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Réalité numéro 106 du mercredi 29 septembre 2004

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Réalité numéro 106 du mercredi 29 septembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Courrier des lecteurs
  4. Hommages et témoignages
  5. Café de Paris : un Septembre noir djiboutien
  6. Lu pour vous
  7. L’ARD en tournée de mobilisation
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 106

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE POMPIER PYROMANE DJIBOUTIEN : UNE COMÉDIE DE L’ONU

Pour l’homme pragmatique, le cas concret qui crève les yeux vaut mieux que toutes les démonstrations et toutes les théories à prétention intellectuelle. Comme quoi les grandes vues de l’esprit se confirment ou se démentent dans les faits les plus brutalement réels. Ainsi, une instance aussi prestigieuse et solennelle que celle d’une session de l’assemblée générale des Nations Unies peut parfois offrir un raccourci saisissant de toutes les difficultés qu’il y a à instaurer un ordre international stable, régi par la primauté du Droit. Tous ceux, prompts à dénoncer l’impérialisme dans le fait que les États-Unis d’Amérique s’érigent en gendarme du monde, au grand dam de cette instance de concertation multilatérale qu’est l’ONU, devraient modérer leur vertu bien-pensante en considérant dans toute sa dangereuse indécence la dernière représentation du chef de l’État djiboutien sur cette scène.

La bienséance diplomatique, la distance médiatique et l’opacité géostratégique autorisant toutes les prestations démagogiques, le premier responsable des malheurs du Peuple Djiboutien s’y est fendu d’un discours dont la grandiloquence le dispute à l’irréalité. La première scène de sa péroraison consistait à asséner que tout allait pour le mieux chez lui : grâce à sa conduite éclairée, Djibouti serait, conformément à une légende aussi tenace que fausse, un havre de paix pour l’ensemble des âmes qui y vivent et y cohabitent. Dans la deuxième scène, celui qui a réduit l’action politique à la dimension d’un spectacle tout à sa gloire, a sorti sa sempiternelle tirade selon laquelle tous les efforts du régime qu’il dirige seraient tendus vers la consolidation des conditions d’un développement durable, au plus grand bénéfice de ses concitoyens. Troisième acte : ayant pratiquement tout réussi chez lui (Paix, Démocratie et Développement), il s’attellerait courageusement à pacifier ses voisins. D’où, cerise sur le gâteau en guise d’épilogue, il se promeut bras droit de Koffi Annan le temps de cette représentation, afin que la communauté internationale lui reconnaisse la stature de grand de ce monde digne, du prix Nobel de la paix.

Il y a quelque chose de pourri en ce royaume, comme disait l’autre. Même si l’ONU est un peu plus qu’un « machin », son assemblée générale n’est ni un confessionnal où l’on expie ses pêchés, ni un tribunal où l’on condamne les crimes. Pourtant, dès les deux premières scènes, l’honorable Dame aurait gagné en crédibilité et en sérieux à lui rappeler, que, pour s’obstiner à refuser d’appliquer un accord de paix, il reconduit de façon irresponsable les causes d’un conflit civil : Monsieur, vous êtes pyromane chez vous! Et ce n’est certainement pas en détruisant le socle fondamental de la coexistence sociale que l’on peut prétendre oeuvrer à l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens. Surtout lorsque corruption et concussion sont les deux mamelles d’une mauvaise gouvernance entrée dans les mœurs publiques. Tout naturellement, aurait dû s’inquiéter l’oreille attentive amie des peuples opprimés, celui qui met le feu chez lui est disqualifié pour oser dire éteindre celui de son voisin.

Tel est donc le dilemme des Nations Unies : établir un ordre international pacifique entre les États tout en tolérant les désordres nationaux au sein de chaque État, en permettant à des dirigeants illégitimes, coupables de toutes les violations chez eux, de se poser en donneurs de leçons et de disserter sur le sort de la planète. Dans ces conditions, comment la superpuissance américaine peut-elle s’autoriser à laisser une telle bouffonnerie internationale décider de sa riposte contre les agressions qui la blessent dans sa chair ? Elle est tout aussi persuadée que sa sécurité ne sera certainement pas renforcée par le soutien aux régimes impopulaires.


Brèves nationales

Affaire Borrel : Neuf ans après…

Le mystère de cette ténébreuse affaire, qui empoisonne les relations franco-djiboutienne, s’éclaircit-il enfin ? Selon des informations diffusées par Radio France International, le juge français en charge du dossier Borrel aurait convoqué pour la semaine prochaine à Versailles (région parisienne) le Procureur de la République et l’avocat français, résidant à Djibouti, du Chef de l’Etat djiboutien. On se souvient que ces deux personnalités, maintenant accusées de subornation de témoin, s’étaient rendues il y a quelques mois à Paris, où elles avaient participé à une tapageuse conférence de presse pour soutenir mordicus la thèse du suicide du juge Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 dans les environs du Goubet. Les observateurs notent que, pour l’heure, les autorités djiboutiennes naguère promptes à réagir à tout nouveau rebondissement de cette affaire vieille de neuf ans, observent un mutisme complet cette fois-ci. Comme l’avocat français du Président de la République, Le Procureur de la République de Djibouti se rendra-t-il à la convocation du juge français ? Nul ne le sait. Affaire à suivre…

Politique politicienne : Le RPP tiendra-t-il congrès ?

Des sources proches de l’ancien parti unique toujours au pouvoir indiquent que la formation du Chef de l’Etat prépare un congrès extraordinaire pour la première semaine du mois d’octobre afin, dit-on, de discuter de « choses sérieuses ». Preuve que le sérieux a souvent fait défaut à ce club fermé de dignitaires d’un régime insouciant et irresponsable. Pourtant, l’homme de la rue n’a pas manqué de relever qu’une fébrilité inhabituelle s’est emparée de ces usurpateurs depuis quelques semaines. L’incessant défilé des 4×4 rutilantes enregistré aux alentours de leur nouveau siège-mabraz sis, ce n’est pas un hasard, en lieu et place de l’ancien dancing Mocambo depuis quelque temps semble laisser croire que ces messieurs s’agitent pour quelque chose. En tout cas, la population semble mépriser par avance cette énième gesticulation politicienne.

Pénuries nationales : Croissance des délestages électriques

Alors que la presse spécialisée dans la fabrication des illusions d’Etat s’échine à faire croire que la croissance économique devient durable et prometteuse, le citoyen lambda non pourvu d’oeillère constate au contraire une nette et dangereuse dégradation de ses conditions de vie. Ainsi, les quotidiens et fréquents délestages électriques, toujours en vigueur dans la plupart des quartiers de la Capitale, et ce malgré l’éloignement de la saison chaude, en disent mieux que tous les discours sur le délabrement avancé de nos infrastructures publiques sous ce régime prédateur. Tant que notre pays ne sera pas en mesure d’assurer l’approvisionnement durable des usagers en matière d’énergie électrique, toutes les gesticulations cherchant à accréditer le sérieux d’un quelconque progrès ou développement seront impitoyablement démenties par les faits, et les faits restent têtus. N’en déplaise aux fabricants de ténèbres, la réalité crève les yeux, surtout dans l’obscurité… imposée.

Infrastructures routières : Quel développement régional ?

Les usagers de la route Tadjourah-Randa crient à nouveau leur colère. Cette route reliant le chef-lieu à cette station climatique et longue de quelque 35 kilomètres, était une fierté régionale après son bitumage réalisé par les Travaux Publics dans les années 80. Sa lente et nette dégradation à partir de 1994, principalement à cause de la mauvaise gouvernance qui a supprimé ou détourné les crédits d’entretien des routes et des pistes, en a fait une misérable piste cahoteuse, abandonnée aux crues des oueds. Les rares tentatives de réhabilitation partielle ne durent que le temps d’une visite présidentielle éclair. Fatigués de l’esbroufe et du mépris officiels, les transporteurs régionaux de cette voie de communication oubliée en appellent bruyamment et en vain aux pouvoirs publics. Nul doute que leurs voix ne seront entendues que le jour d’une véritable alternance démocratique. D’ici là, il leur reste à tirer les conclusions de ce mépris officiel qu’on leur oppose depuis dix ans. Naturellement placés aux côtés des opprimés méprisés et oubliés, nous accompagnerons tout mouvement de protestation concrète. Agissez !

Gestion des deniers publics : L’opacité distinguée ?

Enième provocation d’un régime ayant érigé le mépris de la chose publique en système de gouvernement, le journal gouvernemental « La Nation » nous apprend dans son édition de jeudi dernier que le Président de l’opaque Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire a été décoré par le Premier ministre, eu égard au mérite et à l’efficacité de l’institution qu’il préside. Décidément, le ridicule ne tuera jamais ce régime de tous les abus, osant distinguer une structure opaque dont même les mal-élus avaient tenu à dénoncer le fonctionnement ésotérique. A quand une antenne locale de l’ONG Transparency International chez nous ? Cette vénérable et efficace institution internationale, spécialisée dans la lutte contre la corruption d’Etat, aurait trouvé un filon ici. Comble de l’ironie, il ne se passe pas une semaine sans que l’on apprenne que des sous-fifres accusés de malversations financières ont été brièvement interpellés puis relâchés. Nous osons suggérer de commencer par le haut de la pyramide, les résultats seront sans nul doute probants. A bientôt, l’ouverture de ce chantier pharaonique !


Courrier des lecteurs

A QUAND LA CÉRÉMONIE OFFICIELLE D’INTRONISATION

DU NOUVEAU SULTAN DE GOBAAD ?


Nous avons reçu le texte ci-dessous reproduit il y a plusieurs semaines de cela. Avant de le publier, nous avons sérieusement enquêté sur le sujet, par respect pour les traditions nationales durement malmenées par les dignitaires de ce régime. Voici la réaction d’un des premiers concernés, M. Issé Ali Mohamed.


On se souvient qu’en Mars 2003, une réunion importante inter-debné fut convoquée sous le haut patronage par son excellence le Ministre de la Défense dans son domicile du plateau de Serpent : objectif, préparatif d’intronisation du nouveau Sultan de Gobaad.

Ont pris part à cette réunion :

– Des représentants de tous les services confondus

– Des employés des Établissements publics autonomes et entreprises privés

– Des représentants des différents corps Militaires, gendarmerie, AND et société civile, Associations .

Comme je viens de préciser ci-haut, les discutions qui ont duré presque toute la journée, ont portés sur le préparatif de la prochaine proclamation officielle d’intronisation du nouveau .Sultan en l’occurrence Monsieur Ali Mohamed Loïta dit « Boko » qui prend la succession de. son frère défunt Mr Hassan Boko .

L’ouverture de la séance a été prononcé par son excellence Mr le Ministre de la Défense Mr Ougouré Kiflé qui a longuement mis accent sur la nécessité d’ organiser une collecte de fonds pour couvrir les dépenses éventuelles afférentes lors de cette manifestation importante d’investiture du nouveau Sultan de Gobaad, tels que le déjeuner officiel, achat de Khat et rafraîchissement des autorités venues des différents Districts et localités Administratifs du Pays . Selon toujours son excellence, la modalité et la périodicité de prélèvements sur salaire seront effectuées en fonction de catégorie des contribuables; c’est à dire montant imposé par personne et le nombre de Mois à payer.

Près de 3/4 de recettes récoltées seront consacrés à la construction d’un local F4 qui servira le futur siège du nouveau Sultan. Ce propos a été favorablement accueilli par les participants mais pourvu qu’il soit concrétisé. Ensuite, le conseil devait choisir les responsables chargés de récoltes de fonds parmi les participants. Les travaux de récoltes de fonds ont débutés aussitôt dans la première quinzaine du Mois de Mars 2003. Près d’un Million de nos francs aurait été encaissée dans le filet. Des Mois ont passé, bientôt des années et rien de concret.

Dans leur initiative entreprise à l’insu du nouveau Sultan Mr Ali Boko, qui a succédé conformément au Loi traditionnelle, son frère défunt Hassan Boko décédé en 2002, les instigateurs de ce projet fictif se sont livrés à une collecte de fonds auprès de tous les membres de la communauté Debné sans l’accord préalable des parties concernées, voire les membres de la famille du Sultan. Il est clairement établi aujourd’hui que ce projet de récolte de fonds organisé par le Ministre de la Défense et ses collaborateurs constitue une opération portant atteinte aux prestations et la solidarité coutumière traditionnelle toujours en vigueur au sein de notre communauté.

D’après quelques éléments d’enquête que j’ai pu recueillir sur le terrain’ auprès de certains témoins impliqués dans la collecte, une bonne partie de fonds récoltés aurait déjà été détourné à de fins personnels par le Ministre et ses collaborateurs .

Agissant en qualité du fils et proche collaborateur chargé de protocoles du Sultan, je dénonce vigoureusement cette action qui porte préjudice à la dignité du chef suprême de la communauté Debné.

Mr Issé Ali Mohamed, dit « Boko »


Hommages et témoignages

Message de condoléances de l’Action du Tchad pour l’Unité et le Socialisme

Au nom de notre Parti, l’Action du Tchad pour l’Unité etle Socialisme (ACTUS) et en mon nom personnel, j’adresse nos condoléances à la famille du Président Ahmed Dini Ahmed. Figure emblématique de la lutte pour l’indépendance de Djibouti, de la démocratie et de la justice, le Président Ahmed Dini Ahmed a consacré toute sa vie à la lutte pour ces idéaux. Pendant son exil à Paris, tous les militants africains luttant contre les régimes dictatoriaux imposés aux masses populaires de nos pays respectifs par la France, ont apprécié son militantisme, son humilité, sa modestie, sa détermination et sa rage de débarrasser son pays de la dictature familiale incarnée successivement par les Présidents Hassan Gouled Aptidon et Ismaël Omar Guelleh.

Notre continent ne saurait, indéfiniment, s’accommoder de cette inacceptable et inhumaine situation où les puissances impérialistes « démocratiques » cautionnent, soutiennent financièrement, politiquement et militairement les dictateurs à Djibouti, en RCA, au Tchad, au Togo, en Mauritanie, au Congo-Brazzaville, au Cameroun. Les hold-up électoraux, cautionnés par les puissances impérialistes et la France, sont une assurance tous risques et un permis d’exterminer nos peuples pour ces dictateurs. La disparition sur le champ de bataille du Président Ahmed Dini Ahmed, l’un des fondateurs du FRUD et de l’ARD, est une grande perte pour toute l’opposition de Djibouti. Notre Parti, l’ACTUS, souhaiterait que tous les militants de l’opposition puissent unir leurs efforts afin de continuer le combat exemplaire et ininterrompu du Président Ahmed Dini Ahmed et pour que puissent triompher les nobles idéaux pour lesquels il s’est sacrifié. Avec toute notre solidarité militante.

Le Secrétaire Général, Dr Ley-Ngardigal Djimadoum


AHMED DINI AHMED : UN HOMME PAS COMME LES AUTRES

Par Ahmed Ibrahim (12 septembre 2004).

C’était une journée chaude telle que la connaissent la plupart des Djiboutiens durant la canicule du mois de juillet. La foule se pressait devant une estrade érigée à l’annexe de la LPAI sis à l’avenue Gamal Abdel Nasser. Tout d’un coup, le brouhaha de la foule s’éleva en clameur, dans ce chamboulement total, sont arrivés à mes oreilles de petit gamin, des phrases en rime. La foule répétait de façon lancinante « Waa Dini iyo dinta » : littéralement « Dini c’est l’homme de la religion ». J’essayais tant bien que mal de me faufiler dans la foule afin de percevoir ce « Dini ».

Arrivé devant l’estrade, la vision de cet homme longiligne à la peau très foncée et au verbe magique parlant somali avec aise ne me quittera jamais. Ainsi, je venais, avec la rétrospective, de rencontrer un des plus grands héros de notre pays : feu Ahmed Dini. Cet homme, fils du pays Afar, visionnaire précoce, homme de principe, homme d’honneur, homme de courage, reste le symbole d’une république, et d’un pays que je partage avec lui.

Il est minuit en ce jour du 27 juin : les projecteurs des journalistes n’aveuglent pas cet homme, fraîchement élu Président de la première Assemblée d’une République nommée Djibouti. Il se lève avec des pas qui semblent poser l’historique du moment et se dirige vers le perchoir de l’assemblée nationale. Dans un ton calme qui ne trahit pas la solennité du moment, le premier fils de cette terre que, d’après certains adages, le chacal lui-même ne traverse pas sans avoir fait sa prière auparavant, prononce la phrase pour laquelle tant d’héros sont morts : « … la République de Djibouti, une, indivisible et souveraine est née… ». Ainsi, est sortie la république de la bouche de Ahmed Dini.

Dini, a été trahi par son honnêteté, son intégrité et sa piété. Dans un monde où les intrigues, les trahisons et les volte-face sont de règle, Dini, lui, n’a voulu compromettre aucune de ses qualités, soudé par sa piété. Dini fut doublement victime : les Afars ne lui avaient jamais pardonné d’avoir apporté crédibilité à un Gouled dont ils se méfiaient à juste titre ; les Somalis n’ont pas su reconnaître et exprimer leur gratitude à un homme sans la caution duquel la république de Gouled aurait été livrée à la Comorienne avec un bout de désert grand comme la partie sud du territoire, comme pays et république.

Dini, fidèle à ses principes, n’a pas voulu cautionner la tournure dictatoriale que Gouled a donnée à la nouvelle république. C’est avec mépris qu’il a claqué la porte au sieur de « Beit al Wali » autographeur de décrets à la chaîne. Ainsi, Dini Premier ministre ne pouvait supporter le rôle de figurine à la Barkat Gourad qu’on lui réservait. Ce départ fulgurant fut suivi d’une longue traversée de désert qui l’amènera de l’exil à son passage vers l’au-delà aujourd’hui.

Ahmed, avec Mohamed Ahmed Issa dit Cheiko, fait partie de ces grands hommes Afar à qui notre pays doit ériger des panthéons « … A la Nation reconnaissante, ces illustres héros… ». Au revoir Ahmed, que Dieu te réserve Son Paradis Éternel. A défaut d’une reconnaissance officielle d’une république que tu nous as offerte, sortie droit de ta bouche et fruit de tes sueurs, tu resteras pour nous autres Djiboutiens et enfants de l’Indépendance, un des plus grands de notre histoire, au même titre que Harbi et Gashamaleh.


AHMED DINI, UNE CONSCIENCE NATIONALE

Au delà des nombreuses réactions de compassion suscitées ici et là par la disparition récente de Mr Ahmed Dini Ahmed, il en est surtout une dont la nature mérite beaucoup plus l’attention que toutes les autres car interpellant par simple devoir le bon sens civique. Il s’agit évidement de la réaction officielle étant donné le caractère véritable du destin national conféré au défunt uniquement par notre propre histoire politique. Sachant aujourd’hui ce qu’elle fut, laissons à l’histoire et au peuple d’en juger comme aimait justement le faire cet homme d’exception dont les djiboutiens, à juste titre, ressentirent douloureusement la mort comme un deuil national.

Un homme politique, dit on souvent, est celui qui se trouve déjà là où l’opinion le suivra bien plus tard. Ainsi de Ahmed, parti incompris en décembre 1977, s’en remettant confiant à l’inexorable marche de l ‘Histoire pour attendre patiemment ses compatriotes jusque vers la fin du siècle dernier le rejoindre finalement pour transformer ensemble son dernier essai électoral en janvier… 2003 dans un nouveau millénaire! Car ironie de l’histoire, conférer insidieusement au tout début de l’Indépendance le statut d’ennemi de la République à l’endroit de celui-là même à qui revint pourtant l’honneur et surtout le privilège de la proclamer fut le principal péché originel commis par la jeune république qui venait de naître entre ses mains.

Un péché qu’elle expia hélas douloureusement au prix fort de ses enfants et auquel l’artisan des justes causes, étranger à cette querelle subie parmi ses cailloux chez lui à Obock réussit pourtant à y mettre un terme avec la signature d’ Accords de Paix et de Concorde Civile, Pour saluer sa mémoire, juste deux dates, deux réalités et surtout deux vérités. Interrogé en 1975 par Abdillahi Hadji sur la BBC au sujet des torts des affrontements à Djibouti ville pendant son séjour à Kampala où avait lieu le sommet africain de l’OUA, Dini, tout naturellement avec ce sens inégalé de la répartie opposa la simple réalité à l’insinuation du journaliste auquel avec rare pédagogie, il dispensa un véritable cours de politique intérieure: « S’il vous plaît, ne parlez pas d’Afars ni d’Issas au sujet de ces malheureux affrontements. Parlez plutôt de partisans et de non partisans de l’indépendance» pour ainsi reconnaître logiquement à tout le monde le crédit de la lutte pour l’indépendance. Et pour détribaliser les enjeux. N’en déplaise aux thuriféraires d’hier pourfendeurs, aujourd’hui, Dini indépendantiste en chef et universaliste, était certes oui un Afar mais d’abord dans leurs yeux. « Un juif, disait Sartre, est d’abord juif dans les yeux des autres». Aujourd’hui, beaucoup devraient changer de vision à tout égard. Plus récemment encore souvenons-nous simplement : “Tandis que nous nous efforçons de nouveau aujourd’hui, d’Obock à Yoboki en passant par Arhiba de cimenter le socle du destin de la communauté nationale, ils font tout le contraire».

L’Histoire combattante des peuples s’est toujours affranchie des factices artifices du présent en ce sens que, même si elle pactise hélas parfois au fil du temps avec quelques diables et autorise autres troubadours folkloriques sur le devant de la scène, pour autant, elle ne loge jamais à la même enseigne le sacré et le profane.

Lumumba et Mobutu, De Gaulle et Pétain, Allende et Pinochet, Mandela et autres …Buthelezi de circonstances. Parce que tout simplement l’idéal de justice et de liberté s’inscrit dans l’ordre naturel des choses tandis que les sociétés sont irrémédiablement appelées à changer.

Pour preuve, citons ce courageux mobilisé venu avouer à Dini en campagne à Ali-Sabieh, en janvier 2003, d’avoir pillé sa maison à Obock, “ Papa, disait-il, ils m’ont floué sur ta personne, Pardonne-moi s’il te plaît, Je ne croyais pas que tu étais comme ça”! Ce ne fut certes pas …une pleureuse comme tous ces “qabri ammaan” aux arrnes de crocodiles d’il y a deux semaines.

Malgré le vide patent, l’erreur aujourd’hui serait de regretter la perte de cette figure nationale uniquement pour cause d’imminence du calendrier électoral, Président de la république, sans méprise, feu Idi Amin l’a été aussi et en a fait son dada. Ce n’est pas cela l’important. Sans conteste, Dini valait mieux: la caution morale de tout un peuple, une National Consciousness pour qui, faire évoluer les mentalités importait uniquement” comme l’a si bien rappelé Christophe Farah. II n’y aurait pas plus bel hommage de croire vraiment possible comme lui à l’avènement d’un État de Droit capable de bâtir une identité nationale pour une communauté de destin djiboutienne en prenant rendez-vous avec l’Histoire. A ce prix là, non seulement la sienne mais la mémoire nationale sera réhabilitée par la reconnaissance que la nation toute entière doit à ses justes fils, A lui iyo qaar kalo badane. Officiellement ce jour là.

Bobé Farah. Djibouti


COMMENTAIRES

C’est parce que nous sommes intimement convaincus que tous les Djiboutiens aspirent fondamentalement à la paix et à la réconciliation nationale que nous sommes tous aussi persuadés, qu’ensemble, nous mettrons rapidement en échec les tentatives divisionnistes de ce régime antinational. Parce que nous sommes fiers d’être Djiboutiens.

LA RÉDACTION


Café de Paris : un Septembre noir djiboutien

A l’heure où, des crimes sont dénoncés sous d’autres cieux, et que l’Accord de Paix du 12 mai 2001 prévoyait la lutte contre l’impunité des crimes de guerre, il nous a semblé utile, parce que nous sommes convaincus que la conscience nationale se construit dans la douleur et son dépassement par la Justice et la Mémoire, de rappeler un épisode tragique de notre Histoire nationale. En effet, il y a un peu plus de quatorze ans, au prétexte d’un odieux attentat contre les intérêts français, qui n’arrangeait que le régime en place, des centaines de représentants d’une même communauté ont été sauvagement torturées. Sans que les véritables auteurs de ce crime, ni les commanditaires, ni leurs mobiles, n’aient été formellement identifiés. Par respect pour toutes les victimes innocentes de toutes les exactions d’État.


C’était au début du mois de septembre 1990. De retour de vacances estivales dans son Hexagone, la communauté française, militaires, coopérants expatriés et leurs familles, était au grand complet. La température de notre ville étant encore élevée, les terrasses des cafés ne désemplissaient pas, surtout au début des week-ends, lorsque les militaires entament leur tournée dans ces lieux paisibles, avant d’écumer discothèques et autres bistrots à leur convenance.

Personne n’avait songé que ce jeudi 19 septembre 1990 serait celui de tous les dangers, de tous les malheurs, pour des centaines de familles. Seuls les milieux du renseignement français, avait-on dit, savait depuis deux mois au moins qu’un attentat anti-français se préparait, sans aucune autre précision sur le lieu, ni sur le moment. C’est donc dans ces circonstances que l’acte odieux allait être perpétré.

Lancée de la portière d’un taxi, selon la version officielle, des grenades offensives avaient atterri sur la terrasse du «Café de Paris », moins meurtrières certes que les autres explosifs qui avaient été utilisés au « Palmier en Zinc » en 1977 (6 morts), à « l’Historil » en 1987 (12 morts) ou plus tard au quartier 7 bis (5 morts). Cet attentat a néanmoins fait un mort, dramatique puisque la victime était un petit enfant, et grièvement blessé plusieurs autres innocents consommateurs attablés cette soirée-là.

Minutieusement programmée depuis au moins un an, aussitôt cette phase réalisée, l’étape suivante consistait le plus naturellement du monde à trouver des «coupables» pour ce crime odieux. Ce ne sera pas un individu, ni un groupe, mais une communauté nationale entière qui sera d’emblée désignée comme coupable par le régime : c’est la fameuse piste Gadabourcy. Les foudres de la dictature s’abattaient alors sur des centaines de familles. Pendant plusieurs semaines, toutes les brigades de la Gendarmerie, en passant par l’affreuse « Villa Christophe » et autres lieux d’horreurs, prendront en charge jeunes et moins jeunes, femmes comme hommes, parfois des foyers entiers, pour les soumettre aux plus horribles traitements de la torture et autres traitements corporels inhumains.

Humiliés et blessés, des centaines d’innocents, juste parce qu’ils appartenaient tout simplement à la communauté Gadabourcy, subiront un traitement qui les traumatisera physiquement et psychologiquement à vie. Ces torturés seront à la merci de la barbarie de l’appareil répressif d’un régime cruel dont la véritable nature répressive et ses pulsions agressives étaient ainsi réactualisées.

A la fin des années 80, le régime djiboutien étant à son apogée, l’euphorie suscitée par la chute certaine des dictateurs des deux grands pays voisins qui lui faisaient de l’ombre, et la fascination d’une « sagesse » que lui procurait la présidence de l’IGAD, ne pouvaient que lui offrir la situation rêvée de notre îlot dans cette région troublée, désormais à sa merci. Le mobile de l’acte odieux du « Café de Paris » relève donc de la politique régionale de notre pays dont le régime était animé en ces temps-là par un expansionnisme compromis.

Le régime tenait ainsi à confirmer la balkanisation des tribus, clans, ethnies qui devaient être les premières victimes de l’aliénation de chacun d’eux pour les réduire à des objets mises à la disposition de sa folie démesurée. Raison pour laquelle l’implication active du régime Gouled dans la déstabilisation et la décomposition de la région se devait, bon an mal an, se répercuter sur notre communauté nationale.

Une obsession qui ne découle que de ses propres agressions permanentes, en ce sens que d’autres actes avaient précédé celui du « Café de Paris », où des nationaux de ce même clan avaient fait l’objet de rafles et tués le long de la frontière Djibouto-somalilandaise, en plus de la mise à sac à Balbala de leurs biens pour une valeur estimée à près de 300 millions FD.

Suivirent les tortures des jeunes de cette même tribu de 1989 à début 1990 et l’arrestation de tous les sages de cette communauté, internés dans des camps militaires, tant dans la région de Dikhil que de celle de Tadjourah. Pratique expérimentée par le système colonial contre tous les nationalistes et davantage amplifiée par la dictature issue de l’indépendance.

Le comble de ce machiavélisme au service du crime organisé avait même osé, lors des législatives de 1992, amener et filmer dans leurs quartiers originels, certaines victimes pour leur faire déclarer qu’elles n’avaient rien à reprocher à l’Etat qui les avaient pourtant sauvagement torturées.

Cette mise en scène qui rappelle fortement les manoeuvres des dictatures communistes était destinée à mettre un terme aux revendications des sages de cette communauté meurtrie qui, ayant rencontré l’ancien comme l’actuel Chef de l’Etat, leur avaient demandé de situer les raisons de ces crimes gratuits. Le mutisme du pouvoir prévaut encore à ce jour tant sur le mobile de cette barbarie sans nom que de l’indemnisation des familles.

Pour l’heure, outre les morts suite aux tortures et autres sévices constatés par Amnesty International et un avocat de la place, les rescapés se composent d’exilés et d’handicapés physiques et psychiques dont certains n’ont plus la capacité de procréer. Pour les rares d’entre eux qui ont eu le courage de porter plainte contre l’Etat djiboutien, démunis de moyens financiers pour choisir librement un conseil, la justice leur désigne d’office un avocat de la place qui se trouve être comme par hasard celui de la Présidence.

Même si la presse nationale indépendante et les journaux étrangers aient cité toute l’ampleur que revêtaient les horreurs subies physiquement, psychiquement et matériellement par les cibles désignées dans l’affaire du «Café de Paris», il est important de rappeler ici, qu’aucune des personnes victimes n’a jamais été inculpée pour ce crime odieux!

Dès l’indépendance, la diabolisation de Dini n’augurait rien de bon pour la consolidation de l’Unité Nationale et la coexistence pacifique entre les diverses composantes de la communauté djiboutnne, les attentats perpétrés dans la Capitale, sans mobile, demeurent odieusement nombreux. Pourtant jamais élucidés, ces actes barbares ont toujours fait des victimes directes et indirectes.

Malheureusement pour les successeurs, l’affaire du « Café de Paris » demeure être le démon qui hante encore le régime en place. Il reste toujours d’actualité, sans qu’à aucun moment, les Gadabourcy comme toutes les victimes « clanifiées » n’aient bénéficié du plus simple pardon officiel, en ce 14ème anniversaire de ce qui fut un crime organisé par un pouvoir sur une frange de sa propre communauté nationale. Aux citoyens Djiboutiens de méditer sur ces victimes parmi beaucoup d’autres.


Lu pour vous

A L’HEURE DES COMPTES

Par Francis KPATINDÉ

Jeune Afrique l’Intelligent

n° 2277 du 29 août au 4 septembre 2004

PEUT-ON PASSER L’ÉPONGE SUR DES CRIMES « politiques » au Nom de la réconciliation nationale, de la paix retrouvée ou de la Realpolitik ? Doit-on accorder le pardon à des despotes et à leurs séides, alors même que ces derniers refusent avec ostentation de se repentir et, pour certains, « assument » au grand jour leurs forfaits passés ? Doit-on effacer la responsabilité d’Augusto Pinochet dans la liquidation, entre 1973 et 1990, de milliers d’opposants « communistes et gauchistes », oublier la brutalité, le sadisme et le professionnalisme de ses zélés serviteurs ?

Dans ce débat, vieux comme le monde, la Cour suprême du Chili vient de trancher, en décidant, le 26 août, de priver Pinochet de son immunité, ouvrant la voie à un éventuel procès pour violation des droits de l’homme. Grâce à cet arrêt, historique, pris à une courte majorité, neuf magistrats ayant voté pour, huit contre, l’ancien dictateur, aujourd’hui âgé de 88 ans et atteint, à en croire ses avocats, de « démence sénile », devra rendre des comptes, non pas devant un tribunal international, généralement suspecté de parti pris « droits-de l’hommiste », mais, comme naguère, en Centrafrique, un certain Jean-Bedel Bokassa 1er (et dernier), devant la justice de son pays. Il faut s’en féliciter.

Les avocats des victimes et les proches des « disparus» espèrent pouvoir établir la responsabilité du tombeur de Salvador Allende dans le fameux plan « Condor », cette alliance objective entre les régimes militaires sévissant à l’époque en Amérique du Sud pour l’élimination de leurs opposants respectifs, avec le concours des polices secrètes des différents pays.

La porté de la décision des superjuges de Santiago va bien au-delà des frontières du Chili. Elle prend fait et cause pour ceux qui, en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique et ailleurs, refusent obstinément de confondre amnésie et amnistie, immunité et impunité, de passer par pertes et profits, au nom d’une prétendue paix civile à préserver, les années sombres, les supplices, les pogroms.

Responsables de leurs actes, les exécuteurs de basses oeuvres, les seconds couteaux de la barbarie, mais aussi et surtout leurs commanditaires, doivent rendre des comptes, quitte à se faire pardonner une fois les coupables identifiés, la justice rendue. Il n’y a pas d’autre antidote au crime, au déni de justice et à la dictature.


L‘ARD en tournée de mobilisation

UNE ARDEUR DÉTERMINÉE

Le Comité Exécutif de l’ARD conduit par le nouveau Président du parti M. Ahmed Youssouf Houmed a effectué les journées de vendredi, samedi et dimanche derniers une tournée de travail dans les annexes de la Capitale. L’incontestable réussite de cette tournée témoigne de la vitalité et de la détermination tant de ses militants que de ses dirigeants.


Tout le comité de la fédération d’Arhiba était présent au siège dès 14 heures pour accueillir la délégation du parti emblématique de l’opposition qu’est l’ARD. Les vieux sages ont tenu à assister à cette réunion. Après avoir observé une minute de silence à la mémoire du regretté Président Ahmed Dini Ahmed, le nouveau Président a rappelé que l’année dernière du vivant de son prédécesseur mains en son absence il avait déjà eu l’honneur de diriger une délégation qui a sillonné la Capitale et les régions de l’intérieur durant tout le mois du Chaaba’an 1424.

Cette année la disparition du Père de la Nation et fondateur de l’ARD confère à cette tournée une plus grande importance et exige de tous, dirigeants comme militants, une mobilisation permanente. M. Ahmed Youssouf a déclaré être parfaitement conscient du poids des responsabilités qui sont les siennes et promis de donner de sa personne pour conduire le parti à la conquête des droits inaliénables du peuple djiboutien. Il a affirmé être entouré pour la réalisation de cette mission exaltante mais nécessitant sacrifices et patience, d’une relève dynamique, expérimenté et crédible.

Les vieux sages ainsi que les militants et le comité de fédération ont tour à tour exprimé leur détermination à s’organiser sur des bases nouvelles afin d’insuffler une nouvelle ardeur à la lutte. La même ferveur militante et la volonté de sacrifices se dégageaient de tous les militants rencontrés au cours de ces trois journées passées avec la base du parti dans les trois fédérations que sont Arhiba, Balbala et Quartier 1,2 et 3.

Tous ont dit leur détermination à redoubler d’efforts pour parachever la mission que s’était assigné le défunt qui a déjà tracé le chemin à suivre, non seulement pour honorer sa mémoire mais aussi par conviction religieuse. « Nous avons adhéré à l’ARD comme on entre en religion » ont-ils proclamé en choeur argumentant que si chaque musulman n’ayant pas associé d’autres divinités à Allah peut espérer la Miséricorde divine dans l’Au-Delà, Allah l’accorde généreusement et immédiatement ici-bas à ceux qui refusent d’abdiquer leurs droits inaliénables. Les exemples abondent en Afrique ou ailleurs, de peuples ayant conquis leurs droits de haute lutte, malgré les tentatives désespérées des despotes à se maintenir à tout prix au pouvoir.

« Malgré les mesquineries et les entourloupes du pouvoir, nous sommes déterminés à faire appliquer les Accords de paix d’une manière ou d’une autre ». Les vieux sages priant pour que dirigeants et militants ne soient pas de ceux abdiquent leurs droits, ni de ceux qui empiètent sur les droits de leur prochain. Le saint mois de Ramadan s’annonce studieux pour tout le monde pour préparer le congrès de l’ARD convoqué pour le mois de Shawwaal 1425. Plus que jamais l’heure est à la mobilisation pour surmonter cette pénible épreuve, car le dit un verset du Saint Coran : «…Nous vous éprouverons jusqu’à discerner les combattants d’entre vous et les patients ». Nous en serons ont-ils fini par conclure.

Cette tournée des dirigeants de notre Parti, sous la conduite de M. Ahmed Youssouf, continuera, d’abord dans la Capitale, puis dans tous les districts de l’Intérieur. Elle s’inscrit enfin dans le cadre de la préparation du congrès de notre mouvement.

Ultime instance au sein de laquelle les délégués auront à officiellement se prononcer sur des thèmes cruciaux, tels que les violations de l’Accord de paix du 12 mai 2001 ainsi que les fraudes institutionnalisées qui rendent impossible toute alternance démocratique.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 105 du mercredi 22 septembre 2004

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Réalité numéro 105 du mercredi 22 septembre 2004

 ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Hommage à Chehem Daoud Chehem
  3. Condoléances et remerciements
  4. Le dernier message politique de M. Dini
  5. Hommages et témoignages
  6. Ces enfants seront-ils des terroristes ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 105

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

AHMED YOUSSOUF, PRÉSIDENT DE L’ARD

La finitude de l’être humain, le fait de se savoir inéluctablement condamné à la mort biologique, est une donnée anthropologique fondamentale, un invariant universel. Se sachant par définition de passage sur cette terre, et sachant par le Coran que biens et enfants ne sont que factices parures terrestres, l’individu respectueux du don de la vie à lui fait par Dieu tente, en stricte conformité avec les commandements religieux et moraux, de laisser une empreinte positive dans l’Histoire, en hommage à ses prédécesseurs, au service de ses contemporains et comme jalon pour les générations à venir.

L’Histoire coloniale a en son temps enregistré les sacrifices consentis par les ancêtres du regretté Ahmed Dini dans leur résistance aux Italiens et aux Français, tout comme l’Histoire contemporaine a retenu sa propre contribution à l’émancipation du Peuple djiboutien. Même si le sectarisme post-indépendance l’a empêché de consolider l’Unité d’une Nation dont il est le fondateur, en dépit de toutes les tentatives postérieures de manipulation, l’Histoire immédiate de ses contemporains lui reconnaît d’avoir toujours subordonné son action aux impératifs supérieurs de l’intérêt général.

Toutefois, pour que sa vision d’une société djiboutienne réconciliée avec elle-même et oeuvrant, harmonieuse, dans le sens de son Développement, puisse s’inscrire, pour pleinement se réaliser, dans une durée dépassant celle de son existence par définition trop courte, notre ancien et regretté Président se savait compter sur la détermination de celles et de ceux qui l’ont indéfectiblement soutenu dans l’exaltante construction de l’ARD, comme dans la consolidation de l’UAD. C’est avec fierté et humilité que la Direction du parti qu’il a fondé s’est immédiatement attelé à la mission historique qui lui incombe : démontrer jusqu’à la victoire que l’oeuvre survit à son créateur et que chez nous, les personnes sont au service d’un idéal.

Tout naturellement donc, et conformément à nos Statuts, M. Ahmed Youssouf a été désigné Président de l’ARD en remplacement de M. Ahmed Dini. La simplicité de notre nouvel homme fort témoigne de ses convictions sans faille : il n’a jamais transigé sur ses principes, jamais confondu compromis et compromission. Son inébranlable détermination à poursuivre le Combat lui insufflera tant d’énergie, qu’avec l’aide du Très-Haut, il réussira dans sa priorité : mener ses troupes en rangs serrés au prochain Congrès de notre mouvement. C’est sous sa conduite que les responsables de l’ARD entameront, dès vendredi prochain, une tournée dans les annexes du Parti à Djibouti-ville d’abord, dans les districts de l’Intérieur ensuite.

Autant que la Nature, l’ARD a horreur du vide. Si le régime peut se permettre de laisser vacant plus d’un an le poste de Premier ministre, trahissant ainsi tous les déséquilibres qui le condamnent inéluctablement à la disparition, la dramatique urgence de la situation nationale intime à notre Président Ahmed Youssouf de ne ménager aucun effort en direction de toutes les régions de notre territoire et de toutes les composantes de notre Nation : un très proche avenir lui en sera reconnaissant. Il ne peut pas faillir à son Destin, dans l’intérêt général !


Hommage à Chehem Daoud Chehem

1932 – 15 septembre 2004

Trois jours après la disparition de notre Président Ahmed Dini Ahmed, la Nation djiboutienne, encore sous le choc, a été de nouveau ébranlée par la perte d’un autre grand homme en la personne de Chehem Daoud Chehem, combattant de la démocratie et illustre numéro deux du Frud-armé.

Issu d’une famille notable de la région de Tadjourah, le regretté Chehem Daoud faisait partie de cette génération de bâtisseurs qui auront marqué l’histoire de notre pays pour avoir forgé l’identité djiboutienne.

Entreprenant et intrépide, il entre très tôt dans la vie active et s’impose rapidement comme un homme d’affaires influent membre de la Chambre de Commerce de Djibouti.

Grand voyageur, chaleureux et polyglotte, il devient une des personnalités nationales les plus en vue dans les années 70 en tant que député et ministre.

Au lendemain de l’indépendance, il s’oppose à la politique du nouveau régime qu’il pressentait lourde de dérives sectaires et prend alors le chemin de l’exil, en Ethiopie puis en France.

C’est ainsi qu’en 27 années d’indépendance, notre regretté compagnon connaîtra par deux fois l’exil et n’aura vécu qu’une dizaine d’années dans sa patrie.

Peu avant le déclenchement de la lutte armée, accusé de soutenir activement le mouvement armé djiboutien, Chehem Daoud et trois de ses compagnons sont arrêtés et emprisonnés durant six mois en Ethiopie.

En reconnaissance de sa contribution à la lutte et aux souffrances endurées dans les sinistres geôles éthiopiennes, il est désigné par le mouvement rebelle en août 1992, comme son représentant dans les pays Arabes et Africains.

Ami intime et proche conseiller d’Ahmed Dini, son compagnon de lutte et d’exil, il est tout naturellement élu à la Vice-Présidence du FRUD-armé au troisième congrès de ce mouvement tenu dans le maquis en novembre 1997.

Pendant son exil en Europe, notre Vice-Président usera de toute son influence pour aider à l’installation des réfugiés et exilés djiboutiens en Europe et en Amérique.

La diaspora djiboutienne, à laquelle il avait tant apporté, a durement ressenti sa disparition et continue de faire parvenir de nombreux messages de condoléances à sa famille et à l’ARD.

Pour l’ARD, continuité historique du FRUD-armé et pour tous les militants de la démocratie, Chehem Daoud restera un des artisans de l’Accord-cadre de réforme et de Concorde civile signé à Paris le 7 février 2000.

Habile négociateur et fin connaisseur de la société djiboutienne, le dirigeant nationaliste sera accueilli en héros par la Nation djiboutienne toute entière en mars 2000 aux côtés du Président Dini. Les Djiboutiens n’oublieront pas également qu’hospitalisé pour de graves problèmes de santé à Paris, il a courageusement tenu à rentrer au pays pour honorer de sa présence la signature le 12 mai 2001 à Djibouti de l’Accord de paix définitive entre le gouvernement et le FRUD-armé.

Nos concitoyens gardent en mémoire la cérémonie émouvante au cours de laquelle il a été décoré aux côtés du Président Dini au Palais du Peuple.

Au nom de tous les militants de l’ARD, des anciens combattants du FRUD-armé, de la Direction du parti, de la Rédaction de Réalité, et en son nom personnel, le Président Ahmed Yousouf Houmed présente ses condoléances les plus attristées à toute la famille de Chehem Daoud Chehem.

Qu’Allah l’accueille en son Paradis éternel ! Amin.

INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJI’UN


Condoléances et remerciements

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Condoléances du Parti Populaire Social Démocrate

au Vice-président de l’ARD, Ahmed Youssouf Houmed

C’est avec une réelle émotion que je viens d’apprendre le décès de M. Ahmed Dini Ahmed.

J’en suis peiné.

En cette pénible circonstance, permettez-moi de vous adresser au nom du Comité Exécutif du Parti populaire Social Démocrate (PSD), de l’ensemble de nos adhérents, militants, sympathisants et en mon nom personnel, nos condoléances les plus attristées.

M. Ahmed Dini Ahmed fut pour moi, non seulement un compagnon de lutte, mais un frère dont j’apprécie à sa juste valeur, ses qualités d’homme d’Etat et le rôle déterminant qu’il a mené pour faire de Djibouti une nation unie, libre, indépendante et indivisible.

Croyez bien que son action restera vivace et graver pour toujours dans nos mémoires.

Nous sommes de tout cœur avec vous en ces moments difficiles.

Avec ma gratitude, je vous prie d’agréer, Monsieur le Vice-président, l’expression de mes pensées les plus dévouées.

Moumin Bahdon Farah

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Condoléances de la section Q4/Q6

du Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD)

Le Vice-Président et le Trésorier de la section de base du MRD à Q4 et Q6, MM. Saïd Abrar et Mirgan Ali, se joignent aux habitants de leurs quartiers pour adresser leurs sincères condoléances à la famille, aux proches, aux compagnons de lutte de l’ARD et à l’ensemble du Peuple, à l’occasion du décès de notre regretté Président et Père de notre Nation, Monsieur Ahmed Dini Ahmed. Papa Dini, nous resterons à jamais reconnaissants de ta générosité, ta sincérité, ta grande patience, ta longue et difficile lutte pour nous bâtir une vraie Nation. Vous avez été croyant, pieux, pratiquant, défenseur du Bien et des causes justes. Nous continuerons le combat jusqu’à la réalisation de vos voeux d’une totale alternance démocratique dans notre pays.

Inch Allah en 2005 « année de l’espoir » pour notre Peuple. Le combattant est mort, le combat continue. Papa Dini, repose en paix, au revoir au Paradis

Inna Lillaah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun

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Remerciements du Président Ahmed Youssouf

Profondément touché par tous les messages de sympathie adressés à notre parti après le décès de notre Président Ahmed Dini Ahmed, le Président Ahmed Youssouf Houmed remercie toutes celles et tous ceux, personnalités nationales comme étrangères, diaspora djiboutienne comme société civile nationale, qui nous ont soutenus en cette triste circonstance.

Le Président de l’ARD, Ahmed Youssouf Houmed

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Remerciements de M. Mohamed Ahmed Kassim

Au nom de la famille du regretté Ahmed Dini, et en mon nom personnel, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui, innombrables, nous ont témoigné leur sincère sympathie dans cette douloureuse épreuve.

Comme eux, je ne puis manquer de regretter, en tant que citoyen, que les médias d’Etat aient osé occulter la contribution inestimable du défunt à notre Histoire commune : la proclamation de notre Indépendance nationale après une lutte acharnée.

Mohamed Ahmed Kassim, dit Haïssama


Le dernier message politique de M. Dini

Jusqu’à son dernier souffle, le regretté Ahmed Dini aura été un combattant exemplaire. Le texte reproduit ci-dessous et publié dans Les Nouvelles d’Addis constituait sa contribution au colloque tenu à l’Assemblée Nationale française. Le thème central de ce colloque était l’examen des déboires démocratiques dans la Corne de l’Afrique

Colloque Les Nouvelles d’Addis – Les Verts/Paris, Assemblée nationale.

2 février 2004.

Message de M. Ahmed Dini Ahmed, ancien Premier ministre de Djibouti, président de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD).

Monsieur Dini, souffrant, n’a pu participer aux travaux du Colloque du 2 février; il a adressé à l’Assemblée le message ci-dessous, transmis par Mohamed Kadamy.

Ahmed Dini est décédé le 12 septembre 2004 à Djibouti. Ce texte est son ultime message politique extérieur.

Cette salle a vu d’autres colloques pour débattre de sujets aussi sérieux qu’actuels, dignes d’intérêt. Mais celui qui nous réunit aujourd’hui est quelque peu différent par l’approche adoptée pour son organisation par ses initiateurs et par les thèmes choisis pour le débat.

Que les initiateurs soient remerciés pour l’immense effort consacré à l’organisation de ce colloque et tout spécialement le député Vert, Noël Mamère et le secrétaire transnational de ce parti, Patrick Farbiaz, Les nouvelles d’Addis et certains démocrates de la région.

D’abord, l’avantage de l’approche adoptée permet ou permettra, je l’espère, des débats sereins, sans risque de voir s’instaurer des échanges acrimonieux entre les participants.

Ce qui aurait altéré la portée des idées débattues. Cela n’empêchera pas les nécessaires contradictions qui en enrichiront le contenu, il faut l’espérer.

Quant aux thèmes choisis, sans prétention de viser à une portée académique tous les sujets importants, ils permettent cependant de couvrir certains aspects saillants qui nous posent problème, en tant que peuples de la région.

Ceci, bien entendu, découle de constats aussi multiples qu’irréfutables.

Or, que constatons-nous dans nos différents pays ?

L’existence des gouvernements en principe pour gouverner les pays, les diriger sur le développement général, en veillant à la création et au maintien des conditions favorables à ce développement général.

Ce qui comporte nécessairement et notamment l’aménagement du pays, support et source des richesses nécessaires à l’amélioration générale des conditions d’existence des peuples.

La réalité concernant le gouvernement met en évidence le peu de moyens mis à sa disposition qu’il consacre à réaliser les objectifs qui devraient être les siens, maintenant un état de sous développement généralisé, facteur essentiel dans sa politique visant à garder le pouvoir.

Aucune politique de dialogue avec son opposition ne lui paraît tolérable, ni même concevable.

Et lorsque ce dialogue s’amorce à l’initiative de l’opposition, dans de rares occasions dramatiques, les engagements pris sont bafoués par le gouvernement, sans possibilité de recours.

En ce qui concerne l’opposition, tenue par le gouvernement en absolu ostracisme et mépris, n’ayant accès à aucune transparence pour s’informer et agir, elle se limite au rôle ingrat et apparemment négatif de critiquer.

Ce qui parvient à sa connaissance, au risque de finir par ressembler à un unilatéralisme au pouvoir contre lequel elle lutte.

Que faire alors pour sortir de cette situation qui apparaît sans issue ?

C’est pour rechercher des éléments essentiels à ces difficiles questions que les thèmes de ce colloque ont été élaborés et soumis à nos débats ; tout en tenant compte du fait majeur que les peuples de la région ne seront pas les seuls concernés par les réponses qui seront trouvées, mondialisation oblige.

Ceci étant tellement vrai que la plupart des Etats de la corne de l’Afrique présentent des

conditions géostratégiques de première importance, certains parmi eux comme Djibouti abritant à ce titre des bases militaires étrangères.

La Somalie, étant donné ses conditions internes, est soupçonnée à tort ou à raison, de représenter des foyers potentiels de problèmes régionaux.

C’est pourquoi ce pays se trouve mis sous surveillance étroite par les grandes puissances, sur sa façade maritime, ce qui viole, en quelque sorte, sa souveraineté.

Les inconvénients émanant de la présence des grandes puissances dans certains pays, recouvrent parfois l’opposition aux intérêts bien compris des peuples de cette région.

Exemple, lorsque la diplomatie d’une grande puissance s’arrange pour faire participer des contingents militaires – forces de répression dans leur pays – aux forces des Nations Unies pour veiller à la légalité internationale, alors que le contingent constitue une force de répression aveugle chez lui.

Ou bien que cette même diplomatie insiste pour l’envoi comme observateurs d’élections à l’étranger d’agents qui pratiquent chez eux des fraudes électorales en faveur du pouvoir en place.

C’est le cas de Djibouti : Contingent militaire en Haïti, observateurs au Togo, en 2003.

Ceci pour démontrer que tout va bien à Djibouti.

Pour finir, je tiens personnellement à saluer parmi vous, Madame la Ministre des Affaires Etrangères du Somaliland, Edna Adan Ismaïl.

Ahmed Dini Ahmed

Paris, le 2 février 2004


Hommages et témoignages

De très nombreux messages continuent d’affluer au siège de notre Rédaction et sur différents sites Internet. Ne pouvant tous les publier, nous en reproduisons ici ceux qui nous semblent les plus significatifs, dont un leitmotiv se dégage : poursuivre le combat politique.

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« Nous essayerons d’être fidèles à tes idéaux de justice et de liberté. »

Mohamed Kadamy Youssouf

Nous sommes sous le choc de la disparition prématurée de Ahmed Dini «Hamza».

J’adresse mes condoléances les plus attristées à sa famille. Je m’associe à la peine de ses nombreux amis et des milliers de personnes qui ressentent douloureusement son décès.

C’est une immense perte pour les démocrates djiboutiens, l’ensemble du peuple de Djibouti et pour toute la région.

Nous perdons :

  1. • Un homme de principe d’une intégrité morale exceptionnelle (chose rare en politique)

  2. • Un militant qui a lutté jusqu’au dernier souffle de sa vie pour la liberté et la justice

  3. • Un dirigeant qui a accepté d’assumer la responsabilité d’un front armé à l’âge où d’autres prennent leur retraite

  4. • Un homme d’Etat qui, pour donner une chance à la paix, face à l’intransigeance du pouvoir djiboutien, n’a pas hésité à sacrifier certaines revendications malgré l’opposition de ses meilleurs compagnons.

Vivant, il a été de tous les combats pour la justice et la démocratie ;

Mort, Ahmed Dini restera dans les coeurs de centaines de milliers de personnes comme un symbole de résistance à toutes les injustices.

Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à cet homme exceptionnel, c’est de permettre à son pays d’emprunter la voie de la démocratie.

A son école, nous avons appris à ne pas nous résigner à l’injustice.

Nous essayerons d’être fidèles à tes idéaux de justice et de liberté, Hamza.

Adieu Hamza…

*

Honneur, liberté, intégrité : le combat de Ahmed Dini

COLETTE DELSOL, Directrice des Nouvelles d’Addis

Les Djiboutiens ont perdu un sage et Les Nouvelles d’Addis un ami. Quand nous avons créé ce journal, nous espérions rendre compte des richesses humaines et culturelles de cette région ignorée des médias occidentaux. Jamais nous n’aurions pu espérer trouver un de ses ténors. Ahmed Dini Ahmed était cela, un homme d’une culture exceptionnelle, d’une intégrité remarquable, d’une sagesse ironique et humble, d’une vive intelligence qui savait partager ses passions et ses objectifs, sans asséner, dans la simple démonstration de l’évidence.

Des qualités dissimulées sous une apparence frêle et des yeux rieurs qui recherchaient la connivence ou la provocation amusée.

Maniant avec dextérité l’humour, Ahmed Dini savait quelle arme redoutable il peut représenter, mais aussi quand il fallait y mettre fin pour aborder les sujets essentiels, Djibouti et les Djiboutiens.

Ahmed Dini avait combattu pour l’indépendance de son pays et de son peuple. Il aurait pu, comme tant d’autres, se satisfaire des apparats du pouvoir et regarder avec condescendance le peuple djiboutien.

Mais son seul maître était Allah. Les hommes se devaient, comme lui, de servir Dieu et sur terre, en tant que responsables politiques, de servir leur pays et leur peuple.

Jusqu’à son dernier souffle, il aura tenté d’orienter la politique de Djibouti en ce sens, allant arpenter, souffrant et fatigué, le pays lors des dernières élections législatives, acceptant les

ignominies déversées sur son compte par ses adversaires, engageant ses partisans à modérer leurs troupes pour éviter un bain de sang, tentant par tous les moyens politiques, juridiques et administratifs de faire reconnaître la justice.

Animé par ce désir de justice pour ses concitoyens, il a mené des combats plus ou moins bien compris, même par ses partisans, ; incompréhensions portant plus souvent sur les méthodes que sur les objectifs.

Même dans les affrontements politiques les plus violents, Ahmed Dini n’aura jamais souhaité malheur à ses adversaires au pouvoir. Son sens de l’honneur et sa religion l’en empêchaient. Religion qu’il considérait comme un accord serein entre Dieu et lui, sans besoin de grands discours, ni de démonstrations tapageuses.

A sa famille, à ses amis et à tous les Djiboutiens, Les Nouvelles d’Addis adressent leurs condoléances attristées.

*

Un homme qui a épuisé ses dernières forces à éradiquer la dictature djiboutienne

Ali Coubba

Reims (France), le 14 septembre 2004.- La disparition d’Ahmed Dini est bien entendu un drame pour sa famille. Avant tout, je tiens à présenter mes condoléances à ses enfants et à ses proches. Né en 1932 à Mèle (district d’Obock), il disparaît à 72 ans, au moment où il incarnait la dernière chance d’alternance démocratique pour son pays.

Plus qu’un simple responsable politique, Ahmed Dini faisait partie de ces hommes « sur qui la société repose» . Ses moindres propos étaient commentés à travers le pays, suscitant ici l’admiration, là la haine. Il avait le don, le génie, des formules frappantes auxquelles l’opinion publique adhérait spontanément. Pour fustiger la fraction du FRUD qui prit la partie de négocier avec le régime en 1993, il lance en 1994 le terme Agabaa.

Le décès brutal de l’ancien Premier ministre de Djibouti (de juillet à décembre 1977) n’endeuille pas seulement sa famille. Elle plonge dans la consternation tous ses concitoyens (Afars, Somalis et Arabes).

Au-delà de sa patrie, le triangle Afar peut pleurer légitimement ce «fils» prodige.

Cet été, des nouvelles contradictoires circulaient sur l’état de santé d’Ahmed Dini. Nombre de nomades et de citadins que j’ai croisés, en Ethiopie, désiraient lui témoigner leur compassion.

Ahmed Dini était un homme pieux, très versé dans le domaine religieux. Tout aussi immense était son érudition en matière de la culture afar. Sa famille appartenait à la plus prestigieuse et la plus ancienne dynastie sultanique afar : Ad’ali ou Adal. Pourtant, la postérité ne retiendra de lui qu’une seule image : la figure attachante du dirigeant politique.

Son éloquence fiévreuse et litanique (propre à la culture afar et somali), émaillée d’ironie et de séduction, galvanisait des foules. Dans un pays manquant cruellement de culture politique, il n’a jamais pu donner toute la mesure de son génie.

C’est pourquoi, parfois incompris, il était capable de prendre le parti de se «taire». Ce qu’il fit de 1977 à 1981, puis de 1982 à 1991, en s’exilant à Obock, dans le nord du pays.

L’avènement du FRUD, en 1991, allait transfigurer ce politicien singulier et le propulser de nouveau au devant de la scène politique. Son tempérament naturel le poussait davantage à séduire qu’à convaincre son interlocuteur. C’est pourquoi il sera regretté et par ses amis et par ses adversaires.

A cause de sa propension à vouloir concilier croyances religieuses et convictions politiques, de la trahison de ses « amis » et de ses volte-face brusques, Ahmed Dini a manqué beaucoup de rendez-vous. En dehors d’une brève

vice-présidence de 1959 à 1960, des fonctions de ministre et de député (de 1963 à 1973), et enfin de la primature en 1977 (de juillet à décembre), il n’a jamais occupé la première place.

Pourtant, il en avait le profil, la pondération et la maturité. Entre lui et la magistrature suprême, la distance fut souvent petite.

Mais le destin a voulu qu’il s’en approche souvent sans jamais pouvoir le saisir. Nul doute qu’il aurait donné une notoriété enviable à notre petit pays !

Pour ma part, je garderais du défunt l’image d’un homme qui a épuisé ses dernières forces, entre 2001 et 2003, à éradiquer la dictature djiboutienne. Une dictature archaïque et moyenâgeuse.

Sa vie se confond quelque part avec l’histoire de son pays. Animée de grandes espérances, mais si souvent contrariée.

L’ultime hommage qu’on pourrait lui rendre ne serait-il pas de réaliser son combat inachevé ?

*

Ahmed Dini : Homme d’épée, Homme de paix

Maki Houmedgaba, Représentant de l’ARD en France

(13 septembre 2004). Né en 1932 à Obock dans la première capitale de la future Djibouti, Ahmed Dini Ahmed aura tout donné pour son pays. Père de l’indépendance nationale, homme d’Etat et homme de culture, la personnalité immense de Monsieur Dini a couvert de son ombre toutes les générations d’hommes politiques djiboutiens, comme elle a tracé les sillons de toutes les carrières politiques et administratives nationales depuis 50 ans.

L’honneur revient aux Djiboutiens dans leur ensemble d’avoir un jour compté un homme de cette graine parmi eux. C’est toute la nation djiboutienne qui est désarmée face au défi du vide sidéral laissé par cette disparition.

L’honneur revient aussi à l’opposition djiboutienne regroupée au sein de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD) qui l’avait élevé à sa tête, ainsi qu’aux militants de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD) qu’il présidait.

Les centaines de condoléances reçues par la famille et par les militants du parti donnent la mesure de la reconnaissance des Djiboutiens pour la lutte menée par leur père à tous. Et la seule manière de persévérer est encore d’être digne de lui, et digne du combat qu’il a légué.

En revanche, l’horreur dans toute sa froideur, orne aujourd’hui les visages de l’ancien président Hassan Gouled Aptidon et de son successeur Ismaël Omar Guelleh qui ont, tour à tour, misérablement trahi la confiance placée en eux et la main tendue par M. Dini pour construire ensemble une nation unie et démocratique.

Hélas, Djibouti a perdu son premier citoyen et son premier modérateur, et court désormais le risque d’un embrasement sans fin des cœurs et des esprits.

Il faut se le dire simplement. L’injustice et les frustrations sont si grandes à Djibouti que, si nous ne nous inspirons pas de M. Dini, nous risquons de compter les morts à Djibouti.


Ces enfants seront-ils des terroristes ?

OBOCK:L’AVENIRDÉSESPÉRÉ

Humains (LDDH) : comment le régime djiboutien et certains donateurs extérieurs osent-ils impunément et toute honte bue prétendre avoir réhabilité pour à peine un million de nos francs une salle de classe à Médého ? Quand on sait que le régime dépense beaucoup plus dans la plus petite de ses distributions électorales de khat, le constat a de quoi être alarmant : la communauté internationale contribue à sa manière à la consolidation de la mauvaise gouvernance et à l’oppression des peuples, et subsidiairement à la dilapidation des deniers publics prodigués par certains peuples européens démocratiquement plus avancés.

Pour vérifier de visu la situation dans une de ces zones dévastées par le conflit civil, M. Jean-Paul Abdi Noël, le Président de la LDDH, a tenu à se rendre lui-même sur place pour mesurer l’ampleur du chantier. De ce carnet de voyage, il a ramené une discussion à bâtons rompus avec les plus jeunes citoyens de cette portion de notre territoire national. A nos concitoyens de lire avant tout ce témoignage, en gardant à l’esprit ce lucide constat du Président Bush selon lequel il convient, pour durablement combattre le terrorisme international, d’en éradiquer les racines : celles qui nourrissent le désespoir de l’être humain. Voici, en toute simplicité, ce que les jeunes écoliers et collégiens d’Obock ont tenu à raconter.

Ali : On vient nager tous les jours car, à part jouer au foot par cette chaleur étouffante et dans ce khamsin, il n’y a aucune autre distraction ici : pas de salle de cinéma, la maison des Jeunes toujours fermée depuis longtemps, aucune salle de lecture, rien ! C’est complètement mort ici. Même en période scolaire, il n’y a rien pour se distraire. D’ailleurs, c’est même difficile de tout simplement s’instruire car, la plupart du temps, la centrale électrique est en panne : demandez aux autres écoliers citadins comment ils feraient s’ils étaient obligés de faire leurs devoirs le soir chez eux à la lueur d’une lampe.

Ahmed : Ne pensons pas qu’à nous-mêmes. Moi, ce qui me chagrine aussi, c’est que cette année, aucun écolier d’une école de notre brousse n’a passé son entrée en sixième, comme si le CM2 n’existait plus là-bas. Je crois que dans notre district, il y a au moins si autres écoles en dehors d’Obock, je ne comprends donc pas pourquoi aucun écolier n’en est venu pour passer son entrée en sixième. C’est grave et personne ne s’en soucie.

Mohamed : C’est peut-être un problème de transport. Toutes les pistes en brousse sont fichues depuis la guerre et en plus il y a très peu de 4×4 qui circulent dans notre région. Peut-être parce que les gens sont devenus tellement pauvres à cause de cette guerre qu’ils n’ont plus les moyens de louer un 4×4 pour amener les provisions qu’ils viennent acheter à Obock.

En plus, depuis que le bac est tombé en panne, les boutiques d’Obock sont souvent vides. Alors, beaucoup de gens qui habitent en brousse préfèrent aller avec leurs chameaux se ravitailler à Tadjourah, surtout ceux qui vivent autour de Mabla.

Hassan : Justement, moi j’ai de la famille à Mabla et j’aimerais bien y aller. Le problème, c’est que je ne trouve aucun 4×4 pour m’y emmener. En plus, mon père manifeste tous les jours devant le bureau du chef du district car on lui refuse sept mois de salaires…

Ahmed : C’est vrai ! Toute la ville est au courant. C’est injuste. Ils sont une vingtaine de coolies et de cantonniers auxquels le gouvernement refuse sept mois de salaire alors qu’ils ont travaillé dur. La politique, c’est vraiment méchant !

Hassan : Il paraît même qu’une parente de l’un d’eux a été récemment ramenée de la brousse parce que sa grossesse se passait mal. Eh bien, je vous jure qu’il a fallu se cotiser pour acheter le gasoil pour l’ambulance ! D’ailleurs, c’est toujours comme ça que ça se passe : si on ne paye pas le gasoil, pas d’ambulance. Mais il paraît que c’est aussi comme ça dans tous les autres districts du pays, sauf dans la ville de Djibouti.

Mohamed : Mais les choses sont plus graves à Obock. La ville a été détruite pendant la guerre. Le gouvernement nous a fait beaucoup de promesses. Le Président de la République a même apporté des sacs de ciment pour commencer à reconstruire, mais tout a disparu mystérieusement sans qu’aucune maison n’ait été bâtie avec. Maintenant, il paraît que les Européens ont donné beaucoup d’argent au gouvernement pour reconstruire les maisons détruites, mais on le donne parfois à des habitants dont la maison n’a pas été détruite. En plus, je ne comprends pas pourquoi les Européens veulent qu’on habite dans des maisons aussi petites, qui n’ont qu’une seule chambre pour dormir. Je ne sais pas si les maisons sont aussi petites que ça en Europe. Je me demande où les enfants dormiront quand il pleut : peut-être dans la cuisine où les WC ; en tout cas, la véranda n’est pas couverte. Je sais qu’il ne pleut pas souvent chez nous, mais ce n’est pas une raison pour construire des maisons qui n’ont qu’une seule chambre à coucher

Ali : En plus, ce n’est pas totalement gratuit, parce que le gouvernement demande aux gens de payer eux-mêmes une grande partie des travaux de construction. Ici, les gens qui travaillent ne sont pas nombreux, c’est pour cela qu’il n’y a aucune banque dans notre ville.

Alors, je ne sais pas comment les gens pourront payer leur part pour avoir ces nouvelles maisons, si petites, si minuscules.

Hassan : Excusez-moi, mais je dois vous quitter. Il est l’heure d’aller prier et je dois ensuite apporter à manger à ma tante qui est hospitalisée au dispensaire depuis avant-hier.

La pauvre, je ne sais pas comment elle fait pour dormir le soir, avec tous ces moustiques, parce que la plupart du temps, il n’y a pas d’électricité à cause de la centrale qui tombe toujours en panne. Le médecin et les infirmiers sont bien sympa, mais ça ne suffit pas pour soigner tous ces pauvres malades.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

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Réalité numéro 104 du mercredi 15 septembre 2004

 ARD

SPECIAL N°4

Sommaire

  1. EDITORIAL

2. La Nation perd un de ses plus illustres fils

3. Messages et témoignages

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 104

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

LE COMBATTANT MEURT,
LE COMBAT CONTINUE

Débarrassons-nous de l’anecdote : même des dignitaires du régime ont tenu à marquer de leur présence les funérailles de notre Président, le regretté Ahmed Dini. Ce qui nous touche : la compassion est effectivement une valeur universelle. Toutefois, comme l’honnête homme, nous ne pouvons manquer d’émettre au moins une réticence qu’impose le bon sens : celle qui consiste à se demander comment peut-on tour à tour insulter la personne du vivant et saluer la mémoire du défunt ?

Car l’anecdote a sa morale : c’est peut-être ce qui explique que le parti au pouvoir ait en même temps assuré la sécurité policière du cortège funéraire en ce dimanche soir, tout en laissant sa télévision diffuser des chansons quelque peu déplacées.

Cette indécence festive officielle venant polluer des condoléances personnelles, donc sincères, montre dans tout son cynisme et dans toute sa mesquinerie le despotisme du pouvoir en place : il est futile de feindre regretter la disparition d’un tel homme d’Etat, hier présenté comme l’irréductible ennemi à abattre. Mais il ne s’agit pas de rêver : un dirigeant qui n’a d’Histoire qu’usurpée et extorquée n’a pas la grandeur nécessaire pour honorer comme il se doit, et comme l’avait souhaité nos concitoyens, celui qui a proclamé l’Indépendance de notre pays !

Eu égard justement à la profonde et unanime tristesse de nos concitoyens, rappelons l’importance cruciale du contexte dans lequel survient ce qui est véritablement vécu comme une tragédie nationale : l’horizon obscur de la prochaine élection présidentielle. La précipitation dans laquelle le régime a déjà concentré tous ses efforts vers cette échéance fondamentale suffit à démontrer qu’avant ce drame, il ne considérait nullement sa victoire acquise.

Car, entre un candidat à sa propre succession, réduisant la mission politique à une grossière comédie sur fond de distribution de khat, au passé connu de tous et au passif enduré par presque tous, et un leader indépendantiste unanimement considéré pour son engagement sans faille dans la construction d’une Nation Djiboutienne respectueuse de sa diversité, pour qui tout dirigeant digne de ce nom doit avant tout se respecter pour prétendre mériter la confiance de ses concitoyens, le verdict était indéniablement connu d’avance.

Si, toutefois, la volonté populaire n’était pas étouffée, comme dans le passé, par les différents baillons administratifs, militaro-policiers et constitutionnels.

Mais, Gloire à Lui, le Tout-Puissant qui prédétermine notre destinée en avait décidé autrement, et c’est ainsi la fin d’une époque qu’illustre si pitoyablement ceux du régime : celle où le chef charismatique guidé par ses convictions est prétendument supplanté par le caïd accidentel et le figurant circonstanciel. (Suite en page 4)

C’est pourquoi terminons par l’essentiel : contrairement a ce qu’a inconsidérément propagé une dépêche de presse complaisante et orientée vers la consommation externe, le regretté Ahmed Dini n’avait absolument pas été pressenti pour une quelconque candidature, ni par son parti, ni encore moins par l’opposition démocratique regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique.

Tout simplement parce qu’il y a une différence fondamentale entre compétition sportive et compétition électorale : contrairement à la première, il ne s’agit pas dans la seconde de tout juste participer, surtout quand il n’y a ni règles ni arbitre impartial. En clair, on entre dans l’arène politique pour gagner, pas pour être spolié !

Or, en l’état actuel de l’environnement institutionnel djiboutien, et considérant l’ampleur organisée et le caractère systématique des fraudes qui ont discrédité les dernières législatives de janvier 2003, rien ne pourrait justifier un changement miraculeux des fraudeurs patentés. Coupables de surcroît d’une inacceptable violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : le régime djiboutien voudrait être le seul au monde à consolider la paix en aggravant les causes du conflit civil.

Quand on ambitionne un destin politique, la première rigueur consiste à ne pas mentir à ses concitoyens, à ses sympathisants et à ses électeurs : puisqu’il est clairement établi que, dans le système tel qu’il s’impose aujourd’hui, seul l’ancien parti unique au pouvoir et ses alliés à géométrie variable peuvent remporter une consultation électorale quelle qu’elle soit, il est de notre devoir d’en prendre acte… en acte ! Et d’en informer toutes celles et tous ceux qui voient en nous une chance d’alternance démocratique pacifique.

Ce débat traverse l’opposition depuis quelque temps et la question devra être tranchée dans un proche avenir : il n’est pas sérieux de donner d’infondés espoirs lorsque la mécanique frauduleuse est si profondément implantée, qui plonge ses racines dans le déni des droits fondamentaux tels que la citoyenneté et le travail. Il faut donc impérativement définir la stratégie qu’implique la situation : si une vaste prise de conscience agissante de toutes nos concitoyennes et de tous nos concitoyens peut se dresser contre cette dictature sortie des urnes, il faut en définir les modalités pratiques, en procédant à l’évaluation la plus précise de toutes les variables à prendre en considération. Restons donc tous mobilisés et refusons la régression que ce régime prétend nous imposer !

Le seul fait de nous lire en cette douloureuse circonstance est la preuve la plus éclatante que, si le Combattant meurt, la Lutte continue. Nous en avons toujours été intimement convaincus et le sommes encore plus aujourd’hui.

Merci de nous en assurer.


La Nation perd un de ses plus illustres fils

AHMED DINI AHMED 1932- 12 SEPTEMBRE 2004

Rappelé à Dieu le dimanche 12 septembre 2004, Ahmed Dini a rejoint sa dernière demeure accompagné par tout un peuple profondément attristé. En ces moments difficiles mais surmontables, nos lecteurs, amis et concitoyens ne trouveront pas dans nos colonnes une hagiographie de l’honnête combattant que fut notre maître et compagnon.  » Réalité  » rappelle sommairement le parcours exceptionnel d’un croyant engagé et d’un homme d’Etat.

« Quand le croyant parle, il entend dire la vérité, et quand on lui parle, il croit entendre la vérité  » Cette phrase prononcée en octobre 2002 par le regretté Président de l’ARD pourrait résumer l’intensité de l’engagement politique de cet homme d’action au-dessus du commun des mortels, par la Grâce du Tout-Puissant.

Ahmed Dini aimait également à répéter :  » Le faible est celui qui ment, pas celui auquel on ment  »
Elevé dans une famille pieuse et lettrée, il a très tôt acquis le goût de la lutte et l’aversion pour toute forme d’injustice.

Arrivé très tôt dans la Capitale, son caractère batailleur le conduit tout naturellement au militantisme syndical, puis à l’action politique. Son combat politique commencé au début des années 50 lui permettra en 1959 de devenir, à l’âge de 27 ans, vice-président du conseil, la plus haute responsabilité accessible à un autochtone en ces temps.

En seulement treize mois de  » pouvoir « , Ahmed Dini marque de son empreinte la vie politique nationale, en faisant de l’africanisation des cadres son principal cheval de bataille. L’administration coloniale réclame et obtient alors son limogeage en juin 1960. En démocrate convaincu, Ahmed Dini se retire élégamment après le vote d’une motion de défiance contre lui à l’Assemblée Territoriale.

De 1960 à 1970, il devient une personnalité incontournable connue pour sa combativité indéfectible et sa droiture morale. Ses passages aux affaires restent éphémères et remarqués, mais ce sont surtout ses longues périodes dans l’opposition à la direction de l’UDA qui feront connaître et apprécier l’homme de conviction que fut Ahmed Dini et qui lui vaudront sa notoriété nationale.

A partir de 1971, Ahmed Dini sera à la pointe du combat pour l’émancipation et l’unité nationale. La Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) qu’il dirige aux côtés de Hassan Gouled et du regretté Cheiko devient en 1975 le grand parti de masse avec lequel le pouvoir colonial sera contraint de négocier l’Indépendance de notre pays.

Ahmed Dini est ainsi le premier leader politique djiboutien à faire autour de sa personne une unanimité qui dépasse les clivages ethniques. C’est tout naturellement, qu’après le référendum du 8 mai 1977, il accède à la fonction de premier Président de la nouvelle Assemblée Nationale. A ce titre, lui échoit l’honneur historique de proclamer l’Indépendance de la République de Djibouti le 27 juin 1977 à minuit.

Devenu premier Premier ministre en juillet 1977, il démissionne de ce poste cinq mois plus tard pour marquer sa désapprobation avec les dangereuses dérives sectaires initiées par son pourtant ami et compagnon de lutte, le Président Hassan Gouled Aptidon.

Il entre alors en opposition et tente de créer un parti d’opposition véritablement national avec un vétéran de la lutte indépendantiste, Moussa Ahmed Idriss, épaulés par MM. Abdallah Kamil, Hachi Abdillahi Orah, Mohamed Saïd Saleh et tant d’autres. Ils seront tous emprisonnés pour être relâchés quelques mois plus tard, après l’instauration du parti unique.

Ahmed Dini se retire alors à Obock et assiste, pendant plus d’une décennie, à la destruction de notre pays. Ainsi, qu’il l’avait prévu et déploré dès sa rupture consécutive aux exactions de décembre 1977, c’est de là qu’il a suivi attristé les déchirements de l’année 1991.

Contraint en novembre 1991 de quitter sa ville entièrement désertée par ses habitants fuyant les exations gouvernementales, il s’est réfugié en décembre de cette année dans le nord d’Obock, en zone contrôlée par la rébellion du FRUD. Coopté à l’unanimité par le mouvement rebelle en janvier 1992, comme son porte-parole, Ahmed Dini s’est engagé à l’âge de 60 ans dans le combat pour la démocratie et l’égalité.

Une décennie d’exil après, le leader nationaliste a retrouvé sa terre natale en mars 2000, à la faveur d’un accord de paix signé le 7 février à Paris. Qui aboutira, après de difficiles négociations au cours desquelles il devra faire preuve de toute sa sagesse, pour éviter au pays un nouveau déchirement, à l’Accord de Paix du 12 mai 2001 signé à Djibouti et que le Chef de l’Etat s’était solennellement engagé à scrupuleusement respecter, tout en décorant Ahmed Dini de la plus haute distinction nationale.

La violation systématique et éhontée de cet Accord historique par la partie gouvernementale au plus haut niveau, a certainement et négativement pesé sur sa santé qu’avaient déjà fragilisée plus de deux décennies de trahisons et de reniements dont il fut victime.

La création de l’ARD, partie prenante de l’opposition nationale regroupée au sein de l’UAD, a été son ultime tentative pour œuvrer à l’édification d’une Nation Djiboutienne véritablement démocratique et enfin réconciliée avec elle-même.

Terrassé par la maladie, c’est enfin entouré de l’amour des siens, de la considération de ses compagnons de l’UAD et du respect unanime de ses compatriotes, qu’Ahmed Dini s’est éteint à Djibouti le 12 septembre 2004, sans avoir assisté à la concrétisation de ses idéaux, mais apaisé d’avoir tenté, jusqu’à la fin de ses jours, d’établir entre tous les Djiboutiens la Paix des cœurs comme le prône l’Islam.

Dini le mortel est parti, Allah l’Eternel reste !
Inna Illaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun


Messages et témoignages

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Union pour l’Alternance Démocratique
(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Au nom de l’Union pour l’Alternance Démocratique et en mon nom personnel, j’adresse mes condoléances les plus attristées à la famille de notre très regretté Président Ahmed Dini Ahmed. Homme de parole et combattant de la Liberté, Ahmed Dini Ahmed a toujours été en première ligne pour la défense des valeurs chères à tout peuple et à toute personne : la Justice, les Droits de l’Homme, la Liberté et l’Unité Nationale.
Pieux, l’Homme d’Etat que nous avons connu était une personnalité exceptionnelle.

A nos concitoyennes et concitoyens nous promettons que le Droit et la Justice vaincront l’arbitraire.
En ami convaincu de la justesse de son combat, je ne puis que garantir la poursuite du juste combat qui nous a unis, pour consolider les idéaux de Paix, de Justice et de Démocratie dans l’Unité retrouvée.
Qu’Allah l’abreuve en Son Paradis.

Pour l’UAD
Ismael Guedi Hared


Front pour La Restauration de l’Unité et de la Démocratie
(FRUD)

C’est avec stupeur et grande tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur AHMED DINI AHMED, intervenu dans l’après-midi du 12 septembre 2004.

Avec la disparition d’AHMED DINI, le pays perd un grand homme d’Etat qui s’est toujours distingué, en première ligne dans les combats pour les causes justes : comme l’Indépendance, la Démocratie et la Justice. Je sais pour l’avoir côtoyé quelque temps, son sens élevé de l’Etat, sa vaste culture et sa ferveur pour la religion musulmane qu’il pratiquait avec piété et humilité.

Je présente au nom du FRUD et en mon nom personnel nos condoléances les plus attristées à sa famille et à ses proches et à ses amis.

 » INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJIOUN « 

Le Président du FRUD
Ali Mohamed Daoud


Ligue Djiboutienne pour la Défense des Droits Humains
(LDDH)

La République a perdu, le 12 septembre 2004 vers 15 heures, un grand homme d’Etat, un sage et courageux patriote Ahmed Dini Ahmed. C’est au nom de la LDDH et en mon nom personnel que j’adresse mes sincères condoléances à la famille et aux proches du regretté Ahmed Dini Ahmed. Il fut, pour moi, un compagnon de lutte pour l’indépendance de notre pays. Porte-Parole et Directeur du journal  » Le Populaire « , j’ai été, lors de ces heures glorieuses, son proche collaborateur en charge de l’administration du parti indépendantiste, la Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance – LPAI.

Puis, entre le 8 mai 1976 et le 27 juin 1977, c’est en tant que Secrétaire du Bureau de l’Assemblée Nationale, et sous la Présidence de Ahmed Dini Ahmed, Président du pouvoir législatif, que j’ai travaillé dans la commission mixte composée de la France et du gouvernement de transition. Toujours animé d’une intégrité intellectuelle et morale sans faille, Ahmed Dini Ahmed, une personnalité politique exceptionnelle, avec qui j’ai toujours entretenu d’excellentes relations était, à tous égards, le véritable Père de la Nation. Il était le principal artisan des textes fondamentaux de notre République et des Accords de coopération avec la France dans ces années-là.

Courageux, persévérant, ferme, dans ses décisions et brillant orateur (dans toutes les langues de notre pays), il fut celui qui avait réussi à mobiliser l’ensemble de la population djiboutienne, dans l’Unité, pour l’accession à notre souveraineté nationale et internationale. J’ai connu cet homme de parole qui a toujours respecté ses engagements dans la patience et l’abnégation. Fin négociateur, il avait réussi à mener avec doigté le long et difficile processus des pourparlers avec l’administration coloniale entre 1975 et 1977. Je rends ici hommage à mon compagnon, à l’homme d’Etat, au grand Homme qui m’a appris que la fermeté et l’intransigeance doivent toujours guider toute question relevant de la défense des Libertés et des Droits fondamentaux. Pour lui, ce n’était qu’ensemble que nous pouvions combattre avec efficacité en faveur du Bien-être de nos populations rassemblée contre l’arbitraire et l’injustice.

Depuis la création de la LDDH le 9 mai1999 jusqu’à la signature de l’Accord Cadre à Paris du 7 février 2000, grâce à ses impulsions démocratiques, à sa foi et ses convictions personnelles, il n’avait pas manqué, quelles que soient les circonstances, de consulter les Défenseurs des Droits de l’Homme de la LDDH, pour le respect des Libertés, sur toutes les questions relevant du respect des Droits de l’Homme, surtout en cette période difficile où les exactions sur les populations civiles du nord et sud-ouest étaient des pratiques régulières et courantes du régime, pratiques intolérables, insoutenables et inadmissibles.

Avec sa disparition, nous perdons aujourd’hui, le négociateur hors pair, actuellement le seul homme politique clairvoyant et soucieux de la promotion de l’intérêt général dans un pays qui sort d’une guerre fratricide de dix ans. Il appartient aujourd’hui à tout responsable politique et principalement au gouvernement de réaliser les vœux de notre regretté, compagnon et ami populaire, Ahmed Dini Ahmed : l’application effective des accords de paix du 12 mai 2001, car Ahmed Dini Ahmed n’a jamais failli à ses engagements.

Mon frère Ahmed Dini Ahmed, je peux t’assurer que le peuple est reconnaissant et compatissant.

Adieu frère Ahmed Dini Ahmed, que Dieu Tout-puissant garde ton âme en Paix. Amin

Le Président de la LDDH
Jean-Paul Abdi Noël


COMMUNIQUÉ DE L’ARD

En cette douloureuse occasion qu’est la disparition d’Ahmed Dini, Père de la Nation, la Direction de l’ARD partage sa tristesse avec l’ensemble de la population djiboutienne.

La Direction de l’ARD remercie toutes ses concitoyennes et tous ses concitoyens pour l’émouvant hommage rendu à la mémoire du regretté Ahmed Dini et les exhorte à continuer son juste combat pour l’édification d’une Nation harmonieuse, juste et démocratique.

Enfin, la Direction de l’ARD demande à ses militants de rester mobilisés et de continuer les travaux au sein des annexes pour préparer le futur congrès du parti.

La Direction de l’ARD


REMERCIEMENTS

La famille du regretté Ahmed Dini remercie toutes celles et tous ceux qui, par leurs messages, témoignages, prières, présence et soutien, lui ont témoigné leur sympathie en cette douloureuse circonstance.

Qu’ils trouvent ici l’expression de sa plus sincère gratitude.

Inna Lillaah Wa Innaa Ilayhi Raaji’uun

Au nom de toute la famille
Cassim Ahmed Dini


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

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Réalité numéro 103 du mercredi 30 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’Awaday avant le Day
  4. M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)
  5. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)
  6. Souveraineté pour l’Irak
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 103

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DECENTRALISATION :

TRAHISON AVEC PREMEDITATION

Ce qui est pathétique dans le triste spectacle politique que ce régime inflige à ses concitoyens, c’est que les gesticulations des figurants qu’il envoie en première ligne en leur imposant les plus douloureuses contorsions, cherchent à vainement masquer une usurpation fondamentale. Le droit de dire tout et son contraire, n’importe quoi tout en faisant son contraire, presque simultanément, n’est possible que pour le privilégié qui n’a aucun compte à rendre, et d’abord à sa propre personne. Posture carpe diem heureusement en voie de disparition partout ailleurs dans le monde, mais qui a malheureusement cours ici, comme l’illustre de façon caricaturale la dernière intervention du Premier ministre à l’Assemblée Nationale lors d’une séance impromptue sur les difficultés à instaurer la décentralisation en République de Djibouti.

Par une volte-face qui n’étonnera que les plus candides, celui qui n’a pas absolument aucun compte à rendre à un pouvoir législatif, devant lequel il n’est constitutionnellement pas responsable, a annoncé que son gouvernement, subitement plein de sagesse, et de respect pour ses concitoyens comme pour les partis politiques d’opposition, estimait trop lourd pour ses maigres épaules le fardeau de la décentralisation. Nous apprenant incidemment l’énorme priorité que son chef de gouvernement y accorderait, croyant savoir que les partis politiques de l’opposition y auraient montré leur attachement et étant donné l’importance que le peuple djiboutien attacherait à sa concrétisation, il s’engage à prochainement provoquer un vaste débat national sur la question. A la bonne heure ! Tirer d’abord, discuter ensuite : telle semble la philosophie sauvagement western en vigueur, qui nous oblige à rappeler quelques malversations, commises par l’autre partie signataire, contre une décentralisation qui devait être l’un des acquis majeurs de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Après en avoir complètement, illégalement et unilatéralement dénaturé la portée, vouloir aujourd’hui nous associer à un prétendu constat d’échec ou d’impossibilité de cette avancée démocratique est donc la dernière trouvaille de ces dirigeants dont le sérieux n’est manifestement pas la qualité première. Il nous est difficile d’oublier que l’Assemblée Nationale, certainement sur instruction du chef de l’Etat, a estimé utile de remanier le projet de loi s’y rapportant, tel qu’adopté par les négociateurs et annexé à l’Accord, en abrogeant purement et simplement l’article instituant une Commission Nationale de Décentralisation chargée de veiller à la mise en place des régions décentralisées. De composition mixte, c’est elle qui devait normalement piloter tout le processus et en évaluer les difficultés, le cas échéant. Dire que cette nouvelle manœuvre bassement politicienne, visant à impliquer l’opposition dans une posture de constant sabotage risque fort de rencontrer une fin de non-recevoir, c’est encore rester courtois, par respect pour nos concitoyens et lecteurs. Car, en considérant l’ensemble du contentieux qui nous oppose au régime, tant en ce qui concerne la violation des principales dispositions de l’Accord de Paix que pour ce qui est de la participation de l’UAD aux dernières législatives, nous associer à une instance de concertation prétextée par le gouvernement équivaudrait à faire fructifier le produit d’un vol.

Si ce régime de gaspillage et de fraude souhaitait réellement une quelconque avancée démocratique dans ce domaine, il aurait commencé par budgétiser le nouveau district d’Arta ou ne pas condamner celui d’Obock à l’enclavement.


Brèves nationales

Célébration de l’Indépendance :

Un 27ème anniversaire des plus moroses

De l’avis général, les festivités marquant la célébration de la fête de l’Indépendance étaient empreintes cette année d’une grande morosité. Pourtant, le régime en campagne n’avait pas lésiné sur la propagande et les artifices. Rien n’y fit : tant dans la Capitale que dans les districts de l’Intérieur, les réjouissances populaires n’avaient rien de la spontanéité et de l’éclat d’antan. Plus préoccupés par leurs conditions de vie quotidienne qui se dégradent, nos compatriotes ne cachaient par leur ras-le-bol à l’encontre des dirigeants qui ont échoué et leurs sempiternels mensonges.

En effet, la réalité vécue au quotidien contredit durement les promesses de lendemains qui chantent, sans cesse ressassées par ce régime d’affairistes.

Comment oublier que depuis le début de ce mois, les coupures d’eau et d’électricité, qui sont redevenues quotidiennes dans plusieurs quartiers de la Capitale, sont les pires enregistrées depuis 1999 ?

A cela s’ajoute l’exaspération des populations rurales victimes de la sécheresse, de la soif et du manque d’électricité dans les rares localités électrifiées des districts de l’Intérieur.

Par ailleurs, l’aggravation du chômage des jeunes malgré l’émergence d’un miraculeux secteur privé, a fait comprendre à tous qu’avec ce régime prédateur, l’intérêt personnel passe avant l’intérêt général.

Au chapitre des déclarations officielles, inutile de commenter la langue de bois et l’autosatisfaction de circonstance ; tout juste avons-nous relevé que cette année, le chef de l’Etat a cité parmi ses inaugurations la pose de la première pierre à Balbala d’un orphelinat entièrement financé par la générosité extérieure.

Pour en finir avec l’esbroufe présidentielle, rappelons que l’an dernier à la même époque, le citoyen-président discourait à n’en plus finir sur les miraculeuses retombées attendues du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh…

On connaît la suite.

Qui attend qui ?

Comédie présidentielle sur fond musical

Après avoir débité un insipide discours en français, contrairement aux fêtes de l’Aïd où notre polyglotte s’exprime en langue maternelle et en arabe, le chef de l’Etat s’est fendu d’un discret et complice aparté avec la troupe du 4 mars: «M’attendez-vous ou est-ce moi qui vous attend ?». Et, d’une façon dont la spontanéité aurait fait pâlir de jalousie tous les despotismes de la planète, laquelle troupe partisane d’entonner aussitôt un retentissant «Mudanoow Ismaciil, magacaagu dheera». Ce qui aurait boosté notre tribun national, se fendant aussitôt d’un discours terne à faire bailler ceux qui avaient la chance de le comprendre dans le texte.

L’homme qui a érigé le culte de la personnalité en méthode de gouvernement est tout sauf modeste.

Ministre de la Maison du Roi :

A quoi servent les Affaires Présidentielles ?

Comme quoi les grandes confidences se font souvent dans les langues nationales. Ainsi, dans son discours prononcé en langue somali à l’occasion du 27ème anniversaire de l’indépendance, le chef de l’Etat a implicitement reconnu la prédation financière sévissant en haut lieu.

Oubliant au passage que cette dernière est essentiellement due à l’impunité assurée par son régime à ses prédateurs, le chef de l’Etat aurait déclaré vouloir protéger les investisseurs et quil serait malade à chaque fois qu’il apprenait qu’un commerçant aurait été dépossédé de ses papiers et délesté de son argent. Est-il besoin de lui rappeler que tous ces investissements à vocation productive passent obligatoirement par son ministère chargé des Affaires Présidentielles et de l’investissement ? D’ailleurs, il devrait commencer par donner lui-même l’exemple sur certains aspects de l’Accord de paix du 12 mai où il est loin de se prévaloir d’un quelconque respect pour le salaire d’autrui.

Sous Louis XIV, il existait un Ministre de la Maison du Roi, spécialement chargé de surveiller la perpétuation et l’acquisition des titres de noblesse.

A Djibouti, le ministère des Affaires Présidentielles semble donc s’occuper des investissements personnels du chef de l’Etat ou de ceux qu’il sponsorise, dans l’intérêt supérieur de l’économie djiboutienne bien entendu : honni soit qui mal y pense.. Si ce dernier s’est vraiment repenti depuis son dernier pèlerinage à la Mecque, tant mieux pour notre développement national. Il ne faut donc jamais désespérer de la nature humaine.

Mais, comme l’aurait affirmé la souris entendant que son ennemi le chat serait devenu Hadj, «Tonton chat a toujours le même regard », prédateur bien sûr. Et, ayant anticipé sur le bond gourmand du chat qui voulait la dévorer, elle se serait exclamée : « c’est parce que nous le savions que nous avons creusé un trou ».

Il y a donc malheureusement fort à parier que ce cri de détresse présidentiel ne rencontrera aucun écho allant dans le sens de la bonne gouvernance et de la protection des investissements privés : on imagine mal son Ministre des Affaires Présidentielles sabotant les investissements privés sans une quelconque immunité accordée par son patron direct. On raconte même que l’usine de production de briques argileuses, appartenant à un proche parent par alliance du chef de l’État aurait en fait été spoliée et son bien confisqué à son propriétaire légitime.


L’Awaday avant le Day

CAPRICE PRÉSIDENTIEL ?

Chantre du développement agropastoral, notre illustre agronome exploite quelques hectares à Damerjog, Ambouli et au Day. C’est dans ce dernier village, autrefois célèbre pour sa forêt primaire et la douceur de son climat, et aujourd’hui connu pour son jardin présidentiel, que le chef de l’Etat serait actuellement en train de bâtir une nouvelle résidence secondaire.

 

Des ouvriers venus de la Capitale seraient d’ores et déjà à l’œuvre sur ce chantier, non sans susciter une légitime frustration parmi les nombreux jeunes chômeurs de ce village, dont une quinzaine devait être embauchée sur ce chantier et qui attend toujours d’être convoquée.

Au chapitre de la soif, la population du Day se plaint de la pénurie d’eau causée, dit-on, par le faible débit du forage de Garenlé pendant l’été. De plus, en raison de la sécheresse, les points d’eau traditionnels seraient pratiquement tous taris.

Outre ces facteurs climatiques, le manque d’eau constaté cet été par les nombreux vacanciers installés dans cette station d’altitude serait principalement dû à la priorité d’approvisionnement dont bénéficieraient le jardin présidentiel et les militaires affectés à la garde de la propriété présidentielle, à quelques dizaines de mètres de son jardin d’acclimatation.

Selon plusieurs sources indépendantes, la fontaine publique du Day, au service de la population, ne fonctionnerait que deux jours par semaine, les autres jours, l’eau serait réservée aux militaires et aux milliers de plants de khat Awaday et de café appartenant au docteur honoris causa.

Certes, le charme bucolique de ce village et son climat vivifiant ont toujours attiré de nombreux visiteurs, le tourisme a un avenir certain dans cette région. Mais, aujourd’hui, force est de déplorer que le projet d’alimentation en eau du Day n’ait pas tenu toutes ses promesses, malgré des investissements conséquents.

L’on s’en souvient, le jour de l’inauguration de cette fontaine publique, la plus haute du pays, les médias gouvernementaux claironnaient en chœur que l’arrivée de l’eau courante allait favoriser le développement touristique de ce village. Malheureusement, l’unique centre touristique, pourtant bien fréquenté, voit son développement limité à cause justement de cette pénurie d’eau.

Par ailleurs, les touristes sont systématiquement interceptés par des militaires de la garde présidentielle postés dans l’enceinte de la propriété présidentielle, se permettant même de refouler les touristes étrangers non munis d’un document supposé être délivré par l’Office de Tourisme. Ce document existe-t-il vraiment?

Toujours est-il qu’un tel comportement de ces militaires zélés constitue une entrave inadmissible au développement du tourisme au Day où cette activité fait vivre des familles. Les sages du village se plaignent d’ailleurs de cette intolérable situation : après le sabotage gouvernemental des programmes de réhabilitation dont le Day aurait normalement dû bénéficier en tant que zone affectée par le conflit civil, cette présence armée et nerveuse empêche de nombreux touristes de profiter des potentialités naturelles qu’offre leur cadre de vie. Car la présence de ces hommes armés embusqués, sans aucun point de contrôle visible, contribue à donner au paisible village du Day des allures d’une cité interdite.

Rappelons qu’autrefois l’Etat exploitait dans ce village un centre d’estivage réputé, Faute de réhabilitation, ce complexe est aujourd’hui en ruine et hors service.

Le développement agropastoral version chef de l’Etat se résume pour le moment à une militarisation rampante d’une des plus belles régions touristiques de notre pays.

A NOS LECTEURS

La Rédaction informe ses aimables lecteurs qu’en raison de la préparation du congrès de l’ARD, qui doit se tenir en septembre prochain, Réalité cessera de paraître à compter de cette semaine. Le numéro 104 sera disponible en kiosque le mercredi 8 septembre 2004.

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M. Kadamy s’exprime dans LNA (fin)

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Mohamed Kadamy

C’est donc à désespérer d’une certaine nature humaine parce que « chassez le naturel, il revient au galop » : dans la première partie de son interview accordée aux Nouvelles d’Addis, M. Kadamy avait démontré en quoi une structure mentale façonnée par son expérience ne pouvait prédisposer le chef de l’Etat à miraculeusement se transformer en un démocrate inguérissable. Violations systématiques des accords de paix et mépris accordé aux aspirations populaires découleraient donc d’une trajectoire répressive considérant qu’un dirigeant doit plus inspirer la crainte que le respect. Les murs récemment badigeonnés par des chômeurs en colère lui ont pourtant prouvé que cette peur avait des limites : celles dressées par l’irrépressible droit à la vie. Après ce profil psychologique, voici la seconde et dernière partie de son interview : il analyse en quoi ce régime est irrémédiablement condamné et quelles sont les conditions de la construction d’une véritable identité djiboutienne, ancrée dans les respect des règles démocratiques et respectueuse de sa diversité.

LNA : Depuis l’indépendance, les parties nord et sud-ouest de Djibouti habitées par les Afars ont été marginalisées. Avec l’accord de 2001, la situation devait évoluer. Qu’en est-il ?

MK : Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance. Il fut contraint de signer deux accords de paix en six ans avec deux factions du Frud. Ces deux accords qui portent l’empreinte d’Ismaël Omar Guelleh et reflètent son intransigeance, ont radicalisé le système et marginalisé encore plus la communauté afar.

L’accord signé en mai 2001 a déçu par son contenu partiel, entraînant son rejet par une partie du Frud. Il était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques ; M. Ahmed Dini s’est ralliée à cette idée et dénonce les violations du traité par le pouvoir. Même la reconstruction et la réhabilitation des zones affectées durant la guerre, dont le financement a été accepté par la communauté internationale, n’ont pas reçu l’aval du pouvoir.

Le volet décentralisation a été détourné de ses objectif ; par un nouveau découpage administratif, le régime essaie d’introduire les germes de division communautaires ( exemple : le district d’Arta). Sur ce mal ethnique qui ronge notre pays par son instrumentalisation effrénée par le pouvoir, l’irresponsabilité a élu domicile au sommet de l’Etat. Traiter cette question comme le fait le chef de l’Etat relève au pire de folie inconsciente, au mieux de cécité politique.

M. Guelleh qui semble s’intéresser à la question somalienne, n’a tiré aucune leçon de l’expérience de ce pays. Il emprunte le même chemin que l’ancien président de la Somalie, Ziad Barré, qui a laissé derrière lui les ruines que l’on sait. Les Afars n’ont jamais été autant marginalisés dans ce pays, à telle enseigne qu’une partie de cette communauté se sent exclue et accuse l’Etat d’être un instrument de domination et de marginalisation de son entité.

La population des zones rurales de Tadjourah et d’Obock est toujours harcelée par l’armée, accusée de soutenir et d’héberger les combattants du Frud, les maisons des habitants sont toujours occupées par les familles des militaires qui ont des droits exclusifs pour exercer le commerce. Aussi, nous demandons au gouvernement éthiopien de ne pas expulser les réfugiés djiboutiens vivant déjà dans des conditions difficiles en Ethiopie, comme le réclame Djibouti.

LNA : Au plan économique et social, quelle est la situation à Djibouti ?

MK : Il y a une légère embellie économique, par les retombées financières des présences militaires. Les fonctionnaires sont payés régulièrement depuis six mois, même s’il reste toujours quatre mois d’arriérés de salaires. L’Etat n’arrive toujours pas à honorer ses dettes intérieures qui ne cessent d’augmenter. La France a certes accru son aide directe, portée à 30 millions d’euros sous la pression de la présidence de Djibouti, mais au détriment de son aide à la Santé et à l’Education qui a diminué considérablement. Les aides américaines alimentent en grande partie les caisses des dirigeants. Le chef de l’Etat, qui porte la corruption en bandoulière, n’a pas hésité à transférer les caisses du Trésor public dans son palais officieux de Haramous.

Donc, cette manne financière ne profite pas à la population. La pauvreté progresse ; la misère et les maladies sont visibles et en nette augmentation ; des cas de pré-famine sont signalées dans certaines zones du pays. Nous assistons à la paupérisation d’une certaine classe sociale salariée ; employés, instituteurs, professeurs. Plus de la moitié des enseignants a déjà émigré en Europe et au Canada.

LNA : Le Président Guelleh a évoqué la possibilité de réduire la dépendance économique liée à la présence militaire étrangère à Djibouti. Est-ce envisageable ?

MK : C’est envisageable et c’est souhaitable. Depuis l’indépendance, notre pays est de plus en plus dépendant économiquement de la présence militaire étrangère ; cette tendance s’est accentuée depuis que Djibouti est devenu porte-avion multinational (après le 11 septembre 2001), et ce bien qu’il soit le seul débouché maritime de l’Ethiopie (pays de 70 millions d’habitants). Mais il n’y a aucune volonté de la part du régime d’inverser cette tendance en dépit des grands secours. Quand bien même viendrait cette volonté, elle se heurterait à deux obstacles majeurs. On ne peut pas créer les infrastructures indispensables au développement d’un pays en considérant les deux-tiers de sa superficie comme territoire ennemi, interdit d’investissement économique. Deux exemples édifiants : l’usine d’eau de Tadjourah a été détruite par l’armée et on vient d’inaugurer une usine de traitement de l’eau à Ali-Sabieh, en février 2004 ; de la même manière, l’armée a détruit la pêcherie d’Obock et on a construit une nouvelle pêcherie à Djibouti.

Deuxième handicap au développement de Djibouti, seuls les membres du lignage du Président et quelques personnes liées à la sécurité peuvent entreprendre des activités économiques, faire du commerce, bénéficier des crédits bancaires ou créer des associations. C’est un non-sens économique, dans la mesure où on prive le pays de ses meilleures ressources territoriales et humaines. Dernière anecdote en date : le chef de l’Etat a menacé de fermer la Banque de Commerce et d’Industrie Mer Rouge (BCI-MR) qui refusait d’embaucher son frère…

LNA : Comment expliquer le soutien des Etats-Unis et de la France au régime ?

MK : Nous sommes peut-être prisonniers de la géographie. Ce qui semble intéresser les puissances présentes à Djibouti, c’est le site géostratégique, le basalte, le sable, comme s’il s’agissait d’une terra nulla. Sinon, comment comprendre qu’à quelques centaines de mètres des troupes américaines, la population du nord souffre de la soif ? Il est de notre devoir de rappeler qu’il existe une population djiboutienne (certes de dimension modeste) qui souffre dans sa chair d’une dictature. Nous disons aux Français, aux Allemands et aux Américains, militairement présents sur notre sol, de mettre en concordance leur profession de foi démocratique et leurs pratiques à Djibouti qui renforcent le pouvoir de Guelleh qui est une vraie calamité pour sa population.

Si Guelleh obtient un deuxième mandat en 2005, ce sera une véritable catastrophe pour le pays et un danger pour la région.

Djibouti est un champ idéal pour les entraînements militaires, aujourd’hui essayons d’en faire un espace pour des expériences démocratiques. C’est aux Français, aux Allemands et aux Américains de prouver que les présences militaires étrangères ne sont pas toujours antinomiques avec l’instauration de la démocratie dans un pays.

Mais les solutions restent endogènes. C’est aux Djiboutiens de tirer un trait sur ce régime qui n’a que trop duré, de se rassembler d’une façon large, au-delà des forces de l’opposition, autour d’un nouveau consensus, d’une nouvelle orientation, en rupture avec les préférences lignagères et les pratiques mafieuses, pour faire émerger une entité nationale et démocratique.

COMMENTAIRES

Quoi que nous approuvions entièrement les analyses de M. Kadamy selon lesquelles ce régime constitue, par ses pratiques mafieuses, un frein au développement économique du pays et par sa nature despotique, un obstacle à son émancipation politique, il est de notre devoir de nous démarquer d’une assertion que nous ne pouvons cautionner.

En effet, prétendre que l’accord de paix du 12 mai 2001 « était voué à l’échec parce qu’il ne répondait pas à l’aspiration du peuple et ne contenait pas les réformes démocratiques » est un peu vite aller en besogne. D’ailleurs, l’importance de ses dispositions est clairement soulignée par le régime lui-même : on ne s’acharne pas à violer aussi systématiquement ce qui n’a aucune portée significative ! La violation d’un traité de paix est donc la meilleure preuve de sa pertinence : même l’accord de paix d’Aba’a, dont nous nous étions en son temps désolidarisés, contient des chapitres essentiels qui n’ont jusqu’à présent trouvé aucun début d’application. A une différence près, et elle est significative : si les salaires des cadres du FRUD-armé ont été détournés par le régime, (en une sorte d’hommage rendu par l’impuissance du bourreau à la détermination de ses victimes), c’est parce que l’espace de liberté conquis en 2001 sape les fondements d’un régime pour qui droit au travail rime avec reptation partisane.

Quant aux réformes démocratiques dont M. Kadamy regrette l’absence, elles sont en fait si présentes que, dans le cadre d’une compétition électorale sincère et transparente, même l’ancien parti unique avait ses chances. Mais, comme il le dit si bien lui-même, « Le régime de Djibouti est réputé pour le non-respect des traités qu’il considère comme des bouts de papier sans importance» : donc le violeur n’est qu’un vulgaire voleur contre lequel il faut défendre notre patrimoine commun.

C’est pour cela que nul n’a le droit d’avancer que l’accord de paix du 12 mai 2001 « ne répondait pas aux aspirations populaires » : c’est justement pour se réapproprier le désir de paix et de réconciliation de ses compatriotes que le chef de l’Etat s’était donné ce jour-là en spectacle au Palais du Peuple, jurant qu’il veillerait personnellement à la stricte et honnête application de toutes ses dispositions. Si, après cela, des volets quasiment humanitaires comme la réhabilitation des zones affectées par le conflit et l’indemnisation des biens civils détruits ou pillés par certains éléments des troupes gouvernementales, sont sabotés au plus haut niveau de l’Etat, il s’agit uniquement d’un reniement qui aurait normalement dû dissuader l’actuel locataire de Haramous de briguer un second mandat !

Cela étant, M. Kadamy est tout à fait fondé à inviter toutes les forces nationales éprises de paix et de libertés, de conjuguer leurs efforts pour chasser ce régime de prédation et de division. Quand on voit à quel point le système politique djiboutien est bloqué, toute possibilité de transition démocratique étant rendue impossible par la fraude institutionnalisée, une question vitale pour tous les partis d’opposition devra trouver réponse : un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? A moins d’être bien sûr amphibie, c’est-à-dire d’accepter toutes les compromissions, ce qui ne sera jamais notre cas.

A n’en pas douter, cette question des limites d’une action politique dans ce système bloqué sera sérieusement débattue lors du prochain congrès de notre parti.

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L’ARD tient congrès

Pas de parti efficace sans citoyen respecté

Comme nous l’annoncions la semaine dernière, conformément aux dispositions statutaires et au regard de la situation politique nationale, notre parti tiendra son congrès en septembre prochain. Un peu moins de deux ans après sa création, ce sera l’occasion historique d’évaluer la place de l’ARD dans le champ politique djiboutien en général et au sein de l’opposition regroupée sous le sigle UAD en particulier. Mais il sera surtout question de mesurer sans complaisance la portée réelle du multipartisme intégral institué à partir de septembre 2002 (au regard des fraudes électorales institutionnalisées) tout comme la pertinence d’une paix qui s’est traduite par si peu d’améliorations dans la vie quotidienne de nos concitoyens, permettant surtout à quelques oisifs, parasites et sectaires de paître et de s’engraisser au détriment du développement économique et de la réconciliation nationale.

« Un poisson peut-il vivre hors de l’eau ? » : telle est la question centrale à laquelle les congressistes devront répondre septembre prochain lorsqu’un congrès de l’ARD les réunira. En d’autres termes, il s’agira d’évaluer quelle est la raison d’être d’un parti politique que l’environnement institutionnel empêche de pleinement s’exprimer, du fait de la coupure, légalisée par un Conseil Constitutionnel que le ridicule ne tuera pas, entre l’action partisane et la volonté du citoyen.

En premier lieu, il convient d’admettre que la légitimité de tout parti politique digne de ce nom est quelque peu discrédité quand l’accès à la citoyenneté (aux pièces d’identité nationale) est interdit à une frange importante de ses concitoyens. Des titulaires des Kaar-Dameer, normalement temporaires aux innombrables citoyens du nord et du sud-ouest, en passant même par certains éléments de l’ex-FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalis) jusqu’à présent traités comme des éléments étrangers, déçus dans leur légitime espoir sont tous ceux qui espéraient que la Commission de la Nationalité, prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001, les restaurerait enfin dans leurs droits les plus inaliénables. La violation de cette disposition essentielle est la plus grave qui soit, car elle perpétue une inégalité fondamentale obérant gravement toute réelle tentative de construire une identité djiboutienne : quelle unité alors pour une Nation aux contours si partialement et si dangereusement définis ?

Comble de l’intolérable, certains de nos congressistes, à l’instar de tel notable pourtant appointé par l’Etat, risquent fort d’être des apatrides sur leur propre sol, le régime les ayant privés de la carte d’identité nationale et leurs enfants oubliés des registres d’état civil !

D’autant plus que sans pièces d’identité nationale, l’obtention de la carte d’électeur devient injustement conditionnée par l’engagement formel (donnant par exemple droit à une ration d’une aide alimentaire internationale censée être garantie à tous les nécessiteux) de voter pour les candidats cooptés du parti au pouvoir. L’inacceptable taux d’abstention enregistré lors des législatives de janvier 2003 s’explique essentiellement par cette rétention volontaire et sectaire des cartes d’électeur : le chantage à la citoyenneté comme préalable à une sélection despotique de ceux habilités à exprimer leurs choix partisans.

Mais même les titulaires d’une carte d’électeur ayant normalement voté ont vu leurs préférences souveraines, certainement diverses et variées, détournées au profit de l’ancien parti unique, s’octroyant la part du lion, souvent au désavantage de ses propres alliés de circonstance. Car ce n’est un secret pour personne : ce sont les listes unitaires de l’opposition regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui auraient normalement dû être déclarées victorieuses et leurs membres majoritairement siéger sur les bancs de l’Assemblée Nationale issue de ce scrutin, si et seulement si le régime respectait l’expression de la volonté populaire.

Dans ces conditions, pourquoi donc participer à toute future consultation électorale quand la fraude se profile déjà à l’horizon ? En d’autres termes, est-il pour le moment de la vocation des partis politiques d’opposition d’accepter de se cantonner dans un rôle de putching-ball servant uniquement de faire-valoir masochiste et de caution démocratique à un régime réfractaire à tout respect de ses concitoyens ?

En définissant la place de leur parti dans l’espace politique national, nos concitoyens seront surtout invités à définir leur propre rôle en tant que militants, citoyens et électeurs. Car, en définitive, plus que l’Accord de Paix du 12 mai 2001 et la pleine participation des partis politiques d’opposition au débat national, c’est le droit inaliénable des électeurs à librement choisir l’alternance démocratique que ce régime bafoue si impunément, tout simplement parce que partis d’opposition et électeurs conscients de la nécessité du changement, sont les seuls à respecter la légalité républicaine.

Mais, en entérinant le fait que l’ARD prenne acte de l’impossibilité de toute vie politique pacifiée, respectueuse du choix de chacune et de chacun, nos congressistes auront enfin à répondre à une autre question, fondamentale : par quelle autre option remplacer cette politique de la chaise vide ? Choix cruciaux donc pour l’avenir du pays.

=======================================================================================Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (fin)

Quelle que soit la portée historique de la libération de la France par les forces alliées, soixante ans après, la situation du Bataillon Somali est des plus précaires comme celle de leurs frères d’armes du continent par rapport à ceux issus des pays du Nord. Même, les anciens combattants de l’ex bloc de l’Est ne vivent pas dans une telle condition de précarité. Depuis les indépendances, laissés pour compte, ces combattants de second rang sont injustement lésés.

S’agissant comme nous l’avions écrit dans nos précédentes colonnes d’une ingratitude, réelle de la France, sa politique a en tout temps fluctué en ce qui concerne la situation sociale et sanitaire des bataillons africains en fonction d’une part, du passé historique du chef de l’Etat Français, chef des Armées et, d’autre part de l’idéologie politique. Plus clairement, de Gaulle, Mitterrand et dans une moindre mesure Pompidou portaient une attention particulière à la situation des libérateurs de la France par rapport aux autres présidents de la cinquième République, malgré la présence dans leur entourage de vétérans de la résistance, tels que Chaban Delmas, Messmer, Juillet, Foccart.

Ce qui explique l’importance et le rang que revêtait, selon l’époque, l’organe responsable de cette catégorie sociale que sont les anciens combattants de la dernière guerre mondiale. Tantôt Ministre des anciens combattants, tantôt Ministre Délégué aux anciens combattants, enfin Secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Toutefois, il y a toujours eu une politique relativement constante de la France dans le traitement de la situation des anciens combattants des anciens colonisés depuis les indépendances.

Au cours des deux septennats de François Mitterrand, sans réellement améliorer le sort du Bataillon Somali, les organisations de gauche de Djibouti bénéficiant du soutien des FFDJ, principalement le 5 RIAOM, avaient réussi à obtenir quelques avantages en faveur de cette catégorie de djiboutiens et de leurs veuves comme par exemple les soins gratuits (externes et hospitalisations) au sein des structures médicales françaises de Djibouti, les facilités pour le visa en cas de soins en France, etc… D’ailleurs un protocole d’accord avait été signé en ce sens par le Chef d’Etat-Major des FFDJ et l’ADFE.

Aujourd’hui, la culpabilité de la France à l’égard de ses libérateurs colonisés qui ont donné de leur sang pour la Liberté et la Vie est prouvée. En effet, si d’autres communautés victimes des dérapages de l’absolutisme politique ont été indemnisées, les communautés africaines portent encore en elles les séquelles du colonialisme. Le traitement discriminatoire de la France dans cette affaire entre des Combattants de ses ex-colonies et ceux de l’Hexagone et du monde riche constitue un élément de plus sur le peu de crédit que l’on peut lui accorder.

Tout a commencé par l’arrêt d’Amadou Diop qui dénonçait simplement la discrimination de la France entre combattants des guerres mondiales et coloniales sur la seule base de la nationalité. Cet arrêt exigeait tout simplement un traitement égal pour tous, tant sur le nombre d’années de service sous le drapeau que le même taux d’invalidité. Foulant au pied l’ensemble des procédures judiciaires gagnées par Diop, et bien entendu tous les Anciens Combattants des pays antérieurement sous domination française, le gouvernement français a décidé de passer outre la décision de son Conseil d’Etat de novembre 2001 en décrétant que les anciens combattants étrangers ne peuvent percevoir le même traitement que leurs frères d’armes français. Par cette décision discriminatoire il invente une méthode de calcul lui permettant de supporter seulement 150 millions d’euros sur un règlement des arriérés d’anciens combattants originaires de vingt-trois pays de ses ex-colonies estimés à 1,5 milliard d’euros.

En effet, un coefficient établi sur la parité du pouvoir d’achat du pays dont est issu l’ancien combattant par rapport à la parité du pouvoir d’achat par la France, sur la base des données du revenu national brut par habitant et par pays de la Banque Mondiale, exprimées en dollar US. Or, c’est là une escroquerie honteuse, tout un chacun sait qu’à Djibouti, outre les incidences économiques et financières de la contribution française sur le budget national, la présence de ses troupes et de leurs familles faussent totalement le pouvoir d’achat des djiboutiens. Le coût de la vie à Djibouti est rendu tellement cher par la propension à consommer de cette catégorie sociale, que les données de la Banque Mondiale restent erronées dans ce pays dont le dernier rapport des instances internationales établit la pauvreté à près de 70%.

Quant aux coefficients de parité des pays joints au décret n°2003-1004 du 3 novembre 2003, il ressort de sa lecture que l’Allemagne par exemple affiche en 2002 un coefficient 1, tandis que Djibouti qui a consenti plus de sacrifice dans cette guerre ne pointe qu’à 0,08. En ce sens qu’un décodage sérieux de ce document démontre une réelle discrimination dans le traitement des droits des combattants selon leur origine et le coût de la vie dans leur pays respectif. Même la Lituanie faisant mieux que Djibouti, pas le Sénégal, le droit annuel du Bataillon Somali, qui compte aujourd’hui moins de 100 rescapés, oscille entre 300 et 900 mille fd.

Cette spoliation n’aurait pas été la conséquence de l’indépendance des ex-colonies françaises, si les pouvoirs nationaux ayant succédé à l’administration française défendaient les intérêts de leurs ressortissants, comme l’ont fait récemment les Présidents du Sénégal et de l’Algérie face au Président Chirac et à son Secrétaire d’Etat chargé des Anciens Combattants. Nous souhaitons que d’une part les Associations formées par les fils et les filles de ces héros nationaux comme le 5 RIAOM, oeuvrent de concert pour le rétablissement des droits de cette catégorie sociale et pour la pérennisation de leur Histoire qui est celle de notre pays. L’absolutisme des pouvoirs n’est pas seulement d’ordre répressif, il est aussi forcément psychologique et économique.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti dans la nuit du 28 au 29 juin 2004 de M. Houssein Omar Djama dit Masri. L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 50 ans était connu et apprécié pour son amabilité, sa générosité et son patriotisme. Il laisse une veuve et deux enfants.

======================================================================================Souveraineté pour l’Irak

LETTRE DU PREMIER MINISTRE DU GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE

AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

Venant d’être nommé Premier Ministre du Gouvernement intérimaire irakien, j’ai l’honneur de vous assurer de la volonté du peuple irakien de mener à son terme le processus de transition politique afin d’établir un Irak libre et démocratique et celle de participer à la lutte contre le terrorisme et à sa prévention. Au moment où l’Irak entre dans une nouvelle phase critique, qu’il retrouve sa pleine souveraineté et qu’il s’achemine vers des élections, il a besoin de l’aide de la communauté internationale.

Le Gouvernement intérimaire irakien n’épargnera aucun effort pour s’assurer que ces élections seront libres, régulières et pleinement démocratiques. La sécurité et la stabilité demeurent des conditions du succès de notre transition politique. Il reste cependant en Irak des forces qui sont opposées à l’avènement de la paix, de la démocratie et de la sécurité, et parmi ces forces figurent des éléments étrangers. Le Gouvernement est déterminé à en venir à bout et à mettre en place des forces de sécurité capables d’assurer au peuple irakien un niveau adéquat de sécurité. Jusqu’à ce que nous puissions assurer nous-mêmes notre sécurité, et en particulier la défense de l’espace terrestre, maritime et aérien de l’Irak, nous sollicitions l’aide du Conseil de sécurité et de la communauté internationale. Nous demandons au Conseil de sécurité d’adopter une nouvelle résolution portant sur le mandat de la force multinationale pour contribuer à assurer la sécurité en Irak, notamment par les tâches et selon les dispositions énoncées dans la lettre du Secrétaire d’Etat, M. Colin Powell, au Président du Conseil de sécurité. Le Gouvernement irakien prie le Conseil de sécurité d’examiner à nouveau le mandat de la force multinationale quand le Gouvernement transitoire irakien en fera la demande ou dans un délai de 12 mois après l’adoption de la résolution.

Pour que le Gouvernement irakien s’acquitte de la responsabilité d’assurer la sécurité, j’ai l’intention d’établir des structures appropriées qui permettront à mon gouvernement et aux forces de sécurité irakiennes d’assumer progressivement cette tâche. L’une de ces structures est le Comité ministériel pour la sécurité nationale, présidé par moi-même et composé du Premier Ministre adjoint et des ministres de la défense, de l’intérieur, des affaires étrangères, de la justice et des finances. Le Conseiller pour la sécurité nationale, et le Directeur du service national irakien du renseignement seront des membres consultatifs permanents de ce Comité. Cette instance définira les grandes lignes de la politique irakienne en matière de sécurité. J’ai l’intention d’inviter, selon le cas, le commandant de la force multinationale, son adjoint ou son représentant, ainsi que toutes autres personnalités appropriées à participer aux travaux de ce Comité pour examiner les mécanismes de coopération et de coordination avec la force multinationale. Les forces armées irakiennes (la police, la police des frontières et le service de la protection civile) relèveront du Ministre de l’Intérieur ou d’autres ministres.

En outre, les ministres compétents et moi-même mettrons en place d’autres mécanismes de coordination avec la force multinationale. J’ai l’intention de créer, avec cette force, des organes de coordination aux niveaux national, régional et local ; ils comprendront les commandants des forces de sécurité irakiennes et des dirigeants civils ; ils s’assureront que ces forces agiront en coordination avec la force multinationale sur toutes les questions portant sur la politique et les opérations en matière de sécurité, afin d’assurer l’unité de commandement des opérations militaires dans lesquelles les forces irakiennes seraient engagées aux côtés de la force multinationale. En outre, la force multinationale et les dirigeants irakiens se tiendront mutuellement informés de leurs activités, se consulteront régulièrement pour assurer une allocation et une utilisation efficaces du personnel, des ressources et des équipements, échangeront des renseignements et feront remonter les problèmes par leurs filières respectives de commandement selon les besoins. Les forces de sécurité irakiennes assumeront progressivement les responsabilités plus grandes à mesure que les capacités irakiennes augmenteront.

Les structures que j’ai décrites dans cette lettre seront les instances dans lesquelles la force multinationale et le Gouvernement irakien se mettront d’accord sur l’ensemble des questions fondamentales relatives à la sécurité, et notamment la politique à suivre sur des opérations offensives délicates, et assureront une pleine coopération entre forces irakiennes et force multinationale à la faveur d’une coordination et d’une consultation étroites. Comme ce sont là des questions sensibles pour un certain nombre de gouvernements souverains, notamment l’Irak et les Etats-Unis, elles devront être résolues dans le cadre d’un accord mutuel sur notre partenariat stratégique. Nous travaillerons étroitement, durant les semaines qui viennent, avec les dirigeants de la force multinationale pour nous assurer que nous disposerons d’un tel cadre stratégique convenu.

Nous sommes prêts à assumer pleinement la souveraineté de l’Irak au 30 juin. Nous n’ignorons pas les difficultés avec lesquelles nous sommes aux prises, non plus que nos responsabilités devant le peuple irakien. Les enjeux sont élevés et nous avons besoin pour réussir de l’aide de la communauté internationale. Nous demandons donc au Conseil de sécurité de nous aider en adoptant dès maintenant une résolution nous apportant le soutien nécessaire.

Je crois comprendre que les auteurs du projet de résolution se proposent d’annexer le texte de la présente lettre au projet de résolution à l’étude. Dans l’intervalle, je vous prie de bien vouloir communiquer le texte de la présente lettre aux membres du Conseil dès que possible.

Ayad ALLAWI

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 102 du mercredi 23 juin 2004

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Réalité numéro 102 du mercredi 23 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Pour avoir refusé de ramper (3)
  4. M. Kadamy s’exprime dans LNA
  5. La LDDH vulgarise la décentralisation
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 102

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

MESSAGE DU PRÉSIDENT

27EME ANNIVERSAIRE :

LE DERNIER DE L’OBSCURANTISME

Fidèle à une liturgie festive qui a disparu partout ailleurs en même temps que les partis uniques, le régime se prépare activement à récupérer les multiples sacrifices indépendantistes en assénant à nos compatriotes chants et des chants douteux dont seules quelques troupes militaro-artistiques ont le secret. Peut-être plus activement que par le passé, car ce 27 juin 2004 est placé sous les pires auspices qui soient pour l’équipe au pouvoir, tout comme il augure de jours prochainement meilleurs pour le Peuple Djiboutien, dès lors qu’il revendique son droit à vivre décemment. Notre pays est véritablement dans une période charnière : celle du passage des Ténèbres de la manipulation politicienne vers la Lumière de l’Unité Nationale. Pour le régime, la sanction de sa faillite est sans appel, et ceci dans les domaines les plus vitaux de l’existence quotidienne.

L’Education Nationale ? Malgré toute la bonne volonté d’un corps enseignant conscient de sa mission, le constat du dysfonctionnement est patent, obérant dramatiquement l’avenir de nos enfants et laissant s’instaurer une dangereuse Ecole à deux vitesses. A voir ces cohortes toujours plus nombreuses de jeunes jetés dans la rue, les centaines d’enfants ruraux auxquels toute école est refusée, n’en prennent qu’une dimension statistiquement modeste, quoique la volonté de tuer l’avenir de toute une composante de la communauté nationale s’y trahisse dans sa plus brutale cruauté.

Le monde du travail ? Ce n’est pas par incompétence que le régime viole ses propres engagements et refuse de se conformer aux dispositions pertinentes du Bureau International du Travail, l’invitant depuis des années à respecter la liberté syndicale et à réintégrer tous les syndicalistes abusivement licenciés. Privés d’une réelle représentation véritablement soucieuse de défendre leurs droits inaliénables, les travailleurs sont quotidiennement victimes d’abus de pouvoir, le moindre des dénis n’étant pas les intolérables arriérés de salaire et atteintes fiscales au pouvoir d’achat.

La Paix civile ? Il y a bien longtemps qu’elle est devenue le dernier souci d’un régime uniquement préoccupé de sa survie, feignant favoriser tel ou tel groupe en fonction de ses contingences partisanes mais condamnant en réalité l’ensemble du Peuple Djiboutien saboté dans son profond désir de se forger un destin commun. Peuple dont la maturité a déjà mis en échec les nombreuses tentatives de division haineuse.

C’est cette résistance, pacifique et résolue, qui nous autorise à dire que, mis à part le premier, ce 27 juin 2004 est plus important que les tous autres : de la prise de conscience agissante découle inévitablement la destruction de toute forme de despotisme. Les prochains mois nous donneront certainement l’occasion pour qu’il en soit ainsi. Il est temps d’en finir avec l’obscurantisme du parti unique et d’aller vers la Lumière du citoyen responsable et d’une Nation réconciliée. C’est à cette tâche que l’UAD convie tous nos compatriotes. Avec l’aide du Très-Haut, nous y parviendrons car c’est dans la logique de l’Histoire.

AHMED DINI

Président de l’ARD


Brèves nationales

Jeunesse au chômage :

L’UJA courtisée ?

Après les menaces, voici le temps des promesses. Cette semaine, nous apprenons qu’après les avoir traités de tous les noms, le régime tenterait une offensive de charme en direction des jeunes chômeurs regroupés au sein de l’Union des Jeunes d’Arhiba. Ainsi, la Présidence et la Primature rivaliseraient d’imagination dans le but de séduire ces jeunes injustement brimés et condamnés à l’oisiveté. Des promesses d’embauche auraient, paraît-il, été formulées sans que l’on sache si c’est pour tout de suite ou alors après 2005. Toujours est-il qu’il faut rester prudent avec ce pouvoir du mensonge et de la manipulation.

Pour notre part, nous serons les premiers à nous féliciter de tout geste positif, tout en demandant à ce qu’une réelle politique de lutte contre le chômage soit initiée au profit des jeunes de toutes les régions du pays. Malheureusement, ce régime en campagne électorale a pour fâcheuse habitude de présenter un droit comme une faveur assortie de conditions. Cela, la Jeunesse au chômage de tout notre pays doit la rejeter et continuer sa légitime lutte jusqu’à ce qu’une véritable politique nationale de l’emploi soit effectivement mise en place en faveur de tous les chômeurs Djiboutiens.

La juste résolution de l’épineuse question du chômage est à ce prix. Tout le reste n’est qu’esbroufe électoraliste.

Salubrité publique :

Coup de balai… annuel ?

Depuis quelques jours, des dizaines de balayeurs s’échinent à la nuit tombée sur les principales artères de la Capitale, non sans risque pour leur sécurité et la circulation routière. Les Djiboutiens, habitués à cette frénésie de nettoyage annuel, savent pertinemment que ces efforts des pouvoirs publics indiquent simplement l’approche de la célébration des fêtes de l’Indépendance. La propreté relative sera donc de courte durée, avant que l’insalubrité ne reprenne ses droits dès les lampions éteints. Insalubrité étant surtout synonyme de mauvaise gouvernance, il est navrant de constater que la Capitale reste, avec ce régime, l’endroit le plus sale de notre pays.

Le plus grave, c’est que ces balayeurs de circonstance sont pour certains des « clandestins » raflés : ce serait leur impôt pour pouvoir rester dans notre pays. C’est ce qui expliquerait peut-être qu’ils soient cette fois-ci encadrés par des hommes en armes : si ce n’est pas du travail forcé, on veut bien comprendre ce qui se passe. Tout le monde s’accordant sur le fait que la Voirie officielle, privée de moyens techniques, continuera malheureusement d’être défaillante dès le lendemain des fêtes.

Plages surveillées :

Sécurité policière avant secours sanitaires ?

Sur les plages de tous les pays où le régime se soucie de la sécurité des baigneurs, il existe des maîtres-nageurs sauveteurs et au moins une ambulance prête à intervenir pour convoyer les accidentés de la mer vers les urgences d’un hôpital. A Djibouti, la plage est surtout encombrée de policiers dont nul n’a encore très bien compris l’utilité sur ces lieux. Les automobilistes empruntant la route du front de mer entre la Siesta et la Pêcherie de Boulaos, doivent rester vigilants le vendredi entre 13 heures et 19 heures, sous peine d’écraser un passant utilisant cette voie pour accéder à la plage.

Ainsi, chaque vendredi, des milliers de jeunes Djiboutiens fuyant la canicule viennent se baigner ou se délasser sur l’unique plage accessible de la Capitale. En raison de la présence dans l’eau d’un tel nombre de baigneurs, dont plus de la moitié est constituée de jeunes enfants ne sachant pas forcément nager, tout pouvoir responsable aurait disposé à cet endroit des secouristes. Or, dans ce régime de mauvaise gouvernance, la dissuasion policière reste privilégiée avant la sécurité des citoyens.

C’est ainsi que des policiers armés de gourdins patrouillent le long de la plage, prêts à intervenir dans une rixe entre gamins, au lieu de mettre prioritairement en place une structure sanitaire destinée à faire face aux risques de noyade ou d’hydrocution que courent les baigneurs les moins expérimentés ou les plus exposés Ainsi va le bien-être de la population à Djibouti, bien-être version RPP bien sûr…

Unité nationale :

Soif et délestages du Nord au Sud

L’arrivée des grandes chaleurs signifie toujours soif et corvée d’eau pour les populations rurales de notre pays. Mais, depuis l’instauration de la mauvaise gouvernance, des localités semi-urbaines connaissent les mêmes problèmes. Ainsi, depuis le mois de juin et à la veille du 27ème anniversaire de notre Indépendance, la soif et le manque de courant sont devenus le lot des administrés d’Obock-ville, Randa, Arta, Yoboki et As-Eyla. Dans ces villes et villages, les populations souffrent de l’absence régulière du courant électrique et de l’eau courante. Motif invoqué par les représentants de la mauvaise gouvernance dans ces secteurs : la pénurie de carburant pour faire fonctionner les générateurs électriques et les motopompes. Il est vraiment regrettable que sous ce régime de gaspillage d’un côté et de pénuries de l’autre, les seuls moteurs voraces à ne jamais manquer de carburant soient les véhicules de la garde présidentielle et les modestes hélicoptère et autre Boeing présidentiels.

A ce rythme, le réveil risque d’être brutal…

Rafles ciblées :

La bourse ou la vie

Scène de la vie quotidienne à la Place du 27 juin et ailleurs. Des hommes en uniformes arrêtent au hasard des passants plus ou bien mal habillés pour tranquillement circuler en cet endroit de la Capitale. Papiers s’il vous plaît, rien de plus normal. Mais, tout de suite, la question fatidique : qu’as-tu ? Sur les deux arrêtés, l’un propose 500 FD : circule, tu es en règle. Le second, malheureux ayant probablement oublié sa misérable bourse chez lui, est illico presto invité à prendre place dans le fourgon. Direction : inconnue. Ce qui ne semble pas l’inquiéter outre mesure : Djibouti est une terre d’accueil dont la réputation n’est plus à faire !

Dans ces conditions, pourquoi s’étonner de voir nos rues à nouveau surpeuplées des milliers de faux clandestins économiques ?

Journée Mondiale des Réfugiés :

Juste pour les banderoles

Nous avions évoqué la semaine dernière le triste destin des réfugiés du camp d’Awr-Awsa dont cinq pensionnaires se seraient suicidés pour ne pas être rapatriés vers leur pays d’origine. Information gravissime qui aurait soit dû être vigoureusement démentie par les autorités concernées, soit conduire à une enquête pour déterminer les responsabilités : information erronée ou drame véridique, l’erreur est par définition humaine à condition de l’admettre, surtout quand il s’agit d’êtres humains arrachés à leur terre d’origine et parqués dans des conditions de survie que nul citoyen ne devrait connaître. Au lieu d’une réponse sérieuse, qui aurait démontré pour lui le sérieux de la presse d’opposition, le régime s’est malheureusement contenté de célébrer la Journée Mondiale des Réfugiés du 20 juin d’une façon purement instrumentale, propagandiste ne correspondant nullement aux énormes efforts consentis par notre pays dans l’accueil de réfugiés de la région. Ainsi, c’est juste une pitoyable rétrospective à des fins électoralistes qui a été proposée aux téléspectateurs de la RTD, dans laquelle certains dignitaires actuels cherchaient maladroitement à récupérer le travail de leurs prédécesseurs. Par contre, silence radio sur la situation actuelle des vrais réfugiés politiques ayant fui leur pays d’origine à cause de leur engagement partisan. S’il est bien évident que notre pays ne doit à aucun prix devenir une base arrière pour qui que ce soit, dans quelque entreprise de déstabilisation que ce soit, il est scandaleux de voir un régime mercenaire se vendre au plus offrant et fouler au pied l’inaliénable droit d’expression, surtout des plus faibles.

Pérégrinations présidentielles :

Après Dubaï, Bangkok

L’actuel locataire du palais présidentiel semble particulièrement affairé ces derniers temps. Après avoir inauguré la zone franche de Djibouti en compagnie des représentants de Djebel-Ali, notre globe-trotter national s’est rendu à Kampala, afin de prendre part au sommet des Chefs d’Etat des pays membres du COMESA. Le Chef de l’Etat connaît bien l’Ouganda, pays où il conserve de solides attaches, principalement dans les milieux d’affaires. Il n’a donc pas dû rencontrer de difficultés à promouvoir sa zone franche dans cette partie enclavée de notre continent.

Par ailleurs, selon certaines informations, le « numéro un » djiboutien projetterait également dans le courant du mois de juillet de se rendre en visite officielle en Thaïlande. Désireux de booster l’économie nationale et ainsi élever le niveau de vie de ses concitoyens, comme il le prétend sans rire, le citoyen-président cherche à diversifier ses sources d’inspiration en matière de développement. Nul doute qu’il n’aura aucun mal à transposer les modèles de développement des dragons asiatiques à son petit pays. En attendant ces lendemains qui chantent, la grande majorité des Djiboutiens continuent de végéter dans la plus extrême précarité. La morosité ambiante n’est pas seulement due à l’arrivée des grandes chaleurs de l’été.

Libération de Houssein Ahmed Farah :

La LDDH salue la décision de justice

Dans une note d’information diffusée le 17 juin 2004, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) se félicite du jugement rendu par le Tribunal de Première Instance dans l’affaire ayant «sérieusement» opposé le cortège de la Première Dame à notre confrère Houssein Ahmed Farah.

Après avoir été arrêté et incarcéré sous un prétexte digne des plus ubuesques dérives des plus stupides dictatures subtropicales, notre confrère du Renouveau Djiboutien a été finalement innocenté de toutes les charges retenues contre lui et relaxé dans la journée du jeudi 17 juin 2004. Réalité se réjouit de cette libération et encourage notre confrère dans son juste combat pour la justice et la démocratie.

 

Pour avoir refusé de ramper (3)

Quels postes pour les cadres du FRUD-armé ?

3ème partie

Dans la première partie, pour y avoir été maladroitement invités par un régime plus habitué à insulter qu’à argumenter, nous avions publié toutes nos correspondances restées sans réponse, relatives à l’intégration, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001, des cadres et combattants du FRUD-armé ayant perdu leur emploi du fait du conflit civil. Silence impoli qui n’a pas empêché le ministère de l’Emploi, comme l’a montré la seconde partie, d’adresser à ces cadres une correspondance conditionnant leur simple recrutement à partir de 2004 à un engagement ferme et écrit, dont aucun fonctionnaire n’a jamais entendu parler. Dans cette troisième et dernière partie, il est temps de mettre un terme à cette comédie, en reproduisant in extenso la lettre commune adressée au Ministre de l’Emploi par les cadres concernés qui, loin de voir dans le règlement de leur situation un simple problème individuel ont, à juste titre, tenu à remettre l’injustice perpétrée contre eux dans le contexte plus global de la paix civile qui doit normalement renforcer toute réconciliation nationale.

 

***

 

 

 

 

 

MM
Cassim Ahmed Dini
Kamil Hassan Ali
Kamil Mohamed Ahmed
Kassim Ali Dini
Mohamed Ali Abdou

Djibouti, le 25 avril 2004

 

A

Monsieur le Ministre de l’Emploi

et de la Solidarité Nationale

 

Réf : Décision n°2002-0167/PR/MESN du 2 mars 2002 portant recrutement des cadres du FRUD-armé ;

Notre lettre du 23 novembre 2002 à nos ministères de tutelle relative à notre situation administrative ;

PJ : vos correspondances n° 262, 263, 264, 265 et 266 du 8 avril 2004 relatives à notre situation administrative ;

 

Monsieur le Ministre,

C’est avec un réel intérêt que nous avons accusé réception de vos lettres citées en référence, relatives à notre situation administrative. En effet, après les petites soustractions d’une Présidence cherchant à violer dans ses moindres aspects l’Accord de Paix du 12 mai 2001, et la grande impuissance d’une Primature qui n’a même pas été capable de faire respecter ses directives par les différents ministères concernés, nous pensions sincèrement que l’engagement dans ce dossier d’une nouvelle partie, à tout le moins vierge de tout sabotage, ne pouvait qu’augurer d’un règlement définitif de ce contentieux qui, soit dit en passant, n’est qu’un aspect particulier d’un problème plus gravement général : celui du refus gouvernemental d’instaurer un climat propice à la réconciliation nationale et à l’indemnisation des victimes.

Malheureusement, force est de regretter qu’à sa lecture, votre correspondance n’offre aucune perspective d’application dudit accord de paix, ni a fortiori de règlement de notre situation individuelle : tout au plus pouvons nous, sans préjuger de votre bonne volonté conciliatrice, vous reconnaître le bénéfice d’une profonde méconnaissance de notre dossier.

Méconnaissance en premier lieu pour ce qui concerne la procédure qui vous autorise à nous sommer de hanter les couloirs des différents départements ministériels. Car, lorsque vous écrivez : « je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaires par des simples promesses », il s’agit tout simplement d’une contrevérité car vous serez bien incapable, Monsieur le Ministre, de rendre publique la moindre correspondance de notre part vous mendiant une quelconque faveur : nous n’avons jamais demandé que la stricte application d’un Accord de Paix faisant obligation à la partie gouvernementale de nous réintégrer, avec tout les droits à l’ancienneté et à la retraite que cela implique, et non de nous recruter comme vous osez le proposer.

Méconnaissance en second lieu pour tout ce qui relève de la procédure administrative conduisant aussi bien à l’intégration dans un service qu’à la suspension de salaire pour absentéisme. Permettez-nous de vous rappeler, Monsieur le Ministre, que tout fonctionnaire intégré dans un service reçoit du département du personnel de ce dernier une convocation l’invitant à venir prendre connaissance des modalités de sa prise de fonction.

Or, si nous avons bien été recrutés (et non réintégrés) dans la Fonction Publique à compter du 1er janvier 2002 (et non du 1er juin 2001 comme convenu d’accords parties), par une décision prenant effet pour compter du premier jour de l’année 2002, et si quatre mois de salaire nous ont été versés au Trésor Public, ceci est intervenu sans qu’aucun d’entre nous n’ait été convoqué par son ministère de tutelle et sans que ce dernier ne lui ait signifié, dans le respect dudit Accord de Paix, le poste de responsabilité qui lui a été confié. Nous osons vous mettre au défi de nous renvoyer à une quelconque correspondance ou décision en ce sens publiée dans le Journal Officiel, en violation de la requête officielle de notre mouvement : notre situation individuelle ne prend tout son sens non pas en vertu d’un quelconque diplôme universitaire ou d’une quelconque sollicitation personnelle, mais dans le contexte général d’une légitimité supérieure découlant de la démobilisation et du désarmement de tous les combattants du FRUD-armé.

Pour ce qui relève de la suspension de salaire, il serait discourtois de notre part de vous renvoyer, Monsieur le Ministre, aux dispositions du Statut Général de la Fonction Publique prévoyant les deux conditions dans lesquelles le traitement d’un fonctionnaire est suspendu : soit parce que ce dernier a accumulé un certain nombre de jours d’absentéisme, soit parce qu’il a demandé une mise en disponibilité pour raison personnelle. Or, comme aucun de nos ministères de tutelle ne nous a jamais transmis la moindre convocation de prise de fonction, aucun de nous a jamais fait part d’un quelconque absentéisme ou abandon de poste : encore une fois, nous vous mettons respectueusement au défi de nous transmettre la moindre correspondance officielle à vous adressée par les départements ministériels en question ou à nous adressée par vous ou par eux, relative à notre refus de prendre des fonctions administratives qui nous auraient été régulièrement assignées.

Donc, n’ayant été ni régulièrement réintégrés ni régulièrement suspendus, il nous est impossible, Monsieur le Ministre, d’accorder la moindre pertinence à votre correspondance citée en référence : d’un bout à l’autre, le gouvernement auquel vous appartenez s’est rendu coupable d’une inadmissible violation d’un Accord de Paix, dans le contexte duquel notre modeste condition individuelle n’est que quantité négligeable : le conflit ne trouve ni son origine ni encore moins sa résolution dans notre promotion individuelle qui semble être brandie comme instrument de chantage.

Enfin, s’agissant des conditions préalables que vous posez à l’éventuelle normalisation de notre situation administrative, permettez-nous de vous éclaircir les deux points suivants:

1) quant à une reprise effective de notre service, étant donné les très nombreux bras-cassés sans aucune affectation ni bureau de fonction émargeant à la fonction publique et dans tous les ministères, nous attendons encore que nos départements ministériels respectifs nous convoquent dans le respect des dispositions statutaires communément admises de par le monde et dans toutes les organisations bureaucratiques dignes de ce nom ; en vous renvoyant à notre correspondance en date du 23 novembre 2002 expédiée à nos ministères de tutelle, dans laquelle nous demandions une convocation en bonne et due forme et un rétablissement de notre salaire injustement suspendu sans aucun préalable ni justification..

2) pour ce qui est de « respecter intégralement les dispositions statutaires en vigueur », nous vous saurions gré de bien vouloir clairement expliciter desquelles il s’agit. Si un tel « engagement ferme et écrit » est exigé de tous les recrutés de la Fonction Publique, vous voudrez bien nous transmettre par retour de courrier la référence s’y rapportant dans ledit Statut Général de la Fonction Publique. De même que vous devrez nous expliquer dans quelle mesure des combattants recrutés ou réintégrés en vertu d’un Accord de Paix prônant la Réconciliation Nationale, et de ce fait respectant difficilement toutes les exigences dudit Statut quant à leur nomination (qui Chef de Cabinet de la Présidence, qui Secrétaire-Général d’un ministère) n’ont pas été sabotés, contrairement à nous, dans leur juste promotion eu égard à leur sacrifice dans l’édification d’un Etat de droit et la consolidation d’une Nation égalitaire. C’est parce que nous connaissons les droits du citoyen et les devoirs du fonctionnaire que nous estimons inadmissible d’être traités différemment des autres.

Dans l’espoir que vous trouverez une juste solution solution à notre dossier, une prompte réponse de votre part nous obligerait.

Copie conforme : M le Premier Ministre

***

LE MOT DE LA FIN

Depuis cette correspondance, aucune réponse n’est parvenue du Ministre de l’Emploi : certainement parce qu’il n’était pas habilité à sérieusement régler ce problème. Il a donc manqué une occasion de se taire et c’est pour cela que nul ne peut lui en vouloir. Tout comme personne n’en voudra au Premier ministre qui, en criant sur tous les toits qu’il se chargeait personnellement d’empêcher ces cadres d’être réintégrés, s’est uniquement comporté comme tel bédouin ramenant chez lui le cadavre d’un homme mort trouvé sur son chemin. Quand le plus corvéable des ministres refuse d’obéir à ses directives, il faut vraiment être méchant ou se tromper de responsable pour lui en vouloir. Car le seul responsable de toutes ses violations, c’est le Chef de l’Etat et lui seul.

Mais, comme il a failli à sa parole sur des chapitres beaucoup plus graves et importants que ces minuscules réintégrations, il est superflu d’attendre quelque rédemption de sa part : la mesquinerie n’a pas à être commentée outre mesure : elle est trop pitoyable !

 

 


M. Kadamy s’exprime dans LNA

Aux gros mots, les méchants remèdes : pourquoi donc la presse du chef de l’Etat, spécialisée dans la production des graffitis officiels, persiste-t-elle dans ses attaques ad hominem contre des membres de notre Rédaction ?. C’est parce qu’il s’agit d’une regrettable littérature de caniveau par laquelle le Chef de l’Etat cherche vainement à détourner des véritables enjeux pour porter les « débats » sur des futilités dont le Peuple n’a que faire et des mensonges que nos concitoyens ont depuis longtemps condamnés !

Cela dit, si les scribes présidentiels autorisés sont à ce point nerveux parce que nous disons la vérité sur la nature de ce régime despotique, nous nous faisons un plaisir et un devoir d’élargir leur horizon en soumettant à leur sagacité mercenaire la première partie d’une longue et récente interview accordée par un opposant en exil, M. Mohamed Kadamy. Ses analyses sont d’une pertinence rare, preuve que même loin du pays, il en suit avec attention l’évolution politique. Tout ce que nous pourrions regretter, c’est que notre ancien Représentant en Europe ait été victime par deux fois d’un contre-pied de l’Histoire.

La première fois lorsqu’il s’est hâtivement désolidarisé de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 pour prôner la poursuite des actions armées, alors que tous les Djiboutiens ne demandaient que la Réconciliation Nationale. La seconde fois, en prônant actuellement une action politique pacifique alors que la violation dudit Accord de Paix lui donne toute la légitimité de relancer sa guérilla : en dépit qu’en auraient ceux qui, comme nous, ont opté pour le combat pacifique, il aurait certainement mobilisé plus de combattants que les militants de tous les partis politique légalisés réunis. Pour l’heure, voici ce qu’il pense. Devant cette urgence de salubrité publique, notre aimable lecteur voudra bien nous excuser d’avoir déprogrammé la dernière partie de l’article consacré à la situation actuelle du Bataillon Somali. Elle sera publiée la semaine prochaine.

 

Paris le 17 mai 2004. Propos recueillis par Alain LETERRIER

 

Mohamed Kadamy responsable du Frud : « Rassembler largement à Djibouti, y compris parmi les membres déçus du pouvoir actuel »

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Les Nouvelles d’Addis : Nous sommes à un an de l’élection présidentielle à Djibouti. Selon toute vraisemblance, l’actuel chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, briguera un second mandat. Comment se positionne l’opposition djiboutienne et plus particulièrement le Frud que vous dirigez, dans le cadre de cette échéance électorale ?

Mohamed Kadamy : Pour que le changement puisse se faire par la voie des urnes, des conditions minimales sont nécessaires. Or, Djibouti a accepté du bout des doigts le multipartisme en septembre 2002. La première des conditions est la transparence des listes électorales.

A Djibouti, des milliers d’électeurs ont été radiés des listes électorales, d’autres n’ont jamais pu s’inscrire. A cela s’ajoutent les fraudes massives auxquelles se livrent les dirigeants du pays.

Une dictature ne peut se démocratiser sans une étape de transition. On ne peut pas confier au chat le soin de garder la viande.

L’opposition est asphyxiée économiquement. L’opposition autorisée mesure ses faiblesses face au pouvoir, et ses limites légales privée de moyens d’action. Les conditions de fonctionnement des partis légalisés restent précaires : les dirigeants sont arrêtés, les cadres sont licenciés ou ne perçoivent pas leur salaire. Les proches des dirigeants, harcelés par la police, subissent des discriminations économiques, leurs biens immobiliers sont expropriés par décision des tribunaux.

L’opposition non autorisée, clandestine, même si elle dispose d’éléments armés, manque de visibilité. Mais il y a aussi de plus en plus de Djiboutiens de la diaspora susceptibles d’être mobilisés pour un changement démocratique. Nous travaillons pour créer un vaste rassemblement pour une alternance démocratique. Ce rassemblement doit viser très large au-delà de l’opposition actuelle, y compris des membres actuels de la coalition au pouvoir.

Le PND d’Aden Robleh, le parti de Moumin Bahdon et une grande partie de la faction du Frud alliée au pouvoir, et même des membres du Rpp, déçus de la dérive du régime.

Le Frud, qui reste un mouvement modeste de proposition après les deux scissions qu’il a subies, est prêt à participer à l’émergence des conditions d’une véritable alternance. Nous avons déjà entrepris des discussions avec les autres tendances issues du Frud, pour faire le bilan des positions respectives et travailler à une recomposition politique.

Djibouti reste une dictature à visage multipartite de façade. Nous avons à faire à un esthète de la forme, qui s’approprie tout le champ sémantique de la modernité et de la démocratie. Il se veut l’inventeur des droits de la femme à Djibouti, il qualifie Djibouti de pays émergent en technologie de la paix, de modèle de la démocratie, et se proclame le pompier de la Somalie. Mais les viols des femmes afars par l’AND restent impunis ; l’hôpital manque de sparadrap et de seringues ; un des rares coopérants français ayant construit des retenues d’eau à Dorra (région de Tadjourah), sauvant ainsi 15.000 nomades et leur cheptel de la soif, a été expulsé manu militari, les ONG qui pourraient soulager les souffrances de la population sont toujours interdites d’accès aux régions nord.

LNA : L’opposition est-elle en mesure de présenter un candidat unique à la présidentielle?

MK : Nous avons plus besoin de programme commun que d’homme providentiel. Pour aborder cette échéance déterminante, l’opposition doit se réunir dans l’urgence, hors de Djibouti, pour élaborer une plate-forme commune de transition susceptible de mobiliser l’ensemble des forces démocratiques et associatives. La diaspora doit prendre une part active dans cette mobilisation.

Il faut une double pression : pression populaire multiforme ; pression diplomatique, dans la mesure où 75% du budget de Djibouti provient de subsides extérieurs. Une fois ces étapes franchies, le choix d’une personnalité porteuse de ce programme de changement peut être abordé sans difficulté, ce sera un homme ou une femme de consensus.

LNA : Plusieurs hommes politiques ont été récemment épinglés par le pouvoir : Ahmed Dini (La Nation), Daher Ahmed Farah et Aden Robleh (Jeune Afrique). On notera que M. Robleh est membre de l’UMP (au pouvoir). Comment expliquer ces graves accusations portées y compris par le Président ?

MK : Le journal gouvernemental « La Nation » est connu pour ses frasques. Il exerce avec brio son magistère de boue à l’endroit des opposants. Plus étonnant est que Jeune Afrique l’Intelligent devienne le véhicule des accusations graves portées par Guelleh contre Aden Robleh, député de la majorité, qui, sans possibilité de défense, se trouve désigné comme le commanditaire de l’attentat anti-français du Café de Paris (qui a fait 1 mort et 15 blessés en 1990).

Guelleh a tout au plus agi comme un simple accusé essayant de sauver sa peau en chargeant un autre ; c’est peut-être le système de défense choisi par son avocat français établi de longue date à Djibouti. Ces insultes, ces diatribes contre les opposants et parfois contre ses partenaires ne sont que le prolongement d’autres violences.

Le chef de l’Etat reste prisonnier de sa structure de pensée d’ex-auxiliaire de police et de responsable de la sécurité, où il a pu exercer des violences inouïes contre les opposants et contre des civils innocents.

Il est l’un des commanditaires du massacre d’Arhiba, où 59 civils afars ont été tués par les forces de l’ordre en 1991. Il fut l’instigateur de torture contre les opposants, les civils Gadaboursis et les viols des femmes afars par l’armée (ce qui est contraire à toutes les traditions afar et somali). Il n’a d’ailleurs jamais prononcé un mot d’excuse ou de repentance pour ces centaines de victimes, principalement de son fait. Pire, il a installé sa résidence secondaire au sommet du village de Day, où sept personnes ont été brûlées vives par l’armée en septembre 1993, et dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

LNA : Les autorités djiboutiennes ont aussi tenu des propos virulents à l’égard de la France. Comment analysez-vous ces faits ?

MK : Réflexe d’enfant gâté ! La France a assuré la pérennité de ce régime depuis l’indépendance. Durant les cinq premières années, elle a formé et financé l’armée, pourtant monotribale, tout en apportant des aides multiformes.

Elle a donc renforcé une dictature, participé à l’enrichissement d’Ismaël Omar Guelleh et de son entourage, dont la fortune est évaluée comme la sixième fortune africaine. Guelleh ne serait pas au pouvoir si le 28 février 1992 l’armée française ne s’était pas interposée face aux combattants du FRUD qui se trouvaient à 52 km de la Capitale. Ses valises étaient bouclées pour l’exil. Enfin, pour remplacer son oncle vieillissant, Ismaël Omar Guelleh a bénéficié d’un soutien important de la part de la France et de l’Ethiopie en 1999.

A un an de la présidentielle, Guelleh, qui a perdu tout crédit auprès de sa population, a besoin plus que jamais du soutien français et éthiopien. Il estime qu’il n’est pas assez soutenu par ces deux pays.

L’affaire du juge Borrel (ce magistrat coopérant français assassiné, selon toute vraisemblance, à Djibouti en 1995) connaît un nouveau rebondissement avec la déclassification des documents « secret défense ». La thèse du suicide, longtemps privilégiée, est battue en brèche. C’est à la justice française de faire toute la lumière sur cette affaire. Cette évolution a d’ores et déjà soulevé un vent de panique à la présidence, qui accuse la France de déstabiliser le chef de l’Etat. C’est peut-être une manière de forcer la main aux autorités françaises pour un soutien conséquent au deuxième mandat d’Ismaël Omar Guelleh.

De notre point de vue, Ismaël Omar a tort de gratter là où ça ne le démange pas, comme disent les Tziganes.

A suivre…

 

 



La LDDH vulgarise la décentralisation

Quand le théâtre de la rue est plus sérieux que la comédie politique

C’est avec un réel plaisir que nous reproduisons ci-dessous la lettre adressée au Ministre de l’Intérieur par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, relative à son initiative tendant à vulgariser par le biais d’un théâtre de la rue, les enjeux démocratiques des prochaines élections régionales, devant instaurer une réelle démocratie locale. Avant de vous livrer nos remarques, voici donc in extenso la lettre de M. Jean-Paul Abdi Noël. Il est somme toute normale que, contrairement à la propagande officielle, le citoyen prenne connaissance d’un point de vue politiquement neutre, uniquement soucieux de la promotion des Droits de l’Homme en République de Djibouti.

***

 

Djibouti le, 2 mai 2004

Au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation Djibouti. République de Djibouti.

Objet :

Participation de la LDDH à la campagne de sensibilisation et de formation sur les instruments et les processus électoraux des élections régionales.

Monsieur le Ministre,

Lors des dernières catastrophes consécutives aux débordements de l’Oued d’Ambouli, avec le nombre impressionnant de morts et de disparus, vous m’avez demandé d’attendre quelques jours pour pouvoir vous pencher sur l’applicabilité des textes juridiques concernant la Décentralisation.

Aujourd’hui pratiquement deux semaines après les inondations, il est possible d’affirmer que vos actions, celles de votre Ministère, et du Commissaire de la République de la capitale, malgré le peu de moyens financiers mis à votre disposition et le manque total de stocks de premiers secours aux victimes des catastrophes, vos actions, d’une manière générale, ont été à mon avis très respectables, et je suis persuadé, que vous ne manquerez pas de soumettre au Chef du Gouvernement un nouveau plan ORSEC plus efficace et plus tangible dans les réactions de secours de première urgence.

Après ces dures épreuves pour nos populations, permettez-moi de vous soumettre notre volonté de participer activement à la campagne de sensibilisation et de formation à travers, d’abord, le Théâtre de Rue, et en deuxième étape, par une diffusion en langues Afare et Somalie sur les ondes radio de la RTD et sur le Terrain, avec si possible, le soutien concret de votre Ministère chargé de la Décentralisation, en particulier les Commissaires de la République, et les responsables du Département de la Décentralisation.

I – Sur le programme des actions de la Ligue Djïboutienne des Droits Humains (LDDH) en faveur des élections

Dans le cadre de nos prochaines actions, et compte tenu des suggestions, il a été décidé :

– 1°) la réalisation en premier lieu du Théâtre de Rue avec le calendrier que va très bientôt, nous proposer M. Saleh Daoud ;

– 2°) à une date ultérieure qui sera fixée le plus rapidement possible avec votre accord, pour des formations par diffusion Radio sur les ondes de la RTD, et par diffusion des textes de bases sur le Terrain, dans les deux langues Afare et Somalie.

Il) – En conclusion.

La mise en application rapide de notre programme de sensibilisation sera une manière d’attirer rapidement l’opinion nationale et internationale sur l’importance prioritaire de la bonne compréhension et de l’urgence de l’applicabilité de la Décentralisation qui est le principal moteur doté des outils primordiaux pour tout développement social et économique, pour la création du commerce intérieur viable, pour la mise en chantier des vecteurs de la concurrence économique et financière entre nos différentes Régions, et inéluctablement avec tous ses effets positifs’ sur l’économie nationale; pour la réussite d’une structure de jumelage dans l’intérêt d’un réel épanouissement de nos Régions.

C’est, donc, dans l’esprit de la défense de l’intérêt général, que la Ligue Djiboutienne des Droits Humains souhaite être entendue, par votre Département Ministériel, comme partenaire neutre, légitime et compétent, afin de participer à l’édification des mécanismes de la Décentralisation et à la « traçabilité » des intérêts globaux, parfois souvent négligés, et bâtir des structures solides afin d’éviter toutes antinomies ou plus exactement à faire face aux dérives antinomiques.

Avec mes sentiments déférents et fraternels

Jean-Paul Abdi Noël

Président de la LDDH

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COMMENTAIRES

Si, indépendamment de nos réticences partisanes, nous avons décidé de publier cette correspondance, c’est pour au moins deux raisons. Tout d’abord, pour témoigner notre respect envers l’indépendance du travail effectué par la LDDH, à laquelle nous accordons bien volontiers notre tribune, dans la mesure où elle œuvre, en dépit de l’ostracisme que lui impose le régime, à la promotion des Droits de l’Homme dans notre pays. Quelle meilleure preuve de notre considération à son égard que la publication dans notre journal d’une lettre remerciant sincèrement un ministre en exercice de ce régime auquel nous avons tant à reprocher ?

En second lieu, c’est également parce que nous sommes conscients du fait que le processus de décentralisation soulève énormément d’espoirs auprès de nos concitoyens, cherchant désespérément un nouvel espace de libertés pour échapper au dispositif panoptique d’un despotisme qui a étouffé toute véritable expression de la volonté populaire. D’où notre réticence, justement : considérant que la Décentralisation telle qu’adoptée dans le cadre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 a été totalement vidée de sa substance (tant au niveau du contrôle des élections qu’à celui des prérogatives des élus locaux), il ne nous est pas possible de passivement cautionner cette nouvelle et intolérable entrave au développement politique de notre pays.

C’est pourquoi il est de notre devoir d’informer nos lecteurs et concitoyens qu’un profond débat s’instaurera bientôt au sein de l’UAD pour juger s’il est opportun de participer à ces élections régionales, dont Djibouti-ville serait d’ailleurs exclue.

En effet, comment peut-on parler de démocratie au niveau local quand la démocratie au niveau national est à ce point sabotée ? D’ailleurs, le congrès général de l’ARD, qui doit se tenir à la rentrée, aura également à trancher cette épineuse question : pourquoi continuer à cautionner par notre participation à une vie politique nationale truquée, un système réfractaire à tout respect de la volonté populaire ? A n’en pas douter, les débats seront houleux et l’unanimité loin d’être acquise. Nous y reviendrons la semaine prochaine.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 101 du mercredi 16 juin 2004

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Réalité numéro 101 du mercredi 16 juin 2004

ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (2)
  4. Une censure pas très catholique
  5. L’UAD écrit au Chef de l’Etat
  6. Pour avoir refusé de ramper (2)
  7. Port de Doraleh : un projet qui déménage
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 101

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LES DEUX MAMELLES DU TERRORISME POLITIQUE :

L’INCOMPÉTENCE ET L’IRRESPONSABILITÉ

Selon le Dalaï-lama, il y a deux types de terroriste : le vrai et le faux. Le vrai terroriste, c’est celui qui, par son intolérance et son extrémisme, se rend coupable d’inacceptables violences qu’aucun idéal ne saurait justifier. Le faux terroriste, a contrario, c’est souvent l’opposant, même pacifique, auquel les despotes qui l’oppriment prétendent dénier toute légitimité en jetant le discrédit sur son engagement.

L’amalgame, outrancier et irresponsable que le Premier ministre a opéré la semaine dernière à l’Assemblée Nationale, entre les récents événements d’Arhiba, les menaces terroristes contre notre pays et la bombe qui aurait sauté jeudi dernier aux environs de Daasbio, rappelle immanquablement les précautions du Dalaï-lama. Car la légèreté politique des propos du Premier ministre n’ont d’égale que la légitime suspicion que tout observateur connaissant la nature peu pacifique du régime RPP, peut légitimement nourrir quant à la concomitance entre la répression des Jeunes d’Arhiba et les mines qui ont éclaté mercredi dernier à quelques heures d’intervalle en deux endroits de la ligne de chemin de fer. Ce n’est pas par pure coïncidence.

En tout cas, pas pour le Premier ministre qui a tranquillement penché pour une lecture terroriste des délits d’écriture pour lesquels des chômeurs ont été arrêtés, les accusant même d’avoir rédigé un graffiti menaçant les forces étrangères stationnant sur notre sol. Il est permis de douter : ces jeunes n’avaient rien à gagner d’un tel dérapage. Par contre, en les accusant ainsi par la bouche du Premier ministre, ce régime fragile cherche à n’en pas douter à s’attirer le soutien aveuglément sécuritaire des puissances militaires prétendument menacées.

C’est peut-être pour cela que le plus étrange dilettantisme a prévalu dans la couverture médiatique et l’enquête judiciaire de ce qui aurait normalement dû constituer un événement préoccupant : deux mines qui éclatent, ce n’est pas rien. En rendre par la suite discrètement responsables des réfugiés du camp d’Awr-Awsa n’en est que plus inadmissible : restons sérieux ! Et mobilisons notre mémoire : a-t-on déjà oublié qu’au début de l’année 2001, alors que les négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé s’enlisaient dangereusement (la rupture que le régime voulait provoquer en créant le district d’Arta n’ayant pas eu lieu), une mystérieuse mine terrestre était apparue sur la piste de Randa ? Si mystérieuse que des pierres vigilantes l’entouraient : elle devait juste constituer un casus belli.

Aujourd’hui, la technique policière est la même, s’y ajoutent juste les impératifs sécuritaires des troupes étrangères que la lutte internationale contre le terrorisme a déversées sur notre minuscule territoire, les rendant du même coup, malheureusement, trop dépendantes d’un régime despotique très peu soucieux d’apporter les bonnes réponses aux vraies questions de ses concitoyens, cherchant dans cette lutte antiterroriste le renfort inespéré et crédule dont il a besoin ; accusant la plus sensée des revendications sociales, celle du droit au travail, de posture terroriste manipulée.

Qui trop étreint, mal embrasse : le zèle avec lequel la presse gouvernementale tente de rattraper certaines gaffes politiques des dirigeants de la mauvaise gouvernance sont parfois cocasses. Ainsi, dans l’éditorial de son édition de lundi dernier, La Nation a pondu un contresens aussi énorme que révélateur, en avançant que « dans notre pays, la manipulation politique a bon dos… » ; ce qui signifie au contraire que l’on met tout sur son dos.

C’est ce que le Premier ministre incompétent a tenté devant des mal élus pour certains dubitatifs, même s’il y en avait toujours assez pour applaudir frénétiquement ce figurant, un ministre en exercice aurait parlé d’« afar de service », comme il qualifiait le prédécesseur de l’actuel souriant. Justement, cela rappelle une anecdote dont les Djiboutiens avaient beaucoup ri à l’époque. Lors d’un traditionnel meeting tenu à l’avenue Cheik Houmed à la sortie de la prière d’un Aïd au tout début du conflit civil, un haut dirigeant du RPP prononçait un discours resté dans les annales comme le testament politique du RPP.

Il disait : « Vous, les Djiboutiens, vous n’êtes pas sérieux avec vos revendications démocratiques. Si vous continuez à nous harceler, nous dirigeants RPP, nous quitterons le pays et nous nous exilerons n’importe où. Nous avons amassé assez d’argent et avons assez de relations de par le monde. Nous n’avons pas besoins de vous ! ».

La fuite devant ses responsabilités dont le Premier ministre se rend coupable n’est donc qu’un remake de cette posture de celui qui est prêt à s’enfuir si le Peuple exige ses droits. Droits qu’exige une Jeunesse pour laquelle le chômage n’est nullement une fatalité.


Brèves nationales

Psychopathologie de l’insulte :

On ne tire pas au canon sur une mouche

La paisible cité d’Arhiba a été mardi et mercredi derniers le théâtre de violents affrontements entre forces de l’ordre et jeunes chômeurs en colère, heurts qui ont provoqué la fermeture de la route d’Arta pendant plusieurs heures. Après avoir libéré une partie d’entre eux dans la matinée de jeudi, les derniers responsables de ce mouvement ont été libérés dans la journée du samedi 12 juin. Ainsi, MM. Mohamed Houmed Hassan, Dato Mohamed Kamil, Moussa Mahamadé, Hassan Ali Hamad, Hassan Sanalassé, Nimeiri Mohamed Ahmed et Houssein Aden Ali ont libres et c’est tant mieux. Nous saluons ce retour au bon sens d’un régime qui se rend enfin compte que le mépris et la répression augmentent la détermination de tous ceux engagés dans un juste combat.

Par contre, il y a des étonnements étonnants : « dans un tract rendu public le 9 juin dernier, les dirigeants des parties politiques au sein de l’UAD jettent leurs masques en manifestant leur soutien total aux groupuscules de jeunes de la cité d’Arhiba qui ont préféré s’exprimer sous forme de graffitis injurieux dirigé contre le Président de la République et son épouse… » apprend-on dans l’édition du lundi 13 juin 2004 du Progrès, l’organe de presse du Chef de l’Etat. Mais ils n’ont pas été plus injurieux que les écrits officiels du Progrès ou de La Nation. Le message est clair : tant que les espaces de liberté seront muselés et tant que la presse gouvernementale se permettra de bafouer la morale publique en insultant jeunes et vieux, dirigeants ou citoyens, le Président de la République ne devra s’étonner de recevoir la monnaie de singe de sa pièce, en devenant un chewing-gum mâché par tous les désœuvrés ruminant la juste rancune née d’une inadmissible violation du droit au travail ou à la liberté d’expression. Au demeurant, ces jeunes avaient parfaitement le droit d’estimer que la communauté djiboutienne déplore « mille Borrel » !

D’autre part, c’est parce qu’il cherche à fuir ses responsabilités en niant la réalité, que le régime tente maladroitement d’impliquer l’opposition dans cette colère de la jeunesse au chômage. C’est ainsi que, dans son intervention devant les mal élus, le Premier ministre avait accusé ce mouvement d’avoir été manipulé par des forces occultes de l’opposition dont les publications paraissent le mercredi. Quand on sait que seul notre journal sort ce jour-là, c’est tout à fait irresponsable de sa part d’avoir fui ses devoirs avec autant de légèreté : pour proclamer qu’il veut du travail, tout individu n’a besoin que de son propre cerveau. Pour ceux qui n’auraient pas très bien saisi son français oral, Le Progrès a été chargé de clarifier la position gouvernementale et il n’a pas fait dans la finesse.

On peut ainsi lire en page 8 de cette édition, que les rédacteurs du journal Réalité « s’emploient à exprimer leur haine viscérale à l’endroit de personnalités de l’Etat en portant l’amalgame sur l’authenticité de leur citoyenneté selon leur origine tribale et leur fonction administrative. Quand ce n’est pas dans les colonnes de leur moyenâgeuse revue, c’est sur les façades d’un mur privé qu’ils persistent et signent, causant des dommages matériels aux propriétaires et signifiant aux passants l’aperçu du profil psychologique de la personne intérieure qui détermine les faits et gestes des Kassim ». Qu’attend donc le régime pour arrêter ces deux Kassim, en fait, il y a un C quelque part, pour les délits dont l’organe du RPP les rend coupables ? Offensive simiesque ! En tout cas, il ne viendrait jamais à l’idée de nos rédacteurs d’intenter un quelconque procès en diffamation à cette presse de bas étage : on ne tire pas au canon sur une mouche. Les pires graffitis sont décidément ceux commis dans la presse du Chef de l’Etat : le respect, cela se mérite.

Réfugiés d’Awr-Awsa :

Quand le désespoir tue

Depuis quelques jours, les médias gouvernementaux nous apprennent généreusement que des milliers de déboutés du droit d’asile ont volontairement repris le chemin de retour vers leur pays d’origine, et que ne subsistent dans les camps djiboutiens que quelques demandeurs d’asile dont les cas sont actuellement à l’étude. Malheureusement, nous apprenons par des sources concordantes d’Ali-Sabieh et de Dikhil, que les prétendus rapatriements volontaires auraient provoqué la semaine dernière des scènes de désespoir ayant causé la mort d’au moins cinq personnes. En effet, à en croire ces sources, ce sont pas moins de cinq internés de ce camp, peutêtre pas officiellement recensés par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) puisqqu’il y aurait des clandestins dans ce camp, qui se seraient suicidés, après que les autorités djiboutiennes soient restées sourdes à leurs supplications de ne pas être refoulés vers l’Ethiopie, sous peine d’y être en danger de mort.

Ce sont donc, le 8 juin dernier, deux femmes éthiopiennes désespérées qui se seraient immolées, sans susciter un quelconque émoi, ni des autorités djiboutiennes ni des organisations humanitaires internationales. Deux jours après ce drame, trois réfugiés éthiopiens, dont un lieutenant-colonel de l’ancienne armée de Menguistu, se seraient à leur tour suicidés en présence des responsables administratifs de ce camp, sans provoquer la moindre réaction de pitié des professionnels de la détresse humaine.

Après avoir réellement été une terre d’immigration, de refuge et d’asile dans un contexte régional cruel pour les populations civiles, depuis le bombardement d’Aïsha’a par les troupes impériales au début des années 60, il serait inadmissible que notre pays se rende aujourd’hui complice d’une quelconque agression contre des innocents uniquement coupables d’appartenir à telle ethnie ou religion. Surtout quand on sait, qu’en contrepartie des cadres du FRUD extradés d’Ethiopie, le régime djiboutien a livré aux autorités d’Addis-Abéba à la fin des années 90 des dizaines d’opposants Afar, Amhara, Oromo et Somali : dans le plus strict respect des affaires intérieures de notre voisin éthiopien, le minimum de neutralité aurait été de demander à ces activistes de quitter notre territoire au lieu de les livrer à une mort certaine.

Il est donc malheureux qu’à l’aube du troisième millénaire, des réfugiés sans défense soient acculés au suicide, alors que de milliers d’anciens « clandestins » sont miraculeusement de retour depuis le mois de novembre et ont pignon sur rue. Il est intolérable que les vrais réfugiés en arrivent à se suicider alors que les « réfugiés économiques » sont encore tolérés. Le drame, c’est que ces réfugiés économiques remplissent effectivement une fonction sociale que l’Etat n’arrive pas à assurer à ses propres citoyens : quand il s’agit d’être exploité comme domestique ou gardien, il est normal que le djiboutien rechigne, habitué dès les temps coloniaux à une certaine protection sociale. Nous ne devons pas construire notre bonheur sur le malheur d’autrui.

Victime collatérale ?

Le Renouveau encore persécuté

Un mois après la tenue d’un pompeux séminaire prétendument consacré aux droits de l’Homme, le pouvoir djiboutien semble renouer avec ses réflexes répressifs hérités des sombres périodes du parti unique. Ainsi, au prétexte fallacieux qu’il aurait cherché à heurter le véhicule de l’épouse du chef de l’Etat, notre confrère Houssein Ahmed Farah, journaliste du Renouveau Djiboutien aurait été arrêté mardi 8 juin. Sans qu’aucun constat de police n’ait établi une quelconque collision, notre ami a été détenu cinq jours durant au commissariat central avant d’être transféré à Gabode.

Selon nos informations, il aurait en fait été aperçu en train d’effectuer un reportage sur les événements d’Arhiba, ce qui aurait fortement déplu au pouvoir divisionniste qui n’avait pas hésité à monter une centaine de délinquants style « Jeunes Patriotes » ivoiriens pour agresser ces manifestants et donner une coloration tribale à une revendication essentiellement sociale concernant en fait l’ensemble de la jeunesse djiboutienne condamnée au chômage par ce régime affairiste. Le régime n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : l’on se souvient que durant la campagne pour les législatives de janvier 2003, des militants Afar et Issa du RPP avaient été mobilisés dans le but affiché de provoquer des heurts intercommunautaires : l’UAD avait restauré le calme.

En fait, si ces jeunes d’Arhiba ont été libérés, malgré les menaces irresponsables du Premier ministre, c’est parce que toute la jeunesse au chômage des quartiers limitrophes avait exigé leur libération et se préparait à descendre dans la rue. Pour preuve, les inscriptions murales au motif desquelles les responsables de l’Union de la Jeunesse d’Arhiba ont été arrêtés, se sont étendues à toute la ville dès leur arrestation.

Comme quoi, indépendamment des origines, tous les jeunes de notre pays revendiquent le même droit : celui d’avoir un travail et d’être respectés.

Après avoir enregistré avec satisfaction la libération de ces chômeurs, Réalité s’inquiète du sort de son confrère Houssein Ahmed Farah et exige sa libération immédiate et inconditionnelle. De même que toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD invite ce régime à combattre prioritairement l’injuste et massif chômage des jeunes nationaux, au lieu de faire appel à de la main-d’œuvre étrangère. Le droit au travail doit être égal pour tous, partout dans le pays. C’est ce que tout djiboutien doit exiger pacifiquement.

Plaidoyer pour « Gros Plan » :

A quand une émission sur le Bataillon Somali ?

Pour avoir intempestivement déprogrammé « le jour le plus long » sur FR3, nous avions la semaine dernière un peu trop chargé la société Djib-net, uniquement responsable de la retransmission satellitaire des émissions de cette chaîne publique française. Toutefois, nous avions bien pris la précaution de souligner que l’actualisation de cette partie de notre mémoire collective incombait principalement aux émissions de notre télévision nationale, à laquelle revient par définition la sauvegarde de notre identité collective. RTD n’étant pas tout à fait RTD, il nous semble que c’est à l’émission « Gros Plan », seule capable de démontrer un minimum d’indépendance d’esprit, d’initier un débat public sur la situation actuelle des survivants de ce Bataillon Somali.

Convaincus que son présentateur, certainement soucieux du respect de l’identité djiboutienne, mettra son micro à la disposition des vieillards djiboutiens encore en vie de cette glorieuse épopée, condamnés à l’oubli tant par une France ingrate que par un pouvoir djiboutien sectaire. Que cette seule proposition trouve au moins un début de réalisation, sans aucun calcul politicien.

Lu dans L.O.I :

Des soucis pour la stabilité politique de Djibouti

Décidément, c’est à se demander si, après la France néo-colonialiste et son affaire Borrel, le régime djiboutien ne va pas bientôt se mettre à accuser les Etats-Unis de chercher à le déstabiliser. Car un rapport devant évaluer la force des différents alliés régionalement impliqués dans la lutte antiterroriste, n’est pas très élogieux pour Djibouti dont la stabilité intérieure serait menacée par où la mauvaise gouvernance en place. Voici le commentaire que La Lettre de l’Océan Indien propose de ce document dans son dernier numéro :

« Les USA inquiets des Etats faibles

Un rapport américain s’inquiète des « géants dormants », tel le Kenya, qui s’affaiblissent et génèrent des risques pour la sécurité des Etats-Unis.n Le rapport de la Commission on Weak States and US National Security du Center for Global Development met l’accent sur ces « géants dormants » qui comme le Kenya ou le Nigeria s’affaiblissent au point de devenir attractifs pour des forces qui mettent en péril la sécurité nationale des Etats-Unis. Ce rapport, diffusé le 8 juin, met en évidence trois manquements des Etats faibles. Le security gap, lorsque ces Etats ne peuvent contrôler leur territoire et protéger leurs citoyens des menaces internes ou externes, le capacity gap lorsqu’ils ne parviennent pas à répondre aux besoins de base (éducation, santé…) de leur population et le legitimacy gap lorsqu’ils ne peuvent maintenir des institutions qui protègent les droits et libertés élémentaires des citoyens.

En matière de security gap, l’Erythrée et l’Ethiopie sont classés (du fait de leur conflit territorial) avec les pays ayant connus une « guerre majeure », tels le Rwanda ou le Soudan. Alors que la Somalie et l’Ouganda sont seulement recensés parmi les pays en situation de « guerre intermédiaire ». En matière de capacity gap, les mieux notés sont l’Erythrée, le Mozambique et la Tanzanie, tandis que Djibouti, l’Ethiopie, Madagascar et le Soudan figurent parmi les Etats qui ne fournissent qu’entre 20 et 40% des « besoins de base » de leur population. La Somalie est évidemment en toute dernière place du peloton, alors que les Comores, le Kenya, l’Ouganda et le Zimbabwe sont en milieu de liste. Pour ce qui est du legitimacy gap, Madagascar. Le Mozambique et la Tanzanie ne s’en sortent pas trop mal (de 60% à 80% de réussite selon l’index de liberté politique utilisé). Les Comores, Djibouti, le Kenya et l’Ouganda sont au milieu du tableau, alors que l’Erythrée, la Somalie, le Soudan et le Zimbabwe sont regroupés en toute fin de liste dans laquelle paradoxalement l’Ethiopie n’apparaît pas

L’essentiel est dit : même en misant sur la répression et la fraude, un régime qui n’arrive pas à assurer le minimum vital a quelques soucis à se faire : la révolte gronde.


Entre oubli djiboutien et spoliation française : le bataillon somali (2)

2ème partie : Le désengagement politique

Notre regard cette semaine porte sur la condition matérielle des anciens combattants djiboutiens en ce mois de Juin 2004. Si, nous avions adressé un grand merci au Président Chirac pour son discours prononcé lors de la célébration du 60ème anniversaire du Débarquement allié en Normandie en juin 1944, pour avoir, en quelque sorte, réhabilité les anciens combattants issus des pays sous domination française, à cette époque. L’écart entre le discours, du numéro un français, médiatisé à outrance, en raison de l’actuelle donne politique internationale, et la situation de ces hommes continue de perpétuer l’inadmissible discrimination entre les frères d’armes d’hier sur la seule base d’une évaluation ou considération économico-géométrique.

Si, la solution à la situation de précarité des quelques survivants de cette guerre, de leurs veuves ou de leurs ayants-droits, se trouve dans l’hexagone, il est tout aussi regrettable et honteux d’assister à l’oubli auquel les condamne leur propre gouvernement.

Si, à notre Indépendance, le 27 juin 1977, des accords de défense avaient été signés avec l’ancienne puissance de tutelle, pour la reconnaissance des droits inaliénables de ces rescapés de la Seconde Guerre Mondiale, leur condition sociale reste aujourd’hui encore des plus déplorables.

En effet, une convention passée entre notre Ministère des Affaires Etrangères et l’Ambassade de France à Djibouti (Représentant l’Etat français) le 12 mars1981, confiait la destinée des Anciens Combattants et autres retraités militaires au nouveau régime djiboutien. Cette permutation intervenue quatre ans après notre indépendance allait marquer un tournant catastrophique pour ces hommes et leurs descendants.

Outre leurs maigres pensions, le peu d’acquis social se voyait désormais soumis aux pressions provoquées par la politique dirigiste du nouveau régime. La France se désengageait légalement ses implications vis-à-vis de ses anciens compagnons d’armes du Bataillon Somali, leurs problèmes moraux et matériels relevant à l’avenir des austères autorités en place.

Le vide laissé par ce transfert des responsabilités, pour seulement cette catégorie de Djiboutiens, persistait encore en ce mois de novembre 1987. Cette date couronnait la seconde visite officielle à Djibouti d’un Président de la République française. François Mitterand qui lors de ce déplacement voulait rencontrer les Anciens Combattants, aurait été invité à « exaucer sa sollicitation ailleurs ». Son souhait, politiquement inconvenant, aurait été finalement réalisé dans l’enceinte de l’Ambassade de France (Territoire français) pour adresser ses hommages à ces vaillants frères de lutte : les Tirailleurs Somalis.

Cette parenthèse expliquant les conséquences de la reconduction d’une politique discriminatoire entre tous les Combattants français de l’époque, en deux catégories distinctes en droit.

Se prémunissant des conséquences économiques des indépendances, la France pourvoyait ses propres intérêts et ceux de ses remplaçants à travers cet acte véritablement hypocrite, entre autres, pour ouvrir la brèche de l’oubli et de la spoliation de ceux qui l’avaient secouru.Ces damnés de la Seconde Guerre et des Guerres coloniales françaises comme, entre autre, les retraités militaires français de nationalité djiboutiennes avaient entrepris vers la fin des années 1990 des démarches auprès des autorités françaises de Djibouti comme celles de France. Une délégation s’est d’ailleurs rendue à Paris, avec pour objectif le maintien, ne serait-ce que d’une partie de leurs pensions, aux veuves et orphelins.

Leur fol espoir de ce déplacement se soldait par un résultat nul, les autorités françaises s’étant dissimulées derrière une loi de 1959 relative à la situation des ressortissants des seuls Etats ayant acquis leur indépendance en 1960, Djibouti ne pouvant par conséquent être de ces cas-là. L’ingratitude que tous ses anciens combattants originaires des pays colonisés lui reprochent aujourd’hui à juste titre, c’est « l’oubli coupable » auquel s’ajoute la spoliation financière par régime politique interposé.

A Djibouti comme ailleurs en Afrique ou en Asie, ce choix conscient de la France a été à l’origine de la précarité matérielle et morale des Combattants issus des FFL, sans évoquer les cas, nombreux, jadis actifs regroupés en Associations de défense de leurs intérêts à savoir : celle des Anciens Combattants des deux guerres, celle de la Défense des Intérêts des Retraités Militaires, celle des Combattants de la guerre d’Algérie, de Madagascar, etc…

S’il a fallu attendre tant d’années rien que pour Djibouti, les textes juridiques sur lesquels la France avait appuyé le rejet de la demande formulée par la Délégation Djiboutienne à Paris auprès du Ministère en charge de ce dossier, la culpabilité de l’Hexagone se situe donc dans le fait que la France a préféré abandonner ses Anciens Combattants au sectarisme de leur nouveau régime indépendant, très peu soucieux de défendre pour eux des droits que l’ancienne puissance coloniale leur niait.

Le Sang du Bataillon Somali, des Algériens, comme celui des Sénégalais a inondé tous ses territoires. L’un libéré, les autres continuant à être colonisés même après la libération, et toujours pauvres avec ses quelques contributions humaines, volontaires, au nom du droit à la Liberté et à la Vie.

Quatorze ans après la chute du mur de Berlin et l’éclatement du totalitarisme (sous toutes ses formes),cinquante ans après la libération du Vietnam et soixante ans après le Débarquement Allié, la France restera-t-elle encore ingrate vis-à-vis des sauveteurs de ses anciennes colonies ? Le prochain numéro relatera l’aspect juridique et financier de la spoliation des Droits du Bataillon Somali.

A suivre…


Une censure pas très catholique

LES DROITS DE L’HOMME ET LEUR FORUM

VUS PAR LE DIOCESE DE DJIBOUTI

Le système politique djiboutien est tellement perverti qu’il réussit le tour de force de banaliser l’incongru ou l’inadmissible. Ainsi, mis à part la théocratie iranienne, nous sommes pratiquement le seul régime dans lequel un religieux occupe un poste ministériel. Ce qui n’est ni preuve d’intégrisme mystique ni gage d’intégrité politique. C’est peut-être pour cette raison qu’aucun imam ou cadi n’a daigné honorer de sa présence le récent forum sur les droits de l’Homme dirigé par le Ministre de la Justice : pourtant, on aurait tellement aimé connaître la position de ces religieux sur la question. Par contre, un religieux catholique y est allé et a modestement apporté sa contribution. Malheureusement, la politesse étant une vertu pratiquement inconnue de ce régime, toute l’intervention du Père Sandro, qui représentait le diocèse de Djibouti, a été allégrement censurée par la RTD, préférant assommer ses téléspectateurs avec d’insipides digressions. Pourtant, un regard extérieur et neutre est en soi un enrichissement… pour quiconque veut s’enrichir, spirituellement bien sûr. Voici donc intégralement cette intervention et la présentation qui en est faite dans le dernier numéro de « La Caravane », publication du diocèse de Djibouti.

Forum sur les Droits de l’Homme

Les 17 et 18 mai derniers, le Ministère de la Justice et des affaires musulmanes, chargé des Droits de l’Homme a organisé pour la première fois à Djibouti un forum national de réflexion sur l’état des Droits de l’Homme. Trois axes ont guidé la réflexion des participants:

– Dresser un état des lieux en fonction des grandes tendances socio-économiques et culturelles.

– Identifier les défis et les opportunités pour réaliser pleinement les Droits de l’Homme.

– Réfléchir sur un mécanisme indépendant pour promouvoir et protéger les Droits de l’Homme.

Le Père Sandro a été appelé à intervenir.

L’enseignement de l’Église concernant les Droits de l’Homme se base sur le fait que Dieu nous a créés tous. Il nous a créés purs, égaux et libres ; tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu. Cette donne nous la trouvons dans les premiers chapitres de la Genèse, le premier livre de la Bible. Puisque nous reflétons d’une façon mystérieuse l’image de Dieu, nous tous avons le droit au respect et à la dignité. Ce droit, tout droit lié à la personne humaine n’est pas une invention de l’homme et ne dépend pas de la bonne volonté l’homme, mais de la volonté de Dieu telle que nous la trouvons dans sa création.

C’est vrai, seulement aujourd’hui nous parlons tellement des Droits de l’Homme, mais c’est l’homme lui-même qui a rejeté la création de Dieu pour en faire une autre, déformée et basée sur l’oppression et l’exploitation.

Déjà les anciens Romains disaient:  » homo homini lupus », à savoir l’homme est un loup pour l’autre homme, ils se dévorent l’un l’autre. Encore à ce moment, partout dans le monde, combien est longue la route pour arriver à une vraie sauvegarde du droit le plus simple et logique, celui à la vie, n’en parlons même pas des autres !

L’Eglise catholique présente à Djibouti doit reconnaître avec reconnaissance que le Gouvernement et la grande majorité de la population djiboutienne la regardent comme faisant partie du paysage, une composante de la société, grâce surtout au dévouement pour 120 ans des missionnaires dans les domaines de l’éducation et de la santé. Nous partageons, comme le Président de la République le disait au nouveau Nonce apostolique le mois dernier, « les valeurs communes d’amour de l’humanité (…)

Car, comme le disait récemment Sa Sainteté le Pape, nous appartenons à la même famille humaine ». II y a certes des épisodes d’intolérance, d’insultes ou de discrimination, surtout vis-à-vis des Chrétiens vivant au milieu des quartiers, et nous pouvons espérer que ces manifestations de racisme puissent être réprouvées par la population en général et par les autorités compétentes. Ce sont des manifestations isolées, mais il y a aussi une mentalité qui semble croître dans les jeunes, celle d’une intolérance religieuse basée d’un côté sur l’ignorance de ce qui est différent, et bien sûr influencée par la situation globale actuelle.

Dans son travail social en faveur des plus démunis, surtout par la Caritas Djibouti, nous pouvons indiquer à l’attention des autorités compétentes certains manques de respect de la dignité de l’homme :

– Le fait que beaucoup d’enfants n’ont pas leurs papiers d’identité. Cette absence d’ « existence légale », porte atteinte à un droit fondamental du temps présent, l’appartenance à une communauté nationale. Que cela soit dû au manque d’intérêt des parents, ou à la pauvreté, ou à une insuffisance de l’administration, être sans papiers – tandis qu’on en a le droit – représente un handicap majeur pour la vie d’une personne. En outre, à ce que je comprends, un enfant né de mère djiboutienne et de père inconnu n’a pas le droit à la nationalité, mais l’enfant de père djiboutien en a en tout cas le droit, cela serait évidemment une forme de discrimination basée sur le sexe.

– Les réfugiés sont une catégorie de personnes qui ne connaît nulle part une vie facile! Ici à Djibouti l’impression est qu’ils sont souvent exploités, soit dans le travail au noir, soit pour en demander des bakchich. Le rapatriement de l’an dernier avait donné l’espoir qu’une clarté politique à leur sujet avait été déterminée, mais au contraire leur retour en masse prouve qu’aucune décision réelle n’a été prise, et les réfugiés perdent encore leur temps à Djibouti, un pays qui ne peut pas les accueillir d’une façon permanente et légale.

– Les mutilations génitales féminines sont un autre domaine que nous rencontrons dans nos projets. Ces pratiques traditionnelles sont condamnées par la loi djiboutienne, ne correspondent pas à l’Islam et ruinent la santé des femmes tout au long de leur vie. Même si l’éducation et la sensibilisation contre ces vraies mutilations est la voie principale pour les faire disparaître, on ne peut pas oublier que mutiler une personne est une atteinte à la personne et un crime condamné par l’article 333 du Code pénal.

Le droit à l’éducation pour tous les enfants est encore un rêve pour tellement d’enfants djiboutiens ! Les efforts indéniables dans ce domaine n’arrivent pas encore à satisfaire ce droit fondamental, la base du développement de tout pays. Une action visant à un programme d’alphabétisation général pourrait faciliter et accélérer la réalisation de ce droit dans les délais plus brefs.

Père Sandro.


L’UAD écrit au Chef de l’État

(sans réponse)

UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE

ARD, UDJ, MRD ET PDD

A

Monsieur le Président de la République

Chef de Gouvernement, Palais Présidentiel Djibouti

Objet : Conditions pour la Démocratisation de la vie politique.

Djibouti, le 21 mai 2004

Monsieur le Président de la République,

Depuis l’instauration du multipartisme intégral consécutif aux accords de paix définitive du 12 mai 2001, nous n’avons à aucun moment manqué de nous conformer aux dispositions légales en vigueur afin de respecter pleinement les règles qu’impose toute démocratie. Nous nous permettons de vous rappeler que nous vous avions saisi, en votre qualité de Président de la République et Chef de Gouvernement, avant et après les élections législatives, sur l’énorme décalage entre la démocratisation affichée et les dispositions de la loi relatives aux élections.

A cet effet, c’est par souci de transparence électorale, que nous vous avions d’ailleurs écrit le 9 novembre 2002, sur l’impérieuse nécessité d’une modification du décret n° 2002/198/PR/MID du 30 septembre de la même année relatif à la composition et au fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante en vous y exposant nos observations et nos propositions afin que ladite commission puisse disposer de toutes les attributions et compétences nécessaires pour bénéficier de l’indispensable indépendance que requiert sa mission, seule garantie pour l’organisation d’élections libres et transparentes.

De l’annonce des résultats du scrutin du 10 janvier 2003 à ce jour, nous avions entrepris et épuisé toutes les démarches légales, pour le remboursement de la caution de 32,5 millions fd déposée au Trésor Public par les 65 candidats de notre liste aux dernières élections. Du Trésorier payeur, en passant par le Ministre de l’Intérieur, du Tribunal Civil et Commercial, du Tribunal du Contentieux Administratif enfin du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, nos doléances sont restées sans réponse. Notre dernière tentative, avec pour objectif le déblocage de la situation politique de notre pays, fut notre entrevue du 24 mars dernier avec votre Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Cette rencontre devait permettre la concrétisation effective, puisque légale, des engagements relatifs à la démocratisation de la vie politique, tant pour les consultations nationales que régionales.

A ce sujet, nous n’avions pas manqué de faire remarquer au Ministre en charge de la Décentralisation, que la loi n° 174/AN/02/4ème L portant décentralisation et statut des régions du 7 juillet 2002 promulguée par vous-mêmes et publiée au journal officiel du 15 juillet 2002 a été tout simplement violée, au regard de son article 5 aliéna 2 lequel dispose : « dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente loi, un décret précisera un calendrier pour l’installation et la mise en place effective des collectivités régionales élues ainsi que les transferts de compétences qui leur sont dévolus par la loi ».

Par conséquent, cette réunion n’ayant débouché sur aucune conclusion honorable et considérant qu’à défaut d’une issue responsable pour notre pays, nous, Union pour l’Alternance Démocratique regroupant les quatre partis de l’opposition, toujours soucieuse de l’intérêt général, réitérons avant toute consultation électorale nos exigences légales et légitimes pour :

– La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement. Sur ce point, votre Ministre de l’Intérieur avait reconnu en présence des observateurs internationaux lors des dernières législatives que les listes électorales étaient décalées de la réalité du corps électoral national

– L’établissement de ces listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur ;

– La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

– L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale Djibouti ;

– La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, nous considérons que pour une transparence réelle des élections, chaque liste doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI ;

– L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent désormais représenter les listes en compétition ;

– L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics;

– L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Monsieur le Président de la République, la légitimité du pouvoir, la transparence et la stabilité resident dans la loyale application des points ci-dessus. Dans le cas contraire, nous prenons à témoins l’opinion nationale et internationale sur les dangers que fait courir votre gouvernement à la fragile stabilité que nous avons su préserver jusqu’à ce jour.


Pour avoir refusé de ramper (2)

Quels postes pour les cadres du Frud-armé ? (2e partie)

A des journalistes aussi chauvins que zélés, lui demandant de s’épancher sur son exploit sportif, un tennisman français des années 80 répondit un jour calmement que sa performance était vraiment modeste et ne justifiait pas une telle sollicitude, tant de choses beaucoup plus graves et dignes d’intérêt se passant dans le monde ajouta-t-il. C’est dans cet esprit que nous abordons cette semaine la deuxième partie du dossier de la réintégration sabotée des cadres du FRUD-armé.

L’importance, la diversité et la gravité des sujets de la seule actualité nationale nous interdisant, par pudeur, d’y consacrer trois pages, deux en ont donc été déprogrammées et reportées pour la semaine prochaine. Choix d’autant plus judicieux, nous semble-t-il, que c’est uniquement aux fins d’information du public et pour contredire le mensonge officiel, que notre journal a décidé de présenter toutes les pièces de ce dossier. Car, pour ce qui est de contribuer à l’accouchement d’un minimum de sérieux de la part de ce régime, ce serait pousser l’utopie un peu trop loin. Cela dit, ce chapitre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, comme tous les autres que la partie gouvernementale viole de façon si irresponsable, trouveront certainement l’application qu’ils méritent, avec ou sans ce régime et plus tôt que tard.

Nous avions vu la semaine dernière que nos différentes correspondances, même celle adressée au Chef de l’Etat, n’avait trouvé aucune réponse de la part du régime. Ainsi, c’est après une longue période de léthargie administrative que la partie gouvernementale a crû utile de se ressaisir de ce dossier en reprenant contact avec les cadres concernés du FRUD-armé. C’est dans cette démarche que, confortant les rumeurs selon lesquelles la Première Dame lui aurait donné des directives précises en ce sens, le Ministre de l’Emploi leur a adressé la correspondance ci-dessous reproduite.


OBJET: Votre situation administrative

Monsieur,

Par décision n°2002-0167/PR/MESN du 02/03/2002, vous avez été recruté dans le cadre des Administrateurs Civils au grade d’administrateur civil.

Or, depuis votre affectation, il a été constaté qu’à ce jour vous n’avez pas rejoint votre poste de travail.

En conséquence, il a été procédé à la suspension de votre traitement en application des dispositions de l’article 27 de la loi n°48/AN/83/l ère L du 26 juin 1983 portant statut général des fonctionnaires qui stipule que « tout fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération ».

Ainsi, je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaire par des simples promesses. J’attends de votre part un engagement ferme et écrit à respecter les conditions suivantes :

5. Une reprise effective de votre service.

6. A respecter intégralement les dispositions statutaires en vigueur.

Une prompte réponse de votre part m’obligerait.

***

PROLOGUE DE L’ÉPILOGUE

La réponse collective des cadres concernés sera publiée la semaine prochaine. En attendant, nous invitons nos lecteurs à garder à l’esprit deux arguments invoqués par cette correspondance ministérielle : 1) le fait qu’il ose tranquillement prétendre :« Je ne saurai accéder à votre demande de rétablissement de salaire par des simples promesses. », comme si la demande venait de notre organisation ; 2) qu’il se permette également d’exiger, sans aucune justification légale, « un engagement ferme et écrit à respecter » la reprise du travail et les dispositions statutaires en vigueur.


Port de Doraleh : un projet qui déménage !

Par pudeur, et parce que ce serait trop facile tant ce régime d’idolâtrie ignore ce qu’est la modestie, nous ne rappellerons pas ici tous les miracles officiellement attendus par le système du gigantesque projet de port à Doraleh. En attendant que le travail de ouvriers affectés à sa construction atteigne une vitesse de croisière digne de ses prétentions, et que les activités de ce nouveau port génèrent les milliers d’emplois supputés, il est au moins un aspect, certes inattendu, qui atteste de la réalité de cet ambitieux ouvrage. En effet, devant accueillir les logements où doivent être logés des centaines de travailleurs étrangers qui seront importés dans ce cadre, les habitants du secteur de Hayableh doivent déménager au plus vite. Leurs modestes demeures, acquises au prix de multiples sacrifices qu’ils se sont imposés depuis de longues années seront tout simplement démolies, et ils sont priés de se reloger ailleurs, moyennant un petit pécule de compensation généreusement alloué par ce régime spécialisé depuis 1999 dans un social dont on saisit mal les contours. Malheureusement pour les affairistes pressés, cette expropriation illégale rencontre pour le moment de sérieuses réticences, qui risquent fort de ne pas s’estomper, comme le dit si mal le Premier ministre à un tout autre propos.

C’est une foule déterminée et scandalisée qui a accueilli en cette journée caniculaire la délégation des responsables de l’UAD. Ils avaient raison d’être en colère, ces habitants d’un des quartiers les plus défavorisés de la Capitale : un émissaire du régime, ministre de son état, était récemment venu leur signifier que l’Etat avait décidé de confisquer leur secteur, pour le mettre à la disposition d’une société privée devant y construire les habitations dans lesquelles seront normalement logés les travailleurs immigrés qui s’échineront au Port de Doraleh. Le coup est doublement dur, pour ces citoyens chômeurs pour la plupart.

D’une part, c’est avec stupeur qu’ils ont appris que ce régime affairiste, surtout préoccupé de rentabilité financière, allait inaugurer un mouvement jusque-là inconnu dans le monde : la délocalisation de la main-d’œuvre. D’habitude, c’est soit un Etat qui, pour accompagner une forte croissance intérieure, fait appel à flux contrôlé d’une force de travail étrangère ; soit une entreprise privée qui, à la recherche des coûts de production les plus compétitifs, délocalise certaines de ses unités industrielles vers des pays où la main-d’œuvre est meilleure marché.

Dans le cas djiboutien, c’est donc une société privée qui vient avec ses propres travailleurs étrangers (à hauteur de 70% du total nous assure-t-on). Quand on sait qu’il s’agira essentiellement d’une main-d’œuvre pas forcément très qualifiée, c’est insultant pour notre système scolaire (LIC ou LEP) qui pouvait aisément la fournir, en grande partie tout au moins. Prétendre que l’inadéquation entre Emploi et Formation est à ce point dramatique que cela constitue un handicap pour les diplômés nationaux est vraiment décourageant pour notre Jeunesse.

En second lieu, avec un minimum de vigilance, le plus modeste de nos concitoyens se doute bien que la procédure d’expropriation doit obéir à des dispositions légales rigoureusement codifiées. Si l’Etat décide d’exproprier, c’est uniquement quand l’intérêt général, sanctionné par une enquête préalable d’utilité publique, exige un tel traumatisme. En aucun cas, l’Etat ne peut procéder à l’expropriation de qui que ce soit pour servir des intérêts privés, ce qui est malheureusement le cas avec la construction de ces logements pour travailleurs immigrés.

Après le Téléthon, voici le Sheraton : on imagine donc aisément à quoi pourraient prioritairement servir les millions de nos francs collectés en quelques minutes par la Première Dame, qui n’a pas hésité à convoquer dans le plus luxueux hôtel de la Capitale, tout ce que notre pays compte comme dirigeants politiques, cadres administratifs (étonnant quand on sait que le pouvoir d’achat des Djiboutiens s’est nettement détérioré depuis le conflit) et hommes d’affaires à la réussite certes clinquante, mais en tout cas reconnaissante à l’endroit d’un régime qui propose ses marchés publics en fonction des allégeances.

On imagine aussi un peu mieux les intentions cachées et le potentiel d’injustice que recèle la récente loi sur l’agropastoralisme, mettant toutes les terres rurales à la disposition d’un régime qui dévoile chaque jour un peu plus sa frénésie affairiste. Ainsi, pour peu qu’une portion de notre brousse nationale attire les convoitises d’un riche protégé des instances dirigeantes, l’Etat procédera sans aucun état d’âme à l’expropriation de ceux qui y vivent et en vivent.

Ruraux ou citadins, ce régime est déterminé à s’enrichir partout où des opportunités se présentent à lui. Son credo, c’est d’écraser nos concitoyens par l’arbitraire de ses envies gourmandes.

Cela, les dirigeants de l’UAD en tournée à Hayableh se sont solennellement engagés à ne pas le tolérer. Nous sommes résolument aux côtés de ces centaines de familles menacées d’expropriation : il n’est pas question de laisser l’injustice broyer nos populations en toute impunité !

Comme nous sommes aux côtés de ces milliers de jeunes chômeurs dont le sort préoccupe si peu ce régime d’affairistes si pressés, prétendant qu’une infime minorité a le droit de scandaleusement s’enrichir, alors que le refus irresponsable de réinsérer les démobilisés condamnés à la précarité, constitue une lourde menace pour la paix civile et quand l’absence d’une politique cohérente condamne tant de jeunes à la rue.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

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Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Quand la vie part en fumée
  4. Interview de M. Noël Abdi à la BBC
  5. Le djibouto-pessimisme
  6. Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va
  7. Lâche moi ? les baskets
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 99

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE BEEFSTEAK DU DEPUTE

(SUR UN CANAPE D’AVOCAT)

A force de n’en voir que l’aspect le plus servilement caricatural, nos concitoyens en sont venus à ne plus très bien comprendre à quoi peut servir un député sous ce régime de figuration et dans cette Constitution qui réduit le pouvoir législatif à sa plus simple expression : donner l’illusion d’une volonté populaire que le système de fraude généralisée se charge par ailleurs de détourner. Pourtant, à sa modeste dimension, le député version RPP se démène comme un beau diable dans au moins deux rayons : l’intervention et l’interpellation.

L’intervention tout d’abord : avec le phénomène du bras-cassé, c’est une spécialité typiquement djiboutienne, en tout cas dans sa banale quotidienneté. Rares sont ceux qui, à tous les niveaux de l’échelle sociale, n’ont pas un jour sollicité une démarche d’intervention à laquelle tous les députés se prêtent volontiers. Le système politico-administratif fonctionnant sur la base du favoritisme partisan (qui connais-tu au lieu de que connais-tu ?), intervenir au profit d’un cousin ou d’un proche est la première raison d’être du député. Il (et elle depuis peu) a trouvé un mécanisme de clientélisme si rôdé qu’il lui serait bien prétentieux et certainement suicidaire d’ignorer ou de remettre en cause.

La question de la contestation ne se pose même pas, autrement il (ou elle) n’aurait pas été coopté(e) dans ce rôle si son patron n’était pas sûr qu’il (ou elle) accepterait ce rôle. Donc, le député djiboutien mal élu vole d’intervention en intervention : plus qu’une pratique mondaine que laisserait supposer une fréquentation des couloirs bureaucratico-politiques nettement supérieure à la moyenne mondiale (il suffit de voir le monde qu’il y a à la Cité ministérielle), c’est pratiquement son gagne-pain.

Le second beefsteak du député RPP, c’est l’interpellation des membres du gouvernement lorsque le calendrier des sessions oblige ces animaux politiques à descendre dans l’arène parlementaire. C’est d’ailleurs le seul pouvoir qu’une Constitution hybride, née dans l’urgence d’un conflit civil, accorde aux représentants du Peuple : gueule et rentre chez toi ! Justement, il y a quelques jours, un de ces députés, peut-être plus affamé que d’autres, a violemment interpellé un membre du gouvernement. Tempête dans un verre d’eau : la petitesse de l’exploit n’a d’égal que son caractère totalement déplacé.

Ainsi donc, mais peut-être faut-il mettre son agressivité sur le compte d’une indigestion (certains repas copieux passent mal en saison chaude) un député, apparemment l’intellectuel des petits bancs parlementaires, a violemment pris à partie le Ministre accessoirement de la Culture et principalement des médias publics. Motif de son ire : pourquoi le gouvernement tolère-t-il les dérives diffamatoires d’une presse d’opposition qui n’épargne ni les personnes si les institutions ? Et de se livrer à une confidence : lors de ses voyages à l’étranger, ce député VIP/VRP frôlerait même l’excédent de bagages puisqu’il transporterait de nombreux exemplaires de cette presse infamante, histoire de démontrer que Djibouti est plus tolérante que Washington où le dernier film de Michael Moore, Palme d’Or 2004 à Cannes, cherche encore distributeur. Et le Ministre porte-parole du gouvernement de bafouiller, magnanime, que c’est là un des effets pervers de la démocratie djiboutienne, dont profiteraient l’opposition ingrate et sa presse irresponsable.

Le seul problème, c’est qu’avant d’être bon prince, il faut être prince : quand on accède à la députation au terme d’une fraude électorale aussi criante et que l’on ne respecte pas soi-même un minimum de légalité, en ouvrant par exemple les médias publics à toutes les sensibilités politiques, on est vraiment le moins bien placé pour donner des leçons de tolérance ou de responsabilité.

Au demeurant, chacun sait que la presse d’opposition n’a pas à diffamer pour être persécutée, les multiples procès d’intention intentés au Renouveau et à son directeur de publication sont là pour nous rappeler à quel point nous ne sommes qu’en sursis : tant qu’il sera nécessaire pour le régime de singer la démocratie, autant que les limites de l’humainement supportable et du politiquement utile nous le permettront. Surtout, ce régime de fanfaronnade n’ose oublier tout ce qu’une réelle liberté d’expression doit au langage des armes : armes dont le fracas a imposé la timide ouverture politique de 1992 et armes dont le bûcher a imposé le multipartisme intégral de 2002.

Contester des acquis, ce serait inciter à une nouvelle lutte qui, elle, sera tout sauf parlementaire, l’appétit de certains ténors de l’interpellation parlementaire risque alors d’en être définitivement coupé.


Brèves nationales

Djib-Watch :

Un nouveau regard sur les droits de l’homme ?

Selon l’hebdomadaire parisien « La Lettre de l’Océan Indien » daté du 29 mai 2004, une nouvelle organisation de défense des droits de l’homme à Djibouti aurait été récemment créée au Canada. Fondée par des Canadiens et des Djiboutiens, cette ONG serait présidée par un Canadien ayant vécu vingt ans en Centrafrique. Le vice-président, le trésorier et le webmaster seraient des Djiboutiens vivant au Canada depuis plus d ‘une décennie. Djib-Watch aurait déjà lancé son site Internet (djibwatch.com). La situation chaotique des droits de l’homme dans notre pays semble préoccuper nos compatriotes émigrés au Canada. Rappelons que la diaspora djiboutienne installée au Canada est composée en grande partie de victimes de la mauvaise gouvernance ayant fui la précarité. Cependant, on compte aussi parmi elle de nombreuses familles de dignitaires du régime opportunément mises à l’abri au cas où…

« Réalité » salue par principe la naissance de Djib-Watch et suivra ses activités avec un vif intérêt.

Presse nationale :

Un « Miroir » sans tain ?

La presse écrite djiboutienne vient de s’enrichir d’un nouveau titre : « Le Miroir » dont le premier numéro a été publié mercredi dernier, se veut un journal indépendant. Imprimé sur papier glacé, ce mensuel semble être sorti des rotatives de l’Imprimerie Nationale. Apparemment peu astreint aux impératifs de rendement, son tirage est limité à 300 exemplaires.

En parcourant ses pages, le lecteur aura du mal à se faire une opinion sur ce journal d’opinion qui se veut pourtant au centre. Tout juste quelques piques maladroites en direction de l’opposition et quelques traces d’une certaine promiscuité avec le pouvoir de sa part semblent accréditer la thèse selon laquelle d’anciens amis du Club Miroir des années 70 et comptant un ancien ministre du gouvernement y officient.

En attendant que ces « centristes » affirment leurs idées, « Réalité » salue par principe la naissance de ce nouveau confrère et attend patiemment la parution du numéro 2 de ce mensuel, afin d’apprécier la justesse de son « combat pour la juste cause ».

Que d’eaux :

Il Jano contre Masafi

Même en doutant de la réussite du projet, parce que ce régime réussit peu de chose à part la régression, le gaspillage et la zizanie, nous avions sincèrement appelé de tous nos vœux le succès du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh. Las ! C’était encore pêcher par naïveté, preuve s’il en est que ce régime n’a de tribaliste que l’apparence pour mieux diviser ses concitoyens à l’approche d’importantes échéances électorales. Ainsi, alors qu’Il Jano reste désespérément introuvable sur le marché national, sauf en Conseil des Ministres pour les besoins d’une caméra complaisante, la délégation éthiopienne venue dans le cadre des travaux de la commission mixte a eu droit, au mépris de notre fierté nationale, à de centaines de bouteilles d’origine émirati du nom de Masafi, estampillées 27ème anniversaire de la République de Djibouti.

Triste image de notre pays ainsi donnée à la délégation d’une Ethiopie qui, en quelques années, a spectaculairement diversifié sa production d’eau minérale, proposant à côtés des antiques eaux gazeuses (Ambo, Toosa et Babilé) des eaux irréprochables de standard international telles que Highlands, Aquafine ou encore Aquaddis. Et ce n’est pas fini : chaque Etat régional peut promouvoir ses propres eaux minérales même sur initiative privée.

Pauvre Il Jano, prise en otage par un régime sectaire qui préfère la réduire à un mirage tribal plutôt que de lui donner les moyens de devenir une oasis pour toute la région Assajog.

Djib-Télécom :

Nouveaux panneaux pour nouveau départ ?

L’opérateur Djib-Télécom, dont la gestion a récemment été confiée à des expatriés grassement rétribués s’apprête, en vue de sa prochaine privatisation, à se doter d’une nouvelle image. Annoncé pour juin 2004, cette nouvelle image devant normalement symboliser un nouveau départ, promet d’être une surprise.

S’agit-il tout simplement d’un nouveau logotype (identification visuelle) ou d’une nouvelle politique commerciale en direction des usagers ?

Quoi qu’il en soit, cette entreprise aiguise les appétits des prédateurs du pouvoir et les méchantes langues n’hésitent pas à affirmer que les nouveaux panneaux qui fleurissent un peu partout en ville seraient destinés, dans une deuxième étape, à la campagne de l’illustre candidat cherchant lui aussi un nouveau départ. Les sceptiques seront fixés à la rentrée.

Délestages :

Lampes-tempête pour maison en dur

Depuis quelques semaines, les lampes-tempête sont de rigueur dans les quartiers populaires, en raison des fréquents délestages opérés dans certains secteurs de la Capitale. Chaque nuit, l’électricité disparaît pour quelques heures, plongeant une partie de la Capitale dans l’obscurité et la moiteur.

Pourtant, l’EDD claironnait il n’y a pas si longtemps qu’un nouveau méga-groupe était en voie d’installation. En attendant, ils sont des milliers de Djiboutiens à passer chaque jour et chaque nuit de longues heures sans électricité, sans que le grand chef, spécialiste du social sans société, ne s’en émeuve outre mesure.


Quand la vie part en fumée

LUTTE ANTITABAC : IL NE FAUT PAS MEGOTER

La République des slogans, des banderoles et des journées de célébration : ainsi pourrait-on définir la vision que ce régime se fait de l’action politique, si l’on met pour le moment de côté la distribution gratuite de khat par les dignitaires en campagne. L’occasion de la Journée internationale contre le tabagisme, célébrée lundi dernier, ne déroge pas à cette règle et, comme le démontre si bien le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) établi pour la circonstance, ce ne sont pas les professionnels de la Santé qu’il convient de pointer du doigt : la progression vertigineuse du nombre de fumeurs dans les pays pauvres s’explique essentiellement par le laxisme des pouvoirs publics.


Soucieux de coller aux impératifs internationaux, et conscient du rôle mystificateur qu’il est aisé de faire jouer par les médias publics, le régime djiboutien a célébré comme partout ailleurs dans le monde la Journée internationale contre le tabac, lundi 31 mai. L’intention est louable, car il y a effectivement péril en la demeure. Aussi, nous formons le souhait de voir les pieuses intentions déclamées en cette circonstance se transformer en une réalité palpable, sous la forme d’un programme politique soutenu, constant. Mais, devant l’absence de toute sensibilisation contre les méfaits du tabagisme en dehors de cette seule journée internationale, il est permis de douter que le sérieux s’impose au moins en ce domaine.

En effet, il est tout d’abord remarquable que les pouvoirs publics djiboutiens soient incapables de fournir la moindre quantification, les moindres chiffres sur l’étendue de ce désastre : aucune statistique n’est disponible quant au nombre de fumeurs dans le pays selon les diverses variables (âge, catégorie socioprofessionnelle, niveau d’études, lieu de résidence, nombre de cigarettes fumées par jour, type de tabac, etc.). De même, aucune donnée chiffrée n’est disponible en ce qui concerne le volume de tabac importé en République de Djibouti et combien cela rapporte en termes de taxes et surtaxes : une partie de ces recettes fiscales aurait normalement servi à financer une campagne de prévention cohérente et inscrite dans la durée.

Et cette démission des pouvoirs publics n’est peut-être pas un hasard car aucun Etat digne ne peut prétendre ignorer un tel flux de marchandises, à moins qu’il ne le fasse exprès et qu’il y ait dans les instances de décision des personnes n’ayant aucun intérêt à ce que la transparence prévale en la matière. Djibouti semble de plus en plus devenir la plaque tournante régionale d’une contrebande de haute volée. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les sociétés de transit apparues depuis quelques années ou de garder à l’esprit le contentieux entre Djibouti et Hargueisa à propos d’un commerce illicite de cigarettes ou encore l’énorme travail des autorités centrales et régionales éthiopiennes contre cette contrebande dont une part essentielle provient de notre pays.

Donc, sans chiffres clairement établis par les services gouvernementaux auxquels cette mission est normalement dévolue, impossible de mesurer l’ampleur du fléau, donc impossible d’en quantifier les incidences négatives au niveau de la santé publique. Or, un minimum de connaissance des réalités nationales suffit à établir un constat alarmant : les Djiboutiens sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à fumer.

Ainsi, alors que les lycéens fumeurs étaient extrêmement minoritaires dans les années 70-80 (il s’agissait de rares brouteurs occasionnels), le tabagisme est devenu tout à fait banal aujourd’hui, non seulement au lycée, mais plus gravement dans les collèges d’enseignement secondaire. Pour preuve, au lieu de la cigarette pour l’achat de laquelle il lui faut parfois affronter le regard inquisiteur de commerçants scrupuleux, le jeune collégien se voit offrir, le plus légalement du monde et pour la modique somme de 50FD, une pleine dose de narguilé, Chicha dans les langues locales.

Même les petits baigneurs que la raréfaction des lieux de loisir a poussé sous les fenêtres de la nouvelle résidence du Premier ministre à la Brise de mer (on connaît des dirigeants que cette foule aurait dérangés) se voient proposer cette intoxication au sortir de leur baignade du vendredi. Quant aux méfaits du tabagisme passif (être obligé de supporter la fumée des autres dans les lieux publics tels que bureau ou bus ), il est totalement ignoré. Sans même parler des adultes, dont les femmes sont de plus en plus adeptes (parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses à consommer du khat) de ce tabagisme jugé plus soft et moins choquant que la cigarette occidentale, où est au moins l’indispensable protection des mineurs ? La démission à ce niveau, des parents comme des pouvoirs publics, est tout simplement criminelle !

Mais il y a beaucoup plus grave et il serait dangereusement hypocrite de se voiler la face : les jeunes s’orientent aujourd’hui vers des drogues bien plus dures que le seul tabac. De petites pilules ont ainsi fait leur apparition dans certains quartiers populaires, au prix de 60 FD pièce : l’extasy est désormais disponible sur le marché local et il semblerait que la demande soit tellement supérieure à l’offre que son importation et sa commercialisation sont de plus en plus contrôlées par d’importants personnages bénéficiant de suffisamment d’entrées dans les coulisses du pouvoir pour introduire et écouler cette drogue en toute tranquillité.

Dans ces conditions, il est malheureusement illusoire d’attendre une quelconque sincérité de la part d’un régime dont des secteurs entiers vivent de la misère populaire : si la lutte contre le tabagisme était réelle, les autres fléaux qui contribuent tout autant sinon plus à la dégradation du niveau et des conditions de vie de nos concitoyens auraient également été combattus avec la sévérité qu’exigent les désastres dont ils sont responsables.

C’est donc au citoyen conscient de ses devoirs publics et privés de protéger ses enfants et de donner le bon exemple en se protégeant lui-même !


Interview de M. Noël Abdi à la BBC

Dans le cadre du forum relatif à l’état des Droits de l’Homme en République de Djibouti, la section somali de la BBC a posé quelques questions au Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, M. Jean-Paul Noël Abdi. Voici la traduction de l’essentiel de ses propos, se résumant à quatre points : 1) la Justice doit tout d’abord être totalement indépendante, ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement car, sans le Conseil du Contentieux Administratif, la Justice djiboutienne continue d’être bancale; 2) les organisations internationales n’ont pas été associées, ne serait-ce que pour nous aider ; 3) les partis politiques de l’opposition, alternance démocratique, ainsi que les syndicats libres n’ont pas été associés à la préparation de ce forum et 4) il n’y a donc aucune utilité à aller à ce forum où seuls les proches du régime ont été largement conviés. En clair, pourquoi se rendre à ce forum les mains dans les poches, juste pour applaudir, car aucun ordre du jour n’a été communiqué ? CQFD.


BBC : Pouvez-vous nous dire pourquoi vous n’avez pas participé au Forum sur l’état des Droits de l’Homme organisé par le Gouvernement de votre pays ?

Jean-Paul NOEL ABDI : En fait, il y a une conjugaison de plusieurs facteurs. Je suis membre du Comité ad-hoc sur les Droits de l’Homme mis en place par le Ministre de la Justice le 15 mai 2002.

L’objectif de ce Comité était de préparer une conférence nationale sur les Droits de l’Homme. En ce qui me concerne, je suis Président d’une Association indépendante oeuvrant pour la promotion des Droits de l’Homme. Donc, bien que ce Comité ad-hoc ait travaillé depuis sa formation, ce forum qui est organisé maintenant devait se tenir en principe au début de cette année comme prévu.

Or, bien que nous ayons interpellé à plusieurs reprises le Ministre de la Justice sur la date réelle de la tenue de ce forum, nous n’avions obtenu aucune réponse. Toutefois, nous n’avions pas manqué de lui signifier que, pour pouvoir régler les multiples problèmes de notre pays dans ce domaine, la participation de tous devait être concrète et efficace.

Je vous précise au passage que si la Justice n’est pas indépendante, il ne peut y avoir de respect pour les Droits de l’Homme. Ces raisons ont été pour quelque chose dans notre démarche auprès du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, afin que la tenue de ce forum soit repoussée. Nous n’avons reçu aucune réponse, y compris pour les précédentes requêtes. Ce qui prouve que l’Etat djiboutien manque d’une réelle volonté en la matière.

BBC : Qu’est ce que vous attendez d’autre du Gouvernement ?

JPNA : Dans la mesure où le Gouvernement a tenu à organiser ce forum tel qu’il l’a prévu, nous souhaitons qu’il réalise une bonne fois pour toute notre doléance principale plusieurs fois signifiée : l’indépendance de la Justice. Dans l’état actuel, il n’y a pas de respect pour les Droits de l’Homme. Je rappelle qu’une loi datant de l’époque coloniale et utilisée jusqu’en 1996 donnait la possibilité au citoyen ordinaire de pouvoir porter plainte auprès d’une juridiction chargée de réprimer tout responsable coupable d’un abus de pouvoir et autres délits analogues.

Cette juridiction n’existe plus depuis 1996. Ce qui revient à dire que la paralysie imposée à cette juridiction importante prouve à elle seule qu’il n’y a pas une réelle justice ici.

Donc, ces constants faits, nous avons écrit aussi bien au Ministre la Justice en charge des Droits de l’Homme qu’à son collègue de l’Intérieur et de la Décentralisation, pour un report de ce forum au mois de septembre prochain.

BBC : Qu’est ce qui vous a réellement poussé à demander le report de ce forum ?

JPNA : Tout simplement, d’une part le fait que les associations des Droits de l’Homme indépendantes du pouvoir n’y participent pas, d’autre part que les partis politiques de l’opposition nationale n’y participaient pas non plus. Or, pour pouvoir trouver des remèdes aux problèmes du pays, leur participation est plus qu’indispensable.

Dans ce forum tenu du 17 au 18 de ce mois, de nombreux responsables étaient issus d’associations contrôlées par le régime.

Seules ces dernières ont été invitées à participer à ce forum, pas les organisations issues véritables de la société civile. Aussi, dans la mesure où ces organisations issues du peuple n’ont pas pu participer, puisqu’elles sont celles qui accusent les pires difficultés et qui ont des reproches à faire en matière de justice et de droits de l’Homme, ce forum n’aura aucune retombée sérieuse.

BBC : Est-ce que vous voulez que tous les problèmes soient résolus d’une seule fois, n’est-il pas plutôt sage de le faire par étape ?

JPNA : Je vous cite un dicton somali qui dit que « c’est par les branches du dessus que l’on commence pour la construction d’un enclos formé de branchages d’acacias ». Par conséquent, il faut d’abord restaurer la justice et donc les tribunaux. Je suis pour ainsi dire convaincu que s’il y a une réelle justice, les droits de l’Homme seraient, au moins dans sa plus grande partie, respectés.

BBC : M. Jean-Paul êtes vous opposant ou défenseur des Droits de l’Homme ?

JPNA : Il fut un temps ou j’étais opposant. Je suis maintenant un défenseur des Droits de l’Homme, ce qui veut dire que je dois dire la vérité sur les manquements au respect des Droits de l’Homme d’où qu’ils viennent. En ce qui concerne la différence entre l’opposition et les défenseurs des Droits de l’Homme, c’est que l’opposition étant politique, elle rejette la gestion d’un individu responsable, politique aussi, et œuvre pour son remplacement éventuel ; quant à nous, nous surveillons le gouvernement et relatons ses dérives. Il en va donc de notre responsabilité avec pour seul objectif de veiller au respect des droits de l’Homme.

BBC : Pouvez-vous me donner des preuves de ce non-respect des Droits de l’Homme de la part du Gouvernement ?

JPNA : Je vous cite quatre preuves, entre autres :

1- Il existe une juridiction chargée de juger les délits commis par les responsables gouvernementaux. Je vous dis que cette instance judiciaire ne travaille pas depuis 1996. Depuis cette date, nous n’avions pas cessé d’en parler, et nous continuerons. Il faut que le Président de la République donne instructions précises au responsable de la Cour suprême pour que cesse ce vide juridictionnel. Le nombre de plaintes déposées auprès de cette juridiction, qui n’est autre que le Tribunal du Contentieux Administratif, se monte à 180 dossiers. Nous-mêmes avions déposé une plainte contre l’ancien Ministre de l’Intérieur, et celle-ci reste à jour une lettre morte, aucune réponse. La raison est en fait qu’il n’y a pas une véritable justice.

2- La République de Djibouti a signé des conventions avec le Bureau International du Travail (BIT). Et pourtant il n’y a aucun respect pour les travailleurs et leurs représentants ici.

3- Le gouvernement n’a rien fait en ce qui concerne l’information sur les élections à venir. Nous avons décidé d’œuvrer pour faire comprendre à la population en quoi consistent ces élections et pour vulgariser les lois. En tant que LDDH, nous allons former la population sur cela. Nous lui présenterons des supports expliquant dans les deux langues Afar et Somali les Droits et les Devoirs de chacun en matière d’élection.

4- Il faut que le gouvernement instaure véritablement la bonne gouvernance car elle seule peut permettre d’éviter les conflits armés.

BBC : N’est-il important ou pas, selon vous, que ces points auraient dû être présentés et discutés au Forum ?

JPNA : Nous avons déjà écrit ce qui était palpable et la façon dont chacun en particulier était concerné par la justice et l’injustice. Le peuple dans son ensemble est seul souverain pour dire s’il y a justice ou injustice. Par conséquent, si je ne suis pas allé à ce forum, je peux vous confirmer qu’étant membre du comité ad-hoc, donc responsable, j’avais demandé au PNUD l’aide indispensable pour la tenue d’un forum national sur les Droits de l’Homme. Depuis cette doléance nous n’avons été aucunement informés par le Ministre de la Justice, ni sur la date de la tenue de ces assises, encore moins des démarches et de l’Agenda le concernant.


Le djibouto-pessimisme

A PROPOS D’UNE REMARQUE MINISTÉRIELLE

Pour certains hommes politiques occasionnels ( à moins que ce ne soit la mauvaise occasion qui fasse l’homme politique jetable, comme les rasoirs Bic), l’amnésie sélective et partiale procure la douce euphorie insouciante qu’exige les comédies médiatisées auxquelles le contraint le régime qui l’a recruté. Ainsi, feignant oublier la lettre ouverte par laquelle l’UAD lui avait poliment expliqué les raisons pour lesquelles il lui était impossible d’honorer de sa présence le prétendu forum gouvernemental placé sous son égide et consacré à la situation des Droits de l’Homme en République de Djibouti, le Ministre de la Justice s’est estimé dans l’obligation de justifier notre absence. Donc, l’UAD aurait décliné son invitation uniquement parce qu’elle serait pessimiste. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, nous sommes tout à fait d’accord avec son envolée psychologique : tout juste faut-il préciser dans quel registre se situe ce pessimisme. En clair, est-il raisonnable d’espérer transformer ce régime avec les armes d’une légalité qu’il bafoue quotidiennement ?


« Pour accéder au pouvoir dans certains de nos petits pays arriérés en démocratie, l’opposition doit créer l’événement : soit se faire élire sur un programme militant ralliant une majorité écrasante d’électeurs, soit créer un climat insurrectionnel dans la rue, dangereux car incontrôlable ; faute de lois pour tous et d’institutions pour les garantir, ils exposent les manifestants à la répression sanglante. Les élections transparentes sont elles aussi jugées dangereuses : elles risquent de provoquer le changement qui se solderait par des déballages d’affaires illégales pouvant aller du délit jusqu’au crime et dont l’issue serait fatale aux pachas des régimes dictatoriaux. » Tel est le constat on ne peut plus lucide que le ministre-philosophe dressait dans son livre intitulé Indépendance, Démocratisation, Enjeux stratégiques à Djibouti, paru aux Editions L’Harmattan en mai 2002.

Donc, soit un miracle électoral, soit le verdict de la rue. Seulement, l’auteur a expliqué en long, en large et en travers pourquoi il était totalement impossible que l’opposition démocratique remporte un quelconque scrutin électoral à Djibouti où, à l’instar du régime de Milosevic, le RPP peut frauder comme il veut grâce au contrôle total qu’il exerce sur « 1) des hommes en armes ; 2) des finances par des méthodes maffieuses » et « 3) des médias afin de noyer d’une propagande déroutante ceux qui peuvent seulement comprendre les langues locales et ne peuvent faire de comparaison avec d’autres informations pour se forger leur propre opinion ».

Si le ministre-philosophe en charge de la promotion des Droits de l’Homme a noté une quelconque amélioration des pratiques gouvernementales sur ces trois registres, nous lui saurions infiniment gré de bien vouloir nous en informer. Quoique, selon nous, une partie pas nécessairement féminine des hommes en armes continuent sa danse du ventre partisane, la gestion des deniers publics est sinon maffieuse, du moins illégalement opaque et que les médias publics brillent plus dans un rôle de griot que par le pluralisme de l’information qu’ils proposent.

Donc, selon ce théoricien de la révolution immobile, il serait illusoire de rêver un jour conquérir le pouvoir de façon démocratique et pacifique : « c’est là où le bât blesse, et c’est à ce niveau que les démocrates doivent mener un travail de réflexion et d’action politiques » conclut-il. Merci pour l’info.

La rue alors ? C’est-à-dire prendre acte de ce que le régime est le premier (et souvent le seul) à violer la légalité qu’il est normalement censé appliquer et garantir ? Là, Monsieur le ministre-philosophe commence sérieusement à intéresser quelques praticiens en quête d’une théorie de la pratique : peut-être devrait-il leur indiquer certaines lectures idoines, telles que Sun Tsu, Rosa Luxembourg ou les penseurs nombreux et pertinents des dévolutions violentes du pouvoir ?

Le malheur c’est que les leçons de l’Histoire donnent raison à notre penseur de la révolution mais praticien de la compromission : c’est la rue, c’est-à-dire la révolte populaire qui a le plus souvent humilié et chassé les despotes qui se croyaient inamovibles de droit du plus fort et assez malins pour se déguiser en démocrates.

La plus récente démonstration de cette implacable logique des fins brutales, c’est bien évidemment la fuite à laquelle a été contraint l’ancien Président pourtant démocratiquement élu d’Haïti, le père Aristide. Quand le despote ne peut même pas se prévaloir de la sincérité des urnes, quoi que s’illusionnent ses médias tous azimuts, la chute n’en est que plus inéluctablement brutale.

Dans ces conditions, le ministre-philosophe aura certainement compris, au moins lorsque les immenses charges de sa figuration politique lui laissent le loisir d’une introspection méditative, pour ne pas dire contemplative, les raisons pour lesquelles l’opposition n’a pas jugé utile de perdre son temps dans le spectacle qu’il avait si gentiment préparé à notre intention.

A défaut de sa compréhension, nous restons persuadés que ceux qui attendent le vrai changement, et non sa grotesque illusion de 1999, auront compris le sens de notre démarche : c’est ailleurs qu’il faut bouger pour faire bouger les choses.


Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va

« Depuis le lancement de la politique de décentralisation par le gouvernement en 1999, Obock s’est dotée d’un conseil régional provisoire qui est constitué de 14 membres de la société civile et qui compte 3 femmes en son sein. Bénéficiant d’une subvention de 50 millions FD comme fonds de développement communautaire, le conseil régional d’Obock a du mal à démarrer et la liste des doléances que les notables et membres du conseil régional soumettront au Président de la République est longue. C’est sur le sujet de la décentralisation, avec les acquis, les problèmes entravant sa bonne marche et les perspectives d’avenir que seront axées les discussions entre le Président de la République et les notables obockois. » Ces quelques lignes sont tirées des Cahiers de l’ADI, n°2, mars 2002. Le Chef de l’Etat s’y est donc rendu à l’époque, 2ème étape d’une longue tournée préélectorale, préparant les législatives de janvier 2003. un petit tour et puis s’en va : plus de deux ans après, les problèmes demeurent.


Nombreux sont ceux, aujourd’hui déçus, qui figuraient en 1995, lors de la pose de la première et seule pierre pour la Réhabilitation d’Obock, dans le comité d’accueil qui, en toute bonne foi, applaudissait chaleureusement le lancement de ce programme. Pourtant, des millions de dollars américains ont été engloutis, sans qu’aucune maison en planches n’ait été réhabilitée. Dix ans plus tard, cela fait maintenant dix jours que la première Capitale du pays est privée d’électricité, au plus fort de la suffocante humidité du mois de mai. Les moustiques s’en donnent à cœur-joie. Le dispensaire regorge de malades atteints de paludisme…

Il convient de rappeler que le groupe électrogène aujourd’hui en panne a été gracieusement offert par un généreux donateur : l’Etat djiboutien préfère donner ces unités électriques aux voisins plutôt que d’électrifier ses propres villes et villages. De plus, que l’Etat et son conseil régional soient incapables d’entretenir un don privé en dit long sur leur mépris envers nos concitoyens.

A la mi-février 2002, une équipe de journalistes de « La Nation » se rend en reportage à Obock et constate que « le conseil régional d’Obock, confronté à divers problèmes et dont le bilan d’activités s’annonce très déplorable (sic), n’arrive pas à répondre aux attentes des Obockois ; problèmes dus notamment au déficit financier et technique et aux non-réalisations des projets qui s’expliquent en grande partie par le retard des prises des décisions… », nous apprenant qu’à sa formation, le conseil régional avait à sa disposition 50 millions FD comme fonds destinés au développement communautaire et que selon le Commissaire de la République, il n’avait « consommé que la moitié de ce fond.» Donc, depuis sa création à mars 2002, il aura disposé que de 50 millions FD…

De toutes les façons à Obock comme dans la Capitale, faute de compte rendu public, l’opacité ambiante autorise toutes les hypothèses. Le Chef de district de l’époque en a cependant retenu une, plausible, expliquant que « la non-réalisation de divers projets incombe à la Direction de la décentralisation du ministère de l’Intérieur qui ne s’est toujours pas prononcée sur ce sujet. » Sans manquer de recommander « une autonomie financière urgente et importante », pour ne pas être tributaire de « décisions qui ne viennent pas ». Sans commentaire!

Nos lecteurs savent ce que nous dénonçons régulièrement dans nos colonnes : l’inadmissible tutelle exercée par une administration djiboutoise totalement déconnectée des réalités locales. Tout le monde sait depuis que nous l’avons souligné dans une de nos éditions, que les budgets cumulés de l’ensemble des districts représentent 1% du Budget national. Comment dans ces conditions, nos dirigeants et mal élus, osent-ils encore parler de décentralisation et de développement régional ? De qui se moquent-ils ?

Il y a exactement un an, en mai 2003, Obock a connu plusieurs semaines sans électricité. Ses habitants se souviennent que nous avions été, avec notre confrère Le Renouveau, les seuls à l’avoir condamné. En septembre de la même année, un pompeux et très médiatisé séminaire sur le développement décentralisé d’Obock a eu lieu, sans suite, comme tous les séminaires et autres états généraux qui ont décoré ce sextennat qui, heureusement, prendra bientôt fin. Inutile mandat durant lequel les habitants d’Obock ont dû se contenter de paroles creuses.

Quand on sait, à en croire le gouvernement, que la décentralisation est depuis l’Indépendance inscrite dans nos lois et est effective depuis 1994, puis 1999, que signifie le « s’entourer au préalable de toutes les précautions nécessaires à ce genre d’entreprise » par quoi les faux experts prétendent freiner la marche de la décentralisation ? Est-ce de l’adoption de ce projet de loi faisant main basse sur toutes les ressources exploitables du pays qu’il est question ?

N’eût été le holà opposé par l’opposition vigilante, c’était une privatisation en douce des 23000 km2 qui se préparait. Notre microscopique portion de la terre d’Allah ne demande qu’à justement être administrée et mise en valeur dans le respect de ses habitants et non pas privatisée au profit d’intérêts inavouables et spéculatifs. En attendant, Obock est sans électricité, donc à peu près sans eau, à moins d’aller se ravitailler au puits de Tikibleyta : c’est cela, le développement à reculons.


Lâche moi ? les baskets

DE Y.A.C à KA YAACAY

Décidément, alors que le Chef de l’État y voyait maladroitement un scandale franco-français, l’affaire Borrel est en train de devenir ici un contentieux djibouto-djiboutien. C’est ainsi que nos dernières publications s’y rapportant ont suscité, sous diverses formes et pour le moment dans l’inimitable pamphlet du RPP dont, chacun le sait, le premier responsable n’est autre que le Chef de l’État et président du Conseil Supérieur de la Magistrature, des répliques aussi violentes que disproportionnées.


Pari gagné : nous avions promis que nous laisserions au régime le monopole de l’insulte, dépossédé qu’il serait de toute argumentation crédible. Sa presse partisane vient de le démontrer de façon lamentable. C’est tout d’abord une leçon de philosophie politique qui nous est donnée à travers une réflexion sur la djiboutianité. A ce chapitre, notre position a toujours été claire : seul un père qui prend bien soin de ses propres enfants a le droit de prétendre adopter ceux d’autrui. Quand un individu qui se perd dans Djibouti-ville, qui ne sait même pas où se situent Daasbiyo ou Yoboki, sans même parler de Randa ou d’Assa-Gayla, se retrouve du jour au lendemain ambassadeur de Djibouti quelque part, uniquement parce qu’il est né dans une minuscule section des Bah Fourlaba, nous disons qu’il y a un problème de citoyenneté et d’inégalité entre les citoyens. Pour le reste : que ceux qui se sentent morveux se mouchent !

C’est ensuite sur toute la page 9 du numéro 109 du « Progrès » le grand écart du régime pour désespérément essayer de se disculper dans la mort d’un seul ressortissant français en République de Djibouti. A cela, nous ne répondrons qu’une seule chose pour le moment : nous n’admettrons jamais que la mort du juge Borrel devienne l’arbre qui cache la forêt. Il y a depuis le 27 juin 1977, plusieurs centaines d’innocents civils djiboutiens qui ont été sauvagement exécutés sans autre forme de procès par certains éléments des forces de défense et de sécurité auxquels l’idéologie de la sécurité politique expliquait qu’il s’agissait d’instaurer une suprématie tribale.

Or, comme chacun le sait à la seule lecture de la biographie officielle du «numéro un djiboutien», la consolidation de l’unité nationale relevait, de 1977 à 1999, des seules prérogatives du Chef de cabinet de la Présidence. Au vu du désastre national de cette gestion, les vrais Djiboutiens savent mieux que quiconque s’il faut parler d’incompétence criminelle ou de sabotage délibéré. Alors, l’affaire Borrel : c’est le dernier de nos soucis ! Si les centaines de civils exécutés, les milliers de torturés sans raison et les dizaines de milliers de déplacés et aujourd’hui encore démunis pour cause de zones dévastées par le conflit en attente de réhabilitation, pouvaient faire couler autant d’encre et de salive, provoquer la mobilisation des juges et des avocats locaux, la réconciliation nationale y gagnerait certainement en crédibilité, la culture de paix en enracinement et la démocratie en densité.

A moins de supposer que la mort d’un Français est supérieure aux malheurs d’innombrables Djiboutiens, malheurs dans lesquels la culpabilité ou la complicité de l’actuel Chef de l’État sont formellement établies.

C’est enfin, comme quoi la bassesse de ce régime n’a pas de limite, une insulte contre M. Dini, que nous nous faisons un devoir de soumettre au jugement critique des vrais Djiboutiens (puisqu’il semble y en avoir de faux). Sur cette même page 9 ainsi que dans un courrier de lecteur paru en page 8 sous la signature d’un certain Y.A.C, M. Dini est accusé de « poltronnerie » et de « lâcheté exemplaire » jamais démenties depuis la période coloniale, tandis que l’actuel Chef de l’État est paré de toutes les vertus de courage et de probité. Ceci nous ramène à notre point de départ : il y a de toute évidence un problème de djiboutianité ou un complexe de fausse djiboutianité dans ces insultes. Nous insistons, il faut être des D17 et suivants mal dans leurs pièces d’identité djiboutienne et ignorant tout de notre Histoire contemporaine pour oser une telle translation, en transférant sur leur patron les qualités que les vrais Djiboutiens ont toujours reconnu au Président de l’ARD.

Alors qu’à peine âgé de 17 ans, ce dernier a participé en 1949 à une manifestation violemment réprimée, et dont le bilan s’était soldé par un mort, plusieurs blessés et arrestations, tel autre fraîchement diplômé de l’Alliance Ethio-Française (niveau primaire) débarquait à Djibouti pour « courageusement » s’engager dans les plus basses besognes de la police coloniale. C’est ainsi que, lors d’un mémorable meeting de la LPAI, au cinéma Le Paris en 1975, au cours duquel Ahmed Dini mobilisait les foules sur le thème de l’Indépendance, un inspecteur de police (toujours le même) était venu sur les lieux en service commandé pour prendre des photos et enregistrer les propos.

Enfin, tous les militants indépendantistes savent qu’aux heures les plus chaudes de la lutte, M. Dini était toujours soit en tête des manifestations, soit à appeler au calme et à la fraternité les différentes communautés que les suppôts politiques et policiers de la puissance coloniale avaient montées les unes contre les autres. Alors, lâche-moi les baskets, tu n’as aucune leçon de courage ou de patriotisme à nous donner ! Combien même nous voudrions pardonner le passé colonial ou postcolonial, le présent immédiat depuis février 2000 ne plaide pas en faveur de ton innocence. On comprend donc mieux pourquoi les griots du Chef de l’État préfèrent ennuyer les Djiboutiens avec l’affaire Borrel.

Pour notre part, si Jeune Afrique/L’Intelligent s’est permis de déprogrammer la seconde partie de l’interview présidentielle, notre lecteur comprendra aisément que nous nous accordions le droit le déprogrammer la seconde partie des Tribulations Présidentielles que nous avions promise cette semaine : c’est remplacé par des sujets plus brûlants et plus importants que ses élucubrations mercantiles et électoralistes. Nous y reviendrons donc dans le numéro suivant.


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