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JOURNEE-DEBAT-EXPOSITION DU 2 JUILLET 2017 A PARIS EN COMMÉMORATION DES 40 ANS DE RÉPRESSION A DJIBOUTI (Document 1)

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Compte-rendu de la Conférence-débat du dimanche 2 Juillet 2017 à Paris – Panels des conférences – Document 1

JOURNÉE-DÉBAT-EXPOSITION DU 2 JUILLET 2017 A PARIS

EN COMMÉMORATION DES 40 ANS DE RÉPRESSION A DJIBOUTI

Mairie du 2e arrondissement de Paris, 8, rue de la Banque, 75002 Paris

DOSSIER CONFÉRENCE DU 2 JUILLET 2017 A PARIS / Document 1

Une conférence-débat sur cinq panels, doublée d’une marche silencieuse et d’une exposition de photos des victimes de la répression, s’est tenue face aux présentoirs des organisations de défense des droits de l’homme. Débats modérés par le journaliste blogueur Makaëla Nguebla.

1/ Panel de la rencontre dédiée aux réfugiés et exilés Djiboutiens

Intervenant : Maitre Brice Mzamba, avocat spécialiste du droit d’asile, exerçant en cabinet parisien.

Contributeurs et témoins : Dini Mohamed ; Aïdarous Mohamed Guirreh ; Yassin Ibrahim Youssouf ; Ahmed Djihad ; Ali Sahal ; Naguib Omar Houssein ; Nima Osman ; Fatouma Hamadou.

De 13h-13h30 : Marche silencieuse en hommage aux victimes de la répression à Djibouti suivant un itinéraire allant du siège de l’AFP à l’entrée de la mairie du 2e arrondissement de Paris

2/ Panel des formations politiques djiboutiennes, pour une présentation de l’action politique

Intervenants :

Mohamed Kadami, président du Frud

Mahdi Ibrahim God, vice-président de l’ARD

Maki Houmed-Gaba, représentant de l’USN en France

Débatteurs : Dini Mohamed, Rigobert Missinhoum, Patrick Falcou, Yassin Ibrahim Youssouf

3/ Panel des organisations panafricaines, pour une action de solidarité africaine

Intervenants :

Ardiouma SIRIMA, vice-président de La Plateforme panafricaine, président du Club Unesco à Paris

Raymond Ayivi, président de La Plateforme panafricaine

Kéchéri Doumbia, Vice-président de l’Amicale panafricaine

Raymondo Ela, sec. gén. du Cored, Coalition restauratrice de l’État démocratie en Guinée Équatoriale

Débatteurs : Rigobert Missinhoum,  Claude Koudou, Patrick Falcou

4/ Panel des organisations de la société civile, pour une présentation de citoyenne et sociale

Intervenants :

Jean-Loup Schaal, Président de l’Ardhd, Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti

Abdourahman Mohamed Habib, président du Collectif breton pour la démocratie à Djibouti

Hassan Abdillahi Robleh, Président du MJO-Europe, le Mouvement des jeunes de l’opposition

Débatteurs : Rigobert Missinhoum,  Raymond Ayivi, Yassin Ibrahim Youssouf, Claude Koudou

5/ Panel des conférenciers des observateurs, pour une critique de l’action politique et sociale

Intervenants :

Régis Marzin, journaliste indépendant, Collectif de solidarité avec les luttes politiques en Afrique

Laurence Dawidowic, représentante de l’association SURVIE

Débatteurs : Raymond Ayivi, Régis Essono, Mohamed Kadami, Patrick Falcou

Conclusion et perspectives

Mohamed Kadami, Mahdi Ibrahim God, Maki Houmed-Gaba, Abdourahman Mohamed Habib,

Hassan Abdillahi Robleh, Makaëla Nguebla

Fin de la Journée-débat-exposition : 19 heures

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Double intervention d’Ardiouma SIRIMA et Raymond AYIVI, de la plateforme panafricaine, à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, le 2-07-17)

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Double intervention d’Ardiouma SIRIMA et Raymond AYIVI, de la plateforme panafricaine

Ardiouma SIRIMA, vice-président de La Plateforme panafricaine, président du Club Unesco à Paris et Raymond AYIVI, président de la Plateforme panafricaine, ont tout à tour présenté le cadre de la géopolitique djiboutienne.

Djibouti constitue un centre d’action pour la paix dans la région mais en même temps un pays qui profite à des intérêts étrangers à l’Afrique.

Les Djiboutiens présents en France ont apporté leur soutien et participé à la lutte de la diaspora africaine en France à plusieurs reprises, permettant aux autres Africains de découvrir ce pays.

Le cadre de rencontre et de travail de la Plateforme panafricaine permet de mutualiser les efforts afin de se constituer en force d’action commune et de peser sur le cours de la coopération française avec l’Afrique.

Raymond AYIVI a brossé un tableau de la relation de travail avec l’opposition djiboutienne en France dans le cadre de la Plateforme panafricaine. Raymond AYIVI a expliqué combien mutualiser les efforts et les analyses entre les pays d’Afrique contribue à éclairer le contexte général de l’Afrique.

Ardiouma SIRIMA et Raymond AYIVI

 

 

 

 

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Intervention de Hassan Abdillahi Robleh, Président du MJO-Europe, le Mouvement des jeunes de l’opposition à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, le 2-07-17)

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Intervention de Hassan Abdillahi Robleh, Président du MJO-Europe, le Mouvement des jeunes de l’opposition à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti

Paris, le 2 juillet 2017

Hassan Abdillahi, président du Mouvement des jeunes de l’opposition (MJO Europe) a remercié les mouvement de l’opposition qui ont fait le déplacement. Il a observé que la fin du joug colonial est en soi le commencement d’une nouvelle ère a malheureusement laissé la place à 40 année de représailles contre la liberté. Le passage sous parti unique puis sous famille unique a profondément marqué les citoyens en orchestrant la division du pays. Il existe heureusement en face des combattants qui ne comptent pas leurs efforts pour mener la lutte contre ce système.

Bonjours Mesdames et Monsieur chers compatriotes,  honorables invités.

C’est pour moi un grand plaisir de participer à cette commémoration pour parler des 40 ans après l’indépendance. D’abord je tiens à remercier les organisateurs de cette journée historique pour avoir les partis et mouvements qui luttent pour la seconde indépendance.

Comme nous le savions tous, la  nuit du 26 au 27 juin marquait le début d’une nouvelle ère pour le peuple djiboutien car elle mettait un terme au joug colonial de plus d’un siècle. Cette nuit était marquée par une foule en liesse descendant dans les grandes artères du pays pour exprimer leurs soulagement et euphorie pour cette indépendance, amèrement acquise et espérant le début de la fin d’un passé  tragique et pathétique.

C’était le commencement d’une nouvelle ère beaucoup plus prospère et beaucoup plus porteuse  d’espoir pour le peuple djiboutien. Cette commémoration est donc d’abord notre recueillement pour toutes les victimes qui sont tombées avant et après juin 1977.

40 ans après beaucoup de questions restent sans réponses.

Peut-on considérer Djibouti comme une république ? Sommes-nous encore indépendants malgré le drapeau ?

Comment expliquer alors ce gâchis d’un prix fortement payé pour l’acquisition de cette indépendance et les conséquences néfastes qui découlent de cette autocratie clientéliste ?

Le 27 juin 1977,  notre pays accède à l’indépendance. L’accession à l’indépendance avait été confirmée par un référendum d’autodétermination organisé le 8 mai 1977.La France accordait la souveraineté  nationale à l’un de ses dernières colonies. 40 ans après, l’occasion est ainsi offerte au peuple djiboutien de dresser un bilan du parcours étant indépendant, de la marche de souveraineté qui se veut une projection sur l’avenir avec des défis qu’on entend relever.

Si Djibouti est né  officiellement le 27 juin 1977, pour les Djiboutiens c’est le début d’une répression qui dure jusqu’à nos jours. Voila jour pour jour que notre pays existe depuis 40 ans, mais 40 années de lutte, 40 années de représailles et d’étouffement

Peu à peu, nous sommes passés sous la gouvernance du parti unique et celle de la famille unique. Le bilan durant les 40 ans est sans appel,  puisque les Djiboutiens eux même disent que l’actuel président a échoué sur tous les plans, Il a seulement réussi à diviser et cela pour mieux régner.

Par ailleurs, la mise en place d’un apartheid social a contraint un nombre important des Djiboutiens à l’exil politique. Certes, le pays n’est pas dans une instabilité institutionnelle mais le régime a mis en place un système qui fonctionne comme une monarchie.

La dictature a pu profiter d’un pays ethniquement divisé.

Enfin, nombreux sont ces gens au caractère extraordinaire qui se soucient pour Djibouti malgré le prix à payer, ils n’ont pas besoin d’une médaille ou un titre mais ils veulent juste que les Djiboutiens suivent l’exemple déjà donné. Face à cette dictature, il n’est pas question d’être neutre par ce que chaque décision que chaque djiboutien prendra engagera le pays sur le long terme. Les futures générations doivent vivre pleinement et justement.

Histoire de la résistance – Histoire du MJO

Dans un contexte politique et social difficile est ainsi né le MJO «  Mouvement des jeunes de l’opposition » le 25 janvier 2011, que je représente aujourd’hui, par son fondateur Moustapha ABDOURAHMAN HOUSSEIN.

Le mouvement a su recueillir l’ensemble de la jeunesse djiboutienne dans Le Mouvement des jeunes de l’opposition (MJO), qui est un regroupement des jeunes de la nation née le 25 janvier 2011 en République de Djibouti, plus particulièrement à Balbala, fief de l’opposition,  lors du soulèvement du 18 février 2011.

Elle rassemble tous les jeunes des partis de l’opposition dans l’ancienne bannière de l’Union pour l’Alternance Démocratique et de Développement (UAD), ceux de l’Union pour la Mouvance Démocratique et de Développement, et dernièrement l’Union pour le Salut National (USN). Cela s’ajoute également toutes les forces vives, les collégiens, lycéens, universitaires, tous les chômeurs et les jeunes opprimés, on dénombre aujourd’hui plusieurs centaines de jeunes militants (es) et des milliers de sympathisants (es), etc.

Cette formation de jeunes fondée par des jeunes activistes de différent partis politiques et communautaires, après plusieurs années de boycott électorale, a permis à l’opposition djiboutienne de s’imposer contre le régime en pouvoir. Le MJO, se sont mobilisés par milliers pour prendre les rues. Plusieurs centaines des jeunes ont été arrêtés, battus, torturés puis emprisonnés dans la sinistre prison centrale de Gabode en 2011.

La jeunesse du MJO, s’adapte et continue la lutte presque 2 ans de suite, des manifestations régulières et sporadiques se déclenchent, les activités de la lutte se développent et font des vocations chez les autres jeunes de la nation. Le MJO prend son ampleur après s’être sacrifié pour la patrie, qu’ils soient sur les réseaux sociaux ou sur le terrain. Mais les arrestations se poursuivent et deviennent monnaie courante pour le MJO, et résister le lot quotidien, pour lequel la jeunesse MJO paye le prix fort.

Hassan Abdillahi Robleh

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Intervention de Régis Marzin, journaliste indépendant, animateur du Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques des peuples en Afrique, à la Conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, 2-07-17)

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Intervention de Régis Marzin, journaliste indépendant, animateur du Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques des peuples en Afrique, Paris, le 2 juillet 2017

Je remercie l’Union pour le salut national (USN) et son représentant en France, Maki Houmed-Gaba, qui m’a invité à intervenir à cette conférence de commémoration de la répression de 40 ans à Djibouti.

Je replace la situation djiboutienne dans le contexte électoral africain. 2016 a été l’année des coups d’Etat électoraux en Afrique, avec 4 inversions de résultats de présidentielles, au Congo Brazzaville, à Djibouti, au Tchad et au Gabon. L’inversion de résultat à Djibouti est passée inaperçue parce que le processus électoral a été détourné et quasiment détruit en amont. Les djiboutiens ont majoritairement boycotté le scrutin mais celui-ci a tout de même eu son résultat inversé.

Je rappelle la règle : « Il ne s’observe pas de présidentielle correcte en dictature sans une transition vers la démocratie préalable », et il n’y a eu que 3 exceptions, au Ghana en 2000, au Kenya en 2002, deux cas de limitations à 2 mandats acceptées, puis en Gambie fin 2016, grâce à une intervention militaire extérieure.

Depuis 1990, pour 120 élections présidentielles, concernant 70 chefs d’Etat en dictature stable, il y a eu 25 élections boycottées, soit 20,83%, 62 processus détournés en amont sans boycott, soit 51,67%, 10 mascarades le jour du vote, soit 8,33%, et seulement 12 coups d’État électoraux ou inversion de résultat à la compilation des procès-verbaux et à la publication des résultats, soit 10%. L’élection d’avril 2016 à Djibouti fait partie de ces 12 dernières, bien que la destruction en amont du processus électoral ait été beaucoup plus visible.

Je reviens sur les responsabilités internationales, françaises et européennes à partir des législatives de 2013, en résumant mon étude d’analyse du processus électoral djiboutien du 5 juillet 2016, pour arriver au blocage de la situation actuelle dans l’indifférence internationale.

Comme au Congo Brazzaville, le président djiboutien n’a pas essayé de donner l’apparence d’une démocratie formelle, il a voulu montré son mépris de la démocratie, sa capacité à écraser l’opposition et sa capacité à neutraliser les interventions étrangères en faveur de la démocratie. Il a profité de la complicité de l’Union africaine au travers d’une fausse mission d’observation.

Déplaçant le débat sur le plan sécuritaire, Ismaïl Omar Guelleh a utilisé à partir de mi-2015 la mise en concurrence entre français, américains et chinois pour se placer en position d’arbitre pouvant choisir ses partenaires sans subir de pressions. La présence chinoise, nouvelle, introduite juste au bon moment pour faire un effet maximum, lui redonne du souffle.

En décembre 2015, IOG a utilisé l’attentat du Bataclan à Paris pour réprimer juste après son opposition sachant que le gouvernement français tombait dans une obsession sécuritaire. Il a aussi habilement profité que la politique africaine était en France passée des mains du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, à celles du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Au niveau européen, il y a des divergences entre le parlement européen qui soutient au maximum les démocrates djiboutiens, le SEAE plus réaliste dans une approche globale équilibrée sur plusieurs pôles, et les dirigeants des États européens. Un processus autour de l’accord de Cotonou n’a pas été enclenché par l’Union européenne. La CPI n’a pas non plus joué son rôle à Djibouti.

Pendant le débat, nous revenons en particulier sur l’Union africaine et l’Union européenne. Un plaidoyer vers l’Ua est sans doute nécessaire, mais il est impossible d’estimer quand il pourrait porter des fruits. La relation entre l’Ue et l’Ua va aussi évoluer, en particulier lors des renégociations sur l’Accord de Cotonou d’ici 2020.

L’année 2016 a été désastreuse au niveau des élections en Afrique. Après les inversions de résultats des présidentielles, les crises électorales perdurent dans l’organisation des législatives, en particulier en Afrique centrale. Une mascarade électorale aura lieu au Congo Brazzaville le 17 juillet, et les législatives djiboutiennes pourraient avoir lieu en février 2018. Dans ces deux pays, le processus de démocratisation est totalement à l’arrêt et les dictateurs ne laissent aucune marge de manœuvre. Le constat est amer mais nécessaire.

Vous pouvez retrouver les articles que j’ai publiés concernant les différentes élections à Djibouti sur

https://regardexcentrique.wordpress.com.

Je vous remercie de votre attention.

Régis Marzin

 

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Intervention de Monsieur Jean-Loup Schaal, Président de l’Ardhd, à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, le 2-07-17)

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Intervention de Monsieur Jean-Loup Schaal, Président de l’Ardhd, Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti

Jean-Loup Schaal est le plus ancien soutien français à la démocratie à Djibouti a présenté le thème complexe de l’essor économique fictif qui ne profite pas aux Djiboutiens.

Les recettes du budget 2016 n’affichent aucune recette liée aux bases militaires, prêts et subventions internationales, justifiant l’absence de contribution à la lutte contre la pauvreté, dès lors que ces fonds sont destinés à des poches privées.

Comment l’essor économique profite-t-il à la population ?

C’est un sujet difficile, car les informations sur l’économie djiboutienne sont rares et parfois trompeuses. A titre d’exemple, le document le plus récent que j’ai pu consulter est celui qui concerne le projet de budget 2016.

Dans ce document il est précisé que les comptes sont équilibrés entre les charges de l’État et les recettes. Mais curieusement dans la partie recette, on ne trouve aucune mention des loyers des bases qui sont payés par la France, les USA et le Japon et qui sont confirmées. En revanche, l’incertitude plane sur des paiements éventuels qui seraient réalisés par d’autres nations, comme l’Italie, l’Allemagne et aussi la Chine.

La question qui est posée alors : où passe cet argent auquel il faut ajouter les prêts, les aides et les subventions de la communauté internationale (France, U.E., FMI, Banque mondiale, UNICEF, etc…), qui représentent au total des montants plus que significatifs au regard du budget total djiboutien ? Ce budget est estimé aux environ de 650 millions d’US$. Selon un rapport du Sénat Français, le total de l’aide française était évalué à env. 150 millions de US$.

Cet argent devrait profiter à la population, devrait permettre une élévation du niveau de vie et une réduction de la pauvreté.

Or nous constatons qu’il n’en est rien. La pauvreté ne cesse de s’aggraver, les services publics se dégradent : santé, éducation, transport. L’eau et l’électricité connaissent des coupures de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues.

Il est tentant de penser, bien que faute d’information, nous ne puissions pas l’affirmer avec certitude, que ces énormes sommes d’argent sont dirigées directement vers de poches privées, dans la famille du Président et parmi sa cour d’obligés.

Maintenant depuis l’arrivée de la Chine, la communication officielle met en avant les réalisations sur le plan de l’infrastructure et de l’équipement du pays. C’est vrai que les entreprises chinoises ont réalisé la voie ferrée entre Djibouti et Addis. Qu’elles ont construit de nouveaux ports : Doraleh, Tadjourah. Que des aéroports sont en projet, etc….

Mais qu’apportent ces projets à la population locale ? Pas grand-chose … Prenons le cas du Port de Tadjourah : selon toutes les informations que nous recevons, les jeunes de la ville sont systématiquement écartés des emplois, au profit soit de travailleurs chinois, soit de travailleurs venant d’autres régions du pays ou des régions frontalières.

Et maintenant, il faut savoir que le financement de ces nouvelles infrastructures est assuré par des prêts chinois. Qui dit prêt, dit remboursement du capital + intérêts. Ces échéances colossales devront être remboursées par le pays, c’est-à-dire par les djiboutiens. Personne ne précise si les revenus de ces nouvelles installations (chemin de fer, ports, etc..) seront versés au trésor djiboutien, directement aux dirigeants ou conservés par les Chinois.

Tous ces éléments permettent de penser que cette croissance, cette rénovation des infrastructures est un trompe l’œil qui ne profite pas à la population.

Cela n’augure pas d’un avenir meilleur pour les populations et il y a toutes les raisons de ne pas être optimistes pour l’avenir, d’autant que la politique chinoise n’est pas connue pour encourager de véritables processus démocratiques.

L’espoir ne peut venir que du fait qu’une activité en croissance a obligatoirement des retombées positives, en particulier sur le développement de commerces et d’activités locales, qui seront nécessaires pour répondre à la demande des nouveaux arrivants.

Sur le plan politique, l’Union de toutes les forces d’opposition est une nécessité grandissante pour résister à ce rouleau compresseur chinois qui va tenter de maintenir un régime autoritaire pour conserver ses prérogatives nouvelles.

Jean-Loup Schaal

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Intervention de Monsieur Jean-Loup Schaal, Président de l’Ardhd, à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, 2-07-17)

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Intervention de Monsieur Jean-Loup Schaal, Président de l’Ardhd, Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti

Jean-Loup Schaal est le plus ancien soutien français à la démocratie à Djibouti a présenté le thème complexe de l’essor économique fictif qui ne profite pas aux Djiboutiens.

Les recettes du budget 2016 n’affichent aucune recette liée aux bases militaires, prêts et subventions internationales, justifiant l’absence de contribution à la lutte contre la pauvreté, dès lors que ces fonds sont destinés à des poches privées.

Comment l’essor économique profite-t-il à la population ?

C’est un sujet difficile, car les informations sur l’économie djiboutienne sont rares et parfois trompeuses. A titre d’exemple, le document le plus récent que j’ai pu consulter est celui qui concerne le projet de budget 2016.

Dans ce document il est précisé que les comptes sont équilibrés entre les charges de l’État et les recettes. Mais curieusement dans la partie recette, on ne trouve aucune mention des loyers des bases qui sont payés par la France, les USA et le Japon et qui sont confirmées. En revanche, l’incertitude plane sur des paiements éventuels qui seraient réalisés par d’autres nations, comme l’Italie, l’Allemagne et aussi la Chine.

La question qui est posée alors : où passe cet argent auquel il faut ajouter les prêts, les aides et les subventions de la communauté internationale (France, U.E., FMI, Banque mondiale, UNICEF, etc…), qui représentent au total des montants plus que significatifs au regard du budget total djiboutien ? Ce budget est estimé aux environ de 650 millions d’US$. Selon un rapport du Sénat Français, le total de l’aide française était évalué à env. 150 millions de US$.

Cet argent devrait profiter à la population, devrait permettre une élévation du niveau de vie et une réduction de la pauvreté.

Or nous constatons qu’il n’en est rien. La pauvreté ne cesse de s’aggraver, les services publics se dégradent : santé, éducation, transport. L’eau et l’électricité connaissent des coupures de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues.

Il est tentant de penser, bien que faute d’information, nous ne puissions pas l’affirmer avec certitude, que ces énormes sommes d’argent sont dirigées directement vers de poches privées, dans la famille du Président et parmi sa cour d’obligés.

Maintenant depuis l’arrivée de la Chine, la communication officielle met en avant les réalisations sur le plan de l’infrastructure et de l’équipement du pays. C’est vrai que les entreprises chinoises ont réalisé la voie ferrée entre Djibouti et Addis. Qu’elles ont construit de nouveaux ports : Doraleh, Tadjourah. Que des aéroports sont en projet, etc….

Mais qu’apportent ces projets à la population locale ? Pas grand-chose … Prenons le cas du Port de Tadjourah : selon toutes les informations que nous recevons, les jeunes de la ville sont systématiquement écartés des emplois, au profit soit de travailleurs chinois, soit de travailleurs venant d’autres régions du pays ou des régions frontalières.

Et maintenant, il faut savoir que le financement de ces nouvelles infrastructures est assuré par des prêts chinois. Qui dit prêt, dit remboursement du capital + intérêts. Ces échéances colossales devront être remboursées par le pays, c’est-à-dire par les djiboutiens. Personne ne précise si les revenus de ces nouvelles installations (chemin de fer, ports, etc..) seront versés au trésor djiboutien, directement aux dirigeants ou conservés par les Chinois.

Tous ces éléments permettent de penser que cette croissance, cette rénovation des infrastructures est un trompe l’œil qui ne profite pas à la population.

Cela n’augure pas d’un avenir meilleur pour les populations et il y a toutes les raisons de ne pas être optimistes pour l’avenir, d’autant que la politique chinoise n’est pas connue pour encourager de véritables processus démocratiques.

L’espoir ne peut venir que du fait qu’une activité en croissance a obligatoirement des retombées positives, en particulier sur le développement de commerces et d’activités locales, qui seront nécessaires pour répondre à la demande des nouveaux arrivants.

Sur le plan politique, l’Union de toutes les forces d’opposition est une nécessité grandissante pour résister à ce rouleau compresseur chinois qui va tenter de maintenir un régime autoritaire pour conserver ses prérogatives nouvelles.

Jean-Loup Schaal

 

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Intervention de Laurence Dawidowicz, représentante de SURVIE, à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, 2-07-17)

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Intervention de Laurence Dawidowicz, représentante de l’association SURVIE

à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti

Paris, le 2 juillet 2017

Le travail de Survie  contre les dérives de la Françafrique et notamment par rapport à Djibouti

Tous mes remerciements tout d’abord aux organisateurs de cette rencontre pour avoir invité l’association Survie à y prendre la parole et à ceux qui ont dors et déjà évoqué notre travail.

Partons d’un vocabulaire commun car il y a surement dans la salle une personne qui ne sait pas ceci : le mot de Françafrique a été créé par Félix Houphouët-Boigny pour parler de l’amitié entre la France  et les pays d’Afrique qu’elle avait colonisé. Mais quand à la fin des années 50, De Gaulle a « accordé » l’indépendance aux pays africains, il les a liés aux intérêts de la France, a organisé leur maintien sous influence.

Pour ce qui concerne Djibouti, depuis son indépendance en 1977, La France n’a jamais quitté Djibouti. Sa base y est la plus grande de ses bases extérieures avec 1350 hommes et surtout elle constitue un encrage en Afrique de l’Est employée dans 2/3 des opérations extérieures depuis 1960.Le dispositif étant complété par la base d’Abu-Dhabi et celles de Mayotte et de la Réunion.

Les raisons de ce maintien sous influence étaient multiples :

  • au niveau économique :

-garder un accès aux matières premières stratégiques ou aux lieux stratégiques comme à Djibouti,

– préserver les débouchés des entreprises françaises, longtemps présentes à Djibouti.

  • au niveau politique :

-pendant la guerre froide, il s’agissait de garder l’Afrique « dans le camp occidental »,

-donner du poids à la France à l’ONU (vous vous rappelez qu’IOG a soutenu l’intervention de la France au Mali auprès de l’Union Africaine, il se déclare maintenant solidaire de la guerre contre le terrorisme….).

-Djibouti est moins concerné par le financement du parti gaulliste puis des partis de gouvernement par le détournement des rentes africaines (ce qu’a révélé l’affaire Elf).

Comment cela a –t-il pu se faire ?

Selon les pays , la France a installé d’anciens militaires français à ses ordres, ou des hommes acquis a ses intérêts , élections truquées, coups d’état, assassinats politiques des leaders indépendantistes , soutien militaire via des accords de défense secrets…

Et aujourd’hui ? le monde change, mais les mécanismes de maintien de la domination française en Afrique perdurent, ils ont juste évolués.

– au niveau économique : je ne parlerai pas ici du Franc CFA qui ne concerne pas Djibouti, même s’il est très important pour les autres pays de ce « réseau ». De nouveaux pays sont entrés dans le jeu de la concurrence. Jean-Loup Schaal communique souvent sur le site de l’’ARDHD des informations sur la présence de la Chine qui tiendra bientôt des pans entiers de l’économie djiboutiennes captifs.

Mais quand au Niger, l’attribution d’une concession d’exploitation d’uranium à Azelik à cette même Chine a permis à ce pays de faire réévaluer les sommes dues par Areva, ancienne entreprise d’état passée au privé mais qui bénéficiait  encore des taux fixés par Paris comme au temps de Foccart et De Gaulle . Au bénéfice du pays pas du seul chef de l’état quand à Djibouti les loyers des diverses bases militaires étrangères dont la base française, ne figurent même pas au budget de l’état !

-au niveau politique : malgré une économie affaiblie, la France reste une puissance de premier ordre, notamment grâce à ses positions militaires sur le sol africain (bases et OPEX).Le budget de l’armée qui était déjà de 9% du budget de l’état va passer d’après les annonces récentes à + de 10% ! la sanctuarisation du budget de l’armée et le maintien de l’état d’urgence présagent qu’une continuité du soutien à l’armée  la marque du gouvernement Macron. Mais rassurez vous, elle l’aurait été su Mme Le Pen avait été présidente comme sa visite au Tchad et à l’armée française qui y est positionné depuis 1978 sans discontinuité, en pleine campagne électorale, nous l’a fait comprendre. Cela aurait été « la rupture dans la continuité »….

L’état français a soutenu et soutient encore politiquement et militairement des dictatures : rappelez vous la proposition de Mme Alliot-Marie, ministre des Armées sous Sarkozy, de prêter expérience et matériel à la police de Ben Ali pour réprimer les manifestations au début de ce que les journalistes ont appelé « le printemps arabe », ignorant au passage les manifestations si nombreuses à Djibouti dans la même période.

Aujourd’hui si la France n’organise plus d’élections truquées, elle les valide, comme elle l’a fait des coups d’état, elle avalise les modifications constitutionnelles qui permettent aux chefs d’état autoritaires de rester au pouvoir –comme au Tchad en 2005, au Gabon en 2011, à Djibouti en 2010 puis 2015 permettant la réélection de 2016.

Si elle  n’exécute plus comme au temps des Um Nyobe ou Félix Moumié, elle déclenche des guerres baptisées OPEX sans  que le parlement n’ait à donner d’accord par son vote si ce n’est au moment du renouvellement de sa présence  au bout de 6 mois-en Cote d’Ivoire ,en Lybie sous Sarkozy, au Mali et en Centrafrique sous Hollande).

IOG a réduit l’influence française en acceptant l’implantation de nombreuses bases d’autres pays sur le sol djiboutien. Après les USA, le Japon, l’Italie, la Chine….donnent leur dime au chef de l’état. Mais Sarkozy avait fait voter par le parlement en 2012 le renouvellement du bail pour 10 ans juste avant la fin de son mandat (mais il n’imaginait surement pas la fin de celui-ci !)pour la somme de 30 millions d’euros et cela quelque soit la taille du contingent-parallèlement, l’accord de défense conclut entre la France et Djibouti est le seul qui comprenne encore une clause d’engagement de la France à « contribuer à la défense de l’intégrité territoriale de la République de Djibouti » en cas d’agression armée. Encore faudrait il caractériser ce qu’est une agression armée …rébellion armée ?répression de l’opposition par des moyens militaires… ?

Et que fait mon association dans tout cela ?

Solidaire des partis d’opposition en diaspora et des associations de défense des droits humains ici et là bas,

-Survie diffuse et informe les citoyens français comme les parlementaires (et pour les nouveaux parlementaires cela devrait être intéressant car ils ne sont pas forcément informés par leurs ainés françafricains), ainsi en 2016 nous avons réalisé un dossier « Élections en Françafrique, la coopération militaire française au service des dictatures »paru avant les élections de 2016 en Afrique, mais aussi des communiqués de presse,

-Survie exige une diplomatie qui soutienne les peuples pas les dictateurs,

-Survie exige le retrait de l’armée française d’Afrique, et tout du moins la suspension de la coopération militaire et sécuritaire avec les régimes oppresseurs de leur peuple,

-Survie exige la transparence économique et fiscale,

-Survie exige un contrôle parlementaire de la politique africaine de la France, mais aussi une justice indépendante et la fin de l’impunité.

Depuis plusieurs années c’est sur ce dernier point que j’investie l’essentiel de mon temps militant ;

Depuis 2010, la France a voté et intégré dans son Code Pénal le statut de Rome concernant la Cour Pénale Universelle (CPI) donc la notion de compétence universelle : on peut donc juger en France des crimes de génocide, crimes contre l’Humanité, crimes de guerre et torture, commis à l’étranger par et sur des étrangers. Au sein de la Coalition Française pour la CPI nous avons protesté quand Sarkozy a limité le droit : on ne peut poursuivre qu’un résidant permanent (et non de passage pour les soldes),sur la demande du seul parquet (et non des victimes), si et seulement si le pays d’origine poursuit aussi (comment l’imaginer ?) et après la CPI … ;on m’a signalé que l’ article 689.1 du Code permet néanmoins de poursuivre en cas de disparitions forcées ou de torture.

Aujourd’hui j’accompagne nos avocats dans les procédures contre les génocidaires rwandais vivants en France, 3 procès ont déjà donné lieu à des condamnations. Nous sommes partie civile aux cotés d’autres associations ou de victimes, tout comme dans des procès concernant des militaires français de l’opération Turquoise.

J’avais signalé lors de la dernière commémoration des massacres d’Arhiba à Paris qu’une plainte contre un tortureur ou un violeur devait être possible mais qu’elle ne pourrait qu’être initiée et documentée que par une ou plusieurs Djiboutiens, victime ou faille de victime. Des associations plus spécialisées sur le droit pourraient les accompagner.

Laurence Dawidowicz