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Réalité numéro 52 du mercredi 21 mai 2003

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Réalité numéro 52 du mercredi 21 mai 2003

 

Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (6)
  4. Tournée de l’ARD dans le Nord
  5. L’autre terrorisme
Directeur de Publication :ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 52

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 

Éditorial

VOYAGE AU BOUT DU SUPERFLU

Il y a environ trente-cinq ans, alors que son pays traversait une profonde crise de civilisation, le Premier ministre Pompidou partait en voyage officiel en Iran et en Afghanistan : de retour à Paris, Mai 68 l’attendait fermement. Quelques jours après, c’était au tour du Chef de l’Etat de s’envoler pour la Roumanie de Ceausescu, fréquentable à l’époque : le Général a dû écourter ses bains de foule, rattrapé par la dégradation du climat social hexagonal à la suite des grèves générales décrétées par les centrales syndicales. Notre Chef de l’Etat s’est envolé il y a quelques jours pour l’Inde, sans état d’âme quant aux incidences financières de sa promenade, encore moins en ce qui concerne la détérioration de la situation politique, économique et sociale que connaît notre pays. La différence entre les deux situations française et djiboutienne n’échappe à personne : de par leur stature, ni Pompidou ni De Gaulle n’avaient besoin de s’offrir des voyages officiels intercontinentaux pour fuir les difficultés intérieures. Au demeurant, les conditions démocratiques dans lesquelles ils ont accédé au pouvoir leur interdisaient ce déni des réalités qui est, bien malheureusement, le trait essentiel de bien de « dirigeants » du Tiers-Monde.

Le fond du problème est donc là : pour certains responsables politiques aux conditions de prise et d’exercice du pouvoir pour le moins douteuses, les tournées internationales, avec tout le faste tape-à-l’œil et compassé du dispositif protocolaire, sont avant tout occasion à mystifier des peuples pas toujours satisfaits d’eux sur le plan intérieur. A cette aune, les incessants voyages intercontinentaux du Chef de l’Etat djiboutien qui, à ce rythme, connaîtra certainement mieux le reste de la planète que sa brousse locale, en disent beaucoup sur son besoin effréné de rechercher à l’extérieur une satisfaction que le contexte national ne lui procure pas vraiment.

Il est vrai que la situation nationale peut avoir pour son auguste médiation l’effet d’un épouvantail, si ce n’est d’une véritable pollution spirituelle. Chômage galopant parmi la Jeunesse, niveau de vie à la baisse, administration totalement démotivée par le marasme économique qu’aggrave le laisser-aller gouvernemental, opposition vindicative et déterminée : trop, c’est trop !

Le voyage officiel est donc pour certains hommes politiques ce que le divan du psychanalyste est à certains esprits torturés : un mouvement pour retrouver un calme intérieur quelque peu perturbé par les vicissitudes de l’existence quotidienne. Quelques millions puisés auprès d’un Trésor Public qui lutte souvent pour honorer des petites créances ordinaires, quand il ne s’agit pas de salaire, et hop : une sympathique virée au pays de Ghandi. Son modeste mausolée tout de marbre noir, rien de tel pour oublier les habitations détruites d’Obock ou de Yoboki, désespérément en quête de reconstruction par manque d’initiative gouvernementale en ce sens.

Puisse au moins la sérénité que procure la contemplation du Taj Mahal avoir quelque incidence positive sur notre politique intérieure comme pour les conditions de vie de la population djiboutienne !

 

 


Brèves nationales

Progrès des graves déficits démocratiques

Après une éclipse remarquée, « L’hebdomadaire » paraissant à l’improviste, porte-voix enroué du régime, a-t-il repris du service ? Dans son style inimitable, il s’échine à justifier l’injustifiable, avec des arguments qui en disent long sur son impuissance et son désarroi. Pamphlet de mauvaise facture, sa sous-culture démocratique le pousse souvent à se livrer à des insultes contre l’opposition, comme si les dénigrements suffisaient à contenir le mécontentement populaire.

Pire, le journal du parti unique ose affirmer qu’en Afrique les opposants contestent toujours les résultats des élections et que l’opposition djiboutienne ne déroge pas à la règle.

De quelle Afrique s’agit-il ? Notre confrère n’a-t-il pas entendu parler d’alternance démocratique dans certains pays africains ? Pour ce nostalgique des années 80, le parti au pouvoir remporte toujours les élections, l’opposition les perd toujours. Il est vrai que, comme à Djibouti, certains régimes bafouent les règles démocratiques les plus élémentaires et que, comme à Djibouti, certains Conseils Constitutionnels discréditent l’Etat de droit.Cela s’appelle le progrès à reculons. Lamentable !

DAF embastillé

depuis 30 jours

Le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » entame sa cinquième semaine de détention illégale dans la sinistre cellule 13 à Gabode.

Outre la chaleur accablante du mois de mai, son environnement carcéral est des plus insalubres. C’est dans un nid à moustiques qu’il attend courageusement son procès prévu le 20 mai prochain.

Un avocat dépêché par « Reporters Sans Frontières » doit arriver le 26 mai pour assurer sa défense. Espérons que le régime ne prendra pas prétêxte de sa défense par un avocat venu de France pour inventer un nouveau chef d’accusation : l’antipatriotisme.

Ce procès sera l’occasion de démystifier la situation des droits de l’homme dans notre pays. Nous ne doutons pas de la ferme détermination de notre ami DAF à faire face à ses accusateurs et à gagner, enfin, la liberté.

Obock : de l’enclavement

au sous-développement durable

L’enclavement qui étouffe la ville sinistrée d’Obock est particulièrement pénible pour ses habitants en ce mois de mai caniculaire. Depuis quelque temps, la centrale électrique est défaillante et ne fournit que quelques heures d’électricité par jour. Dès vingt heures chaque soir, la ville est entièrement plongée dans l’obscurité, le fond de l’air est lourd et les moustiques font des ravages parmi la population. Contrairement à la résidence du Commissire, même l’unique dispensaire de la région n’échappe pas à ces délestages. Certaines nuits, les accouchements se font à la lumière d’une torche électrique ou d’une lampe à pétrole. Tous les soirs, les hospitalisés sont obligés d edormir dehors.

Pourquoi les pouvoirs publics se désintéressent-ils à ce point du sort de cette ville ? Attendent-ils qu’elle soit rayée de la carte pour la reconstruire ? Pourquoi le groupe électrogène offert par un philanthropique entrepreneur privé tarde-t-il à être installé alors qu’il est livré depuis plusieurs mois ? Pourquoi le second groupe, autrefois en service à Ali-Sabieh, n’y est toujours pas acheminé ? Est-ce un problème de transport ? Auquel cas, est-il interdit de demander l’aide logistique aux forces des pays amis présents sur notre sol ? Qui a programmé la mort lente de cette ville et l’abandon de ses habitants ? Dans ce district emblématique de la pauvreté durable, pourquoi laisse-t-on enfin sans salaire depuis quatre mois la trentaine de coolies récemment embauchés par le district ? Honte à la mauvaise gouvernance responsable de la mise en coupe réglée d’une région potentiellement riche et totalement délaissée.

Le Chef de l’Etat en Inde : visite de la caricature à l’authentique Démocratie

Après plus d’un mois de repos, le Boeing présidentiel a repris ses vols intercontinentaux. Le Président de la République se trouve cette semaine en Inde, la plus grande démocratie du monde et deuxième pays le plus peuplé de la planète. Cette visite au Taj Mahal et au Fort d’Agra fait suite à celles effectuées en France et en Chine, ainsi qu’aux Etats-Unis d’Amérique. Décidément, le numéro un djiboutien reste fasciné par l’infiniment plus grand, à défaut de grand dessein pour son pays, peut-être trop petit pour lui.

Reste à savoir si notre médiateur régional, à l’origine comme nul n’est censé l’ignorer de la pacification de la Corne de l’Afrique, proposera ses talents pour contribuer à la détente dans ce sous-continent indien où, depuis plusieurs décennies, une guerre larvée oppose deux puissances nucléaires à propos du Cachemire.

Histoire de mériter le futur prix Nobel de la paix.

Table ronde sur le VIH/SIDA :

enfin une gestion de vraie problématique

Dans son édition de lundi dernier, le bihebdomadaire officiel nous offre un carnet des activités gouvernementales, forcément chargé. A défaut du poids des mots, on peut y admirer le choc des photos. Notre fringant Premier ministre y semble en pole position dans la lutte contre la pandémie du SIDA, qui continue ses ravages destructeurs dans notre société.

Quant au ministre en charge de ce dossier prioritaire, celui de la Santé en l’occurrence, on le voit « lisant quelques mots » comme le dit la légende de la photo. A travers ces photos éloquentes, c’est la mauvaise gouvernance qui se donne à voir. Chez nous, cela s’appelle « la gestion de vraie problématique ».

N’ayant pas de réelles prérogatives, la primature semblait se contenter de la figuration protocolaire à laquelle l’assigne la Constitution. En tout cas ces derniers temps, elle donne l’impression d’être au four et au moulin.

La lutte contre le terrorisme international

enrichit le régime djiboutien

Sous le titre « Paris casse sa tirelire pour la base », L.O.I (La Lettre de l’Océan Indien) a publié dans son édition n°1042 du 17 mai 2003, l’article ci-dessous, consacré aux retombées financières de la base militaire française.

« Concurrencée par les Américains et les Allemands, la France a été obligée de doubler la mise de ses contributions pour maintenir sa présence militaire.

A l’issue de longues négociations de marchands de tapis, Paris a fini par accepter de quasiment doubler ses contributions à Djibouti pour le maintien de ses installations militaires et de ses facilités portuaires. Une enveloppe globale de 30 millions d’euros (34 millions $) par an a remplacé les diverses taxes payées par l’armée française et qui représentaient un montant global de 18 millions d’euros.

La France avait longtemps refusé de globaliser sa contribution, liée à sa présence militaire, afin qu’elle ne prenne pas la forme d’un «loyer». Le nouvel accord annoncé le 11 mai par l’ambassadeur de France, Patrick Roussel, s’en approche très fortement. Les autres pays africains qui accueillent des bases françaises sur leur sol, à l’instar de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Tchad, ne vont ainsi pas tarder à se manifester auprès de leurs nouveaux «locataires».

Le diplomate français a tenu à préciser que ce montant de 30 millions d’euros s’ajouterait à l’aide française au développement qui s’élève à environ 25 millions d’euros par an. Quant on sait que, dans un premier temps, Paris avait proposé 2, puis 10 millions d’euros d’aide exceptionnelle à Djibouti lors de la visite officielle à Paris, début octobre 2002, du président Ismai1 Omar Guelleh, on mesure le chemin par couru.

A l’annonce de cette «menue monnaie», le président djiboutien avait boudé le ministre français de la coopération, Pierre-André Wiltzer, en se faisant porter pâle. C’est le chef de la diplomatie djiboutienne qui était venu lui-même expliquer à son homologue français que la proposition était» indigne et humiliante» et que» le président préférait croire qu’il avait mal entendu’. Les «malentendants» réclamaient à l’époque 50 millions d’euros par an pour la location de la base française de Djibouti ! Sous par sous, on s’en approche. . . »

Fidèle à sa politique du bakchich, le régime semble vouloir engranger des sous dans la perspective de la prochaine présidentielle. D’ici-là, quelques cadeaux pré-électoraux sous la forme de paiement des arriérés de salaire sont prévus, mais rien qui mette fin à la misère volontairement entretenue. Nous n’avons jamais cessé de dénoncer le gaspillage de nos maigres ressources et des aides internationales organisé par la mauvaise gouvernance.

Avec un budget national en constante augmentation, le boom des activités aéroportuaires, les retombées financières de notre position géostratégique, notre pays continue de souffrir de la pauvreté durable et du sous-développement injuste. Tant que les prédateurs resteront aux commandes de l’appareil d’Etat, aucune amélioration des conditions de vie de la population n’est à espérer, tant il est vrai que les naufrageurs de l’économie nationale ne peuvent en être les sauveteurs. Seule une véritable alternance…

 


 

Le mensonge permanent (6)

6ème partie : à quoi servent les dons extérieurs ?

 

C’est parce que la date du 12 mai 2001 avait une importance capitale pour nous, contrairement au gouvernement du mensonge, que nous avions consacré la quasi-intégralité du précédent numéro de Réalité à cet événement national. La conférence de presse du Chef de l’Etat, couverte seulement par les médias gouvernementaux, n’a séduit aucun djiboutien. Le seul succès du régime, par rapport à l’ère Gouled, réside dans l’utilisation à outrance des médias audiovisuels : le faux doit passer en vrai pour « la populace », considère-t-on plus haut. Pour l’anecdote l’ex-URSS utilisait de la même manière ces supports pour la désinformation : les images des manifestations anti-nucléaires à l’Ouest, reprises et falsifiées, passaient, à l’Est, comme l’avant-goût d’un soulèvement contre les régimes dictatoriaux de l’Ouest, les mobilisations des travailleurs contre des mesures contraires à leurs intérêts, sous la forme d’une réelle décadence des économies capitalistes risquant d’engendrer rapidement une famine inéluctable.


Que dire donc de ces quatre années de promesses non tenues et des propos «plus qu’optimistes» du Chef de gouvernement dont les résultats visibles se résument à : l’appauvrissement accentué et à la détresse de la population, l’insécurité alimentaire et sanitaire, l’inexistence d’une administration citoyenne et responsable, le délabrement et l’absence d’hygiène dans la Capitale devenue une poubelle à ciel ouvert, le chômage et la faim des exclus vivants dans les régions de l’Intérieur ?

Il n’y a vraiment pas de quoi en être fier, si ce n’est… La vérité est que l’Education redouble, la Santé s’alite, l’Economie déprime. Et le gouvernement dans tout cela…

Amer constat d’un système qui avance à reculons dans un monde en compétition. «Shitari», il semble l’être, mais ne l’est pas du tout. Réalité concluait dans sa précédente étude : «les charges du régime en augmentation constante se trouvaient non couvertes par ses recettes propres, c’est-à-dire par les impôts et autres ressources générés par lui-même. C’est à peine si ces prélèvements douloureux pour les contribuables recouvrent l’intégralité des dépenses en personnel et en matériel de l’Etat. La solution de l’Argentier du régime dilapidateur face à l’accumulation des déficits budgétaires successifs de ces dernières années ne pouvait être que le recours aux emprunts.

Loin d’être une conclusion à la crise qui perdure, malgré le maintien de l’impôt patriotique sous une autre forme, malgré les prélèvements du 1% sur les Chiffres d’Affaires des entreprises déficitaires, malgré les retards cumulés des paiements des salaires et des factures fournisseurs, retards entretenus pour une simulation d’une trésorerie nationale progressivement confortable à l’adresse des bailleurs de fonds, etc…, ce choix politique ne fait qu’accroître la saignée des classes les plus défavorisées. Le contribuable djiboutien doit payer pour l’année en cours, 501 millions fd d’Intérêts et Frais Financiers pour le service de la dette. Ce chiffre, il faut le souligner, est en augmentation de 39% par rapport à l’exercice 2002. Quel dilemme budgétaire pour pouvoir joindre les deux bouts ?

A vouloir dépenser plus qu’on en a, on est pris dans un goulot d’étranglement. Après les impôts patriotiques, après le retard injustifié des paiements des salaires des fonctionnaires et des créances des fournisseurs, reste la solution finale pour faire de ces actifs des esclaves.

Des esclaves dont le rationnement alimentaire serait à la charge (à travers les relations bilatérales ou multilatérales) des chapitres budgétaires «sécurisantes et secouristes» de l’Onu, des Etats riches décideurs ou des instances émanant de ces derniers dont l’Onu est la première de ses institutions.

Les finances puisées au chapitre des «calmants» et de la lutte contre la pauvreté, contre la malnutrition, contre les maladies, contre les échecs scolaires, contre le travail des enfants, contre la domination de la femme, contre les mutilations génitales, contre… ne figurent pas celles relatives à la lutte contre les responsables de ces maux.

Bien au contraire, les régimes responsables de ces conditions contraires aux Droits de l’Homme sont soutenus par des injections financières dopantes pour leur pérennité et conjointement convenues pour l’immortalité des luttes contre des fléaux comme les maladies, famines (qui ne distinguent pas la nationalité, le clan, la couleur, la tribu, le sexe ni l’âge).

Cette politique douloureusement irresponsable n’a peut-être pas évalué que les centaines de véhicules 4×4 qui ne quittent jamais la Capitale et offerts par ses soins peuvent garantir la survie, la croissance et la scolarisation de plusieurs centaines d’enfants de Djibouti et des pays du tiers-monde.

Les connivences pernicieuses avec les régimes responsables et leurs ONG, canaux de transit des fonds illicitement spoliés aux contribuables des pays riches, garantissent en récompense les promotions des Représentants ayant scrupuleusement «à l’esprit l’objectif de leurs missions» dont les rapports doivent confirmer l’Avancée de la lutte contre X fléau et non son Eradication.

Cette triste réalité est contraire à celle des peuples «secourus» dans cette lutte contre des menaces indéfinies. Elle fait le bonheur de régimes crédibilisés, ne représentant qu’une poignée immensément riche et dont la fin serait identique à celle de ces dictateurs foncièrement fortunés sans et secours. Mobutu, Bédié, Saddam et bien d’autres ont fait le constat d’une fin de non-recevoir de la part de… Quelle que soit l’immensité de leur fortune, l’océan de famine et de détresse demeurera sourd aux sirènes des expropriateurs.

C’est cette co-responsabilité qui fait que le régime djiboutien profite de la manne financière de ceux qui participent à la couverture des dépenses non assurées par un système politique budgétivore. Les Dons octroyés par les Institutions Internationales et les États Étrangers représentent plus de 21% des Recettes.

Totalisant 8,8 milliards fd contre 7,3 milliards fd en 2002, ces dons des institutions internationales en augmentation semblent être destinés à des projets d’investissements ambitieux, notamment celui relatif à l’assainissement du quartier 4 pour 1,1 milliard. Ce projet, Réalité l’avait largement commenté l’année dernière. Aucune réalisation n’est visible sur le terrain, pourtant 445 millions fd avaient été affectés en 2002 pour l’assainissement de ce quartier populaire.

Concernant les aménagements des rocades urbaines, en augmentation de 300 millions fd par rapport à l’exercice antérieur, les 600 millions fd affectés au réseau routier de la périphérie de la Capitale relève de la duperie. En effet, ces axes routiers avaient été réalisés par le Japon, sauf celui concernant la route Nelson MANDELA (du Club Hippique au rond point d’Ambouli), l’aménagement de la route de Venise étant financé par un don Italien.

A remarquer aussi à la lecture des chiffres du Ministère des finances, que parmi les soutiens financiers des Institutions Internationales figure, dans le chapitre des dons affectés aux dépenses courantes, un appui au « Ministère de la Promotion de la femme » dont l’enveloppe de 75 millions fd en 2002, émanant de la Banque Africaine de Développement, a été reconduite en 2003. Il est clair ici que le Budget de l’Etat ne peut même pas financer ce ministère si cher au Président de la République, dans ses actions pour l’égalité entre les sexes.

Il en est de même pour d’autres départements comme la Chambre des Comptes dont les résultats des travaux reste dans l’opacité absolue, mais qui continue de bénéficier de la baraka des généreux donateurs pour un montant de 90 millions fd.

Nous disions plus haut que l’Education redoublait. Malgré la tenue d’un « débat national » sous le thème d’Etats Généraux de l’Education Nationale, ces assises dirigées et non démocratiques sur l’enseignement n’ont nullement amélioré les conditions de travail des enseignants, ni la scolarité des élèves, ni par conséquent la qualité de l’enseignement dispensé. Alors, l’appui attendu de la France en 2003, pour la construction d’écoles et lycées pour 267 millions fd aura-t-il un impact positif susceptible de parer à cette situation déplorable pour l’avenir des enfants djiboutiens ?

Nous connaissons tous le problème de l’eau en milieu rural. Notre confrère le « Renouveau Djiboutien » en parle souvent dans ses colonnes et évoque les détresses de nos compatriotes des régions de l’Intérieur. Et pourtant, le régime bénéficie de dons renouvelés par le Japon dans ce secteur, avec deux fois 800 millions fd. Alors à quoi ont donc servi ces fonds officiellement destinés à la lutte contre la soif ?

Quant aux dons provenant de gouvernements Etrangers, en progression de près de 250 millions fd, ils interviennent dans les recettes à hauteur d’environ 5 milliards fd. La France, à la tête du peloton des donateurs, aide Djibouti et surtout le régime pour l’assistance, la santé, le fonctionnement et le matériel de la Défense. Ce qui est inimaginable pour un pays qui doit être aidé pour le développement économique. Par ailleurs, les 2,2 milliards fd que ce pays ami affecte à l’Éducation et à la Santé interviennent pour 1/3 dans les budgets alloués à ces deux ministères auxquels le gouvernement se vante donner la priorité. Il clair ici que le régime fait peu de cas de ces secteurs sociaux, pénalisés au profit de la Défense et de la Police.

Dans ce même chapitre figurent deux dons provenant on ne sait d’ou, d’un montant global de plus d’un milliard fd et non affecté,. Nous n’avons trouvé aucune explication à ces mystérieuses dotations. Par contre, l’augmentation des dépenses de l’administration en général et du Ministère de la Défense en particulier justifie que la Démobilisation, qui bénéficie du soutien de l’Union Européenne pour 354 millions fd en 2003 et 251 millions fd en 2002, n’est sûrement pas mise en œuvre. Et pourtant…

Nous laissons au lecteur le loisir de procéder lui-même aux autres calculs qu’il peut tirer des chiffres de ces dernières semaines et de ceux à venir, par la lecture du tableau ci-dessous les recettes fiscales dégagées par l’État, directes ou indirectes, représentent 65,20% des rentrées escomptées face à des Dépenses de fonctionnement de l’État de 60,10%.

Cette différence ne justifie nullement une quelconque croissance, mais la couverture limitée avec une marge d’erreur de 5% des dépenses «Sécuritaires» d’un régime dictatorial. Les dépassements proviennent essentiellement, à lire le tableau, des recettes non fiscales, dont un mystérieux Produit Financier de l’ordre de 900 millions fd intervenant à hauteur de la moitié de ces rentrées d’une valeur de 1,8 millions fd.

Or, le pays doit supporter, outre le remboursement des Emprunts couvrant les déficits antérieurs, le paiement du loyer de l’argent, soit des Intérêts et Frais Financiers d’un montant de 501 millions fd. L’évolution est donc totalement différente entre les produits financiers nés de l’apport des placements et ceux provenant des emprunts au profit des «généreux préteurs», le rapport en millions de fd étant de 1 contre 2. Recourir aux emprunts risque d’entraîner le pays dans la dévaluation et le détachement du franc Djibouti au dollar US.

A suivre…

 

 


Tournée de l’ARD dans le Nord

DANS LES DISTRICTS DU NORD

Un peuple ARDemment mobilisé

 

Dans le cadre des routinières activités partisanes, l’ARD s’est rendue à Tadjourah et Obock. Une imposante délégation conduite par le 1er Vice-Président, M. Ahmed Youssouf, a ainsi sillonné le Nord de jeudi à samedi dernier. Bref aperçu de ce périple en pays profond, que les prétendus élus de la mouvance présidentielle n’osent jusqu’à présent pas entamer.

 


 

C’est dans l’après-midi du jeudi 15 mai 2003 que la délégation de l’ARD a quitté la Capitale pour Tadjourah où elle a été accueillie par une forte et enthousiaste représentation des femmes de la Ville Blanche. Celles-ci ont, pour l’occasion, quitté le four pour démontrer leur détermination militante et le rôle moteur qu’elles entendent jouer dans la conquête d’une véritable démocratie à Djibouti.

Après que le Secrétaire Général ait déclaré ouverte la réunion, le 1er Vice-Président, et Président par intérim, a pris la parole en exposant brièvement les motifs de la visite qui, outre la routine de la vie partisane, était destinée à maintenir nos militantes et militants mobilisés dans la perspective d’un plus que prochain aboutissement de la lutte légitime.

Très tôt le lendemain, ce fut le tour des notables (tous présents) d’accueillir et d’écouter la délégation de l’ARD, qui les a attentivement écoutés. Après un bref échange d’informations, les notables ont religieusement écouté et approuvé le speech bref et sincère de M. Ahmed Youssouf. Après un copieux repas offert en l’honneur de la délégation de l’ARD par une fervente membre active de l’annexe Tadjourah du Parti en son domicile, Fato Omar pour ne pas la nommer, l’ARD s’est ensuite rendue dans l’après-midi à Obock. Par la même occasion, la délégation a pu constater l’état qui laisse à désirer de la piste reliant les deux capitales régionales du Nord.

Obock est désespérément enclavée car cette piste n’est praticable que par des véhicules 4×4 en très bon état (et encore, quel rodéo !). Il n’y a plus de bac depuis belle lurette et aucun minibus ne peut se rendre à Obock par route. C’est donc la nuit tombante que la délégation est arrivée à Obock où elle a eu la désagréable surprise de constater un délestage. Tant bien que mal, la réunion prévue avec le dynamique comité de l’annexe a pu avoir lieu et s’est poursuivie jusqu’à une heure très tardive de la nuit.

La délégation a d’abord écouté le compte rendu des activités du responsable local, puis les doléances de divers intervenants. Le Secrétaire Général du Parti s’est réjoui après cet exposé du nombre croissant (après les législatives) des membres cotisants grossissant nos rangs et ce malgré les innombrables difficultés que traversent les Obockois (chômage généralisé, enclavement, absence de réhabilitation et des pouvoirs publics, etc.), mais aussi les pressions exercées par le pouvoir sur la poignée d’employés à cause de leurs activités partisanes bénévoles extra-professionnelles. Tôt le lendemain, une autre réunion s’est tenue à l’annexe ARD d’Obock entre la délégation venue de Djibouti et les responsables locaux du Parti. Les moyens de dynamiser davantage cette section furent abordés par les participants.

De retour sur Tadjourah, et après un déjeuner chez un membre aussi dynamique qu’influent, M. Mohamed Ibrahim plus connu sous le surnom d’As-Baba, les responsables de l’ARD ont tenu une réunion de travail avec les Jeunes membres du comité de l’annexe de Tadjourah.

Outre l’organisation intérieure du Parti, les conditions de vie dans ces deux districts, connaissant un taux de chômage très élevé, et victime du refus gouvernemental de réhabiliter les zones détruites lors du conflit et d’indemniser les populations dont les biens ont été pillés par les troupes gouvernementales, ont également été analysées. Partout, c’était la même condamnation unanime d’un régime insouciant devant la détresse de ses concitoyens et préférant sélectivement attirer certains à des seules fins clientélistes, plutôt que de s’atteler au vaste chantier de la Reconstruction et du Développement.

A ce titre, le sabotage dont est victime la politique de Décentralisation (ce n’est pas aux populations concernés que le régime mentira en parlant des réalisations inexistantes des Conseils Régionaux) continue de vivement préoccuper les habitants de ces districts qui attendent beaucoup de cette libération des initiatives régionales. De l’avis de tous, il n’y a absolument rien à espérer d’un régime aussi impopulaire et insouciant : ce n’est pas peu dire que l’alternance politique y est ardemment souhaitée pour que les citoyens sans aucune distinction soient enfin respectés dans toute leur dignité.

A n’en pas douter, ce sont les mêmes préoccupations que les responsables de l’ARD rencontreront dans les districts du Sud à l’occasion de la tournée prévue pour très bientôt.

Car, du Nord au Sud, c’est tout le Peuple djiboutien qui souffre de la mauvaise gouvernance d’un régime de plus en plus antidémocratique.

 

 


 

L’autre terrorisme

 

Aucun pays nulle part au monde n’est à l’abri des actes d’un fou. Que ce soit à Oklahoma-City ou dans les banlieues de Londres, de Washington D.C (serial killers) ou d’ailleurs, il est difficile de prévenir les actions imprévisibles d’un dément. Sans chercher ici à les définir, il nous semble utile de livrer en quelques mots, notre point de vue sur d’autres terrorismes, ceux dont des régimes politiques sont responsables.

 


 

New York, 11 Septembre 2001 : 3000 morts au bas mot.

Ryad (Arabie Saoudite) : 2003, 50 morts.

Moscou, 2002 : une centaine de morts.

Grozny, 2003 : une centaine de morts.

Gaza, Jérusalem, Tel Aviv 1999 : chiffres fiables non disponibles.

Casablanca, 2003 : une cinquantaine de morts.

Ce terrorisme-là, ce ne sont pas les actes de fous. Il s’agit d’actions d’un groupe d’individus qui tue consciemment, sciemment, sans discernement. C’est une réponse inadéquate à un problème réel. Parce qu’il tue des innocents, il doit être combattu.

Sur les ondes de la B.B.C et de R.F.I, ainsi que dans « La Nation », le Ministre de l’Intérieur s’est longuement exprimé sur ce sujet. Selon des sources autorisées mais non citées, notre région présenterait des risques potentiels. Une réunion spéciale consacrée au renforcement de la lutte contre le Terrorisme s’est tenue la semaine dernière à Djibouti. Un comité national, placé sous la responsabilité du ministère de la Justice, est même chargé depuis deux ans de cette lutte difficile. Les FAD, la F.N.P et la Gendarmerie sont tous mobilisés à cet effet. Stages de formation, séminaires, cellules interministérielles sont organisés au bénéfice des moins aptes et au frais de la coopération.

Tout ceci précisé, le Ministre de l’Intérieur n’a pas tort de mobiliser son ministère et sensibiliser l’opinion publique nationale sur ce sujet d’une extrême gravité pour la stabilité politique de la région et singulièrement de notre minuscule et fragile pays aux frontières poreuses et à l’attrait certain.

Nous sommes quant à nous, de ceux qui pensent que ( plus dans ce domaine que dans d’autres), « il vaut mieux prévenir que guérir ». Ce terrorisme-là est né et se nourrit de l’injustice. Appelons Orwell à la rescousse pour appuyer notre argumentation : « Que la moindre dégradation de l’Homme, infligée au moindre des hommes à des milliers de kilomètres, rejaillit sur notre vie intime en blessant notre humanité profonde. Accepter la servitude intérieure revient à entériner, et souvent à entraîner, l’esclavage d’autrui. A travers chaque cas particulier se joue l’avenir de tous. La défense de soi est indissociable de la défense de l’humanité en soi. La reconquête de l’homme est à refaire chaque matin… sur soi-même. »

Voilà ce que nous dit l’illustre écrivain britannique dans son «1984».

Vous aurez tous compris que ce qui nous préoccupe au plus haut point à Djibouti, c’est le comportement répressif et irresponsable de nos dirigeants. Au sortir d’un douloureux et ruineux conflit armé, les Djiboutiens paupérisés et meurtris, excepté un petit clan, avaient espéré des lendemains qui chantent suite à l’Accord de Paix du 12 mai 2001.

Bien qu’ayant déchanté (en sanctionnant les députés sortants le 10 janvier 2003) ils ont raison de continuer à placer en nous l’espoir de lendemains meilleurs.

C’est un bon placement car, qu’il soit bien compris que ce terrorisme-là, nous le combattrons autant que faire se peut, avec discernement, pacifiquement, inlassablement. Ces irresponsables qui nous gouvernent, parce qu’ils s’imaginent à tort être les plus forts, les plus rusés, sont en train de mener notre pays et la région vers l’indescriptible chaos que vit aujourd’hui la Somalie (pas le Somaliland). Dans ce chaos, tout le monde sera perdant.

Ces quelques lignes s’adressent principalement à tous nos partenaires politiques et économiques, car tout comme nous, eux aussi seront perdants, ne serait-ce que parce que les contribuables Américains et Européens ne souhaitent pas voir leur argent dilapidé par les choix politiques imprudents de leurs représentants.

Notre Peuple se refuse quant à lui à être le perdant collatéral d’une coopération bilatérale ou multilatérale qui serait préjudiciable à ses intérêts.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 51 du mercredi 14 mai 2003

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Réalité numéro 51 du mercredi 14 mai 2003

                Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

 

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Accord de Paix du 12 mai 2001 : état des lieux
  4. 12 mai : journée nationale de la Paix

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 51

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


 

Éditorial

L’HONNEUR DU CHEF DE L’ÉTAT

Le hasard du calendrier offre parfois d’étranges coïncidences et d’instructives informations sur les préoccupations de chacun. Ainsi, alors que la presse gouvernementale s’épanche à n’en plus finir sur le quatrième anniversaire du mandat présidentiel, nous commémorons pour notre part le second anniversaire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Deux événements qu’il est bien difficile de ne pas mettre en perspective pour mieux saisir l’importance que le Chef de l’État accorde à la Réconciliation nationale.

Comme tout citoyen djiboutien, nous aurions été heureux que l’impétrant, qui a fêté il y a trois jours ses quatre années d’exercice de la magistrature suprême, nous donne, autrement que par la sempiternelle rhétorique officielle, quelles ont été les actions qu’il a concrètement menées pour véritablement renforcer la Paix. Laquelle, chacun en conviendra aisément, ne peut se résumer à la seule signature sur le papier, encore moins au fait que les armes se soient tues. Surtout lorsque l’on sait que les Budgets 2002 et 2003 comportent une ligne de crédit de 350 millions affectés, paraît-il, à la « consolidation des Accords de Paix » et dont aucune réalisation pratique ne vient corroborer une affectation dans ce sens.

Il est donc pour le moins navrant de voir le Chef de l’État se gargariser à propos d’une Paix à la consolidation de laquelle nous attendons depuis deux ans qu’il contribue réellement, autrement que par le verbiage et l’artifice, quand il ne s’agit pas malheureusement de remise en cause. Car le problème est aussi clair que simple : si violation de l’Accord de Paix il y a, c’est au Président de la République, Chef du gouvernement, Chef suprême des Armées, Président du parti majoritaire à l’Assemblée Nationale avant le 10 janvier 2003 et accessoirement Président du Conseil Supérieur de la magistrature, qu’incombe principalement la responsabilité.

Pour inquiétant qu’il soit, ce flagrant décalage entre un discours présidentiel voulant s’approprier une Paix unanimement saluée, et une pratique qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’œuvre pas à la Réconciliation nationale, pose une question : est-ce vraiment respecter son mandat et son serment présidentiels que d’utiliser un Accord à des seules fins incantatoires, symboliques, c’est-à-dire sans application concrète ?

Dans sa plus brutale réalité, c’est toute la différence entre l’action politique, inscrite dans une durée et dans un projet, et la gesticulation politicienne, souvent faite d’hypocrisie (NIFAAQ) et de tricherie (KHAYAANA), qui se dévoile aujourd’hui dans ce Janus aux deux visages. Force est donc de reconnaître que le souci d’assurer par la fraude la réélection d’une Assemblée Nationale tout à lui dévouée passait par la violation d’une disposition essentielle dudit Accord de Paix : l’instauration dans la pratique d’un environnement institutionnel propice à une vie politique pacifiée. L’incarcération du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, s’inscrit bien dans ce refus acharné de l’État de droit.

Force est également de regretter que la Réhabilitation des zones affectées par le conflit, du fait de l’amélioration des conditions de vie qu’elle aurait provoquée, se heurte à un ressort essentiel de cet Etat patrimonial et clientéliste : la politique de la misère. Logique despotique selon laquelle un citoyen nécessiteux est forcément un électeur obéissant.

En définitive, c’est tout le bien-fondé de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 qui est ainsi posé : à quoi sert-il de faire la paix si une partie se refuse à l’appliquer, empêche toute amélioration des pratiques politiques et toute amorce d’un véritable développement économique ? Tout aussi gravement pour le pays, se pose une autre question : à quoi sert un Chef d’État qui ne respecte pas la parole donnée ?

 

 


Brèves nationales

 

Bilan présidentiel en supplément gratuit :

 

Le passif ne se vend plus !

 

Un mois après avoir fêté son élection « sans ostentation », le Chef de l’État commémore depuis le week-end dernier son investiture, toujours sous « le signe de la sobriété » bien sûr. A cette occasion, les médias gouvernementaux n’ont pas lésiné sur les moyens afin de couvrir l’événement comme il se doit en rappelant les « réalisations », forcément grandioses de ces quatre années écoulées.

N’étant pas griots pour un sou, nous avions à notre manière analysé dans nos précédentes éditions ce maigre bilan présidentiel à la lumière de la réalité quotidienne plus morose que jamais. Si changement il y a eu, avions-nous écrit, c’est essentiellement en négatif. Sans revenir sur toutes les occasions ratées à cause de la mauvaise volonté de ce régime, arrêtons-nous tout de même sur la nouvelle image de rassembleur que cherche à se forger le « numéro un » djiboutien, après le hold-up électoral du 10 janvier 2003.

Comme le vent rassemble les nuages, puis les disperse, le « Président rassembleur » a fait le vide autour de lui après la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qu’il s’était pourtant solennellement engagé devant Dieu et le Peuple djiboutien à sincèrement appliquer. Comment prétendre renforcer l’Unité nationale tout en sabotant la reconstruction de zones dévastées par le conflit, l’indemnisation des victimes et en refusant la réinsertion sociale aux démobilisés ? Comment favoriser le développement des régions en reconduisant des conseils régionaux cooptés, opaques et inefficaces au lieu de mettre en œuvre une réelle Décentralisation ?

Maintenant qu’il semble engagé dans une pré campagne de réélection présidentielle, porter des habits neufs de rassembleur lui apparaît peut-être plus judicieux. Seulement, nos concitoyens se posent quelques questions : comment peut-on rassembler après avoir si longtemps divisé au moyen du clonage politique et du bakchich ? S’acharner contre Daher Ahmed Farah, Président d’un parti d’opposition légalisé, ressemble-t-il à un rassembleur ?

Comment fait-on pour « corriger ce qui peut l’être» tout en restant seul maître à bord : tantôt timonier, tantôt tisonnier ?

La fuite en avant pratiquée jusque-là, loin de constituer une parade à la crise, la renforce immanquablement, tout en faisant perdre un temps précieux à notre Peuple.

L’opposition part

en guerre diplomatique

Sous ce titre, L.O.I (la Lettre de l’Océan Indien) a publié le 10 mai 2003 dans son numéro 1041 un article consacré à la politique intérieure djiboutienne que nous offrons ci-dessous à nos lecteurs :

« Le président de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD, opposition), Ahmed Dini, qui séjourne actuellement à Paris, a pris quelques initiatives pour tenter d’isoler le régime djiboutien au plan diplomatique. Dini a mené la liste de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD, opposition) aux élections législatives du 10 janvier 2003. Avec ses colistiers, il a estimé que ce scrutin avait été terni par des fraudes et avait déposé un recours en annulation de ces élections auprès du Conseil constitutionnel djiboutien assorti, selon lui, de «preuves formelles de violations des lois sur les élections ainsi que de fraudes flagrantes». Mais l’opposition a été déboutée et finalement aucun siège de député ne lui est revenu alors même qu’elle a remporté, selon les chiffres officiels contestés par elle, 45% des suffrages à Djibouti-ville et 38% sur l’ensemble du pays.

Le 28 avril, Ahmed Dini au nom de l’ARD a écrit au sénateur Jacques Legendre, secrétaire général de l’Assemblée parlementaire francophone et à Mme Monique Pauti, secrétaire générale de l’Association des cours constitutionnelles partageant l’usage du français (ACCPUF) pour dénoncer cette situation.

Dans sa lettre de quatre pages assortie d’un gros dossier présentant les recours de l’opposition djiboutienne devant la Cour constitutionnelle de son pays, il a repris la liste des griefs de l’opposition au sujet de ces élections (problèmes dans l’élaboration des listes électorales, dans la remises des cartes d’électeur à leurs titulaires, dans la rédaction des procès verbaux du scrutin etc.). En outre, deux ans après la signature de l’accord de reforme et de concorde civile, le 21 février 2001, Dini estime que « le régime refuse toujours obstinément de mettre cet accord en application » et juge que « la situation est bloquée au même point de départ qui avait occasionné la lutte armée ». Après avoir dressé ce sombre constat, Dini réclame dans sa lettre que la « section djiboutienne soit suspendue de l’Assemblée parlementaire de la francophonie dont elle est membre car cette présence lui apporte une légitimité indue ». Il souhaite également que l’ACCPUF « prenne en considération la réalité du Conseil constitutionnel de la République de Djibouti » qui selon lui contrevient à l’article 3 des statuts de l’ACCPUF « en s’opposant à l’avènement d’un État de droit ».

Loin de la politique du mensonge, privilégiée par le régime, le président Dini poursuit son juste combat pour l’avènement d’un véritable État de Droit dans notre pays. N’en déplaise au pouvoir en place, pour nous, la seule vraie politique reste la politique du vrai.

La Paix vue par

le petit bout de la lorgnette

Dans un éditorial panégyriste consacré au quatrième anniversaire du mandat présidentiel, le journal gouvernemental « La Nation », peu suspect de sympathie envers nous, écrivait jeudi dernier : « Nous nous sommes interrogés sur l’image la plus forte, la plus significative, la plus symbolique de ces quatre dernières années. A notre humble avis, aucune image n’est plus forte que celle du bûcher de la Paix dans le Nord du pays. Ces bûchers ont marqué le désarmement du FRUD-armé, dernier mouvement rebelle. Cet événement qui a eu lieu précisément à Ripta et Waddi le 7 juin 2001 a constitué l’aboutissement sur le terrain de l’accord de paix signé le 12 mai 2001 au Palais du Peuple entre le gouvernement et le FRUD-armé. Ces accords, qui ont d’ailleurs parachevé ceux d’Aba’a (un moment présentés comme une hache de guerre définitivement enterrée, NDLR) ont définitivement restauré la paix sur l’ensemble du territoire djiboutien. »

Après cet événement, dont la réussite ne dépendait que du FRUD-armé qui l’a voulu, quelle avancée significative, forte ou symbolique le régime a-t-il accompli dans l’application de l’Accord de Paix historique du 12 mai 2001 ? Honte au mensonge officiel cachant la vérité au peuple et réduit à brandir une simple photo de famille prise au Palais du Peuple le 12 mai 2001 !

Les plus belles images, aussi émouvantes soient-elles, n’incarnent pas la paix, sans l’existence d’une volonté politique d’appliquer honnêtement et sincèrement le contenu de l’accord signé.

Conférence de presse du Chef de l’Etat :

de la fausse modestie à la vraie insuffisance

Dans un long entretien à bâtons rompus accordé à la presse présidentielle Son Excellence (pardon !) le Président de la République a, une fois de plus, déployé ses talents de grand communicateur. Dès la première question, il reconnaît avoir été rattrapé par le temps : « à vrai dire, je n’ai pas vu le temps passer (…) je ne peux pas dire que j’ai fait tout ce que j’avais à faire. C’est vous (les journalistes) et le peuple qui devez juger. »

Les journalistes de la presse gouvernementale, c’est bien connu, ont pour mission de glorifier le régime et ce n’est pas un hasard si aucun d’eux ne s’est hasardé à lui poser des questions relatives à l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Quant au Peuple, il a si sévèrement sanctionné l’action présidentielle aux législatives du 10 janvier 2003 qu’il en a été spolié de sa victoire.

Enfin, pour ce qui est de la presse d’opposition, ses critiques dérangent tellement que notre ami DAF en a perdu sa liberté pour avoir dénoncé le pouvoir de tous les abus. Si le Chef de l’État s’est subitement mué en démocrate, nous en prenons acte, en espérant que la presse d’opposition sera conviée à sa prochaine conférence urbi et orbi.

La plante verte ne volera plus

en première classe : Khat roues motrices ?

Selon des informations recueillies dans les milieux de la puissante association des brouteurs djiboutiens, le sujet le plus débattu dans les mabraz du pays serait, non pas l’anniversaire du mandat présidentiel, mais incontestablement le mode de transport désormais imposé à l’acheminement de la précieuse plante, qui passerait, pour ainsi dire, du carrosse à la charrette. En effet, dans quelques jours, l’avion quotidien ne sera plus qu’un bon souvenir et le khat empruntera la route Diré-Dawa-Djibouti. L’initiative de ce changement aurait ses origines dans les considérations de sécurité aéroportuaires soulevées par les Américains. Lesquels, ce faisant, contribuent à n’en pas douter à la démocratisation du marché du khat.

Les véhicules 4×4 seront donc particulièrement sollicités et la route encombrée, comme en 1991.

Malheureusement, cette future épopée risque également de causer des accidents sur la voie Ali-Sabieh-Djibouti : en 1991 déjà, on dénombrait plusieurs accidents mortels sur la route Dikhil-Galafi. Cette année, avec les camions éthiopiens, il faudra être extrêmement prudent.

 


 

Accord de Paix du 12 mai 2001 : état des lieux

 

Afin de mieux montrer tout le décalage qui existe entre un discours gouvernemental prétendant que l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 suit son cours normal, et la réalité des multiples violations, voici un état des lieux au bout de deux ans. Alors que la presse gouvernementale fait l’impasse sur ce sujet, pourtant essentiel à la réconciliation nationale, chacun pourra apprécier à travers les lignes qui suivent, la mauvaise foi en action du régime.

 


 

DECENTRALISATION

Article 20 : Du cadre juridique.

Elles adoptent le projet de loi de décentralisation, annexé au présent Accord, comme loi organique fixant le cadre juridique de la décentralisation.

Article 21 : Des niveaux de décentralisation.

a. Les deux parties s’entendent sur les niveaux de la décentralisation qui sont de l’ordre de deux, à savoir: la Région et la Commune.

b. Les deux parties ont accepté de mettre d’abord en place les régions et ultérieurement les Communes. Les 5 régions sont: ALI SABIEH, ARTA, DIKHIL, OBOCK et TADJOURAH. La Capitale disposera d’un statut particulier.

Article 22 : Commission Nationale de la Décentralisation.

Une commission de mise en place de la Décentralisation composée de douze membres (12) dont 3 représentants de chaque partie signataire de l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde Civile susmentionnée est créée.

C’est toute l’économie du texte annexé à l’Accord de Paix qui a été remise en cause par le gouvernement et son Assemblée Nationale. La version adoptée par cette dernière constitue l’antithèse d’une véritable démocratie locale puisque des dispositions essentielles telles que le respect des limites régionales, la transparence des élections locales ou encore la coopération décentralisée ont été purement et simplement supprimées par le « législateur ». Tout comme le gouvernement a estimé légal de ne pas mettre en place la Commission Nationale de Décentralisation prévue à l’article 23.

Persistant dans sa mauvaise foi, le régime, une fois toutes ces violations perpétrées, a unilatéralement initié un pseudo séminaire consacré à la décentralisation, au terme duquel le Premier ministre a décrété qu’elle devait se faire non pas dans le respect du calendrier fixé par l’Accord de Paix, mais en fonction des ressources du pays qui ne suffiraient pas.

Les hasards de la tombola politique qui préside à la sélection du personnel politique au sein du RPP peuvent peut-être expliquer qu’un dirigeant sans envergure ni expérience, pour ne pas parler de projet, puisse faire preuve d’une telle désinvolture.

Mais lorsque de telles inepties se retrouvent dans la bouche du Chef de l’État, c’est à désespérer de la réelle volonté du régime à ce chapitre.

En effet, dans l’interview accordée à l’occasion du quatrième anniversaire de son mandat, le Président de la République a avancé que sur recommandation d’un expert étranger, il fallait marquer une longue pose dans la mise en place de la Décentralisation !

Il est tout simplement pitoyable que le premier responsable du pays en arrive à fuir des responsabilités auxquelles il s’est solennellement engagé devant le Peuple le 12 mai 2001 en se cachant derrière la potion magique d’un « grand sorcier blanc ».

En agissant ainsi, le Chef de l’État donne les preuves supplémentaires qu’il participe lui-même activement à la violation de cet Accord de Paix dont, faut-il le rappeler, le point B de l’article 24 stipule clairement que « Les deux parties signataires du présent Accord conduiront de concert l’application stricte et honnête de la totalité de son contenu et de toutes autres mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses objectifs. »

REFORMES DEMOCRATIQUES

Article 10 : De la nationalité.

Les personnes dont l’appartenance à la communauté djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes.

Article 11 : Du conseil constitutionnel.

Considérant l’importance du Conseil Constitutionnel, régulateur de la vie politique et protecteur des libertés fondamentales, les deux parties conviennent de réexaminer sa composition et son statut.

Article 13 : Des libertés publiques.

a. Les deux parties s’engagent à respecter les conventions ratifiées par la République de Djibouti et à tout mettre en oeuvre afin qu’une véritable liberté syndicale s’instaure. Tous les corps professionnels sont libres de s’organiser et de défendre leurs intérêts dans le respect des lois et règlements.

b. Les deux parties s’engagent à réaliser effectivement la protection des droits fondamentaux tels que proclamés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et contenus dans le Préambule de la Constitution Djiboutienne du 15 Septembre 1992.

Article 14 : De la liberté de la presse.

Les parties s’engagent à oeuvrer pour assurer la liberté de la presse conformément à la loi organique no21/An/92/2ème L du 15/09/92 telle qu’amendée dans ses articles 4, 60 et 63, relative à la liberté de communication, qui concilie le droit à l’information avec le droit à la vie privée et à l’ordre public.

Article 15 : De l’égalité de tous les citoyens.

a. Les deux parties réaffirment leur attachement au principe de l’égalité de tous les citoyens, tel que défini par l’article 3 de la Constitution de Septembre 1992.

b. Les institutions civiles et militaires de la République refléteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif encadrement et hiérarchie la pluralité de communautés composant le peuple Djiboutien.

Article 16 : Le contrôle des opérations électorales sur le plan national est assuré par une commission électorale nationale indépendante. Un décret déterminera son fonctionnement et sa composition.

Article 17 : Droit à l’Éducation.

a. Les deux parties souscrivent à la volonté, telle qu’affirmée au Titre V de l’Accord de paix de Décembre 1994, d’un soutien scolaire renforcé aux enfants des zones affectées par le conflit armé.

b. Elles reconnaissent la nécessité de poursuivre ces efforts en direction des zones affectées par la guerre en matière éducative, par la réouverture des écoles fermées.

Aucune avancée significative n’est malheureusement à signaler dans ce domaine, le régime gardant toujours ses mêmes caractéristiques autoritaires.

Ainsi, la Commission ad hoc sur la Nationalité prévue à l’article 10 et devant remédier au déni de citoyenneté en procédant à la délivrance des cartes d’identité à tout citoyen pouvant y prétendre, n’a pas encore été mise en place. Quoi qu’en dise le régime, la discrimination dans l’octroi des pièces d’identité et l’inscription sur les registres d’état civil persiste.

De même, l’article 11 qui prévoyait d’améliorer le fonctionnement du Conseil Constitutionnel n’a trouvé aucune application, certaines notabilités en mal de reconversion se bousculant au portillon pour reconduire les intolérables dysfonctionnements d’une institution qui s’est totalement discréditée lors des dernières législatives. Si la clé de voûte institutionnelle d’une démocratie est aussi déréglée, il est illusoire de parler d’État de droit.

Dans ce registre, la mise en place d’une CENI réellement indépendante, prévue à l’article 16, a également connu de telles violations, le régime se contentant d’instituer un ersatz. Lequel, logiquement pourrait-on dire, s’est particulièrement illustré le 10 janvier 2003 puisque certains de ses membres ont été pris en flagrant délit de fraude sans qu’aucune sanction n’ait été prise à leur encontre. Inutile d’enfoncer une porte ouverte : le ridicule de cette institution maison n’a échappé à personne.

Plus gravement, comment le Chef de l’État ose-t-il prétendre œuvrer pour l’Unité nationale alors que l’article 15 qui prévoyait dorénavant l’égalité entre les citoyens par la dépolitisation des chances d’accès aux richesses nationales et du recrutement dans la fonction publique tarde encore à se concrétiser ?

D’autant plus dramatiquement que l’illégalité et l’opacité dans lesquelles travaillent les sociétés de travail temporaire sont propices à tous les abus sectaires.

Au chapitre du droit à l’Éducation (article 17) notons qu’aucune amélioration n’a été constatée, surtout en milieu rural et en ce qui concerne le rattrapage scolaire en faveur des écoliers dont la scolarité a été perturbée par le conflit.

Enfin, l’article 14 relatif à la liberté de la presse a été tout simplement oublié par le régime qu n’a même pas soumis à l’Assemblée Nationale les différents amendements portés à la loi en question dans le cadre des négociations. Le pluralisme de l’information n’est décidément pas à l’ordre du jour.

PAIX CIVILE

ET SECURITE

Article 4 : De la Concorde civile.

Les deux parties s’engagent à promouvoir l’instauration d’une culture de paix pour réaliser pleinement la fraternité et la réconciliation nationale afin que les tragédies passées ne se renouvellent pas.

Article 5 : Du désarmement et de la démobilisation.

a) Les échanges des prisonniers, l’arrêt des hostilités, le déminage et l’instauration de dialogue, étant des acquis tangibles, les deux parties conviennent, au plus tard, dans les 7 jours, après la signature du présent accord de procéder aux opérations de désarmement et démobilisation et ce en phases successives :

1) Regroupement des éléments FRUD-armé à : RIPTA et Waddi (Districts Nord)

2) Désarmement et démobilisation des combattants du FRUD-armé s’effectueront simultanément dans les points de regroupement convenus.

3) L’ensemble des opérations de désengagement, démobilisation et désarmement doit s’achever impérativement dans un délai de sept jours.

b) Les forces gouvernementales réintégreront leur position habituelle d’avant conflit dès lors que les opérations ci-dessus énumérées prendront fin. Elles doivent procéder au déminage avant leur repli de leurs anciens campements.

c) Les éléments du Frud Armé démobilisés bénéficient de l’intégration dans les corps de défense et de sécurité ou de l’insertion dans la vie sociale ou bien de l’indemnisation.

d) Pour la bonne gestion de ces opérations, une commission mixte sera mise en place. Elle sera chargée de l’identification complète de chacun des combattants suivant le formulaire ci-joint.

Elle sera chargée également du recensement physique des hommes et de leurs équipements de guerre (notamment armes individuelles et collectives) ainsi qu’à leur réception.

Au sein de cette commission mixte, une cellule chargée des opérations sanitaires et médicales sera mise en place.

Article 6 : De l’intégration, réintégration, indemnisation et réinsertion

a) Le passage des conflits à la paix durable implique le désarmement et la démobilisation.

b) Tout ancien fonctionnaire ou conventionné appartenant au Frud Armé sera réhabilité et réintégré dans son droit.

Pour le règlement de la situation des ex militaires, des ex gendarmes et des ex policiers figurant dans les mêmes cas; ils pourront selon leur statut respectif et leurs âges, prétendre à :

Mise à la retraite ;

Rachat des annuités manquantes ;

Pécule ;

Remboursement des cotisations.

Les conditions d’octroi de ces droits seront précisées ultérieurement par un décret.

c) Les deux parties conviennent de faire appel à la communauté internationale afin qu’elle apporte son assistance au processus de la démobilisation et de la réinsertion pour son financement dans le cadre de la prévention des conflits.

Article 7 : Des ayants droit.

Les ayants droit des victimes du Frud seront assistés. Une aide financière extérieure sera sollicitée pour appliquer ce programme dans le cadre du renforcement du processus de paix et de la prévention des conflits.

Les seuls points ayant trouvé une application concrète et rapide dans ce volet, ce sont le désarmement et la démobilisation des combattants du FRUD-armé dès juin 2001, conformément à l’alinéa b. de l’article 25 qui stipulait : « Les procédures de démobilisation prévues à l’article 6 du présent Accord débuteront dès la signature… et devront obligatoirement s’achever dans 15 jours. ».

Notre mouvement a donc respecté ces dispositions qui ne dépendaient que de lui et le bûcher de la paix n’a pu être réalisé uniquement parce qu’il en a décidé ainsi.

Par contre, si l’incorporation de 300 éléments du FRUD-armé au sein de l’Armée, la Police et la Gendarmerie a bien eu lieu, ils ont inexplicablement été classés « Mobilisés » alors qu’aucune situation de guerre ne le justifie. De plus, les grades qui devaient leur être attribués tardent toujours à arriver.

Quant à une autre disposition de cet article 5 prévoyant le retour des troupes gouvernementales à des positions d’avant le conflit, elle est quotidiennement violée à Adaylou. Ce qui crée un climat malsain que nous avons souvent évoqué dans nos colonnes.

L’article 6 prévoyait pour sa part la réintégration des fonctionnaires et conventionnés, de nouvelles intégrations dans la Fonction Publique et dans la Convention Collective, ainsi que l’indemnisation des anciens militaires, policiers et gendarmes.

Sur le premier point, quelques cadres du FRUD-armé ont été non pas réintégrés mais recrutés, ce qui implique perte de l’ancienneté et du droit à la retraite. Aucun d’eux n’a par contre été affecté à un quelconque poste dans quelque administration que ce soit. La Primature a vainement et maladroitement tenté de transformer ce droit en faveur personnelle en cherchant à procéder à des nominations sélectives. Puis, la carotte n’ayant pas marché, le régime a eu recours au bâton : les salaires de certains de ces cadres, recrutés a compter de janvier 2002, ont été purement et simplement suspendus au bout de quatre mois.

Ce qui fait qu’ils sont aujourd’hui les seuls salariés djiboutiens à totaliser quatorze mois d’arriérés. Cette petite mesquinerie aurait été imaginé par la Présidence et la Primature : l’amélioration de l’existence individuelle n’a aucun poids quand des dispositions collectives de l’Accord de Paix sont à ce point violées.

De même, pratiquement aucun fonctionnaire ou conventionné ayant été abusivement licencié pour raisons politiques durant le conflit n’a été réintégré.

De même qu’aucune intégration dans la Fonction Publique ou la Convention Collective, dans le cadre du rééquilibrage, n’a été effectuée.

Quant à l’indemnisation des anciens militaires, policiers et gendarmes, aucun décret présidentiel n’a encore été pris dans ce sens bien que, selon nos informations, les services concernés de l’AND aient pour leur part préparé le dossier technique s’y rapportant.

Enfin, à ce chapitre de la paix civile, l’article 7 qui prévoyait une assistance aux ayants droit des victimes FRUD, n’a pas davantage trouvé un début d’application.

Réhabilitation des zones dévastées par le conflit et indemnisation des biens privés

Article 8 : Principes généraux.

a. Soucieuses de contribuer à accélérer le développement économique du pays ainsi que son intégration régionale, les deux parties s’engagent à tout mettre en oeuvre pour remédier aux effets néfastes du conflit sur l’environnement macro- économique.

b. Devant l’ampleur du chantier de la reconstruction nationale, les deux parties sont convenues d’accorder à ce chapitre une importance toute particulière et d’engager toutes les mesures appropriées visant à la réhabilitation des réfugiés et des déplacés, à l’indemnisation des particuliers dont les biens ont été détruits durant le conflit et à la reconstruction des infrastructures publiques.

c. Le programme de réhabilitation et de reconstruction déjà engagé depuis plusieurs années sera poursuivi jusqu’à son terme sur toute l’étendue du territoire touchée par le conflit armé – par la mise en état des infrastructures

– par la mise en état d’adduction d’eau,

– programme de construction et de réhabilitation de logement à Yoboki et à Obock devront se réaliser dans un délai raisonnable.

Parallèlement aux programmes en cours de réalisation, le réaménagement du Port d’Obock sera entrepris à l’instar de celui de Tadjourah.

Dans le même cadre, le projet d’adduction d’eau à Day déjà entamé sur l’initiative du gouvernement djiboutien, sera poursuivi.

Un soutien financier international sera sollicité à cet effet.

Article 9 : Des conséquences sur les civils.

a) Les deux parties s’engagent à oeuvrer pour que tous les civils victimes des conséquences de la guerre soient restaurés dans leurs biens et puissent retrouver leur cadre de vie.

b) Une indemnisation sera allouée aux victimes civiles dont les biens ont été détruits ou endommagés par la guerre.

c) Un soutien financier international sera sollicité à cet effet.

Dans le meilleur des cas, la réhabilitation des infrastructures publiques prévue à l’article 8 est laissée à la générosité des Forces Françaises stationnées à Djibouti, dont la presse gouvernementale se fait souvent l’écho, sans se demander les raisons d’un tel désintérêt de nos pouvoirs publics. Et pour cause : la Conférence des donateurs au cours de laquelle devaient être collectés les financements nécessaires, a été ajournée sine die au plus haut niveau djiboutien.

Certes, c’est délibérément que l’Accord n’avait établi aucun échéancier à cet effet : la réalisation des immenses chantiers de la reconstruction dépassant de loin nos maigres ressources nationales, elle nécessite le concours financier de la coopération bilatérale et multilatérale impliquée dans le développement de notre pays. Il aurait été imprudent de budgétiser des dons extérieurs qui sont, par définition, aléatoires. En revanche, nous ne nous lasserons pas de condamner l’unilatéralisme irresponsable du régime qui, en violation de l’article 24 et des attentes populaires, consiste à faire passer pour une application de l’Accord la construction sur deux ans d’un pâté de logements à Obock et à Yoboki, pour le montant dérisoire de deux millions d’euros.

Pour sa part, l’article 9, se fondant sur un volumineux travail de recensement annexé à l’Accord, prévoyait une indemnisation aux civils dont les biens ont été détruits durant le conflit. Alors que le régime distribue des cadeaux à ses griots patentés, il est pour le moins regrettable et contraire à la Réconciliation nationale comme au développement économique, que les civils dont l’outil de travail a été détruit (pirogues, boutres ou véhicules 4×4) ne soient pas indemnisés.

 

 


12 mai : journée nationale de la Paix

 

L’espoir soulevé par l’Accord de Paix définitive du 12 mai 2001 reste intact, comme en témoigne le succès du meeting de l’UAD consacré à cette commémoration lundi dernier. Ce rassemblement unitaire a également été l’occasion d’exiger solennellement la libération du Président Daher Ahmed Farah, injustement incarcéré depuis plus de trois semaines.


C’est sous un soleil de plomb malgré l’heure tardive (17 heures) et l’accablante humidité du mois de mai que se sont rassemblés plusieurs milliers de militants et sympathisants de l’UAD devant le siège de l’UDJ, à l’avenue Nasser. Autant que la commémoration de cette journée historique, ce que les observateurs ont remarqué, c’est bien la solidité de la dynamique unitaire de l’opposition nationale.

Des banderoles exigeant la libération immédiate de DAF et l’application totale de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 étaient largement déployées aux abords du lieu du meeting. Dans la matinée déjà, plusieurs milliers d’exemplaires de l’Accord de paix et du communiqué de l’UAD étaient distribués dans la Capitale et dans les quatre districts de l’Intérieur.

Une façon d’associer le Peuple tout entier à l’importance de l’événement.

Plusieurs orateurs de l’UAD se sont succédé au micro pour dénoncer l’attitude irresponsable du régime qui sabote la Réconciliation nationale et le Développement en persistant dans son refus d’appliquer sincèrement et intégralement le contenu de cet Accord.

Les dirigeants de l’UAD ont tous estimé qu’il n’y avait rien à attendre d’un pouvoir ne respectant ni ses engagements, ni les droits de l’Homme, ni même le verdict des urnes. Tous ont convenu que désormais le 12 mai sera fêté comme journée nationale de la paix.

M. Ismaël Guedi, Président de l’UDJ, a quant à lui résumé le sentiment général des dirigeants de l’UAD et même du Peuple djiboutien face à cet inqualifiable attentat contre la Paix et la Réconciliation nationale que représente la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. En effet, il a à juste titre estimé que « La Paix est notre seule industrie et constitue le véritable gage de notre développement harmonieux. le FRUD-armé a consenti des efforts louables pour parvenir à cette paix. Si cette paix reste une réalité deux ans après sa signature, le mérite en revient surtout à la sagesse de l’opposition, et non aux gesticulations démagogiques d’un régime insouciant. Refuser de traiter les causes et conséquences d’un conflit civil qui a duré dix ans, est totalement irresponsable et n’augure rien de bon pour l’avenir

Après une décennie de conflit civil, il est bien normal que le retour de « notre bien commun le plus précieux » dixit le Chef de l’État, soit commémoré comme il se doit. Où a-t-on vu un Président de la République fêtant plus que de raison son élection et son investiture qu’une paix sans laquelle tout développement reste impossible ?

Conscient de ses dérives et mensonges concernant les violations de la paix signée le 12 mai 2001, le régime en est honteusement réduit cette année à publier dans sa presse la photo souvenir ressortie de ses placards pour ne pas être en reste. L’hypocrisie s’arrête là et la réalité reprend aussitôt le dessus. Le silence des armes et une photo de famille ne sauraient à eux seuls signifier la paix.

Nos concitoyens n’ont pas manqué de relever qu’aucune question relative à l’application de l’Accord de Paix n’a été soulevée dans les discours officiels depuis un an. C’est la preuve que le sabotage est organisé en haut lieu.

C’est si vrai que dans un entretien fleuve récemment accordé aux médias officiels, « le numéro un djiboutien » continue de faire l’impasse sur ce sujet sensible, préférant ouvrir des chantiers « plus importants ».

Quel chantier est plus important que la consolidation de la paix ? Par quelle baguette magique résoudra-t-il les grands problèmes de l’heure tout en laissant fermé le grand chantier passionnant de la paix ?

Fuir l’Accord de Paix démontre tout simplement l’absence de grand dessein au plus haut niveau de l’État. Le mensonge permet de passer, mais pas de repasser, dit un proverbe local.

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

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Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (5)
  4. Bonne gouvernance : posture ou imposture ?
  5. Communiqués de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 50

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

GOULAG PAR CONTUMACE POUR ALHOUMEKANI : L’ARBRE VEUT CACHER LA FÔRET

 

Le propre d’un régime impopulaire, c’est d’imposer aux citoyens ses propres préoccupations, corporatistes pourrait-on dire, souvent bien loin des difficultés quotidiennes du commun des mortels. Le moteur a beau tourner à plein régime, une voiture n’avance pas si sa boîte de vitesse est au point mort. Le matraquage médiatique à propos du procès en diffamation du dénommé Alhoumékani illustre parfaitement cette déconnexion entre citoyens et dirigeants. Accessoirement, ce procès est celui d’un autre procès au sujet duquel, parce que l’affaire est justement en instruction, nous n’avons jamais rien écrit, et n’écrirons encore rien aujourd’hui. Mais ce procès est en vérité un écran mis en scène pour occulter les véritables problèmes politiques auxquels il nous est bien difficile de ne pas le rattacher.

 

Nous n’évoquons qu’incidemment un aspect loufoque de l’argumentaire déployé par la partie civile pour diaboliser l’accusé : il n’a malheureusement pas le privilège d’avoir émis des chèques sans provision. Rappelons en effet qu’après sa réhabilitation, le député Moussa Ahmed Idriss a été lui aussi victime d’une telle indélicatesse commise par l’Assemblée Nationale qui, en guise d’indemnités, a trouvé normal de lui expédier un chèque en bois, pour lequel le Trésor ne lui jusqu’à présent rien versé.

 

En fait, le problème est à deux niveaux.

 

En premier lieu, ce n’est pas souvent que la télévision est invitée à couvrir dans son intégralité le déroulement d’un procès : le privilège médiatique accordé à ce qui n’est officiellement qu’une affaire de diffamation, ne peut nous faire oublier les conditions de « discrétion », pour ne pas parler d’illégalité, qui entourent l’emprisonnement du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, lui aussi accusé d’avoir diffamé. La « transparence » du procès par contumace du sieur Alhoumékani, essentiellement à usage externe (puisque, de toute évidence, l’objet de la diffamation ne constitue pas une préoccupation à Djibouti, ni pour le Peuple, ni pour l’opposition) contraste donc singulièrement avec l’opacité généralisée dans la gestion des affaires politiques. Dans ce souci de transparence de la Justice, et après les prestations remarquées des chefs de la Sécurité et de la Gendarmerie au procès par contumace de M. Mohamed Saleh Alhoumékani, aurons-nous également droit à la retransmission télévisée à travers le magazine « Gros Plan » du procès DAF-Zakaria ? La majorité de nos concitoyens assommés par le matraquage médiatique du procès de l’ « affabulateur » saura gré à qui de droit de l’informer du dossier d’un combattant de la démocratie qu’elle souhaiterait voir libéré : DAF.

 

En second lieu, une telle focalisation sur la mort d’un juge français (même si le journaliste de la RTD se croit obligé de parler d’un « suicide volontaire »), ne peut que légitimement nous inciter à demander des réparations, au moins symboliques, pour les centaines de victimes civiles assassinées par des éléments des forces djiboutiennes de défense et de sécurité. Surtout lorsque l’on se souvient que certaines de ces victimes sans défense ont été sauvagement torturées puis exécutées dans le district d’Obock au lendemain de l’élection présidentielle de 1999. Pas plus que d’autres, nous n’avons entendu parler d’une quelconque enquête diligentée par les galonnés que DAF aurait aujourd’hui diffamés, ni a fortiori par le Chef suprême des Armées, que tel exilé aurait lui aussi diffamé.

 

A travers ce procès, c’est donc cette puérilité du régime qui nous préoccupe : à quelques jours du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est toujours la même fuite en avant qui semble prévaloir. Parce qu’il s’agit d’un crime de lèse-majesté, diffamer est donc plus grave que massacrer à Djibouti.

 

Chaque époque vit avec ses mythologies judiciaires : accusés de sorcellerie, cochons, chiens ou animaux de basse-cour comparaissaient au Moyen-Age devant le tribunal des humains. Faute d’avocat peut-être, ils étaient souvent condamnés.

 

Les procédures et les croyances ayant évolué depuis, les régimes autoritaires trouvent moins inhumains de vouer au Goulag toute conscience réfractaire . Il est vrai que le froid conserve.

 

 


Brèves nationales

 

Hystérie répressive :

 

qui est en charge du dossier DAF ?

 

Alors que notre confrère entame sa troisième semaine de détention dans des conditions inhumaines, le régime continue ses persécutions à son encontre : perquisitions et confiscations illégales. Ce qui ne semblait au départ qu’une intolérable atteinte à la liberté de la presse est devenue, au fil des jours, une affaire politique impliquant tout l’appareil d’Etat et ses instruments de répression.

Les violations du domicile privé de notre ami DAF et du siège de son parti légalisé constituent autant de gestes de défi à l’opposition nationale, dont l’attitude responsable et unitaire déstabilisent le pouvoir aux abois. Soucieuse de ne pas prêter le flanc aux multiples provocations, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) a publié le 30 avril dernier le communiqué dont la teneur suit :

« Très tôt ce matin, la police judiciaire a investi, sans mandat de perquisition, le siège du parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement –M.R.D où elle a interpellé deux membres du parti et emporté un ensemble de matériels sono et de nombreuses cassettes audio. Au même moment, un autre contingent de la police prenait la résidence du Président Daher Ahmed Farah, toujours incarcéré à la prison de Gabode, ou elle a saisi, en toute illégalité, 7 machines à écrire, toutes les archives du journal le Renouveau Djiboutien, trois tampons du parti, un ordinateur et divers accessoires des machines à photocopier.

L’Union pour l’Alternance Démocratique –U.A.D qui considère les agissements du pouvoir comme une grave provocation :

– Réitère l’exigence de la libération immédiate et inconditionnelle du Président de M.R.D, M. Daher Ahmed Farah,

– Exige l’arrêt immédiat de telles procédés arbitraires, qui risquent de créer une situation incontrôlable,

Réclame le retour immédiat des matériels confisqués,

-Demande au Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme une réponse explicative de tels faits,

– Enfin, informe la communauté nationale et internationale sur le non-respect des Droits l’Homme en République de Djibouti. »

L’UAD suit cette affaire avec préoccupation et demande à toute la population de garder son calme pour contrer les manoeuvres de division d’un régime plus condamné que jamais.

Réinsertion :

les démobilisés du FRUD crient leur désespoir

Dans un long courrier qu’ils nous a fait parvenir cette semaine, le secrétaire général de l’Association des Démobilisés du FRUD (ACDF) dénonce la misérable conditions des ex-combattants neuf ans après l’Accord d’Aba’a et malgré le pacte d’alliance avec le RPP. Après avoir rappelé les multiples promesses non tenues par les autorités politiques, il proteste et s’indigne de la différence de traitement entre les démobilisés gouvernementaux et les ex-rebelles du FRUD.

Bien qu’alliés du gouvernement, les dirigeants du FRUD affirme-t-il, n’ont rien fait pour soulager la détresse de leurs camarades oubliés de la réinsertion sociale et condamnés à la misère sociale. C’est l’une des raisons, conclut-il, qui a poussé nombre de ces ex-combattants du FRUD à rejoindre les rangs de l’ARD (UAD) dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits bafoués à une juste réinsertion.

Rappelons que l’Association des Démobilisés du FRUD-armé (ADFA), qui compte 774 membres, reste quant à elle victime de la non-application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qui prévoyait justement une véritable réinsertion sociale pour ses combattants, dont certains totalisent une décennie d’engagement sur le terrain.

Promotion des droits de l’homme :

la philosophie de l’esbroufe s’exporte-t-elle ?

Le journal gouvernemental « La Nation », spécialisée dans l’agenda gouvernemental, n’a décidément rien à se mettre sous la dent en cherchant désespérément à crédibiliser la mauvaise gouvernance.

Ainsi, dans son édition de lundi dernier, le lecteur a droit à un exposé pompeux sur l’Etat de droit et les droits de l’homme à Djibouti.

Sur une pleine page, on peut y lire un long et indigeste discours prononcé à Brazzaville par le ministre-philosophe, au cours d’une conférence « des structures gouvernementales des droits de l’homme dans l’espace francophone ». Brazzaville, capitale du Congo est, soit dit en passant, un haut lieu de la paix et de la démocratie en Afrique.

Les droits de l’homme étant par nature indissociables d’une justice indépendante, nous aurions aimé, après son discours de Brazzaville, connaître la position de notre Garde des Sceaux, chargé des droits de l’homme, sur les persécutions dont sont victimes le Président d’un parti politique légalisé et son organe de presse.

Dans un pays où des clones « syndicalistes» continuent d’être présentés comme des représentants légitimes des travailleurs, de quel pluralisme se réclame un régime étouffant l’émergence d’une véritable société civile indépendante ?

Si le régime djiboutien se dit « fermement engagé à lutter en faveur des droits de l’homme », c’est la preuve qu’ils ne sont toujours pas respectés.

La Lutte continue donc !

Tadjourah :

le retour de l’enfant terrible ?

Mais de quelle nouvelle campagne électorale est encore chargée l’ancienne tête de liste de la mouvance présidentielle, dont les menées dilettantes ont été sanctionnées lors des dernières législatives? Toujours est-il, notre fringant Premier ministre a débarqué timidement jeudi dernier à l’escale de Tadjourah, accompagné des membres de sa « mouvance » et sans les «parlementaires mal élus» de la circonscription de Tadjourah. Ce qui aurait mécontenté certains intrépides qui, par manque de légitimité, auraient bien voulu débarquer dans ses valises.

Ayant pris soin quand même de dépêcher à l’avance et par route un petit comité d’accueil présent ce jour-là à l’arrivée, c’est donc entouré de quelques supporters maison qu’il a fait son entrée non remarquée dans la Ville Blanche.

Avec une certaine appréhension tout de même, car les rabatteurs spécialistes en fausses promesses envoyés sur place quelques jours auparavant n’avaient accompli qu’un maigre travail de sensibilisation.

Parcourant volontiers plusieurs dizaines de mètres à pied à la façon UMP, l’enfant du pays a pu constater l’état de prospérité de sa ville et de ses habitants, surtout depuis l’instauration de l’ère nouvelle qui a vu le renforcement de la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté, chères au Chef de l’Etat.

Ce week-end de travail prévu de longue date et sans cesse repoussé, se voulait avant tout une « reprise de contact » avec la Ville Blanche et sa Jeunesse frondeuse, dans l’espoir de se constituer une petite clientèle locale. Peine perdue !

Dans ses bagages, le chef de file de la « nouvelle génération aux affaires publiques » était censé rapporter quelques propositions alléchantes et beaucoup de promesses réalisables d’ici 2005 et surtout après cette date.

Selon les quelques jeunes triés sur le volet ayant eu l’insigne honneur de l’approcher et de l’écouter, son monologue avait trait au développement régional et comportait deux volets importants : le développement du district de Tadjourah et la promotion de sa jeunesse. Aussi, se serait-il engagé, une fois n’est pas coutume, à réaliser le programme suivant :

– encourager les jeunes chômeurs à créer leur propre entreprise, moyennant une aide financière remboursable de l’Etat de l’ordre de un à 1,5 million FD ;

– régulariser la situation professionnelle des bénévoles employés dans le secteur public ;

– rouvrir prochainement la frontière avec l’Ethiopie au niveau du poste de Bouya (fermé pour des raisons inexpliquées depuis six mois, pénalisant les transporteurs routiers) ;

– renflouer les caisses du Conseil Régional pour un montant de 50 millions FD à partir d’un financement déjà obtenu des Américains ;

– bitumer le tronçon Soudda de l’axe routier Randa-Dorra ;

– recruter des cantonniers (coolies) pour l’entretien des pistes rurales dangereuses ;

– ouvrir un centre d’enseignement professionnel à Tadjourah ;

– construire des logements sociaux dans ce district ;

– favoriser l’accès des entrepreneurs locaux aux futurs marchés publics, etc.etc

Vaste programme donc !

Bien sûr, nous avons volontairement laissé de côté d’autres promesses, démagogiques ou de circonstance, comme nous tairons les questions sensibles posées au Premier ministre et qui n’ont pas obtenu de réponse.

En fin de séance, il été décidé de créer une « commission de suivi » devant se réunir tous les deux mois et forcément composée des membres de sa « mouvance ».

Rendez-vous aurait donc été pris dans deux mois pour « récolter les premiers fruits », selon ses propres termes.

On le voit, notre leader national a des idées plein la tête mais peu de moyens politiques et financiers. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent bien y croire, concédons-lui tout de même qu’un nouveau sentiment volontariste semble l’animer.

Et si jusqu’à présent il n’avait pas réussi à prendre à bras le corps la destinée de son Peuple, c’est qu’il devait sûrement être occupé à « la gestion de vraie problématique ».

Bien qu’étant victimes de son surmenage, en notre qualité de partie cosignataire d’un Accord de Paix violé par son Exécutif, nous compatissons sincèrement, car on nous demande sans cesse d’oublier le passé.

Tant qu’on ne nous demande pas d’oublier l’avenir…

 


 

Le mensonge permanent (5)

5ème partie : Les Dépenses publiques contre le peuple

 

L’étude des dépenses de l’Etat, la semaine passée, démontrait l’incohérence du Budget dans sa répartition entre les différents ministères. Que les bénéficiaires des accroissements budgétaires n’étaient pas les secteurs sociaux, tel que le soutient le gouvernement, mais plutôt les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Que les augmentations des dépenses publiques appelaient des relèvements des impôts qui, loin de couvrir ces besoins, engendrent des déficits budgétaires qui doivent être comblés par des emprunts. C’est justement sur ces dysfonctionnements de la politique économique de l’Etat que porte le présent numéro.


L’accroissement d’année en année des dépenses publiques ne se justifiait nullement par une quelconque amélioration des conditions de vie des citoyens du pays. Bien au contraire, la sécurité du système politique en place reste le souci majeur du gouvernement qui octroie une enveloppe budgétaire de plus de 9 milliards fd soit plus de 37% des dépenses de fonctionnement et d’équipement de l’Etat, aux seuls ministères de l’Intérieur et de la Défense. La largesse de ces dépenses fort élevées s’opère au détriment des ménages les plus faibles matériellement.

Cet état de fait peut encore être mieux apprécié lorsque l’on approche la classification des ministères en fonction de la part du budget allouée. La Santé, secteur social clé, vient seulement en 5ème position après la Défense, l’Intérieur et le ministère des Finances et de l’Economie. Bien entendu l’Education vient en premier pour la simple raison que ses dotations proviennent essentiellement des dons et aides des pays amis ou des institutions internationales. D’autres ministères du ressort du Social, notamment celui de l’Emploi et de la Solidarité, celui de l’Agriculture et l’Elevage comme celui de la Jeunesse et Sports, pour ne citer que ceux-là, totalisent moins de 7% du Budget.

Cette situation n’est pas sans risque. La confrontation des ressources (propres ou pas) et des emplois résumée dans le tableau ci-dessous pourra éclairer les lecteurs sur la bonne ou mauvaise utilisation des deniers publics. Ces derniers étant toujours orientés au détriment des plus faibles revenus.

Mais, en avant-propos rappelons que la croissance des dépenses publiques bénéficie essentiellement à des secteurs qui ne contribuent pas, a fortiori, à un rehaussement du Revenu global et, naturellement, de la Consommation globale. Par contre, cette gestion des derniers publics entraîne une perversion de la politique économique du pays dont la Dette, subordonnée aux dépenses exorbitantes de la Sécurité entre autres, devient un fardeau désormais insupportable pour les contribuables.

L’analyse des données budgétaires de 2001, 2002 et 2003 confirme, on ne peut être plus clair, que le montant absolu des impôts est fixé sur la base des dépenses programmées, politique dirigiste oblige, et non sur celle du Revenu global. Ces dépenses reposent sur une politique qui a pour effet de prélever une partie des revenus de certaines catégories sociales pour les redistribuer à d’autres groupes, dont la propension marginale à consommer est très faible jusqu’à atténuer la Consommation globale de l’ensemble de la communauté nationale. Ces ponctions par l’impôt sur les traitements et salaires des ménages faiblement rémunérés, pèsent sur le revenu national qui se trouve renforcé d’année en année pour toujours grossir encore le rang des pauvres. Rappelons à toutes fins utiles que l’Impôt sur les traitements et salaires intervient à hauteur de 4,7 milliards fd, soit 45% des Impôts directs et 19% des ressources propres de l’Etat dans le Budget de l’exercice en cours.

Malgré cette évidence dramatique, puisque paupérisant les masses laborieuses, le gouvernement, depuis des années, n’a pas voulu remédier à cette situation de détresse nationale par l’application d’une thérapie économique fiable. Pourtant, chose encore plus choquante, il reconnaît dans sa synthèse issue du séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale, en février 2002, soit un peu plus d’un an, ce qui suit :

– l’appauvrissement intolérable de la population dont 45% sont pauvres et 10% incapables de se procurer la ration calorique minimale ;

– le chômage endémique qui frappe 52,5% des hommes et 66,5% des femmes ;

– la détérioration des capacités de gestion de l’Etat, le plus important agent économique, d’où l’accroissement de la crise dans l’ensemble du système économique et social, conséquence de l’absence du sens des responsabilités du pouvoir politique miné par le favoritisme, le clientélisme, la corruption à grandes échelles, le tribalisme, etc… ;

– les ressources fiscales de l’exercice 2000 qui fléchissent de plus de 3,4 milliards fd et les droits indirects en diminution de près de 2 milliards fd ;

– le niveau des dépenses publiques très préoccupant, conduisant à une situation de délabrement des services de l’Etat ;

– l’importance des effectifs et les ponctions fiscales qui ont généré une baisse de 60% à 70% du niveau de vie des agents de l’Etat ;

– enfin, la ruine des caisses de retraite et l’accumulation des arriérés des salaires des fonctionnaires.

Cette situation, née de la politique tant économique que sociale du gouvernement, est la conséquence de l’accroissement de la pauvreté frappant principalement les couches les plus vulnérables de la population nationale. Néanmoins, ces constats amers démontrent l’échec de la politique gouvernementale, qui navigue entre des «scénarios souhaitables » pour sortir de cette impasse voulue et entretenue par lui-même. Lesquels scénarios aboutissent à une conclusion résumée dans un tableau dénommé « Scénario tendanciel de l’économie nationale » dont les résultats projetés affichent une situation de déficits successifs entre 2000 et 2004. Un léger excédent pourrait être visible, seulement, en 2006 avec un produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,9%. Ce bilan plus que déplorable d’un gouvernement en manque d’imagination est en totale contradiction avec les budgets successifs, votés par une Assemblée Nationale aussi irresponsable, dans le rôle qui lui est dévolu, qu’improductive.

Le miracle ne se produit pas dans une économie où l’Etat dépense plus qu’il ne gagne. Le gouvernement djiboutien vit au-dessus des moyens mis à sa disposition par les contribuables, les Etats Etrangers et les Institutions Internationales.

Aide-toi, le ciel t’aidera… Alors qu’en 2001 le Ministère des Finances et de l’Economie avait budgétisé des recettes de 38,2 milliards fd, les comptes définitifs, arrêtés en 2002, ont dégagé 31 milliards fd seulement. Cette énorme différence représentant 19% (7,2 milliards fd), le gouvernement semble justifier que les recettes attendues, pourtant déficitaires, dépasseraient les dépenses de l’Etat pour dégager un Excédent budgétaire de près d’un milliard fd. Que dire donc du Budget 2003 tablant sur des rentrées de 41,2 milliards fd, en accroissement de 33% par rapport aux réalisations de 2001 ? Une folie lourde de conséquences ! Cette situation ruineuse n’atténuant en rien les conclusions négatives tirées des actions gouvernementales de l’année dernière.

La pauvreté ira davantage en exponentiel en raison des ponctions fiscales en augmentation constante, au seul profit de secteurs voraces et improductifs pour la Nation : LA SECURITE DU POUVOIR DEVIENT L’INSECURITE ALIMENTAIRE DU PEUPLE.

Entre la parole et les actes il y a un énorme fossé. La part des recettes supportées par les contribuables djiboutiens, bien que représentant plus de 26 milliards fd, n’améliore en rien leur bien-être, celle provenant des dons et prêts participerait seulement à soulager leurs conditions.

Les dépenses de l’Etat ne peuvent être couvertes par les recettes propres. Il apparait que les recettes budgétaires financent seulement les dépenses publiques en personnel et en matériels. D’où l’accumulation des déficits budgétaires que couvrent les intérêts et prêts financiers ( 1,2% du Budget) consécutifs aux emprunts destinés à compenser les pertes : il n’existe donc aucun budget national excédentaire. A suivre...

 

 


Bonne gouvernance : posture ou imposture ?

 

Nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer sur ce sujet. Non pas sur la mauvaise gouvernance que nous épinglons sans passion dans nos colonnes chaque semaine mais aussi sur le United Nations Development Assistance Funds. A travers le regard vigilant (qui, quoique partisan, se veut enrichissant) de notre journal,le propos des lignes qui suivent vise à aider, sans esprit polémique, le Système des Nations Unies (S.N.U) assurer un « bon suivi des conditions de mise en œuvre de l’UNDAF » de façon à lui permettre de bien évaluer l’ « impact final des résultats attendus sur les bénéficiaires »….

 


 

Le S.N.U est obligé de coopérer avec l’Etat et ses représentants officiels, tout comme d’ailleurs les traditionnels bailleurs de fonds impliqués dans la coopération pour le développement à Djibouti, ce qui est courant et normal et nous n’y trouvons rien à redire.

Le S.N.U, sans grand succès dans l’impulsion du développement durable chez nous, colmate bon an mal an, les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos décideurs politiques. C’est de notre point de vue et en l’état actuel de sa collaboration avec notre pays, un palliatif utile ! Sans plus ! Empressons nous de préciser que n’est pas mise en cause sa bonne volonté !

Signée en grandes pompes médiatiques la semaine dernière cette « véritable charte pour l’action commune en faveur du développement humain à Djibouti » est censée structurer un plan quinquennal de développement. Fort bien ! Et « dans cette perspective, ce plan-cadre se concentrera sur quatre axes majeurs :

– Allègement de la pauvreté et promotion du développement social,

– Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains,

– Promotion de la santé durable et lutte contre l’expansion du VIH /SIDA et autres maladies transmissibles

– Préservation des ressources en eau et rationalisation de leur utilisation

Déjà paraphé en juillet 2002, le document officiel que nous analysons ici ne fait pas état du volume d’aide octroyé à ces axes majeurs, il y est tout juste fait mention de l’origine des financements(PNUD , FAO, FMI, PNUE, OMS, PAM, BM…concernant les agences spécialisées des N.U et sans doute quelques concours d’Etats dans le cadre bilatéral) sans précisions sur la nature de l’aide : dons et/ou prêts ? Peu importe !

A la page une d’un document en comportant 47 et consacré à un avant-propos truffé de vraies fausses assertions, on peut lire « qu’au plan interne, la République de Djibouti qui est, depuis 1996 sous un programme d’ajustement structurel renforcé visant à assainir la situation financière et économique intérieure, est déterminée à mener à bien le processus de réformes économiques et institutionnelles recommandées par les institutions de Bretton Woods ». Le Gouvernement a entamé en 2000, la formulation du « document stratégique de réduction de la pauvreté » principal document de référence des bailleurs de fonds, dont la finalisation est prévue pour la fin 2002. »

Nous sommes en 2003 et nous vous prouverons, documents officiels à l’appui dans une prochaine édition, que non seulement ce programme n’a pas été finalisé à la fin de l’année précédente mais qu’il est quasiment resté au stade de la simple formulation d’un vœu pieux. Mais il y a plus grave.

Car on apprend qu’ « au niveau politique, le gouvernement entend poursuivre la consolidation de l’Accord de paix conclu avec l’ex-rébellion du Frud, par la mise en œuvre des termes négociés, dont le principal élément demeure la mise en place d’une décentralisation progressive, qui a déjà fait l’objet d’une loi votée par l’Assemblée Nationale ».

D’abord de quel Frud s’agit-il ? Il ne saurait s’agir du Frud-armé dont l’ARD et « Réalité » en sont la continuité et le porte voix ! Pour une raison très simple : le 12 mai, le Système des Nations Unis était présent lors de la cérémonie de signature de l’Accord de paix définitive, dont il a obtenu copie, y était annexé le texte de loi sur la décentralisation.

Après que le gouvernement l’ait adopté tel que convenu, d’accord parties, l’assemblée nationale l’a totalement et illégalement dénaturé et vidé de sa substance. Ce n’est donc pas le texte signé avec le Frud-armé qui a fait l’objet d’une « loi votée par l’assemblée nationale ».

Il s’agit donc vraisemblablement du Frud qui a signé les accords d’Aba’a dont la poignée de députés a signé comme un seul homme, sauf un seul, cet attentat contre la décentralisation. Auquel cas qu’on nous permette d’observer qu’en près de deux législatures 1992-1997, 1997-2002, la progression de la mise en place de la décentralisation, huit ans après les Accords est pour ainsi dire au point mort pour être prétendue poursuivie aujourd’hui.

La création par décret de quatre conseils régionaux dotés chacun de 50 millions de FD par an et qui n’ont à ce jour fait aucun compte rendu financier public de l’usage de ces fonds, est-ce cela une décentralisation à encourager ? Surtout, quand tout le monde (le Système des Nations-Unis compris) sait que les commissaires sont encore à ce jour nommés par le pouvoir central en fonction de leur obédience au parti au pouvoir et président à ce titre le Conseil Régional.

Ce n’est pas cela une décentralisation « considérée comme la base d’un développement économique des régions, tout en permettant la participation de la population à la gestion locale ».

Nous reviendrons en temps utile sur le volet concernant l’allègement de la pauvreté et la promotion du développement social à travers une analyse des budgets de l’Etat.

S’agissant de la « promotion de la santé durable et de la lutte contre l’expansion du VIH/SIDA et autres maladies transmissibles », dédouanons d’emblée les praticiens de la Santé qui malgré les très faibles moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics mènent une lutte quotidienne contre les maladies qu’elles soient transmissibles ou pas.

Dans le budget 2003, il est écrit : « en dépit des contraintes liées à l’application d’un système de gestion des finances publiques basé sur un plan de trésorerie où il s’agit de mettre en adéquation les recettes et les dépenses, le budget 2003 reflète les efforts consentis par le gouvernement pour développer les secteurs sociaux ». Dans la présentation du même budget, on apprend que le gouvernement compte consacrer près de 1,7 milliard de nos francs en Investissements… grâce aux ressources extérieures, en provenance de divers bailleurs de fonds : BAD, FIDES, IDA, BID…

S’agissant de l’eau « considérée comme le secteur prioritaire », elle bénéficiera…d’un don Japonais d’un milliard fd.

Quant à la Santé, on nous affirme « qu’afin d’accroître la capacité de l’Hôpital Peltier, la construction d’un pavillon et d’un centre d’épuration est prévue »…grâce à un don de la France.

Que Dons et Prêts soient affectés aux secteurs sociaux n’est pas en soi une mauvaise chose. Vous aurez compris que ce que nous réfutons, c’est le mensonge qui consiste à faire passer pour prioritaires des soucis qui en réalité et en pourcentages ne le sont pas ou si peu.

Car sont considérés comme prioritaires, les secteurs sociaux pour lesquels en pourcentage sont mobilisées les ressources propres. Dons éventuels et Prêts ne servant que d’appui infra….ou structurels. A ce sujet, il est piquant de constater dans les débats à l’Assemblée Nationale que les députés qui ont hier voté comme un seul homme la portion congrue affectée au ministère de la Santé, accablent celui chargé de l’exécuter. Pour le remplacer ? Non pas que ce dernier soit exempt de critique dans l’exécution de ce budget, mais nos « souverains » dépités, parce que les moins bien placés pour lui jeter la pierre, seraient plus inspirés à d’abord se livrer à une introspection.

« Le secteur de la communication se trouve quant à lui confronté à un certain nombre de faiblesses institutionnelles susceptibles de freiner son épanouissement parmi lesquelles on peut citer : l’absence de statut juridique réglementant les professions liées à la communication ; manque d’une stratégie visant à encourager davantage la presse plurielle ; difficultés financières liées à l’étroitesse du marché et à l’inexistence de structures et de mécanisme de financement « nous partageons ce constat sans complaisance ».

Plus loin p.11 « La République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des Droits de l’Homme ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981)… cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste dans certains cas difficiles, faute de cadre institutionnel et de mécanismes de suivi appropriés. Ceci donne un caractère quelques fois formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le Droit positif djiboutien ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous reprochons chaque semaine dans nos colonnes au gouvernement. Ne lui en déplaise, réellement (crûment) exprimé cela signifie en clair que le fait de ne pas se conformer aux conventions ratifiées, et de ne pas appliquer les lois et règlements qu’il édicte, d’ignorer les engagements écrits, manquer à la parole donnée, traduit non seulement une mauvaise volonté, mais aussi et surtout un mépris du Droit par le recours systématique et la primauté accordée à la force brute ! Qui règne par l’épée… !

Le monde libre a commémoré il y a quelques jours, la Journée Internationale de la Liberté de la Presse à juste titre considéré l’UNDAF comme un indicateur de la bonne gouvernance.

En cédant à un jeu de mot facile, que le Système des Nations-Unis nous pardonne une bienveillante interpellation « What about UNDAF ? ».

 

 


 

Communiqués de l’UAD

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COMMUNIQUE DE L’UAD

MEETING DE l’UAD A L’AVENUE NASSER

 

A l’occasion du 2ème anniversaire de l’Accord de Paix Définitive, l’Union pour l’Alternance Démocratique appelle ses militants et sympathisants à venir nombreux lundi 12 mai 2003 à partir de 15 heures, assister à son meeting unitaire d’information à l’Avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

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Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (4)
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Nécrologie
  6. La face immuable du pouvoir

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 49

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

1ER MAI DJIBOUTIEN : LA DÉFAITE DU TRAVAIL

 

Dans notre éditorial de l’an dernier consacré à cette occasion, nous écrivions, à la faveur d’une timide ouverture syndicale de la part du régime, que cette flamme devait à présent devenir lumière. Force est malheureusement de constater que sous nos cieux, le monde du travail a peu à fêter et beaucoup à revendiquer.

 

Sans même évoquer les dysfonctionnements de l’Ecole, dont l’inadéquation avec le marché du travail a été largement démontrée par les professionnels eux-mêmes, les chances d’obtenir un emploi se réduisent de plus en plus. Ce n’est pas un hasard si aucune statistique officielle n’est disponible sur le chômage qui frappe près de 75% des jeunes : il y a des réalités qu’un gouvernement paresseux est obligé de cacher.

 

Pour les privilégiés qui arrivent à se faire une place, ils ne sont pas logés à la même enseigne selon qu’il s’agit du privé ou du public. Dans le premier cas, les travailleurs ont au moins une consolation : c’est que, toutes proportions gardées, ils y sont moins exploités. En effet, sauf problème de trésorerie parfois inhérent au risque de l’entreprise privée dans le contexte qui est le nôtre, l’employeur respecte le contrat de travail au sens où les salaires sont normalement versés à la fin de chaque mois et où l’avancement n’est pas gelé. Car, dans le second cas, c’est peu dire que l’employeur, l’Etat, viole allègrement ses obligations à l’égard de ses agents.

 

Il s’agit des retards de salaire qu’aucun état de guerre ne justifie plus. Une réaffectation rationnelle des dépenses publiques, fondée sur une priorité accordée à la relance par la consommation, donc par le renforcement du pouvoir d’achat des ménages, aurait normalement incité tout gouvernement responsable et soucieux du bien-être social à résorber cette dette intérieure qui obère durablement l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Pourtant l’impôt « patriotique » perdure sous une autre forme, ponctionnant sans raison sérieuse le faible revenu des ménages dans un pays tributaire de l’extérieur à 99%.

 

Il s’agit aussi, si les agents de l’Etat nourrissaient des velléités revendicatrices pour être restaurés dans leurs droits fondamentaux, de la situation dramatique dans laquelle se trouve le syndicalisme djiboutien. Quand on sait qu’il existe au ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale une ligne budgétaire officiellement affectée à un « Service des Libertés Syndicales », la parodie prêterait à sourire si n’étaient en jeu la situation personnelle de tous les syndicalistes abusivement licenciés pour fait de grève (qui, rappelons-le, attendent encore leur réintégration et leur indemnisation) et la situation collective d’un syndicalisme libre, seul garant de la protection des travailleurs contre toutes les formes d’abus ou d’exploitation. Or, la plus intolérable exploitation, c’est celle dont sont victimes tous les agents de l’Etat, par les traitements non versés comme par le gel des avancements. Pourtant, la récente manne financière consécutive au regain du terrorisme international, pour peu qu’elle soit utilisée dans la transparence et affectée dans le sens des urgences, pourrait permettre au gouvernement de verser tous les salaires en souffrance et même de procéder, après onze années de sacrifices imposés, au déblocage des avancements dans la fonction publique.

 

Enfin, il est malheureusement logique qu’à des conditions de travail bafouées fassent écho des droits réduits à la retraite. Les intentions du régime en matière de retraite n’augurent guère de lendemains sereins. On l’aura compris : si le régime s’autorise tous ces abus, c’est parce qu’il a préalablement étouffé toute expression syndicale indépendante. C’est aussi, accessoirement, parce que les multiples fraudes électorales lui permettent de contourner le verdict des urnes qui ne peut pas ne pas sanctionner une telle gestion irresponsable, oppressante.

 

Dans ces conditions, bien qu’il nous soit difficile de ne pas souhaiter « Bon 1er mai à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs du pays », il s’agit surtout de prendre conscience du long chemin à parcourir avant que cette journée soit fêtée dans l’environnement politique, économique, social et surtout syndical lui donnant sa véritable dimension.

 

 


Brèves nationales

Coupures d’eau :

le coupable identifié ?

On connaît la boutade de la BBC à propos du fatalisme des Djiboutiens : ils se contentent de dire « Ohh ! » quand il y a coupure d’électricité et « Ahh ! » quand le courant revient.

Pour démentir cette caricature, par pur civisme, nous nous sommes penchés sur les récentes autant qu’intempestives coupures d’eau qui ont frappé la Capitale : à qui la faute ? Est-ce un déficit de gestion du matériel ?

Un premier élement de réponse est fourni par… le Chef de l’Etat en personne. En effet, l’on se souvient qu’à l’occasion de l’inauguration de la fontaine publique du Day, le Président de la République avait tenu à féliciter le Directeur de l’ONED qui, selon lui, s’est tellement engagé dans la réalisation de ce projet, « n’a fait que cela depuis douze mois faisant des va et vient entre la Capitale et le Day ».

En toute logique, il en aurait donc négligé le reste de ses énormes charges dont, entre autres, le suivi de la situation hydraulique à Djibouti-ville.

Accessoirement, on aurait pu se demander, toute responsabilité étant par ailleurs partagée, au terme de quelle séance son Conseil d’administation lui a donné le feu vert pour s’investir personnellement et pour investir financièrement dans le projet d’adduction d’eau du Day.

Le régime vaccine

contre l’opposition

Selon des témoignages concordants, les sympathisants de l’UAD seraient actuellement victimes de nombreuses discriminations sur le marché du travail.

Ainsi, la dernière campagne de vaccination qui vient de s’achever dans les districts du Nord, a été pour la mouvance présidentielle l’occasion d’une vengeance aveugle contre les vaccinateurs temporaires auxquels le ministère de la Santé fait appel en de telles circonstances.

Habituellement recrutés en raison de leur expérience, une dizaine de ces jeunes militants de l’UAD ont été tout simplement rayés de la liste des recrutés, malgré la bonne volonté des responsables de la Santé, et remplacés par des militants RPP sans aucune expérience en matière de vaccination.

D’autre part, les membres du syndicat des transporteurs routiers du District de Tadjourah, déjà largement pénalisés par la fermeture de la frontière éthiopienne à Bouya depuis plusieurs mois, n’ont pas non plus été épargnés par cette discrimination. Ainsi, les services en charge de cette campagne de vaccination n’ont pas pu, sur insistance expresse d’en haut lieu, attribuer ce marché temporaire du transport du matériel et des vaccinateurs à trois véhicules pourtant en très bon état de fonctionnement. Leur tort : ils avaient été loués par le représentant de l’UAD lors de la campagne électorale.

Il s’agit des véhicules tout-terrain immatriculés 719D33, 915D40 et 698D41, auxquels le ministère de la Santé faisait pourtant appel auparavent dans le cadre de ses campagnes de vaccination, justement en raison de leur état de marche plus que satisfaisant.

Décidément, la rigueur administrative ne semble pas une vertu appréciée par ce régime plus soucieux de réprimer sur le marché du travail : rappelons que l’ancien Commissaire de la République, Chef du District de Tadjourah, limogé de ce poste depuis peu, avait en son temps refusé de cautionner une telle pratique discriminatoire qui lui avait été suggérée un ponte local du RPP ayant ses entrées à la Primature. Laquelle reste accusée d’avoir instauré cette chasse aux sorcières à l’encontre de la Jeunesse UAD de Tadjourah. Et pour cause…

Immobilisme gouvernemental :

les « députés » inspirent, les ministres expirent

Sous respiration artificielle depuis leur déroute aux dernières législatives, les ministres et « députés » parlementent à l’Assemblée Nationale, dans l’indifférence générale.

Ces douloureuses séances de remue-ménage, pardon ! de remue-méninges, sont comme il se doit, largement retransmises à la télévision.

Après le pompeux séminaire sur l’action gouvernementale de l’an dernier, dont les recommandations sont restées lettre morte, nul ne doute que les actuelles « cogitations » constituent, elles aussi, une nouvelle version de la mystification chère au régime.

Ces parlottes, visiblement inspirées d’en haut lieu pour faire croire que cette législature mal élue existe, seraient un peu plus crédibles si certains thèmes ne restaient pas tabous.

Par exemple, la politique intérieure et les violations des règles démocratiques : quel député mal élu oserait interpeller le Ministre de l’Intérieur sur la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ainsi que sur le sabotage de la loi de Décentralisation ?

Osera-t-on, dans ces faux débats médiatiques, questionner le Ministre de la Communication sur les aspects non appliqués de la loi relative à la liberté de communication, uniquement invoquée par le régime pour réprimer la liberté de la presse, d’opposition bien sûr ?

Quel député, féru d’économie, se permettra-t-il d’interpeller le Ministre des Finances chargé de la Privatisation, sur les conditions de concession au privé de la gestion de certains établissements publics et sur l’opacité qui entoure certaines privatisations réalisées ou prévues ?

Pourquoi le Ministre des Transports et de l’Equipement n’a-t-il pas été interrogé sur l’absence des engins des TP dans les districts du Nord, sur les activités et les recettes du Fonds d’Entretien Routier?

Enfin, quel développement est possible dans les conditions d’enclavement qui étouffent les régions de l’Intérieur ?

Tant que les vrais problèmes n’auront pas été abordés, à commencer par les conditions de légitimité du mandat électif en situation de fraudes massives, nous continuerons à dénoncer l’immobilisme et la régression dont est synonyme ce régime d’inertie et de gaspillage.

Salubrité publique :

de la fumée aux yeux

Mais où est donc passée la Voirie ? Malgré les réunions techniques et autres déclarations d’intention, la Capitale reste l’endroit le plus sale de notre pays.

Les détritus s’amoncellent dangereusement et les colonnes de fumée signalant leur incinération s’élèvent un peu partout. L’odeur âcre et nauséabonde de ces fumées fait désormais partie de l’environnement de notre ville.

Les ministères concernés ne font rien et continuent à discourir dans les salles feutrées et aseptisées sur l’embellissement de la Capitale. Avant d’embellir, il est plus urgent de nettoyer.

Alors que le paludisme fait des ravages dans la population, plutôt que de combattre efficacement ce fléau en distribuant par exemple des moustiquaires comme cela se fait dans beaucoup de pays, le régime préfère inaugurer la journée mondiale contre le paludisme par des banderolles et des réunions philosophiques.

Dixième jour de détention arbitraire pour DAF :

qui a peur du « Renouveau Djiboutien » ?

Une semaine après avoir jeté en prison le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien », le régime s’est permis une énième provocation en procédant à la confiscation illégale de son matériel de publication et d’impression. Le pouvoir aux abois semble à ce point fragilisé qu’il craint même les machines appartenant à notre ami DAF.

Rappelons que l’acharnement contre notre confrère a déjà suscité de multiples protestations dans le monde et ternit encore plus l’image d’un régime très largement discrédité par les récentes fraudes électorales. L’UAD a publié dimanche 27 avril un communiqué le presse suivant à l’attention de l’opinion nationale et internationale :

« Le président du MRD (Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement) et directeur de publication du journal le « Renouveau démocratique » croupit toujours, depuis déjà une semaine, à la sinistre prison centrale de Gabode.

Malgré les permis de communiquer délivrés par le juge d’instruction, le Directeur de la prison n’autorise que la mère du détenu, dépassant ainsi ses prérogatives et bafouant les lois en vigueur en la matière.

En outre, très tôt ce matin, la maison de la mère de Daher Ahmed Farah (DAF) a été fouillée de fond en comble par la police criminelle qui a emporté deux ordinateurs et un scanner et cela sans mandat de perquisition.

L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui regroupe les quatre partis d’opposition s’émeut de la nature de la détention arbitraire du Président Daher Ahmed Farah, notamment le manque de visite, hormis sa mère et la confiscation de la radio et de tout objet d’écriture ;

réitère son exigence sur sa libération immédiate et inconditionnelle comme le stipulent les lois sur la presse, ainsi que la restitution du matériel informatique saisi illégalement ;

informe l’opinion nationale et internationale sur le non-respect des Droits de l’Homme à Djibouti. »

Affaire à suivre…

Réhabilitation :

le bluff continue

Un des volets de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, censé réparer les conséquences du conflit, la réhabilitation des zones affectées, continue d’être saboté par le gouvernement.

La conférence des donateurs devant participer au financement du vaste programme de reconstruction, pourtant prévue par l’Accord de paix, n’est plus à l’ordre du jour.

Dans ces conditions, le projet de reconstruction de toutes les zones affectées par le conflit, financé à hauteur de deux millions d’euros par l’Union Européenne et dont l’exécution a été confiée au PNUD, reste largement insuffisant en nature et en volume.

Pourtant, le régime s’en gargarise en présentant cette aide extérieure comme « la continuité des efforts du gouvernement et de ses partenaires pour la reconstruction et la réhabilitation des zones touchées par le conflit ». De qui se moque-t-on ? 360 millions FD permettent-ils de reconstruire les habitations détruites et pillées dans les trois districts et sur trois ans ?

Loin d’en vouloir à nos partenaires extérieurs obligés de traiter avec le pouvoir établi, nous considérons cependant comme encourageant de voir l’exécution de ce projet confiée à une agence des Nations Unies expérimentée en la matière. Cela démontre que la confiance en ce régime de mauvaise gouvernance a des limites.

Cela nous rassure également sur l’utilisation efficiente du financement accordé par les bailleurs de fonds.

Toutefois, seule une véritable réhabilitation permettra la reconstruction totale des biens détruits et l’indemnisation de milliers de victimes civiles qui vivent dans le dénuement le plus complet.

Quand on sait que le pouvoir s’est permis de financer pour plus d’un demi-milliard de nos francs la construction d’une tribune présidentielle et d’une nouvelle route goudronnée lors du défilé du 25ème anniversaire de l’Indépendance, c’est le comble !

Le régime doit donc comprendre que toute prétendue réhabilitation engagée sans concertation avec l’autre partie signataire, c’est-à-dire nous, constituera une violation de l’Accord de Paix et restera de ce fait insuffisante et sans effet réel sur le développement régional.

Législatives du 10 janvier 2003 :

les mal-élus persistent dans la fuite

Sanctionné pour appartenance à la mouvance présidentielle, et durement désavoué pour cela lors des dernières législatives, le FRUD d’Aba’a, qui ne s’en est toujours pas remis, a récemment tiré, bien qu’à sa façon mais pouvait-il faire autrement, les enseignements de sa déroute électorale. Selon ce mouvement particulièrement soluble dans le RPP, le score revu, corrigé et considérablement augmenté de « 62% » des suffrages que s’attribue l’UMP, resterait insuffisant au regard de ses prétentions.

Toutefois, ce « faible » score s’expliquerait comme l’on s’en doute par la « désaffection de nos populations pour la politique ». Tout cela a un air de déjà entendu.

A en croire ces politiciens apparemment rompus à la langue de bois du régime, les 52% d’abstentionnistes seraient des citoyens certainement partis à la pêche ce jour-là.

Comme les Français au premier tour de la présidentielle de 2002.

Cependant, reconnaît ce même parti qui n’est pas à une contradiction près, les véritables raisons ayant provoqué cette désaffection pour la politique restent : « la pauvreté, le chômage, l’usure du pouvoir,… ».

Pourquoi avoir alors fait alliance avec un pouvoir usé, générateur de chômage et de pauvreté ? Enfin, comment ces idéologues fatigués expliquent-ils que 62% de nos concitoyens ont préféré reconduire un tel gâchis ? En vérité, comme l’appêtit vient en mangeant, l’inspiration politique s’en va en nageant à contre-courant dans des eaux glauques.

Alors qu’ils n’osent même pas se rendre dans les circonscriptions qui les auraient « officiellement élus», voilà que les mal-élus profitent des médias généreusement mis leur disposition par le pouvoir qui les a décrêtés vainqueurs pour montrer qu’ils ont bien appris leur leçon.

Mais surtout pour faire acte d’allégeance dans la perspective de la prochaine présidentielle; ce qui n’étonne personne quoique, comme l’aurait dit un certain Lapalisse, faudrait pouvoir y arriver!

Qui vivra verra…

 


 

Le mensonge permanent (4)

3ème partie : le social est-il réellement une priorité ?

 

Depuis des années, la situation de crise économique est expliquée par le pouvoir tantôt par le fait de la guerre civile tantôt par une conjoncture économique internationale. Or, les différents budgets de l’Etat dénotent cette démarche explicative. Il ressort de sa lecture le manque d’adéquation entre les mesures économiques et leurs multiples retombées.

 


 

Le gouvernement semble dans une impassibilité totale face à cette longue conjoncture, les excuses d’une guerre n’étant plus recevables, celle-ci ayant pris fin dès le 7 février 2000, date la signature de l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile.

La première étude économique du Budget de l’exercice 2003 par notre organe d’information, dans sa partie Recettes, démontrait le manque d’objectivité des décideurs de l’économie nationale. Les changeantes impositions fiscales dirigées vers les modérés salaires engendrant l’amplification simultanée de la pauvreté, la politique « de redressement économique» du régime conduirait inéluctablement à la faillite socio-économique du pays.

En effet, la croissance des recettes à travers les ponctions fiscales dirigistes du système en raison de l’augmentation continue des dépenses publiques non-maitrisées à ce jour, explique la montée d’année en année du Budget prévisionnel présenté par le Ministère de l’Economie et des Finances.

Ce constat mérite de considérer que les pouvoirs publics ont bel et bien conscience des conséquences d’une telle politique économique qui relève de l’arbitraire. Ils savent que la morosité économique n’est pas prioritairement exogène, mais endogène, effet de sa politique délibérée, appliquée sans que des actions préventives, encore moins curatives, soient prises à temps.

Il est dit que l’on ne peut pas empêcher les catastrophes naturelles, mais le fait de les avoir prévues permet de s’en prémunir et de se mettre à l’abri. En ce sens que depuis des années, aucune prévision économique fiable, pour le futur proche (sur deux, voire trois périodes budgétaires), avec une marge d’erreurs très limitée, semble n’avoir été dressée par le Ministère chargé de ce secteur public.

Une politique courageuse et volontariste, face à la conjoncture, suppose des prévisions impliquant, nécessairement, la définition d’une thérapie qui repose soit sur la guérison, une fois le mal arrivé, soit sur la prescription, a priori, d’un traitement capable d’anticiper l’arrivée du mal pour éventuellement le freiner à temps. Ainsi, la thérapie économique dispose de ses propres leviers, comme les multiples possibilités de la politique fiscale sur les importations, celle portant sur les investissements, celle sur une fiscalité appropriée aux différentes ressources de l’Etat ou encore celle, globalement, budgétaire.

Ces actions aussi variées étant absentes, puisque la crise perdure et frappe davantage les maigres revenus, le Budget 2003 commenté ci-dessous, rend le gouvernement responsable de l’inexistence de remèdes, tant curatifs que préventifs, pour asseoir une politique d’assainissement des Finances de l’Etat, acte préalable au fondement d’une politique de développement économique. Le régime ne peut donc espérer un quelconque retournement de la situation de crise que vit le pays ces dix dernières années.

La persistance de l’impôt patriotique, sous une forme différente des anciennes pressions fiscales sur les traitements et les salaires, en plus des trouvailles annuelles autoritaires, particulièrement accentuées sur les travailleuses et travailleurs, prouvent l’inaccessible relèvement d’une demande globale qui est dépendante du revenu ; lequel dicte le volume de la consommation et de l’épargne, piliers d’une croissance économique réellement libérale.

Les dépenses inconsidérées de l’Etat, dont les rétombées négatives sont palpables, justifient à elles seules l’irréalisme du dirigisme budgétaire engraissant seulement une couche de la communauté nationale, au détriment de son économie et de sa population soumises plus que jamais à la mendicité internationale, si rien de fiable et d’honnête n’est entrepris incessament.

En effet, si les pouvoirs publics augmentent leurs dépenses, il est imparable que seules trois solutions s’offrent à lui :

– celle d’augmenter ses dépenses sans toucher aux impôts,

– celle de modifier les recettes sans toucher le montant des dépenses,

– enfin, celle de changer simultanément les dépenses et les recettes.

Or, Djibouti semble opter pour la troisième possibilité, dont les conséquences de sa politique de dépenses publiques tirent leur origine sur un semblant d’équilibre budgétaire.

Face à la croissance accrue des dépenses, une imposition plus importante des contribuables se voit budgétisée, frappant principalement les moins rémunérés.

Cette politique a également des effets pervers sur l’économie puisque la Dette Publique lui est aussi subordonnée. Toute dépense non-couverte par une recette fiscale du même ordre donne lieu à un emprunt, ce qui implique remboursement de la part du contribuable.

De plus, les dépenses publiques n’étant par définition pas génératrices d’un accroissement du Revenu Global de la nation, les augmentations des charges de l’Etat, en personnel comme en matériel, ne se justifient nullement en ce sens qu’elles ne touchent que les Ministères autres que ceus réputés sociaux, la preuve étant donnée par la part alloués aux différents postes budgétaires principalement consommateurs de dotations (intérieures ou extérieures).

« Réalité » livrera sur la base des données de l’Etat la situation réelle des secteurs sociaux dans tous les budgets passés et présents en comparaison aux secteurs « sécurisants » d’un régime sous haute protection.

En plus, en plus de manière par laquelle chaque poste est financé : Budget intérieur, Dons, Emprunts et autres recettes inexpliquées au peuple. Sinon, comment imaginer les secteurs Défense et Intérieur totalisent 23% d’un Budget de plus de 41 Milliards de nos francs alors que la Santé et l’Education n’en bénéficient que de moins de 20%.

Alors, où se situe le souci du régime, en lutte contre la pauvreté ? Sûrement pas en faveur des travailleuses et travailleurs saignés au profit de ses propres protecteurs et de leurs arsenals répressifs.

 

Source : ministère des Finances. Djibouti. 2003

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

La Jeunesse de Tadjourah rejette la politique du ventre

 

Nous avons reçu un courrier de la Jeunesse de Tadjourah, retraçant la detresse économique et sociale dans laquelle se débat sa région. Nous le publions intégralement en la remerciant pour sa contribution à l’information régionale et en l’assurant des constants efforts de l’ARD afin que, par un changement de régime et de méthode de gouvernement, les citoyens délaissés soient restaurés dans leurs droits.


A l’heure où les fonctionnaires originaires de Tadjourah arrivent par petits groupes dans l’espoir de nous retourner et de nous tromper avec les plus plats arguments, nous leur répondons que la réalité crève les yeux sur le terrain. Ainsi, le centre hospitalier de la Ville-Blanche se dégrade sous nos yeux, sans que les pouvoirs publics s’en inquiètent. Dès que l’on approche l’entrée du pavillon où est situé le bureau du médecin-chef, on suffoque à cause de la puanteur dégagée par les déjections des pigeons. Les asthmatiques ne peuvent tenir quelques minutes devant le bureau du médecin-chef. Il faut parfois patienter plusieurs heures pour obtenir une ordonnance destinée à la pharmacie locale.

Les jeunes de Tadjourah sont chômeurs à plus de 90% et ressentent difficilement l’indifférence autant que l’insouciance des autorités locales et gouvernementales. Les malades hospitalisés sont oubliés dans leur souffrance. Cette négligeance est en partie causée par les rivalités opposant le médecin à certains infirmiers doyens, ayant participé au hold-up électoral du 10 janvier 2003. leurs querelles incesssantes nuisent au bon fonctionnement du dispensaire. Aussi, nous pensons que les cadres originaires de Tadjourah seraient mieux inspirés de trouver, avec les autorités politiques qu’ils soutiennent, des solutions aux maux dont souffre notre district. Fuyant la réalité, ils préfèrent tenter de nous soudoyer afin de nous vendre au régime en grande partie responsable de nos malheurs. Dans ces conditions, qu’ils ne doutent pas de notre détermination à lutter aux côtés de l’opposition. Notre appartenance à ce mouvement n’est pas une aventure, c’est une ferme conviction. Nous ne sommes pas prêts à céder aux pressions alimentaires d’un pouvoir qui a confisqué notre victoire électorale.

Nous ne sommes pas près d’oublier le hold-up du 10 janvier 2003 car nous l’avons vécu sur le terrain ce jour-là.

Nous en avons assez des figurants, nous voulons de vrais parlementaires soucieux avant tout des intérêts de leurs électeurs et non inféodés au pouvoir autocratique d’un seul homme.

La décentralisation telle que négociée et signée avec le FRUD-armé reste notre grand espoir. Elle seule permettra un véritable développement de notre région dont les potentialités restent immenses.

 

 


 

Nécrologie

Nous avons appris avec tristesse le décès de Madame Maryami Ahmed Issé, survenu à Tadjourah le samedi 26 avril 2003. la défunte, âgée de 80 ans, était la mère de notre compagnon Kabbo Idriss.

Elle laisse de nombreux enfants et petits-enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute sa famille.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel

 

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.

 

 


 

La face immuable du pouvoir

Il faudrait tout un numéro spécial pour énumérer les multiples entraves aux libertés publiques chez nous. Nous ne le ferons pas : on ne tire pas sur un corbillard. Les lignes qui suivent peuvent se lire autant comme une sommation que comme une invitation à pacifier les conflits d’intérêt par le strict respect des règles en vigueur communément acceptées. Il en va de notre avenir commun.


S’estimant diffamé non par quelques lignes mais par les accusations d’un livre (sulfureux il est vrai, « La face cachée du Monde ») le directeur de la rédaction d’un des plus sérieux quotidiens européens, Edwy Plenel porte plainte et réclame un euro symbolique de dommages et intérêts et la publication du jugement aux frais de l’éditeur dans la presse nationale française.

Les quelques lignes incriminées chez nous ont hier été présentées par les médias officiels comme « l’affaire du mois ». C’est aujourd’hui devenu une affaire d’Etat. Et demain ? Notre confrère sera-t-il déféré pour haute trahison devant la Cour de Sûreté de l’Etat ?

Nous apprenons que le 27 avril dernier au matin, tout le rudimentaire matériel d’impression de notre confrère « Le Renouveau Djiboutien » a été saisi. Sur ordre de quel juge et en vertu de quelle loi ? Munis d’un permis de communiquer dûment délivré par le juge, MM. Mohamed Daoud, Président du PDD et Souleiman Farah, 2ème vice-Président du MRD, se rendent à la prison de Gabode pour prendre des nouvelles de DAF. Ils sont vertement éconduits par le policier de garde qui, pour mettre fin à la légitime insistance des susnommés, affirme avoir reçu des ordres (qui, comme chaque militaire le sait, ne se discutent pas !). Qui est cet ordonnateur dont les ordres sont plus exécutés qu’un permis de communiquer délivré par un juge ?

Les logorrhées d’un avocat de la place cherchant aujourd’hui à justifer un état de non-droit dont il a lui-même été victime, ne convainquent personne. Peu nous importe ici car, après tout, tout plaignant a droit à une défense ! Ces agissements sont en totale contradiction avec les lois en vigueur. Si encore il ne s’agissait que d’une exception. Tel n’est pas le cas, car ces sautes d’humeur sont récurrentes, illégales et compulsives, sans doute parce que banalement impunies.

On se souvient tous que sous le règne de l’ancien Président de la République, en toutes illégalité et impunité, un chef (soyons polis) ambitieux, aujourd’hui très et auto promu, avait ordonné la saisie de l’outil de travail d’un opposant déterminé du FUOD, aujourd’hui codirecteur de publication de « Réalité ».

Inentamée, la détermination de ce dernier est encore intacte : au moins autant que le pain (qu’Allah octroie généreusement à toutes Ses Créatures) la Lutte légitime nourrit aussi son homme, au moins en terme de dignité sauvegardée. Les décideurs publics seraient donc plus inspirés de vaquer de manière responsable à leurs occupations, plutôt que de perdre leur temps et dilapider notre argent à des intimidations forcément vouées à l’échec.

Ce qui nous préoccupe pour l’heure, c’est l’avenir de la liberté d’opinion, son exercice, ses limites légales. Car, la disproportion de la réaction du Pouvoir démontre le naturel illégalement répressif du régime que nous avons toujours dénoncé et qui est incompatible avec l’Etat de droit, présenté par nos décideurs politiques comme étant un souci gouvernemental.

L’être humain étant ce qu’il est (faillible), il peut arriver à n’importe qui d’abuser d’une Liberté conquise ou octroyée. C’est pourquoi toutes les véritables démocraties à travers le monde prévoient et sanctionnent, au civil, tout abus de quelque bord qu’il provienne.

Décourager par une très forte amende propagation de fausses nouvelles ou diffamation, c’est du déjà vu. Obliger le condamné à publier le jugement définitif dans chaque édition pendant un certain temps, c’est du déjà entendu. Ce que nous n’avons ni vu ni entendu dans une démocratie digne de ce nom, c’est l’emprisonnement, la condamnation au pénal, par le tribunal des flagrants délits, sans instruction publique, d’un homme et de son journal.

Quels que soient les griefs, avérés ou supposés, reprochés à notre confrère, nous ne resterons pas indifférents à ce qui, de toute évidence, constitue un injuste procès intenté à l’exercice des libertés publiques, d’expression et d’opinion.

Où va-t-on si chaque chef (restons toujours polis) s’estimant diffamé, abusant d’un pouvoir normalement limité par le droit et par définition limité par le temps, emprisonne, saisit, condamne, exproprie ?

Prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, nous lançons un avertissement au gouvernement et à nos soi-disant serviteurs sur les réels dangers que font courir à la stabilité de notre pays ces comportements répressifs irresponsables.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

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Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Valse des commissaires
  3. Brèves nationales
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie
  6. Guerre entre les images de guerre

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 44

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LES VRAIS AMIS DES AMERICAINS

 

Estimant que seule la légalité internationale devait prévaloir dans le règlement des conflits interétatiques, la France a donc refusé de cautionner l’actuelle croisade menée contre l’Irak par les États-unis d’Amérique et leurs alliés, dont certains ont choisi l’anonymat. Les dérapages médiatiques de quelques simples d’esprit et de quelques esprits malintentionnés n’y changeront durablement rien : cette position de la France ne fait pas d’elle une puissance ennemie des Américains. Car les États-unis ont deux types d’amis.

Il y a tout d’abord les vrais, ceux qui leur sont structurellement, consubstantiellement liés par un ensemble de données culturelles, économiques et politiques. Dans ce camp figurent non seulement les puissances occidentales partageant avec eux les mêmes valeurs de civilisation, mais aussi tous les États qui, de par le monde, se trouvent résolument engagés dans la démocratisation de leurs institutions. Le Sénégal par exemple, qui ne se prête à aucune surenchère entre Américains et Français au gré des circonstances. Ceux-là savent qu’avec la fin de la guerre froide, ils peuvent compter sur les États-unis pour les aider, en contrepartie d’une libéralisation politique, à libéraliser leur économie, avec tout ce que cela peut malheureusement impliquer comme dictature du marché.

Il y a aussi les faux amis. Ceux qui se rangent inconditionnellement derrière la puissance américaine pour des raisons conjoncturelles. Dans cette cohorte hétéroclite, on trouve des États du Tiers-monde peu démocratiques cherchant, dans cette alliance, à la fois clémence politique et retombées financières. Ce n’est pas le modèle américain qui les intéresse, encore moins sa défense qui les mobilise : ils saisissent tout juste l’opportunité offerte par une administration convertissant en plus-value politique le désarroi légitime d’un peuple traumatisé par un terrorisme aveugle. Ainsi, chacun sait, par exemple, que le retour de l’USAID à Djibouti, que le Chef de l’État présente comme une grande victoire de sa diplomatie, ne peut masquer l’essentiel : cette agence américaine d’aide au développement avait dû quitter notre pays à cause de la mauvaise gouvernance.

Mais les Américains ne sont pas dupes : ils savent que parmi leurs alliés d’aujourd’hui, il y a quelques Saddam Houssein en puissance, maintenant leurs peuples dans un intolérable état de sous-développement politique et économique. Si jurisprudence il devait y avoir dans cette affaire, ce serait d’universaliser, par des voies pacifiques, l’opération « Liberté en Irak », afin de faire trembler tous les tyranneaux de la planète. Afin que l’Organisation des Nations Unies ne soient pas qu’une simple Organisation des États Unis plus soucieuse de la stabilité des régimes que du droit des peuples.

Devant cette regrettable démonstration d’unilatéralisme et de bellicisme, les vrais amis des Américains ne peuvent qu’être frappés du caractère prophétique de la lettre ouverte adressée au Président Nixon le 19 décembre 1971 par André Malraux : « Vous vous souvenez de notre conversation avec le Général de Gaule. Vous veniez d’atteindre le pouvoir et vous m’aviez fait l’honneur de me parler de la politique américaine. Je vous avais dit : les États-unis sont le premier pays devenu le plus puissant du monde sans l’avoir cherché. Alexandre voulait être Alexandre, César voulait être César ; vous n’avez pas voulu être les maîtres du monde. Mais vous ne pouvez pas vous payer le luxe de l’être distraitement. »

Espérons que la légèreté politique à l’origine de cette croisade n’aboutisse pas à l’ouverture d’une « boîte de Pandore » aux conséquences incalculables, dans cette partie du monde comme ailleurs.

 


Valse des commissaires

ou encore l’art du mouvement au point mort

Les commissaires de la République, chefs de district, ont vraiment la bougeotte, à tel point que les régions d’Obock et de Tadjourah ont vu chacune passer trois de ces représentants de l’État en trois ans ! Faut-il mettre cette rotation effrénée sur le compte d’un souci perfectionniste de toujours mieux faire de la part du régime ? Ou ne serait-ce, plus banalement et vraisemblablement, qu’une preuve supplémentaire de la mauvaise gouvernance persistante, sabotant encore et toujours la seule véritable condition de développement durable : la mise en place d’une réelle décentralisation ?


La Décentralisation constituait le volet essentiel de l’Accord de paix signé le 12 mai 2001 entre le gouvernement et le FRUD-armé. Nous n’entretiendrons pas le lecteur à propos des multiples violations perpétrées par le régime à tous les niveaux pour en réduire unilatéralement la portée : ce sujet a déjà été abondamment traité dans nos colonnes et chaque citoyen sait de quoi il s’agit.

Le récent changement des représentants de l’Etat dans la capitale et les deux districts du Nord nous fournit l’occasion de revenir sur cette importante réforme voulue par le FRUD-armé, car il donne toute la mesure de la préméditation gouvernementale quant à cette violation de l’Accord de paix comme de la mauvaise volonté du régime peu soucieux de promouvoir la compétence car tout aussi peu soucieux de sortir les régions de leur actuel état d’abandon.

Tout d’abord, une question peut légitimement se poser : les districts d’Obock et de Tadjourah sont-ils à ce point difficiles à gérer pour être victimes d’une rotation si rapide de leurs commissaires de la République ? Car enfin, quelle peut vraiment être l’œuvre d’un Chef de district ne séjournant qu’une seule année dans sa région d’affectation ?

La gestion du quotidien, et encore : quand on connaît la faiblesse de l’administration dans ces districts et le dénuement dans lequel ils se trouvent, il est bien évident que les administrés n’attendent aucun miracle des représentants de l’Etat aussi démunis.

D’autant plus que, quelle qu’aurait été l’ambition personnelle, somme toute légitime, d’un commissaire désireux de laisser une empreinte positive, il est volontairement mis par le pouvoir central en situation d’impuissance. N’ayant à sa disposition que le strict minimum pour verser les salaires de ses rares agents, il ne peut initier aucun projet de développement régional durable parce tout simplement ce n’est pas ce qui lui est demandé.

Il suffit, pour s’en convaincre, de penser à tous les problèmes que ces Chefs de district rencontrent dans leur souci de consciencieusement tenir à jour les registres d’état civil ou de recenser tous ceux de leurs administrés cherchant vainement à obtenir leurs cartes d’identité nationale.

Surtout que les habitants de ces régions durement affectées par le conflit savent pertinemment que les programmes de réhabilitation et d’indemnisation tardent à venir, depuis 1995 pour certains, parce que le régime, conformément à sa politique de la misère, ne semble apparemment pas en voir la nécessité.

En second lieu, il est révélateur de relever à quel point, bien que son inefficacité ait été largement démontrée, même à l’occasion du pompeux « séminaire sur l’action gouvernementale », l’organisation territoriale héritée de la colonisation (c’est-à-dire, un modèle d’action autoritaire ayant peu de considération pour le libre choix des administrés) continue d’avoir la préférence du régime.

Alors que la puissance coloniale sélectionnait ses administrateurs dans un corps spécifique et spécialisé, il est remarquable que l’État djiboutien n’ait absolument pas cherché à mettre sur pied un véritable corps d’administrateurs dotés d’une formation spécifique. Vingt-cinq ans après notre Indépendance, la nomination de commissaires issus d’autres secteurs administratifs ( quand cela est le cas) et n’ayant pratiquement aucune compétence dans l’administration territoriale, démontre à quel point l’aménagement décentralisé du territoire et la prise en compte effective, à la base, des aspirations régionales, constituent la dernière préoccupation du parti au pouvoir.

Cette constance à accorder le monopole des décisions au seul pouvoir central est la preuve que les mentalités du parti unique conditionnent encore les pratiques gouvernementales.

Ce qui est amplement démontré par le bilan négatif des « conseils régionaux » dont le mode de (non) fonctionnement s’explique par le fait que leurs membres sont nommés par l’Exécutif et non pas choisis par les administrés : ils n’ont de compte à rendre qu’à une instance qui ne leur demande rien ! C’est pour cela que les administrés attendent en vain un quelconque rapport sur les réalisations de ces « conseils régionaux » : circulez, il n’y a rien à voir !

Enfin, il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, les élections régionales promises pour le mois prochain, soient apparemment reportées à des jours meilleurs pour le régime : après sa cuisante défaite aux législatives du 10 janvier dernier, il est improbable que la mouvance présidentielle prenne aussi rapidement le risque d’un nouveau et massif désaveu populaire. Non seulement parce que le Peuple n’a pas fait son deuil de sa victoire en se résignant à la spoliation dont les listes de l’UAD ont été victimes, mais surtout parce le mobile de cette spoliation se profile à l’horizon : la présidentielle de 2005. La mouvance présidentielle n’a été décrétée « victorieuse » que pour assurer la victoire de qui elle s’autorise !

C’est pourquoi les administrés d’Obock et de Tadjourah n’attendent aucun miracle de cette rotation des commissaires de la République, chefs de district : quand le régime méprise leur volonté en détournant aussi frauduleusement le verdict des urnes, il y a tout lieu de penser que son représentant dans le district ne sera pas « atypique » et ne dérogera pas à cette ligne de conduite gouvernementale.

Autant que la volonté populaire, c’est le développement des régions qui est victime de la chasse aux sorcières sectaire ou de la tombola partisane qui président à la disgrâce des uns ou à la promotion des autres.

En effet, cette « restructuration » ne s’est pas faite dans un souci d’efficacité : à voir ceux qui ont été promus, on peut se demander quels services opaques ils ont rendus au régime, alors que ni leur bilan passé ni leur action présente ne plaident en leur faveur.

Quant à ceux qui ont été « remerciés », ce n’est pas toujours leur incompétence qui est en cause, mais souvent leur manque de zèle, à un moment où le pouvoir avait particulièrement besoin de leur coup de main partisan. tout cela démontre bien qu’en haut lieu les considérations sectaires et l’esprit de coterie priment sur la compétence et l’intégrité dans les nominations et les punitions des agents de l’État. Dans les semaines qui viennent, nous aurons l’occasion d’apprécier à sa juste mesure l’amélioration des conditions de vie des habitants des districts d’Obock et de Tadjourah, à la lumière ténébreuse de l’entrée en fonction de leur commissaire respectif. Chacun connaît les heureux promus : celui d’Obock est un enfant du pays qui n’a absolument aucune connaissance de l’administration territoriale.

Comme celui de Tadjourah, anciennement à Obock, où il n’a visiblement laissé aucune réalisation digne d’être mentionnée : La Ville Blanche, frondeuse par nature, sait bien qu’étant un des leurs, son nouveau commissaire ne lui apportera aucune amélioration concrète, malgré sa bonne volonté. Tout juste lui sera-t-il demandé, dans la logique policière qui prévaut, de mieux « quadriller » les habitants de la région pour le compte du parti unique. L’ancien commissaire, dont la compétence professionnelle et l’implication personnelle étaient largement reconnues aurait, semble-t-il, été sacrifié par pure animosité épidermique de certains représentants de la « nouvelle génération ».

Enfin, à Djibouti ville, qui peut sérieusement penser que l’ancien trésorier payeur général du Trésor Public durant les années fastes du régime, contribuera mieux que son prédécesseur à la salubrité et à la prospérité perdues de notre Capitale ? Là aussi, plus que les qualités de gestionnaire d’une Capitale, ce qui semble être attendu du nouveau Chef du district de Djibouti, c’est qu’il contribue, du haut de son piédestal inespéré, à rallier les mécontents de sa « mouvance »… de plus en plus nombreux.

C’est à ce gâchis de nos rares richesses naturelles et ressources humaines qu’il est urgent de mettre fin. L’UAD s’y emploie résolument.

 

 


 

Brèves nationales

La rue djiboutienne en effervescence : qui manifeste contre qui ?

 

Depuis que la rue des pays arabes a décidé de protester contre la guerre en Irak, les autorités djiboutiennes qui, d’habitude, ont une peur panique de toute manifestation de rue, ont-elles, elles aussi encouragé une petite marche contre l’agression anglo-américaine ?

Cette petite manifestation a eu lieu en fin de matinée dimanche 23 mars 2003 et les médias officiels l’ont largement couverte. Le lendemain, ce sont quelques centaines de jeunes qui ont récidivé en s’attaquant aux forces de l’ordre à l’avenue Cheik Houmed.

Dans une riposte disproportionnée, ces dernières auraient fait usage de gaz lacrymogènes et de balles réelles. Bilan : plusieurs blessés, dont deux sérieusement, hospitalisés au service de réanimation de Peltier.

Dans la journée de mardi, les collégiens sont redescendus dans la rue en brûlant des pneus et en jetant des pierres contre les policiers de plus en plus nerveux.

Cette fois-ci, la guerre en Irak ne semble plus constituer la préoccupation première de ces jeunes et le pouvoir s’inquiète… des débordements d’une manifestation qu’il ne contrôle plus. L’insécurité reprend-elle ses droits ?

Les retraités du GCF de nouveau sans pension.

 

Les retraités de l’ancien Groupement Nomade Autonome (GNA) devenu Groupement Commando des Frontières (GCF) au lendemain de l’Indépendance, se retrouvent aujourd’hui sans pension.

Après avoir fait valoir leur droit à pension au terme d’une longue bataille administrative auprès des autorités djiboutiennes et françaises, ces dernières ayant fait admettre à l’Etat djiboutien ses obligations envers les anciens du premier corps de serviteurs locaux en armes de ce qui deviendra la République de Djibouti.

Voilà donc que ces pensionnés, au nombre de 644 ( retraités et veuves) se voient à nouveau nier leur droit à pension par la Caisse Nationale de Retraite, la CNR. Cela fait maintenant plus de cinq trimestres impayés. Les intéressés ont saisi et ressaisi le Premier ministre, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, le Ministre des Finances, ainsi que le Chef de l’Etat. En vain, aucune réponse n’est venue. C’est tout simplement incompréhensible, car ces pensionnés ont régulièrement cotisé des années durant et ont légalement droit à pension. D’où leur cri de détresse que nous relayons dans ces colonnes.

Obock : grève du personnel soignant

 

La malheureuse ville d’Obock, depuis longtemps oubliée par le pouvoir djiboutien, n’en finit pas de compter ses problèmes : chômage, précarité, enclavement, insalubrité constituaient déjà son lot quotidien. A ces difficultés de vivre est venue s’ajouter depuis plus de dix jours, une grève du personnel de santé du seul véritable dispensaire du district.

Dans l’indifférence générale, les Obockois ne sont donc plus soignés et les ruraux des alentours s’inquiètent aussi de cette situation. Le personnel médical aurait déclenché cette grève pour l’amélioration de ses conditions de travail exigeant, entre autres le paiement des primes de garde non versées des mois de septembre, octobre et novembre de l’année dernière. En outre, leurs salaires n’auraient pas été versés depuis quatre mois. Mais ils savent bien que cela n’est pas de la faute de leur Ministre de tutelle.

A l’heure où le régime procède à la valse des commissaires, plus dans un souci sectaire que d’efficacité, les Obockois continuent de souffrir plus que jamais de la mauvaise gouvernance. Nous demandons aux pouvoirs publics de se pencher sérieusement sur la détresse du personnel de la santé et, par voie de conséquence, sur les malheurs d’Obock, ville plus que jamais enclavée et sinistrée.

Randa-Day : week-end présidentiel politico-bucolique

 

Initialement prévue pour la première semaine de janvier 2003, et reportée en raison des difficultés du camp gouvernemental dans cette région, l’inauguration du projet d’adduction d’eau du Day aura finalement lieu le jeudi 27 mars. Une nuée de courtisans et autres carriéristes accompagnent le Président de la République pour marquer l’événement. Dans la foulée, la centrale électrique de Randa sera mise en service. Le pouvoir, qui a été sévèrement sanctionné dans cette région aux dernières élections législatives, espère y redorer son blason, mais rien n’est moins sûr. Ce sont de véritables décentralisation et réhabilitation qu’attendent les populations qui ont souffert du conflit.

Elles savent que leurs problèmes ne seront pas résolus en ce week-end de fête et de bakchich annoncée, mais par une politique volontariste de reconstruction à l’échelle de toute la région de Tadjourah. Après la déroute de ses partisans au Day et à Randa, le Chef de l’Etat semblait mécontent de ces localités ; son timide retour à Arta, où il ne se rendait plus depuis trois ans, était présenté comme un abandon de son pharaonique projet (agropastoral ?) du Day.

Le week-end prochain, nous en saurons plus.

 

La LDDH enfin légalisée.

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), fondée le 9 mai 1999 et qui fonctionnait jusqu’à présent sur la seule base du récépissé délivré par le ministère de l’Intérieur le 26 décembre 2001, vient enfin d’être officiellement légalisée par insertion au Journal Officiel du 31 décembre 2002, curieusement mis en vente en février 2003. Pauvre administration !

Nous félicitons très sincèrement son Président pour cette légalisation tardive, tout en l’encourageant à poursuivre sans relâche son juste combat pour le respect des droits de l’Homme dans notre pays.

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

 

Nous avons reçu le sympathique courrier qui suit de nos jeunes militants de Tadjourah, résolument déterminés à faire activement respecter le verdict des urnes.


LA VILLE BLANCHE ET SA JEUNESSE

100% UAD

La Ville-Blanche est plus que jamais déterminée à soutenir l’espoir de tous les Djiboutiens, dans leur Combat pour sauver notre Pays qui est malade de sa classe politique dirigeante.

La Ville-Blanche a dit OUI ! au programme de l’UAD et à ses dirigeants, conduits par le Père de la Nation, Ahmed Dini, et par l’espoir de la Jeunesse djiboutienne, DAF.

La Ville-Blanche et toutes les localités de l’Intérieur, Sagallou, Randa, Ideyta, Day, etc. ont dit NON ! aux mensonges de l’UMP et à leurs dirigeants qui distribuent des T-shirts et du khat.

La preuve : les programmes de l’UAD est toujours affiché sur tous les murs et les poteaux de la ville. Par contre, l’UMP n’a affiché aucun programme, à part les photos de ses six candidats. On ne trompe pas le Peuple avec des photos. Le problème de la jeunesse ne se résout pas avec des T-shirts et du khat, ce que Dilleyta ignore encore.

Aujourd’hui, plus de 60% de la Jeunesse a moins de 25 ans, ce ne sont pas les chefs coutumiers que M. Dilleyta a convoqués à la résidence du Sultan qui comprennent les problèmes de la Jeunesse du 21ème siècle.

Dilleyta se trompe encore quand il n’écoute pas les doléances de la Jeunesse, qui représente plus de la moitié de la population.

D’ailleurs, il n’a rien à dire, si ce n’est que pour apporter son emballage de mensonge. La Ville-Blanche et sa Jeunesse, dans toutes les localités de l’Intérieur, soutiennent l’UAD à 100%.

Comme l’a dit le très dynamique président du MRD, DAF, vive la Ville-Blanche ! Vive cette belle Jeunesse.

Nous vous réserverons toujours un accueil aussi chaleureux.

La Jeunesse de Tadjourah

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Réponse : Merci pour ce dynamique message de soutien, qui est bien celui d’une Jeunesse dont la mobilisation constante au service du changement fait l’admiration de tous nos concitoyens. Nous vous encourageons à poursuivre votre juste combat, qui est le notre, en faveur de toute la Jeunesse de notre pays, pour un avenir meilleur aux côtés des forces du changement que sont l’ARD, l’UDJ, le MRD et le PDD. L’UAD est fière de sa Jeunesse et reste convaincue que l’avenir lui appartient. Nous vous rendrons bientôt visite.Vive la Jeunesse verte de l’UAD ! LA RÉDACTION

 

 


 

Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie

Je suis un universitaire djiboutien et bien qu’opposant, je ne milite pas activement à l’ARD. Pourtant, je suis lecteur assidu de votre organe de presse qui, quoique politiquement situé, n’en garde pas moins la mesure dans les propos et une distance dans le traitement et l’analyse des informations. Je vous serais reconnaissant d’insérer dans vos colonnes, au cas où vous l’estimez digne, ce point de vue qui n’engage que ma petite personne.

S’adressant à l’Amérique et au monde, le 43ème Président des Etats-Unis d’Amérique, dissertant sur la lutte contre le terrorisme, parle de « croisade ». Lapsus linguae révélateur d’une intention inconsciente ? Que nenni ! Il s’empresse d’expliciter sa pensée, à l’occasion de la visite d’une mosquée, dans un speech œcuménique destiné à rassurer les américains de confession musulmane.

Au lendemain de l’odieux attentat au Boeing contre les tours du World Trade Center, ils étaient nombreux, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) plutôt bon chic que bon genre, à manquer de discernement dans une réaction de vengeance contre les supposés complices confessionnels de ce crime contre l’humanité. Quelque temps plus tard, avec l’aval et la bénédiction de l’ONU, et la solidarité agissante de l’opinion publique internationale, les Etats-Unis sous mandat et vote unanime du conseil de sécurité, ont défait le seul soutien et asile officiel d’Al Qaïda dont l’écrasante majorité des membres sont parqués à Guantanamo et traduits en justice sous l’unique instruction du juge militaire américain.

La poignée encore en fuite continue d’être à juste titre pourchassée et traquée dans la région. Fort bien ! Depuis cinq jours, les mêmes Etats-Unis d’Amérique sont engagés dans une guerre disproportionnée et hors légalité internationale contre l’Irak. Contre l’Irak seulement ?

Cette question mérite d’être posée au regard des prétextes invoqués pour le déclenchement de cette guerre (liens avec Al Qaïda, désarmement d’un Etat qualifié de voyou possédant des armes de destruction massive, mais aussi et sans rire la « libération de l’Irak). Si l’on suit cette logique, cette guerre devrait s’étendre de manière indéfinie dans le temps et géographiquement illimitée à tous les Etats remplissant ces vagues critères (ils sont nombreux) ou susceptibles de les remplir (encore plus nombreux !)…

A Djibouti, nous serons certainement les derniers à regretter la plus que probable disparition du parti Baas et de son chef en Irak. Ne serait-ce que parce que nous avons failli en être victimes au tout début des années 90, suite à la signature d’un accord secret (Baas/RPP) portant sur la circulation transfrontalière et le « règlement des problèmes de nationalité ».

Cela peut paraître aberrant, car même si les progrès technologiques (Internet, satellites, téléphones cellulaires, diffusion radiotélévisée des informations en temps réel) ont fait de notre planète un petit village, elles n’en ont pas modifié pour autant la distance géographique entre la Mésopotamie et la Corne orientale de l’Afrique… Il n’y a pas, que l’on sache, d’Afars ou Somalis nomadisant sur les rives fertiles du Tigre et de l’Euphrate, pas plus qu’il n’y a de chiites ou de Kurdes, menaçant la stabilité de Djibouti. Alors que signifiait cet accord sur la circulation transfrontalière ?

Le RPP, qui ne manque pas de suite dans les idées récidivistes a, au surlendemain de la chute du DERG, signé avec l’Ethiopie un accord de défense (secret comme il se doit) portant après quelques volets conjoncturels sur la « circulation transfrontalière et le règlement des problèmes de nationalité ». Décidément !

L’avant-veille de l’ultimatum, Saddam Houssein lance un appel à la guerre sainte. Appel au Djihad ? Lui ? Ridicule ! Il a tué à lui seul, chez lui et à ses frontières, davantage de musulmans (sunnites et chiites confondus) que n’en ont tué les Croisés lors des guerres religieuses.

Vendredi dernier, à l’occasion d’un prêche enflammée contre « les coalisés », un imam égyptien a crû reconnaître dans la pénétration des chars Abrams en territoire irakien, le déluge de bombes sur Bagdad et l’ « arrogance mécréante de Bush fils », l’apparition de l’Antéchrist !Citant à l’appui de ses imprécations un hadith du Prophète (PSL) qui aurait prédit que l’Antéchrist apparaîtrait « à l’Est de la Syrie, sur la route de l’Irak.. »

Ces discours va-t’en-guerre du Président américain, le bellicisme ciblé des faucons américains, ouvrent la porte à toutes les interprétations, tout comme les prêches défensifs des imams emportent à tort ou à raison l’adhésion d’un grand nombre de musulmans à travers le monde. Le tout étant favorisé par la perte de repères consécutive à la fin de la guerre froide. Sachons raison garder !

Car il suffit d’ouvrir l’œil, le lucide, et le garder ouvert, pour s’apercevoir que les enjeux de cette guerre sont ce que l’on veut sauf religieux et intemporels.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les professions de la palette d’experts appelés à la rescousse par les médias (les seuls que nous entendons pour d’évidentes raisons linguistiques) pour éclairer de leurs commentaires l’Histoire immédiate. Il y a là des économistes, des experts militaires, des orientalistes,… mais le plus sollicité de tous, et ce n’est pas fortuit, est sans conteste Pierre Terzian, qui dirige la revue spécialisée intitulée « Pétrostratégies ».

Lors de la première conférence de presse accordée à Doha, capitale du Qatar, par le général Tommy Francks, chef d’état-major interarmes de la coalition, on apprend au détour d’une réponse, que cette guerre était sérieusement « étudiée par le Pentagone » depuis quelques années, en clair juste après le 11 septembre.

Programmée depuis belle lurette, cette guerre obéit donc à des impératifs politiques différents, mais complémentaires, de deux puissances. La seule puissance militaire (nucléaire) dont les fondements idéologiques menacent la stabilité de la région et du monde : Israël. Et bien sûr la seule superpuissance qui compte, les Etats-Unis (contre qui ?), protecteurs inconditionnels de la première.

Israël, obnubilé par sa sécurité, cherche par tous les moyens à détruire son ennemi palestinien (qu’elle s’est créée) et à neutraliser ses soutiens politiques réels ou supposés qu’elle multiplie de façon exponentielle par son intransigeance et sa paranoïa. Pour ce faire, elle a détruit une centrale nucléaire énergétique (Osirak) à Tamuz, pulvérisé dans la banlieue de Tunis le quartier général de l’OLP qu’elle a chassée quelques années plus tôt de Beyrouth. En toute illégalité, en toute impunité ! Il est vrai que c’était du temps de la guerre froide. Secrètes, minutieusement préparées et surtout diaboliquement efficaces, ses opérations avaient au moins le mérite (la guerre froide aidant) de ne pas entraîner le reste du monde dans une guéguerre perdue d’avance.

Pour en revenir à notre sujet, Israël n’a jamais fait mystère, afin d’élargir son périmètre de sécurité « vital » autour de ses frontières, de ses intentions de « disloquer les entités étatiques constituant une menace potentielle pour ‘’Eretz Israël’’ ». De là à insinuer que cette guerre fut inspirée aux Etats-Unis par l’Etat sioniste, il y a un pas que je me garderai bien de franchir.

Et les Etats-Unis ? Pourquoi s’engagent-ils dans cette guerre ? L’ivresse (qui confine à la folie) des grandeurs, avec le sentiment, l’illusion d’invulnérabilité qu’elle procure chez tous les puissants qui y cèdent ? Peut-être ! Mais pour rester objectif, il y a aussi et surtout cette odeur (enivrante il est vrai) du pétrole et le pouvoir d’en maîtriser directement ou indirectement la production, c’est-à-dire l’offre, donc d’influer ( à la baisse bien entendu) sur son prix (à la pompe, la facture énergétique du plus industrialisé des pays.

Ainsi, nous apprenons en pleine guerre qu’un appel d’offres de 900 millions de dollars américains est d’ores et déjà lancé à l’appétit des seules sociétés américaines pour l’extinction des puits de pétrole en feu dans le Sud de l’Irak sous contrôle des coalisés.

Pour ce qui est de la future reconstruction de l’Irak, nul doute que les compagnies américaines sont en pôle position pour s’adjuger ce marché.

A.M

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COMMENTAIRE

A quelques réticences près relatives aux références religieuses, il nous semble que votre analyse ne manque pas de pertinence. Merci donc de votre aimable contribution, en souhaitant que notre destin national vous inspirera tout autant que la situation internationale. Avec ou sans référence religieuse. LA RÉDACTION

 

 


 

Guerre entre les images de guerre

 

Tout événement, du plus anodin au plus dramatique, n’existe pour la conscience qu’en fonction de la construction, de la mise en scène, qui lui confère une visibilité : la médiatisation de l’actuelle guerre contre l’Irak n’échappe pas à cette loi. Si la couverture médiatique de ce conflit a surtout démontré l’absence d’une télévision francophone de dimension internationale, il est bien évident que chaque partie, en conflit ou spectatrice (engagée), présente au téléspectateur des facettes présélectionnées d’une réalité complexe : selon quels critères ?


Les motivations de la télévision irakienne ne sont pas difficiles à cerner. Média d’Etat dans un régime dont le respect du pluralisme audiovisuel n’est pas la vertu principale, elle est au service d’une légitime défense contre une agression sans aucune légalité internationale. En exhibant des cadavres ou des prisonniers américains, sa mission est donc claire et double : traumatiser les esprits occidentaux (américains en tête) en montrant une guerre sale et galvaniser les masses arabo-musulmanes (dont les siennes) en exaltant une résistance autant patriotique que religieuse.

Les télévisions américaines ne font généralement pas plus preuve d’objectivité, tant elles sont résolument engagées aux côtés de leurs troupes. CNN en tête, elles cherchent quant à elles à justifier la guerre en offrant surtout aux téléspectateurs des images censées démontrer à la fois l’incontestable supériorité des coalisés, l’attente messianique d’un peuple irakien opprimé et le caractère chirurgical des attaques répondant aux impératifs d’une « guerre propre » et du « zéro mort ». Toute tentative de présentation des faits ne répondant pas à ces critères est implacablement neutralisée : les envoyés spéciaux d’une chaîne américaine l’ont appris à leurs dépens, puisque leurs cassettes ont été confisquées !

Les médias des parties en conflit ne peuvent donc être considérés comme des sources fiables d’information même, en certaines circoonstances malheureusement, la respectable BBC, jusque-là peu suspectée de manquement à la déontologie journalistique, son service somali mis à part, spécialement en ce qui concerne les informations relatives à notre région.

Pour ce qui est des médias issus de pays ne participant pas au conflit, on peut les classer en deux catégories : les grandes chaînes occidentales qui s’efforcent, autant que faire se peut, de ne pas être victimes des inévitables manipulations des parties en conflit, et la nouvelle chaîne «Al Jazira» du Qatar.

La récente apparition de la chaîne « Al Jazira » dans l’univers médiatique international essentiellement propulsée grâce à son monopole sur la diffusion des cassettes de Ben Laden et de la couverture de la chute du régime taliban en Afghanistan, constitue dans ce conflit une source a priori intéressante pour tout téléspectateur (surtout lorsqu’il ne maîtrise que la langue arabe) soucieux de diversifier ses sources. C’est véritablement, dans son traitement spécifique de l’information, le seul média d’envergure internationale digne de ce nom dans le monde arabe. Malheureusement, le quasi-monopole que lui a accordé le régime irakien sur certains champs de bataille, nuit aux yeux de ses collègues à la crédibilité de ses images. Bien qu’ « Al Jazira » ne doive ce privilège qu’au seul souci irakien de mieux toucher les masses arabophones pour mieux susciter leur adhésion affective.

Les mondes arabe et ango-saxon étant relativement bien représentés, la couverture de cette guerre contre l’Irak a donc mis en évidence une nécessité absolue : celle de la création d’une télévision francophone à vocation mondiale, tant dans son fonctionnement que dans ses centres d’intérêt. Elle constituerait un renfort inestimable au rayonnement d’une vision francophone des relations internationales que cherche à promouvoir la Francophonie et lutterait plus efficacement contre la marginalisation des locuteurs de langue française dans l’espace médiatique international.

Mais un tel projet se heurte à un obstacle de taille : quand on sait que, par déficit démocratique structurel, certains Etats arabes en sont venus à fermer leurs ambassades à Doha pour remettre en cause l’indépendance de la chaîne « Al Jazira », on est en droit de se demander si un tel média francophone pourra résister aux injonctions de nombreux Etats concernés n’accordant pas une telle liberté à leurs propres médias nationaux. Comme le disait lui-même un journaliste de cette chaîne, la confrontation démocratique des idées, déjà largement inexistante dans la culture arabe, est de surcroît étouffée par la nature des régimes à dominance patrimoniale.

Pour le moment, les images de guerre en provenance d’Irak se font la guerre, pour convaincre un téléspectateur mis, bien malgré lui et souvent en violation des conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerre, en demeure de choisir entre deux postures l’une plus inacceptable que l’autre.

Nous aurions préféré nous passer d’un tel conflit et de telles images, sans oublier enfin de nous poser la question de savoir si, en définitive, ce conflit ne sera pas moins meurtrier que l’injuste embargo onusien qui frappait le peuple irakien depuis plus d’une décennie.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 43 du mercredi 19 mars 2003

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Réalité numéro 43 du mercredi 19 mars 2003

 ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Vote permanent par la mobilisation
  3. Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains : état des lieux.
  4. Guerre contre l’Irak : offensive de charme militaire avant l’offensive militaire
  5. Communiqué de presse de l’UAD (1)
  6. Communiqué de presse de l’UAD (2)

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 43

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

La paix souhaitée : oui !

La soumission imposée : non !

« La Paix et la Justice sont aussi inséparables que le souffle et la vie » proclame l’Accord-cadre signé à Paris le 7 février 2000 entre le FRUD-armé et le gouvernement. C’est-à-dire que l’une n’est concevable qu’en présence de l’autre. Il s’agit autant d’une conviction que d’un constat : sans Justice, il n’y a pas de Paix.

Vouloir imposer une soumission par la peur et l’impuissance généralisées, par la pratique méthodique de l’injustice en lieu et place de la paix par la justice, a toujours été la dangereuse lubie des régimes autoritaires à travers l’Histoire. Rejeté par les contemporains de ces régimes et condamné par les postérités, l’autoritarisme a toujours mal fini.

Car, dès que l’injustice devient un instrument de pouvoir entre les mains d’une lubie d’inspiration et au service d’un parti pris sectaire, elle fait perdre à l’institution judiciaire, dont elle utilise titres et prérogatives, ses caractéristiques de sacralité et de dignité qui soutiennent sa fonction. Au lieu d’utile, elle en devient nuisible et constitue une des causes des révoltes.

Nous parlons si souvent de la Justice parce que justement sans elle, non seulement aucun Etat ne peut durablement exister, pas plus qu’aucune société organisée et pacifique. C’est pourquoi nous l’avons solennellement enregistré dans nos accords avec le gouvernement, explicité dans nos interventions lors des Etats généraux de la Justice, repris et développé en diverses occasions dans cet hebdomadaire. Autant de sonnettes d’alarme tirées devant le danger imminent représenté par la déliquescence d’une Justice djiboutienne apparemment capable d’incarcérer ou condamner un opposant pour « diffusion de fausses informations » rien que pour avoir écrit une évidence pas très loin de celle qui veut que « le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest », ou posé une question à tel haut gradé sur le coût financier d’une construction ou enfin dénoncé une brutale mise à la retraite au lendemain des élections législatives du 10 janvier.

Et, pendant ce temps, la plus totale impunité continue de couvrir les privilégiés et autres protégés civils ou militaires coupables de toutes sortes de délits plus ou moins graves, dont certains mériteraient d’être déférés devant le Tribunal Pénal International pour « exécutions massives et sommaires de blessés et prisonniers de guerre le 24 février 1992 à Yoboki » !

Quel est donc ce régime qui refuse la Paix par le rejet des accords l’instaurant, comme par l’instrumentalisation de la Justice, qui utilise les chefs des forces armées comme de simples commissaires politiques d’une milice du Parti au pouvoir, ce qui est interdit par tous les textes pertinents ?

Il est grand temps que ce régime se ressaisisse, avant que les agissements partisans et politiciens de certains officiers ne provoquent la naissance d’une autodéfense encore inconnue chez nous jusqu’ici, et avant que la déchéance de la Justice n’engendre le chaos.

 

 


 

Vote permanent par la mobilisation

L’urne transparente de la rue

 

Quand l’Opposition unie bat le rappel, le peuple djiboutien répond présent. Deux mois après les fraudes électorales du 10 janvier, la mobilisation permanente contre l’usurpation et pour le respect du verdict des urnes vient de franchir un degré supplémentaire avec le succès du meeting pacifique de vendredi dernier. Preuve que l’UAD constitue la force politique majoritaire et incontournable de notre pays, face à un régime qui, faute d’une réelle assise populaire, a perdu toutes légitimité et crédibilité.

 


 

Depuis le rejet de notre requête en annulation des législatives du 10 janvier et la réaction mesurée de l’UAD à cette décision infondée du Conseil Constitutionnel, le régime prédateur et ses figurants mal élus se mettaient à rêver de lassitude et de normalisation. C’est mal connaître la détermination de l’opposition nationale et la profondeur des attentes populaires.

Aussitôt après la diffusion de notre communiqué de presse du 23 février 2003 condamnant la décision du Conseil Constitutionnel, les militants de l’UAD ont entrepris un intense travail de mobilisation et d’explication dans la capitale et les districts de l’intérieur. Ces activités de sensibilisation, l’opposition les a menées comme à son habitude sans tambour ni trompette. Le meeting pacifique de vendredi dernier à l’avenue Nasser se voulait l’expression de cette mobilisation permanente contre le hold-up électoral et l’arbitraire.

Dès 16 heures ce jour-là, une véritable marée humaine a convergé vers le lieu du meeting. Venus de tous les quartiers populaires, des milliers de militants et sympathisants de l’UAD écoutaient les chants partisans diffusés par une puissante sono. Chaleureusement ovationnée dès son arrivée par une foule disciplinée et déterminée, la direction de l’UAD est montée sur le podium vers 16h 30.

Les dirigeants de l’UAD se sont alors succédé à la tribune pour dénoncer la décision arbitraire du Conseil Constitutionnel, tout en réaffirmant leur ferme volonté de continuer la lutte jusqu’à la victoire.

Chaque meeting étant l’occasion de démontrer le vote réel en faveur de l’UAD, l’opposition qui est fermement portée par la rue est désormais décidée à la tenir informée chaque fois que cela sera nécessaire. Si jusque là les choses se sont plutôt bien passées, cela démontre aussi la capacité de l’UAD à tenir ses troupes.

Mais, avec l’aggravation de ses conditions de vie, le peuple commence à perdre patience et les provocations incessantes d’un régime pratiquant une chasse aux sorcières insensée à l’encontre des partisans du changement, ne sont certainement pas de nature à apaiser les esprits ou enraciner la lutte pacifique jusque-là privilégiée par l’opposition.

Faisant allusion au nouveau contexte de malaise politique créé par la spoliation électorale du 10 janvier, les orateurs de l’UAD, constamment à l’écoute du peuple, ont tous estimé qu’une telle situation ne pouvait perdurer. Une façon de rappeler à ce régime pratiquant la fuite en avant que la réalité le rattrapera tôt ou tard.

Evoquant l’impasse politique actuelle, le Président Dini l’a expliquée par la déliquescence de l’Etat. « Ce régime insouciant et incapable a fait disparaître toute notion d’Etat. La faillite de l’Etat se reconnaît à l’existence de trois indices révélateurs : ses responsables ne respectent pas leur parole, ses forces de l’ordre n’accomplissent pas leur véritable mission républicaine, ses caisses sont vides. Comment un Etat peut-il fonctionner si ses dirigeants mentent effrontément, si les forces normalement destinées à combattre les délits en commettent elles-mêmes en toute impunité ? Enfin, quel développement est possible si les caisses de l’Etat restent désespérément vides ? »

Ce passage de son discours a été particulièrement applaudi, bien que prononcé en maintes occasions. Ce qui signifie certainement que les djiboutiens, lassés de la misère dans laquelle les maintient le régime prédateur, ne font absolument plus confiance au pouvoir actuel pour les sortir de cette situation.

L’affluence exceptionnelle qu’a connue ce premier meeting organisé après le rejet de notre recours prouve, s’il en était besoin, que nos compatriotes, loin de se résigner à l’arbitraire, sont de plus en plus déterminés à faire respecter leurs droits de choisir librement leurs dirigeants.

Nul doute que leur volonté finira inévitablement par triompher, tant est totale la fermeté de l’UAD pour l’imposer. D’autant plus que chaque réunion publique, comme celle du 14 mars 2003, constitue un vote par présence physique. Apportant l’approbation de la politique choisie par l’UAD, prodiguant l’encouragement à la poursuivre avec le soutien actif de l’ensemble des électrices et des électeurs.

Ces citoyennes et ces citoyens savent parfaitement qu’ils n’ont pas choisi par leur vote ceux qui prétendent les représenter en usurpant titres et fonctions pour lesquels le Peuple ne les a pas désignés.

Cette illégitimité se trouve infiniment aggravée par une incapacité notoire à bien gérer nos affaires publiques : le résultat, c’est la ruine économique et le naufrage social.

Trois ans après le retour de la Paix définitive, notre pays reste exsangue, mais cette fois, le pouvoir ne peut plus imputer la responsabilité de sa mauvaise gouvernance à la guerre civile qu’il a lui-même inutilement prolongée.

Notre pays mérite mieux que la démocratie virtuelle et son corollaire, les fraudes perpétuelles. Face à l’immobilisme et à l’obscurantisme, nous continuerons à brandir le flambeau de la mobilisation permanente. Jusqu’au triomphe inéluctable du Droit sur l’arbitraire.

 

 


Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains : état des lieux.

 

Signé en juillet 2002, un document UNDAF (Fonds des Nations unies pour l’Assistance au Développement) rassemble « les grandes priorités retenues en commun avec le gouvernement et coordonnées avec la société civile d’une part et avec les partenaires internationaux multilatéraux et bilatéraux d’autre part, autour de quatre domaines coopération… ». Le deuxième volet de cette coopération, intitulée « Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains » retiendra cette semaine notre attention. Observateurs vigilants de la gestion du bien public ainsi que du suivi des engagements écrits par le gouvernement avec nous ou d’autres, nous avons jugé nécessaire d’en tirer, huit mois après sa signature, un premier bilan provisoire quant à son application concernant ce volet.


Sans nous appesantir sur des considérations générales, il ne nous semble pas inutile de rappeler quelques faits sur la coopération (lato sensu) et son exécution depuis l’Indépendance dans différents domaines d’utilité publique.

Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler que Djibouti a été, suite à la conférence des donateurs en 1983, le pays le plus aidé par tête d’habitant. En dehors des infrastructures portuaires et aéroportuaires, et le remarquable développement de l’outil de communication, il ne subsiste rien ou presque des projets qui ont retenu le financement des donateurs.

L’avortement de ces projets (PK20, usine d’aliments de bétail, laiterie, etc.) ou la faillite des sociétés d’Etat préexistantes (Air Djibouti) entre autres) ne seraient pas uniquement dues à la mauvaise gouvernance. Ni l’élite post-coloniale, ni la coopération multilatérale ne semblent en avoir tiré les enseignements qui s’imposent.

Que le système des Nations Unies continue malgré tout de coopérer avec notre pays et ses administrateurs (restons polis) procède, croyons-nous, d’une bonne intention d’autant qu’elle s’avère utile, à défaut d’être efficace et déterminante. En effet, bon an mal an, le Programme Alimentaire Mondial déverse sur Djibouti des dizaines de milliers de tonnes d’aide alimentaire, dont une grande partie serait, à en croire des sources autorisées, la proie de charançons d’Etat. Tout comme le PNUD et l’UNICEF colmatent ici ou là les brèches laissées béantes par les choix budgétaires irrationnels de nos décideurs politiques.

Enfin, au regard du sort que réserve l’actuel gouvernement (comme ses prédécesseurs d’ailleurs) à ses engagements écrits et le peu de cas qu’il fait des lois qu’il édicte sans les appliquer, nous avons toutes les raisons de rester dubitatifs quant à l’application de ce plan-cadre. Si notre Peuple a depuis longtemps désespéré de raisonner ses dirigeants (qu’il vient de sanctionner…), ce qui nous intéresse ici, c’est le suivi qu’en fait (en en fera) le système des Nations Unies.

Car, pas plus que la coopération bilatérale, qui ne se fait plus qu’au compte-gouttes, la coopération multilatérale n’a pas vocation à être sinon dilapidée, du moins inefficace.

Examinons à présent le domaine de coopération n°2, intitulé « Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains » qui constitue l’objet de notre article. Le premier résultat qui en est attendu est « le renforcement des institutions publiques de bonne gouvernance ».

On peut lire (page 7) que « les autorités oeuvrent dans ce contexte à ce que les institutions en charge de l’élaboration et de l’exécution des lois et règlements, ainsi que les juridictions, soient pleinement en mesure de remplir leur mandat et satisfaire au respect inaliénable du système juridique ».

En écho, à la noblesse des intentions et engagements écrits, répond la délinquance des pratiques étatiques. Nous savons les fonctionnaires des Nations Unies tenues à un devoir de réserve, c’est pourquoi aucun haut fonctionnaire ni organisme du système des Nations Unies n’est ici interpellé

Nous n’en sommes pas moins curieux de savoir la lecture que le système onusien officiant à Djibouti fait des derniers événements politiques survenus dans notre pays.

En quoi le Conseil Constitutionnel, par sa composition, son mode de fonctionnement et surtout le jugement expéditif qu’il vient de rendre concernant notre recours en annulation, sans instruction ni en droit ni en fait, remplit-il son mandat et satisfait-il pleinement ou pas au « respect inaliénable du système juridique » et au « renforcement des institutions publiques de bonne gouvernance » ?

En quoi le tribunal administratif, qui n’a jamais siégé depuis 1996, contribue-t-il à la réalisation des objectifs suscités ?

La chambrette des comptes dont les comptes rendus et appréciations sont confidentiels et privé, puisque destinés à l’attention du seul Président de la République, participe-t-elle vraiment à la recherche de la transparence et à la lutte contre la criminalité financière des cols blancs ?

La récente décision du tribunal condamnant le directeur de publication du journal « Le Renouveau Djiboutien », organe de presse du MRD, pour délits de presse (libre ?) à six mois d’emprisonnement avec sursis et 200.000 FD d’amende, est-elle de nature à « renforcer le processus démocratique en cours dans le pays, avec pour objectif de favoriser le développement de la diffusion de l’information comme facteur important dans la définition des capacités de choix pour les citoyens » ? (Voir communiqués en page 7 et 8). Ce directeur de publication n’a fait que poser une question au Général Fathi Ahmed Houssein sur la cohérence entre le projet qu’il prétend vouloir réaliser et l’enveloppe financière qu’il sollicite à cet effet.

La loi sur la Décentralisation telle qu’adoptée et dénaturée en toute illégalité par la précédente Assemblée Nationale, s’inscrit-elle dans son esprit et sa lettre, dans « l’optique de la consolidation de la décentralisation et de la participation des citoyens à la vie publique » ?

S’il est explicable que le système des Nations Unies fasse preuve de discrétion et de circonspection pour ne pas prêter le flanc à des critiques ou des reproches d’ingérence dans les affaires propres au gouvernement local, il est par contre surprenant de le voir financer en partie ou en totalité des opérations soit engagées sans nécessité, soit alors sans résultat bien que ses réalisations aient été indispensables.

Exemple : la réhabilitation des zones affectées par la guerre civile. Pas un logement n’a été reconstruit ou réparé à Yoboki ou à Obock, cités largement détruites par le conflit pour la première ou pillées par les forces gouvernementales pour la seconde.

Et comment ne pas s’apercevoir que la distribution de l’assistance alimentaire fournie par le PAM est confiée à des dirigeants locaux du parti RPP qui en font des dons partisans refusés à tous ceux suspectés de sympathie pour l’opposition. Comment tolérer un tel chantage ?

Étant donné que les États ou les institutions internationales ne traitent qu’avec les autorités légales du pays hôte ou récipiendaire, il semblerait que c’est la nature du régime politique de ces autorités et les méthodes de gestion pratiquées par elles qui dominent ces relations. Dans ces conditions, les bienfaits que ces institutions internationales apportent à notre pays sont quelque peu amoindris, sinon annihilés, par la soumission de ces institutions au régime local, qui en retire soutien et légitimité.

Alors que la vocation de ce système des Nations Unies est d’aider le pays à soulager les misères du peuple victime de la mauvaise gouvernance, et non pas de renforcer celle-ci en passant dans ses moules.

Il faudrait absolument comparer continuellement le résultat obtenu à l’engagement apporté et ne pas se contenter de la prose et de la statistique bureaucratiques qui ne sont pas très souvent l’exact reflet de la réalité concrète.

 

 


 

Guerre contre l’Irak : offensive de charme militaire avant l’offensive militaire

 

En violation du droit international, les Etats-Unis et leurs alliés (Djibouti) se préparent à lancer une offensive de grande envergure contre l’Irak pour, officiellement, détruire son potentiel militaire et démettre ses dirigeants. Dans cette perspective, l’armée américaine a procédé à une opération « portes ouvertes » pour présenter à la presse nationale ses capacités technologiques comme sa mission historique. toutefois, parce qu’il est difficile de faire de l’information avec des militaires n’ayant pas, par définition, à justifier des décisions politiques qu’ils ne doivent qu’appliquer, il est utile de présenter le contexte général de cette nouvelle croisade militaire.


Les crises successives des années 1970 qui ont porté un coup dur à la croissance et au plein emploi des pays occidentaux ont été un élément majeur du déséquilibre économique des pays industrialisés et simultanément de l’évolution du monde vers une situation bien différente de celle de l’après-guerre et des indépendances des pays du Sud.

Le monde allait connaître une multiplication des guerres. La chute du mur de Berlin consécutive à l’effondrement du bloc de l’Est, aboutissait à une remise en cause de l’équilibre de la géopolitique internationale. La fin de la bipolarisation des relations internationales imposait dès lors les Etats-Unis d’Amérique comme la seule superpuissance planétaire.

« Tempête du désert », l’invasion de l’Irak, en janvier 1991, par les forces alliées aux Etats-Unis n’était autre que la continuité logique du « Nouvel Ordre Mondial » (dixit G. BUSH Senior). La situation mondiale, depuis, n’a fait que s’embourber et générer guerres, exodes et famines, sans pour autant que l’ambiguïté de cette guerre contre l’Irak ne mette fin à « la nuisance du potentiel militaire » de Saddam Houssein. Seulement, la résolution 660 obligeant l’Irak d’évacuer le Koweït en fut l’unique succès palpable.

Cette guerre de 1991 fût aussi, porteuse d’une réelle dévaluation du Droit International et officialisait davantage les massacres et autres répressions inhumaines particulièrement au Proche-Orient et principalement en Palestine, au mépris des multiples résolutions onusiennes à l’encontre d’Israël. Le responsable de la tuerie de Sabra et Chatila, aujourd’hui Ariel Sharon à la tête de l’Etat Hébreu procède encore et au quotidien à l’épuration du peuple palestinien, profitant du mutisme des grandes puissances.

C’est donc dans un tel contexte de violence au quotidien, sur fond de crises, ou aussi la mondialisation obère les quelques acquis des pays les plus vulnérables, que débute le troisième millénaire dans une spirale d’attentats et de guerres aux limites infinies.

L’odieux attentat du 11 septembre 2001 démontrait qu’un degré venait d’être franchi dans les actions terroristes. Dès lors, la première puissance du monde veut châtier les coupables et leurs complices. Elle a stigmatisé certains comme étant des « Etats-voyous ». Après l’Afghanistan, le démantèlement partiel de « l’Axe du Mal » et l’occupation de son territoire, suit l’Irak qui, selon les Etats-Unis, demeure toujours nuisible après les frappes de 1991 et l’embargo économique imposé dès le lendemain.

Cependant, cette croisade contre l’Irak cache d’autres desseins non-avoués, bien que la formation d’une coalition des forces internationales derrière les Etats-Unis n’arrive toujours pas « à accorder sa musique », d’abord diplomatiquement pour parvenir à une résolution pacifique du conflit, ensuite militairement pour donner une certaine cohérence à aux forces coalisées présentées comme ultime solution contre Saddam Houssein.

Alors qu’un consensus semble prévaloir quant à la nature du régime de Bagdad, l’absence d’unanimité sur la nécessité du recours à la force, au sein même du Clan Sécuritaire Onusien, ne peut certainement pas donner une quelconque légitimité aux États-unis et à ses alliés pour une invasion de l’Irak, au regard du Droit International.

Située sur la route du pétrole, à l’entrée de la Mer Rouge (qualifiée de « Lac arabe » par certains pays de la région), la République de Djibouti est devenue, depuis le 11 septembre 2001, un point névralgique de la géostratégie américaine, dans sa lutte contre le terrorisme.

Certes, ce choix est une aubaine pour le régime connaîssant une crise politique, sociale et financière et considéré comme entouré de repaires terroristes, notamment en Somalie, au Yémen, au Soudan, etc…

Par conséquent, Il est certain, Djibouti est depuis deux ans devenue dans cette partie du monde à la porte du Moyen-Orient, un poste d’observation de premier ordre.

Outre la présence des forces françaises sur le sol djiboutien, d’autres forces s’y sont installées notamment les Américains, les Allemands et les Espagnols.

En ce moment, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de l’imminence de la guerre contre l’Irak, depuis son arrivée à Djibouti, l’Etat-Major militaire américain a jugé indispensable d’inviter toute la presse nationale et internationale, les 15 et 16 mars, tant au Camp Lemonnier que sur le bâtiment de guerre USS Mount Withney.

Après le Camp Lemonier, « Réalité » comme le reste de la presse nationale et internationale a été conviée sur le navire USS Mount Whitney, poste de commandement des Forces Alliées dans la Corne de l’Afrique, par le Major-Général John F. Sattler, Commandant des forces de la coalition contre le terrorisme.

Le bâtiment USS Mount Whitney a son port d’attache à Norfolk, en Virginie. Avec un équipage de 560 personnes, il fut le premier navire de la marine de guerre US à accueillir des femmes à son bord. C’est une véritable ville flottante qui dispose d’équipements électroniques de communication les plus avancés. Capable de transmettre et de recevoir des données sécurisées de et vers n’importe quel lieu du globe, ce navire dispose également de moyens de défense et d’attaque les plus performants. Avec une autonomie en eau et nourriture pour une période de 45 jours, sa centrale électrique produit 75000 kw, une énergie capable d’alimenter une petite ville.

Commandé par le Capitaine David W. Prothero, ce navire est le Poste de Commandement de la coalition des forces internationales contre le terrorisme pour la Corne de l’Afrique, et sous l’autorité du Major Général John F. Sattler.

Organisateur de cette journée portes ouvertes de l’armée américaine, le Général Sattler est un homme qui a accompli une brillante carrière dans la Marine américaine et y a occupé les plus hautes responsabilités. Il est titulaire des plus hautes distinctions de ce corps et son expérience est reconnue. Après avoir été Directeur-Adjoint des Opérations dans le combat contre le terrorisme en 1998, il fut muté dans le US Marine Corps comme Directeur des Relations Publiques. En juillet 2001 il a la charge de Commandant Général de la 2ème Division de la Marine au Camp Lejeune avant d’être choisi en octobre 2002 comme Commandant des forces internationales dans la Corne de l’Afrique.

C’est avec beaucoup de fair-play que le Général Sattler a accepté de répondre aux questions de la presse.

Le contingent américain à Djibouti est d’un total de 1300 soldats dont une proportion de 20 à 40% de femmes, selon les métiers. « Notre présence et celle des forces coalisées de 6 (six) pays à Djibouti obéit, explique-t-il, à la lutte contre le terrorisme ». Les forces américaines sont temporairement ici, au maximum 3 ans, comme l’a d’ailleurs expliqué le Secrétaire à la Défense M. Rumsfeld, lors de sa tournée à Djibouti. Est-ce la raison pour laquelle, l’armée américaine ne s’est pas du tout investie dans la construction de dur, préférant vivre sous des tentes ?

Cependant, se refusant à répondre à toutes les questions relatives aux finances engagées par son Etat dans le pays d’accueil, l’armée américaine, estime-t-il, contribue directement par les aides aux plus défavorisés et contribuera davantage au bien-être de la population djiboutienne. D’ailleurs, employant déjà plus de 400 djiboutiens, l’armée américaine interviendra très bientôt dans le domaine économique et social, en faisant des sorties dans la Capitale. Sorties qui serviront à relever le commerce local et en même temps à permettre aux soldats d’avoir des relations directes avec la population du pays hôte.

La mission des forces américaines dans la région est de quatre ordres :

– Détecter les éventuels terroristes dans la région,

– Décourager les terroristes, les traquer,

– Une fois arrêtés, traduire ceux-ci devant la justice,

– Travailler pour la stabilité de la région et des membres de la coalition.

Les forces américaines travaillent directement avec les Etats de la région, forment leurs soldats et autres services de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Ils ont déjà formé dans la collecte de l’information des Djiboutiens, des Yéménites, etc., ce qui donnera à la coalition la capacité de pouvoir réunir l’ensemble des pièces du puzzle dans la région, avant de procéder au démantèlement d’éventuels réseaux terroristes.

« La lutte engagée contre le terrorisme est une gigantesque mission » affirme le Général Sattler. « L’armée américaine doit collaborer avec les pays de la région pour obtenir le maximum d’informations avant d’entreprendre le démantèlement des terroristes. Car, répète-t-il, les États-unis ne peuvent pas jouer seuls les gendarmes partout dans le monde ». En tant que Commandant des forces alliées, il s’est rendu plusieurs fois en Éthiopie, au Soudan, en Érythrée, et dans tous les autres pays de la région.

Concernant un éventuel débarquement des forces alliées en Somalie, le Général Sattler a précisé qu’aucun élément de ses forces, ni celles de ses alliées ne s’est aventuré dans ce pays. Par ailleurs, les États-unis n’encouragent et n’encourageront pas les forces éthiopiennes à faire des incursions en Somalie. Par contre des agences d’information existent partout, mais pas des militaires.

La Corne de l’Afrique et le Golfe d’Aden constituent une zone sensible. Les forces américaines, par la formation des éléments de ces pays, doivent contribuer à la sécurisation des ports, notamment celui de Djibouti, auquel une attaque terroriste porterait un sérieux coup à l’économie.

A la question de savoir si les divergences importantes sur la guerre contre l’Irak entre la France et les États-unis remettaient en cause la coalition des forces dans cette région, le Général Sattler répond aucunement et que la collaboration avec les Français resterait intacte, idem pour les autres pays membres de l’alliance.

Après cette interview du Général Sattler suivie d’un déjeuner sur le bateau, les journalistes ont été invités à visiter le centre de communication ultra-sophistiqué. Le centre nerveux du navire qui, avec ses 15 spécialistes de tous les domaines, de la communication à l’ingénierie en passant par la météorologie, travaillent par équipe sur les données à envoyer ou à recevoir à travers le monde. Une salle qui rappelle les films de science-fiction…

La visite a continué sur les matériaux de détection, d’inspection, d’observation, d’attaque et de riposte pour prendre fin à 16 heures.

Cette opération portes ouvertes est intervenue 24 heures avant le fiasco diplomatique des grandes puissances sur la guerre contre l’Irak. Les Etats-Unis et l’Angleterre persistent pour affirmer que l’Irak disposerait d’armes de destruction massive allant du nucléaire aux armes chimiques. L’heure de Vérité est venue a estimé le Président Bush, et tout monde s’accorde à reconnaître qu’il y a eu un échec dans les deux camps, celui de la résolution pacifique du problème irakien et celui de l’usage de la force.

Cependant, il est à noter que l’échec revient d’abord à l’ONU, qui depuis sa création n’a pu jouer son rôle de régulateur des problèmes mondiaux en raison des influences des Super-puissances et des puissances du globe. Etre pour la guerre ou contre la guerre, les dés sont jetés. La guerre est imminente et risque de commencer avant le week-end djiboutien, avec toutes ses conséquences dans la région concernée et dans le monde.

Déjà, à Djibouti, le peuple s’inquiète des conséquences économiques.

Nous ne pouvons que regretter que l’ensemble des solutions pouvant sauver le peuple irakien n’ait pas été épuisé.

Qu’Allah préserve l’humanité ! Amin.

 

 


 

Communiqué de presse de l’UAD (1)

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

 

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

 

Djibouti, le 15 mars 2003

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Suite à la décision infondée du Conseil Constitutionnel rejetant son recours en annulation des législatives du 10 janvier 2003, le meeting pacifique de l’UAD du 14 mars courant a été, comme prévu, un grand succès.

En réaction à cette mobilisation générale, le régime a répondu dès hier soir 22 heures par la provocation en procédant à l’arrestation du Président du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement (MRD) M. Daher Ahmed Farah dit DAF.

M. Daher Ahmed Farah est placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode sous le prétexte des « délits de presse » suivants : atteinte au moral des troupes et diffusion de fausses nouvelles.

L’UAD dénonce cette arrestation arbitraire ainsi que toutes les pressions et intimidations dont sont victimes les responsables de l’Opposition depuis les législatives du 10 janvier dernier.

Assurée de la solidité de son unité d’action ainsi que de l’inutilité des pratiques répressives cherchant à saboter ses actions pacifiques, l’UAD :

1) Exige la libération immédiate et inconditionnelle du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah.

2) Prend à témoin l’opinion nationale et internationale sur la nature de ce régime ne respectant ni la liberté de la presse, ni les engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de paix du 12 mai 2001, ni le verdict des urnes, ni enfin les droits fondamentaux de la personne humaine.

L’UAD prendra toutes ses responsabilités face à cette provocation inacceptable et arbitraire.

 

 


 

Communiqué de presse de l’UAD (2)

 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 42 du mercredi 12 mars 2003

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Réalité numéro 42 du mercredi 12 mars 2003

 ARD
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Droit de réponse du Bâtonnier
  3. Brèves Nationales
  4. Preuves de fraude
  5. Communiqué de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 42

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

Délinquance politique : le cas djiboutien

Ce terme de délinquance désigne l’ensemble des crimes et délits considérés d’un point de vue statistique.

Dans cette optique, le délinquant est une personne qui a commis un délit. Ce mot signifie à son tour comme chacun le sait, une infraction plus ou moins grave à la loi.

Le sociologue pour sa part emploie indifféremment délinquance ou criminalité, ceci étant, il n’existe pas de société sans délinquance et tout se passe comme si les règles communes édictées et appliquées par la collectivité provoquaient chez certains une sorte de résistance s’exprimant par des déviations à l’égard de ces règles communes.

La société de son côté essaye de s’en préserver en rendant ces déviations dans la mesure du possible les moins nocives possibles, en y faisant face par diverses mesures appropriées.

Comme tout phénomène défavorable doit être connu pour être combattu, c’est pourquoi la criminalité a été étudiée de tous les points de vue par tous les spécialistes, c’est-à-dire les délinquants, leurs délits, les causes, les méthodes, les conséquences, etc. Il y a donc des théories, des constances, des explications concernant ce phénomène.

A Djibouti, tout en étant soumis aux mêmes lois et tendances naturelles que les autres sociétés, nous sommes victimes d’une particularité qui nous singularise.

Partout ailleurs, la société fait face à la délinquance par le biais de ses institutions : le pouvoir politique, les administrations publiques, policières, judiciaires, pénitentiaires, etc…

Chez nous la délinquance fait partie intégrante de notre système de gouvernance dans son ensemble et est presque devenue la normalité.

Les institutions et systèmes normalement destinés à la combattre la générent et la protègent. Le cas, le plus révélateur en ce domaine reste la délinquance électorale autrement dit l’usurpation du pouvoir par la fraude, la force et la corruption. Nous en donnons quelques preuves dans les pages qui suivent, à l’attention de nos lecteurs.

Dans ces conditions, où va notre pays qui semble être devenu l’un des derniers dans le monde actuel où l’échec patent est perpétuellement reconduit au nom du peuple et sans lui.

Peut-on donc indéfiniment gouverner sans le peuple et contre lui ?

Un tel comportement délinquant aura fatalement de graves conséquences.

 


Droit de réponse du Bâtonnier

 

Suite à un article paru dans notre journal, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats nous a fait parvenir le droit de réponse suivant que nous reproduisons dans son intégralité.

 


 

 

OBJET: Droit de réponse du Barreau à votre article paru dans

l’Hebdomadaire LA RÉALITÉ du 19 février 2003

Monsieur le Directeur,

 

 

Dans votre hebdomadaire, LA REALITE du 19 février 2003, vous avez, dans l’ignorance de la loi que vous êtes censé respecter, reproduit une correspondance, qui relève du secret professionnel, que j’ai adressée en son temps à Monsieur le Président de l’Alliance Républicaine pour le Développement qui avait sollicité, par courrier notifié au Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, la désignation d’un avocat pour défendre son parti devant le Conseil du Contentieux Administratif.

 

 

Le commentaire que vous faites de cette correspondance en rapport avec la défense de vos intérêts devant le tribunal administratif me paraît des plus inacceptables.

 

 

Vous écrivez au premier chapeau de la page 2 :

 

« Il n’est pas facile d’être Avocat à Djibouti. Il est encore plus difficile d’être un justiciable défendu par les Avocat. L’UAD l’a appris à ses dépens….. . »

 

 

En page 3 de votre article intitulé « Quelques explications », vous écrivez :

 

« C’est enfin Maître FATOUMA MAHAMOUD qui sauve, selon vous, ce qui reste de l’honneur du Barreau de Djibouti»

 

 

Sur l’ensemble de ces fausses et déplorables assertions qui se recoupent, il me semble avoir répondu très clairement dans mon courrier du 23 octobre 2002. Cependant, pour les besoins de la cause, je vous confirme à nouveau, que de tout temps, les Avocats de Djibouti ont toujours été présents aux événements conflictuels de l’Histoire de notre Pays. Je suis sûr, M. ALI MOHAMADE, que vous serez parmi les premiers de nos contemporains à témoigner de cette réalité sur le rôle et la contribution éminente du Barreau de Djibouti dans la défense des procès politiques puisque vous étiez, à une époque encore récente, Ministre et Porte-parole du Gouvernement pendant toute la période de la Rébellion du FRUD.

 

 

Enfin, vous reprochez à la Profession des Avocats de « laisser jouer l’inertie des institutions par conformisme ou facilité ». Je crois, M. ALI MOHAMADE que vous ignorez tout de la Profession d’Avocat. Pour votre enseigne, sachez que le Barreau de DJIBOUTI a toujours été, depuis son institutionnalisation, une force de proposition dans l’élaboration de certains textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement de nos institutions étatiques. Quel que soit le pouvoir en place, nous continuerons à être toujours disponibles pour la République dans son effort constant de moderniser l’appareil de l’Etat dans le cadre de la bonne gouvernance et le renforcement de l’état de droit.

 

 

**

 

COMMENTAIRE

 

a) Bien que n’étant pas juristes, nous sommes suffisamment informés pour savoir que la désignation d’office d’un avocat n’est pas subordonnée à la sollicitation écrite de l’avocat au bâtonnier ;

 

b) Nous n’avons divulgué aucun secret professionnel en publiant la lettre du bâtonnier qui n’avait aucun caractère confidentiel ;

 

c) Sur les dix avocats de la place (avant la récente prestation de serment du onzième) quatre se sont dérobés, il y avait donc pou eux difficulté à exercer leur métier d’avocat. Trois ne pouvaient plaider du fait de leur fonction (député, conseil constitutionnel, …), des trois restants, nous ne pouvions pas prendre deux dont l’allégeance au pouvoir est connue de tous, car faisant périodiquement des déclarations politiques en faveur du régime. Il ne restait donc que la seule Maître Fatouma Mahamoud pour honorer notre droit d’être défendus devant la justice malheureusement cette justice a brillé par son absence, comme à son habitude depuis 1996 ;

 

d) Par ailleurs, nous rectifions également une «erreur de jugement» (en est-ce bien une) du bâtonnier qui en s’adressant au Directeur de la publication de « Réalité » écrit « …puisque vous étiez à une époque encore récente, Ministre et Porte-parole du Gouvernement pendant toute la période de la rébellion du Frud… ». Ce qui est faux, car la résistance armée du Frud ne s’est pas arrêtée après le départ et l’emprisonnement de Monsieur Ali Mahamadé, mais a continué pendant encore 5 ans jusqu’à la signature de l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile à Paris le 7 février 2000.

 

Que le bâtonnier fasse une telle lecture partiale et partisane du conflit djiboutien, nous laisse pantois.

 

Enfin, nous n’avons nulle part fait état de « pression » ou de « menace », tout juste avons-nous donné notre propre explication de cette « forme d’autocensure à laquelle s’astreignent les avocats de la place… » ni plus, ni moins.

 

Espérant avoir clôt ce malentendu, que le bâtonnier daigne croire, en l’hommage de notre profond respect. La Rédaction

 

 


 

Brèves Nationales

Insécurité : Tragique Jeudi noir à Djibouti

 

Selon des informations dignes de foi le quartier défavorisé d’Arhiba a été jeudi dernier le théâtre d’affrontements et de quelques scènes de pillages.

Au prétexte de venger le meurtre d’un Djiboutien commis par un individu d’origine Ethiopienne, de bandes de jeunes se sont violemment attaquées à des membres de cette communauté résidant dans cette cité d’habitude paisible. Ils ont été obligés de fuir en masse. Plusieurs autres ont été blessés dont certains grièvement…

Les forces de l’ordre arrivés tard sur les lieux n’ont fait que constater les dégâts et se sont déployées de manière dissuasive aux abords de ce quartier.

Certains blessés étrangers auraient été transférés vers le centre de transit de Nagad. Aux dernières nouvelles le meurtrier, lui, court toujours…

Dans les mosquées, des appels au calme et à la tolérance ont été lancés. Appels efficacement relayés par des militants de l’annexe de l’ARD d’Arhiba.

Le calme est finalement revenu avec l’arrestation, le lendemain, de certains fauteurs de troubles dénoncés par les riverains indignés.

Nous exhortons nos concitoyens à la vigilance pour que de tels débordements inacceptables ne se reproduisent plus dans notre Capitale. Même si le malaise national est profond, la sécurité des biens et des personnes doit rester sacrée et l’affaire de tous.

Un phénomène qui a valeur de leçon.

Depuis plusieurs jours, de très nombreux jeunes convergent quotidiennement vers l’Ambassade d’Irak à Djibouti, il s’agit de personnes demandant à être enrôlées comme volontaires pour aller combattre les agresseurs de ce pays.

Dès lors des questions se posent : Comment, pourquoi et par qui a été déclenché cet engouement militariste chez tant de jeunes gens se proposant d’aller se battre si loin de chez eux contre des forces supérieurement équipées ?

Trouver les réponses à ces questions est moins important qu’une bonne lecture de ce volontariat massif pour quitter le pays, et permet de tirer plusieurs conclusions constituant autant de leçons:

1) Ces jeunes gens préfèrent apparemment courir le risque de mourir sous les missiles américains en Irak, plutôt que de continuer à végéter sans espoir de s’en sortir à cause du chômage et de la misère dans leur pays ;

2) Cela démontre aussi que quiconque susceptible de payer un salaire pourra toujours recruter des combattants contre n’importe qui ;

3) Cela signifie également que tant que rien d’efficace et de concret pour occuper utilement la jeunesse des pays pauvres ne sera entrepris, toute « lutte contre le terrorisme » reviendra à une sorte d’occupation cynégétique pour les pays riches ;

4) Cela voudrait dire enfin que pour neutraliser le danger terroriste, il faudra nécessairement réussir l’une des deux solutions : éradiquer la pauvreté ou exterminer les pauvres.

La première est certes difficile mais possible, la seconde reste impossible et impensable.

L’Actualité des Régions, moins reluisante que l’Agenda Officiel 2003

Après ceux d’Ali-Sabieh, les scolaires de Tadjourah privés de repas :

 

L’arme de la faim?

En raison de la défaillance des cantines scolaires normalement destinées à les nourrir, les élèves originaires de l’arrière pays de Tadjourah avaient la possibilité depuis un an de prendre leurs repas dans les restaurants de la ville aux frais de l’Etat.

Selon des informations concordantes recueillies auprès des parents d’élèves, les restaurateurs de la ville blanche refusent, depuis quelques jours, de servir ces élèves prétextant des impayés importants. Une telle situation ne saurait perdurer sans affecter la scolarité des élèves n’ayant pas de famille d’accueil dans cette ville.

Les pouvoirs publics doivent rapidement trouver une solution pour que ces scolaires ne soient pas contraints d’abandonner leurs études faute de nourriture, à quelques mois de la fin de l’année scolaire.

A l’heure où le régime se vante d’avoir édité, pour la deuxième année consécutive, un luxueux Agenda Officiel tiré à 5000 exemplaires, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a plus urgent dans notre pays que les relations publiques ou les coûteux déplacements improductifs en Boeing présidentiel aux quatre coins de la planète…

Moulhoulé privé d’eau :

L’arme de la soif ?

Les habitants du petit village côtier de Moulhoulé, dans l’extrême nord du pays, ne sont plus approvisionnés en eau potable par le camion citerne de la garnison, et ce depuis les dernières élections législatives, sur ordre d’on ne sait qui…

Rappelons que cette région désertique, particulièrement affectée par le conflit, avait clairement affichée sa sympathie pour l’UAD. Est-ce pour cette raison que sa population est désormais soumise au régime sec?

Il semble que la mauvaise gouvernance transforme parfois sa lutte tapageuse contre la soif en arme redoutable de la soif.

Affaire à suivre…

 


Preuves de fraude

A vous d’instruire

 

Le Conseil Constitutionnel ayant rejeté notre recours en annulation sans autre forme d’instruction, nous avons jugé nécessaire de continuer cette semaine encore à vous entretenir du contentieux électoral afin qu’en dernière instance, vous soyiez Le Juge pour instruire la délinquance qui gangrène tout le système et dispositif électoral tel qu’en vigueur et appliqué actuellement.


Comme vous pouvez le constater, la gangrène se situe à tous les niveaux de la hiérarchie administrative:

a) Le ministère de l’Intérieur et le District, qui, en violation de la loi, établissent et délivrent des cartes d’électeur multiples ou non conformes à la loi car ne comportant pas (volontairement) mention de l’adresse, du n° du bureau de vote et du n° de la carte d’identité du titulaire. Le même ministère de l’Intérieur, seul en charge du déroulement des opérations électorales (de l’établissement et la révision des listes électorales au dépouillement et la proclamation des résultats) qui refuse à l’opposition la consultation des listes électorales dans les délais impartis par la loi au prétexte mensonger qu’elles n’auraient été imprimées que la veille d’un scrutin pourtant prévu depuis cinq ans et qui constitue un cas flagrant de rupture de l’Egalité;

b) Les commissaires des districts, qui, en toute illégalité déplacent à la dernière minute les bureaux de vote de leur emplacement initial mentionné dans l’arrêté présidentiel portant convocation du corps électoral. Ces quelques preuves de fraudes qui constituent des cas d’école de rupture de la Légalité sont extraites de l’épais dossier de recours que nous avons soumis, dans les délais, à l’instruction de notre honorable juge constitutionnel.

c) Les forces de l’ordre (dont la présence en nombre anormal dans et en dehors des bureaux de vote était à en croire le conseil constitutionnel destiné à prévenir tout trouble à l’ordre public) qui confisquent les urnes et les transportent jusqu’au ministére de l’intérieur sans être accompagnés des délégués des parties en compétition. Ces cas flagrants d’Excès de Pouvoir n’ont pas réveillé la suspiscion du Juge constitutionnel.

d) Pour ne pas être en reste, les juges, censés surveiller la régularité des procédures et sanctionner le cas échéant toute irrégularité, cautionnent cette délinquance administrative par leur participation active à ce qui constitue bel et bien un délit. Comme en témoignent la délivrance de deux ordonnances par deux juges différents pour une même personne à son insu (cf p.6); ou encore la délivrance d’une ordonnance à un électeur (toujours à son insu) pourtant inscrit sur la liste électorale comme l’atteste sa carte d’électeur. Il n’aura pas échappé à votre vigilance que les «blancs» délibéremment laissés par l’administration après «ordonnons», sans mention du district de vote, permettent aux bénéficiaires de pouvoir voter où bon leur semble (cf. p.7).

e) Sans parler du Conseil Constitutionnel, qui après les avoir constatées a conclu à la normalité de ces irrégularités.

Précisons que ces fraudes ont été méthodiquement préparées et pratiquées à grande échelle sur l’ensemble du territoire national.

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Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 09/03/2003

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’Union pour l’ Alternance Démocratique (UAD), composée de l’ensemble des forces de l’opposition djiboutienne (ARD, UDJ, MRD, PDD) tiendra, vendredi 14 mars à partir de 15 H 30, une réunion publique (meeting) d’explications à l’ Avenue Nasser devant les sièges du MRD et de l’UDJ.

 

Cette réunion est destinée aux militants et sympathisants de l’UAD.

 

 


 

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