe présidentielle, rappelons que l’an dernier à la même époque, le citoyen-président discourait à n’en plus finir sur les miraculeuses retombées attendues du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh…

On connaît la suite.

Qui attend qui ?

Comédie présidentielle sur fond musical

Après avoir débité un insipide discours en français, contrairement aux fêtes de l’Aïd où notre polyglotte s’exprime en langue maternelle et en arabe, le chef de l’Etat s’est fendu d’un discret et complice aparté avec la troupe du 4 mars: «M’attendez-vous ou est-ce moi qui vous attend ?». Et, d’une façon dont la spontanéité aurait fait pâlir de jalousie tous les despotismes de la planète, laquelle troupe partisane d’entonner aussitôt un retentissant «Mudanoow Ismaciil, magacaagu dheera». Ce qui aurait boosté notre tribun national, se fendant aussitôt d’un discours terne à faire bailler ceux qui avaient la chance de le comprendre dans le texte.

L’homme qui a érigé le culte de la personnalité en méthode de gouvernement est tout sauf modeste.

Ministre de la Maison du Roi :

A quoi servent les Affaires Présidentielles ?

Comme quoi les grandes confidences se font souvent dans les langues nationales. Ainsi, dans son discours prononcé en langue somali à l’occasion du 27ème anniversaire de l’indépendance, le chef de l’Etat a implicitement reconnu la prédation financière sévissant en haut lieu.

Oubliant au passage que cette dernière est essentiellement due à l’impunité assurée par son régime à ses prédateurs, le chef de l’Etat aurait déclaré vouloir protéger les investisseurs et quil serait malade à chaque fois qu’il apprenait qu’un commerçant aurait été dépossédé de ses papiers et délesté de son argent. Est-il besoin de lui rappeler que tous ces investissements à vocation productive passent obligatoirement par son ministère chargé des Affaires Présidentielles et de l’investissement ? D’ailleurs, il devrait commencer par donner lui-même l’exemple sur certains aspects de l’Accord de paix du 12 mai où il est loin de se prévaloir d’un quelconque respect pour le salaire d’autrui.

Sous Louis XIV, il existait un Ministre de la Maison du Roi, spécialement chargé de surveiller la perpétuation et l’acquisition des titres de noblesse.

A Djibouti, le ministère des Affaires Présidentielles semble donc s’occuper des investissements personnels du chef de l’Etat ou de ceux qu’il sponsorise, dans l’intérêt supérieur de l’économie djiboutienne bien entendu : honni soit qui mal y pense.. Si ce dernier s’est vraiment repenti depuis son dernier pèlerinage à la Mecque, tant mieux pour notre développement national. Il ne faut donc jamais désespérer de la nature humaine.

Mais, comme l’aurait affirmé la souris entendant que son ennemi le chat serait devenu Hadj, «Tonton chat a toujours le même regard », prédateur bien sûr. Et, ayant anticipé sur le bond gourmand du chat qui voulait la dévorer, elle se serait exclamée : « c’est parce que nous le savions que nous avons creusé un trou ».

Il y a donc malheureusement fort à parier que ce cri de détresse présidentiel ne rencontrera aucun écho allant dans le sens de la bonne gouvernance et de la protection des investissements privés : on imagine mal son Ministre des Affaires Présidentielles sabotant les investissements privés sans une quelconque immunité accordée par son patron direct. On raconte même que l’usine de production de briques argileuses, appartenant à un proche parent par alliance du chef de l’État aurait en fait été spoliée et son bien confisqué à son propriétaire légitime.


L’Awaday avant le Day

CAPRICE PRÉSIDENTIEL ?

Chantre du développement agropastoral, notre illustre agronome exploite quelques hectares à Damerjog, Ambouli et au Day. C’est dans ce dernier village, autrefois célèbre pour sa forêt primaire et la douceur de son climat, et aujourd’hui connu pour son jardin présidentiel, que le chef de l’Etat serait actuellement en train de bâtir une nouvelle résidence secondaire.

 

Des ouvriers venus de la Capitale seraient d’ores et déjà à l’œuvre sur ce chantier, non sans susciter une légitime frustration parmi les nombreux jeunes chômeurs de ce village, dont une quinzaine devait être embauchée sur ce chantier et qui attend toujours d’être convoquée.

Au chapitre de la soif, la population du Day se plaint de la pénurie d’eau causée, dit-on, par le faible débit du forage de Garenlé pendant l’été. De plus, en raison de la sécheresse, les points d’eau traditionnels seraient pratiquement tous taris.

Outre ces facteurs climatiques, le manque d’eau constaté cet été par les nombreux vacanciers installés dans cette station d’altitude serait principalement dû à la priorité d’approvisionnement dont bénéficieraient le jardin présidentiel et les militaires affectés à la garde de la propriété présidentielle, à quelques dizaines de mètres de son jardin d’acclimatation.

Selon plusieurs sources indépendantes, la fontaine publique du Day, au service de la population, ne fonctionnerait que deux jours par semaine, les autres jours, l’eau serait réservée aux militaires et aux milliers de plants de khat Awaday et de café appartenant au docteur honoris causa.

Certes, le charme bucolique de ce village et son climat vivifiant ont toujours attiré de nombreux visiteurs, le tourisme a un avenir certain dans cette région. Mais, aujourd’hui, force est de déplorer que le projet d’alimentation en eau du Day n’ait pas tenu toutes ses promesses, malgré des investissements conséquents.

L’on s’en souvient, le jour de l’inauguration de cette fontaine publique, la plus haute du pays, les médias gouvernementaux claironnaient en chœur que l’arrivée de l’eau courante allait favoriser le développement touristique de ce village. Malheureusement, l’unique centre touristique, pourtant bien fréquenté, voit son développement limité à cause justement de cette pénurie d’eau.

Par ailleurs, les touristes sont systématiquement interceptés par des militaires de la garde présidentielle postés dans l’enceinte de la propriété présidentielle, se permettant même de refouler les touristes étrangers non munis d’un document supposé être délivré par l’Office de Tourisme. Ce document existe-t-il vraiment?

Toujours est-il qu’un tel comportement de ces militaires zélés constitue une entrave inadmissible au développement du tourisme au Day où cette activité fait vivre des familles. Les sages du village se plaignent d’ailleurs de cette intolérable situation : après le sabotage gouvernemental des programmes de réhabilitation dont le Day aurait normalement dû bénéficier en tant que zone affectée par le conflit civil, cette présence armée et nerveuse empêche de nombreux touristes de profiter des potentialités naturelles qu’offre leur cadre de vie. Car la présence de ces hommes armés embusqués, sans aucun point de contrôle visible, contribue à donner au paisible village du Day des allures d’une cité interdite.

Rappelons qu’autrefois l’Etat exploitait dans ce village un centre d’estivage réputé, Faute de réhabilitation, ce complexe est aujourd’hui en ruine et hors service.

Le développement agropastoral version chef de l’Etat se résume pour le moment à une militarisation rampante d’une des plus belles régions touristiques de notre pays.

A NOS LECTEURS

La Rédaction informe ses aimables lecteurs qu’en raison de la préparation du congrès de l’ARD, qui doit se tenir en septembre prochain, Réalité cessera de paraître à compter de cette semaine. Le numéro 104 sera disponible en kiosque le mercredi 8 septembre 2004.

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M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Mohamed Kadamy

C’est donc à désespérer d’une certaine nature humaine parce que « chassez le naturel, il revient au galop » : dans la première partie de son interview accordée aux Nouvelles d’Addis, M. Kadamy avait démontré en quoi une structure mentale façonnée par son expérience ne pouvait prédisposer le chef de l’Etat à miraculeusement se transformer en un démocrate inguérissable. Violations systématiques des accords de paix et mépris accordé aux aspirations populaires découleraient donc d’une trajectoire répressive considérant qu’un dirigeant doit plus inspirer la crainte que le respect. Les murs récemment badigeonnés par des chômeurs en colère lui ont pourtant prouvé que cette peur avait des limites : celles dressées par l’irrépressible droit à la vie. Après ce profil psychologique, voici la seconde et dernière partie de son interview : il analyse en quoi ce régime est irrémédiablement condamné et quelles sont les conditions de la construction d’une véritable identité djiboutienne, ancrée dans les respect des règles démocratiques et respectueuse de sa diversité.

LNA : Depuis l’indépendance, les parties nord et sud-ouest de Djibouti habitées par les Afars ont été marginalisées. Avec l’accord de 2001, la situation devait évoluer. Qu’en est-il ?

MK : Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance. Il fut contraint de signer deux accords de paix en six ans avec deux factions du Frud. Ces deux accords qui portent l’empreinte d’Ismaël Omar Guelleh et reflètent son intransigeance, ont radicalisé le système et marginalisé encore plus la communauté afar.

L’accord signé en mai 2001 a déçu par son contenu partiel, entraînant son rejet par une partie du Frud. Il était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques ; M. Ahmed Dini s’est ralliée à cette idée et dénonce les violations du traité par le pouvoir. Même la reconstruction et la réhabilitation des zones affectées durant la guerre, dont le financement a été accepté par la communauté internationale, n’ont pas reçu l’aval du pouvoir.

Le volet décentralisation a été détourné de ses objectif ; par un nouveau découpage administratif, le régime essaie d’introduire les germes de division communautaires ( exemple : le district d’Arta). Sur ce mal ethnique qui ronge notre pays par son instrumentalisation effrénée par le pouvoir, l’irresponsabilité a élu domicile au sommet de l’Etat. Traiter cette question comme le fait le chef de l’Etat relève au pire de folie inconsciente, au mieux de cécité politique.

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Les Afars n’ont jamais été autant marginalisés dans ce pays, à telle enseigne qu’une partie de cette communauté se sent exclue et accuse l’Etat d’être un instrument de domination et de marginalisation de son entité.

La population des zones rurales de Tadjourah et d’Obock est toujours harcelée par l’armée, accusée de soutenir et d’héberger les combattants du Frud, les maisons des habitants sont toujours occupées par les familles des militaires qui ont des droits exclusifs pour exercer le commerce. Aussi, nous demandons au gouvernement éthiopien de ne pas expulser les réfugiés djiboutiens vivant déjà dans des conditions difficiles en Ethiopie, comme le réclame Djibouti.

LNA : Au plan économique et social, quelle est la situation à Djibouti ?

MK : Il y a une légère embellie économique, par les retombées financières des présences militaires. Les fonctionnaires sont payés régulièrement depuis six mois, même s’il reste toujours quatre mois d’arriérés de salaires. L’Etat n’arrive toujours pas à honorer ses dettes intérieures qui ne cessent d’augmenter. La France a certes accru son aide directe, portée à 30 millions d’euros sous la pression de la présidence de Djibouti, mais au détriment de son aide à la Santé et à l’Education qui a diminué considérablement. Les aides américaines alimentent en grande partie les caisses des dirigeants. Le chef de l’Etat, qui porte la corruption en bandoulière, n’a pas hésité à transférer les caisses du Trésor public dans son palais officieux de Haramous.

Donc, cette manne financière ne profite pas à la population. La pauvreté progresse ; la misère et les maladies sont visibles et en nette augmentation ; des cas de pré-famine sont signalées dans certaines zones du pays. Nous assistons à la paupérisation d’une certaine classe sociale salariée ; employés, instituteurs, professeurs. Plus de la moitié des enseignants a déjà émigré en Europe et au Canada.

LNA : Le Président Guelleh a évoqué la possibilité de réduire la dépendance économique liée à la présence militaire étrangère à Djibouti. Est-ce envisageable ?

MK : C’est envisageable et c’est souhaitable. Depuis l’indépendance, notre pays est de plus en plus dépendant économiquement de la présence militaire étrangère ; cette tendance s’est accentuée depuis que Djibouti est devenu porte-avion multinational (après le 11 septembre 2001), et ce bien qu’il soit le seul débouché maritime de l’Ethiopie (pays de 70 millions d’habitants). Mais il n’y a aucune volonté de la part du régime d’inverser cette tendance en dépit des grands secours. Quand bien même viendrait cette volonté, elle se heurterait à deux obstacles majeurs. On ne peut pas créer les infrastructures indispensables au développement d’un pays en considérant les deux-tiers de sa superficie comme territoire ennemi, interdit d’investissement économique. Deux exemples édifiants : l’usine d’eau de Tadjourah a été détruite par l’armée et on vient d’inaugurer une usine de traitement de l’eau à Ali-Sabieh, en février 2004 ; de la même manière, l’armée a détruit la pêcherie d’Obock et on a construit une nouvelle pêcherie à Djibouti.

Deuxième handicap au développement de Djibouti, seuls les membres du lignage du Président et quelques personnes liées à la sécurité peuvent entreprendre des activités économiques, faire du commerce, bénéficier des crédits bancaires ou créer des associations. C’est un non-sens économique, dans la mesure où on prive le pays de ses meilleures ressources territoriales et humaines. Dernière anecdote en date : le chef de l’Etat a menacé de fermer la Banque de Commerce et d’Industrie Mer Rouge (BCI-MR) qui refusait d’embaucher son frère…

LNA : Comment expliquer le soutien des Etats-Unis et de la France au régime ?

MK : Nous sommes peut-être prisonniers de la géographie. Ce qui semble intéresser les puissances présentes à Djibouti, c’est le site géostratégique, le basalte, le sable, comme s’il s’agissait d’une terra nulla. Sinon, comment comprendre qu’à quelques centaines de mètres des troupes américaines, la population du nord souffre de la soif ? Il est de notre devoir de rappeler qu’il existe une population djiboutienne (certes de dimension modeste) qui souffre dans sa chair d’une dictature. Nous disons aux Français, aux Allemands et aux Américains, militairement présents sur notre sol, de mettre en concordance leur profession de foi démocratique et leurs pratiques à Djibouti qui renforcent le pouvoir de Guelleh qui est une vraie calamité pour sa population.

Si Guelleh obtient un deuxième mandat en 2005, ce sera une véritable catastrophe pour le pays et un danger pour la région.

Djibouti est un champ idéal pour les entraînements militaires, aujourd’hui essayons d’en faire un espace pour des expériences démocratiques. C’est aux Français, aux Allemands et aux Américains de prouver que les présences militaires étrangères ne sont pas toujours antinomiques avec l’instauration de la démocratie dans un pays.

Mais les solutions restent endogènes. C’est aux Djiboutiens de tirer un trait sur ce régime qui n’a que trop duré, de se rassembler d’une façon large, au-delà des forces de l’opposition, autour d’un nouveau consensus, d’une nouvelle orientation, en rupture avec les préférences lignagères et les pratiques mafieuses, pour faire émerger une entité nationale et démocratique.

COMMENTAIRES

Quoi que nous approuvions entièrement les analyses de M. Kadamy selon lesquelles ce régime constitue, par ses pratiques mafieuses, un frein au développement économique du pays et par sa nature despotique, un obstacle à son émancipation politique, il est de notre devoir de nous démarquer d’une assertion que nous ne pouvons cautionner.

En effet, prétendre que l’accord de paix du 12 mai 2001 « était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques » est un peu vite aller en besogne. D’ailleurs, l’importance de ses dispositions est clairement soulignée par le régime lui-même : on ne s’acharne pas à violer aussi systématiquement ce qui n’a aucune portée significative ! La violation d’un traité de paix est donc la meilleure preuve de sa pertinence : même l’accord de paix d’Aba’a, dont nous nous étions en son temps désolidarisés, contient des chapitres essentiels qui n’ont jusqu’à présent trouvé aucun début d’application. A une différence près, et elle est significative : si les salaires des cadres du FRUD-armé ont été détournés par le régime, (en une sorte d’hommage rendu par l’impuissance du bourreau à la détermination de ses victimes), c’est parce que l’espace de liberté conquis en 2001 sape les fondements d’un régime pour qui droit au travail rime avec reptation partisane.

Quant aux réformes démocratiques dont M. Kadamy regrette l’absence, elles sont en fait si présentes que, dans le cadre d’une compétition électorale sincère et transparente, même l’ancien parti unique avait ses chances. Mais, comme il le dit si bien lui-même, « Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance» : donc le violeur n’est qu’un vulgaire voleur contre lequel il faut défendre notre patrimoine commun.

C’est pour cela que nul n’a le droit d’avancer que l’accord de paix du 12 mai 2001 « ne répondait pas aux aspirations populaires » : c’est justement pour se réapproprier le désir de paix et de réconciliation de ses compatriotes que le chef de l’Etat s’était donné ce jour-là en spectacle au Palais du Peuple, jurant qu’il veillerait personnellement à la stricte et honnête application de toutes ses dispositions. Si, après cela, des volets quasiment humanitaires comme la réhabilitation des zones affectées par le conflit et l’indemnisation des biens civils détruits ou pillés par certains éléments des troupes gouvernementales, sont sabotés au plus haut niveau de l’Etat, il s’agit uniquement d’un reniement qui aurait normalement dû dissuader l’actuel locataire de Haramous de briguer un second mandat !

Cela étant, M. Kadamy est tout à fait fondé à inviter toutes les forces nationales éprises de paix et de libertés, de conjuguer leurs efforts pour chasser ce régime de prédation et de division. Quand on voit à quel point le système politique djiboutien est bloqué, toute possibilité de transition démocratique étant rendue impossible par la fraude institutionnalisée, une question vitale pour tous les partis d’opposition devra trouver réponse : un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? A moins d’être bien sûr amphibie, c’est-à-dire d’accepter toutes les compromissions, ce qui ne sera jamais notre cas.

A n’en pas douter, cette question des limites d’une action politique dans ce système bloqué sera sérieusement débattue lors du prochain congrès de notre parti.

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L’ARD tient congrès

Pas de parti efficace sans citoyen respecté

Comme nous l’annoncions la semaine dernière, conformément aux dispositions statutaires et au regard de la situation politique nationale, notre parti tiendra son congrès en septembre prochain. Un peu moins de deux ans après sa création, ce sera l’occasion historique d’évaluer la place de l’ARD dans le champ politique djiboutien en général et au sein de l’opposition regroupée sous le sigle UAD en particulier. Mais il sera surtout question de mesurer sans complaisance la portée réelle du multipartisme intégral institué à partir de septembre 2002 (au regard des fraudes électorales institutionnalisées) tout comme la pertinence d’une paix qui s’est traduite par si peu d’améliorations dans la vie quotidienne de nos concitoyens, permettant surtout à quelques oisifs, parasites et sectaires de paître et de s’engraisser au détriment du développement économique et de la réconciliation nationale.

« Un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? » : telle est la question centrale à laquelle les congressistes devront répondre septembre prochain lorsqu’un congrès de l’ARD les réunira. En d’autres termes, il s’agira d’évaluer quelle est la raison d’être d’un parti politique que l’environnement institutionnel empêche de pleinement s’exprimer, du fait de la coupure, légalisée par un Conseil Constitutionnel que le ridicule ne tuera pas, entre l’action partisane et la volonté du citoyen.

En premier lieu, il convient d’admettre que la légitimité de tout parti politique digne de ce nom est quelque peu discrédité quand l’accès à la citoyenneté (aux pièces d’identité nationale) est interdit à une frange importante de ses concitoyens. Des titulaires des Kaar-Dameer, normalement temporaires aux innombrables citoyens du nord et du sud-ouest, en passant même par certains éléments de l’ex-FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalis) jusqu’à présent traités comme des éléments étrangers, déçus dans leur légitime espoir sont tous ceux qui espéraient que la Commission de la Nationalité, prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001, les restaurerait enfin dans leurs droits les plus inaliénables. La violation de cette disposition essentielle est la plus grave qui soit, car elle perpétue une inégalité fondamentale obérant gravement toute réelle tentative de construire une identité djiboutienne : quelle unité alors pour une Nation aux contours si partialement et si dangereusement définis ?

Comble de l’intolérable, certains de nos congressistes, à l’instar de tel notable pourtant appointé par l’Etat, risquent fort d’être des apatrides sur leur propre sol, le régime les ayant privés de la carte d’identité nationale et leurs enfants oubliés des registres d’état civil !

D’autant plus que sans pièces d’identité nationale, l’obtention de la carte d’électeur devient injustement conditionnée par l’engagement formel (donnant par exemple droit à une ration d’une aide alimentaire internationale censée être garantie à tous les nécessiteux) de voter pour les candidats cooptés du parti au pouvoir. L’inacceptable taux d’abstention enregistré lors des législatives de janvier 2003 s’explique essentiellement par cette rétention volontaire et sectaire des cartes d’électeur : le chantage à la citoyenneté comme préalable à une sélection despotique de ceux habilités à exprimer leurs choix partisans.

Mais même les titulaires d’une carte d’électeur ayant normalement voté ont vu leurs préférences souveraines, certainement diverses et variées, détournées au profit de l’ancien parti unique, s’octroyant la part du lion, souvent au désavantage de ses propres alliés de circonstance. Car ce n’est un secret pour personne : ce sont les listes unitaires de l’opposition regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui auraient normalement dû être déclarées victorieuses et leurs membres majoritairement siéger sur les bancs de l’Assemblée Nationale issue de ce scrutin, si et seulement si le régime respectait l’expression de la volonté populaire.

Dans ces conditions, pourquoi donc participer à toute future consultation électorale quand la fraude se profile déjà à l’horizon ? En d’autres termes, est-il pour le moment de la vocation des partis politiques d’opposition d’accepter de se cantonner dans un rôle de putching-ball servant uniquement de faire-valoir masochiste et de caution démocratique à un régime réfractaire à tout respect de ses concitoyens ?

En définissant la place de leur parti dans l’espace politique national, nos concitoyens seront surtout invités à définir leur propre rôle en tant que militants, citoyens et électeurs. Car, en définitive, plus que l’Accord de Paix du 12 mai 2001 et la pleine participation des partis politiques d’opposition au débat national, c’est le droit inaliénable des électeurs à librement choisir l’alternance démocratique que ce régime bafoue si impunément, tout simplement parce que partis d’opposition et électeurs conscients de la nécessité du changement, sont les seuls à respecter la légalité républicaine.

Mais, en entérinant le fait que l’ARD prenne acte de l’impossibilité de toute vie politique pacifiée, respectueuse du choix de chacune et de chacun, nos congressistes auront enfin à répondre à une autre question, fondamentale : par quelle autre option remplacer cette politique de la chaise vide ? Choix cruciaux donc pour l’avenir du pays.

=======================================================================================Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)

Quelle que soit la portée historique de la libération de la France par les forces alliées, soixante ans après, la situation du Bataillon Somali est des plus précaires comme celle de leurs frères d’armes du continent par rapport à ceux issus des pays du Nord. Même, les anciens combattants de l’ex bloc de l’Est ne vivent pas dans une telle condition de précarité. Depuis les indépendances, laissés pour compte, ces combattants de second rang sont injustement lésés.

S’agissant comme nous l’avions écrit dans nos précédentes colonnes d’une ingratitude, réelle de la France, sa politique a en tout temps fluctué en ce qui concerne la situation sociale et sanitaire des bataillons africains en fonction d’une part, du passé historique du chef de l’Etat Français, chef des Armées et, d’autre part de l’idéologie politique. Plus clairement, de Gaulle, Mitterrand et dans une moindre mesure Pompidou portaient une attention particulière à la situation des libérateurs de la France par rapport aux autres présidents de la cinquième République, malgré la présence dans leur entourage de vétérans de la résistance, tels que Chaban Delmas, Messmer, Juillet, Foccart.

Ce qui explique l’importance et le rang que revêtait, selon l’époque, l’organe responsable de cette catégorie sociale que sont les anciens combattants de la dernière guerre mondiale. Tantôt Ministre des anciens combattants, tantôt Ministre Délégué aux anciens combattants, enfin Secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Toutefois, il y a toujours eu une politique relativement constante de la France dans le traitement de la situation des anciens combattants des anciens colonisés depuis les indépendances.

Au cours des deux septennats de François Mitterrand, sans réellement améliorer le sort du Bataillon Somali, les organisations de gauche de Djibouti bénéficiant du soutien des FFDJ, principalement le 5 RIAOM, avaient réussi à obtenir quelques avantages en faveur de cette catégorie de djiboutiens et de leurs veuves comme par exemple les soins gratuits (externes et hospitalisations) au sein des structures médicales françaises de Djibouti, les facilités pour le visa en cas de soins en France, etc… D’ailleurs un protocole d’accord avait été signé en ce sens par le Chef d’Etat-Major des FFDJ et l’ADFE.

Aujourd’hui, la culpabilité de la France à l’égard de ses libérateurs colonisés qui ont donné de leur sang pour la Liberté et la Vie est prouvée. En effet, si d’autres communautés victimes des dérapages de l’absolutisme politique ont été indemnisées, les communautés africaines portent encore en elles les séquelles du colonialisme. Le traitement discriminatoire de la France dans cette affaire entre des Combattants de ses ex-colonies et ceux de l’Hexagone et du monde riche constitue un élément de plus sur le peu de crédit que l’on peut lui accorder.

Tout a commencé par l’arrêt d’Amadou Diop qui dénonçait simplement la discrimination de la France entre combattants des guerres mondiales et coloniales sur la seule base de la nationalité. Cet arrêt exigeait tout simplement un traitement égal pour tous, tant sur le nombre d’années de service sous le drapeau que le même taux d’invalidité. Foulant au pied l’ensemble des procédures judiciaires gagnées par Diop, et bien entendu tous les Anciens Combattants des pays antérieurement sous domination française, le gouvernement français a décidé de passer outre la décision de son Conseil d’Etat de novembre 2001 en décrétant que les anciens combattants étrangers ne peuvent percevoir le même traitement que leurs frères d’armes français. Par cette décision discriminatoire il invente une méthode de calcul lui permettant de supporter seulement 150 millions d’euros sur un règlement des arriérés d’anciens combattants originaires de vingt-trois pays de ses ex-colonies estimés à 1,5 milliard d’euros.

En effet, un coefficient établi sur la parité du pouvoir d’achat du pays dont est issu l’ancien combattant par rapport à la parité du pouvoir d’achat par la France, sur la base des données du revenu national brut par habitant et par pays de la Banque Mondiale, exprimées en dollar US. Or, c’est là une escroquerie honteuse, tout un chacun sait qu’à Djibouti, outre les incidences économiques et financières de la contribution française sur le budget national, la présence de ses troupes et de leurs familles faussent totalement le pouvoir d’achat des djiboutiens. Le coût de la vie à Djibouti est rendu tellement cher par la propension à consommer de cette catégorie sociale, que les données de la Banque Mondiale restent erronées dans ce pays dont le dernier rapport des instances internationales établit la pauvreté à près de 70%.

Quant aux coefficients de parité des pays joints au décret n°2003-1004 du 3 novembre 2003, il ressort de sa lecture que l’Allemagne par exemple affiche en 2002 un coefficient 1, tandis que Djibouti qui a consenti plus de sacrifice dans cette guerre ne pointe qu’à 0,08. En ce sens qu’un décodage sérieux de ce document démontre une réelle discrimination dans le traitement des droits des combattants selon leur origine et le coût de la vie dans leur pays respectif. Même la Lituanie faisant mieux que Djibouti, pas le Sénégal, le droit annuel du Bataillon Somali, qui compte aujourd’hui moins de 100 rescapés, oscille entre 300 et 900 mille fd.

Cette spoliation n’aurait pas été la conséquence de l’indépendance des ex-colonies françaises, si les pouvoirs nationaux ayant succédé à l’administration française défendaient les intérêts de leurs ressortissants, comme l’ont fait récemment les Présidents du Sénégal et de l’Algérie face au Président Chirac et à son Secrétaire d’Etat chargé des Anciens Combattants. Nous souhaitons que d’une part les Associations formées par les fils et les filles de ces héros nationaux comme le 5 RIAOM, oeuvrent de concert pour le rétablissement des droits de cette catégorie sociale et pour la pérennisation de leur Histoire qui est celle de notre pays. L’absolutisme des pouvoirs n’est pas seulement d’ordre répressif, il est aussi forcément psychologique et économique.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti dans la nuit du 28 au 29 juin 2004 de M. Houssein Omar Djama dit Masri. L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 50 ans était connu et apprécié pour son amabilité, sa générosité et son patriotisme. Il laisse une veuve et deux enfants.

======================================================================================Souveraineté pour l’Irak

LETTRE DU PREMIER MINISTRE DU GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE

AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Venant d’être nommé Premier Ministre du Gouvernement intérimaire irakien, j’ai l’honneur de vous assurer de la volonté du peuple irakien de mener à son terme le processus de transition politique afin d’établir un Irak libre et démocratique et celle de participer à la lutte contre le terrorisme et à sa prévention. Au moment où l’Irak entre dans une nouvelle phase critique, qu’il retrouve sa pleine souveraineté et qu’il s’achemine vers des élections, il a besoin de l’aide de la communauté internationale.

Le Gouvernement intérimaire irakien n’épargnera aucun effort pour s’assurer que ces élections seront libres, régulières et pleinement démocratiques. La sécurité et la stabilité demeurent des conditions du succès de notre transition politique. Il reste cependant en Irak des forces qui sont opposées à l’avènement de la paix, de la démocratie et de la sécurité, et parmi ces forces figurent des éléments étrangers. Le Gouvernement est déterminé à en venir à bout et à mettre en place des forces de sécurité capables d’assurer au peuple irakien un niveau adéquat de sécurité. Jusqu’à ce que nous puissions assurer nous-mêmes notre sécurité, et en particulier la défense de l’espace terrestre, maritime et aérien de l’Irak, nous sollicitions l’aide du Conseil de sécurité et de la communauté internationale. Nous demandons au Conseil de sécurité d’adopter une nouvelle résolution portant sur le mandat de la force multinationale pour contribuer à assurer la sécurité en Irak, notamment par les tâches et selon les dispositions énoncées dans la lettre du Secrétaire d’Etat, M. Colin Powell, au Président du Conseil de sécurité. Le Gouvernement irakien prie le Conseil de sécurité d’examiner à nouveau le mandat de la force multinationale quand le Gouvernement transitoire irakien en fera la demande ou dans un délai de 12 mois après l’adoption de la résolution.

Pour que le Gouvernement irakien s’acquitte de la responsabilité d’assurer la sécurité, j’ai l’intention d’établir des structures appropriées qui permettront à mon gouvernement et aux forces de sécurité irakiennes d’assumer progressivement cette tâche. L’une de ces structures est le Comité ministériel pour la sécurité nationale, présidé par moi-même et composé du Premier Ministre adjoint et des ministres de la défense, de l’intérieur, des affaires étrangères, de la justice et des finances. Le Conseiller pour la sécurité nationale, et le Directeur du service national irakien du renseignement seront des membres consultatifs permanents de ce Comité. Cette instance définira les grandes lignes de la politique irakienne en matière de sécurité. J’ai l’intention d’inviter, selon le cas, le commandant de la force multinationale, son adjoint ou son représentant, ainsi que toutes autres personnalités appropriées à participer aux travaux de ce Comité pour examiner les mécanismes de coopération et de coordination avec la force multinationale. Les forces armées irakiennes (la police, la police des frontières et le service de la protection civile) relèveront du Ministre de l’Intérieur ou d’autres ministres.

En outre, les ministres compétents et moi-même mettrons en place d’autres mécanismes de coordination avec la force multinationale. J’ai l’intention de créer, avec cette force, des organes de coordination aux niveaux national, régional et local ; ils comprendront les commandants des forces de sécurité irakiennes et des dirigeants civils ; ils s’assureront que ces forces agiront en coordination avec la force multinationale sur toutes les questions portant sur la politique et les opérations en matière de sécurité, afin d’assurer l’unité de commandement des opérations militaires dans lesquelles les forces irakiennes seraient engagées aux côtés de la force multinationale. En outre, la force multinationale et les dirigeants irakiens se tiendront mutuellement informés de leurs activités, se consulteront régulièrement pour assurer une allocation et une utilisation efficaces du personnel, des ressources et des équipements, échangeront des renseignements et feront remonter les problèmes par leurs filières respectives de commandement selon les besoins. Les forces de sécurité irakiennes assumeront progressivement les responsabilités plus grandes à mesure que les capacités irakiennes augmenteront.

Les structures que j’ai décrites dans cette lettre seront les instances dans lesquelles la force multinationale et le Gouvernement irakien se mettront d’accord sur l’ensemble des questions fondamentales relatives à la sécurité, et notamment la politique à suivre sur des opérations offensives délicates, et assureront une pleine coopération entre forces irakiennes et force multinationale à la faveur d’une coordination et d’une consultation étroites. Comme ce sont là des questions sensibles pour un certain nombre de gouvernements souverains, notamment l’Irak et les Etats-Unis, elles devront être résolues dans le cadre d’un accord mutuel sur notre partenariat stratégique. Nous travaillerons étroitement, durant les semaines qui viennent, avec les dirigeants de la force multinationale pour nous assurer que nous disposerons d’un tel cadre stratégique convenu.

Nous sommes prêts à assumer pleinement la souveraineté de l’Irak au 30 juin. Nous n’ignorons pas les difficultés avec lesquelles nous sommes aux prises, non plus que nos responsabilités devant le peuple irakien. Les enjeux sont élevés et nous avons besoin pour réussir de l’aide de la communauté internationale. Nous demandons donc au Conseil de sécurité de nous aider en adoptant dès maintenant une résolution nous apportant le soutien nécessaire.

Je crois comprendre que les auteurs du projet de résolution se proposent d’annexer le texte de la présente lettre au projet de résolution à l’étude. Dans l’intervalle, je vous prie de bien vouloir communiquer le texte de la présente lettre aux membres du Conseil dès que possible.

Ayad ALLAWI