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Réalité numéro 85 du mercredi 25 février 2004

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Réalité numéro 85 du mercredi 25 février 2004

ARD
Sommaire 

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’UAD discute avec l’Union européenne
  4. L’UAD écrit à l’Union européenne
  5. Note de le LDDH : Halte au gangstérisme d’État
  6. Courrier des lecteurs : les FFDJ et nous
  7. Cher Éditorialiste
Directeur de Publication : 

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 85

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

Éditorial

AUX MARCHANDS D’ILLUSION, ALI-SABIEH DIT NON !

Il y a, schématiquement, deux façons de faire du journalisme politique. La première consiste à religieusement boire les propos des dirigeants et à fidèlement les servir aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, invités à se recueillir sur la profondeur des vues et le miracle toujours recommencé de la vénération. C’est la posture fétichiste. La seconde cherche pour sa part à rapporter le texte à son contexte, à comparer la pluralité des points de vue et à confronter les mots et les actes, en donnant aussi la parole à ceux qui en sont le plus souvent dépossédés. C’est la posture militante, citoyenne et démystificatrice que nous pensons être la nôtre. Le passage à Ali-Sabieh du Chef de l’État la semaine dernière, au prétexte d’y inaugurer une usine de dessalement d’eau (il s’agissait en fait du lancement prématuré de la campagne électorale pour la présidentielle de l’année prochaine, on se demande bien pourquoi une telle précipitation d’ailleurs, puisque la machine à frauder est déjà mise en place) et surtout la distance incommensurable entre le tam-tam officiel et la modestie des notables de cette ville, fournissent une illustration exemplaire de ce que nous avancions : la maturité populaire est en train de mettre en échec la politique de division tribale que le régime pensait infaillible, ou à tout le moins rentable.

« Ce que vous avez fait pour Ali-Sabieh, vous devez le faire pour Obock, Tadjourah et Dikhil : ces districts ont les mêmes besoins que le nôtre » : ainsi s’adressa au Président de la République un vénérable notable plein de sagesse et d’expérience. Un Chef d’État doit traiter tous ses concitoyens sur le même pied d’égalité : tel était le message et c’est à se demander si son illustre auditeur ne l’avait pas quelque peu oublié. Lui qui, en tout cas, est pris en flagrant délit : celui de faire durer, quatre ans après l’Accord-cadre de Paris, les souffrances de tous les Djiboutiens avides de Démocratie en général et des habitants des zones affectées par le conflit civil en particulier, en leur refusant indemnisations de leurs biens détruits et pillés par les troupes gouvernementales et réhabilitation des infrastructures publiques.

Ce malgré toutes les dispositions internationales à financer tous ces programmes, au rang desquelles il convient de citer les Nations Unies et l’Union Européenne. Mal élu, donc potentiellement porteur de troubles, donc générateur de conflit, le discours du Président de l’Assemblée Nationale djiboutienne plaidant pour la prévention des conflits devant les ACP/UE n’en est que plus ridicule ! Par la voie de ses notables, Ali-Sabieh a donc résolument refusé les sirènes du favoritisme, incarnées par tous les marchands itinérants d’illusions tribales. Ces vieux sages se souviennent parfaitement de toutes les provocations intercommunautaires, fomentées par une administration coloniale submergée par la vague indépendantiste : ceux qui veulent détruire le pays plutôt que de perdre le pouvoir se ressemblent, par-delà la couleur de la domination.

La couleur locale se prétend caméléon, mais elle est tout aussi facile à identifier. C’est donc bien piteux que l’illustre inaugurateur s’est senti obligé de rectifier le tir, pour le moment, en utilisant de façon simpliste une métaphore anatomique comparant le pays à un corps dont un membre invalide (district ou groupe) mettrait en danger l’équilibre de l’ensemble. C’es vraiment à se demander s’il s’entend parler, car il y a bien longtemps que notre pays est plongé dans une invalidité totale : dire que nous stagnons est encore optimiste, tant les indicateurs multiformes de la récession sont patents.

Si les « miraculés » habitants du Day ne doivent leur précieuse eau qu’au seul programme-caprice présidentiel d’acclimatation de khat et de café dans un ranch adjacent, les nombreuses arrières-pensées de l’usine d’Ali-Sabieh (elle aussi absolument pas budgétisée, ni a fortiori planifiée dans tous ses aspects à long terme, pour vitale qu’elle soit) ne s’en dévoilent que plus cruellement. Comme leur incontestable échec, aussi fulgurant que la campagne pour la présidentielle est prématurée.

Le diagnostic de la maladie qui ronge ce régime ayant été si lucidement posé par les sages d’Ali-Sabieh, il reste à espérer que le grand malade RPP acceptera le remède qui lui est proposé : une bonne dose d’égalité entre ses concitoyens. Pour cela, nous disons merci ! aux notables et à la population d’Ali-Sabieh : c’est une véritable leçon de maturité politique et de citoyenneté agissante qu’ils viennent de donner. Au reste du pays de les accompagner dans cette voie d’avenir, la seule réellement viable.

 

 


Brèves nationales

 

District de Dikhil :

 

Alerte à l’hyène tueuse !

 

Des meutes d’hyènes tueuses sèment la désolation dans tout l’arrière-pays dikhilois, et ce depuis trois mois, sans que les autorités administratives de ce district ne daignent prendre une quelconque mesure à l’encontre de ces prédateurs déchaînés. Ainsi, dans le triangle Goba’ad-Hanlé-Gagadé, les éleveurs nomades s’estiment littéralement sinistrés et nous ont fait parvenir (à nous et pas à La Nation, ce qui est significatif) une liste détaillée de leurs pertes respectives.

En premier lieu, pour la zone de Goba’ad, les campements touchés sont au nombre de 10 et le total des animaux domestiques tués par les hyènes s’élève à 319 ; chiffre comprenant vaches, chèvres, ânes, moutons et dromadaires.

La plaine de Hanlé a pour sa part recensé 276 animaux domestiques dévorés par les meutes d’hyènes dans 7 villages et campements.

Dans la région de Gagadé enfin, ce sont pas moins de 41 bêtes qui auraient été englouties par ces prédateurs dans 6 campements différents. Ce qui porte à 636 le total des animaux domestiques sacrifiés à l’appétit des hyènes.

Rappelons que les populations rurales du Sud-Ouest sont parmi les plus démunies de notre pays et vivent essentiellement de l’élevage extensif. A ce rythme, d’ici l’été prochain, ce sont des dizaines de familles nomades qui risquent de se retrouver sans moyens de subsistance. Nous lançons donc un appel pressant aux autorités compétentes afin qu’elles mettent tout en œuvre pour arrêter ce carnage. Il en va de la survie de milliers de citoyens. A suivre…

Semi-marathon de Djibouti :

Que le meilleur perde ?

Au début des années 80, l’athlétisme djiboutien s’était hissé au niveau international et même mondial avec la consécration de l’athlète Ahmed Salah : Champion du monde militaire, Champion du monde et médaillé olympique. A cette époque l’Etat djiboutien fournissait des efforts conséquents afin de permettre à nos athlètes de concourir dans les meilleurs conditions. Depuis l’instauration de la mauvaise gouvernance et son corollaire la prédation, la régression tous azimuts touche également le domaine sportif.

Ainsi, de l’avis général, nos athlètes partaient lourdement handicapés cette année parce que n’ayant pas bénéficié d’une préparation technique suffisante. Quarante huit heures avant le début de la compétition, les organisateurs avouaient en toute humilité les difficultés financières rencontrées dans la préparation de l’évènement sportif de l’année. Dans ces conditions la contre-performance de nos sportifs était prévisible.

Ces dernières années nos athlètes n’ont remporté aucune compétition internationale mais réussissaient tout de même à limiter les dégâts lors du semi-marathon de Djibouti. Cette année la bérézina constatée est imputable à ce régime de mauvaise gouvernance qui préfère investir des millions de nos francs en Khat plutôt que pour le sport national. Pour preuve, le jour de l’inauguration du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, le khat a été acheté pour plusieurs millions de nos francs à Diré-Dawa (Ethiopie) et directement convoyé sur Ali-Sabieh. Dans l’après-midi du jour suivant, nos athlètes privés de moyens ne pouvaient faire que pâle figure devant des athlètes régionaux autrement mieux préparés. Quelle honte que de voir les meilleurs perdre à cause du gâchis institué par ce régime inconscient et insouciant.

Démocratie indirecte ?

Quand un juge installe un syndicat

Comme chacun le sait, la coexistence est impossible entre un vrai syndicat dont les dirigeants sont librement élus par la base, et les clones imposés par le régime, sans aucune légitimité. Dernière preuve en date de ces difficultés d’un syndicalisme-maison : l’intervention miraculeuse du Palais de Justice. En effet, par une ordonnance n°29/04 du 7 février 2004, le Président du tribunal de première instance de Djibouti a décidé de proroger le mandat du Président du syndicat des dockers du Port de Djibouti.

Ci-dessous le texte de cette ordonnance :

Prolongation de mandat

Nous, Mohamed Moussa Iyeh, président du tribunal de première instance de Djibouti,

Vu la requête en date du 29 décembre 2003,

Vu l’avis du ministère public,

Vu le jugement n°450/02 du 17 septembre 2002.

Vu l’arrêt n°121/03 du 10 novembre 2003.

Disons que le mandat du président du syndicat des dockers du PAID commencent effectivement à compter de 10 novembre 2003 pour une période de deux ans selon les statuts du syndicat.

Disons que cette ordonnance sera exécutoire.

Disons qu’il nous sera référé en cas de difficultés.

Fait à notre cabinet le 7 février 2004.

Ayant été incapables d’organiser, conformément aux Statuts, un congrès pour désigner de nouveaux responsables ou reconduire ceux en place, les syndicalistes sponsorisés par le régime ont trouvé une formule inédite dans le monde : un coup d’état légal perpétré par une décision de Justice en bonne et due forme. Nous livrons ainsi à la méditation de nos lecteurs l’avancée de l’Etat de droit version RPP.

Prochaine étape : étant donné que, selon la version officielle, plus de 50% de citoyens inciviques et apolitiques n’auraient pas daigné retirer leurs cartes d’électeur lors des dernières élections législatives du 10 janvier 2003, certains trouveraient normal que le mandat présidentiel soit tout simplement reconduit par une décision des juges! Ce qui s’appellerait le gouvernement des experts en… bonne gouvernance. A quelque chose malheur est bon : la caution financière déposée par le candidat de l’opposition se serait pas confisquée par le régime prédateur.

 


 

L’UAD discute avec l’Union européenne

 

Une mission parlementaire européenne, en séjour d’étude dans notre pays, a bien voulu rencontrer des personnalités de l’opposition djiboutienne, afin de diversifier ses sources d’information pour mieux juger des avancées démocratiques ainsi que du renforcement de la Paix. Contrairement au régime djiboutien, l’Union Européenne n’a pas oublié que nous sortons d’un douloureux conflit civil d’une décennie et la paix se doit d’être quotidiennement consolidée en en éliminant les causes et soignant les conséquences. Toutes exigences que la démagogie RPP ignore allègrement en violant toutes les dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Mais ceci n’est pas nouveau. Ce qui l’est par contre, c’est que, dorénavant, l’intérêt que l’Union Européenne porte à la stabilité de notre pays n’est plus la somme des intérêts nationaux des Etats européens présents sur notre territoire. Ce qui revient à dire, pour le plus grand bonheur de nos concitoyens, que la République de Djibouti n’est plus principalement une base militaire avancée de l’Occident, dont la permanence vaudrait bien quelques complaisances à l’égard d’un régime qui offre ce morceau de désert au plus offrant. Cette opportunité historique, une délégation unitaire de l’UAD l’a saisie, pour s’être entretenue lundi dernier, avec les membres de cette mission parlementaire de l’Union Européenne.

 


 

C’est donc lundi dans l’après-midi, à 16 heures que le Comité de Direction de l’UAD a rencontré la Mission parlementaire Européenne composée de sept députés et présidée par Mme Karin Junker, d’origine allemande. Mme Junker a précisé que, comme cela l’avait été expressément notifié à la partie gouvernementale, il était hors de question que sa mission quitte Djibouti sans avoir rencontré les dirigeants de l’opposition. On comprend donc pourquoi la RTD n’a pas jugé utile de citer cet événement : la voix de son maître ne pouvait accepter un constat qui s’impose même à Bruxelles, à savoir l’existence d’une opposition nationale responsable, ayant son mot à dire.

La discussion avait pour base le rapport que l’UAD avait remis à cette délégation de haut niveau ( voir pages 4 et 5) et les points suivants ont été abordés :

– L’Accord de paix du 12 mai 2001,

– Les élections législatives du 10 janvier 2003 et ses résultats,

– La situation de l’Opposition à Djibouti,

– L’état réel de l’économie et de la société djiboutiennes,

– Les attentes populaires et

– Les perspectives politiques d’avenir…

Par courtoisie pour nos interlocuteurs, nous ne citerons ici aucun de leurs propos relatifs à leur appréciation de la situation nationale. Le seul fait que l’Europe regarde enfin notre pays, pour ainsi dire, par-dessus l’épaule de la France, dont la diplomatie reste essentiellement militaire et soumise à de très lourds impératifs tenant uniquement à sa base, est en soi un tournant capital que, contrairement aux médias gouvernementaux qui n’en traitent que l’aspect onction internationale, nous apprécions à sa juste valeur.

Prenant tour à tour la parole, les présidents des quatre formations qui composent l’UAD ont mis en lumière la persistance d’une dictature face aux changements souhaités et confirmée par le dernier scrutin législatif. M. Ismael Guedi a tenu à rappeler que malgré certaines dérives, il existait un minimum de sens de l’Etat avant 1995 : les salaires étaient versés à terme, l’avancement et le traitement des fonctionnaires n’étaient pas gelés, la Santé et l’Education pour tous étaient une réalité tangible, tandis que la corruption et l’affairisme n’étaient pas aussi généralisés et surtout ne s’exhibaient pas avec autant d’impunité et d’indécence.

Quant à M Ahmed Youssouf, notre vice-président, il a tout simplement appelé un chat un chat : qui paye le plus peut le moins ! Autrement dit, c’est grâce à la générosité de l’Europe et des autres partenaires bilatéraux que ce régime d’injustice se perpétue. Aux donateurs d’imposer que les règles de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance soient effectivement respectées. Le refus d’abandonner les reflèxes de parti unique conduit à l’impasse politique.

Avant qu’il ne soit trop tard : les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’aggravation de l’arbitraire, conjuguée à la dégradation des conditions d’existence, c’est une situation insurrectionnelle qui est en train de s’amplifier.

« Le plus grave, ce n’était pas qu’il mentait, nous le savions : c’est qu’il savait que nous savions qu’il mentait ». Ainsi résumait un diplomate étranger, il y a quelque temps, une séance de travail entre sa délégation et le sommet de l’Etat djiboutien. Les membres de la mission parlementaire européenne en visite de travail à Djibouti ne viendront peut-être pas au même constat lucide.

Par contre, à comparer les points de vue du régime avec ceux de l’Opposition sur tous les sujets primordiaux tels que l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ou la pertinence des avancées démocratiques depuis 2002, ils se poseront certainement une question, brutale : du régime ou de l’opposition, quelle est la partie qui ment ?

Car c’était bien de cela qu’il s’agissait, ce qui étant déjà peu glorieux pour le régime, aura surtout montré que la démocratie n’est encore qu’un slogan vide de réalité à Djibouti.

 

 

L’UAD écrit à l’Union européenne

 

Voici le bref tableau de la situation nationale dressé par l’UAD et qui a servi de cadre de discussion avec les membres de la mission parlementaire européenne. Peu de choses inconnues du citoyen djiboutien : devant l’aggravation des conditions d’existence de nos concitoyens et le recours constant aux méthodes de barbouzes de la part du régime, un débordement n’est pas à exclure : dernier exemple en date, Haïti est là pour rappeler qu’il est impossible de durablement gouverner contre la volonté populaire. N’attendons pas cette dramatique issue pour faire changer les choses dans le bon sens.

 


 

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Note d’information

à la mission parlementaire européenne

en visite en République de Djibouti

Les dirigeants des quatre partis politiques opposés à la dictature en place, l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), le Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD) et le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), regroupés sous le sigle UAD (Union pour l’Alternance Démocratique, saluent l’heureuse initiative du Parlement européen d’envoyer à Djibouti une importante délégation.

Nous nous réjouissons d’une telle opportunité et souhaitons le meilleur séjour dans notre pays aux membres de cette mission parlementaire. Opportunité dont nous saisissons à sa juste valeur la portée historique car nul n’ignore que le gouvernement djiboutien écarte systématiquement les responsables des partis d’opposition de tout contact et de tout dialogue avec les visiteurs extérieurs.

La République de Djibouti, petit pays de 23.000 km2, indépendant depuis le 27 juin 1977, vit sous la férule d’une dictature féroce, issue en 1999 d’une élection présidentielle entachée de fraudes massives. Ce fut une véritable mascarade, sans aucun observateur international crédible. Le chef de l’Exécutif, un ancien policier, décide selon son bon vouloir, selon son humeur du moment. Ce gouvernement illégitime ne respecte rien, car il émane du RPP (Rassemblement Populaire pour le Progrès) ancien parti unique habitué à décider seul, sans beaucoup de considération pour les aspirations populaires et sans aucun respect pour l’opposant politique.

Comme vous le démontreront les documents annexés à la présente note d’information, il n’existe aucune élection libre et transparente en République de Djibouti. Ainsi, des fraudes massives et généralisées à l’ensemble des cinq circonscriptions que compte le pays, ont entaché les dernières législatives du 10 janvier 2003. Malgré une politique et une gestion désastreuses, le pouvoir en place s’est autoproclamé victorieux, par différents procédés tels que la manipulation des fichiers électoraux, la rétention et le camouflage dans la distribution des cartes d’électeur ou encore le bourrage des urnes, le refus de publier et d’afficher les listes électorales ainsi que la désignation unilatérale et partisane des membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

Aussi, l’Assemblée Nationale monocolore est surtout une chambre d’enregistrement sans réel pouvoir de contrôle : par exemple, le Budget de l’Etat y est adopté en une seule matinée ! Le scrutin majoritaire à un seul tour, institué du temps du parti unique, est toujours en vigueur puisque reconduit par la Constitution du 15 septembre 1992.

A Djibouti, la Justice ne jouit d’aucune indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Bien au contraire, Face au manque d’une Justice indépendante consciente de sa mission, les Djiboutiens risquent de se faire eux-mêmes justice; ce qui risque de provoquer d’abord l’anarchie, puis la guerre civile. Rappelons enfin, à ce chapitre, que le principe constitutionnellement garanti de l’inamovibilité des magistrats du siège est remis en cause par le récent statut de la magistrature.

Par ailleurs, 80% du Budget de l’Etat provient de la prestation de services. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel Président de la République, l’opacité la plus extrême est instituée, malgré la mise en place d’une Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire, aux pouvoirs très limités et dont les conclusions restent confidentielles, puisque seul le Chef de l’Etat en prend connaissance. Il n’y a donc ni gestion ni autorité.

Ce qui était autrefois une administration sérieuse n’existe plus, la corruption n’épargne aucun secteur ni aucune niveau hiérarchique. Détournement des deniers publics, pillage des richesses et concussion sont monnaie courante. Ce qui affecte le bon fonctionnement de l’entreprise privée soumise au trafic d’influence et à la chasse aux commissions. A tous ces auteurs et complices de corruption, l’impunité la plus totale est assurée : aucune poursuite n’est engagée contre eux. En cas de poursuite, comme ce fut le cas il y a deux ans contre un présumé faux-monnayeur pris en flagrant délit, c’est le non-lieu sans aucun procès. La transparence dans la gestion des affaires publiques et la bonne gouvernance n’ont donc plus cours ici. Le gouvernement est en train de détruire ce qui existait en prétendant créer à prix d’or de nouvelles institutions, comme la Garde Présidentielle ou le Service National Adapté. Au lieu de démobiliser ses soldats en vue d’améliorer les conditions d’existence des Djiboutiens par des investissements productifs, le régime est en train de recruter 1200 jeunes au sein de l’Armée, pour les utiliser lors de la prochaine campagne présidentielle de 2005 et éventuellement dans la fraude.

Bien que cela soit explicitement prévu par la Constitution, le pouvoir en place a beaucoup de mal à admettre une quelconque opposition, surtout si elle est, nationale, sérieuse et active. Non seulement l’accès aux médias publics lui est totalement interdit, mais il lui arrive souvent de la pourchasser par de multiples tracasseries quotidiennes, allant jusqu’à la suspension du salaire ou de la pension de retraite de ces opposants.

Plus grave, la caution de 32.500.000 FD (Trente-deux millions cinq cent mille Francs Djibouti) versée par les 65 candidats UAD lors des législatives du 10 janvier 2003 n’a toujours pas été restituée à ce jour, en dépit des 45% des suffrages exprimés qui nous a officiellement été « attribuée » à l’issue de la fraude. La Justice, saisie de ce déni de droit, n’a pas statué jusqu’à présent, prétextant son incompétence, alors qu’un précédent existe à la matière : le Trésor a remboursé la caution à la liste du parti politique dénommé PRD Parti du Renouveau Démocratique) lors des législatives de décembre 1992. Le gouvernement maintient l’opacité à tous les niveaux de la vie nationale, entretenant le flou et le brouillard : aucune statistique fiable n’est disponible quant à l’évolution démographique de la société djiboutienne. Indice éloquent : à part Son directeur, le service chargé des enquêtes statistiques (DINAS) n’emploie aucun djiboutien !

Tout aussi gravement, le régime djiboutien n’a absolument pas respecté ses engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de paix du 12 mai 2001, signé avec le FRUD-armé de M. Ahmed Dini, actuellement président de l’ARD. Accord unanimement salué par tous les citoyens djiboutiens et les observateurs extérieurs (dont l’Union Européenne, qui a financé le programme de démobilisation des rebelles) qui, bien qu’ayant mis fin à une décennie de conflit civil, cherche encore un début d’application dans tous ses différents volets, au rang desquels il convient de citer la réhabilitation des zones affectées par le conflit et la réinsertion des anciens maquisards.

Les droits de l’homme ne sont guère mieux lotis. La liberté de la presse et d’opinion, bien que constitutionnellement garantie, est considérée par le régime comme une atteinte à sa pérennité. Ceux qui postulent à l’exercice de cette liberté perdent souvent leur emploi, sont poursuivis et parfois jetés dans la prison de Gabode.

En érigeant tous les obstacles possibles et imaginables à l’exercice d’un syndicalisme libre (les atteintes au libre exercice du droit syndical dont le régime djiboutien se rend coupable sont bien connus au Bureau International du Travail), c’est la vie citoyenne qui est tout simplement mise en berne. Le régime a poussé jusqu’à l’extrême sa volonté de faire table rase du syndicalisme libre et indépendant : les deux centrales syndicales authentiques (l’UDT et l’UGTD) ont été remplacées du jour au lendemain le 15 juillet 1999 par deux clones contrôlés par le pouvoir. Les véritables syndicalistes légalement choisis par les travailleurs ont été licenciés et ne sont toujours par réintégrés, malgré les engagements officiels en ce sens. Il est donc illusoire de parler de pluralisme ou de démocratie à Djibouti : les chances de réel développement s’en trouvent d’autant réduites.

Du fait de la mauvaise gouvernance, de l’insouciance du régime ne se sentant pas menacé par le verdict des urnes, de la corruption généralisée et du non-respect de la légalité, nos concitoyens souffrent. Les Djiboutiens en sont réduits à la dégradation continue de leurs conditions d’existence, à la famine, à la misère et à la mendicité, tandis que la classe dirigeante étale son luxe et sa richesse. Près de 80% des jeunes sont au chômage. Et, à part l’exil en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada, ils ne voient aucune perspective locale, aucun horizon national pour sortir de la dramatique situation dans laquelle ils sont condamnés à végéter. Les gouvernants n’ont rien à leur offrir, sinon des discours-fleuves et de vagues promesses jamais tenues.

Dans ces conditions, que demande l’opposition ?

– La stricte application de toutes les clauses contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001, signé entre le gouvernement et le FRUD-armé. La paix est le préalable indispensable pour réconcilier la Nation djiboutienne avec elle-même. La réhabilitation des zones affectées par le conflit doit se faire de concert, conformément à l’article 24 de l’Accord de paix du 12 mai 2001. Enfin, ne pas traiter les causes du conflit hypothèque gravement toute stabilité ultérieure. Des pressions multiformes devraient obliger le régime à respecter ses engagements souscrits dans le cadre de cet Accord de paix.

– Des élections libres et transparentes avec des observateurs internationaux en nombre suffisant pour si possible couvrir tous les bureaux de vote, originaires de pays à longue tradition démocratique. Seules des confrontations électorales justes et libres nous semblent être la plus sûre voie assurant le développement durable et le progrès social. Le sous-développement politique est un des ferments du sous-développement économique : un régime ne craignant pas le verdict des urnes n’aura aucune raison de bien gouverner en assurant à ses concitoyens un cadre de vie décent. L’opposition djiboutienne souhaite donc que les citoyens aient le droit de librement choisir leurs représentants et de les sanctionner le cas échéant.

Nous, opposition djiboutienne composée de femmes et d’hommes responsables, agissons dans le cadre pacifique et légal fixé par les textes en vigueur. Jusqu’à ce jour, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir afin de préserver la paix, car nous sommes convaincus que la paix est le bien le plus précieux, en particulier pour les ressortissants d’un aussi fragile pays sortant à peine d’une décennie de conflit civil.

Malheureusement, en dépit de tous nos efforts, et devant l’aggravation des difficultés que rencontrent nos concitoyens pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, essentiellement due à la mauvaise gouvernance et à l’étouffement des libertés, la stabilité intérieure de notre minuscule pays est gravement mise en danger : nous risquons de connaître le même sort que notre voisin somalien.

Car, à trop perdurer, cette situation de non-droit aboutira tôt ou tard et inéluctablement à une explosion aux conséquences incalculables.

Nous lançons donc un appel solennel à la communauté internationale d’une manière générale et à l’Union Européenne en particulier, pour venir en aide au Peuple Djiboutien, en péril.

Nous souhaiterions vivement que l’Union Européenne fasse pression sur le gouvernement djiboutien afin que ce dernier applique l’Accord de paix du 12 mai 2001, respecte les droits de l’homme et s’engage résolument dans la pacification et la démocratisation de la vie politique nationale.

Si aucune pression extérieure n’apporte un correctif aux actuelles dérives du régime djiboutien, la situation, intérieure ne pourra que se dégrader et l’inévitable explosion sociale ne sera alors qu’une triste mais simple question de temps.

Pour sa part, l’opposition djiboutienne solidaire au sein de l’UAD, continuera dans la voie pacifique et légale qui est la sienne, sachant que les aspirations populaires au changement ne peuvent être durablement étouffées.

 

 


 

Note de la LDDH : Halte au gangstérisme d’État

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains a publié la note ci-dessous reproduite, relative à la délinquance financière du régime en place, qui persiste dans ses violations des règles de droit les plus élémentaires. Ainsi en est-il du sort réservé à la caution financière de 32.500.000 FD que la liste de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) avait déposée auprès du Trésor Public, pour participer aux dernières législatives du 10 janvier 2003. Partout ailleurs dans le monde, caution implique remboursement, quelles qu’en soient les modalités. Sauf à Djibouti : il était impossible qu’une telle somme n’attirât pas l’appétit insatiable du pouvoir en place. Et si cela permettait en même temps de porter atteinte aux ressources financières de l’opposition, surtout qu’une échéance capitale arrive, pourquoi ne pas joindre l’utile affaiblissement des adversaires à l’agréable confiscation des biens d’autrui auquel ce régime d’abus est autorisé par une administration, dans ce cas en tout cas, au service de l’intérêt partisan, et une Justice dont la balance est si peu fiable pour le citoyen ordinaire désemparé contre cet arbitraire quotidien ?


 LDDH, Le Président

NOTE D’INFORMATION DU 18 FEVRIER 2004

LE DERNIER COUP D’ÉTAT ÉLECTORAL

EST ENCORE SUIVI PAR UN GANGSTÉRISME D’ÉTAT

IMPOSE A L’ENCONTRE DE

L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE( UAD )

 

 

Le gangstérisme d’Etat a plusieurs formes et certaines de ces formes sont malheureusement réelles en République de Djibouti ; pays au peuple fondamentalement pacifique.

 

Les faits :

 

Rappelant que le 10 janvier 2003, lors des élections législatives, les différents Partis de l’Opposition Djiboutienne avaient déposé une liste unique de candidats sous la coordination de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD).

 

Rappelant que la caution exigée pour les 65 candidats de l’UAD fut déposée au Trésor Public par un versement de trente deux millions cinq cent mille francs Djibouti (32.500.000 FD).

 

Rappelant que le résultat des élections législatives, malgré le Coup d’Etat Electoral dans les régions du Nord et de l’Ouest de la République de Djibouti, s’est soldé, dans l’ensemble, avec le score de près de 45% pour l’UAD.

 

Rappelant que cette caution devrait être remboursée à l’UAD dès la proclamation officielle.

 

Convaincus que les Partis Politiques de l’Opposition ont effectué et ont démontré, dans la légalité, leur Volonté et leur Droit au remboursement de cette caution.

 

Constatant qu’aucun Texte juridique, aucune Jurisprudence, encore moins un semblant de comparaisons ne peut permettre au Trésorier National de disposer soit pour le compte du Budget de l’Etat, soit encore moins, peut-être, pour une tierce partie.

 

Par définition: toute caution est normalement remboursable. Il est bon de rappeler que, la Loi Organique de 1992 relative aux élections fait un tout, et que dans le contexte actuel, les Législateurs ont encore affirmé l’obligation du remboursement de la caution dans le cadre de la Loi sur la Régionalisation.

 

Affirmant que l’esprit de la législation de notre pays est constant, même s’il existe d’autres incompréhensions prises par un Haut Décideur de l’Administration, ses décisions restent, de fait, illégales avec les risques d’être probablement teintées par des colorations purement politiques.

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) est sidérée par le refus arbitraire du Trésorier Payeur National; elle lance un Appel au Chef du Gouvernement d’accorder une attention très particulière à cette affaire de caution encore nQ’lremboursée par le Trésor National ;

 

La LDDH demande aux membres du Conseil Constitutionnel ainsi qu’à son Président de se saisir de cette affaire de « refus de rembourser la caution à l’UAD » et ce conformément à l’article 75 de la Constitution;

 

La LDDH demande au Ministre de la Justice d’accorder ses violons avec ceux du Chef de l’Etat pour que rapidement le Conseil du Contentieux Administratif mis sous embargo depuis 1996 soit opérationnel et surtout totalement indépendant sans aucune fragilisation aucune.

 

 


 

Courrier des lecteurs : les FFDJ et nous

COURRIER DES LECTEURS

COMMENTAIRES

Chacun s’en sera douté, Guirreh Houmed Saleh est un pseudonyme : précisément celui d’un haut fonctionnaire, peu suspect de militantisme opposant. Si nous publions son courrier, c’est pour quatre raisons au moins : 1) il nous a personnellement remis ce courrier ; 2) étant donné sa fonction, il sait de quoi il parle ; 3) ce délicat sujet de services rendus concerne tous les citoyens à la recherche d’emploi ou de marché, indépendamment des colorations politiques et 4) tout citoyen, djiboutien ou français, est en droit d’exiger la plus grande transparence sur ce commerce tout aussi fructueux qu’opaque.

On l’aura compris, la stabilité d’une base militaire passe essentiellement par quelques courbettes devant les prédateurs affiliés au régime, quand ils n’en sont tout simplement pas l’émanation financière.

Après le scandale, révélé par notre confrère Le Canard Enchaîné, relatif au réseau des filles de joie (et parfois des fillettes) mises à la disposition des légionnaires, ce favoritisme ne nous étonne guère. Ce qui implique néanmoins un bémol pour les Djiboutiens que nous sommes : nettoyons d’abord devant nos portes et exigeons la transparence dans la gestion des affaires publiques nationales.

Le reste suivra.

 


 

Cher Éditorialiste

 

Notre confrère « La Nation » a, dans son éditorial du jeudi 19 février 2004, accusé la presse d’opposition d’une manière générale et notre journal en particulier, de « dérive médiatique » et d « intox » sans apporter aucune preuve. C’est son droit ! Nous usons du nôtre en vous prenant à témoins ainsi que ses rares lecteurs afin que, quelles que soient vos préférences politiques, vous vous fassiez votre propre opinion, à travers ces lignes adressées au journal gouvernemental.


Nous comprenons sans mal qu’habitués à monopoliser le discours officiel, légalisé et orthodoxe, et depuis peu confrontés à la contradiction, vous considériez toute voix discordante comme diffamante. Toute réplique, même et surtout courtoise, sensée et constructive vous dérange, ainsi que les médias officiels qui détenaient ou s’imaginent encore détenir le monopole du verbe légitime. Vous nous en voyez sincèrement compatissants !

Notre voix se veut effectivement dissonante, c’est tout à notre honneur, en ce qu’elle cherche ouvertement et sans passion à renverser pacifiquement un désordre établi par 17 années de dictature de parti unique (1977-1992) et 10 années d’un quadripartisme dégradant (1992-2002) pour pouvoir rééquilibrer les institutions de l’Etat. En imposant le multipartisme intégral, nous cherchions à sortir notre pays du sous-développement politique. Les libertés syndicales, la liberté de la presse (malgré les multiples entraves et obstacles dressés par le RPP et ses alliés à son perfectionnement) doivent à notre persévérance leur enracinement dans les mœurs politiques.

Nous ne relèverons qu’incidemment l’hommage circonstancié que vous rendez à M. Phillipe Leymarie. Après avoir tant insulté RFI, ce n’est que justice de votre part de reconnaître un peu de sérieux à un de ses journalistes qui, au cours du récent colloque à Paris, aurait contredit un opposant accusant le régime djiboutien d’opacité dans le volume et de détournement dans l’affectation des sommes astrnomiques générées par la location des différentes bases militaires. Quoique ledit journaliste n’ait nullement apporté le bien-fondé de ses « doutes ». contrairement à une mission sénatoriale française qui a, le plus officiellement du monde, reconnu que cette manne financière ne se traduisait pour le moment par aucune amélioration tangible des conditions de vie des Djiboutiens. Ceci Expliquant cela ?

Vous écrivez encore, parlant de l’opposition : « celle-ci reste toujours égale à elle-même dans ses dérives politico-médiatiques, ne serait-ce qu’à travers la couverture de cet événement tant l’absence d’objectivité des feuilles de choux comme le Renouveau et Réalité reflète cruellement les errements et le manque de vision politique de ses actuels leaders ». Sans commenter le jugement porté sur ces leaders, rappelons seulement que le chou est comestible ; bien assaisonné, il est même délicieux !

Vous fustigez ensuite une légèreté dans le traitement de l’information et une « confusion systématique entre vie privée et affaire publique ». Consultez vos archives, nous vous mettons au défi d’apporter le début d’une preuve d’atteinte à la vie privée de qui que ce soit de la part de Réalité !

Plus gravement, vous ajoutez : « nul besoin de vous préciser que les manœuvres politiciennes tendant à placer toute une sensibilité de l’opinion publique sous l’inspiration d’un journal risquent d’avoir des conséquences fâcheuses tant elles peuvent aggraver les tensions sociales par le biais des discours fanatiques à l’image de Radio Mille Collines au Rwanda et peuvent du même coup fragiliser le fonctionnement des institutions républicaines ». Si c’est à nos deux derniers numéros que vous faites allusion, tout le monde a compris que nous n’avons fait que toucher du doigt des maux qui étaient directement à l’origine du conflit civil qui a ensanglanté notre pays une décennie durant. En y mettant fin, les accords de paix de février 2000 et de mai 2001 affirmaient sentencieusement en « soigner les causes et prévenir le renouvellement ». La partie gouvernementale s’obstine (multiples violations desdits accords de paix) à les appliquer partiellement. Partiellement parce qu’unilatéralement, c’est elle et elle seule qui « fragilise le fonctionnement collectif de tout système politique » comme vous dites.

Institutions Républicaines avez-vous dit ? Quand l’Armée, la Gendarmerie et la Garde Présidentielle sont toutes trois commandées par trois proches cousins, sans même évoquer leur composition subalterne, cela constitue une aberration statistique qui en font des milices privées. Rien ne justifie cet accaparement, sinon la volonté maladive de prétendre régner par la force. Tout comme il est absolument anormal qu’un ministère soit saturé par les proches du ministre. Encore plus gravement, ceux qui ont eu le privilège de se rendre à la Présidence ont certainement eu l’occasion de mesurer physiquement à quel point notre République est inégalitaire : il suffit de se promener dans les coulisses du pouvoir pour voir qui est le décideur et qui est le courtisan qui quémande ou mendie !

Pour ce qui est des discours fanatiques, permettez-nous de vous rafraîchir la mémoire que vous avez sélective en vous rappelant que c’est votre journal qui traitait il y a peu toute une frange de la communauté nationale de « Juifs de la Corne de l’Afrique » au prétexte d’un banal incident commercial.

Tandis que tel autre pamphlet gouvernemental invoquait le « Bon Dieu » pour justifier rafles et reconductions massives à la frontière d’étrangers en situation irrégulière, surtout imputable au seul laxisme gouvernemental.

Pour ce qui nous concerne nous continuerons, ne vous en déplaise à démystifier ce régime irresponsable et n’abdiquerons jamais notre faculté d’indignation face aux criantes injustices dont sont victimes tous nos concitoyens, sans aucune distinction. Pour finir, nous vous lançons un amical défi, en vous conviant à un débat public à la radio, télévisé ou épistolaire. Nous vous laissons le choix des armes, du moment qu’elles respectent la bienséance.

Confraternellement !

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 84 du mercredi 18 février 2004

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Réalité numéro 84 du mercredi 18 février 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés
  4. Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?
  5. Sociographie des officiers djiboutiens
  6. Docteur manu militari
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 84

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA POSTURE DE L’IMPOSTEUR : LA TRIBU CONTRE L’ÉTAT

En s’affranchissant de la tutelle coloniale, les Djiboutiens ont tout naturellement reconduit un modèle d’organisation politique et spatiale qui a mis des siècles à se mettre en place ailleurs : l’Etat-Nation. Que ce modèle ait été en quelque sorte tropicalisé par l’imposition du Parti Unique n’en rend que plus révélatrices ses deux implications majeures : coexister avec des groupements humains différemment constitués dans leurs traditions historiques d’une part, choisir autrement que par le passé traditionnel et insulaire les nouveaux dirigeants politiques d’autre part. Si l’on confronte ce schéma théorique aux réalités nationales concrètement observables, un constat s’impose, brutal : la coexistence entre les diverses composantes de la communauté nationale est d’autant plus conflictuelle que l’État qui les rassemble ne garantit pas l’intérêt général et que le libre choix des représentants politiques est saboté par la frange dominante du régime. Autrement dit, la Nation se construit d’autant plus difficilement que l’État devient un enjeu de luttes ( inégales du fait que la concurrence est truquée) entre groupes ethniques plutôt qu’entre classes sociales. Cet accaparement de l’Etat (donc des ressources politiques, économiques et coercitives qu’il procure) exige quant à lui d’insurmontables entraves administratives à la compétition électorale, une mise en suspens radicale de la Démocratie, essentiellement réduite à une comédie, un one-man-show (personnalisation du pouvoir oblige) qui ne trompe plus personne.

Ainsi, à défaut d’un électorat conquis sur la base d’un programme politique clairement défini, tout régime assurant sa survie par les fraudes cherche à susciter chez ses concitoyens l’identification la plus primitive : le groupe tribal. Et Djibouti n’échappe pas à cette généralisation du fait ethnique que l’on retrouve dans les États issus de la décolonisation en Afrique. Bien au contraire : alors qu’ailleurs les divers groupes ont connu des siècles de coexistence avant la colonisation, c’est uniquement depuis la création de la ville de Djibouti que les Djiboutiens se côtoient et vivent ensemble sous une même autorité politique et dans un même espace géographique.

Pas de Démocratie donc, mais seulement une imposture d’élites politico-administratives prétendant représenter des groupes tribaux. Pour devenir ce que Malinowski appelait « banquier d’hommes », la posture de l’imposteur est simple : dramatiser la différence en présentant l’Autre comme ennemi irréductible. Et, dans une perspective existentialiste, la rareté créant la violence, surtout lorsque la mauvaise gouvernance et le gaspillage des ressources nationales sont si fortement implantées, l’ennemi devient multitude, voisin. Une fois arrivé au pouvoir de façon illégitime, voire illégale, le discours de ce banquier clanique varie en fonction de sa position (donc celle de ses auditeurs) dans les rapports de force politique.

Aux uns, l’on dira : « l’État, c’est nous », en montrant, par exemple, la différence de traitement entre l’état d’abandon dans lequel sont laissées l’usine d’eau de Tadjourah (offertes à l’appétit des clients) et toute sa région d’une part, et le miracle irrationnel par lequel une nouvelle usine d’eau minérale sort de terre ailleurs. D’ailleurs, renchérira-t-on, l’on ne s’est même pas donné la peine de rendre l’hymne national compréhensible pour tous les citoyens.

Aux autres, l’on dira : « l’État, c’est eux ! Contentons-nous de ce qu’ils veulent bien nous donner. D’ailleurs, leur expliquera-t-on, «eux» n’ont même pas jugé utile de mettre l’hymne national à notre portée. Ou encore, leur dira-t-on, regardez tous ceux d’entre nous qu’«eux» nomment encore Kaar Dameer auxquels la citoyenneté djiboutienne est injustement refusée.

Dans l’Opposition réunie au sein de l’UAD, c’est parce que nous sommes intimement convaincus qu’une autre façon de faire de la politique est possible, que nous investissons sans hésiter dans le bon sens citoyen, la sagesse séculière et la maturité avérée des Djiboutiennes et des Djiboutiens. C’est la seule voie possible pour fonder la Nation djiboutienne et instaurer la Démocratie. Il suffit juste pour cela de démystifier les imposteurs au pouvoir et de croire en notre avenir commun. Nous sommes tous Djiboutiens avant tout et pour toujours !

Brèves nationales

Cartes d’Identité :

Délivrance ou rétention ?

Depuis que le ministre de l’Intérieur a annoncé la reprise de la délivrance des pièces d’identité nationale, ce sont chaque jour des centaines de Djiboutiens lésés qui se présentent devant les bureaux de la direction de la population. Dès six heures du matin, chaque jour ouvrable, d’interminables files d’attente se forment dans une ambiance de frustration et d’inquiétude. En effet, la plupart de ces demandeurs retournent souvent chez eux sans pouvoir obtenir le précieux document qu’ils ont pourtant payé longtemps à l’avance.

Jeudi dernier, quelques dizaines d’entre eux particulièrement courroucées auraient bruyamment exigé d’être remboursées sans être entendues. Dans une administration particulièrement gangrenée par la corruption, la notion de service public a disparu, laissant place à l’intérêt personnel et aux passe-droits. Qu’attend le ministère de l’Intérieur pour mettre un peu d’ordre dans cette maison en pleine décrépitude ? A ce rythme, la colère qui gronde risque de dégénérer en émeute.

La mauvaise gouvernance ambiante se donne ainsi à voir dans sa plus cynique expression. Un régime aussi peu capable de délivrer des pièces d’identité à ses citoyens a tout simplement démissionné de ses obligations. Lamentable !

Médias partisans :

L’esbroufe ne passe plus !

Selon des sources dignes de foi, le régime en pré-campagne électorale chercherait à étoffer son arsenal de propagande dans le fol espoir de reconquérir un électorat perdu parce que fatigué de l’esbroufe.

Après l’acquisition par la Présidence, il y a quelques temps, d’un studio privé, le pouvoir plancherait actuellement sur le lancement prochain d’un nouveau journal maison destiné, parait-il, à contrer la communication politique de l’opposition. En effet, il se murmure que le grand chef mécontent de leurs contre performances aurait dernièrement tancé les plumitifs partisans incapables selon lui de crédibiliser les points de vue du régime.

Avec un tel passif impossible à occulter le régime ne pourra pas renverser la vapeur, même s’il faisait appel aux cabinets de relations publiques installés aux États-unis. Autant chercher à décrocher la lune. Car comme chacun le sait, la réalité vécue au quotidien est toujours plus éloquente que les meilleurs discours.

Presse nationale :

Inflation des titres

Dans le premier numéro d’Aysenno, journal du FRUD du temps du maquis, nous commentions, en la saluant, la prolifération des journaux d’opposition au lendemain du déclenchement de la lutte armée. Ce retour du refoulé (la presse était libre, indépendante et « plurielle avant l’Indépendance), était dû, nous semblait-il, au sacrifice des combattants du FRUD, toutes tendances confondues. De tous les titres de l’époque, il ne subsiste plus aujourd’hui que notre confrère «Le Renouveau», que nous félicitons pour sa longévité et la constance dans la parution.

L’apparition de « Réalité » dans la presse écrite djiboutienne a, croyons-nous, suscité, sinon des vocations, du moins ouvert les yeux à nombre de nos concitoyens sur l’utilité de communiquer sans passion. Nous constatons et apprécions la floraison des journaux d’opinion ou autres qui faisaient cruellement défaut à notre univers médiatique. Nous ne pensons évidemment pas aux lucioles paraissant le temps d’une campagne de dénigrement ou vendre un projet sans lendemain. C’est la parution récente, et que nous souhaitons durable, des organes de presse du syndicat des travailleurs du Port, du Pôle universitaire, ou encore édités par le CRIPEN, divers bulletins du MENESUP dont « Educ-Info ».Tous nous éclairent et enrichissent tous ceux qui sont curieux de la chose publique.

En attendant que le gouvernement daigne appliquer l’article 14 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, portant sur la liberté de la presse, et agréer la création des radios libres. Encore faut-il pour cela qu’il respecte la Loi relative à la communication et mette en place la commission prévue à cet effet.

LES DEVOIRS DU CITOYEN

La Démocratie n’est pas seulement une amélioration institutionnelle sur le papier : c’est avant tout une prise de conscience agissante de chacune et de chacun. Nous devons tous participer aux grandes étapes qui marquent le développement politique de notre pays. Ces étapes, ce sont bien entendu, les échéances électorales à venir, lors desquelles se déterminera l’avenir de notre pays.

Le changement que toutes les Djiboutiennes et tous les Djiboutiens espèrent ne peut venir que de la mobilisation de toutes et de tous.

Il est donc du devoir de chaque électrice et de chaque électeur de se prémunir contre l’ « abstentionnisme » forcé que représente le défaut de carte d’électeur.

Inscrivez-vous sur les listes électorales de votre circonscription !

Exigez votre carte d’électeur et votre carte d’identité nationale si vous n’en avez pas !

Un électeur qui ne remplit pas son devoir électoral est tout simplement un citoyen qui déserte de ses obligations vis-à-vis de sa Patrie.

Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés

Pour avoir osé réclamer leurs droits légitimes à la Direction du Port, des dockers ont été victimes d’une répression policière et judiciaire sans précédent dans notre pays. Travaillant comme journaliers manutentionnaires au terminal à conteneurs depuis des années, voire près de deux décennies pour certains, jusqu’au jour où la Direction de Djebel-Ali, qui gère le Port, leur a proposé de les employer désormais comme salariés à plein temps plutôt que comme journaliers relevant du statut professionnel des dockers. Ces derniers s’en sont félicités et attendent qu’on régularise leurs situations professionnelles sur de nouvelles bases comme promis. Récit d’une violation des droits syndicaux et de la législation sur le travail.


Une nouvelle donne pointe son nez. Il n’est plus tout d’un coup question à la Direction du port de recruter ces dockers mais de les remplacer par des nouvelles recrues. Dès lors, des interventions fusent de tous les horizons pour essayer de placer les leurs. Aussi pour justifier cette spoliation en règle d’un droit acquis depuis tant d’années par ces pauvres dockers, qui eux n’ont personne pouvant valablement intervenir en leur faveur afin qu’ils puissent conserver leur emploi, la Direction du Port sollicite le concours du tristement célèbre Chef de Service du Bureau de la Main-d’œuvre (BMDO), pour les dissuader.

Ce dernier propose à ces dockers d’autres affectations de travail, de nature douteuse, d’ailleurs jamais concrétisées par la suite, en les invitant à ne plus prétendre à ce qui leur avait été promis, au motif fallacieux qu’ils n’y ont pas droit. Pourquoi ? Allez savoir !!! Les dockers ne comprenant plus, refusent d’être bernés de la sorte : ils exigent de continuer à travailler au terminal à container et à exercer le travail pour lequel ils sont depuis longtemps qualifiés et expérimentés. Employés du Port ou pas, ils veulent garder leur emploi.

Alors d’autres chefs de service se mêlent également et de nouveaux arguments et prétextes sont invoqués pour les décourager d’y postuler : tels que les problèmes d’âge, de niveaux scolaires, de pièces d’identité. Ce qui ne les convainc pas davantage. Enfin, après moult tentatives de négociations, les unes après les autres avortées, le spécialiste des dockers qui s’avère être le sémillant Chef de Service du BMOD, trouve enfin une formule d’arrangement en guise de palliatif. « Vous serez indemnisés par le port pour tant d’années de service effectués au terminal à container et vous serez affectés en tant que dockers vers d’autres lieux de travail que le terminal lui-même » leur aurait-il suggéré en fin de compte.

Et pour ceux qui après cette proposition « alléchante » continuent à camper encore sur leur position, comme cela se fait couramment au BMOD pour mettre au pas des dockers vindicatifs : retrait définitif de la carte de docker. Ainsi, du jour au lendemain, plusieurs dockers perdent leur statut d’employés et sont condamnés à l’indigence forcée, sans aucune possibilité d’exercer au Port. Aussi, devant une telle mesure de dissuasion, qu’ils redoutent pour en avoir déjà été plusieurs fois victimes pour certains, la majorité d’entre eux cède et accepte la solution imposée du chef du BMDO, bien que pas du tout convaincante. Nouvelle période d’attente et pas de signe, ni de nouvelles de ces indemnisations promises. Ils reprennent donc l’offensive et revendiquent la concrétisation de cette énième promesse. Mais en vain. On ne daigne même plus les recevoir.

Ulcérés, ils décident alors de réclamer collectivement leurs droits en se présentant devant le bureau du Directeur Général. Mal leur en prit. Les forces de l’ordre les dispersent brutalement, les enjoignant de déléguer quelques uns (en tout sept dockers furent désignés par leurs pairs) pour faire valoir leurs droits. Et dans la foulée, la police interpelle quelques dizaines d’autres dockers qu’elle incarcère sans autre forme de procès afin de les intimider, au centre de détention de Nagad. Quant aux sept représentants désignés dont l’un serait depuis porté disparu, ils se sont vu transférés manu militari à la Brigade Criminelle de la FNP où ils subissent un interrogatoire musclé sans discontinuer du 26 au 28 janvier dernier). Après cette garde à vue, ils ont été déférés au Parquet qui, aussitôt, les expédie à la prison civile de Gabode en dépôt. Cette détention durera jusqu’au 15 février, date à laquelle ils seront condamnés à six mois de prison avec sursis par le Tribunal de Première Instance, comme de vulgaires délinquants. Entre temps, ceux qui avaient été mis en détention préventive à Nagad ont été relâchés quelques jours après.

Mais, la veille de leur procès, Gabode a été le théâtre d’une hystérie répressive. En effet, dans la journée du 14 février, un lieutenant de la Brigade Criminelle de la FNP, un certain Mohamed Ismaël arrive à Gabode et pénètre dans la cellule où sont détenus les dockers, en leur intimant l’ordre de lui signer un document. Ils refusent de se plier à ses exigences, malgré les menaces et les empoignades pour les impressionner. Devant leur refus, il en extrait un de la cellule et le traîne par force jusqu’à un endroit isolé de la prison centrale : un bureau mis à sa disposition à cet effet. De nouveau il présente le document à signer au détenu qui n’est autre que Cheikh Mohamed Walo. Il lui aurait présenté un document dans lequel il est stipulé que « les dockers renoncent définitivement aux prétendus droits qu’ils réclament à la Direction du Port » sic et resic !!!

Et devant son refus, il l’aurait battu et torturé en présence d’un témoin (le Lieutenant Moussa de la prison de Gabode) qui serait au moins coupable de complicité passive dans cette affaire. Résultat : le prisonnier s’est retrouvé avec la main gauche brisée au niveau du coude (fracture ouverte) et la poitrine défoncée. Suite à cela, le prévenu n’a même pas eu droit aux soins d’urgence, bien qu’on l’ait transporté aux Urgences de l’Hôpital Peltier et que son nom ait été consigné à cet effet sur le registre. Malgré son état, il a été déféré souffrant au Tribunal le 15 février , avec ses co-détenus.

A l’heure où des experts en Droits de l’Homme peinent à enseigner à nos policiers le respect des droits humains, à Djibouti-même, dans le cadre de leur métier, le zèle de certains policiers à les piétiner dans l’exercice de leur fonction, est un contraste assez révélateur de l’image de ce régime de non droit. Aux dernières nouvelles, le docker torturé aurait déposé une plainte contre son bourreau.

Mais reste à savoir si la Justice djiboutienne fera convenablement son boulot en poursuivant des tortionnaires patentés du régime

Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?

Tous les budgets de l’État depuis 2000 nous répètent que l’Éducation Nationale constitue une priorité gouvernementale. La loi n°96 du 10 août 2000 portant orientation du système éducatif proclamait pompeusement : L’École obligatoire pour tous jusqu’à seize ans ! Répétitions et slogans ne sont pas démonstration. Comme chacun pourra le constater dans les lignes qui suivent, la pratique gouvernementale en la matière démontre le contraire.


 

Prenant le Ministre à son mot écrit dans la lettre du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement supérieur, parue dans le n°1 d’’ « Educ-Info » de janvier 2004, le propos de ces lignes, avec le minimum de commentaires de notre part consiste à comparer les incantations gouvernementales aux faits sacrés et incontestables, et chiffres officiels. Le Ministre écrit dans sa lettre : « Tous les responsables de mon département, de même que les usagers de l’école, ainsi que tous nos partenaires. Tout le monde aura droit à la parole… C’est donc dans cet esprit que je vous adresserai, tous les 15 jours cette lettre dans l’attente, comme il est d’usage, de recevoir des réponses. J’attendrai donc vos réactions, qui seront d’ailleurs reflétées dans « Educ-Info »…. » Voici nos réactions :

Première remarque significative, les usagers de l’école, des parents d’élèves, nous ont réservé la primeur de leur réaction et continuent de faire le siège de notre rédaction nous faisant part de leur désarroi et surtout de leur colère. Toutes couches sociales confondues, leurs doléances portaient sur les points suivants :

– Photocopies des cartes nationales d’identités des deux parents : quand on sait avec le Ministre de l’Intérieur que « des notables inscrits sur les listes électorales ne disposaient pas de C.N.I », pourquoi conditionner l’inscription de leurs progénitures à la fourniture par les deux parents de ces pièces là ?

– Certificats de Résidence : Relevons avec notre confrère « le Renouveau », que le « fonctionnement chaotique des arrondissements et autres districts n’est pas de nature à faciliter la délivrance des certificats de résidence ».

– Enfin, la dernière condition imposée aux élèves et leurs parents est censitaire : Une facture de l’EDD ou de l’ONED.

Ulcéré, un parent d’élève nous disait : « Si on les laisse faire c’est un abonnement à Djibnet qu’ils exigeront demain ! ». Rappelons à Monsieur le Ministre que ses exigences ne peuvent être remplies à Djibouti que par les usagers de la Nativité….et du Lycée Guelleh Batal, pour ne citer au hasard que ceux-là. Si nous insistons sur ce sujet, c’est parce que le Ministre « attache beaucoup d’importance à l’application scrupuleuse de ces consignes».

Si, qu’à Allah ne plaise, elles étaient scrupuleusement appliquées, elles conduiront à exclure du système éducatif les plus démunis d’entre nous. Cette marginalisation est en totale contradiction avec le discours du Premier Ministre le jour de l’Aîd el Adha qui affirmait en toute bonne foi : « Il est de notre responsabilité d’aller vers les plus démunis!». C’est d’autant plus aberrant que beaucoup d’établissements scolaires ne sont pas alimentés en eau et électricité dans les zones rurales et certains ne le sont qu’en partie dans la capitale ( P.K 12). Cela relève même de la tragi-comédie quand « La Nation » se fait impudemment l’écho, photos à l’appui, de la réfection d’une cantine scolaire par l’Armée Française ici, ou la remise en état d’une école par l’U.S. Army, là.

Tout récemment à Gabode la participation financière des parents d’élèves aurait été sollicité pour la réfection de la toiture et des toilettes d’une école ; alors qu’ils contribuent systématiquement aux frais de gardiennage qui, normalement, ne relèvent nullement de leurs portefeuilles. Si, dans ces conditions, l’Éducation Nationale est une priorité gouvernementale, qu’en est-il des autres postes budgétaires ? Sur la base de ces chiffres de l’année scolaire 2001-2002, nous avons tenté de calculer l’impact négatif de ces nouvelles mesures du MENESUP préconisées pour la rentrée prochaine. Par conséquent, en respectant très scrupuleusement les consignes du Ministre, ses vœux affecteraient plus de 4.000 enfants de la Capitale.

A ce chiffre s’ajoutent, en ne tenant pas compte du taux de progression des inscriptions de 2001 de l’ordre de 4%, environ 1.176 enfants en âge de scolarisation en Classe d’Initiation ne seraient pas accueillis à la prochaine rentrée, pour la simple raison qu’ils habitent dans une zone qui n’est pas desservie par l’EDD et l’ONED. Il est également important de relever que, sur les 178 classes de CI que compte le pays, au moins 41 seraient affectées par ces mesures aussi révoltantes que discriminatoires. Ce qui représente un taux de 23%, soit environ ¼ de l’ensemble. Quant aux effectifs touchés, ils sont de l’ordre de 12%, variable aussi importante qui ne tient pas compte du nombre élevé de foyers de la Capitale touchés par les nouvelles consignes du Ministre de l’Éducation Nationale.

En définitive, il s’avère que plus de 5.000 nos enfants en âge d’être scolarisés seront ipso facto écartés en septembre prochain, chiffre qui se situe à plus de 50% des inscriptions de l’année 2001 (Districts de l’Intérieur et y compris Djibouti-rural) de 10.358, pour la simple raison que les parents n’ont, soit pas les moyens financiers pour se payer le luxe des branchements à l’EDD et à l’ONED, soit installés dans une zone géographique non desservie par ces deux services chers au Ministre de l’Éducation.

L’article 17 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 prévoyait un « soutien scolaire renforcé aux enfants des zones affectées par le conflit armé ». Or, à la page 46 de l’agenda officiel 2004, destiné comme les autres à la consommation extérieure, l’on peut lire : «la scolarisation progresse dans toutes les régions du pays, mais demeure particulièrement faible au niveau des quatre districts où le taux brut de scolarisation varie entre 20,6% et 30,5%. Il apparaît aussi que de profondes disparités d’accès à l’éducation primaire existent entre le milieu urbain (52,9%) et le milieu rural (12,4%)». CQFD, sans commentaire.

L’Education nationale, la Santé sont partout dans le monde des postes ministériels exposés, c’est pourquoi nous avons toujours ménagé nos critiques ( sauf flagrante bêtise ) envers leurs responsables car l’exercice de ces responsabilités est il vrai très difficile.. Nous respectons tous ceux qui ont en charge l’avenir de nos enfants.

Que M. Le Ministre agrée donc l’expression de nos critiques constructives.

Sociographie des officiers djiboutiens

La réalité est incontournable

Nous n’avons cessé d’avancer que les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti devaient absolument refléter, dans leurs effectifs, la diversité des composantes de la communauté djiboutienne. A l’appui de cette représentativité équitable, nous partons d’un postulat aussi simple qu’inébranlable : l’intelligence est la chose la mieux partagée au monde. C’est ce refus d’un peuple élu supérieur aux autres qui est au fondement de l’article 15 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, stipulant en son point b : « Les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti refléteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la pluralité des communautés composant le Peuple Djiboutien ». Dans le numéro de la semaine dernière, nous avions proposé à nos lecteurs un tableau des 174 officiers supérieurs et subalternes de l’Armée Nationale Djiboutienne, classés par grade et groupe tribal, en reportant la solution au présent numéro. Mais, convaincus avec la sagesse chinoise, qu’ «il vaut mieux enseigner à pêcher que de donner un poisson à manger», voici encore mieux que de dire qui est quoi : la liste nominative complète de ces 174 officiers, classés par grade au 27 juin 2000. Djibouti étant un microcosme, à chacun d’établir la représentation de chaque groupe. Proposition citoyenne : que nos lecteurs/militants se regroupent de façon pluriethnique et contradictoire. C’est le plus sûr moyen pour approcher la réalité.


Avant de laisser le lecteur face à son jugement critique, quelques précisions s’imposent, que ce tableau ne dévoile pas forcément.

S’il est facile de déterminer qui appartient à quel groupe, il est fondamental de remettre les chiffres dans leur contexte historique. Ainsi, des 174 officiers de l’AND rescapés du destin au 27 juin 2000 (certains sont morts, quelques uns sont partis à la retraite et d’autres ont été radiés pour cause de « coup d’état » ou de rébellion), il s’agit de savoir qui a été recruté à quelle époque. A l’examen de cette variable chronologique, il apparaît que pour moitié (88 sur 174), ces officiers sont de la promotion 1977. Ceci mérite explication. En effet, les officiers recrutés à cette époque au sein de l’AND provient de deux origines : les transvasés de l’armée coloniale et les cadres du FLCS. Ce serait donc faire injure à l’Histoire que de prétendre que l’intolérance s’est installée dès le 27 juin 1977 : les tentatives visant à assurer un certain équilibre ethnique au sein de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie se sont heurtées à la politique de la chaise vide prônée par le MPL, qui estimait impossible de coexister ainsi avec les autres composantes de la communauté djiboutienne et accusait la LPAI de vouloir sournoisement « somaliser » le pays. La sanction de l’Histoire est sans pitié pour les erreurs politiques de cette envergure : que les adeptes de cet ostracisme se retrouvent être aujourd’hui les plus solides piliers d’une intolérance qui s’est renforcée depuis 1999 en dit long sur l’immaturité de ses adeptes et les retrouvailles des extrêmes

Profitant de cette fuite sans issue, le régime issu de la décolonisation a cherché à consolider ses bases armées. en contrôlant l’Armée, la Police et la Gendarmerie, relevant dans les faits du chef de cabinet de la Présidence. Pour assurer cette mainmise, des postes ont même été créés : Directeur de la Gendarmerie puis Secrétaire Général du ministère de la Défense. Postes à l’époque occupés, ceci explique cela, par l’actuel Président du Conseil Constitutionnel et qui ont disparu depuis.

Ce qui explique, enfin, que l’actuel régime, héritier de cette ségrégation, n’ait absolument pas cherché à réduire ces inégalités, bien au contraire : dans l’administration comme dans la Gendarmerie ou l’AND, les citoyens ne sont pas égaux. On s’en doutait.

NOM001. FATHI AHMED HOUSSEIN

002. ZAKARIA CHEIK IBRAHIM

003. ALI SOUBANEH CHIRDON

004. HASSAN AIL KAMIL

005. HOUSSEIN DJAMA IBRAHIM

006. MOHAMED DOUALEH SED

007. OMAR BOUH GOUDADDE

008. OSMAN NOUR SOUBACKLEH

009. YACOUB HASSAN SAID

010. YOUSSOUF KAYAD GUELLEH

011. ABDOURAHMAN ABDI DEMBIL

012. ABDOURAHMAN ADEN CHER

013. ADEN ALI AHMED

014. AHMED HASSAN BOULALEH

015. DAHER ADEN ABRAR

016. HAISSAMA MOHAMED HOUMED

017. MADIAN MOHAMED SAID

018. MOHAMED OUTEH ROBLEH

019. MOUSTAPHA ALI HANDOULEH

020. ABDOULGABAR IBRAHIM HASSAN

021. ABDOUL-ILAH AHMAD ABDI

022. ABDOULKADER ALI ABANEH

023. ABDOULKADER MOUSSA HELEM

024. ADEN OKIEH BOUH

025. AHMED YOUSSOUF BALAH

026. ALI ABDILLAHI IFTIN

027. AMIN ATTEYEH ABDI

028. ELMI FARAH ABANEH

029 HASSAN DJAMA FARAH

030.IBRAHIM ABDILLAHI GUELLEH

031. MOHAMED AHMED FARAH

032. MOHAMED ALI FARAH

033. MOHAMED ALI OBSIEH

034. MOHAMED ELMI HABANEH

035. MOHAMED IBRAHIM MOUSSA

036. MOHAMED KAYAD GUELLEH

037. MOUSSA HAMADOU GOUNDOUS

038. NACHAT FATHI AHMED

039. NASSER ADEN GUIRREH

040. OSMAN ADEN AMAREH

041. OSMAN DOUBAD SOUGOULEH

042. OSMAN HASSAN MOUSSA

43. SAID ALI OMAR

044. YOUSSOUF HOUSEIN LOH

045. ABDILLAHI OMAR HOCHE

046. ABDOUL-WASAH MOHAMED

047. ABDOURAHMAN MOUSSA ROBLEH

048. ABOUBAKER SADIK ABDILLAHI

049. ADEN FOUAD DAHER

050. ADEN MIGUIL DIRANEH

051. AHMED ABIDID BILEH

052. AHMED ALI BOUH

053. AHMED ALI ROBLEH

054. ALI ADEN HOUMED

055. ALI DIRIEH EGAL

056. ALI HAMID HASSAN

057. ALI HASSAN FARAH

058. DAHER MERANEH ARREH

059. DJAMA ALI FARAH

060. FOUAD ELMI WAISS

061. FOUAD MOHAMED ALI

062. HOUSSEIN ASSOWEH KIDAR

063. IDRISS OMAR ELEYEH

064. ISMAEL ABSIEH SAMATAR

065. MAHISSO MOUSSA ARAÏTA

066. MOHAHED BARKAT ADEN

067. MOHAMED ELMI MOUSSA

068. MOHAMED IBRAHIM ADJEB

069. MOHAMED YOUSOUF MAHAMADE

070. NAGUEYEH SAID GUELLEH

071. OMAR SAID KHAIREH

072. SAID AWALEH DOUALEH

073. TAHER ALI MOHAMED

074. WAHIB MOUSSA KALINLEH

075. YACIN AHMED SOUGUEH

076. YOUSSOUF ABDALLAH ALI

077. YOUSSOUF ABDO HACHIM

078. ABDOURACHID MOHAMED KAYAD

079. ABDOURAHMAN RAYALED HARED

080. ADEN DOUALEH WARSAMA

081. ADEN HASSAN GALAB

082. AHMED DJAMA GUELLEH

083. AHMED KALINLEH ABDI

084. AHMED SAID GUEDI

085. AHMED WAIS EGAL

086. ALI BOULALEH YABEH

087. ALI NOUHO ABDOUL

088. BOGOREH SAID ALI

089. CHAKIB ALI MOHAMED

090. GUEDID BAHDON FARAH

091. HASSAN ABDILLAHI MOUSSA

092. HASSAN MOHAMED HASSAN

093.HASSAN MOUSSA OFLEH

094. HOUMED MOHAMED ALI

095. HOUSSEIN MOUSSA HASSAN

096. IBRAHIM ALI FARAH

097. ISMAEL HOUSSEIN ABOUBAKER

098. MAHAMED HERSI OMAR

099. MAHAMOUD ABDI AHMED

100. MOHAMED AWALEH HASSAN

101. MOHAMED FARAH DAHER

102. MOHAMED GADITTO MOHAMED

103. MOHAMED WAIS ABANEH

104. MOUSSA ALI ABSIEH

105. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

106. NAGUEYEH RAGUEH ACHKIR

107. OMAR ALI GUEDI

108. OMAR IBRAHIM HALASSE

109. OMAR MERANEH ASKAR

110. OMAR MOHAMED ALI

111. OSMAN GUEDI DJAMA

112. RADWAN DJAMA ABDI

113. RAMZI MAHAMOUD SOULEIMAN

114. ROBLEH DJAMA ROBLEH

115. SAMIREH ADEN AHMED

116. YOUSSOUF IBRAHIM HASSAN

117. ABDI ALI GOD

118. ABDILLAHI MOUSSA OMAR

119. ABDOULKADER MOHAMED ARREH

120. ABDOURACHID MOUSSA ISMAEL

121. ABDOURAHMAN HARED BOUH

122. ABDOURAHMAN HASSAN IBRAHIM

123. ADEN AWALEH MEAD

124. AHMED ILTIREH WAIS

125. AHMED MOHAMED BADRI

126. ALI ABDILLAHI BOUH

127. ALI BOUH GUELLEH

128. ALI HOUSSEIN ABDI

129. ALI ISMAEL EGAL

130. AMER ABDOULAZIZ HASSAN

131. ARAÏTA HOUMED EBILE

132. DJIBRIL KAYAD DARAR

133. ELMI ALI WAIS

134. HAMED HASSAN MOHAMED

135. HASSAN OBAKAR IBRAHIM

136. MAHAMOUD ADAWEH ROBLEH

137. MAKTAL MAHAMOUD HASSAN

138. MOHAMED AHMED OMAR

139. MOHAMED DJAMA DJILAL

140. MOHAMED ISMAEL DOUBAD

141. MOHAMED MEAD OSMAN

142. MOHAMED OMAR ASSOWEH

143. MOHAMOUD ABDI AMER

144. MOUSSA ALI DARAR

145. MOUSSA BOULALEH WABERI

146. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

147. SAID MOHAMED BOUKA

148. SAMIR ADEN CHEIK

149. WAGDI DJAMA MOUSSA

150. WAIS OMAR BOGOREH

151. ABDOULRACHID ALI ROBLEH

152. ARAFAT YOUSSOUF HOUSSEIN

153. ELMI BILAH ALAMGAN

154. HASSAN ELMI HOUDON

155. HOUSSEIN GAMAYE ASSOWEH

156. NOUR AWALEH BODEH

157. ABDI ATTEYEH WAIS

158. MOHAMED IBIRO MOHAMED

159. ELMI HERSI DJAMA

160. SAID DAHER WABERI

161. ABDIGANI MOHAMED ISMAEL

162. AHMED DAHER DJAMA

163. BOUH ABDI KHAREH

164. DAHIR HASSAN ABADID

165. ELMI ROBLEH OMAR

166. HASSAN ABDOURAHMAN ADEN

167. HASSAN WARSAMA MIREH

168. MAHAMOUD MOMIN ABDI

169. MOHAMED ATTEYEH ABDI

170. MOHAMED KAYAD NADJI

171. MOHAMED SAID SALEM

172. NIDAL GHALEB MOKBEL

173 OSMAN OBSIEH HOCHE

174. SAID WABERI HAROUR

GRADE

GENERAL

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Docteur manu militari

Armée djiboutienne contre médecins égyptiens à Peltier

Sans même remonter jusqu’à la reine Hatshepsout, chacun peut mesurer à son inestimable valeur la portée des liens historiques qui nous lient à l’Égypte. Ainsi, dès les premiers mois de notre Indépendance, avec la visite effectuée à Djibouti par Hosni Moubarak, alors vice-Président, la République Arabe d’Egypte a mis en place une coopération multiforme au profit de notre pays, peut-être sans égale dans la Ligue des Etats Arabes et ceci dans les domaines les plus vitaux tels que la Santé ou l’Éducation. Malheureusement, certains agents de l’État, civils et militaires, très peu respectueux du sens de l’État et apparemment assurés d’une impunité qui ne peut que discréditer nos institutions, ont physiquement mis à mal cette assistance technique, en s’en prenant d’une façon inadmissible à un médecin égyptien en service à Peltier. Agression qui ne peut manquer d’inquiéter l’ensemble des coopérants affectés en République de Djibouti.


Jeudi 12 février, aux alentours de 11 heures, le docteur Tarek Razek, médecin égyptien en service à l’Hôpital Général Peltier, s’apprête à pratiquer une césarienne sur une parturiente en difficulté. Pour cela, il demande l’assistance du médecin-anesthésiste, le docteur Madian Mohamed Saïd, qui se trouve être de surcroît officier de l’Armée Nationale Djiboutienne. D’après nos informations recueillies dans le milieu médical, ce dernier, prétextant l’heure tardive, aurait refusé l’opération et ordonné au médecin égyptien de ne rien entreprendre, malgré l’état physique de la femme sur le point d’accoucher. Devant l’insistance du coopérant égyptien, le médecin djiboutien a fait appel à des soldats de l’AND dans le but avoué d’empêcher l’opération.

Ceux-ci arrivent immédiatement sur les lieux et six de ces militaires djiboutiens se mettent alors à battre furieusement le gynécologue égyptien dans le bloc opératoire. Agression physique dont les soins ont nécessité, entre autres, dix points de suture sur le crâne de la victime. Sur ces entrefaites, son collègue le docteur Sahfaan, lui aussi égyptien, travaillant à Peltier en qualité de contractuel, s’empresse d’évacuer le blessé sur l’ambassade égyptienne, dont le personnel se précipite à l’Hôpital Peltier pour exactement comprendre les raisons d’une telle agression, si raisons il y a.

Mais la machine de l’absurde ne s’arrête pas là : le docteur Sahfaan est suspendu par l’administration de Peltier le jour même et ordre lui est intimé d’évacuer sur-le-champ son logement de fonction. Pratique dont la banalité n’a d’égale que la fréquence, son salaire a également été suspendu en un temps record. Voilà pour les faits : inutile de dire que nous condamnons avec fermeté cette agression gratuite et demandons que toute la lumière soit faite sur cette malheureuse affaire. Ceux qui se sont rendus à Mogadiscio savent que du temps de sa gloire au milieu des années 70, le régime de Siad Barré emprisonnait systématiquement tout somalien se rendant coupable d’agression contre un étranger, à plus forte raison lorsqu’il s’agissait d’un coopérant : serait-ce trop demander à ce régime d’impunité de ne tolérer aucun écart de la sorte de la part de ses agents ?

Pour avoir été les seuls à révéler le scandale qui l’entourait, nous rappelons que c’est surtout grâce à la vigilance de cette coopération qu’une clinique se prétendant égyptienne et travaillant dans des conditions très peu orthodoxes a été fermée, évitant certainement ainsi quelques désillusions et effets secondaires aux patients djiboutiens imprudemment et avidement jetés en pâture par le ministère djiboutien de la Santé.

Autant que dans les différents secteurs de la Santé publique, la coopération égyptienne se distingue dans les domaines tels que l’Enseignement, l’administration, la Police ou l’Armée. Des dizaines d’étudiants djiboutiens poursuivent leurs études en Égypte grâce à des bourses octroyées par Le Caire. De même, de nombreux officiers militaires ont été et sont encore formés dans les meilleures académies égyptiennes. Enfin, des malades djiboutiens sont soignés chaque année au Caire aux frais du gouvernement égyptien. Qu’en guise de remerciement, le régime djiboutien pousse l’ingratitude jusqu’à tolérer qu’un médecin égyptien coopérant soit sauvagement agressé par des militaires, puis l’empêcher d’être soigné à Peltier et à en refuser l’accès à un chirurgien apprécié de tous pour avoir sauvé des centaines de vies humaines, nous ne pouvons ni le comprendre ni le tolérer.

Déjà que la coopération française a été drastiquement réduite dans le domaine de la Santé, pour de nombreuses raisons, telles que la détérioration des conditions de travail, tenant à la mauvaise gouvernance, il serait hautement dommageable pour le citoyen djiboutien qu’à son tour, la coopération multiforme et généreuse de la République sœur d’Égypte fasse les frais d’une telle irresponsabilité.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 83 du mercredi 11 février 2004

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Réalité numéro 83 du mercredi 11 février 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Colloque de Paris : les conclusions
  4. Le Goulag après Gouled
  5. Courrier parlementaire : remettre la Réalité à sa place
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 83

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

GARDE PRÉSIDENTIELLE : LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE EN UNIFORME

Le matricule 77/5531/T, qui préside aux destinées de la nouvelle Garde Présidentielle, a beaucoup de raisons d’être content, même si l’uniforme rouge sang dont il était accoutré, dans la plus pure tradition d’opérette qu’affectionnait Idi Amin, ne restera certainement pas dans les annales du bon goût militaire. Par contre, voir des soldats sur le Coran prêter serment de fidèlement servir leur chef est chose inédite : à notre modeste connaissance, et en droite lignée de la secte des Asaasiyyiin ( Fondamentalistes auxquels la langue française doit le terme assassin), seules les recrues fanatisées du Hamas, du Hezbollah ou du Djihad Islamique jurent devant Allah de ne pas trahir leur cause. Mais au moins, ces forces paramilitaires n’ont jamais prétendu incarner ou défendre une quelconque institution républicaine. Le fait qu’en République de Djibouti, seuls les hommes de la Garde Présidentielle, mieux payés et mieux équipés que ceux des forces régulières, jurent sur le Coran n’en est que plus révélateur d’une dérive autocratique et policière que nous dénonçons sans cesse.

En disant cela, l’on ne peut manquer de songer à l’émission « Djibouti : la République en uniforme », de Michel Honorin et diffusée par une télévision française au début des années 80. On y entendait un actuel haut fonctionnaire, à l’époque paria pour cause de parti unique, racontant par le menu détail les diverses tortures à lui infligées par les sbires du SDS, au prétexte d’une imaginaire tentative d’assassinat contre la personne du chef de cabinet de la Présidence. Tandis que tel avocat jurait, main sur le cœur, qu’aucune forme de torture n’était pratiquée à Djibouti. On sait ce que sont devenus le présumé terroriste, sa prétendue cible et l’avocat du Diable.

Quel rapport ? De son temps, et même au plus fort du conflit civil, Gouled n’avait jamais estimé utile de s’entourer d’une milice personnelle pompeusement appelée Garde, présidentielle ou républicaine. Nous sommes donc bien en présence d’une nouvelle République en uniforme, même si les troupes gouvernementales ont la gâchette moins facile à l’encontre des civils depuis février 2000 et si l’impunité surbookée des tortionnaires du SDS appartient au passé du moind pour le moment. Le matricule 77/5531/T de l’AND a donc beaucoup de raisons d’être content : pour lui et pour les troupes qu’il commande, le régime a allègrement violé les dispositions du décret n°970054PREDEF du 4 mai 1997 portant définition des effectifs budgétaires de l’Armée Nationale et de la Force Nationale de Police. Lequel décret, classé sans raison « Confidentiel Défense», devait, tel que stipulé en son article premier et en application de la Loi n°118/AN963èmeL du 25 janvier 1997 portant orientation et programmation sur la sécurité et la défense, définir le volume des troupes (AND, FNP et Gendarmerie) à l’issue des opérations de démobilisation. Si cette démobilisation, qui devait concrétiser le retour à une situation de paix intérieure, ne s’est pas déroulée telle que programmée, c’est surtout pour une raison inavouable : la Paix impliquant l’incorporation d’anciens combattants au sein des forces de défense et de sécurité, et le régime ayant toujours présenté le conflit comme un problème tribal (comme en témoignent le recrutement massif et sélectif des Mobilisés puis le recours à des mercenaires étrangers à l’époque), il était devenu extrêmement périlleux pour lui de congédier les victimes d’un tel mensonge.

Problème aggravé, comme chacun s’en souvient, par les conditions dans lesquelles l’ancien patron de la Police avait été démis de ses fonctions et placé dans l’impossiblité de se soigner. Le nouveau chef d’état-major de la Garde Présidentielle est donc content : à l’instar de ses collègues de l’AND et de la Gendarmerie, il aura son petit pâturage clanique, sur lequel il pourra régner en roitelet. Comme pourrait en témoigner le premier recensement des effectifs en fonction de l’origine, il y a encore un long chemin à parcourir avant que ces forces ne soient réellement au service d’institutions démocratiques et garantes de valeurs républicaines en assurant, en leur sein, une représentation équitable des diverses composantes de la communauté nationale.

En attendant, tel la grenouille voulant devenir plus grosse que le bœuf, la Garde Présidentielle enfle, au plus grand malheur d’un Budget national dont le Peuple Djiboutien souhaite prioritairement voir l’essentiel affecté vers de vrais chantiers de développement et non investi à perte dans la sécurité personnelle d’un dirigeant s’installant un peu vite dans l’avenir. Quand on sait à quoi a abouti le serment sur le Coran des membres de la CENI, aucun doute ne semble permis sur le sens de ce geste de la part des recrues de la Garde Présidentielle : servir la consolidation d’une autocratie capricieuse autant qu’outrageusement armée.


Brèves nationales

Mouloud :

Arrestation de chômeurs

Lundi dernier, de jeunes chômeurs désirant travailler sur le chantier de réhabilitation de la route Dikhil-Wéa ont bruyamment manifesté leur mécontentement devant le camp de base installé à Mouloud par les services cantonniers. Suite à ce coup de colère qui n’aurait causé aucun dégât matériel, les autorités ont procédé à l’arrestation d’une trentaine de jeunes, aussitôt transférés à Dikhil. Rappelons qu’en décembre dernier, 25 jeunes chômeurs avaient été emprisonnés à Dikhil puis à Djibouti pour les mêmes raisons. Le malaise social perceptible dans tout le pays semble s’aggraver dans ce district. En privilégiant la répression, le régime ne contribue certainement pas à l’apaisement du climat social. N’ayant aucune politique visant à résorber le chômage des jeunes, il poursuit sa fuite en avant.

District de Dikhil :

Le régime protège-t-il des hyènes tueuses ?

Depuis quelques mois, les populations rurales de Hanlé, Gagadé et Goba’ad se plaignent régulièrement des ravages causés à leur bétail par des hyènes tueuses sévissant dans leur région. Ainsi, des centaines de chèvres, moutons et dromadaires auraient déjà été dévorés par ces prédateurs dans tout le Sud-Ouest. Périodiquement alertées, les autorités du district de Dikhil n’ont pas crû utile de prendre des mesures à l’encontre de ces bêtes sauvages qui sèment la désolation sur leur passage. Il est vrai qu’étant écologiste, ce régime préfère sauvegarder la faune sauvage aux dépens du cheptel domestique.

Transport urbain :

Réorganisation ou anarchie ?

Il y a quelques années, de réelles mesures pour organiser le transport en commun de la Capitale avaient été prises par les autorités du district, notamment par l’installation des abris-bus sur tous les trajets. Aujourd’hui, le ministère des Transports voulant justifier sa récente réorganisation interne, a pris l’initiative de perturber les conditions de transport des usagers. Ainsi, il semble que, probablement sur décision du Commissaire de la République, Chef du district de Djibouti, aurait été initié le chamboulement des transports en commun. Tout en ne perdant pas de vue les responsabilités et les prérogatives de chaque ministère, cette décision de changement d’itinéraire affecte depuis peu les usagers et propriétaires des transports en commun, ainsi que les commerces de la Capitale.

Il semble que ce choix a des conséquences économiques et sociales sur les lieux de travail (commerces et autres) se situant au-delà des «caisses», point séparant l’ancien quartier commercial du temps colonial de la ville basse. La rue parallèle à la célèbre rue des mouches étant désormais devenue le point de passage des « grands bus », il aurait été plus sage pour ce régime incohérent d’œuvrer pour une concertation juste et équitable entre les usagers et les propriétaires du transport en commun. Nous savons que malgré l’augmentation des effectifs de la police routière, les accidents causés par ce type de transport en commun appartennant à la nomenklatura continuent. Cette dernière usant et abusant de certains passes-droits lui permettant de bafouer les règles qui régissent cette catégorie de moyen de transport, sans polices d’assurance, sans vignettes, sans permis de conduire valable, ni même une conscience professionnelle impliquant entre autre la sécurité des usagers, persiste dans son inconscience.

Daffeynaïtou-Gawra :

L’école insolite n’est plus

L’école insolite de Gawra, installée à 6 kilomètres au nord du hameau de Daffeynaïtou et inaugurée en grande pompe lors de la dernière rentrée scolaire, aurait dernièrement fermée ses portes. Il faut rappeler que cette curieuse école n’a jamais fonctionné et l’unique instituteur qui y avait été affecté était plus visible à Tadjourah que sur son lieu de travail. La lutte contre l’ignorance à Wéïma s’est une fois encore révélée n’être qu’une esbroufe de mauvais goût.

Mais il est vrai que dans un autre district du nord, un gardien est régulièrement payé au nom d’une école qui n’existe pas, tandis qu’un infirmier est censé officier dans un dispensaire qui n’existe pas : c’est à Obock. Ainsi va la mauvaise gouvernance : gaspiller l’argent public pour des raisons uniquement partisanes, au détriment du vrai développement. A quand une véritable école à Daffeynaïtou et à Illisola ? A quand un vrai dispensaire à Dorra et à Khor-Angar ?

Union Européenne :

Visite d’une délégation parlementaire

Une délégation parlementaire de l’Union Européenne viendra prochainement à Djibouti afin de s’informer sur place de la situation politique et économique dans notre pays. Attendus pour le 20 février, les députés auront des entretiens avec les autorités djiboutiennes et les partis politiques de l’opposition nationale. Ce sera pour l’UAD l’occasion d’exposer à nos partenaires Européens la réalité de la situation prévalant dans notre pays.

Ali-Sabieh :

Eau et politique ?

La route Djibouti-Ali-Sabieh risque d’être particulièrement encombrée dans les prochains jours. En effet, selon le Assajogs, un imposant convoi présidentiel composé de l’inévitable Garde Présidentielle, de l’UNFD, des associations-maisons, courtisans en tous genres et autres fonctionnaires réquisitionnés, s’apprête à déferler sur leur ville. Initialement prévue pour ce week-end, la médiatique inauguration de ce projet d’eau minérale devrait se faire la semaine prochaine, si certaines difficultés techniques sont résolues d’ici là. Pourtant, les préparatifs de l’événement vont bon train et rappellent curieusement le lancement d’une campagne présidentielle. Des centaines de T-shirts et casquettes seraient déjà imprimés depuis plusieurs jours et tout ce que le pays compte de griots patentés serait mobilisé pour l’occasion.


Colloque de Paris : les conclusions

COLLOQUE DE PARIS SUR LA CORNE DE L’AFRIQUE :

LES CONCLUSIONS

Voici le point final de ce colloque organisé par Les Nouvelles d’Addis et le député vert Noël Mamère à l’Assemblée Nationale française le 2 février 2004, sous la plume de M. Ahmed Ibrahim.

Corne d’Afrique 2004 : L’année de tous les dangers ?

Cette contribution de Ahmed Ibrahim a été publiée par Les nouvelles d’Addis en marge des travaux du Colloque du 2 février. Selon son auteur, les perspectives sont inquiétantes. Par AHMED IBRAHIM

Janvier 2004. – La corne d’Afrique vient de terminer l’année 2003 dans l’incertitude totale. A l’horizon se faufilent déjà des nuages sombres mais non inaccoutumés. Parmi les quatre pays que sont Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, malgré les apparences, la situation est grave. En Éthiopie, Érythrée et Somalie, les bruits de bottes annoncent des conflits qui vont inévitablement et inutilement verser le sang des innocents.

De même que les pleurs des affamés nous rappellent continuellement que, plus de trente ans après la tristement fameuse famine du Wello qui avait précipité la chute du Négus et celle de 1984-1985 qui avait ému la planète entière et qui avait forcé Hollywood à chanter «We are the world», les populations meurent toujours de faim. Tandis que l’Érythrée, en dépit des guerres passées et de l’énorme sacrifice consenti dans sa chair, elle n’a toujours pas troqué son uniforme pour la tenue de travail. De son côté, Djibouti n’a pas l’air d’avoir appris les leçons de sa guerre civile et des incertitudes qui ont suivi. Sa situation en ce début d’année 2004 n’est guère différente dans le fond de celles qui prévalaient avant l’avènement du Frud. Quant à la Somalie, cette gangrène de la Corne paraît être vouée à l’imputation totale, du moins dans l’esprit des gens.

Éthiopie. Dans une volte-face aussi extraordinaire qu’imprévue, le Premier ministre de l’Éthiopie, Mélès Zénawi, a rejeté la décision de la cour internationale d’arbitrage sur le tracé de la frontière entre son pays et l’Érythrée, qui attribuait la ville de Badme à l’Érythrée. Même si a fortiori la cour a été imprudente dans cette démarche de ne pas tenir compte du fait que la ville de Badme est une des causes principales pour lesquelles l’Éthiopie est entrée en guerre, il n’en reste pas moins toutefois que Mélès Zénawi dans sa désinvolture, peut rapprocher la région du précipice d’un conflit meurtrier.

En répudiant ainsi sa promesse de se soumettre à la décision de la cour internationale, partie intégrante des accords d’Alger qu’il a pourtant signés, Zénawi a démontré son imprévisibilité dans ses actions régionales. Il est par ailleurs constamment accusé par le TNG de Mogadishio d’être la cause principale de la persistance de l’anarchie en Somalie, en ne le reconnaissant pas comme gouvernement légitime de la Somalie comme convenu, lors de la célébration de la fin de la conférence d’Arta. De plus, il est fortement soupçonné de pourvoir aux chefs de guerre de Somalie en leur fournissant armes, support financier et appui diplomatique constants au cours des dernières années.

Au même titre, Djibouti lui reproche aussi d’être contreproductif dans cette approche. Ensemble, la majorité des pays arabes, Djibouti et le TNG accusent indirectement Mélès Zénawi de créer en Somalie un champ fertile pour les extrémistes de tout bord.

D’une manière générale dans la région, les populations locales se voient dérober les opportunités d’améliorer leur quotidien et de prévenir la détérioration de l’économie et de l’environnement, raisons sous-jacentes des famines à répétition. A titre d’exemple, en Somalie, ce désordre total empêche l’établissement d’un état responsable qui pourrait empêcher la dégradation accélérée de l’environnement et des moyens de subsistance. En effet, au rythme et à la nature des dégâts observés par les organismes internationaux, la Somalie sera devenue, dans un avenir très proche, un vaste dépotoir désertique aux côtes maritimes déblayées de toutes ressources. Ses habitants seront durablement affectés et de cette destitution pourrait naître une instabilité qui affecterait profondément la paix et la prospérité de la région toute entière.

Le Premier ministre Zénawi s’avère avoir autant de difficultés que ses prédécesseurs, jadis honnis, à pouvoir rehausser la qualité de la vie des Éthiopiens. Certes, les citoyens ne sont plus tués par centaines et la république apparaît pouvoir fonctionner convenablement ; il n’empêche que l’Éthiopie reste toujours un kaléidoscope de peuples, de cultures et de religions ingouvernables en ce début d’année, comme nous le remémorent par ailleurs les actes de rebellion advenant un peu partout dans le pays.

De l’OLF à l’OGL en passant par les rebelles Afars, les extrémistes d’Al-Itihad Al-Islamia, des insurrections larvées des régions frontalières, des conflits aussi sporadiques que récurrents et meurtriers entre les composantes ethniques comme, par exemple, celui entre les nomades Afars et Somalis Issas dans le sud-ouest et celui qui a récemment endeuillé le village de Gambella dans l’ouest du pays, l’Éthiopie reste une bouilloire prête à déborder.

Par ailleurs l’Éthiopie, en dépit de ses potentialités, reste synonyme de famine et de déstabilisation dans les médias occidentaux. Cette année, comme les précédentes, commence avec les nouvelles des famines présentes et pressenties, des taux de mortalité par maladies curables énormes, avec la pauvreté abjecte et l’indice de développement humain abyssal.

Érythrée. Pas mieux lotie, l’Érythrée fait même pire dans certaines catégories. Issayas Afeworki faisait partie avec Mélès Zénawi de cette nouvelle génération de leaders sur lesquels la région comptait pour sortir de son sous-développement. Malheureusement, il a lui aussi failli spectaculairement à ses responsabilités de mener sa région et son peuple vers la paix et la prospérité. D’un modèle de gestion exemplaire et d’un rythme de développement à envier, l’Érythrée est devenue l’exemple à ne pas suivre. Reconversion tardive à la dictature, bâillonnement systématique de la presse libre, élimination de toute opposition…

Issayas Afeworki s’est avéré être un dirigeant décevant dans la conduite des affaires de son pays. Il possède le record douteux d’être entré en conflit avec presque tous ses voisins ; voisins qui, dernièrement, ont senti le besoin pressant d’afficher ouvertement leur front uni lors une réunion très médiatisée à Addis-Abeba. A défaut de construire son pays, il l’a aliéné de l’intérieur de ses frontières comme de l’extérieur. Au lieu de remplacer l’uniforme par la tenue de travail, il a décidé de mener son peuple dans des guerres aussi futiles que meurtrières.

Il a compromis l’intégration régionale tant souhaitée en allant confronter en duel meurtrier le géant voisin. Il a été le précurseur d’une animosité régionale latente et qui risque de s’enflammer à tout instant. D’ailleurs, en 2003, Kofi Annan a fait part aux dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée de l’agacement de la communauté internationale sur le conflit futile qui les oppose depuis des années. Il ajoutait que les ressources consacrées à la MINUEE « pourraient être utilisés ailleurs, où elles font cruellement défaut, s’ils ne parvenaient pas, le plus tôt possible, à un accord définitif sur leur diffèrend frontalier ». L’Érythrée commence 2004 comme elle avait commencé 2003 et 2002 : dans l’incertitude totale et sous menace de guerre.

Somalie. Quant à elle, la Somalie continue sa chute libre vers les entrailles de la terre. Les conférences grotesques de réconciliation sont devenues une industrie et un métier pour nombre de groupes hétéroclites. Les bailleurs des fonds payent, les organisateurs en profitent pour raviver leur économie moribonde ; les seigneurs de guerre se chamaillent, mangent et boivent aux frais des princesses occidentales, rehaussant dans la foulée leur blason en donnant des interviews à la section somalie de BBC et par-ci, par-là.

D’ailleurs, l’un des effets pervers de ces conférences est que les chefs de guerre paraissent pousser comme des champignons, étant donné que le titre n’est pas contrôlé. Dernièrement, à Nairobi, le gouvernement kenyan, confronté au nombre ahurissant de chefs de guerre, a poussé le loufoque jusqu’à distribuer des titres de chefs de guerre agréés. Pendant ce temps, le peuple somali se meurt. Le cynisme est porté à son paroxysme par des chefs d’État de la région intéressée et par la sempiternelle Igad, fidèle à son inaptitude.

Toute la cour se déplace d’une capitale à l’autre pour organiser une énième conférence qui n’intéresse que ses acteurs et ne bénéficie qu’à eux. Pourtant, la solution est évidente. Mais personne ne paraît s’intéresser à trouver une issue définitive aux problèmes de la Somalie ; au contraire, elle se trouve être plus profitable comme cela à ses pourvoyeurs. En 2004, ayant exhaussé toutes les capitales de la Corne, l’immuable conférence se déplacerait maintenant, d’après les dernières rumeurs, vers la Tanzanie ou l’Afrique septentrionale.

Somaliland-Puntland. La Somalie du nord, quant à elle, boite bon an mal an sur son chemin de croix solitaire. Dans un souci de vouloir séduire le monde et d’appuyer sa position, le Nord, autoproclamé Somaliland, a fait une transition démocratique paisible et remarquable vues les circonstances. Même si une authentique démocratie reste à prouver par une succession présidentielle en règle dans une défaite électorale. Toutefois, les Somalilandais ont le bénéfice du doute, et le mérite d’avoir parachevé ce que la grande majorité des pays du Sud n’ont pas réussi : une démocratie fonctionnelle avec ses institutions, une presse libre et une opposition jouant plus ou moins son rôle d’opposition constructive.

En dépit des progrès, l’année 2004 n’est pas de bon augure pour le peuple du Somaliland. Les démons de la guerre s’annoncent à l’horizon. Ainsi, utilisant les chevaux de bataille habituels et traditionnels des Somalis que sont le tribalisme et le népotisme, Abdillahi Youssuf Ahmed, l’un des plus sanguinaires des seigneurs de guerre somaliens, président éternel de la région autoproclamée du Puntland, a décidé de spolier le respect que se forgeait le Somaliland dans la région et dans l’arène internationale. Abdillahi Youssouf ressent apparemment une douleur stomacale à propos de Daher Rayaleh, président du Somaliland, qui dans une période très courte a non seulement su se faire accepter de son allié traditionnel, l’Éthiopie, mais aussi de son adversaire coriace qu’est le président Ismaël Omar Guelleh de Djibouti, ainsi que par une multitude de chefs d’État et d’organismes internationaux.

Abdillahi Youssuf offre un Puntland sous sa botte depuis sa création, sans progrès aucun et sans notoriété ; tandis que Rayaleh construit à petits pas sa province.

En 2004, la guerre apparaît inévitable entre ces deux voisins sans une intervention divine. Les deux régions vont en découdre. Toutefois, celle qui a le plus à perdre est le Somaliland. A première vue, une guerre est hors de ses moyens, elle compromettrait son développement bourgeonnant. Dernièrement, la reprise de ses exportations de bétail vers les pays du Golfe et l’utilisation du port de Berbera par l’Éthiopie, ainsi qu’une entente secrète avec Djibouti lors de la dernière visite du président Rayaleh, avaient amorcé l’apparition d’une économie prometteuse. Aujourd’hui, les tensions avec le Puntland risquent de remettre en question la stabilité économique et politique de cette région.

Côté politique, 2004 au Somaliland sera intéressant dans la mesure où nous verrons l’affirmation du pouvoir de M. Rayaleh et son attitude envers son opposition. Mohamed Silanyo, le perdant de la dernière élection présidentielle, paraît avoir très mal digéré sa défaite électorale de 2003. A l’époque, il avait à peine accepté les résultats et ne les avait concédés que du bout des lèvres, sous la pression des vieux sages de son clan, qui lui ont « forcé la main », au bénéfice et en l’honneur du pays.

Lui et son parti, « Kulmiye » (Unificateur en français), continuent une campagne inlassable et acerbe de discréditation contre le gouvernement de M. Rayaleh. Sous-jacente est une lutte de pouvoir, basée sur les clans et présentée par euphémisme comme une lutte politique. Ceci ne paraît pas judicieux pour l’équilibre fragile, chèrement acquis du Somaliland.

Dernièrement, Silanyo a effectué une longue tournée en Angleterre, terre de prédilection, de soutien et de financement de l’élite fondatrice du Somaliland. Sa campagne (axée sur Rayaleh, ponctuée de discours forts en émotions, et menée tambour battant avec l’aide d’un groupe d’intellectuels en tête duquel se trouve Rakya Omar de « African Watch », et avec le soutien partiel d’une presse libre qui est en train d’apprendre à tâtons l’équilibre entre objectivité et partialité), risque de diviser les Somalilandais en deux grands groupes, alignés sur les partis politiques de Rayaleh et de Silanyo. Ceci ressemble étrangement à la seule expérience de démocratie des Somalis, à l’époque de Abdirazak Haji Houssein, au début des années soixante. Cette démocratie avait fini par s’exaspérer et par imploser. De ce fait, Silanyo et Rayaleh, à eux seuls, tiennent entre leurs mains l’avenir du Somaliland.

Impact wahhabite. Rayaleh est aussi confronté à l’émergence d’un radicalisme islamique, résultat de la liberté d’action qu’ont les Wahhabites saoudiens sur toute la Somalie depuis le début de la guerre civile. Quoique n’ayant aucune ambition régionale, du moins dans cette partie de la Somalie, ils ont néanmoins la vocation de transformer le Somaliland en un Afghanistan couleur locale.

Les assassinats des étrangers, pour la plupart membres des charités catholiques œuvrant pour diverses causes sociales, en sont le témoignage. De même que l’assassinat en pleine ville de responsables et décideurs publics. Selon la presse locale, ceci est apparemment un acte de défiance envers le gouvernement de Rayaleh. Cependant, l’impuissance de ce dernier à appréhender les auteurs et commanditaires de ces actes peut être interprétée comme une mesure des limites de ses capacités. C’est aussi un test d’endurance pour un gouvernement qui continue à promettre à ses alliés (Ethiopie, Etats-Unis) la sécularité du Somaliland où la religion reste en dehors de la politique et à la mosquée. Ni l’Éthiopie voisine, réfractaire à tout intégrisme islamique, ni les marines américains basés au Djibouti voisin ne permettront d’ailleurs que cette mainmise sectaire perdure.

A cet égard, les dernières activités des marines américains au Somaliland, de même que l’autorisation qui leur a été accordée pour œuvrer le long des côtes du Somaliland, ainsi que l’arrestation de quelques vieux militants de l’OLNF et de OLF à Hargeisa, sont les preuves de l’adhésion de Rayaleh à la lutte contre l’intégrisme régional. Il en va du salut du gouvernement de Rayaleh ainsi que de celui des habitants du Somaliland : que les coupables et commanditaires de ces assassinats soient arrêtés et traduits en justice le plus tôt possible ; que leurs activités cessent, pour que les ONG, dont l’absence est âprement ressentie par la population, reviennent en 2004.

Djibouti. Depuis le 9 avril 1999, Ismaël Omar Guelleh règne sur la destinée de ce pays et essaie de jouer, au propre comme au figuré, dans la cour des géants de la Corne. Il n’a échappé à personne qu’il n’a pas été invité à la réunion d’Addis-Abeba, où s’est réuni récemment le nouveaux club des amis de la Corne. Ce n’est pas une surprise. Depuis son arrivée au pouvoir, Guelleh s’est engagé dans une politique régionale de collision frontale avec le mastodonte d’à-côté, l’Éthiopie.

Depuis la conférence de réconciliation somalienne, tenue à Arta dans l’arrière-pays djiboutien en 2000, l’Éthiopie accuse indirectement Djibouti d’empiéter sur son domaine réservé. A priori, Zénawi considérait l’idée comme bonne en soit, il ne pouvait pas la rejeter derechef, et il a assisté en personne à la cérémonie de clôture. Néanmoins, le produit de cette conférence, le TNG de Mogadishio, n’a pas été du goût de l’Éthiopie. Dans une célèbre interview à la section somalie de la BBC, et en réponse à une question du journaliste sur le rôle et l’importance de Djibouti dans les affaires de la Somalie, l’ambassadeur de l’Éthiopie à l’Onu, Abdoumajid, a répondu : « Djibouti est en fait insignifiant dans ces dossiers […] c’est juste par courtoisie que nous l’incluons dans ces affaires, sinon, son avis n’est que consultatif ».

Il est évident que l’homme fort de Djibouti se nourrit plus d’illusions que de réalité en ce qui concerne ses influences dans la conduite des affaires de la région. Il est aussi apparent que l’Éthiopie et le Kenya le dédaignent dans leur conduite des affaires de la Somalie. De plus, les propos de l’ambassadeur Abdoumajid ont été corroborés par Daniel Arap Moi (ancien président du Kenya), lors d’une conférence donnée aux États-Unis l’an dernier. Il a confirmé que l’Éthiopie et le Kenya s’étaient concertés et qu’ils n’avaient aucune envie de voir une Somalie réunie et forte émerger. Il a cité, entre autres, le passé irrédentiste de la Somalie et a ajouté que l’Éthiopie et le Kenya ont une longue frontière avec elle, contrairement à d’autres. Le seul « autre » pays ayant une frontière terrestre avec la Somalie étant Djibouti, la conclusion est rapide.

A maintes reprises, Éthiopie et Kenya ont signifié une rebuffade à Djibouti dans la conduite des conférences somaliennes. Durant celle de Nairobi, les trois pays associés dans ce qu’on a pudiquement appelé les pays du front (Frontline States), membres de l’Igad, les dissensions cachées sont remontées à la surface. Marginalisé et humilié au sein du trio, Djibouti n’a trouvé d’autres choix que de se retirer momentanément des pourparlers.

La rupture était totalement consommée et, avec un ton amer trahissant son désarroi, Guelleh a annoncé à la BBC que lui et son « ami » Mélès ne voient pas de la manière l’imbroglio somalien. A la fin, ni l’effort de Ali Abdi, ministre djiboutien des Affaires étrangères, ni celui de l’ambassadeur Bethuel Kiplagat, coordonnateur de la conférence de Nairobi et représentant du Kenya au sein de celle-ci, ni la rencontre entre Guelleh et Zénawi durant les réunions de l’Igad, n’ont réussi à améliorer la place et rôle de Djibouti dans cette conférence. Au bout du compte, seule une intervention emphatique des États-Unis a permis le retour de Guelleh à la table de négociations.

En 2004, Ismaël Omar n’aura d’autres choix que de suivre le flot des événements et de s’acquitter de la seule influence qui lui est permise : convaincre sa créature, le TNG somalien, de ne pas boycotter les pourparlers. Dans sa mansuétude, Guelleh a reconnu devant ses adversaires son impuissance quant aux affaires de la Somalie. Comme l’a prouvé dernièrement la fausse note causée par une déclaration intempestive du président du TNG.

Après son passage à Djibouti, Abdikassim avait annoncé prématurément le résultat de pourparlers confidentiels à Djibouti, stipulant que Guelleh donnerait a priori son accord tacite pour une conférence de réconciliation parallèle, en Somalie. Rien ne pouvait être pire pour Guelleh déjà malmené dans la conduite de cette conférence de Nairobi. Cette déclaration passait pour un désaveu des promoteurs de la conférence de Nairobi ; Guelleh passant pour un coupeur d’herbe, sous les pieds de Mélès et du nouveau président du Kenya, Mwai Kibaki. Dans une panique sans précédent, Guelleh fit la démarche extraordinaire d’une dénonciation officielle et publique du TNG, par son ministre des Affaires étrangères.

La situation intérieure n’est pas plus reluisante pour le président djiboutien. Depuis son héritage du pouvoir, Guelleh a multiplié les initiatives économiques, suivant judicieusement les conseils du FMI et de la Banque mondiale, en privatisant le port et l’aéroport et en réduisant les dépenses de l’État. De même qu’il a pu rétablir l’équilibre des finances publiques, notamment à l’aide des revenus perçus sur la présence des armées étrangères, en plus de celles que la France, mise en rude concurrence, a été forcée de payer. Tout cela a réussi d’une certaine façon à détendre l’atmosphère. Les salaires sont payés et l’électricité fournie bon an mal an. Ceci dit, Guelleh n’a pas su capitaliser cette bonne conjoncture économique par un progrès politique significatif.

Par un tour de passe-passe de génie, il a réussi à faire rentrer au parlement une diversité hétéroclite qui lui est toujours acquise. En 2004, il y a très peu de chances que l’Assemblée nationale sorte du cocasse et joue proprement son rôle de législateur. Cette chambre d’enregistrement, comme l’appellent sarcastiquement les Djiboutiens, est à l’image du désarroi politique qui règne à Djibouti en ce début d’année.

Il n’y a toujours pas d’opposition digne de ce nom, pas de presse libre et crédible, pas de paix consommée dans le pays. Et Guelleh va commencer sa campagne électorale pour se succéder à lui-même, puisque l’élection présidentielle est en 2005, sans avoir digéré celle de 1999. Les fruits de la paix avec le FRUD se font attendre, la décentralisation promise reste à venir, les résultats des divers états généraux ne se sont toujours pas concrétisés et le débat public se résume au folklore de la république. En 2004, les Djiboutiens se préparent à se faire littéralement saturer les sens par les louanges au chef de l’État, relayées ad nauseum par les médias officiels : la RTD, l’ADI et La Nation.

En économie, Guelleh parie sur des projets grandioses, clefs en main, qui peuvent servir le pays mais qui comportent aussi le risque de n’être que des éléphants blancs. L’endettement du pays engendré ces cinq dernières années dépasse largement ce que le vieux Gouled avait contracté pendant l’ensemble de son règne de vingt-deux ans. Par ailleurs, le manque de démocratie empêche tout débat public sur la validité et l’utilité de ces emprunts, ainsi que sur le taux d’endettement du pays.

Le bradage du patrimoine national et des instruments économiques du pays, commencé sous Gouled avec la cession douteuse de l’hôtel Sheraton à l’homme d’affaire très influent, Borreh, s’est accéléré en 2003. Le dessaisissement de ces biens au profit d’intérêts plus ou moins obscurs, dans l’opacité totale et sans appels d’offres crédibles, présage mal du futur. En 2004, le président Guelleh aura presque parachevé les privatisations avec la cession du Chemin de fer djibouto-éthiopien, après celle de DjibTelecom. Le paradoxe est que ces privatisations ne semblent pas s’accompagner de mesures de protection des acquis sociaux et financiers des contribuables. – AI


Le Goulag après Gouled

OU EST DONC LA DEFORMATION DE LA REALITE ?

Si sa fonction de presse gouvernementale, en dépit des consciences individuelles, a souvent exposé le journal « La Nation » à notre critique ; nous avons toujours cherché, autant que faire se peut, à ménager ses journalistes, pour lesquels écrire est avant tout un gagne-pain. Qu’ils prennent leur travail, surtout lorsqu’ils sont pigistes surexploités, tellement au sérieux, qu’à l’instar de leurs collègues de la RTD, ils aimeraient être fiers de leur métier. Malheureusement, c’est à se demander si, cet égard faisant quelques jaloux parmi les plumitifs partisans, la police politique ne cherche à définitivement discréditer « La Nation » en lui assignant les pires besognes. Comme celle qui a consisté, dans son édition de jeudi 5 février 2004, à répondre anonymement à certaines de nos considérations sur la dernière tournée du Premier ministre. Le fait que ce soit le seul texte à connotation politique non signé en dit suffisamment sur son origine extérieure : il vient d’un quelconque collaborateur (non au sens de Vichy) des services de la police politique spécialisés dans la propagande. Quant à son contenu, pour ceux qui n’auraient lu ni nos commentaires ni leurs réponses, il n’est pas inutile de tout mettre à plat, citations contextualisées à l’appui. Chacun verra alors de quel côté se situent la désinformation et le mépris des citoyens.


Commençons par le mépris : l’anonyme répondeur de « La Nation » et défenseur du Premier ministre commence sa charge légère en s’étonnant : « Il est d’ailleurs surprenant de constater que les journalistes de Réalité ne s’offusquent que lorsque l’édition spéciale est réalisée en afar. Leur indignation sélective n’est pas dénuée d’arrière-pensée politique ». Ce n’est pas tout à fait exact et nous avions expliqué les raisons de ce cloisonnement linguistique dans l’article incriminé : il s’agit d’un cloisonnement tribal par lequel, le régime, au lieu du renforcement de l’Unité Nationale devant se concrétiser par une unité dans les programmes à vocation civique ou politique, dit et promet ce qu’il veut en fonction de ses auditeurs divisés selon leur origine.

Et même si nous devions nous offusquer que lorsque l’édition spéciale est en langue afar, nous aurions pour cela une très bonne raison : c’est dans cette langue que le régime prend vraiment les auditeurs pour des tarés. Et ce sont, en témoignent les gesticulations puériles de tous ceux qui prétendent les représenter, parmi lesquels ledit Premier ministre occupe une place de choix, les locuteurs de cette langue que le régime considère comme des citoyens de seconde classe.

Justement, à propos de cette inégalité entre les citoyens (à l’origine du conflit, rappelons-le), le lecteur appréciera ce morceau choisi : « A aucun moment le Premier Ministre n’a demandé que la population de cette région soit privilégiée par rapport à d’autres. Il a simplement demandé que cette population soit équitablement représentée parmi les jeunes qui seront formés dans le cadre du Service National Adapté. Le Premier Ministre aurait tenu de tels propos dans n’importe quelle localité de la République de Djibouti, car il est de son devoir de veiller à l’équité entre les citoyens ».

Chacun pourra se reporter au reportage de la RTD : tout ce qui a été dit y est consigné et l’on saura clairement si nous déformons la réalité (ce serait un comble) ou si d’autres tentent vainement de rattraper la énième gaffe politique du Premier ministre. Quoi qu’il en soit, s’il est bien évident que ce Service National est tout sauf adapté à la lutte contre le chômage des jeunes, nous n’aurons pas la cruauté de rire : le Premier ministre, si tant est qu’il en ait les moyens institutionnels, serait bien inspiré de veiller à cette équité entre les citoyens, dans tous les domaines en exigeant la fin de toutes les formes de discrimination tribale. Il a de quoi s’occuper ! Quant à nous, ce problème de déséquilibre est tellement préoccupant que sa résolution est explicitement prévue par l’Accord du 12 mai 2001, qui stipule en son article 15 que «les institutions politiques et militaires reflèteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la pluralité de communautés composant le Peuple Djiboutien».

Par contre, eu égard aux souffrances infligées à toutes les populations des zones affectées par le conflit et auxquelles, dans une logique de chantage électoraliste, le régime refuse tout droit à l’indemnisation et à la réhabilitation, nous ne pouvons que dénoncer la mascarade de la première pierre présidentielle posée à Obock.

Ainsi, lorsque ce défenseur d’une cause impossible à défendre parce que profondément inexacte, ose affirmer que « Les rédacteurs de Réalité profèrent encore des mensonges en affirmant que la promesse du Président de la République est restée lettre morte à Obock alors que les travaux de reconstruction des logements détruits sont en cours dans cette ville. », n’importe quel visiteur voyant verrait que depuis la paix d’Aba’a de décembre 1994, absolument rien n’a été reconstruit à Obock, ville détruite et pillée par les troupes gouvernementales novembre 1991.

Considérant les deux points qui précèdent (l’inégalité entre les citoyens et le refus de réhabiliter les zones affectées par le conflit malgré toutes les promesses de financement), nous sommes au regret de ne pas pouvoir satisfaire ce défenseur du régime lorsqu’il qu’il se réjouit « de voir que Réalité admette la réalité dans ce domaine. Avec un peu de temps ces rédacteurs finiront peut-être par reconnaître que les dirigeants actuels du pays ne sont pas non plus tribalistes ».

Avec toute la mansuétude dont nous pourrions faire preuve à l’égard de représentants ethniques sans aucune compétence institutionnelle, incompétence qui les pousse souvent à nier la réalité, comme tel ministre prétendant à l’époque que pas une maison n’avait été détruite à Obock. Mais il y a une différence entre l’ancien régime et le nouveau, qui nous oblige à nuancer la connotation tribaliste : jamais autant d’hommes d’affaires affairistes n’avaient gravité autour des sphères du pouvoir, car jamais Gouled ne s’était investi de façon aussi marquée dans les affaires d’argent.

Enfin, à ceux qui nous accusent de déformer la réalité, au Premier ministre qui ne semble pas au courant de certaines réalités, à d’autres qui nous accusent d’ignorer la réalité et aux lecteurs qui veulent connaître la réalité, nous proposons, exceptionnellement le jeu suivant, révélateur d’une ségrégation contre laquelle les collaborateurs de ce régime d’exclusion seraient bien inspirés de lutter, par respect pour ceux qu’ils prétendent représenter. Voici la répartition ethnique et tribale des 174 officiers supérieurs et subalternes de l’Armée « Nationale» Djiboutienne au 27 juin 2000, établi par le Renseignement du FRUD-armé. A chacun de deviner qui est quoi. Indice : qui sont les généraux. Solution la semaine prochaine.

A ce tarif, nous accepterions presque comme un compliment le fait que ce défenseur du Premier ministre nous reconnaisse au moins la politesse en écrivant : « Par ailleurs, il est piquant de constater que l’opposition reconnaisse enfin des qualités à l’ancien Président de la République et à son dernier Premier Ministre lavés de tout soupçon de tribalisme.» Effectivement, contrairement à tel ministre tenant dans son livre des propos diffamatoires à l’encontre de Gouled, nous n’avons jamais attaqué la personne de nos adversaires politiques.

Gouled n’était que la clé de voûte d’une dictature de parti unique et, quoi que veulent faire croire ceux qui n’ont que la désinformation comme méthode de gouvernement, c’est cet aspect dictatorial que nous avons combattu entre 1991 et 2000. D’ailleurs, nous avions juste écrit : « Sauf preuve du contraire, Gouled n’a jamais explicitement demandé une telle stupidité de la part de son Premier ministre : un tel degré dans la tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de l’Etat. Heureusement qu’il est allé à la Mecque.». Il y a bel et bien une différence, n’en déplaise à tous ceux qui souffrent d’amnésie honteuse et de servilité pressée.

D’une part, nous défions quiconque de prouver qu’un seul Premier ministre avant l’actuel ait une seule fois fait autant référence à une tribu. D’autre part, pour avoir sévèrement combattu Barkat, nous sommes les premiers à lui reconnaître au moins une qualité : l’estime de soi et de sa fonction, fût-elle protocolaire. En effet, personne ne l’a jamais vu embrasser sur la tête la Première Dame de l’époque. Tout comme cette regrettée n’aurait pas trouvé normal non plus qu’un Premier ministre l’embrasse sur la tête. Surtout au retour de la Mecque : c’est interdit par l’Islam !

Par contre, il y a comme un retour du refoulé lorsque l’anonyme de La Nation estime : « De toute façon, de par la confiance que lui témoigne le Président de la République, l’actuel Premier Ministre est celui qui dispose le plus de prérogatives de tous ses prédécesseurs ». En toute logique, cela signifie que si les anciens Premiers ministres avaient moins de prérogatives que l’actuel, c’est uniquement parce que l’ancien Président de la République ne leur faisait pas autant confiance. Est-ce à dire que Gouled était soit autoritaire, soit tribaliste ? A chacun de comprendre ce qu’a voulu dire l’anonyme défenseur.

Alors, comment ne pas sourire de son côté franchement enfantin lorsqu’il prétend que les rédacteurs de Réalité « croient encore bien faire en parlant du « souriant premier des ministres » et non premier des Ministres, avec toutes les charges qu’implique cette fonction qui fait de lui le deuxième personnage de l’Etat après le Président de la République. Si la fonction de Premier Ministre est aussi honorifique que le prétend l’opposition, on ne comprend pas pourquoi les leaders de l’opposition manigancent tout le temps justement pour occuper ce poste tant décrié.».

Par respect pour nos lecteurs, nous ne commenterons pas une telle gaminerie : la compétition politique n’est pas un jeu de billes que des gosses se disputent. Surtout dans le contexte djiboutien où tant de citoyens sont victimes de tant d’injustices.

Avant-dernier point à mentionner : le déséquilibre au sein de l’Exécutif . « En outre, Monsieur Ahmed Dini , leader de l’opposition, est le seul homme politique djiboutien à s’être opposé publiquement au renforcement du pouvoir du Premier Ministre, en expliquant aux Nouvelles d’Addis qu’il serait dangereux d’installer un pouvoir bicéphale au sommet de l’Etat et que l’exécutif ne saurait avoir deux chefs de même que deux imams ne peuvent diriger la prière dans une mosquée.» rappelle un peu rapidement ce défenseur. A quoi nous répondons une seule chose : quand un imam se montre aussi incompétent, il faut le remplacer, impérativement !

Dernier point cocasse, pour clôturer cette triste parodie de démocratie : « Enfin, il est curieux de constater que certains préfèrent la grimace au sourire. Là, le Premier Ministre ne leur sera d’aucun secours, puisqu’il lui sera difficile de faire des grimaces sans raison. Il gardera donc son sourire, et la population avec lui, n’en déplaise aux inconditionnels de la grimace.». C’est littéralement donner le bâton pour se faire taper dessus car sourire n’est pas toujours sourire. Il y a une différence ontologique entre le sourire dilettante auquel autorise une béatitude constitutionnellement garantie et le sourire satisfait du dirigeant responsable de ses actes et fier de sa trajectoire comme de ses réalisations. Encore faut-il en avoir.


Courrier parlementaire : remettre la Réalité à sa place

Pour des raisons que nous ignorons et déplorons, le député Mohamed Dilleita a tenu a réagir à propos d’un de nos articles. Par amitié pour cet ancien compagnon de Lutte, nous aurions préféré ne pas recevoir ce texte. Même si nous devons lui rappeler, par respect pour toutes les victimes de ce conflit, tous les sacrifices consentis par ceux qu’il accuse de « journalisme de sofa », surtout depuis qu’il a quitté la Lutte. Ce député mal élu fait ainsi l’impasse sur le fait que ce « journalisme de sofa gêne tellement son régime que ce dernier n’a pas hésité à le punir en violant l’Accord de Paix » et en bloquant leur salaire : ce comité de rédaction n’a donc aucune raison de se mettre à dos les victimes de cette intolérance. Mais, également par respect pour nos lecteurs et électeurs, au rang desquels figurent ceux de Sagalllou qui ont massivement voté UAD le 10 janvier 2003, il nous a semblé nécessaire de le publier sans le commenter outre mesure. Admol toome kabella ansarradal ma taysa, dit le proverbe : par communauté, nous disions tous les habitants de ce district. sans trop rappeler que des promesses sans lendemain avaient également été faites aux jeunes de Tadjourah le premier mai 2003 par le Premier ministre. Ce que n’ignore pas ce député mal élu qui, vu ses explications techniques sur la confection d’un reportage, manque cruellement à l’univers médiatique. Il devrait se réfugier dans son milieu professionnel d’origine car il est difficile de faire de la politique avec de telles réactions épidermiques. Une question top chrono : depuis combien de législatures Sagallou attend sa Réhabilitation ? au moins deux : les siennes !


REMETTRE LA RÉALITÉ A SA PLACE

Votre article intitulé « Quand l’enfant du pays s’émerveille » (en der le 28 janvier 2004) m’a particulièrement interloqué, et à plus d’un titre. Comme la plupart des sujets événementiels que vous tentez de traiter ces derniers temps, celui de la visite du Premier Ministre à Sagallou « brille » en premier lieu de par votre ignorance des faits, gestes et propos réellement tenus sur le terrain. Ne pouvant avoir accès ou (pire encore) ne daignant chercher les vraies infos, vous affublez à tout-va, brodant à votre guise à travers des effets de style faussement enjoués et des jeux de mots tirés par les cheveux, avec pour seule source d’informations … les quelques minutes de reportages de la R.T.D. si encore ce journalisme de sofa qui a comme unique support le maigre apport cathodique national, n’avait pas la prétention de cerner à travers chaque événement le pourquoi du comment des intentions cachées dans les replis des subconscients des responsables politiques !

Mais hélas… Au-delà de ces tentations de facilités, qui dans tous les cas desservent la réalité (sic), je suis attristé de constater que pour vous adonner sans retenue à l’éphémère plaisir du matraquage gratuit et irréfléchi de vos adversaires politiques, vous ne craignez pas de broyer au passage de votre collimateur toute une communauté nationale et de renier à travers vos propos inconséquents, les principes de base pour lesquels vous dites lutter.

En tant que député originaire de Sagallou, il est de mon devoir de rétablir la vérité vis-à-vis de certaines de vos élucubrations et des conclusions hâtives et gratuites que vous en tirez. Affirmer que le Premier Ministre aurait déclaré ne pas être au courant du fait que cette région a été détruite par la guerre, est le fruit, je tiens à le souligner, de votre seule imagination.

Tout au contraire, les premiers mots de M. Dileita Mohamed à la population de Sagallou, lors d’une brève allocution, ont été d’affirmer qu’il avait du mal à reconnaître le village où juste avant la guerre il venait encore rendre visite à des proches, et de souligner qu’il était informé des dégâts causés, là aussi, par ce conflit. Dégâts, a-t-il souligné, qu’il a personnellement eu l’occasion de vérifier lors de ses derniers passages dans ce village. Et d’ailleurs, douteriez-vous de ma version des faits que la flagrante contradiction qui se dégage de vos propos, devrait suffire, sans l’appui d’aucune argumentation, à vous éclairer quant à l’énormité de vos propos.

Comment pouvez-vous affirmer dans un même paragraphe qu’un Premier Ministre conscient de l’importance de clan maternel, et de surcroît le sien… ignore tout de l’état de destruction dans lequel se trouve le principal village de ses oncles maternels ? Pour ce qui est de votre tirade (anthropologique, dites-vous) sur l’importance du matrilignage dans cette région, fait que vous identifiez comme étant une organisation sociale qui caractérise la composante de la communauté de Sagallou ; permettez-moi de vous faire remarquer que plus de 90% des communautés Afars où qu’ils soient, se caractérisent, eux aussi, par ce trait social, qu’ils n’hésitent pas, on ne peut plus fièrement, à mettre en avant.

En quoi donc est ce que cette évidence sociologique de notre Communauté, mérite, à cette occasion, d’être pointée du doigt et se retrouve embrochée par votre légère plume sous l’aspect d’une bizarrerie propre à seulement « une certaine communauté », en l’occurrence celle visitée par le Premier Ministre ce jour-là, et qui se trouve être de surcroît ses « abinos » ? Je ne puis cacher mon dépit face à votre jusqu’au-boutisme dans votre volonté de « descendre» ce premier ministre, quitte à gratuitement égratigner toute une région dans votre aveuglement…

Par ailleurs, qui voulez-vous que le Premier Ministre remercie à Sagallou pour l’accueil chaleureux, (les martiens peut-être ? si ce n’est les habitants de ce village qui s’avèrent tous être, exclusivement, de son matrilignage ? Comprenne qui pourra ! Vous affirmez par la suite, au sujet du Premier Ministre qui aurait demandé au Commissaire de la République de favoriser les jeunes de Sagallou pour le Service National Adapté : « Il est proprement inouï qu’un dirigeant politique, sans préjudice de sa trajectoire (puisse) demander que certains soient favorisés sur une seule base tribale par rapport à d’autres tout aussi nécessiteux.)

Cette petite phrase, entendue à la télé dans l’édition spéciale consacrée à cette tournée, et que vous tenez apparemment pour un scoop, une perle inespérée propre à vos survoltés épanchements moralisateurs, n’en est pas une, malheureusement pour vous. Pour en convaincre vos lecteurs que vous tentez d’induire en erreur, il me faut les informer (il faut bien que quelqu’un le fasse !) que le Premier Ministre, lors de sa tournée, s’est entretenu pendant tout l’après-midi du jeudi et jusqu’au soir avec les vieux sages de Tadjourah, qui ont été relayés par les représentants des jeunes et celles de la gente féminine.

Les premières heures de la journée suivante du vendredi ont été consacrées aux représentants de la communauté de Kalaff, suivi de celle de Sagallou. Expliquez-moi donc par quel effet de fixation votre journal, de tous ces événements, consacre toute une page sur Sagallou et fait l’impasse sur Tadjourah et Kalaff ? Votre journalisme d’investigation à deux sous en est certainement la seule cause. Pour prétendre informer les autres, faut-il encore l’être soi-même.

Je m’explique. Etant matériellement impossible de retransmettre le long périple dans sa totalité, la RTD a choisi, pour illustrer les contacts et discussions du Premier Ministre avec les représentants de la population, un petit extrait des débats tenus à Sagallou. Des deux heures d’échanges et de discussions fournies entre les interlocuteurs, seules quelque trente-cinq secondes (chrono au poing) de propos discontinues (montage oblige) et donc extraits de leur contexte global, forcément complexe et subtil, ont survécu dans ce reportage.

Ces quelques secondes ont donc eu le malheur d’être visionnées par votre « journaliste », qui selon toute vraisemblance désespérait de ne pouvoir trouver angle éminemment polémique à ce sujet. Et après tout, suivant votre … (j’hésite à dire logique, tellement elle fait défaut) raisonnement à deux sous, supposez même que le Premier Ministre veuille pour une raison ou une autre, (les sentiments du matrilignage, tiens !) augmenter le nombre de jeunes de Sagallou au SNA ; vous devriez être les derniers à crier aux loups, puisque vous ne cessez d’affirmer que ce service national est un leurre et que vous appelez vos militants à ne pas s’en approcher. Il me semble que vous avez érigé en politique rédactionnelle cette volonté de faire feu de tout bois, et pour les besoins de la cause, de raccommoder même certaines réalités (exit la politique du vrai), quitte à jeter, dans les élans de ces périlleux exercices, le bébé avec l’eau du bain. La communauté de Sagallou vient d’en faire les frais. A qui le tour ?

Morale de l’histoire : à confronter la formule au fronton de votre journal « La seule vraie politique est la politique du vrai » avec vos écrits hebdomadaires, je crains et pour l’éternel repos de ce cher Edgar Faure qui doit se retourner dans sa tombe, et pour les illusions perdues de vos lecteurs. Le Député Mohamed Dilleita.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 82 du mercredi 4 février 2004

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Réalité numéro 82 du mercredi 4 février 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Propagande : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale ne chôme pas
  4. Un colloque pour la Corne de l’Afrique
  5. Espoir de Paix en Somalie
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 82

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TAM-TAM A L’EAU DE ZAM-ZAM :

ENTRE FOI RELIGIEUSE ET MAUVAISE FOI POLITIQUE

Puisqu’on n’a pas fini de nous en rabâcher les oreilles (Hadj sonne mieux que docteur honoris causa), autant y revenir tout de suite : faut-il parler d’un geste ou d’une geste à propos du pèlerinage présidentiel ? Les deux formules sont appropriées, car il s’agit d’un acte de foi personnel immergé dans une trajectoire politique présentée comme une Providence que le peuple djiboutien devrait accueillir à son inestimable valeur. D’ailleurs, n’est-ce pas le chœur de son fan-club qui comparait en 1999 l’actuel Chef de l’Etat à Noé et son mandat présidentiel à l’Arche du susnommé élu de Dieu ? Le ton était déjà donné à dès cette époque : même si nous lui avions sincèrement souhaité bon pèlerinage et Rédemption acceptée, pourquoi s’étonner de ce que le geste de foi religieuse se dédouble d’une geste de mauvaise foi politique ? Par incorrigible amour de son prochain !

En effet, il nous faut encore insister sur un point capital : le Chef de l’Etat devrait être le croyant à ignorer que, selon le grand exégète de la Tradition du Prophète (PSL) qu’est Al-Razaali, une seule injustice commise dans l’exercice du pouvoir pèse, le Jour du Jugement Dernier, plus lourd que toute une vie ordinaire de péchés. Le Verset 24 de la Sourate 37 du Coran est explicite de ce point de vue : « Et arrêtez-les, car ils doivent être interrogés » (Mas’uuluun). Etymologiquement, en langue arabe, interrogé signifie en même temps responsable ! Le responsable politique est donc celui qui est interrogé, au Jour du Jugement Dernier, plus que d’autres. Car, la différence entre le dirigeant politique et ses concitoyens ordinaires, c’est qu’en plus de ses faits et gestes privés, le premier doit aussi rendre compte de sa gestion des affaires publiques ayant quelque incidence sur la vie quotidienne des seconds. Ce n’est pas peu dire que l’injustice (Zulm) et le mensonge hypocrite (Nifaaq) sont devenus une forme de gouvernement pratiquement banalisée à Djibouti. C’est donc quasiment un miracle divin que le citoyen et le croyant attendent de ce pèlerinage présidentiel : un changement radical des mœurs et des pratiques gouvernantes de dirigeants dont il est le premier responsable, si ce n’est l’unique.

Malheureusement, à voir à quel point ce Hadj n’a pas allégé la pression sur un Trésor Public de plus en plus incapable de verser les salaires, ou encore l’utilisation peu orthodoxe du quota de pèlerins accordé à notre pays (objet d’un véritable trafic dont beaucoup de croyants réellement nécessiteux se plaignent), il y a fort à craindre que sous le soleil djiboutien, il n’y a encore rien de nouveau à espérer de ce côté-là. Pèlerinage du Chef de l’État ou pas, si ce n’est en pire.

Toutefois, attendre un miracle n’est certainement pas une posture de résignation fataliste : si les symptômes de la mauvaise gouvernance persistent, luttons inlassablement, avec la détermination des Justes et la conviction de gagner ! Tout en sachant que nous ne sommes, pauvres mortels, que prétexte à l’accomplissement de la volonté divine.


Brèves nationales

Recul de la Voirie :

Les ordures contre-attaquent

Suite aux récentes pluies, l’insalubrité gagne du terrain dans plusieurs quartiers populaires, au grand désespoir des riverains et des automobilistes. Ce phénomène récurrent est aggravé depuis quelques jours par un inquiétant développement des décharges sauvages. Les ordures ménagères ont fait une dangereuse réapparition dans tous les coins de la ville. Les préparatifs de la fête de l’Aïd-el-Kébir et le retour des clandestin sollicités par les familles djiboutiennes pour l’évacuation des ordures ménagères expliquent en partie cette situation. Mais que font pendant ce temps les services techniques du district ? Après avoir bruyamment annoncé l’acquisition, grâce à la mendicité présidentielle, de nouveaux moyens matériels pour lutter contre l’insalubrité, force est de reconnaître que l’amélioration tant attendue n’est toujours pas au rendez-vous.

Les bennes à ordure font cruellement défaut et les décharges sauvages ont repris leur droit. Il ne suffit pas d’illuminer les principales artères de la Capitale quand le reste de la ville croule sous un tas d’ordures. Lors de la dernière fête de l’Aïd-El-Fitr, nous avions salué l’effort de nettoyage accompli ; malheureusement, cet effort n’est pas resté soutenu et les Djiboutiens ont fêté l’Aïd-El-Kébir dans une Capitale parmi les plus sales du monde. C’est cela, la mauvaise gouvernance : beaucoup de discours, peu d’actes. Vivement le changement souhaité par les Djiboutiens pour, entre autre, l’amélioration de notre cadre de vie !

Environnement et Tourisme :

Les sites « protégés » le sont-ils vraiment ?

A l’heure où le régime prétend répertorier et protéger les sites touristiques et les écosystèmes de notre pays, la réalité observée sur le terrain ne corrobore absolument pas les discours volontaristes du gouvernement. Si l’on assiste à un indéniable développement des activités touristiques grâce surtout aux initiatives privées, principalement dans le district de Tadjourah, les sites prétendument protégés se dégradent de jour en jour. Ainsi, le lac Assal a connu ces dernières années une affluence humaine massive en raison de l’exploitation économique de sa banquise de sel. Conséquence de activité lucrative mais polluante, cette zone s’est considérablement dégradée ; même le sol du petit village d’Assal est jonché d’ordures et de sacs de plastique.

Quant au rivage marin du Goubet-El-Kharab, il est périodiquement soumis à des pollutions marines d’origine inconnue. Concernant la foret primaire du Day, joyau national digne d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, sa préservation est quelque peu perturbée par le développement de la culture du khat. Enfin, selon des sources rurales sérieuses, le régime chercherait à enfouir des déchets toxiques dans la belle plaine du Grand Bara. Cette affaire est suivie de près…

Politique-fiction :

Belles paroles sans actes

« Il est de notre responsabilité d’aller vers les plus démunis. Nul ne doit être abandonné à l’indifférence. Cela est contraire à tous nos principes religieux et à toutes nos valeurs traditionnelles ». Ces paroles prononcées par le premier ministre à l’occasion de l’Aïd-El-Adha sont-elles conformes à la réalité ou relèvent-elles du domaine de la politique-fiction ? Même s’il est clairement établi que la solidarité nationale reste un vœu pieux chez ce régime insouciant, la violation des engagements écrits est toujours de mise. Sans mettre au défi le premier ministre de traduire ses belles paroles en actes, nous oserons par contre lui rappeler que son exécutif n’a montré jusqu’à présent aucun signe de bonne volonté en ce sens.

Aussi, le premier ministre doit donner l’exemple en s’attelant dès maintenant à la réinsertion des démobilisés du FRUD, du FRUD-armé ainsi que de ceux du gouvernement. Ces personnes sont parmi les plus démunies vivant dans notre pays. La situation des anciens militaires, policiers et gendarmes est également préoccupante et il convient de la régler rapidement. Enfin, nous croyons savoir que le premier ministre s’est dernièrement et timidement impliqué dans le dossier brûlant des incorporés du FRUD-armé, en demandant leur régularisation, sans succès.

Alors, comment croire aux belles paroles jamais suivies d’actes, quand elles ne sont tout simplement pas reniées ?

Ali-Sabieh :

Prochaine visite du sourcier national ?

La lutte effrénée contre la soif, menée par le sourcier national sur toute l’étendue de notre pays, a-t-elle réellement porté ses fruits dans le district d’Ali-Sabieh ? Toujours est-il que, selon des sources proches du pouvoir, le Chef de l’État compte prochainement inaugurer en grande pompes le projet d’eau d’Ali-Sabieh. Cette visite programmée paraît-il entre le 10 et le 15 février prochain aura forcément une connotation politique. En effet, les Assajog constatent médusés que le grand chef semble particulièrement attiré par leur ville, même si ses incursions intempestives restent pour le moment improductives. Dans cette campagne prématurée, le Chef de l’État cherche à reconquérir cette ville frondeuse, bastion de l’opposition dans le Sud du pays, comme l’essaie avec peine son premier ministre dans sa ville natale de Tadjourah autre grand fief de l’opposition dans le Nord. « Réalité » souhaite de la persévérance à ces deux spécialistes de la gestion de vraie problématique.

Le pèlerinage de la Mecque endeuillé :

Encore une bousculade meurtrière à Mina

Le Hadj est un des cinq piliers de l’Islam que tout musulman doit au moins accomplir une fois dans sa vie, si sa santé et ses moyens le permettent. Deux millions de fidèles accomplissent ce rituel chaque année. Devant l’ampleur des demandes, les autorités saoudiennes ont imposé des quotas par pays afin de permettre le bon déroulement du pèlerinage. Ainsi, bon an mal an, près d’un millier de nos compatriotes effectuent ce devoir sacré.

Malheureusement, le pèlerinage est parfois une entreprise à haut risque que malgré toutes mesures de précaution les autorités du pays d’accueil n’arrivent pas à rendre sûr à 100%. Cette année encore plus de 250 pèlerins d’une dizaine de nationalités ont perdu la vie en cherchant à accéder au site de Mina où une stèle symbolisant Satan doit être lapidé au moyen de sept petits cailloux. Pourtant, le Royaume Saoudien avait pris des mesures de sécurité exceptionnelles visant à circonscrire toute menace d’attentat terroriste et le pèlerinage s’annonçait sous des meilleures auspices que les années précédentes.

Selon des observateurs indépendants, la récurrence des risques de décès accidentels liés au pèlerinage traduirait l’incapacité des autorités saoudiennes à assurer l’organisation du Hadj dans des conditions optimales de sécurité. Aux dernières nouvelles les pèlerins djiboutiens seraient quant à eux sains et saufs. Cependant on rapporte que quelques-uns de nos compatriotes auraient été blessés bien avant la bousculade meurtrière. Nous souhaitons un prompt rétablissement aux malades et un bon retour à tous.

Prolifération des armes légères :

Le régime est à incriminer

Un séminaire consacré à la lutte contre la prolifération des armes légères a été organisé jeudi dernier avec la participation d’experts étrangers. Selon le journal gouvernemental « La Nation » qui rapporte cet évènement un officier supérieur de la FNP aurait déclaré dans sa communication que le régime a énormément contribué à cette lutte. Selon ce haut gradé particulièrement inspiré et cité par La Nation « la FNP et l’AND auraient mené conjointement des opérations de recensement, collecte et destruction des armes à feu aux mains des 1160 rebelles du FRUD, conformément aux accords de paix du 12 mai 2001. Ces opérations de destruction des armes ont eu lieu à Waddi et Ribta et se sont achevées par l’incinération de toutes armes détenues par les ex-rebelles au cours d’un bûcher de la paix ». Triste et pitoyable aveu d’un régime qui continue à ce jour et trois ans après ce mémorable évènement, voulu par le FRUD-armé, de terroriser les populations civiles du Nord au prétexte de rechercher d’hypothétiques caches d’armes.

Nous avons au cours des mois écoulés régulièrement dénoncé de telles dérives dangereuses pour la paix civile. A ce sujet, nous exigeons la libération immédiate des pauvres bergers injustement incarcérés à Gabode dans le cadre de ces fantaisistes recherches d’armes. Si malheureusement des armes à feu continuent de circuler illégalement dans notre pays, cela est dû, à notre humble avis, à la coupable inconscience de ce régime de mauvaise gouvernance.

Meeting de l’UAD de l’avenue Nasser :

L’opposition condamne le passif du régime

Dimanche dernier, l’opposition regroupée au sein de l’UAD a tenu son traditionnel rassemblement populaire de l’Aïd à l’avenue Nasser devant le siège de l’UDJ. Arrivée sur place à 10 h, la Direction de l’UAD a présenté ses vœux de bonne fête à la population djiboutienne avant d’aborder les principaux thèmes politiques de l’heure. Les dirigeants de l’UAD n’ont pas manqué à cette occasion de dénoncer le bilan négatif et l’attentisme du régime en place. Après avoir démystifié les multiples promesses démagogiques de ce pouvoir en campagne, tous ont exhorté nos concitoyens à lutter pour un changement démocratique.

Dernier orateur à s’exprimer, le Président Guedi a conclu sans ambiguïté « ce régime a échoué sur tous les plans. Son bilan est décevant. Ses projets de développement sont pour la plupart au point mort. Les arriérés de salaires perdurent malgré l’aide économique étrangère, les atteintes aux libertés publiques et syndicales s’accentuent… A la veille d’échéances électorales cruciales, inscrivez-vous massivement sur les listes électorales et restez mobilisés pour imposer un vrai changement démocratique. La victoire est au peuple… »

Ce meeting a pris fin aux environs de 11 h 30 dans une ambiance d’allégresse et d’espoir. Plus que jamais l’UAD incarne le changement attendu par notre peuple. Pour les Djiboutiens, elle est la seule force d’avenir capable de sauver notre pays.


Propagande : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale ne chôme pas

Comme par hasard, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale (c’est son intitulé officiel) s’est fendu la semaine dernière d’une interview-reportage pour le moins complaisante dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » en vue d’expliquer aux lecteurs-électeurs le bien-fondé du Service National Adapté, censé remédier à tous les problèmes de chômage structurel frappant surtout les jeunes et à la persistante inadéquation entre Formation et Emploi. En fait, c’est tout simplement parce que nous avions relaté dans nos précédents numéros les incohérences de ce Service National Adapté qui, comme son nom l’indique bien, est tout sauf un service national s’appliquant uniformément à tous, encore moins un moyen de lutte contre le chômage, que le régime tente depuis de justifier l’injustifiable à travers ses représentants. Tout simplement parce que le Président de la République, Chef du Gouvernement, Chef Suprême des Armées en a décidé ainsi. Nous vous démontrons ci-dessous les tenants et les aboutissants de ce faux-projet anti-chômage au profit des jeunes.


Albert Camus disait dans « La Peste » que: « la dignité de l’homme ne peut naître que de sa confrontation avec l’absurde, non dans l’espoir de l’annihiler car il est inhérent à la condition humaine, mais pour lui imposer sa marque, pour l’assumer tout en criant au scandale ». Cette phrase n’a rien de particulier par rapport à d’autres écrits engagés. Elle définit seulement le contexte entre ce qui doit régir entre le refus d’une existence et l’inévitable changement. Certes, c’est un appel à la révolte. Et pour cause…

Un microcosme minoritaire dans une région troublée en réelle refonte au sens large du terme veut se considérer comme le dénominateur commun régional pour redéfinir un enjeu qui se situe au-delà de certaines de ses espérances noyées par ses tergiversations politiques, limitées dans le temps et dans l’espace.

Bien entendu, loin de disposer de l’ensemble des cartes, le régime djiboutien indescriptiblement semble considérer comme un changement de cap de ses pratiques antérieures, en raison de la lutte contre le terrorisme.

Certes, la présence des forces françaises ou autres lui servant de parapluie pour le couvrir des réactions des pays frontaliers face aux immixtions de notre pays dans les affaires intérieures de ses voisins et même de certaines velléités d’émancipation interne, que celles-ci soient directes où indirectes.

Et cela y compris la capacité de remettre en cause de la manière la plus officielle une hypothétique réconciliation somalienne, après ses accords internes du 12 mai 2001 dont il n’a toujours pas respectée les points négociés.

Alors faut-il considérer le SNA comme une nouvelle mobilisation « anti-terroriste » s’adossant à cette donnée internationalement admise mais que notre régime tente « d’accompagner » en sabotant, d’une manière éventuelle ou affirmée, cette avancée pacifique de la région.

Tout en soulignant que, si la position de notre pays, siège de l’IGAD et plusieurs fois à la présidence de cette instance régionale, se conduit de la manière la plus arrogante face aux options choisies par les États membres de cette organisation sous-régionale dans la résolution de la crise somalienne, la nature du pouvoir en place est clarifiée par ses actes incessants et ses comportements effrontés face que ne peut lui garantir sa position géostratégique. L’imbrication des communautés interrégionales n’implique pas forcément une garantie sécuritaire dans une lutte contre le terrorisme et ne peut permettre à notre pays à vouloir dicter automatiquement ses valeurs morales qui, pour une pacification régionale, restent idem comme ses propres engagements politico-militaristes des années 1988-2000.

Cette démonstration conduit à faire l’analyse de la nouvelle donne du régime dont l’esprit subversif face à une réelle stabilité nationale comme régionale reste contraire à tout esprit d’intégration régionale. C’est cette aspect politico-militaire sous une ombrelle étrangère qu’obéit le Service National Adapté.

Un diction dit « Un lièvre croit dissimulé ses crottes qui resteront visibles ». Le Service National Adapté n’est en fait qu’une nouvelle formule de remobilisation voulant accompagner la nouvelle donne de « la lutte anti-terroriste » au niveau régional. Une mobilisation d’une armée « nouvelle formule anti-terroriste» laquelle formerait une jeunesse au chômage de l’ordre de 1200 avec un revenu mensuel de 20.000 FD/mois et par recrue. Le SNA révèle le journal gouvernemental « La Nation » est une émanation de l’Armée Nationale Djiboutienne –AND. L’actuel responsable de la Solidarité Nationale, certainement courtisant comme ses pairs d’un système nourricier autorisant les cooptés-fonctionnaires et autres conventionnés à émigrés femmes et enfants, serait-il à même de défendre l’indéfendable.

Ainsi donc, le fonctionnaire du ministère de l’Emploi préposé au travail de propagande, affirme dès le début que le Service National Adapté répond avant tout à un souci de sécurité interne et externe. Étonnant lorsque l’on sait qu’à ce chapitre, les démobilisés du FRUD-armé, qui devaient normalement être les premiers bénéficiaires d’une telle formation en vue d’insertion socioprofessionnelle, attendent encore le début de commencement d’un programme en ce sens.

Pour être plus précis dans ses dires, qui s’appuient sur le contenu du document justifiant le séminaire sur l’action gouvernementale de février 2002 dit réellement ce qui suit sur le SNA, le document auquel se réfère ledit préposé à la désinformation officielle prétend ce qui suit :

« Initié par le Président de la République, chef de gouvernement, chef suprême des Armées, le Service national adapté consiste en une forme de service militaire, d’une durée de 18 mois, destiné aux jeunes nationaux ayant abandonné le cycle scolaire.

Réparti selon un quota attribué à chaque District, y compris la capitale, l’effectif avoisinant les 1200 jeunes serviront au sein des Forces Armées pour la durée du service et recevront en contrepartie une formation leur permettant d’intégrer la vie active à l’issue de leur service.

Un effort devra cependant être consenti par le gouvernement pour les doter d’un statut les rendant prioritaires dans le recrutement, aussi bien dans les différents services de l’administration que dans le privé.

Cet apport en personnels permettra aux FAD de se délester de certaines charges de servitudes pour se consacrer davantage aux missions opérationnelle»

Certes, sur le plan institutionnel, le Président de la République est aussi, selon notre Constitution, Chef Suprême des Armées. Seulement, il s’avère que d’une part la période annoncée et le nombre retenu d’adultes non-scolarisés pour ce type d’emploi anti-chômage varient selon les résolutions du programme initié par le Président de la République et celui que les médias gouvernementaux comme les recruteurs locaux et régionaux présentent.

Sur le plan de la formation, il est clair, comme nous l’avions précisé antérieurement dans nos colonnes, que ni le Ministère de l’Éducation Nationale, d’ailleurs riche en dotation budgétaire et en aides étrangères, ni celui de la Solidarité et de l’Emploi n’ont aucun droit de regard sur l’enrôlement des enfants qui conditionnera, pour des raisons de Sécurité intérieure et Extérieure, une formation que nous supposons identique à celle des« milices vichystes ».

Lequel régime de Vichy considérait que la position des masses devait être aggravée : l’oppression sociale se devant d’être conjuguée à l’oppression nationale dont le plus grand nombre demeure la masse laborieuse. Esprit que le Président de l’Assemblée Nationale ne peut ignorer entre autre…

Il encore tout de même choquant que le choix d’une telle lutte contre le chômage n’engage pas le Ministère de la Défense directement mais que le Directeur de la Solidarité Nationale cite le maître- d’œuvre de ce programme est l’État-major de l’AND.

Or, pour ne citer que les formateurs actuels des différents Centres de formations liés, comme on pourrait le croire au Ministère de la Solidarité, ceux de Tadjourah seraient payés sur une enveloppe financière (douteuse puisque conventionnés) qui non budgétisée relève des manipulations du pouvoir.

Quant à la référence religieuse en vertu de laquelle le régime redistribue uniquement le superflu des richesses nationales, il semble bien que ce superflu soit des plus modestes, au regard de la misère que représentent les programmes sociaux.

A suivre…


Un colloque pour la Corne de l’Afrique

C’est bien connu, le régime djiboutien n’aime pas beaucoup une certaine presse impertinente, comme le Canard Enchaîné ou Les Nouvelles d’Addis. Pourtant, ce sont, chacune à son niveau, des institutions incontournables dans l’univers de la presse écrite française. Justement, en collaboration avec le parti écologique des Verts, notre confrère spécialisé dans la Corne de l’Afrique a organisé le 2 février 2004 dans les locaux de l’Assemblée Nationale, un colloque consacré aux problèmes et aux perspectives dans cette sous région du continent noir. En attendant d’avoir un compte rendu intégral des débats, voici dès à présent une présentation sommaire des intervenants et des thèmes abordés.


La situation dans la Corne de l’Afrique semble préoccuper beaucoup de gens, sauf dans les pays concernés. Spécialement quand il s’agit de Djibouti, qui a toujours tiré à boulets rouges sur toute tentative d’explication rationnelle susceptible de nuire à sa propagande. On se souvient que pour avoir porté sur le Somaliland un regard aussi lucide que courageux, l’africaniste (progressiste de surcroît) Gérard Prunier avait essuyé les foudres de notre presse gouvernementale.

Manque de chance pour les dirigeants djiboutiens, c’est l’un des intervenants de ce colloque, placé sous l’égide conjointe de MM. Noël Mamère, député membre de la Commission des Affaires Étrangères et Alain Leterrier, fondateur du journal « Les Nouvelles d’Addis ». Le premier a expliqué d’entrée pourquoi il a « voulu ce colloque », tandis que le second a présenté son journal comme « système d’information pour une région surexposée et méconnue ». Le tout expédié en un quart d’heure, entre 9h45 et 10h.

Après un événement exclusif consistant en une communication téléphonique du leader du SPLA (Sudan People’s Liberation Front) M. John Garang, il revenait ensuite à Gérard Prunier de procéder à un cadrage des débats en abordant le thème : fin de la guerre froide et diversification des sous régions.

Ils laisseront alors place intervenants de la première Table Ronde intitulée « Les peuples face aux enjeux stratégiques de la région » et dont M. Robert Wiren au cours de laquelle les personnalités suivantes ont pris la parole :

1° Roland MARCHAL (France, chercheur au CNRS et au CERI : « la crise somalienne reflet du ‘’désordre régional’’. Point sur la conférence de réconciliation somalienne » ;

2° Daher Ahmed FARAH (Djibouti, président du MRD) : « Tradition mafieuse, culture non-démocratique du pouvoir : la difficulté de faire de la politique à Djibouti » ;

3° Jean-Louis PENINOU (France, journaliste) : « conflit inter soudanais et conflit érythréo-éthiopien » ;

4° Claude GONIN (France, Vice-président de l’association France-Erythrée) : « l’Érythrée face aux enjeux de la mondialisation » ;

5° Aman KADIR (Ethiopie, personnalité Oromo) : « Diversité des peuples et fédéralisme » ;

6° Marc YARED (France, journaliste) : « Passerelles entre monde arabe et corne de l’Afrique » ;

7° Robert WIREN (France, journaliste, membre du comité de rédaction « Les Nouvelles d’Addis » : « Le point sur le processus de paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée ».

C’est également au cours de cette table ronde, qui a duré de 11h à 13h, que notre président M. Ahmed DINI est intervenu.

Après le déjeuner, les intervenants ont repris leur travaux à 14h30 en abordant les thèmes prévus par la deuxième Table Ronde intitulée « Paix et développement durable : Aide d’urgence et stratégie à long terme » avec M. Philippe Leymarie comme modérateur. Les intervenants étaient :

1° Philippe LEYMARIE (France, journaliste à RFI et conseiller au « Monde Diplomatique ») : « Développement durable, occupation militaire, etc.) » ;

2° Jean-Clément CABROL (France, Médecin, MSF) : « De retour du Darfour : point sur la situation humanitaire et sanitaire » ;

3° Bernard FAYE (France, docteur vétérinaire, chercheur au CIRAD) : « L’activité d’élevage dans la corne de l’Afrique : un enjeu pour le développement durable » ;

4° Néguedé GOBESIE (Ethiopie, dirigeant du Mouvement Socialiste pan-éthiopien (MESON) : « Paix et Développement durable » ;

Daniel FURTET (maire du Blanc Mesnil) : « Blanc Mesnil-Debré Berhan : Exemple d’une coopération réussie entre deux services publics » ;

5° Ghenette HAÎLE MICHAEL (Erythrée, membre de la communauté érythréenne en France) : « Quelques éléments d’analyse du conflit frontalier avec l’Éthiopie au travers de la perception de la population » ;

6° Marc-Entione PEROUSE DU MONCLOS (France, chargé de recherche à l’IRD) : « L’aide humanitaire et la guerre dans la corne de l’Afrique : les relations dangereuses » ;

7° Jérôme FRIGNET (France, responsable géographique Ethiopie, Action contre la faim) : « Aide alimentaire/Insécurité alimentaire » ;

8° Marc LAVERGNE ( chargé de recherche au CNRS, université Paris X Nanterre) : « Le point sur le processus de paix inter-soudanais ».

La troisième Table Ronde, intitulée « Démocratisation, pouvoir, opposition », dont M. Patrick FERBIAZ est le modérateur, a clôturé ce colloque avec les intervenants suivants :

1° Edna Adan ISMAEL (Somaliland, ministre des Affaires Etrangères du Somaliland) : « Le Somaliland demande à être reconnu au sein de la communauté internationale » ;

2° Siegfried PAUSEWANG (Norvège, chercheur au CHR Michelsen Institut) : « Éthiopie : démocratie naissante ou avortée ? » ;

3° Elshasie SAIED (Soudan, membre du comité central du Parti Communiste soudanais, membre de l’Alliance nationale démocratique) : « Processus de transition démocratique au Soudan » ;

4° Ghennet GIRMA (Ethiopie, membre du Parti Révolutionnaire du Peuple Éthiopien) : « Les causes de l’échec de la transition démocratique en Ethiopie » ;

5° Patrick FERBIAZ (France, Président de la commission transnationale des Verts) et enfin

6° Mohamed KADAMY (Djibouti, dirigeant du FRUD) : « Phase primaire de la constitution de l’État : heurts et malheurs du cas djiboutien ».

On le voit, les thèmes abordés sont extrêmement intéressants : tout juste regrettera-t-on que le régime djiboutien n’ait pas daigné y dépêcher au moins un seul représentant. Ce qui est pour le moins surprenant lorsque l’on sait, par exemple, que le régime avait dépêché à Stockholm tout un ministre, flanqué de sa presse , pour y assister à un Forum Afar, il y a quelque temps de cela. Au vu des thèmes abordés et de la qualité des intervenants, il nous semble pourtant que les citoyens djiboutiens auraient eu tout à gagner d’une confrontation des idées entre ses représentants et ceux de l’opposition : à défaut de Djibouti, pourquoi n’y aurait-il pas débat en France, par député et journalistes français interposés. Ou encore entre son ministre des Affaires Étrangères et celui du Somaliland : au lieu de soliloquer dans une émission djibouto-soft, il gagnerait plus à exposer le point de vue de son gouvernement dans le règlement du problème somalien.


Espoir de Paix en Somalie

La Conférence de Nairobi sera-t-elle la dernière ?

La Somalie détient un triste record des conférences de réconciliation avortées. Depuis plus de quatorze ans que dure ce conflit fratricide, quatorze conférence de paix ont été organisées dans plusieurs pays. A chaque fois sans succès. La Conférence de Nairobi sera-t-elle celle qui impulsera une paix véritable ?


L’interminable conférence de réconciliation somalienne organisée au Kenya ponctuée de rebondissements semble avoir franchi un pas décisif avec la signature jeudi dernier d’un accord portant sur la désignation d’un parlement intérimaire chargée à son tour d’élire un président pour cinq ans. Si le processus initié à Arta il y a quatre ans a bel et bien vécu, la page qui est en train de s’écrire à Nairobi à l’air prometteuse. N’en déplaise aux autorités djiboutiennes qui prétendaient les marginaliser, les Chefs de guerre se sont imposés par leurs nuisances comme des interlocuteurs incontournables dans toute recherche d’une paix sérieuse en Somalie.

La Conférence de Nairobi a eu moins le mérite de tenir compte de cette réalité en associant tous les protagonistes du conflit somalien, chose que n’avait pas réussi en son temps le régime djiboutien dans son désir insensé de renforcer la société civile somalienne en écartant les seigneurs de guerre pourtant maîtres du terrain. Même si elle constitue une étape importante vers la formation d’un gouvernement acceptable par toutes les parties en conflit, la conférence de Nairobi aura cependant fort à faire pour faire taire les rancœurs tenaces et autres appétits de puissance de certains Chefs de guerre qui se nourrissaient du conflit. En cela les hésitants risquent d’être encouragés par des puissances régionales dont les intérêts stratégiques sont forcément divergents.

Il est cependant encourageant de relever que, lutte antiterroriste oblige, la communauté internationale semble avoir compris le danger représenté par une Somalie perpétuellement sans État. L’implication de cette dernière dans la consolidation d’une paix durable en Somalie paraît acquise. Ce qui nous autorise à penser que le bout du tunnel est cette fois proche, même si à ce stade du processus toute spéculation semble hasardeuse, les impondérables restant nombreux tant ce dossier est compliqué.

En admettant que la Somalie renaisse grâce à la volonté d’un gouvernement crédible et avec le concours actif de la communauté internationale, il restera tout de même à résoudre l’épineuse question du Puntland. Cette entité autoproclamée a comme on le sait boycotté la conférence de Nairobi et ne semble pas pressée d’intégrer le giron Somalien. Une Somalie stable et démocratique pourra-t-elle ignorer le cas du Puntland territoire aux potentialités économiques reconnues ? On le voit le chemin menant à la reconstruction de l’ancienne Somalie est toujours semé d’embûches.

Pour sa part, le Somaliland qui a en douze ans fait la preuve de sa stabilité et viabilité paraît rechercher plus une reconnaissance qu’un retour à l’ancienne formule de l’État unitaire privilégié avant 1981 date de son soulèvement. Pour autant, lucides et nationalistes les autorités de Hargeisa n’excluent pas de dialoguer avec la Somalie si cette dernière parvenait à apporter la preuve de sa stabilité et de son sérieux. Ce qui est pour le moment loin d’être acquis. Quoi qu’il en soit si recomposition il doit y avoir, ce sera forcément sur de nouvelles bases et dans un lointain avenir.

Pour l’heure, il faut souhaiter que le processus de Nairobi aboutisse vraiment et que des mesures énergiques soient prises dans la voie de la formation d’un gouvernement volontaire et d’une administration efficace en Somalie. Toutes choses difficiles tant que dureront les inacceptables ingérences des pays voisins dont les déclarations d’intention en faveur d’un État Somalien stable sont bien loin des arrière-pensées réelles. En formant des vœux pour un succès total de la conférence de Nairobi, nous ne pouvons cependant résister à la tentation de rappeler au régime fanfaron djiboutien, toujours prompt à tirer la couverture à lui, qu’il porte une responsabilité historique dans le prolongement et la complication du conflit somalien. Ses multiples volte face et incohérences n’auront en rien favorisé la recherche d’une solution pacifique au profit du peuple somalien frère.

De même qu’il convient de dénoncer son attitude ambiguë et calculatrice à propos du Somaliland, premier État somalien à avoir accédé à l’indépendance le 26 juin 1960 avant de s’unir quelques jour plus tard à la Somalie Italienne, devenue indépendante, malheureusement plus pour le pire que pour le meilleur. L’actuel régime djiboutien qui n’a même pas réussi en un quart de siècle d’indépendance à renforcer la cohésion nationale dans notre pays sera certainement le dernier à contribuer sincèrement à la renaissance de l’État somalien. La preuve : le gouvernement de transition dont il a parrainé les premiers pas en août 2000 a lamentablement échoué au point de se retrouver à Nairobi trois ans plus tard au tour de la même table que les Chefs de guerre… Piètre succès de la diplomatie djiboutienne.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 81 du mercredi 28 janvier 2004

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Réalité numéro 81 du mercredi 28 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La Paix régionale en question
  4. Les incohérences du Budget (3)
  5. La Décentralisation dans le Budget
  6. Quand l’enfant du pays s’émerveille
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 81

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SON EXCELLENCE AL HADJ : PÈLERINAGE,

PAIX SOCIALE ET ARRIERES DE SALAIRE

Dans son utilisation politique, il est communément admis que l’Islam a souvent servi de légitimation religieuse à une forme d’autoritarisme que les spécialistes nomment le despotisme oriental. Cette quête d’un leader fort et omnipotent se fonde sur une exigence canonique : le Chef doit scrupuleusement se conformer aux préceptes de bonne gouvernance tels que définis par le Coran et la Sunna. C’est pour cela que tel verset demande aux croyants de respecter leur dirigeant, tandis que tel autre, renforcé par la Tradition prophétique, exige que les administrés se révoltent contre un mauvais responsable politique : c’est cela, le véritable sens du Djihad, et non pas d’aller massacrer chez eux ceux qui ont d’autres convictions religieuses.

C’est aussi pourquoi, en tant que couronnement d’une vie de piété ou premier pas vers la demande du Pardon, l’accomplissement du pèlerinage de la Mecque par le Chef de l’État est un peu plus qu’un geste contingent inscrit dans une trajectoire intime, personnelle. Car tout croyant sait que la stricte observance des préceptes religieux est la meilleure garantie d’une bonne gouvernance : ce n’est pas un hasard si, rappelant en cela les monarques de droit divin, chaque Chef d’État élu au suffrage universel prête serment sur le Coran ou la Bible. Ainsi donc, le Président djiboutien se rend en pèlerinage à la Mecque : tant mieux ! Le verset 198 de la Sourate de la Vache lui en donne le droit : « Ce n’est pas un péché que d’aller en quête de quelque grâce de votre Seigneur. Puis, quand vous déferlerez depuis Arafat, invoquez Allah, à Al Mach’ar Al Haram, Et invoquez-Le comme Il vous a montré la bonne voie, même si vous avez été auparavant du nombre des égarés ».

L’honnête citoyen et musulman pratiquant, voulant le Bien pour son prochain, surtout lorsque ce prochain détient une position de pouvoir capable d’influencer positivement ou négativement sur son existence quotidienne, ne peut donc que sincèrement souhaiter que cette Rédemption présidentielle se traduise rapidement et concrètement dans la pratique gouvernementale. Le chantier de la reconstruction djiboutienne qui l’attend alors est vaste, plus vaste qu’une vie humaine. Deux aspects en méritent tout de suite mention : la sauvegarde d’une Paix sociale difficilement acquise et la sauvegarde du droit au salaire pour tout travailleur.

Inutile de préciser que la Paix ne peut se renforcer que si et seulement si l’Accord qui l’instaure est scrupuleusement respecté : sur ce point, le futur Hadj a beaucoup de progrès à faire, sans jeu de mots.

Le respect de la sueur d’autrui, par le versement du salaire auquel il a droit, est également un acte de foi explicitement mentionné dans la Tradition du Prophète (PSL) dont un hadith authentifié exhorte tout employeur à rétribuer son employé avant même que la sueur de ce dernier n’ait séché. A l’heure où la lutte antiterroriste procure à notre pays une substantielle manne financière, il est inadmissible que, par la faute de la mauvaise gouvernance, les agents de l’État accusent encore des arriérés de salaire.

Dès son retour de la Mecque, son Excellence Al Hadj sera jugé par ses concitoyens sur ces deux points : souhaitons-lui d’être à la hauteur des défis qui l’attendent et digne de la Rédemption à laquelle il prétend. On ne sait jamais, pour 2005 et pour l’Au-delà.

MEETING DE L’UAD A L’AVENUE NASSER

A L’OCCASION DE LA FETE DE L’AÏD EL KEBIR, L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE SOUHAITE BONNE FETE A LA POPULATION DJIBOUTIENNE AINSI QU’A TOUS LES MUSULMANS DU MONDE ENTIER.

L’UAD INVITE TOUS SES MILITANTS ET SYMPATHISANTS A VENIR NOMBREUX AU MEETING POPULAIRE QUI SE TIENDRA DIMANCHE 1ER FEVRIER 2004 A PARTIR DE 8 HEURES 30, A L’AVENUE NASSER DEVANT LE SIEGE DE L’UDJ

 

 


Brèves nationales

Ali-Sabieh :

 

Brève incursion présidentielle

 

La visite présidentielle à Ali-Sabieh initialement programmée pour la deuxième quinzaine de janvier s’est-elle limitée à la brève incursion constatée le week-end dernier ? Toujours est-il que la population Assajog commence à se lasser des menées solitaires et improductives d’un Président amateur de la politique spectacle. Rappelons que depuis la rentrée c’est au moins la troisième fois que le Chef de l’État effectue des brèves visites dans une des villes qui lui est la moins favorable. Qu’y cherche t-il ? Mystère et boule de gomme.

Pour notre part, nous pensons que ces pérégrinations du Chef de l’État aux quatre coins du pays démontrent surtout la profonde solitude de celui qui a fait le vide de sérieux autour de lui. Le timonier national donne ces derniers temps, l’impression de naviguer à vue à bord d’un navire sans équipage et sans canot de sauvetage. Pourtant la mer est houleuse…

Paiement des arriérés :

Gel…. et dégel ?

Ballon d’essai ou cynisme gouvernemental ? Selon certaines sources se disant bien informées, le régime aurait songé dernièrement à geler les deux mois d’arriérés de salaire dûs aux travailleurs djiboutiens avant de faire marche arrière. Si cette éventualité avait été retenu un moment cela signifierait que ce pouvoir malfaisant cherche continuellement à s’enrichir sur le dos du peuple. Rappelons que les travailleurs djiboutiens ont déjà perdu plusieurs mois d’arriérés de salaire ces dernières années. Mais au moment ou la propagande gouvernementale cherche à faire croire que l’économie va mieux, principalement parce qu’une miraculeuse générosité extérieure est venu combler les brèches béantes de la mauvaise gouvernance, les autorités seraient mal fondées d’invoquer des difficultés de trésorerie. Car tout un chacun sait que la présence étrangère rapporte annuellement plus de 11 milliards de francs Djibouti à l’État, sans que la précarité n’en soit pour autant réduite.

A l’approche des échéances électorales décisives, le régime à court d’imagination cherchait peut-être à geler provisoirement le paiement des arriérés pour opportunément les débloquer en 2005. Quoi qu’il advienne, les travailleurs déjà amplement saignés doivent rester vigilants pour défendre le cas échéant les fruits de leur dur labeur face à un régime fondamentalement prédateur.

Somaliland-Puntland :

Silence assourdissant du «médiateur» régional

Le Chef de l’État djiboutien a-t-il renoncé à décrocher le prix Nobel de la paix, ou a-t-il tout simplement perdu son bâton de pèlerin ?

Le silence de notre médiateur régional à propos de la nouvelle tension entre le Somaliland et le Puntland est cette fois déconcertant. Et ce nonobstant la sortie intempestive du Ministre des Affaires Étrangères tenant des propos indignes d’un régime prétendant au statut de médiateur dans le conflit somalien. Et que dire de l’instrumentalisation des réfugiés somalis au Yémen, apportant leur soutien au régime Djiboutien mis en cause par Abdillahi Youssouf, Président du Puntland. Il convient de rappeler aux autorités djiboutiennes que l’utilisation des réfugiés à des fins de propagande est totalement interdite par la Convention de Genève.

En attendant, la crise ouverte entre Hargeisa et Garowe risque de tourner en conflit. En effet, le Somaliland et le Puntland se livrent depuis quelques semaines à une guerre des ondes sur fond de bruits de bottes aux alentours de la ville de Las-Anod. Selon les autorités du Somaliland les forces du Puntland qui revendique une partie des régions de Sol et Sanag auraient fait une incursion dans la ville de Las-Anod en territoire Somalilandais.

Le Puntland, qui a proclamé son autonomie en 1998, affirme de son côté que cette région lui revient, arguant des origines Puntlandaises de sa population

Devant la montée des périls, même le Secrétaire Général des Nations Unies a lancé un appel à la retenue.

La tension persistante entre ces deux voisins ne semble pas inquiéter le Président Djiboutien qui observe un silence gêné. L’homme de la rue a déjà trouvé une explication à l’actuelle apathie du médiateur régional. Avec comme passif, l’échec du processus de réconciliation somalienne initiée à Arta et la violation de l’Accord de paix interne du 12 mai 2001, le pouvoir djiboutien est tellement discrédité qu’il n’a plus voix au chapitre de la paix régionale. Peut-être. Plus prosaïquement ce recul diplomatique semble indiquer que l’étoile du «numéro un djiboutien » ne brille plus ni ici ni ailleurs. L’esbroufe ne paie plus.

Pour sa part l’ARD invite les deux parties (Somaliland et Puntland) à rechercher une solution négociée au différend frontalier qui les oppose.

Il en va de la stabilité régionale et de l’intérêt bien compris de nos peuples frères.

 


 

La Paix régionale en question

Entre espoir et inquiétudes

L’année 2004 sera-t-elle celle de la paix retrouvée dans notre sous région troublée ? Si des avancées notables sont enregistrées au Soudan, des récentes tensions entre l’Érythrée et l’Éthiopie ou des regrettables frictions entre le Somaliland et le Puntland font que la balance oscille entre espoir et inquiétudes.


Au plan de la paix régionale la seule note positive nous vient pour l’instant du Soudan où gouvernement et rebelles du Sud confirment de jour en jour leurs volontés de mettre fin à un conflit vieux de deux décennies. La rébellion du Darfour dont l’intransigeance avait fait capoter les négociations de N’Djamena en décembre dernier semble ces derniers jours revenir à la raison en confirmant sa disponibilité à rechercher une solution négociée au conflit qui l’oppose au régime de Khartoum.

Ce revirement du Mouvement de Libération du Soudan (MLS) est favorablement accueilli par les observateurs et amis du Soudan en raison de la catastrophe humanitaire générée par ce conflit. En effet, ces dernières semaines plus de 20 000 civils fuyant les combats au Darfour sont venus grossir les rangs des 80.000 réfugiés déjà enregistrés au Tchad. Selon les rares humanitaires ayant accédé à cette région de l’Ouest du Soudan, des milices arabes alliées du régime de Khartoum font régner la terreur dans les villages du Darfour. Souhaitons qu’un rapide cessez-le-feu et l’ouverture de véritables négociations viennent mettre fin au calvaire des populations civiles de cette région meurtrie.

Plus près de nous, la brusque remontée de la tension entre l’Éthiopie et l’Érythrée à propos de Badmé fait craindre une remise en cause du statu quo en vigueur depuis les accords de paix signés à Alger en 2000. Selon les analystes, le contentieux porterait sur le village de Badmé attribué à l’Érythrée mais toujours revendiqué par l’Éthiopie, au prétexte que la population de cette localité se considère Éthiopienne et non Érythréenne. Tout cela sur fond de méfiance grandissante et de suspicion mutuelle de déstabilisations internes. Pour l’heure, l’escalade militaire n’a pas encore débouché sur un conflit armé mais les risques demeurent.

De son côté, la communauté internationale continue de faire pression pour que les deux puissances militaires de la Corne de l’Afrique n’entrent pas à nouveau en guerre. Une telle éventualité serait lourde de conséquences pour la stabilité régionale et compromettrait gravement l’avenir des peuples de notre sous-région ainsi que l’intégration économique souhaitée par tous. Quoi qu’il en soit, le raidissement actuellement observé à Addis-Abeba et Asmara n’a rien de rassurant et complique davantage la mission des forces des Nations Unies déployées sur les frontières des deux pays. C’est dans ce contexte de tension extrême entre nos voisins Erythréens et Ethiopiens qu’est venu s’ajouter depuis quelques semaines un nouveau facteur d’instabilité régionale : le contentieux frontalier opposant le Puntland au Somaliland. Pour le moment l’escalade est plus verbale que militaire même si des bruits de bottes sont signalés dans la zone contestée de Las-Anod.

La menace est pourtant prise au sérieux puisque les Nations Unies par la voix de son Secrétaire Général appellent les deux parties à faire preuve de retenue et de ne pas recourir à la force. Bien que non reconnus par la communauté internationale, le Somaliland et le Puntland disposent de potentialités militaires non négligeables faisant craindre, en cas de conflit, des catastrophes humanitaires corollaire, de tout conflit armé. Le Somaliland en quête de reconnaissance internationale n’a aucun intérêt à entrer en guerre contre le Puntland; sa remarquable stabilité de 10 ans en serait gravement affectée. Quant au Puntland que gagnerait-il à affronter un Etat voisin et frère ? Après la paix introuvable en République de Somalie, otage des chefs de guerre, notre sous région n’a pas besoin d’un nouveau conflit qui réduirait à néant tout espoir de développement dans cette partie de l’Est Africain.

Placé sous le parapluie occidental, notre pays qui paraît à l’abri d’agressions extérieures aurait pu profiter de sa stabilité retrouvée pour jouer un rôle actif dans la recherche d’une paix globale dans la région, mais l’incohérence de ses dirigeants lui a ôté toute possibilité de contribuer à la consolidation de la paix sous-régionale.

Par ses atermoiements et ses alliances conjoncturelles, le régime Djiboutien n’est plus en mesure aujourd’hui de s’astreindre à une neutralité positive lui permettant d’exercer une influence crédible sur le cours des évènements dans la Corne de l’Afrique.

C’est bien dommage pour le bon voisinage et l’image de notre pays. Quoi de plus gênant pour un pays se disant médiateur que d’être régulièrement accusé de partialité ou d’ingérence douteuse ? c’est pourtant ce que l’on entend depuis quinze ans que notre pays prétend s’impliquer dans la réconciliation somalienne. A chaque fois, une partie des protagonistes récuse la neutralité djiboutienne. On l’a encore vu dernièrement avec le Pountland accusant les autorités djiboutiennes d’envenimer la situation dans un contentieux frontalier en cours avec le Somaliland.

Dans cette affaire, le silence embarrassé du médiateur régional semble éloquent.

 

 


Les incohérences du Budget (3)

 

Les budgets de l’État djiboutien se suivent et se ressemblent. Reconduisant chaque année des mesures budgétaires paupérisant davantage certaines catégories socioprofessionnelles, celui de 2004 va encore plus loin dans des justifications erronées, affirmant que la politique de diminution de la pression fiscale mise en place depuis 1999 par le gouvernement se poursuit. Nous répondons que ceci est totalement faux, en ce sens que, sans remonter à la date de l’arrivée au pouvoir de l’actuel Chef de l’État (chiffres que nous ne pouvons vous livrer ici pour des raisons techniques) nous appuyons notre démonstration face à cette politique économique insensée, en comparant les chiffres officiels du ministère de l’Économie et des Finances de 2001 à 2003 (Budgets rectifiés) face à celui prévisionnel de l’année en cours.


Bien qu’il aurait été souhaitable d’approfondir l’analyse chiffrée des données gouvernementales concernant principalement les affectations des fonds des contribuables, nous limiterons nos remarques aux seuls tableaux ci-dessous, lesquels contredisent les prétentions du régime.

2004 : l’appauvrissement se confirme

Nous ne demanderons pas encore aux autorités compétentes par quel génie le Ministère des Finances a pu passer d’un excédent budgétaire de 712 millions FD en 2001 à un déficit budgétaire de plus de 3 milliards FD en 2002 et enfin d’un nouvel excédent prévisionnel de plus de près de 550 millions fd pour l’année 2003.

Paradoxalement, le Budget de l’État croit d’année en année. Sa progression, sans remonter à l’exercice 1999, est passé de 38,2 milliards FD en 2001 (un an et demi après la prise du pouvoir du nouveau Chef de l’État) à 43,2 milliards FD pour 2004, soit une augmentation de plus de 13% en trois ans. Il faut souligner aussi que lors de l’année écoulée, le Budget prévisionnel et celui rectifié, tout en oscillant aux alentours des 40 milliards de nos francs, ont accusé une différence d’un millard FD.

Cette montée en flèche n’est certainement pas sans conséquences sur la population appauvrie, qui doit encore contribuer énormément aux dépenses fastidieuses d’un pouvoir incohérent et irresponsable. Sinon, comment comprendre une politique gouvernementale prétendant chercher à ne pas léser les salariés et les créateurs de richesses, alors que l’on observe clairement dans le tableau de recettes ci-dessous que l’augmentation des dons des institutions internationales n’a pas contribué à une quelconque diminution des prélèvements ahurissants de l’État sur les salaires, en augmentation cette année encore de 8%. Réalité qui contredit les affirmations du régime.

Cet impôt sur les traitements et salaires frappant essentiellement la classe laborieuse, les variations calculées depuis 2001 démontrent que ces taxes ont gonflé de plus de 24 % en 3 ans. Quant à l’impôt sur les bénéfices professionnels des entreprises, son montant de 2001 ne nous convainc pas. Cependant, sa progression continue encore avec une valeur relative de près de 5%.

Tout en relevant que la taxe sur les produits vendus dans le pays, communément appelée TIC, a, en deux exercices, affiché une montée de plus de 11%, globalement, l’ensemble de ces impositions (directes et indirectes) frappant en dernier ressort les ménages totalisent un accroissement vertigineux de plus de 153 % entre 2001 et 2004.

Quelle démagogie face à la catastrophe nationale, lorsque la présentation du budget 2004 affirme qu’il y a eu baisse des taxes et surtaxes sur les produits pétroliers et qu’en réalité nous observons dans la ligne des recettes « redevances diverses » qui portent essentiellement sur ces biens (dont le pétrole lampant utilisé par tous les ménages djiboutiens) a connu une ascension fulgurante d’environ 83 % entre 2001 et 2004 et de 12,43 % rien qu’entre 2003 et cette année.

Par conséquent, la politique gouvernementale n’est nullement axée sur la lutte contre la pauvreté mais plutôt sur l’appauvrissement général du peuple pour mieux le contrôler.

Mirobolantes dépenses sécuritaires :

Nous nous abstiendrons ici de fournir les détails des dotations budgétaires poste par poste. Toutefois, nous constatons que, pour une large part, les dépenses couvrent les besoins sans cesse grandissants de l’armée : sécurité présidentielle oblige. L’autre secteur bénéficiaire étant depuis peu celui de l’Éducation Nationale, nous avions dans un précédent numéro démontré l’écart entre les dotations budgétaires et les résultats escomptés de ce Ministère responsable de la formation de nos progénitures et surtout de la qualité des ressources humaines du pays.

L’opacité étant toujours de mise en ce qui concerne les revenus dégagés par le Port et l’Aéroport, les dépenses de l’État tirent l’essentiel de leurs ressources sur les revenus des travailleurs. Il est connu que toute dépense supplémentaire appelle une recette supplémentaire, d’où nos remarques suscitées. Les dépenses de l’État sont toujours en évolution constante puisqu’en 3 exercices, sa partie « Personnel » a enregistré une progression d’un peu plus de 5% et sa partie « Matériel » de +18,7%. Ne pouvant s’astreindre à un train de vie raisonnable, ni se contenter des aides, dons et autres subventions des institutions internationales et des Etats amis, l’endettement du régime représente près d’un demi milliard FD, auquel s’ajoutent bien entendu les prêts récemment contractés et « débattus », après adoption du budget 2004, par une Assemblée mal élue.

Plus bas dans le tableau dépense 2004, les dettes rééchelonnées augmentent de 561% environ, et les emprunts (programmes ou pas) de 24%. Bravo pour l’héritage difficile laissé aux jeunes générations !

Ce qui est le plus frappant dans cette partie du Budget, c’est que le pouvoir soutient les réalisations de plusieurs investissements favorisant une relance de l’économie et prometteurs de développement. Or, outre l’ambitieux projet de Doraleh dont le régime attend beaucoup, les chiffres résumés ci-dessus prouvent bien que sur près de 7 milliards FD d’investissements, notre gouvernement n’intervient qu’à hauteur de 1,6 milliards FD, le reste étant à la charge de nos partenaires.

Notre précédent numéro contredisait, d’ailleurs, le prétendu financement de 670 millions FD intentionnellement classé dans le chapitre « investissement » dont 500 millions FD portaient sur une prise de participation de l’État dans le capital d’une entreprise publique et 170 millions FD couvrant des charges récurrentes d’un projet d’investissement. Ces points appellent des explications de la part de l’Argentier.

En attendant de revenir plus en détail sur les destinations des deniers publics, nous retenons de ce Budget 2004, pour l’instant seulement prévisionnel, que la situation économique du pays va de mal en pis, surtout pour les plus démunis.

 

 


 

La Décentralisation dans le Budget

N’en croyez pas un mot !

 

A en croire le gouvernement, la Décentralisation est un souci gouvernemental depuis l’Indépendance et est inscrite dans la Constitution comme une priorité depuis 1992. les Budgets de l’Etat démontrent le contraire d’une propagande officielle rabâchée par les médias et constitue à n’en pas douter de la poudre aux yeux : ci suit les dessous d’une mystification.

 


 

« Hatta ‘alaa Haamaan yaa Far’uun ? »: c’est ce que, d’après la légende arabe, le grand Chancelier Haamaan qui commandait les troupes pharaoniques, aurait répondu à Pharaon qui, dans un délire (mystification ou folie des grandeurs) décrivait comment il avait créé les hommes… interrogation qui signifie : à d’autres, Pharaon!

c’est exactement ce que nous répondons au gouvernement qui, inlassablement, cherche à mystifier nos concitoyens qui ne sont plus dupes, ainsi que la coopération multi et bilatérale impliquée dans le financement de projets sans lendemain parce que concoctés dans la Capitale sans la participation des populations concernées. La coopération, malgré les évidents intérêts qu’elle cherche à préserver ou affermir dans notre pays, commence à se lasser du mensonge permanent érigé en méthode de gouvernement.

Sur ce sujet comme sur d’autres, rien davantage que les Budgets de l’État ne rend compte des véritables intentions gouvernementales. Avant d’examiner les Budgets de l’État, la Décentralisation doit être lue sous l’éclairage de l’Accord de Paix (titre V) tel que convenu d’accord parties le 12 mai 2001. chacun se fera alors de lui-même une opinion sur le fossé qui sépare les dispositions de l’Accord de la pratique gouvernementale en la matière.

En son article 18, ledit Accord dispose que « les deux parties conviennent des objectifs généraux de la Décentralisation sur les plans :

– politique : participation des citoyens par le biais de leurs élus locaux à la gestion et la valorisation de leur collectivité ;

– administratif : mise en place d’une administration plus efficiente car plus proche de ses administrés ;

– économique : promouvoir des pôles de développement économique en dehors de la Capitale et réduire les disparités régionales. »

L’état d’abandon dans lequel ont été laissées les cinq régions de l’Intérieur depuis l’indépendance et sont toujours laissées près de trois ans après la signature de l’Accord, nous dispense de toute démonstration concernant la promotion des pôles de développement économique : néant !

Quant à la participation des citoyens par le biais de leurs élus locaux à la gestion et la valorisation de leur collectivité, le gouvernement a reporté sine die les élections régionales qui devaient normalement avoir lieu en même temps que les législatives de janvier 2003.

Quant à lui, l’article 22 dudit Accord créait une commission de mise en place de la Décentralisation, composée de 12 membres dont 3 représentants de chaque partie signataire, et chargée de :

– mettre en œuvre la décentralisation,

– suivre la mise en place des institutions régionales et de la section de la Cour Judiciaire spécialisée dans le contentieux administratif et le contrôle des dépenses publiques et enfin

– participer au contenu des textes législatifs et réglementaires prévus par la présente Loi et veiller à leur mise en application. Le mandat de cette commission devait durer jusqu’à la mise en place effective des collectivités régionales.

Le dernier alinéa de l’article 22 stipulait pour sa part qu’ « un décret précisera les conditions et volume des dotations financières qui doivent correspondre aux besoins réels de chaque région et seront définies sur la base de critères objectifs ».

Chacun constatera d’abord que cette commission n’a jamais été mise en place par le gouvernement, sans doute pour mieux se donner les coudées franches avec la honteuse complicité de l’Assemblée Nationale et dénaturer le contenu du Titre V de l’Accord de Paix, notamment la récente et impertinente délimitation des districts, motivée par une irresponsable entourloupe électoraliste.

Plus gravement, ce sont les Budgets de l’État qui en disent davantage sur des pratiques gouvernementales contrevenant aux dispositions de tous les accords de paix signés en dix ans de conflit, et qui violent la Constitution consacrant la Décentralisation comme un indispensable instrument de réforme de l’État et de développement économique.

En examinant le Budget de l’État, nous constatons d’abord que la part du Budget consacrée au district d’Arta ne figure pas, contrairement à ceux des autres districts, dans le projet de budget du ministère de l’intérieur pour l’exercice 2004. Ni ailleurs ! Étonnant lorsque l’on a entendu le Chef de l’État, à l’occasion de sa présentation des vœux du Nouvel An, prétendre placer la concrétisation de la Décentralisation au centre des réalisations gouvernementales (c’est-à-dire des siennes) pour l’année à venir. Le gouvernement et son Chef ont donc menti (ce n’est pas nouveau) non seulement aux habitants de la région d’Arta, mais aussi à tous les Djiboutiens, à la coopération internationale dont ils continuent sans pudeur à solliciter le soutien financier, ainsi qu’à tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par la stabilité politique et le développement économique de notre pays. C’est peu glorieux comme bilan, à un an, si elles ont lieu, des prochaines échéances électorales.

Voici un tableau comparatif district par district, des budgets 1996 , 1997, et prévisionnel 2004 :

Les faits (et les chiffres officiels) sont sacrés, le commentaire par contre est libre. Nous laissons à nos lecteurs qui ne sont pas tous nos militants et sont pour la majorité d’entre eux pourvus de bon sens, le soin de se faire leur propre opinion et réservons pour notre part nos commentaires et analyses (des choix et variations des dotations budgétaires) à une autre édition.

Contentons-nous pour l’instant d’observer qu’en pourcentage, la part du Budget de l’État consacrée aux régions se résume à 1% du Budget national. On est très loin des promesses électoralistes, de la « réduction des disparités régionales » et de la « promotion des pôles de développement économique ». La distance qui sépare les Accords de Paix des pratiques gouvernementales est plus éloignée que celle qui sépare l’Orient de l’Occident…

Mais ce tableau ne tient pas compte des 50 millions FD octroyés aux conseils régionaux nous objectera-t-on ! C’est parce qu’ils ne figurent pas dans les budgets des districts et de toute façon cette aumône ne modifie en rien, en pourcentage, la part du camembert affecté aux régions.

Enfin, le cadre général du budget de l’État pour l’exercice 2003 affirmait sans rire que « la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire mise en place avec tous les moyens nécessaires à son bon fonctionnement a entamé un programme de contrôle dans toutes les différentes administrations et organismes publics, concourant ainsi à une plus grande transparence dans la gestion des deniers publics.. » : à d’autres !

Tout le monde sait que ses comptes rendus et suggestions ont été depuis sa création privatisés par la Présidence. La transparence reste encore malheureusement à inventer chez nous !

Au total, loin de soigner les causes du conflit civil, les pratiques gouvernementales alimentent leur renouvellement.. Qu’à Allah ne plaise !

 


 Quand l’enfant du pays s’émerveille

Retour vers le néant politique

 La médiatisation à outrance sur les ondes de la RTD (ad nauseam, six jours de suite ) du dernier périple du Premier ministre à Tadjourah est typiquement révélatrice des attentes mystiques ou magiques que le régime place dans cette inondation d’images rose bonbon et de déclarations nombrilistes. Mais, en vertu d’un cloisonnement tribal de ses activités de propagande, le régime n’a pas tellement cherché à faire profiter les autres communautés linguistiques du pays de la lumière diffusée par le Premier ministre à l’occasion de cette tournée parmi des populations auxquelles de forts et indéniables liens de sang le rattachent. Par devoir de transparence, il est de notre devoir de clairement exposer ce qui s’est réellement passé à Sagallou il y a quelques jours : chacun pourra par lui-même mesurer à quel point ce régime confond action politique et invocation magique ; prenant du même coup ses concitoyens pour des attardés auxquels il n’est pas nécessaire de parler sérieusement.

 


 

Bien que se rattachant toutes à la tradition culturelle islamique, chaque composante de la communauté nationale se distingue par ses propres formes de sociabilité et de d’organisation sociale. Celle à laquelle le Premier ministre a récemment rendu visite dans le district de Tadjourah est caractérisée, d’un point de vue anthropologique, par une stricte hiérarchisation des rôles sociaux et par des formes d’alliance matrimoniale mettant en avant, par une sorte de survivance du matriarcat, l’importance du clan maternel, le matrilignage. C’est pour cela, qu’arrivé dans le village de Sagallou, le Premier ministre a estimé normal d’exclusivement remercier son matrilignage pour l’accueil chaleureux qu’il aurait reçu. Comme si tout son déplacement se résumait à cela ! Mais somme toute, dira-t-on, où est le mal ? Effectivement, le mal est ailleurs.

En premier lieu, les habitants de cette région ont tenu à lui rappeler qu’elle avait été profondément affectée par le conflit civil et qu’elle n’avait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. Ce à quoi le Premier ministre n’a pas craint le ridicule en affirmant qu’il n’était pas au courant du fait que la guerre avait détruit la région ! Aberrant de la part d’un si haut responsable de tranquillement prétendre ignorer les réalités dramatiques que vivent quotidiennement tous ceux sur lesquels les calamités armées se sont abattues. D’autant plus grave quand il s’agit d’un nouveau responsable politique dont le régime meuble le CV en le présentant comme un des principaux architectes de l’Accord-cadre de Paris, du 7 février 2000.

En second lieu, suite à ce pathétique aveu d’ignorance, le Premier ministre a solennellement promis aux habitants de Sagallou que le régime, maintenant qu’il est au courant des désastres, procédera à la pose officielle de la première pierre de la reconstruction, comme cela a été le cas pour Obock. Quand on se souvient que cette première pierre a été posée par le Chef de l’Etat en personne il y a des années de cela sans qu’aucune suite n’y soit donnée, et quand on sait également que les bénéficiaires de ce programme de réhabilitation ne sont pas prioritairement ceux qui ont le plus perdu, l’on aimerait bien que les auditeurs du Premier ministre n’aient pas à subir les mêmes humiliations et sacrifices que les riverains de Ras Bir.

Enfin, et tout aussi gravement, le Premier ministre a tenu des propos indignes de son rang relativement à des demandes d’emploi. En effet, les habitants de cette région n’ont pas manqué de lui rappeler que leur Jeunesse était généralement au chômage et que le régime devrait se préoccuper de leur condition. Ce à quoi le souriant premier des ministres a automatiquement orienté ses solliciteurs vers un programme présenté comme miraculeux : le service national adapté. Il a tout simplement exigé du Commissaire de la République, Chef du district de Tadjourah qu’il les favorise lors de l’établissement des listes des recrues pour ce service national adapté. Il est proprement inouï qu’un dirigeant politique, sans préjudice de sa trajectoire, demander que certains soient favorisés sur une seule base tribale par rapport à d’autres, tout aussi nécessiteux.

Le fond du problème est bien là : autant que l’aveu selon lequel ce gouvernement n’a aucune perspective d’emploi à proposer aux jeunes, ce régime promet à certains de les favoriser par rapport à d’autres. L’État n’est donc pas là pour assurer l’égalité entre tous les citoyens. On comprend donc mieux pourquoi la RTD retransmet six jours de suite ses propos, sans bien sûr prendre la peine de les traduire aux autres composantes de la communauté nationale : susciter la jalousie sociale et faire croire que, notre pays étant condamné au tribalisme, chacun doit impérativement soutenir son cousin seul à pouvoir lui donner quelque chose.

Sauf preuve du contraire, Gouled n’a jamais explicitement demandé une telle stupidité de la part de son Premier ministre : un tel degré dans la tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de l’État. Heureusement qu’il est allé à la Mecque.

Mais personne n’est vraiment dupe : celui qui promet de privilégier son petit microcosme tribal est toujours le moins bien placé pour assurer sa propre survie politique. Car, si l’on cherche vainement à quel groupe tribal ce régime a réellement profité, l’on sait parfaitement, par contre à qui il a porté préjudice : à l’ensemble du Peuple djiboutien. Et cela, aucune tournée du Premier ministre ou de son Chef de gouvernement, ne peut faire croire le contraire. « C’est moi Alice, au pays des Merveilles, Alice aux cheveux blond vermeil, Alice qui parfois se réveille » chantait l’héroïne : le réveil politique risque d’être traumatisant pour tous ceux qui, mystifiés par la tombola du régime, croient encore aux contes de fée en se croyant réellement responsables.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 80 du mercredi 21 janvier 2004

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Réalité numéro 80 du mercredi 21 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les incohérences du Budget (2)
  4. Chantage à la citoyenneté
  5. S.T.O version RPP
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 80

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA VIE N’EST PAS UN JEU

Un citoyen mal informé ne peut sérieusement prétendre exercer son libre-arbitre. C’est pourquoi, au risque de paraître faire la publicité des publications adverses, nous invitons nos compatriotes à lire tout ce qui se rapporte à l’actualité nationale. Derrière la propagande officielle, par définition maladroite et faite de pose de première pierre sur fonds de you-you et de bottes de khat, la réalité se dévoile d’une façon ou d’une autre. Chacun se rendra alors compte à quel point et de quelle façon si diamétralement opposée les écoliers des deux districts du Nord ont été sollicités la semaine dernière, comme le rapporte si copieusement le journal gouvernemental « La Nation ».

A Tadjourah, comme s’il s’agissait d’une fête religieuse ou d’une journée fériée (pour tous), chômée (pour les fonctionnaires réquisitionnés) et payés (pour les rares privilégiés ignorant les retards de salaire), le régime a décrété école fermée sur l’ensemble du district. Mais, au lieu de profiter de cette journée, tous les écoliers de Tadjourah et de sa proximité furent unanimement convoqués pour assister à l’extraordinaire pose, par un Premier ministre sans compétence institutionnelle, de la première pierre d’un futur complexe sportif entièrement financé par la Chine. Et applaudir devant ce qui est manifestement présenté comme un exploit politique : la grandiloquence n’a tué personne, surtout lorsque le monopole sur les médias publics autorise soliloque et monologue. Sans trop se demander si la charrue n’a pas été mise avant les bœufs : l’amélioration des conditions de scolarité (peu de salles ou de manuels scolaires, mais suppléants mal formés et en surnombre) n’était-elle pas prioritaire par rapport à ce stade omnisports ?

Il est vrai que ce n’est pas vers la Chine qu’il faut se tourner pour que les recommandations des États Généraux sur l’Éducation trouvent un début d’application : aucun miracle de l’extérieur ne viendra assurer l’amélioration de notre système éducatif. Comédie politique beaucoup plus inadmissible quand on sait de quoi ces figurants sont coupables : aucune cantine scolaire n’existe dans ce district, pas plus qu’ailleurs : décemment remplir les petits ventres de ces écoliers n’est manifestement pas une priorité de ce régime qui n’hésite pourtant pas à investir des centaines de millions de francs dans la distribution partisane du khat. Du sport donc pour des écoliers sans cantine scolaire : aucune honte n’arrête décidément ce régime sans pudeur. Les enfants de la nomenklatura sont certainement logés à meilleure enseigne.

A Obock par contre, c’est à l’initiative des instituteurs que des élèves ont parcouru, mercredi dernier, la piste côtière jusqu’à Khor-Angar. Histoire de modestement les initier à la protection de l’environnement : comme pour la forêt du Day ou ailleurs, l’Unesco serait certainement intéressée par la protection de la mangrove de Godoria. Tout comme nous saluons l’initiative citoyenne de ces instituteurs invitant leurs élèves à s’intéresser à la géographie humaine : qu’est donc aujourd’hui devenu le village de Khor-Angar qui vivait, avant le conflit, de l’important échange commercial entre l’Éthiopie et le Yémen ?

Toutefois, la morale de l’histoire est donnée par le journal « La Nation » , concluant la narration de cette journée de la façon suivante : « L’unique fausse note de l’événement fut qu’à leur descente des véhicules, les élèves ont retrouvé une ville d’Obock plongée dans les ténèbres de l’obscurité due aux délestages de courant qui, ces derniers mois, semblent installés dans les mœurs ». Dans la durée et la banalité, devrait-on dire, tout en ne manquant pas d’ironiser que pour ne pas faire de jaloux, le régime a promis que les écoliers d’Obock auront aussi leur complexe sportif, dont le même souriant Premier ministre espère poser la première pierre.

Ce que ce régime et ses figurants essaient vainement de cacher, c’est qu’il n’y a aucun sport en dehors du contexte général de l’Éducation : sa qualité est inséparable de celle de l’enseignement assuré à notre progéniture. De même qu’il n’y a aucune Éducation digne de ce nom quand les conditions d’existence des parents ne cessent de se détériorer et quand l’État répond si peu aux priorités essentielles que sont la Santé ou l’Emploi. Un demi mensonge reste un mensonge, aussi souriant soit-il : nos enfants joueront mieux s’il y a du sérieux.


Brèves nationales

Sud-Ouest :

Promesses présidentielles en catimini ?

L’on se souvient que le Président américain Bush s’était rendu en cachette à Bagdad, et l’opinion internationale avait eu la regrettable impression que les États-unis n’avaient rien à proposer aux Irakiens eux-mêmes. Une version locale de cette visite en cachette vient de se produire chez nous : selon des sources concordantes, le Chef de l’État s’est dernièrement rendu en catimini à Hanlé, dans le district de Dikhil, précisément à Agna, luxuriante palmeraie très peuplée mais désolée. De bonnes sources indiquent que l’agronome volant en campagne prématurée n’a pas été à cet endroit uniquement pour y prêcher la culture du palmier-dattier. Il serait parti à la rencontre des populations oubliées de cette région du Sud-Ouest. Populations auxquelles il aurait fait les mirobolantes promesses dont il a le secret : construction de routes, d’écoles et de dispensaires. Il n’est jamais trop tard pour faire le bien, mais rappelons tout de même à l’illustre « numéro un » qu’il n’y a pas si longtemps, il considérait les ruraux défavorisés de cette contrée comme des étrangers.

Ce qu’ils sont effectivement, car ne bénéficiant pas pour la plupart d’entre eux, de pièces d’identité nationale. Même leurs plus hauts notables en sont dépourvus, bien qu’étant appointés par l’administration depuis des décennies. Si le Chef de l’État veut vraiment rendre service à ces populations, qu’il commence par leur faire délivrer des pièces d’identité nationale. Pour l’heure, les apartés présidentiels avec les habitants de cette région se limitent malheureusement au traditionnel bakchich, au khat et aux promesses sans lendemain. Après ses visites éclairs en catimini à Assamo, As-Eyla et Agna, le futur candidat donne l’impression qu’il attend plus de ses visites impromptues et « bakchisantes » sur le terrain plutôt que des premières pierres médiatisées et des insipides discours à la Nation. Une autre manière de faire de la politique peut-être ! mais aux résultats aléatoires.

As-Eyla :

L’UMP aux abois

Depuis la dernière tournée de l’ARD dans le Sud-Ouest, le RPP et ses satellites s’inquiètent de l’audience grandissante de notre parti dans cette région. En témoignent les visites en catimini du Chef de l’Etat et les tournées hebdomadaires des membres de sa mouvance. Ainsi, l’on rapporte que dans le secteur d’As-Eyla et Goba’ad, la progression de notre parti ne serait pas du goût du Ministre de la Défense, leader autoproclamé de cette zone et qui serait, semble-t-il, profondément irrité et déstabilisé par la remarquable percée politique des dirigeants de notre fédération d’As-Eyla. Pensant contrer notre parti et ses idées de changement, ce ministre aurait affecté pour ce faire un véhicule de la Gendarmerie à la lourde tâche de quadriller une région sur laquelle il n’a plus aucune prise. A bord de ce véhicule militaire officieraient un gendarme-chauffeur sans permis de conduire et un adjudant-chef détaché au ministère de la Défense. On le voit, ce régime aux abois et manquant de vrais militants, en est réduit à réquisitionner fonctionnaires et militaires pour ses difficiles missions de sensibilisation. Cela s’appelle la démocratie militarisée…

Première pierre à Tadjourah :

Dans ma ville natale…

Un an après sa déroute électorale dans la Ville-Blanche et huit mois après sa dernière visite ratée en ce lieu, le Premier ministre a donc retrouvé sa ville natale jeudi dernier, non sans émotion. En effet, venus à bord de plusieurs véhicules dépêchés de la Capitale et de Tadjourah, des centaines de fonctionnaires, d’écoliers et de ruraux, tous réquisitionnés pour l’occasion attendaient poliment sur place. Ainsi que nous l’avions écrit la semaine dernière, cette visite faite au nom d’une première pierre d’un futur stade financé par la Chine Populaire, se voulait surtout politique. Pour faire sérieux, le Premier ministre était accompagné de plusieurs ministres, et le programme initialement prévu fut largement bousculé, comme l’on s’en doute. Après la cérémonie de pose de la première pierre, le séjour du Premier ministre a pris un tour éminemment politique avec de forts relents de campagne présidentielle. Rappelons que le programme de cette visite était fixé comme suit :

– pose de la première pierre du futur complexe sportif ;

– mise en place d’un comité régional des assises du Sport.

– mise en place de la ligue d’athlétisme régionale à Tadjourah par le Président du comité national d’athlétisme.

Toutes ces nobles activités ont été mises de côté pour essayer d’atteindre le véritable objectif de cette visite, à savoir reprendre pied à Tadjourah la frondeuse, en y mettant, pour ce faire, les moyens matériels et humains. A ce chapitre politique, la moisson semble bien maigre au regard de la logistique déployée. Passons sur l’inévitable khat qui aurait à lui seul englouti un million de FD. Rien que pour la nourriture de centaines d’obligés convoyés de Djibouti-ville ou des zones rurales, ce sont quelque six points de restauration qui auraient été installés dans la Ville-Blanche, aux frais du contribuable. Tout cela démontre qu’à part les quelques danseurs et danseuses largement rétribués, la grande majorité de la population Tadjouroise a préféré rester chez elle. Après cela, personne n’empêchera le Premier ministre de remercier à l’infini la cohorte de mobilisés pour l’occasion, en s’exclamant : « je vous remercie de m’avoir chaleureusement accueilli dans ma ville natale ». Remercier c’est déjà beaucoup pour les réquisitionnés. Pour le reste qui vivra verra.

Randa-Day :

La piste oubliée ?

Alors que le Premier ministre promet de bitumer la route du bord de mer de sa ville natale jusqu’au pied de Randa, la piste reliant ce village au Day reste impraticable, obligeant les usagers à un large détour de 80 kilomètres par la route de Garenlé. Il y a quelques mois de cela, les populations riveraines, lassées de l’indifférence des pouvoirs publics, avaient courageusement réhabilité en partie cette piste particulièrement dangereuse. Depuis lors, quelques véhicules empruntaient difficilement cette voie une ou deux fois par semaine. Mais aujourd’hui découragés par la dégradation constante de cette piste oubliée, les riverains lancent un appel pressant aux autorités, afin qu’elles prennent leurs responsabilités face à la menace de fermeture de cette voie de communication qui serait préjudiciable aux intérêts des population de cette partie de Goda. Rappelons pour la petite histoire que, lors de son séjour à Tadjourah, le Premier ministre avait gentiment écouté les multiples doléances des chefs coutumiers, en répondant une fois n’est pas coutume, à toutes leurs revendications Marhaba, en précisant toutefois : « Incha-Allah ». On n’est jamais trop prudent ! A l’heure où, après une longue absence, les engins des Travaux Publics sont miraculeusement de retour dans le Nord, le moment nous semble venu de sérieusement réhabiliter la piste Randa-Day, une des plus anciennes de notre pays.

Médias partisans :

Déficit de formation démocratique

C’est, semble-t-il, pour pallier aux carences en formation des journalistes des médias partisans, qu’un curieux séminaire devant combler leurs lacunes, a été récemment organisé à leur attention. A voir l’objectif affiché par le programme et les connaissances dispensées aux heureux bénéficiaires, la presse d’opposition, qui n’a pas eu la chance d’être conviée à ce séminaire de formation pour les points focaux, n’a plus qu’à regretter d’avoir été mise à l’écart de cette fulgurante transmission de connaissances en matière de communication. Afin de donner à nos lecteurs une idée de l’ampleur et de la profondeur de la formation que le régime a bien voulu dispenser à ses journalistes, voici in extenso le programme de cette journée historique à l’usage des médias partisans :

Séminaire de formation pour les points focaux

I°) Date et durée de la formation :

Date : jeudi 15 janvier 2004

Durée : une journée

II°) Déroulement de la formation

8h-8h30 : Arrivée et installation des points focaux

8h30-9h : pointage est distribution du programme

9h précise (sic) : Discours du Directeur de publication du journal

9h20 : Discours du Secrétaire National à la Communication

9h40 : Discours du Secrétaire Général

10h-10h30 : pause café

10h30-12h30 : Présentation sommaire du Journalisme et du rôle du journaliste

12h30-13h : Photo de famille

13h : fin de l’atelier

Quand une formation aussi importante ne dure que deux heures, on comprend que la photo de famille prenne trente minutes : c’est uniquement pour impressionner la galerie.

« Progrès » immuable :

Des courriers sans lecteurs

Les journalistes mal inspirés du pamphlet du RPP en avaient bien besoin : une formation accélérée d’une journée dûment organisée à leur attention devrait, espérons-le, combler leur pathétique carence en communication politique. En attendant ce miracle, ce journal financé sur deniers publics continuent à se singulariser par ses analyses oiseuses et ses attaques pernicieuses à l’encontre de la presse d’opposition qui vole largement au-dessus de lui. On raconte même qu’il y a quelques mois, le Chef de l’État, président en exercice du RPP et directeur de publication officieux mais en dernière instance de cet organe de presse, aurait rabroué en ces termes les plumitifs réquisitionnés : « avec tous les moyens que le Parti met à votre disposition, vous n’êtes pas foutus de contrer la presse d’opposition qui, avec peu de moyens, est plus régulière et plus efficace que vous ». c’est, nous semble-t-il, pour tenter de défendre l’indéfendable, que cette malheureuse publication occasionnelle fabrique périodiquement des pseudos courriers des lecteurs censés répondre aux arguments de l’opposition. Chacun pourra observer que les rares lecteurs de ce journal signent de leurs « initiales » L… Après LM signant des contrevérités historiques à l’encontre du Président Guedi, c’est dernièrement au tour d’un certain LMD de s’essayer à démonter les arguments de la presse d’opposition. Piètre tentative hors de sa portée.

Que dit ce sieur LMD ? Que l’opposition nie les réalisations de ce régime. Et de citer celles qui lui paraissent les plus pertinentes : le projet de Doraleh, l’eau du Day, le Port de Tadjourah, la route de Yoboki, l’eau d’Ali-Sabieh, les arriérés de salaire, la lutte contre les clandestins et enfin la service national adapté. Vastes réalisations qui méritent un petit commentaire.

Doraleh : les travaux lancés en juin 2003 sont arrêtés, faute de financement ; ce méga-projet n’employant que 30 ouvriers…

L’eau coule en effet au Day, mais la majeure partie du précieux liquide est orientée vers sa destination initiale : le jardin présidentiel. Des milliers de plants de khat et de café absorbent plus que les populations riveraines de cette eau venue de Garenlé.

A Ali-Sabieh, l’eau potable demeure un souci permanent. Le forage électoraliste sera-t-il en mesure de satisfaire la consommation locale et la prétendue commercialisation?

Le Port de Tadjourah, inauguré en grandes pompes par le Chef de l’État en 2000, n’a pas tenu ses promesses : il reste un misérable quai à boutres. A qui la faute ? En grande partie au régime qui refuse de réhabiliter les routes et pistes de la région, spécialement vers l’Éthiopie et qui n’a initié aucun projet de développement pouvant solliciter l’usage intensif des quais de Tadjourah.

Concernant la route Yoboki-Galafi, récemment réhabilitée, elle a la particularité de traverser une des régions les plus désolées de notre pays. Malgré son importance économique, les riverains ne profitent pas des retombées annoncées. A qui la faute ? Essentiellement à ce régime préférant les apparences aux réalités et qui, là non plus n’a proposé aucun projet générateur de revenus pour les populations de cette région, spécialement pour sa Jeunesse désœuvrée, sans perspective sinon l’exode vers Djibouti-ville.

Pour ce qui est des arriérés de salaire, ils n’ont été réduits que grâce à la générosité extérieure (États-unis et France), mais ils demeurent importants : au moins deux mois. Rien qu’avec les recettes du Port et de l’Aéroport, ces arriérés pourraient être épongés : où vont alors ces colossales recettes échappant au Budget National ?

Nous maintenons par ailleurs que la lutte contre l’immigration est pour le moment un cuisant échec. La preuve : la majorité des clandestins expulsés en septembre est déjà de retour.

Enfin, s’agissant du pseudo service national adapté, il demeure électoraliste et congénitalement inadapté : son exécution est réservée à l’Armée dont personne ne connaît la compétence en ce domaine. Le recrutement reste douloureusement sectaire, voire vulgairement tribale.

Des courriers sans lecteur restent ce qu’ils sont : des délires encrés. Le temps est donc venu pour les journalistes du « Progrès» d’entrer en séminaire…


ECONOMIE

Les incohérences du Budget (2)

La République de Djibouti est, de tout temps et structurellement, dépendante d’une économie essentiellement basée sur le secteur tertiaire dont l’activité portuaire reste toujours le socle. Il y a encore une dizaine d’années, l’État honorait les salaires de ses employés, les retraites, la santé, etc. La situation actuelle n’est pas seulement due à la guerre, mais tire sa vraie source des multiples pratiques illicites de nos gouvernants, accentuées par la mauvaise gouvernance. Deuxième volet de nos remarques sur les incohérences de ce Budget 2004.


La dernière décennie a été marquée par l’apparition réelle, entre 1994/1995, d’une crise économique et financière qui nous amène aujourd’hui à la considérer comme voulue et entretenue depuis quatre ans par le pouvoir en place. Durant toutes ces années, les prélèvements fiscaux frappant les salariés et les commerçants ont augmenté exponentiellement grâce aux multiples inventions d’un régime qui nourrit d’autres ambitions que celui d’un réel développement du pays.

En effet, les promesses de paix de 1994 n’ont toujours pas été suivies d’effets, les ponctions fiscales continuant à saigner la masse laborieuse. Il en est de même des privatisations et autres cessions-concessions des établissements publics qui loin de relancer l’économie nationale n’atténuent toujours pas l’hémorragie économique et financière.

« On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

Entretenant l’opacité sur la gestion privée des complexes portuaires et aéroportuaires, plutôt que de rendre publiques les retombées économiques et financières de ces concessions, sa nouvelle trouvaille, depuis trois ans, est d’asseoir toute relance économique sur la seule construction du port de Doraleh.

Selon le Cadre général de la présentation du Budget 2004, les investissements ont été tels que celui de Doraleh est là pour appuyer une croissance projetée de 4,5% du PIB par « l’émergence d’une nouvelle dynamique dans le secteur de services grâce aux anticipations suscitées par la construction du complexe portuaire de Doraleh…avec des retombées indirectes pour le secteur de services… » En attendant ces retombées directes et indirectes dont bénéficiera grandement le secteur tertiaire, la seule anticipation que ce projet ait suscité parmi les investisseurs locaux et étrangers est celle remarquée de l’Établissement Public d’Hydrocarbure (EPH) qui, pour d’obscures raisons, s’est transformé en Société Anonyme aux multiples activités industrielles et commerciales. Un Établissement bien connu pour avoir été une entreprise publique, à la fois, accumulatrice de richesses (prélèvements des taxes et surtaxes sur les produits pétroliers) et « vache à lait » du régime. Quelles que soient les justifications d’une croissance plus que soutenue du PIB en 2004, nous sommes tentés d’interpeller l’Argentier du régime sur l’exercice 2002 dont les comptes n’ont à ce jour pas été rendus définitifs. L’actuel Budget 2004 nous dit-on serait la suite logique de la réussite du budget 2002 lequel, avait été largement commenté, en son temps, à travers nos analyses, étalées sur plusieurs numéros de « Réalité ». Pour qui l’aurait oublié, le Droit de réponse en date du 20 mai 2002, du Ministère de l’Économie, dont les extraits que voici, prétendaient :

Nous taxant d’adeptes d’une théorie économique Keynésienne dépassée et loin de prendre ainsi en compte nos remarques fondées et objectives, le Ministère chargé de l’Économie du pays justifiait ses mesures budgétaires de l’époque: « pour atténuer le déficit ayant atteint un seuil critique, il lui fallait opérer un rapprochement entre les recettes effectives et les dépenses de l’État…». Il renchérissait son choix économique en soutenant que « l’augmentation du taux d’imposition évite des licenciements massifs et contribue conjointement à de faire des économies drastiques sur les dépenses de l’État, exceptés les secteurs sociaux (éducation, santé…) ».

Plus loin, dans « La Paix a un coût, la Démocratie aussi », autre chapitre blanchissant cette théorie Rppiste « une somme de 370 millions FD est provisionnée pour la Consolidation de la paix et pour l’organisation d’élections ». Enfin, « il est encore prématuré en ce mois de mai 2002 de juger si telle ou telle autre dépense a été exécutée ou pas, tout budget étant annuel ».

« Lors de la clôture du budget 2002, le Ministère des Finances apportera des réponses à toutes les questions qui lui seront posées ». Soit : le seul point positif à retenir ci-dessus est celui portant sur les réponses à nos questions lors de la clôture du Budget 2002, officiellement retardées par on ne sait quoi.

En attendant ce bilan définitif pendant, comme un boulet suspendu à un condamné à perpétuité, il ne nous reste plus qu’à passer au Budget 2003, lequel serait présenté comme une suite logique de la réussite économique de 2002. Passons maintenant à l’analyse au Budget 2004 qui aurait tiré toute sa substance de ses résultats positifs des budgets antérieurs.

Constat Général :

A lire le Cadre Général de présentation du Budget 2004, on se croirait dans un autre pays que la République de Djibouti. Le développement du pays est maintenu avec une croissance soutenue du PIB qui approcherait dans l’année en cours les 5%, avec la création d’unités de production industrielles, avec le maintien depuis 1999 de la diminution de la pression fiscale en faveur de la classe laborieuse et des consommateurs, avec l’abaissement des taxes sur plusieurs produits, du pétrole lampant en passant par les tissus et les pièces détachées, etc. Le tout dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, lequel tiendrait la route à travers les financements des secteurs sociaux que sont la Santé et l’Éducation Nationale.

Le couronnement de cette réussite économique serait la présentation en avril 2004 d’un Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté (DSRP) aux bailleurs de fonds, projet pour lequel l’Etat aurait déjà provisionné un capital de 200 millions FD. Or, les recettes augmentent encore grâce aux impositions sur les traitements et salaires et aux impôts sur les bénéfices des entreprises ; points que nous développerons plus tard. Dans ce numéro, nous nous cantonnerons seulement à l’analyse macroéconomique du Budget en augmentation encore pour cet exercice lequel passe de 42 milliards FD en 2003 à 43,2 milliards FD pour 2004.

L’embarras du Budget 2003

L’étude par poste budgétaire étant laissée pour plus tard, dans l’immédiat l’ensemble du projet du budget 2004 disserte sur un succès des investissements au dernier exercice, dont les argumentations développées ne nous convainquent guère. Il nous est dit que les réalisations des derniers 9 mois de l’année écoulée auraient déterminé les prévisions de 2004. Si tel est le cas, il ne peut échapper à personne que le déficit budgétaire prévisible en 2003, après rectificatif, serait de l’ordre 542 millions FD contre 3,7 milliards FD en 2002.

Or, les deux premiers trimestres de la période de référence 2003 avaient déjà dégagé des résultats négatifs respectivement de 2,2 milliards FD au 31 mars 2003 et de 1,2 milliards FD environ au 30 juin 2003. D’où vient l’exploit de l’Argentier officiel qui aurait réalisé dans son hypothèse, sur les six derniers mois de l’année écoulée, un excédent budgétaire de 2,816 milliards FD ? Un chiffre qui représente un excédent moyen mensuel de 703 millions FD contrairement au premier trimestre de l’année en question, où la même moyenne mensuel affichait un déficit de 560 millions FD.

Par conséquent, les justifications déterminantes du Budget 2004 ne tiennent pas, en ce sens qu’elles sont incohérentes même en l’absence des données définitives de 2002 et celles économiques des troisième et quatrième trimestres 2003. A noter, toutefois, que le Budget prévisionnel 2003 avait lors des dernières séances de l’Assemblée Nationale abouti à un dépassement de plus de 5,4 milliards FD risquant ainsi d’aggraver le déficit déjà important, comptablement réduit par la non réalisation de Dons et autres Emprunts projets d’un montant total de 4,6 milliards FD.

Investissements : Grâce aux Dons et financements extérieurs

Alors que les projets et autres promesses ne voient pas le jour, le régime semble mettre en avant des investissements qu’il n’est pas en mesure de réaliser.

En effet, en 2003 les dépenses d’investissements, sur financement intérieur, programmées pour un montant de 987 millions FD apparaissent subitement lors de la loi rectificative avec un nouveau chiffre de 1,66 milliards FD. Ce chiffre serait occasionné par deux dépenses relatives à deux nouvelles lignes budgétaires intitulées « Eau, Énergie, Industrie : Prises de participation dans des Entreprises publiques nationales » pour un montant de 500 millions FD et de 170 millions FD portant sur des « Charges récurrentes du projet d’investissement programme ». Comment se fait-il qu’un Etat puisse prendre des participations dans des Entreprises qui lui appartiennent ?

Globalement les investissements publics engagés lors du dernier exercice, et concernant les financements hors projets ou les contreparties nationales sur des projets de programme d’investissements, n’auraient été dans le budget rectificatif que de 1,857 milliards FD et non de 3,787 milliards FD comme écrit dans le Budget 2004. Par contre, les financements sur ressources extérieures dans les dépenses d’investissements étaient intervenus à hauteur de 2,948 milliards FD en 2003 et passeraient pour 2004 à plus de 5 milliards. Il est important de souligner que dans le Cadre Général de présentation du Budget en cours, le Ministère des Finances n’a pas jugé utile de préciser que ces investissements se feront sur des financements extérieurs.

Que ces prévisions d’investissements soient inscrites au Budget 2004 est une chose, mais il est tout de même surprenant que l’Assemblée Nationale qui l’a voté n’ait pas constaté que ceux de l’année dernière tablant pour sur de 7 milliards FD, n’auraient été réalisés qu’à hauteur de près de 3 milliards FD. Est-ce seulement pour gonfler le budget si ce n’est pour d’autres fins ?

L’incohérence dictant la démesure, les pratiques de ce régime demeurent nuisibles au pays, l’énorme fossé entre les promesses grandioses et la réalité aggrave la situation. C’est pour cela que nous engageons le pouvoir à réaliser effectivement les 7 milliards FD d’investissements projetés.

D’autre part, comme nous l’avons relevé dans plusieurs budgets, le régime pourra-t-il tenir son engagement et assurer ainsi les 1,7 milliards FD à sa charge dans ce domaine ?

A suivre…


Chantage à la citoyenneté

Carte d’identité ou carte de parti ?

Le ministère de l’Intérieur a adressé à « la presse », un communiqué annonçant la volonté du gouvernement de relancer la délivrance des cartes d’identité nationale et invitant les Djiboutiennes et Djiboutiens à faire preuve de civisme en s’inscrivant sur les listes électorales car il sera procédé à la révision annuelle des listes électorales….


Sans nous en formaliser outre mesure, constatons d’abord que pour le ministre de l’intérieur, la « presse nationale » se résume à l’A.D.I, «La Nation » ou quelques autres lucioles paraissant le temps d’une propagande et que le gouvernement subventionne à grands frais, à vos frais pour cela. Ce n’est donc pas fortuit et ce ne sont pas des actes manqués et c’est trop banal dans notre pseudo démocratie pour que nous nous en offusquions ici.

Si nous le relevons, c’est uniquement pour mettre en relief le mépris dans lequel nous sommes tous tenus par nos décideurs et souligner par comparaison, le respect et la courtoisie dont font preuve tous nos partenaires économiques en adressant à l’ensemble de la presse nationale, dont nous, leurs communiqués de presse et leurs invitations à l’occasion d’éventuelles conférences, ce qui ne les empêche nullement de coopérer en bonne intelligence, même si c’est difficile avec les autorités officielles. Passons à l’essentiel !

Contrairement à ce qu’affirme le communiqué cité par notre intermittent confrère « Le Progrès » à la page 9 du n°101 dans son édition datée du 11/01/04, nous devons rappeler que ces nouvelles dispositions relatives à la délivrance de l’état- civil ne correspondent absolument pas à la volonté de l’actuel président de la République de voir se régulariser la situation de « certains Djiboutiennes et Djiboutiens qui pour une raison ou une autre n’en étaient pas titulaires ».

Par contre, elles contreviennent explicitement aux dispositions de l’Accord de Paix Définitive signé en mondiovision en mai 2001, entre le président Dini et le Ministre de l’intérieur de l’époque et qui stipulait en son article10 intitulé « de la Nationalité », que « les personnes dont l’appartenance à la communauté Djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté Djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes ».Tout y est dit et reste, concernant ce volet à ce jour inappliqué !

Le communiqué poursuit que « l’administration a entrepris à plusieurs reprises des opérations de délivrance de cartes, mais celles-ci se sont avérées insuffisantes. Car elles étaient limitées dans le temps (et dans l’espace.. n.d.l.r) alors que les demandes sont de plus en plus fortes chaque année en raison de l’arrivée des jeunes à la majorité».

Est-ce uniquement dans cette optique que les administrations sont aujourd’hui mobilisées pour délivrer des cartes nationales d’identité et réviser les listes électorales ? Non, soutient le ministre qui reconnaît avoir « constaté que des personnes bien connues, telles que des notables bien instruits sur les listes électorales ne disposaient pas non plus de leurs cartes nationales d’identité ».

Réjouissons nous d’abord que le ministre de l’intérieur fasse sien ce constat déjà clairement établi par l’Accord-cadre de Réforme et de concorde civile de Février 2000 et qui justifie la raison d’être de l’art.10 de l’Accord de mai 2001.

Il est ensuite normal que le gouvernement soit soucieux d’inscrire sur les listes électorales les jeunes arrivés à la majorité et déjà ou pas encore détenteurs des cartes nationales d’identité .

Il est enfin et par contre totalement anormal que l’instruction des demandes de dossiers « au profit des djiboutiennes et des djiboutiens remplissant les conditions requises » soit laissée à la seule discrétion de l’administration R.P.P, laquelle aurait aujourd’hui subitement acquis « les moyens requis pour mener ces longues opérations », censées durer un trimestre !

« Dans cette optique, tous les bureaux chargés des établissements de l’état- civil et des cartes nationales d’identité sont ouverts au public dans les cinq districts du pays. ».

Renseignements pris, ces bureaux dans les districts de l’intérieur sont peut-être ouverts au public mais des sources variées et concordantes font état de multiples entraves faites aux citoyens y ayant droit pour l’admission de leurs dossiers laissée à la discrétionnaire instruction de l’administration compétente..

Plus gravement, le communiqué poursuit : «Comme à l’accoutumée, nous allons procéder à la révision annuelle des listes électorales dans l’ensemble des districts ». C’est bien ce qui nous inquiète !D’abord nous sommes surpris d’apprendre que cette révision est annuelle : car à un courrier officiel et signé par les présidents des partis membres de l’U.A.D, et exigeant que conformément à la loi une copie des listes électorales révisées soit fournie à l’opposition dans les délais impartis par la loi, le ministre de l’intérieur (est-ce bien lui ?) a opposé un suspicieux silence radio.

Nous avons appris plus tard, par la voie de la presse officielle et partisane que ces listes électorales n’auraient pas été imprimées à temps…pourquoi puisque ces révisions sont annuelles ?

D’autre part, au regard des lecture et application partielles et partiales qu’a fait le gouvernement des Accords de Paix signés en dix années pleines de guerre civile, ainsi que du peu de cas qu’il fait des lois qu’il édicte sans les appliquer, ces opérations sont à nos yeux d’ores et déjà sujettes à suspicion.

Que cache ce réflexe pavlovien à toujours instruire, procéder .. à huis-clos et mettre toujours ainsi le peuple et l’opposition devant le fait accompli sur des sujets les concernant au premier chef ?Plus loin le communiqué précise que « cette révision concerne quatre catégories de personnes :

1) les jeunes arrivés à la majorité sont priés de s’inscrire sur les listes électorales dans leurs districts respectifs.

2) les gens qui ont changé d’adresse doivent s’inscrire dans leur circonscription actuelle.

3) les personnes remplissant les conditions requises mais qui ne se sont jamais inscrites sur les listes électorales. Elles sont priées de faire preuve de civisme en s’inscrivant dès aujourd’hui sur les listes électorales.

4) les personnes ayant voté sur ordonnance lors des dernières législatives du 10 janvier 2003, elles sont invitées à régulariser leur situation auprès leurs circonscriptions respectives ou de leur arrondissements respectifs… ».

En premier lieu, nous souhaitons savoir quelle suite le gouvernement entend donner aux dossiers de tous ceux depuis toujours officiellement inscrits au registre de l’état- civil du district d’Obock dont les archives ont été détruites par les forces gouvernementales en 1992.

D’autre part, le ministre a parfaitement raison de demander de régulariser leur situation aux trop nombreux bénéficiaires des ordonnances lors des dernières élections législatives.

Même si leur situation était régularisée, nous persistons à penser que ce n’est pas suffisant pour la transparence, tant revendiquée par notre peuple et souhaitée par tous nos amis et partenaires économiques parce que socle de stabilité.

Nous en voulons pour preuve un document dont vous avez eu la primeur au lendemain des élections législatives, tiré de l’épais dossier de recours soumis à l’instruction du juge constitutionnel et qui démontrait qu’une même personne titulaire d’une carte d’électeur a voté, sans doute à son insu, une fois avec sa carte d’électeur et une autre fois sur une ordonnance dûment délivrée par un juge dans deux bureaux de vote différents.

Comme il fallait s’y attendre, la CENI, concoctée « comme à l’accoutumée » en catimini ne l’a pas relevé ! Comme cette curiosité n’a pas soulevé la suspicion du juge constitutionnel qui a trouvé tout le processus et déroulement des opérations de vote « normal et régulier».

Il est trop facile quand on est entouré d’une garde prétorienne de distribuer ou pas, les cartes d’un jeu. Parce qu’issu du Peuple et au plus près de ses préoccupations, nous sommes bien placés pour savoir qu’il est à bout de patience.

Nous écrivions dans un éditorial au lendemain des élections législatives du 10/01/03, qu’ « on ne peut pas indéfiniment gouverner au nom du peuple et sans lui ! ».

Au total, il n’échappera à aucun observateur averti que toutes ces propagandes et entourloupes gouvernementales préparent, si elles ont lieu, des élections truquées à l’avance. Chat échaudé craignant l’eau froide, selon le proverbe, et parce que toute patience et sagesse ont des limites, nous informons dès ce jour, autant l’ensemble de nos concitoyens que nos décideurs politiques, ainsi que les États et instances internationales ayant directement ou indirectement apporté leur caution à l’Accord de Paix du 12 mai 2001, que l’ARD exige d’être associée à l’établissement des listes d’état civil, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Tout comme l’opposition, regroupée au sein de l’UAD, exige que lui soient fournies dans les délais réglementaires les listes électorales révisées.

A bon entendeur… SALAM !


S.T.O version RPP

La Fonction Publique comme harem politique

La récente visite à Tadjourah de la Présidente (non pas de la République, mais de l’UNFD ) nous avait donné l’occasion de brièvement ironiser à propos de la cohorte de fonctionnaires, quinquagénaires ou « kadragénaires », que les dignitaires en déplacement réquisitionnent pour jouer le rôle peu enviable de figurants pathétiques d’un dérisoire spectacle politique. La démesure caricaturale, jeudi dernier dans cette même ville, de cette danse du ventre fonctionnarisée nous amène à revenir sur ces contorsions des corps et des âmes, censées remplir les écrans de télévision. Contorsions et entorses politico-administratives qui ne peuvent manquer de rappeler un dramatique précédent historique : le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) par lequel l’Allemagne nazie réquisitionnait les ressortissants français pour faire tourner ses industries. Entre usine d’armement et usine à fabriquer des illusions politiques, la différence est mince : comme celle qui sépare totalitarisme et despotisme.


Les « malgré nous » : ainsi étaient appelés tous ceux qui, en application de la loi du 16 février 1943 portant institution du service du travail obligatoire, avaient docilement accepté de servir de main-d’œuvre gratuite pour les industries allemandes. Privilège du vainqueur et collaboration du vaincu se conjuguaient : ils étaient des millions à s’être abaissés à cette servilité, plutôt que de courageusement refuser de courber l’échine.

Immanquablement, les nombreux fonctionnaires qui, plus par obligation que par conviction, ont fait le déplacement pour applaudir les banalités démagogiques du Premier ministre à Tadjourah, font penser à ces « malgré nous » que le régime de Vichy avait mis à la disposition du 3ème Reich. Sauf qu’ici, c’est le système RPP qui impose aux fonctionnaires un travail parfaitement illégal mais devenu obligatoire depuis quelques années : se mettre corps et âme à l’entière disposition du parti au pouvoir.

Les Djiboutiens ont une belle formule pour dire que les choses étaient mieux avant : Salamoullah. Et, effectivement, Salamoullah à l’ancien Chef de l’État, à l’ancienne Première Dame ou encore à l’ancien Premier ministre : eux au moins n’obligeaient pas les fonctionnaires à cette dégradante danse du ventre les transformant en simples figurants itinérants, suivant les cortèges officiels de brousse en village. En toute logique et avec un certain sens de l’Etat, ils voyageaient accompagnés du strict minimum. C’est que, bien qu’ayant été d’intraitables ennemis politiques, force nous est de reconnaître que Gouled n’était pas un farfelu prétentieux et que Barkat jouissait d’une certaine reconnaissance parmi les membres de la communauté qu’il était censé représenter.

Avec l’arrivée au pouvoir de l’actuel Président de la République, c’est comme si une dangereuse précarité touchait un travail pourtant garanti par le Statut de la fonction Publique. Les foules devenant clairsemées parce démagogie ne payant plus, le régime en mal de légitimité tente de mystifier les citoyens-téléspectateurs par le spectacle de faux badauds : les fonctionnaires réquisitionnés par les dignitaires en déplacement. C’est pratiquement devenu une activité mondaine que tout fonctionnaire ambitieux et docile (condition sine qua non) doit intégrer dans son plan de carrière.

Ainsi, les téléspectateurs qui ont eu le temps de suivre le reportage généreusement consacré à la dernière virée du Premier ministre à Tadjourah, ont certainement reconnu quelques unes de ces glorieuses têtes administratives roulant B ou C, ayant déserté leurs bureaux dans la Capitale. Du directeur venu propager une culture du larbinisme et de la soumission, au directeur inamovible déversant ses flots d’admiration inconditionnellement intéressée, il y en avait pour tous les goûts et tous les dégoûts !

Une telle instrumentalisation d’une Fonction Publique normalement au service de l’intérêt général en dit long sur les dérives despotiques et clientélistes de l’actuel régime politique djiboutien: manifestement, le sens de l’État est une denrée extrêmement rare chez quiconque trouve normal que des agents de l’État servent, le plus souvent à leur corps défendant, des intérêts partisans sans intérêt. Lorsque l’on sait que le régime, copiant ce qui se passe en France, songe sérieusement à préparer une loi en vertu de laquelle la promotion des fonctionnaires se ferait selon le mérite, il y a vraiment de quoi s’inquiéter quant au rendement d’une administration soumise à un tel arbitraire.

Par ailleurs, quand on sait que ce sont principalement des considérations de copinage partisan qui président à l’attribution opaque des marchés publics, l’observateur est en droit de penser que le fonctionnement de l’État djiboutien rappelle curieusement et furieusement celui des réseaux mafieux : les chances d’enrichissement (de promotion sociale) dépendent du degré de proximité avec le centre du pouvoir. Proche duquel il convient de se placer et d’être vu : à l’occasion d’une visite à Tadjourah, par exemple.

Le débat s’était un temps instauré de savoir si ces « malgré nous » français avaient vraiment le choix, puisque l’article 5 de la loi du 16 février 1943 ne prévoyait qu’une amende de 200 à 1000 francs et d’un emprisonnement de 3 mois à 5 ans toute personne refusant le travail obligatoire. De fait, ils furent nombreux, ceux que l’on appelait « les réfractaires », préférant prendre le maquis et participer à la Résistance intérieure. L’administration djiboutienne aurait certainement besoin de ses réfractaires : l’avènement d’un véritable État de droit se conquiert au quotidien et passe aussi par le refus de servilement se prêter aux intimidations de dirigeants sans légitimité ni dessein ni destin : l’Administration n’est pas un harem qu’un sultan forcément polygame déplace au gré de ses caprices. C’est tout simplement dramatique pour l’image que ce régime du spectacle donne de notre pays.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

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Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les incohérences du Budget (1)
  4. Le déclin de l’Éducation Nationale
  5. Insécurité présidentielle
  6. Dyarchie de la première pierre
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 79

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BENNE’S BLUES : LA COMPLAINTE DE L’ÉBOUEUR

Oubli ou mémoire : c’est souvent la dialectique entre ces deux états de la conscience humaine qui articule la confrontation entre des forces politiques données. Elle se met en scène à travers les médias, que les régimes à déficit démocratique accentué instrumentalisent pour rappeler ce qui les intéresse ou occulter ce qui les gêne.

Mais, la Raison ayant ses ruses, et plus spécialement lorsque incompétence et amateurisme se conjuguent à la précipitation médiatique, il arrive que l’effet obtenu soit l’exact contraire de celui de l’encensement recherché. C’est ce qui semble être arrivé lundi dernier au journal gouvernemental « La Nation », obligé de couvrir deux événements qui, mis en présence dans la même édition, donnent toute la mesure des incohérences gouvernementales relativement aux vraies priorités de développement.

On y apprend d’une part que grâce aux efforts financiers et humains des forces américaines stationnées à Djibouti, le centre médical de Tadjourah a bénéficié d’un lifting inespéré, comme si le régime n’avait pas quelques millions de nos francs à investir dans cette action. On y apprend également que, certainement grâce à une providentielle et clairvoyante requête présidentielle en ce sens, la coopération chinoise va énormément contribuer à la salubrité de notre Capitale. A en croire la présentation qui en est faite, il s’agit là d’un don inespéré : 3 bennes tasseuses, 3 bennes basculantes, 2 camions pour conteneur détachable, 1 camion balayeur, 25 conteneurs détachables, 60 bacs à ordures de 1100 litres.

L’énumération s’imposait car tout ce matériel représente la somme « astronomique » de 120 millions FD : même si les finances publiques djiboutiennes sont dans un état de délabrement avancé, il est inimaginable que ce matériel, sans lequel il n’existe aucune Voirie digne de ce nom, ne pouvait être acheté sur fonds nationaux. Que ce régime n’ait même pas pensé à budgétiser le remplacement du matériel de la Voirie, ou même son accroissement consécutif à l’augmentation de la population de la Capitale, en dit long sur une mauvaise gouvernance tellement omniprésente qu’elle en devient banale. A tel point que ce régime ne craint pas le ridicule qu’il y a à médiatiser un don de bennes à ordures ! On le savait : la propreté domestique, au propre comme au figuré, n’est pas vraiment une priorité de ce gouvernement.

Oubli ou mémoire : une des fonctions de l’inflation des images et des commentaires, c’est aussi de contribuer à l’oubli de ce qui s’est passé par la massification du présent : aller de l’avant pour ne pas rappeler ce qu’il y a eu avant. Avant, ce sont par exemple tous ces dons, médiatisés en leur temps, et dont l’on ne sait plus trop bien ce qu’ils sont devenus une fois réceptionnés.

De l’imposant matériel de cuisine offert par l’Espagne à l’Hôpital Général Peltier, sans que l’alimentation des malades n’en soit pour autant assurée, aux motopompes fournies à chaque inondation, sans que la prochaine n’en soit mieux gérée, en passant par le don alimentaire du PAM, officiellement consacré aux cantines scolaires, sans que les élèves des zones rurales n’en soient les premiers bénéficiaires, la liste est longue des bonnes intentions détournées de leurs finalités sociales ou humanitaires. Mais, ce rappel de l’incompétence en action, ce n’est pas des médias publics subordonnés aux impératifs partisans qu’il faut l’attendre. Pour leur part, les éboueurs djiboutiens, bien que satisfaits de voir renforcé leur outil de travail, espèrent au moins deux choses : que la Voirie ne soit pas privatisée et qu’ils reçoivent leurs salaires régulièrement. Ce n’est pas beaucoup et ce n’est pas rien : c’est tout juste le début de la bonne gouvernance. Au boulot !


Brèves nationales

Pêche miraculeuse :

Entre espadon et requins, les Djiboutiens assurent

Qui a dit que le journal gouvernemental « la Nation » n’avait pas d’humour ? Certainement pas nous : Après son vif intérêt pour la situation des chèvres ruminant sur la voie publique, voici que cette semaine, il s’intéresse au milieu marin et à la pêche au gros. Ainsi dans son édition du lundi dernier notre confrère nous apprend qu’un homme d’affaire djiboutien très coté sur la place aurait battu un record national de pêche sportive en tirant hors de l’eau un espadon de 2,53 m et pesant 42 kg. Cet exploit a été, on s’en doute, homologué comme il se doit par un expert en la matière. « La Nation » en a même l’ivresse des profondeurs. Citons-la en apnée : «Le poisson a été pêché à l’aide d’une ligne de 50 livres. Cet exploit est à mettre à l’actif d’un Djiboutien en l’occurrence M. Abdourahman Boreh. Il lui a fallu beaucoup de dextérité pour ramener sa prise à bord car le fil utilisé est un des moins épais servant dans la pêche sportive… il pouvait à tout moment casser vus la taille et le poids de l’espadon. C’est ce que confirme Maître Martinet, le représentant de l’International Game Fish Association à Djibouti qui parle d’un record local. Quand les djiboutiens s’y mettent, ça mord et des gros… ».

Rappelons citoyennement et modestement qu’un hôtel-restaurant de Tadjourah avait reçu livraison, il y a quelques mois, d’un espadon d’une taille similaire : l’exploit avait été réalisé par un petit pêcheur n’ayant pas l’honneur d’avoir dans son carnet mondain l’adresse d’un avocat internationalement habilité à homologuer son exploit intempestif. Comme quoi, pour ne pas mourir idiots, les espadons ne devraient pas se mettre à la portée de n’importe quel hameçon. Effectivement, comme dirait un avocat internationalement habilité à établir des homologations internationalement reconnues, sans trop tirer sur le fil, à Djibouti ça mord, même dans les profondeurs hypothalassiques, pour les gros… hameçons bien sûr. Honni soit qui manigance…

Lutte contre la contrebande :

La fumée se dissipe.

Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre d’années ? Même injustement qualifiée de République autoproclamée, le Somaliland n’a jamais tergiversé sur la lutte contre la contrebande. Certainement parce qu’il existe là-bas un sens de l’État qui n’existe plus chez nous ; car pour avoir trop souffert de l’injustice, les Somalilandais savent que si chacun commence à favoriser son cousin pour le commerce ou quoi que ce soit d’autre, les vieux démons ressurgiront tôt ou tard et les sacrifices consentis contre la dictature de Siad Barré n’auront servi à rien. C’est pour cela que confiant dans le dynamisme de ses hommes d’affaires et dans l’impartialité de son administration, le Somaliland a toujours combattu la contrebande d’où qu’elle provienne et parfois de Djibouti.

A cet égard, tous nos compatriotes savent que pour avoir osé saisir des marchandises qu’elles considéraient comme illégalement introduites, les autorités du Somaliland avaient vu leur frontière terrestre avec Djibouti brutalement fermée sans aucune explication par un régime djiboutien sacrifiant ses intérêts nationaux sur l’autel de la parentèle et de la clientèle. C’est donc avec satisfaction que nous enregistrons le retour à la raison des autorités djiboutiennes dans ce domaine.

En effet, comme nous l’apprennent généreusement les médias officiels, cette semaine Djibouti aurait finalement accepté de combattre la contrebande transfrontalière de concert avec le Somaliland dont l’expérience, le sérieux et le bien-fondé en ce domaine paraissent enfin reconnus.

Nous ne pouvons qu’encourager le régime dans cette voie, persuadés que les trois catégories bénéficiaires de cette rigueur seront : les consommateurs, la libre entreprise et les fiscalités nationales. N’en déplaise aux requins et autres espadons dûment homologués et nombreux paraît-il dans les mers chaudes bordant les deux pays.

Rappelons pour la sombre histoire que face à cette atteinte intolérable à la libre entreprise, de nombreux opérateurs économiques avaient suite à la fermeture des frontières entre Djibouti et le Somaliland, préféré délocaliser leurs opérations financières et commerciales sur Berbera, Addis-Abeba et les pays du Golfe au grand dam des banques commerciales de la place de Djibouti.

Obock :

Un district à part ?

Triste laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices concoctées par ce régime sectaire, le district d’Obock reste à la traîne du développement durable version Chef de l’État. Ainsi la ville oubliée et enclavée d’Obock victime du délabrement pour cause du conflit et de la mauvaise gouvernance n’a même pas le minimum exigé d’une Capitale régionale. Cette semaine, les Obockois se plaignent du manque d’électricité consécutif à l’agonie de leur centrale électrique désuète. Conséquence : les moustiques qui y pullulent en cette saison font des ravages parmi la population. Après le chômage, l’insalubrité et la précarité quotidienne, les Obockois se demandent ce que vient chercher chez eux le Chef de l’État, dont la visite reste programmée. Le chantier de reconstruction des logements détruits lors du conflit n’a toujours pas démarré et l’on assiste même à des querelles entre réels bénéficiaires et ceux imposés par le régime pour de sombres raisons électoralistes. C’est dans ce climat délétère que l’on apprend que des problèmes de circulation des personnes sont apparus au niveau du poste frontalier de Moulhoulé. Si l’on en croit les centaines de Djiboutiens ayant transité depuis quelques semaines par ce check point tenu par l’Armée nationale, d’inadmissibles tracasseries frappent les usagers nationaux de cette voie terrestre entre l’Érythrée et Djibouti.

Il semble qu’en l’absence d’une police des frontières à Moulhoulé, les responsables des forces armées nationales de ce secteur exigent le laissez-passer Érythréen pour les Djiboutiens en provenance d’Érythrée. Quant aux nationaux se rendant en Érythrée, il leur serait demandé de présenter également des pièces d’identité érythréenne pour pouvoir aller en Érythrée. Ces tracasseries que les populations n’ont jamais connu du temps de l’administration française, ni ces deux dernières décennies, démontrent le mépris des autorités djiboutiennes pour tous les accords signés avec ce pays voisin et relatives à la libre circulation des biens et des personnes. Rappelons que pour sa part l’Armée nationale n’hésite pas, à l’occasion, à s’approvisionner en eau potable en Érythrée, à Rahaïta précisément. Alors, un peu de pudeur et de respect vis-à-vis des personnes arrivant d’Érythrée ou s’y rendant surtout lorsqu’elles sont djiboutiennes…


ÉCONOMIE

Les incohérences du Budget (1)

Pour irrationnels que puissent paraître les choix budgétaires de nos gouvernants finalement avalisés dans le budget prévisionnel 2004 par les mal-élus (malgré quelques palabres et interpellations savamment et sélectivement diffusées par la RTD, pour donner l’illusion d’un débat démocratique) ils n’en obéissent pas moins à une rationalité politique et plus précisément démagogique pour rester polis. Se contentant de commenter le cadre général, les lignes qui suivent introduisent une série d’articles qui feront un « Gros plan » comportant critiques, suggestions et questions sur les domaines qui vous préoccupent.


Davantage que notre posture d’observateurs vigilants de toutes les anomalies dans la gestion du bien public, c’est les confiance et responsabilité détournées (c’est une seconde nature chez nos dirigeants) que vous nous avez accordées au soir du 10 janvier 2003 qui nous commandent de jouer le rôle qui est le nôtre aujourd’hui.

Relevons pour commencer et à titre purement anecdotique, une curiosité constatée à l’examen des comptes définitifs du budget pour l’exercice 2001. La ligne budgétaire 30.10.10.1 (Présidence de la République-fourniture de bureau et entretien des locaux) est passée de 13.422.000 FD dans le budget pourtant rectifié à 471.559.957 FD dans les réalisations 2001, soit un dépassement de près d’un demi milliard de nos francs, c’est-à-dire 3600% d’augmentation. La Présidence aurait-elle démultiplié ses locaux durant cet exercice budgétaire ?

Nous ne le pensons pas ! D’abord parce que personne ne l’a constaté, ensuite parce que le budget 2004 ne prévoit pour la même ligne budgétaire qu’une enveloppe de 19.200.000 FD, soit une augmentation plus ou moins défendable en 3 ans, de l’ordre de 45% « seulement», si l’on ose parler ainsi.

Ce qui nous autorise à avancer qu’il s’agit vraisemblablement d’un subterfuge, qui nous dispense de critiquer et nous étaler sur la transparence qui serait à en croire le Chef de l’État, un souci gouvernemental…

Pour en terminer avec le chapitre anecdotique, observons qu’une ligne du budget de la Présidence, 001.62.2.4 intitulée « entretien et réparation du matériel de transport » est dotée d’une enveloppe de 164.000.000 FD, c’est-à-dire davantage que les budgets prévisionnels « Dépenses de matériel » des ministères de l’équipement et des transports ou celui de l’agriculture, sans doute pour entretenir les capricieux parc automobile et Boeing privé : on n’arrête pas la transhumance !

Restons-en là, concernant les anecdotes même si elles en disent à elles seules plus long que les promesses électorales, les discours et engagements officiels non suivis d’actes…

Nous apprenons à la page 2 de la présentation du budget prévisionnel 2004 que « … dans le domaine budgétaire, sur la base des projections établies à partir des neufs premiers mois, le déficit budgétaire prévisible en 2003 s’élèvera à 542 millions FD contre 3.7 milliards FD en 2002, soit une réduction du déficit public de 85%… ».

Quand on sait que les comptes définitifs de l’exercice 2002, n’ont toujours pas été adoptés par les mal-élus, nous sommes en droit de rester dubitatifs concernant ces projections qui nous semblent fantaisistes et contradictoires par rapport aux chiffres avancés par le n° 52 de « La Nation » du Lundi 30 Juin 2003 qui affirmait qu’ « à la lumière de tous ces éléments d’information, on se rend aisément compte que la hausse de 2% des recettes totales ne peut compenser la progression de 37% des dépenses totales d’où le déficit budgétaire de 2,203 milliards FD au 31 mars 2003.

A la même période en 2002, on ne parlait pas de déficit mais plutôt d’excédent budgétaire si minime soit-il, de 53 millions de FD… ». Le journaliste n’ayant fait que commenter les chiffres fournis par le ministère des finances, nous sommes sûrs que les experts de ce ministère s’empresseront de nous expliquer par quel miracle le déficit budgétaire prévisible pour 2003 s’élèvera à 542 millions de FD

Cette présentation nous append également que « le trafic portuaire a ainsi connu une forte augmentation de 39% et 37%, respectivement aux 1er et 2ème trimestres. Ces augmentations résultent principalement de l’accroissement des activités de transbordement liées à l’arrivée de nouveaux armateurs. Le transport aérien a pour sa part enregistré des hausses de 106% et 137% sur les 2 premiers trimestres de l’année 2003, comparé à la même période en 2002. Cette progression s’explique par les mesures de réformes initiées par le gouvernement avec la politique de «ciel ouvert» ainsi qu’au nouveau contrat de gestion privée de l’aéroport… ».

Si l’on ne peut que se réjouir de l’augmentation des trafics portuaires et aéroportuaires, cette augmentation doit davantage au contexte politique régional qu’au savoir faire émirati que personne ne remet en cause. D’autre part, nous continuons de penser que la gestion de ces établissements publics à caractère industriel et commercial aurait tout aussi bien pu être confiée à la Chambre de Commerce de Djibouti qui n’a rien à envier à qui que ce soit en matière de gestion, comme cela est courant à travers le monde.

Cette concession au capital privé étranger s’est faite au prix d’un humiliant aveu officiel de notre prétendue incapacité à gérer nous même nos instruments de développement économique.

Enfin, nous ne cesserons pas d’exiger que soit rendue publique la part en pourcentage que le concessionnaire doit annuellement verser à l’autre (heureux) contractant.

Le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale affirmait il y a peu dans une interview accordée à la RTD que le Centre de Formation Professionnelle des Adulte (CFPA) ne répondait plus aux exigences modernes. Ah bon ?

Pourtant, à la page 4 du projet de Budget prévisionnel pour l’exercice 2004, il est explicitement écrit qu’ « outre les formations vers l’enseignement dit classique, les efforts du budget vont aussi à l’enseignement professionnel avec le renforcement du CFPA afin de doubler les effectifs formés en 2004 et en 2005 (le calendrier étant de passer de 200 adultes formés par an à 400 en 2004 et 800 en 2005). Le but étant de fournir aux jeunes de 18 à 30 ans n’ayant pas pu poursuivre leur scolarité, un bagage afin de les insérer dans le circuit économique. A travers ce programme, le gouvernement s’attaque à l’épineux problème du chômage des jeunes sans qualification dont le profil a été étudié dans le cadre des enquêtes et études réalisées du DSRP ». C’est à se demander s’il y a vraiment un timonier sur ce bateau : accordez au moins vos violons, messieurs les décideurs !

En tout état de cause, concernant ce volet formation, accordons au moins aux rédacteurs des lignes suscitées une présomption de bonne foi, puisque le budget prévisionnel du CFPA augmenté de 8.045.000 FD (huit millions quarante-cinq mille) pour les dépenses de personnel et de 10.000.000 FD (dix millions) pour les dépenses en matériel (pour l’acquisition de matériel technique). Si l’intention est louable l’enveloppe y affectée est insignifiante.

Quant au LIC, son budget se résumant à une peau de chagrin au regard de sa mission, reste égal.

Ceci nous amène à brièvement commenter le SNA (Service National Adapté). En attendant que nos décideurs politiques daignent figurer dans le Budget national l’incidence budgétaire de sa création, contentons-nous d’observer qu’il fait double emploi avec les structures déjà existantes normalement chargées de cette mission. D’autre part, le SNA est chargé de former en 3 ou 6 mois ou 1 an des « techniciens volontaires » dans des domaines aussi variés que la Santé (infirmiers), le BTP (maçons) etc. auxquels sont confiées leurs formations. Est-ce bien raisonnable ?

N’eût-il pas été plus rationnel de renforcer en moyens humains et matériels, les ministères depuis toujours chargés de cette mission ? Surtout qu’ils grincent des dents : comment former en si peu de temps avec si peu de moyens autant de « techniciens volontaires » ? Nous avons déjà eu l’occasion d’y consacrer un article, et cette trouvaille à un an de l’élection présidentielle prétend répondre, tout le monde l’a bien compris, à un souci électoraliste sans lendemain, maladroitement et hâtivement concocté pour être efficient.

Chiffres contradictoires, dépassements budgétaires bizarres, opacités,… décidément la Chambre des Comptes et de la Discipline Budgétaire à du pain sur la planche. Tout en vous éclairant sur les anomalies (restons polis ) des chiffres, nous invitons, faute de pouvoir la saisir, la Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire à suggérer au Chef de l’Etat, seul destinataire de ses comptes rendus, des budgétaires plus rationnels et des comptes plus transparents.


Le déclin de l’Éducation Nationale

La jeunesse de notre pays, qui représente la majorité de la population est en mauvaise posture face aux défis de notre siècle. L’avenir de cette jeunesse devait être le souci permanent de nos gouvernants en matière de formation et d’éducation se trouve dans une situation de précarité pour des raisons dues particulièrement aux dysfonctionnements de l’enseignement djiboutien. Aujourd’hui plus qu’hier, une incertitude pèse sur la destinée cette catégorie sociale à cause de l’incapacité et au manque de volonté des pouvoirs publics en matière d’Éducation Nationale. Pourquoi cet état de fait, surtout après la tenue d’États Généraux au cours desquels les professionnels avaient clairement identifié les maux et proposé les remèdes ?


On l’entend souvent, l’Éducation Nationale reste officiellement une priorité de l’action gouvernementale et bénéficie pour ce faire d’un budget qui est passé de 3,2 milliards de nos francs en 2001 à plus de 7 milliards en 2003 (cf. loi rectificative 2003). Ce qui représente environ 25% du budget total de l’année écoulée auxquels il faut ajouter les différentes dotations multiformes (manuels, matériels, formations, financements, etc. ), ce secteur rentrant dans la catégorie définie comme cible et prioritaire par les pays riches dans leur politique de lutte contre la pauvreté au niveau planétaire. L’Éducation étant ainsi en charge de la lutte contre l’analphabétisme.

Aussi, pour l’année qui vient de commencer, le gouvernement table sur des investissements sur fonds extérieurs de 2,2 milliards FD auxquels s’ajouteraient 364 millions FD (contrepartie nationale des projets d’investissements programmés) et 304 millions d’investissements sur financement intérieur. Cette enveloppe programmée représenterait en fait plus du double des contributions supplémentaires de l’année qui vient de s’achever. Il est bien clair ici que cette somme ne tient pas compte des frais supportés par les milliers de parents d’élèves à chaque rentrée scolaire tant pour les manuels scolaires que pour des activités autres.

Nous livrons ici ces quelques chiffres surtout pour permettre au lecteur de situer la richesse de ce ministère qui ne correspond pas à son rendement, ses résultats restent médiocres par rapport aux dotations budgétaires dégagées par les contribuables djiboutiens et l’aide étrangère.

Mais d’ou provient donc cet important décalage ? En décryptant, les défaillances de notre système éducatif,il semble bien que sa médiocrité s’explique essentiellement par les pratiques politiques passées et présentes de l’État, lesquelles ont gravement détérioré les fondements de base de ce département ministériel considéré partout dans le monde comme sensible et fondamental, donc à protéger des enjeux politiciens et conjoncturels..

En effet, les Djiboutiens conviennent de la rigueur et de la qualité de l’Éducation et de la formation des Jeunes dans les établissements publics dans les années 1980. Vérité que confirment le professionnalisme et la compétence de nombres de jeunes cadres de ces années-là, travaillant dans l’Enseignement. Or, la désagrégation des conditions de travail, disent certains, aurait commencé au lendemain de la démission du gouvernement de deux ministres qui avaient fait la preuve de leur compétence dans ce département, en lui donnant toutes ses valeurs morales, matériels et techniques ; responsables, enseignants, élèves et parents assumant chacun sa part de responsabilité.

Ces départs motivés, par le refus de la logique de guerre du régime et de ses multiples conséquences sur la population civile, ne constituent pas une explication convaincante de l’état actuel de l’Éducation Nationale : il faut donc chercher dans l’état d’esprit du régime au début des années 1990.

La décennie écoulée avait été marquée par les revendications démocratiques. Le régime djiboutien, comme d’autres pairs du continent étant opposé à tout changement politique, ne pouvait tolérer les revendications des enseignants qu’il considérait comme « un affront » et plaçait, par conséquent, dans le même chapitre, le combat politique de l’opposition et les demandes des droits légitimement exigés par les enseignants, désormais organisés en syndicats, instances pourtant reconnues par la nouvelle Constitution de septembre 1992.

Résultat : l’Éducation a été sciemment cassée pour la simple raison que les revendications des enseignants tombant en pleine période de guerre civile, le régime considérait ces actions syndicales comme relevant plutôt d’un soutien politique à l’opposition armée et qu’il fallait réprimer.

Aussi, les élèves et les parents allaient en connaître les effets négatifs directs et immédiats de cette situation sur la structure et l’architecture de l’enseignement. Les pressions, répressions, arrestations et emprisonnements des enseignants, élèves et parents de ce département forment l’élément catalyseur de la «casse » politique de l’éducation nationale le régime ayant entrepris le remplacement des grévistes et autres sanctionnés de l’enseignement par des volontaires, communément appelés «mobilisés de l’éducation ». Loin de répondre aux profils exigés par ce métier, les postulants venant de divers horizons choquaient et démotivaient les élèves. A ce mercenariat local s’était ajouté celui des étrangers issus de plusieurs pays, venus combler le déficit en personnel enseignant généré par une politique agressive et irresponsable.

De telles conditions de travail ont ainsi provoqué l’abaissement de la qualité de notre enseignement, à quoi est venu s’ajouter la remise en cause des avantages acquis et des salaires des maîtres et professeurs. En plus de cette saignée financière l’impôt patriotique prélevé au profit de la guerre gouvernementale à contribué à la démoraliser les formateurs de nos progénitures, du fait qu’il obérait drastiquement le pouvoir d’achat d’une catégorie sociale culturellement prédisposée à une certaine forme de consommation.

Car ces hommes et femmes subissaient par ailleurs la disparition de diverses primes de leur bulletin de paie. Ce qui naturellement affectait lourdement leur niveau de vie, mais avaient eu aussi des effets graves sur leur état psychologique que n’arrangeaient pas les multiples humiliations quotidiennes de certains établissements publics tels que l’ONED et l’EDD qui pourtant ne pouvaient la situation financière de cette catégorie sociale sujette en plus à plusieurs mois d’arriérés de salaires.

Malheureusement pour notre Éducation Nationale, ces pratiques répressives et anti-sociales allaient produire des effets dévastateurs en cette année 1995. De nombreux enseignants de qualité ont émigré à l’étranger notamment en Europe et au Canada, ceux ou celles d’entre eux encore en fonction sont rongés par le découragement qui mine désormais le métier . Dans un tel contexte, l’enseignement est devenu la proie de certaines pratiques illicites, à chaque début et fin d’année scolaire, on voit des parents d’élèves consternés par les manières parfois osées dont leurs enfants ont été lésés au profit d’autres… mieux lotis.

Par ailleurs, l’inadéquation entre enseignement dispensé d’une part, le niveau et l’objectif attendus d’autre part, générée par la mise au placard de caution académique française à l’ensemble du système éducatif a énormément contribué à l’affaiblissement de la qualité de notre baccalauréat, condition sine qua non d’accès aux études supérieures. Les multiples accords bilatéraux passés avec un certain nombre de pays à formations et enseignements divers et divergents ne servent qu’à colmater l’énorme brèche laissée par une politique irresponsable.

C’est ainsi que sans une programmation cohérente en matière de formation scolaire ou universitaire basée sur les besoins réels du marché de l’emploi du pays, le régime se fourvoie à désengorger coûte que coûte et quel que soit le prix, un système éducatif désuet à travers des accords de coopération hétéroclites expédiant nos progénitures pour des études en Malaisie, Égypte, Yémen, Soudan, Libye, France, Indonésie, Inde, Pakistan, Madagascar, etc.

Ce mixage d’une autre dimension indispose le capital humain, moteur de tout développement, n’est certainement pas la solution à moyen et à long terme. Les États Généraux de l’Éducation tenus dans les conditions que l’on sait, contrairement à ce qui était recherché par les parents et les enseignants, n’arrivent toujours pas à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient assignés. Les multiples problèmes élucidés lors de ces assises qu’ils soient d’ordre conjoncturel ou structurel, demeurent pour la plupart sans réalité pratique, à une année du fameux Plan d’Action de 2001/2005.

La médiocrité de l’enseignement, les échecs scolaires, les disparités de la formation, les déficits en manuels et autres matériels pédagogiques, le faible niveau des élèves en fin du cursus primaire, la disparité de l’enseignement entre les régions du pays, etc… obèrent toute possibilité d’amélioration en ce domaine. En effet, de par l’inefficacité de leurs conclusions, ces États Généraux ressemblent fort à aux illusions d’un professeur d’université qui fait une expérience sur une puce: Celui-ci pose la petite bête sur une table et lui ordonne de sauter ce qu’elle fit. Il lui arracha une à une les pattes et lui demanda de sauter. Constatant qu’elle restait immobile il conclut: « Extraordinaire, quand la puce n’a plus de pattes elle devient sourde ».

Dans ces conditions, il s’avère aujourd’hui que l’enseignement privé est en marche et sert de roue de secours à un système éducatif public en perte de vitesse. Cependant, nombreuses sont les familles qui ne peuvent se permettre ce luxe et qui sont contraints de « garder leur enfant à la maison ».

A ce chapitre des injustices en matière d’enseignement public nous ne pouvons passer sous silence l’inqualifiable atteinte à la scolarité des élèves originaires des zones affectées par le conflit. En effet, au mépris des accords de paix de 1994 et 2001, le régime à criminellement décidé d’ignorer la situation de ces scolaires en refusant d’appliquer la clause de rattrapage scolaire pourtant explicitement contenue dans lesdits accords de paix.

Conséquence de ce mépris, des centaines d’élèves du Nord et Sud-ouest de notre pays sont condamnés à la vie active et constituent donc le gros des chômeurs mineurs sans formation professionnelle abandonnés au khat et à la délinquance, proies faciles du pseudo programme de réinsertion des jeunes cyniquement baptisé Service National Adapté.

Quel gâchis encore !


Insécurité présidentielle

Quand la Police politique sabote la Paix

La comparaison est connue : le minuscule staff de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) est nettement plus efficace que la gigantesque administration présidentielle. Si son cabinet civil attire parfois l’attention sur lui pour des raisons pas nécessairement grandioses, le cabinet militaire, s’occupant des aspects sécuritaires et fonctionnant dans une opacité très peu démocratique, n’en est pas moins contreproductif pour le développement économique et social. A tel point que, lorsqu’il prétend appliquer à sa manière certaines dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, l’autre partie signataire que nous sommes est en droit de parler d’une véritable insécurité présidentielle, nuisant dangereusement aux fragiles acquis d’une concorde civile récemment retrouvée. Et qui gagnerait plus à être consolidée que sabotée par des manipulations électoralistes.


« Quand l’ombre du Pygmée s’étire, c’est que le soleil est près de se coucher » dit un proverbe d’Afrique de l’Ouest. L’importance démesurée que certains services de défense et de sécurité prennent dans la vie politique d’une Nation est révélatrice du degré d’instauration de l’État de droit et du respect des libertés publiques ou privées. Le rôle, pas vraiment constructif, joué par la sécurité présidentielle relativement à l’application sectaire des dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, notamment en ce qui concerne l’incorporation des combattants du FRUD-armé au sein de l’AND, de la FNP et de la Gendarmerie ou pour tout ce qui a trait à l’indemnisation des anciens soldats, policiers et gendarmes, est inquiétant. Car, autant que l’irrespect par rapport à un engagement solennel, il montre une bien triste conception du pouvoir : nuire à son prochain, instrumentaliser la misère pour mieux manipuler la conscience et orienter le vote.

Discrimination partisane à l’indemnisation : telle semble être la tactique adoptée par les responsables de cette Sécurité présidentielle qui aurait abusivement et unilatéralement restreint le nombre des ayants droit tel qu’arrêté par les deux parties au sein de la Commission Paix Civile et Sécurité et consigné dans ledit Accord.

C’est-à-dire 130 candidats arbitrairement choisis selon des critères faciles à imaginer en cette période de frénésie électorale, alors que près de 250 anciens soldats, policiers et gendarmes avaient été normalement recensés, sous réserve de complément d’enquête que les différents corps devaient engager à leur niveau pour identifier tous ceux qui, au moment du conflit, s’étaient par principe placés dans la catégorie de « déserteurs ». Que ce soit en politique, en syndicalisme ou dans tout autre domaine impliquant de discuter avec des représentants, le problème, c’est que le régime préfère les clones et les usurpateurs : il ne veut ni ne peut faire face à la légitimité de ceux qui ont des principes à défendre.

Aux dernières nouvelles, ces postulants à l’indemnisation, regroupés au sein d’une association de défense de leurs intérêts, envisageraient de descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement face à ces manipulations mesquines. Nous ne pouvons que les en dissuader, surtout aux abords du Palais Présidentiel : sa Garde manque parfois de sang-froid et va jusqu’à tirer sur d’anciens soldats, aujourd’hui handicapés de guerre ; comme si leurs chaises roulantes allaient se transformer en chars d’assaut.

Discrimination à l’incorporation : nous avons déjà eu l’occasion de porter cette affaire sur la place publique car il est inconcevable que les 295 incorporés du FRUD-armé soient encore victimes de ségrégation, comme s’ils n’étaient pas des citoyens à part entière. En premier lieu, c’est à se demander à qui appartient la Gendarmerie, tant son chef semble n’en faire qu’à sa tête, au mépris de l’État de droit et des engagements souscrits dans le cadre d’un accord de paix : il refuse catégoriquement de normaliser la situation de ceux qui ont été incorporés dans la force qu’il commande, les maintenant dans une position de « mobilisés » anachronique et un salaire de misère y correspondant.

Suprême provocation, il s’apprêterait même à en démobiliser quelques uns : nous le mettons solennellement en garde contre une aventure aussi hasardeuse. Quoique que meilleure au sein de l’Armée et de la Police, la situation des incorporés n’y est pas totalement stabilisée, uniquement par un manque de volonté politique trahissant, dans toute son étendue, l’absence des règles de droit, la prédominance du favoritisme et du caprice partisans, bref la transformation en milices privées des forces de défense et de sécurité censées normalement témoigner du plus grand respect pour les valeurs républicaines.

Tant que la primauté de cette règle de droit ne sera pas unanimement admise par l’ensemble du corps social, dirigeants comme administrés, militaires comme civils, il est illusoire d’espérer une pacification des mœurs politiques. Tout comme il est malheureusement normal que certains secteurs opaques prennent une importance aussi démesurée, au péril de la concorde civile.


Dyarchie de la première pierre

Rééquilibrage institutionnel ?

Faut-il y voir une première application concrète de la promesse présidentielle d’un rééquilibrage des pouvoirs politiques annoncés à l’occasion du nouvel an 2004 ? C’est que laisse à penser la frénésie de la primature relative aux poses des premières pierres. Hier à Dikhil demain à Tadjourah, après demain à Khor-Angar ? C’est qu’en effet le Premier Ministre ces derniers temps très occupé à poser des premières pierres. Même si la constitution le confine à inaugurer des chrysanthèmes, cette surcharge de travail est remarquable et nous nous devions de le relever. Car, pour les Djiboutiens, le spécialiste incontesté de la pose de la première pierre (sans lendemain), c’est le Chef de l’État en personne.


A première vue, l’observateur mal avisé peut légitimement penser qu’il s’agit là d’une délégation de pouvoir allant dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs au sommet de l’État : Faut bien commencer quelque part, et quoi de mieux indiqué que les fondations, même d’un stade ?

Quelques observateurs avisés, malins impertinents et fidèles lecteurs de « Réalité » voient une autre raison de ce transfert de compétences. En effet, les perspicaces n’oublient pas que notre journal s’est fait l’écho d’une lassitude populaire : à force de le voir monopoliser urbi et orbi la pose de la première pierre, le citoyen lambda avait décerné au Chef de l’Etat le titre de « spécialiste de la première pierre ». Car, concrètement à ces pierres-là, le Chef de l’État en campagne de réélection ne veut pas que ses actions de marketing politique restent sans lendemain. Comme une certaine première pierre d’un dispensaire à Khor-Angar, c’était en février 2002, on connaît la suite…

Aux dernières nouvelles, cette pierre s’ennuie mortellement. Mais, peut-être qu’en homme de culture (lui qui a tant officié en ce domaine au bureau politique du Rpp) il n’aimerait pas que Corto Maltesse soit dépaysé par la modernité des lieux, s’il devait un jour revenir dans cette région, au charme sauvage, mais désolée du nord d’Obock. Le héros de la bande dessinée d’Hugo Pratt connaît bien cette contrée puisque, dans les années trente, il avait été profondément marqué par une « conversation mondaine à Moulhoulé ».

En attendant, les malheureux ruraux de Khor-Angar sont privés de soins, tandis que le Premier Ministre pose à son tour des premières pierres… qui ont quelques chances de grandir, car ces projets sont financés par la coopération chinoise. En fait, en ces temps difficiles pour le régime, la pose de la première pierre est un exercice facile, permettant à des dirigeants impopulaires de parader dans des lieux où ils ne sont plus en odeur de sainteté. Géniale trouvaille politique que ces cérémonies des premières pierres : grâce à elles, les populations mécontentes sont aisément mobilisables au prétexte d’apporter leur bénédiction reconnaissante à un projet de développement, qui plus est destiné à la Jeunesse.

A cette occasion, ministres, mal élus et autres fonctionnaires courtisans font le déplacement en compagnie bien sûr des bailleurs de fonds étrangers, chaleureusement reçus sur place à coups de chants et de danses traditionnels organisés à leurs intention et outrageusement récupérés dans un but propagandiste. Par ailleurs, ces futurs chantiers financés par la générosité extérieure permettent au régime de créer quelques emplois à travers des embauches sélectives, comme cela est actuellement le cas pour les recrutements électoralistes du service national adapté.

Pour le Premier ministre, le déplacement de demain à Tadjourah constitue la réalisation d’un ancien vœu: retrouver sa ville natale à l’occasion d’un heureux événement. Grâce à la Chine populaire, sa ville aura un stade omnisport que son gouvernement n’a pas été capable de lui offrir. Malheureusement pour lui, les Jeunes de la Ville-Blanche savent que leur illustre concitoyen n’a pas été en mesure (malgré sa bonne volonté) de concrétiser une seule des pompeuses promesses faites lors de son dernier séjour sur place, c’était le 1er mai 2003. « Rendez-vous dans trois mois pour récolter les premiers fruits » leur avait-il alors lancé en installant à la hâte un pseudo comité de suivi, uniquement composé de ses rares partisans.

Huit mois après cet engagement solennel, aucun fruit n’a été récolté, parce qu’aucune graine sérieuse n’a été semée. Et le voilà qui revient cette fois-ci avec son éternel sourire, porteur d’un vrai cadeau : une installation sportive entièrement financée par un pays ami. La ruse est de taille, mais l’appât est trop gros et l’hameçon mal noué. A cette pêche politique au gros, les prises risquent d’être réduites au menu fretin. En politique, il est parfois plus judicieux de battre en retraite plutôt que de partir à l’assaut sans y être préparé. Si le catalogue des promesses mensongères de ce régime semble inépuisable, la patience des populations précipitées dans la précarité a ses limites. Ignorant cela, le mimétisme partisan pousse à copier des gestes symboliques autrefois dévolues au Chef de l’État.

Cela ne signifie nullement que l’influence du nouveau poseur de première pierre tend à s’accroître. Bien au contraire, une telle délégation des pouvoirs ne doit-elle pas plutôt donner à penser que la pose de la première pierre n’est plus une action si rentable que cela ? En effet, tout indique que le spécialiste de la première pierre a compris tout le risque politique des multiples premières pierres en souffrance de concrétisation depuis avril 1999, à Obock, Damerjog, Khor-Angar ou ailleurs. Il apparaît ainsi que la dyarchie observable dans la pose de la première pierre est l’œuvre machiavélique de celui qui prétend reculer pour mieux sauter. Car, c’est bien connu, reculer est plus facile et prudent que sauter, surtout lorsque des premières pierres inachevées jonchent la voie… présidentielle.


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