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Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

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Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

 ARD

SPECIAL N°4

Sommaire

  1. EDITORIAL

2. La Nation perd un de ses plus illustres fils

3. Messages et témoignages

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 104

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

LE COMBATTANT MEURT,
LE COMBAT CONTINUE

Débarrassons-nous de l’anecdote : même des dignitaires du régime ont tenu à marquer de leur présence les funérailles de notre Président, le regretté Ahmed Dini. Ce qui nous touche : la compassion est effectivement une valeur universelle. Toutefois, comme l’honnête homme, nous ne pouvons manquer d’émettre au moins une réticence qu’impose le bon sens : celle qui consiste à se demander comment peut-on tour à tour insulter la personne du vivant et saluer la mémoire du défunt ?

Car l’anecdote a sa morale : c’est peut-être ce qui explique que le parti au pouvoir ait en même temps assuré la sécurité policière du cortège funéraire en ce dimanche soir, tout en laissant sa télévision diffuser des chansons quelque peu déplacées.

Cette indécence festive officielle venant polluer des condoléances personnelles, donc sincères, montre dans tout son cynisme et dans toute sa mesquinerie le despotisme du pouvoir en place : il est futile de feindre regretter la disparition d’un tel homme d’Etat, hier présenté comme l’irréductible ennemi à abattre. Mais il ne s’agit pas de rêver : un dirigeant qui n’a d’Histoire qu’usurpée et extorquée n’a pas la grandeur nécessaire pour honorer comme il se doit, et comme l’avait souhaité nos concitoyens, celui qui a proclamé l’Indépendance de notre pays !

Eu égard justement à la profonde et unanime tristesse de nos concitoyens, rappelons l’importance cruciale du contexte dans lequel survient ce qui est véritablement vécu comme une tragédie nationale : l’horizon obscur de la prochaine élection présidentielle. La précipitation dans laquelle le régime a déjà concentré tous ses efforts vers cette échéance fondamentale suffit à démontrer qu’avant ce drame, il ne considérait nullement sa victoire acquise.

Car, entre un candidat à sa propre succession, réduisant la mission politique à une grossière comédie sur fond de distribution de khat, au passé connu de tous et au passif enduré par presque tous, et un leader indépendantiste unanimement considéré pour son engagement sans faille dans la construction d’une Nation Djiboutienne respectueuse de sa diversité, pour qui tout dirigeant digne de ce nom doit avant tout se respecter pour prétendre mériter la confiance de ses concitoyens, le verdict était indéniablement connu d’avance.

Si, toutefois, la volonté populaire n’était pas étouffée, comme dans le passé, par les différents baillons administratifs, militaro-policiers et constitutionnels.

Mais, Gloire à Lui, le Tout-Puissant qui prédétermine notre destinée en avait décidé autrement, et c’est ainsi la fin d’une époque qu’illustre si pitoyablement ceux du régime : celle où le chef charismatique guidé par ses convictions est prétendument supplanté par le caïd accidentel et le figurant circonstanciel. (Suite en page 4)

C’est pourquoi terminons par l’essentiel : contrairement a ce qu’a inconsidérément propagé une dépêche de presse complaisante et orientée vers la consommation externe, le regretté Ahmed Dini n’avait absolument pas été pressenti pour une quelconque candidature, ni par son parti, ni encore moins par l’opposition démocratique regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique.

Tout simplement parce qu’il y a une différence fondamentale entre compétition sportive et compétition électorale : contrairement à la première, il ne s’agit pas dans la seconde de tout juste participer, surtout quand il n’y a ni règles ni arbitre impartial. En clair, on entre dans l’arène politique pour gagner, pas pour être spolié !

Or, en l’état actuel de l’environnement institutionnel djiboutien, et considérant l’ampleur organisée et le caractère systématique des fraudes qui ont discrédité les dernières législatives de janvier 2003, rien ne pourrait justifier un changement miraculeux des fraudeurs patentés. Coupables de surcroît d’une inacceptable violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : le régime djiboutien voudrait être le seul au monde à consolider la paix en aggravant les causes du conflit civil.

Quand on ambitionne un destin politique, la première rigueur consiste à ne pas mentir à ses concitoyens, à ses sympathisants et à ses électeurs : puisqu’il est clairement établi que, dans le système tel qu’il s’impose aujourd’hui, seul l’ancien parti unique au pouvoir et ses alliés à géométrie variable peuvent remporter une consultation électorale quelle qu’elle soit, il est de notre devoir d’en prendre acte… en acte ! Et d’en informer toutes celles et tous ceux qui voient en nous une chance d’alternance démocratique pacifique.

Ce débat traverse l’opposition depuis quelque temps et la question devra être tranchée dans un proche avenir : il n’est pas sérieux de donner d’infondés espoirs lorsque la mécanique frauduleuse est si profondément implantée, qui plonge ses racines dans le déni des droits fondamentaux tels que la citoyenneté et le travail. Il faut donc impérativement définir la stratégie qu’implique la situation : si une vaste prise de conscience agissante de toutes nos concitoyennes et de tous nos concitoyens peut se dresser contre cette dictature sortie des urnes, il faut en définir les modalités pratiques, en procédant à l’évaluation la plus précise de toutes les variables à prendre en considération. Restons donc tous mobilisés et refusons la régression que ce régime prétend nous imposer !

Le seul fait de nous lire en cette douloureuse circonstance est la preuve la plus éclatante que, si le Combattant meurt, la Lutte continue. Nous en avons toujours été intimement convaincus et le sommes encore plus aujourd’hui.

Merci de nous en assurer.


La Nation perd un de ses plus illustres fils

AHMED DINI AHMED 1932- 12 SEPTEMBRE 2004

Rappelé à Dieu le dimanche 12 septembre 2004, Ahmed Dini a rejoint sa dernière demeure accompagné par tout un peuple profondément attristé. En ces moments difficiles mais surmontables, nos lecteurs, amis et concitoyens ne trouveront pas dans nos colonnes une hagiographie de l’honnête combattant que fut notre maître et compagnon.  » Réalité  » rappelle sommairement le parcours exceptionnel d’un croyant engagé et d’un homme d’Etat.

« Quand le croyant parle, il entend dire la vérité, et quand on lui parle, il croit entendre la vérité  » Cette phrase prononcée en octobre 2002 par le regretté Président de l’ARD pourrait résumer l’intensité de l’engagement politique de cet homme d’action au-dessus du commun des mortels, par la Grâce du Tout-Puissant.

Ahmed Dini aimait également à répéter :  » Le faible est celui qui ment, pas celui auquel on ment  »
Elevé dans une famille pieuse et lettrée, il a très tôt acquis le goût de la lutte et l’aversion pour toute forme d’injustice.

Arrivé très tôt dans la Capitale, son caractère batailleur le conduit tout naturellement au militantisme syndical, puis à l’action politique. Son combat politique commencé au début des années 50 lui permettra en 1959 de devenir, à l’âge de 27 ans, vice-président du conseil, la plus haute responsabilité accessible à un autochtone en ces temps.

En seulement treize mois de  » pouvoir « , Ahmed Dini marque de son empreinte la vie politique nationale, en faisant de l’africanisation des cadres son principal cheval de bataille. L’administration coloniale réclame et obtient alors son limogeage en juin 1960. En démocrate convaincu, Ahmed Dini se retire élégamment après le vote d’une motion de défiance contre lui à l’Assemblée Territoriale.

De 1960 à 1970, il devient une personnalité incontournable connue pour sa combativité indéfectible et sa droiture morale. Ses passages aux affaires restent éphémères et remarqués, mais ce sont surtout ses longues périodes dans l’opposition à la direction de l’UDA qui feront connaître et apprécier l’homme de conviction que fut Ahmed Dini et qui lui vaudront sa notoriété nationale.

A partir de 1971, Ahmed Dini sera à la pointe du combat pour l’émancipation et l’unité nationale. La Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) qu’il dirige aux côtés de Hassan Gouled et du regretté Cheiko devient en 1975 le grand parti de masse avec lequel le pouvoir colonial sera contraint de négocier l’Indépendance de notre pays.

Ahmed Dini est ainsi le premier leader politique djiboutien à faire autour de sa personne une unanimité qui dépasse les clivages ethniques. C’est tout naturellement, qu’après le référendum du 8 mai 1977, il accède à la fonction de premier Président de la nouvelle Assemblée Nationale. A ce titre, lui échoit l’honneur historique de proclamer l’Indépendance de la République de Djibouti le 27 juin 1977 à minuit.

Devenu premier Premier ministre en juillet 1977, il démissionne de ce poste cinq mois plus tard pour marquer sa désapprobation avec les dangereuses dérives sectaires initiées par son pourtant ami et compagnon de lutte, le Président Hassan Gouled Aptidon.

Il entre alors en opposition et tente de créer un parti d’opposition véritablement national avec un vétéran de la lutte indépendantiste, Moussa Ahmed Idriss, épaulés par MM. Abdallah Kamil, Hachi Abdillahi Orah, Mohamed Saïd Saleh et tant d’autres. Ils seront tous emprisonnés pour être relâchés quelques mois plus tard, après l’instauration du parti unique.

Ahmed Dini se retire alors à Obock et assiste, pendant plus d’une décennie, à la destruction de notre pays. Ainsi, qu’il l’avait prévu et déploré dès sa rupture consécutive aux exactions de décembre 1977, c’est de là qu’il a suivi attristé les déchirements de l’année 1991.

Contraint en novembre 1991 de quitter sa ville entièrement désertée par ses habitants fuyant les exations gouvernementales, il s’est réfugié en décembre de cette année dans le nord d’Obock, en zone contrôlée par la rébellion du FRUD. Coopté à l’unanimité par le mouvement rebelle en janvier 1992, comme son porte-parole, Ahmed Dini s’est engagé à l’âge de 60 ans dans le combat pour la démocratie et l’égalité.

Une décennie d’exil après, le leader nationaliste a retrouvé sa terre natale en mars 2000, à la faveur d’un accord de paix signé le 7 février à Paris. Qui aboutira, après de difficiles négociations au cours desquelles il devra faire preuve de toute sa sagesse, pour éviter au pays un nouveau déchirement, à l’Accord de Paix du 12 mai 2001 signé à Djibouti et que le Chef de l’Etat s’était solennellement engagé à scrupuleusement respecter, tout en décorant Ahmed Dini de la plus haute distinction nationale.

La violation systématique et éhontée de cet Accord historique par la partie gouvernementale au plus haut niveau, a certainement et négativement pesé sur sa santé qu’avaient déjà fragilisée plus de deux décennies de trahisons et de reniements dont il fut victime.

La création de l’ARD, partie prenante de l’opposition nationale regroupée au sein de l’UAD, a été son ultime tentative pour œuvrer à l’édification d’une Nation Djiboutienne véritablement démocratique et enfin réconciliée avec elle-même.

Terrassé par la maladie, c’est enfin entouré de l’amour des siens, de la considération de ses compagnons de l’UAD et du respect unanime de ses compatriotes, qu’Ahmed Dini s’est éteint à Djibouti le 12 septembre 2004, sans avoir assisté à la concrétisation de ses idéaux, mais apaisé d’avoir tenté, jusqu’à la fin de ses jours, d’établir entre tous les Djiboutiens la Paix des cœurs comme le prône l’Islam.

Dini le mortel est parti, Allah l’Eternel reste !
Inna Illaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun


Messages et témoignages

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Union pour l’Alternance Démocratique
(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Au nom de l’Union pour l’Alternance Démocratique et en mon nom personnel, j’adresse mes condoléances les plus attristées à la famille de notre très regretté Président Ahmed Dini Ahmed. Homme de parole et combattant de la Liberté, Ahmed Dini Ahmed a toujours été en première ligne pour la défense des valeurs chères à tout peuple et à toute personne : la Justice, les Droits de l’Homme, la Liberté et l’Unité Nationale.
Pieux, l’Homme d’Etat que nous avons connu était une personnalité exceptionnelle.

A nos concitoyennes et concitoyens nous promettons que le Droit et la Justice vaincront l’arbitraire.
En ami convaincu de la justesse de son combat, je ne puis que garantir la poursuite du juste combat qui nous a unis, pour consolider les idéaux de Paix, de Justice et de Démocratie dans l’Unité retrouvée.
Qu’Allah l’abreuve en Son Paradis.

Pour l’UAD
Ismael Guedi Hared


Front pour La Restauration de l’Unité et de la Démocratie
(FRUD)

C’est avec stupeur et grande tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur AHMED DINI AHMED, intervenu dans l’après-midi du 12 septembre 2004.

Avec la disparition d’AHMED DINI, le pays perd un grand homme d’Etat qui s’est toujours distingué, en première ligne dans les combats pour les causes justes : comme l’Indépendance, la Démocratie et la Justice. Je sais pour l’avoir côtoyé quelque temps, son sens élevé de l’Etat, sa vaste culture et sa ferveur pour la religion musulmane qu’il pratiquait avec piété et humilité.

Je présente au nom du FRUD et en mon nom personnel nos condoléances les plus attristées à sa famille et à ses proches et à ses amis.

 » INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJIOUN « 

Le Président du FRUD
Ali Mohamed Daoud


Ligue Djiboutienne pour la Défense des Droits Humains
(LDDH)

La République a perdu, le 12 septembre 2004 vers 15 heures, un grand homme d’Etat, un sage et courageux patriote Ahmed Dini Ahmed. C’est au nom de la LDDH et en mon nom personnel que j’adresse mes sincères condoléances à la famille et aux proches du regretté Ahmed Dini Ahmed. Il fut, pour moi, un compagnon de lutte pour l’indépendance de notre pays. Porte-Parole et Directeur du journal  » Le Populaire « , j’ai été, lors de ces heures glorieuses, son proche collaborateur en charge de l’administration du parti indépendantiste, la Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance – LPAI.

Puis, entre le 8 mai 1976 et le 27 juin 1977, c’est en tant que Secrétaire du Bureau de l’Assemblée Nationale, et sous la Présidence de Ahmed Dini Ahmed, Président du pouvoir législatif, que j’ai travaillé dans la commission mixte composée de la France et du gouvernement de transition. Toujours animé d’une intégrité intellectuelle et morale sans faille, Ahmed Dini Ahmed, une personnalité politique exceptionnelle, avec qui j’ai toujours entretenu d’excellentes relations était, à tous égards, le véritable Père de la Nation. Il était le principal artisan des textes fondamentaux de notre République et des Accords de coopération avec la France dans ces années-là.

Courageux, persévérant, ferme, dans ses décisions et brillant orateur (dans toutes les langues de notre pays), il fut celui qui avait réussi à mobiliser l’ensemble de la population djiboutienne, dans l’Unité, pour l’accession à notre souveraineté nationale et internationale. J’ai connu cet homme de parole qui a toujours respecté ses engagements dans la patience et l’abnégation. Fin négociateur, il avait réussi à mener avec doigté le long et difficile processus des pourparlers avec l’administration coloniale entre 1975 et 1977. Je rends ici hommage à mon compagnon, à l’homme d’Etat, au grand Homme qui m’a appris que la fermeté et l’intransigeance doivent toujours guider toute question relevant de la défense des Libertés et des Droits fondamentaux. Pour lui, ce n’était qu’ensemble que nous pouvions combattre avec efficacité en faveur du Bien-être de nos populations rassemblée contre l’arbitraire et l’injustice.

Depuis la création de la LDDH le 9 mai1999 jusqu’à la signature de l’Accord Cadre à Paris du 7 février 2000, grâce à ses impulsions démocratiques, à sa foi et ses convictions personnelles, il n’avait pas manqué, quelles que soient les circonstances, de consulter les Défenseurs des Droits de l’Homme de la LDDH, pour le respect des Libertés, sur toutes les questions relevant du respect des Droits de l’Homme, surtout en cette période difficile où les exactions sur les populations civiles du nord et sud-ouest étaient des pratiques régulières et courantes du régime, pratiques intolérables, insoutenables et inadmissibles.

Avec sa disparition, nous perdons aujourd’hui, le négociateur hors pair, actuellement le seul homme politique clairvoyant et soucieux de la promotion de l’intérêt général dans un pays qui sort d’une guerre fratricide de dix ans. Il appartient aujourd’hui à tout responsable politique et principalement au gouvernement de réaliser les vœux de notre regretté, compagnon et ami populaire, Ahmed Dini Ahmed : l’application effective des accords de paix du 12 mai 2001, car Ahmed Dini Ahmed n’a jamais failli à ses engagements.

Mon frère Ahmed Dini Ahmed, je peux t’assurer que le peuple est reconnaissant et compatissant.

Adieu frère Ahmed Dini Ahmed, que Dieu Tout-puissant garde ton âme en Paix. Amin

Le Président de la LDDH
Jean-Paul Abdi Noël


COMMUNIQUÉ DE L’ARD

En cette douloureuse occasion qu’est la disparition d’Ahmed Dini, Père de la Nation, la Direction de l’ARD partage sa tristesse avec l’ensemble de la population djiboutienne.

La Direction de l’ARD remercie toutes ses concitoyennes et tous ses concitoyens pour l’émouvant hommage rendu à la mémoire du regretté Ahmed Dini et les exhorte à continuer son juste combat pour l’édification d’une Nation harmonieuse, juste et démocratique.

Enfin, la Direction de l’ARD demande à ses militants de rester mobilisés et de continuer les travaux au sein des annexes pour préparer le futur congrès du parti.

La Direction de l’ARD


REMERCIEMENTS

La famille du regretté Ahmed Dini remercie toutes celles et tous ceux qui, par leurs messages, témoignages, prières, présence et soutien, lui ont témoigné leur sympathie en cette douloureuse circonstance.

Qu’ils trouvent ici l’expression de sa plus sincère gratitude.

Inna Lillaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun

Au nom de toute la famille
Cassim Ahmed Dini


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

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Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’Awaday avant le Day
  4. M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)
  5. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)
  6. Souveraineté pour l’Irak
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 103

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DECENTRALISATION :

TRAHISON AVEC PREMEDITATION

Ce qui est pathétique dans le triste spectacle politique que ce régime inflige à ses concitoyens, c’est que les gesticulations des figurants qu’il envoie en première ligne en leur imposant les plus douloureuses contorsions, cherchent à vainement masquer une usurpation fondamentale. Le droit de dire tout et son contraire, n’importe quoi tout en faisant son contraire, presque simultanément, n’est possible que pour le privilégié qui n’a aucun compte à rendre, et d’abord à sa propre personne. Posture carpe diem heureusement en voie de disparition partout ailleurs dans le monde, mais qui a malheureusement cours ici, comme l’illustre de façon caricaturale la dernière intervention du Premier ministre à l’Assemblée Nationale lors d’une séance impromptue sur les difficultés à instaurer la décentralisation en République de Djibouti.

Par une volte-face qui n’étonnera que les plus candides, celui qui n’a pas absolument aucun compte à rendre à un pouvoir législatif, devant lequel il n’est constitutionnellement pas responsable, a annoncé que son gouvernement, subitement plein de sagesse, et de respect pour ses concitoyens comme pour les partis politiques d’opposition, estimait trop lourd pour ses maigres épaules le fardeau de la décentralisation. Nous apprenant incidemment l’énorme priorité que son chef de gouvernement y accorderait, croyant savoir que les partis politiques de l’opposition y auraient montré leur attachement et étant donné l’importance que le peuple djiboutien attacherait à sa concrétisation, il s’engage à prochainement provoquer un vaste débat national sur la question. A la bonne heure ! Tirer d’abord, discuter ensuite : telle semble la philosophie sauvagement western en vigueur, qui nous oblige à rappeler quelques malversations, commises par l’autre partie signataire, contre une décentralisation qui devait être l’un des acquis majeurs de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Après en avoir complètement, illégalement et unilatéralement dénaturé la portée, vouloir aujourd’hui nous associer à un prétendu constat d’échec ou d’impossibilité de cette avancée démocratique est donc la dernière trouvaille de ces dirigeants dont le sérieux n’est manifestement pas la qualité première. Il nous est difficile d’oublier que l’Assemblée Nationale, certainement sur instruction du chef de l’Etat, a estimé utile de remanier le projet de loi s’y rapportant, tel qu’adopté par les négociateurs et annexé à l’Accord, en abrogeant purement et simplement l’article instituant une Commission Nationale de Décentralisation chargée de veiller à la mise en place des régions décentralisées. De composition mixte, c’est elle qui devait normalement piloter tout le processus et en évaluer les difficultés, le cas échéant. Dire que cette nouvelle manœuvre bassement politicienne, visant à impliquer l’opposition dans une posture de constant sabotage risque fort de rencontrer une fin de non-recevoir, c’est encore rester courtois, par respect pour nos concitoyens et lecteurs. Car, en considérant l’ensemble du contentieux qui nous oppose au régime, tant en ce qui concerne la violation des principales dispositions de l’Accord de Paix que pour ce qui est de la participation de l’UAD aux dernières législatives, nous associer à une instance de concertation prétextée par le gouvernement équivaudrait à faire fructifier le produit d’un vol.

Si ce régime de gaspillage et de fraude souhaitait réellement une quelconque avancée démocratique dans ce domaine, il aurait commencé par budgétiser le nouveau district d’Arta ou ne pas condamner celui d’Obock à l’enclavement.


Brèves nationales

Célébration de l’Indépendance :

Un 27ème anniversaire des plus moroses

De l’avis général, les festivités marquant la célébration de la fête de l’Indépendance étaient empreintes cette année d’une grande morosité. Pourtant, le régime en campagne n’avait pas lésiné sur la propagande et les artifices. Rien n’y fit : tant dans la Capitale que dans les districts de l’Intérieur, les réjouissances populaires n’avaient rien de la spontanéité et de l’éclat d’antan. Plus préoccupés par leurs conditions de vie quotidienne qui se dégradent, nos compatriotes ne cachaient par leur ras-le-bol à l’encontre des dirigeants qui ont échoué et leurs sempiternels mensonges.

En effet, la réalité vécue au quotidien contredit durement les promesses de lendemains qui chantent, sans cesse ressassées par ce régime d’affairistes.

Comment oublier que depuis le début de ce mois, les coupures d’eau et d’électricité, qui sont redevenues quotidiennes dans plusieurs quartiers de la Capitale, sont les pires enregistrées depuis 1999 ?

A cela s’ajoute l’exaspération des populations rurales victimes de la sécheresse, de la soif et du manque d’électricité dans les rares localités électrifiées des districts de l’Intérieur.

Par ailleurs, l’aggravation du chômage des jeunes malgré l’émergence d’un miraculeux secteur privé, a fait comprendre à tous qu’avec ce régime prédateur, l’intérêt personnel passe avant l’intérêt général.

Au chapitre des déclarations officielles, inutile de commenter la langue de bois et l’autosatisfaction de circonstance ; tout juste avons-nous relevé que cette année, le chef de l’Etat a cité parmi ses inaugurations la pose de la première pierre à Balbala d’un orphelinat entièrement financé par la générosité extérieure.

Pour en finir avec l’esbroufe présidentielle, rappelons que l’an dernier à la même époque, le citoyen-président discourait à n’en plus finir sur les miraculeuses retombées attendues du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh…

On connaît la suite.

Qui attend qui ?

Comédie présidentielle sur fond musical

Après avoir débité un insipide discours en français, contrairement aux fêtes de l’Aïd où notre polyglotte s’exprime en langue maternelle et en arabe, le chef de l’Etat s’est fendu d’un discret et complice aparté avec la troupe du 4 mars: «M’attendez-vous ou est-ce moi qui vous attend ?». Et, d’une façon dont la spontanéité aurait fait pâlir de jalousie tous les despotismes de la planète, laquelle troupe partisane d’entonner aussitôt un retentissant «Mudanoow Ismaciil, magacaagu dheera». Ce qui aurait boosté notre tribun national, se fendant aussitôt d’un discours terne à faire bailler ceux qui avaient la chance de le comprendre dans le texte.

L’homme qui a érigé le culte de la personnalité en méthode de gouvernement est tout sauf modeste.

Ministre de la Maison du Roi :

A quoi servent les Affaires Présidentielles ?

Comme quoi les grandes confidences se font souvent dans les langues nationales. Ainsi, dans son discours prononcé en langue somali à l’occasion du 27ème anniversaire de l’indépendance, le chef de l’Etat a implicitement reconnu la prédation financière sévissant en haut lieu.

Oubliant au passage que cette dernière est essentiellement due à l’impunité assurée par son régime à ses prédateurs, le chef de l’Etat aurait déclaré vouloir protéger les investisseurs et quil serait malade à chaque fois qu’il apprenait qu’un commerçant aurait été dépossédé de ses papiers et délesté de son argent. Est-il besoin de lui rappeler que tous ces investissements à vocation productive passent obligatoirement par son ministère chargé des Affaires Présidentielles et de l’investissement ? D’ailleurs, il devrait commencer par donner lui-même l’exemple sur certains aspects de l’Accord de paix du 12 mai où il est loin de se prévaloir d’un quelconque respect pour le salaire d’autrui.

Sous Louis XIV, il existait un Ministre de la Maison du Roi, spécialement chargé de surveiller la perpétuation et l’acquisition des titres de noblesse.

A Djibouti, le ministère des Affaires Présidentielles semble donc s’occuper des investissements personnels du chef de l’Etat ou de ceux qu’il sponsorise, dans l’intérêt supérieur de l’économie djiboutienne bien entendu : honni soit qui mal y pense.. Si ce dernier s’est vraiment repenti depuis son dernier pèlerinage à la Mecque, tant mieux pour notre développement national. Il ne faut donc jamais désespérer de la nature humaine.

Mais, comme l’aurait affirmé la souris entendant que son ennemi le chat serait devenu Hadj, «Tonton chat a toujours le même regard », prédateur bien sûr. Et, ayant anticipé sur le bond gourmand du chat qui voulait la dévorer, elle se serait exclamée : « c’est parce que nous le savions que nous avons creusé un trou ».

Il y a donc malheureusement fort à parier que ce cri de détresse présidentiel ne rencontrera aucun écho allant dans le sens de la bonne gouvernance et de la protection des investissements privés : on imagine mal son Ministre des Affaires Présidentielles sabotant les investissements privés sans une quelconque immunité accordée par son patron direct. On raconte même que l’usine de production de briques argileuses, appartenant à un proche parent par alliance du chef de l’État aurait en fait été spoliée et son bien confisqué à son propriétaire légitime.


L’Awaday avant le Day

CAPRICE PRÉSIDENTIEL ?

Chantre du développement agropastoral, notre illustre agronome exploite quelques hectares à Damerjog, Ambouli et au Day. C’est dans ce dernier village, autrefois célèbre pour sa forêt primaire et la douceur de son climat, et aujourd’hui connu pour son jardin présidentiel, que le chef de l’Etat serait actuellement en train de bâtir une nouvelle résidence secondaire.

 

Des ouvriers venus de la Capitale seraient d’ores et déjà à l’œuvre sur ce chantier, non sans susciter une légitime frustration parmi les nombreux jeunes chômeurs de ce village, dont une quinzaine devait être embauchée sur ce chantier et qui attend toujours d’être convoquée.

Au chapitre de la soif, la population du Day se plaint de la pénurie d’eau causée, dit-on, par le faible débit du forage de Garenlé pendant l’été. De plus, en raison de la sécheresse, les points d’eau traditionnels seraient pratiquement tous taris.

Outre ces facteurs climatiques, le manque d’eau constaté cet été par les nombreux vacanciers installés dans cette station d’altitude serait principalement dû à la priorité d’approvisionnement dont bénéficieraient le jardin présidentiel et les militaires affectés à la garde de la propriété présidentielle, à quelques dizaines de mètres de son jardin d’acclimatation.

Selon plusieurs sources indépendantes, la fontaine publique du Day, au service de la population, ne fonctionnerait que deux jours par semaine, les autres jours, l’eau serait réservée aux militaires et aux milliers de plants de khat Awaday et de café appartenant au docteur honoris causa.

Certes, le charme bucolique de ce village et son climat vivifiant ont toujours attiré de nombreux visiteurs, le tourisme a un avenir certain dans cette région. Mais, aujourd’hui, force est de déplorer que le projet d’alimentation en eau du Day n’ait pas tenu toutes ses promesses, malgré des investissements conséquents.

L’on s’en souvient, le jour de l’inauguration de cette fontaine publique, la plus haute du pays, les médias gouvernementaux claironnaient en chœur que l’arrivée de l’eau courante allait favoriser le développement touristique de ce village. Malheureusement, l’unique centre touristique, pourtant bien fréquenté, voit son développement limité à cause justement de cette pénurie d’eau.

Par ailleurs, les touristes sont systématiquement interceptés par des militaires de la garde présidentielle postés dans l’enceinte de la propriété présidentielle, se permettant même de refouler les touristes étrangers non munis d’un document supposé être délivré par l’Office de Tourisme. Ce document existe-t-il vraiment?

Toujours est-il qu’un tel comportement de ces militaires zélés constitue une entrave inadmissible au développement du tourisme au Day où cette activité fait vivre des familles. Les sages du village se plaignent d’ailleurs de cette intolérable situation : après le sabotage gouvernemental des programmes de réhabilitation dont le Day aurait normalement dû bénéficier en tant que zone affectée par le conflit civil, cette présence armée et nerveuse empêche de nombreux touristes de profiter des potentialités naturelles qu’offre leur cadre de vie. Car la présence de ces hommes armés embusqués, sans aucun point de contrôle visible, contribue à donner au paisible village du Day des allures d’une cité interdite.

Rappelons qu’autrefois l’Etat exploitait dans ce village un centre d’estivage réputé, Faute de réhabilitation, ce complexe est aujourd’hui en ruine et hors service.

Le développement agropastoral version chef de l’Etat se résume pour le moment à une militarisation rampante d’une des plus belles régions touristiques de notre pays.

A NOS LECTEURS

La Rédaction informe ses aimables lecteurs qu’en raison de la préparation du congrès de l’ARD, qui doit se tenir en septembre prochain, Réalité cessera de paraître à compter de cette semaine. Le numéro 104 sera disponible en kiosque le mercredi 8 septembre 2004.

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M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Mohamed Kadamy

C’est donc à désespérer d’une certaine nature humaine parce que « chassez le naturel, il revient au galop » : dans la première partie de son interview accordée aux Nouvelles d’Addis, M. Kadamy avait démontré en quoi une structure mentale façonnée par son expérience ne pouvait prédisposer le chef de l’Etat à miraculeusement se transformer en un démocrate inguérissable. Violations systématiques des accords de paix et mépris accordé aux aspirations populaires découleraient donc d’une trajectoire répressive considérant qu’un dirigeant doit plus inspirer la crainte que le respect. Les murs récemment badigeonnés par des chômeurs en colère lui ont pourtant prouvé que cette peur avait des limites : celles dressées par l’irrépressible droit à la vie. Après ce profil psychologique, voici la seconde et dernière partie de son interview : il analyse en quoi ce régime est irrémédiablement condamné et quelles sont les conditions de la construction d’une véritable identité djiboutienne, ancrée dans les respect des règles démocratiques et respectueuse de sa diversité.

LNA : Depuis l’indépendance, les parties nord et sud-ouest de Djibouti habitées par les Afars ont été marginalisées. Avec l’accord de 2001, la situation devait évoluer. Qu’en est-il ?

MK : Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance. Il fut contraint de signer deux accords de paix en six ans avec deux factions du Frud. Ces deux accords qui portent l’empreinte d’Ismaël Omar Guelleh et reflètent son intransigeance, ont radicalisé le système et marginalisé encore plus la communauté afar.

L’accord signé en mai 2001 a déçu par son contenu partiel, entraînant son rejet par une partie du Frud. Il était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques ; M. Ahmed Dini s’est ralliée à cette idée et dénonce les violations du traité par le pouvoir. Même la reconstruction et la réhabilitation des zones affectées durant la guerre, dont le financement a été accepté par la communauté internationale, n’ont pas reçu l’aval du pouvoir.

Le volet décentralisation a été détourné de ses objectif ; par un nouveau découpage administratif, le régime essaie d’introduire les germes de division communautaires ( exemple : le district d’Arta). Sur ce mal ethnique qui ronge notre pays par son instrumentalisation effrénée par le pouvoir, l’irresponsabilité a élu domicile au sommet de l’Etat. Traiter cette question comme le fait le chef de l’Etat relève au pire de folie inconsciente, au mieux de cécité politique.

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Les Afars n’ont jamais été autant marginalisés dans ce pays, à telle enseigne qu’une partie de cette communauté se sent exclue et accuse l’Etat d’être un instrument de domination et de marginalisation de son entité.

La population des zones rurales de Tadjourah et d’Obock est toujours harcelée par l’armée, accusée de soutenir et d’héberger les combattants du Frud, les maisons des habitants sont toujours occupées par les familles des militaires qui ont des droits exclusifs pour exercer le commerce. Aussi, nous demandons au gouvernement éthiopien de ne pas expulser les réfugiés djiboutiens vivant déjà dans des conditions difficiles en Ethiopie, comme le réclame Djibouti.

LNA : Au plan économique et social, quelle est la situation à Djibouti ?

MK : Il y a une légère embellie économique, par les retombées financières des présences militaires. Les fonctionnaires sont payés régulièrement depuis six mois, même s’il reste toujours quatre mois d’arriérés de salaires. L’Etat n’arrive toujours pas à honorer ses dettes intérieures qui ne cessent d’augmenter. La France a certes accru son aide directe, portée à 30 millions d’euros sous la pression de la présidence de Djibouti, mais au détriment de son aide à la Santé et à l’Education qui a diminué considérablement. Les aides américaines alimentent en grande partie les caisses des dirigeants. Le chef de l’Etat, qui porte la corruption en bandoulière, n’a pas hésité à transférer les caisses du Trésor public dans son palais officieux de Haramous.

Donc, cette manne financière ne profite pas à la population. La pauvreté progresse ; la misère et les maladies sont visibles et en nette augmentation ; des cas de pré-famine sont signalées dans certaines zones du pays. Nous assistons à la paupérisation d’une certaine classe sociale salariée ; employés, instituteurs, professeurs. Plus de la moitié des enseignants a déjà émigré en Europe et au Canada.

LNA : Le Président Guelleh a évoqué la possibilité de réduire la dépendance économique liée à la présence militaire étrangère à Djibouti. Est-ce envisageable ?

MK : C’est envisageable et c’est souhaitable. Depuis l’indépendance, notre pays est de plus en plus dépendant économiquement de la présence militaire étrangère ; cette tendance s’est accentuée depuis que Djibouti est devenu porte-avion multinational (après le 11 septembre 2001), et ce bien qu’il soit le seul débouché maritime de l’Ethiopie (pays de 70 millions d’habitants). Mais il n’y a aucune volonté de la part du régime d’inverser cette tendance en dépit des grands secours. Quand bien même viendrait cette volonté, elle se heurterait à deux obstacles majeurs. On ne peut pas créer les infrastructures indispensables au développement d’un pays en considérant les deux-tiers de sa superficie comme territoire ennemi, interdit d’investissement économique. Deux exemples édifiants : l’usine d’eau de Tadjourah a été détruite par l’armée et on vient d’inaugurer une usine de traitement de l’eau à Ali-Sabieh, en février 2004 ; de la même manière, l’armée a détruit la pêcherie d’Obock et on a construit une nouvelle pêcherie à Djibouti.

Deuxième handicap au développement de Djibouti, seuls les membres du lignage du Président et quelques personnes liées à la sécurité peuvent entreprendre des activités économiques, faire du commerce, bénéficier des crédits bancaires ou créer des associations. C’est un non-sens économique, dans la mesure où on prive le pays de ses meilleures ressources territoriales et humaines. Dernière anecdote en date : le chef de l’Etat a menacé de fermer la Banque de Commerce et d’Industrie Mer Rouge (BCI-MR) qui refusait d’embaucher son frère…

LNA : Comment expliquer le soutien des Etats-Unis et de la France au régime ?

MK : Nous sommes peut-être prisonniers de la géographie. Ce qui semble intéresser les puissances présentes à Djibouti, c’est le site géostratégique, le basalte, le sable, comme s’il s’agissait d’une terra nulla. Sinon, comment comprendre qu’à quelques centaines de mètres des troupes américaines, la population du nord souffre de la soif ? Il est de notre devoir de rappeler qu’il existe une population djiboutienne (certes de dimension modeste) qui souffre dans sa chair d’une dictature. Nous disons aux Français, aux Allemands et aux Américains, militairement présents sur notre sol, de mettre en concordance leur profession de foi démocratique et leurs pratiques à Djibouti qui renforcent le pouvoir de Guelleh qui est une vraie calamité pour sa population.

Si Guelleh obtient un deuxième mandat en 2005, ce sera une véritable catastrophe pour le pays et un danger pour la région.

Djibouti est un champ idéal pour les entraînements militaires, aujourd’hui essayons d’en faire un espace pour des expériences démocratiques. C’est aux Français, aux Allemands et aux Américains de prouver que les présences militaires étrangères ne sont pas toujours antinomiques avec l’instauration de la démocratie dans un pays.

Mais les solutions restent endogènes. C’est aux Djiboutiens de tirer un trait sur ce régime qui n’a que trop duré, de se rassembler d’une façon large, au-delà des forces de l’opposition, autour d’un nouveau consensus, d’une nouvelle orientation, en rupture avec les préférences lignagères et les pratiques mafieuses, pour faire émerger une entité nationale et démocratique.

COMMENTAIRES

Quoi que nous approuvions entièrement les analyses de M. Kadamy selon lesquelles ce régime constitue, par ses pratiques mafieuses, un frein au développement économique du pays et par sa nature despotique, un obstacle à son émancipation politique, il est de notre devoir de nous démarquer d’une assertion que nous ne pouvons cautionner.

En effet, prétendre que l’accord de paix du 12 mai 2001 « était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques » est un peu vite aller en besogne. D’ailleurs, l’importance de ses dispositions est clairement soulignée par le régime lui-même : on ne s’acharne pas à violer aussi systématiquement ce qui n’a aucune portée significative ! La violation d’un traité de paix est donc la meilleure preuve de sa pertinence : même l’accord de paix d’Aba’a, dont nous nous étions en son temps désolidarisés, contient des chapitres essentiels qui n’ont jusqu’à présent trouvé aucun début d’application. A une différence près, et elle est significative : si les salaires des cadres du FRUD-armé ont été détournés par le régime, (en une sorte d’hommage rendu par l’impuissance du bourreau à la détermination de ses victimes), c’est parce que l’espace de liberté conquis en 2001 sape les fondements d’un régime pour qui droit au travail rime avec reptation partisane.

Quant aux réformes démocratiques dont M. Kadamy regrette l’absence, elles sont en fait si présentes que, dans le cadre d’une compétition électorale sincère et transparente, même l’ancien parti unique avait ses chances. Mais, comme il le dit si bien lui-même, « Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance» : donc le violeur n’est qu’un vulgaire voleur contre lequel il faut défendre notre patrimoine commun.

C’est pour cela que nul n’a le droit d’avancer que l’accord de paix du 12 mai 2001 « ne répondait pas aux aspirations populaires » : c’est justement pour se réapproprier le désir de paix et de réconciliation de ses compatriotes que le chef de l’Etat s’était donné ce jour-là en spectacle au Palais du Peuple, jurant qu’il veillerait personnellement à la stricte et honnête application de toutes ses dispositions. Si, après cela, des volets quasiment humanitaires comme la réhabilitation des zones affectées par le conflit et l’indemnisation des biens civils détruits ou pillés par certains éléments des troupes gouvernementales, sont sabotés au plus haut niveau de l’Etat, il s’agit uniquement d’un reniement qui aurait normalement dû dissuader l’actuel locataire de Haramous de briguer un second mandat !

Cela étant, M. Kadamy est tout à fait fondé à inviter toutes les forces nationales éprises de paix et de libertés, de conjuguer leurs efforts pour chasser ce régime de prédation et de division. Quand on voit à quel point le système politique djiboutien est bloqué, toute possibilité de transition démocratique étant rendue impossible par la fraude institutionnalisée, une question vitale pour tous les partis d’opposition devra trouver réponse : un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? A moins d’être bien sûr amphibie, c’est-à-dire d’accepter toutes les compromissions, ce qui ne sera jamais notre cas.

A n’en pas douter, cette question des limites d’une action politique dans ce système bloqué sera sérieusement débattue lors du prochain congrès de notre parti.

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L’ARD tient congrès

Pas de parti efficace sans citoyen respecté

Comme nous l’annoncions la semaine dernière, conformément aux dispositions statutaires et au regard de la situation politique nationale, notre parti tiendra son congrès en septembre prochain. Un peu moins de deux ans après sa création, ce sera l’occasion historique d’évaluer la place de l’ARD dans le champ politique djiboutien en général et au sein de l’opposition regroupée sous le sigle UAD en particulier. Mais il sera surtout question de mesurer sans complaisance la portée réelle du multipartisme intégral institué à partir de septembre 2002 (au regard des fraudes électorales institutionnalisées) tout comme la pertinence d’une paix qui s’est traduite par si peu d’améliorations dans la vie quotidienne de nos concitoyens, permettant surtout à quelques oisifs, parasites et sectaires de paître et de s’engraisser au détriment du développement économique et de la réconciliation nationale.

« Un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? » : telle est la question centrale à laquelle les congressistes devront répondre septembre prochain lorsqu’un congrès de l’ARD les réunira. En d’autres termes, il s’agira d’évaluer quelle est la raison d’être d’un parti politique que l’environnement institutionnel empêche de pleinement s’exprimer, du fait de la coupure, légalisée par un Conseil Constitutionnel que le ridicule ne tuera pas, entre l’action partisane et la volonté du citoyen.

En premier lieu, il convient d’admettre que la légitimité de tout parti politique digne de ce nom est quelque peu discrédité quand l’accès à la citoyenneté (aux pièces d’identité nationale) est interdit à une frange importante de ses concitoyens. Des titulaires des Kaar-Dameer, normalement temporaires aux innombrables citoyens du nord et du sud-ouest, en passant même par certains éléments de l’ex-FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalis) jusqu’à présent traités comme des éléments étrangers, déçus dans leur légitime espoir sont tous ceux qui espéraient que la Commission de la Nationalité, prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001, les restaurerait enfin dans leurs droits les plus inaliénables. La violation de cette disposition essentielle est la plus grave qui soit, car elle perpétue une inégalité fondamentale obérant gravement toute réelle tentative de construire une identité djiboutienne : quelle unité alors pour une Nation aux contours si partialement et si dangereusement définis ?

Comble de l’intolérable, certains de nos congressistes, à l’instar de tel notable pourtant appointé par l’Etat, risquent fort d’être des apatrides sur leur propre sol, le régime les ayant privés de la carte d’identité nationale et leurs enfants oubliés des registres d’état civil !

D’autant plus que sans pièces d’identité nationale, l’obtention de la carte d’électeur devient injustement conditionnée par l’engagement formel (donnant par exemple droit à une ration d’une aide alimentaire internationale censée être garantie à tous les nécessiteux) de voter pour les candidats cooptés du parti au pouvoir. L’inacceptable taux d’abstention enregistré lors des législatives de janvier 2003 s’explique essentiellement par cette rétention volontaire et sectaire des cartes d’électeur : le chantage à la citoyenneté comme préalable à une sélection despotique de ceux habilités à exprimer leurs choix partisans.

Mais même les titulaires d’une carte d’électeur ayant normalement voté ont vu leurs préférences souveraines, certainement diverses et variées, détournées au profit de l’ancien parti unique, s’octroyant la part du lion, souvent au désavantage de ses propres alliés de circonstance. Car ce n’est un secret pour personne : ce sont les listes unitaires de l’opposition regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui auraient normalement dû être déclarées victorieuses et leurs membres majoritairement siéger sur les bancs de l’Assemblée Nationale issue de ce scrutin, si et seulement si le régime respectait l’expression de la volonté populaire.

Dans ces conditions, pourquoi donc participer à toute future consultation électorale quand la fraude se profile déjà à l’horizon ? En d’autres termes, est-il pour le moment de la vocation des partis politiques d’opposition d’accepter de se cantonner dans un rôle de putching-ball servant uniquement de faire-valoir masochiste et de caution démocratique à un régime réfractaire à tout respect de ses concitoyens ?

En définissant la place de leur parti dans l’espace politique national, nos concitoyens seront surtout invités à définir leur propre rôle en tant que militants, citoyens et électeurs. Car, en définitive, plus que l’Accord de Paix du 12 mai 2001 et la pleine participation des partis politiques d’opposition au débat national, c’est le droit inaliénable des électeurs à librement choisir l’alternance démocratique que ce régime bafoue si impunément, tout simplement parce que partis d’opposition et électeurs conscients de la nécessité du changement, sont les seuls à respecter la légalité républicaine.

Mais, en entérinant le fait que l’ARD prenne acte de l’impossibilité de toute vie politique pacifiée, respectueuse du choix de chacune et de chacun, nos congressistes auront enfin à répondre à une autre question, fondamentale : par quelle autre option remplacer cette politique de la chaise vide ? Choix cruciaux donc pour l’avenir du pays.

=======================================================================================Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)

Quelle que soit la portée historique de la libération de la France par les forces alliées, soixante ans après, la situation du Bataillon Somali est des plus précaires comme celle de leurs frères d’armes du continent par rapport à ceux issus des pays du Nord. Même, les anciens combattants de l’ex bloc de l’Est ne vivent pas dans une telle condition de précarité. Depuis les indépendances, laissés pour compte, ces combattants de second rang sont injustement lésés.

S’agissant comme nous l’avions écrit dans nos précédentes colonnes d’une ingratitude, réelle de la France, sa politique a en tout temps fluctué en ce qui concerne la situation sociale et sanitaire des bataillons africains en fonction d’une part, du passé historique du chef de l’Etat Français, chef des Armées et, d’autre part de l’idéologie politique. Plus clairement, de Gaulle, Mitterrand et dans une moindre mesure Pompidou portaient une attention particulière à la situation des libérateurs de la France par rapport aux autres présidents de la cinquième République, malgré la présence dans leur entourage de vétérans de la résistance, tels que Chaban Delmas, Messmer, Juillet, Foccart.

Ce qui explique l’importance et le rang que revêtait, selon l’époque, l’organe responsable de cette catégorie sociale que sont les anciens combattants de la dernière guerre mondiale. Tantôt Ministre des anciens combattants, tantôt Ministre Délégué aux anciens combattants, enfin Secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Toutefois, il y a toujours eu une politique relativement constante de la France dans le traitement de la situation des anciens combattants des anciens colonisés depuis les indépendances.

Au cours des deux septennats de François Mitterrand, sans réellement améliorer le sort du Bataillon Somali, les organisations de gauche de Djibouti bénéficiant du soutien des FFDJ, principalement le 5 RIAOM, avaient réussi à obtenir quelques avantages en faveur de cette catégorie de djiboutiens et de leurs veuves comme par exemple les soins gratuits (externes et hospitalisations) au sein des structures médicales françaises de Djibouti, les facilités pour le visa en cas de soins en France, etc… D’ailleurs un protocole d’accord avait été signé en ce sens par le Chef d’Etat-Major des FFDJ et l’ADFE.

Aujourd’hui, la culpabilité de la France à l’égard de ses libérateurs colonisés qui ont donné de leur sang pour la Liberté et la Vie est prouvée. En effet, si d’autres communautés victimes des dérapages de l’absolutisme politique ont été indemnisées, les communautés africaines portent encore en elles les séquelles du colonialisme. Le traitement discriminatoire de la France dans cette affaire entre des Combattants de ses ex-colonies et ceux de l’Hexagone et du monde riche constitue un élément de plus sur le peu de crédit que l’on peut lui accorder.

Tout a commencé par l’arrêt d’Amadou Diop qui dénonçait simplement la discrimination de la France entre combattants des guerres mondiales et coloniales sur la seule base de la nationalité. Cet arrêt exigeait tout simplement un traitement égal pour tous, tant sur le nombre d’années de service sous le drapeau que le même taux d’invalidité. Foulant au pied l’ensemble des procédures judiciaires gagnées par Diop, et bien entendu tous les Anciens Combattants des pays antérieurement sous domination française, le gouvernement français a décidé de passer outre la décision de son Conseil d’Etat de novembre 2001 en décrétant que les anciens combattants étrangers ne peuvent percevoir le même traitement que leurs frères d’armes français. Par cette décision discriminatoire il invente une méthode de calcul lui permettant de supporter seulement 150 millions d’euros sur un règlement des arriérés d’anciens combattants originaires de vingt-trois pays de ses ex-colonies estimés à 1,5 milliard d’euros.

En effet, un coefficient établi sur la parité du pouvoir d’achat du pays dont est issu l’ancien combattant par rapport à la parité du pouvoir d’achat par la France, sur la base des données du revenu national brut par habitant et par pays de la Banque Mondiale, exprimées en dollar US. Or, c’est là une escroquerie honteuse, tout un chacun sait qu’à Djibouti, outre les incidences économiques et financières de la contribution française sur le budget national, la présence de ses troupes et de leurs familles faussent totalement le pouvoir d’achat des djiboutiens. Le coût de la vie à Djibouti est rendu tellement cher par la propension à consommer de cette catégorie sociale, que les données de la Banque Mondiale restent erronées dans ce pays dont le dernier rapport des instances internationales établit la pauvreté à près de 70%.

Quant aux coefficients de parité des pays joints au décret n°2003-1004 du 3 novembre 2003, il ressort de sa lecture que l’Allemagne par exemple affiche en 2002 un coefficient 1, tandis que Djibouti qui a consenti plus de sacrifice dans cette guerre ne pointe qu’à 0,08. En ce sens qu’un décodage sérieux de ce document démontre une réelle discrimination dans le traitement des droits des combattants selon leur origine et le coût de la vie dans leur pays respectif. Même la Lituanie faisant mieux que Djibouti, pas le Sénégal, le droit annuel du Bataillon Somali, qui compte aujourd’hui moins de 100 rescapés, oscille entre 300 et 900 mille fd.

Cette spoliation n’aurait pas été la conséquence de l’indépendance des ex-colonies françaises, si les pouvoirs nationaux ayant succédé à l’administration française défendaient les intérêts de leurs ressortissants, comme l’ont fait récemment les Présidents du Sénégal et de l’Algérie face au Président Chirac et à son Secrétaire d’Etat chargé des Anciens Combattants. Nous souhaitons que d’une part les Associations formées par les fils et les filles de ces héros nationaux comme le 5 RIAOM, oeuvrent de concert pour le rétablissement des droits de cette catégorie sociale et pour la pérennisation de leur Histoire qui est celle de notre pays. L’absolutisme des pouvoirs n’est pas seulement d’ordre répressif, il est aussi forcément psychologique et économique.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti dans la nuit du 28 au 29 juin 2004 de M. Houssein Omar Djama dit Masri. L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 50 ans était connu et apprécié pour son amabilité, sa générosité et son patriotisme. Il laisse une veuve et deux enfants.

======================================================================================Souveraineté pour l’Irak

LETTRE DU PREMIER MINISTRE DU GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE

AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Venant d’être nommé Premier Ministre du Gouvernement intérimaire irakien, j’ai l’honneur de vous assurer de la volonté du peuple irakien de mener à son terme le processus de transition politique afin d’établir un Irak libre et démocratique et celle de participer à la lutte contre le terrorisme et à sa prévention. Au moment où l’Irak entre dans une nouvelle phase critique, qu’il retrouve sa pleine souveraineté et qu’il s’achemine vers des élections, il a besoin de l’aide de la communauté internationale.

Le Gouvernement intérimaire irakien n’épargnera aucun effort pour s’assurer que ces élections seront libres, régulières et pleinement démocratiques. La sécurité et la stabilité demeurent des conditions du succès de notre transition politique. Il reste cependant en Irak des forces qui sont opposées à l’avènement de la paix, de la démocratie et de la sécurité, et parmi ces forces figurent des éléments étrangers. Le Gouvernement est déterminé à en venir à bout et à mettre en place des forces de sécurité capables d’assurer au peuple irakien un niveau adéquat de sécurité. Jusqu’à ce que nous puissions assurer nous-mêmes notre sécurité, et en particulier la défense de l’espace terrestre, maritime et aérien de l’Irak, nous sollicitions l’aide du Conseil de sécurité et de la communauté internationale. Nous demandons au Conseil de sécurité d’adopter une nouvelle résolution portant sur le mandat de la force multinationale pour contribuer à assurer la sécurité en Irak, notamment par les tâches et selon les dispositions énoncées dans la lettre du Secrétaire d’Etat, M. Colin Powell, au Président du Conseil de sécurité. Le Gouvernement irakien prie le Conseil de sécurité d’examiner à nouveau le mandat de la force multinationale quand le Gouvernement transitoire irakien en fera la demande ou dans un délai de 12 mois après l’adoption de la résolution.

Pour que le Gouvernement irakien s’acquitte de la responsabilité d’assurer la sécurité, j’ai l’intention d’établir des structures appropriées qui permettront à mon gouvernement et aux forces de sécurité irakiennes d’assumer progressivement cette tâche. L’une de ces structures est le Comité ministériel pour la sécurité nationale, présidé par moi-même et composé du Premier Ministre adjoint et des ministres de la défense, de l’intérieur, des affaires étrangères, de la justice et des finances. Le Conseiller pour la sécurité nationale, et le Directeur du service national irakien du renseignement seront des membres consultatifs permanents de ce Comité. Cette instance définira les grandes lignes de la politique irakienne en matière de sécurité. J’ai l’intention d’inviter, selon le cas, le commandant de la force multinationale, son adjoint ou son représentant, ainsi que toutes autres personnalités appropriées à participer aux travaux de ce Comité pour examiner les mécanismes de coopération et de coordination avec la force multinationale. Les forces armées irakiennes (la police, la police des frontières et le service de la protection civile) relèveront du Ministre de l’Intérieur ou d’autres ministres.

En outre, les ministres compétents et moi-même mettrons en place d’autres mécanismes de coordination avec la force multinationale. J’ai l’intention de créer, avec cette force, des organes de coordination aux niveaux national, régional et local ; ils comprendront les commandants des forces de sécurité irakiennes et des dirigeants civils ; ils s’assureront que ces forces agiront en coordination avec la force multinationale sur toutes les questions portant sur la politique et les opérations en matière de sécurité, afin d’assurer l’unité de commandement des opérations militaires dans lesquelles les forces irakiennes seraient engagées aux côtés de la force multinationale. En outre, la force multinationale et les dirigeants irakiens se tiendront mutuellement informés de leurs activités, se consulteront régulièrement pour assurer une allocation et une utilisation efficaces du personnel, des ressources et des équipements, échangeront des renseignements et feront remonter les problèmes par leurs filières respectives de commandement selon les besoins. Les forces de sécurité irakiennes assumeront progressivement les responsabilités plus grandes à mesure que les capacités irakiennes augmenteront.

Les structures que j’ai décrites dans cette lettre seront les instances dans lesquelles la force multinationale et le Gouvernement irakien se mettront d’accord sur l’ensemble des questions fondamentales relatives à la sécurité, et notamment la politique à suivre sur des opérations offensives délicates, et assureront une pleine coopération entre forces irakiennes et force multinationale à la faveur d’une coordination et d’une consultation étroites. Comme ce sont là des questions sensibles pour un certain nombre de gouvernements souverains, notamment l’Irak et les Etats-Unis, elles devront être résolues dans le cadre d’un accord mutuel sur notre partenariat stratégique. Nous travaillerons étroitement, durant les semaines qui viennent, avec les dirigeants de la force multinationale pour nous assurer que nous disposerons d’un tel cadre stratégique convenu.

Nous sommes prêts à assumer pleinement la souveraineté de l’Irak au 30 juin. Nous n’ignorons pas les difficultés avec lesquelles nous sommes aux prises, non plus que nos responsabilités devant le peuple irakien. Les enjeux sont élevés et nous avons besoin pour réussir de l’aide de la communauté internationale. Nous demandons donc au Conseil de sécurité de nous aider en adoptant dès maintenant une résolution nous apportant le soutien nécessaire.

Je crois comprendre que les auteurs du projet de résolution se proposent d’annexer le texte de la présente lettre au projet de résolution à l’étude. Dans l’intervalle, je vous prie de bien vouloir communiquer le texte de la présente lettre aux membres du Conseil dès que possible.

Ayad ALLAWI

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 102 du mercredi 23 juin 2004

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Réalité numéro 102 du mercredi 23 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Pour avoir refusé de ramper (3)
  4. M. Kadamy s’exprime dans LNA
  5. La LDDH vulgarise la décentralisation
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 102

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

MESSAGE DU PRÉSIDENT

27EME ANNIVERSAIRE :

LE DERNIER DE L’OBSCURANTISME

Fidèle à une liturgie festive qui a disparu partout ailleurs en même temps que les partis uniques, le régime se prépare activement à récupérer les multiples sacrifices indépendantistes en assénant à nos compatriotes chants et des chants douteux dont seules quelques troupes militaro-artistiques ont le secret. Peut-être plus activement que par le passé, car ce 27 juin 2004 est placé sous les pires auspices qui soient pour l’équipe au pouvoir, tout comme il augure de jours prochainement meilleurs pour le Peuple Djiboutien, dès lors qu’il revendique son droit à vivre décemment. Notre pays est véritablement dans une période charnière : celle du passage des Ténèbres de la manipulation politicienne vers la Lumière de l’Unité Nationale. Pour le régime, la sanction de sa faillite est sans appel, et ceci dans les domaines les plus vitaux de l’existence quotidienne.

L’Education Nationale ? Malgré toute la bonne volonté d’un corps enseignant conscient de sa mission, le constat du dysfonctionnement est patent, obérant dramatiquement l’avenir de nos enfants et laissant s’instaurer une dangereuse Ecole à deux vitesses. A voir ces cohortes toujours plus nombreuses de jeunes jetés dans la rue, les centaines d’enfants ruraux auxquels toute école est refusée, n’en prennent qu’une dimension statistiquement modeste, quoique la volonté de tuer l’avenir de toute une composante de la communauté nationale s’y trahisse dans sa plus brutale cruauté.

Le monde du travail ? Ce n’est pas par incompétence que le régime viole ses propres engagements et refuse de se conformer aux dispositions pertinentes du Bureau International du Travail, l’invitant depuis des années à respecter la liberté syndicale et à réintégrer tous les syndicalistes abusivement licenciés. Privés d’une réelle représentation véritablement soucieuse de défendre leurs droits inaliénables, les travailleurs sont quotidiennement victimes d’abus de pouvoir, le moindre des dénis n’étant pas les intolérables arriérés de salaire et atteintes fiscales au pouvoir d’achat.

La Paix civile ? Il y a bien longtemps qu’elle est devenue le dernier souci d’un régime uniquement préoccupé de sa survie, feignant favoriser tel ou tel groupe en fonction de ses contingences partisanes mais condamnant en réalité l’ensemble du Peuple Djiboutien saboté dans son profond désir de se forger un destin commun. Peuple dont la maturité a déjà mis en échec les nombreuses tentatives de division haineuse.

C’est cette résistance, pacifique et résolue, qui nous autorise à dire que, mis à part le premier, ce 27 juin 2004 est plus important que les tous autres : de la prise de conscience agissante découle inévitablement la destruction de toute forme de despotisme. Les prochains mois nous donneront certainement l’occasion pour qu’il en soit ainsi. Il est temps d’en finir avec l’obscurantisme du parti unique et d’aller vers la Lumière du citoyen responsable et d’une Nation réconciliée. C’est à cette tâche que l’UAD convie tous nos compatriotes. Avec l’aide du Très-Haut, nous y parviendrons car c’est dans la logique de l’Histoire.

AHMED DINI

Président de l’ARD


Brèves nationales

Jeunesse au chômage :

L’UJA courtisée ?

Après les menaces, voici le temps des promesses. Cette semaine, nous apprenons qu’après les avoir traités de tous les noms, le régime tenterait une offensive de charme en direction des jeunes chômeurs regroupés au sein de l’Union des Jeunes d’Arhiba. Ainsi, la Présidence et la Primature rivaliseraient d’imagination dans le but de séduire ces jeunes injustement brimés et condamnés à l’oisiveté. Des promesses d’embauche auraient, paraît-il, été formulées sans que l’on sache si c’est pour tout de suite ou alors après 2005. Toujours est-il qu’il faut rester prudent avec ce pouvoir du mensonge et de la manipulation.

Pour notre part, nous serons les premiers à nous féliciter de tout geste positif, tout en demandant à ce qu’une réelle politique de lutte contre le chômage soit initiée au profit des jeunes de toutes les régions du pays. Malheureusement, ce régime en campagne électorale a pour fâcheuse habitude de présenter un droit comme une faveur assortie de conditions. Cela, la Jeunesse au chômage de tout notre pays doit la rejeter et continuer sa légitime lutte jusqu’à ce qu’une véritable politique nationale de l’emploi soit effectivement mise en place en faveur de tous les chômeurs Djiboutiens.

La juste résolution de l’épineuse question du chômage est à ce prix. Tout le reste n’est qu’esbroufe électoraliste.

Salubrité publique :

Coup de balai… annuel ?

Depuis quelques jours, des dizaines de balayeurs s’échinent à la nuit tombée sur les principales artères de la Capitale, non sans risque pour leur sécurité et la circulation routière. Les Djiboutiens, habitués à cette frénésie de nettoyage annuel, savent pertinemment que ces efforts des pouvoirs publics indiquent simplement l’approche de la célébration des fêtes de l’Indépendance. La propreté relative sera donc de courte durée, avant que l’insalubrité ne reprenne ses droits dès les lampions éteints. Insalubrité étant surtout synonyme de mauvaise gouvernance, il est navrant de constater que la Capitale reste, avec ce régime, l’endroit le plus sale de notre pays.

Le plus grave, c’est que ces balayeurs de circonstance sont pour certains des « clandestins » raflés : ce serait leur impôt pour pouvoir rester dans notre pays. C’est ce qui expliquerait peut-être qu’ils soient cette fois-ci encadrés par des hommes en armes : si ce n’est pas du travail forcé, on veut bien comprendre ce qui se passe. Tout le monde s’accordant sur le fait que la Voirie officielle, privée de moyens techniques, continuera malheureusement d’être défaillante dès le lendemain des fêtes.

Plages surveillées :

Sécurité policière avant secours sanitaires ?

Sur les plages de tous les pays où le régime se soucie de la sécurité des baigneurs, il existe des maîtres-nageurs sauveteurs et au moins une ambulance prête à intervenir pour convoyer les accidentés de la mer vers les urgences d’un hôpital. A Djibouti, la plage est surtout encombrée de policiers dont nul n’a encore très bien compris l’utilité sur ces lieux. Les automobilistes empruntant la route du front de mer entre la Siesta et la Pêcherie de Boulaos, doivent rester vigilants le vendredi entre 13 heures et 19 heures, sous peine d’écraser un passant utilisant cette voie pour accéder à la plage.

Ainsi, chaque vendredi, des milliers de jeunes Djiboutiens fuyant la canicule viennent se baigner ou se délasser sur l’unique plage accessible de la Capitale. En raison de la présence dans l’eau d’un tel nombre de baigneurs, dont plus de la moitié est constituée de jeunes enfants ne sachant pas forcément nager, tout pouvoir responsable aurait disposé à cet endroit des secouristes. Or, dans ce régime de mauvaise gouvernance, la dissuasion policière reste privilégiée avant la sécurité des citoyens.

C’est ainsi que des policiers armés de gourdins patrouillent le long de la plage, prêts à intervenir dans une rixe entre gamins, au lieu de mettre prioritairement en place une structure sanitaire destinée à faire face aux risques de noyade ou d’hydrocution que courent les baigneurs les moins expérimentés ou les plus exposés Ainsi va le bien-être de la population à Djibouti, bien-être version RPP bien sûr…

Unité nationale :

Soif et délestages du Nord au Sud

L’arrivée des grandes chaleurs signifie toujours soif et corvée d’eau pour les populations rurales de notre pays. Mais, depuis l’instauration de la mauvaise gouvernance, des localités semi-urbaines connaissent les mêmes problèmes. Ainsi, depuis le mois de juin et à la veille du 27ème anniversaire de notre Indépendance, la soif et le manque de courant sont devenus le lot des administrés d’Obock-ville, Randa, Arta, Yoboki et As-Eyla. Dans ces villes et villages, les populations souffrent de l’absence régulière du courant électrique et de l’eau courante. Motif invoqué par les représentants de la mauvaise gouvernance dans ces secteurs : la pénurie de carburant pour faire fonctionner les générateurs électriques et les motopompes. Il est vraiment regrettable que sous ce régime de gaspillage d’un côté et de pénuries de l’autre, les seuls moteurs voraces à ne jamais manquer de carburant soient les véhicules de la garde présidentielle et les modestes hélicoptère et autre Boeing présidentiels.

A ce rythme, le réveil risque d’être brutal…

Rafles ciblées :

La bourse ou la vie

Scène de la vie quotidienne à la Place du 27 juin et ailleurs. Des hommes en uniformes arrêtent au hasard des passants plus ou bien mal habillés pour tranquillement circuler en cet endroit de la Capitale. Papiers s’il vous plaît, rien de plus normal. Mais, tout de suite, la question fatidique : qu’as-tu ? Sur les deux arrêtés, l’un propose 500 FD : circule, tu es en règle. Le second, malheureux ayant probablement oublié sa misérable bourse chez lui, est illico presto invité à prendre place dans le fourgon. Direction : inconnue. Ce qui ne semble pas l’inquiéter outre mesure : Djibouti est une terre d’accueil dont la réputation n’est plus à faire !

Dans ces conditions, pourquoi s’étonner de voir nos rues à nouveau surpeuplées des milliers de faux clandestins économiques ?

Journée Mondiale des Réfugiés :

Juste pour les banderoles

Nous avions évoqué la semaine dernière le triste destin des réfugiés du camp d’Awr-Awsa dont cinq pensionnaires se seraient suicidés pour ne pas être rapatriés vers leur pays d’origine. Information gravissime qui aurait soit dû être vigoureusement démentie par les autorités concernées, soit conduire à une enquête pour déterminer les responsabilités : information erronée ou drame véridique, l’erreur est par définition humaine à condition de l’admettre, surtout quand il s’agit d’êtres humains arrachés à leur terre d’origine et parqués dans des conditions de survie que nul citoyen ne devrait connaître. Au lieu d’une réponse sérieuse, qui aurait démontré pour lui le sérieux de la presse d’opposition, le régime s’est malheureusement contenté de célébrer la Journée Mondiale des Réfugiés du 20 juin d’une façon purement instrumentale, propagandiste ne correspondant nullement aux énormes efforts consentis par notre pays dans l’accueil de réfugiés de la région. Ainsi, c’est juste une pitoyable rétrospective à des fins électoralistes qui a été proposée aux téléspectateurs de la RTD, dans laquelle certains dignitaires actuels cherchaient maladroitement à récupérer le travail de leurs prédécesseurs. Par contre, silence radio sur la situation actuelle des vrais réfugiés politiques ayant fui leur pays d’origine à cause de leur engagement partisan. S’il est bien évident que notre pays ne doit à aucun prix devenir une base arrière pour qui que ce soit, dans quelque entreprise de déstabilisation que ce soit, il est scandaleux de voir un régime mercenaire se vendre au plus offrant et fouler au pied l’inaliénable droit d’expression, surtout des plus faibles.

Pérégrinations présidentielles :

Après Dubaï, Bangkok

L’actuel locataire du palais présidentiel semble particulièrement affairé ces derniers temps. Après avoir inauguré la zone franche de Djibouti en compagnie des représentants de Djebel-Ali, notre globe-trotter national s’est rendu à Kampala, afin de prendre part au sommet des Chefs d’Etat des pays membres du COMESA. Le Chef de l’Etat connaît bien l’Ouganda, pays où il conserve de solides attaches, principalement dans les milieux d’affaires. Il n’a donc pas dû rencontrer de difficultés à promouvoir sa zone franche dans cette partie enclavée de notre continent.

Par ailleurs, selon certaines informations, le « numéro un » djiboutien projetterait également dans le courant du mois de juillet de se rendre en visite officielle en Thaïlande. Désireux de booster l’économie nationale et ainsi élever le niveau de vie de ses concitoyens, comme il le prétend sans rire, le citoyen-président cherche à diversifier ses sources d’inspiration en matière de développement. Nul doute qu’il n’aura aucun mal à transposer les modèles de développement des dragons asiatiques à son petit pays. En attendant ces lendemains qui chantent, la grande majorité des Djiboutiens continuent de végéter dans la plus extrême précarité. La morosité ambiante n’est pas seulement due à l’arrivée des grandes chaleurs de l’été.

Libération de Houssein Ahmed Farah :

La LDDH salue la décision de justice

Dans une note d’information diffusée le 17 juin 2004, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) se félicite du jugement rendu par le Tribunal de Première Instance dans l’affaire ayant «sérieusement» opposé le cortège de la Première Dame à notre confrère Houssein Ahmed Farah.

Après avoir été arrêté et incarcéré sous un prétexte digne des plus ubuesques dérives des plus stupides dictatures subtropicales, notre confrère du Renouveau Djiboutien a été finalement innocenté de toutes les charges retenues contre lui et relaxé dans la journée du jeudi 17 juin 2004. Réalité se réjouit de cette libération et encourage notre confrère dans son juste combat pour la justice et la démocratie.

 

Pour avoir refusé de ramper (3)

Quels postes pour les cadres du FRUD-armé ?

3ème partie

Dans la première partie, pour y avoir été maladroitement invités par un régime plus habitué à insulter qu’à argumenter, nous avions publié toutes nos correspondances restées sans réponse, relatives à l’intégration, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001, des cadres et combattants du FRUD-armé ayant perdu leur emploi du fait du conflit civil. Silence impoli qui n’a pas empêché le ministère de l’Emploi, comme l’a montré la seconde partie, d’adresser à ces cadres une correspondance conditionnant leur simple recrutement à partir de 2004 à un engagement ferme et écrit, dont aucun fonctionnaire n’a jamais entendu parler. Dans cette troisième et dernière partie, il est temps de mettre un terme à cette comédie, en reproduisant in extenso la lettre commune adressée au Ministre de l’Emploi par les cadres concernés qui, loin de voir dans le règlement de leur situation un simple problème individuel ont, à juste titre, tenu à remettre l’injustice perpétrée contre eux dans le contexte plus global de la paix civile qui doit normalement renforcer toute réconciliation nationale.

 

***

 

 

 

 

 

MM
Cassim Ahmed Dini
Kamil Hassan Ali
Kamil Mohamed Ahmed
Kassim Ali Dini
Mohamed Ali Abdou

Djibouti, le 25 avril 2004

 

A

Monsieur le Ministre de l’Emploi

et de la Solidarité Nationale

 

Réf : Décision n°2002-0167/PR/MESN du 2 mars 2002 portant recrutement des cadres du FRUD-armé ;

Notre lettre du 23 novembre 2002 à nos ministères de tutelle relative à notre situation administrative ;

PJ : vos correspondances n° 262, 263, 264, 265 et 266 du 8 avril 2004 relatives à notre situation administrative ;

 

Monsieur le Ministre,

C’est avec un réel intérêt que nous avons accusé réception de vos lettres citées en référence, relatives à notre situation administrative. En effet, après les petites soustractions d’une Présidence cherchant à violer dans ses moindres aspects l’Accord de Paix du 12 mai 2001, et la grande impuissance d’une Primature qui n’a même pas été capable de faire respecter ses directives par les différents ministères concernés, nous pensions sincèrement que l’engagement dans ce dossier d’une nouvelle partie, à tout le moins vierge de tout sabotage, ne pouvait qu’augurer d’un règlement définitif de ce contentieux qui, soit dit en passant, n’est qu’un aspect particulier d’un problème plus gravement général : celui du refus gouvernemental d’instaurer un climat propice à la réconciliation nationale et à l’indemnisation des victimes.

Malheureusement, force est de regretter qu’à sa lecture, votre correspondance n’offre aucune perspective d’application dudit accord de paix, ni a fortiori de règlement de notre situation individuelle : tout au plus pouvons nous, sans préjuger de votre bonne volonté conciliatrice, vous reconnaître le bénéfice d’une profonde méconnaissance de notre dossier.

Méconnaissance en premier lieu pour ce qui concerne la procédure qui vous autorise à nous sommer de hanter les couloirs des différents départements ministériels. Car, lorsque vous écrivez : « je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaires par des simples promesses », il s’agit tout simplement d’une contrevérité car vous serez bien incapable, Monsieur le Ministre, de rendre publique la moindre correspondance de notre part vous mendiant une quelconque faveur : nous n’avons jamais demandé que la stricte application d’un Accord de Paix faisant obligation à la partie gouvernementale de nous réintégrer, avec tout les droits à l’ancienneté et à la retraite que cela implique, et non de nous recruter comme vous osez le proposer.

Méconnaissance en second lieu pour tout ce qui relève de la procédure administrative conduisant aussi bien à l’intégration dans un service qu’à la suspension de salaire pour absentéisme. Permettez-nous de vous rappeler, Monsieur le Ministre, que tout fonctionnaire intégré dans un service reçoit du département du personnel de ce dernier une convocation l’invitant à venir prendre connaissance des modalités de sa prise de fonction.

Or, si nous avons bien été recrutés (et non réintégrés) dans la Fonction Publique à compter du 1er janvier 2002 (et non du 1er juin 2001 comme convenu d’accords parties), par une décision prenant effet pour compter du premier jour de l’année 2002, et si quatre mois de salaire nous ont été versés au Trésor Public, ceci est intervenu sans qu’aucun d’entre nous n’ait été convoqué par son ministère de tutelle et sans que ce dernier ne lui ait signifié, dans le respect dudit Accord de Paix, le poste de responsabilité qui lui a été confié. Nous osons vous mettre au défi de nous renvoyer à une quelconque correspondance ou décision en ce sens publiée dans le Journal Officiel, en violation de la requête officielle de notre mouvement : notre situation individuelle ne prend tout son sens non pas en vertu d’un quelconque diplôme universitaire ou d’une quelconque sollicitation personnelle, mais dans le contexte général d’une légitimité supérieure découlant de la démobilisation et du désarmement de tous les combattants du FRUD-armé.

Pour ce qui relève de la suspension de salaire, il serait discourtois de notre part de vous renvoyer, Monsieur le Ministre, aux dispositions du Statut Général de la Fonction Publique prévoyant les deux conditions dans lesquelles le traitement d’un fonctionnaire est suspendu : soit parce que ce dernier a accumulé un certain nombre de jours d’absentéisme, soit parce qu’il a demandé une mise en disponibilité pour raison personnelle. Or, comme aucun de nos ministères de tutelle ne nous a jamais transmis la moindre convocation de prise de fonction, aucun de nous a jamais fait part d’un quelconque absentéisme ou abandon de poste : encore une fois, nous vous mettons respectueusement au défi de nous transmettre la moindre correspondance officielle à vous adressée par les départements ministériels en question ou à nous adressée par vous ou par eux, relative à notre refus de prendre des fonctions administratives qui nous auraient été régulièrement assignées.

Donc, n’ayant été ni régulièrement réintégrés ni régulièrement suspendus, il nous est impossible, Monsieur le Ministre, d’accorder la moindre pertinence à votre correspondance citée en référence : d’un bout à l’autre, le gouvernement auquel vous appartenez s’est rendu coupable d’une inadmissible violation d’un Accord de Paix, dans le contexte duquel notre modeste condition individuelle n’est que quantité négligeable : le conflit ne trouve ni son origine ni encore moins sa résolution dans notre promotion individuelle qui semble être brandie comme instrument de chantage.

Enfin, s’agissant des conditions préalables que vous posez à l’éventuelle normalisation de notre situation administrative, permettez-nous de vous éclaircir les deux points suivants:

1) quant à une reprise effective de notre service, étant donné les très nombreux bras-cassés sans aucune affectation ni bureau de fonction émargeant à la fonction publique et dans tous les ministères, nous attendons encore que nos départements ministériels respectifs nous convoquent dans le respect des dispositions statutaires communément admises de par le monde et dans toutes les organisations bureaucratiques dignes de ce nom ; en vous renvoyant à notre correspondance en date du 23 novembre 2002 expédiée à nos ministères de tutelle, dans laquelle nous demandions une convocation en bonne et due forme et un rétablissement de notre salaire injustement suspendu sans aucun préalable ni justification..

2) pour ce qui est de « respecter intégralement les dispositions statutaires en vigueur », nous vous saurions gré de bien vouloir clairement expliciter desquelles il s’agit. Si un tel « engagement ferme et écrit » est exigé de tous les recrutés de la Fonction Publique, vous voudrez bien nous transmettre par retour de courrier la référence s’y rapportant dans ledit Statut Général de la Fonction Publique. De même que vous devrez nous expliquer dans quelle mesure des combattants recrutés ou réintégrés en vertu d’un Accord de Paix prônant la Réconciliation Nationale, et de ce fait respectant difficilement toutes les exigences dudit Statut quant à leur nomination (qui Chef de Cabinet de la Présidence, qui Secrétaire-Général d’un ministère) n’ont pas été sabotés, contrairement à nous, dans leur juste promotion eu égard à leur sacrifice dans l’édification d’un Etat de droit et la consolidation d’une Nation égalitaire. C’est parce que nous connaissons les droits du citoyen et les devoirs du fonctionnaire que nous estimons inadmissible d’être traités différemment des autres.

Dans l’espoir que vous trouverez une juste solution solution à notre dossier, une prompte réponse de votre part nous obligerait.

Copie conforme : M le Premier Ministre

***

LE MOT DE LA FIN

Depuis cette correspondance, aucune réponse n’est parvenue du Ministre de l’Emploi : certainement parce qu’il n’était pas habilité à sérieusement régler ce problème. Il a donc manqué une occasion de se taire et c’est pour cela que nul ne peut lui en vouloir. Tout comme personne n’en voudra au Premier ministre qui, en criant sur tous les toits qu’il se chargeait personnellement d’empêcher ces cadres d’être réintégrés, s’est uniquement comporté comme tel bédouin ramenant chez lui le cadavre d’un homme mort trouvé sur son chemin. Quand le plus corvéable des ministres refuse d’obéir à ses directives, il faut vraiment être méchant ou se tromper de responsable pour lui en vouloir. Car le seul responsable de toutes ses violations, c’est le Chef de l’Etat et lui seul.

Mais, comme il a failli à sa parole sur des chapitres beaucoup plus graves et importants que ces minuscules réintégrations, il est superflu d’attendre quelque rédemption de sa part : la mesquinerie n’a pas à être commentée outre mesure : elle est trop pitoyable !

 

 


M. Kadamy s’exprime dans LNA

Aux gros mots, les méchants remèdes : pourquoi donc la presse du chef de l’Etat, spécialisée dans la production des graffitis officiels, persiste-t-elle dans ses attaques ad hominem contre des membres de notre Rédaction ?. C’est parce qu’il s’agit d’une regrettable littérature de caniveau par laquelle le Chef de l’Etat cherche vainement à détourner des véritables enjeux pour porter les « débats » sur des futilités dont le Peuple n’a que faire et des mensonges que nos concitoyens ont depuis longtemps condamnés !

Cela dit, si les scribes présidentiels autorisés sont à ce point nerveux parce que nous disons la vérité sur la nature de ce régime despotique, nous nous faisons un plaisir et un devoir d’élargir leur horizon en soumettant à leur sagacité mercenaire la première partie d’une longue et récente interview accordée par un opposant en exil, M. Mohamed Kadamy. Ses analyses sont d’une pertinence rare, preuve que même loin du pays, il en suit avec attention l’évolution politique. Tout ce que nous pourrions regretter, c’est que notre ancien Représentant en Europe ait été victime par deux fois d’un contre-pied de l’Histoire.

La première fois lorsqu’il s’est hâtivement désolidarisé de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 pour prôner la poursuite des actions armées, alors que tous les Djiboutiens ne demandaient que la Réconciliation Nationale. La seconde fois, en prônant actuellement une action politique pacifique alors que la violation dudit Accord de Paix lui donne toute la légitimité de relancer sa guérilla : en dépit qu’en auraient ceux qui, comme nous, ont opté pour le combat pacifique, il aurait certainement mobilisé plus de combattants que les militants de tous les partis politique légalisés réunis. Pour l’heure, voici ce qu’il pense. Devant cette urgence de salubrité publique, notre aimable lecteur voudra bien nous excuser d’avoir déprogrammé la dernière partie de l’article consacré à la situation actuelle du Bataillon Somali. Elle sera publiée la semaine prochaine.

 

Paris le 17 mai 2004. Propos recueillis par Alain LETERRIER

 

Mohamed Kadamy responsable du Frud : « Rassembler largement à Djibouti, y compris parmi les membres déçus du pouvoir actuel »

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Les Nouvelles d’Addis : Nous sommes à un an de l’élection présidentielle à Djibouti. Selon toute vraisemblance, l’actuel chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, briguera un second mandat. Comment se positionne l’opposition djiboutienne et plus particulièrement le Frud que vous dirigez, dans le cadre de cette échéance électorale ?

Mohamed Kadamy : Pour que le changement puisse se faire par la voie des urnes, des conditions minimales sont nécessaires. Or, Djibouti a accepté du bout des doigts le multipartisme en septembre 2002. La première des conditions est la transparence des listes électorales.

A Djibouti, des milliers d’électeurs ont été radiés des listes électorales, d’autres n’ont jamais pu s’inscrire. A cela s’ajoutent les fraudes massives auxquelles se livrent les dirigeants du pays.

Une dictature ne peut se démocratiser sans une étape de transition. On ne peut pas confier au chat le soin de garder la viande.

L’opposition est asphyxiée économiquement. L’opposition autorisée mesure ses faiblesses face au pouvoir, et ses limites légales privée de moyens d’action. Les conditions de fonctionnement des partis légalisés restent précaires : les dirigeants sont arrêtés, les cadres sont licenciés ou ne perçoivent pas leur salaire. Les proches des dirigeants, harcelés par la police, subissent des discriminations économiques, leurs biens immobiliers sont expropriés par décision des tribunaux.

L’opposition non autorisée, clandestine, même si elle dispose d’éléments armés, manque de visibilité. Mais il y a aussi de plus en plus de Djiboutiens de la diaspora susceptibles d’être mobilisés pour un changement démocratique. Nous travaillons pour créer un vaste rassemblement pour une alternance démocratique. Ce rassemblement doit viser très large au-delà de l’opposition actuelle, y compris des membres actuels de la coalition au pouvoir.

Le PND d’Aden Robleh, le parti de Moumin Bahdon et une grande partie de la faction du Frud alliée au pouvoir, et même des membres du Rpp, déçus de la dérive du régime.

Le Frud, qui reste un mouvement modeste de proposition après les deux scissions qu’il a subies, est prêt à participer à l’émergence des conditions d’une véritable alternance. Nous avons déjà entrepris des discussions avec les autres tendances issues du Frud, pour faire le bilan des positions respectives et travailler à une recomposition politique.

Djibouti reste une dictature à visage multipartite de façade. Nous avons à faire à un esthète de la forme, qui s’approprie tout le champ sémantique de la modernité et de la démocratie. Il se veut l’inventeur des droits de la femme à Djibouti, il qualifie Djibouti de pays émergent en technologie de la paix, de modèle de la démocratie, et se proclame le pompier de la Somalie. Mais les viols des femmes afars par l’AND restent impunis ; l’hôpital manque de sparadrap et de seringues ; un des rares coopérants français ayant construit des retenues d’eau à Dorra (région de Tadjourah), sauvant ainsi 15.000 nomades et leur cheptel de la soif, a été expulsé manu militari, les ONG qui pourraient soulager les souffrances de la population sont toujours interdites d’accès aux régions nord.

LNA : L’opposition est-elle en mesure de présenter un candidat unique à la présidentielle?

MK : Nous avons plus besoin de programme commun que d’homme providentiel. Pour aborder cette échéance déterminante, l’opposition doit se réunir dans l’urgence, hors de Djibouti, pour élaborer une plate-forme commune de transition susceptible de mobiliser l’ensemble des forces démocratiques et associatives. La diaspora doit prendre une part active dans cette mobilisation.

Il faut une double pression : pression populaire multiforme ; pression diplomatique, dans la mesure où 75% du budget de Djibouti provient de subsides extérieurs. Une fois ces étapes franchies, le choix d’une personnalité porteuse de ce programme de changement peut être abordé sans difficulté, ce sera un homme ou une femme de consensus.

LNA : Plusieurs hommes politiques ont été récemment épinglés par le pouvoir : Ahmed Dini (La Nation), Daher Ahmed Farah et Aden Robleh (Jeune Afrique). On notera que M. Robleh est membre de l’UMP (au pouvoir). Comment expliquer ces graves accusations portées y compris par le Président ?

MK : Le journal gouvernemental « La Nation » est connu pour ses frasques. Il exerce avec brio son magistère de boue à l’endroit des opposants. Plus étonnant est que Jeune Afrique l’Intelligent devienne le véhicule des accusations graves portées par Guelleh contre Aden Robleh, député de la majorité, qui, sans possibilité de défense, se trouve désigné comme le commanditaire de l’attentat anti-français du Café de Paris (qui a fait 1 mort et 15 blessés en 1990).

Guelleh a tout au plus agi comme un simple accusé essayant de sauver sa peau en chargeant un autre ; c’est peut-être le système de défense choisi par son avocat français établi de longue date à Djibouti. Ces insultes, ces diatribes contre les opposants et parfois contre ses partenaires ne sont que le prolongement d’autres violences.

Le chef de l’Etat reste prisonnier de sa structure de pensée d’ex-auxiliaire de police et de responsable de la sécurité, où il a pu exercer des violences inouïes contre les opposants et contre des civils innocents.

Il est l’un des commanditaires du massacre d’Arhiba, où 59 civils afars ont été tués par les forces de l’ordre en 1991. Il fut l’instigateur de torture contre les opposants, les civils Gadaboursis et les viols des femmes afars par l’armée (ce qui est contraire à toutes les traditions afar et somali). Il n’a d’ailleurs jamais prononcé un mot d’excuse ou de repentance pour ces centaines de victimes, principalement de son fait. Pire, il a installé sa résidence secondaire au sommet du village de Day, où sept personnes ont été brûlées vives par l’armée en septembre 1993, et dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

LNA : Les autorités djiboutiennes ont aussi tenu des propos virulents à l’égard de la France. Comment analysez-vous ces faits ?

MK : Réflexe d’enfant gâté ! La France a assuré la pérennité de ce régime depuis l’indépendance. Durant les cinq premières années, elle a formé et financé l’armée, pourtant monotribale, tout en apportant des aides multiformes.

Elle a donc renforcé une dictature, participé à l’enrichissement d’Ismaël Omar Guelleh et de son entourage, dont la fortune est évaluée comme la sixième fortune africaine. Guelleh ne serait pas au pouvoir si le 28 février 1992 l’armée française ne s’était pas interposée face aux combattants du FRUD qui se trouvaient à 52 km de la Capitale. Ses valises étaient bouclées pour l’exil. Enfin, pour remplacer son oncle vieillissant, Ismaël Omar Guelleh a bénéficié d’un soutien important de la part de la France et de l’Ethiopie en 1999.

A un an de la présidentielle, Guelleh, qui a perdu tout crédit auprès de sa population, a besoin plus que jamais du soutien français et éthiopien. Il estime qu’il n’est pas assez soutenu par ces deux pays.

L’affaire du juge Borrel (ce magistrat coopérant français assassiné, selon toute vraisemblance, à Djibouti en 1995) connaît un nouveau rebondissement avec la déclassification des documents « secret défense ». La thèse du suicide, longtemps privilégiée, est battue en brèche. C’est à la justice française de faire toute la lumière sur cette affaire. Cette évolution a d’ores et déjà soulevé un vent de panique à la présidence, qui accuse la France de déstabiliser le chef de l’Etat. C’est peut-être une manière de forcer la main aux autorités françaises pour un soutien conséquent au deuxième mandat d’Ismaël Omar Guelleh.

De notre point de vue, Ismaël Omar a tort de gratter là où ça ne le démange pas, comme disent les Tziganes.

A suivre…

 

 



La LDDH vulgarise la décentralisation

Quand le théâtre de la rue est plus sérieux que la comédie politique

C’est avec un réel plaisir que nous reproduisons ci-dessous la lettre adressée au Ministre de l’Intérieur par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, relative à son initiative tendant à vulgariser par le biais d’un théâtre de la rue, les enjeux démocratiques des prochaines élections régionales, devant instaurer une réelle démocratie locale. Avant de vous livrer nos remarques, voici donc in extenso la lettre de M. Jean-Paul Abdi Noël. Il est somme toute normale que, contrairement à la propagande officielle, le citoyen prenne connaissance d’un point de vue politiquement neutre, uniquement soucieux de la promotion des Droits de l’Homme en République de Djibouti.

***

 

Djibouti le, 2 mai 2004

Au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation Djibouti. République de Djibouti.

Objet :

Participation de la LDDH à la campagne de sensibilisation et de formation sur les instruments et les processus électoraux des élections régionales.

Monsieur le Ministre,

Lors des dernières catastrophes consécutives aux débordements de l’Oued d’Ambouli, avec le nombre impressionnant de morts et de disparus, vous m’avez demandé d’attendre quelques jours pour pouvoir vous pencher sur l’applicabilité des textes juridiques concernant la Décentralisation.

Aujourd’hui pratiquement deux semaines après les inondations, il est possible d’affirmer que vos actions, celles de votre Ministère, et du Commissaire de la République de la capitale, malgré le peu de moyens financiers mis à votre disposition et le manque total de stocks de premiers secours aux victimes des catastrophes, vos actions, d’une manière générale, ont été à mon avis très respectables, et je suis persuadé, que vous ne manquerez pas de soumettre au Chef du Gouvernement un nouveau plan ORSEC plus efficace et plus tangible dans les réactions de secours de première urgence.

Après ces dures épreuves pour nos populations, permettez-moi de vous soumettre notre volonté de participer activement à la campagne de sensibilisation et de formation à travers, d’abord, le Théâtre de Rue, et en deuxième étape, par une diffusion en langues Afare et Somalie sur les ondes radio de la RTD et sur le Terrain, avec si possible, le soutien concret de votre Ministère chargé de la Décentralisation, en particulier les Commissaires de la République, et les responsables du Département de la Décentralisation.

I – Sur le programme des actions de la Ligue Djïboutienne des Droits Humains (LDDH) en faveur des élections

Dans le cadre de nos prochaines actions, et compte tenu des suggestions, il a été décidé :

– 1°) la réalisation en premier lieu du Théâtre de Rue avec le calendrier que va très bientôt, nous proposer M. Saleh Daoud ;

– 2°) à une date ultérieure qui sera fixée le plus rapidement possible avec votre accord, pour des formations par diffusion Radio sur les ondes de la RTD, et par diffusion des textes de bases sur le Terrain, dans les deux langues Afare et Somalie.

Il) – En conclusion.

La mise en application rapide de notre programme de sensibilisation sera une manière d’attirer rapidement l’opinion nationale et internationale sur l’importance prioritaire de la bonne compréhension et de l’urgence de l’applicabilité de la Décentralisation qui est le principal moteur doté des outils primordiaux pour tout développement social et économique, pour la création du commerce intérieur viable, pour la mise en chantier des vecteurs de la concurrence économique et financière entre nos différentes Régions, et inéluctablement avec tous ses effets positifs’ sur l’économie nationale; pour la réussite d’une structure de jumelage dans l’intérêt d’un réel épanouissement de nos Régions.

C’est, donc, dans l’esprit de la défense de l’intérêt général, que la Ligue Djiboutienne des Droits Humains souhaite être entendue, par votre Département Ministériel, comme partenaire neutre, légitime et compétent, afin de participer à l’édification des mécanismes de la Décentralisation et à la « traçabilité » des intérêts globaux, parfois souvent négligés, et bâtir des structures solides afin d’éviter toutes antinomies ou plus exactement à faire face aux dérives antinomiques.

Avec mes sentiments déférents et fraternels

Jean-Paul Abdi Noël

Président de la LDDH

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COMMENTAIRES

Si, indépendamment de nos réticences partisanes, nous avons décidé de publier cette correspondance, c’est pour au moins deux raisons. Tout d’abord, pour témoigner notre respect envers l’indépendance du travail effectué par la LDDH, à laquelle nous accordons bien volontiers notre tribune, dans la mesure où elle œuvre, en dépit de l’ostracisme que lui impose le régime, à la promotion des Droits de l’Homme dans notre pays. Quelle meilleure preuve de notre considération à son égard que la publication dans notre journal d’une lettre remerciant sincèrement un ministre en exercice de ce régime auquel nous avons tant à reprocher ?

En second lieu, c’est également parce que nous sommes conscients du fait que le processus de décentralisation soulève énormément d’espoirs auprès de nos concitoyens, cherchant désespérément un nouvel espace de libertés pour échapper au dispositif panoptique d’un despotisme qui a étouffé toute véritable expression de la volonté populaire. D’où notre réticence, justement : considérant que la Décentralisation telle qu’adoptée dans le cadre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 a été totalement vidée de sa substance (tant au niveau du contrôle des élections qu’à celui des prérogatives des élus locaux), il ne nous est pas possible de passivement cautionner cette nouvelle et intolérable entrave au développement politique de notre pays.

C’est pourquoi il est de notre devoir d’informer nos lecteurs et concitoyens qu’un profond débat s’instaurera bientôt au sein de l’UAD pour juger s’il est opportun de participer à ces élections régionales, dont Djibouti-ville serait d’ailleurs exclue.

En effet, comment peut-on parler de démocratie au niveau local quand la démocratie au niveau national est à ce point sabotée ? D’ailleurs, le congrès général de l’ARD, qui doit se tenir à la rentrée, aura également à trancher cette épineuse question : pourquoi continuer à cautionner par notre participation à une vie politique nationale truquée, un système réfractaire à tout respect de la volonté populaire ? A n’en pas douter, les débats seront houleux et l’unanimité loin d’être acquise. Nous y reviendrons la semaine prochaine.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 101 du mercredi 16 juin 2004

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Réalité numéro 101 du mercredi 16 juin 2004

ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (2)
  4. Une censure pas très catholique
  5. L’UAD écrit au Chef de l’Etat
  6. Pour avoir refusé de ramper (2)
  7. Port de Doraleh : un projet qui déménage
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 101

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LES DEUX MAMELLES DU TERRORISME POLITIQUE :

L’INCOMPÉTENCE ET L’IRRESPONSABILITÉ

Selon le Dalaï-lama, il y a deux types de terroriste : le vrai et le faux. Le vrai terroriste, c’est celui qui, par son intolérance et son extrémisme, se rend coupable d’inacceptables violences qu’aucun idéal ne saurait justifier. Le faux terroriste, a contrario, c’est souvent l’opposant, même pacifique, auquel les despotes qui l’oppriment prétendent dénier toute légitimité en jetant le discrédit sur son engagement.

L’amalgame, outrancier et irresponsable que le Premier ministre a opéré la semaine dernière à l’Assemblée Nationale, entre les récents événements d’Arhiba, les menaces terroristes contre notre pays et la bombe qui aurait sauté jeudi dernier aux environs de Daasbio, rappelle immanquablement les précautions du Dalaï-lama. Car la légèreté politique des propos du Premier ministre n’ont d’égale que la légitime suspicion que tout observateur connaissant la nature peu pacifique du régime RPP, peut légitimement nourrir quant à la concomitance entre la répression des Jeunes d’Arhiba et les mines qui ont éclaté mercredi dernier à quelques heures d’intervalle en deux endroits de la ligne de chemin de fer. Ce n’est pas par pure coïncidence.

En tout cas, pas pour le Premier ministre qui a tranquillement penché pour une lecture terroriste des délits d’écriture pour lesquels des chômeurs ont été arrêtés, les accusant même d’avoir rédigé un graffiti menaçant les forces étrangères stationnant sur notre sol. Il est permis de douter : ces jeunes n’avaient rien à gagner d’un tel dérapage. Par contre, en les accusant ainsi par la bouche du Premier ministre, ce régime fragile cherche à n’en pas douter à s’attirer le soutien aveuglément sécuritaire des puissances militaires prétendument menacées.

C’est peut-être pour cela que le plus étrange dilettantisme a prévalu dans la couverture médiatique et l’enquête judiciaire de ce qui aurait normalement dû constituer un événement préoccupant : deux mines qui éclatent, ce n’est pas rien. En rendre par la suite discrètement responsables des réfugiés du camp d’Awr-Awsa n’en est que plus inadmissible : restons sérieux ! Et mobilisons notre mémoire : a-t-on déjà oublié qu’au début de l’année 2001, alors que les négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé s’enlisaient dangereusement (la rupture que le régime voulait provoquer en créant le district d’Arta n’ayant pas eu lieu), une mystérieuse mine terrestre était apparue sur la piste de Randa ? Si mystérieuse que des pierres vigilantes l’entouraient : elle devait juste constituer un casus belli.

Aujourd’hui, la technique policière est la même, s’y ajoutent juste les impératifs sécuritaires des troupes étrangères que la lutte internationale contre le terrorisme a déversées sur notre minuscule territoire, les rendant du même coup, malheureusement, trop dépendantes d’un régime despotique très peu soucieux d’apporter les bonnes réponses aux vraies questions de ses concitoyens, cherchant dans cette lutte antiterroriste le renfort inespéré et crédule dont il a besoin ; accusant la plus sensée des revendications sociales, celle du droit au travail, de posture terroriste manipulée.

Qui trop étreint, mal embrasse : le zèle avec lequel la presse gouvernementale tente de rattraper certaines gaffes politiques des dirigeants de la mauvaise gouvernance sont parfois cocasses. Ainsi, dans l’éditorial de son édition de lundi dernier, La Nation a pondu un contresens aussi énorme que révélateur, en avançant que « dans notre pays, la manipulation politique a bon dos… » ; ce qui signifie au contraire que l’on met tout sur son dos.

C’est ce que le Premier ministre incompétent a tenté devant des mal élus pour certains dubitatifs, même s’il y en avait toujours assez pour applaudir frénétiquement ce figurant, un ministre en exercice aurait parlé d’« afar de service », comme il qualifiait le prédécesseur de l’actuel souriant. Justement, cela rappelle une anecdote dont les Djiboutiens avaient beaucoup ri à l’époque. Lors d’un traditionnel meeting tenu à l’avenue Cheik Houmed à la sortie de la prière d’un Aïd au tout début du conflit civil, un haut dirigeant du RPP prononçait un discours resté dans les annales comme le testament politique du RPP.

Il disait : « Vous, les Djiboutiens, vous n’êtes pas sérieux avec vos revendications démocratiques. Si vous continuez à nous harceler, nous dirigeants RPP, nous quitterons le pays et nous nous exilerons n’importe où. Nous avons amassé assez d’argent et avons assez de relations de par le monde. Nous n’avons pas besoins de vous ! ».

La fuite devant ses responsabilités dont le Premier ministre se rend coupable n’est donc qu’un remake de cette posture de celui qui est prêt à s’enfuir si le Peuple exige ses droits. Droits qu’exige une Jeunesse pour laquelle le chômage n’est nullement une fatalité.


Brèves nationales

Psychopathologie de l’insulte :

On ne tire pas au canon sur une mouche

La paisible cité d’Arhiba a été mardi et mercredi derniers le théâtre de violents affrontements entre forces de l’ordre et jeunes chômeurs en colère, heurts qui ont provoqué la fermeture de la route d’Arta pendant plusieurs heures. Après avoir libéré une partie d’entre eux dans la matinée de jeudi, les derniers responsables de ce mouvement ont été libérés dans la journée du samedi 12 juin. Ainsi, MM. Mohamed Houmed Hassan, Dato Mohamed Kamil, Moussa Mahamadé, Hassan Ali Hamad, Hassan Sanalassé, Nimeiri Mohamed Ahmed et Houssein Aden Ali ont libres et c’est tant mieux. Nous saluons ce retour au bon sens d’un régime qui se rend enfin compte que le mépris et la répression augmentent la détermination de tous ceux engagés dans un juste combat.

Par contre, il y a des étonnements étonnants : « dans un tract rendu public le 9 juin dernier, les dirigeants des parties politiques au sein de l’UAD jettent leurs masques en manifestant leur soutien total aux groupuscules de jeunes de la cité d’Arhiba qui ont préféré s’exprimer sous forme de graffitis injurieux dirigé contre le Président de la République et son épouse… » apprend-on dans l’édition du lundi 13 juin 2004 du Progrès, l’organe de presse du Chef de l’Etat. Mais ils n’ont pas été plus injurieux que les écrits officiels du Progrès ou de La Nation. Le message est clair : tant que les espaces de liberté seront muselés et tant que la presse gouvernementale se permettra de bafouer la morale publique en insultant jeunes et vieux, dirigeants ou citoyens, le Président de la République ne devra s’étonner de recevoir la monnaie de singe de sa pièce, en devenant un chewing-gum mâché par tous les désœuvrés ruminant la juste rancune née d’une inadmissible violation du droit au travail ou à la liberté d’expression. Au demeurant, ces jeunes avaient parfaitement le droit d’estimer que la communauté djiboutienne déplore « mille Borrel » !

D’autre part, c’est parce qu’il cherche à fuir ses responsabilités en niant la réalité, que le régime tente maladroitement d’impliquer l’opposition dans cette colère de la jeunesse au chômage. C’est ainsi que, dans son intervention devant les mal élus, le Premier ministre avait accusé ce mouvement d’avoir été manipulé par des forces occultes de l’opposition dont les publications paraissent le mercredi. Quand on sait que seul notre journal sort ce jour-là, c’est tout à fait irresponsable de sa part d’avoir fui ses devoirs avec autant de légèreté : pour proclamer qu’il veut du travail, tout individu n’a besoin que de son propre cerveau. Pour ceux qui n’auraient pas très bien saisi son français oral, Le Progrès a été chargé de clarifier la position gouvernementale et il n’a pas fait dans la finesse.

On peut ainsi lire en page 8 de cette édition, que les rédacteurs du journal Réalité « s’emploient à exprimer leur haine viscérale à l’endroit de personnalités de l’Etat en portant l’amalgame sur l’authenticité de leur citoyenneté selon leur origine tribale et leur fonction administrative. Quand ce n’est pas dans les colonnes de leur moyenâgeuse revue, c’est sur les façades d’un mur privé qu’ils persistent et signent, causant des dommages matériels aux propriétaires et signifiant aux passants l’aperçu du profil psychologique de la personne intérieure qui détermine les faits et gestes des Kassim ». Qu’attend donc le régime pour arrêter ces deux Kassim, en fait, il y a un C quelque part, pour les délits dont l’organe du RPP les rend coupables ? Offensive simiesque ! En tout cas, il ne viendrait jamais à l’idée de nos rédacteurs d’intenter un quelconque procès en diffamation à cette presse de bas étage : on ne tire pas au canon sur une mouche. Les pires graffitis sont décidément ceux commis dans la presse du Chef de l’Etat : le respect, cela se mérite.

Réfugiés d’Awr-Awsa :

Quand le désespoir tue

Depuis quelques jours, les médias gouvernementaux nous apprennent généreusement que des milliers de déboutés du droit d’asile ont volontairement repris le chemin de retour vers leur pays d’origine, et que ne subsistent dans les camps djiboutiens que quelques demandeurs d’asile dont les cas sont actuellement à l’étude. Malheureusement, nous apprenons par des sources concordantes d’Ali-Sabieh et de Dikhil, que les prétendus rapatriements volontaires auraient provoqué la semaine dernière des scènes de désespoir ayant causé la mort d’au moins cinq personnes. En effet, à en croire ces sources, ce sont pas moins de cinq internés de ce camp, peutêtre pas officiellement recensés par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) puisqqu’il y aurait des clandestins dans ce camp, qui se seraient suicidés, après que les autorités djiboutiennes soient restées sourdes à leurs supplications de ne pas être refoulés vers l’Ethiopie, sous peine d’y être en danger de mort.

Ce sont donc, le 8 juin dernier, deux femmes éthiopiennes désespérées qui se seraient immolées, sans susciter un quelconque émoi, ni des autorités djiboutiennes ni des organisations humanitaires internationales. Deux jours après ce drame, trois réfugiés éthiopiens, dont un lieutenant-colonel de l’ancienne armée de Menguistu, se seraient à leur tour suicidés en présence des responsables administratifs de ce camp, sans provoquer la moindre réaction de pitié des professionnels de la détresse humaine.

Après avoir réellement été une terre d’immigration, de refuge et d’asile dans un contexte régional cruel pour les populations civiles, depuis le bombardement d’Aïsha’a par les troupes impériales au début des années 60, il serait inadmissible que notre pays se rende aujourd’hui complice d’une quelconque agression contre des innocents uniquement coupables d’appartenir à telle ethnie ou religion. Surtout quand on sait, qu’en contrepartie des cadres du FRUD extradés d’Ethiopie, le régime djiboutien a livré aux autorités d’Addis-Abéba à la fin des années 90 des dizaines d’opposants Afar, Amhara, Oromo et Somali : dans le plus strict respect des affaires intérieures de notre voisin éthiopien, le minimum de neutralité aurait été de demander à ces activistes de quitter notre territoire au lieu de les livrer à une mort certaine.

Il est donc malheureux qu’à l’aube du troisième millénaire, des réfugiés sans défense soient acculés au suicide, alors que de milliers d’anciens « clandestins » sont miraculeusement de retour depuis le mois de novembre et ont pignon sur rue. Il est intolérable que les vrais réfugiés en arrivent à se suicider alors que les « réfugiés économiques » sont encore tolérés. Le drame, c’est que ces réfugiés économiques remplissent effectivement une fonction sociale que l’Etat n’arrive pas à assurer à ses propres citoyens : quand il s’agit d’être exploité comme domestique ou gardien, il est normal que le djiboutien rechigne, habitué dès les temps coloniaux à une certaine protection sociale. Nous ne devons pas construire notre bonheur sur le malheur d’autrui.

Victime collatérale ?

Le Renouveau encore persécuté

Un mois après la tenue d’un pompeux séminaire prétendument consacré aux droits de l’Homme, le pouvoir djiboutien semble renouer avec ses réflexes répressifs hérités des sombres périodes du parti unique. Ainsi, au prétexte fallacieux qu’il aurait cherché à heurter le véhicule de l’épouse du chef de l’Etat, notre confrère Houssein Ahmed Farah, journaliste du Renouveau Djiboutien aurait été arrêté mardi 8 juin. Sans qu’aucun constat de police n’ait établi une quelconque collision, notre ami a été détenu cinq jours durant au commissariat central avant d’être transféré à Gabode.

Selon nos informations, il aurait en fait été aperçu en train d’effectuer un reportage sur les événements d’Arhiba, ce qui aurait fortement déplu au pouvoir divisionniste qui n’avait pas hésité à monter une centaine de délinquants style « Jeunes Patriotes » ivoiriens pour agresser ces manifestants et donner une coloration tribale à une revendication essentiellement sociale concernant en fait l’ensemble de la jeunesse djiboutienne condamnée au chômage par ce régime affairiste. Le régime n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : l’on se souvient que durant la campagne pour les législatives de janvier 2003, des militants Afar et Issa du RPP avaient été mobilisés dans le but affiché de provoquer des heurts intercommunautaires : l’UAD avait restauré le calme.

En fait, si ces jeunes d’Arhiba ont été libérés, malgré les menaces irresponsables du Premier ministre, c’est parce que toute la jeunesse au chômage des quartiers limitrophes avait exigé leur libération et se préparait à descendre dans la rue. Pour preuve, les inscriptions murales au motif desquelles les responsables de l’Union de la Jeunesse d’Arhiba ont été arrêtés, se sont étendues à toute la ville dès leur arrestation.

Comme quoi, indépendamment des origines, tous les jeunes de notre pays revendiquent le même droit : celui d’avoir un travail et d’être respectés.

Après avoir enregistré avec satisfaction la libération de ces chômeurs, Réalité s’inquiète du sort de son confrère Houssein Ahmed Farah et exige sa libération immédiate et inconditionnelle. De même que toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD invite ce régime à combattre prioritairement l’injuste et massif chômage des jeunes nationaux, au lieu de faire appel à de la main-d’œuvre étrangère. Le droit au travail doit être égal pour tous, partout dans le pays. C’est ce que tout djiboutien doit exiger pacifiquement.

Plaidoyer pour « Gros Plan » :

A quand une émission sur le Bataillon Somali ?

Pour avoir intempestivement déprogrammé « le jour le plus long » sur FR3, nous avions la semaine dernière un peu trop chargé la société Djib-net, uniquement responsable de la retransmission satellitaire des émissions de cette chaîne publique française. Toutefois, nous avions bien pris la précaution de souligner que l’actualisation de cette partie de notre mémoire collective incombait principalement aux émissions de notre télévision nationale, à laquelle revient par définition la sauvegarde de notre identité collective. RTD n’étant pas tout à fait RTD, il nous semble que c’est à l’émission « Gros Plan », seule capable de démontrer un minimum d’indépendance d’esprit, d’initier un débat public sur la situation actuelle des survivants de ce Bataillon Somali.

Convaincus que son présentateur, certainement soucieux du respect de l’identité djiboutienne, mettra son micro à la disposition des vieillards djiboutiens encore en vie de cette glorieuse épopée, condamnés à l’oubli tant par une France ingrate que par un pouvoir djiboutien sectaire. Que cette seule proposition trouve au moins un début de réalisation, sans aucun calcul politicien.

Lu dans L.O.I :

Des soucis pour la stabilité politique de Djibouti

Décidément, c’est à se demander si, après la France néo-colonialiste et son affaire Borrel, le régime djiboutien ne va pas bientôt se mettre à accuser les Etats-Unis de chercher à le déstabiliser. Car un rapport devant évaluer la force des différents alliés régionalement impliqués dans la lutte antiterroriste, n’est pas très élogieux pour Djibouti dont la stabilité intérieure serait menacée par où la mauvaise gouvernance en place. Voici le commentaire que La Lettre de l’Océan Indien propose de ce document dans son dernier numéro :

« Les USA inquiets des Etats faibles

Un rapport américain s’inquiète des « géants dormants », tel le Kenya, qui s’affaiblissent et génèrent des risques pour la sécurité des Etats-Unis.n Le rapport de la Commission on Weak States and US National Security du Center for Global Development met l’accent sur ces « géants dormants » qui comme le Kenya ou le Nigeria s’affaiblissent au point de devenir attractifs pour des forces qui mettent en péril la sécurité nationale des Etats-Unis. Ce rapport, diffusé le 8 juin, met en évidence trois manquements des Etats faibles. Le security gap, lorsque ces Etats ne peuvent contrôler leur territoire et protéger leurs citoyens des menaces internes ou externes, le capacity gap lorsqu’ils ne parviennent pas à répondre aux besoins de base (éducation, santé…) de leur population et le legitimacy gap lorsqu’ils ne peuvent maintenir des institutions qui protègent les droits et libertés élémentaires des citoyens.

En matière de security gap, l’Erythrée et l’Ethiopie sont classés (du fait de leur conflit territorial) avec les pays ayant connus une « guerre majeure », tels le Rwanda ou le Soudan. Alors que la Somalie et l’Ouganda sont seulement recensés parmi les pays en situation de « guerre intermédiaire ». En matière de capacity gap, les mieux notés sont l’Erythrée, le Mozambique et la Tanzanie, tandis que Djibouti, l’Ethiopie, Madagascar et le Soudan figurent parmi les Etats qui ne fournissent qu’entre 20 et 40% des « besoins de base » de leur population. La Somalie est évidemment en toute dernière place du peloton, alors que les Comores, le Kenya, l’Ouganda et le Zimbabwe sont en milieu de liste. Pour ce qui est du legitimacy gap, Madagascar. Le Mozambique et la Tanzanie ne s’en sortent pas trop mal (de 60% à 80% de réussite selon l’index de liberté politique utilisé). Les Comores, Djibouti, le Kenya et l’Ouganda sont au milieu du tableau, alors que l’Erythrée, la Somalie, le Soudan et le Zimbabwe sont regroupés en toute fin de liste dans laquelle paradoxalement l’Ethiopie n’apparaît pas

L’essentiel est dit : même en misant sur la répression et la fraude, un régime qui n’arrive pas à assurer le minimum vital a quelques soucis à se faire : la révolte gronde.


Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (2)

2ème partie : Le désengagement politique

Notre regard cette semaine porte sur la condition matérielle des anciens combattants djiboutiens en ce mois de Juin 2004. Si, nous avions adressé un grand merci au Président Chirac pour son discours prononcé lors de la célébration du 60ème anniversaire du Débarquement allié en Normandie en juin 1944, pour avoir, en quelque sorte, réhabilité les anciens combattants issus des pays sous domination française, à cette époque. L’écart entre le discours, du numéro un français, médiatisé à outrance, en raison de l’actuelle donne politique internationale, et la situation de ces hommes continue de perpétuer l’inadmissible discrimination entre les frères d’armes d’hier sur la seule base d’une évaluation ou considération économico-géométrique.

Si, la solution à la situation de précarité des quelques survivants de cette guerre, de leurs veuves ou de leurs ayants-droits, se trouve dans l’hexagone, il est tout aussi regrettable et honteux d’assister à l’oubli auquel les condamne leur propre gouvernement.

Si, à notre Indépendance, le 27 juin 1977, des accords de défense avaient été signés avec l’ancienne puissance de tutelle, pour la reconnaissance des droits inaliénables de ces rescapés de la Seconde Guerre Mondiale, leur condition sociale reste aujourd’hui encore des plus déplorables.

En effet, une convention passée entre notre Ministère des Affaires Etrangères et l’Ambassade de France à Djibouti (Représentant l’Etat français) le 12 mars1981, confiait la destinée des Anciens Combattants et autres retraités militaires au nouveau régime djiboutien. Cette permutation intervenue quatre ans après notre indépendance allait marquer un tournant catastrophique pour ces hommes et leurs descendants.

Outre leurs maigres pensions, le peu d’acquis social se voyait désormais soumis aux pressions provoquées par la politique dirigiste du nouveau régime. La France se désengageait légalement ses implications vis-à-vis de ses anciens compagnons d’armes du Bataillon Somali, leurs problèmes moraux et matériels relevant à l’avenir des austères autorités en place.

Le vide laissé par ce transfert des responsabilités, pour seulement cette catégorie de Djiboutiens, persistait encore en ce mois de novembre 1987. Cette date couronnait la seconde visite officielle à Djibouti d’un Président de la République française. François Mitterand qui lors de ce déplacement voulait rencontrer les Anciens Combattants, aurait été invité à « exaucer sa sollicitation ailleurs ». Son souhait, politiquement inconvenant, aurait été finalement réalisé dans l’enceinte de l’Ambassade de France (Territoire français) pour adresser ses hommages à ces vaillants frères de lutte : les Tirailleurs Somalis.

Cette parenthèse expliquant les conséquences de la reconduction d’une politique discriminatoire entre tous les Combattants français de l’époque, en deux catégories distinctes en droit.

Se prémunissant des conséquences économiques des indépendances, la France pourvoyait ses propres intérêts et ceux de ses remplaçants à travers cet acte véritablement hypocrite, entre autres, pour ouvrir la brèche de l’oubli et de la spoliation de ceux qui l’avaient secouru.Ces damnés de la Seconde Guerre et des Guerres coloniales françaises comme, entre autre, les retraités militaires français de nationalité djiboutiennes avaient entrepris vers la fin des années 1990 des démarches auprès des autorités françaises de Djibouti comme celles de France. Une délégation s’est d’ailleurs rendue à Paris, avec pour objectif le maintien, ne serait-ce que d’une partie de leurs pensions, aux veuves et orphelins.

Leur fol espoir de ce déplacement se soldait par un résultat nul, les autorités françaises s’étant dissimulées derrière une loi de 1959 relative à la situation des ressortissants des seuls Etats ayant acquis leur indépendance en 1960, Djibouti ne pouvant par conséquent être de ces cas-là. L’ingratitude que tous ses anciens combattants originaires des pays colonisés lui reprochent aujourd’hui à juste titre, c’est « l’oubli coupable » auquel s’ajoute la spoliation financière par régime politique interposé.

A Djibouti comme ailleurs en Afrique ou en Asie, ce choix conscient de la France a été à l’origine de la précarité matérielle et morale des Combattants issus des FFL, sans évoquer les cas, nombreux, jadis actifs regroupés en Associations de défense de leurs intérêts à savoir : celle des Anciens Combattants des deux guerres, celle de la Défense des Intérêts des Retraités Militaires, celle des Combattants de la guerre d’Algérie, de Madagascar, etc…

S’il a fallu attendre tant d’années rien que pour Djibouti, les textes juridiques sur lesquels la France avait appuyé le rejet de la demande formulée par la Délégation Djiboutienne à Paris auprès du Ministère en charge de ce dossier, la culpabilité de l’Hexagone se situe donc dans le fait que la France a préféré abandonner ses Anciens Combattants au sectarisme de leur nouveau régime indépendant, très peu soucieux de défendre pour eux des droits que l’ancienne puissance coloniale leur niait.

Le Sang du Bataillon Somali, des Algériens, comme celui des Sénégalais a inondé tous ses territoires. L’un libéré, les autres continuant à être colonisés même après la libération, et toujours pauvres avec ses quelques contributions humaines, volontaires, au nom du droit à la Liberté et à la Vie.

Quatorze ans après la chute du mur de Berlin et l’éclatement du totalitarisme (sous toutes ses formes),cinquante ans après la libération du Vietnam et soixante ans après le Débarquement Allié, la France restera-t-elle encore ingrate vis-à-vis des sauveteurs de ses anciennes colonies ? Le prochain numéro relatera l’aspect juridique et financier de la spoliation des Droits du Bataillon Somali.

A suivre…


Une censure pas très catholique

LES DROITS DE L’HOMME ET LEUR FORUM

VUS PAR LE DIOCESE DE DJIBOUTI

Le système politique djiboutien est tellement perverti qu’il réussit le tour de force de banaliser l’incongru ou l’inadmissible. Ainsi, mis à part la théocratie iranienne, nous sommes pratiquement le seul régime dans lequel un religieux occupe un poste ministériel. Ce qui n’est ni preuve d’intégrisme mystique ni gage d’intégrité politique. C’est peut-être pour cette raison qu’aucun imam ou cadi n’a daigné honorer de sa présence le récent forum sur les droits de l’Homme dirigé par le Ministre de la Justice : pourtant, on aurait tellement aimé connaître la position de ces religieux sur la question. Par contre, un religieux catholique y est allé et a modestement apporté sa contribution. Malheureusement, la politesse étant une vertu pratiquement inconnue de ce régime, toute l’intervention du Père Sandro, qui représentait le diocèse de Djibouti, a été allégrement censurée par la RTD, préférant assommer ses téléspectateurs avec d’insipides digressions. Pourtant, un regard extérieur et neutre est en soi un enrichissement… pour quiconque veut s’enrichir, spirituellement bien sûr. Voici donc intégralement cette intervention et la présentation qui en est faite dans le dernier numéro de « La Caravane », publication du diocèse de Djibouti.

Forum sur les Droits de l’Homme

Les 17 et 18 mai derniers, le Ministère de la Justice et des affaires musulmanes, chargé des Droits de l’Homme a organisé pour la première fois à Djibouti un forum national de réflexion sur l’état des Droits de l’Homme. Trois axes ont guidé la réflexion des participants:

– Dresser un état des lieux en fonction des grandes tendances socio-économiques et culturelles.

– Identifier les défis et les opportunités pour réaliser pleinement les Droits de l’Homme.

– Réfléchir sur un mécanisme indépendant pour promouvoir et protéger les Droits de l’Homme.

Le Père Sandro a été appelé à intervenir.

L’enseignement de l’Église concernant les Droits de l’Homme se base sur le fait que Dieu nous a créés tous. Il nous a créés purs, égaux et libres ; tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu. Cette donne nous la trouvons dans les premiers chapitres de la Genèse, le premier livre de la Bible. Puisque nous reflétons d’une façon mystérieuse l’image de Dieu, nous tous avons le droit au respect et à la dignité. Ce droit, tout droit lié à la personne humaine n’est pas une invention de l’homme et ne dépend pas de la bonne volonté l’homme, mais de la volonté de Dieu telle que nous la trouvons dans sa création.

C’est vrai, seulement aujourd’hui nous parlons tellement des Droits de l’Homme, mais c’est l’homme lui-même qui a rejeté la création de Dieu pour en faire une autre, déformée et basée sur l’oppression et l’exploitation.

Déjà les anciens Romains disaient:  » homo homini lupus », à savoir l’homme est un loup pour l’autre homme, ils se dévorent l’un l’autre. Encore à ce moment, partout dans le monde, combien est longue la route pour arriver à une vraie sauvegarde du droit le plus simple et logique, celui à la vie, n’en parlons même pas des autres !

L’Eglise catholique présente à Djibouti doit reconnaître avec reconnaissance que le Gouvernement et la grande majorité de la population djiboutienne la regardent comme faisant partie du paysage, une composante de la société, grâce surtout au dévouement pour 120 ans des missionnaires dans les domaines de l’éducation et de la santé. Nous partageons, comme le Président de la République le disait au nouveau Nonce apostolique le mois dernier, « les valeurs communes d’amour de l’humanité (…)

Car, comme le disait récemment Sa Sainteté le Pape, nous appartenons à la même famille humaine ». II y a certes des épisodes d’intolérance, d’insultes ou de discrimination, surtout vis-à-vis des Chrétiens vivant au milieu des quartiers, et nous pouvons espérer que ces manifestations de racisme puissent être réprouvées par la population en général et par les autorités compétentes. Ce sont des manifestations isolées, mais il y a aussi une mentalité qui semble croître dans les jeunes, celle d’une intolérance religieuse basée d’un côté sur l’ignorance de ce qui est différent, et bien sûr influencée par la situation globale actuelle.

Dans son travail social en faveur des plus démunis, surtout par la Caritas Djibouti, nous pouvons indiquer à l’attention des autorités compétentes certains manques de respect de la dignité de l’homme :

– Le fait que beaucoup d’enfants n’ont pas leurs papiers d’identité. Cette absence d’ « existence légale », porte atteinte à un droit fondamental du temps présent, l’appartenance à une communauté nationale. Que cela soit dû au manque d’intérêt des parents, ou à la pauvreté, ou à une insuffisance de l’administration, être sans papiers – tandis qu’on en a le droit – représente un handicap majeur pour la vie d’une personne. En outre, à ce que je comprends, un enfant né de mère djiboutienne et de père inconnu n’a pas le droit à la nationalité, mais l’enfant de père djiboutien en a en tout cas le droit, cela serait évidemment une forme de discrimination basée sur le sexe.

– Les réfugiés sont une catégorie de personnes qui ne connaît nulle part une vie facile! Ici à Djibouti l’impression est qu’ils sont souvent exploités, soit dans le travail au noir, soit pour en demander des bakchich. Le rapatriement de l’an dernier avait donné l’espoir qu’une clarté politique à leur sujet avait été déterminée, mais au contraire leur retour en masse prouve qu’aucune décision réelle n’a été prise, et les réfugiés perdent encore leur temps à Djibouti, un pays qui ne peut pas les accueillir d’une façon permanente et légale.

– Les mutilations génitales féminines sont un autre domaine que nous rencontrons dans nos projets. Ces pratiques traditionnelles sont condamnées par la loi djiboutienne, ne correspondent pas à l’Islam et ruinent la santé des femmes tout au long de leur vie. Même si l’éducation et la sensibilisation contre ces vraies mutilations est la voie principale pour les faire disparaître, on ne peut pas oublier que mutiler une personne est une atteinte à la personne et un crime condamné par l’article 333 du Code pénal.

Le droit à l’éducation pour tous les enfants est encore un rêve pour tellement d’enfants djiboutiens ! Les efforts indéniables dans ce domaine n’arrivent pas encore à satisfaire ce droit fondamental, la base du développement de tout pays. Une action visant à un programme d’alphabétisation général pourrait faciliter et accélérer la réalisation de ce droit dans les délais plus brefs.

Père Sandro.


L’UAD écrit au Chef de l’État

(sans réponse)

UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE

ARD, UDJ, MRD ET PDD

A

Monsieur le Président de la République

Chef de Gouvernement, Palais Présidentiel Djibouti

Objet : Conditions pour la Démocratisation de la vie politique.

Djibouti, le 21 mai 2004

Monsieur le Président de la République,

Depuis l’instauration du multipartisme intégral consécutif aux accords de paix définitive du 12 mai 2001, nous n’avons à aucun moment manqué de nous conformer aux dispositions légales en vigueur afin de respecter pleinement les règles qu’impose toute démocratie. Nous nous permettons de vous rappeler que nous vous avions saisi, en votre qualité de Président de la République et Chef de Gouvernement, avant et après les élections législatives, sur l’énorme décalage entre la démocratisation affichée et les dispositions de la loi relatives aux élections.

A cet effet, c’est par souci de transparence électorale, que nous vous avions d’ailleurs écrit le 9 novembre 2002, sur l’impérieuse nécessité d’une modification du décret n° 2002/198/PR/MID du 30 septembre de la même année relatif à la composition et au fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante en vous y exposant nos observations et nos propositions afin que ladite commission puisse disposer de toutes les attributions et compétences nécessaires pour bénéficier de l’indispensable indépendance que requiert sa mission, seule garantie pour l’organisation d’élections libres et transparentes.

De l’annonce des résultats du scrutin du 10 janvier 2003 à ce jour, nous avions entrepris et épuisé toutes les démarches légales, pour le remboursement de la caution de 32,5 millions fd déposée au Trésor Public par les 65 candidats de notre liste aux dernières élections. Du Trésorier payeur, en passant par le Ministre de l’Intérieur, du Tribunal Civil et Commercial, du Tribunal du Contentieux Administratif enfin du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, nos doléances sont restées sans réponse. Notre dernière tentative, avec pour objectif le déblocage de la situation politique de notre pays, fut notre entrevue du 24 mars dernier avec votre Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Cette rencontre devait permettre la concrétisation effective, puisque légale, des engagements relatifs à la démocratisation de la vie politique, tant pour les consultations nationales que régionales.

A ce sujet, nous n’avions pas manqué de faire remarquer au Ministre en charge de la Décentralisation, que la loi n° 174/AN/02/4ème L portant décentralisation et statut des régions du 7 juillet 2002 promulguée par vous-mêmes et publiée au journal officiel du 15 juillet 2002 a été tout simplement violée, au regard de son article 5 aliéna 2 lequel dispose : « dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente loi, un décret précisera un calendrier pour l’installation et la mise en place effective des collectivités régionales élues ainsi que les transferts de compétences qui leur sont dévolus par la loi ».

Par conséquent, cette réunion n’ayant débouché sur aucune conclusion honorable et considérant qu’à défaut d’une issue responsable pour notre pays, nous, Union pour l’Alternance Démocratique regroupant les quatre partis de l’opposition, toujours soucieuse de l’intérêt général, réitérons avant toute consultation électorale nos exigences légales et légitimes pour :

– La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement. Sur ce point, votre Ministre de l’Intérieur avait reconnu en présence des observateurs internationaux lors des dernières législatives que les listes électorales étaient décalées de la réalité du corps électoral national

– L’établissement de ces listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur ;

– La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

– L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale Djibouti ;

– La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, nous considérons que pour une transparence réelle des élections, chaque liste doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI ;

– L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent désormais représenter les listes en compétition ;

– L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics;

– L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Monsieur le Président de la République, la légitimité du pouvoir, la transparence et la stabilité resident dans la loyale application des points ci-dessus. Dans le cas contraire, nous prenons à témoins l’opinion nationale et internationale sur les dangers que fait courir votre gouvernement à la fragile stabilité que nous avons su préserver jusqu’à ce jour.


Pour avoir refusé de ramper (2)

Quels postes pour les cadres du Frud-armé ? (2e partie)

A des journalistes aussi chauvins que zélés, lui demandant de s’épancher sur son exploit sportif, un tennisman français des années 80 répondit un jour calmement que sa performance était vraiment modeste et ne justifiait pas une telle sollicitude, tant de choses beaucoup plus graves et dignes d’intérêt se passant dans le monde ajouta-t-il. C’est dans cet esprit que nous abordons cette semaine la deuxième partie du dossier de la réintégration sabotée des cadres du FRUD-armé.

L’importance, la diversité et la gravité des sujets de la seule actualité nationale nous interdisant, par pudeur, d’y consacrer trois pages, deux en ont donc été déprogrammées et reportées pour la semaine prochaine. Choix d’autant plus judicieux, nous semble-t-il, que c’est uniquement aux fins d’information du public et pour contredire le mensonge officiel, que notre journal a décidé de présenter toutes les pièces de ce dossier. Car, pour ce qui est de contribuer à l’accouchement d’un minimum de sérieux de la part de ce régime, ce serait pousser l’utopie un peu trop loin. Cela dit, ce chapitre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, comme tous les autres que la partie gouvernementale viole de façon si irresponsable, trouveront certainement l’application qu’ils méritent, avec ou sans ce régime et plus tôt que tard.

Nous avions vu la semaine dernière que nos différentes correspondances, même celle adressée au Chef de l’Etat, n’avait trouvé aucune réponse de la part du régime. Ainsi, c’est après une longue période de léthargie administrative que la partie gouvernementale a crû utile de se ressaisir de ce dossier en reprenant contact avec les cadres concernés du FRUD-armé. C’est dans cette démarche que, confortant les rumeurs selon lesquelles la Première Dame lui aurait donné des directives précises en ce sens, le Ministre de l’Emploi leur a adressé la correspondance ci-dessous reproduite.


OBJET: Votre situation administrative

Monsieur,

Par décision n°2002-0167/PR/MESN du 02/03/2002, vous avez été recruté dans le cadre des Administrateurs Civils au grade d’administrateur civil.

Or, depuis votre affectation, il a été constaté qu’à ce jour vous n’avez pas rejoint votre poste de travail.

En conséquence, il a été procédé à la suspension de votre traitement en application des dispositions de l’article 27 de la loi n°48/AN/83/l ère L du 26 juin 1983 portant statut général des fonctionnaires qui stipule que « tout fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération ».

Ainsi, je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaire par des simples promesses. J’attends de votre part un engagement ferme et écrit à respecter les conditions suivantes :

5. Une reprise effective de votre service.

6. A respecter intégralement les dispositions statutaires en vigueur.

Une prompte réponse de votre part m’obligerait.

***

PROLOGUE DE L’ÉPILOGUE

La réponse collective des cadres concernés sera publiée la semaine prochaine. En attendant, nous invitons nos lecteurs à garder à l’esprit deux arguments invoqués par cette correspondance ministérielle : 1) le fait qu’il ose tranquillement prétendre :« Je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaire par des simples promesses. », comme si la demande venait de notre organisation ; 2) qu’il se permette également d’exiger, sans aucune justification légale, « un engagement ferme et écrit à respecter » la reprise du travail et les dispositions statutaires en vigueur.


Port de Doraleh : un projet qui déménage !

Par pudeur, et parce que ce serait trop facile tant ce régime d’idolâtrie ignore ce qu’est la modestie, nous ne rappellerons pas ici tous les miracles officiellement attendus par le système du gigantesque projet de port à Doraleh. En attendant que le travail de ouvriers affectés à sa construction atteigne une vitesse de croisière digne de ses prétentions, et que les activités de ce nouveau port génèrent les milliers d’emplois supputés, il est au moins un aspect, certes inattendu, qui atteste de la réalité de cet ambitieux ouvrage. En effet, devant accueillir les logements où doivent être logés des centaines de travailleurs étrangers qui seront importés dans ce cadre, les habitants du secteur de Hayableh doivent déménager au plus vite. Leurs modestes demeures, acquises au prix de multiples sacrifices qu’ils se sont imposés depuis de longues années seront tout simplement démolies, et ils sont priés de se reloger ailleurs, moyennant un petit pécule de compensation généreusement alloué par ce régime spécialisé depuis 1999 dans un social dont on saisit mal les contours. Malheureusement pour les affairistes pressés, cette expropriation illégale rencontre pour le moment de sérieuses réticences, qui risquent fort de ne pas s’estomper, comme le dit si mal le Premier ministre à un tout autre propos.

C’est une foule déterminée et scandalisée qui a accueilli en cette journée caniculaire la délégation des responsables de l’UAD. Ils avaient raison d’être en colère, ces habitants d’un des quartiers les plus défavorisés de la Capitale : un émissaire du régime, ministre de son état, était récemment venu leur signifier que l’Etat avait décidé de confisquer leur secteur, pour le mettre à la disposition d’une société privée devant y construire les habitations dans lesquelles seront normalement logés les travailleurs immigrés qui s’échineront au Port de Doraleh. Le coup est doublement dur, pour ces citoyens chômeurs pour la plupart.

D’une part, c’est avec stupeur qu’ils ont appris que ce régime affairiste, surtout préoccupé de rentabilité financière, allait inaugurer un mouvement jusque-là inconnu dans le monde : la délocalisation de la main-d’œuvre. D’habitude, c’est soit un Etat qui, pour accompagner une forte croissance intérieure, fait appel à flux contrôlé d’une force de travail étrangère ; soit une entreprise privée qui, à la recherche des coûts de production les plus compétitifs, délocalise certaines de ses unités industrielles vers des pays où la main-d’œuvre est meilleure marché.

Dans le cas djiboutien, c’est donc une société privée qui vient avec ses propres travailleurs étrangers (à hauteur de 70% du total nous assure-t-on). Quand on sait qu’il s’agira essentiellement d’une main-d’œuvre pas forcément très qualifiée, c’est insultant pour notre système scolaire (LIC ou LEP) qui pouvait aisément la fournir, en grande partie tout au moins. Prétendre que l’inadéquation entre Emploi et Formation est à ce point dramatique que cela constitue un handicap pour les diplômés nationaux est vraiment décourageant pour notre Jeunesse.

En second lieu, avec un minimum de vigilance, le plus modeste de nos concitoyens se doute bien que la procédure d’expropriation doit obéir à des dispositions légales rigoureusement codifiées. Si l’Etat décide d’exproprier, c’est uniquement quand l’intérêt général, sanctionné par une enquête préalable d’utilité publique, exige un tel traumatisme. En aucun cas, l’Etat ne peut procéder à l’expropriation de qui que ce soit pour servir des intérêts privés, ce qui est malheureusement le cas avec la construction de ces logements pour travailleurs immigrés.

Après le Téléthon, voici le Sheraton : on imagine donc aisément à quoi pourraient prioritairement servir les millions de nos francs collectés en quelques minutes par la Première Dame, qui n’a pas hésité à convoquer dans le plus luxueux hôtel de la Capitale, tout ce que notre pays compte comme dirigeants politiques, cadres administratifs (étonnant quand on sait que le pouvoir d’achat des Djiboutiens s’est nettement détérioré depuis le conflit) et hommes d’affaires à la réussite certes clinquante, mais en tout cas reconnaissante à l’endroit d’un régime qui propose ses marchés publics en fonction des allégeances.

On imagine aussi un peu mieux les intentions cachées et le potentiel d’injustice que recèle la récente loi sur l’agropastoralisme, mettant toutes les terres rurales à la disposition d’un régime qui dévoile chaque jour un peu plus sa frénésie affairiste. Ainsi, pour peu qu’une portion de notre brousse nationale attire les convoitises d’un riche protégé des instances dirigeantes, l’Etat procédera sans aucun état d’âme à l’expropriation de ceux qui y vivent et en vivent.

Ruraux ou citadins, ce régime est déterminé à s’enrichir partout où des opportunités se présentent à lui. Son credo, c’est d’écraser nos concitoyens par l’arbitraire de ses envies gourmandes.

Cela, les dirigeants de l’UAD en tournée à Hayableh se sont solennellement engagés à ne pas le tolérer. Nous sommes résolument aux côtés de ces centaines de familles menacées d’expropriation : il n’est pas question de laisser l’injustice broyer nos populations en toute impunité !

Comme nous sommes aux côtés de ces milliers de jeunes chômeurs dont le sort préoccupe si peu ce régime d’affairistes si pressés, prétendant qu’une infime minorité a le droit de scandaleusement s’enrichir, alors que le refus irresponsable de réinsérer les démobilisés condamnés à la précarité, constitue une lourde menace pour la paix civile et quand l’absence d’une politique cohérente condamne tant de jeunes à la rue.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

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Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Quand la vie part en fumée
  4. Interview de M. Noël Abdi à la BBC
  5. Le djibouto-pessimisme
  6. Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va
  7. Lâche moi ? les baskets
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 99

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE BEEFSTEAK DU DEPUTE

(SUR UN CANAPE D’AVOCAT)

A force de n’en voir que l’aspect le plus servilement caricatural, nos concitoyens en sont venus à ne plus très bien comprendre à quoi peut servir un député sous ce régime de figuration et dans cette Constitution qui réduit le pouvoir législatif à sa plus simple expression : donner l’illusion d’une volonté populaire que le système de fraude généralisée se charge par ailleurs de détourner. Pourtant, à sa modeste dimension, le député version RPP se démène comme un beau diable dans au moins deux rayons : l’intervention et l’interpellation.

L’intervention tout d’abord : avec le phénomène du bras-cassé, c’est une spécialité typiquement djiboutienne, en tout cas dans sa banale quotidienneté. Rares sont ceux qui, à tous les niveaux de l’échelle sociale, n’ont pas un jour sollicité une démarche d’intervention à laquelle tous les députés se prêtent volontiers. Le système politico-administratif fonctionnant sur la base du favoritisme partisan (qui connais-tu au lieu de que connais-tu ?), intervenir au profit d’un cousin ou d’un proche est la première raison d’être du député. Il (et elle depuis peu) a trouvé un mécanisme de clientélisme si rôdé qu’il lui serait bien prétentieux et certainement suicidaire d’ignorer ou de remettre en cause.

La question de la contestation ne se pose même pas, autrement il (ou elle) n’aurait pas été coopté(e) dans ce rôle si son patron n’était pas sûr qu’il (ou elle) accepterait ce rôle. Donc, le député djiboutien mal élu vole d’intervention en intervention : plus qu’une pratique mondaine que laisserait supposer une fréquentation des couloirs bureaucratico-politiques nettement supérieure à la moyenne mondiale (il suffit de voir le monde qu’il y a à la Cité ministérielle), c’est pratiquement son gagne-pain.

Le second beefsteak du député RPP, c’est l’interpellation des membres du gouvernement lorsque le calendrier des sessions oblige ces animaux politiques à descendre dans l’arène parlementaire. C’est d’ailleurs le seul pouvoir qu’une Constitution hybride, née dans l’urgence d’un conflit civil, accorde aux représentants du Peuple : gueule et rentre chez toi ! Justement, il y a quelques jours, un de ces députés, peut-être plus affamé que d’autres, a violemment interpellé un membre du gouvernement. Tempête dans un verre d’eau : la petitesse de l’exploit n’a d’égal que son caractère totalement déplacé.

Ainsi donc, mais peut-être faut-il mettre son agressivité sur le compte d’une indigestion (certains repas copieux passent mal en saison chaude) un député, apparemment l’intellectuel des petits bancs parlementaires, a violemment pris à partie le Ministre accessoirement de la Culture et principalement des médias publics. Motif de son ire : pourquoi le gouvernement tolère-t-il les dérives diffamatoires d’une presse d’opposition qui n’épargne ni les personnes si les institutions ? Et de se livrer à une confidence : lors de ses voyages à l’étranger, ce député VIP/VRP frôlerait même l’excédent de bagages puisqu’il transporterait de nombreux exemplaires de cette presse infamante, histoire de démontrer que Djibouti est plus tolérante que Washington où le dernier film de Michael Moore, Palme d’Or 2004 à Cannes, cherche encore distributeur. Et le Ministre porte-parole du gouvernement de bafouiller, magnanime, que c’est là un des effets pervers de la démocratie djiboutienne, dont profiteraient l’opposition ingrate et sa presse irresponsable.

Le seul problème, c’est qu’avant d’être bon prince, il faut être prince : quand on accède à la députation au terme d’une fraude électorale aussi criante et que l’on ne respecte pas soi-même un minimum de légalité, en ouvrant par exemple les médias publics à toutes les sensibilités politiques, on est vraiment le moins bien placé pour donner des leçons de tolérance ou de responsabilité.

Au demeurant, chacun sait que la presse d’opposition n’a pas à diffamer pour être persécutée, les multiples procès d’intention intentés au Renouveau et à son directeur de publication sont là pour nous rappeler à quel point nous ne sommes qu’en sursis : tant qu’il sera nécessaire pour le régime de singer la démocratie, autant que les limites de l’humainement supportable et du politiquement utile nous le permettront. Surtout, ce régime de fanfaronnade n’ose oublier tout ce qu’une réelle liberté d’expression doit au langage des armes : armes dont le fracas a imposé la timide ouverture politique de 1992 et armes dont le bûcher a imposé le multipartisme intégral de 2002.

Contester des acquis, ce serait inciter à une nouvelle lutte qui, elle, sera tout sauf parlementaire, l’appétit de certains ténors de l’interpellation parlementaire risque alors d’en être définitivement coupé.


Brèves nationales

Djib-Watch :

Un nouveau regard sur les droits de l’homme ?

Selon l’hebdomadaire parisien « La Lettre de l’Océan Indien » daté du 29 mai 2004, une nouvelle organisation de défense des droits de l’homme à Djibouti aurait été récemment créée au Canada. Fondée par des Canadiens et des Djiboutiens, cette ONG serait présidée par un Canadien ayant vécu vingt ans en Centrafrique. Le vice-président, le trésorier et le webmaster seraient des Djiboutiens vivant au Canada depuis plus d ‘une décennie. Djib-Watch aurait déjà lancé son site Internet (djibwatch.com). La situation chaotique des droits de l’homme dans notre pays semble préoccuper nos compatriotes émigrés au Canada. Rappelons que la diaspora djiboutienne installée au Canada est composée en grande partie de victimes de la mauvaise gouvernance ayant fui la précarité. Cependant, on compte aussi parmi elle de nombreuses familles de dignitaires du régime opportunément mises à l’abri au cas où…

« Réalité » salue par principe la naissance de Djib-Watch et suivra ses activités avec un vif intérêt.

Presse nationale :

Un « Miroir » sans tain ?

La presse écrite djiboutienne vient de s’enrichir d’un nouveau titre : « Le Miroir » dont le premier numéro a été publié mercredi dernier, se veut un journal indépendant. Imprimé sur papier glacé, ce mensuel semble être sorti des rotatives de l’Imprimerie Nationale. Apparemment peu astreint aux impératifs de rendement, son tirage est limité à 300 exemplaires.

En parcourant ses pages, le lecteur aura du mal à se faire une opinion sur ce journal d’opinion qui se veut pourtant au centre. Tout juste quelques piques maladroites en direction de l’opposition et quelques traces d’une certaine promiscuité avec le pouvoir de sa part semblent accréditer la thèse selon laquelle d’anciens amis du Club Miroir des années 70 et comptant un ancien ministre du gouvernement y officient.

En attendant que ces « centristes » affirment leurs idées, « Réalité » salue par principe la naissance de ce nouveau confrère et attend patiemment la parution du numéro 2 de ce mensuel, afin d’apprécier la justesse de son « combat pour la juste cause ».

Que d’eaux :

Il Jano contre Masafi

Même en doutant de la réussite du projet, parce que ce régime réussit peu de chose à part la régression, le gaspillage et la zizanie, nous avions sincèrement appelé de tous nos vœux le succès du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh. Las ! C’était encore pêcher par naïveté, preuve s’il en est que ce régime n’a de tribaliste que l’apparence pour mieux diviser ses concitoyens à l’approche d’importantes échéances électorales. Ainsi, alors qu’Il Jano reste désespérément introuvable sur le marché national, sauf en Conseil des Ministres pour les besoins d’une caméra complaisante, la délégation éthiopienne venue dans le cadre des travaux de la commission mixte a eu droit, au mépris de notre fierté nationale, à de centaines de bouteilles d’origine émirati du nom de Masafi, estampillées 27ème anniversaire de la République de Djibouti.

Triste image de notre pays ainsi donnée à la délégation d’une Ethiopie qui, en quelques années, a spectaculairement diversifié sa production d’eau minérale, proposant à côtés des antiques eaux gazeuses (Ambo, Toosa et Babilé) des eaux irréprochables de standard international telles que Highlands, Aquafine ou encore Aquaddis. Et ce n’est pas fini : chaque Etat régional peut promouvoir ses propres eaux minérales même sur initiative privée.

Pauvre Il Jano, prise en otage par un régime sectaire qui préfère la réduire à un mirage tribal plutôt que de lui donner les moyens de devenir une oasis pour toute la région Assajog.

Djib-Télécom :

Nouveaux panneaux pour nouveau départ ?

L’opérateur Djib-Télécom, dont la gestion a récemment été confiée à des expatriés grassement rétribués s’apprête, en vue de sa prochaine privatisation, à se doter d’une nouvelle image. Annoncé pour juin 2004, cette nouvelle image devant normalement symboliser un nouveau départ, promet d’être une surprise.

S’agit-il tout simplement d’un nouveau logotype (identification visuelle) ou d’une nouvelle politique commerciale en direction des usagers ?

Quoi qu’il en soit, cette entreprise aiguise les appétits des prédateurs du pouvoir et les méchantes langues n’hésitent pas à affirmer que les nouveaux panneaux qui fleurissent un peu partout en ville seraient destinés, dans une deuxième étape, à la campagne de l’illustre candidat cherchant lui aussi un nouveau départ. Les sceptiques seront fixés à la rentrée.

Délestages :

Lampes-tempête pour maison en dur

Depuis quelques semaines, les lampes-tempête sont de rigueur dans les quartiers populaires, en raison des fréquents délestages opérés dans certains secteurs de la Capitale. Chaque nuit, l’électricité disparaît pour quelques heures, plongeant une partie de la Capitale dans l’obscurité et la moiteur.

Pourtant, l’EDD claironnait il n’y a pas si longtemps qu’un nouveau méga-groupe était en voie d’installation. En attendant, ils sont des milliers de Djiboutiens à passer chaque jour et chaque nuit de longues heures sans électricité, sans que le grand chef, spécialiste du social sans société, ne s’en émeuve outre mesure.


Quand la vie part en fumée

LUTTE ANTITABAC : IL NE FAUT PAS MEGOTER

La République des slogans, des banderoles et des journées de célébration : ainsi pourrait-on définir la vision que ce régime se fait de l’action politique, si l’on met pour le moment de côté la distribution gratuite de khat par les dignitaires en campagne. L’occasion de la Journée internationale contre le tabagisme, célébrée lundi dernier, ne déroge pas à cette règle et, comme le démontre si bien le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) établi pour la circonstance, ce ne sont pas les professionnels de la Santé qu’il convient de pointer du doigt : la progression vertigineuse du nombre de fumeurs dans les pays pauvres s’explique essentiellement par le laxisme des pouvoirs publics.


Soucieux de coller aux impératifs internationaux, et conscient du rôle mystificateur qu’il est aisé de faire jouer par les médias publics, le régime djiboutien a célébré comme partout ailleurs dans le monde la Journée internationale contre le tabac, lundi 31 mai. L’intention est louable, car il y a effectivement péril en la demeure. Aussi, nous formons le souhait de voir les pieuses intentions déclamées en cette circonstance se transformer en une réalité palpable, sous la forme d’un programme politique soutenu, constant. Mais, devant l’absence de toute sensibilisation contre les méfaits du tabagisme en dehors de cette seule journée internationale, il est permis de douter que le sérieux s’impose au moins en ce domaine.

En effet, il est tout d’abord remarquable que les pouvoirs publics djiboutiens soient incapables de fournir la moindre quantification, les moindres chiffres sur l’étendue de ce désastre : aucune statistique n’est disponible quant au nombre de fumeurs dans le pays selon les diverses variables (âge, catégorie socioprofessionnelle, niveau d’études, lieu de résidence, nombre de cigarettes fumées par jour, type de tabac, etc.). De même, aucune donnée chiffrée n’est disponible en ce qui concerne le volume de tabac importé en République de Djibouti et combien cela rapporte en termes de taxes et surtaxes : une partie de ces recettes fiscales aurait normalement servi à financer une campagne de prévention cohérente et inscrite dans la durée.

Et cette démission des pouvoirs publics n’est peut-être pas un hasard car aucun Etat digne ne peut prétendre ignorer un tel flux de marchandises, à moins qu’il ne le fasse exprès et qu’il y ait dans les instances de décision des personnes n’ayant aucun intérêt à ce que la transparence prévale en la matière. Djibouti semble de plus en plus devenir la plaque tournante régionale d’une contrebande de haute volée. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les sociétés de transit apparues depuis quelques années ou de garder à l’esprit le contentieux entre Djibouti et Hargueisa à propos d’un commerce illicite de cigarettes ou encore l’énorme travail des autorités centrales et régionales éthiopiennes contre cette contrebande dont une part essentielle provient de notre pays.

Donc, sans chiffres clairement établis par les services gouvernementaux auxquels cette mission est normalement dévolue, impossible de mesurer l’ampleur du fléau, donc impossible d’en quantifier les incidences négatives au niveau de la santé publique. Or, un minimum de connaissance des réalités nationales suffit à établir un constat alarmant : les Djiboutiens sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à fumer.

Ainsi, alors que les lycéens fumeurs étaient extrêmement minoritaires dans les années 70-80 (il s’agissait de rares brouteurs occasionnels), le tabagisme est devenu tout à fait banal aujourd’hui, non seulement au lycée, mais plus gravement dans les collèges d’enseignement secondaire. Pour preuve, au lieu de la cigarette pour l’achat de laquelle il lui faut parfois affronter le regard inquisiteur de commerçants scrupuleux, le jeune collégien se voit offrir, le plus légalement du monde et pour la modique somme de 50FD, une pleine dose de narguilé, Chicha dans les langues locales.

Même les petits baigneurs que la raréfaction des lieux de loisir a poussé sous les fenêtres de la nouvelle résidence du Premier ministre à la Brise de mer (on connaît des dirigeants que cette foule aurait dérangés) se voient proposer cette intoxication au sortir de leur baignade du vendredi. Quant aux méfaits du tabagisme passif (être obligé de supporter la fumée des autres dans les lieux publics tels que bureau ou bus ), il est totalement ignoré. Sans même parler des adultes, dont les femmes sont de plus en plus adeptes (parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses à consommer du khat) de ce tabagisme jugé plus soft et moins choquant que la cigarette occidentale, où est au moins l’indispensable protection des mineurs ? La démission à ce niveau, des parents comme des pouvoirs publics, est tout simplement criminelle !

Mais il y a beaucoup plus grave et il serait dangereusement hypocrite de se voiler la face : les jeunes s’orientent aujourd’hui vers des drogues bien plus dures que le seul tabac. De petites pilules ont ainsi fait leur apparition dans certains quartiers populaires, au prix de 60 FD pièce : l’extasy est désormais disponible sur le marché local et il semblerait que la demande soit tellement supérieure à l’offre que son importation et sa commercialisation sont de plus en plus contrôlées par d’importants personnages bénéficiant de suffisamment d’entrées dans les coulisses du pouvoir pour introduire et écouler cette drogue en toute tranquillité.

Dans ces conditions, il est malheureusement illusoire d’attendre une quelconque sincérité de la part d’un régime dont des secteurs entiers vivent de la misère populaire : si la lutte contre le tabagisme était réelle, les autres fléaux qui contribuent tout autant sinon plus à la dégradation du niveau et des conditions de vie de nos concitoyens auraient également été combattus avec la sévérité qu’exigent les désastres dont ils sont responsables.

C’est donc au citoyen conscient de ses devoirs publics et privés de protéger ses enfants et de donner le bon exemple en se protégeant lui-même !


Interview de M. Noël Abdi à la BBC

Dans le cadre du forum relatif à l’état des Droits de l’Homme en République de Djibouti, la section somali de la BBC a posé quelques questions au Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, M. Jean-Paul Noël Abdi. Voici la traduction de l’essentiel de ses propos, se résumant à quatre points : 1) la Justice doit tout d’abord être totalement indépendante, ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement car, sans le Conseil du Contentieux Administratif, la Justice djiboutienne continue d’être bancale; 2) les organisations internationales n’ont pas été associées, ne serait-ce que pour nous aider ; 3) les partis politiques de l’opposition, alternance démocratique, ainsi que les syndicats libres n’ont pas été associés à la préparation de ce forum et 4) il n’y a donc aucune utilité à aller à ce forum où seuls les proches du régime ont été largement conviés. En clair, pourquoi se rendre à ce forum les mains dans les poches, juste pour applaudir, car aucun ordre du jour n’a été communiqué ? CQFD.


BBC : Pouvez-vous nous dire pourquoi vous n’avez pas participé au Forum sur l’état des Droits de l’Homme organisé par le Gouvernement de votre pays ?

Jean-Paul NOEL ABDI : En fait, il y a une conjugaison de plusieurs facteurs. Je suis membre du Comité ad-hoc sur les Droits de l’Homme mis en place par le Ministre de la Justice le 15 mai 2002.

L’objectif de ce Comité était de préparer une conférence nationale sur les Droits de l’Homme. En ce qui me concerne, je suis Président d’une Association indépendante oeuvrant pour la promotion des Droits de l’Homme. Donc, bien que ce Comité ad-hoc ait travaillé depuis sa formation, ce forum qui est organisé maintenant devait se tenir en principe au début de cette année comme prévu.

Or, bien que nous ayons interpellé à plusieurs reprises le Ministre de la Justice sur la date réelle de la tenue de ce forum, nous n’avions obtenu aucune réponse. Toutefois, nous n’avions pas manqué de lui signifier que, pour pouvoir régler les multiples problèmes de notre pays dans ce domaine, la participation de tous devait être concrète et efficace.

Je vous précise au passage que si la Justice n’est pas indépendante, il ne peut y avoir de respect pour les Droits de l’Homme. Ces raisons ont été pour quelque chose dans notre démarche auprès du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, afin que la tenue de ce forum soit repoussée. Nous n’avons reçu aucune réponse, y compris pour les précédentes requêtes. Ce qui prouve que l’Etat djiboutien manque d’une réelle volonté en la matière.

BBC : Qu’est ce que vous attendez d’autre du Gouvernement ?

JPNA : Dans la mesure où le Gouvernement a tenu à organiser ce forum tel qu’il l’a prévu, nous souhaitons qu’il réalise une bonne fois pour toute notre doléance principale plusieurs fois signifiée : l’indépendance de la Justice. Dans l’état actuel, il n’y a pas de respect pour les Droits de l’Homme. Je rappelle qu’une loi datant de l’époque coloniale et utilisée jusqu’en 1996 donnait la possibilité au citoyen ordinaire de pouvoir porter plainte auprès d’une juridiction chargée de réprimer tout responsable coupable d’un abus de pouvoir et autres délits analogues.

Cette juridiction n’existe plus depuis 1996. Ce qui revient à dire que la paralysie imposée à cette juridiction importante prouve à elle seule qu’il n’y a pas une réelle justice ici.

Donc, ces constants faits, nous avons écrit aussi bien au Ministre la Justice en charge des Droits de l’Homme qu’à son collègue de l’Intérieur et de la Décentralisation, pour un report de ce forum au mois de septembre prochain.

BBC : Qu’est ce qui vous a réellement poussé à demander le report de ce forum ?

JPNA : Tout simplement, d’une part le fait que les associations des Droits de l’Homme indépendantes du pouvoir n’y participent pas, d’autre part que les partis politiques de l’opposition nationale n’y participaient pas non plus. Or, pour pouvoir trouver des remèdes aux problèmes du pays, leur participation est plus qu’indispensable.

Dans ce forum tenu du 17 au 18 de ce mois, de nombreux responsables étaient issus d’associations contrôlées par le régime.

Seules ces dernières ont été invitées à participer à ce forum, pas les organisations issues véritables de la société civile. Aussi, dans la mesure où ces organisations issues du peuple n’ont pas pu participer, puisqu’elles sont celles qui accusent les pires difficultés et qui ont des reproches à faire en matière de justice et de droits de l’Homme, ce forum n’aura aucune retombée sérieuse.

BBC : Est-ce que vous voulez que tous les problèmes soient résolus d’une seule fois, n’est-il pas plutôt sage de le faire par étape ?

JPNA : Je vous cite un dicton somali qui dit que « c’est par les branches du dessus que l’on commence pour la construction d’un enclos formé de branchages d’acacias ». Par conséquent, il faut d’abord restaurer la justice et donc les tribunaux. Je suis pour ainsi dire convaincu que s’il y a une réelle justice, les droits de l’Homme seraient, au moins dans sa plus grande partie, respectés.

BBC : M. Jean-Paul êtes vous opposant ou défenseur des Droits de l’Homme ?

JPNA : Il fut un temps ou j’étais opposant. Je suis maintenant un défenseur des Droits de l’Homme, ce qui veut dire que je dois dire la vérité sur les manquements au respect des Droits de l’Homme d’où qu’ils viennent. En ce qui concerne la différence entre l’opposition et les défenseurs des Droits de l’Homme, c’est que l’opposition étant politique, elle rejette la gestion d’un individu responsable, politique aussi, et œuvre pour son remplacement éventuel ; quant à nous, nous surveillons le gouvernement et relatons ses dérives. Il en va donc de notre responsabilité avec pour seul objectif de veiller au respect des droits de l’Homme.

BBC : Pouvez-vous me donner des preuves de ce non-respect des Droits de l’Homme de la part du Gouvernement ?

JPNA : Je vous cite quatre preuves, entre autres :

1- Il existe une juridiction chargée de juger les délits commis par les responsables gouvernementaux. Je vous dis que cette instance judiciaire ne travaille pas depuis 1996. Depuis cette date, nous n’avions pas cessé d’en parler, et nous continuerons. Il faut que le Président de la République donne instructions précises au responsable de la Cour suprême pour que cesse ce vide juridictionnel. Le nombre de plaintes déposées auprès de cette juridiction, qui n’est autre que le Tribunal du Contentieux Administratif, se monte à 180 dossiers. Nous-mêmes avions déposé une plainte contre l’ancien Ministre de l’Intérieur, et celle-ci reste à jour une lettre morte, aucune réponse. La raison est en fait qu’il n’y a pas une véritable justice.

2- La République de Djibouti a signé des conventions avec le Bureau International du Travail (BIT). Et pourtant il n’y a aucun respect pour les travailleurs et leurs représentants ici.

3- Le gouvernement n’a rien fait en ce qui concerne l’information sur les élections à venir. Nous avons décidé d’œuvrer pour faire comprendre à la population en quoi consistent ces élections et pour vulgariser les lois. En tant que LDDH, nous allons former la population sur cela. Nous lui présenterons des supports expliquant dans les deux langues Afar et Somali les Droits et les Devoirs de chacun en matière d’élection.

4- Il faut que le gouvernement instaure véritablement la bonne gouvernance car elle seule peut permettre d’éviter les conflits armés.

BBC : N’est-il important ou pas, selon vous, que ces points auraient dû être présentés et discutés au Forum ?

JPNA : Nous avons déjà écrit ce qui était palpable et la façon dont chacun en particulier était concerné par la justice et l’injustice. Le peuple dans son ensemble est seul souverain pour dire s’il y a justice ou injustice. Par conséquent, si je ne suis pas allé à ce forum, je peux vous confirmer qu’étant membre du comité ad-hoc, donc responsable, j’avais demandé au PNUD l’aide indispensable pour la tenue d’un forum national sur les Droits de l’Homme. Depuis cette doléance nous n’avons été aucunement informés par le Ministre de la Justice, ni sur la date de la tenue de ces assises, encore moins des démarches et de l’Agenda le concernant.


Le djibouto-pessimisme

A PROPOS D’UNE REMARQUE MINISTÉRIELLE

Pour certains hommes politiques occasionnels ( à moins que ce ne soit la mauvaise occasion qui fasse l’homme politique jetable, comme les rasoirs Bic), l’amnésie sélective et partiale procure la douce euphorie insouciante qu’exige les comédies médiatisées auxquelles le contraint le régime qui l’a recruté. Ainsi, feignant oublier la lettre ouverte par laquelle l’UAD lui avait poliment expliqué les raisons pour lesquelles il lui était impossible d’honorer de sa présence le prétendu forum gouvernemental placé sous son égide et consacré à la situation des Droits de l’Homme en République de Djibouti, le Ministre de la Justice s’est estimé dans l’obligation de justifier notre absence. Donc, l’UAD aurait décliné son invitation uniquement parce qu’elle serait pessimiste. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, nous sommes tout à fait d’accord avec son envolée psychologique : tout juste faut-il préciser dans quel registre se situe ce pessimisme. En clair, est-il raisonnable d’espérer transformer ce régime avec les armes d’une légalité qu’il bafoue quotidiennement ?


« Pour accéder au pouvoir dans certains de nos petits pays arriérés en démocratie, l’opposition doit créer l’événement : soit se faire élire sur un programme militant ralliant une majorité écrasante d’électeurs, soit créer un climat insurrectionnel dans la rue, dangereux car incontrôlable ; faute de lois pour tous et d’institutions pour les garantir, ils exposent les manifestants à la répression sanglante. Les élections transparentes sont elles aussi jugées dangereuses : elles risquent de provoquer le changement qui se solderait par des déballages d’affaires illégales pouvant aller du délit jusqu’au crime et dont l’issue serait fatale aux pachas des régimes dictatoriaux. » Tel est le constat on ne peut plus lucide que le ministre-philosophe dressait dans son livre intitulé Indépendance, Démocratisation, Enjeux stratégiques à Djibouti, paru aux Editions L’Harmattan en mai 2002.

Donc, soit un miracle électoral, soit le verdict de la rue. Seulement, l’auteur a expliqué en long, en large et en travers pourquoi il était totalement impossible que l’opposition démocratique remporte un quelconque scrutin électoral à Djibouti où, à l’instar du régime de Milosevic, le RPP peut frauder comme il veut grâce au contrôle total qu’il exerce sur « 1) des hommes en armes ; 2) des finances par des méthodes maffieuses » et « 3) des médias afin de noyer d’une propagande déroutante ceux qui peuvent seulement comprendre les langues locales et ne peuvent faire de comparaison avec d’autres informations pour se forger leur propre opinion ».

Si le ministre-philosophe en charge de la promotion des Droits de l’Homme a noté une quelconque amélioration des pratiques gouvernementales sur ces trois registres, nous lui saurions infiniment gré de bien vouloir nous en informer. Quoique, selon nous, une partie pas nécessairement féminine des hommes en armes continuent sa danse du ventre partisane, la gestion des deniers publics est sinon maffieuse, du moins illégalement opaque et que les médias publics brillent plus dans un rôle de griot que par le pluralisme de l’information qu’ils proposent.

Donc, selon ce théoricien de la révolution immobile, il serait illusoire de rêver un jour conquérir le pouvoir de façon démocratique et pacifique : « c’est là où le bât blesse, et c’est à ce niveau que les démocrates doivent mener un travail de réflexion et d’action politiques » conclut-il. Merci pour l’info.

La rue alors ? C’est-à-dire prendre acte de ce que le régime est le premier (et souvent le seul) à violer la légalité qu’il est normalement censé appliquer et garantir ? Là, Monsieur le ministre-philosophe commence sérieusement à intéresser quelques praticiens en quête d’une théorie de la pratique : peut-être devrait-il leur indiquer certaines lectures idoines, telles que Sun Tsu, Rosa Luxembourg ou les penseurs nombreux et pertinents des dévolutions violentes du pouvoir ?

Le malheur c’est que les leçons de l’Histoire donnent raison à notre penseur de la révolution mais praticien de la compromission : c’est la rue, c’est-à-dire la révolte populaire qui a le plus souvent humilié et chassé les despotes qui se croyaient inamovibles de droit du plus fort et assez malins pour se déguiser en démocrates.

La plus récente démonstration de cette implacable logique des fins brutales, c’est bien évidemment la fuite à laquelle a été contraint l’ancien Président pourtant démocratiquement élu d’Haïti, le père Aristide. Quand le despote ne peut même pas se prévaloir de la sincérité des urnes, quoi que s’illusionnent ses médias tous azimuts, la chute n’en est que plus inéluctablement brutale.

Dans ces conditions, le ministre-philosophe aura certainement compris, au moins lorsque les immenses charges de sa figuration politique lui laissent le loisir d’une introspection méditative, pour ne pas dire contemplative, les raisons pour lesquelles l’opposition n’a pas jugé utile de perdre son temps dans le spectacle qu’il avait si gentiment préparé à notre intention.

A défaut de sa compréhension, nous restons persuadés que ceux qui attendent le vrai changement, et non sa grotesque illusion de 1999, auront compris le sens de notre démarche : c’est ailleurs qu’il faut bouger pour faire bouger les choses.


Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va

« Depuis le lancement de la politique de décentralisation par le gouvernement en 1999, Obock s’est dotée d’un conseil régional provisoire qui est constitué de 14 membres de la société civile et qui compte 3 femmes en son sein. Bénéficiant d’une subvention de 50 millions FD comme fonds de développement communautaire, le conseil régional d’Obock a du mal à démarrer et la liste des doléances que les notables et membres du conseil régional soumettront au Président de la République est longue. C’est sur le sujet de la décentralisation, avec les acquis, les problèmes entravant sa bonne marche et les perspectives d’avenir que seront axées les discussions entre le Président de la République et les notables obockois. » Ces quelques lignes sont tirées des Cahiers de l’ADI, n°2, mars 2002. Le Chef de l’Etat s’y est donc rendu à l’époque, 2ème étape d’une longue tournée préélectorale, préparant les législatives de janvier 2003. un petit tour et puis s’en va : plus de deux ans après, les problèmes demeurent.


Nombreux sont ceux, aujourd’hui déçus, qui figuraient en 1995, lors de la pose de la première et seule pierre pour la Réhabilitation d’Obock, dans le comité d’accueil qui, en toute bonne foi, applaudissait chaleureusement le lancement de ce programme. Pourtant, des millions de dollars américains ont été engloutis, sans qu’aucune maison en planches n’ait été réhabilitée. Dix ans plus tard, cela fait maintenant dix jours que la première Capitale du pays est privée d’électricité, au plus fort de la suffocante humidité du mois de mai. Les moustiques s’en donnent à cœur-joie. Le dispensaire regorge de malades atteints de paludisme…

Il convient de rappeler que le groupe électrogène aujourd’hui en panne a été gracieusement offert par un généreux donateur : l’Etat djiboutien préfère donner ces unités électriques aux voisins plutôt que d’électrifier ses propres villes et villages. De plus, que l’Etat et son conseil régional soient incapables d’entretenir un don privé en dit long sur leur mépris envers nos concitoyens.

A la mi-février 2002, une équipe de journalistes de « La Nation » se rend en reportage à Obock et constate que « le conseil régional d’Obock, confronté à divers problèmes et dont le bilan d’activités s’annonce très déplorable (sic), n’arrive pas à répondre aux attentes des Obockois ; problèmes dus notamment au déficit financier et technique et aux non-réalisations des projets qui s’expliquent en grande partie par le retard des prises des décisions… », nous apprenant qu’à sa formation, le conseil régional avait à sa disposition 50 millions FD comme fonds destinés au développement communautaire et que selon le Commissaire de la République, il n’avait « consommé que la moitié de ce fond.» Donc, depuis sa création à mars 2002, il aura disposé que de 50 millions FD…

De toutes les façons à Obock comme dans la Capitale, faute de compte rendu public, l’opacité ambiante autorise toutes les hypothèses. Le Chef de district de l’époque en a cependant retenu une, plausible, expliquant que « la non-réalisation de divers projets incombe à la Direction de la décentralisation du ministère de l’Intérieur qui ne s’est toujours pas prononcée sur ce sujet. » Sans manquer de recommander « une autonomie financière urgente et importante », pour ne pas être tributaire de « décisions qui ne viennent pas ». Sans commentaire!

Nos lecteurs savent ce que nous dénonçons régulièrement dans nos colonnes : l’inadmissible tutelle exercée par une administration djiboutoise totalement déconnectée des réalités locales. Tout le monde sait depuis que nous l’avons souligné dans une de nos éditions, que les budgets cumulés de l’ensemble des districts représentent 1% du Budget national. Comment dans ces conditions, nos dirigeants et mal élus, osent-ils encore parler de décentralisation et de développement régional ? De qui se moquent-ils ?

Il y a exactement un an, en mai 2003, Obock a connu plusieurs semaines sans électricité. Ses habitants se souviennent que nous avions été, avec notre confrère Le Renouveau, les seuls à l’avoir condamné. En septembre de la même année, un pompeux et très médiatisé séminaire sur le développement décentralisé d’Obock a eu lieu, sans suite, comme tous les séminaires et autres états généraux qui ont décoré ce sextennat qui, heureusement, prendra bientôt fin. Inutile mandat durant lequel les habitants d’Obock ont dû se contenter de paroles creuses.

Quand on sait, à en croire le gouvernement, que la décentralisation est depuis l’Indépendance inscrite dans nos lois et est effective depuis 1994, puis 1999, que signifie le « s’entourer au préalable de toutes les précautions nécessaires à ce genre d’entreprise » par quoi les faux experts prétendent freiner la marche de la décentralisation ? Est-ce de l’adoption de ce projet de loi faisant main basse sur toutes les ressources exploitables du pays qu’il est question ?

N’eût été le holà opposé par l’opposition vigilante, c’était une privatisation en douce des 23000 km2 qui se préparait. Notre microscopique portion de la terre d’Allah ne demande qu’à justement être administrée et mise en valeur dans le respect de ses habitants et non pas privatisée au profit d’intérêts inavouables et spéculatifs. En attendant, Obock est sans électricité, donc à peu près sans eau, à moins d’aller se ravitailler au puits de Tikibleyta : c’est cela, le développement à reculons.


Lâche moi ? les baskets

DE Y.A.C à KA YAACAY

Décidément, alors que le Chef de l’État y voyait maladroitement un scandale franco-français, l’affaire Borrel est en train de devenir ici un contentieux djibouto-djiboutien. C’est ainsi que nos dernières publications s’y rapportant ont suscité, sous diverses formes et pour le moment dans l’inimitable pamphlet du RPP dont, chacun le sait, le premier responsable n’est autre que le Chef de l’État et président du Conseil Supérieur de la Magistrature, des répliques aussi violentes que disproportionnées.


Pari gagné : nous avions promis que nous laisserions au régime le monopole de l’insulte, dépossédé qu’il serait de toute argumentation crédible. Sa presse partisane vient de le démontrer de façon lamentable. C’est tout d’abord une leçon de philosophie politique qui nous est donnée à travers une réflexion sur la djiboutianité. A ce chapitre, notre position a toujours été claire : seul un père qui prend bien soin de ses propres enfants a le droit de prétendre adopter ceux d’autrui. Quand un individu qui se perd dans Djibouti-ville, qui ne sait même pas où se situent Daasbiyo ou Yoboki, sans même parler de Randa ou d’Assa-Gayla, se retrouve du jour au lendemain ambassadeur de Djibouti quelque part, uniquement parce qu’il est né dans une minuscule section des Bah Fourlaba, nous disons qu’il y a un problème de citoyenneté et d’inégalité entre les citoyens. Pour le reste : que ceux qui se sentent morveux se mouchent !

C’est ensuite sur toute la page 9 du numéro 109 du « Progrès » le grand écart du régime pour désespérément essayer de se disculper dans la mort d’un seul ressortissant français en République de Djibouti. A cela, nous ne répondrons qu’une seule chose pour le moment : nous n’admettrons jamais que la mort du juge Borrel devienne l’arbre qui cache la forêt. Il y a depuis le 27 juin 1977, plusieurs centaines d’innocents civils djiboutiens qui ont été sauvagement exécutés sans autre forme de procès par certains éléments des forces de défense et de sécurité auxquels l’idéologie de la sécurité politique expliquait qu’il s’agissait d’instaurer une suprématie tribale.

Or, comme chacun le sait à la seule lecture de la biographie officielle du «numéro un djiboutien», la consolidation de l’unité nationale relevait, de 1977 à 1999, des seules prérogatives du Chef de cabinet de la Présidence. Au vu du désastre national de cette gestion, les vrais Djiboutiens savent mieux que quiconque s’il faut parler d’incompétence criminelle ou de sabotage délibéré. Alors, l’affaire Borrel : c’est le dernier de nos soucis ! Si les centaines de civils exécutés, les milliers de torturés sans raison et les dizaines de milliers de déplacés et aujourd’hui encore démunis pour cause de zones dévastées par le conflit en attente de réhabilitation, pouvaient faire couler autant d’encre et de salive, provoquer la mobilisation des juges et des avocats locaux, la réconciliation nationale y gagnerait certainement en crédibilité, la culture de paix en enracinement et la démocratie en densité.

A moins de supposer que la mort d’un Français est supérieure aux malheurs d’innombrables Djiboutiens, malheurs dans lesquels la culpabilité ou la complicité de l’actuel Chef de l’État sont formellement établies.

C’est enfin, comme quoi la bassesse de ce régime n’a pas de limite, une insulte contre M. Dini, que nous nous faisons un devoir de soumettre au jugement critique des vrais Djiboutiens (puisqu’il semble y en avoir de faux). Sur cette même page 9 ainsi que dans un courrier de lecteur paru en page 8 sous la signature d’un certain Y.A.C, M. Dini est accusé de « poltronnerie » et de « lâcheté exemplaire » jamais démenties depuis la période coloniale, tandis que l’actuel Chef de l’État est paré de toutes les vertus de courage et de probité. Ceci nous ramène à notre point de départ : il y a de toute évidence un problème de djiboutianité ou un complexe de fausse djiboutianité dans ces insultes. Nous insistons, il faut être des D17 et suivants mal dans leurs pièces d’identité djiboutienne et ignorant tout de notre Histoire contemporaine pour oser une telle translation, en transférant sur leur patron les qualités que les vrais Djiboutiens ont toujours reconnu au Président de l’ARD.

Alors qu’à peine âgé de 17 ans, ce dernier a participé en 1949 à une manifestation violemment réprimée, et dont le bilan s’était soldé par un mort, plusieurs blessés et arrestations, tel autre fraîchement diplômé de l’Alliance Ethio-Française (niveau primaire) débarquait à Djibouti pour « courageusement » s’engager dans les plus basses besognes de la police coloniale. C’est ainsi que, lors d’un mémorable meeting de la LPAI, au cinéma Le Paris en 1975, au cours duquel Ahmed Dini mobilisait les foules sur le thème de l’Indépendance, un inspecteur de police (toujours le même) était venu sur les lieux en service commandé pour prendre des photos et enregistrer les propos.

Enfin, tous les militants indépendantistes savent qu’aux heures les plus chaudes de la lutte, M. Dini était toujours soit en tête des manifestations, soit à appeler au calme et à la fraternité les différentes communautés que les suppôts politiques et policiers de la puissance coloniale avaient montées les unes contre les autres. Alors, lâche-moi les baskets, tu n’as aucune leçon de courage ou de patriotisme à nous donner ! Combien même nous voudrions pardonner le passé colonial ou postcolonial, le présent immédiat depuis février 2000 ne plaide pas en faveur de ton innocence. On comprend donc mieux pourquoi les griots du Chef de l’État préfèrent ennuyer les Djiboutiens avec l’affaire Borrel.

Pour notre part, si Jeune Afrique/L’Intelligent s’est permis de déprogrammer la seconde partie de l’interview présidentielle, notre lecteur comprendra aisément que nous nous accordions le droit le déprogrammer la seconde partie des Tribulations Présidentielles que nous avions promise cette semaine : c’est remplacé par des sujets plus brûlants et plus importants que ses élucubrations mercantiles et électoralistes. Nous y reviendrons donc dans le numéro suivant.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 98 du mercredi 26 mai 2004

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Réalité numéro 98 du mercredi 26 mai 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Tribulations présidentielles (1é partie)
  4. Les dix commandements des charlatans
  5. Communiqué de la LDDH
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 98

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DIFFAMATION PRESIDENTIELLE :

LA NOUVELLE AFFAIRE DAF ?

Pour les citoyens et les observateurs extérieurs candides se demandant comment un procureur de la République pouvait oser diffamer et mentir aussi impunément que celui du Tribunal de Djibouti, la réponse est dorénavant trouvée : c’est parce que le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Chef de l’Etat et du gouvernement, Chef suprême des Armées et accessoirement président du parti au pouvoir pour fait de fraude, lui donne publiquement le mauvais exemple. On savait depuis longtemps que, profitant de la crédulité aussi polie qu’ignorante de certains journalistes, le Chef de l’Etat djiboutien prenait un malin plaisir à délivrer des demi-vérités qui sont, en regardant dans l’autre sens, qu’autant de demi-mensonges.

Ainsi, alors que l’affaire Borrel n’avait pas encore pris la dimension hexagonale qu’elle a maintenant, le Chef de l’Etat s’est rendu en France quelque temps après la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Invité par une chaîne de télévision, il devait expliquer les retombées politiques dudit Accord de Paix, en termes d’ouverture politique « en direction de l’opposition ». La précision a son importance car le pauvre présentateur n’ayant jamais entendu parler de FRUD-armé (commodité de langage née le 7 février 2000), le Chef de l’Etat a froidement répondu : « Nous avons trouvé un terrain d’entente avec nos frères du FRUD. La preuve, c’est qu’ils font toujours partie du gouvernement ».

Demi-vérité car, effectivement, le FRUD parti politique a toujours compté ministre (s) depuis son entrée au gouvernement en juin 1995. Mais aussi demi-mensonge puisque, par définition, ce FRUD n’a jamais été dans l’opposition politique. Au demeurant, c’était la Paix de 2001 et non celle de 1994 qui était d’actualité ce jour-là et dont il s’était lui-même prévalu quelque temps auparavant à Bruxelles.

Cette fois-ci, c’est tout aussi et même plus grossièrement grave. Au journaliste de Jeune Afrique/ L’Intelligent lui demandant pourquoi l’opposant DAF était à ce point persécuté par la police présidentielle, le Président djiboutien a osé répondre : « Cela n’a rien de politique. Sur ce plan, ce monsieur peut écrire les âneries qu’il veut et rechercher tant qu’il peut l’auréole du martyr, il ne me trouvera pas… En revanche, lorsqu’on diffame, il y a, ici comme ailleurs, des lois et des sanctions. Celui dont vous parlez a ainsi écrit que le général chef d’état-major des armées entretenait un harem composé de militaires de sexe féminin, dont la plupart étaient des mères de famille ! Même si j’ai quelques doutes sur son sens des responsabilités, il lui a bien fallu faire face aux conséquences pénales de ses insultes ».

En espérant que son procureur de la République fasse également face aux conséquences de sa diffamation contre la personne de M. Dini, il est de notre devoir de signaler que le Chef de l’Etat a tout simplement diffamé contre la personne de Daher Ahmed Farah. En effet, ce dernier n’a jamais rien écrit de tel, et inutile de lancer quelque défi que ce soit ici : il avait juste posé une question sur l’usage peu réglementaire d’une troupe militaro-artistique elle-même en dehors de toute légalité républicaine. A-t-il insinué autre chose ? Ce n’est pas nécessaire d’en débattre. Car le fait est qu’entre l’explicite de l’écrit et l’implicite d’une insinuation, il y a toute la latitude de l’interprétation subjective. En diffamant ainsi, le Chef de l’Etat verse dans le procès d’intention, celui-là même au terme duquel sa Justice a abusivement condamné Daher Ahmed Farah. Justice partisane elle-même unanimement condamnée de ce fait. Dans cette affaire, comme ailleurs, les femmes ne sont que prétextes à un sordide règlement de compte personnel. Dans ce despotisme crépusculaire, le seul délit des opposants diffamés, c’est de dénoncer la confiscation de l’Etat, des institutions et des richesses nationales à des fins uniquement partisanes.

Mais cela, DAF le sait, tout comme il connaît ses droits les plus élémentaires, pour en avoir été maintes fois arbitrairement dépossédé.


Brèves nationales

Ethiopie/Djibouti :

Le baromètre Djib-net

Aussitôt après le départ de la délégation éthiopienne conduite par le Premier ministre Meles Zenawi, Djib-net avait brutalement déprogrammé la retransmission d’ETV, la télévision publique d’Addis-Abéba. En espérant nous tromper, nous avions laissé entendre dans notre précédente édition que les relations entre notre pays et son puissant voisin étaient empreintes de suspicion.

La visite à Djibouti la semaine dernière de Meles n’a pas démenti nos analyses. Venus surtout inaugurer les nouveaux locaux de leur ambassade, le Premier ministre éthiopien et sa délégation ont quelque peu déçu les attentes, nombreuses et parfois lointaines paraît-il, de la partie djiboutienne.

Ainsi, comme le reconnaît implicitement le journal gouvernemental « La Nation », les travaux de la fameuse commission mixte n’ont débouché sur aucun résultat tangible. Au-delà des déclarations d’intention, rien de concret n’est venu conforter l’excellence de nos relations avec ce partenaire historique. Pire : les officiels éthiopiens sont rentrés chez eux sans même rendre visite au chantier du méga-projet de Doraleh, un moment annoncé comme le clou du spectacle.

Le Chef de l’Etat, en campagne pour sa réélection, n’est pas sûr de compter cette fois sur le soutien éthiopien, dont il avait bénéficié en avril 1999. A l’époque, le régime d’Addis-Abéba n’avait pas lésiné sur les moyens pour assurer l’élection du natif de Diré-Dawa : livraison de khat, appui financier et symbolique avaient marqué la contribution officielle éthiopienne à l’élection du Lidj des hauteurs de Harrar.

Cinq ans après, les Ethiopiens donnent l’impression de s’être lassés du démagogue qui, en signe de gratitude, s’était adressé en amharique aux parlementaires d’Addis-Abéba. Il est vrai qu’entre temps, le dossier somalien est passé par là, dans lequel Djibouti avait des prétentions disproportionnées par rapport à son poids réel. Et surtout très peu pertinentes, qu’il a bien fallu revoir à la baisse. Illusion de réélection oblige et Paris vaut bien une messe…

La bouderie solidaire de Djib-net semble avoir cessé, puisque son boycott de la télévision éthiopienne à peine évoqué au téléphone, la retransmission des programmes d’ETV a repris dès lundi soir. Hasard ou écoutes téléphoniques ?

Importation de khat :

La SOGIK veut-elle baisser les prix ?

Tout au long de nos éditions, nous n’avons jamais cessé de prouver que ce régime cherche à abrutir les masses en promouvant la consommation effrénée du khat, devenu l’opium du Peuple. Ainsi, nous apprenons sans trop de surprise dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » que le principal syndicat des importateurs de cette denrée d’aucune nécessité plaide pour la baisse des prix et ce à la veille de la campagne présidentielle durant laquelle le khat est autant distribué que consommé.

Abrutir le citoyen : telle est la devise de ce régime irresponsable qui, au lieu de sensibiliser ses concitoyens sur les méfaits de ce fléau national, préfère assurer la publicité gratuite à ses pourvoyeurs et accentuer un peu plus notre dépendance vis-à-vis de l’étranger.

A qui profiterait une baisse du prix d’achat du kilo de khat ? Au gogo consommateur djiboutien que le RPP pourrait approvisionner à gogo ? Pour notre part, nous disons : non merci !

Le khat a suffisamment déstructuré notre société fragile et appauvrie. Que ceux qui veulent vendre leur âme en échange de cette plante d’illusions aillent brouter la production nationale gratis au jardin d’acclimatation du docteur honoris causa : 4000 plants d’Awaday (les consommateurs apprécieront) les y attendent. Mais gare au blues postkhatique, qui transforme certains en robots ou griots présidentiels.

Taxis confisqués :

Les pouvoirs publics font marche arrière

Après avoir pris une décision interdisant simplement l’importation des véhicules dont le volant est à droite, les autorités djiboutiennes étaient passées à la vitesse supérieure en retirant de la circulation quelque 170 taxis, au motif qu’ils constituaient un danger pour la sécurité routière. Confisqués et garés dans la zone franche pendant deux semaines, ces véhicules ont finalement été restitués à leurs propriétaires, heureux de reprendre leurs courses et de faire ainsi vivre leurs familles. Nous nous réjouissons pour notre part de ce recul de l’arbitraire.

« Réalité » félicite tous ces transporteurs qui ont tenu bon face au diktat des autorités qui, paraît-il dans la plus pure tradition du délit d’initié, cherchaient dans cette manœuvre à enrichir un garagiste très proche du régime.

Et dire que le forum sur l’état des Droits de l’Homme se demande ce qui peut bien freiner l’investissement privé et gonfler les chiffres du chômage…

Droits de l’Homme :

La démystification par l’exemple

Il l’a voulu, il l’a eu : le ministre de la Justice a quand même réussi à organiser « son » forum, en l’absence de toutes les forces crédibles de la société civile. Seule consolation pour lui : un discours insipide, prétentieux et démagogique du grand chef, plutôt référence en matière de répression qu’autre chose.

Pendant que le « numéro un djiboutien », seul à s’accaparer les richesses nationales ou à les distribuer à ses courtisans, donc de ce fait premier responsable de la pauvreté généralisée, discourait sur la violation des droits de l’Homme que constituent à se yeux la précarité et la pauvreté, des jeunes désœuvrés d’Arhiba, victimes de sa politique de prédation, ont tenu à manifester devant le siège de l’UNFD où, il faut bien sponsoriser ces dames, se déroulait le forum.

N’en déplaise aux plumitifs à la solde du RPP, les jeunes d’Arhiba (principalement ceux de l’UJA, à laquelle ils prétendaient dénier toute existence) ont exprimé leur mécontentement, démystifiant ainsi de manière exemplaire la démagogie officielle.

Les journaleux du « Progrès » dernièrement renforcés en fonctionnaires réquisitionnés et en matériels confisqués, auraient trouvé là matière à inspiration ; mais ils n’ont pas été convoqués pour rapporter la brûlante réalité. Ils doivent juste se contenter du tam-tam.

Syndicalisme :

L’UDT dénonce les manoeuvres du MESN

Ainsi que nous l’écrivions la semaine dernière, le régime poursuit son ingérence dans les affaires syndicales. Le communiqué ci-dessous reproduit de l’Union Djiboutienne du Travail (UDT), signé par son secrétaire-général, M. Adan Mohamed Abdou, condamne ces pratiques liberticides : «Le Jeudi 13 mai 2004, dans les locaux du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, deux experts du Bureau International du Travail (BIT), devaient rencontrer les centrales syndicales dans le cadre de leur mission à Djibouti. A 11 heures, se trouvaient dans la salle, des prétendus membres de l’UGTD, parrainés et sponsorisés ouvertement par le Ministère, et quatre délégués de l’UDT.

Avant même l’arrivée des experts, M. Ali Yacoub, Conseiller du Ministre et Secrétaire Général par intérim, entre bruyamment dans la salle et somme, d’un ton agressif et menaçant, les délégués de l’UDT de quitter les lieux.

«Seule l’UGTD a le droit de rencontrer les experts» martelait-il avant de crier «que l’UDT mette mon nom dans tous les journaux si ça lui chante » clamant ainsi haut et fort l’impunité dont il jouit.

Les syndicalistes refusent de répondre à la provocation et essayent calmement, mais en vain, de raisonner le jeune homme. Dans cet entre fait, arrivent les experts du BIT. Il s’agit de Madame Telou Keneado et de Monsieur Ngandu Mukendi.

C’est alors que M. Ali Yacoub ordonne à six (6) policiers armés de s’introduire dans la salle et d’expulser tous les délégués de l’UDT. L’ordre a immédiatement été exécuté et nos représentants

– Mohamed Ahmed Mohamed

– Mohamed Ahmed Abdillahi

– Farah Abdillahi Miguil et

– Souleiman Ahmed Mohamed

ont été jetés, manu militari, hors de la salle. Choqués, les experts du BIT auraient refusé de participer à cette réunion truquée qui a finalement été annulée.

Nous apprenons par ailleurs que 4 correspondances portant 4 signatures différentes ont été envoyées en notre nom (UDT) au BIT.

Notre organisation n’ayant jamais adressé un quelconque courrier à cette délégation, nous restons convaincus que ces documents émanent du ministère lui-même, qui a pour stratégie habituelle de brouiller les organisations internationales de manière à discréditer l’UDT et ainsi mettre en avant ses syndicats-maison.

Naturellement, l’UDT condamne avec force ces agissements d’un autre âge de la part du ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale et dénonce une fois de plus l’ingérence permanente du pouvoir dans les affaires syndicales. »

Le dilemme présidentiel :

Modestie ou hypocrisie ?

Vendredi dernier, le Chef de l’Etat, détestant par ailleurs les dépenses ostentatoires, a retrouvé le confort (modeste) de son Boeing présidentiel (minuscule) venu d’Afrique du Sud, pour rejoindre la Capitale tunisienne aux fins d’assister à un sommet de la Ligue des Etats Arabes dont l’essentiel de l’ordre du jour concernait la situation en Irak et en Palestine occupée.

C’est vraiment par pure politesse qu’il a sacrifié à ces périodiques retrouvailles mondaines car le Chef de l’Etat djiboutien a clairement exprimé son point de vue sur la question dans la seconde partie de l’interview qu’il a accordée à Jeune Afrique/L’Intelligent.

Ainsi, à une question relative à la position de Djibouti par rapport au conflit palestinien, il a répondu avec une sincérité et une profondeur sidérantes : « Les Palestiniens sont seuls. Peut-être leur faudra-t-il encore un siècle pour être libres chez eux, mais ils y parviendront sans l’aide de quiconque. La solidarité, qu’elle soit arabe ou islamique, à leur égard a toujours été un vain mot, une pure hypocrisie ».

Merci pour les autres, mais est-ce à dire que seule la solidarité RPP est réelle ? On ne demande même pas à quoi a servi le compte bancaire qui accueillait les sommes saisies à la source par le régime pour officiellement soutenir la Cause palestinienne. Peut-être ont-elles servi à faciliter l’inspiration antisémite de telle troupe militaro-artistique ?

Quoi qu’il en soit, notre homme providentiel était de retour quarante-huit heures après, dans sa poussiéreuse Capitale, tandis que l’avion présidentiel retrouvait, quelques milliers de kilomètres plus au sud du continent, la fraîcheur du pays de Mandela.

Début juin, ce même avion retrouvera le tarmac de l’aéroport de Djibouti pour emmener cette fois notre génie national dans l’ancienne perle de l’Afrique Orientale, autrement dit Kampala, pour le sommet des Chefs d’Etat du COMESA. Fin juin, le même appareil reviendra d’Afrique du Sud pour convoyer le Président djiboutien au sommet de l’Union Africaine à Addis-Abéba.

Combien coûtent tous ces vols au Peuple Djiboutien ? Car il est bien entendu qu’il ne sacrifie à ses voyages intercontinentaux que par devoir.

Ce même devoir qui lui commande de se représenter pour un second mandat : il paraît qu’il a tellement de chantiers nationaux et internationaux à terminer.

Yoboki :

Distribution partielle des pièces d’identité

Faisant suite aux doléances maintes fois exprimées par les notables de l’arrière-pays yobokois, les services du ministère de l’Intérieur auraient finalement accepté de délivrer des pièces d’identité aux ruraux des régions de Galafi, Daoudaouya et Daguirrou. Le hic, c’est que dans le même temps, un numerus clausus inacceptable accompagne ces prétendues dérogations.

Ainsi, les autorités acceptent de délivrer des pièces d’identité nationale dans les contrées reculées, tout en posant leurs iniques conditions : une seule visite par localité et attribution des pièces d’identité à un maximum de 60 personnes par endroit.

La citoyenneté est un droit sacré, n’en déplaise à ce régime sectaire. Aussi, nous demandons au ministère de l’Intérieur de délivrer des pièces d’identité à tout citoyen y ayant légalement droit, conformément aux dispositions contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001.

L’ARD veille au grain et n’hésitera pas à dénoncer la ségrégation dans l’attribution des pièces, partout où cette injustice sera constatée.

Et la combattra comme il se doit.


Tribulations présidentielles

1ERE PARTIE : HISTOIRE D’ÉQUILIBRE…

Sous le titre « Les tribulations du Premier ministre », nous avions brièvement évoqué dans notre numéro 94 à quel point la culture générale du Premier ministre était à l’image de son expérience politique : minuscule. Le régime peut acheter des pages de publicité déguisée et mensongère dans une certaine presse internationale, force est de noter avec satisfaction qu’il lui est impossible d’acheter le contenu de ses messages publicitaires, car en matière de communication politique, le nègre n’a pas encore été inventé. Dans notre édition du 5 mai dernier, nous avions relaté l’inconsistance des propos du Chef de l’Etat (et du journaliste qui l’avait interviewé), donnant rendez-vous à nos lecteurs pour analyser la seconde partie de cette interview présidentielle. Laquelle a été déprogrammée par la rédaction de Jeune Afrique/L’Intelligent, certainement avec l’accord de l’illustre docteur honoris causette. Mais, comme il aurait été cruel d’empêcher l’humanité lettrée et francophone des lumières du « numéro un » djiboutien, l’hebdomadaire parisien a mis en ligne, sous le titre un peu boy scout « Je ne veux pas mourir au pouvoir », la seconde partie de cette interview. Pour l’avoir donc consultée sur le site Internet www.l’intelligent.com, nous pouvons assurer que le surf en vaut la chandelle : pour tous ceux qui se demandaient comment le Premier ministre avait osé ses insanités tribales, voici son gourou, et maître à penser ! Pour qui l’ignorait bien sûr, car il est bien connu que l’enfant ne fait que répéter ce qu’il entend de la bouche des grands.


« Le peuple djiboutien est composé de deux groupes ethniques, les Afars et les Issas ». Ces deux groupes se scindent en plusieurs tribus, clans et sous-clans » : Cette stupide phrase du Premier ministre, pourtant peu suspect de nostalgie coloniale ( ni anticoloniale d’ailleurs), a été unanimement condamné par les Djiboutiens, à tel point que certains mal-élus de la circonscription électorale de la Capitale l’auraient publiquement et fort justement interpellé à ce propos, se demandant subsidiairement comment l’omniprésente censure de la police politique présidentielle avait pu laisser passer cette monstruosité qui, sous d’autres cieux réellement démocratiques, auraient poussé son auteur à la démission. A lire la seconde partie de l’interview que son Chef de gouvernement a accordée au même hebdomadaire, on comprend beaucoup de choses : que l’élève n’a fait que réciter la leçon de son maître et que le maître dit des choses encore plus monstrueuses que son élève.

Ainsi, lorsque le journaliste lui balbutiait : « On entend toujours dire qu’à Djibouti les Issas dominent et les Afars sont discriminés… », le Chef de l’Etat bondit (c’est une image et, comme on le dit dans le langage de la publicité commerciale, visuel non contractuel) et réplique, main sur le cœur : « C’est une vieille séquelle du colonialisme. Après avoir tout d’abord privilégié les Issas au détriment des Afars, les Français ont, au début des années 1960, renversé ce déséquilibre en faveur, cette fois, de ces derniers. Une fois l’indépendance venue, les Issas, qui avaient mené la lutte anticoloniale, ont revendiqué leur place. Une guerre civile a suivi. Aujourd’hui, tout le monde a sa part. J’ai ainsi imposé qu’il n’y ait pas un seul recrutement dans la fonction publique qui ne se fasse sans concours. C’est un jeu d’équilibre auquel je me livre en permanence et qui nécessite une vigilance de tous les instants. ».

Cette réponse devrait être proposée au livre des records mondiaux car, en seulement sept lignes et environ trente secondes top chrono, le Chef de l’Etat a réussi à placer quatre contrevérités, restons polis, car on aurait tout aussi bien pu parler de diffamation contre le Peuple Djiboutien et son Histoire.

Première contrevérité : il est stupide de prétendre que la France a tour à tour privilégié les Issas et les Afars. Li Wadjhillah, voici un petit cours d’Histoire à son intention, car nous nous en voudrions de passivement assister à l’étalage de quelque inculture que ce soit, a fortiori lorsqu’elle est présidentielle. En s’installant dans la région, au terme d’un traité falsifié (dans sa version française du moins) avec le Sultan de Rahaïta, la France a donné à la future République de Djibouti le nom de Territoires d’Obock et Dépendances. Priée de quitter les lieux pour lecture mensongère dudit traité, la puissance coloniale s’est installée dans la rade de Djibouti et sa petite possession est alors devenue Côte Française des Somalis.

Il ne s’agissait pas pour elle de favoriser les Somali, encore moins les Issa : désireuse de pénétrer l’énorme marché de l’Ethiopie chrétienne, la France cherchait juste un peu de tranquillité et beaucoup de main-d’œuvre pour pouvoir construire le chemin de fer reliant Djibouti à Addis-Abéba, via Diré-Dawa. Région de Diré-Dawa où, par manque de chance, il y avait un certain Ougas des Issa, qui ne voyait pas d’un très bon œil cette arrivée. Rappelons que son autorité avait été une première fois bafouée, puisque les chefs Issa ayant signé le traité dont la France s’autorisait pour s’installer, n’avaient pas été mandatés par lui et ils n’étaient pas 44.

Comme il fallait encore une fois saper son pouvoir pour neutraliser ses résistances, la France a créé une sorte d’antéougas, comme il y a un antéchrist : c’était un Issa, nommé notable (on disait alors Okal, de l’arabe ‘Aaqil signifiant l’Intelligent, parfois comme Jeune Afrique) et le mieux rémunéré de toute l’administration coloniale indigène. Si, en 2004, dix ans après la mort du dernier Ougas, son remplaçant n’a toujours pas été désigné selon les règles traditionnelles de succession, c’est aussi quelque part une séquelle de ce triste épisode de la collaboration avec un colonialisme débutant. Donc, le Chef de l’Etat devrait être le dernier à prétendre que les Issa aient été, à un moment donné, favorisé par la puissance coloniale : cela ne correspond nullement à la réalité, car seuls des collaborateurs ont été favorisés, indépendamment de leur origine ethnique. Ce n’est pas parce qu’il a personnellement réussi du temps de l’administration coloniale que l’on serait a contrario fondé à prétendre que tous ses cousins aient été des privilégiés à cette époque

Car, plus gravement, au lendemain d’un référendum tumultueux, il s’agissait pour la France de définitivement couper certains de ses ressortissants d’un Etat voisin, et ceci selon deux directions : d’une part, en réhabilitant une partie collaboratrice des Afar qu’elle avait massivement réprimé et parfois massacré, d’autre part en divisant les Somali pour n’en reconnaître que certains Issa ; ainsi naquit le Territoire Français des Afars et des Issas. C’est peut-être sur cette seule appellation de TFAI que le Chef de l’Etat se fonde pour dire que ce fut au tour des Afar d’être privilégiés par la puissance coloniale car, mis à part le Président du Conseil de Gouvernement et ses alliés politiques, ni sa famille, ni sa tribu et encore moins les Afar dans leur ensemble n’ont bénéficié d’un quelconque traitement de faveur colonial. Si tel avait été le cas, il en resterait un minimum de traces pertinentes. Mais tel n’est pas le cas, et le Chef de l’Etat n’ignore pas que l’administration de son ancien patron avait suspendu toutes les bourses des seuls étudiants d’origine Afar au lendemain de la création du Mouvement Populaire de Libération : il faudrait plutôt parler de ségrégation, mais c’est un détail.

Ce qui n’est pas un détail par contre, c’est la ségrégation que le Chef de l’Etat instaure entre les nationalistes djiboutiens en fonction de leur origine ethnique, et c’est la seconde contrevérité. Prétendre que les Issa revendiquaient leur place pour avoir lutté en faveur de l’Indépendance, c’est malheureusement obliger nos concitoyens à poser deux questions : d’une manière générale, les autres communautés n’ont-elles pas participé à cette lutte de libération pour mériter d’avoir été mises à l’écart ? Plus particulièrement, les Afar auraient-ils milité contre cette Indépendance qui auraient signifié la perte de leurs prétendus privilèges ? Il est proprement dégradant de confisquer le passé pour mieux détourner le présent.

Troisième contrevérité : c’est lorsque le Chef de l’Etat établit une causalité directe entre la prétendue revendication égalitaire des Issa qui ont lutté pour l’Indépendance et le déclenchement du conflit civil, dont on sait pas très bien s’il faut le dater en 1978 ou en 1991. Qu’il ne parle plus de la « stratégie de partition du pays conçue et développée par la France » comme dans le communiqué présidentiel affolé par l’affaire Borrel, encore heureux, mais ce n’est pas suffisant. Imputer le conflit civil au refus des Afar d’abandonner les privilèges auxquels les colonisateurs les avaient habitués est une insulte au bon sens citoyen en même temps qu’un sabotage de l’indispensable travail de réconciliation nationale.

C’est tout simplement à se demander s’il a lu une seule ligne de l’Accord de paix du 12 mai 2001, qu’il s’était pourtant solennellement engagé à appliquer, dans lequel les deux parties signataires avaient clairement identifié la cause essentielle du conflit fratricide : le grave déficit démocratique. Ce qui, il est vrai, colle mal avec sa biographie officielle selon laquelle la sauvegarde de l’Unité nationale relevait, entre 1977 et 1999, des seules prérogatives du chef de cabinet du président de la République : l’échec est dramatiquement éloquent !

Quatrième contrevérité présidentielle : c’est lorsqu’il prétend le plus sérieusement du monde que de nos jours, l’égalité entre tous les citoyens est rigoureusement assurée : il paraît qu’il y veille personnellement, c’est dire l’intensité de l’effort… ou de la mystification. Il est également malhonnête de parler de concours lorsque l’accès à l’Education n’est qu’une garantie formelle, sans aucune réalité concrète sur le terrain. Enfin, non seulement de graves déséquilibres existent à tous les niveaux entre les diverses composantes de la communauté nationale, mais même le journaliste étranger et invité dans le cadre d’un publi-reportage s’est-il senti obligé (un reste de rigueur déontologique peut-être) de faire état d’une ségrégation encore plus pointue : « Pourtant, si on en croit le dernier rapport du département d’Etat américain sur Djibouti, votre clan domine l’essentiel de l’armée, de la police et des services de renseignement… » a-t-il eu le courage de placer.

Ce qui lui a valu une réponse pour le moins suspecte venant d’un Chef d’Etat qui doit convaincre et non pas défier : « Qu’on le prouve ! Vous savez, il y a une chose que je veux éviter, c’est qu’on dise plus tard de moi : il a divisé le pays, il a laissé derrière lui un champ de mines. Je ne suis que de passage, pour quelle raison voudrais-je semer la discorde ? ».

Que c’est gentil : on en pleurerait presque d’émotion, en passant par pertes et profits les innombrables injustices qui sont la réalité quotidienne de la société djiboutienne. Après la France, veut-il accuser les Etats-Unis de vouloir déstabiliser son régime ? Ce ne serait pas sérieux, mais au pays de la démesure démagogique, plus rien ne peut nous surprendre. On entendra peut-être dire que les informations sur lesquelles le département d’Etat américain s’est fondé pour parler de multiples ségrégations à Djibouti émanent de rigolos, ceux-là mêmes qui auraient déjà intoxiqué la DGSE française à propos des conditions dans lesquelles le juge Borrel est mort ! Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : pour avoir lui-même hérité de cette ségrégation clanique, et pour n’avoir absolument rien entrepris afin de la démanteler, c’est une litote, le Chef de l’Etat trouve peut-être normal que l’Armée, la Gendarmerie et la Sécurité soient toutes dirigées par ses cousins.

Tout comme il trouve peut-être normal que la plus petite réunion de travail au sein d’un département ministériel aussi important que celui des Finances ressemble furieusement à un rassemblement clanique. Nos concitoyens savent bien que l’égalité est encore un slogan que le régime brasse au détour d’un forum sur les Droits de l’Homme. Pour tous les autres, il suffirait juste de consulter la liste de tous les agents de l’Etat (ils sont pléthoriques, fonctionnaires et conventionnés) travaillant dans les différents services de la Présidence : si le Chef de l’Etat œuvre réellement à assurer une juste représentation de toutes les composantes de la communauté nationale, cela se verrait d’abord dans son plus proche entourage.

Mais l’on aurait tort d’en déduire pour autant que ce régime est tribaliste : il veut juste le faire croire. Car, en vérité, son seul credo est de servir tous ceux qui veulent bien le servir, sans distinction d’origine, à une condition, fondamentale : que ses serviteurs acceptent de se servir sans se soucier de leur communauté, encore moins de l’intérêt général. Nous aurons prochainement l’occasion de revenir sur cet aspect. La semaine prochaine, nous tenterons de décrypter d’autres subtilités du langage présidentiel, comme ce que la modestie signifie pour lui.

D’ici là, nous formons un vœu : à la lecture de tels propos ne pouvant que semer la discorde interethnique, que les mal-élus de la circonscription électorale de Djibouti-ville, qui avaient demandé des explications au Premier ministre, soient aussi indignés avec son maître à penser (s’il est permis de parler de penser).

Sauf si le fait qu’il soit surtout leur vrai maître ne leur pose problème, auquel cas ils auront démontré qu’ils sont tout sauf représentants du Peuple.


Les dix commandements des charlatans politiques

C’est bien connu : parler de Démocratie et de Droits de l’Homme, ça rapporte beaucoup à tout le monde. Aux régimes despotiques qui vont de forum en tables rondes, en passant par les Assises et les symposiums de réflexion sur l’action gouvernementale, c’est le meilleur moyen pour attirer l’aide publique des pays riches ou l’argent multilatéral, sans oublier l’indispensable considération et l’inévitable onction de ceux qui préfèrent faire semblant. Aux bailleurs de fonds, bilatéraux ou multilatéraux, cela donne bonne conscience : c’est peut-être dans cette optique de politesse intéressée qu’il convient de comprendre la participation de représentants de l’Organisation Internationale de la Francophonie et de la Ligue des Etats Arabes au forum sur l’état des Droits de l’Homme qui s’est tenu les 17 et 18 mai sous l’égide du ministre de la Justice, comme par hasard chargé des Droits de l’Homme. Les dix recommandations retenues au terme de ses travaux montrent clairement qu’entre thèse et foutaise, le régime n’a pas hésité : alors que tel adorateur identifiait l’heureux candidat de 1999 au prophète Noé, il faudrait plutôt parler de nouveaux charlatans politiques, spécialistes de l’illusionnisme médiatique.


C’était à se demander si les participants venus des districts du Nord, pourtant triés sur le volet en fonction de leur affiliation partisane, savaient exactement l’objet du forum qui les réunissaient. Un véritable couloir des Lamentations : durant tout un après-midi, ils étaient là à se plaindre que les zones affectées par le conflit attendaient vainement leur réhabilitation, que l’Ecole et la Santé étaient très largement des mirages dans leurs régions, etc.

A en décourager les illustres organisateurs de ce forum dont ils attendaient pourtant beaucoup d’envolées lyriques ou, pourquoi pas, philosophiques ! Mais, il est inexact de prétendre, tel le compte rendu à l’eau de rose proposé par le journal gouvernemental « La Nation », que « les dirigeants des partis de l’opposition n’ont pas jugé utile de répondre aux invitations réitérées que leur a adressé (sic) le Ministre de la Justice initiateur de ce forum ».

Nos lecteurs le savent bien, puisque nous avons reproduit la lettre ouverte par laquelle les responsables de l’UAD lui expliquaient, en partant des arguments qu’il développait lui-même dans son livre, pourquoi ils étaient au regret de décliner son invitation : ils n’ont pas de temps à consacrer au renforcement de ce que le ministre de la Justice qualifie de « parures institutionnelles » ; ce forum étant à la consolidation des Droits de l’Homme ce que le «Reer Gool » (Rear Gold) est à l’or authentique: une illusion optique.

Que les vrais syndicats et les authentiques organisations djiboutiennes de défense des Droits de l’Homme n’y aient pas non plus participé, n’a pas empêché l’organisateur de retenir dix recommandations censées booster au quotidien le respect individuel et collectif, public et privé des Droits de l’Homme en République de Djibouti.

Voici ces dix commandements version illusionnisme despotique, avec les brefs commentaires qu’ils nous inspirent, sans aller bien sûr jusqu’au blasphème partisan.

1) Encourager l’Etat à stimuler les investissements afin d’offrir des opportunités de travail : privé comme public, national comme extérieur, l’investissement a besoin d’une sécurité dans les textes et dans la pratique. C’est parce cette condition fait défaut que de nombreuses sociétés privées ont quitté Djibouti, fatiguées de la corruption administrative et politique. Donc, il faut d’abord lutter contre cette délinquance à col blanc et garantir la meilleure transparence dans la gestion des deniers publics, le Chef de l’Etat devrait donner l’exemple avec la gestion du Port.

2) S’assurer que les recrutements et les promotions au sein de l’administration s’effectuent sur la base du mérite, de la compétence et de l’ancienneté : l’amalgame entre le recrutement et la promotion (qui a jamais été recruté sur ancienneté ?) en dit long sur le tour de prestidigitation de ce raccourci. Comme nous l’avons dit, autant que le Chef de l’Etat, dont le favoritisme n’est pas à démontrer puisque la plus petite nomination requiert sa signature, le ministre de l’Emploi devrait donner l’exemple, lui qui cherche dans son propre département à violer la loi en court-circuitant la hiérarchie établie pour nominer (si l’on peut dire, quoiqu’il ne s’agisse pas ici d’Oscar) une proche parente à lui.

3) Renforcer les effectifs de la Justice (magistrats, greffiers) et assurer leur formation. Doter cette institution de moyens en locaux et matériels pour améliorer son fonctionnement : à quoi ont donc servi les états généraux de la Justice tenus en 2000, puisque ces recommandations avaient déjà été retenus ?

4) Assurer le traitement en temps réel des dossiers : les justiciables djiboutiens ne demandent pas mieux ! Mais il est illusoire d’attendre beaucoup de cette recommandation.

5) Accélérer la rédaction des jugements, ce qui empêchera toute falsification : donc, certains jugements restent purement verbaux ? Société d’oralité, d’accord, mais là c’est vraiment trop.

Quoique, l’Assemblée Nationale djiboutienne soit, à notre humble connaissance, la seule au monde à ne dresser aucun procès verbal de ses séances. Certes, il ne s’y dit pas toujours des choses intéressantes, mais les députés sont quand même censés représenter la volonté populaire et incarner le pouvoir législatif.

6) Inciter l’Etat à prévoir une dotation budgétaire en vue de prendre en charge les honoraires des avocats commis d’office afin de permettre l’accès à la justice aux personnes les plus démunies : l’universalité de la Justice est donc bien une douce utopie. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi tel avocat s’élève contre la corruption au sein de la magistrature djiboutienne : la concurrence devient vraiment déloyale si le magistrat profite de ce mur de l’argent pour se mettre à travailler au plus offrant.

7) Adopter des textes juridiques pour protéger les victimes du VIH/SIDA contre toute discrimination au regard de l’emploi et dans la société : c’est bien, c’est même très bien, quoique c’est peut-être appréhender les problèmes par le petit bout de la lorgnette en cédant à un thème à la mode dans les pays où les droits fondamentaux sont assurés aux citoyens.

Il y a tout d’abord lieu d’inciter la population à risque à pratiquer le dépistage volontaire d’une part en assurant un maximum de confidentialité dans une ville où tout le monde se connaît et où la rigueur professionnelle n’est pas forcément la chose la mieux partagée du monde, d’autre part en garantissant autant que faire se peut l’accès aux antirétroviraux au plus grand nombre.

Ne faudrait-il pas également et principalement protéger certaines personnes socialement démunies contre les réels risques de propagation du virus ? Ainsi, nous l’avions préconisé il y a longtemps, ne serait-il pas possible de lutter contre la contamination de la femme au moment du mariage en incitant le couple à procéder au dépistage préalable ?

Mais, pour ce régime de verbiage, les droits des femmes consistent à être représentées par des mal-élues. En attendant, ce sont les forces vives de la Nation qui sont condamnées au nom d’une pudibonderie qui obère sérieusement toute réelle chance de développement.

8) Permettre aux associations, aux syndicats, aux partis politiques et à la presse d’exercer pleinement leur rôle : c’est tout simplement l’hommage du vice à la vertu. Alors que le mouvement universel est à la déréglementation et au désengagement de l’Etat dans de nombreux domaines, prétendre légiférer et garantir les Droits de l’Homme dans les sphères associatives, syndicales et partisanes, c’est la preuve la plus flagrante que les ingérences du régime y sont encore vivaces. Car, si ONG, syndicats et partis politiques sont assez mûrs pour fonctionner sans avoir à être dopés, le minimum que le régime (on ne peut pas parler d’Etat à ce niveau) devrait faire, c’est de les laisser tranquilles. En ce domaine, sa seule contribution au plein rendement démocratique de la société civile, ce serait de ne pas confisquer le service public et les médias publics à son seul profit partisan.

C’est, pour le moment, la plus grave entrave à la liberté d’expression.

9) Sensibiliser pour assurer la scolarisation des enfants des milieux défavorisés des zones rurales et améliorer la qualité de l’enseignement dans son ensemble : c’est à se demander à quoi ont servi les états généraux de l’Education Nationale puisque les professionnels en ce domaine avaient déjà évoqué la même préoccupation. Tout en rappelant que les zones rurales ne sont la seules à héberger des milieux défavorisés, le premier effort devrait réduire les effets dévastateurs que fait peser sur le niveau scolaire des enfants ruraux l’affectation des enseignants en fonction de leur compétence : les meilleurs et les mieux formés restent dans la Capitale tandis que les moins bons et les moins formés (suppléants et volants) vont dans les districts).

De même, il conviendrait de regretter que de nombreuses écoles abusivement fermées n’aient pas été rouvertes (sauf celle de Guérenlé, fermée par manque d’eau puis rouverte parce que cette zone ravitaillait en eau le khat présidentiel du Day). Tout comme il est regrettable que certaines constructions ou réhabilitations d’écoles, pourtant budgétisées, souvent grâce à la générosité internationale, tardent encore à se concrétiser. En attendant, des centaines d’élèves vont s’asseoir sur des boîtes de Nido en guise de bancs : le verbiage officiel trouve cela normal.

Saboter à ce point l’avenir scolaire de ces enfants (sans parler des conditions d’obtention des bourses d’études) puis prétendre instaurer des concours de recrutement dans la fonction publique, cela relève tout simplement d’une ségrégation aux conséquences incalculables, comme le démontrera un proche avenir.

10) Assurer les soins médicaux et l’accès à l’eau, domaines prioritaires et essentielles en zone rurale pour prévenir l’exode : ce sont effectivement des domaines prioritaires, au sens où la Santé et l’accès à l’eau sont prioritairement laissés à la générosité bilatérale où aux programmes d’assistance multilatérale.

En attendant, les rares ressources financières nationales sont affectées à la sécurité présidentielle, quand il est possible d’identifier leurs mouvements.

Au total, du bruit pour à peu près rien.


Communiqué de la LDDH

DIFFUSION D’INFORMATION DU 24 MAI 2004

SUR LES RECOMMANDATIONS DU FORUM

« Des Droits de l’Homme à cœur ouvert »… mais évidemment sans tapages et surtout bouche cousue sur les violations, les abus de pouvoir, le maintien de l’impunité, et : attention de ne pas faillir à l’obligation de garder un silence complet sur les détournements des deniers publics et des biens sociaux sinon… »

Voici des commentaires et des soutiens sur les recommandations tout en sachant d’avance qu’elles sont vouées à l’échec exactement comme les recommandations de novembre 2000 dans le rapport des Etats Généraux sur la Justice et issues des trois fameux ateliers, où la présence humaine était beaucoup plus étoffée et responsable.

Une chose reste malheureusement constante dans notre pays : c’est le manque total de volonté politique pour mettre fin aux différents abus de pouvoir, et le maintien d’une dictature foncièrement sournoise, ? Jusqu’à quand ? Actuellement, le ras-le-bol se fait sentir à tous les niveaux, seul le miroir de la peur persiste encore !

Sans nous appesantir sur les périls réels d’une mauvaise gouvernance fondée sur les mensonges, les manipulations d’information à travers notamment la mainmise totale sur les médias de l’Etat, les effets d’annonce, il est de notoriété publique que les recommandations d’un Forum sur les Droits de l’Homme, pour généreuses et justes qu’elles soient , ne peuvent trouver une application sincère que si la volonté politique existe.

1- L’existence d’une justice indépendante avec des magistrats compétents constitue l’une des premières exigences des investisseurs. A cet aune « stimuler les investissements n’a pas de sens dans un pays où la justice brille par son opacité et par l’inertie des juridictions spécialisées telles que la Chambre des Comptes et le Conseil du Contentieux Administratifs, et de l’absence totale de toute jurisprudence.

2- « S’assurer » de l’équité dans les recrutements et les promotions est une chose et les mystères des voies et moyens en usage dans l’administration pour fonder ceux-ci sur « la base du mérite, de la compétence et de l’ancienneté » en est une autre. A moins de rêver, les objectifs de cette démarche, ne peuvent aboutir que si elles s’inscrivent dans un cadre dépouillé de toutes magouilles politico-électorales d’où les préoccupations tribalo-claniques se doivent d’être absentes ;

3- Tous les points énumérés dans les recommandations du « Forum sur les Droits de l’Homme » découlent sans aucun doute d’une bonne intention et nous en savons gré aux contributions. Mais, comme le dit si bien l’adage : « même les sentiers de l’enfer sont pavés de bonnes intentions », au risque de nous répéter et d’agacer, nous insistons sur l’absence au plus haut sommet de l’Etat d’une volonté politique susceptible d’instituer un fonctionnement transparent des institutions à commencer par la Justice.

4- En ce qui concerne les recommandations sur les associations, les syndicats, les partis politiques et la presse, nous prenons acte de cet aveu sans ambages, du forum sur le sort réservé à la société civile, aux organisations politiques et à la presse, en dépit d’une constitution leur garantissant toutes les libertés. Des termes « permettre …d’exercer pleinement leur rôle » merci au Ministre de la Justice d’avoir laissé filtré cet aveu. Pour ce qui est de la loi sur la communication, le plein exercice de la liberté de la presse, il faut que soient créées les dispositions nécessaires dans le cadre de cette loi. Djibouti faisant l’objet d’une attention particulière sur les violations permanentes des Droits et libertés syndicales de la part du BIT et autres organisations internationales des défenses des Droits humains depuis près d’une décennie, le forum aurait pu insister sur ces violations et exiger la réintégration des dirigeants syndicaux licenciés depuis 1995. Cela eut été un gage de sérieux pour un conclave qui prétend avoir réussi le tour de force de rassembler associations, syndicats et partis politiques, sans que l’on sache lesquels et qui les représentaient.

5- Pour le reste « le forum qui se serait modestement penché sur les Droits de l’Homme à cœur ouvert » ne semble pas avoir drainé les institutions internationales qui font notoriété telles la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), Amnesty International, l’UIDH (Union Interafricaine des Droits de l’Homme), tout comme les deux organisations nationales qui sont la LDDH et l’ADDHL.

6- En conclusion, la mauvaise foi comme le mensonge et toutes les pratiques politiques pernicieuses trouvent leurs origines et forcément leur explication dans l’absence de volonté politique qu’elles concourent à occulter.

7- Nous interpellons qui de droit sur les conséquences de cette inertie politique et institutionnelle qui débouchera forcement sur le pire.

 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 97 du mercredi 19 mai 2004

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Réalité numéro 97 du mercredi 19 mai 2004

 
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération en eaux troubles (fin)
  4. Communiqué sur les Droits de l’Homme
  5. Violation des Droits de l’Homme : un cas pratique
  6. Droits de l’Homme : version Etat-voyou
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 97

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

A BEAU MENTIR QUI VIENT DE LOIN :

QUAND UN PROCUREUR DIFFAME

Il n’y a rien à dire : le langage spontané des corps est souvent plus parlant que tous les discours de rationalisation a posteriori. Il suffisait, pour s’en rendre compte, de juste prêter attention à la façon dont se tenaient les différents acteurs de la conférence de presse, généreusement retransmise par la RTD, qui s’est déroulée à Paris dans le cadre des derniers développements de l’affaire Borrel. N’insistons pas sur la posture débonnaire des journalistes français au moins dubitatifs et intéressons-nous aux organisateurs, professionnels de la parole légale, ce qui ne veut dire ni juste ni légitime, dont l’aisance par rapport à cet exercice de séduction variait en fonction d’un certain nombre de données sociologiques, sinon ethnologiques. Ainsi, tandis qu’un des deux avocats français témoignait une aisance (et une suffisance) qu’autorise plus la distance géographique que la maîtrise technique du dossier, l’autre était vraiment dans ses petits souliers, visiblement mal à l’aise et n’ayant pratiquement pas évoqué ce qui était censé justifier sa présence, à savoir l’attentat du Café de Paris de septembre 1990, quoique l’on apprit au passage qu’il avait accusé certains magistrats djiboutiens de corruption.

Pour sa part, le magistrat djiboutien chargé de vendre la version de son commanditaire, tranchait par son extrême fébrilité. Nerveux à tel point qu’il en était maladivement sur la défensive, son aisance approximative avec le français parlé (n’ayant pas grandi dans un tel environnement culturel) ne jouant pas en sa faveur. Si son micro a quelque peu souffert de l’amplitude (au sens thermique) de sa voix, ses auditeurs djiboutiens n’ont pas eu à beaucoup tendre leurs oreilles pour se rendre compte que le Procureur était manifestement en train de mentir et de diffamer.

Nul n’insistera sur le fait qu’Alhoumékani et son compère Iftin soient aujourd’hui présentés comme d’anciens tortionnaires : aux ordres de qui torturaient-ils alors ? Nul ne prendra non plus ce magistrat au sérieux lorsqu’il prétend qu’Alhoumékani avait toujours été protégé par le Général Fathi : il faudrait se demander si ledit Fathi avait réellement ce pouvoir et de quelle protection se sentait-il assuré pour mettre en danger la vie du Président de la République et de son Chef de Cabinet en maintenant dans leur garde rapprochée un individu aussi peu sûr ?

Mais aucun concitoyen ne peut accepter que le Procureur djiboutien essaie de salir quelqu’un dont il n’arrive même pas à la cheville : il faut avoir très peu de respect à l’égard de l’identité djiboutienne (ou en avoir une idée venue d’ailleurs) pour oser prétendre que l’affaire Borrel est une pure invention de M. Dini. Selon le Procureur (qui s’en est d’ailleurs emmêlé les pédales en affirmant une fois que Djibouti est un pays pacifique et pacifié, et se rétractant une autre fois en insistant sur le fait que l’invention de cette affaire Borrel s’expliquait par le conflit civil que traversait alors Djibouti), M. Dini aurait beaucoup écrit, plaidant pour que M. Alhoumékani, détenteur de lourds secrets d’Etat relatifs à l’assassinat du juge français, obtienne le statut de réfugié politique.

Et ceci est une honteuse diffamation, dont seul est capable un magistrat pour lequel défendre un régime est plus important que de défendre la loi. En attendant que l’ARD dépose officiellement plainte contre lui (par principe, pour montrer toutes les limites d’une Justice dont le Procureur de la République viole aussi facilement une loi qu’il est censé appliquer), nous le mettons au défi non seulement de produire le moindre document signé de M. Dini en faveur de M. Alhoumékani (c’est en fait un autre responsable habilité à engager le FRUD qui en est l’auteur), mais surtout d’indiquer la moindre ligne dans ce document faisant allusion à la mort de M. Borrel. Pour le FRUD, il s’agissait juste d’aider un concitoyen s’estimant en danger à pouvoir s’installer en Europe. Crainte qui, connaissant la nature profondément répressive du régime djiboutien, ne pouvait être prise à la légère, avec ou sans affaire Borrel : même aujourd’hui et par ricochet, personne n’osera sérieusement prétendre que la famille d’Alhoumékani restée à Djibouti vit en toute quiétude.

Le renversement des rôles est tout simplement extraordinaire dans cette affaire : un procureur devant normalement instruire se transforme en avocat plaidant maladroitement pour l’innocence du Président de son Conseil Supérieur de la Magistrature ; un avocat étranger s’autorisant à instruire en déclarant que la Justice djiboutienne pourrait diligenter une nouvelle instruction. De quoi se mêle-t-il ? La fâcheuse impression qui se dégage de la complaisance française et de l’arrogance djiboutienne, c’est qu’il y a comme un renvoi d’ascenseur… pour l’échafaud ?


Brèves nationales

Les Pitres (riz) du « Progrès » :

Qui sème le vent récolte… le Khamsin

Ayant adopté un honteux profil bas pendant toute la période où « Réalité » révélait le scandale du riz indien détourné par l’administration présidentielle, voilà que le malheureux pamphlet du Rpp gonfle ses poumons (mais non ses ventes) en raillant dans son dernier numéro la lettre ouverte à la Présidente de l’UNFD publiée dans notre numéro 95. Prenant son cas pour des généralités, ce confrère fatigué nous accuse d’avoir fabriqué ce document au nom d’une association fantôme, l’Union de la Jeunesse d’Arhiba en l’occurrence.

L’UJA n’est effectivement pas une association-maison vivant des prébendes, c’est un regroupement de jeunes désœuvrés révoltés par la pauvreté et la prédation vécues dans leur quartier. Nous les connaissons et avons soigneusement gardé leur manuscrit signé. Nous aurions pu recueillir leur témoignage et en faire un article sur le détournement de l’aide humanitaire octroyée à Arhiba.

Nous avons respecté leur choix en publiant leur lettre ouverte. Rappelons que dans cette lettre ouverte ces jeunes demandent à rencontrer la Présidente de l’UNFD afin de lui exposer de vive voix la dure réalité de leur quartier géré par des prédateurs proches du pouvoir. Si la première dame est disposée à les recevoir dans un de ses multiples bureaux feutrés, elle verra bien que ces mécontents regroupés sous le sigle UJA existent bel et bien. Le griot dénommé « Le Progrès » s’est donc ridiculisé en nous imputant un texte plutôt amical envers l’UNFD. Surtout que la Présidente de l’UNFD et son illustre époux savent mieux que quiconque que la rédaction de « Réalité » n’a jamais été tendre à leur égard.

Saluons tout de même au passage les prouesses intellectuelles de l’écrivaillon qui s’est fendu de l’article accusant « Réalité » de fabriquer des faux : Il aura réussi à noircir toute une page sans démentir une seule fois ce qui faisait l’objet de la Lettre Ouverte : l’aide humanitaire fourni aux sinistrés d’Arhiba a été détourné, comme tant d’autres.

A propos : où était ce génial rédacteur quand « Réalité » avait publié des documents prouvant le détournement du riz indien ? Il se cachait : eh bien qu’il s’abrite du Khamsin maintenant !

Forum sur les droits de l’Homme :

En l’absence des vrais défenseurs

On peut reconnaître une grande qualité au Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, celle de la persévérance. Alors que l’Union pour l’Alternance Démocratique lui avait notifié solennellement les raisons de son refus de participer au Forum sur les Droits de l’Homme.

Notre philosophe peut-être disciple de Zénon a quand même envoyé des cartons d’invitation sans même apporter un début de réponse aux griefs soulevés par l’UAD. Libre à lui dans la logique de ce régime d’esbroufe d’organiser une concertation médiatique avec les associations-maisons et autres acteurs complaisants.

Nous lui rappellerons pour notre part qu’après son arrivée à la tête du Ministère de la Justice, il y a de cela 3 ans, le Tribunal du Contentieux Administratif n’a toujours pas siégé une seule fois. Sans justice indépendante comment peut-on parler d’Etat de Droit, tout comme il est ridicule de parler d’État de Droit dans un pays où les citoyens sont démunis devant le pouvoir de tous les abus ?

Ali-Sabieh /Il-Jano :

Disponible en piscine mais pas en bouteille.

Trois mois après la pompeuse et folklorique inauguration de l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh, les Djiboutiens s’étonnent toujours de l’absence de « la source du paradis » sur le marché. Aux dernières nouvelles, cette eau serait maintenant disponible dans une piscine géante construite près de l’usine. Les jeunes Assajog qui voient leurs robinets à sec plusieurs fois par semaine viennent donc se baigner dans cette piscine miraculeuse mais dont la qualité de l’eau rarement changée est plus que douteuse. Piètre performance de ce régime de mauvaise gouvernance synonyme à la fois de pénurie et de gâchis.

Interview présidentielle à «Jeune Afrique» :

Le citoyen président a-t-il revu sa copie ?

Dans la deuxième partie de l’interview fleuve accordée à « Jeune Afrique », le chef de l’Etat qui n’est pas à une volte-face près revient sur le cas Aden Robleh Awaleh.

Le journaliste n’a pas manqué de lui rappeler sa précédente bourde, en le questionnant ainsi: «lors de notre précédent entretien, vous avez évoqué le nom de l’ex-opposant Aden Robleh Awaleh parmi les commanditaires présumés de l’attentat de 1990 contre le « Café de Paris ». Or, Robleh travaille actuellement à vos côtés. N’est-ce pas gênant ?».

Apparemment sans gêne,le Premier Magistrat Djiboutien, répond en se rétractant: « je ne mets pas en cause spécifiquement Aden Robleh dans cette affaire, mais un groupe de djiboutiens basés à l’époque à Addis-Abeba.

Je ne suis pas Juge, je n’ai jamais jeté l’anathème sur personne. Pour le reste je suis quelqu’un d’ouvert : tous les hommes de bonne volonté sont les bienvenus à mes côtés, dont M. Robleh ».

Sidérant, n’est-ce pas ? Nous analyserons plus longuement cette surréaliste interview présidentielle dans notre prochaine édition.

Taxis Djiboutiens :

Volant à gauche, s’abstenir.

Depuis quelques années l’importation de véhicule bon marché en provenance des pays du Golfe est en nette progression.

Si certains particuliers nantis prennent bien soin de faire modifier sur place le volant normalement à gauche de leur véhicule privé, ils sont nombreux les Djiboutiens ayant importé des véhicules disposant des volants à gauche.

C’est ainsi que se sont retrouvés sur le marché djiboutien des dizaines de véhicule de marque japonaise avec un volant à gauche et servant comme taxi, légalement importés et immatriculés.

Les propriétaires de ces automobiles sont également munis des autorisations en bonne et due forme régulièrement délivrées par les autorités compétentes afin d’exercer le métier de taxi. Revirement des pouvoirs publics : depuis quelques mois une décision interdit l’importation de ce genre de véhicule pour des impératifs sécuritaires. Aussi plusieurs dizaines de taxis encore en circulation ont donc été dernièrement retirés de la circulation.

Confisqués à leurs propriétaires et entreposés dans la zone franche. Il est demandé paraît-il aux propriétaires de ces véhicules d’effectuer dans les meilleurs délais des travaux de modification (volant de gauche à droite). S’ils veulent continuer à exercer leur métier. Le comble pour ces chauffeurs c’est le prix de la modification de volant de leurs véhicules : 200.000 FD à payer à un garagiste devenu miraculeusement spécialiste pour ce genre de travaux. Proche du régime, ce dernier est assuré d’engranger au bas mot 30.000.000 FD sur le parc automobile à modifier. Les chauffeurs de taxi rappellent de leur côté que leur revenu mensuel n’excède pas 100.000 FD. Dans ces conditions, que faire?

Des dizaines de familles djiboutiennes vivant de ce métier de transport se retrouvent privés de revenus à cause des volte-face d’une administration permissive et pernicieuse ?

La balle est désormais dans le camp de l’homme providentiel en campagne pour sa réélection ; n’est-il après tout le premier bailleur de fonds national grâce aux fonds inépuisables engrangés par la Présidence?

Meles Zenawi à Djibouti :

Une visite sur fond de suspicions…

Le Premier Ministre Ethiopien Meles Zenawi effectue, depuis mardi, une courte visite à Djibouti, officiellement pour y inaugurer les nouveaux locaux de l’Ambassade Ethiopienne bâtie au Marabout. Cette visite annoncée de longue date mais sans cesse reportée sera l’occasion de jauger de l’Etat de nos relations avec ce grand voisin. En effet, les observateurs s’accordent à dire que les liens privilégiés que notre pays a entretenu jadis avec notre puissant voisin ne sont plus ce qu’ils étaient.

Les motifs de désaccord ne manquent pas : le dossier somalien figure en bonne place, suivi par le contentieux sur les conditions de l’utilisation du port de Djibouti par la partie Ethiopienne.

Enfin, dernière pomme de discorde et non des moindres, la présence supposée sur notre territoire des mouvements éthiopiens en rébellion ouverte contre le pouvoir central de ce pays. C’est ce qui expliquerait peut-être que les éthiopiens peu confiants dans la vigilance de nos forces de sécurité aient préféré dépêcher à l’avance des éléments de leurs propres services de sécurité.

Après cela, le régime djiboutien fanfaron osera toujours prétendre que nos relations restent excellentes avec notre partenaire historique.

L’avenir nous le dira…


Coopération en eaux troubles

(suite et fin)

Nous continuerons cette semaine encore à interpeller le Gouvernement concernant l’usage qu’il a fait ou compte faire de la manne financière de 125 millions de US dollars (dont 25 millions de prêt) mobilisés en 2003 à la faveur de la lutte contre le terrorisme, toujours à la lumière du rapport d’activités du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération et du Budget de l’Etat pour l’exercice 2004.


Le Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération a effectivement été très actif à en croire le nombre de visites effectuées à l’étranger par les Ministres et le Chef de l’État : Éthiopie à trois reprises, Inde, Iran (trois), Malaisie, Chine (2), Japon (3) et USA. Mais aussi par le nombre d’accords signés cette année là et dont l’exécution dépend pour l’essentiel de Djibouti. Si nous reproduisons ici intégralement le tableau l’aide bilatérale mobilisée, c’est uniquement aux seules fins de les confronter à l’épreuve des réalisations et du vécu des difficultés quotidiennes de nos concitoyens.

L’opacité délibérément entretenue et les chiffres contradictoires fournis par les lois adoptées par l’Assemblée Nationale (budget de l’État, lois rectificatives…) rendent illisibles les comptes-rendus du gouvernement comme ils ôtent toute crédibilité à ses incantations : nous pensons notamment aux fonds débloqués après les Accords de 1994 pour la réhabilitation de la ville d’Obock et qui se sont volatilisés. Dix ans plus tard, toute pudeur digérée, les mêmes dirigeants sollicitent les mêmes bailleurs de fonds pour la réhabilitation de la même ville…. Chat échaudé craignant l’eau froide, il semble que le PNUD ait tenu à cogérer ce programme. Nous aurons l’occasion de revenir en détail sur ce sujet , constatons pour l’heure que tant dans sa conception, sollicitation de l’aide, réalisation (ce devait l’être de concert parties) que par le montant affecté (nature et nombre d’habitations à reconstruire, infrastructures à réhabiliter…), ce programme constitue une violation des accords du 12 mai 2001.

Le scandale d’une Éducation Nationale à deux vitesses fera prochainement l’objet d’un article, nous nous contenterons cette semaine de relever que les dons mobilisés en 2003 à son intention ne figurent pas tous dans le budget 2004 de l’Éducation Nationale et exigeons de savoir l’état d’avancement des travaux d’aménagement du quartier P.K.12 pour lesquels l’A.F.D a débloqué 334 millions FD et surtout où en sont les « construction des écoles et lycées . 216 millions FD (A.F.D) » et « construction école et collège : 800 millions FD (Japon,JICA) » ??? Pour ce qui est de la coopération bilatérale pour l’année 2003, il ressort du tableau ci-dessous reproduit les quelques constatations suivantes : les troupes des États-unis ont payé 15 millions de US dollars comme bail, tandis que les FFDJ auraient payé 30 millions d’Euros pour leur stationnement sur notre territoire c’est-à-dire plus du double. Il est vrai que d’abord elles sont plus nombreuses que les troupes US, mais surtout notre arrière pays leur offre depuis toujours un espace d’entraînement et un champ de tir à nuls autres pareils.

D’autre part vous observerez comme nous que l’aide des États-unis est supérieure à l’aide française, non seulement en volume mais aussi en pourcentage autre que bail. Elle est enfin plus variée.

Est-ce à dire qu’en joignant le geste à l’intention, les États-unis accordent au moins autant sinon plus d’intérêt au développement socio-économique de notre pays qu’à leur présence militaire dans la région, que la France ? Les chiffres avancés par le MAEC pour l’année 2003 semblent le laisser croire. Un survol de la coopération française en 27 ans d’indépendance accrédite cette thèse. Cela ne nous étonne guère. En effet, partout où elle militairement implantée, la politique extérieure de la France n’est pas dictée par le Quai d’Orsay, Bercy ou depuis peu par la coopération mais bien par le Ministère de la Défense. Et ce, quelque que soit le gouvernement, à la notable exception de l’intermède COT…. Dans le cas de notre pays, le grand reporter M. HONORIN avait dès le lendemain de l’indépendance (1982) livré les dessous de cette présence dans un long reportage intitulé « Djibouti, la République en uniformes ». Jusque durant le conflit armé, l’essentiel des relations franco-djiboutiennes a essentiellement consisté en une coopération militaire qui a parfois relevé de la connivence et nous sommes, avec un inamovible officier français coopérant aujourd’hui au Ministère de la Défense…djiboutienne, les mieux placés pour le savoir.

A moins que sa longue présence à Djibouti aidant et l’expérience des années 1980 ayant échaudé plus d’un donateur, la France ne souhaite plus voir l’argent de son contribuable dilapidé dans des projets sans lendemain, se contentant en plus du paiement du bail, d’une coopération technique et du colmatage çà et là, de quelques brèches. Ce en quoi nous ne saurions la blâmer.

Toujours est-il que notre pays demeurera handicapé tant que perdurera l’opacité dans la gestion des deniers publics .Les Etats-Unis d’Amérique viennent de rendre publique la liste des pays qui bénéficieront en priorité du Compte du millénaire. Djibouti qui, au regard de sa position stratégique pouvait légitimement espérer en être, n’y figure pas. Les critères d’admissibilité ne sont pourtant pas draconiens ni insurmontables : une Justice indépendante, transparence électorale et budgétaire, économie libérale…

Une Assemblée monocolore depuis l’indépendance avalisant comme un seul homme lois et décrets présentés par le gouvernement sa seule contribution à la vie politique nationale fut un amendement violant l’accord de paix du 12 mai 2001.

Une Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire dont aucun compte-rendu ou suggestion n’est, à ce jour rendu public.

Impunité de la délinquance financière instituée : le plus officiellement du monde un journaliste du journal gouvernemental «La Nation » nous expliquait que la propension des directeurs à se servir des deniers publics a obligé notre Président à concéder en toute opacité au Capital privé étranger la gestion des Etablissements publics à caractère industriel et commercial…

La violation des Accords de paix, la persistance des causes qui ont conduit au conflit armé et tous les maux que nous venons de citer font que non seulement les financements extérieurs productifs vont inéluctablement se tarir mais constituent également les germes du renouvellement, inévitable dans ces conditions, du conflit civil…

Source: Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération


Communiqué sur les Droits de l’Homme

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COMMENTAIRES DU 14 MAI 2004 SUR UN FORUM EN MATIERE DES DROITS DE L’HOMME

ORGANISE ( avec un optimum de secret)

PAR LE MINISTRE DE LA JUSTICE CHARGE DES DROITS DE L’HOMME

Ayant appris, avec un grand intérêt, dans la soirée du 14 mai 2004 sur les antennes de la Radio Télévision de Djibouti (RTD) que le Forum sur les Droits de l’Homme aura lieu dans les locaux de la Femme « Djiboutienne ( présidée par la première Dame djiboutienne) ;

Constatant que le Forum sur les Droits de l’Homme ne pourra pas comme prévu se tenir au Palais du Peuple ( terrain neutre) peut-être pour des raisons de climatisation, et ne pourra pas se tenir au Sheraton Hôtel, peut-être pour des raisons financières et ce malgré les demandes de financement au PNUD soutenues par le Président de la LDDH fin février 2004 ;

Ayant appris l’absence de la grande majorité des Organisations Internationales des Défenseurs des Droits de l’Homme pour des raisons qui sont à notre avis gardées dans le plus grand secret ;

Regrettant l’absence des hommes politiques de l’Opposition membres de l’UAD, absence probablement consécutive à l’entêtement du Premier Magistrat dans le maintien de la politique de refus du remboursement du montant des 32 500 000 qui représentent la caution déposée par l’UAD lors des élections législatives de l’année dernière ;

En tant que Défenseurs des Droits de l’Homme, il est de notre devoir de demander le report de ce Forum sur les Droits de l’Homme jusqu’à la prochaine rentrée judiciaire afin de permettre au Ministre de la Justice de remplir toutes les conditions pour un meilleur succès et une plus grande transparence en terrain neutre, avec la participation de tous les hommes politiques (toutes tendances confondues), des membres des Organisations Non-Gouvernementales, avec surtout des éléments palpables et tangibles en faveur de l’indépendance totale de la Justice en République de Djibouti, et la Déclaration solennelle de la fin de l’impunité, de la fin des Abus de Pouvoir par la mise en place de structures judiciaires totalement indépendantes.

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Le ministère de justice organise aujourd’hui et demain un forum sur les droits de l’Homme. Ainsi les droits de l’Homme s’invitent dans le débat public. Après des années d’amnésie, c’est un fait nouveau. L’ADDHL avait appelé de ses v ceux, et elle s’en réjouit car cela permettra peut être de s’exprimer sur la situation des droits de l’Homme et des libertés.

Cependant, nous constatons avec regret que les deux organisations de défense des droits de l’Homme à savoir l’ADDHL (Association pour la Défense des Droits de l’Homme et des libertés) et la LDH (ligue des Droits Humains), toutes affiliées par ailleurs à la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) et à l’UIDH (Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme) ne soient pas conviées à ce forum, tout comme nous déplorons l’absence des organisations syndicales des travailleurs.

Avec l’absence des partis politiques d’opposition, l’objet de ce forum devient sans intérêt. C’est pourquoi nous le considérons comme nul et non avenu.

Pourtant, sans discuter, sans débattre si âprement que ce soit, on ne peut pas résoudre les problèmes, ni décrire objectivement la situation des Droits de l’Homme. On ne peut même pas les poser. Alors que l’enjeu mérite bien qu’on affronte dans le contexte politique qui est le nôtre, la réalité de la situation.

Le Ministre de la justice est là en cause à cause de son sectarisme et ceci est l’aveu de son malaise. Un malaise politique dont la clé est à la fois existentielle et institutionnelle. Le piège de la pensée unique et du conformisme politique est en train de se refermer sur le Ministre de la justice Ce moment était prévisible, presque programmé, et à coup sûr anticipé.


Violation des Droits de l’Homme : un cas pratique

A l’heure où le régime prétend favoriser la promotion des Droits de l’Homme, il nous a semblé utile de proposer à nos lecteurs l’histoire d’une famille djiboutienne victime de l’acharnement du pouvoir de tous les abus. Ce texte, rédigé par les intéressés, nous a été remis il y a quelques semaines, le moment nous a paru opportun de le publier.

Ministre ou Avocat ?

En Novembre 2000, Mr GONA ALI, âgé d’une quarantaine d’années atteint de paludisme est évacué d’as-eyla sur Dikhil . Au lieu de bénéficier des soins auxquels il a droit, Mr GONA s’avère être le frère d’un certain infirmier nommé Abdoulkader Ali, lequel a eu auparavant un différend avec le Médecin-chef du District de Dikhil ; il s’agit du Docteur Boutes. Refoulant sa conscience professionnelle, ce Médecin expatrié a tout fait pour empêcher l’accès aux soins de GONA tant à Dikhil qu’ailleurs. Ce dernier sera chassé du centre hospitalier de Dikhil alors qu’il se trouve en coma. Son frère Ibrahim Ali, militaire de carrière arrive tant bien que mal à le transporter en bus à Ali Sabieh où il le fait subir des examens. Revenu à Dikhil, Mr Ibrahim utilise tous les moyens pour faire évacuer sur Djibouti son frère GONA dont l’état sanitaire s’est dégradé d’une façon inquiétante. Sachant sa situation irréversible, Dr Boutes et ses infirmiers consentent à ce que Mr GONA soit évacué en compagnie d’une autre malade pour lequel l’on a demande une Ambulance. Quelques heures après son arrivée à Djibouti Mr GONA succombe à la Réanimation de l’Hôpital Peltier. Aussitôt son frère Ibrahim dépose sur une plainte contre Dr Boutes pour non assistance à une personne en danger et pour avoir délibérément conduit son frère GONA ALI à la mort en refusant les soins nécessaires à sa maladie et en bloquant son évacuation sur Djibouti. Cette plainte conduit Mr Ibrahim Ali ex caporal-chef de l’ AND à la radiation des effectifs de l’armée par décision Ministérielle n°179 de 30 Mai 2001. La plainte de Mr Ibrahim est bloquée avant même le début de l’instruction. Le père du défunt sera menacé de déportation par le sultan de gobaad sous l’impulsion du Ministre de la Défense. La partie civile a écrit à :

– Monsieur le Président de République de Djibouti 2 fois

– Monsieur le Premier Ministre 3 fois

– Monsieur le Ministre de la justice 4 fois

– Monsieur le Procureur de République 6 fois

– Monsieur le Médiateur de la République 2 fois

– Monsieur le Président de l’assemblée 2 fois

– Monsieur le chef de Mission Française à Djibouti 2 fois

Aucune de ces multiples correspondances n’a eu de réponse et encore moins d’échos et ce malgré la gravité que soulèvent ces lettres

En janvier 2003, le frère aîné de Mr Ibrahim, à savoir Houmad Ali est décédé brutalement laissant derrière lui une veuve et 4 enfants.

A l’annonce de sa mort, le personnel du Ministère de la Défense met à la disposition de la famille du défunt Houmed une voiture de service pour leur faciliter les travaux de l’enterrement. C’est mal connaître le Ministre de la Défense qui envoie ses gardes de corps à la poursuite de la camionnette prêtée à la famille du défunt Houmed.

Aussitôt dit, aussitôt fait, les gendarmes arrêtent la voiture en question, déposent matériels et hommes en pleine chaussée et ramènent la voiture au Ministère. Il pas superflu de rappeler que le défunt a travaillé pendant plus de 15 ans au Ministère de la Défense en qualité de planton.

Mr Slyas, chef du service secrétariat établit une décision de fin de contrat du défunt pour le soumettre à la signature du Ministre à savoir :

– Capital décès de six mois

– 2 mois de congé non pris

– 3 mois de salaires no pris.

Cette décision est rejetée par le Ministre de la Défense sans la moindre explication.

II sera de même de son remplacement par lé membre de famille.

La fille du défunt Houmed postule à un emploi de femme de ménage auprès de la caisse Militaire de Retraite (C.M.R).

Dans un premier temps sa demande est accueillie favorablement. Aussitôt que le Ministre de la Défense apprend la nouvelle, elle se voit rejetée. L’on est en droit de se demander quel lien de parenté unissait et unit encore l’actuel Ministre Djiboutien de la défense avec Dr Boutes qui a déjà quitté le pays. La famille de GONA a porté plainte contre un Médecin expatrié Dr Boutes et depuis, subit tantôt en ville tantôt en brousse les foudres du Ministre de la défense. Le plus difficile pour cette famille est le silence des plus hautes autorités du pays et ce après qu’ils eurent été saisies.

L’actuel Ministre de la Défense qui assure aussi la défense du Dr Boutes par tous les moyens en menant la vie dure à la famille GONA en usant tous les moyens possibles pour empêcher l’instruction du dossier sera dorénavant considéré comme le second responsable de la mort de GONA ALI survenu en NOV 2000 à Djibouti après un horrible calvaire et le seul responsable du blocage du dossier de liquidation des droits de Mr HOUMED ALI décédé le 28 janvier 2003.

Cette famille si malmenée par un Ministre en exercice n’arrive pas à s’expliquer le silence pesant du premier magistrat du pays en l’occurrence le Président de la République dont l’attention a été attirée à maintes reprises sur cette situation par tous les moyens( correspondances directes, publication dans les journaux, R. T .D, etc.

LA FAMILLE DU DEFUNT


Droits de l’Homme : version Etat-voyou

« Et vous disiez, monsieur d’Ormesson/ Qu’il flottait sur Saïgon/ Un air de Liberté». Donc, un Forum (la majuscule n’est pas obséquieuse) a été organisé sous l’égide du ministère de la Justice, pour constater que les Droits de l’Homme sont une avancée incontestable à Djibouti, surtout depuis 1999, c’est peut-être l’effet messianique du millénaire naissant. Le régime les respecterait, les concrétiserait et les renforcerait. S’il nous faut démontrer que tout cela relève de la propagande mensongère, il y a donc lieu d’avancer des preuves tangibles et significatives. En voici donc au moins une parmi beaucoup d’autres, tirée de l’actualité la plus récente et beaucoup plus brutalement parlante que toutes les démonstrations théoriques.


Pour qui cherche à comprendre la dynamique interne d’un contexte national, les ressorts descriptifs ou explicatifs d’une configuration historique donnée, spécialement lorsqu’elle est issue d’un processus chaotique de (dé) colonisation, il y a grosso modo deux options, théoriques autant que politiques. La première posture s’appelle juridisme ou encore nominalisme et a très longtemps prévalu, par une sorte de paternalisme nostalgique au terme duquel l’objet étudié a été aussi sous-développé que la science qui l’étudiait, il s’agissait de mesurer, par exemple, le niveau de libertés publiques dont des citoyens pouvaient jouir sur la seule base des textes instituant lesdites libertés. Pour Djibouti, les avancées démocratiques seront jugées à l’aune des dispositions formelles de la Constitution ou des divers textes de loi garantissant telle ou telle liberté.

Ou encore d’établir un inventaire à la Prévert de toutes les conventions internationales ratifiées par notre pays. Comme il s’agira pour le régime, dans une posture d’incantation propitiatoire, de faire croire que les Droits de l’Homme existent à Djibouti à partir du moment où tout un forum est organisé sur ce thème, où la bonne gouvernance est une réalité incontournable dès lors que telle institution internationale investit des millions dans sa promotion, ou encore que la liberté syndicale est solidement établie puisque le Budget de l’Etat a prévu d’autres dizaines de millions de nos francs dans son renforcement. C’est souvent dans ce travers que tombent quelques chercheurs et certains journalistes à prétention internationale.

La seconde posture s’appelle, de façon barbare, objectivation. Cela revient à donner une réalité concrète, objective, à un concept théorique ou à un outil heuristique. En l’occurrence, quand il s’agit de parler de Démocratie ou des Droits de l’Homme à Djibouti, il conviendra de rechercher, dans l’existence quotidienne des corps et des choses, dans les structures sociales comme dans les structures cognitives, en quoi on peut dire qu’il y a ou qu’il n’y a pas Démocratie ou Droits de l’Homme ici. Bref, cela consiste à prouver dans les faits la véracité ou l’inexistence d’une idée, quand il ne s’agit pas d’un idéal. Mais, justement, foin de théorie : il nous faut démontrer, exemplifier, par la réalité concrète.

Officiellement invités par le gouvernement djiboutien au ban des nations pour sa répression en matière syndicale et soucieux de donner des gages de sa bonne volonté en quête d’adéquation entre sa pratique indigène et les stipulations des conventions internationales ratifiées à cor et à cri, deux experts du B.I.T (Bureau International du Travail) devaient participer jeudi dernier à une réunion, sous l’égide du ministère de l’Emploi, entre régime et syndicats nationaux. Invités par les deux experts à titre de dirigeants reconnus par le B.I.T et les instances internationales (et que le régime n’a pas hésité à exhiber à la télé le 1er mai dernier pour faire croire que la liberté syndicale était respectée), les vrais responsables démocratiquement élus de l’UDT (Union des Travailleurs Djiboutiens) sont arrivés sur les lieux en toute bonne foi.

Le représentant du ministère de l’Emploi (il conviendrait peut-être mieux de parler de ministère du chômage), ayant vraisemblablement reçu des ordres stricts, il a été signifié à ces responsables syndicaux qu’ils étaient indésirables, le régime n’ayant prévu que la participation des seuls clones. En toute simplicité despotique : pourquoi faire compliqué quand la bêtise permet de faire simple ? Outrés d’une telle impolitesse et désireux de voir cette réunion se tenir dans des conditions décentes et fructueuses pour toutes les parties concernées, les experts du B.I.T ont solennellement invité la partie gouvernementale à raison garder et à accepter la participation de la représentation syndicale non clonée. Rien n’y fit : ce fut un Niet plutôt musclé !

En effet, sur convocation du ministère chargé de la répression syndicale, six policiers en uniformes et en armes firent irruption dans la salle et en expulsèrent manu militari les indésirables mais légitimes représentants syndicaux. Ainsi donc, comme on dit dans certains milieux qui ont le temps de s’étonner, les deux experts du B.I.T ont pu assister à l’expulsion des vrais syndicalistes : la réalité de la liberté syndicale a été jugée à sa juste pertinence concrète. Furieux d’avoir été abusés par un régime aussi irresponsable, et ne voulant absolument pas cautionner par leur mansuétude un tel terrorisme contre les travailleurs djiboutiens, les experts du B.I.T ont aussitôt quitté Djibouti, promettant des lendemains ailleurs douloureux au régime RPP.

Donc, le régime a utilisé la force des armes pour contraindre au silence les représentants légitimes d’une centrale syndicale en présence de délégués d’une organisation internationale. Quand on l’entend prétendre que seule la fierté nationale l’a conduit à violemment réagir à l’affaire Borrel comme dans ses rapports avec le FMI, le citoyen djiboutien, surtout s’il est travailleur, ne comprend pas pourquoi les vrais représentants librement et démocratiquement élus sont à ce point et militairement humiliés devant des arbitres aussi neutres que ceux du B.I.T. Dans ces conditions, à quoi sert alors un forum sur les droits de l’Homme à Djibouti ?

De deux choses l’une : soit le Chef de l’Etat est foncièrement incompétent au point de ne pas pouvoir assurer un minimum de cohérence à l’action de son gouvernement, ce qui expliquerait la marge de manœuvre illégale de ses ministres ; soit il est l’instigateur de toutes ces illégalités officielles, ce qui expliquerait l’impunité de leurs auteurs.

Le plus souvent, la vérité se situe dans l’entre-deux : la mauvaise foi a besoin d’une certaine médiocrité.


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