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Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

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Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Rapport de la LDDH sur le syndicalisme
  4. Commentaire sur le bureau américain des Droits de l’Homme
  5. Gaza 2004 : un tournant infernal
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 89

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SILENCE ON (DE)TOURNE : CINEMA POLITIQUE,

CADEAUX PRIVES ET ARGENT PUBLIC

On pensait que les sommets du ridicule avaient été atteints la semaine dernière avec le don de dix bicyclettes (de fabrication chinoise) aux jeunes de Randa, par une association-maison dont la transparence n’est pas la première des vertus, ni l’efficacité apparemment. De toute évidence, avec ce régime en quête de reconduction et usant de tous les artifices démagogiques pour mystifier ses concitoyens, les pneus de vélo sont moins increvables que la bêtise, surtout lorsqu’elle provient de la haute fonction publique.

Ainsi, le week-end dernier, les jeunes du Day ont vu débarquer le présidentiel cortège fuyant quelques instants le Capitale, pour se ressourcer à l’ombre de plants de khat venus des hauts plateaux éthiopiens. En tant que tel, l’exercice masticatoire, même impliquant d’aussi hautes personnalités, n’a pas défrayé la chronique locale ; c’est tellement banal de brouter !

Par contre, un don inattendu, exotique à rebours, mérite une grande attention car il est révélateur de nombreuses dérives et mystifications. Arrivé dans les bagages présidentiels, un haut fonctionnaire apparemment au four et au moulin, vraisemblablement parce que lui aussi en campagne d’auto-promotion, Directeur de l’Office des Prestations Sociales pour mieux le nommer, n’a pas hésité à prendre sur son temps libre pour offrir à ces jeunes désœuvrés du Day une télévision et un groupe électrogène ( à essence, s’il vous plaît) pour le faire fonctionner, puisque l’adduction d’eau n’a pas voulu se transformer en projet hydroélectrique.

OPS, ou OPA sur l’administration et les deniers publics ? On sait que, pour une grande partie, les problèmes de trésorerie de l’OPS, de trésorerie et de maintenance de l’EDD (Electricité de Djibouti) sont dus à leur énorme participation financière à l’effort de guerre au début des années 90. Avec l’actuel régime, un nouveau pas dangereux a été franchi : la frontière est devenue totalement inexistante entre politique partisane et service public.

La première dimension révélatrice de cette régression du sens de l’Etat, c’est la pratique des petits cadeaux dont on ne sait pas trop s’ils sont effectués sur fonds privés ou publics. Cela importe peu car, en définitive, il est indécent qu’un responsable distribue des petits cadeaux ou court-circuite tout le programme d’Aménagement du Territoire en prétendant initier sur fond personnels des projets de développement (unité de dialyse ou de mammographie à la Santé, Forage çà et là, etc.) au gré de ses déplacements électoraux, car censé représenter tout le monde, il ne saurait être soupçonné de favoritisme.

La seconde dimension remarquable, c’est la servilité avec laquelle des fonctionnaires en quête de promotion politique ou administrative s’investissent corps et âme dans des entreprises partisanes de mystification, à coups de hochets et de khat. Sans que l’on sache par quel miracle financier, le pays bruisse de rumeurs, le plus souvent fondées, selon lesquelles tel haut fonctionnaire entretiendrait à ses frais une série de mabraz où l’on mastique jusqu’à la crampe des mandibules. Cette pratique s’observe surtout chez les originaires des régions les plus défavorisées, parce que l’injustice qui les frappe demande plus d’efforts complices et d’appel aux bas instincts.

Ce détournement de la nécessaire neutralité de toute administration, avec la complicité de ceux qui ont parfois payé leur idéal démocrate de leur personne, n’est malheureusement que l’effet secondaire d’un détournement opéré en amont : celui de la volonté populaire par fraudes électorales. C’est l’absence de démocratie qui pousse arrivistes et prétendants arrivistes à la plus basse servilité, parce qu’ils ne devront leur promotion qu’au bon vouloir d’un régime qui recrute selon la prédisposition à l’obéissance. C’est pour cela qu’il leur faut distribuer, au nom de celui auquel ils doivent tout ou dont ils attendent tout, khat et télévision : la campagne approche, alors tous aux mabraz ou devant la télé. Le crime n’est même pas maquillé. Comme le disait si bien Paul-Jean Toullet : « Le arrivistes sont des gens qui arrivent. Ils ne sont jamais arrivés». A bon …


Brèves nationales

Madame recrute :

L’UNFD applique l’Accord de Paix ?

Il y a quelque mois, un sympathique lecteur nous avait adressé un petit courrier dans lequel il nous invitait à ne pas du tout évoquer toutes les bassesses par lesquelles le régime croyait nous punir d’être opposants. Au nombre de ces vilenies, il y a le blocage de deux ans de salaire ainsi que le refus de réintégrer les cadres du FRUD-armé, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Aux dernières nouvelles, il semblerait que, par une sensibilité toute féminine, le régime serait en train de reconsidérer sa position et d’abandonner cette forme primitive de terrorisme qui consiste à dénier le droit au travail et au salaire, constitutionnellement garanti. Mais les dessous de ce revirement ne sont guère propres, et il y a tout lieu de craindre que, finalement, la montagne n’accouche d’une souris.

Depuis un certain temps, des sources autorisées racontent que la Première Dame du pays, accessoirement Présidente de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) serait en train de personnellement s’impliquer dans ce dossier et battrait ciel et terre (tant qu’il ne s’agit que de ça) pour amener le régime (on ne sait par quel chemin ) à faire appliquer certaines mesures individuelles contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certains directeurs proches du Premier ministre (il y en a ) clament à ce sujet dans les mabraz : « Ils doivent absolument aller voir leurs Ministres de tutelle , il est au courant car Kadra a tout réglé ». Ce que, par respect pour ledit ministre (qui n’a d’ordre à recevoir d’aucune femme non habilitée par les textes), et dans l’esprit de l’Accord de Paix (qui n’est pas passé par un chemin aussi tortueux), les cadres du FRUD-armé ne pouvaient accepter.

Même dans le secteur privé, la procédure d’embauche n’obéit pas aux rumeurs : il est impensable de demander à un candidat de se rendre auprès d’un chef de personnel au prétexte qu’untel aurait entendu parler de son dossier dans la Rue des Mouches ! Il ne s’agit pas ici de supplier qui que ce soit pour obtenir un quelconque privilège : il est tout simplement question de respecter un engagement solennellement souscrit par le gouvernement et que le Chef de l’Etat s’était lui-même engagé devant le Peuple à appliquer.

Maintenant, sans sous-estimer la diplomatie au féminin, il nous semble plus sain, d’un point de vue institutionnel autant que politique, que cela suive une voie clairement établie et respectueuse du rôle de chacune et de chacun, aussi insignifiant ou protocolaire soit-il. Que chacun s’assume, dans la maturité de sa trajectoire, de ses sacrifices et de son honneur, dans le respect d’un Accord de Paix dont le Peuple attend l’application la plus honnête.

Cyclisme rural :

Attention au col… du fémur !

Au début de l’été 2002, une journaliste égyptienne, certainement pas mal intentionnée (est-il plausible qu’elle soit venue chez nous en pleine canicule juste pour discréditer notre pays ?), avait tenté autant que possible, de rendre compte dans les colonnes de son journal de l’extrême état de dépendance vis-à-vis de l’extérieur dans lequel se trouve notre économie. Ce à quoi un zélé journaliste de « La Nation », dont nous tairons le nom par pudeur, avait vertement répondu avec un argument tout à fait inattendu et texto : cette ingrate journaliste prétend que Djibouti ne possède même pas une usine de production d’aiguilles à coudre ! L’honnête citoyen moyen, pas toujours au courant de toutes les miraculeuses réalisations gouvernementales, et croyant sur écrit ce qu’énonce « La Nation », a alors comme la fâcheuse impression d’avoir raté un épisode : existe-t-il vraiment à Djibouti une usine de production d’aguilles à coudre ?

Et, dans une perspective décentralisée et respectueuse des unités de production industrielle que l’on voit ces temps-ci fleurir dans les districts de l’Intérieur, il se pose une question : y-a-t-il une usine de production d’aiguilles à coudre que le régime cacherait (peut-être à Randa, ce qui expliquerait le don de bicyclettes) afin de ne provoquer aucune jalousie tribale ? La réponse est simple : il n’a jamais existé à Djibouti la moindre usine de production d’aiguilles à coudre, quoi qu’ose tranquillement prétendre un journaliste de « La Nation » sans respect pour ses lecteurs, ni pour la décence de ses écrits.

Sous des faux airs de quiproquo, ce journal a récidivé lundi dernier en publiant une réaction à nos commentaires relatifs à un don de dix bicyclettes d’origine chinoise. Sous la plume du récipiendaire (forcément, la gratitude du ventre ou plutôt des mollets), il nous est reproché d’attenter à l’honneur de tout un village, sans parler de celui des donateurs et des illustres spectateurs venus de la Capitale.

Si certains trouvent que la politique du bakchich n’a rien de déshonorant et peut même tenir lieu de politique de développement, libre à eux de se mystifier. Mais qu’ils ne cherchent pas à tromper le Peuple : si un de ces bienheureux cyclistes venait à tomber de sa monture et se fracturait quelque fémur, c’est d’un dispensaire qu’il aura besoin. Manque de chance, l’ADPEF n’a rien prévu en ce sens dans son don : comme la plupart des localités rurales, Randa n’a aucun dispensaire digne de ce nom. A notre humble avis, un petit centre de soins nous semble prioritaire par rapport à des vélos, même chinois. Et encore, si c’étaient les infirmiers en zone rurale qui avaient été dotés de bicyclettes pour mieux soigner jusque dans les secteurs les plus reculés et inaccessibles, qui sont de plus en plus nombreux par démission de l’État…

Enfin, rendons à César ce qui appartient à César, si l’on peut le mettre à cette sauce : contrairement à ce que nous écrivions, l’un des illustres spectateurs n’était pas le Secrétaire Général d’un ministère, mais un autre haut fonctionnaire natif de la région et qui se sera reconnu.

Ali-Sabieh :

La Jeunesse Assajog se rebiffe

Déçus de l’esbroufe et du mensonge du régime RPP, la dynamique jeunesse d’Ali-Sabieh, regroupée sous la bannière LJA (Ligue de la Jeunesse Assajog) a remis les pendules à l’heure dans son numéro 8 de son organe de presse « La Tribune d’Ali-Sabieh ». Habitué à la mansuétude, sinon la complicité, des bulletins d’information des associations nationales, le régime a paniqué en mobilisant certains notables appointés, dans le but de « calmer » cette frondeuse jeunesse, largement victime du chômage, comme partout dans le pays. Devant le refus de ces derniers de se plier aux diktats partisans, le pouvoir a en toute hâte fait réagir dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » des membres crédules et intéressés de cette association, mais n’appartenant pas ses instances dirigeantes.

Coup d’épée dans l’eau, loin de rassurer un régime en plein désarroi. Les Assajog dans leur grande majorité expriment ouvertement leur rejet du système RPP et de ses pseudo-réalisations industrielles, dans un district solidaire des difficultés rencontrées par toutes les populations de toutes les régions du pays. Les jalousies sociales et les démagogies électoralistes ont fait leur temps : elles ne passent plus.

D’ailleurs, le seul Président de cette association a convoqué pour vendredi 26 mars une assemblée générale pour demander une motion de confiance aux adhérents.

Vivement le n°9 de notre confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh » : le langage de la vérité lui assurera, à n’en pas douter, le succès que mérite toute presse indépendante et sérieuse, respectueuse de sa mission, donc de ses lecteurs.

Tadjourah :

La fin d’une politique

Le week-end dernier n’a pas été de tout repos pour les usurpateurs de l’UMP. Après la dénonciation spectaculaire de l’esbroufe officielle par la jeunesse Assojog qui a, ce faisant, brisé le carcan dans lequel le pouvoir tentait de l’enfermer, ce fut au tour de la jeunesse UAD du district de Tadjourah de lui porter le coup de grâce.

Rappelons brièvement les faits. Dans l’après-midi du jeudi 18 mars, le Chef de l’Etat, accompagné de son souriant Premier ministre (il insiste) a débarqué à Tadjourah venu par mer à bord de son luxueux yacht (privé ?). Un convoi de la Garde présidentielle les y attendait. Les prétoriens étaient particulièrement nerveux ce jour-là, et pour cause : miraculeusement avertis du passage dans leur ville de ces illustres touristes, auxquels « la gestion de vraie problématique » n’interdit pas quelques escapades écologiques, la jeunesse UAD a tenu à les accueillir à sa façon, en déversant sur plusieurs centaines de mètres des milliers de bulletins de vote verts des candidats UAD de cette circonscription électorale lors des législatives de janvier 2003.

Le convoi officiel s’est ébranlé vers le jardin d’acclimatation du Day, où les illustres « brouteurs » ont passé l’après-midi à se concentrer sur les feuilles vertes venues des hauts plateaux éthiopiens et la nuit entière, non sans appréhension qui n’ont rien à voir avec le blues post-khatique.

Le lendemain, les dirigeants UMP devaient se rendre à Sagallou où les attendait un copieux déjeuner, mais sans les invités escomptés, qui ont préféré boycotter ce gargantuesque événement : crime de lèse-ripailles majestueuses. Après le festin, les rares convives présents ont malmené leur illustres invités avec des doléances récurrentes qui ont quelque peu perturbé la digestion des candidats en campagne.

A court d’arguments et de promesses, la réponse officielle s’est limitée distribution massive de khat, venu d’Ethiopie celui-ci. Soulagés de quitter Sagallou et ses revendications intempestives, la délégation présidentielle a pris la route de Tadjourah. Manque de pot, arrivée au niveau du village oubliée de Kalaf, quelle ne fut pas sa déception d’y découvrir des messages écrits sur plusieurs centaines de mètres de chaussée : Vive l’UAD ! Vive Dini!

Quant aux villageois, ils se sont ostensiblement rassemblés devant le siège local de l’ARD, à moins de vingt mètres de la route. Echaudés par leur aventure dans le district de Tadjourah, les spécialistes de la fameuse gestion de vraie problématique ont tôt fait de rejoindre Djibouti-ville à bord du même et toujours luxueux yacht présidentiel (public et privé) vendredi après-midi.

Ainsi aurait pris fin ce qui devait être une simple promenade de santé dans le district de Tadjourah, plus que jamais bastion confirmé de l’opposition.

Dikhil :

Pas de pharmacie communautaire

Alors que la pharmacie privée de Tadjourah avait été fermée au prétexte qu’une autre communautaire allait y être ouverte par le ministère de la Santé, celle de Dikhil était restée en service.

Maintenant que le régime se targue d’avoir ouvert des pharmacies communautaires dans tous les districts, Dikhil n’en dispose toujours pas : où est la logique ?


Rapport de la LDDH sur le syndicalisme

SOCIAL

A l’heure où le régime commence un nouveau tam-tam politique sur les thème des droits de l’Homme, qu’il respecterait en vraie démocratie digne de ce nom, il n’est pas inutile de proposer un point de vue différent. Après celui, plus général, du rapport Département d’Etat américain pour l’année 2003, que nous avons reproduit trois semaines durant, voici le premier volet du rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains sur l’état du syndicalisme national, ou plutôt de ses difficultés à être indépendant d’un pouvoir politique répressif, n’autorisant que les syndicats-maison, de préférence clonés. Ce rapport a été présenté au Congrès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui s’est tenue du 1er au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur.


 

I. Bref rappel historique

a) Un syndicalisme embryonnaire

Ancienne colonie française, la République de Djibouti compte environ 700.000 habitants. Indépendante depuis 1977, elle a été gouvernée par un parti unique (Rassemblement Pour le Progrès) jusqu’en 1992. Dépourvue de richesses naturelles, l’économie est surtout basée sur les services. L’Etat est de loin le principal employeur du pays. A l’instar des autres pays africains, le parti au pouvoir avait inféodé la centrale syndicale unique de l’époque, Union Générale des Travailleurs Djiboutiens (UGTD).

En 1991, une guerre civile éclate dans le pays. En novembre 1992, sous la pression de la France, le pouvoir se résout à une ouverture en demi-teinte et élabore unilatéralement une constitution faisant place au pluralisme syndical. C’est l’émergence des premiers syndicats libres et indépendants dans le pays.

Parmi les plus actifs et les plus structurés, figurent le Syndicat des enseignants du Second Degré (Synesed ), le syndicat des enseignants du Primaire (SEP), le Syndicat du Personnel Bâtiment et des travaux Publics (SPBTP), … tous affiliés à la centrale syndicale Union Djiboutienne du Travail (UDT), elle aussi nouvellement créée. Malgré leur jeunesse, ces nouvelles organisations ont fait leur preuve en matière de fonctionnement démocratique, ce qui leur a permis des affiliations internationales avec la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), l’Internationale de l’Education (I.E), L’Internationale du Service Public (ISP). etc.

B) La grande crise de 1995

La dégradation continuelle de l’économie du pays (en déclin depuis près de deux décennies) l’amène directement vers un programme d’ajustement structurel. En réponse aux exigences du Fond Monétaire International de réduire de manière drastique les dépenses publiques, le pouvoir initie, en 1995, une loi de finances réduisant les revenus des travailleurs de plus de 20% à travers des artifices divers (taxes, réduction de salaire, suppression d’avantages acquis, etc.). Bien entendu, les syndicats, méprisés par le gouvernement, n’ont jamais été consultés à ce sujet.

En septembre de la même année, les syndicats mobilisent les travailleurs de tous les secteurs, une grève générale paralyse le pays. Même l’UGTD s’y associe en créant l’intersyndicale avec l’UDT. Dans le même temps, on assiste à des manifestations massives témoignant de la colère des travailleurs révoltés. Devant l’ampleur du mouvement, aussi important qu’inattendu, le pouvoir panique. Tour à tour, il engage des discussions, brandit des menaces et emprisonne les leaders syndicaux et les militants les plus en vue par centaines dans un centre de détention situé à 8 km de la capitale. Parallèlement, des tentatives de corruption sont menées dans les milieux syndicaux. Déçus par l’absence de sincérité de la part des représentants du gouvernement, les syndicalistes persistent et rejettent la loi en bloc.

Agacé, le gouvernement décide de frapper fort en licenciant la quasi -totalité des dirigeants de l’intersyndicale (UGTD/UDT), pour l’exemple sans doute. Décapité, le mouvement syndical s’amenuise mais menace de rejaillir. Le pouvoir retire alors la loi en question, le temps de retrouver un calme social et surtout de s’assurer d’avoir anéanti toute réaction syndicale ultérieure. Dans le budget national de 1998, le gouvernement intègrera toutes les dispositions de la loi contestée.

Les centrales étant écrasées, seuls les syndicats enseignants structurellement plus autonomes, continuent à résister. Le pouvoir retourne ses griffes contre ces derniers qui sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont désormais seuls sur le terrain. La crise perdure car les revendications enseignantes sont aussi bien d’ordre salarial que strictement professionnelles. La répression est de plus en plus dure. Les arrestations s’enchaînent dans le milieu enseignant et, à deux reprises, les policiers tirent à balles réelles lors des manifestations de collégiens et lycéens, provocant la mort d’un élève et blessant gravement à l’abdomen un deuxième. Les syndicats dénoncent les crimes et mondialisent l’information par le biais d’organisations internationales (CISL, IE, …)

La répression s’accentue sur les enseignants, le pouvoir use de tous les moyens pour défaire ces organisations. Des ministres font du porte-à-porte, menaçant les familles des militants et des dirigeants. Dans le même temps, ils organisent des réunions à caractère tribal au sein des enseignants dans le but d’infiltrer et de désorganiser le mouvement.

Devant les volte-face répétées et la mauvaise foi des responsables politiques qui ne tiennent aucun de leurs engagements, le Synesed décide en assemblée générale de boycotter les examens de fin d’année dans l’espoir de ramener le pouvoir à plus de sérieux dans ses rapports avec les syndicats. Le gouvernement perçoit cette action comme un affront, licencie les dirigeants du Synesed en février 1997. Parmi les quatre (4) Secrétaires Généraux qu’a connu ce syndicat durant sa courte histoire, trois (3) figurent dans la liste des révoqués de la fonction publique. Trente sept jours consécutifs de grève et de manifestation de soutien de la part de leurs collègues et sympathisants n’ont pas réussi à infléchir l’intransigeance gouvernementale.

II. Les conséquences de la répression syndicale dans le pays

a) Une frustration populaire

Quels que soient les objectifs du pouvoir dans sa lutte antisyndicale, son attitude vis-à-vis des travailleurs a des conséquences néfastes et durables sur la société à l’échelle nationale. D’abord, un sentiment généralisé de frustration fait place aux espoirs suscités par la lueur de la démocratisation de 1992. Le sentiment d’être privé des libertés les plus fondamentales n’a jamais été aussi fort au sein de la population et notamment parmi la jeunesse consciente des enjeux. La peur de la répression inhibe toute velléité d’organisation indépendante et surtout toute volonté d’en assurer le leadership.

b) Une fuite de « cerveaux »

Pire encore est l’effet de la stratégie gouvernementale qui consiste à « cloner » tous les groupements sociaux ou politiques authentiques échappant à son contrôle. Systématiquement, Le régime monte de toute pièce, des entités portant le même nom et inféodées à lui. Cette pratique a crée un climat social marqué par une méfiance frôlant la pathologie et rendant encore plus difficile la communication entre les acteurs sociaux, freinant par la même occasion, l’émergence de mouvements syndicaux ou associatifs dignes de ce nom. La décennie écoulée aura été marquée par le départ massif des jeunes cadres et de familles entières résolus à l’exil. Bien plus que la situation économique, c’est l’absence de libertés, la dégradation de l’enseignement public et de la protection sociale, la soumission flagrante du système judiciaire au pouvoir exécutif , l’impossibilité de créer des structures collectives de défense des droits, qui constituent les facteurs déterminants de cette désaffection, pour ne pas dire ce dégoût, des citoyens vis à vis de leur pays.

La haine du régime vis à vis des syndicats est corroborée par l’anecdote suivante: en 1996 un syndicaliste djiboutien en mission à l’étranger échappe à un crash d’avion au large des Comores. Par erreur il est arrêté et mis en détention par les autorités comoriennes qui le confondent avec un des terrorises responsables du détournement de l’avion. Les autorités de son pays n’ont pas entrepris la moindre action pour essayer de le disculper. Elles n’ont même pas voulu confirmer à leurs homologues des Comores les déclarations du prisonnier sur son identité et sa nationalité. Les publications faites ultérieurement dans le pays sur cette affaire ont révélé à la population le vrai visage de son gouvernement. Elles auront sans doute marqué l’opinion nationale.

Lors de la campagne électorale pour les législatives de 2003, Hachim Ladieh Adawe, dirigent syndical enseignant faisant partie des licenciés, a été trouvé mort dans le siège social du syndicat de l’hôtellerie. Aucune enquête n’a été diligentée par le pouvoir .

Contrairement aux années 80, on assiste à une véritable hémorragie des « cerveaux ». Les étudiants à l’étranger reviennent très rarement au pays. De toute évidence, l’économie nationale ne tire aucun avantage de cet état de fait. De plus, les travailleurs résidents sont soumis, depuis la paralysie des syndicats, à toutes les mesures gouvernementales aussi arbitraires qu’antisociales. D’où un découragement et une démotivation forcément préjudiciables à la qualité du travail fourni.

c) Un recul de la démocratie

Enfin dans le domaine politique, le contexte actuel se prête peu à l’évolution des mentalités vers l’instauration des valeurs démocratiques. Les réflexes clientélistes du pouvoir constitue une prime à la facilité, à la soumission, à la corruption des esprits et à l’épanouissement de ceux qui ont foi en la force comme seul facteur régulant les rapports humains.

III. La situation actuelle du syndicalisme djiboutien

a) De l’intransigeance gouvernementale

Depuis la grande purge de 1995/97, la situation syndicale, a très peu évoluée, la position officielle des syndicats est claire. Il est demandé au gouvernement :

– De réintégrer collectivement tous les dirigeants et militants licenciés pour leurs activités syndicales.

– De respecter les conventions 94 et 87 de l’OlT (régissant l’exercice de la liberté syndicale et les négociations collectives).

En conséquence, il n’est pas question pour les syndicalistes d’accepter un préalable à la réintégration consistant à abandonner leurs activités syndicales ultérieurement comme il a été exprimé ça et là par la partie gouvernementale.

Pour des raisons humanitaires, les personnes licenciées peuvent. négocier à titre individuel leur propre réintégration. C’est conformément à cette clause que certains syndicalistes ont retrouvé leur travail sans qu’aucune réparation ne leur soit accordée en guise d’indemnisation pour la période d’inactivité. La plupart des leaders demeurent tout de même encore aujourd’hui licenciés.

b) Une lutte clandestine

De ce fait, le combat syndical peut difficilement être mené de manière formelle et organisée. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation, considéré comme un secteur sensible. Le milieu enseignant est sous haute surveillance de la part d’un pouvoir redoutant une résurgence des mouvements passés. Il n’en demeure pas moins que les professeurs et les instituteurs réussissent à défendre le minimum, c’est à dire la régularité du salaire à coups de grèves sauvages consécutives à des concertations clandestines. Ils sont même parvenus, il y a quelque temps, à réduire d’un mois leur retard de salaire par rapport aux autres agents de l’Etat dépendant, comme eux, du ministère des finances.

Ces grèves sont efficaces. Elles déstabilisent le pouvoir désarmé par l’absence d’interlocuteurs officiels à soumettre aux pressions gouvernementales habituelles. Des ministres sont contraints de se déplacer dans les établissements du second degré pour demander aux professeurs de constituer un nouveau syndicat ou à défaut de désigner quelques personnes en guise de délégués. Ils se sont toujours heurtés à un refus catégorique des grévistes qui leur ont ouvertement signifié que leurs représentants sont licenciés et qu’ils n’en ont pas d’autres à sacrifier.

Les enseignants savent à leurs dépens et par expérience, que les crises sociales sont toujours gérées dans le pays, selon le même schéma. La dernière en date concerne des dockers du port privés de pension de retraite. Après avoir écrit, en vain, à toute la hiérarchie politique, ils entrent en conflit direct avec leur employeur. La police leur demande alors de choisir des délégués en vue des discuter avec les autorités du port. Ils en délèguent cinq d’entre eux à cet effet. Une fois identifiés, les délégués sont transférés au commissariat puis mis en détention en prison pour plusieurs jours et finalement déférés devant le tribunal qui les a condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour trouble à l’ordre public. Il s’agit de Mohamed Ali Somboul, Ali Mohamed Gas, Moussa Hamad Mohamed, Sougneh Houssein Sougneh et Seiko Mohamed Walfo. Tous les cinq affirment avoir été torturés, en pleine prison, par la police durant leur détention. On voulait les obliger à signer un document stipulant qu’ils abandonnent leurs droits. Le dernier de la liste ci-dessus a hérité d’une luxation du coude gauche et Possède un certificat médical attestant de cette blessure. Ces évènements se déroulent en février 2004.

c) Un dialogue social complètement rompu

Cette réaction met en lumière le degré de méfiance des collègues vis-à-vis de leur gouvernement. Il existe une explication historique et objective à cette situation. Il faut la chercher dans les années où la direction syndicale était encore tolérée et pouvait discuter avec le pouvoir. Face à l’intransigeance et les menaces répétées des représentants gouvernementaux, les négociateurs syndicaux avaient pressenti la rupture prochaine. Ils n’ont pas manqué de mettre en garde le pouvoir contre l’adoption des mesures radicales, susceptibles de créer un vide syndical aux conséquences incalculables pour la paix sociale et la démocratie. La réponsse a été à chaque fois laconique, sans équivoque et d’un cynisme déconcertant: « le gouvernement a le moyen de se débarrasser des agitateurs locaux (les enseignants nationaux) et d’engager des étrangers prêts à les remplacer. » Naturellement, ces arguments ont été rapportés et discutés en assemblée générale syndicale et ont laissé des traces indélébiles sur la conscience des uns et des autres.

La confiance des enseignants en une quelconque bonne volonté gouvernementale est d’autant plus altérée que le régime a traduit en acte les menaces proférées à l’époque. Une fois leur syndicat décapité, impuissants face au rouleau compresseur gouvernemental, les enseignants nationaux s’exilent en masse en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, etc.. Ils sont effectivement remplacés par des coopérants provenant du Sénégal, de Madagascar, d’Egypte, de Tunisie, etc. Faut-il souligner que ceux-ci perçoivent un salaire régulier nettement supérieur aux rémunérations des leurs homologues locaux. L’avantage pour le pouvoir, c’est qu’ils ne peuvent pas se syndiquer ?

Le gouvernement espérait ainsi couper court à toute protestation, tout contre-pouvoir. Il n’en est rien aujourd’hui. Les grèves continuent même si les revendications sont réduites à leur plus simple expression: la survie des enseignants. Pour autant qu’elles soient efficaces, ces grèves peu médiatisées, peuvent traîner en longueur, altérant sérieusement le système éducatif. Une fois de plus, ce sont les plus faibles, en bout de chaîne qui en payent le prix fort. Il s’agit, bien entendu, des élèves.

d) Une répression permanente

Bien que les organisations syndicales les plus actives soient démantelées, la phobie antisyndicale du pouvoir reste intacte. Pour preuve, les dirigeants qui ont échappé à la purge des années 90 sont harcelés en permanence. Sans prétendre être exhaustive, voici quelques cas révélateurs de l’ambiance qui règne dans le pays. Sous le coup d’une mesure de congédiement avec une baisse substantielle de revenus, tous ces travailleurs harcelés sont employés dans le secteur gouvernemental. La chasse aux syndicalistes se prolonge même au-delà.

Le Syndicat du Personnel de l’Hôtellerie de la FFDJ (Force Française stationnée à Djibouti) a perdu 3 de ses membres, licenciés, dont Ali Abdallah Ahmed, le trésorier du SPH (FFDJ), les autres sont Mohamed Aden Nour et Doualeh Idriss Obsieh tous deux délégués syndicaux. Le motif de la diminution d’effectif est démenti par les nouvelles embauches. Le chef de personnel de ce service est connu pour être très proche du pouvoir.

e) Le « clonage » continue

A chaque rencontre internationale, le gouvernement accrédite et oppose aux organisations légitimes des syndicats maisons qui lui servent d’alibi. C’était encore le cas à la conférence annuelle de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) à Genève en juin 2003. Le scénario s’est répété à la 10ème réunion régionale africaine de l’OIT à Addis-Abeba du 2 au 5 décembre 2003. Profitant de la proximité du lieu de la rencontre avec le pays, l’UDT a envoyé une délégation qui s’est déplacée en train. Elle a dénoncé la mascarade gouvernementale à la conférence et a pu contrecarrer les syndicats officiels. Le rapport de la commission des vérifications des pouvoirs exprime ainsi la situation. « La commission demeure toutefois préoccupée par l’absence de tout progrès apparent et déplore profondément que des doutes subsistent encore une fois quant à la légitimité et l’indépendance des représentants accrédités à la Réunion régionale africaine »

Cette intrusion syndicale à la réunion a surpris et agacé le pouvoir. Les représailles ne se sont pas fait attendre: le siège social des centrales est saccagé, encore une fois, sans merci au vu et au su des policiers présent sur les lieux.

Au port, le Syndicat des Travailleurs du Port (STP), auparavant fonctionnel, a été noyauté par le pouvoir. Un de ses hauts responsables (Said Mahamoud), proche du Ministre de Travail, s’est rallié et a failli à la défense des revendications des travailleurs. Ce syndicat a éclaté face aux difficultés d’organiser des assises et les employés ont décidé d’en créer un nouveau (Syndicat du Personnel du Port: (SPP)) qui les représentent réellement. L’ancien dirigeant a alors été contraint de démissionner et le STP est en voie de se joindre au SPP. Il faut noter que cette situation est encourageante. Elle s’explique par le fait que ces travailleurs jouissent de marges de manœuvres exceptionnelles le port étant les poumons économiques du pays il est très sensible aux mouvements sociaux. Il est aussi sous la responsabilité d’un acteur étranger (port authority of Dubaï). Cette réussite syndicale reste donc marginale dans le pays. A suivre.


Commentaire sur le rapport du bureau américain pour les Droits de l’Homme

Nous avions intégralement reproduit sur plusieurs numéros, le rapport du Département d’Etat américain brossant le tableau des droits de l’homme à Djibouti durant l’année 2003, et ceci sur la base de critères d’appréciation qui s’appliquent uniformément à chaque cas étudié. Après le texte officiel, voici quelques commentaires qu’il nous inspire.


En présentation de ce rapport, nous avions souligné la nécessité d’appréhender le réalités djiboutiennes autrement que sous l’angle obligé et censuré du discours officiel. S’agissant spécifiquement du chapitre des droits de l’homme, nous avions invité le lecteur à se référer aux documents publiés par des organismes indépendants. Il est bien évident, pour quiconque visite le site www.state.gov (la version originale, que nous n’avons que traduit en français, y est disponible ainsi que pour les années précédentes) que le Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail (anciennement Bureau pour les Droits de l’Homme et des Affaires humanitaires) n’est pas à proprement parler indépendant puisqu’il travaille sous l’entière responsabilité du Département d’État américain. En l’espèce, indépendant signifie ici que l’appréciation sur la réalité d’un régime se proclamant démocratique n’est pas totalement subordonnée à des impératifs supérieurs et géostratégiques, ceux qu’implique par exemple une présence militaire, même temporaire. Donc, le rapport de ce Bureau, dont nous avons clos la publication la semaine dernière, est un document tout ce qu’il y a d’officiel.

D’ailleurs, la méthodologie de sa réalisation est précisée dans la préface du Rapport général du Département d’État sur les droits de l’homme dans le monde. On y apprend ainsi que ce sont les sections 116 (d) et 504 de la Loi sur l’Aide à l’Étranger (Foreign Assistance Act) qui font obligation au Département d’État de produire annuellement ces rapports. Loin d’être confidentiels, ces rapports établis sous la responsabilité du Département d’État (équivalent du ministère des Affaires Étrangères) sont ensuite communiqués au Congrès pour orienter la politique extérieure américaine. Car une loi oblige relations extérieures et politique commerciale américaines à étroitement tenir compte, dans leurs rapports internationaux, de la situation des droits de l’homme, ainsi que des protections réellement accordées aux travailleurs.

En principe, et sans entrer en contradiction avec d’autres principes, ces rapports servent lors de l’élaboration de la politique étrangère mises en œuvre par le Département d’Etat et de l’aide au développement mises en pratique par l’USAID. Ainsi, on voit bien combien le retour de cet organisme d’attribution de l’aide publique américaine au développement n’est nullement dû à une quelconque amélioration de la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti. Seulement, il est bien évident que la lutte internationale contre le terrorisme est indissociablement une lutte pour la démocratie, qui passe par l’amélioration des conditions d’existence des citoyens de pays prenant part à ce nouveau défi planétaire. En clair, il est impensable de rechercher des terroristes avec le soutien de régimes despotiques, dont la mauvaise gouvernance maintient les peuple dans un intolérable état de sous-développement politique, économique et social, lui-même terreau des réseaux extrémistes.

La pertinence de ces rapports est officiellement définie ainsi : « Les droits de l’homme universels cherchent à incorporer le respect de la dignité humaine aux processus gouvernementaux et légaux. Tout peuple a le droit inaliénable de changer son gouvernement grâce à des moyens pacifiques et de jouir des libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, d’association, d’assemblée, de mouvement et de religion, sans faire l’objet de discrimination fondée sur la race, la religion, l’origine nationale ou le sexe. Le droit de devenir membre d’un syndicat indépendant de travailleurs est une condition indispensable d’une société et d’une économie libres. Les rapports évaluent donc les principaux droits des travailleurs reconnus au plan international, notamment le droit d’association, de se syndiquer et de négocier des conventions collectives».

Concrètement, ce sont les ambassades américaines qui transmettent à leur administration centrale les rapports annuels sur la situation des droits de l’homme dans chaque pays où il ont une représentation diplomatique. Pour se faire, les diplomates en poste suivent attentivement tout ce qui se passe et cherchent surtout à diversifier leurs sources d’information pour avoir la vision la plus complète qui soit.

Ainsi, lorsque tel rapport du Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail estime, par exemple, qu’à Djibouti « La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif », que « La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique » ou encore qu’ « Une grande part des richesses nationales est concentrée entre les mains d’une petite élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits de l’homme restent limités et le pouvoir continue à commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir entrave les droits des citoyens à l’alternance. », seuls les dirigeants et leur cour médiatique oseront prétendre le contraire.

Mais le seul monopole illégal sur les médias publics dont tout point de vue indépendant est interdit (ne parlons même pas des partis d’opposition) est à lui seul révélateur du caractère despotique du régime djiboutien. Cela, peu de nos concitoyens l’ignorent.


Gaza 2004 : un tournant infernal

L’assassinat de Cheik Yassin

Que le sionisme empoisonne les relations internationales depuis la seconde Guerre Mondiale, c’est un constat banal, surtout avec la fin de la guerre froide. Pourtant, pour avoir minimisé ce danger, les Etats-Unis ont payé un lourd et injuste tribut pour leur soutien inconditionnel à Israël : le terrorisme aveugle qui les frappe se justifie souvent du terrorisme israélien et, à ce sujet, il est tout autant révélateur que dramatique de voir les populations opprimées des Territoires Occupés fêter le 11 septembre. Même si, officiellement, ils s’en défendent par la voix d’un porte-parole, il est invraisemblable qu’Israël n’ait pas tenu les Etats-Unis au courant de l’assassinat perpétré lundi dernier contre un vieillard paraplégique cloué sur une chaise roulante : Cheik Yassin, leader charismatique du Hamas.


« Nous venons d’exécuter le Ben Laden de la région» affirmait martial le ministre de la Défense quelques heures après ce lâche attentat. Rappelons qu’il y a peu, c’était le Président de l’Autorité Palestinienne qui était affublé du même épithète (ce patronyme étant devenu un adjectif synonyme de danger public : wanted plutôt dead qu’ alive).

N’eût été la levée de boucliers sur le plan mondial, Sharon aurait certainement banni ou exécuté le Président Arafat. Davantage que la réprobation internationale, ce sont les arguments persuasifs de l’administration Bush qui ne souhaitait pas en pleine campagne irakienne, ouvrir un autre front dans la région, qui ont été décisifs pour dissuader l’Etat sioniste de recourir à de tels méthodes. Une autre campagne, électorale celle-là fait que, comme par hasard, au moins deux autres fronts se rouvrent concomitamment à la frontière pakistanaiso-afghane et au Proche-Orient. Ben Laden s’est attaque à ce qu’il a considère être le maillon faible des allies du sionisme : les Etats-Unis. L’Espagne. au prix d innocentes victimes, a également payé sa part du tribut pour sa participation à l’invasion de l’Irak. Il faut donc logiquement s’attendre à ce que les intérêts britanniques et italiens à travers le monde soient tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre pris pour cibles ….

Le 22 mars a Gaza , à la sortie de la principale mosquée, après la prière du fajr, le cheikh Ahmed Yacin ainsi que six de ses compagnons sont foudroyés par trois roquettes lancées par un hélicoptère de combat ! En assassinant lâchement ce vieillard, l’Etat sioniste a déclenché une guerre qui prendra probablement la forme d’une vague mondiale d’attentats car, en le martyrisant ainsi , il fera de l’au-delà davantage de victimes que vivant.

D’autant que figurent sur la liste des personnalités éminentes et officielles de l’Autorité Palestinienne. Année après année, une portion de leur terre est colonisée par des immigrants venus des terres les plus éloignées Leur Etat, dont l’édification a été financée par le monde entier à hauteur de centaines de millions de dollars, est aujourd’hui anéanti. Israël avec l’aval, du moins l’indifférence du reste du monde, a parfaitement pesé et mûri sa décision d’assassiner le vieil homme handicapé. Il n’échappera à la lucidité d’aucun observateur sensé que la réaction d’un peuple qui a tout perdu risque d’être aveugle.

Ce faisant, l’Etat sioniste a sommé le reste du monde de clarifier sa position sur cet épineux dossier, car c’est désormais la Paix et la stabilité des Etats du monde entier qui sont menacés et en jeu. Notre position est claire : combattre et isoler ces groupes qui tuent des innocents avec pour objectif de bâtir une impossible Nation Islamique : oui !

Et le meilleur moyen d’y parvenir c’est une solution politique et équitable aux profondes injustices qui constituent leur terreau fertile sur toute la planète. Exproprier de leurs droits inaliénables le Peuple Palestinien ou Tchétchène, pour ne citer que ceux-là, au nom d’un concept fourre-tout : non !

Israël est né dans le sang : d’abord celui des millions de Juifs exterminés par la folie nazie, puis celui des dizaines de milliers de Palestiniens assassinés par les groupements terroristes sionistes, Haganah ou Irgoun. Israël continue, surtout depuis 2000, à se nourrir du sang des Palestiniens, rêvant d’un paradis artificiel entouré de barbelés électrifiés pour les séparer de ceux dont il a volé la terre.

Tant que le Likoud ne changera pas de politique ou tant que les Israéliens ne se débarrasseront pas du Likoud, il est malheureusement fort à craindre qu’Israël aura encore besoin de sang, des Palestiniens comme des siens : le terrorisme du pauvre qui se tue en tuant, c’est un excellent filon pour culpabiliser l’Occident.

Le terrorisme d’Etat, plus soft quant à lui (assassinat ciblé) peut alors déployer son bras criminel. En vain !


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

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Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lettre ouverte au ministre de la Justice
  4. Djibouti vu de Washington (3)
  5. Rouler ou ne pas être roulé ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 88

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

VOTE, GUERRE ET TERRORISME : LE DEVOIR DE VÉRITÉ

Si on lui avait dit, il y a à peine un mois, qu’après l’Omnipotence d’Allah, une partie de sa dignité serait restaurée à des milliers de kilomètres de Bagdag, au détour d’un scrutin législatif ensanglanté, le citoyen irakien n’aurait pas parié un seul peso sur la probabilité d’un tel scénario. Et pourtant : rarement verdict des urnes n’aura eu une telle incidence ( que beaucoup d’indices annoncent positive) dans l’ordre international des rapports de force. Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), qui vient de déjouer tous les pronostics en remportant sur le fil le scrutin du 14 mars pour le renouvellement des membres du Cortès, l’a aussitôt annoncé par la voix de M. Zapatero, le futur Premier ministre : les troupes espagnoles quitteront l’Irak au mois de juin 2004. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’inviter MM. Bush et Blair à la réflexion sur la légitimité de leur aventure militaire dans ce désert : on n’a pas le droit de bombarder un peuple ainsi, a-t-il asséné en substance. Car il est bien évident que c’est une certaine façon de faire la politique qui a été sanctionnée par les électeurs espagnols ce jour-là : la vérité contre le mensonge, le plus grossier osant même manipuler les consciences traumatisées en décrétant, contre toute évidence, l’ETA responsable des attentats, comme d’autres ont décidé, sans aucune preuve sérieuse que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, prêtes à servir.

Mais ce n’est pas tout. La rétention d’information dont le Parti Populaire d’Aznar s’était rendu coupable a été perçu par ses concitoyens, très largement hostiles à l’invasion de l’Irak, comme une fuite inacceptable devant ses responsabilités : les soldats espagnols à Bagdag, ce n’est pas à proprement parler une variante « Lawrence d’Arabie » des Brigades Internationales. Même si, considérant l’effet désastreux de l’embargo onusien sur les conditions de vie du peuple irakien (des milliers d’enfants morts faute de nourriture ou de soins adéquats), le minimum de rigueur serait d’admettre que l’illégalité des forces coalisées a tué nettement moins que la légalité internationale : par leur sacrifice, même si les bénéficiaires indigènes n’avaient rien demandé expressément, les soldats américains morts à Bagdag ont en quelque mis un terme aux innommables souffrances des Irakiens.

Cela étant, la sanction dégoûtée par laquelle les électeurs espagnols ont balayé un régime qui n’a pas daigné prendre en considération leur refus de la guerre risque fort de faire tache d’huile, quoique les contextes politiques et historiques ne soient pas les mêmes. L’immensité du territoire américain explique en partie que sa population soit si peu curieuse de ce qui se passe ailleurs. Mais, plus fondamentalement, l’Amérique que dénonce Michael Moore n’a pas encore produit, malgré son avance technologique, des radios et télévisions capables de défier les injonctions officielles, comme tel média espagnol par qui est arrivé le scandale de la fourgonnette, obligeant le Parti Populaire à révéler plus tôt que souhaité la pertinence de la piste islamiste.

Le plus grand gagnant de ce scrutin, c’est avant tout le Peuple espagnol. Mais il ne faut pas s’y tromper, il ne s’attend pas à ce que son pays devienne un sanctuaire épargné par le terrorisme aveugle : ce peuple veut juste avoir la conscience tranquille ; car l’on se défend d’autant mieux chez soi que l’on n’agresse pas autrui chez lui ! C’est une forme inédite de la globalisation : celle qui implique une communauté de destin. En effet, il est bien évident que l’occupation de l’Irak n’est qu’un prétexte que les terroristes islamistes brandissent pour légitimer leurs lâches attentats. Il faut les isoler, en trouvant des solutions politiques à toutes les injustices, au premier rang desquelles le sionisme, qui constituent leur terreau. C’est peut-être cela, la plus humble leçon à retenir de cette victoire de la gauche espagnole.


Brèves nationales

Transport en commun :

Une grève peut en cacher une autre

Les Djiboutiens se sont réveillés samedi matin dans une ville quasiment morte en raison de l’absence des bus et minibus, faisant office de réveil-matin pour les habitants de certains quartiers. Les plus courageux se sont rendus à pied à leur lieu de travail, tandis que d’autres, découragés, ont préféré rentrer chez eux. Les écoliers et étudiants arrivés en retard dans leur établissement, ont bruyamment manifesté leur colère en brûlant ça et là des pneus ou en harcelant les forces de l’ordre.

Comment en est-on arrivé là ? Qu’est ce qui a bien pu pousser le syndicat des bus et minibus de la Capitale à déclencher une grève sauvage lourde de conséquences sur la vie économique et sociale, sans même lancer un préavis ? Selon les chauffeurs de bus, la colère gronde dans leur milieu depuis l’augmentation du prix du gasoil, le mois dernier. Augmentation qui précariserait leur métier en grevant leurs maigres bénéfices. A la suite de quoi, les négociations en catimini conduites par des proches de la Présidence, auraient en partie détendu l’atmosphère. Le carburant aurait alors miraculeusement baissé de 4 francs dans la soirée même et les transports en commun ont repris leur ronde dès le lendemain. Pour l’heure, les transporteurs semblent avoir eu gain de cause et les usagers rassurés par le maintien de l’actuel tarif des courses.

Et demain, qu’en sera-t-il ? Les méchantes langues avancent que la taxe de 4 francs sur le litre de gasoil a certes sauté, mais serait en réalité répercutée sur les lubrifiants, dont sont très friands les moteurs diesel tournant aussi souvent. Alors, dans ce cas-là, le mouvement risque de quitter le point mort pour passer à la vitesse supérieure : attention aux dérapages !

D’autres corporations, particulièrement mécontentes elles aussi, seraient sur le point de leur emboîter le pas. Quoi qu’il en soit, que triomphe la justice sociale.

Explosion sur la voie ferrée :

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Sans nous hasarder à établir un soupçon de parallèle avec les atroces attentats de Madrid, il est tout de même curieux de relever que le chemin de fer djibouto-éthiopien soit devenu de moins en moins sûr, parce que cible répétée. Ces derniers mois, cette ligne a en effet été le théâtre de plusieurs attentats terroristes, aussi bien sur le tronçon éthiopien que djiboutien. Pour ne citer que les plus récents, rappelons qu’une explosion à bord d’un wagon a fait sept blessés dont trois grièvement le 18 janvier 2004 à proximité de Daasbiyo. Cet attentat criminel aurait été précédé par un autre en septembre, n’ayant heureusement fait que des dégâts matériels au niveau du club hippique, dans les environs d’Ambouli et comme par hasard pas trop loin du camp Lemonnier occupé par les soldats Américains. Quant à la dernière explosion en date, elle s’est produite vendredi 12 mars, aux environs de 23 heures 45, exactement à hauteur du centre hospitalier militaire français Bouffard.

Pour mieux situer les lieux, la bombe, apparemment assez lourde puisque la déflagration a expédié un rail à plus de cent mètres de haut pour aller crever le plafond d’un supermarché situé à moins de trois cent mètres à vol d’oiseau, a été déposée près d’un terrain pour hélicoptère, toujours bien éclairée la nuit investis jusqu’à minuit par des enfants auxquels le régime refuse toute aire de jeu digne de ce nom.

Surtout, aucun djiboutois n’ignore que dans un rayon d’un kilomètre, soyons généreux, on recense facilement plusieurs milliers de militaires dont l’un, français justement était de faction exactement devant le lieu de l’explosion, à près de cent mètres et en contact visuel, comme on, dit dans le jargon commando.

Comme à l’accoutumée, les autorités djiboutiennes ne privilégient aucune piste, se contentant d’annoncer l’ouverture d’une enquête. Des questions se posent désormais : comment un tel attentat peut-il être commis dans une des villes les plus militarisées au monde par tête d’habitant, et de surcroît à proximité d’un secteur aussi éclairé que sécurisé ? Jusqu’à quand les dirigeants politiques laisseront-ils courir des criminels aussi audacieux qu’invisibles ?

Le temps nous semble venu d’avertir les Djiboutois sur les dangers qu’il y a à déambuler de manière insouciante aux abords de lieux désormais devenus dangereux. La population aimerait rapidement connaître les résultats des enquêtes menées et les pistes privilégiées. En plus de la sécurité des personnes et des biens, il en va de l’image de marque de notre pays.

Collège d’Ambouli :

Les raisons de la colère

La colère gronde au CES d’Ambouli, où enseignants et collégiens se plaignent des mauvaises conditions de travail et d’étude. En effet, selon de nombreux témoignages, plusieurs classes de cet établissement secondaire seraient durablement dépourvus de ventilateurs et cette situation rend les cours bien sûr pénibles à l’approche de la saison chaude. C’est, semble-t-il, pour protester contre la mauvaise volonté des autorités à résoudre ce problème, que les élèves de cet établissement ont successivement fait grève mercredi et jeudi derniers. A chaque fois, les forces de l’ordre ont brutalement dispersé les manifestants, n’hésitant même pas à emprisonner quelques heures durant des jeunes élèves de 6ème et de 5ème.

Si la répression reste la méthode de « dialogue » préférée de ce régime insouciant qui se trompe manifestement de priorités, nous interpellons pour notre part les responsables de l’Éducation Nationale, afin qu’ils se penchent rapidement et sérieusement sur les mauvaises conditions de travail et d’étude dans cet établissement, comme dans d’autres d’ailleurs, périodiquement secoué par des grèves toujours justifiées.

A l’heure où ce ministère se lance dans la communication politique et invite les Djiboutiens à venir visiter ses nouveaux locaux rénovés (immeubles de l’ancienne unité de la marine française), il nous semble urgent de lui conseiller de visiter les classes pas rénovées du tout du CES d’Ambouli (et d’ailleurs) et d’en rendre scrupuleusement compte dans son bulletin Educ-Info. Histoire de montrer au contribuable djiboutien que son argent est convenablement utilisé.

Insalubrité durable :

Domiciliée à Arhiba II

La « gestion de vraie problématique » est décidément cause d’amnésie pour son illustre théoricien. En tournée électorale à Arhiba en janvier 2003, le Premier ministre alors tête de liste de la mouvance présidentielle, s’était ému de la misérable condition de vie des habitants de ce quartier surpeuplé. Il s’était même engagé à l’époque vis-à-vis de cette population, en affirmant haut et fort : «Je connais par cœur le nombre exact d’habitations en dur et en planches dont vous disposez, je suis sensible à vos problèmes et je serai à vos côtés pour les résoudre. » Plus d’un an après cette auguste promesse, Arhiba se meurt : eaux stagnantes, égouts et dépotoirs à ciel ouvert, risque d’épidémie, insalubrité y sont plus que jamais présents. A tel point que le journal gouvernemental « La Nation » y a consacré une photo en dernière page, plus éloquente que tous les discours alarmistes. Le régime attend-il que ce misérable quartier soit englouti par les eaux stagnantes pour évacuer ses malheureux habitants sur l’Arche, pardon, le yacht présidentiel ?

Accident meurtrier à Obock :

Le fou du volant a encore frappé

Mercredi 3 mars, la communauté obockoise toute entière a été endeuillée par la mort tragique du petit Hassan Mohamed Kassim, un enfant de quatre ans, écrasé sous les pneus d’un véhicule militaire. La mort est venue l’arracher aux siens au seuil de la maison familiale, en plein jour et d’entre les mains de sa malheureuse mère, dont on imagine l’état de choc. Quelques secondes avant l’accident, l’infortunée mère tenait en effet son cher enfant sur ses genoux et avait failli subir le même sort que lui en tentant de le retenir lorsqu’il s’est levé pour ramasser un jouet à proximité : trébucher lui a sauvé la vie.

Le « chauffard » quant à lui, un soldat en poste à Obock, a préféré fuir plutôt que de voir s’il était encore possible de sauver sa victime en l’évacuant sur le dispensaire. Quoi qu’il en soit, il a laissé la maman seule face au corps inerte et défiguré de son enfant, s’y accrochant dramatiquement, jusqu’à ce que des voisins l’en éloignent. Les obsèques ont regroupé une foule impressionnante d’Obockois qui, en plus de leur devoir religieux, étaient mûs par un sentiment de colère contre le conducteur et de compassion pour les jeunes parents de l’innocente victime, que les enfants n’hésitent pas à déjà surnommer Mohamed-al-Dourra.

Personne n’arrive à vraiment s’expliquer les circonstances exactes de l’accident, tant les témoins ont été traumatisés par le macabre tableau du corps de la victime après le passage des pneus du camion militaire. Toutefois, il semblerait que le bolide appartenant à l’Armée, roulait à vive allure et très loin des « pistes parallèles » habituellement empruntées par les véhicules. Car, à Obock, dans la ville comme dans tout le district, il n’y a pas un seul kilomètre de voie goudronnée. Arrivés sur les lieux, les agents de police et les responsables administratifs ont unanimement constaté que c’était le « Véléra » (véhicule léger rapide dans le jargon militaire) qui était pratiquement venue « chercher » l’enfant en frôlant les murs. A ce propos, un témoin a amèrement rappelé aux autorités du district qu’il avait déjà par le passé attiré leur attention sur le danger que constituent les véhicules roulant à vive allure, transperçant les quartiers sans aucun égard pour les piétons, enfants compris.

Sans succès, hélas. D’autres se souviennent que ce même chauffard avait par le passé provoqué la mort d’une fillette dans la région de Waddi, toujours au volant d’un camion militaire : apparemment, certaines morts ne conduisent pas en prison. Puis, lorsque le conducteur fut ramené sur les lieux de l’accident pour procéder à une reconstitution, il a été constaté que le véhicule était absolument dépourvu de système de freinage.

Pour tenter d’expliquer les raisons d’une telle conduite dangereuse, on avance que quelques jours après le paiement des arriérés de solde, le chauffard aurait accompli une mission surhumaine : ravitailler ses frères d’armes de l’arrière-pays en vivres et en khat !

Bref, en attendant les résultats de l’enquête que tous les Obockois souhaitent rapide et honnête, il semble légitime de s’inquiéter de l’état de vétusté avancée de ces véhicules militaires : de toute évidence, l’Armée Nationale est moins bien équipée que la Garde Présidentielle dont les Land-Rover encombrent la circulation dans Djibouti-ville. Mais, d’une façon générale, c’est tout ce qui a trait à la circulation qui est laissé à l’abandon : routes cabossées, véhicules-cercueils roulant, conducteurs très peu certifiés, et ceci touche le privé, l’administratif comme le militaire. Surtout, la réglementation de la circulation des véhicules militaires en zones urbaine devrait être sérieusement envisagée.

Pour réellement ressentir le sentiment d’injustice de la communauté obockoise touchée dans sa chair la plus tendre, il suffit de mettre en parallèle le désarroi des parents inconsolables et l’insouciante provocation de ce Mad Max local et des militaires, galonnés ou peu, qui n’ont même pas daigné assister aux funérailles et témoigner d’un minimum de compassion. Inutile de s’étonner ensuite que certains militaires donnent de leur corps la fâcheuse impression d’une armée d’occupation. Nous adressons nos condoléances à la famille du défunt. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN. AMIN.


Lettre ouverte au ministre de la Justice

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

A SON EXCELLENCE

MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE,

CHARGE DES DROITS DE L’HOMME

Djibouti, le 16 mars 2004

Excellence,

Par contact téléphonique, vous avez séparément convié les dirigeants de l’UAD à prendre langue avec vous, afin d’examiner, dans votre bureau, les modalités de notre participation au forum, placé sous votre auguste égide, ayant trait à la situation des droits de l’homme en République de Djibouti. Nous avons été très honorés d’une telle sollicitude, venant à point nommé contredire la rumeur persistante selon laquelle pouvoir et opposition se bouderaient royalement, s’il est permis d’évoquer l’Ancien Régime devant un révolutionnaire tel que vous. Car, si absence de dialogue il y a, vous conviendrez aisément que nous sommes les moins bien placés pour imposer le silence à qui que ce soit. Ce serait d’ailleurs contre notre philosophie politique, et c’est pour cela que nous avions accepté un entretien préliminaire avec vous ; comme c’est pour cette raison que nous vous écrivons aujourd’hui. En espérant que la formule de la lettre ouverte vous agréera : un démocrate n’a rien à cacher au Peuple, n’est-ce pas ?

Toutefois, nous sommes bien au regret de vous faire savoir qu’il nous est impossible, en l’état actuel de beaucoup de choses, de participer à ce forum, tout en lui souhaitant sincèrement les meilleurs travaux et surtout pleine concrétisation pour ses recommandations certainement pertinentes. Il nous est en effet impossible de vous satisfaire pour un certain nombre de raisons.

En premier lieu, parce que vous avez dressé, dès le début de votre sacerdoce ministériel, un tableau quasi-exhaustif et abondamment éloquent de la situation des droits de l’homme dans notre pays ; tableau qui vaut notre contribution à ce forum, tant ce que vous écrivez dans votre livre correspond à l’exacte réalité. En nous pardonnant de vous citer si abondamment (au moins, nous ne serons pas accusés de censure), voila ce que vous écriviez dans l’exercice de vos hautes et inchangées fonctions, et que nous approuvons sans nuance (au moins, nous ne serons pas soupçonnés de sectarisme) : « Les États dictatoriaux, surtout leurs versions tropicales, aiment à se réclamer de la démocratie tant qu’il s’agit d’arborer cette valeur comme une preuve qu’ils seraient fréquentables. Ils revendiquent à cor et à cri les vertus républicaines et les Droits de l’Homme. Ils proclament comme un objet d’orgueil la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, etc. cela prend forme par la promulgation d’une Constitution dont le préambule comporte l’adhésion à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. (…) Tout en se soumettant à ces rites initiatiques, ils prennent soin de les vider de leur sens, car l’objectif n’est que de paraître comme des États normaux : les bailleurs de fonds ne leur en demandent pas plus ». La meilleure preuve de ce faire semblant érigé en méthode de gouvernement c’est, croyons-nous intimement, la violation systématique et persistante par votre gouvernement, des dispositions aussi essentielles que pertinentes contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001. A quel forum sur les droits de l’homme nous conviez-vous quand l’instauration d’un environnement politique réellement pacifié et propice au débat démocratique est refusée à tous les citoyens djiboutiens et quand la dignité d’êtres humains est déniée aux civils ayant tout perdu dans ce conflit, à travers Réhabilitation et Indemnisation ?

En second lieu, la situation que vous avez si brillamment décrite n’a, de notre modeste point de vue, fait qu’empirer. Une seule preuve, au chapitre de la prétendue indépendance de la justice ? Bien avant la parodie de procès pour diffamation contre le directeur de publication du « Renouveau » et sa condamnation par le tribunal des flagrants délits à une peine d’emprisonnement de trois mois fermes, on se souvient tous que durant l’été 2001, Daher Ahmed Farah en personne a sollicité votre haute autorité (il le croyait sincèrement) pour qu’un terme soit mis aux tracasseries politico policières (son passeport a été confisqué à l’aéroport) visant à l’empêcher de se rendre aux États-unis d’Amérique participer à un séminaire sur la transition démocratique en Afrique : ça ne s’invente pas ! Vous l’aviez poliment écouté (c’est lui qui le dit) avant de lui faire (certainement sincèrement) part de votre totale impuissance à défendre les droits de l’homme en ce domaine : il a compris ! Comme nous le comprenons.

Sans l’admettre. Comme nous ne pouvons admettre, par respect de la volonté populaire, en cautionnant par notre participation à ce forum l’inadmissible détournement du verdict des urnes dont s’est rendu coupable ; avec la complicité d’une institution judiciaire tout sauf indépendante, le régime auquel vous collaborez.

Car, et c’est le dernier argument ici développé, pour avoir été officiellement saisi, vous savez mieux que quiconque qu’un grave contentieux nous oppose à votre administration concernant le remboursement de la caution avancée par l’UAD au Trésor Public afin d’engager ses listes dans les différentes circonscriptions électorales aux législatives de janvier 2003. Cette caution est encore aujourd’hui illégalement confisquée par le gouvernement auquel vous appartenez, bien qu’il soit de notoriété publique que cette caution avait été restituée au Parti du Renouveau Djiboutien du regretté Elabé à la suite des législatives de décembre 1992. A notre requête, vous n’avez donné suite aucune, pas même un petit courrier pour expliquer votre incompétence en la matière : peut-être est-ce votre façon de respecter l’indépendance de la Justice, alors que la garantie constitutionnelle de l’inamovibilité des magistrats a été complètement violée par le Statut de la magistrature que vous avez-vous-même présenté en Conseil des ministres : adopté comme lettre à la poste ! Que le Tribunal du Contentieux Administratif soit encore inscrit aux abonnés absents ne fait que rajouter à l’absence de tout recours légal contre tous les abus du pouvoir politique.

S’agissant de la lutte contre le terrorisme, dont vous avez la lourde tâche, il est également notoire qu’aucune enquête sur aucun des attentats ayant jalonné le nouveau millénaire (sans même parler de ceux du siècle dernier, ils sont trop anciens ) n’a jusqu’à présent abouti à une quelconque inculpation ou même accusation…

Dans ces conditions, vous comprendrez aisément, Excellence, que notre conscience d’opposants responsables nous interdise de cautionner un forum sans aucune utilité réelle, si ce n’est de mystifier, comme vous le dites si bien, les bailleurs de fonds occidentaux. Sans manquer de vous rendre la parole, en rappelant encore une fois ce que vous écriviez il n’y a pas si longtemps, et si lucidement, à propos de la dictature en République de Djibouti : « Le régime ne peut souffrir aucun contre-pouvoir qui risque de le dénoncer après avoir percé ses secrets. Tout contradicteur politique, et la population qui hasarderait un geste de soutien à l’un de ces « subversifs », sont victimes d’agissements répressifs, arbitraires et répétés, qui ont induit une apathie générale envers la politique. Tout le monde se réfugie dans le silence ou évite, quand il parle, d’évoquer les questions existentielles qui les préoccupent ; parfois même certains développent une réaction paranoïaque, suspectant l’opposition de manœuvres tendant à les exposer à des représailles du pouvoir. Les pratiques du régime rendent ces idées plausibles, lorsqu’on sait qu’il est capable de supprimer l’aide alimentaire à celui qui n’a pas voulu « bien voter », lorsqu’on sait que tant d’autre formes de chantage s’appliquent au réfractaire jugé « déviant ». une panoplie de sanctions s’exercent : mutations, blocage de promotion, voire dégradation, suspension de salaire ou même licenciement pur et simple. »

Dans l’espoir que vous comprendrez aisément nos réticences, nous vous prions d’agréer, Excellence, l’expression de notre parfaite considération.


Djibouti vu de Washington (3)

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Troisième partie)

Voici la dernière partie du rapport 2003 sur la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti, établi par les services du Département d’Etat américain. En raison d’une actualité abondante, et pour mieux coller à celle à venir, nous réservons pour notre prochain numéro nos commentaires de ce document officiel.


Section 4. Attitude du gouvernement sur une enquête internationale ou non gouvernementale

relative aux accusations de violations des droits humains

Quelques groupes locaux de défense des droits de l’homme travaillaient sans beaucoup de restriction de la part du gouvernement, enquêtant et publiant parfois leurs résultats sur les cas de droits humains. Généralement, les officiels gouvernementaux voyaient déconsidéraient leurs vues. La LDDH, groupe local de défense des droits humains, a travaillé l’année dernière sans aucune ingérence du gouvernement. L’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et l’Association Djiboutienne pour la Promotion Familiale (ADEPF) promeuvent les droits de la femme et de l’enfant.

Le CICR maintenait un petit bureau tenu par un personnel recruté sur place. Le représentant régional du CICR, basé à Nairobi, effectue des visites trimestrielles.

Il existe un Médiateur du gouvernement, qui est en même temps député au Parlement, et dont les attributions spécifiques incluent la médiation entre le gouvernement et les organisations non gouvernementales. Il n’existe aucun rapport d’une quelconque médiation engagée avec succès par ses services. Le comité National pour les Droits de l’Homme chargé de la Promotion des Droits de l’Homme, a été inactif durant l’année 2003.

Section 5. Discrimination basée sur la race, le sexe, les handicaps, la langue ou le statut social

La Constitution interdit toute discrimination sur la base de la langue, de la race ou du sexe ; toutefois, la discrimination à l’encontre des femmes et des minorités ethniques persiste. Le renforcement du dispositif législatif par le gouvernement pour protéger les femmes et les enfants n’a pas été effectif.

Femmes

La violence domestique contre les femmes existe, mais peu de cas ont été rapportés. La violence contre les femmes est normalement réglée au sein de la structure familiale ou clanique, plutôt que devant les cours. La police est rarement intervenue dans les incidents relevant de la violence domestique et les médias n’en ont rapporté que les plus spectaculaires, comme les meurtres. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 20 de prison pour les violeurs. Le nombre des violeurs poursuivis durant 2003 n’est pas connu. On estime qu’au moins 98% des femmes ont subi les mutilations génitales féminines (MGF). Traditionnellement, les MGF sont pratiquées sur des fillettes âgées entre 7 et 10ans. La loi stipule que toue « violence causant une mutilation génitale » est passible de 5 ans d’emprisonnement et d’une amende supérieure à 5.600 $ (1 million FD) ; toutefois, n’a encore poursuivi personne pour ce motif. Les efforts de l’UNFD et des autres associations pour sensibiliser les femmes, ont produit quelques résultats dans la Capitale. Beaucoup pensent que l’incidence et la sévérité des mutilations génitales féminines a baissé, quoi qu’aucune donnée systématique sur ce problème ne soit disponible. Les Nations Unies et d’autres experts estimes que des formes minimales de mutilations génitales féminines sont encore pratiquées à une large échelle et que l’infibulation est encore de règle dans les zones rurales.

La prostitution est illégale ; toutefois, il s’agit là d’un problème réel. En général, il y a deux catégories de prostituées, celles avec logement et celles pratiquant dans la rue. Le premier groupe est largement toléré et surtout fréquenté par une clientèle étrangère ( en particulier militaire). Toutefois, l’équipe de la police mondaine cible les prostituées des rues et il est rapporté que le viol est une condition préalable à leur relaxe. Les réfugiées et les filles des familles pauvres indigènes ont un plus grand risque de devenir des prostituées de rue.

Légalement, la femme possède tous ses droits civiques, mais la discrimination, base sur la coutume ou la société traditionnelle, au niveau de la scolarisation dicte qu’elle joue un rôle secondaire dans la vie publique et que les femmes ont moins de chances d’emploi que les hommes. D’une manière générale, les femmes sont confinées dans les secteurs du commerce et du secrétariat. La loi coutumière, qui est basée sur la Charia, constitue une discrimination à l’égard des femmes dans certains cas comme l’héritage, le divorce et le voyage. les enfants de sexe masculin héritent d’une plus grande part que ce qui est reconnu aux enfants de sexe féminin. Même le peu de femmes d’un certain niveau d’études reviennent devant les juridictions traditionnelles pour défendre leurs intérêts.

Enfants

Le gouvernement n’a consacré aucun fonds public pour la promotion des droits et du bien-être de l’enfant. L’Education primaire est obligatoire ; toutefois, le gouvernement n’a pas assuré le caractère obligatoire de cette disposition. Le gouvernement assure la gratuité de l’enseignement public ; toutefois, il y a des dépenses externes pouvant être prohibitives pour les familles les plus pauvres, telles que le transport, les fournitures scolaires et la craie. Les installations scolaires continuent d’être inadéquates. Les salaires des enseignants sont toujours des arriérés, et un pourcentage important d’enseignants qualifiés a abandonné la profession. Approximativement, 20% d’enfants mènent leur scolarité jusqu’au terme du cycle secondaire. Seulement 62% des filles sont inscrites en primaire, comparées aux 73% de garçons, et seulement 23% des filles atteignent le secondaire, comparées aux 33% de garçons.

Seules 32% des filles savent lire et écrire, comparées aux 60% de garçons, et plus de 53% de la population totale savait lire et écrire. Dans les zones rurales, l’accès limité aux écoles, la faiblesse des équipements scolaires et les attitudes culturelles conduisent à une réduction significative de la scolarisation et à de plus grandes disparités entre garçons et filles. L’abus d’enfant existe ; toutefois, en dehors des mutilations génitales féminines, cela n’est pas considéré comme fréquent. Les mutilations génitales féminines sont pratiquées sur plus de 98% des jeunes filles. Le gouvernement n’a pas évoqué l’abus d’enfant, qui est souvent puni avec sévérité. Par exemple, quand un enfant est violé ou abusé, le coupable doit normalement subvenir aux frais médicaux de sa victime. Le gouvernement n’a utilisé aucune disposition légale en vigueur pour réprimer plus sévèrement l’abus d’enfant.

Personnes handicapées

Le gouvernement n’a défini aucun cadre pour rendre les bâtiments publics accessibles aux handicapés physiques. Bien que certaines personnes handicapées aient accès aux infrastructures scolaires et sanitaires, aucune loi précise ne prend en considération leurs besoins et il n’existe non plus aucune loi contre la discrimination à l’encontre des personnes handicapées sur le marché de l’emploi.

Minorités nationales, raciales et ethniques

Le gouvernement continue à pratiquer la discrimination entre les citoyens sur une base ethnique dans l’emploi et la promotion. Les Somali Issa constituent le groupe ethnique majoritaire et contrôlent le parti au pouvoir, l’administration civile et les services de sécurité, ainsi que les forces armées. La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique.

Le gouvernement a continué les rafles d’étrangers en situation irrégulière durant l’année. Le gouvernement a accusé les étrangers en situation irrégulière (essentiellement d’Éthiopie, de Somalie et du Yémen) d’être la cause du taux de chômage dans le pays, de la montée du crime et de la désintégration des travaux publics. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été mentionné que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcée sous la menace d’expulsion dans les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

Section 6. Droits des travailleurs

a. Le droit d’association

La Constitution garantit le droit syndical ainsi que le droit de grève ; toutefois, le gouvernement restreint ces droits. Tout syndicat doit être préalablement agréé par le gouvernement pour pouvoir exister. De manière unilatérale, le gouvernement a préparé un nouveau Code du Travail qui limite l’utilité des syndicats. Ces dernières années, le gouvernement a supprimé les syndicats indépendants et représentatifs en licenciant leurs dirigeants, les empêchant de tenir des congrès et en créant des syndicats-fantômes sponsorisés par le gouvernement pour les remplacer. L’Union Djiboutienne des Travailleurs (UDT) a réussi à organiser un congrès indépendant en septembre 2002 ; toutefois, des responsables gouvernementaux ont exercé des pressions sur certains de ses membres pour qu’ils se désolidarisent d’avec son nouveau Secrétaire Général, M. Adan Mohamed Abdou, au prétexte de son engagement dans une coalisation de l’opposition politique. La loi interdit toute discrimination antisyndicale et les employeurs coupables d’une telle discrimination sont sommés de reprendre les travailleurs licenciés pour activités syndicales ; toutefois, le gouvernement lui-même ne respecte pas cette disposition légale.

La loi autorise les syndicats à entretenir des relations d’échange avec les organisations syndicales étrangères, et le gouvernement n’y oppose aucune restriction. L’UDT qui n’est pas contrôlée par le gouvernement est membre de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL). La CISL a relevé le non-respect par le gouvernement des droits syndicaux. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a noté les abus persistants du gouvernement dans l’interdiction des réunions syndicales et l’incapacité des responsables syndicaux à librement recevoir des courriers. Dans un rapport publié en 2002, le Comité des Experts de l’OIT a relevé qu’un petit progrès avait été accompli et que le gouvernement continuait à violer la réglementation nationale sur le travail et qu’il n’avait toujours pas adhéré aux dispositions contenues dans les conventions de l’OIT.

b. Le droit d’association et de négociation collective

Bien que le monde du travail ait le droit de s’organiser et de mener des négociations collectives, celles-ci n’ont jamais eu lieu. Les relations entre employeurs et travailleurs sont informelles et paternalistes. Le gouvernement a sélectionné les représentants syndicaux. Les employeurs établissent généralement une grille de rémunération sur la base des directives du ministère du Travail. En cas de désaccord sur les salaires ou les problèmes de santé et de sécurité, le ministère du Travail encourage la négociation directe entre représentants syndicaux et employeurs. Les travailleurs et les employés peuvent solliciter une écoute administrative préalablement à toute procédure du service d’inspection du ministère ; toutefois, des critiques avancent que ce service souffre d’un manque de contrôle effectif, dû au fait que ses ressources ne sont ni prioritaires ni adéquates.

La loi exige que les responsables syndicaux déposent au ministère de l’Intérieur un préavis de grève 48 heures avant. Kamil Hassan, un enseignant réintégré en 2002 après avoir été licencié pour fait de grève en 1997, n’enseignait toujours pas à la fin de l’année.

Il existe une zone franche consacrée à l’exportation, établie en 1994 ; toutefois, son activité était basse durant l’année écoulée.

c. Interdiction du travail forcé ou obligatoire

La loi interdit le travail forcé ou obligatoire, y compris pour les enfants. Contrairement à l’année dernière, aucun rapport ne mentionne un cas de travail forcé durant 2003. pas plus qu’il n’existe de rapport indiquant que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcées, sous peine de déportation, sur les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

d. Statut du travail des enfants et de l’âge minimum de travail

La loi interdit tout travail d’enfant âgé de moins de 14 ans, mais le gouvernement n’a toujours pas rendu cette interdiction effective et le travail d’enfant mineur existe, quoi que rare. Les enfants ne sont généralement pas employés dans des travaux dangereux. Les enfants travaillent dans des entreprises familiales, telles que les restaurants et les petites boutiques, à toute heure, de jour comme de nuit. La faiblesse du nombre d’inspecteurs réduit la portée des enquêtes sur le travail des enfants.

Le pays n’a pas ratifié la Convention 182 de l’Organisation Internationale du Travail sur les pires formes du travail des enfants.

e. Conditions de travail acceptables

Seule une petite minorité de la population exerce un emploi salarié. Le gouvernement a fixé les échelles minimales de salaire en fonction des catégories et le ministère du Travail a été renforcé. Le salaire mensuel pour un emploi non qualifié, établi en 1976, est approximativement de 125 $ (22.000 FD) ; toutefois, il n’est pas garanti dans la pratique. Le salaire minimum ne donne pas accès à un niveau de vie décent pour le travailleur et sa famille. A la fin de l’année dernière, le gouvernement a versé trois mois d’arriérés de salaire aux enseignants, aux forces de sécurité et aux agents du service public.

La loi fixe la durée du travail hebdomadaire à 40 heures, normalement réparties sur 6 jours. Le ministère du Travail est en charge du renforcement des normes de sécurité, des grilles salariales et des heures de travail. Parce que ce renforcement n’est pas effectif, les travailleurs font parfois face à des conditions de travail dangereuses. Les travailleurs protestent peu, surtout de peur que d’autres acceptant ces risques ne les remplacent. Il n’y a aucune loi ou réglementation autorisant les travailleurs à refuser d’accomplir des tâches dangereuses sans mettre leur emploi en péril.

Seuls les travailleurs étrangers régulièrement installés sont protégés par la loi. Les étrangers en situation irrégulière travaillent souvent aux plus faibles salaires. Ils étaient arrêtés puis déportés durant les opérations d’expulsion.

f. Trafic d’êtres humains

La loi n’interdit pas expressément le trafic d’êtres humains ; toutefois, aucun cas de trafic d’être humain n’a été rapporté dans le pays, vers le pays ou à partir du pays. Ce trafic est prévu par le Code Pénal et tomberait sous le coup d’ « exploitation de la faiblesse ou de l’ignorance de personnes ».


Rouler ou ne pas être roulé ?

ERSATZ IS THE QUESTION

Cyclisme et dopage politique dans les montagnes de Randa

Au lieu de réhabiliter cette zone détruite par le conflit et de remettre ses pistes en état, le régime a trouvé une astuce digne d’Ubu : assurer le développement en faisant offrir aux jeunes de Randa une dizaine de vélos de fabrication chinoise. Au moins, les chasse-neige offerts par l’URSS à un pays d’Afrique occidentale dans les années 60, avaient le mérite de la sincérité ignorante ! Ici, c’est tout simplement une ridicule comédie qui se joue, au détriment de la vraie politique et du réel développement économique.


Ibna-Raddi : mollets de coq et cuisses de grenouille s’abstenir de sa montée, freins en parfait état recommandés pour sa descente. Telle pourrait être le gentil conseil que l’on est bien obligé de donner aux heureux bénéficiaires d’un don pour le moins inattendu : dix vélos de fabrication chinoise pour les jeunes de Randa ! Et encore, si c’était des VTT, étant donné le caractère rural et montagneux de la région, même pas.

Bref, comme le ridicule ne tue pas (ni ne destitue d’ailleurs, par la grâce des fraudes électorales), la télévision puis le journal « La Nation » nous apprennent généreusement et en rafale qu’une association maison ( il s’agit de l’Association pour le Développement et l’Équilibre Familial, l’ADEPF) a généreusement fait don de dix vélos chinois, les couleurs des cadres ne sont pas indiquées, c’est dommage.

Et c’est tout aussi sérieusement que le journal gouvernemental « La Nation » se croit obligé de nous obliger à croire que « ce don de matériel destiné à promouvoir les activités des jeunes du village a surtout permis de nouer des relations de partenariat permanentes entre l’ADEPF et l’association Futur de Randa pour l’intégration des jeunes dans le processus du développement économique et social régional et la lutte contre la pauvreté ». Sans rire.

Assurer le développement avec dix vélos, même chinois ? C’est comme qui dirait se moquer du monde : c’est peut-être surtout pour occuper les interminables journées d’oisiveté forcée pour cause de chômage de ces jeunes. Et encore : les cadres quadras et quinquas natifs de la région ( dont au moins un secrétaire général et un directeur) et venus orner de leur présence la grotesque cérémonie de ce don farfelu, n’ont-ils pas osé (peut-être par modestie) promettre à ces heureux nouveaux cyclistes que les pistes de la région allaient au moins être remises en état pour que vélos et les 4×4 des autres roulent côte à côte. Ni d’ailleurs leur suggérer de créer un sympathique club local de cyclisme , avec ce genre d’association, on n’est jamais trop prudent : des fois qu’ils passeraient au sprint du vélo rouge au Livre Rouge.

Est-ce (peut-être, restons prudents) parce qu’il serait né à Einguela dans les années 50 (sic) que le bienfaiteur président de l’ADEPF (ci-devant député, il faut bien en recycler quelques-uns ) ignore que les humbles concitoyens dont, dans son immense miséricorde, il a ce faisant amélioré le coefficient de pénétration dans l’air, à défaut de conditions d’existence, ont pour la plupart plus de difficultés que lui pour obtenir des pièces d’identité djiboutienne. Mais, en leur nom, nous osons le rassurer : au moins ces bicyclettes-là ne passeront pas clandestinement la frontière, comme tel don à quatre roues. Au fait, qu’est devenue la fameuse ambulance que ce bienfaiteur de l’humanité nécessiteuse avait offerte à un quartier de la Capitale durant la campagne électorale pour les législatives de janvier 2003 ?

Par pudeur, nous n’évoquerons que très incidemment (inutile de forcer les traits quand il s’agit d’une caricature) du rôle aussi symptomatique que peu glorieusement improductif du « numéro deux » du prétentieux Conseil Régional de Tadjourah, lui aussi présent lors de cette cérémonie malgré, nous assurerait la version officielle, un emploi du temps très chargé et bien évidemment consacré au développement économique et social de la région décentralisée.

Les obèses avaient déjà posé la question shakespearienne de leur spleen lipidique : too big or not too big ? Fat is the question ! Certes, il peut arriver au ridicule d’engraisser certains, mais les obèses en politique ne se posent jamais la question de leur embonpoint théâtral. C’est peut-être pour cela qu’ils trouvent normal d’offrir, en guise de développement, dix vélos chinois (valeur totale estimée à 300.000 FD, comme quoi la cérémonie, transport+khat+ripailles, a au moins coûté autant) à de jeunes chômeurs dans une région qui attend encore reconstruction, réhabilitation, activités génératrices de revenus; en un mot, respect.

Certains naïfs, philanthropes sur les bords, se demandaient pourquoi, à la place des vélos qui ne sont manifestement pas à leur place dans ce décor montagneux, les généreux cadres venus de la Capitale n’avaient pas offert au moins une moto-cross ? Manquerait plus que ça : déjà que le Conseil régional, à travers son vice-président qui est en même temps directeur de la branche Nord de l’EDD (lumineuse trouvaille) n’arrive pas à trouver l’énorme financement que nécessite le gasoil pour faire fonctionner le petit groupe électrogène censé alimenter le village et rapporté dans la hotte présidentielle.

Le vélo, c’est écologique et économique : quant à prétendre assurer avec cela le développement régional, c’est pédaler dans la choucroute !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 87 du mercredi 10 mars 2004

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Réalité numéro 87 du mercredi 10 mars 2004

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Un Africain juge l’Afrique
  4. Andolé : un Martyr
  5. Djibouti vu de Washington (2)
  6. L’USAID nouvelle version
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 87

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

MADAME DE MONSIEUR RPP : ENTRE OBJET ET GADGET

La Journée internationale de la Femme, célébrée le 8 mars, donne toujours lieu à un unanimisme de circonstance : le constat universel de l’inégalité entre les sexes masque le plus souvent le rôle mystificateur de certains régimes politiques dans la perpétuation de cette injustice. Les citoyens Djiboutiens d’âge avancé, se souvenant de ce que les choses étaient il y a quelque temps, voient bien le changement : jamais la Femme djiboutienne n’a autant crevé l’écran que depuis ce millénaire. Effectivement, même si les chiffres officiels incitent à la modestie en la matière, le taux d’alphabétisation des filles a sensiblement augmenté, surtout en milieu urbain : l’accès à l’enseignement conduit tout naturellement à de meilleures chances sur le marché de l’emploi. Mais, c’est l’arbre qui cache la forêt : trop souvent, la mise en scène politique de la réussite féminine par ce régime, cantonne les citoyennes dans l’un de ces deux rôles : objet ou gadget.

Objet tout d’abord. Comme si l’avancée démocratique, censée être démontrée par la participation de la Femme à la gestion des affaires publiques (au moins dans ses aspects les plus théâtralisés), était compatible avec l’usurpation essentielle que constitue l’UNFD (ou à tout le moins sa direction par élection matrimoniale), les épouses s’affichent de plus en plus aux côtés de leurs dirigeants d’époux. Sont exhibées devrait-on dire. Mais, maritalement célèbres ou anonymes, elles sont juste là pour meubler le décor : leur présence, à coups de you-you, de danses et de mascara résistant mal au climat, constitue une sorte d’adoucisseur rituel aux élans guerriers de certaines manifestations politiques. Même si les esprits chagrins auront mesuré le fossé infranchissable qui sépare les heureuses spectatrices des malheureuses danseuses ou chanteuses, une posture fondamentale les unit toutefois : sans aucune prise sur le cours des événements qu’elles viennent tout juste égayer de leur silhouette, elles sont toutes instrumentalisées pour les besoins d’une pratique politique essentiellement masculine. Car, à ce niveau, il en va de la politique comme de la cuisine : parce réservée aux hommes, la grande ne peut faire oublier que l’écrasante majorité des tâches domestiques incombent aux femmes. Et ce n’est pas un hasard : à partir du moment où il s’agit d’une activité rémunérée, rentable et valorisante, cuisine comme politique deviennent affaire d’hommes. L’Objet a donc une fonction sociale bien précise : c’est un Gadget dont l’aspect ludique ou ornemental masque la ségrégation originelle qu’il prétend ou croit maladroitement nier.

Gadget : la femme politique selon ce régime est donc un gadget institutionnel dans l’air du temps international : puisque pas de développement sans elle ayant été décrété par les Nations Unies (comme si la participation de la Femme pouvait être envisagée abstraction faite d’une réelle participation de tous les citoyens à la vie publique, donc d’une Démocratie authentique), les régimes autoritaires sommés d’être présentables promeuvent, çà et là, quelques représentantes cooptées de la gent féminine. Par pudeur, il est inutile d’exemplifier outre mesure l’utilité tout juste symbolique d’un département ministériel chargé de la promotion féminine et, comme par hasard, dévolue à une femme. Pourquoi elle et pourquoi pas à un autre poste réellement important ? Tout comme il serait inélégant de trop insister sur l’inutilité d’une représentation parlementaire féminine dans ce contexte : on chercherait en vain à quoi servent vraiment leurs collègues mâles, même avec plusieurs législatures d’expérience, dans un hémicycle qui n’a jamais présenté la moindre proposition de loi depuis 1977. Tout juste un amendement quand il s’est agi de violer un accord de paix, mais le coup venait d’ailleurs.

Donc, mesdames, ne soyez pas trop offusquées par votre inutilité fonctionnelle dans ce régime RPP : c’est tout le dispositif institutionnel vous insérant qui est un colossal gadget : c’est la vie politique version RPP qui rend stériles ses serviteurs.


Brèves nationales

Awr-Awsa… :

Le camp du désespoir ?

Le sinistre camp d’Awr-Awsa, où sont parqués depuis septembre dernier, des milliers de réfugiés et clandestins, n’en finit pas de faire parler de lui. Ainsi, ses malheureux pensionnaires voient au fil des semaines leur condition de vie se dégrader dangereusement. A tel point que le 19 février dernier, jour de l’inauguration du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, des centaines d’entre eux ont cherché à manifester leur mécontentement au passage du convoi officiel, avant d’être brutalement dispersés par les forces de l’ordre. Il semblerait que le camp soit confronté à des pénuries alimentaires et à la soif. A la fin février, les organisations humanitaires internationales auraient décidé de mettre fin à l’approvisionnement du camp. C’est la raison pour laquelle la dernière livraison de vivres effectuée le 26 février aurait été assurée par l’Etat djiboutien. Pour sa part, la pénurie d’eau constatée ces derniers temps aurait pour origine le manque de carburant. Conséquence : ces pensionnaires, dont des centaines d’enfants vivant avec leurs parents, supportent difficilement cette situation.

Au chapitre de la sécurité, rien ne s’arrange, surtout depuis le départ du petit détachement de l’AND. Agressions, viols et trafic en tout genre se multiplient. On raconte même qu’à la mi-février, trois femmes parties dans la brousse environnante pour chercher des fagots, auraient été sauvagement violées, sans que les auteurs de ces actes ignobles ne soient poursuivis et punis. Ces malheureuses victimes auraient été évacuées sur la Capitale pour y recevoir des soins médicaux. Enfin, l’administration de ce camp insolite étant chaotique, ce sont des centaines de clandestins pensionnaires du lieu qui auraient allègrement rejoint Djibouti-ville, munis de laissez-passer de complaisance vendus 3.000 FD pièce ; documents établis par des ripoux se nourrissant de la détresse humaine.

Après cela, le régime aura beau jeu de claironner que sa lutte contre l’immigration clandestine a été un succès.

Action gouvernementale et mendicité :

L’Etat-RPP partisan du moindre effort ?

On l’a vu dans une moindre mesure lors du dernier déplacement du Premier ministre à Tadjourah ou à l’occasion de la récente inauguration du projet d’eau minérale, ou encore lors du récent congrès de l’ex parti unique tenu le week-end dernier : la politique-spectacle prend une place de plus en plus prépondérante. Quand le Chef de l’Etat se déplace, ce sont tous les membres du gouvernement, tous les mal-élus de l’Assemblée Nationale, toute la haute administration publique, ainsi que les officiers supérieurs de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie, que le « numéro un » djiboutien entraîne dans son sillage.

Ainsi, dimanche dernier, à l’occasion de l’inauguration de nouveaux équipements de soins, dont une unité d’hospitalisation chirurgicale à Peltier entièrement financée par la coopération française, tout ce beau monde a tenu à honorer de sa présence un tel événement. Saluons au passage la générosité de la France, qui a bien voulu doter notre pays d’une infrastructure hautement performante et que n’a pas su réaliser sur fonds propres un régime proclamant pourtant que la Santé est une priorité gouvernementale. Passons sur l’omniprésence à cette cérémonie de la Première Dame et présidente de l’UNFD, flanquée de toute sa suite. Peut-être est-ce pour rappeler qu’elle avait, comme la coopération française, elle aussi fait don d’un important matériel dernier cri de mamographie (tout en exigeant devant témoins, que le meilleur soin soit assuré à ce matériel coûtant des dizaines de millions FD) que la RTD lui a généreusement consacré quelques zooms de réflexion.

Ce que nous ne comprenons pas, c’est que le pays soit obligé de s’arrêter de travailler à chaque fois que le Chef de l’Etat se déplace pour inaugurer une réalisation, aussi importante soit-elle, mais le plus souvent financée par la générosité extérieure. Malheureusement pour l’image de notre pays, mendicité rime avec publicité. Ainsi va le régime de mauvaise gouvernance du RPP en campagne prématurée.

Décentralisation/Régionales :

Secret de Polichinelle

Au détour d’un « récit commémorant les 25 ans d’existence du R.P.P », notre confrère « La Nation », nous apprend officiellement qu’après s’être le plus sérieusement auto-glorifié des actions entreprises par son parti en faveur de la « consolidation de la paix et de l’unité nationale » ( mieux vaut rire d’une telle provocation enfantine) mais aussi pour le développement socio-économique du pays, le Chef de l’Etat et du RPP a affirmé que l’un des défis à relever dans l’immédiat est à ses yeux, l’organisation des premières élections régionales au courant de cette année 2004, au regard des impératifs fixés par la politique de la décentralisation. Vous aurez comme nous relevé la courtoisie : que les partis de l’opposition apprennent par voie de presse, la tenue prochaine d’élections régionales reportées sine die, en dit long sur le déroulement, si elles ont lieu, de ces élections….

Rappelons seulement qu’aux termes de l’accord de paix du 12 mai 2001, elles devaient normalement avoir lieu en même temps que les Législatives 2003. Nous aurons bien entendu l’occasion de revenir en détail sur ce sujet d’une importance vitale pour notre pays. Contentons-nous pour l’heure de rappeler que le projet de Loi organique annexé à cet accord à été illégalement dénaturé et vidé de sa substance par la précédente Assemblée ,qui a ainsi apporté son inestimable contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale…Tandis que ni le gouvernement ni les mal-élus n’ont à ce jour ni examiné ni adopté les modalités d’applications de la loi ainsi violée. Par quel miracle ces élections régionales auront-elles lieu dans les délais annoncés alors que les régions ne sont toujours pas mises en place ?

En attendant que l’U.A.D statue sur le sujet et clarifie sa position, il apparaît d’ores et déjà que le RPP et son chef s’apprêtent à mettre l’opposition devant le fait accompli en concoctant des régions et des élections à leur manière. Comme à l’accoutumée !!!.Tricheurs !


Un Africain juge l’Afrique

L’ancien Premier ministre de Centrafrique, M. Jean-Paul Ngoupandé, a publié dans Le Monde du 18 mai 2002, le court texte dont voici des extraits, dans lequel il établit le diagnostic des maux dont souffre l’Afrique. Contrairement aux dirigeants insouciants (parce que mal élus quand ils ne sont pas illégitimes), nos compatriotes verront que ses analyses valent aussi (et peut-être même surtout) pour Djibouti, exemple frappant de l’infantilisation dans laquelle un parti qui se croit encore unique maintient ses concitoyens.


LE DISCRÉDIT QUI FRAPPE LES AFRICAINS n’a pas d’équivalent dans l’histoire contemporaine de l’humanité. Pendant les siècles de la traite négrière, nous étions assurément des victimes. Aujourd’hui, nous sommes nous-mêmes les principaux fossoyeurs de notre présent et de notre avenir. Au sortir de l’ère coloniale, nous disposions d’appareils d’Etat certes embryonnaires et répressifs, mais qui avaient le grand mérite de remplir efficacement les missions élémentaires qui leur étaient dévolues : sécurité, santé publique, éducation nationale, entretien des voies de communication.

Aujourd’hui les États sont liquéfiés dans la plupart de nos pays, les gardes prétoriennes et les milices politico ethniques ont supplanté l’armée, la police et la gendarmerie, qui ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. L’insécurité s’est généralisée, nos routes et les rues de nos villes sont devenues des coupe-gorge.

La tragédie du sida nous rappelle dramatiquement qu’avec des administrations efficaces et responsables nous aurions pu endiguer le fléau à ses débuts. Au lieu de cela, plus de 20 millions d’Africains, dont une majorité de jeunes et de cadres bien formés, ont déjà été arrachés à la vie, victimes des tergiversations de nos États et d’une ambiance sociale délétère et ludique où le sens de la responsabilité individuelle et collective s’est évaporé. Les crises politico-militaires et les violences de toutes sortes : l’appauvrissement des États pris en otage par des coteries prédatrices, la propension des dirigeants à se préoccuper essentiellement de leur sécurité et des moyens de conserver le pouvoir, tout cela a conduit au fait qu’un secteur aussi décisif pour le présent et l’avenir que l’éducation est naufragé un peu partout. L’insécurité et le désordre général, la criminalisation rampante d’États de plus en plus contrôlés par des systèmes mafieux, les lourdeurs administratives et l’absence de règles transparentes occasionnées par une corruption endémique font que les investisseurs privés ne se bousculent pas à nos portillons, loin de là. Même les donateurs publics nous considèrent désormais comme des puits sans fond et des cas d’acharnement thérapeutique.

Plus de quarante ans après la vague des indépendances de 1960, nous ne pouvons plus continuer d’imputer la responsabilité exclusive de nos malheurs au colonialisme, au néocolonialisme des grandes puissances, aux Blancs, aux hommes d’affaires étrangers, et je ne sais qui encore. Il faut que nous acceptions désormais d’assumer : nous sommes les principaux coupables.

Le basculement de nos pays dans la violence, le laxisme dans la gestion des affaires publiques, la prédation sur une vaste échelle, le refus de nous accepter entre ethnies et régions, tout cela a des causes principalement endogènes. L’admettre sera le début de la prise de conscience, et donc de la sagesse. On me dira que c’est dédouaner trop facilement la responsabilité de l’extérieur. Mais les accusations de ce type, nous n’avons fait que les proférer depuis quarante ans, surtout nous, les intellectuels. Le problème aujourd’hui, c’est que les accusés ne prêtent plus la moindre attention à nos réquisitoires qui ont, soit dit en passant, pris un bon coup de vieux, parce que le monde dont nous parlons n’est plus le leur.

Nos jérémiades, nos gesticulations ne touchent plus personne outre-Méditerranée et outre-Atlantique. Je crains en réalité que nous ne nous trompions de planète. Depuis la fin du conflit idéologique entre l’Est et l’Ouest, nous ne sommes plus un enjeu parce que nous ne pesons plus dans la nouvelle compétition, celle de la conquête de marchés porteurs.

Un et demi pour cent des échanges commerciaux dans le monde (dont 40% pour le pays de Mandela) : voilà ce que représente l’ Afrique subsaharienne sur le nouvel échiquier de notre planète. Autrement dit, nous ne sommes rien, et nous n’avons pas voix au chapitre. Cela se constate aisément, pour peu que nous prêtions attention aux préoccupations des grands décideurs, aux flux commerciaux et aux centres d’intérêt des médias.

Il y a donc pour nous, en ce début du troisième millénaire, une urgence absolue. nous préoccuper de ce que nous avons à faire nous-mêmes pour tourner le dos à la logique de l’autodestruction, tenter de nous réinsérer dans l’économie mondiale, et tout essayer pour en finir avec la marginalisation.

Le premier signe attendu de nous par les rares bonnes volontés qui s’expriment encore en faveur de l’Afrique est que nous commencions enfin à pointer du doigt la racine du mal africain. Nous-mêmes, autrement dit nos dirigeants, nos élites, et même nos populations dont la résignation parfois désarmante laisse le champ libre aux seigneurs de la guerre et offre une masse de manœuvre aux gouvernements tribalistes et prévaricateurs. Un début de visibilité de notre prise de conscience plaiderait en notre faveur et encouragerait ceux qui croient qu’il n’est pas raisonnable de gommer du jeu mondial plus de 700 millions d’Africains subsahariens. (.)

(.) Nous gagnerons en crédibilité à partir du moment où nous serons capables de nous regarder en face, pour reconnaître enfin que tout ce qui nous arrive est d’abord de notre faute. Nous serons plus crédibles pour dire à tous ceux qui considèrent l’Afrique comme un continent perdu qu’ils ont tort. Elle est certes en panne, mais décréter sa mise hors jeu définitive ne règle aucun problème. Entre la condescendance, qui signifie mépris et infantilisation, et l’abandon qui ne dit pas son nom et qui est une forme de politique de l’autruche, il y a place pour un regard responsable sur la crise africaine.

Un tel regard commence d’abord par s’éloigner des idées reçues, en particulier les généralisations hâtives et les conclusions radicales. L’Afrique est un continent. C’est le premier rappel élémentaire à formuler.

Sur cinquante-trois États, il s’en trouvera bien deux, trois ou quatre pour prendre le chemin du sérieux. Seule une observation attentive et non dogmatique permettra de les identifier. Dans cette hypothèse, l’intérêt de l’Afrique, de l’Europe et du monde commanderait qu’ils soient franchement appuyés, au lieu du saupoudrage qui n’a jamais induit un cycle de développement. Un appui franc et massif accordé à des pays manifestant clairement une volonté de s’en sortir par le sérieux et le travail acharné servirait de contre-exemple pour les mauvais gestionnaires.

…………………….

JEAN-PAUL NGOUPANDE (18 mai 2002) * Jean-Paul Ngoupande, ancien premier ministre centrafricain, est député d’opposition en exil.


Andolé : un Martyr

Contre la prescription de la mémoire

Toute Histoire est riche, de gloire comme de tragédies. Les profanes qui cherchent à imposer un discours mensonger sur l’Histoire de notre pays en seront quittes à revoir leur copie (suivez notre regard…) Il est admis et prouvé que certaines résistances ont été à Djibouti, antérieures à d’autres ! D’autres ont été médiatisées à outrance et à dessein ! Certaines ont été occultées… Parce que, par définition, toute Histoire est un enjeu de mémoire et de pouvoir. Refuser de prendre nos morts en otage du présent, c’est restituer à chacun la place qui fut la sienne dans la longue et douloureuse lutte d’Indépendance. C’est ne pas tomber dans la facilité mesquine consistant à profiter du flou chronologique (flou surtout pour les jeunes générations) en accusant certains de crimes dont seul le colonialisme a été coupable. Il ne viendrait donc jamais à l’esprit d’un dirigeant sérieux de rendre tel inspecteur de la police coloniale responsable de la mort de quelque martyr que ce soit : ce serait lui accorder plus d’importance qu’il n’en avait dans le dispositif répressif, donc dans l’Histoire tout court ! A cet égard au moins, le tragique destin du patriote Abdourahman Djama Andoleh mérite un rappel historique dépassionné. C’est le minimum de justice qui puisse lui être ici rendu.


 

Il s’appelait Abdourahman Djama Hassan, plus connu sous le surnom hérité de son père Abdourahman Djama Andoleh. Arrêté à son domicile par la Gendarmerie Française deux jours après le soulèvement populaire consécutif au référendum du 19 mars 1967, il ne reviendra plus chez lui. Déclaré mort par le colonialisme dans la nuit du 27 au 28 mars, soit exactement une semaine après son arrestation, il laisse derrière lui un nom, le sien mort pour l’indépendance du pays, une veuve, elle aussi décédée et sept enfants. Mais surtout un vide sur les conditions exactes de sa mort. Car, depuis l’indépendance, aucune action n’a jamais été entreprise à quelque niveau que ce soit pour éclaircir ce mystère de la brutalité coloniale, ni pour écrire la riche et tragique histoire des martyrs de la libération nationale.

Car le colonialisme a beaucoup écrit son histoire, à sa façon, surtout en ce qui concerne son arrivée et sa présence dans ses anciennes possessions. Si les archives d’outre-mer peuvent utilement être consultées pour qui tente de comprendre le point de vue officiel de l’Histoire, il appartient aujourd’hui aux jeunes générations, plus éduquées que celles de leurs parents, d’œuvrer pour que soient entamées les recherches indispensables pour mieux éclairer et saisir cette période aussi complexe que douloureuse de son peuple, en confrontant les données disponibles documents écrits et les témoignages oraux des protagonistes encore en vie. Seule cette démarche sans exclusive permettra de dégager une vérité historique acceptable puisque proche de la réalité. Chaque évènement devant ainsi être placé ou replacé dans son contexte historique et spatial.

C’est une telle démarche, refusant d’être mystifié par la propagande officielle de tous ceux ayant intérêt à la perpétuation des ténèbres de l’ignorance, qui nous avait permis de vous livrer dans notre journal, à la veille du 25ème anniversaire de notre Indépendance, un sommaire correctif sur l’histoire coloniale française et des luttes anti-colonialistes sur notre territoire. Texte d’ailleurs riche en informations inédites et qui a pu permettre à nos lectrices et lecteurs de saisir l’évolution des différentes périodes coloniales et les noms d’illustres héros et bien d’autres combattants anonymes qui avaient donné de leur vie pour un idéal : La Liberté.

Les lignes qui suivent tenteront donc de mieux faire connaître aux lecteurs un grand martyr national, mort pour sa patrie, assassiné sauvagement par les forces de répression coloniale dans la nuit du 27 au 28 mars 1967 et dont la mémoire doit, plus que jamais, rester présente : il est temps que le silence officiel soit enfin rompu et que les conditions de son assassinat soient élucidées, en déterminant toutes les responsabilités.

Le martyr Abdourahman Djama Andoleh n’avait que 45 ans la nuit « officielle » de sa mort. Mort jeune pour ses idéaux, il avait été de cette génération africaine, de ces hommes de notre contrée et fut un de nos premiers combattants pour la liberté à comprendre que la fin de la Seconde Guerre Mondiale était une occasion inespérée pour les peuples opprimés d’exprimer leurs aspirations et que la libération de leur pays n’était pas différente de celle de la France, laquelle a vu le sacrifice de nombreux fils de ce petit pays. En fait une prise de conscience du caractère universel de la Liberté.

Très tôt, il fourbit ses premières armes dans le militantisme syndical pour la défense des droits des travailleurs comme d’autres de ses compatriotes notamment Moussa Ahmed Idriss et Ahmed Dini Ahmed.

Membre incontournable du Syndicat des Cheminots il fut l’un des premiers autochtones à sérieusement inquiéter le colonisateur et son administration locale, pour la simple raison qu’en plus de ses dons d’orateur, il maîtrisait parfaitement le français et l’arabe. Parallèlement à ses activités syndicalistes, il était membre du parti indépendantiste le Parti du Mouvement Populaire (PMP) dirigé par Moussa Ahmed Idriss. Toutes raisons qui donnaient aux autorités françaises l’occasion de porter une attention particulière à sa personne.

Syndicaliste infatigable, il fut ensuite désigné au poste de Secrétaire Général du puissant syndicat des Cheminots du Chemin de Fer Franco-Ethiopien. C’est donc à ce titre que les autres syndicats de base le choisirent tout naturellement comme leur représentant lors du Congrès International des Travailleurs de tous les pays, tenu le 1er mai 1960 en Chine Populaire. Il faut noter qu’à cette époque le seul moyen offert par le colonialisme pour la revendication des droits des indigènes passait par le syndicalisme. (Depuis 1999, on appelle cela à Djibouti « faire du social » avec le syndicalisme en moins).

Selon des témoignages M. Andoleh était très redouté par la France et lui-même courageux pour assumer haut et fort ses engagements tant politiques que syndicaux. Toutefois, à son désavantage, il évoluait dans un contexte international d’émancipation et de lutte anticolonialiste, amplifié par un rapport de force idéologique entre puissances mondiales, le tout bien évidemment au détriment des peuples opprimés placés, selon le mot de feu Julius Nyéréré, dans la position d’une sardine à laquelle un gourmet demanderait si elle préfèrerait être cuite au beurre ou à la margarine. La France de la fin des années 1950 et du début de 1960 était donc non seulement menacée mais perdait surtout du terrain dans ses colonies d’Asie et d’Afrique : Dien Bien Phu était passé par là.

Djibouti, alors dénommée Côte Française des Somalis – CFS, seule colonie française d’Afrique de l’Est, ne pouvant nullement échapper au raz- de-marée de la décolonisation, devenait de plus en plus vitale pour les intérêts de la France et même de tout l’Occident « capitaliste » : en dépit de la doctrine américaine du « droit des peuples à l’autodétermination », il était difficilement concevable de tolérer la moindre velléité indépendantiste dans cette région plus géostratégique que pourvoyeuse en matières premières utiles aux usines des nations industrialisées. En ce sens que l’unification aussitôt indépendantes des deux Somalie ( britannique et italienne) constituait une menace directe pour la France, par effet de contagion.

Laquelle France gaullienne ne pouvant donc admettre une remise en cause de sa présence en Mer Rouge et dans l’Océan Indien, le voyage de M. Andoleh entrepris en pays communistes ne pouvait que froisser une France pourchassée par ses bataillons de libérateurs, qu’elle continuait pourtant à encore coloniser.

Cette inquiétude des autorités françaises de Djibouti est remarquablement confirmée par une note interne de la Sûreté Générale au Commissaire Spécial du Port et de l’Aéroport, en date du 21 mai 1960. Ce document n°2253, concernant le dossier Andoleh, était ainsi écrit : « Je vous prie de prendre toutes dispositions pour que, à son arrivée en CFS, Abdourahman Djama, employé au CFE, soit soumis à un contrôle très stricte de ses bagages ». Ceux, encore vivant aujourd’hui, qui étaient à l’époque responsable de ces points d’entrée à la frontière confirment à la fois les signatures et les instructions contenues dans cette note.

Plus que ses bagages, c’est sa propre personne qui fit les frais de ce contrôle colonial : quelques jours après son arrestation, on le retrouve mort dans les environs du barrage, le corps criblé de 17 balles et les yeux crevés. Pour la version officielle, reprise par «Le Réveil de Djibouti », il aurait enfreint le couvre-feu : on se demande alors pourquoi s’être acharné sur un cadavre ? En fait, il est probable que ses yeux aient été crevé dans le cadre d’une torture plus générale. C’est ainsi que semble l’avoir compris le quotidien Le Monde qui parlait pour sa part de l’assassinat d’un leader indépendantiste.

Et c’est pour cela que toute la lumière devra tôt ou tard être faite sur ce meurtre. Mieux vaut tôt que tard.


Djibouti vu de Washington (2)

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Deuxième partie)

Voici la seconde partie du rapport 2003 que le Bureau d’études, relevant du Département d’Etat américain, a dressé de la situation des droits de l’Homme à Djibouti. Nous réservons nos commentaires de ce document officiel pour la semaine prochaine, avec sa troisième et dernière partie.


Section 2 Respects des libertés civiles ; incluant :

a. Liberté de parole et de la presse

La Constitution autorise la liberté d’expression et de la presse ; toutefois, le Gouvernement a restreint ces droits dans la pratique. La loi interdit la diffusion de fausses nouvelles et encadre la publication des journaux. La Constitution interdit la calomnie. Le gouvernement est propriétaire du principal journal, La Nation, publié deux fois par semaine. De plus, chaque parti politique légal est autorisé à publier son propre journal. Il y a plusieurs bulletins d’opposition paraissant chaque semaine ou chaque mois et qui critiquant ouvertement le gouvernement.

Le 15 mars 2003, Daher Ahmed Farah a été arrêté et détenu une journée pour « atteinte au moral de l’armée » et d’autres charges émises contre lui par le chef d’état-major de l’armée, le Général Zakaria Cheik Ibrahim. Les charges s’appuyaient sur un article du 6 mars qui accusait le commandant de l’armée de détournements à des fins partisanes. Le Général Zakaria porta plainte une seconde fois contre Farah à propos d’un article du 17 avril accusant le Général de « manque de neutralité » et avançant que le Général demandait à ce que le personnel féminin de la troupe militaire Harbi le divertisse en tenue de sport. Farah a été emprisonné le 20 avril et relâché le 3 juin ; cependant, il a été à nouveau incarcéré le 5 juin, acquitté et libéré le 23 juin, mais reconnu coupable en appel le 9 juillet et réincarcéré. Il fut libéré le 5 août. Le gouvernement a imposé une interdiction de parution de six mois au Renouveau à partir de l’emprisonnement de Farah, du 20 avril au 20 octobre 2003.

L’importation et la vente des journaux du Somaliland, Jamhuuriya et le Républicain sont effectives à la fin de l’année.

Le gouvernement possède également la station de radio et de télévision. Les médias publics ne sont généralement pas critiques envers les leaders et la politique du régime. La RadioTélévision de Djibouti (RTD), station officielle du gouvernement, émet 24 heures par jour dans quatre langues à la radio. La BBC (British Broadcasting Corporation) et RFI (Radio France International) émettent également à partir du territoire. Durant l’année, l’International Broadcasting Board (Bureau de Diffusion Internationale) a débuté à la fois la diffusion de Voice Of America (La Voix de l’Amérique) et de Radio Sawa en FM et en MW.

A la fin de l’année, le gouvernement n’avait toujours pas mis en place la Commission Nationale chargée de surveiller le respect du pluralisme de l’information et seule habilitée à accorder des autorisations pour la création de journaux, de radios et de télévisions libres, comme cela est prévu par la Loi de 1992 relative à la liberté de communication. Le seul server Internet du pays appartient au gouvernement. Contrairement à l’année 2002, le gouvernement n’a pas empêché l’accès à des sites d’opposition ou de défense des droits de l’homme. D’une manière générale, le gouvernement n’oppose aucune restriction à la liberté d’enseignement. Globalement, les enseignants peuvent librement s’exprimer et conduire leurs recherches sans entrave, à condition qu’ils ne violent pas les lois relatives à la sédition.

b. Liberté de Rassemblement et d’Association pacifiques

La Constitution garantit la liberté de rassemblement ; toutefois, le gouvernement limite ce droit dans la pratique. Le ministère de l’Intérieur exige une autorisation préalable pour tout rassemblement pacifique et contrôle les activités des partis politiques d’opposition. Contrairement à ces dernières années, le gouvernement a autorisé en plusieurs circonstances les partis d’opposition à tenir des rassemblements pacifiques. En février et mars, l’opposition a organisé plusieurs manifestations à la suite des législatives ; ces manifestations sont restées pacifiques, malgré une présence policière massive. Certains leaders d’opposition ont pratiqué avec efficacité l’autocensure et se sont abstenus d’en appeler sans cesse aux manifestations populaires, pour éviter toute radicalisation du régime.

Le 24 mars, deux élèves ont été sérieusement blessés lorsque la police locale a tiré contre des pacifistes. Le 16 août, la police a usé de la force et des gaz pour disperser une manifestation contre la politique d’immigration. La police a battu plusieurs manifestants et il a été reporté que 50 personnes environ ont été reconduites à la frontière éthiopienne.

Aucune action n’a été engagée à l’encontre des forces de sécurité qui ont fait un usage excessif de la force pour disperser une manifestation en 2002.

La Constitution garantit la liberté d’association lorsque certaines exigences légales sont remplies ; toutefois, le gouvernement restreint ce droit dans la pratique. Il est demandé aux partis politiques d’être reconnus par le gouvernement ; en septembre 2002, le gouvernement a mis fin à la limitation des partis légalement autorisés. Le gouvernement continue de harceler et d’intimider les opposants. Les associations apolitiques doivent également être enregistrées au ministère de l’Intérieur. Des responsables Baha’i ont déclaré avoir été interdits de légalisation.

c. Liberté religieuse

La Constitution, tout en déclarant l’Islam religion d’Etat, autorise la liberté religieuse et le gouvernement respecte généralement ce droit en pratique ; toutefois, le prosélytisme est interdit. Bien que l’Islam soit religion d’Etat, le gouvernement n’impose aucune sanction à l’encontre de ceux qui choisissent d’ignorer l’enseignement de l’Islam ou de pratiquer d’autres religions. Plus de 99% de la population est sunnite. Le gouvernement exige que les groupes religieux soient enregistrés au ministère de l’Intérieur. Les leaders Baha’i ont déclaré que la légalisation leur avait été refusée. Il n’y a aucune interdiction légale contre le prosélytisme ; toutefois, il est découragé.

d. Liberté de circulation intérieure, voyage à l’extérieur, immigration et rapatriement

La Constitution garantit ces droits ; toutefois, le gouvernement les restreint parfois dans la pratique. Par exemple, un juge peut ordonner la saisie du passeport de certaines personnes sous surveillance judiciaire ou en attente d’un procès. Durant l’année écoulée, il n’a pas été fait état de personnes interdites de quitter le pays. Dans les districts de Tadjourah et d’Obock, les mines terrestres ont restreint dans les années 1990 la liberté de circulation. Le gouvernement continue ses efforts de déminage. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été fait état d’épouse interdite de voyager sans l’autorisation d’un parent mâle.

La loi prévoit d’accorder l’asile aux réfugiés et aux personnes correspondant à la définition de la Convention des Nations-Unies de 1951 relative au Statut des Réfugiés ou à son Protocole de 1967. Dans la pratique, le gouvernement accorde la protection contre le refoulement de personnes sous la protection du HCR. Le gouvernement coopère avec le HCR ; toutefois, le gouvernement n’accorde pas comme il le devrait le statut de réfugié ou l’asile. Le pays a accueilli une population estimée à environ 50.000 réfugiés et étrangers clandestins à la fin de l’année. Quoique le gouvernement ne reconnaisse plus officiellement les réfugiés sous la protection du HCR, il coopère avec le HCR en fournissant assistance à 21.000 Somaliens et Ethiopiens enregistrés dans les deux camps de Hol-Hol et Ali-Addé.

Le 26 juillet, le gouvernement a annoncé que tous les étrangers en situation irrégulière – essentiellement d’Ethiopie, de Somalie et du Yémen- avaient jusqu’au 31 août pour quitter le pays. La date-butoir a ensuite été repoussée au 15 septembre. En réponse à cet ordre d’expulsion, des milliers de clandestins étrangers ont quitté le pays avant la date limite. Des rapports indiquent qu’il y a eu de nombreux cas de décès dus à cette politique d’expulsion. Certains individus sont morts d’insolation après que les forces de sécurité les aient déposés à la frontière. D’autres décès sont rapportés à la gare ferroviaire et dans le centre de transit d’Aouaraoussa, un ancien camp de réfugiés, du fait de la surpopulation et du manque de moyens. Les autorités ont annoncé que plus de 80.000 étrangers en situation irrégulière ont quitté le pays à la suite de cette décision d’expulsion ; toutefois, la LDDH a rapporté que plus de 110.000 avaient en fait quitté le pays.

De nombreux étrangers exprimant leur crainte de persécution en cas de retour dans leur pays d’origine furent rassemblés dans le stade de la Capitale puis transférés au centre de transit d’Aouraoussa. L’office gouvernemental d’assistance aux réfugiés et victimes de désastre (ONARS) était chargé de la gestion de ce centre de transit, en collaboration avec le HCR et les autres organisations internationales. La Commission Nationale d’éligibilité a été reconstituée afin de reconsidérer les cas d’asile. Le HCR a réétudié chaque demande d’asile, interrogeant les demandeurs, puis transmis les dossiers à la Commission afin qu’elle statue. Le 8 novembre, la Commission a commencé cet examen des demandes d’asile dans le centre de transit.

Les demandeurs auxquels l’asile sera accordé seront expédiés dans un camp de réfugiés ; ceux dont la demande sera refusée se verront renvoyés dans leur pays d’origine. En tout, il y avait environ 8.000 personnes demandant l’asile ; 4.000 d’entre elles étaient supposées être des Somalis du Sud ayant auparavant bénéficié du statut de réfugié et 4.000 autres auxquelles ce statut n’avait pas encore été attribué à la fin de l’année. Durant l’année écoulée, le HCR a rapatrié 249 réfugiés du Somaliland arrivés dans le pays au moment de la guerre civile. Certains rapports non confirmés ont fait état de retour forcé dans leur pays, spécialement l’Éthiopie, de personnes craignant une persécution. Contrairement à l’année dernière, aucun rapport n’a indiqué que les forces de sécurité aient utilisé, sous peine de déportation, des étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcée dans des projets publics ou pour leur propre besoin.

Section 3. Respect des droits politiques : droit des citoyens à changer de gouvernement

Le gouvernement accorde aux citoyens le droit de changer de régime ; toutefois, le gouvernement limite ce droit dans la pratique.

Le candidat RPP Ismael Omar Guelleh, successeur désigné de l’ancien Président Hassan Gouled Aptidon, a gagné l’élection présidentielle de 1999 avec 74% des voix. Pour la première fois depuis le début d’élections multipartites en 1992, aucun groupe n’a boycotté le scrutin. Bien que Moussa Ahmed Idriss et l’ODU aient contesté les résultats, dénonçant des « irrégularités » et affirmant que des « étrangers » ont voté dans différents quartiers de la Capitale, les observateurs nationaux et internationaux ont considéré que cette élection a été d’une manière générale juste et transparente, parlant juste de quelques irrégularités mineures.

En janvier 2003, a pays a connu ses premières élections multipartites. Ces élections législatives mettaient aux prises l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) coalition pro-gouvernementale et celle de l’opposition, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD). L’UMP était dominée par le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), parti au pouvoir depuis l’Indépendance, et comprenait également le Parti National Démocratique(PND), le Font pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) et le Parti Populaire Social-Démocrate (PPSD). L’UAD était composée de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), du MRD, de l’Union Djiboutienne pour le Développement et la Justice(UDJ) et du Parti Djiboutien pour le Développement (PDD). Avec précaution, le RPP continuait de contrôler le système politique. Les chiffres officiels ont enregistré la victoire de la majorité UMP dans tous les cinq districts. L’UMP a raflé tous les 65 sièges à pourvoir, bien que l’UAD ait obtenu 37% des voix.

Des observateurs de l’Union Africaine, de la Ligue Arabe et de l’Agence Intergouvernementale des Pays Francophones ont noté les conditions pacifiques de déroulement de ce scrutin, mais ont également reconnu des irrégularités dans le processus électoral. L’opposition a dénoncé des fraudes massives surtout au niveau des listes électorales qui n’ont pas été rendues publiques et a accusé le gouvernement d’avoir bourré les urnes, mobilisé des unités militaires pour procéder à des votes multiples et pour intimider les sympathisants de l’opposition, enfin manipulé le décompte des voix dans certains districts. Le 20 février, le Conseil Constitutionnel a rejeté la demande de l’UAD en annulation des élections.

Il y avait 7 femmes pour les 65 sièges. Sept sièges de députés ont été réservé aux femmes par décret présidentiel lors des élections de janvier 2003. les premières femmes du pays à devenir membres de l’Assemblée Nationale le furent avec la législature UMP en février. Hawa Ahmed Youssouf fut nommée Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, en charge de la Promotion de la Femme et des Affaires Familiales et Sociales. Khadija Abeba, Présidente de la Cour Suprême, est la femme la plus haut placée et, en vertu de la Constitution, pourrait assurer l’intérim du Président de la République en cas de vacance du pouvoir.

Sur ces 65 députés de cette législature, il y a 9 membres de clans minoritaires non Somali-Issa (Issaks, Gadaboursi, Darood, Fourlaba) et Arabes. 3 membres sur 20 de la Commission Permanente sont issus de minorités. Le sous clan du Président, les Issa-Mamassan, détiennent un pouvoir disproportionné dans les affaires de l’État. Les Afar occupent des postes ministériels subalternes ; toutefois, ils ne sont pas non plus correctement représentés aux niveaux inférieurs. La représentation des clans Somali autres que celui des Issa et des citoyens d’origine yéménite est officieusement limitée à un poste ministériel. Il y a également une limitation officieuse du nombre de députés pour chaque groupe.

A suivre.


L’USAID nouvelle version

Certains esprits avides de changement démocratique se poseront peut-être une question essentielle: par quelle magie du dédoublement d’État les Américains peuvent-ils à la fois émettre un jugement aussi dépréciatif sur le système politique djiboutien et reconduire une coopération interétatique allant crescendo depuis la lutte antiterroriste. Mais, en vérité, il n’y a aucune contradiction entre la dénonciation officielle des penchants dictatoriaux et la sauvegarde des intérêts stratégiques d’une Nation américaine traumatisée par les attentats terroristes. Pour preuve, voici les nouvelles orientations de la coopération américaine que l’USAID (organe de l’aide internationale) devra mettre en œuvre.


 

L’USAID PROPOSE UNE NOUVELLE STRATÉGIE D’AIDE A L’ÉTRANGER

(Elle viserait à répondre aux besoins variés des pays.)

L’administrateur de l’Agence des États-unis pour le développement international (USAID) , M. Andrew Natsios, a déclaré, le 25 février, lors d’une intervention devant le comité consultatif de l’USAID sur l’aide étrangère directe, que cet organisme proposait une nouvelle façon de distribuer l’aide étrangère afin de mieux répondre aux besoins variés des pays ayant un niveau de revenus inégal.

La nouvelle stratégie comprendrait cinq volets et chercherait, en premier lieu, à aider les pays à instituer les changements fondamentaux qui leur permettraient d’avancer aux plans économique et social sans avoir à dépendre de l’aide étrangère. Il s’agit là de non seulement réduire la pauvreté, mais de promouvoir également l’égalité des sexes et la protection de l’environnement .

La nouvelle direction sous-tendant la distribution de l’aide étrangère a déjà porté ses fruits alors que les pays réalisent que le fait de bien gouverner, d’investir dans leur population, et de mettre en oeuvre une réforme économique peut leur faire bénéficier d’une aide financière plus importante dans le cadre du Compte du millénaire.

La nouvelle stratégie comprend des mesures visant à renforcer les pays fragiles, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas en mesure de fournir des services fondamentaux à leur population ou qui ne veulent pas le faire et ceux qui sont encore faibles mais qui enregistrent des progrès aux plans de la stabilité et de la gouvernance.

L’USAID, a expliqué M. Natsios, collaborerait avec le Congrès et d’autres organes du gouvernement de façon à trouver des ressources indépendantes de celles qui sont consacrées au développement pour promouvoir la stabilité, la relance économique et la réforme du gouvernement dans les Etats déstructurés ou à la dérive.

Un troisième élément de la stratégie consisterait à fournir une aide humanitaire aux pays qui en ont un besoin urgent « sans pénaliser ceux dont l’engagement du gouvernement est insuffisant ». Il s’agirait de mettre l’accent sur la prévention des catastrophes, de faire fond sur les capacités locales de répondre à une catastrophe et de protéger les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

Le quatrième élément de cette stratégie consisterait à aider les pays en s’appuyant sur des considérations liées aux priorités en matière de politique étrangère.

Mettre l’accent sur des questions revêtant une importance mondiale, telles que le VIH/sida et la traite des êtres humains, constituerait le cinquième volet de la stratégie.

Faisant remarquer que l’aide étrangère n’était plus le fait d’une seule opération, M. Natsios a précisé que l’USAID était désormais représentée aux plus hauts échelons de la prise de décisions au sein du gouvernement des États-unis et qu’elle avait élaboré un plan stratégique de concert avec le département d’État afin d’harmoniser les objectifs en matière de politique étrangère et de développement.

………………………

(Diffusé par le Bureau des programmes d’information internationale du département d’État. Site Internet; http;//usinfo.state.gov/francais/)

COMMENTAIRES

Sans trop empiéter sur les remarques à propos du rapport du Département d’Etat relative à la situation des droits de l’homme à Djibouti en 2003, que nous réservons pour la semaine prochaine, nous ne pouvons qu’exprimer notre satisfaction. Celle également de tous les Djiboutiens aspirant à des réformes démocratiques fondamentales : le soutien accordé aux Etats-Unis dans le cadre de la lutte contre le terrorisme n’assurera aucune impunité aux régimes dictatoriaux. Encore moins un chèque en blanc pour financer la mauvaise gouvernance.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 86 du mercredi 3 mars 2004

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Réalité numéro 86 du mercredi 3 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Droit de réponse du ministère de l’Éducation nationale
  4. Djibouti vu de Washington
  5. L’habit ne fait pas le moine
  6. Réhabilitation : Obock, ô désespoir
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 86

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA MAUVAISE BLAGUE DE LA BONNE GOUVERNANCE

L’office djiboutien du Tourisme a trouvé il y a quelques années, pour ses affiches publicitaires, un bien étrange slogan : « Djibouti, l’autre façon de vivre l’espace ». Etrange car l’espèce humaine n’a qu’une seule façon de vivre son espace : l’utilisation optimale des ressources disponibles, c’est-à-dire l’harmonie avec l’écosystème. Par contre, si le rapport à la nature tout court est somme toute banal, même au regard de la rudesse du climat, le décor dans lequel se meuvent les Djiboutiens, citadins comme ruraux justifierait amplement un détournement plus approprié : « Djibouti, l’autre façon de vivre la politique».

Ici, c’est le plus normalement du monde qu’un Ministre chargé de faire respecter le Statut de la Fonction Publique, désigne comme Directeur un (e) stagiaire (qui ne serait même pas recruté(e) officiellement), en violation de toutes les règles en vigueur et de toutes les hiérarchies établies. Ici aussi, tout le monde trouve normal (peut-être parce qu’il n’est pas dans nos valeurs islamiques de tirer sur une ambulance) qu’un ancien Premier ministre soit nommé en qualité d’Ambassadeur au Vatican (tolérance religieuse ?) avec longtemps résidence dans le palais de son ancienne fonction.

Par contre, il paraîtrait que les militaires acceptent de moins en moins facilement que les soldes varient en fonction de l’appartenance clanique puisque, en fin de compte, c’est la seule différence palpable entre AND et Garde Présidentielle ; à la parade près. Par contre, c’est sans crainte du ridicule qu’un ancien Ministre des Affaires Etrangères se retrouve du jour au lendemain Ambassadeur quelque part, obéissant aux directives d’une administration centrale hier à ses ordres, sans parler de l’actuel Premier ministre à l’époque obscur attaché d’ambassade. Tout cela, il parait que ce seraient les preuves indiscutables de la bonne gouvernance façon RPP. Sans rire !

Justement, en parlant de tout cela, d’ancien Ministre et d’actuel Ambassadeur, il paraîtrait que les parlementaires européens de passage ici auraient chaleureusement vanté les avancées de la bonne gouvernance à Djibouti. Même le journaliste à la posture obséquieuse, en charge d’une interview publicitaire parue lundi dernier dans La Nation, en est resté pantois. Extraits sans rire, parce que la réalité est grave : « Les performances djiboutiennes en matière économique, les réformes institutionnelles engagées ainsi que les efforts pour faire reculer la pauvreté sont aujourd’hui perçus par nos partenaires européens comme des signes de bonne gouvernance et de clairvoyance politique. C’est tout à l’honneur du président Ismael Omar Guelleh ». Un constat s’impose, car il est inutile d’insister sur l’aspect griot, de l’un et de l’autre : les notables d’Ali-Sabieh ont plus de bon sens que l’Ambassadeur de Djibouti auprès de l’Union Européenne. Certainement parce qu’ils sont plus proches que lui des réalités économiques et sociales du pays ; lesquelles ne sont guère réjouissantes.

Parler de la bonne gouvernance du régime RPP est donc la plus mauvaise blague que l’on puisse faire aux Djiboutiens : à qui profite ce crime ? Que cherche donc le régime en faisant croire à de pareilles insanités, puisque mauvaise gouvernance, corruption et gaspillage sont concrètement et quotidiennement observables ? Pour une fois, cette mystification est essentiellement à usage interne : dire que même la communauté internationale ne pourra pas tirer le Peuple djiboutien des griffes des prédateurs au pouvoir ! C’est tout.

C’est tout, car le fin mot de l’histoire se trouve également en page 2 de ce numéro de La Nation. Au journaliste lui demandant si Djibouti n’allait pas « figurer pendant encore longtemps parmi les autres éternels assistés que compte notre continent », l’ancien Ministre et actuel Ambassadeur a symptomatiquement répondu : « Pas du tout. Et venant de vous, cette question me surprend dans la mesure où, et en tant qu’homme de presse, vous avez la possibilité de suivre de près l’évolution de la situation économique de notre pays ».

Justement, c’est peut-être parce qu’il est journaliste suivant de près et patati patata, que cette question lui est spontanément venue à l’esprit. Mais, dans la « bonne » gouvernance version RPP, l’esprit n’est pas vraiment primordial, surtout s’il se veut libre et critique : le ventre suffit. Alors, bon apppêtit, Excellences.


Brèves nationales

Fruits et légumes :

Vers la fin de la pénurie ?

Les consommateurs Djiboutiens ont été privés de fruits et légumes frais la semaine dernière, suite à un litige opposant les importateurs à l’administration fiscale qui exigeait le paiement de l’impôt sur les bénéfices pour l’exercice 2003. Conséquence de cette situation, les prix de ces denrées ont triplé et un début de pénurie s’est installé, provoquant l’ire des consommateurs.

Il est tout de même navrant de constater que plus d’un quart de siècle après notre Indépendance, notre pays reste encore totalement dépendant de l’étranger pour son approvisionnement en produits maraîchers. Afin de tendre un tout petit peu vers l’autosuffisance alimentaire qui ne semble pas pour demain, malgré tous les efforts du ranch présidentiel du Day, les cultivateurs nationaux devraient être encouragés par l’État pour augmenter leur production. Aux dernières nouvelles, la partie de bras de fer engagé entre l’État et les importateurs de fruits et légumes aurait pris fin après que ces derniers eurent accepté de s’acquitter de leurs impôts.

En principe, l’approvisionnement normal reprendra ce mercredi, au grand soulagement des consommateurs.

Séminaire des chambres de commerce régionales :

Curieuse absence du grand voisin

Selon le journal gouvernemental La Nation, qui rapporte l’événement, un séminaire regroupant les chambres de commerce et le secteur privé des pays membres de l’IGAD se tient depuis quelques jours à l’hôtel Sheraton de djibouti. Au vu de la liste des pays représentés, nous sommes surpris de constater l’absence de notre grand voisin et principal partenaire commercial, à savoir l’Éthiopie.

Pourtant, la chambre de commerce de Djibouti et la chambre nationale de commerce de l’Éthiopie entretiennent des relations suivies et fructueuses depuis de longues années. Que notre confrère ait manqué de relever et de commenter cette absence remarquée est en soi éloquent. Pour notre part, nous regrettons cette absence et cherchons à comprendre… surtout quand notre confrère écrit : « Notons que l’ensemble des représentants du secteur privé régional est représenté : la chambre nationale de commerce de l’Érythrée, la fédération des employés de l’Érythrée, la chambre nationale de commerce et d’industrie du Kenya, la chambre nationale de commerce et d’industrie ougandaise, la fondation du secteur privé ougandais, l’union soudanaise des chambres de commerce, la fédération soudanaise des affaires, le conseil des affaires somalien et les représentants du secteur privé djiboutien. ». Géographie à revoir!

As-Eyla-Yoboki :

Eau potable, un luxe?

Alors que le régime insouciant et fanfaron claironne que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement demeure une priorité, il nous a paru opportun de rappeler la difficile condition des habitants d’As-Eyla et de Yoboki, deux localités du Sud-Ouest où l’eau potable servie est impropre à la consommation. Cela fait des années que la population d’As-Eyla se plaint régulièrement de la mauvaise qualité de l’eau courante consommée dans sa ville. Cette dernière provenant d’un forage creusé par l’administration coloniale est peu potable du fait de sa salinité et de sa forte teneur en sulfate. D’un goût âcre, elle serait également à l’origine des multiples maux de ventre dont souffre ceux qui la boivent, et ils sont malheureusement nombreux. Pourtant, un puits traditionnel possédant une eau aussi abondante que douce et d’excellente qualité, est situé à quelques centaines de mètres de la ville.

Qu’attendent donc les pouvoirs publics pour creuser un nouveau forage d’eau douce ou alors assainir l’eau provenant du forage existant ?

A Yoboki, le problème est le même, la population reste condamnée à consommer une eau aigre et dure, alors qu’une eau douce et en quantité suffisante est disponible à quelques kilomètres de là. Dans les deux cas, c’est l’insouciance de ce régime d’injustice qui prolonge le calvaire des habitants de ces régions abandonnées.

Nous lançons un cri d’alarme , car il en va de la santé des milliers de citoyens.

Démobilisation :

Les rappelés dans l’oubli

Les militaires rappelés en 1991 pour participer à la guerre contre le FRUD, puis rapidement démobilisés au bout de quelques années, sont aujourd’hui dans une situation dramatique : après les avoir utilisé comme chair à canon, le régime refuse de les indemniser. Pourtant, l’arrêté présidentiel n°97-0256/PR/DEF du 3 avril 1997 stipulait clairement que « les militaires rappelés totalisant plus de 12 ans et moins de 15 ans de service effectif pourront, s’ils le souhaitent, racheter les droits à pension part du salarié et part patronale afin de bénéficier des droits à pension des militaires retraités ayant accompli quinze ans de servie effectif en lieu et place du droit à pécule ». De même qu’il disposait d’autre part que « le Ministre de la Défense fixera par décision la liste des intéressés et la date d’ouverture du droit à pension de retraite ».

Ledit ministère de la Défense a donc dressé une liste de 48 bénéficiaires pouvant légitimement y postuler et transmis le dossier au ministère de l’Économie et des Finances. Puis, par un courrier en date du 31 mars 1998, le ministère des Finances a répondu au Directeur administratif et financier de l’Armée Nationale, qu’il était impossible d’honorer le mandat de 27.110.000 FD et celui de 6.708.000 FD pour les raisons suivantes :

1) l’exercice 1997 est clôturé ;

2) l’exercice 1998 ne peut imputer que les soldes des bénéficiaires de pécule. CQFD de la tautologie !

Cela fait donc maintenant sept ans que ces malheureux militaires démobilisés attendent d’être payés et réclament constamment leur droit légitime. Voilà de quelle façon les arrivistes du RPP traitent ceux qui ont risqué leur vie pour défendre ce régime d’injustice. Si un serpent te mord deux fois au même endroit, c’est de ta faute, dit le proverbe. Il n’est jamais trop tard pour se rendre compte de l’évidence : c’est ce régime qui doit disparaître !


Droit de réponse du ministère de l’Éducation nationale

En réponse à notre article relatif à une circulaire ministérielle demandant aux chefs d’établissement scolaire de dorénavant exiger une facture de l’EDD et de l’ONED pour toute première inscription, le ministère de l’Éducation Nationale nous a fait parvenir le droit de réponse ci-dessous.


 

Le journal « Réalité » dans son édition du 18 février 2004, et dans un article titré : « Éducation Nationale : Coulée ou Électrocutée ? », commentait la Circulaire Ministérielle n° 1014/MENESUP du 21 Décembre 2003 portant sur les conditions d’inscriptions en 1ère année de l’Enseignement de Base.

Nous saluons tout d’abord le ton responsable et le professionnalisme de cet article qui, hors mis le titre un peu excessif, soulève des questions que peut légitimement susciter cette circulaire et qui méritent des éclaircissements que nous apportons dans ce droit de réponse.

Nous profitons également de cet article pour lancer un débat public sur la Carte Scolaire que cette circulaire vise à faire respecter. Nous ouvrons aussi à vos lecteurs les colonnes de Educ-Info, lettre bimensuelle du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieure.

Mais tout d’abord quelques précisions nous paraissent nécessaires :

1- Cette circulaire est destinée aux directeurs d’écoles et non au grand public. Elle fait partie d’un ensemble de réglementation et de pratiques connues par les destinataires et pas forcement par tous les parents d’élèves.

2- Elle est destinée uniquement aux écoles de Djibouti Ville et des chefs-lieux de district car les directeurs des écoles rurales et des zones périphériques de Djibouti ont reçus d’autres consignes et directives de la part des inspecteurs chefs, de circonscription.

3- Cette circulaire vise plus particulièrement quelques écoles primaires qui jouissent d’une bonne réputation, plus ou moins justifiée, et qui sont donc très demandées.

Actuellement les élèves de ces écoles proviennent de toute la ville de Djibouti depuis Balbaba jusqu’au Héron. Et ce recrutement particulier, en dehors des quartiers environnants, présente des inconvénients que nous nous efforçons de réduire par cette circulaire et qui sont détaillés ci dessous.

Revenons maintenant à la Carte Scolaire : les écoles sont implantées dans la ville de Djibouti et dans tout le pays de telle sorte qu’elles puissent être les plus proches possible des lieux d’habitations.

La Proximité de l’école réduit les distances à parcourir par les enfants ainsi que les frais de transport qui constituent, pour certains, des obstacles à la scolarisation. L’idéal serait donc qu’en zone urbaine chaque enfant puisse se rendre à pieds à son école de quartier et que les parents puissent également avoir des contacts fréquents avec les enseignants et le directeur d’école non seulement pour suivre la scolarité de leurs enfants mais aussi pour participer, dans la mesure de leurs moyens, à la gestion et à l’entretien de leur école.

Le Service de l’Enseignement de Base a donc déterminé, pour chaque école, une zone géographique de recrutement. C’est ce que nous appelons la Carte Scolaire et que nous nous efforçons de respecter et de faire respecter par les parents lors des inscriptions des élèves de première année et lors des mutations des enfants d’une école à l’autre suite à un déménagement de la famille par exemple.

Dans la pratique ce sont les parents des couches les plus favorisées de la population qui refusent d’appliquer la Carte Scolaire en prétextant qu’ils veulent inscrire leurs enfants dans les meilleures écoles et qu’ils ont les moyens de prendre en charge les frais de transport de leurs enfants. Pourtant ils sont les premiers à s’opposer à tous les remaniements des horaires d’enseignement dès que ces horaires entraînent davantage de mouvements de va et vient entre l’école et le domicile.

Ainsi, lorsque nous avons voulu pour des raisons pédagogiques uniformiser les horaires des classes touchées par la réforme, pour que les équipes d’enseignants puissent dialoguer ou être regroupées pour les séances de formation, nous avons eu des difficultés à convaincre les parents qui ne pouvaient plus regrouper leurs enfants de différents niveaux sur les mêmes plages horaires.

Nous avons aussi tenté de modifier les horaires et revenir, chaque fois que c’est possible à un plein temps où les enfants auraient des horaires plus équilibrés et pédagogiquement plus favorables aux apprentissages. La majorité des parents et surtout ceux dont l’école est éloignée du domicile, ont refusé l’idée de transporter leurs enfants matin et après-midi.

Pourtant lors du débat des États Généraux de l’Éducation, les horaires qui obligent les enfants à se rendre à l’école à 13h30 ont été jugés, à raison, anti-pédagogiques.

Aujourd’hui, avec l’effort sans précédent qui a été fait par le Gouvernement, ces trois dernières années, pour la construction de nouvelles écoles, l’agrandissement des écoles existantes et la réhabilitation de la plupart des salles de classes, nous sommes en mesure de supprimer la double vacation des locaux ( l’utilisation d’une salle de classe par deux groupes d’élèves) dans plusieurs écoles de la Capitale et des chefs lieux de Districts, mais la plupart des parents intéressés ne sont pas disposés à revenir aux horaires de plein temps à cause de l’éloignement du domicile par rapport à l’école.

Telles sont les raisons qui nous ont obligés à adopter les mesures coercitives pour exiger des parents la justification de leurs lieux d’habitation. La circulaire qui paraît viser tous les parents d’élèves n’est peut-être pas assez explicite et peut apparaître comme un frein à la scolarisation des plus défavorisés.

Mais ce n’est pas le cas car dans la pratique ces mesures coercitives de Carte Scolaire ne concernent ni les écoles rurales ni les écoles de Balbala puisqu’en général, ces écoles sont fréquentées par les élèves pour lesquels elles étaient destinées.

Nous regrettons que le journaliste de « Réalité » auteur de l’article , avant de spéculer sur les conséquences possibles de l’application de cette circulaire n’ait pas eu l’honnêteté intellectuelle de se renseigner sur l’effort colossal en matière de scolarisation qui a été fait depuis la rentrée scolaire 2000 qui a suivi la tenue des États Généraux de l’Éducation de décembre 1999.

Rien que dans l’Enseignement Primaire avec la construction de 252 salles de classes nouvelles ( dont 62 à Balbala, 38 dans les anciens quartiers de Djibouti et 152 en dehors de Djibouti ville) nous avons augmenté notre capacité d’accueil de plus 44% en trois ans alors que plus d’une centaine de salles de classes existantes ont été rénovées.

Plus d’une centaine d’autres salles de classes seront construites dans les deux ans qui suivent.

Les locaux du CFPEN ont été agrandis de 10 nouvelles salles pour lui donner les moyens de former les enseignants nécessaires pour faire face à cet effort de scolarisation et sa capacité a été portée de 50 élèves-maîtres par an à plus de 200 par an. Ce qui nous a permis, non seulement d’accueillir depuis deux ans tous les enfants djiboutiens de six ans qui ont demandé une inscription, mais aussi d’arrêter depuis la rentrée 2003 le recrutement des instituteurs contractuels sans formation initiale.

Le journaliste de « Réalité » aurait pu enquêter sur le terrain et interroger les directeurs d’écoles et les inspecteurs sur les conditions d’inscription des enfants de six ans.

Ø Il aurait su tous les efforts qu’ils font pour accueillir le maximum d’enfants dans les classes de première année.

Ø Il aurait su qu’il n’y a plus de date limite pour l’inscription des nouveaux élèves et qu’ils ont reçus des instructions pour inscrire les élèves jusqu’au jour de la rentrée et même au delà lorsque des places sont disponibles.

Ø Il aurait su que même lorsqu’une école a rempli ses classes de première année les directeurs doivent continuer à recevoir les dossiers d’inscription pour les transmettre à l’inspection qui est chargée de proposer des places dans les écoles les plus proches qui ont encore des places.

Ø Il aurait su qu’à Djibouti ville les directeurs d’écoles acceptent les élèves qui ne présentent qu’une seule carte d’identité des parents au lieu des deux.

Ø Il aurait su que dans les écoles rurales les directeurs attendent plusieurs années pour que les parents puissent compléter le dossier et que les enfants sont acceptés même s’ils n’ont pas d’acte de naissance et même s’ils ont dépassés largement l’âge légal d’inscription.

Ø Il aurait su que les nouvelles inscriptions ne cessent d’augmenter depuis l’an 2000 et qu’elles sont passées de 5900 en 1999 à plus de 7000 en 2003.

Ces deux dernières années, même à Djibouti Ville, les places disponibles en première année dépassent les demandes d’inscriptions à tel point que nous sommes obligés d’organiser des campagnes à la Radio et à la Télévision pour inciter les parents à inscrire leurs enfants. Bien sur, ici et là, certaines écoles très demandées font le plein des inscriptions en quelques jours mais des places restent disponibles pour tous les enfants djiboutiens et souvent dans une école proche de leur domicile.

Alors, il ne faut pas que l’arbre nous cache la forêt, la voix de quelques parents privilégiés qui veulent inscrire leurs enfants à l’école de leur choix ne doit ni masquer la réalité ni servir de prisme déformant pour attaquer la politique gouvernementale qui vise l’accès de tous à une éducation de qualité dans toutes les écoles, quels que soient leurs lieux d’implantation.

***

COMMENTAIRES

Il n’est pas dans notre intention de polémiquer avec des professionnels qui ont en charge l’avenir de nos enfants : enseigner étant une vocation, il est difficile et malhonnête d’insinuer qu’ils font mal leur travail. Tout juste vous rappellerons-nous que la circulaire concernait tous les chefs d’établissement sans exception. « Il aurait su » beaucoup de choses, mais ce que nous ne comprenons pas, c’est par quelle aberration politico-administrative une circulaire dont l’application comporte autant de dérogations a-t-elle pu être conçue et signée?

De nouvelles écoles ? Tant mieux ! Nous ne demandons que cela : quand on voit le régime abandonner à la générosité des militaires français et américains la remise en état de celles qui existent, il y a de quoi s’inquiéter. Enfin, une seule question, directement adressée à votre ministre : existe-il une seule directive invitant les chefs d’établissement scolaire à prévoir des dérogations d’âge pour tous les enfants dont la scolarité a été retardée du fait du conflit ? A notre connaissance, il n’y en a pas : ce sont ainsi des milliers d’enfants que le régime exclut du système scolaire.

Nous aurons peut-être l’occasion de discuter plus amplement de cet aspect en particulier et de la situation de l’Éducation Nationale en général, puisque vous nous invitez à un débat public. Comme vous, nous sommes persuadés que si les recommandations des États Généraux de l’Éducation Nationale avaient trouvé un début d’application concrète, beaucoup de choses iraient mieux pour nos enfants.

Mais ceci est politique.


Djibouti vu de Washington

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme

Alors que le régime dépense et se dépense sans compter pour redorer son blason définitivement terni, surtout depuis les fraudes électorales massives du 10 janvier 2003, les décideurs et bailleurs de fonds internationaux s’abreuvent à une eau plus claire et plus digeste. Comme, par exemple les rapports annuels d’organisations indépendantes surveillant la situation des droits de l’homme dans certaines  » démocraties  » avides d’aides financières et avares en espaces de liberté. Voici pour l’année 2003, le rapport sur la situation des droits de l’homme à Djibouti, établi par le Bureau Américain pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et des Travailleurs.


Djibouti est une république avec un régime présidentiel fort et un législatif faible. En 1999, le pays a élu son deuxième président depuis son Indépendance proclamée en 1977. Ismael Omar Guelleh le candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) qui dirige le pays depuis l’Indépendance, a remporté les élections avec 74% des suffrages exprimés. Aux législatives de 2003, la coalition du parti au pouvoir a raflé les 65 sièges malgré les protestations de l’opposition au sujet des fraudes massives. La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif.

Les forces de sécurité comprennent la force nationale de police placé sous l’autorité de ministre de l’Intérieur, la Gendarmerie Nationale et l’Armée relevant du ministre de la Défense, ainsi qu’une Garde Républicaine, unité d’élite rattachée à la Présidence. Un bureau de renseignements dirigé par le directeur de la sécurité nationale rend compte directement au Président. Les autorités civiles maintiennent un contrôle effectif sur les forces de sécurité. Les forces de sécurité se sont rendues coupables de graves atteintes aux droits de l’homme.

L’économie mixte du pays a peu d’industries et quelques ressources naturelles. La population est estimée à 600.000 âmes. En dehors de la Capitale, l’activité économique primaire se résume à l’élevage nomade. La part du produit intérieur brut annuel non généré par la communauté étrangère ne s’élève pas à plus de 250$ par habitant. Une grande part des richesses nationales est concentrée entre les mains d’une petite élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits de l’homme restent limités et le pouvoir continue à commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir entrave les droits des citoyens à l’alternance.

Des rapports sérieux font état de mauvais traitements infligés aux prisonniers. Les conditions carcérales demeurent difficiles. Le gouvernement continue à emprisonner arbitrairement. Les détentions prolongées non signalées demeurent un problème préoccupant.

Le gouvernement enfreint les lois sur les droits des citoyens. Le gouvernement restreint la liberté de la presse. Le gouvernement entrave la liberté de réunion et use de la force pour réprimer les manifestations et les grèves en restreignant la liberté d’association. La violence et les discriminations à l’égard des femmes persistent et, bien que le gouvernement ait condamné ces pratiques, les mutilations génitales continuent à être générales. La discrimination sur des bases ethniques, tribales et claniques se poursuit. Le gouvernement entrave les activités syndicales, persécute et intimide les dirigeants syndicaux. Le travail des enfants continue d’exister.

I. RESPECT DES DROITS DE L’HOMME

Section 1. Respect de l’intégrité de la personne, y compris la protection contre :

a. Exécutions arbitraires ou extrajudiciaires

il n’y a pas d’antécédent de crime politique. Cependant, le 16 septembre 2003, les forces de sécurité ont abattu un étranger en situation irrégulière qui tentait d’échapper à une rafle routinière. Il est fait état d’autres décès d’étrangers en situation irrégulière, dans le cadre des reconduites massives aux frontières.

Aucune sanction n’a été prise contre un membre de la Garde Présidentielle qui a abattu un manifestant pacifique et handicapé en avril 2002. Aucune sanction disciplinaire n’a non plus été prise contre les exactions sommaires par la police de MM. Mohamed Assa Ali et Assari Mohamed Moussa et par les militaires, cette fois-ci d’un réfugié du camp de Hol-Hol.

b. Disparition

Il n’est pas fait état de disparition pour des motifs politiques ou autres.

c. Tortures et autres traitements inhumains et dégradants

la Constitution interdit formellement ces pratiques. Pourtant, des rapports officieux et crédibles font état de sévices physiques sur les prisonniers et détenus en garde à vue.

Exceptées les années précédentes, il n’est pas fait état de viol de prisonnières.

Par contre, la Police a gravement battu des manifestants en dispersant des manifestations durant l’année écoulée.

Les conditions de détention sont pénibles et la population carcérale constitue un sérieux problème. Pour la réduire, le Gouvernement a procédé à la réduction des peines : 200 prisonniers de droit commun, dont 13 détenus depuis 2000 pour leur rôle dans un coup d’État déjoué, ont été relaxés par décret présidentiel en juin à l’occasion de la fête de l’Indépendance. L’expulsion des étrangers a également réduit le nombre des prisonniers.

Les condition des prisonniers au centre de détention de Nagad, où étaient entassés des étrangers avant leur reconduite aux frontières, sont déplorables, ainsi que l’état de santé de ces derniers.

Certains étrangers n’étaient pas nourris plusieurs jours avant leur expulsion. Il est fait état d’un nombre important de prisonniers n’ayant pas reçu de soins médicaux contre des maladies pourtant curables ou pour des blessures infligées lors de leur arrestation ; l’infirmerie de la prison ne dispose pas du personnel et des médicaments suffisants.

Il n’y a pas de possibilité de rééducation ou de formation dans la prison.

Les femmes et les hommes sont détenus dans des cellules séparées. Aucun rapport ne fait état de viol des détenues par les gardiens.

Daher Ahmed Farah, directeur de publication du Renouveau et Président d’un parti d’opposition, le MRD, a été détenu dans une cellule isolée réservée aux « dangereux criminels » pendant plus de 3 mois entre avril et août. Seule sa mère était autorisée à lui rendre visite et lui apporter le repas quotidien.

Aucune suite n’a été donnée à la mort en prison de l’ancien chef d’état-major Yacin Yabeh Galab.

Le CICR a délégué depuis le Kenya une mission qui a effectué une visite de la prison principale. Le Président de la LDDH a été autorisé à rendre visite aux détenus de la prison de Gabode durant l’année. Néanmoins, la LDDH n’a pas reçu la permission de rendre visite à Daher Ahmed Farah.

d. Arrestations arbitraires-Détentions-Exil

la loi interdit les arrestations et détentions arbitraires, mais le Gouvernement n’a pas respecté ces interdictions. La loi stipule que le gouvernement ne peut détenir une personne au-delà de 48h (garde à vue) sans mandat d’arrêt (et chef d’inculpation) dûment délivré par le juge. Les inculpés peuvent être détenus 24h de plus avec l’accord préalable du procureur de la République.

Toutes personnes, y compris celles accusées d’atteinte à la sécurité de l’État, doivent être jugées dans les 8 mois suivant leur arrestation. Cependant, la police transgresse ces procédures et les arrestations et détentions arbitraires sont fréquentes. Le Gouvernement n’a pris aucune mesure contre ceux qui violent les droits de l’homme et l’impunité officielle constitue un grave problème.

La police dépend du ministre de l’Intérieur. La corruption parmi les responsables est courantes, de même que chez les subalternes. Il y avait en décembre à peu près 3000 cadres et employés de l’État. Le gouvernement en a écarté 400 dans le cadre d’une politique de réduction de la bureaucratie et de la masse salariale.

La loi interdit l’exil forcé ; pourtant, par le passé, des prisonniers relaxés ont été poussés à l’exil, notamment en France.

e. Dénis de procès publics

la Constitution garantit l’Indépendance de la Justice. Mais, dans la pratique, la Justice n’est pas indépendante du pouvoir exécutif, même dans les procès non politiques. Le ministre de la Justice est officiellement chargé des droits de l’homme.

Basée sur le Code Napoléon, l’instance judiciaire est composée d’un Tribunal de 1ère Instance, d’une Cour d’Appel et d’une Cour de Cassation. Les magistrats sont officiellement inamovibles.

Le Conseil Constitutionnel veille à la constitutionnalité des lois, y compris les lois relatives à la protection de la personne humaine et des libertés publiques. Mais, ses décisions n’ont pas toujours garanti ces droits.

Le système juridique repose sur le Droit français hérité de la colonisation, la Sharia et le droit traditionnel.

Le crime en milieu urbain était jugé par les cours normales avec les lois et pratiques juridiques inspirées de la France. Les litiges civils sont quant à eux réglés soit par les tribunaux ordinaires, soit par les instances traditionnelles. La Charia est strictement réservée aux affaires relevant du civil ou de la famille.

Les normes traditionnelles étaient souvent utilisées pour la résolution des conflits et le dédommagement des victimes. Par exemple, les lois traditionnelles stipulent souvent que le prix du sang soit versé au clan de la victime pour réparation du crime ou du viol.

La Constitution stipule que l’accusé doit prouver son innocence et doit bénéficier d’un conseil juridique. De même qu’il doit être examiné par un médecin s’il est emprisonné.

Les débats sont en principe publics, excepté pour les cas relevant des délits politiquement sensibles, nécessitant des mesures de sécurité interdisant la présence du public. Le conseil juridique est considéré comme indispensable dans les affaires criminelles et civiles. …

A la mi-janvier, l’opposition coalisée au sein de l’UAD avait porté plainte devant le Conseil du Contentieux administratif, sous la direction de la Cour d’Appel, contre les abus du parti au pouvoir lors des élections législatives du 10 janvier 2003. Au bout d’un an, la requête n’avait toujours pas abouti, apparemment du fait que ce Conseil du Contentieux Administratif n’a pas siégé depuis 1996.

Le 17 juin de la même année, Daher Ahmed Farah a été condamné à trois mois de prison ferme et son journal frappé d’interdiction de parution durant trois autres mois. On lui réclamait aussi 65.000 $ de dommages et intérêts. La LDDH a dénoncé sa détention, la considérant comme purement politique. Farah a été relâché le 5 août.

f. Ingérence arbitraire dans la vie privée, la famille, le foyer et la correspondance

La Constitution interdit de tels actes ; toutefois, le Gouvernement n’a pas respecté ses interdictions dans la pratique. La loi exige des autorités l’obtention d’un mandat avant toute perquisition dans une propriété privée ; or, dans la pratique, le gouvernement n’obtient pas toujours ces garanties avant d’engager de telles perquisitions et lui est souvent arrivé de s’ingérer dans les communications de certains opposants.

Le 22 avril 2003, les forces de sécurité ont fait irruption au domicile de Daher Ahmed Farah ainsi que dans les locaux du Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD) et ont confisqué machines à écrire, photocopieurs et documents sans aucune autorisation légale. Tous ces matériels ont été restitués par la suite.

A suivre.


L’habit ne fait pas le moine

Des Chefs d’État incorrigibles, mais pas incorruptibles

Pourtant, on lui aurait confié le bon Dieu sans confession : contrairement à certains Hadj et autres professionnels de l’Islam, ce n’est pas tous les jours qu’un homme d’Église se trouve propulsé sur le devant de la scène politique en présidant aux destinées de toute une Nation. La trajectoire exemplaire de l’illustre exilé de Bangui est révélatrice d’une certaine classe politique qui trouve toujours le moyen de décevoir. C’est à se demander si la cupidité des dirigeants illégitimes n’est pas proportionnelle à la misère des populations qu’ils oppriment et pillent.


La chute du Père Jean-Bertrand Aristide a été aussi brutale que son arrivée au pouvoir avait soulevé d’immense espoirs pour un peuple haïtien tristement célèbre pour ses tontons macoutes et autres Bébé Doc. Sa démission, survenue dimanche dernier au terme de tractations qui, en d’autres circonstances, auraient prêté à rire, est exemplaire pour au moins deux raisons.

La première, c’est que les normes de la légalité internationale n’ont pas pesé bien lourd face à la détermination des insurgés. Les multiples manifestations, très souvent violentes, ont eu valeur de sanction référendaire.

A tel point que la communauté internationale avait, à juste titre estimé utile et préférable pour l’avenir du pays que son Président pourtant démocratiquement élu abandonne son mandat avant terme, démissionne et s’exile. C’est que ce malheureux pays sans armée nationale était pratiquement sous mandat onusien. La sagesse a donc prévalu : pourquoi feindre respecter une souveraineté qui n’existe que sur le papier ?

Tout logiquement et à l’unisson, la France et les États-unis ont donc invité le Père Aristide à plier bagages. Gentiment d’abord : il était inutile de lui faire perdre la face en direct devant des millions de téléspectateurs affligés par le dramatique destin de la première République « noire » de l’Histoire.

Outré d’être ainsi sommé de se rendre à l’évidence de son impopularité, le bon Père résista un temps, vaillamment, jusqu’à la veille de son exil exactement : urbi et orbi, il hurlait sa détermination à terminer son mandat présidentiel. Il est vrai qu’il n’avait pas été élu au terme de fraudes massives comme certains de ses collègues, mais légalité n’est pas forcément synonyme de légitimité.

Sa légitimité, il semblait en fait la placer dans sa petite milice privée, selon toute vraisemblance armée par lui.

Car, second enseignement de cette histoire, c’est que le bon bougre s’intéressait aussi aux nourritures terrestres. Et le rôle essentiel joué par des émissaires de la CIA dans son exil n’est absolument pas dû au hasard. Et, sans ironiser outre mesure devant cette déchéance, on peut dire que l’habit ne fait pas le moine : l’homme d’Église dans lequel le petit peuple plaçait tant d’espoirs pour moraliser la vie politique et redresser l’économie s’est révélé être l’un des plus grand narcotrafiquant des Caraïbes ! Comme quoi il a compris, à l’instar de beaucoup de Chefs d’Etat peu démocratiques dont sont encore encombrés le Tiers-Monde en général et l’Afrique en particulier, que l’argent permet de consolider un pouvoir personnel.

Qui l’eût crû ? C’est à désespérer de la nature humaine : un saint homme, praticien à sa façon d’une théologie de la révolution réconciliant vie terrestre et promesse d’éternité, de s’adonner au plus vil des trafics qui soit !

Mais il y avait pire, apprend-on et, comme on ne tire pas au canon sur une mouche, les États-unis n’ont aucune raison d’intoxiquer qui que ce soit dans cette affaire : le bon Père Aristide aurait même poussé la cupidité jusqu’à vendre des passeports haïtiens à quelques compagnons de Ben Laden ! Arrêtons les points d’exclamation, rien ne doit plus nous étonner de la part des Chefs d’État. Que le dirigeant de l’État le plus pauvre du monde se soit acoquiné avec le terrorisme le plus barbare uniquement pour une question d’argent est tout simplement stupéfiant. Inutile de dire que, comme les considérables sommes que lui procurait le trafic de stupéfiants, rien n’en transparaissait dans les Finances Publiques et le Budget de l’État.

Mais, ne manquera pas alors de relever le vigilant, les sommes astronomiques engrangées par l’Etat djiboutien dans la lutte contre ce terrorisme n’apparaissent pas entièrement non plus dans les lignes du Budget. La seule incidence de cette croisade, ce sont les centaines d’emplois créés par la base américaine, et les salles et écoles rénovées par ces forces armées. Mais cela relève du don.

Ironique, l’Histoire a déjà rendu son verdict : les milices d’Aristide s’appelaient « les Chimères » : comme celle qui consiste à prétendre trouver une morale chez certains dirigeants politiques voulant régner à coups de forces paramilitaires ?


Réhabilitation : Obock, ô désespoir

Obock était la première Capitale et, bien avant la création de la ville de Djibouti, le premier port du pays. Elle a perdu ce statut suite à la violente contestation qui a opposé les autorités traditionnelles de l’époque et d’aujourd’hui à la puissance coloniale. Autres temps, autres méthodes, mais même en 2004, elle est injustement tenue en marge du développement. Malédiction, comme se complaisent à le croire en se lamentant certains de ses habitants ? Peut-être ! Toutefois, nous ne le pensons pas et ce n’est d’ailleurs pas l’avis de la majorité de ses habitants, qui disent leur détermination à désormais prendre leur destin en mains. Treize ans après sa destruction par les forces gouvernementales et à un an de la prochaine présidentielle, la ville d’Obock vi à l’heure de la réhabilitation version RPP. Radioscopie d’une mystification.


Près de 120 ans après sa création, 27 ans après l’Indépendance et 4 ans après l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde Civile signé à Paris le 7 février 2000, Obock est aujourd’hui l’objet d’une attention trop tardive pour être désintéressée. Même tardive et électoraliste, cette attention eût-elle été bien accueillie par les Obockois, si elle n’était à ce point humiliante.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une très brève description s’impose car, de la géographie, un chancelier allemand disait que c’est une constante invariable de l’Histoire.

Ses potentialités de développement économiques ont déjà fait l’objet d’un article de notre part et nous ne reviendrons pas sur ce sujet ici.

Par souci de bien informer, nous tenons à faire quelques mises au point au sujet de la Réhabilitation et nuancer le tam-tam médiatique en cours et à venir.

Apprenons d’abord à nos lecteurs que la signature de l’Accord de Paix Définitive du 12 mai 2001 a été précipitée à la demande du Chef de l’Etat qui a affirmé vouloir soumettre le programme de Réhabilitation et de Reconstruction aux bailleurs de fonds à Bruxelles (mi-mai 2001) avant de convoquer une conférence des donateurs.

Il n’y a aucune commune mesure entre le projet gouvernemental médiatisé à outrance à des fins électoralistes, et le document établi par la commission conjointe gouvernement-FRUD-armé désignée à cet effet en 2000, qui a planché sur le dossier une année durant. Voici pour le district d’Obock un tableau exhaustif des habitations détruites lors du conflit civil :

Localité Dur Planches

Dur

Planches

Obock-ville

Khor-Angar

Waddi

Médého

Moulhoulé

239

0

2

6

0

595

67

0

0

24

Total

247

686

Le coût de cette Réhabilitation a été conjointement estimé à près de 585 millions de francs DJ, en prenant à l’époque en moyenne 500.000 FD pour une maison en planche et 1.000.000 FD pour une maison en dur. Et ce uniquement dans la ville d’Obock. Or, selon nos informations, ce sont seulement 240 logements que le gouvernement projette de construire à Obock. La société civile obockoise n’ayant pas été consultée, contrairement à ce qui est prétendu, ceux qui devaient normalement bénéficier de ces logements et qui sont actuellement installés dans la précarité, seraient lésés par une liste établie sur des critères partisans.

Ces 240 logements seraient tous composés de F1 de 12 mètres carrés avec une petite cour, une cuisine, des toilettes, une porte et une fenêtre. Ni plus, ni moins ! ce projet baptisé « projet d’urgence préparant un processus de développement durable de la ville d’Obock » coûtera 400 millions FD, enveloppe contrôlée par le PNUD. Si le F1 revient à un million FD, à quoi seront alors affectés les 160 millions FD restants, quand on sait que la main-d’œuvre reste à la charge du futur propriétaire ? Pour l’heure, seuls quelque 14 logements style cage à poules ont été construits sur le front de mer. Ces logements appartiennent pour l’essentiel à des Obockois ne résidant plus dans leur ville et donc absolument pas prioritaires; alors que des dizaines de familles normalement bénéficiaires vivant dans l’insalubrité, continuent d’attendre la reconstruction de leur maison.

Sur les 240 logements que le programme officiel prétend reconstruire, 110 le seront, paraît-il, dans l’ancienne ville délabrée et 130 autres sur le plateau. En outre, les critères d’attribution restent totalement injustes et partisans. en effet, ils sont nombreux, ceux dont les logements ont été totalement détruits ne figurent pas sur la liste des bénéficiaires arbitrairement et unilatéralement arrêtée par l’administration.

Par contre, on y trouve les ex-propriétaires d’habitations de fortune qui n’ont pas perdu leur logement du fait de la guerre. Cette réhabilitation électoraliste, partielle et partiale est donc loin de satisfaire les habitants d’Obock. Pire, elle a créé une atmosphère de suspicion et de frustration qui ne peut nullement panser les plaies ouvertes par la guerre civile.


* * *

 

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 85 du mercredi 25 février 2004

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Réalité numéro 85 du mercredi 25 février 2004

ARD
Sommaire 

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’UAD discute avec l’Union européenne
  4. L’UAD écrit à l’Union européenne
  5. Note de le LDDH : Halte au gangstérisme d’État
  6. Courrier des lecteurs : les FFDJ et nous
  7. Cher Éditorialiste
Directeur de Publication : 

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 85

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

Éditorial

AUX MARCHANDS D’ILLUSION, ALI-SABIEH DIT NON !

Il y a, schématiquement, deux façons de faire du journalisme politique. La première consiste à religieusement boire les propos des dirigeants et à fidèlement les servir aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, invités à se recueillir sur la profondeur des vues et le miracle toujours recommencé de la vénération. C’est la posture fétichiste. La seconde cherche pour sa part à rapporter le texte à son contexte, à comparer la pluralité des points de vue et à confronter les mots et les actes, en donnant aussi la parole à ceux qui en sont le plus souvent dépossédés. C’est la posture militante, citoyenne et démystificatrice que nous pensons être la nôtre. Le passage à Ali-Sabieh du Chef de l’État la semaine dernière, au prétexte d’y inaugurer une usine de dessalement d’eau (il s’agissait en fait du lancement prématuré de la campagne électorale pour la présidentielle de l’année prochaine, on se demande bien pourquoi une telle précipitation d’ailleurs, puisque la machine à frauder est déjà mise en place) et surtout la distance incommensurable entre le tam-tam officiel et la modestie des notables de cette ville, fournissent une illustration exemplaire de ce que nous avancions : la maturité populaire est en train de mettre en échec la politique de division tribale que le régime pensait infaillible, ou à tout le moins rentable.

« Ce que vous avez fait pour Ali-Sabieh, vous devez le faire pour Obock, Tadjourah et Dikhil : ces districts ont les mêmes besoins que le nôtre » : ainsi s’adressa au Président de la République un vénérable notable plein de sagesse et d’expérience. Un Chef d’État doit traiter tous ses concitoyens sur le même pied d’égalité : tel était le message et c’est à se demander si son illustre auditeur ne l’avait pas quelque peu oublié. Lui qui, en tout cas, est pris en flagrant délit : celui de faire durer, quatre ans après l’Accord-cadre de Paris, les souffrances de tous les Djiboutiens avides de Démocratie en général et des habitants des zones affectées par le conflit civil en particulier, en leur refusant indemnisations de leurs biens détruits et pillés par les troupes gouvernementales et réhabilitation des infrastructures publiques.

Ce malgré toutes les dispositions internationales à financer tous ces programmes, au rang desquelles il convient de citer les Nations Unies et l’Union Européenne. Mal élu, donc potentiellement porteur de troubles, donc générateur de conflit, le discours du Président de l’Assemblée Nationale djiboutienne plaidant pour la prévention des conflits devant les ACP/UE n’en est que plus ridicule ! Par la voie de ses notables, Ali-Sabieh a donc résolument refusé les sirènes du favoritisme, incarnées par tous les marchands itinérants d’illusions tribales. Ces vieux sages se souviennent parfaitement de toutes les provocations intercommunautaires, fomentées par une administration coloniale submergée par la vague indépendantiste : ceux qui veulent détruire le pays plutôt que de perdre le pouvoir se ressemblent, par-delà la couleur de la domination.

La couleur locale se prétend caméléon, mais elle est tout aussi facile à identifier. C’est donc bien piteux que l’illustre inaugurateur s’est senti obligé de rectifier le tir, pour le moment, en utilisant de façon simpliste une métaphore anatomique comparant le pays à un corps dont un membre invalide (district ou groupe) mettrait en danger l’équilibre de l’ensemble. C’es vraiment à se demander s’il s’entend parler, car il y a bien longtemps que notre pays est plongé dans une invalidité totale : dire que nous stagnons est encore optimiste, tant les indicateurs multiformes de la récession sont patents.

Si les « miraculés » habitants du Day ne doivent leur précieuse eau qu’au seul programme-caprice présidentiel d’acclimatation de khat et de café dans un ranch adjacent, les nombreuses arrières-pensées de l’usine d’Ali-Sabieh (elle aussi absolument pas budgétisée, ni a fortiori planifiée dans tous ses aspects à long terme, pour vitale qu’elle soit) ne s’en dévoilent que plus cruellement. Comme leur incontestable échec, aussi fulgurant que la campagne pour la présidentielle est prématurée.

Le diagnostic de la maladie qui ronge ce régime ayant été si lucidement posé par les sages d’Ali-Sabieh, il reste à espérer que le grand malade RPP acceptera le remède qui lui est proposé : une bonne dose d’égalité entre ses concitoyens. Pour cela, nous disons merci ! aux notables et à la population d’Ali-Sabieh : c’est une véritable leçon de maturité politique et de citoyenneté agissante qu’ils viennent de donner. Au reste du pays de les accompagner dans cette voie d’avenir, la seule réellement viable.

 

 


Brèves nationales

 

District de Dikhil :

 

Alerte à l’hyène tueuse !

 

Des meutes d’hyènes tueuses sèment la désolation dans tout l’arrière-pays dikhilois, et ce depuis trois mois, sans que les autorités administratives de ce district ne daignent prendre une quelconque mesure à l’encontre de ces prédateurs déchaînés. Ainsi, dans le triangle Goba’ad-Hanlé-Gagadé, les éleveurs nomades s’estiment littéralement sinistrés et nous ont fait parvenir (à nous et pas à La Nation, ce qui est significatif) une liste détaillée de leurs pertes respectives.

En premier lieu, pour la zone de Goba’ad, les campements touchés sont au nombre de 10 et le total des animaux domestiques tués par les hyènes s’élève à 319 ; chiffre comprenant vaches, chèvres, ânes, moutons et dromadaires.

La plaine de Hanlé a pour sa part recensé 276 animaux domestiques dévorés par les meutes d’hyènes dans 7 villages et campements.

Dans la région de Gagadé enfin, ce sont pas moins de 41 bêtes qui auraient été englouties par ces prédateurs dans 6 campements différents. Ce qui porte à 636 le total des animaux domestiques sacrifiés à l’appétit des hyènes.

Rappelons que les populations rurales du Sud-Ouest sont parmi les plus démunies de notre pays et vivent essentiellement de l’élevage extensif. A ce rythme, d’ici l’été prochain, ce sont des dizaines de familles nomades qui risquent de se retrouver sans moyens de subsistance. Nous lançons donc un appel pressant aux autorités compétentes afin qu’elles mettent tout en œuvre pour arrêter ce carnage. Il en va de la survie de milliers de citoyens. A suivre…

Semi-marathon de Djibouti :

Que le meilleur perde ?

Au début des années 80, l’athlétisme djiboutien s’était hissé au niveau international et même mondial avec la consécration de l’athlète Ahmed Salah : Champion du monde militaire, Champion du monde et médaillé olympique. A cette époque l’Etat djiboutien fournissait des efforts conséquents afin de permettre à nos athlètes de concourir dans les meilleurs conditions. Depuis l’instauration de la mauvaise gouvernance et son corollaire la prédation, la régression tous azimuts touche également le domaine sportif.

Ainsi, de l’avis général, nos athlètes partaient lourdement handicapés cette année parce que n’ayant pas bénéficié d’une préparation technique suffisante. Quarante huit heures avant le début de la compétition, les organisateurs avouaient en toute humilité les difficultés financières rencontrées dans la préparation de l’évènement sportif de l’année. Dans ces conditions la contre-performance de nos sportifs était prévisible.

Ces dernières années nos athlètes n’ont remporté aucune compétition internationale mais réussissaient tout de même à limiter les dégâts lors du semi-marathon de Djibouti. Cette année la bérézina constatée est imputable à ce régime de mauvaise gouvernance qui préfère investir des millions de nos francs en Khat plutôt que pour le sport national. Pour preuve, le jour de l’inauguration du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, le khat a été acheté pour plusieurs millions de nos francs à Diré-Dawa (Ethiopie) et directement convoyé sur Ali-Sabieh. Dans l’après-midi du jour suivant, nos athlètes privés de moyens ne pouvaient faire que pâle figure devant des athlètes régionaux autrement mieux préparés. Quelle honte que de voir les meilleurs perdre à cause du gâchis institué par ce régime inconscient et insouciant.

Démocratie indirecte ?

Quand un juge installe un syndicat

Comme chacun le sait, la coexistence est impossible entre un vrai syndicat dont les dirigeants sont librement élus par la base, et les clones imposés par le régime, sans aucune légitimité. Dernière preuve en date de ces difficultés d’un syndicalisme-maison : l’intervention miraculeuse du Palais de Justice. En effet, par une ordonnance n°29/04 du 7 février 2004, le Président du tribunal de première instance de Djibouti a décidé de proroger le mandat du Président du syndicat des dockers du Port de Djibouti.

Ci-dessous le texte de cette ordonnance :

Prolongation de mandat

Nous, Mohamed Moussa Iyeh, président du tribunal de première instance de Djibouti,

Vu la requête en date du 29 décembre 2003,

Vu l’avis du ministère public,

Vu le jugement n°450/02 du 17 septembre 2002.

Vu l’arrêt n°121/03 du 10 novembre 2003.

Disons que le mandat du président du syndicat des dockers du PAID commencent effectivement à compter de 10 novembre 2003 pour une période de deux ans selon les statuts du syndicat.

Disons que cette ordonnance sera exécutoire.

Disons qu’il nous sera référé en cas de difficultés.

Fait à notre cabinet le 7 février 2004.

Ayant été incapables d’organiser, conformément aux Statuts, un congrès pour désigner de nouveaux responsables ou reconduire ceux en place, les syndicalistes sponsorisés par le régime ont trouvé une formule inédite dans le monde : un coup d’état légal perpétré par une décision de Justice en bonne et due forme. Nous livrons ainsi à la méditation de nos lecteurs l’avancée de l’Etat de droit version RPP.

Prochaine étape : étant donné que, selon la version officielle, plus de 50% de citoyens inciviques et apolitiques n’auraient pas daigné retirer leurs cartes d’électeur lors des dernières élections législatives du 10 janvier 2003, certains trouveraient normal que le mandat présidentiel soit tout simplement reconduit par une décision des juges! Ce qui s’appellerait le gouvernement des experts en… bonne gouvernance. A quelque chose malheur est bon : la caution financière déposée par le candidat de l’opposition se serait pas confisquée par le régime prédateur.

 


 

L’UAD discute avec l’Union européenne

 

Une mission parlementaire européenne, en séjour d’étude dans notre pays, a bien voulu rencontrer des personnalités de l’opposition djiboutienne, afin de diversifier ses sources d’information pour mieux juger des avancées démocratiques ainsi que du renforcement de la Paix. Contrairement au régime djiboutien, l’Union Européenne n’a pas oublié que nous sortons d’un douloureux conflit civil d’une décennie et la paix se doit d’être quotidiennement consolidée en en éliminant les causes et soignant les conséquences. Toutes exigences que la démagogie RPP ignore allègrement en violant toutes les dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Mais ceci n’est pas nouveau. Ce qui l’est par contre, c’est que, dorénavant, l’intérêt que l’Union Européenne porte à la stabilité de notre pays n’est plus la somme des intérêts nationaux des Etats européens présents sur notre territoire. Ce qui revient à dire, pour le plus grand bonheur de nos concitoyens, que la République de Djibouti n’est plus principalement une base militaire avancée de l’Occident, dont la permanence vaudrait bien quelques complaisances à l’égard d’un régime qui offre ce morceau de désert au plus offrant. Cette opportunité historique, une délégation unitaire de l’UAD l’a saisie, pour s’être entretenue lundi dernier, avec les membres de cette mission parlementaire de l’Union Européenne.

 


 

C’est donc lundi dans l’après-midi, à 16 heures que le Comité de Direction de l’UAD a rencontré la Mission parlementaire Européenne composée de sept députés et présidée par Mme Karin Junker, d’origine allemande. Mme Junker a précisé que, comme cela l’avait été expressément notifié à la partie gouvernementale, il était hors de question que sa mission quitte Djibouti sans avoir rencontré les dirigeants de l’opposition. On comprend donc pourquoi la RTD n’a pas jugé utile de citer cet événement : la voix de son maître ne pouvait accepter un constat qui s’impose même à Bruxelles, à savoir l’existence d’une opposition nationale responsable, ayant son mot à dire.

La discussion avait pour base le rapport que l’UAD avait remis à cette délégation de haut niveau ( voir pages 4 et 5) et les points suivants ont été abordés :

– L’Accord de paix du 12 mai 2001,

– Les élections législatives du 10 janvier 2003 et ses résultats,

– La situation de l’Opposition à Djibouti,

– L’état réel de l’économie et de la société djiboutiennes,

– Les attentes populaires et

– Les perspectives politiques d’avenir…

Par courtoisie pour nos interlocuteurs, nous ne citerons ici aucun de leurs propos relatifs à leur appréciation de la situation nationale. Le seul fait que l’Europe regarde enfin notre pays, pour ainsi dire, par-dessus l’épaule de la France, dont la diplomatie reste essentiellement militaire et soumise à de très lourds impératifs tenant uniquement à sa base, est en soi un tournant capital que, contrairement aux médias gouvernementaux qui n’en traitent que l’aspect onction internationale, nous apprécions à sa juste valeur.

Prenant tour à tour la parole, les présidents des quatre formations qui composent l’UAD ont mis en lumière la persistance d’une dictature face aux changements souhaités et confirmée par le dernier scrutin législatif. M. Ismael Guedi a tenu à rappeler que malgré certaines dérives, il existait un minimum de sens de l’Etat avant 1995 : les salaires étaient versés à terme, l’avancement et le traitement des fonctionnaires n’étaient pas gelés, la Santé et l’Education pour tous étaient une réalité tangible, tandis que la corruption et l’affairisme n’étaient pas aussi généralisés et surtout ne s’exhibaient pas avec autant d’impunité et d’indécence.

Quant à M Ahmed Youssouf, notre vice-président, il a tout simplement appelé un chat un chat : qui paye le plus peut le moins ! Autrement dit, c’est grâce à la générosité de l’Europe et des autres partenaires bilatéraux que ce régime d’injustice se perpétue. Aux donateurs d’imposer que les règles de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance soient effectivement respectées. Le refus d’abandonner les reflèxes de parti unique conduit à l’impasse politique.

Avant qu’il ne soit trop tard : les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’aggravation de l’arbitraire, conjuguée à la dégradation des conditions d’existence, c’est une situation insurrectionnelle qui est en train de s’amplifier.

« Le plus grave, ce n’était pas qu’il mentait, nous le savions : c’est qu’il savait que nous savions qu’il mentait ». Ainsi résumait un diplomate étranger, il y a quelque temps, une séance de travail entre sa délégation et le sommet de l’Etat djiboutien. Les membres de la mission parlementaire européenne en visite de travail à Djibouti ne viendront peut-être pas au même constat lucide.

Par contre, à comparer les points de vue du régime avec ceux de l’Opposition sur tous les sujets primordiaux tels que l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ou la pertinence des avancées démocratiques depuis 2002, ils se poseront certainement une question, brutale : du régime ou de l’opposition, quelle est la partie qui ment ?

Car c’était bien de cela qu’il s’agissait, ce qui étant déjà peu glorieux pour le régime, aura surtout montré que la démocratie n’est encore qu’un slogan vide de réalité à Djibouti.

 

 

L’UAD écrit à l’Union européenne

 

Voici le bref tableau de la situation nationale dressé par l’UAD et qui a servi de cadre de discussion avec les membres de la mission parlementaire européenne. Peu de choses inconnues du citoyen djiboutien : devant l’aggravation des conditions d’existence de nos concitoyens et le recours constant aux méthodes de barbouzes de la part du régime, un débordement n’est pas à exclure : dernier exemple en date, Haïti est là pour rappeler qu’il est impossible de durablement gouverner contre la volonté populaire. N’attendons pas cette dramatique issue pour faire changer les choses dans le bon sens.

 


 

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Note d’information

à la mission parlementaire européenne

en visite en République de Djibouti

Les dirigeants des quatre partis politiques opposés à la dictature en place, l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), le Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD) et le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), regroupés sous le sigle UAD (Union pour l’Alternance Démocratique, saluent l’heureuse initiative du Parlement européen d’envoyer à Djibouti une importante délégation.

Nous nous réjouissons d’une telle opportunité et souhaitons le meilleur séjour dans notre pays aux membres de cette mission parlementaire. Opportunité dont nous saisissons à sa juste valeur la portée historique car nul n’ignore que le gouvernement djiboutien écarte systématiquement les responsables des partis d’opposition de tout contact et de tout dialogue avec les visiteurs extérieurs.

La République de Djibouti, petit pays de 23.000 km2, indépendant depuis le 27 juin 1977, vit sous la férule d’une dictature féroce, issue en 1999 d’une élection présidentielle entachée de fraudes massives. Ce fut une véritable mascarade, sans aucun observateur international crédible. Le chef de l’Exécutif, un ancien policier, décide selon son bon vouloir, selon son humeur du moment. Ce gouvernement illégitime ne respecte rien, car il émane du RPP (Rassemblement Populaire pour le Progrès) ancien parti unique habitué à décider seul, sans beaucoup de considération pour les aspirations populaires et sans aucun respect pour l’opposant politique.

Comme vous le démontreront les documents annexés à la présente note d’information, il n’existe aucune élection libre et transparente en République de Djibouti. Ainsi, des fraudes massives et généralisées à l’ensemble des cinq circonscriptions que compte le pays, ont entaché les dernières législatives du 10 janvier 2003. Malgré une politique et une gestion désastreuses, le pouvoir en place s’est autoproclamé victorieux, par différents procédés tels que la manipulation des fichiers électoraux, la rétention et le camouflage dans la distribution des cartes d’électeur ou encore le bourrage des urnes, le refus de publier et d’afficher les listes électorales ainsi que la désignation unilatérale et partisane des membres de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

Aussi, l’Assemblée Nationale monocolore est surtout une chambre d’enregistrement sans réel pouvoir de contrôle : par exemple, le Budget de l’Etat y est adopté en une seule matinée ! Le scrutin majoritaire à un seul tour, institué du temps du parti unique, est toujours en vigueur puisque reconduit par la Constitution du 15 septembre 1992.

A Djibouti, la Justice ne jouit d’aucune indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Bien au contraire, Face au manque d’une Justice indépendante consciente de sa mission, les Djiboutiens risquent de se faire eux-mêmes justice; ce qui risque de provoquer d’abord l’anarchie, puis la guerre civile. Rappelons enfin, à ce chapitre, que le principe constitutionnellement garanti de l’inamovibilité des magistrats du siège est remis en cause par le récent statut de la magistrature.

Par ailleurs, 80% du Budget de l’Etat provient de la prestation de services. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel Président de la République, l’opacité la plus extrême est instituée, malgré la mise en place d’une Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire, aux pouvoirs très limités et dont les conclusions restent confidentielles, puisque seul le Chef de l’Etat en prend connaissance. Il n’y a donc ni gestion ni autorité.

Ce qui était autrefois une administration sérieuse n’existe plus, la corruption n’épargne aucun secteur ni aucune niveau hiérarchique. Détournement des deniers publics, pillage des richesses et concussion sont monnaie courante. Ce qui affecte le bon fonctionnement de l’entreprise privée soumise au trafic d’influence et à la chasse aux commissions. A tous ces auteurs et complices de corruption, l’impunité la plus totale est assurée : aucune poursuite n’est engagée contre eux. En cas de poursuite, comme ce fut le cas il y a deux ans contre un présumé faux-monnayeur pris en flagrant délit, c’est le non-lieu sans aucun procès. La transparence dans la gestion des affaires publiques et la bonne gouvernance n’ont donc plus cours ici. Le gouvernement est en train de détruire ce qui existait en prétendant créer à prix d’or de nouvelles institutions, comme la Garde Présidentielle ou le Service National Adapté. Au lieu de démobiliser ses soldats en vue d’améliorer les conditions d’existence des Djiboutiens par des investissements productifs, le régime est en train de recruter 1200 jeunes au sein de l’Armée, pour les utiliser lors de la prochaine campagne présidentielle de 2005 et éventuellement dans la fraude.

Bien que cela soit explicitement prévu par la Constitution, le pouvoir en place a beaucoup de mal à admettre une quelconque opposition, surtout si elle est, nationale, sérieuse et active. Non seulement l’accès aux médias publics lui est totalement interdit, mais il lui arrive souvent de la pourchasser par de multiples tracasseries quotidiennes, allant jusqu’à la suspension du salaire ou de la pension de retraite de ces opposants.

Plus grave, la caution de 32.500.000 FD (Trente-deux millions cinq cent mille Francs Djibouti) versée par les 65 candidats UAD lors des législatives du 10 janvier 2003 n’a toujours pas été restituée à ce jour, en dépit des 45% des suffrages exprimés qui nous a officiellement été « attribuée » à l’issue de la fraude. La Justice, saisie de ce déni de droit, n’a pas statué jusqu’à présent, prétextant son incompétence, alors qu’un précédent existe à la matière : le Trésor a remboursé la caution à la liste du parti politique dénommé PRD Parti du Renouveau Démocratique) lors des législatives de décembre 1992. Le gouvernement maintient l’opacité à tous les niveaux de la vie nationale, entretenant le flou et le brouillard : aucune statistique fiable n’est disponible quant à l’évolution démographique de la société djiboutienne. Indice éloquent : à part Son directeur, le service chargé des enquêtes statistiques (DINAS) n’emploie aucun djiboutien !

Tout aussi gravement, le régime djiboutien n’a absolument pas respecté ses engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de paix du 12 mai 2001, signé avec le FRUD-armé de M. Ahmed Dini, actuellement président de l’ARD. Accord unanimement salué par tous les citoyens djiboutiens et les observateurs extérieurs (dont l’Union Européenne, qui a financé le programme de démobilisation des rebelles) qui, bien qu’ayant mis fin à une décennie de conflit civil, cherche encore un début d’application dans tous ses différents volets, au rang desquels il convient de citer la réhabilitation des zones affectées par le conflit et la réinsertion des anciens maquisards.

Les droits de l’homme ne sont guère mieux lotis. La liberté de la presse et d’opinion, bien que constitutionnellement garantie, est considérée par le régime comme une atteinte à sa pérennité. Ceux qui postulent à l’exercice de cette liberté perdent souvent leur emploi, sont poursuivis et parfois jetés dans la prison de Gabode.

En érigeant tous les obstacles possibles et imaginables à l’exercice d’un syndicalisme libre (les atteintes au libre exercice du droit syndical dont le régime djiboutien se rend coupable sont bien connus au Bureau International du Travail), c’est la vie citoyenne qui est tout simplement mise en berne. Le régime a poussé jusqu’à l’extrême sa volonté de faire table rase du syndicalisme libre et indépendant : les deux centrales syndicales authentiques (l’UDT et l’UGTD) ont été remplacées du jour au lendemain le 15 juillet 1999 par deux clones contrôlés par le pouvoir. Les véritables syndicalistes légalement choisis par les travailleurs ont été licenciés et ne sont toujours par réintégrés, malgré les engagements officiels en ce sens. Il est donc illusoire de parler de pluralisme ou de démocratie à Djibouti : les chances de réel développement s’en trouvent d’autant réduites.

Du fait de la mauvaise gouvernance, de l’insouciance du régime ne se sentant pas menacé par le verdict des urnes, de la corruption généralisée et du non-respect de la légalité, nos concitoyens souffrent. Les Djiboutiens en sont réduits à la dégradation continue de leurs conditions d’existence, à la famine, à la misère et à la mendicité, tandis que la classe dirigeante étale son luxe et sa richesse. Près de 80% des jeunes sont au chômage. Et, à part l’exil en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada, ils ne voient aucune perspective locale, aucun horizon national pour sortir de la dramatique situation dans laquelle ils sont condamnés à végéter. Les gouvernants n’ont rien à leur offrir, sinon des discours-fleuves et de vagues promesses jamais tenues.

Dans ces conditions, que demande l’opposition ?

– La stricte application de toutes les clauses contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001, signé entre le gouvernement et le FRUD-armé. La paix est le préalable indispensable pour réconcilier la Nation djiboutienne avec elle-même. La réhabilitation des zones affectées par le conflit doit se faire de concert, conformément à l’article 24 de l’Accord de paix du 12 mai 2001. Enfin, ne pas traiter les causes du conflit hypothèque gravement toute stabilité ultérieure. Des pressions multiformes devraient obliger le régime à respecter ses engagements souscrits dans le cadre de cet Accord de paix.

– Des élections libres et transparentes avec des observateurs internationaux en nombre suffisant pour si possible couvrir tous les bureaux de vote, originaires de pays à longue tradition démocratique. Seules des confrontations électorales justes et libres nous semblent être la plus sûre voie assurant le développement durable et le progrès social. Le sous-développement politique est un des ferments du sous-développement économique : un régime ne craignant pas le verdict des urnes n’aura aucune raison de bien gouverner en assurant à ses concitoyens un cadre de vie décent. L’opposition djiboutienne souhaite donc que les citoyens aient le droit de librement choisir leurs représentants et de les sanctionner le cas échéant.

Nous, opposition djiboutienne composée de femmes et d’hommes responsables, agissons dans le cadre pacifique et légal fixé par les textes en vigueur. Jusqu’à ce jour, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir afin de préserver la paix, car nous sommes convaincus que la paix est le bien le plus précieux, en particulier pour les ressortissants d’un aussi fragile pays sortant à peine d’une décennie de conflit civil.

Malheureusement, en dépit de tous nos efforts, et devant l’aggravation des difficultés que rencontrent nos concitoyens pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, essentiellement due à la mauvaise gouvernance et à l’étouffement des libertés, la stabilité intérieure de notre minuscule pays est gravement mise en danger : nous risquons de connaître le même sort que notre voisin somalien.

Car, à trop perdurer, cette situation de non-droit aboutira tôt ou tard et inéluctablement à une explosion aux conséquences incalculables.

Nous lançons donc un appel solennel à la communauté internationale d’une manière générale et à l’Union Européenne en particulier, pour venir en aide au Peuple Djiboutien, en péril.

Nous souhaiterions vivement que l’Union Européenne fasse pression sur le gouvernement djiboutien afin que ce dernier applique l’Accord de paix du 12 mai 2001, respecte les droits de l’homme et s’engage résolument dans la pacification et la démocratisation de la vie politique nationale.

Si aucune pression extérieure n’apporte un correctif aux actuelles dérives du régime djiboutien, la situation, intérieure ne pourra que se dégrader et l’inévitable explosion sociale ne sera alors qu’une triste mais simple question de temps.

Pour sa part, l’opposition djiboutienne solidaire au sein de l’UAD, continuera dans la voie pacifique et légale qui est la sienne, sachant que les aspirations populaires au changement ne peuvent être durablement étouffées.

 

 


 

Note de la LDDH : Halte au gangstérisme d’État

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains a publié la note ci-dessous reproduite, relative à la délinquance financière du régime en place, qui persiste dans ses violations des règles de droit les plus élémentaires. Ainsi en est-il du sort réservé à la caution financière de 32.500.000 FD que la liste de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) avait déposée auprès du Trésor Public, pour participer aux dernières législatives du 10 janvier 2003. Partout ailleurs dans le monde, caution implique remboursement, quelles qu’en soient les modalités. Sauf à Djibouti : il était impossible qu’une telle somme n’attirât pas l’appétit insatiable du pouvoir en place. Et si cela permettait en même temps de porter atteinte aux ressources financières de l’opposition, surtout qu’une échéance capitale arrive, pourquoi ne pas joindre l’utile affaiblissement des adversaires à l’agréable confiscation des biens d’autrui auquel ce régime d’abus est autorisé par une administration, dans ce cas en tout cas, au service de l’intérêt partisan, et une Justice dont la balance est si peu fiable pour le citoyen ordinaire désemparé contre cet arbitraire quotidien ?


 LDDH, Le Président

NOTE D’INFORMATION DU 18 FEVRIER 2004

LE DERNIER COUP D’ÉTAT ÉLECTORAL

EST ENCORE SUIVI PAR UN GANGSTÉRISME D’ÉTAT

IMPOSE A L’ENCONTRE DE

L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE( UAD )

 

 

Le gangstérisme d’Etat a plusieurs formes et certaines de ces formes sont malheureusement réelles en République de Djibouti ; pays au peuple fondamentalement pacifique.

 

Les faits :

 

Rappelant que le 10 janvier 2003, lors des élections législatives, les différents Partis de l’Opposition Djiboutienne avaient déposé une liste unique de candidats sous la coordination de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD).

 

Rappelant que la caution exigée pour les 65 candidats de l’UAD fut déposée au Trésor Public par un versement de trente deux millions cinq cent mille francs Djibouti (32.500.000 FD).

 

Rappelant que le résultat des élections législatives, malgré le Coup d’Etat Electoral dans les régions du Nord et de l’Ouest de la République de Djibouti, s’est soldé, dans l’ensemble, avec le score de près de 45% pour l’UAD.

 

Rappelant que cette caution devrait être remboursée à l’UAD dès la proclamation officielle.

 

Convaincus que les Partis Politiques de l’Opposition ont effectué et ont démontré, dans la légalité, leur Volonté et leur Droit au remboursement de cette caution.

 

Constatant qu’aucun Texte juridique, aucune Jurisprudence, encore moins un semblant de comparaisons ne peut permettre au Trésorier National de disposer soit pour le compte du Budget de l’Etat, soit encore moins, peut-être, pour une tierce partie.

 

Par définition: toute caution est normalement remboursable. Il est bon de rappeler que, la Loi Organique de 1992 relative aux élections fait un tout, et que dans le contexte actuel, les Législateurs ont encore affirmé l’obligation du remboursement de la caution dans le cadre de la Loi sur la Régionalisation.

 

Affirmant que l’esprit de la législation de notre pays est constant, même s’il existe d’autres incompréhensions prises par un Haut Décideur de l’Administration, ses décisions restent, de fait, illégales avec les risques d’être probablement teintées par des colorations purement politiques.

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) est sidérée par le refus arbitraire du Trésorier Payeur National; elle lance un Appel au Chef du Gouvernement d’accorder une attention très particulière à cette affaire de caution encore nQ’lremboursée par le Trésor National ;

 

La LDDH demande aux membres du Conseil Constitutionnel ainsi qu’à son Président de se saisir de cette affaire de « refus de rembourser la caution à l’UAD » et ce conformément à l’article 75 de la Constitution;

 

La LDDH demande au Ministre de la Justice d’accorder ses violons avec ceux du Chef de l’Etat pour que rapidement le Conseil du Contentieux Administratif mis sous embargo depuis 1996 soit opérationnel et surtout totalement indépendant sans aucune fragilisation aucune.

 

 


 

Courrier des lecteurs : les FFDJ et nous

COURRIER DES LECTEURS

COMMENTAIRES

Chacun s’en sera douté, Guirreh Houmed Saleh est un pseudonyme : précisément celui d’un haut fonctionnaire, peu suspect de militantisme opposant. Si nous publions son courrier, c’est pour quatre raisons au moins : 1) il nous a personnellement remis ce courrier ; 2) étant donné sa fonction, il sait de quoi il parle ; 3) ce délicat sujet de services rendus concerne tous les citoyens à la recherche d’emploi ou de marché, indépendamment des colorations politiques et 4) tout citoyen, djiboutien ou français, est en droit d’exiger la plus grande transparence sur ce commerce tout aussi fructueux qu’opaque.

On l’aura compris, la stabilité d’une base militaire passe essentiellement par quelques courbettes devant les prédateurs affiliés au régime, quand ils n’en sont tout simplement pas l’émanation financière.

Après le scandale, révélé par notre confrère Le Canard Enchaîné, relatif au réseau des filles de joie (et parfois des fillettes) mises à la disposition des légionnaires, ce favoritisme ne nous étonne guère. Ce qui implique néanmoins un bémol pour les Djiboutiens que nous sommes : nettoyons d’abord devant nos portes et exigeons la transparence dans la gestion des affaires publiques nationales.

Le reste suivra.

 


 

Cher Éditorialiste

 

Notre confrère « La Nation » a, dans son éditorial du jeudi 19 février 2004, accusé la presse d’opposition d’une manière générale et notre journal en particulier, de « dérive médiatique » et d « intox » sans apporter aucune preuve. C’est son droit ! Nous usons du nôtre en vous prenant à témoins ainsi que ses rares lecteurs afin que, quelles que soient vos préférences politiques, vous vous fassiez votre propre opinion, à travers ces lignes adressées au journal gouvernemental.


Nous comprenons sans mal qu’habitués à monopoliser le discours officiel, légalisé et orthodoxe, et depuis peu confrontés à la contradiction, vous considériez toute voix discordante comme diffamante. Toute réplique, même et surtout courtoise, sensée et constructive vous dérange, ainsi que les médias officiels qui détenaient ou s’imaginent encore détenir le monopole du verbe légitime. Vous nous en voyez sincèrement compatissants !

Notre voix se veut effectivement dissonante, c’est tout à notre honneur, en ce qu’elle cherche ouvertement et sans passion à renverser pacifiquement un désordre établi par 17 années de dictature de parti unique (1977-1992) et 10 années d’un quadripartisme dégradant (1992-2002) pour pouvoir rééquilibrer les institutions de l’Etat. En imposant le multipartisme intégral, nous cherchions à sortir notre pays du sous-développement politique. Les libertés syndicales, la liberté de la presse (malgré les multiples entraves et obstacles dressés par le RPP et ses alliés à son perfectionnement) doivent à notre persévérance leur enracinement dans les mœurs politiques.

Nous ne relèverons qu’incidemment l’hommage circonstancié que vous rendez à M. Phillipe Leymarie. Après avoir tant insulté RFI, ce n’est que justice de votre part de reconnaître un peu de sérieux à un de ses journalistes qui, au cours du récent colloque à Paris, aurait contredit un opposant accusant le régime djiboutien d’opacité dans le volume et de détournement dans l’affectation des sommes astrnomiques générées par la location des différentes bases militaires. Quoique ledit journaliste n’ait nullement apporté le bien-fondé de ses « doutes ». contrairement à une mission sénatoriale française qui a, le plus officiellement du monde, reconnu que cette manne financière ne se traduisait pour le moment par aucune amélioration tangible des conditions de vie des Djiboutiens. Ceci Expliquant cela ?

Vous écrivez encore, parlant de l’opposition : « celle-ci reste toujours égale à elle-même dans ses dérives politico-médiatiques, ne serait-ce qu’à travers la couverture de cet événement tant l’absence d’objectivité des feuilles de choux comme le Renouveau et Réalité reflète cruellement les errements et le manque de vision politique de ses actuels leaders ». Sans commenter le jugement porté sur ces leaders, rappelons seulement que le chou est comestible ; bien assaisonné, il est même délicieux !

Vous fustigez ensuite une légèreté dans le traitement de l’information et une « confusion systématique entre vie privée et affaire publique ». Consultez vos archives, nous vous mettons au défi d’apporter le début d’une preuve d’atteinte à la vie privée de qui que ce soit de la part de Réalité !

Plus gravement, vous ajoutez : « nul besoin de vous préciser que les manœuvres politiciennes tendant à placer toute une sensibilité de l’opinion publique sous l’inspiration d’un journal risquent d’avoir des conséquences fâcheuses tant elles peuvent aggraver les tensions sociales par le biais des discours fanatiques à l’image de Radio Mille Collines au Rwanda et peuvent du même coup fragiliser le fonctionnement des institutions républicaines ». Si c’est à nos deux derniers numéros que vous faites allusion, tout le monde a compris que nous n’avons fait que toucher du doigt des maux qui étaient directement à l’origine du conflit civil qui a ensanglanté notre pays une décennie durant. En y mettant fin, les accords de paix de février 2000 et de mai 2001 affirmaient sentencieusement en « soigner les causes et prévenir le renouvellement ». La partie gouvernementale s’obstine (multiples violations desdits accords de paix) à les appliquer partiellement. Partiellement parce qu’unilatéralement, c’est elle et elle seule qui « fragilise le fonctionnement collectif de tout système politique » comme vous dites.

Institutions Républicaines avez-vous dit ? Quand l’Armée, la Gendarmerie et la Garde Présidentielle sont toutes trois commandées par trois proches cousins, sans même évoquer leur composition subalterne, cela constitue une aberration statistique qui en font des milices privées. Rien ne justifie cet accaparement, sinon la volonté maladive de prétendre régner par la force. Tout comme il est absolument anormal qu’un ministère soit saturé par les proches du ministre. Encore plus gravement, ceux qui ont eu le privilège de se rendre à la Présidence ont certainement eu l’occasion de mesurer physiquement à quel point notre République est inégalitaire : il suffit de se promener dans les coulisses du pouvoir pour voir qui est le décideur et qui est le courtisan qui quémande ou mendie !

Pour ce qui est des discours fanatiques, permettez-nous de vous rafraîchir la mémoire que vous avez sélective en vous rappelant que c’est votre journal qui traitait il y a peu toute une frange de la communauté nationale de « Juifs de la Corne de l’Afrique » au prétexte d’un banal incident commercial.

Tandis que tel autre pamphlet gouvernemental invoquait le « Bon Dieu » pour justifier rafles et reconductions massives à la frontière d’étrangers en situation irrégulière, surtout imputable au seul laxisme gouvernemental.

Pour ce qui nous concerne nous continuerons, ne vous en déplaise à démystifier ce régime irresponsable et n’abdiquerons jamais notre faculté d’indignation face aux criantes injustices dont sont victimes tous nos concitoyens, sans aucune distinction. Pour finir, nous vous lançons un amical défi, en vous conviant à un débat public à la radio, télévisé ou épistolaire. Nous vous laissons le choix des armes, du moment qu’elles respectent la bienséance.

Confraternellement !

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 84 du mercredi 18 février 2004

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Réalité numéro 84 du mercredi 18 février 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés
  4. Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?
  5. Sociographie des officiers djiboutiens
  6. Docteur manu militari
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 84

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA POSTURE DE L’IMPOSTEUR : LA TRIBU CONTRE L’ÉTAT

En s’affranchissant de la tutelle coloniale, les Djiboutiens ont tout naturellement reconduit un modèle d’organisation politique et spatiale qui a mis des siècles à se mettre en place ailleurs : l’Etat-Nation. Que ce modèle ait été en quelque sorte tropicalisé par l’imposition du Parti Unique n’en rend que plus révélatrices ses deux implications majeures : coexister avec des groupements humains différemment constitués dans leurs traditions historiques d’une part, choisir autrement que par le passé traditionnel et insulaire les nouveaux dirigeants politiques d’autre part. Si l’on confronte ce schéma théorique aux réalités nationales concrètement observables, un constat s’impose, brutal : la coexistence entre les diverses composantes de la communauté nationale est d’autant plus conflictuelle que l’État qui les rassemble ne garantit pas l’intérêt général et que le libre choix des représentants politiques est saboté par la frange dominante du régime. Autrement dit, la Nation se construit d’autant plus difficilement que l’État devient un enjeu de luttes ( inégales du fait que la concurrence est truquée) entre groupes ethniques plutôt qu’entre classes sociales. Cet accaparement de l’Etat (donc des ressources politiques, économiques et coercitives qu’il procure) exige quant à lui d’insurmontables entraves administratives à la compétition électorale, une mise en suspens radicale de la Démocratie, essentiellement réduite à une comédie, un one-man-show (personnalisation du pouvoir oblige) qui ne trompe plus personne.

Ainsi, à défaut d’un électorat conquis sur la base d’un programme politique clairement défini, tout régime assurant sa survie par les fraudes cherche à susciter chez ses concitoyens l’identification la plus primitive : le groupe tribal. Et Djibouti n’échappe pas à cette généralisation du fait ethnique que l’on retrouve dans les États issus de la décolonisation en Afrique. Bien au contraire : alors qu’ailleurs les divers groupes ont connu des siècles de coexistence avant la colonisation, c’est uniquement depuis la création de la ville de Djibouti que les Djiboutiens se côtoient et vivent ensemble sous une même autorité politique et dans un même espace géographique.

Pas de Démocratie donc, mais seulement une imposture d’élites politico-administratives prétendant représenter des groupes tribaux. Pour devenir ce que Malinowski appelait « banquier d’hommes », la posture de l’imposteur est simple : dramatiser la différence en présentant l’Autre comme ennemi irréductible. Et, dans une perspective existentialiste, la rareté créant la violence, surtout lorsque la mauvaise gouvernance et le gaspillage des ressources nationales sont si fortement implantées, l’ennemi devient multitude, voisin. Une fois arrivé au pouvoir de façon illégitime, voire illégale, le discours de ce banquier clanique varie en fonction de sa position (donc celle de ses auditeurs) dans les rapports de force politique.

Aux uns, l’on dira : « l’État, c’est nous », en montrant, par exemple, la différence de traitement entre l’état d’abandon dans lequel sont laissées l’usine d’eau de Tadjourah (offertes à l’appétit des clients) et toute sa région d’une part, et le miracle irrationnel par lequel une nouvelle usine d’eau minérale sort de terre ailleurs. D’ailleurs, renchérira-t-on, l’on ne s’est même pas donné la peine de rendre l’hymne national compréhensible pour tous les citoyens.

Aux autres, l’on dira : « l’État, c’est eux ! Contentons-nous de ce qu’ils veulent bien nous donner. D’ailleurs, leur expliquera-t-on, «eux» n’ont même pas jugé utile de mettre l’hymne national à notre portée. Ou encore, leur dira-t-on, regardez tous ceux d’entre nous qu’«eux» nomment encore Kaar Dameer auxquels la citoyenneté djiboutienne est injustement refusée.

Dans l’Opposition réunie au sein de l’UAD, c’est parce que nous sommes intimement convaincus qu’une autre façon de faire de la politique est possible, que nous investissons sans hésiter dans le bon sens citoyen, la sagesse séculière et la maturité avérée des Djiboutiennes et des Djiboutiens. C’est la seule voie possible pour fonder la Nation djiboutienne et instaurer la Démocratie. Il suffit juste pour cela de démystifier les imposteurs au pouvoir et de croire en notre avenir commun. Nous sommes tous Djiboutiens avant tout et pour toujours !

Brèves nationales

Cartes d’Identité :

Délivrance ou rétention ?

Depuis que le ministre de l’Intérieur a annoncé la reprise de la délivrance des pièces d’identité nationale, ce sont chaque jour des centaines de Djiboutiens lésés qui se présentent devant les bureaux de la direction de la population. Dès six heures du matin, chaque jour ouvrable, d’interminables files d’attente se forment dans une ambiance de frustration et d’inquiétude. En effet, la plupart de ces demandeurs retournent souvent chez eux sans pouvoir obtenir le précieux document qu’ils ont pourtant payé longtemps à l’avance.

Jeudi dernier, quelques dizaines d’entre eux particulièrement courroucées auraient bruyamment exigé d’être remboursées sans être entendues. Dans une administration particulièrement gangrenée par la corruption, la notion de service public a disparu, laissant place à l’intérêt personnel et aux passe-droits. Qu’attend le ministère de l’Intérieur pour mettre un peu d’ordre dans cette maison en pleine décrépitude ? A ce rythme, la colère qui gronde risque de dégénérer en émeute.

La mauvaise gouvernance ambiante se donne ainsi à voir dans sa plus cynique expression. Un régime aussi peu capable de délivrer des pièces d’identité à ses citoyens a tout simplement démissionné de ses obligations. Lamentable !

Médias partisans :

L’esbroufe ne passe plus !

Selon des sources dignes de foi, le régime en pré-campagne électorale chercherait à étoffer son arsenal de propagande dans le fol espoir de reconquérir un électorat perdu parce que fatigué de l’esbroufe.

Après l’acquisition par la Présidence, il y a quelques temps, d’un studio privé, le pouvoir plancherait actuellement sur le lancement prochain d’un nouveau journal maison destiné, parait-il, à contrer la communication politique de l’opposition. En effet, il se murmure que le grand chef mécontent de leurs contre performances aurait dernièrement tancé les plumitifs partisans incapables selon lui de crédibiliser les points de vue du régime.

Avec un tel passif impossible à occulter le régime ne pourra pas renverser la vapeur, même s’il faisait appel aux cabinets de relations publiques installés aux États-unis. Autant chercher à décrocher la lune. Car comme chacun le sait, la réalité vécue au quotidien est toujours plus éloquente que les meilleurs discours.

Presse nationale :

Inflation des titres

Dans le premier numéro d’Aysenno, journal du FRUD du temps du maquis, nous commentions, en la saluant, la prolifération des journaux d’opposition au lendemain du déclenchement de la lutte armée. Ce retour du refoulé (la presse était libre, indépendante et « plurielle avant l’Indépendance), était dû, nous semblait-il, au sacrifice des combattants du FRUD, toutes tendances confondues. De tous les titres de l’époque, il ne subsiste plus aujourd’hui que notre confrère «Le Renouveau», que nous félicitons pour sa longévité et la constance dans la parution.

L’apparition de « Réalité » dans la presse écrite djiboutienne a, croyons-nous, suscité, sinon des vocations, du moins ouvert les yeux à nombre de nos concitoyens sur l’utilité de communiquer sans passion. Nous constatons et apprécions la floraison des journaux d’opinion ou autres qui faisaient cruellement défaut à notre univers médiatique. Nous ne pensons évidemment pas aux lucioles paraissant le temps d’une campagne de dénigrement ou vendre un projet sans lendemain. C’est la parution récente, et que nous souhaitons durable, des organes de presse du syndicat des travailleurs du Port, du Pôle universitaire, ou encore édités par le CRIPEN, divers bulletins du MENESUP dont « Educ-Info ».Tous nous éclairent et enrichissent tous ceux qui sont curieux de la chose publique.

En attendant que le gouvernement daigne appliquer l’article 14 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, portant sur la liberté de la presse, et agréer la création des radios libres. Encore faut-il pour cela qu’il respecte la Loi relative à la communication et mette en place la commission prévue à cet effet.

LES DEVOIRS DU CITOYEN

La Démocratie n’est pas seulement une amélioration institutionnelle sur le papier : c’est avant tout une prise de conscience agissante de chacune et de chacun. Nous devons tous participer aux grandes étapes qui marquent le développement politique de notre pays. Ces étapes, ce sont bien entendu, les échéances électorales à venir, lors desquelles se déterminera l’avenir de notre pays.

Le changement que toutes les Djiboutiennes et tous les Djiboutiens espèrent ne peut venir que de la mobilisation de toutes et de tous.

Il est donc du devoir de chaque électrice et de chaque électeur de se prémunir contre l’ « abstentionnisme » forcé que représente le défaut de carte d’électeur.

Inscrivez-vous sur les listes électorales de votre circonscription !

Exigez votre carte d’électeur et votre carte d’identité nationale si vous n’en avez pas !

Un électeur qui ne remplit pas son devoir électoral est tout simplement un citoyen qui déserte de ses obligations vis-à-vis de sa Patrie.

Dockers du Port de Djibouti : malléables, corvéables et bastonnés

Pour avoir osé réclamer leurs droits légitimes à la Direction du Port, des dockers ont été victimes d’une répression policière et judiciaire sans précédent dans notre pays. Travaillant comme journaliers manutentionnaires au terminal à conteneurs depuis des années, voire près de deux décennies pour certains, jusqu’au jour où la Direction de Djebel-Ali, qui gère le Port, leur a proposé de les employer désormais comme salariés à plein temps plutôt que comme journaliers relevant du statut professionnel des dockers. Ces derniers s’en sont félicités et attendent qu’on régularise leurs situations professionnelles sur de nouvelles bases comme promis. Récit d’une violation des droits syndicaux et de la législation sur le travail.


Une nouvelle donne pointe son nez. Il n’est plus tout d’un coup question à la Direction du port de recruter ces dockers mais de les remplacer par des nouvelles recrues. Dès lors, des interventions fusent de tous les horizons pour essayer de placer les leurs. Aussi pour justifier cette spoliation en règle d’un droit acquis depuis tant d’années par ces pauvres dockers, qui eux n’ont personne pouvant valablement intervenir en leur faveur afin qu’ils puissent conserver leur emploi, la Direction du Port sollicite le concours du tristement célèbre Chef de Service du Bureau de la Main-d’œuvre (BMDO), pour les dissuader.

Ce dernier propose à ces dockers d’autres affectations de travail, de nature douteuse, d’ailleurs jamais concrétisées par la suite, en les invitant à ne plus prétendre à ce qui leur avait été promis, au motif fallacieux qu’ils n’y ont pas droit. Pourquoi ? Allez savoir !!! Les dockers ne comprenant plus, refusent d’être bernés de la sorte : ils exigent de continuer à travailler au terminal à container et à exercer le travail pour lequel ils sont depuis longtemps qualifiés et expérimentés. Employés du Port ou pas, ils veulent garder leur emploi.

Alors d’autres chefs de service se mêlent également et de nouveaux arguments et prétextes sont invoqués pour les décourager d’y postuler : tels que les problèmes d’âge, de niveaux scolaires, de pièces d’identité. Ce qui ne les convainc pas davantage. Enfin, après moult tentatives de négociations, les unes après les autres avortées, le spécialiste des dockers qui s’avère être le sémillant Chef de Service du BMOD, trouve enfin une formule d’arrangement en guise de palliatif. « Vous serez indemnisés par le port pour tant d’années de service effectués au terminal à container et vous serez affectés en tant que dockers vers d’autres lieux de travail que le terminal lui-même » leur aurait-il suggéré en fin de compte.

Et pour ceux qui après cette proposition « alléchante » continuent à camper encore sur leur position, comme cela se fait couramment au BMOD pour mettre au pas des dockers vindicatifs : retrait définitif de la carte de docker. Ainsi, du jour au lendemain, plusieurs dockers perdent leur statut d’employés et sont condamnés à l’indigence forcée, sans aucune possibilité d’exercer au Port. Aussi, devant une telle mesure de dissuasion, qu’ils redoutent pour en avoir déjà été plusieurs fois victimes pour certains, la majorité d’entre eux cède et accepte la solution imposée du chef du BMDO, bien que pas du tout convaincante. Nouvelle période d’attente et pas de signe, ni de nouvelles de ces indemnisations promises. Ils reprennent donc l’offensive et revendiquent la concrétisation de cette énième promesse. Mais en vain. On ne daigne même plus les recevoir.

Ulcérés, ils décident alors de réclamer collectivement leurs droits en se présentant devant le bureau du Directeur Général. Mal leur en prit. Les forces de l’ordre les dispersent brutalement, les enjoignant de déléguer quelques uns (en tout sept dockers furent désignés par leurs pairs) pour faire valoir leurs droits. Et dans la foulée, la police interpelle quelques dizaines d’autres dockers qu’elle incarcère sans autre forme de procès afin de les intimider, au centre de détention de Nagad. Quant aux sept représentants désignés dont l’un serait depuis porté disparu, ils se sont vu transférés manu militari à la Brigade Criminelle de la FNP où ils subissent un interrogatoire musclé sans discontinuer du 26 au 28 janvier dernier). Après cette garde à vue, ils ont été déférés au Parquet qui, aussitôt, les expédie à la prison civile de Gabode en dépôt. Cette détention durera jusqu’au 15 février, date à laquelle ils seront condamnés à six mois de prison avec sursis par le Tribunal de Première Instance, comme de vulgaires délinquants. Entre temps, ceux qui avaient été mis en détention préventive à Nagad ont été relâchés quelques jours après.

Mais, la veille de leur procès, Gabode a été le théâtre d’une hystérie répressive. En effet, dans la journée du 14 février, un lieutenant de la Brigade Criminelle de la FNP, un certain Mohamed Ismaël arrive à Gabode et pénètre dans la cellule où sont détenus les dockers, en leur intimant l’ordre de lui signer un document. Ils refusent de se plier à ses exigences, malgré les menaces et les empoignades pour les impressionner. Devant leur refus, il en extrait un de la cellule et le traîne par force jusqu’à un endroit isolé de la prison centrale : un bureau mis à sa disposition à cet effet. De nouveau il présente le document à signer au détenu qui n’est autre que Cheikh Mohamed Walo. Il lui aurait présenté un document dans lequel il est stipulé que « les dockers renoncent définitivement aux prétendus droits qu’ils réclament à la Direction du Port » sic et resic !!!

Et devant son refus, il l’aurait battu et torturé en présence d’un témoin (le Lieutenant Moussa de la prison de Gabode) qui serait au moins coupable de complicité passive dans cette affaire. Résultat : le prisonnier s’est retrouvé avec la main gauche brisée au niveau du coude (fracture ouverte) et la poitrine défoncée. Suite à cela, le prévenu n’a même pas eu droit aux soins d’urgence, bien qu’on l’ait transporté aux Urgences de l’Hôpital Peltier et que son nom ait été consigné à cet effet sur le registre. Malgré son état, il a été déféré souffrant au Tribunal le 15 février , avec ses co-détenus.

A l’heure où des experts en Droits de l’Homme peinent à enseigner à nos policiers le respect des droits humains, à Djibouti-même, dans le cadre de leur métier, le zèle de certains policiers à les piétiner dans l’exercice de leur fonction, est un contraste assez révélateur de l’image de ce régime de non droit. Aux dernières nouvelles, le docker torturé aurait déposé une plainte contre son bourreau.

Mais reste à savoir si la Justice djiboutienne fera convenablement son boulot en poursuivant des tortionnaires patentés du régime

Éducation Nationale : coulée ou électrocutée ?

Tous les budgets de l’État depuis 2000 nous répètent que l’Éducation Nationale constitue une priorité gouvernementale. La loi n°96 du 10 août 2000 portant orientation du système éducatif proclamait pompeusement : L’École obligatoire pour tous jusqu’à seize ans ! Répétitions et slogans ne sont pas démonstration. Comme chacun pourra le constater dans les lignes qui suivent, la pratique gouvernementale en la matière démontre le contraire.


 

Prenant le Ministre à son mot écrit dans la lettre du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement supérieur, parue dans le n°1 d’’ « Educ-Info » de janvier 2004, le propos de ces lignes, avec le minimum de commentaires de notre part consiste à comparer les incantations gouvernementales aux faits sacrés et incontestables, et chiffres officiels. Le Ministre écrit dans sa lettre : « Tous les responsables de mon département, de même que les usagers de l’école, ainsi que tous nos partenaires. Tout le monde aura droit à la parole… C’est donc dans cet esprit que je vous adresserai, tous les 15 jours cette lettre dans l’attente, comme il est d’usage, de recevoir des réponses. J’attendrai donc vos réactions, qui seront d’ailleurs reflétées dans « Educ-Info »…. » Voici nos réactions :

Première remarque significative, les usagers de l’école, des parents d’élèves, nous ont réservé la primeur de leur réaction et continuent de faire le siège de notre rédaction nous faisant part de leur désarroi et surtout de leur colère. Toutes couches sociales confondues, leurs doléances portaient sur les points suivants :

– Photocopies des cartes nationales d’identités des deux parents : quand on sait avec le Ministre de l’Intérieur que « des notables inscrits sur les listes électorales ne disposaient pas de C.N.I », pourquoi conditionner l’inscription de leurs progénitures à la fourniture par les deux parents de ces pièces là ?

– Certificats de Résidence : Relevons avec notre confrère « le Renouveau », que le « fonctionnement chaotique des arrondissements et autres districts n’est pas de nature à faciliter la délivrance des certificats de résidence ».

– Enfin, la dernière condition imposée aux élèves et leurs parents est censitaire : Une facture de l’EDD ou de l’ONED.

Ulcéré, un parent d’élève nous disait : « Si on les laisse faire c’est un abonnement à Djibnet qu’ils exigeront demain ! ». Rappelons à Monsieur le Ministre que ses exigences ne peuvent être remplies à Djibouti que par les usagers de la Nativité….et du Lycée Guelleh Batal, pour ne citer au hasard que ceux-là. Si nous insistons sur ce sujet, c’est parce que le Ministre « attache beaucoup d’importance à l’application scrupuleuse de ces consignes».

Si, qu’à Allah ne plaise, elles étaient scrupuleusement appliquées, elles conduiront à exclure du système éducatif les plus démunis d’entre nous. Cette marginalisation est en totale contradiction avec le discours du Premier Ministre le jour de l’Aîd el Adha qui affirmait en toute bonne foi : « Il est de notre responsabilité d’aller vers les plus démunis!». C’est d’autant plus aberrant que beaucoup d’établissements scolaires ne sont pas alimentés en eau et électricité dans les zones rurales et certains ne le sont qu’en partie dans la capitale ( P.K 12). Cela relève même de la tragi-comédie quand « La Nation » se fait impudemment l’écho, photos à l’appui, de la réfection d’une cantine scolaire par l’Armée Française ici, ou la remise en état d’une école par l’U.S. Army, là.

Tout récemment à Gabode la participation financière des parents d’élèves aurait été sollicité pour la réfection de la toiture et des toilettes d’une école ; alors qu’ils contribuent systématiquement aux frais de gardiennage qui, normalement, ne relèvent nullement de leurs portefeuilles. Si, dans ces conditions, l’Éducation Nationale est une priorité gouvernementale, qu’en est-il des autres postes budgétaires ? Sur la base de ces chiffres de l’année scolaire 2001-2002, nous avons tenté de calculer l’impact négatif de ces nouvelles mesures du MENESUP préconisées pour la rentrée prochaine. Par conséquent, en respectant très scrupuleusement les consignes du Ministre, ses vœux affecteraient plus de 4.000 enfants de la Capitale.

A ce chiffre s’ajoutent, en ne tenant pas compte du taux de progression des inscriptions de 2001 de l’ordre de 4%, environ 1.176 enfants en âge de scolarisation en Classe d’Initiation ne seraient pas accueillis à la prochaine rentrée, pour la simple raison qu’ils habitent dans une zone qui n’est pas desservie par l’EDD et l’ONED. Il est également important de relever que, sur les 178 classes de CI que compte le pays, au moins 41 seraient affectées par ces mesures aussi révoltantes que discriminatoires. Ce qui représente un taux de 23%, soit environ ¼ de l’ensemble. Quant aux effectifs touchés, ils sont de l’ordre de 12%, variable aussi importante qui ne tient pas compte du nombre élevé de foyers de la Capitale touchés par les nouvelles consignes du Ministre de l’Éducation Nationale.

En définitive, il s’avère que plus de 5.000 nos enfants en âge d’être scolarisés seront ipso facto écartés en septembre prochain, chiffre qui se situe à plus de 50% des inscriptions de l’année 2001 (Districts de l’Intérieur et y compris Djibouti-rural) de 10.358, pour la simple raison que les parents n’ont, soit pas les moyens financiers pour se payer le luxe des branchements à l’EDD et à l’ONED, soit installés dans une zone géographique non desservie par ces deux services chers au Ministre de l’Éducation.

L’article 17 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 prévoyait un « soutien scolaire renforcé aux enfants des zones affectées par le conflit armé ». Or, à la page 46 de l’agenda officiel 2004, destiné comme les autres à la consommation extérieure, l’on peut lire : «la scolarisation progresse dans toutes les régions du pays, mais demeure particulièrement faible au niveau des quatre districts où le taux brut de scolarisation varie entre 20,6% et 30,5%. Il apparaît aussi que de profondes disparités d’accès à l’éducation primaire existent entre le milieu urbain (52,9%) et le milieu rural (12,4%)». CQFD, sans commentaire.

L’Education nationale, la Santé sont partout dans le monde des postes ministériels exposés, c’est pourquoi nous avons toujours ménagé nos critiques ( sauf flagrante bêtise ) envers leurs responsables car l’exercice de ces responsabilités est il vrai très difficile.. Nous respectons tous ceux qui ont en charge l’avenir de nos enfants.

Que M. Le Ministre agrée donc l’expression de nos critiques constructives.

Sociographie des officiers djiboutiens

La réalité est incontournable

Nous n’avons cessé d’avancer que les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti devaient absolument refléter, dans leurs effectifs, la diversité des composantes de la communauté djiboutienne. A l’appui de cette représentativité équitable, nous partons d’un postulat aussi simple qu’inébranlable : l’intelligence est la chose la mieux partagée au monde. C’est ce refus d’un peuple élu supérieur aux autres qui est au fondement de l’article 15 de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, stipulant en son point b : « Les institutions civiles et militaires de la République de Djibouti refléteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la pluralité des communautés composant le Peuple Djiboutien ». Dans le numéro de la semaine dernière, nous avions proposé à nos lecteurs un tableau des 174 officiers supérieurs et subalternes de l’Armée Nationale Djiboutienne, classés par grade et groupe tribal, en reportant la solution au présent numéro. Mais, convaincus avec la sagesse chinoise, qu’ «il vaut mieux enseigner à pêcher que de donner un poisson à manger», voici encore mieux que de dire qui est quoi : la liste nominative complète de ces 174 officiers, classés par grade au 27 juin 2000. Djibouti étant un microcosme, à chacun d’établir la représentation de chaque groupe. Proposition citoyenne : que nos lecteurs/militants se regroupent de façon pluriethnique et contradictoire. C’est le plus sûr moyen pour approcher la réalité.


Avant de laisser le lecteur face à son jugement critique, quelques précisions s’imposent, que ce tableau ne dévoile pas forcément.

S’il est facile de déterminer qui appartient à quel groupe, il est fondamental de remettre les chiffres dans leur contexte historique. Ainsi, des 174 officiers de l’AND rescapés du destin au 27 juin 2000 (certains sont morts, quelques uns sont partis à la retraite et d’autres ont été radiés pour cause de « coup d’état » ou de rébellion), il s’agit de savoir qui a été recruté à quelle époque. A l’examen de cette variable chronologique, il apparaît que pour moitié (88 sur 174), ces officiers sont de la promotion 1977. Ceci mérite explication. En effet, les officiers recrutés à cette époque au sein de l’AND provient de deux origines : les transvasés de l’armée coloniale et les cadres du FLCS. Ce serait donc faire injure à l’Histoire que de prétendre que l’intolérance s’est installée dès le 27 juin 1977 : les tentatives visant à assurer un certain équilibre ethnique au sein de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie se sont heurtées à la politique de la chaise vide prônée par le MPL, qui estimait impossible de coexister ainsi avec les autres composantes de la communauté djiboutienne et accusait la LPAI de vouloir sournoisement « somaliser » le pays. La sanction de l’Histoire est sans pitié pour les erreurs politiques de cette envergure : que les adeptes de cet ostracisme se retrouvent être aujourd’hui les plus solides piliers d’une intolérance qui s’est renforcée depuis 1999 en dit long sur l’immaturité de ses adeptes et les retrouvailles des extrêmes

Profitant de cette fuite sans issue, le régime issu de la décolonisation a cherché à consolider ses bases armées. en contrôlant l’Armée, la Police et la Gendarmerie, relevant dans les faits du chef de cabinet de la Présidence. Pour assurer cette mainmise, des postes ont même été créés : Directeur de la Gendarmerie puis Secrétaire Général du ministère de la Défense. Postes à l’époque occupés, ceci explique cela, par l’actuel Président du Conseil Constitutionnel et qui ont disparu depuis.

Ce qui explique, enfin, que l’actuel régime, héritier de cette ségrégation, n’ait absolument pas cherché à réduire ces inégalités, bien au contraire : dans l’administration comme dans la Gendarmerie ou l’AND, les citoyens ne sont pas égaux. On s’en doutait.

NOM001. FATHI AHMED HOUSSEIN

002. ZAKARIA CHEIK IBRAHIM

003. ALI SOUBANEH CHIRDON

004. HASSAN AIL KAMIL

005. HOUSSEIN DJAMA IBRAHIM

006. MOHAMED DOUALEH SED

007. OMAR BOUH GOUDADDE

008. OSMAN NOUR SOUBACKLEH

009. YACOUB HASSAN SAID

010. YOUSSOUF KAYAD GUELLEH

011. ABDOURAHMAN ABDI DEMBIL

012. ABDOURAHMAN ADEN CHER

013. ADEN ALI AHMED

014. AHMED HASSAN BOULALEH

015. DAHER ADEN ABRAR

016. HAISSAMA MOHAMED HOUMED

017. MADIAN MOHAMED SAID

018. MOHAMED OUTEH ROBLEH

019. MOUSTAPHA ALI HANDOULEH

020. ABDOULGABAR IBRAHIM HASSAN

021. ABDOUL-ILAH AHMAD ABDI

022. ABDOULKADER ALI ABANEH

023. ABDOULKADER MOUSSA HELEM

024. ADEN OKIEH BOUH

025. AHMED YOUSSOUF BALAH

026. ALI ABDILLAHI IFTIN

027. AMIN ATTEYEH ABDI

028. ELMI FARAH ABANEH

029 HASSAN DJAMA FARAH

030.IBRAHIM ABDILLAHI GUELLEH

031. MOHAMED AHMED FARAH

032. MOHAMED ALI FARAH

033. MOHAMED ALI OBSIEH

034. MOHAMED ELMI HABANEH

035. MOHAMED IBRAHIM MOUSSA

036. MOHAMED KAYAD GUELLEH

037. MOUSSA HAMADOU GOUNDOUS

038. NACHAT FATHI AHMED

039. NASSER ADEN GUIRREH

040. OSMAN ADEN AMAREH

041. OSMAN DOUBAD SOUGOULEH

042. OSMAN HASSAN MOUSSA

43. SAID ALI OMAR

044. YOUSSOUF HOUSEIN LOH

045. ABDILLAHI OMAR HOCHE

046. ABDOUL-WASAH MOHAMED

047. ABDOURAHMAN MOUSSA ROBLEH

048. ABOUBAKER SADIK ABDILLAHI

049. ADEN FOUAD DAHER

050. ADEN MIGUIL DIRANEH

051. AHMED ABIDID BILEH

052. AHMED ALI BOUH

053. AHMED ALI ROBLEH

054. ALI ADEN HOUMED

055. ALI DIRIEH EGAL

056. ALI HAMID HASSAN

057. ALI HASSAN FARAH

058. DAHER MERANEH ARREH

059. DJAMA ALI FARAH

060. FOUAD ELMI WAISS

061. FOUAD MOHAMED ALI

062. HOUSSEIN ASSOWEH KIDAR

063. IDRISS OMAR ELEYEH

064. ISMAEL ABSIEH SAMATAR

065. MAHISSO MOUSSA ARAÏTA

066. MOHAHED BARKAT ADEN

067. MOHAMED ELMI MOUSSA

068. MOHAMED IBRAHIM ADJEB

069. MOHAMED YOUSOUF MAHAMADE

070. NAGUEYEH SAID GUELLEH

071. OMAR SAID KHAIREH

072. SAID AWALEH DOUALEH

073. TAHER ALI MOHAMED

074. WAHIB MOUSSA KALINLEH

075. YACIN AHMED SOUGUEH

076. YOUSSOUF ABDALLAH ALI

077. YOUSSOUF ABDO HACHIM

078. ABDOURACHID MOHAMED KAYAD

079. ABDOURAHMAN RAYALED HARED

080. ADEN DOUALEH WARSAMA

081. ADEN HASSAN GALAB

082. AHMED DJAMA GUELLEH

083. AHMED KALINLEH ABDI

084. AHMED SAID GUEDI

085. AHMED WAIS EGAL

086. ALI BOULALEH YABEH

087. ALI NOUHO ABDOUL

088. BOGOREH SAID ALI

089. CHAKIB ALI MOHAMED

090. GUEDID BAHDON FARAH

091. HASSAN ABDILLAHI MOUSSA

092. HASSAN MOHAMED HASSAN

093.HASSAN MOUSSA OFLEH

094. HOUMED MOHAMED ALI

095. HOUSSEIN MOUSSA HASSAN

096. IBRAHIM ALI FARAH

097. ISMAEL HOUSSEIN ABOUBAKER

098. MAHAMED HERSI OMAR

099. MAHAMOUD ABDI AHMED

100. MOHAMED AWALEH HASSAN

101. MOHAMED FARAH DAHER

102. MOHAMED GADITTO MOHAMED

103. MOHAMED WAIS ABANEH

104. MOUSSA ALI ABSIEH

105. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

106. NAGUEYEH RAGUEH ACHKIR

107. OMAR ALI GUEDI

108. OMAR IBRAHIM HALASSE

109. OMAR MERANEH ASKAR

110. OMAR MOHAMED ALI

111. OSMAN GUEDI DJAMA

112. RADWAN DJAMA ABDI

113. RAMZI MAHAMOUD SOULEIMAN

114. ROBLEH DJAMA ROBLEH

115. SAMIREH ADEN AHMED

116. YOUSSOUF IBRAHIM HASSAN

117. ABDI ALI GOD

118. ABDILLAHI MOUSSA OMAR

119. ABDOULKADER MOHAMED ARREH

120. ABDOURACHID MOUSSA ISMAEL

121. ABDOURAHMAN HARED BOUH

122. ABDOURAHMAN HASSAN IBRAHIM

123. ADEN AWALEH MEAD

124. AHMED ILTIREH WAIS

125. AHMED MOHAMED BADRI

126. ALI ABDILLAHI BOUH

127. ALI BOUH GUELLEH

128. ALI HOUSSEIN ABDI

129. ALI ISMAEL EGAL

130. AMER ABDOULAZIZ HASSAN

131. ARAÏTA HOUMED EBILE

132. DJIBRIL KAYAD DARAR

133. ELMI ALI WAIS

134. HAMED HASSAN MOHAMED

135. HASSAN OBAKAR IBRAHIM

136. MAHAMOUD ADAWEH ROBLEH

137. MAKTAL MAHAMOUD HASSAN

138. MOHAMED AHMED OMAR

139. MOHAMED DJAMA DJILAL

140. MOHAMED ISMAEL DOUBAD

141. MOHAMED MEAD OSMAN

142. MOHAMED OMAR ASSOWEH

143. MOHAMOUD ABDI AMER

144. MOUSSA ALI DARAR

145. MOUSSA BOULALEH WABERI

146. MOUSSA MOHAMED MOUSSA

147. SAID MOHAMED BOUKA

148. SAMIR ADEN CHEIK

149. WAGDI DJAMA MOUSSA

150. WAIS OMAR BOGOREH

151. ABDOULRACHID ALI ROBLEH

152. ARAFAT YOUSSOUF HOUSSEIN

153. ELMI BILAH ALAMGAN

154. HASSAN ELMI HOUDON

155. HOUSSEIN GAMAYE ASSOWEH

156. NOUR AWALEH BODEH

157. ABDI ATTEYEH WAIS

158. MOHAMED IBIRO MOHAMED

159. ELMI HERSI DJAMA

160. SAID DAHER WABERI

161. ABDIGANI MOHAMED ISMAEL

162. AHMED DAHER DJAMA

163. BOUH ABDI KHAREH

164. DAHIR HASSAN ABADID

165. ELMI ROBLEH OMAR

166. HASSAN ABDOURAHMAN ADEN

167. HASSAN WARSAMA MIREH

168. MAHAMOUD MOMIN ABDI

169. MOHAMED ATTEYEH ABDI

170. MOHAMED KAYAD NADJI

171. MOHAMED SAID SALEM

172. NIDAL GHALEB MOKBEL

173 OSMAN OBSIEH HOCHE

174. SAID WABERI HAROUR

GRADE

GENERAL

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Docteur manu militari

Armée djiboutienne contre médecins égyptiens à Peltier

Sans même remonter jusqu’à la reine Hatshepsout, chacun peut mesurer à son inestimable valeur la portée des liens historiques qui nous lient à l’Égypte. Ainsi, dès les premiers mois de notre Indépendance, avec la visite effectuée à Djibouti par Hosni Moubarak, alors vice-Président, la République Arabe d’Egypte a mis en place une coopération multiforme au profit de notre pays, peut-être sans égale dans la Ligue des Etats Arabes et ceci dans les domaines les plus vitaux tels que la Santé ou l’Éducation. Malheureusement, certains agents de l’État, civils et militaires, très peu respectueux du sens de l’État et apparemment assurés d’une impunité qui ne peut que discréditer nos institutions, ont physiquement mis à mal cette assistance technique, en s’en prenant d’une façon inadmissible à un médecin égyptien en service à Peltier. Agression qui ne peut manquer d’inquiéter l’ensemble des coopérants affectés en République de Djibouti.


Jeudi 12 février, aux alentours de 11 heures, le docteur Tarek Razek, médecin égyptien en service à l’Hôpital Général Peltier, s’apprête à pratiquer une césarienne sur une parturiente en difficulté. Pour cela, il demande l’assistance du médecin-anesthésiste, le docteur Madian Mohamed Saïd, qui se trouve être de surcroît officier de l’Armée Nationale Djiboutienne. D’après nos informations recueillies dans le milieu médical, ce dernier, prétextant l’heure tardive, aurait refusé l’opération et ordonné au médecin égyptien de ne rien entreprendre, malgré l’état physique de la femme sur le point d’accoucher. Devant l’insistance du coopérant égyptien, le médecin djiboutien a fait appel à des soldats de l’AND dans le but avoué d’empêcher l’opération.

Ceux-ci arrivent immédiatement sur les lieux et six de ces militaires djiboutiens se mettent alors à battre furieusement le gynécologue égyptien dans le bloc opératoire. Agression physique dont les soins ont nécessité, entre autres, dix points de suture sur le crâne de la victime. Sur ces entrefaites, son collègue le docteur Sahfaan, lui aussi égyptien, travaillant à Peltier en qualité de contractuel, s’empresse d’évacuer le blessé sur l’ambassade égyptienne, dont le personnel se précipite à l’Hôpital Peltier pour exactement comprendre les raisons d’une telle agression, si raisons il y a.

Mais la machine de l’absurde ne s’arrête pas là : le docteur Sahfaan est suspendu par l’administration de Peltier le jour même et ordre lui est intimé d’évacuer sur-le-champ son logement de fonction. Pratique dont la banalité n’a d’égale que la fréquence, son salaire a également été suspendu en un temps record. Voilà pour les faits : inutile de dire que nous condamnons avec fermeté cette agression gratuite et demandons que toute la lumière soit faite sur cette malheureuse affaire. Ceux qui se sont rendus à Mogadiscio savent que du temps de sa gloire au milieu des années 70, le régime de Siad Barré emprisonnait systématiquement tout somalien se rendant coupable d’agression contre un étranger, à plus forte raison lorsqu’il s’agissait d’un coopérant : serait-ce trop demander à ce régime d’impunité de ne tolérer aucun écart de la sorte de la part de ses agents ?

Pour avoir été les seuls à révéler le scandale qui l’entourait, nous rappelons que c’est surtout grâce à la vigilance de cette coopération qu’une clinique se prétendant égyptienne et travaillant dans des conditions très peu orthodoxes a été fermée, évitant certainement ainsi quelques désillusions et effets secondaires aux patients djiboutiens imprudemment et avidement jetés en pâture par le ministère djiboutien de la Santé.

Autant que dans les différents secteurs de la Santé publique, la coopération égyptienne se distingue dans les domaines tels que l’Enseignement, l’administration, la Police ou l’Armée. Des dizaines d’étudiants djiboutiens poursuivent leurs études en Égypte grâce à des bourses octroyées par Le Caire. De même, de nombreux officiers militaires ont été et sont encore formés dans les meilleures académies égyptiennes. Enfin, des malades djiboutiens sont soignés chaque année au Caire aux frais du gouvernement égyptien. Qu’en guise de remerciement, le régime djiboutien pousse l’ingratitude jusqu’à tolérer qu’un médecin égyptien coopérant soit sauvagement agressé par des militaires, puis l’empêcher d’être soigné à Peltier et à en refuser l’accès à un chirurgien apprécié de tous pour avoir sauvé des centaines de vies humaines, nous ne pouvons ni le comprendre ni le tolérer.

Déjà que la coopération française a été drastiquement réduite dans le domaine de la Santé, pour de nombreuses raisons, telles que la détérioration des conditions de travail, tenant à la mauvaise gouvernance, il serait hautement dommageable pour le citoyen djiboutien qu’à son tour, la coopération multiforme et généreuse de la République sœur d’Égypte fasse les frais d’une telle irresponsabilité.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 83 du mercredi 11 février 2004

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Réalité numéro 83 du mercredi 11 février 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Colloque de Paris : les conclusions
  4. Le Goulag après Gouled
  5. Courrier parlementaire : remettre la Réalité à sa place
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 83

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

GARDE PRÉSIDENTIELLE : LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE EN UNIFORME

Le matricule 77/5531/T, qui préside aux destinées de la nouvelle Garde Présidentielle, a beaucoup de raisons d’être content, même si l’uniforme rouge sang dont il était accoutré, dans la plus pure tradition d’opérette qu’affectionnait Idi Amin, ne restera certainement pas dans les annales du bon goût militaire. Par contre, voir des soldats sur le Coran prêter serment de fidèlement servir leur chef est chose inédite : à notre modeste connaissance, et en droite lignée de la secte des Asaasiyyiin ( Fondamentalistes auxquels la langue française doit le terme assassin), seules les recrues fanatisées du Hamas, du Hezbollah ou du Djihad Islamique jurent devant Allah de ne pas trahir leur cause. Mais au moins, ces forces paramilitaires n’ont jamais prétendu incarner ou défendre une quelconque institution républicaine. Le fait qu’en République de Djibouti, seuls les hommes de la Garde Présidentielle, mieux payés et mieux équipés que ceux des forces régulières, jurent sur le Coran n’en est que plus révélateur d’une dérive autocratique et policière que nous dénonçons sans cesse.

En disant cela, l’on ne peut manquer de songer à l’émission « Djibouti : la République en uniforme », de Michel Honorin et diffusée par une télévision française au début des années 80. On y entendait un actuel haut fonctionnaire, à l’époque paria pour cause de parti unique, racontant par le menu détail les diverses tortures à lui infligées par les sbires du SDS, au prétexte d’une imaginaire tentative d’assassinat contre la personne du chef de cabinet de la Présidence. Tandis que tel avocat jurait, main sur le cœur, qu’aucune forme de torture n’était pratiquée à Djibouti. On sait ce que sont devenus le présumé terroriste, sa prétendue cible et l’avocat du Diable.

Quel rapport ? De son temps, et même au plus fort du conflit civil, Gouled n’avait jamais estimé utile de s’entourer d’une milice personnelle pompeusement appelée Garde, présidentielle ou républicaine. Nous sommes donc bien en présence d’une nouvelle République en uniforme, même si les troupes gouvernementales ont la gâchette moins facile à l’encontre des civils depuis février 2000 et si l’impunité surbookée des tortionnaires du SDS appartient au passé du moind pour le moment. Le matricule 77/5531/T de l’AND a donc beaucoup de raisons d’être content : pour lui et pour les troupes qu’il commande, le régime a allègrement violé les dispositions du décret n°970054PREDEF du 4 mai 1997 portant définition des effectifs budgétaires de l’Armée Nationale et de la Force Nationale de Police. Lequel décret, classé sans raison « Confidentiel Défense», devait, tel que stipulé en son article premier et en application de la Loi n°118/AN963èmeL du 25 janvier 1997 portant orientation et programmation sur la sécurité et la défense, définir le volume des troupes (AND, FNP et Gendarmerie) à l’issue des opérations de démobilisation. Si cette démobilisation, qui devait concrétiser le retour à une situation de paix intérieure, ne s’est pas déroulée telle que programmée, c’est surtout pour une raison inavouable : la Paix impliquant l’incorporation d’anciens combattants au sein des forces de défense et de sécurité, et le régime ayant toujours présenté le conflit comme un problème tribal (comme en témoignent le recrutement massif et sélectif des Mobilisés puis le recours à des mercenaires étrangers à l’époque), il était devenu extrêmement périlleux pour lui de congédier les victimes d’un tel mensonge.

Problème aggravé, comme chacun s’en souvient, par les conditions dans lesquelles l’ancien patron de la Police avait été démis de ses fonctions et placé dans l’impossiblité de se soigner. Le nouveau chef d’état-major de la Garde Présidentielle est donc content : à l’instar de ses collègues de l’AND et de la Gendarmerie, il aura son petit pâturage clanique, sur lequel il pourra régner en roitelet. Comme pourrait en témoigner le premier recensement des effectifs en fonction de l’origine, il y a encore un long chemin à parcourir avant que ces forces ne soient réellement au service d’institutions démocratiques et garantes de valeurs républicaines en assurant, en leur sein, une représentation équitable des diverses composantes de la communauté nationale.

En attendant, tel la grenouille voulant devenir plus grosse que le bœuf, la Garde Présidentielle enfle, au plus grand malheur d’un Budget national dont le Peuple Djiboutien souhaite prioritairement voir l’essentiel affecté vers de vrais chantiers de développement et non investi à perte dans la sécurité personnelle d’un dirigeant s’installant un peu vite dans l’avenir. Quand on sait à quoi a abouti le serment sur le Coran des membres de la CENI, aucun doute ne semble permis sur le sens de ce geste de la part des recrues de la Garde Présidentielle : servir la consolidation d’une autocratie capricieuse autant qu’outrageusement armée.


Brèves nationales

Mouloud :

Arrestation de chômeurs

Lundi dernier, de jeunes chômeurs désirant travailler sur le chantier de réhabilitation de la route Dikhil-Wéa ont bruyamment manifesté leur mécontentement devant le camp de base installé à Mouloud par les services cantonniers. Suite à ce coup de colère qui n’aurait causé aucun dégât matériel, les autorités ont procédé à l’arrestation d’une trentaine de jeunes, aussitôt transférés à Dikhil. Rappelons qu’en décembre dernier, 25 jeunes chômeurs avaient été emprisonnés à Dikhil puis à Djibouti pour les mêmes raisons. Le malaise social perceptible dans tout le pays semble s’aggraver dans ce district. En privilégiant la répression, le régime ne contribue certainement pas à l’apaisement du climat social. N’ayant aucune politique visant à résorber le chômage des jeunes, il poursuit sa fuite en avant.

District de Dikhil :

Le régime protège-t-il des hyènes tueuses ?

Depuis quelques mois, les populations rurales de Hanlé, Gagadé et Goba’ad se plaignent régulièrement des ravages causés à leur bétail par des hyènes tueuses sévissant dans leur région. Ainsi, des centaines de chèvres, moutons et dromadaires auraient déjà été dévorés par ces prédateurs dans tout le Sud-Ouest. Périodiquement alertées, les autorités du district de Dikhil n’ont pas crû utile de prendre des mesures à l’encontre de ces bêtes sauvages qui sèment la désolation sur leur passage. Il est vrai qu’étant écologiste, ce régime préfère sauvegarder la faune sauvage aux dépens du cheptel domestique.

Transport urbain :

Réorganisation ou anarchie ?

Il y a quelques années, de réelles mesures pour organiser le transport en commun de la Capitale avaient été prises par les autorités du district, notamment par l’installation des abris-bus sur tous les trajets. Aujourd’hui, le ministère des Transports voulant justifier sa récente réorganisation interne, a pris l’initiative de perturber les conditions de transport des usagers. Ainsi, il semble que, probablement sur décision du Commissaire de la République, Chef du district de Djibouti, aurait été initié le chamboulement des transports en commun. Tout en ne perdant pas de vue les responsabilités et les prérogatives de chaque ministère, cette décision de changement d’itinéraire affecte depuis peu les usagers et propriétaires des transports en commun, ainsi que les commerces de la Capitale.

Il semble que ce choix a des conséquences économiques et sociales sur les lieux de travail (commerces et autres) se situant au-delà des «caisses», point séparant l’ancien quartier commercial du temps colonial de la ville basse. La rue parallèle à la célèbre rue des mouches étant désormais devenue le point de passage des « grands bus », il aurait été plus sage pour ce régime incohérent d’œuvrer pour une concertation juste et équitable entre les usagers et les propriétaires du transport en commun. Nous savons que malgré l’augmentation des effectifs de la police routière, les accidents causés par ce type de transport en commun appartennant à la nomenklatura continuent. Cette dernière usant et abusant de certains passes-droits lui permettant de bafouer les règles qui régissent cette catégorie de moyen de transport, sans polices d’assurance, sans vignettes, sans permis de conduire valable, ni même une conscience professionnelle impliquant entre autre la sécurité des usagers, persiste dans son inconscience.

Daffeynaïtou-Gawra :

L’école insolite n’est plus

L’école insolite de Gawra, installée à 6 kilomètres au nord du hameau de Daffeynaïtou et inaugurée en grande pompe lors de la dernière rentrée scolaire, aurait dernièrement fermée ses portes. Il faut rappeler que cette curieuse école n’a jamais fonctionné et l’unique instituteur qui y avait été affecté était plus visible à Tadjourah que sur son lieu de travail. La lutte contre l’ignorance à Wéïma s’est une fois encore révélée n’être qu’une esbroufe de mauvais goût.

Mais il est vrai que dans un autre district du nord, un gardien est régulièrement payé au nom d’une école qui n’existe pas, tandis qu’un infirmier est censé officier dans un dispensaire qui n’existe pas : c’est à Obock. Ainsi va la mauvaise gouvernance : gaspiller l’argent public pour des raisons uniquement partisanes, au détriment du vrai développement. A quand une véritable école à Daffeynaïtou et à Illisola ? A quand un vrai dispensaire à Dorra et à Khor-Angar ?

Union Européenne :

Visite d’une délégation parlementaire

Une délégation parlementaire de l’Union Européenne viendra prochainement à Djibouti afin de s’informer sur place de la situation politique et économique dans notre pays. Attendus pour le 20 février, les députés auront des entretiens avec les autorités djiboutiennes et les partis politiques de l’opposition nationale. Ce sera pour l’UAD l’occasion d’exposer à nos partenaires Européens la réalité de la situation prévalant dans notre pays.

Ali-Sabieh :

Eau et politique ?

La route Djibouti-Ali-Sabieh risque d’être particulièrement encombrée dans les prochains jours. En effet, selon le Assajogs, un imposant convoi présidentiel composé de l’inévitable Garde Présidentielle, de l’UNFD, des associations-maisons, courtisans en tous genres et autres fonctionnaires réquisitionnés, s’apprête à déferler sur leur ville. Initialement prévue pour ce week-end, la médiatique inauguration de ce projet d’eau minérale devrait se faire la semaine prochaine, si certaines difficultés techniques sont résolues d’ici là. Pourtant, les préparatifs de l’événement vont bon train et rappellent curieusement le lancement d’une campagne présidentielle. Des centaines de T-shirts et casquettes seraient déjà imprimés depuis plusieurs jours et tout ce que le pays compte de griots patentés serait mobilisé pour l’occasion.


Colloque de Paris : les conclusions

COLLOQUE DE PARIS SUR LA CORNE DE L’AFRIQUE :

LES CONCLUSIONS

Voici le point final de ce colloque organisé par Les Nouvelles d’Addis et le député vert Noël Mamère à l’Assemblée Nationale française le 2 février 2004, sous la plume de M. Ahmed Ibrahim.

Corne d’Afrique 2004 : L’année de tous les dangers ?

Cette contribution de Ahmed Ibrahim a été publiée par Les nouvelles d’Addis en marge des travaux du Colloque du 2 février. Selon son auteur, les perspectives sont inquiétantes. Par AHMED IBRAHIM

Janvier 2004. – La corne d’Afrique vient de terminer l’année 2003 dans l’incertitude totale. A l’horizon se faufilent déjà des nuages sombres mais non inaccoutumés. Parmi les quatre pays que sont Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, malgré les apparences, la situation est grave. En Éthiopie, Érythrée et Somalie, les bruits de bottes annoncent des conflits qui vont inévitablement et inutilement verser le sang des innocents.

De même que les pleurs des affamés nous rappellent continuellement que, plus de trente ans après la tristement fameuse famine du Wello qui avait précipité la chute du Négus et celle de 1984-1985 qui avait ému la planète entière et qui avait forcé Hollywood à chanter «We are the world», les populations meurent toujours de faim. Tandis que l’Érythrée, en dépit des guerres passées et de l’énorme sacrifice consenti dans sa chair, elle n’a toujours pas troqué son uniforme pour la tenue de travail. De son côté, Djibouti n’a pas l’air d’avoir appris les leçons de sa guerre civile et des incertitudes qui ont suivi. Sa situation en ce début d’année 2004 n’est guère différente dans le fond de celles qui prévalaient avant l’avènement du Frud. Quant à la Somalie, cette gangrène de la Corne paraît être vouée à l’imputation totale, du moins dans l’esprit des gens.

Éthiopie. Dans une volte-face aussi extraordinaire qu’imprévue, le Premier ministre de l’Éthiopie, Mélès Zénawi, a rejeté la décision de la cour internationale d’arbitrage sur le tracé de la frontière entre son pays et l’Érythrée, qui attribuait la ville de Badme à l’Érythrée. Même si a fortiori la cour a été imprudente dans cette démarche de ne pas tenir compte du fait que la ville de Badme est une des causes principales pour lesquelles l’Éthiopie est entrée en guerre, il n’en reste pas moins toutefois que Mélès Zénawi dans sa désinvolture, peut rapprocher la région du précipice d’un conflit meurtrier.

En répudiant ainsi sa promesse de se soumettre à la décision de la cour internationale, partie intégrante des accords d’Alger qu’il a pourtant signés, Zénawi a démontré son imprévisibilité dans ses actions régionales. Il est par ailleurs constamment accusé par le TNG de Mogadishio d’être la cause principale de la persistance de l’anarchie en Somalie, en ne le reconnaissant pas comme gouvernement légitime de la Somalie comme convenu, lors de la célébration de la fin de la conférence d’Arta. De plus, il est fortement soupçonné de pourvoir aux chefs de guerre de Somalie en leur fournissant armes, support financier et appui diplomatique constants au cours des dernières années.

Au même titre, Djibouti lui reproche aussi d’être contreproductif dans cette approche. Ensemble, la majorité des pays arabes, Djibouti et le TNG accusent indirectement Mélès Zénawi de créer en Somalie un champ fertile pour les extrémistes de tout bord.

D’une manière générale dans la région, les populations locales se voient dérober les opportunités d’améliorer leur quotidien et de prévenir la détérioration de l’économie et de l’environnement, raisons sous-jacentes des famines à répétition. A titre d’exemple, en Somalie, ce désordre total empêche l’établissement d’un état responsable qui pourrait empêcher la dégradation accélérée de l’environnement et des moyens de subsistance. En effet, au rythme et à la nature des dégâts observés par les organismes internationaux, la Somalie sera devenue, dans un avenir très proche, un vaste dépotoir désertique aux côtes maritimes déblayées de toutes ressources. Ses habitants seront durablement affectés et de cette destitution pourrait naître une instabilité qui affecterait profondément la paix et la prospérité de la région toute entière.

Le Premier ministre Zénawi s’avère avoir autant de difficultés que ses prédécesseurs, jadis honnis, à pouvoir rehausser la qualité de la vie des Éthiopiens. Certes, les citoyens ne sont plus tués par centaines et la république apparaît pouvoir fonctionner convenablement ; il n’empêche que l’Éthiopie reste toujours un kaléidoscope de peuples, de cultures et de religions ingouvernables en ce début d’année, comme nous le remémorent par ailleurs les actes de rebellion advenant un peu partout dans le pays.

De l’OLF à l’OGL en passant par les rebelles Afars, les extrémistes d’Al-Itihad Al-Islamia, des insurrections larvées des régions frontalières, des conflits aussi sporadiques que récurrents et meurtriers entre les composantes ethniques comme, par exemple, celui entre les nomades Afars et Somalis Issas dans le sud-ouest et celui qui a récemment endeuillé le village de Gambella dans l’ouest du pays, l’Éthiopie reste une bouilloire prête à déborder.

Par ailleurs l’Éthiopie, en dépit de ses potentialités, reste synonyme de famine et de déstabilisation dans les médias occidentaux. Cette année, comme les précédentes, commence avec les nouvelles des famines présentes et pressenties, des taux de mortalité par maladies curables énormes, avec la pauvreté abjecte et l’indice de développement humain abyssal.

Érythrée. Pas mieux lotie, l’Érythrée fait même pire dans certaines catégories. Issayas Afeworki faisait partie avec Mélès Zénawi de cette nouvelle génération de leaders sur lesquels la région comptait pour sortir de son sous-développement. Malheureusement, il a lui aussi failli spectaculairement à ses responsabilités de mener sa région et son peuple vers la paix et la prospérité. D’un modèle de gestion exemplaire et d’un rythme de développement à envier, l’Érythrée est devenue l’exemple à ne pas suivre. Reconversion tardive à la dictature, bâillonnement systématique de la presse libre, élimination de toute opposition…

Issayas Afeworki s’est avéré être un dirigeant décevant dans la conduite des affaires de son pays. Il possède le record douteux d’être entré en conflit avec presque tous ses voisins ; voisins qui, dernièrement, ont senti le besoin pressant d’afficher ouvertement leur front uni lors une réunion très médiatisée à Addis-Abeba. A défaut de construire son pays, il l’a aliéné de l’intérieur de ses frontières comme de l’extérieur. Au lieu de remplacer l’uniforme par la tenue de travail, il a décidé de mener son peuple dans des guerres aussi futiles que meurtrières.

Il a compromis l’intégration régionale tant souhaitée en allant confronter en duel meurtrier le géant voisin. Il a été le précurseur d’une animosité régionale latente et qui risque de s’enflammer à tout instant. D’ailleurs, en 2003, Kofi Annan a fait part aux dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée de l’agacement de la communauté internationale sur le conflit futile qui les oppose depuis des années. Il ajoutait que les ressources consacrées à la MINUEE « pourraient être utilisés ailleurs, où elles font cruellement défaut, s’ils ne parvenaient pas, le plus tôt possible, à un accord définitif sur leur diffèrend frontalier ». L’Érythrée commence 2004 comme elle avait commencé 2003 et 2002 : dans l’incertitude totale et sous menace de guerre.

Somalie. Quant à elle, la Somalie continue sa chute libre vers les entrailles de la terre. Les conférences grotesques de réconciliation sont devenues une industrie et un métier pour nombre de groupes hétéroclites. Les bailleurs des fonds payent, les organisateurs en profitent pour raviver leur économie moribonde ; les seigneurs de guerre se chamaillent, mangent et boivent aux frais des princesses occidentales, rehaussant dans la foulée leur blason en donnant des interviews à la section somalie de BBC et par-ci, par-là.

D’ailleurs, l’un des effets pervers de ces conférences est que les chefs de guerre paraissent pousser comme des champignons, étant donné que le titre n’est pas contrôlé. Dernièrement, à Nairobi, le gouvernement kenyan, confronté au nombre ahurissant de chefs de guerre, a poussé le loufoque jusqu’à distribuer des titres de chefs de guerre agréés. Pendant ce temps, le peuple somali se meurt. Le cynisme est porté à son paroxysme par des chefs d’État de la région intéressée et par la sempiternelle Igad, fidèle à son inaptitude.

Toute la cour se déplace d’une capitale à l’autre pour organiser une énième conférence qui n’intéresse que ses acteurs et ne bénéficie qu’à eux. Pourtant, la solution est évidente. Mais personne ne paraît s’intéresser à trouver une issue définitive aux problèmes de la Somalie ; au contraire, elle se trouve être plus profitable comme cela à ses pourvoyeurs. En 2004, ayant exhaussé toutes les capitales de la Corne, l’immuable conférence se déplacerait maintenant, d’après les dernières rumeurs, vers la Tanzanie ou l’Afrique septentrionale.

Somaliland-Puntland. La Somalie du nord, quant à elle, boite bon an mal an sur son chemin de croix solitaire. Dans un souci de vouloir séduire le monde et d’appuyer sa position, le Nord, autoproclamé Somaliland, a fait une transition démocratique paisible et remarquable vues les circonstances. Même si une authentique démocratie reste à prouver par une succession présidentielle en règle dans une défaite électorale. Toutefois, les Somalilandais ont le bénéfice du doute, et le mérite d’avoir parachevé ce que la grande majorité des pays du Sud n’ont pas réussi : une démocratie fonctionnelle avec ses institutions, une presse libre et une opposition jouant plus ou moins son rôle d’opposition constructive.

En dépit des progrès, l’année 2004 n’est pas de bon augure pour le peuple du Somaliland. Les démons de la guerre s’annoncent à l’horizon. Ainsi, utilisant les chevaux de bataille habituels et traditionnels des Somalis que sont le tribalisme et le népotisme, Abdillahi Youssuf Ahmed, l’un des plus sanguinaires des seigneurs de guerre somaliens, président éternel de la région autoproclamée du Puntland, a décidé de spolier le respect que se forgeait le Somaliland dans la région et dans l’arène internationale. Abdillahi Youssouf ressent apparemment une douleur stomacale à propos de Daher Rayaleh, président du Somaliland, qui dans une période très courte a non seulement su se faire accepter de son allié traditionnel, l’Éthiopie, mais aussi de son adversaire coriace qu’est le président Ismaël Omar Guelleh de Djibouti, ainsi que par une multitude de chefs d’État et d’organismes internationaux.

Abdillahi Youssuf offre un Puntland sous sa botte depuis sa création, sans progrès aucun et sans notoriété ; tandis que Rayaleh construit à petits pas sa province.

En 2004, la guerre apparaît inévitable entre ces deux voisins sans une intervention divine. Les deux régions vont en découdre. Toutefois, celle qui a le plus à perdre est le Somaliland. A première vue, une guerre est hors de ses moyens, elle compromettrait son développement bourgeonnant. Dernièrement, la reprise de ses exportations de bétail vers les pays du Golfe et l’utilisation du port de Berbera par l’Éthiopie, ainsi qu’une entente secrète avec Djibouti lors de la dernière visite du président Rayaleh, avaient amorcé l’apparition d’une économie prometteuse. Aujourd’hui, les tensions avec le Puntland risquent de remettre en question la stabilité économique et politique de cette région.

Côté politique, 2004 au Somaliland sera intéressant dans la mesure où nous verrons l’affirmation du pouvoir de M. Rayaleh et son attitude envers son opposition. Mohamed Silanyo, le perdant de la dernière élection présidentielle, paraît avoir très mal digéré sa défaite électorale de 2003. A l’époque, il avait à peine accepté les résultats et ne les avait concédés que du bout des lèvres, sous la pression des vieux sages de son clan, qui lui ont « forcé la main », au bénéfice et en l’honneur du pays.

Lui et son parti, « Kulmiye » (Unificateur en français), continuent une campagne inlassable et acerbe de discréditation contre le gouvernement de M. Rayaleh. Sous-jacente est une lutte de pouvoir, basée sur les clans et présentée par euphémisme comme une lutte politique. Ceci ne paraît pas judicieux pour l’équilibre fragile, chèrement acquis du Somaliland.

Dernièrement, Silanyo a effectué une longue tournée en Angleterre, terre de prédilection, de soutien et de financement de l’élite fondatrice du Somaliland. Sa campagne (axée sur Rayaleh, ponctuée de discours forts en émotions, et menée tambour battant avec l’aide d’un groupe d’intellectuels en tête duquel se trouve Rakya Omar de « African Watch », et avec le soutien partiel d’une presse libre qui est en train d’apprendre à tâtons l’équilibre entre objectivité et partialité), risque de diviser les Somalilandais en deux grands groupes, alignés sur les partis politiques de Rayaleh et de Silanyo. Ceci ressemble étrangement à la seule expérience de démocratie des Somalis, à l’époque de Abdirazak Haji Houssein, au début des années soixante. Cette démocratie avait fini par s’exaspérer et par imploser. De ce fait, Silanyo et Rayaleh, à eux seuls, tiennent entre leurs mains l’avenir du Somaliland.

Impact wahhabite. Rayaleh est aussi confronté à l’émergence d’un radicalisme islamique, résultat de la liberté d’action qu’ont les Wahhabites saoudiens sur toute la Somalie depuis le début de la guerre civile. Quoique n’ayant aucune ambition régionale, du moins dans cette partie de la Somalie, ils ont néanmoins la vocation de transformer le Somaliland en un Afghanistan couleur locale.

Les assassinats des étrangers, pour la plupart membres des charités catholiques œuvrant pour diverses causes sociales, en sont le témoignage. De même que l’assassinat en pleine ville de responsables et décideurs publics. Selon la presse locale, ceci est apparemment un acte de défiance envers le gouvernement de Rayaleh. Cependant, l’impuissance de ce dernier à appréhender les auteurs et commanditaires de ces actes peut être interprétée comme une mesure des limites de ses capacités. C’est aussi un test d’endurance pour un gouvernement qui continue à promettre à ses alliés (Ethiopie, Etats-Unis) la sécularité du Somaliland où la religion reste en dehors de la politique et à la mosquée. Ni l’Éthiopie voisine, réfractaire à tout intégrisme islamique, ni les marines américains basés au Djibouti voisin ne permettront d’ailleurs que cette mainmise sectaire perdure.

A cet égard, les dernières activités des marines américains au Somaliland, de même que l’autorisation qui leur a été accordée pour œuvrer le long des côtes du Somaliland, ainsi que l’arrestation de quelques vieux militants de l’OLNF et de OLF à Hargeisa, sont les preuves de l’adhésion de Rayaleh à la lutte contre l’intégrisme régional. Il en va du salut du gouvernement de Rayaleh ainsi que de celui des habitants du Somaliland : que les coupables et commanditaires de ces assassinats soient arrêtés et traduits en justice le plus tôt possible ; que leurs activités cessent, pour que les ONG, dont l’absence est âprement ressentie par la population, reviennent en 2004.

Djibouti. Depuis le 9 avril 1999, Ismaël Omar Guelleh règne sur la destinée de ce pays et essaie de jouer, au propre comme au figuré, dans la cour des géants de la Corne. Il n’a échappé à personne qu’il n’a pas été invité à la réunion d’Addis-Abeba, où s’est réuni récemment le nouveaux club des amis de la Corne. Ce n’est pas une surprise. Depuis son arrivée au pouvoir, Guelleh s’est engagé dans une politique régionale de collision frontale avec le mastodonte d’à-côté, l’Éthiopie.

Depuis la conférence de réconciliation somalienne, tenue à Arta dans l’arrière-pays djiboutien en 2000, l’Éthiopie accuse indirectement Djibouti d’empiéter sur son domaine réservé. A priori, Zénawi considérait l’idée comme bonne en soit, il ne pouvait pas la rejeter derechef, et il a assisté en personne à la cérémonie de clôture. Néanmoins, le produit de cette conférence, le TNG de Mogadishio, n’a pas été du goût de l’Éthiopie. Dans une célèbre interview à la section somalie de la BBC, et en réponse à une question du journaliste sur le rôle et l’importance de Djibouti dans les affaires de la Somalie, l’ambassadeur de l’Éthiopie à l’Onu, Abdoumajid, a répondu : « Djibouti est en fait insignifiant dans ces dossiers […] c’est juste par courtoisie que nous l’incluons dans ces affaires, sinon, son avis n’est que consultatif ».

Il est évident que l’homme fort de Djibouti se nourrit plus d’illusions que de réalité en ce qui concerne ses influences dans la conduite des affaires de la région. Il est aussi apparent que l’Éthiopie et le Kenya le dédaignent dans leur conduite des affaires de la Somalie. De plus, les propos de l’ambassadeur Abdoumajid ont été corroborés par Daniel Arap Moi (ancien président du Kenya), lors d’une conférence donnée aux États-Unis l’an dernier. Il a confirmé que l’Éthiopie et le Kenya s’étaient concertés et qu’ils n’avaient aucune envie de voir une Somalie réunie et forte émerger. Il a cité, entre autres, le passé irrédentiste de la Somalie et a ajouté que l’Éthiopie et le Kenya ont une longue frontière avec elle, contrairement à d’autres. Le seul « autre » pays ayant une frontière terrestre avec la Somalie étant Djibouti, la conclusion est rapide.

A maintes reprises, Éthiopie et Kenya ont signifié une rebuffade à Djibouti dans la conduite des conférences somaliennes. Durant celle de Nairobi, les trois pays associés dans ce qu’on a pudiquement appelé les pays du front (Frontline States), membres de l’Igad, les dissensions cachées sont remontées à la surface. Marginalisé et humilié au sein du trio, Djibouti n’a trouvé d’autres choix que de se retirer momentanément des pourparlers.

La rupture était totalement consommée et, avec un ton amer trahissant son désarroi, Guelleh a annoncé à la BBC que lui et son « ami » Mélès ne voient pas de la manière l’imbroglio somalien. A la fin, ni l’effort de Ali Abdi, ministre djiboutien des Affaires étrangères, ni celui de l’ambassadeur Bethuel Kiplagat, coordonnateur de la conférence de Nairobi et représentant du Kenya au sein de celle-ci, ni la rencontre entre Guelleh et Zénawi durant les réunions de l’Igad, n’ont réussi à améliorer la place et rôle de Djibouti dans cette conférence. Au bout du compte, seule une intervention emphatique des États-Unis a permis le retour de Guelleh à la table de négociations.

En 2004, Ismaël Omar n’aura d’autres choix que de suivre le flot des événements et de s’acquitter de la seule influence qui lui est permise : convaincre sa créature, le TNG somalien, de ne pas boycotter les pourparlers. Dans sa mansuétude, Guelleh a reconnu devant ses adversaires son impuissance quant aux affaires de la Somalie. Comme l’a prouvé dernièrement la fausse note causée par une déclaration intempestive du président du TNG.

Après son passage à Djibouti, Abdikassim avait annoncé prématurément le résultat de pourparlers confidentiels à Djibouti, stipulant que Guelleh donnerait a priori son accord tacite pour une conférence de réconciliation parallèle, en Somalie. Rien ne pouvait être pire pour Guelleh déjà malmené dans la conduite de cette conférence de Nairobi. Cette déclaration passait pour un désaveu des promoteurs de la conférence de Nairobi ; Guelleh passant pour un coupeur d’herbe, sous les pieds de Mélès et du nouveau président du Kenya, Mwai Kibaki. Dans une panique sans précédent, Guelleh fit la démarche extraordinaire d’une dénonciation officielle et publique du TNG, par son ministre des Affaires étrangères.

La situation intérieure n’est pas plus reluisante pour le président djiboutien. Depuis son héritage du pouvoir, Guelleh a multiplié les initiatives économiques, suivant judicieusement les conseils du FMI et de la Banque mondiale, en privatisant le port et l’aéroport et en réduisant les dépenses de l’État. De même qu’il a pu rétablir l’équilibre des finances publiques, notamment à l’aide des revenus perçus sur la présence des armées étrangères, en plus de celles que la France, mise en rude concurrence, a été forcée de payer. Tout cela a réussi d’une certaine façon à détendre l’atmosphère. Les salaires sont payés et l’électricité fournie bon an mal an. Ceci dit, Guelleh n’a pas su capitaliser cette bonne conjoncture économique par un progrès politique significatif.

Par un tour de passe-passe de génie, il a réussi à faire rentrer au parlement une diversité hétéroclite qui lui est toujours acquise. En 2004, il y a très peu de chances que l’Assemblée nationale sorte du cocasse et joue proprement son rôle de législateur. Cette chambre d’enregistrement, comme l’appellent sarcastiquement les Djiboutiens, est à l’image du désarroi politique qui règne à Djibouti en ce début d’année.

Il n’y a toujours pas d’opposition digne de ce nom, pas de presse libre et crédible, pas de paix consommée dans le pays. Et Guelleh va commencer sa campagne électorale pour se succéder à lui-même, puisque l’élection présidentielle est en 2005, sans avoir digéré celle de 1999. Les fruits de la paix avec le FRUD se font attendre, la décentralisation promise reste à venir, les résultats des divers états généraux ne se sont toujours pas concrétisés et le débat public se résume au folklore de la république. En 2004, les Djiboutiens se préparent à se faire littéralement saturer les sens par les louanges au chef de l’État, relayées ad nauseum par les médias officiels : la RTD, l’ADI et La Nation.

En économie, Guelleh parie sur des projets grandioses, clefs en main, qui peuvent servir le pays mais qui comportent aussi le risque de n’être que des éléphants blancs. L’endettement du pays engendré ces cinq dernières années dépasse largement ce que le vieux Gouled avait contracté pendant l’ensemble de son règne de vingt-deux ans. Par ailleurs, le manque de démocratie empêche tout débat public sur la validité et l’utilité de ces emprunts, ainsi que sur le taux d’endettement du pays.

Le bradage du patrimoine national et des instruments économiques du pays, commencé sous Gouled avec la cession douteuse de l’hôtel Sheraton à l’homme d’affaire très influent, Borreh, s’est accéléré en 2003. Le dessaisissement de ces biens au profit d’intérêts plus ou moins obscurs, dans l’opacité totale et sans appels d’offres crédibles, présage mal du futur. En 2004, le président Guelleh aura presque parachevé les privatisations avec la cession du Chemin de fer djibouto-éthiopien, après celle de DjibTelecom. Le paradoxe est que ces privatisations ne semblent pas s’accompagner de mesures de protection des acquis sociaux et financiers des contribuables. – AI


Le Goulag après Gouled

OU EST DONC LA DEFORMATION DE LA REALITE ?

Si sa fonction de presse gouvernementale, en dépit des consciences individuelles, a souvent exposé le journal « La Nation » à notre critique ; nous avons toujours cherché, autant que faire se peut, à ménager ses journalistes, pour lesquels écrire est avant tout un gagne-pain. Qu’ils prennent leur travail, surtout lorsqu’ils sont pigistes surexploités, tellement au sérieux, qu’à l’instar de leurs collègues de la RTD, ils aimeraient être fiers de leur métier. Malheureusement, c’est à se demander si, cet égard faisant quelques jaloux parmi les plumitifs partisans, la police politique ne cherche à définitivement discréditer « La Nation » en lui assignant les pires besognes. Comme celle qui a consisté, dans son édition de jeudi 5 février 2004, à répondre anonymement à certaines de nos considérations sur la dernière tournée du Premier ministre. Le fait que ce soit le seul texte à connotation politique non signé en dit suffisamment sur son origine extérieure : il vient d’un quelconque collaborateur (non au sens de Vichy) des services de la police politique spécialisés dans la propagande. Quant à son contenu, pour ceux qui n’auraient lu ni nos commentaires ni leurs réponses, il n’est pas inutile de tout mettre à plat, citations contextualisées à l’appui. Chacun verra alors de quel côté se situent la désinformation et le mépris des citoyens.


Commençons par le mépris : l’anonyme répondeur de « La Nation » et défenseur du Premier ministre commence sa charge légère en s’étonnant : « Il est d’ailleurs surprenant de constater que les journalistes de Réalité ne s’offusquent que lorsque l’édition spéciale est réalisée en afar. Leur indignation sélective n’est pas dénuée d’arrière-pensée politique ». Ce n’est pas tout à fait exact et nous avions expliqué les raisons de ce cloisonnement linguistique dans l’article incriminé : il s’agit d’un cloisonnement tribal par lequel, le régime, au lieu du renforcement de l’Unité Nationale devant se concrétiser par une unité dans les programmes à vocation civique ou politique, dit et promet ce qu’il veut en fonction de ses auditeurs divisés selon leur origine.

Et même si nous devions nous offusquer que lorsque l’édition spéciale est en langue afar, nous aurions pour cela une très bonne raison : c’est dans cette langue que le régime prend vraiment les auditeurs pour des tarés. Et ce sont, en témoignent les gesticulations puériles de tous ceux qui prétendent les représenter, parmi lesquels ledit Premier ministre occupe une place de choix, les locuteurs de cette langue que le régime considère comme des citoyens de seconde classe.

Justement, à propos de cette inégalité entre les citoyens (à l’origine du conflit, rappelons-le), le lecteur appréciera ce morceau choisi : « A aucun moment le Premier Ministre n’a demandé que la population de cette région soit privilégiée par rapport à d’autres. Il a simplement demandé que cette population soit équitablement représentée parmi les jeunes qui seront formés dans le cadre du Service National Adapté. Le Premier Ministre aurait tenu de tels propos dans n’importe quelle localité de la République de Djibouti, car il est de son devoir de veiller à l’équité entre les citoyens ».

Chacun pourra se reporter au reportage de la RTD : tout ce qui a été dit y est consigné et l’on saura clairement si nous déformons la réalité (ce serait un comble) ou si d’autres tentent vainement de rattraper la énième gaffe politique du Premier ministre. Quoi qu’il en soit, s’il est bien évident que ce Service National est tout sauf adapté à la lutte contre le chômage des jeunes, nous n’aurons pas la cruauté de rire : le Premier ministre, si tant est qu’il en ait les moyens institutionnels, serait bien inspiré de veiller à cette équité entre les citoyens, dans tous les domaines en exigeant la fin de toutes les formes de discrimination tribale. Il a de quoi s’occuper ! Quant à nous, ce problème de déséquilibre est tellement préoccupant que sa résolution est explicitement prévue par l’Accord du 12 mai 2001, qui stipule en son article 15 que «les institutions politiques et militaires reflèteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif, encadrement et hiérarchie, la pluralité de communautés composant le Peuple Djiboutien».

Par contre, eu égard aux souffrances infligées à toutes les populations des zones affectées par le conflit et auxquelles, dans une logique de chantage électoraliste, le régime refuse tout droit à l’indemnisation et à la réhabilitation, nous ne pouvons que dénoncer la mascarade de la première pierre présidentielle posée à Obock.

Ainsi, lorsque ce défenseur d’une cause impossible à défendre parce que profondément inexacte, ose affirmer que « Les rédacteurs de Réalité profèrent encore des mensonges en affirmant que la promesse du Président de la République est restée lettre morte à Obock alors que les travaux de reconstruction des logements détruits sont en cours dans cette ville. », n’importe quel visiteur voyant verrait que depuis la paix d’Aba’a de décembre 1994, absolument rien n’a été reconstruit à Obock, ville détruite et pillée par les troupes gouvernementales novembre 1991.

Considérant les deux points qui précèdent (l’inégalité entre les citoyens et le refus de réhabiliter les zones affectées par le conflit malgré toutes les promesses de financement), nous sommes au regret de ne pas pouvoir satisfaire ce défenseur du régime lorsqu’il qu’il se réjouit « de voir que Réalité admette la réalité dans ce domaine. Avec un peu de temps ces rédacteurs finiront peut-être par reconnaître que les dirigeants actuels du pays ne sont pas non plus tribalistes ».

Avec toute la mansuétude dont nous pourrions faire preuve à l’égard de représentants ethniques sans aucune compétence institutionnelle, incompétence qui les pousse souvent à nier la réalité, comme tel ministre prétendant à l’époque que pas une maison n’avait été détruite à Obock. Mais il y a une différence entre l’ancien régime et le nouveau, qui nous oblige à nuancer la connotation tribaliste : jamais autant d’hommes d’affaires affairistes n’avaient gravité autour des sphères du pouvoir, car jamais Gouled ne s’était investi de façon aussi marquée dans les affaires d’argent.

Enfin, à ceux qui nous accusent de déformer la réalité, au Premier ministre qui ne semble pas au courant de certaines réalités, à d’autres qui nous accusent d’ignorer la réalité et aux lecteurs qui veulent connaître la réalité, nous proposons, exceptionnellement le jeu suivant, révélateur d’une ségrégation contre laquelle les collaborateurs de ce régime d’exclusion seraient bien inspirés de lutter, par respect pour ceux qu’ils prétendent représenter. Voici la répartition ethnique et tribale des 174 officiers supérieurs et subalternes de l’Armée « Nationale» Djiboutienne au 27 juin 2000, établi par le Renseignement du FRUD-armé. A chacun de deviner qui est quoi. Indice : qui sont les généraux. Solution la semaine prochaine.

A ce tarif, nous accepterions presque comme un compliment le fait que ce défenseur du Premier ministre nous reconnaisse au moins la politesse en écrivant : « Par ailleurs, il est piquant de constater que l’opposition reconnaisse enfin des qualités à l’ancien Président de la République et à son dernier Premier Ministre lavés de tout soupçon de tribalisme.» Effectivement, contrairement à tel ministre tenant dans son livre des propos diffamatoires à l’encontre de Gouled, nous n’avons jamais attaqué la personne de nos adversaires politiques.

Gouled n’était que la clé de voûte d’une dictature de parti unique et, quoi que veulent faire croire ceux qui n’ont que la désinformation comme méthode de gouvernement, c’est cet aspect dictatorial que nous avons combattu entre 1991 et 2000. D’ailleurs, nous avions juste écrit : « Sauf preuve du contraire, Gouled n’a jamais explicitement demandé une telle stupidité de la part de son Premier ministre : un tel degré dans la tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de l’Etat. Heureusement qu’il est allé à la Mecque.». Il y a bel et bien une différence, n’en déplaise à tous ceux qui souffrent d’amnésie honteuse et de servilité pressée.

D’une part, nous défions quiconque de prouver qu’un seul Premier ministre avant l’actuel ait une seule fois fait autant référence à une tribu. D’autre part, pour avoir sévèrement combattu Barkat, nous sommes les premiers à lui reconnaître au moins une qualité : l’estime de soi et de sa fonction, fût-elle protocolaire. En effet, personne ne l’a jamais vu embrasser sur la tête la Première Dame de l’époque. Tout comme cette regrettée n’aurait pas trouvé normal non plus qu’un Premier ministre l’embrasse sur la tête. Surtout au retour de la Mecque : c’est interdit par l’Islam !

Par contre, il y a comme un retour du refoulé lorsque l’anonyme de La Nation estime : « De toute façon, de par la confiance que lui témoigne le Président de la République, l’actuel Premier Ministre est celui qui dispose le plus de prérogatives de tous ses prédécesseurs ». En toute logique, cela signifie que si les anciens Premiers ministres avaient moins de prérogatives que l’actuel, c’est uniquement parce que l’ancien Président de la République ne leur faisait pas autant confiance. Est-ce à dire que Gouled était soit autoritaire, soit tribaliste ? A chacun de comprendre ce qu’a voulu dire l’anonyme défenseur.

Alors, comment ne pas sourire de son côté franchement enfantin lorsqu’il prétend que les rédacteurs de Réalité « croient encore bien faire en parlant du « souriant premier des ministres » et non premier des Ministres, avec toutes les charges qu’implique cette fonction qui fait de lui le deuxième personnage de l’Etat après le Président de la République. Si la fonction de Premier Ministre est aussi honorifique que le prétend l’opposition, on ne comprend pas pourquoi les leaders de l’opposition manigancent tout le temps justement pour occuper ce poste tant décrié.».

Par respect pour nos lecteurs, nous ne commenterons pas une telle gaminerie : la compétition politique n’est pas un jeu de billes que des gosses se disputent. Surtout dans le contexte djiboutien où tant de citoyens sont victimes de tant d’injustices.

Avant-dernier point à mentionner : le déséquilibre au sein de l’Exécutif . « En outre, Monsieur Ahmed Dini , leader de l’opposition, est le seul homme politique djiboutien à s’être opposé publiquement au renforcement du pouvoir du Premier Ministre, en expliquant aux Nouvelles d’Addis qu’il serait dangereux d’installer un pouvoir bicéphale au sommet de l’Etat et que l’exécutif ne saurait avoir deux chefs de même que deux imams ne peuvent diriger la prière dans une mosquée.» rappelle un peu rapidement ce défenseur. A quoi nous répondons une seule chose : quand un imam se montre aussi incompétent, il faut le remplacer, impérativement !

Dernier point cocasse, pour clôturer cette triste parodie de démocratie : « Enfin, il est curieux de constater que certains préfèrent la grimace au sourire. Là, le Premier Ministre ne leur sera d’aucun secours, puisqu’il lui sera difficile de faire des grimaces sans raison. Il gardera donc son sourire, et la population avec lui, n’en déplaise aux inconditionnels de la grimace.». C’est littéralement donner le bâton pour se faire taper dessus car sourire n’est pas toujours sourire. Il y a une différence ontologique entre le sourire dilettante auquel autorise une béatitude constitutionnellement garantie et le sourire satisfait du dirigeant responsable de ses actes et fier de sa trajectoire comme de ses réalisations. Encore faut-il en avoir.


Courrier parlementaire : remettre la Réalité à sa place

Pour des raisons que nous ignorons et déplorons, le député Mohamed Dilleita a tenu a réagir à propos d’un de nos articles. Par amitié pour cet ancien compagnon de Lutte, nous aurions préféré ne pas recevoir ce texte. Même si nous devons lui rappeler, par respect pour toutes les victimes de ce conflit, tous les sacrifices consentis par ceux qu’il accuse de « journalisme de sofa », surtout depuis qu’il a quitté la Lutte. Ce député mal élu fait ainsi l’impasse sur le fait que ce « journalisme de sofa gêne tellement son régime que ce dernier n’a pas hésité à le punir en violant l’Accord de Paix » et en bloquant leur salaire : ce comité de rédaction n’a donc aucune raison de se mettre à dos les victimes de cette intolérance. Mais, également par respect pour nos lecteurs et électeurs, au rang desquels figurent ceux de Sagalllou qui ont massivement voté UAD le 10 janvier 2003, il nous a semblé nécessaire de le publier sans le commenter outre mesure. Admol toome kabella ansarradal ma taysa, dit le proverbe : par communauté, nous disions tous les habitants de ce district. sans trop rappeler que des promesses sans lendemain avaient également été faites aux jeunes de Tadjourah le premier mai 2003 par le Premier ministre. Ce que n’ignore pas ce député mal élu qui, vu ses explications techniques sur la confection d’un reportage, manque cruellement à l’univers médiatique. Il devrait se réfugier dans son milieu professionnel d’origine car il est difficile de faire de la politique avec de telles réactions épidermiques. Une question top chrono : depuis combien de législatures Sagallou attend sa Réhabilitation ? au moins deux : les siennes !


REMETTRE LA RÉALITÉ A SA PLACE

Votre article intitulé « Quand l’enfant du pays s’émerveille » (en der le 28 janvier 2004) m’a particulièrement interloqué, et à plus d’un titre. Comme la plupart des sujets événementiels que vous tentez de traiter ces derniers temps, celui de la visite du Premier Ministre à Sagallou « brille » en premier lieu de par votre ignorance des faits, gestes et propos réellement tenus sur le terrain. Ne pouvant avoir accès ou (pire encore) ne daignant chercher les vraies infos, vous affublez à tout-va, brodant à votre guise à travers des effets de style faussement enjoués et des jeux de mots tirés par les cheveux, avec pour seule source d’informations … les quelques minutes de reportages de la R.T.D. si encore ce journalisme de sofa qui a comme unique support le maigre apport cathodique national, n’avait pas la prétention de cerner à travers chaque événement le pourquoi du comment des intentions cachées dans les replis des subconscients des responsables politiques !

Mais hélas… Au-delà de ces tentations de facilités, qui dans tous les cas desservent la réalité (sic), je suis attristé de constater que pour vous adonner sans retenue à l’éphémère plaisir du matraquage gratuit et irréfléchi de vos adversaires politiques, vous ne craignez pas de broyer au passage de votre collimateur toute une communauté nationale et de renier à travers vos propos inconséquents, les principes de base pour lesquels vous dites lutter.

En tant que député originaire de Sagallou, il est de mon devoir de rétablir la vérité vis-à-vis de certaines de vos élucubrations et des conclusions hâtives et gratuites que vous en tirez. Affirmer que le Premier Ministre aurait déclaré ne pas être au courant du fait que cette région a été détruite par la guerre, est le fruit, je tiens à le souligner, de votre seule imagination.

Tout au contraire, les premiers mots de M. Dileita Mohamed à la population de Sagallou, lors d’une brève allocution, ont été d’affirmer qu’il avait du mal à reconnaître le village où juste avant la guerre il venait encore rendre visite à des proches, et de souligner qu’il était informé des dégâts causés, là aussi, par ce conflit. Dégâts, a-t-il souligné, qu’il a personnellement eu l’occasion de vérifier lors de ses derniers passages dans ce village. Et d’ailleurs, douteriez-vous de ma version des faits que la flagrante contradiction qui se dégage de vos propos, devrait suffire, sans l’appui d’aucune argumentation, à vous éclairer quant à l’énormité de vos propos.

Comment pouvez-vous affirmer dans un même paragraphe qu’un Premier Ministre conscient de l’importance de clan maternel, et de surcroît le sien… ignore tout de l’état de destruction dans lequel se trouve le principal village de ses oncles maternels ? Pour ce qui est de votre tirade (anthropologique, dites-vous) sur l’importance du matrilignage dans cette région, fait que vous identifiez comme étant une organisation sociale qui caractérise la composante de la communauté de Sagallou ; permettez-moi de vous faire remarquer que plus de 90% des communautés Afars où qu’ils soient, se caractérisent, eux aussi, par ce trait social, qu’ils n’hésitent pas, on ne peut plus fièrement, à mettre en avant.

En quoi donc est ce que cette évidence sociologique de notre Communauté, mérite, à cette occasion, d’être pointée du doigt et se retrouve embrochée par votre légère plume sous l’aspect d’une bizarrerie propre à seulement « une certaine communauté », en l’occurrence celle visitée par le Premier Ministre ce jour-là, et qui se trouve être de surcroît ses « abinos » ? Je ne puis cacher mon dépit face à votre jusqu’au-boutisme dans votre volonté de « descendre» ce premier ministre, quitte à gratuitement égratigner toute une région dans votre aveuglement…

Par ailleurs, qui voulez-vous que le Premier Ministre remercie à Sagallou pour l’accueil chaleureux, (les martiens peut-être ? si ce n’est les habitants de ce village qui s’avèrent tous être, exclusivement, de son matrilignage ? Comprenne qui pourra ! Vous affirmez par la suite, au sujet du Premier Ministre qui aurait demandé au Commissaire de la République de favoriser les jeunes de Sagallou pour le Service National Adapté : « Il est proprement inouï qu’un dirigeant politique, sans préjudice de sa trajectoire (puisse) demander que certains soient favorisés sur une seule base tribale par rapport à d’autres tout aussi nécessiteux.)

Cette petite phrase, entendue à la télé dans l’édition spéciale consacrée à cette tournée, et que vous tenez apparemment pour un scoop, une perle inespérée propre à vos survoltés épanchements moralisateurs, n’en est pas une, malheureusement pour vous. Pour en convaincre vos lecteurs que vous tentez d’induire en erreur, il me faut les informer (il faut bien que quelqu’un le fasse !) que le Premier Ministre, lors de sa tournée, s’est entretenu pendant tout l’après-midi du jeudi et jusqu’au soir avec les vieux sages de Tadjourah, qui ont été relayés par les représentants des jeunes et celles de la gente féminine.

Les premières heures de la journée suivante du vendredi ont été consacrées aux représentants de la communauté de Kalaff, suivi de celle de Sagallou. Expliquez-moi donc par quel effet de fixation votre journal, de tous ces événements, consacre toute une page sur Sagallou et fait l’impasse sur Tadjourah et Kalaff ? Votre journalisme d’investigation à deux sous en est certainement la seule cause. Pour prétendre informer les autres, faut-il encore l’être soi-même.

Je m’explique. Etant matériellement impossible de retransmettre le long périple dans sa totalité, la RTD a choisi, pour illustrer les contacts et discussions du Premier Ministre avec les représentants de la population, un petit extrait des débats tenus à Sagallou. Des deux heures d’échanges et de discussions fournies entre les interlocuteurs, seules quelque trente-cinq secondes (chrono au poing) de propos discontinues (montage oblige) et donc extraits de leur contexte global, forcément complexe et subtil, ont survécu dans ce reportage.

Ces quelques secondes ont donc eu le malheur d’être visionnées par votre « journaliste », qui selon toute vraisemblance désespérait de ne pouvoir trouver angle éminemment polémique à ce sujet. Et après tout, suivant votre … (j’hésite à dire logique, tellement elle fait défaut) raisonnement à deux sous, supposez même que le Premier Ministre veuille pour une raison ou une autre, (les sentiments du matrilignage, tiens !) augmenter le nombre de jeunes de Sagallou au SNA ; vous devriez être les derniers à crier aux loups, puisque vous ne cessez d’affirmer que ce service national est un leurre et que vous appelez vos militants à ne pas s’en approcher. Il me semble que vous avez érigé en politique rédactionnelle cette volonté de faire feu de tout bois, et pour les besoins de la cause, de raccommoder même certaines réalités (exit la politique du vrai), quitte à jeter, dans les élans de ces périlleux exercices, le bébé avec l’eau du bain. La communauté de Sagallou vient d’en faire les frais. A qui le tour ?

Morale de l’histoire : à confronter la formule au fronton de votre journal « La seule vraie politique est la politique du vrai » avec vos écrits hebdomadaires, je crains et pour l’éternel repos de ce cher Edgar Faure qui doit se retourner dans sa tombe, et pour les illusions perdues de vos lecteurs. Le Député Mohamed Dilleita.


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