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Réalité numéro 92 du mercredi 14 avril 2004

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Réalité numéro 92 du mercredi 14 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Cinquièmes propos du Président
  4. Djibouti inondée
  5. Courrier des lecteurs : Démobilités de tout le pays unissez-vous
  6. Irak : un bourbier mondial ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 92

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

PRESIDENT A TEMPS PARTIEL :

L’IMPOLITESSE DU DESESPOIR

« Je ne savais pas ce qu’ils avaient dans le ventre ! Coupez ! Coupez ! » : ainsi criait hors plateau un pathétique fonctionnaire-journaliste au soir du 10 janvier 2003. C’est que les commentaires en direct des représentants de l’UAD à cette soirée post-électorale déplaisaient en haut lieu et en temps réel. Par portable interposé, ce haut lieu avait tenu à vertement remettre son journaliste à sa place car, même politique, un spectacle a ses limites. Celles tracées par ce qui est localement défini comme étant politiquement correct : il était inadmissible qu’un(e) journaliste se défasse de ses œillères de parti unique et tende le micro à des opposants sur les ondes de médias qui ne sont publics que sur le papier et par leur budget de fonctionnement.

La dernière en date de ce qui est pompeusement qualifié de conférence de presse présidentielle, à l’occasion d’un cinquième anniversaire (sorte de répétition générale avant la grande foire de l’année prochaine) que telle veuve éplorée n’a pas daigné respecter sous d’autres latitudes, est venue rappeler, encore une fois pour qui serait sourd ou aveugle, que le respect du pluralisme se heurte encore à un problème de circonférence… de presse bien entendu.

Passe encore que le Chef de l’Etat s’épanche à n’en plus finir sur les ondes et dans les colonnes des médias publics devenus griots : quand l’incantation et l’autoglorification remplacent la véritable action, il est somme toute normale de profiter de la publicité gratuite en usant et en abusant de la télévision et des journaux d’État, cantonnés dans le triste rôle de la voix de son maître, si chère à une célèbre page de pub. Passe aussi que « Le Progrès » consacre la totalité de son encre (heureusement délébile) aux exercices d’exégèse et d’herméneutique des dits et des redites du Président du RPP, donc de ce fait Président (à temps) partiel de la République : quand on n’est pas astreint au rendement, on peut délirer à perte, comme l’aurait dit La Palisse.

Mais il est inadmissible de prétendre donner une conférence de presse en limitant la presse à sa presse. Non pas que les journalistes de l’opposition aient raté un événement exceptionnel dans la litanie de ce pathos, mais par respect dû à nos lecteurs et à tous nos concitoyens, il est de notre devoir de relever et de dénoncer cette discourtoisie présidentielle. Rappelons modestement que, selon les chiffres officiels validés par le folklorique Conseil Constitutionnel, l’UAD représentait près de 37% du corps électoral lors des législatives de janvier 2003 : la constance dans l’échec de ce régime a certainement accru ce pourcentage aujourd’hui.

Plus grave encore : quand l’on sait que la fraude et l’incompétence administrative ont également condamné plus de 50% des électeurs à l’abstention forcée, ce sont près de 87% des citoyens en âge de voter qui ne se sont pas reconnus dans la prétendue et ubuesque mouvance présidentielle. Donc, interdire la presse d’opposition de participer à une conférence de presse au cours de laquelle le Chef de l’Etat est censé (sensé ?) s’adresser à tous ses concitoyens (et par conséquent à la presse qui les représente) dénote une conception des médias très proches de celle des commanditaires de feue « La Pravda ».

A travers nous, c’est envers une très large frange de ses concitoyens que le Président de la République a manqué de respect. Quand on prétend avoir été élu par le suffrage universel et quand on se prétend démocrate invétéré, un tel sectarisme fait un peu usurpation de titre et de fonction. Mais lorsqu’une politique est fondée sur le blabla, le gaspillage, le reniement et les indélicatesses en tous genres, il est malheureusement normal que ses tenants préfèrent éviter les vraies questions : la fraude est là pour leur permettre d’éviter la vraie sanction populaire.

Ce spectacle est vraiment nul : il est hors de question de renouveler les mandats et les parodies de série B. Coupez !


Brèves nationales

Festivités présidentielles :

Un rituel coûteux et dépassé

Ilot de prospérité dans un océan de précarité, la Présidence se distingue depuis l’arrivée au pouvoir de son actuel locataire, par ses dépenses somptueuses et ses cérémonies fastueuses, aux frais du contribuable bien sûr. Cette année, le maître des lieux et des cérémonies n’a pas dérogé à la règle qu’il a lui-même établie voilà cinq ans. Au programme : distribution massive de khat premium, banderoles aux slogans creux, animations musicales assurées par des troupes partisanes et autres associations-maison grassement rémunérées pour l’occasion. Le tout bien entendu présenté comme une fête de la jeunesse, dédiée à l’illustre bienfaiteur. De Balbala à l’esplanade du Palais du Peuple, la jeunesse djiboutienne aurait donc fêté comme il se doit l’anniversaire d’un mandat présidentiel prétendument consacré à assurer son avenir.

Mais, au fait, de quelle jeunesse s’agit-il ? Celle devenue dorée depuis mai 1999 ou celle composée de l’immense majorité des désœuvrés exclus du système scolaire et des démobilisés attendant leur réinsertion sociale, bref, le lumpenprolétariat du nouveau millénaire ? Il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin. Quoi qu’il en soit, le Chef de l’Etat continue à se gargariser des succès virtuels de sa politique de développement. Il doit confondre le développement exponentiel de ses moyens de propagande avec le développement économique en vain attendu par la Nation djiboutienne. Le décalage entre les propos présidentiels et la réalité quotidienne n’en est que plus patent.

En tout état de cause, la mystification copieusement servie par la RTD avec les moyens techniques du studio personnel présidentiel, a fait flop. En attendant, fêtez, fêtez, il en restera toujours quelque chose : la nausée indispose mais ne tue pas. La cruelle vérité aura le dernier mot.

Parabole à propos de l’affaire Borrel :

Le cadavre commence à parler

Comme nous l’avions laissé entendre dans une précédente édition, le cadavre du juge Borrel commence à parler : si, comme le cadavre de la parabole tirée du Coran, il n’a pas encore nommément désigné ses meurtriers, la persévérance de la veuve du magistrat, soutenue par toute l’opinion publique française, commence à porter ses fruits. En effet, la levée du secret défense a permis de définitivement écarter la thèse du suicide jusque-là privilégiée. Dès l’annonce de cette mesure par la ministre de la Défense, Mme Borrel avait déclaré : « c’est une bonne nouvelle. On va pouvoir enfin avoir accès rapidement à ces documents. Je pense qu’on va découvrir que le gouvernement savait que Bernard a été assassiné. ». Deux semaines après que le juge d’instruction en charge de ce dossier ait pris connaissance de ces documents, nous apprenons que deux hauts responsables des services djiboutiens de sécurité sont nommément mis en cause dans cette affaire… A suivre.

Eclairage public :

La Capitale dans la pénombre

Les feux d’artifice tirés çà et là à l’occasion de l’avant-dernier anniversaire du mandat présidentiel n’y changeront rien : notre Capitale reste très mal éclairée un peu partout. Sur certaines artères, un poteau électrique sur deux ne diffuse aucune lumière et cette situation ne se limite pas aux quartiers populaires. Les quartiers huppés ne sont pas épargnés par cette pénombre générale.

Mais la preuve la plus visible (sans rire) de cette obscurité qui gagne du terrain reste la route du front de mer menant de la Siesta à … Haramous. Si le jour, les plus hauts responsables de l’État empruntent cette route bien bitumée, la nuit, les puissants projecteurs de leurs résidences cossues leur suffisent apparemment. Tant pis pour les promeneurs, ils devront s’équiper de mini torches électriques comme en brousse.

La Tribune d’Ali-Sabieh :

Halte aux intimidations !

Suite à la parution du n°9 de notre renaissant confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh », le Président de la Ligue de la Jeunesse Assajog et Directeur de publication de ce journal, M. Abdoulkader Abdillahi Miguil a été arrêté par la police dans la soirée de dimanche 11 avril 2004. Interpellé, selon nos informations, sur plainte déposée par un ministre s’étant estimé diffamé, il a été relâché le lendemain vers midi.

Quoi qu’il en soit, cette affaire est bien la preuve que cette dynamique association dérange fortement le pouvoir en osant révéler l’échec gouvernemental dans sa région. Nous exhortons ce jeune confrère à persévérer dans son indépendance.

Interview présidentielle :

Flagrant délit de maquillage

Jeudi dernier, dans les salons feutrés de la « Maison-Blanche » miniature, le Chef de l’Etat s’est prêté au jeu de questions-réponses dont il a le secret, face à la presse présidentielle complaisante. Le souci de donner à cet exercice démagogique l’éclat que ses propos n’arrivent pas à lui conférer, une opération de transcription a été mise en œuvre dans les colonnes de son organe de presse « Le Progrès. Mais ce zèle postproduction n’en a rendu que plus compliquée toute tentative de décryptage du message présidentiel. C’est pourquoi nous y renonçons, nous qui pensions naïvement, dans le respect de la déontologie journalistique, qu’une transcription devait fidèlement reprendre les propos verbaux. Jugez-en vous-mêmes.

A une même question, le « numéro un djiboutien » aurait apporté deux réponses différentes : ce n’est plus de l’ubiquité mais de l’omniscience multidimensionnelle. Comprenne qui pourra ! Pour notre part, nous n’avons rien compris à l’esbroufe officielle cherchant à maquiller l’incontournable réalité nationale. Voici le texte de cette déclaration stéréophonique telle que présentée par notre inimitable confrère « Le Progrès » dans son édition n°106 du 8 avril 2004 :

« Question : Lors de vos entretiens dernièrement avec une délégation du Parlement européen, vous avez fait part à vos interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et prioritaire.

Alors face justement à tant de besoins : en eau, en matière d’éducation, de santé, de lutte contre le SIDA, aux doléances des populations des districts de l’intérieur, à la nécessité de renforcer les infrastructures ou de construire des logements, comment se détermine le Gouvernement ?

Réponse : Je répondrai par l’affirmative dans la mesure où nous avons commencé d’abord à réduire le coût de la vie en ramenant tous les barèmes de nos taxes intérieures de consommations de 33% à 8%. Nous sommes entrés par la suite dans une phase de formation professionnelle. Ensuite, nous nous sommes attelés à obtenir la réhabilitation de nos infrastructures. Nous nous sommes engagés à créer les conditions nécessaires à attirer les investissements directs étrangers.

Mais le chemin est long et les difficultés subsistent avec les coûts exogènes, c’est-à-dire le pétrole qui est en flambée ces derniers temps mais les statistiques sont là pour dire que le nombre des jeunes qui ont obtenu d’emploi est nettement meilleur qu’avant.

Nous avons également le Service National Adapté (SNA) qui nous permettra de toucher une frange de notre population qui a besoin d’être secourue pour ne pas tomber dans la délinquance. »

« Question : Lors de vos entretiens dernièrement avec une délégation du Parlement européen, vous avez fait part à vos interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et prioritaire. Alors face justement à tant de besoins : en eau, en matière d’éducation, de santé, de lutte contre le SIDA, aux doléances des populations des districts de l’intérieur, à la nécessité de renforcer les infrastructures ou de construire des logements, comment se détermine le Gouvernement?

Réponse : Oui, je confirme avoir dit, tout paraît prioritaire et urgent, puisque nous avons tout à faire. C’est la première fois d’abord que notre pays obtient un taux de croissance qui dépasse le taux de la démographie. C’est une bonne chose. Nous avons stabilisé nos dépenses publiques, réduit notre dette et notre déficit. Nous avons des problèmes climatiques. Nous avons des problèmes de l’eau. Nous avons des problèmes d’énergie. Nous avons un grand programme de développement énergétique et de recherche de l’énergie la moins chère. Nous sommes engagés dans une politique tout azimut qui va du secteur de l’énergie éolienne, de l’énergie renouvelable jusqu’aux recherches d’exploitation pétrolière. Nous avons un grand programme avec la Banque Mondiale pour assurer à tout investisseur étranger et pour notre devenir économique c’est-à-dire à savoir créer les conditions les plus favorables à toute industrie naissante et à tout développement économique, c’est-à-dire l’eau et l’énergie la moins chère possible. Je pense qu’on va y arriver. »

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu la semaine dernière en France de Iwad Hassan Moussa, dirigeant du FRUD et Secrétaire Général du ministère de l’Emploi. Militant indépendantiste et combattant de la Démocratie, notre ancien compagnon de lutte fut successivement cadre du MPL, du FDLD et haut responsable militaire du FRUD. Depuis 1995, Iwad Hassan Moussa était un haut fonctionnaire membre du Comité Central du FRUD. Il laisse une veuve et quatre enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille de Iwad Hassan Moussa. Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin. Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun.


Cinquièmes propos du Président

La démagogie contre la vérité (Préambule)

A l’occasion du cinquième anniversaire de son arrivée au pouvoir, le Chef de l’Etat a réitéré ses démonstrations sous forme de Conférence-bilan préélectorale, en répondant aux questions préétablies et studieusement dispatchées aux journalistes du service public, uniquement. Au cours de cet exercice de style, le Chef de l’Etat qui étale sa maîtrise des langues locales ( à une exception notoire) et étrangères, a tenté de bien jouer la partition en variant les réponses entre le somali, sur les questions relevant de la politique, le français pour le reste. Tout le monde était censé comprendre comme nul n’est censé ignorer la loi.


L’indispensable, à une année de l’élection présidentielle, est avant tout de vous faire relire un extrait de son discours d’investiture du 10 mai 1999 que voici : « Je prête serment d’inspirer et de mettre en œuvre les réformes les mieux adaptées pour le développement de mon pays. Je prête serment pour la défense de la liberté de ma patrie, de son égalité, de sa paix, fondement de sa devise et force de l’âme djiboutienne mue par l’espoir d’ouvrir toujours plus grandes, aux hommes comme aux peuples, toutes les portes de la vie… »

Considérant qu’il n’est pas ici nécessaire de rappeler les conditions dans lesquelles l’actuel Chef de l’État est arrivé au pouvoir, ni les atteintes aux droits de l’Homme consécutives à cette arrivée, il serait toutefois malhonnête de ne pas citer quelques initiatives présidentielles contraires au Serment suscité. Tout le monde le sait : la continuité de la guerre, le massacre des civiles, l’emprisonnement des opposants et principalement l’usage de la force avec mort d’homme à la résidence de son Challenger M. Moussa Ahmed Idriss, l’attaque à la grenade du siège de la naissante Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), etc. L’Accord de paix avec le Frud-armé n’étant intervenu qu’exactement deux ans après son investiture, le 12 mai 2001, la situation politique reste toujours bloquée et pour cause : l’initiative de la paix venait du FRUD-armé.

Le bilan de cinq années du Chef de l’État, avec les immenses pouvoirs qui sont les siens, nous semble médiocre. C’est ce que nous tenterons de démontrer dans les lignes qui suivent, sur la base de ses propres propos. Nous devons vous permettre de distinguer la démagogie et la mystification de la vérité.

Du bilan général

Un bilan étant un instantané pris à une date donnée, l’image du pays décrite par le Président de la République se présente comme suit.

Bien que les questions posées par les journalistes présents portaient souvent en elles-mêmes leurs réponses, la première réplique du Chef de l’État a été « Je pense avoir restauré la paix des cœurs entre nos citoyens. Je pense avoir renforcé la citoyenneté djiboutienne et l’amour du peuple ».

Plus loin : « La formation de l’homme a été au centre notre stratégie aussi bien de nos populations qui habitent dans les régions les plus reculées, pour avoir combattu la déperdition de nos écoles, d’avoir ramené la confiance en nous-mêmes, la confiance de la communauté internationale… ».

Nous ne pouvons pas nous empêcher de rappeler, qu’après un interminable et regrettable conflit armé de 1991 à 2000, la voie du dialogue adoptée par les protagonistes pour aboutir à la Paix définitive, en vue de changements jugés nécessaires, a été sabotée par le pouvoir qui en bloque encore l’application. Le régime a non seulement dénaturé le contenu de l’ Accord, dans le sens d’une non application d’une partie et de l’application tendancieuse d’une autre, au mépris du droit international en matière d’Accord et Traité : de quelle contribution à la concorde civile le Chef de l’Etat ose-t-il encore parler dans ces conditions ?

Contrairement à ses affirmations sur la paix des cœurs entre citoyens, nous savons tous que cette paix existait toujours et renforcée depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. Malheureusement, les multiples injustices du régime et leur pérennisation par le maintien d’actes contraires à toute évolution d’une société ont été à l’origine non seulement du conflit mais aussi de l’affirmation d’une opposition nationale pacifique. La persistance des pratiques de parti unique, à travers par exemple l’organisation d’élections truquées dans une démocratie de façade, ne pourra changer en rien le choix du peuple. Raison aussi pour laquelle il nous semble difficile de croire que le Président ait renforcé la citoyenneté, sachant qu’un nombre important de djiboutiens demeure encore sans aucune pièce d’identité et donc apatrides dans leur propre pays.

Il n’est pas inutile aussi de rappeler qu’en matière de citoyenneté, par un décret signé par lui-même en septembre 1999, le Président de la République obligeait le Juge de nationalité à soumettre pour avis au Directeur du service de la population, le jugement de nationalité des personnes concernées. Donc, ce qui nous amène à considérer que de tels actes dénotent les prétentions du Chef de l’État et justifient que les rétentions voulues et entretenues des pièces d’identités, d’une manière sélective, sont tout le contraire d’un sentiment national.

Par contre la confiance de la communauté et des institutions internationales, si perdue elle est, ce n’est certainement pas la faute du peuple, mais celle des dirigeants de notre pays. Cette confiance relève d’une déontologie morale (en politique) et du respect de certaines variables relatives (en économie). Le Président est donc mieux placé que quiconque pour déterminer les responsabilités dans cette perte de confiance. Cependant, si elle est renouvelée pour un temps, celle-ci est indépendante de la volonté de nos gouvernants et tire toutes ses raisons de la présente situation internationale qui a été d’un important secours imprévu.

La grande partie des questions ayant porté sur l’économie, passons donc à ce chapitre peu glorieux de son action. Niant totalement la crise économique et sociale qui perdure, le chômage endémique des jeunes, la pauvreté galopante et les caisses de l’État vidées par on sait qui et pourquoi, le Chef de l’État a soutenu la thèse d’une croissance économique forte, s’est vanté d’avoir réduit le coût de la vie de la population, d’avoir stabilisé les finances publiques, réduit les dettes et le déficit, relancé le marché de l’emploi, compris que la corruption est une question d’éducation, etc. Titanesque !

Quant aux rapports entre Djibouti et le FMI, conditionnant largement toute prétention à un développement durable, chacun se souvient des propos présidentiels tenus dans «Marchés Tropicaux » du 27 juin 2003 : « mon pays arrivera à s’en sortir sans l’aide de personne. Avec les Américains et la renégociation de la contribution française, nous n’avons plus de problème budgétaire, alors fichez-moi la paix ! ».

Nous confronterons la semaine prochaine les rêves présidentiels en matière de développement économique avec la dure réalité quotidiennement vécue. En préambule à cette confrontation, nous soumettons ici à l’appréciation de nos lecteurs, un article paru dans la Lettre de l’Océan Indien du 27 mars 2004, relatant les difficultés du FMI à amener le pouvoir djiboutien à un minimum de sérieux et de transparence.


DJIBOUTI : Pas d’accord en vue avec le FMI

Le FMI met plusieurs conditions à l’ouverture des négociations avec 1es autorités de Djibouti à propos d’un éventuel programme de financement.

Le Fonds monétaire international (FMI) met de sévères pré conditions avant d’accepter la demande des autorités djiboutiennes d’initier des négociations en vue d’une éventuelle nouvelle Poverty Reduction and Growth Facility (PRGF) qui viendrait succéder à l’accord devenu caduc en janvier2003. Le FMI souhaite d’abord que le gouvernement djiboutien complète les réformes structurelles destinées à accélérer la croissance économique et qui n’ont pas été achevées dans le cadre de la précédente PRGF. Il réclame l’adoption d’un budget 2004 qui soutienne la croissance et conduise à la réduction de la pauvreté à la différence du budget additionnel 2003 qui n’a pas répondu à ces objectifs. Le FMI veut également que l’État djiboutien « applique énergiquement le plan de règlement de ses arriérés domestiques ».

Enfin, il demande un ajustement du taux de change du Franc djiboutien. Lors du passage en revue de l’économie de Djibouti dans le cadre de l’article IV des statuts du FMI, en décembre 2003, les experts du FMI ont constaté qu’après six années d’ajustement structurel la situation économique et sociale de ce pays «restait fragile» et que le rythme des réformes visant à soutenir le secteur privé devait s’accentuer.

Ce souhait porte sur la refonte du code des investissements, des lois sur le travail et du code de commerce.

Les experts du FMI estiment également que la création récente de trois nouvelles entreprises publiques va « clairement à l’encontre de la stratégie de privatisation du gouvernement ».

Ces firmes sont la Compagnie nouvelle de Commerce (céramique, pierres de synthèse), la Société d’eau minérale d’Ali Sabieh et la Cimenterie d’Ali Sabieh. Le FMI doute de l’efficacité de ces investissements pour développer l’emploi car pour l’équivalent de 3% du PIB ces firmes créeront moins de 1500 emplois.

Le FMI a dû batailler pour que le gouvernement djiboutien accepte d’intégrer dans son budget les recettes financières exceptionnelles dues à la présence de troupes étrangères à Djibouti. Mais, il voudrait maintenant que ces ressources servent à financer le programme de démobilisation ou le remboursement de la dette intérieure gouvernementale. Les experts de FMI ont opposé leur « ferme désapprobation » du budget supplémentaire pour 2003 élaboré par le gouvernement djiboutien pour financer certaines dépenses gouvernementales jugées non essentielles par le FMI,telles que les dépenses de la présidence pour couvrir des frais de voyages ou le financement d’une nouvelle société étatique.

Le FMI souhaite également une dévaluation du taux de change du Franc djiboutien par rapport au dollar, dans l’espoir que cela restaure la compétitivité de Djibouti et permette d’attirer de nouveaux investisseurs dans ce pays. Enfin, le FMI doute des effets sur la croissance économique des grands projets djiboutiens tels que celui du port en eau profonde et de la zone franche de Doraleh dont la conséquence immédiate sera d’accroître les dépenses d’investissements de l’État.

Or, note un récent document du FMI, « l’expérience de Djibouti dans les années 1980 montre que de larges programmes d’investissement public ne conduisent pas nécessairement à une croissance économique soutenue ».


Djibouti inondée :

Le sinistre est permanent

La météo nationale n’a rien vu arriver. Dans la nuit du lundi au mardi, des trombes d’eau se sont abattues sur la Capitale qui s’est réveillée inondée. Tôt le matin, l’Oued d’Ambouli en crue est sorti de son lit emportant tout sur son passage : Arbres, véhicules, animaux ainsi que malheureusement une vingtaine de personnes surprises dans leur sommeil. Bien entendu, plusieurs rues de la Capitale ne sont praticables que par des véhicules 4×4 en bon état et quelques camions surtout militaires, les transports en commun sont paralysés et les écoles fermées.


Plusieurs grandes artères, ainsi que les quartiers populaires sont inondés, suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Capitale dans la nuit de lundi à mardi. Sans abri, badauds, sinistrés et surtout des enfants insouciants, les rues de Djibouti étaient noires de monde. Si la pluie nourricière tant attendue par les nomades victimes de la sécheresse soulagera la détresse de nos compatriotes ruraux des districts de l’Intérieur, son impact sur la vie quotidienne des habitants de la Capitale reste négatif.

La pluie tombée mardi et les inondations provoquées par la crue de l’Oued d’Ambouli seraient déjà responsables de la mort et la disparition de plusieurs dizaines de personnes. La gestion des catastrophes et l’organisation des secours ne semblent pas être les points forts de ce régime de mauvaise gouvernance.

A ce sujet, les Djiboutiens s’étonnent de ne pas avoir entendu cette fois les sirènes des ambulances et autres mobilisations bruyantes de la protection civile. Normal dira-t-on, le comité ORSEC fait penser à un médecin qui vient après la mort. Au chapitre de la mobilisation des autorités et du secours aux sinistrés, tout juste a-t-on appris que le conseil des ministres a planché sur la question.

Pour leur part, le Chef de l’État et le Premier Ministre auraient survolé la Capitale en hélicoptère certainement pour évaluer l’ampleur des dégâts. Ne dit-on pas que le privilège des privilégiés c’est de contempler les catastrophes d’en haut. Nous verrons dans les semaines qui viennent ce que le régime apportera concrètement comme aide aux sinistrés.

Mais d’ici là il est fort probable que les autorités sollicitent l’aide internationale.

Laquelle aide plusieurs fois obtenue dans le passé a rarement profité aux véritables destinataires finissant le plus souvent par échouer dans les entrepôts ou jardins privés des prédateurs. Il faut malheureusement craindre, suite à ces abondantes pluies, la prolifération des moustiques et mouches, vecteurs de toutes sortes de maladies. Dans un tel cas de figure, difficile de compter sur les pouvoirs publics pour combattre efficacement les fléaux consécutifs aux jours de pluie. Par manque de motopompes volatilisées dans la nature, certaines rues et de nombreux quartiers de la Capitale resteront inondés pour quelques semaines encore. Le système d’évacuation des eaux pluviales dont l’installation ou l’amélioration auraient englouti des sommes astronomiques, reste pathétiquement défaillant. Dans ces conditions l’insalubrité durable risque de s’accentuer pour devenir intolérable.

Le fameux comité de gestion urbaine aura beau multiplier les réunions de grands penseurs, ses cogitations débouchent rarement sur de vraies solutions. La mendicité étant devenue un sport national en haut lieu, les solutions à nos problèmes sont souvent laissées à la générosité extérieure. L’État n’ayant rien prévu de sérieux dans la prévention et la gestion des catastrophes naturelles, le citoyen djiboutien en est réduit à implorer la clémence du bon Dieu.

Car, dans ce gouffre sans fond qu’est devenu l’actuel pouvoir djiboutien, aucune aide extérieure aussi massive soit-elle ne nous mettra à l’abri de la plus petite tempête tropicale. Le principal obstacle au développement de notre pays et au bien être de ses habitants reste fondamentalement politique. La pluie est un don de Dieu, mais il appartient aux hommes de se prémunir dans la mesure du possible, contre ses effets destructeurs.

Partout ailleurs dans le monde, c’est surtout dans les campagnes et les villages que la pluie cause des ravages. Chez nous, malheureusement, c’est dans la Capitale et siège du gouvernement qu’elle est la plus redoutée. Pourquoi ?

Nos sincères condoléances à toutes les familles éplorées.


Le Courrier des lecteurs : Démobilités de tout le pays unissez-vous !

Selon la rumeur, le RPP que nous avons tant combattu armes à la main et que nous combattons encore aujourd’hui pacifiquement, s’apprêterait à appliquer une toute petite disposition de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, en régularisant la situation de quatre (4) anciens cadres du FRUD-armé. Il serait en effet question de leur restituer un salaire illégalement suspendu depuis deux ans : tant mieux pour eux ! Mais je ne crois pas au miracle : pourquoi des gens fondamentalement méchants, ne fonctionnant qu’à coups de bassesses et de trahisons, leur feraient-ils un tel cadeau en les laissant donner le mauvais exemple au sein d’une Fonction Publique, désabusée, anesthésiée et sans syndicat ? A moins que ce ne soit un piège pour que Réalité cesse de paraître.

Par ailleurs, en citoyen anxieux et en badaud curieux, j’ai un peu suivi la conférence de presse du président de la république, au cas bien improbable où il y serait question de paix civile, de réhabilitation des zones de guerre, d’indemnisation des civils et réinsertion des démobilisés. Circulez, il n’y avait rien à entendre ! Il a tout juste évoqué tout le miracle qu’il attendait du Service Nationale Adapté pour résorber le chômage de la jeunesse. Et nous les démobilisés alors ? On dirait qu’il a assisté en somnambule à la cérémonie de signature au Palais du Peuple le 12 mai 2001, à moins qu’il ne soit devenu totalement amnésique sur ce sujet. En tout cas, ce silence est préoccupant pour le présent et dangereux pour l’avenir.

Car, je pose une question et une seule : où a-t-on vu une paix s’installer après un conflit armé sans que ceux qui la faisaient, les démobilisés, c’est-à-dire les anciens combattants, ne soient réinsérés dans la vie civile ? Partout ailleurs dans le monde en conflit, c’est la première préoccupation de ceux qui ont fait la paix : trouver un emploi stable aux anciens maquisards. Pourquoi donc le régime affiche-t-il un tel mépris envers nous ? La réponse ne plaira peut-être pas à tout le monde : maintenant que nous avons déposé les armes, il me semble qu’il nous sous-estime profondément. Comme si nous avions été définitivement inoffensifs, domptés, matés. Donc condamnés à être durablement humiliés.

Pourtant, nous sommes plutôt nombreux, des milliers depuis 1994. gouvernementaux (FNP et AND), FRUD, FRUD-armé : quelle que soit notre origine, aucun programme vers nous. Le PRAC n’existe que sur le papier, faute de financement. Certes, nous savons d’expérience qu’avec nous, ce régime ne sera pas plus tendre qu’il ne l’a été avec ses propres démobilisés handicapés de guerre : les gâchettes faciles de la garde présidentielle, qui n’ont pas encore entendu parler de la réconciliation nationale, n’attendent que l’occasion pour réprimer dans le sang toute manifestation pacifique de notre part.

Mes Frères, trop c’est trop : il est vraiment temps que nous nous organisions à travers tout le pays pour que notre voix soit entendue et nos droits reconnus. La Paix ne peut se faire contre nous, à notre désavantage : la Paix n’a pas de victimes, elle n’a que des bénéficiaires ! Refusons d’être les laissés-pour-compte. Revendiquons avec force ce qui nous revient légitimement !

H.

Démobilisé du FRUD-armé

***

COMMENTAIRES

Même s’il ne nous est pas explicitement adressé (quoiqu’une partie de nos cadres et militants soient aussi des démobilisés), ce courrier nous interpelle à plus d’un titre. Tout d’abord, pour exprimer ici notre entière solidarité avec cette juste cause : nul ne doit être lésé dans un processus de paix. Ensuite pour rappeler que nous demandons sans cesse la stricte application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, sans jamais manquer de souligner à quel point les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les démobilisés sont aujourd’hui les premières victimes non pas de la paix, mais d’une injustice qui a conduit hier aux tristes épisodes que l’on sait.

Enfin pour dire que les démobilisés ne sont pas les seules victimes de cette injustice qui tire son origine d’un grave déficit démocratique : c’est tout le Peuple qui en souffre, auquel il est interdit de librement choisir ses représentants politiques, à tous les niveaux.


Irak : un bourbier mondial ?

Il y a un an, après nous être réjouis pour le Peuple irakien de la chute du dictateur Saddam, nous prédisions, rejoignant en cela les analyses de Madeleine Albright, un bourbier pour les Coalisés, jusqu’à ce jour incapables d’apporter le début d’une preuve de l’existence d’armes de destruction massive, ni de reconstruire un État qu’ils ont si facilement détruit. Pire, cet enlisement a pris depuis une semaine une tournure dramatique, dont tout le monde se serait bien passé ! Un an après la chute du dictateur, gros plan sur la Pax Americana en Mésopotamie.


Au cours d’une conférence de presse tenue depuis son ranch du Texas le week-end de Pâques, et avec un surprenant sens de la litote pour quelqu’un qui a habitué son monde à un verbe crû, George W. Bush déclarait : « Nous avons eu une semaine chaude ! » En effet, elle l’a été, surtout pour les Irakiens. Selon des organisations non gouvernementales, les combats de la semaine à Falloudja se seraient soldés par près de 600 morts et 1200 blessés irakiens, dont 250 femmes et 200 enfants.

Un membre du Conseil Intérimaire de Gouvernement (CIG) critiquant le manque de discernement des Marines ( des sources étrangères autorisées font même état de l’incursion de chars d’assaut dans l’enceinte d’une mosquée dans un quartier de… Bagdad) parle de « réponse disproportionnée et injustifiée », tandis qu’aux yeux du Peuple irakien désormais uni contre l’occupant, c’est du « terrorisme » pur et simple. Accusations que corroborent les propos du colonel Brennan Byrne qui, dans une interview accordée à l’AP (Associated Press), déclarait : « Les Marines sont entraînés pour être précis avec leur puissance de feu… Le fait qu’il y ait 600 victimes prouve que les Marines sont très bons dans ce qu’ils font ».

Quoique illégaux et appelant au meurtre, les assassinats ciblés du terrorisme sioniste font moins de victimes civiles en si peu de temps.

Rappelons que c’est l’interdiction de paraître du journal défendant les idées de l’imam radical chiite (hostile à toute présence militaire étrangère sur son territoire national) Moktadal Sadr et l’arrestation de son directeur de publication qui a mis le feu à cette poudrière qu’est malheureusement devenu l’Irak pour lequel les États-unis d’Amérique avaient certainement des projets autrement plus pacifiques… et rentables.

L’autre détonateur étant l’insoutenable spectacle, de l’immolation post-mortem (profanation des corps formellement interdite en Islam) de quatre Américains tués dans une ambuscade, risquant de provoquer un « syndrome de Mogadiscio » que l’état-major des Coalisés ne pouvait laisser s’installer, au risque de voir les troupes se durablement démobiliser. Cet acte, lâche et démoniaque, commis par des civils en dit assez long à lui tout seul sur la rancœur d’un Peuple irakien cherchant le pire moyen de se venger pour restaurer une dignité bradée par les troupes régulières et la Garde Présidentielle de Saddam Hussein.

Le massacre de la semaine dernière aggrave et complique la donne politico-militaire en Irak. Surestimant à tort une hypothétique haine entre Chiites et Sunnites, tout en sous-estimant le sens de l’honneur des Irakiens, les stratèges de la Maison-Blanche et du Pentagone avaient tout prévu sauf le scénario d’un Peuple communiant ouvertement avec la résistance, comme ils n’ont certainement pas prévu, l’insubordination des toutes nouvelles forces de sécurité mises en place par la coalition, aux injonctions du Pentagone. Ce qui nous autorise à prévoir que pour les États-unis (là-bas à tout le moins), le compte à rebours a commencé. De Nassiriya au sud à Mossoul au nord, de la frontière syrienne à la frontière iranienne, c’est donc tout l’Irak qui s’embrase et toute sa population qui se soulève. Mais il y a plus inquiétant. Le veto opposé par les Etats-Unis à la condamnation par le Conseil de sécurité de l’assassinat de Cheik Yacine par l’Etat sioniste, a été interprété comme un encouragement, aussi bien par Israël que par les Palestiniens à la poursuite de ces méthodes meurtrières, illégales et non conventionnelles.

Mais ce veto a surtout été ressenti par l’ensemble du monde arabo-musulman comme une humiliation et par les groupuscules extrémistes comme une déclaration de guerre contre l’Islam. Surtout, toute notion de légitimité et de légalité devient ainsi floue, incertaine : on chercherait vainement une différence de nature entre la violence des puissants et celle des faibles. Cette impunité d’État incline les démunis à adopter une posture de désespoir : s’il n’y a plus rien à perdre, à quoi bon protéger sa vie ou respecter celle d’autrui ? C’est ce qui explique la recrudescence des prises d’otages. A ce chapitre, l’on ne peut que s’étonner de l’étonnement de Pékin à la suite de la prise en otages de civils Chinois cantonniers sur une route d’Irak : même si la Chine n’y a aucune présence militaire, comment justifier que ses ressortissants trouvent en Irak, en dehors du cadre de la coopération bilatérale, un emploi que les Irakiens recherchent vainement depuis un an ? Plus grave, nous apprenons que depuis lundi 12 avril, le Pentagone a lancé une fatwa contre l’imam radical Moktadal Sadr, déclaré wanted mort ou vif, dans la plus pure tradition du Far-West, les Irakiens Chiites et Sunnites confondus ne sont pas les Apaches ou des Aborigènes.

Tandis que le grondement de la colère populaire de ces pays est parfaitement audible pour qui sait et veut entendre, il faut être aveugle pour ne pas mesurer le risque réel et grand de la propagation de ce brasier, de cette région à l’ensemble du monde. La radicalisation et la détermination des groupuscules extrémistes font peser un grave danger sur la stabilité des pays considérés comme les alliés des États-unis : ils sont nombreux.

La raison commande que ne soit pas laissée aux seuls États-unis et obligés l’urgente solution à la crise irakienne.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 91 du mercredi 7 avril 2004

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Réalité numéro 91 du mercredi 7 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’économie dérape
  4. Courrier des lecteurs : le point sur Obock
  5. 1994 : génocide au Rwanda
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 91

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

CONSOLIDER LA PAIX :

UNE NECESSITE ET NON UN MIRACLE

Dans le numéro 2 de sa « Lettre du Consommateur », paru en février 2004, l’Union pour la Défense des Intérêts des Consommateurs (UDIC) rapporte des propos attribués à un responsable d’une institution financière de la place : « Nous savons que le Djiboutien n’est ni constant ni endurant dans ses engagements et nous avons la certitude que ce mouvement va s’essouffler bientôt ». Sans accorder une foi précipitée et expéditive à la relation de cette sentence dépréciative, il faut bien admettre que depuis le 27 juin 1977, nos concitoyens ne se distinguent pas par un excès de mobilisation, mis à part quelques tristes épisodes mouvementés et la remarquable campagne des dernières législatives. Alors que l’action de l’opposition consiste, surtout depuis septembre 2002 et la fin du monopartisme de facto, à réactiver l’exercice du bon sens et du libre-arbitre citoyens, force est de concéder que, pour sa part, le régime entretient avec le Peuple un rapport de servitude, justement fondé sur la démission du citoyen que la généralisation des fraudes (pas seulement électorales) condamne à la posture du spectateur en état d’ataraxie.

Lequel citoyen n’a alors aucune prise sur les événements, ni aucun repère objectif, inscrit dans la durée et la prévisibilité, pour lire la vie politique nationale, la meilleure preuve en étant que les « dirigeants » cooptés et imposés par le parti au pouvoir accusent pour le moins un sérieux déficit de légitimité populaire. Par réaction d’impuissance à cette dépossession, et en tant qu’être humain aspirant au bonheur sur terre, le Djiboutien espère à tout moment un changement radical dans la gestion de la chose publique et dans la façon d’exercer la politique. Bref, il attend un miracle.

Dernier miracle attendu : le pays bruisse ces temps-ci de rumeurs relatives à l’application imminente par le régime de toutes les dispositions contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certes, on peut parvenir à un accord pour différentes raisons : notre responsabilité envers le Peuple nous commandait de sortir de l’impasse militaire et de trouver une issue politique honorable pour les deux parties. C’est pour cela que le principal acquis de cet Accord concerne tous les Djiboutiens sans aucune distinction : c’est la primauté absolue accordée à l’instauration d’une véritable Démocratie, aux niveaux national et régional. Pour le régime, il se peut que ses motivations aient surtout été opportunistes : grâce aux fraudes électorales, accepter la paix que nous lui proposions ne remettait sa survie ni immédiatement ni ipso facto en cause.

Mais, si venaient à faire défaut le sens des responsabilités historiques et le respect des engagements solennellement souscrits, un régime appliquerait alors un accord de paix pour une raison et une seule : l’impérieuse nécessité par laquelle s’impose la transcendance de la volonté générale. En d’autres termes, à moins de supposer qu’une partie au conflit a intrinsèquement tort, il est impossible (et politiquement suicidaire) de prétendre empêcher un Peuple de se réconcilier avec lui-même !

Et, effectivement, du Nord au Sud du pays, les citoyens expriment une même exigence : la consolidation de la Paix est une absolue priorité, qui passe obligatoirement par l’instauration d’une réelle égalité entre toutes les composantes de la communauté nationale. Même si, pour des raisons aisément identifiables, une telle application prenait les airs d’un programme en action de campagne électorale, nous serions les derniers à nous en offusquer : l’essentiel étant de reconstruire ce qui a été détruit et de consolider l’unité nationale. En tout état de cause, tôt ou tard (et mieux vaut tôt que tard), l’Accord de Paix du 12 mai 2001 sera inéluctablement appliqué car, dans l’Histoire de la Démocratie, il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur : le Peuple confiant dans sa maturité et dans son droit à l’Etat de droit.

Et conséquent dans sa détermination à vouloir progresser : c’est cette intime conviction qui nous anime et c’est sur elle que se fonde notre action : parce que nécessité fait loi.


Brèves nationales

D’Obock à Médého :

Fausses promesses pour vraie campagne

Est-ce pour oublier ses déboires dans les districts d’Ali-Sabieh et Tadjourah que le Chef de l’Etat s’est rendu en catimini le week-end dernier dans la région d’Obock où sa politique de réhabilitation en trompe l’œil déplait fortement aux victimes du conflit ? Déjouant l’enclavement grâce à son hélicoptère, l’illustre candidat s’est posé jeudi matin dans la ville d’Obock le temps d’un copieux déjeuner suivi d’une distribution massive de Khat. Dans l’après-midi du même jour notre globe-trotter national a survolé le massif des Mabla avant de se poser à Medeho, oasis de verdure et de fraîcheur, gros village bien peuplé avant le conflit. Aujourd’hui, après plus d’une décennie d’abandon ses rares infrastructures (école, dispensaire, centre vétérinaire) sont en ruine. La méchante piste de 42 km reliant cette localité à Obock reste impraticable faute d’entretien.

C’est donc en ce lieu désolé que le Chef de l’Etat s’est entretenu le temps d’une campagne photo avec quelques notables et civils présents. Tous lui ont fait part de l’enclavement qui étouffe leur région, des multiples difficultés de vie quotidienne et de l’absence de toute réhabilitation trois ans après le retour de la paix définitive. A quoi l’homme providentiel s’est contenté de répondre par des promesses de circonstance et des bakchich d’usage. Pendant ce temps, la population d’Obock continue de pester contre la réhabilitation en trompe l’œil consistant à construire des logements cages à poules sur des sites imposés par l’administration. De plus, contrairement à ce qui était convenu, les bénéficiaires doivent supporter eux-même les frais de main-d’œuvre.

Le désenclavement ne semble pas pour demain dans ce district pratiquement isolé du reste de la République. Si la campagne présidentielle semble avoir bel et bien démarré, le développement d’Obock ne figure toujours pas à l’ordre du jour. Quant à la visite présidentielle impromptue à Mabla, les habitants d’Obock l’interprètent comme une volonté du Docteur Honoris Causa d’y acclimater le café ou le khat. Une manière originale de lutter contre l’érosion des sols en visant la sécurité alimentaire.

Prévention routière :

Pour une campagne durable !

Parmi les campagnes de sensibilisation organisées à Djibouti, celle est consacrée aujourd’hui à la sécurité routière nous semble de la plus haute importance. En effet, nous n’avons jamais manqué d’appeler dans nos colonnes les pouvoirs publics à mettre en place des campagnes de sensibilisation dans les médias publics à l’intention des automobilistes sur les dangers d’un comportement irresponsable au volant. Même s’il est établi que les chauffards officiant à bord des bus et minibus sont à l’origine de la plupart des innombrables accidents quotidiens dans les artères de la Capitale, cela ne doit pas faire oublier qu’ils n’ont pas le monopole des excès de vitesse et autres entraves au code de la route. Dans ce domaine, la répression est dissuasive mais non suffisante surtout si elle est conduite de manière sélective et abusive.

C’est surtout un changement de mentalité qui doit s’opérer par l’éducation permanente au civisme et aux règles élémentaires de sécurité à respecter en conduisant. Toute cette campagne de sensibilisation gagnerait en efficacité si de leur côté les pouvoirs publics consentaient des efforts conséquents et permanents en veillant à l’amélioration de la qualité des routes, des signalisations,de l’éclairage public, en luttant également contre la divagation d’animaux domestiques sur la chaussée publique. Ce qui malheureusement est loin d’être le cas actuellement. En attendant, les feux rouges n’existent toujours pas. Nous souhaitons que la campagne d’information sur la sécurité routière devienne permanente sans se limiter à quelques banderoles de circonstance, à l’occasion de la célébration d’une journée dont l’initiative revient à l’OMS.

Forum sur les Droits de l’Homme :

Silence Radio ?

Depuis le nouveau mandat présidentiel, les droits de l’Homme sont devenus un thème récurrent. Comme pour faire oublier que le pilier de ce régime n’a pas toujours été pacifiste épris de liberté et de droit à la parole. On a même vu un bâtonnier prétendre qu’en matière des droits de l’Homme, Djibouti pouvait rivaliser avec les Etats-Unis. C’est ainsi qu’en prélude à une visite d’une délégation du Haut Comité des Droits de l’Homme des Nations Unis, le Ministre de la justice chargé des droits de l’Homme avait dressé un tableau élogieux de la situation des droits de l’Homme dans notre pays et prétendait que tout allait bien dans ce domaine malgré l’absence regrettée d’une organisation de défense des droits de l’Homme à Djibouti.

Le Comité avait pris date pour la tenue d’un vaste forum sur les droits de l’Homme élargi à la société civile et aux partis politiques d’opposition. C’est dans le cadre de l’organisation de ce forum que le Ministre de la justice chargé des droits de l’Homme avait pris langue avec des représentants de l’UAD pour préparer cet événement. Pas dupes, ceux-ci avaient officiellement décliné cette figuration en adressant une lettre ouverte au Ministre philosophe. Depuis, Silence Radio de la part de l’illustre démocrate sur les raisons du report sine die d’un événement pourtant annoncé pour le 22 mars, et qui n’a même pas jugé utile de s’excuser auprès de la société civile largement conviée par ses soins, sur les motifs de l’ajournement d’un débat national certainement causé par des impondérables difficilement maîtrisables en politique.

En attendant, la LDDH poursuit son travail en sensibilisant l’opinion nationale et internationale sur la persistance des graves violations des droits de l’Homme à Djibouti. Ce dont nous nous réjouissons pour la promotion des droits de l’Homme dans notre pays.

Quant au Ministre, chargé des droits de l’Homme, ceux qui ont l’impression d’avoir raté un épisode se demandent à quel moment le dit Ministre s’est trompé, en rédigeant son livre qui dénonce la dictature djiboutienne ou en participant, en tant que Ministre, à ce qu’il dénonçait ?

Ali-Sabieh :

La source du Paradis s’est-elle tarie ?

IL-JANO : ce nom d’un quartier de la Capitale Assajog est entré dans les annales un certain 19 février 2004. En effet, ce jour-là, le Chef de l’Etat avait inauguré en grandes pompes et en présence de milliers de figurants convoyés de tout le pays, le projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, censé définitivement vaincre la soif dans cette ville. Pour l’occasion, plusieurs centaines de bouteilles de l’eau miraculeuse furent distribuées, tandis que les Assajogs étaient conviés à user et abuser de cette eau potable qui leur a tant manqué dans le passé.

Près de deux mois après ce mémorable événement, force est de regretter que l’espoir s’est révélée de courte durée. Dès les premières semaines, les consommateurs Assajogs de l’eau venue du Paradis découvert par l’illustre sourcier, ont commencé à se plaindre de multiples désagréments causés par l’intrusion de cette eau dans leur vie quotidienne.

Quant à la fameuse usine et ses équipements dernier cri de traitement par osmose inverse, elle n’a en rien contribué à la réduction de nos importations d’eaux minérales étrangères. Aux dernières nouvelles, la pénurie d’eau potable aurait même méchamment repris ses droits dans la belle cité Assajog, au grand dam de ses habitants désenchantés. Avec ce régime d’esbroufe et de gâchis permanent, IL JANO risque de n’être bientôt qu’un paradis perdu. C’est, entre autre, pour cette raison que la jeunesse Assajog dénonce et combat la mystification de ce régime du mensonge.

TIC ou TVA ?

Les Ateliers de la tricherie

Alors que « La Nation » du jeudi 25 mars dernier analysait le dérapage budgétaire de l’année 2003, voilà que la même semaine les génies des finances ont tenu encore un atelier-débat sur la TVA, sous l’égide de l’argentier du régime. Le Ministre des finances justifiait son projet de remplacement de la TIC par la TVA par trois points :

-La TVA est une fiscalité moderne qui favorise les échanges internationaux ;

-Elle permettra à notre pays de mieux s’ouvrir vers l’extérieur dans le cadre de la COMESA ;

-Elle allègera le poids relativement élevé des impôts directs.

La TVA qui est la taxe sur la valeur ajoutée n’est pas une fiscalité moderne mais date d’au moins quarante ans. D’ailleurs le plan comptable français de 1958 utilisait cette technique de retenue à la source payée par le consommateur. Ce qui est frappant dans cette affaire, ce que d’une part Djibouti n’est pas un pays industrialisé ou producteur de biens.

Nous importons tout et taxons les produits à l’entrée sur notre territoire. En quoi donc cette nouvelle formule améliorerait les recettes de l’Etat, alors que l’adoption de la TVA alourdirait la gestion, car complexe et difficile à suivre.

D’autre part, les services des contributions ont déjà du mal à appliquer la TIC et rencontrent des difficultés monstres pour améliorer les recouvrements, l’absence de contrôle fiscal favorisant aussi les malversations de toute sorte.

TIC ou TVA les déficits budgétaires et la mauvaise gestion ruinent d’année en année l’économie du pays.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Tadjourah dans la soirée du 30 mars 2004 de Mohamed Idriss Baragoïta, infirmier à la retraite.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 65 ans était le frère aîné de notre compagnon Kabbo Idriss Baragoïta, membre du Bureau Politique de l’ARD. Il laisse deux veuves et 6 enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille de Mohamed Idriss Baragoïta. Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun


L’économie dérape

Quand le régime nous donne raison

Une économie est considérée comme étant saine lorsqu’elle est en pleine croissance, favorise l’emploi et permet la réalisation du progrès social. Loin de pouvoir réaliser les grands équilibres nécessaires à l’amorce d’un développement, les budgets de l’Etat djiboutien relèvent d’une douce utopie entretenue par quelques économistes plus intéressés qu’illuminés. Jugez en vous-mêmes !


Nous avions donné notre appréciation sur le Budget 2004 dans trois de nos numéros janvier dernier. Contre toute attente, le journal gouvernemental « La Nation » du 25 mars 2004 partage largement nos conclusions. Sans tirer une analyse claire et explicite de la réelle situation économique du pays, le journal gouvernemental en question semble donner un aperçu général de la situation économique, sans pour autant en dégager une quelconque synthèse. Il se contente tout simplement de conclure, au bout d’une page et demie, que « la communication au grand public de toutes ces informations, réservées naguère à l’élite du pays, est une preuve de transparence de la part de l’actuel gouvernement. Un critère de référence identifié par les économistes comme le premier élément d’une thérapie de choc susceptible de redresser une économie chancelante ».

Nous avons été de tous temps les premiers à tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne le chapitre économique et à exiger le minimum de transparence sur la gestion des deniers publics, entre autres. A d’autres donc… Transparence s’il y a, alors levez le voile sur la gestion et les retombées économiques de nos complexes aéroportuaires et portuaires, sans parler des plus-values engrangées lors des cessions opaques de certains établissements publics, qui demeurent encore fermés ou sans rendement économique ou social.

Notre confrère gouvernemental semble donc pour la première fois admettre « le dérapage » pour rejoindre nos conclusions publiées trois mois auparavant.

Les comptes définitifs du Budget 2002 n’ayant toujours pas été définitivement adopté par les mal-élus, lesdits économistes cités par « La Nation » prétendaient en janvier dernier, lors de la présentation du budget 2004, que celui-ci était « la continuité de la réussite du budget 2002 ». Or, les finances de l’Etat en 2002 étaient des plus médiocres, en ce sens que nos analyses avaient suscité, en son temps, l’ire du ministère de l’Economie Nationale et des Finances qui, soit dit en passant, n’a toujours pas honoré sa promesse de répondre à nos questions sur ce même Budget.

Concernant le Budget 2003, nous n’avions pas manqué de poser à ses concepteurs les questions qui s’imposaient quant à leur projection irréaliste d’un déficit cumulé de l’ordre de 542 millions FD, tel qu’arrêté dans le cadre du Budget rectificatif 2003. Pourtant, nos démonstrations s’appuyaient sur un déficit réalisé et reconnu officiellement de 2,2 milliards de FD rien qu’au premier trimestre de l’année en question. A notre étonnement, voilà que notre confrère gouvernemental communique un nouveau chiffre négatif avoisinant les 2,4 milliards FD, lequel dénote l’optimisme sans fondement du Ministère des Finances.

Plus clairement, la partie théorique des budgets présentés chaque année semble justifier les chiffres contenus dans la masse budgétaire. Certes, c’est fatiguant pour certains, mais le cadre général du Budget ne colle pas du tout avec les budgets alloués aux différents secteurs de l’Etat. Pour l’exercice 2004, le seul objectif du régime semble être celui de pouvoir présenter ce mois-ci un Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté (DSRP) aux bailleurs de fonds.

Si pauvreté il y a à Djibouti, c’est qu’elle est voulue et entretenue par un pouvoir dont les seuls recettes nationales reposent sur l’accroissement constant de la ponction fiscale qui frappe les plus faibles ménages en plus des entreprises privées véritablement génératrices de richesses et d’emplois ; les entreprises publiques (Laiterie, Usine d’Aliments de Bétail, etc) ayant rendu l’âme ou demeurant ménopausées depuis leur divorce avec l’Etat.

Globalement, ces prélèvements se sont encore accrus de plus de 8% en 2004, les autres impôts directs et indirects alourdissant davantage les charges des ménages, loin de s’assurer une vie décente en raison du renchérissement des produits de première nécessité, tel que le pétrole lampant, les denrées alimentaires, l’électricité et l’eau.

Le grand bénéficiaire de ces revenus autoritairement confisqués au petit peuple besogneux ou aux entrepreneurs privés n’est autre que la Sécurité, qui annihile toute chance de croissance économique et engendre chômage et paupérisation. A cela s’ajoute l’accentuation des emprunts et autres dettes rééchelonnés, lesquels ont augmenté de façon prévisionnelle de 561%. Les emprunts affichant une progression de 24%, les générations à venir demeurent « hypothéquées ».

Certes, tout en soulignant « …les spécialistes du Ministère des finances tablent d’ores et déjà sur la persistance des dérapages budgétaires constatés au précédent exercice en dépit des ressources additionnelles émargeant du budget de l’Etat », le journal gouvernemental « La Nation » confirme les inquiétudes que nous formulons depuis longtemps. Profitant de cette remarque, nous ne pouvons nous empêcher de relever que les dividendes dégagées par les différentes concessions de certains Etablissements publics n’ont jamais été intégrées dans le Budget de l’Etat.

Il est vrai que, comme le reconnaît « La Nation », les dépenses publiques en augmentation iront en s’aggravant, en raison du « non-encaissement de certaines recettes budgétaires tels que les dividendes du Port ». Merci de nous rejoindre.

Quant aux malversations et autres pratiques illicites, elles sont la preuve de cette gestion peu orthodoxe des deniers publics, qui ne réjouissent pas les bailleurs de fonds. Le FMI dites-vous, exige entre autres « l’explication de l’emploi de près de 5 millions de dollars US décaissés par les Etats-Unis en octobre 2002 ». La Banque Africaine de Développement (BAD), ne peut naturellement pas cacher sa méfiance à l’égard de nos dirigeants. Pour non-respect des engagements antérieurs, « elle ne veut toujours pas entériner le protocole de financement, les pièces comptables justificatives n’ayant pas été auditées par un Cabinet privé mais par les services du Ministère des Finances » (dixit « La Nation » n°36). L’autocontrôle d’un régime budgétivore ne marche plus quand les errements deviennent aussi impunis au plus haut niveau de l’Etat

Pour conclure, selon nous, les quelques révélations tardives de notre confrère corroborent bien notre souci du bien commun : la mauvaise gestion actuelle des deniers publics ne pourra aucunement constituer le gage d’une croissance économique maîtrisée, ni assurer l’emploi ou le progrès social. Pour le régime, la seule rhétorique démagogique, vidant le portefeuille des contribuables les plus affectés, semble prévaloir sur une quelconque volonté au service d’un développement national durable. La gestion que nous connaissons de ce régime relève de la fuite en avant démagogique accumulant déficits et dettes.

L’Etat doit avant tout être exemplaire dans ses pratiques. L’enrichissement illicite de certaines personnes proches du pouvoir et l’impunité dont elles bénéficient pour oser braver les lois en vigueur (sociales ou commerciales) ne peuvent être acceptables. L’Etat ayant avant tout pour rôle de défendre le citoyen face à la dictature de l’argent, face à l’autojustification du profit et de l’oppression.

Dans l’état actuel des choses, on ne peut pas venir à bout de la crise (qui n’est pas réellement économique) en démantelant l’Etat. L’Etat doit demeurer un Garant sûr des intérêts collectifs et son rôle économique doit être réformiste mais pas nécessairement antisocial et destructeur.

Le régime actuel ne peut être un catalyseur dynamique au service de l’Emploi, de la croissance, en somme du Développement National.

Pour illustrer nos propos et permettre à nos lecteurs de mieux quantifier ces analyses, nous reproduisons ci-dessous le tableau, publié dans Réalité n°81 du 28 janvier 2004, récapitulant, d’après les chiffres officiels, l’évolution des recettes de l’Etat sur les quatre dernières années.


Courrier de lecteurs : le point sur Obock

LE POINT SUR OBOCK :

Gros poissons d’avril

Pression, influence, indifférence, désinformation, analphabétisme et désœuvrement

Ulcéré par la récente attention toute démagogique et sans lendemain que le régime feint d’accorder à sa région, un fidèle lecteur d’Obock nous a fait parvenir les deux textes ci-dessous, que nous reproduisons bien volontiers afin de proposer une vision de l’intérieur de cette région oubliée entre toutes.


Si les nouvelles d’Obock paraissent rarement parmi les brèves nationales de Réalité, c’est que l’enclavement est atypique et la population silencieuse. Persévérants, les habitants de ce district marginalisé n’ont guère perdu la parole et ne font pas non plus partie des soumis. Ils vivent simplement jusqu’à ce jour sous la pression, l’influence et l’indifférence de leurs « représentants » politiques et coutumiers, voire de ces mal-élus et autres arrivistes.Un enclavement socioéconomique et psychologique perdure donc dramatiquement, tant la désinformation, l’analphabétisme et le désœuvrement ont replié sur elle-même la population meurtrie, privée de ses droits les plus élémentaires.

Des clans ou groupuscules antagonistes se substituent au comité de l’annexe du RPP, lui-même fictif ou tribal à Obock. Les biens et les deniers publics sont ainsi détournés par les soit-disant privilégiés au service du régime. Les services publics ou autonomes ont tous failli.

Le Centre de Développement Communautaire est sans attrait, tandis que les responsables de l’ONED et de l’administration locale simulent de prendre en charge les jeunes en vie active et de rapprocher les associations locales. On leur livre parfois du khat, on les convoque à des réunions stériles on leur demande aussi de rechercher de prétendues armes du FRUD-armé dans les montagnes, de signaler éventuellement des opposants suspects. On leur dit ceci, on leur promet cela… On les utilise par-ci, on les rejette par-là… Mais rien ne vient jamais améliorer leur situation. Rien Pour le Peuple : la devise du parti au pouvoir prend tout son sens ici. En revanche, un mabraze de propagande en ville et un véhicule de rondes en campagne sont à la disposition de ce groupuscule se prétendant ligue des jeunes du RPP. En outre, les plus proches cousins aux salaires satisfaisants, d’autres plus soumis à des salaires de misère sont employés à l’ONED pour des fonctions qu’ils n’exercent même pas. Et l’approvisionnement en eau courante est limité.

Pour sa part, le service de Santé donne l’impression d’avoir été dévalisé, après avoir bénéficié d’une réhabilitation et d’un rééquipement conséquent grâce à l’aide extérieure. Des climatiseurs se sont volatilisés et ont laissé des trous béants et carrés dans les murs des bâtiments d’hospitalisation ou de consultation. Des appareils d’échographie et de radiographie ont disparu ou ne sont plus utilisés sous prétexte qu’ils seraient plus utiles ailleurs, ou encore qu’ils seraient hors d’usage ou manqueraient de personnel qualifié pour pouvoir les manipuler. Le spectacle est désolant, des femmes épuisées et de leurs nouveaux-nés, attendant sur les marches de l’entrée du dispensaire.

Comme celui d’autres patients de tous âges, errant à longueur de journée dans les couloirs en quête de consultation. Le centre hospitalier ne peut remplir cette fonction ni prodiguer des soins adéquats et efficaces. Aujourd’hui, c’est à peine si le patient se voir prescrire un traitement : la pharmacie communautaire ne serait qu’une caisse où goinfres et gérants rapaces viennent se servir, puisque même les dons extérieurs n’ont pas été épargnés par ces sans-scrupule. Le ministre de tutelle, comme ses autres collègues politiques originaires de ce district, s’entretiennent à chaque passage avec leurs proches et leurs obligés jusqu’à en perdre haleine, leur faisant miroiter des projets d’avenir qui n’ont aucune chance de voir le jour, étant donné que ce qui existe n’est ni respecté ni entretenu. Le sens de la communauté a disparu.

Les caprices de l’EDD participent au calvaire quotidien de la population d’Obock-ville. L’été approche et l’alimentation électrique est de plus en plus précaire. La nuit tombée, les rues et les ruelles de la ville se retrouvent invariablement dans l’obscurité : comment les écoliers peuvent-ils convenablement faire leurs devoirs dans ces conditions ? Une vipère avait récemment mordu un passant à proximité de l’ancienne annexe du RPP, située entre les marchés de viande et de poisson. Des dromadaires ruminent en pleine voie publique, après avoir brouté par-dessus les clôtures des édifices administratifs. Des chats errent dans les profondeurs de la nuit tandis que des chiens s’attaquent au petit bétail domestique.

Donc les délestages ont commencé. Les moustiques pendant la nuit et les mouches durant la journée rendent les maisons invivables. Mais personne ne se soucie de voir toutes ces familles manquer de sommeil ou d’hygiène. Les responsables indifférents se sentent bien protégés par l’impunité généralisée : ici comme ailleurs, personne n’a jamais demandé de rendement à personne, il suffit de végéter et de ne surtout pas se scandaliser. Les responsables administratifs sont donc terrés dans leurs mabrazes, invulnérables et inaccessibles.

En ce qui concerne l’Education, les aides extérieures et la conscience des enseignants maintiennent tant bien que mal un niveau minimal de scolarisation pour les enfants dans les écoles et le collège d’enseignement moyen. Cependant, le taux de scolarisation et celui de la réussite demeurent extrêmement bas. Malgré cette bonne volonté pédagogique, peu de familles arrivent à suivre un coût de scolarité de plus en plus élevé : rares et privilégiés sont ceux qui ont une source de revenu dans ce district. De ce fait, peu d’élèves arrivent à s’accrocher et nombreux sont ceux qui se retrouvent dans l’impossibilité de réussir aux examens.

Par ailleurs, la lenteur et les caprices des autorités et des responsables du district ralentissent la délivrance des cartes d’identité nationale, en en restreignant le nombre de bénéficiaires potentiels et légitimes. Des non-résidents munis d’enveloppes affluent de la Capitale, sur recommandation des pontes du régime. Le pouvoir en place leur délivre des cartes d’identité au nom des personnes fictives ou décédées, de telle ou telle localité… en espérant utiliser leurs pièces d’identité lors d’une prochaine consultation électorale.

Paradoxalement, les bénéficiaires de droit sont triés, amadoués, dissuadés même de postuler à ce qui leur revient légitimement. Les autorités du district veulent nous faire croire que tout se déroule normalement et sillonnent tout l’arrière-pays d’Obock prétextant distribuer les cartes, mais grignotant en fait le fonds de roulement prévu à cet effet. Mais nombreux sont les coins, proches ou éloignés, qui n’ont pas été visités. Or, d’après ces mêmes autorités, les accès par voie routière sont difficiles, ou alors les déplacements coûtent énormément, ou bien les originaires de ces coins ne sont pas considérés comme citoyens djiboutiens.

Au niveau de la réhabilitation, tout va de travers. La reconstruction des biens privés et des infrastructures publiques est toujours laissée à la générosité des bailleurs de fonds extérieurs et des partenaires du développement. Le peu qui a été reconstruit, souvent par l’Armée française, se dégrade à vue l’œil faute d’entretien. Ailleurs, ce sont l’incurie des acteurs implantés par le régime et ses entrepreneurs ainsi que la mauvaise qualité des matériaux utilisés qui sont en cause.

La prolifération des associations locales hâtives et improductives n’a pas non plus été bénéfique pour la région. L’ampleur de la paupérisation et de l’ignorance entrave gravement l’efficacité des milieux associatifs. Toutefois, malgré les insuffisances financières, les enfants de Tikibleyta ont un certain nombre de réussites à leur actif. La parution d’un premier bulletin régional d’information intitulé « Le Phare de Ras-Bir » entre 1997 et 2000, ainsi que les activités culturelles et éducatives de sensibilisation ont été brutalement interrompues par manque de moyens. En effet, les représentants politiques de la région ont émis un avis défavorable, tout comme les autorités locales qui n’appréciaient guère ces initiatives.

Un journaliste de « La Nation » sembla avoir donné l’alerte en suscitant le débat, dans un article intitulé « La légende de Tikibleyta et ses mille et une questions ». Questions qui sont toujours d’actualité car aucune réponse n’a été donnée sur les raisons pour lesquelles ce district demeure à l’écart des politiques publiques de développement. Pourtant, sans aucune ambition politique, des jeunes avaient adhéré à l’annexe RPP d’Obock, séduits par le langage de simili-vérité de la campagne présidentielle d’avril 1999.

Bien que les doyens du régime se soient sentis menacés, les jeunes purent s’entretenir avec le candidat RPP au sujet des préalables au développement de la région, ne manquant pas de l’exhorter à œuvrer en faveur de la consolidation de la paix par la réconciliation avec le FRUD-armé. Au doléances de ces jeunes, l’heureux candidat à la présidentielle avait répondu par de nombreuses promesses qui se sont transformées, au fil du temps, en des harcèlements de ses sbires régionaux à l’encontre d’une jeunesse qui s’est alors réfugiée dans le silence. Quelques-uns ont depuis préféré se réfugier à Djibouti-ville, d’autres ont disparu dans un mystérieux naufrage.

POISSON D’AVRIL PRESIDENTIEL ?

Arrivée de la ministre déléguée à la Promotion de la Femme

Mise en scène de cours d’alphabétisation des femmes et de scolarisation des filles, dans les locaux de l’école d’Obock 1. Séjours touristiques du Président de la République à Médého. Accueil chaleureux des nouveaux prétendants arrivistes, cadres et employés du service de l’ONED et des représentants de l’UNFD et de l’AFOD. Le cadeau empoisonné des micro-crédits aux femmes d’Obock par le FSD(Fonds Social de Développement) sans en avoir évalué l’impact dans une région enclavée sans aucun débouché. Enfin, des toilettes pour l’école d’Obock 1 et le collège de la ville sur financement du PNUD et de l’UNICEF ; travaux effectués par l’Armée française. De quelle alphabétisation des femmes et de scolarisation des filles parle-t-on ?

Mais que leur rapportent encore les séjours incognito du Chef de l’Etat à Obock-ville, puis à Médého ? Sans doute le meilleur gros poisson d’avril à tous ceux qu’il croit avoir déjà dupé avec ses promesses sans lendemain. Et à tous ceux qu’il espère à nouveau duper grâce à tous ses représentants politiques et coutumiers, ainsi que les fonctionnaires de service.

Enfin, de gros poison d’avril sont offerts à la population d’Obock, particulièrement du chef-lieu et de Médého. Ainsi, l’emprise de la pression, de l’influence et de l’indifférence continue de massacrer le moral de tous ceux dont le regard exprime la terreur intériorisée face aux chefs respectifs des différents services ou tribus, emportés par le zèle ou les ailes, eux-mêmes dans la peur d’être bousculés par les intrigues ou dans le trac de la prochaine promotion.

Tous les coups sont donc permis pour désolidariser les communautés. Mais, pour ce régime, Obock restera le fief de Dini et de toute l’UAD. Prévoyez donc d’acheter la conscience de quelques notables appointés et des « élites » de la région pour préparer les fraudes lors d’élections à venir. Obock n’est pas maudite, mais elle est condamnée par ce régime. La région conserve d’indéniables potentialités et le charme qui fait l’admiration des touristes. Nous lutterons sans relâche !

A.M


1994 : génocide au Rwanda

Plus jamais çà !

On croyait le monde vacciné contre la folie génocidaire depuis la Seconde Guerre Mondiale et le procès de Nuremberg. En sombrant à son tour dans la démence de cette fin de millénaire, notre continent qui, après avoir subi l’esclavage et le colonialisme, vient de démontrer le contraire après la folie khmère en Asie et le nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine. Si ces actes relèvent évidemment de la folie, il n’en obéissent pas moins à une rationalité comme l’attestent la variété des méthodes employées et leurs caractères systématique et prémédité. Il corroborent ainsi la formule célèbre : « le fou est quelqu’un qui a tout perdu, sauf la raison ». Sans chercher ici à expliquer ou comprendre, il est de notre devoir, ne serait-ce que pour en prévenir le renouvellement là-bas ou ailleurs, de garder en mémoire ce génocide et exiger la punition de ses auteurs et commanditaires, dont certains courent toujours. Gros plan sur le génocide des Tutsis et des Hutu modérés.


Grave, le Président rwandais Paul Kagamé (tutsi) accuse la France d’avoir « directement participé » au génocide d’avril 1994. Flash-back.

A peine plus vaste que Djibouti, ce petit pays de la région des Grands Lacs (26.340 km2) est densément peuplé : environ huit millions d’habitants, dont la grande majorité est hutu et la principale minorité tutsi. Il tient de son caractère montagneux son surnom de «Pays des Mille Collines». Il partage ses frontières avec l’Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et la République Démocratique du Congo.

Voilà brièvement décrit le décor de la tragédie de 1994, qui aurait fait en 100 jours près de 800.000 morts, à en croire la version autorisée du général canadien Roméo Dallaire qui commandait à l’époque la force d’interposition de l’ONU.

La commémoration du 10ème anniversaire du génocide rwandais a commencé le 5 avril. Le 7 avril est la date anniversaire et le point culminant avec la participation à cette journée souvenir de deux Chefs d’Etat africains : le sud-africain Thabo Mbéki et l’ougandais Yowéri Museveni. Le Premier ministre belge sera également présent. Mais la personnalité la plus attendue reste le général canadien Dallaire.

Pour grave, et à nos yeux excessive, que puisse paraître l’accusation du Président rwandais, elle n’en a pas moins le mérite de toucher du doigt un problème réel : le rôle sinon suspect du moins indifférent et effacé aussi bien des Casques Bleus déployés dès 1993 lors des Accords d’Arusha dans le cadre de la Mission des Nations-Unies pour l’Assistance au Rwanda (Minuar) que de la force française d’interposition déployée durant le génocide, dans le cadre de l’ «Opération Turquoise» le 22 juin 1994 avec pour mission d’établir une « zone humanitaire sûre » (ZHS) dans le sud-ouest du pays. Cette opération a pris fin le 22 août 1994, soit à peine plus d’un mois après la fin du génocide et la prise de contrôle par le FPR (Font Patriotique Rwandais) de la Capitale le 4 juillet.

Tandis que, malgré la demande de renforts du général Dallaire en avril, deux semaines après le début des massacres et l’assassinat de 10 parachutistes belges par les FAR (Forces Armées Rwandaises), les Casques Bleus passent de 2000 à 270 hommes. Troublant ! Restituons toutefois cette accusation dans son contexte : elle intervient juste après la révélation par notre confrère «Le Monde» de la suspicion d’un juge d’instruction de l’implication du FPR (donc de Kagamé) dans l’assassinat de feu Habyarimana. Que, comme l’affirme Kagamé, la France ait soutenu Habyarimana, comme elle a soutenu de De Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand, un pré carré de dictatures, et nous sommes bien placés pour le savoir, c’est une lapalissade !

Décidément, l’Occident à la tête duquel la France, n’est pas à une contradiction près ! Après avoir imposé la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et inventé le droit d’ingérence, il revendique par son comportement le droit à une indifférence coupable : donnons la parole à un procureur des siens.

Dans un best-seller intitulé « J’ai serré la main du Diable », le général Dallaire, sans recherche du sensationnel, et preuves à l’appui, écrit amer : « Tous les humains ne sont pas considérés comme tels dans le contexte international… Je suis sûr qu’il y aurait eu plus de réactions si quelqu’un avait tenté d’exterminer les 300 gorilles du Rwanda… Les Américains avaient subi une humiliation en Somalie et ne voulaient plus avoir de pertes en Afrique… La France avait des raisons stratégiques de pencher en faveur des Hutu… l’administration Clinton, parce qu’elle n’y avait plus d’intérêts, s’est désengagée du Rwanda qui n’avait plus aucune valeur ». Sans manquer de finir par prévenir qu’une telle tragédie « pourrait se reproduire à cause du ‘’racisme intéressé’’ des grandes puissances ».

Ce réquisitoire nous amène à nous interroger sur l’efficacité des interpositions ou interventions avec ou sans mandat onusien. A Abidjan, malgré un comité chargé de suivre l’application des Accords de Marcoussis et l’imposante présence militaire française et des forces de l’Union Africaine, un massacre a eu lieu trois jours durant sans que ces forces n’interviennent.

Qu’après coup, les casques soient passés du blanc au bleu confirme l’inaptitude des Nations Unies à prévenir les conflits ( massacres et autres génocides…) et nous conforte dans la conviction qu’il doit et ne peut y avoir de solutions à nos crises qu’africaines et domestiques. Sans fourberie.

A Djibouti, avec la paix comme but et la bravoure comme moyen, gardons à l’esprit que le lien qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 90 du mercredi 31 mars 2004

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Réalité numéro 90 du mercredi 31 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Rapport de la LDDH sur le syndicalisme (2)
  4. D’Abidjan à Djibouti
  5. Mise au point de M. Ismaël Guedi Hared
  6. Terrorisme : Djibouti fait peur
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 90

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TERRORISME DU FAIBLE

CONTRE TERRORISME DU PUISSANT

Deux dates rappellent à quel point l’Histoire semble avancer à reculons au Proche-Orient :

26 mars 1979 – signature, sous l’égide du Président démocrate Jimmy Carter, des accords de Camp David entre Anouar el-Sadate d’Egypte et Menahem Begin d’Israel ;

25 mars 2004 – devant le Conseil de sécurité de l’Onu, les Etats-Unis d’Amérique opposent leur veto à un projet de résolution condamnant l’Etat d’Israël pour son assassinat du cheik Ahmed Yassine, dirigeant du mouvement Hamas, au prétexte que la condamnation du terrorisme du Hamas n’y serait pas assez explicite.

Non, pas définition, ce n’est pas l’Histoire qui va à reculons : c’est la capacité des acteurs de l’Histoire à régler des problèmes qui peut aller s’amenuisant. Ce qui semble malheureusement être le cas au Proche-Orient car, à la radicalisation des positions des deux protagonistes s’ajoute aujourd’hui un affaiblissement du rôle des Américains, de moins en moins neutres.

Israël en premier lieu : il a beau avoir commencé comme terroriste à la tête de l’Irgoun (groupuscule extrémiste qui tuait les Arabes de Palestine pour leur prendre leurs terres), Menahem Begin avait à coup sûr une stature d’homme d’Etat, capable de brusquer les siens en signant avec l’ennemi irréductible une paix que peu croyaient possible . Force est de constater que Sharon n’a d’envergure que corporelle. Surtout, il ne conçoit d’entité palestinienne qu’enfermée dans un vaste camp de concentration (quelle ironie !) délimité par un mur et des barbelés électrifiés. Avec lui, même empêtré dans un scandale de corruption, les mots du représentant palestinien à l’Onu prennent tout leur sens : « Israël n’est pas un pays passif, pacifique, sujet à des attentats venus de l’extérieur. Israël est en lui-même un groupe terroriste ». Toutefois, même s’il faut bien admettre que la meilleure opposition à ce terrorisme d’Etat, c’est une importante partie de l’opinion publique israélienne elle-même, force est d’admettre que, depuis le règlement de la question de Timor-Est, l’Etat sioniste demeure pratiquement la seule puissance coloniale de la planète, quoi qu’il s’agisse d’un colonialisme de proximité fondé sur une idéologie de l’excellence religieuse.

Le second acteur de ce drame n’est guère mieux loti : son courage politique n’a certes rien à envier à celui de Sadate, comme en témoigne son Prix Nobel venu récompenser une paix historique signée à Oslo, mais Arafat ne contrôle pratiquement plus rien sur le terrain de la violence terroriste. La violation de cet accord par Israël l’a en quelque sorte décrédibilisé aux yeux de son opinion publique loin d’oublier les multiples boucheries de Sharon. Le bon sens et la modération n’ont aucune prise sur les consciences quand l’injustice et l’humiliation dépassent les limites de l’humainement supportable. Dans ce contexte, la récente pétition de soixante-dix personnalités palestiniennes liées au Fatah et appelant à démilitariser l’Intifada, a peu de chances d’être entendue. Et, sous la direction de groupes radicaux tels que le Hamas, les Palestiniens s’enferment dans une spirale de la violence qui, du fait de la disproportion entre les ressources mobilisables par les deux belligérants (dont le traumatisme des corps déchiquetés d’innocents civils, colons mis à part), ne peut que profiter aux extrémistes du Likoud et des partis religieux.

Les Etats-Unis enfin : leur incapacité à efficacement faire pression sur Israël (la feuille de route semble n’être qu’un simple effet de manche) durant l’actuelle administration républicaine, se double aujourd’hui d’un enjeu électoral : la lutte contre un terrorisme si magnifiquement incarné par le Hamas est un atout que le candidat à sa propre succession compte bien faire fructifier. Et la France dans tout cela ? Et bien la France a voté en faveur de ce projet de résolution : Renaud de la Sablière, son représentant au Conseil de sécurité estimant que le texte condamnait aussi bien les exécutions extrajudiciaires perpétrées par Israël, que les attentats contre les civils israéliens perpétrés par le Hamas. Est-ce à dire que la France serait complaisante avec ceux qui tuent d’innocents civils ? Le problème pour les Etats-Unis, c’est que même l’Espagne, peu suspecte d’une telle mansuétude ces temps-ci, avait voté en faveur de ce projet de résolution. S’il n’y a ni règles de bonne conduite entre belligérants, ni arbitre neutre pouvant leur imposer un règlement honorable, c’est à désespérer de la diplomatie. C’est de ce désespoir que s’alimentent la plupart des extrémismes.


Brèves nationales

Docteur honoris causa:

En insécurité alimentaire ?

Le régime djiboutien est réputé pour fomenter de fausses solutions à de vrais problèmes. Ainsi, on apprend cette semaine que le Croissant-Rouge est en pleine cogitation intellectuelle depuis samedi dernier. L’objet de ce remue-méninges : trouver au niveau régional les voies et moyens de mettre les populations à l’abri d’une insécurité alimentaire, en en identifiant les causes pour mieux en trouver les remèdes.

Que les pays producteurs de denrées alimentaires se concertent pour épargner à leurs populations respectives le spectre d’une famine consécutive à une sécheresse imprévue, quoi de plus normal ? Mais, qu’en est-il pour Djibouti ? Quand on sait que le régime n’a rien tenté pour assurer la sécurité alimentaire de ses concitoyens, il est légitime de s’interroger sur le sérieux de la participation à cet atelier régional.

En effet, le projet du PK 12 avait au moins le mérite d’exister : en soi, le projet visant à réduire la dépendance alimentaire des Djiboutiens en assurant une production locale, était louable. Aujourd’hui, les Djiboutiens sont réputés être mieux gouvernés, par des leaders « extraordinaires » qui actualisent le vieux mythe du roi-philosophe ou du despote éclairé !

Ici, cela prend la forme d’un Président de la République savant, promu Docteur honoris causa pour son inestimable contribution planétaire au développement agropastoral. Malheureusement pour lui, son régime n’a nullement contribué à étendre la superficie cultivée en République de Djibouti, donc à augmenter la production agricole nationale.

Ainsi, ceux qui seraient prioritairement concernés par cet atelier, ce seraient les semi-nomades pour lesquels sécheresse signifie réduction des pâturages et tarissement des points d’eau, donc baisse du cheptel à vendre en ville pour s’acheter d’autres denrées de base : riz, sucre, thé, farine, etc.

Quand un régime n’entame aucune action pour réduire un tant soit peu la dépendance de ses concitoyens à l’égard du khat importé à 100%, et quand la seule contribution du Chef de l’Etat docteur honoris causa en développement agropastoral consiste à implanter du khat et du café au Day, le Croissant-Rouge djiboutien devrait avoir la pudeur de ne pas prétendre à de telles hauteurs, réservées à ceux qui se préoccupent réellement des leurs et qui ne détournent aucune aide alimentaire.

Manifestation des femmes devant la Présidence :

Nagad centre de promotion de la femme ?

Dimanche dernier, plusieurs dizaines d’épouses de policiers démobilisés et handicapés ont bruyamment manifesté aux abords de la Présidence pour exiger l’amélioration de leurs conditions de vie. Rappelons que ces démobilisés handicapés ont servi de chair à canon pour le pouvoir dans les années 90.

Ironie de l’histoire les paisibles manifestantes ont été brutalement dispersées et certaines d’entre elles ont été arrêtées et transférées au centre de détention de Nagad, relevant… de la FNP. A l’heure où le ministère chargé de la Promotion de la Femme organise, sur financement américain, des ateliers sur « les droits des femmes et la bonne gouvernance », il est tout de même regrettable que le droit de nos concitoyennes à pacifiquement manifester les conduise si souvent aux sinistres geôles de Nagad. Avec ce régime de tous les abus, le droit des femmes se limite aux you-you : c’est peut-être une question de majuscule.

Des cheiks en prison :

Qui a peur des marabouts ?

Le 15 mars dernier, le cheik Abdokarim Ismael Abdo avait adressé au Chef de l’Etat, au nom de la confrérie Mohamédienne, une lettre ouverte manuscrite de sept pages, lui demandant , entre autres, d’intervenir pour que cessent les persécutions à l’encontre de la confrérie Mohamédienne dirigée par le cheik Artaoui. Des copies de cette lettre ont également été envoyées au Premier ministre, aux ministres et à tous les partis politiques.

La réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre : les deux ulémas cheik Abdokarim et cheik Artaoui furent arrêtés et écroués à Gabode.

Sans nous immiscer dans des querelles religieuses et mystiques, nous considérons que cette riposte disproportionnée traduit en réalité une frilosité excessive d’un pouvoir aux abois et en quête de bouc émissaire. En quoi ces hommes de religion menacent-ils la stabilité intérieure ? Ou est-ce tout simplement un blasphème que d’écrire une telle lettre ouverte au Chef de l’Etat.

Aux lecteurs d’en juger, à travers le petit extrait suivant: « Réaménagez votre planning dans la mesure du possible en consacrant du temps libre au Peuple dans le but de « lui » faciliter son accès à vous et « le » recevoir dans ses plaintes, ses réclamations les jours fériés. A vous d’en juger selon vos convenances… le « Peuple » à priori ne se résume pas à votre « basse-cour » mais à « l’étendue de la masse populaire ».

Que représente un « président » qui ne se soucie guère du Peuple qui l’a « élu » ? Qui n’est pas à son écoute ? Impossible pour la population d’entrer en liaison directe avec vous car vous ne lui accordez aucune entrevue, aucune audience privée par manque de contact pour vous soumettre ses doléances, si ce n’est par l’entremise des journaux édités par l’opposition du pays.

En ce qui concerne les correspondances postaux, elles demeurent lettres mortes, sans suite de votre part.

D’autant que l’on ne peut vous faire parvenir à votre bureau aucun courrier non-officiel, face aux remparts d’hommes en armes et aux politicards véreux dont vous vous êtes entouré. Injoignable, inaccessible ! Comme un prisonnier enfermé dans une forteresse !

Du moment que vous n’êtes pas « là » pour Nous, de quel peuple, de quel Etat, de quel Pays dirigez-vous la destinée ?»

Pour notre part, nous osons demander une mesure de clémence pour les deux marabouts injustement incarcérés à Gabode. Une telle lettre ouverte mérite-t-elle vraiment emprisonnement de ses auteurs ? Ce serait de la superstition.

Ali-Sabieh :

La Jeunesse Assajog persiste et signe

Suite à la parution du n°8 de la « Tribune d’Ali-Sabieh », organe de presse de la Ligue de la Jeunesse Assajog et l’officialisation du divorce de cette dernière d’avec le pouvoir, trois membres de cette association s’étaient désolidarisés de cette démarche en condamnant leur Président dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » daté du 22 mars 2004. Les trois signataires prétendaient même dans leur communiqué : « Nous affirmons que la rédaction et la publication de ce numéro n’ont été que l’initiative personnelle de Monsieur Abdoulkader Abdillahi Miguil, dont nous ignorons les motivations et les mains qui s’y trouvent derrière.

De ce fait, nous condamnons fermement la publication de ce numéro 8 et sa mise en vente. Conformément aux statuts et au règlement intérieur de la Ligue de la Jeunesse Assajog, il est demandé aux membres des différentes commissions de se réunir d’urgence le lundi 22 mars à 15 h 30 au siège central, afin de se prononcer sur la révocation pure et simple de ce Monsieur, auteur de cette bavure inadmissible ».

En réaction à ce communiqué certainement suscité par le régime, le Président légitime de la LJA, M. Abdoulkader Abdillahi Miguil, a convoqué une assemblée générale des adhérents à Ali-Sabieh pour le 26 mars 2004. Au cours de cette réunion, tenue en présence d’un huissier de justice, les membres de la LJA ont, à l’unanimité, renouvelé leur confiance à leur Président.

Dans la foulée, ils ont même procédé à l’exclusion des trois membres signataires du communiqué défaitiste paru dans « La Nation » du 22 mars 2004, comme en témoigne le procès verbal de séance établi par cet huissier.

NECROLOGIE

 NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE DECES SURVENU A DJIBOUTI LUNDI 29 MARS 2004, DE CHEIK OMAR MOHAMED ARBA. L’HOMME QUI VIENT DE DISPARAITRE A LA SUITE D’UNE COURTE MALADIE A L’AGE DE 55 ANS, ETAIT CONNU ET APPRECIE DE TOUS LES DJIBOUTIENS. APRES SES ETUDES THEOLOGIQUES AU CAIRE, CHEIK OMAR MOHAMED ARBA FUT NOMME ADJOINT AU CADI , PUIS CADI GENERAL DE LA CHARIA DE DJIBOUTI, AVANT DE FINALEMENT DEVENIR CONSEILLER TECHNIQUE DU MINISTRE DE LA JUSTICE.

L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE ADRESSENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE CHEIK OMAR MOHAMED ARBA. QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON PARADIS ETERNEL.AMIN

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.


Rapport de la LDDH sur le syndicalisme (2)

SOCIAL

Voici la seconde et dernière partie du Rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits humains au Congrès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui s’est tenu du 1er au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur. Les recommandations pertinentes de cette organisation non gouvernementale nationale, à laquelle le ministère de la Justice, chargé des Droits de l’Homme nie paradoxalement toute réalité, sont annexées en fin de ce rapport.


IV. Analyse et perspectives

Une question légitime et récurrente est: « Pourquoi l’idée d’un syndicalisme indépendant est-elle aussi insupportable pour le pouvoir djiboutien ? »

La réponse à cette question est forcément complexe. Elle tient tout autant de la structure institutionnelle du pays, des pratiques traditionnelles dans l’exercice du pouvoir mais aussi un peu du contexte mondial.

a) De l’omnipotence présidentielle

Le président de la république est à la fois :

– Chef du gouvernement

– Chef suprême des armées

– Chef du conseil supérieur de la magistrature.

Bien que la Constitution confère des attributions substantielles à l’Assemblée Nationale celle-ci est loin de remplir son rôle. Elle est, et a toujours été, une chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif. L’ensemble de ses membres appartient à la même mouvance présidentielle. Ils doivent, tous, leur place au chef de l’Etat, qui a de manière directe ou détournée, influencé leur sélection pour la candidature à des élections dont l’issue a toujours été connue d’avance. Sans ironie aucune, la population parle de députés « nommés » et non pas « d’élus ».

L’opinion nationale est habituée au fait que les décisions gouvernementales, aussi aberrantes soient-elles, ont été entérinées par l’assemblée nationale quand celle-ci n’est pas purement et simplement ignorée. La cession de la gestion du port et de l’aéroport de Djibouti à un opérateur privé est éloquente. Le transfert s’est effectué dans l’opacité la plus totale sans qu’aucun texte législatif ne soit voté. Il en est de même pour la vente du Sheraton Hôtel pourtant construit avec les fonds des travailleurs puisés dans la caisse de solidarité

A l’échelle du citoyen, la centralisation du pouvoir est matérialisée par le fait que l’embauche d’un agent de l’administration centrale, aussi subalterne soit-il, est subordonnée à la signature d’une décision présidentielle. Jusqu’à un an auparavant , les magistrats étaient des fonctionnaires sans protection particulière et n’ont certainement pas oublié qu’une simple note ministérielle a suffit pour licencier un de leur collègue (le juge Zakaria Abdillahi, aujourd’hui exilé en France) et démettre 2 autres de leur fonction. Beaucoup d’entre eux ont alors choisi de voguer allègrement dans le sens du courant. C’est-à-dire la soumission et la corruption.

Parmi les nombreuses décisions de justice pour le moins surprenantes on peut citer la condamnation à 3 mois de prison fermes et une amende avoisinant 54.000 euros. Elle a été prononcée à l’encontre de Daher Ahmed, journaliste et opposant politique accusé de délit de presse en diffamation à l’égard d’un général de l’Armée djiboutienne, à propos d’une affaire de mineurs.

La toute puissance présidentielle est parachevée par un large réseau d’agents d’information, attaché directement à la présidence et géré par le SDS ( Service de la Documentation et de la Sécurité), agence dépourvue de tout statut juridique.

La volonté d’un être aussi puissant est donc forcément déterminante dans l’orientation politique et sociale d’un pays. Or, après avoir tenté bien de médiations »et appelé au dialogue direct, nous sommes résolus, par dépit, à l’idée que le chef de l’Etat abhorre les syndicats. Ce sentiment semble alors diffuser en cascade au sein des différentes strates de la hiérarchie étatique. Ce blocage de la situation syndicale est sans doute une conséquence directe de cette réalité.

b) De l’usage du pouvoir

La vie politique à Djibouti est bâtie autour d’un communautarisme tribale lui servant de pilier central. La répartition des postes ministériels, des sièges des députés et même des fonctions de la haute administration, est régie par des considérations tribales, selon des proportions quasi immuables depuis l’indépendance.

C’est une alchimie politique que l’ancien président de la république, Hassan Gouled, n’a pas hésité à qualifier (sans rire) sur les ondes internationales « de sciences mathématiques de haut niveau ». Les personnes investies des différents pouvoirs le sont au nom de leurs tribus respectives qu’ils sont sensés représenter . Dans le fait, le choix de ces personnes s’effectue sur l’allégeance, la fidélité envers le vrai détenteur du pouvoir ainsi qu’à leur capacité à jouer le rôle de « rabatteur » au sein de leur communauté.

Elles ne jouissent donc, d’aucune légitimité en tant que représentantes communautaires. Elles usent de tous les moyens pour soumettre à leur volonté ces membres dont elles sont censées défendre les intérêts, tout en se servant de leur statut à leur bénéfice strictement personnel.

c) Du danger d’un syndicalisme naissant

Le mouvement syndical, dans sa globalité, échappe complètement à cette logique. Les travailleurs regroupés par secteur d’activité s’attachent davantage à la défense de leurs intérêts matériels et moraux sur des bases vérifiables et non sur des considérations affectives.

Corporatiste et démocratique, le syndicalisme secoue un édifice politique quasi trentenaire. Il véhicule des idéaux jugés trop avant-gardistes et perçu comme un véritable danger et un défi aux dirigeants politiques. Il est un obstacle à une gestion mafieuse du pays basée sur :

– Le gangstérisme économique à travers la confiscation du patrimoine nationale et le racket des entreprises privées ;

– Le verrouillage politique de toutes les instances

– Par l’appauvrissement de la masse rendue, à dessein, vulnérable et corruptible.

Un syndicalisme libre, indépendant et opérant est forcement un organe de dénonciation et de protestation. Il constitue un contre-pouvoir embarrassant et même peut être une alternative sociale aux pratiques moyenâgeuses d’une politique désuète.

A nos yeux, la lutte antisyndicale sévissant en république de Djibouti ne relève en rien d’un phénomène épidermique et passager. Elle dure depuis presque 10 ans. Au contraire elle est mûrement réfléchie et s’inscrit dans un processus, plus large, de conservation du pouvoir. C’est à cause des valeurs qu’il véhicule que le syndicalisme est combattu avec autant de vigueur et de détermination. Il est un obstacle à la politique de l’aliénation pure et simple du citoyen et de la citoyenneté dans ce pays.

d) Les effets du contexte mondial

Le gouvernement djiboutien continue à braver le monde et à se moquer des engagements pris même au devant des organismes aussi respectables que l’OlT. C’est ainsi que le 8 juillet 2002 un accord triparti est signé entre un représentant du gouvernement M. Djibril Omar Houffaneh (directeur du travail et des relations avec les partenaires sociaux), un représentant de l’OlT (M. Ndaye Momar) et 3 (trois)représentants syndicaux.. Cet accord stipule que le gouvernement accepte de réintégrer collectivement les syndicalistes licenciés. A ce jour, aucune mesure en ce sens n a été entreprise.

Il est possible que dans les pays développés la société civile soit empêtrée dans la lutte contre les effets sociaux négatifs de la mondialisation. Cette course effrénée imposée par les milieux économiques à ces pays et à leurs gouvernements occulte les manquements aux droits humains fondamentaux en général et à plus fortes raisons sous les dictatures des pays du tiers monde. Cette baisse de vigilance de l’opinion internationale profite au gouvernement qui peut continuer ses pratiques liberticides sans craindre la pression étrangère.

Pourtant Djibouti est un tout petit pays très dépendant de l’aide étrangère. Cependant sa position géographique lui confère un avantage stratégique très convoité. Plusieurs pays occidentaux sont présents militairement sur le sol djiboutien. Il semble que malheureusement ces pays soient peu regardant sur les pratiques politiques d’un régime qu’ils financent sans se soucier de l’usage des fonds alloués. De toute évidence Djibouti ne fera pas l’économie d’un bouleversement social et politique. Il y va de son avenir et peut-être même de son existence.

Or il est peu probable que la gouvernance locale d’elle-même s’améliore sans les pressions conjuguées des citoyens et des puissances étrangères. Le rôle des pays donateurs est capital car l’aide au développement peut nuire, précisément, à ce développement. Tout dépend de l’usage qu’en fait le pouvoir en place. Dans les conditions actuelles d’octroi à Djibouti, cette aide sert surtout à la promotion de la corruption, au culte de la personnalité, à l’incitation à la facilité, à la banalisation de la mendicité. Bref nous sommes bien loin des objectifs si généreusement visés par les uns et si hypocritement affichés par les autres.

RECOMMANDATIONS

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) demande aux membres de la FIDH de condamner le Gouvernement de la République de Djibouti pour :

– ses violations constantes des Conventions internationales, notamment celles de l’OIT ;

– son refus répété d’appliquer les différents accords signés avec le BIT, entre autres celui de procéder à la réintégration professionnelle, avec tous les droits pertinents, de tous les syndicalistes sanctionnés durant et pour leurs activités et leurs actions syndicales.


D’Abidjan à Djibouti

GUERRES CIVILES, ACCORDS DE PAIX ET FOURBERIES POLITICIENNES

Dans deux éditions différentes, nous avions relevé les similitudes des crises politiques que traversent la Côte d’Ivoire et notre pays. Si, en Afrique, ces deux pays n’ont pas le monopole des maux récurrents et endémiques sur notre continent que sont la corruption, les fraudes électorales, le népotisme et la prétention pathologique à régner et à perdurer par la force, pour ne citer que ces maux-là ils se singularisent par la violation unilatérale et la non-application systématique par les pouvoirs en place d’Accords de paix ayant mis fin à de sanglantes guerres civiles.


Le tragique rebondissement de la crise politique qu’a connu le 26 mars au matin, la Capitale ivoirienne, devrait inspirer les dirigeants djiboutiens sur les risques réels que fait courir à notre pays la non-application des Accords de paix. Suite aux Accords de Marcoussis, l’opposition armée ivoirienne accepte de participer au gouvernement. L’attentisme et les incessantes volte-face du Président ivoirien avaient mis en péril la fragile paix péniblement acquise, provoquant la suspension de la participation au gouvernement des « Forces Nouvelles » qui n’ont toujours pas désarmé leurs troupes. D’efficaces pressions internationales (ONU, UA, France,…) avaient fini par les convaincre de revenir sur leur décision.

Afin d’accélérer le processus de paix, tous les partis politiques de l’opposition ivoirienne ont appelé leurs militants et sympathisants à manifester de façon unitaire le 26 mars 2004 dans les rues de la Capitale, entendant ainsi faire la démonstration que l’ensemble de la population ivoirienne souhaite l’application immédiate et intégrale des Accords de Marcoussis pour sortir de la crise politique et mettre la Côte d’Ivoire sur les rails de la réconciliation et du développement. Côté pouvoir, on s’accroche.

Simone Gbagbo, épouse de qui de droit et présidente du groupe FPI à l’Assemblée Nationale, ainsi que Charles Blé-Goudé, chef de file des Jeunes Patriotes, mobilisent leurs troupes fanatisées. Sous leur pression, Laurent Gbagbo interdit la manifestation, violant ainsi un droit garanti par la Constitution, et prend bien soin d’en interdire également la couverture à tous les journalistes indépendants, nationaux comme étrangers.

Cette dernière interdiction et la suite des événements accréditent la thèse vraisemblable d’un massacre prémédité, programmé ! A huis-clos. Refusant de se laisser intimider et sûrs de leur bon droit, les partis de l’opposition politique ivoirienne maintiennent leur mot d’ordre de manifestation pacifique.

Des dizaines de milliers d’Abidjanais bravent alors l’interdiction et convergent vers le lieu du rassemblement. Les forces de police, qui en ont manifestement reçu l’ordre, dispersent alors la foule compacte, tirant à balles réelles sur des manifestants à mains nues. La manifestation ainsi dispersée, c’est l’engrenage infernal. Des escadrons de la mort entrent en action, procèdent à des rafles sélectivement massives, puis à des exécutions sommaires et religieusement ciblées (depuis le silence complice ou gêné dont bénéficie Israël, c’est devenu une mode politiquement presque correcte). Bilan officiel : une quarantaine de morts, dix fois plus selon l’opposition et Amnesty International, 300 au bas mot selon des sources étrangères bien informées. Résultat : les positions se radicalisent, toute l’opposition suspend sa participation au gouvernement et a appelle pour le 29 mars à une grande manifestation nationale (aussitôt interdite par le régime), déterminée à marcher et obliger Gbagbo (époux) à la démission ou l’application immédiate des Accords de Marcoussis, internationalement salués.

Encore traumatisés par les violences policières, les militants de l’opposition ont ignoré cet appel à manifester. Arrogant, Gbagbo claironne : « le départ de Jean-Bertrand Aristide donne des idées à certains Ivoiriens, ils oublient simplement que la Côte d’Ivoiren’est pas Haiti et que le Président Gbagbo n’est pas Jean-Bertrand Aristide. » et accuse les ex-rebelles d’être à l’origine des troubles parce qu’ils refusent de désarmer. Depuis quand une pacifique manifestation constitue-t-elle un trouble à l’ordre public ? Au vu du sort réservé à des manifestants aux mains nues, les réticences des Forces Nouvelles à désarmer sont parfaitement compréhensibles.

A la veille du 10ème anniversaire du génocide au Rwanda, les troupes françaises déployées dans le cadre du dispositif « Licorne » restent calfeutrées dans leurs casernements, considérant ces exactions ciblées comme des opérations de maintien de l’ordre.

Par la voix de son porte-parole, le Quai d’Orsay s’est quant à lui courageusement contenté de « déplorer les violences qui ont secoué Abidjan », affirmant « sa profonde inquiétude quant à l’évolution du processus de paix »…Espérons que l’indifférence française ne « donnera pas des idées » à d’autres parvenus par la force et la fraude.

A Djibouti, force est de constater que tous les ingrédients d’un tel scénario sont d’ores et déjà réunis, la fraude électorale massive en supplément , et dans la perspective des élections régionales : un climat social explosif comme l’attestent les grèves à répétition (Education Nationale, épouses FNP ou autres revendications corporatistes) et la récente insubordination d’une Armée Nationale lassée des traitements de faveurs antirépublicains, impasse politique consécutive à la non-application de l’essentiel des accords de paix.

Une fronde généralisée ; une Garde Présidentielle choyée et suréquipée qui jure en public et sur le Coran sa fidélité au grand chef ; une opposition déterminée à ne pas s’en laisser conter et demandant l’application immédiate et intégrale de l’Accord de paix du 12 mai 2001 tel que convenu d’accords parties… en plus d’un climat d’insécurité préoccupant.

Nous l’avions dit et le répétons encore, tant à l’attention du gouvernement que de nos partenaires au développement, témoins dudit Accord, qu’il n’y a pas trois solutions pour sortir de l’actuelle impasse : soit et c’est notre souhait, l’Accord du 12 mai 2001 est immédiatement et intégralement appliqué tel quel et tout le monde en sortira gagnant et grandi ; soit l’une des parties imposera sa solution par la force, avec les incalculables conséquences que n’assumeront que les fourbes et les fraudeurs.

Quand on connaît la détermination de l’opposition et qu’on garde en mémoire l’indélicate façon dont la Garde Présidentielle a dispersé une pacifique manifestation d’handicapés de guerre… le pire est à craindre.

Qu’à Allah ne plaise !


Mise au point d’Ismaël Guedi Hared

Dans son édition n° 105 en date du 20 mars 2004, « Le Progrès », organe de presse du RPP, a publié les propos d’un anonyme (comme toujours), se présentant sous les initiales O.T, qui tente de semer le trouble dans les esprits des Djiboutiens. En effet, dans un encadré intitulé « Qui rédigeait le bulletin du PMP ? », il donne une version erronée de l’Histoire anticoloniale. Je tiens donc à apporter ici les précisions suivantes, afin de dissiper tout malentendu.

Je confirme ce que j’ai écrit il y a près de six mois dans le 67ème numéro de Réalité, le sérieux hebdomadaire de l’Alliance Républicaine pour le Développement, au grand dam de tous ceux qui ont toujours été dérangés par la vérité ! Ma mise au point d’octobre 2003 ne faisait que rétablir la vérité que feignaient d’ignorer les courtisans du RPP, spécialistes de la falsification, non seulement à des fins de propagande, mais aussi pour nuire aux honnêtes patriotes en les éclaboussant de mensonges.

J’ai suivi les graves événements du 26 août 1966 depuis Paris. Il est vrai que l’administration coloniale, prise au dépourvu car toujours sûre d’elle-même et allergique au mot indépendance, a fait abondamment couler le sang des manifestants dont le seul tort était de simplement aspirer à la Liberté. Le Général de Gaulle, de retour de Phnom Penh, paraissant lui-même affecté par l’ampleur des manifestants a annoncé, dans sa conférence de presse tenue à Paris, l’organisation d’un référendum en Côte Française des Somalis. C’est à partir de cette conférence que nous avons décidé, le regretté Ibrahim Harbi Farah, Aden Robleh Awaleh et moi-même, d’interrompre nos études et de regagner notre pays, où la situation politique devenait jour après jour plus explosive.

Nous avons débarqué à Djibouti au mois de décembre 1966. la répression, les exactions et les séquelles de la journée du 26 août étaient quasi permanentes. Sans perdre de temps, j’ai commencé à activement participer à la rédaction du bulletin du PMP (Parti du Mouvement Populaire), avant de rapidement devenir le principal rédacteur de cet organe de presse indépendantiste. Révolté par la violence dont l’administration coloniale a fait preuve dans la répression, mon objectif était de dénoncer les emprisonnements, les exactions et les tortures qui étaient monnaie courante.

J’ai bien écrit après mon retour de Paris : je n’ai jamais prétendu avoir de tout temps été rédacteur du bulletin du PMP. Mon travail a donc continué jusqu’à la fin du mois de mars 1967, date à laquelle l’administration coloniale a décidé d’ interdire purement et simplement le Parti du Mouvement Populaire. Ce fut, certes, une courte période, mais une période délicate, difficile, voire même très dangereuse car l’administration coloniale veillait au grain. Les arrestations et les interventions de toutes sortes sur les nationalistes étaient de plus en plus cruelles.

Voilà la réalité, voilà la vérité qui doit être lue par tous les Djiboutiens, sans prêter attention ni accorder crédit aux bruits et aux écrits tendancieux émanant des éléments RPP en service commandé d’intoxication et de diffamation.

Au cas où ma présente mise au point ne les convaincrait pas totalement, je tiens à la disposition de ces diffamateurs une lettre de la main d’un des plus illustres combattants pour l’Indépendance, un de ces héros de la lutte pour la libération de notre pays : Monsieur Moussa Ahmed Idriss, Président du Parti du Mouvement Populaire à l’époque. Il confirme de façon claire et précise mon rôle et ma contribution durant cette période cruciale.

Ne pas oublier les victimes de la répression, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’il y a d’autres victimes, actuelles : celles de la dictature et des fraudes massives.

Où sont les héros tels que Moussa Ahmed Idriss et Ahmed Dini Ahmed, qui furent au premier rang de la lutte pour la libération nationale et aujourd’hui privés de leur victoire respective par les fraudes massives, lors de la présidentielle de 1999 et des législatives de 2003 ?

Je tiens à rappeler que les enfants des victimes, ceux des anciens combattants sont eux-aussi à leur tour victimes de la dictature en place, du déficit démocratique, du non-respect des Droits de l’Homme. Bref, ils sont victimes de la mauvaise gouvernance qui les enferme dans la misère, le chômage, la faim et l’ignorance.


Terrorisme : Djibouti fait peur

Deux événements, à peu près concomitants, sont venus brutalement rappeler qu’en matière de terrorisme et de lutte antiterroriste, la position de Djibouti, ou à tout le moins de son actuel régime, mérite d’être clarifiée pour prétendre à une quelconque crédibilité sur la scène internationale, comme pour notre opinion publique. N’insistons même pas sur le fait que pratiquement aucun acte terroriste perpétré à Djibouti depuis 1977 n’a été élucidé (si l’on ne prend pas en compte celui de l’Historil en 1987, dont l’auteur a pourtant bénéficié d’une grâce présidentielle, inexplicable au regard de la mémoire de ses victimes). Les conditions, peu glorieuses pour le régime djiboutien, dans lesquelles la visite du Président allemand à ses troupes stationnées en République de Djibouti a été annulée, ainsi que l’arrestation d’un paisible citoyen djiboutien accusé de s’être pratiquement dénoncé par anticipation frimeuse, ou illuminée (normal dira-t-on, pour un islamiste) donnent une dimension pour le moins spectaculaire à une autre affaire : celle du juge Borrel, récemment relancée par la levée du secret-défense.


« Djibouti exprime son étonnement » : ainsi s’exprimaient à l’unisson le journal gouvernemental « La Nation » et le ministère djiboutien des Affaires Etrangères, à propos de l’annulation in extremis et sans concertation préalable, de la visite que le Président de la République Fédérale d’Allemagne devait effectuer à Djibouti mercredi dernier. Effectivement, seuls quelques déphasés ignorent que « Djibouti, en tant que pays membre actif de la coalition internationale de lutte antiterroriste offre aux forces engagées dans l’opération « Liberté Immuable » depuis janvier 2002, des bases d’appui logistiques sûres et un environnement serein où les préoccupations sécuritaires éventuelles sont endiguées par l’excellent travail de coordination des services de sécurité ».

En clair, les risques de menace ne « peuvent être pris au sérieux ». Mais alors, pourquoi un paisible citoyen djiboutien vient-il de faire l’objet d’une arrestation par la Police, puis d’une mise sous dépôt à Gabode, au prétexte qu’il aurait menacé les forces allemandes stationnées à Djibouti et qu’il comptait attenter à la vie de leur Président ? Etonnons-nous alors : ajoutés aux plus récents attentats commis ces dernières semaines sur la voie ferrée djibouto-éthiopienne, alors que le dispositif sécuritaire a été sensiblement renforcé en moyens humains, techniques et financiers avec l’opération « Liberté Immuable », l’annulation de la visite que le Président allemand devait effectuer à Djibouti et le rebondissement dans l’affaire Borrel, où le secret-défense vient d’être levé sur une partie des dossiers, montrent bien que la confiance placée dans le régime djiboutien s’effrite aussi rapidement que son usurpation était colossale.

M. Ahmed Aden Omar n’est pas tout à fait inconnu des Djiboutiens, et pour cause : c’est un tranquille père de famille, que le régime n’a pourtant pas hésité à durement réprimer, uniquement du fait de sa modeste proximité avec l’opposition pacifique, dans les années 90. C’est un ancien officier de l’Armée Nationale Djiboutienne, travaillant à l’époque au service comptabilité. Mal en point depuis et psychologiquement déstabilisé par la perte de son emploi, il vivait paisiblement parmi les siens et survivait grâce à la solidarité familiale.

Jusqu’au jour où les agents de la Brigade Criminelle viennent l’arrêter à son domicile : c’était jeudi 29 mars 2004 aux alentours de 21 heures. Motif officiel fourni aux siens médusés : il aurait été aperçu à plusieurs reprises aux alentours de deux hôtels où sont logés les militaires Allemands et il comptait assassiner leur Président, M. Johannes Rau. Où a-t-on vu un terroriste aller s’exhiber aussi imprudemment devant ses futures victimes ? Est-il crédible que les forces allemandes stationnées à Djibouti aient pu le laisser repartir, sans remarquer que leurs faits et gestes sont surveillés par un prétendu terroriste ? Condamnant par ce silence les autorités djiboutiennes à l’ignorance de ce danger imminent et au ridicule d’un communiqué aussi déphasé que discourtois ?

Est-il plausible que les forces internationales engagées dans la lutte antiterroriste n’aient pas daigné fournir aux services djiboutiens une information aussi importante ? Toutes questions auxquelles réponses devront être rapidement fournies, en tout cas légitimes car la mésaventure de M. Ahmed Aden Omar n’est pas sans réveiller les traumatismes causés par la répression, à caractère tribal, consécutive à l’attentat du Café de Paris en septembre 1990 : le meurtrier du petit Olivier court toujours, alors que des centaines d’innocents citoyens djiboutiens ont été arrêtés et sauvagement torturés. Ce n’est peut-être pas un hasard si les milieux djiboutiens proches du pouvoir accusent M. Ahmed Aden Omar d’être un agent patenté des services secrets… français !

Tout cela, comme par hasard, au moment où rebondit de manière spectaculaire l’affaire Borrel, à travers une procédure à elle seule lourde de sens et de conséquence : la levée du secret-défense qui empêchait jusqu’à présent la partie civile d’avoir accès à certaines informations importantes et officielles de ce dossier. Il est inutile, prématuré et prétentieux de vouloir se prononcer sur le fond de cette affaire, c’est pourquoi nous n’avons jamais outrepassé cette règle cardinale : plus que la personne, et pour déshonorante que soit l’accusation, unique au monde contre un Chef d’Etat en fonction, il est de notre devoir de rappeler que la présomption d’innocence doit prévaloir.

Cela étant, que la procédure du secret-défense ait été imposée aux douze documents en rapport avec la mort du juge français, implique qu’étaient menacés les intérêts soit de la France, soit de Djibouti, soit des deux Etats : la thèse du suicide est donc ipso facto contredite. Il est grandement temps que toute la lumière soit faite sur cette malheureuse affaire, pour la veuve et les enfants, comme pour la France et Djibouti. En attendant, un citoyen djiboutien croupit dans les geôles de Gabode : dans les circonstances actuelles, et vu que le poids de certaines factions islamistes dans les environs de Mogadiscio, dont Djibouti sponsorise le régime, il est impossible de ne pas relier les deux dossiers. Il serait dangereux que le régime ravive des blessures pour se disculper.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

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Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Rapport de la LDDH sur le syndicalisme
  4. Commentaire sur le bureau américain des Droits de l’Homme
  5. Gaza 2004 : un tournant infernal
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 89

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SILENCE ON (DE)TOURNE : CINEMA POLITIQUE,

CADEAUX PRIVES ET ARGENT PUBLIC

On pensait que les sommets du ridicule avaient été atteints la semaine dernière avec le don de dix bicyclettes (de fabrication chinoise) aux jeunes de Randa, par une association-maison dont la transparence n’est pas la première des vertus, ni l’efficacité apparemment. De toute évidence, avec ce régime en quête de reconduction et usant de tous les artifices démagogiques pour mystifier ses concitoyens, les pneus de vélo sont moins increvables que la bêtise, surtout lorsqu’elle provient de la haute fonction publique.

Ainsi, le week-end dernier, les jeunes du Day ont vu débarquer le présidentiel cortège fuyant quelques instants le Capitale, pour se ressourcer à l’ombre de plants de khat venus des hauts plateaux éthiopiens. En tant que tel, l’exercice masticatoire, même impliquant d’aussi hautes personnalités, n’a pas défrayé la chronique locale ; c’est tellement banal de brouter !

Par contre, un don inattendu, exotique à rebours, mérite une grande attention car il est révélateur de nombreuses dérives et mystifications. Arrivé dans les bagages présidentiels, un haut fonctionnaire apparemment au four et au moulin, vraisemblablement parce que lui aussi en campagne d’auto-promotion, Directeur de l’Office des Prestations Sociales pour mieux le nommer, n’a pas hésité à prendre sur son temps libre pour offrir à ces jeunes désœuvrés du Day une télévision et un groupe électrogène ( à essence, s’il vous plaît) pour le faire fonctionner, puisque l’adduction d’eau n’a pas voulu se transformer en projet hydroélectrique.

OPS, ou OPA sur l’administration et les deniers publics ? On sait que, pour une grande partie, les problèmes de trésorerie de l’OPS, de trésorerie et de maintenance de l’EDD (Electricité de Djibouti) sont dus à leur énorme participation financière à l’effort de guerre au début des années 90. Avec l’actuel régime, un nouveau pas dangereux a été franchi : la frontière est devenue totalement inexistante entre politique partisane et service public.

La première dimension révélatrice de cette régression du sens de l’Etat, c’est la pratique des petits cadeaux dont on ne sait pas trop s’ils sont effectués sur fonds privés ou publics. Cela importe peu car, en définitive, il est indécent qu’un responsable distribue des petits cadeaux ou court-circuite tout le programme d’Aménagement du Territoire en prétendant initier sur fond personnels des projets de développement (unité de dialyse ou de mammographie à la Santé, Forage çà et là, etc.) au gré de ses déplacements électoraux, car censé représenter tout le monde, il ne saurait être soupçonné de favoritisme.

La seconde dimension remarquable, c’est la servilité avec laquelle des fonctionnaires en quête de promotion politique ou administrative s’investissent corps et âme dans des entreprises partisanes de mystification, à coups de hochets et de khat. Sans que l’on sache par quel miracle financier, le pays bruisse de rumeurs, le plus souvent fondées, selon lesquelles tel haut fonctionnaire entretiendrait à ses frais une série de mabraz où l’on mastique jusqu’à la crampe des mandibules. Cette pratique s’observe surtout chez les originaires des régions les plus défavorisées, parce que l’injustice qui les frappe demande plus d’efforts complices et d’appel aux bas instincts.

Ce détournement de la nécessaire neutralité de toute administration, avec la complicité de ceux qui ont parfois payé leur idéal démocrate de leur personne, n’est malheureusement que l’effet secondaire d’un détournement opéré en amont : celui de la volonté populaire par fraudes électorales. C’est l’absence de démocratie qui pousse arrivistes et prétendants arrivistes à la plus basse servilité, parce qu’ils ne devront leur promotion qu’au bon vouloir d’un régime qui recrute selon la prédisposition à l’obéissance. C’est pour cela qu’il leur faut distribuer, au nom de celui auquel ils doivent tout ou dont ils attendent tout, khat et télévision : la campagne approche, alors tous aux mabraz ou devant la télé. Le crime n’est même pas maquillé. Comme le disait si bien Paul-Jean Toullet : « Le arrivistes sont des gens qui arrivent. Ils ne sont jamais arrivés». A bon …


Brèves nationales

Madame recrute :

L’UNFD applique l’Accord de Paix ?

Il y a quelque mois, un sympathique lecteur nous avait adressé un petit courrier dans lequel il nous invitait à ne pas du tout évoquer toutes les bassesses par lesquelles le régime croyait nous punir d’être opposants. Au nombre de ces vilenies, il y a le blocage de deux ans de salaire ainsi que le refus de réintégrer les cadres du FRUD-armé, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Aux dernières nouvelles, il semblerait que, par une sensibilité toute féminine, le régime serait en train de reconsidérer sa position et d’abandonner cette forme primitive de terrorisme qui consiste à dénier le droit au travail et au salaire, constitutionnellement garanti. Mais les dessous de ce revirement ne sont guère propres, et il y a tout lieu de craindre que, finalement, la montagne n’accouche d’une souris.

Depuis un certain temps, des sources autorisées racontent que la Première Dame du pays, accessoirement Présidente de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) serait en train de personnellement s’impliquer dans ce dossier et battrait ciel et terre (tant qu’il ne s’agit que de ça) pour amener le régime (on ne sait par quel chemin ) à faire appliquer certaines mesures individuelles contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certains directeurs proches du Premier ministre (il y en a ) clament à ce sujet dans les mabraz : « Ils doivent absolument aller voir leurs Ministres de tutelle , il est au courant car Kadra a tout réglé ». Ce que, par respect pour ledit ministre (qui n’a d’ordre à recevoir d’aucune femme non habilitée par les textes), et dans l’esprit de l’Accord de Paix (qui n’est pas passé par un chemin aussi tortueux), les cadres du FRUD-armé ne pouvaient accepter.

Même dans le secteur privé, la procédure d’embauche n’obéit pas aux rumeurs : il est impensable de demander à un candidat de se rendre auprès d’un chef de personnel au prétexte qu’untel aurait entendu parler de son dossier dans la Rue des Mouches ! Il ne s’agit pas ici de supplier qui que ce soit pour obtenir un quelconque privilège : il est tout simplement question de respecter un engagement solennellement souscrit par le gouvernement et que le Chef de l’Etat s’était lui-même engagé devant le Peuple à appliquer.

Maintenant, sans sous-estimer la diplomatie au féminin, il nous semble plus sain, d’un point de vue institutionnel autant que politique, que cela suive une voie clairement établie et respectueuse du rôle de chacune et de chacun, aussi insignifiant ou protocolaire soit-il. Que chacun s’assume, dans la maturité de sa trajectoire, de ses sacrifices et de son honneur, dans le respect d’un Accord de Paix dont le Peuple attend l’application la plus honnête.

Cyclisme rural :

Attention au col… du fémur !

Au début de l’été 2002, une journaliste égyptienne, certainement pas mal intentionnée (est-il plausible qu’elle soit venue chez nous en pleine canicule juste pour discréditer notre pays ?), avait tenté autant que possible, de rendre compte dans les colonnes de son journal de l’extrême état de dépendance vis-à-vis de l’extérieur dans lequel se trouve notre économie. Ce à quoi un zélé journaliste de « La Nation », dont nous tairons le nom par pudeur, avait vertement répondu avec un argument tout à fait inattendu et texto : cette ingrate journaliste prétend que Djibouti ne possède même pas une usine de production d’aiguilles à coudre ! L’honnête citoyen moyen, pas toujours au courant de toutes les miraculeuses réalisations gouvernementales, et croyant sur écrit ce qu’énonce « La Nation », a alors comme la fâcheuse impression d’avoir raté un épisode : existe-t-il vraiment à Djibouti une usine de production d’aguilles à coudre ?

Et, dans une perspective décentralisée et respectueuse des unités de production industrielle que l’on voit ces temps-ci fleurir dans les districts de l’Intérieur, il se pose une question : y-a-t-il une usine de production d’aiguilles à coudre que le régime cacherait (peut-être à Randa, ce qui expliquerait le don de bicyclettes) afin de ne provoquer aucune jalousie tribale ? La réponse est simple : il n’a jamais existé à Djibouti la moindre usine de production d’aiguilles à coudre, quoi qu’ose tranquillement prétendre un journaliste de « La Nation » sans respect pour ses lecteurs, ni pour la décence de ses écrits.

Sous des faux airs de quiproquo, ce journal a récidivé lundi dernier en publiant une réaction à nos commentaires relatifs à un don de dix bicyclettes d’origine chinoise. Sous la plume du récipiendaire (forcément, la gratitude du ventre ou plutôt des mollets), il nous est reproché d’attenter à l’honneur de tout un village, sans parler de celui des donateurs et des illustres spectateurs venus de la Capitale.

Si certains trouvent que la politique du bakchich n’a rien de déshonorant et peut même tenir lieu de politique de développement, libre à eux de se mystifier. Mais qu’ils ne cherchent pas à tromper le Peuple : si un de ces bienheureux cyclistes venait à tomber de sa monture et se fracturait quelque fémur, c’est d’un dispensaire qu’il aura besoin. Manque de chance, l’ADPEF n’a rien prévu en ce sens dans son don : comme la plupart des localités rurales, Randa n’a aucun dispensaire digne de ce nom. A notre humble avis, un petit centre de soins nous semble prioritaire par rapport à des vélos, même chinois. Et encore, si c’étaient les infirmiers en zone rurale qui avaient été dotés de bicyclettes pour mieux soigner jusque dans les secteurs les plus reculés et inaccessibles, qui sont de plus en plus nombreux par démission de l’État…

Enfin, rendons à César ce qui appartient à César, si l’on peut le mettre à cette sauce : contrairement à ce que nous écrivions, l’un des illustres spectateurs n’était pas le Secrétaire Général d’un ministère, mais un autre haut fonctionnaire natif de la région et qui se sera reconnu.

Ali-Sabieh :

La Jeunesse Assajog se rebiffe

Déçus de l’esbroufe et du mensonge du régime RPP, la dynamique jeunesse d’Ali-Sabieh, regroupée sous la bannière LJA (Ligue de la Jeunesse Assajog) a remis les pendules à l’heure dans son numéro 8 de son organe de presse « La Tribune d’Ali-Sabieh ». Habitué à la mansuétude, sinon la complicité, des bulletins d’information des associations nationales, le régime a paniqué en mobilisant certains notables appointés, dans le but de « calmer » cette frondeuse jeunesse, largement victime du chômage, comme partout dans le pays. Devant le refus de ces derniers de se plier aux diktats partisans, le pouvoir a en toute hâte fait réagir dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » des membres crédules et intéressés de cette association, mais n’appartenant pas ses instances dirigeantes.

Coup d’épée dans l’eau, loin de rassurer un régime en plein désarroi. Les Assajog dans leur grande majorité expriment ouvertement leur rejet du système RPP et de ses pseudo-réalisations industrielles, dans un district solidaire des difficultés rencontrées par toutes les populations de toutes les régions du pays. Les jalousies sociales et les démagogies électoralistes ont fait leur temps : elles ne passent plus.

D’ailleurs, le seul Président de cette association a convoqué pour vendredi 26 mars une assemblée générale pour demander une motion de confiance aux adhérents.

Vivement le n°9 de notre confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh » : le langage de la vérité lui assurera, à n’en pas douter, le succès que mérite toute presse indépendante et sérieuse, respectueuse de sa mission, donc de ses lecteurs.

Tadjourah :

La fin d’une politique

Le week-end dernier n’a pas été de tout repos pour les usurpateurs de l’UMP. Après la dénonciation spectaculaire de l’esbroufe officielle par la jeunesse Assojog qui a, ce faisant, brisé le carcan dans lequel le pouvoir tentait de l’enfermer, ce fut au tour de la jeunesse UAD du district de Tadjourah de lui porter le coup de grâce.

Rappelons brièvement les faits. Dans l’après-midi du jeudi 18 mars, le Chef de l’Etat, accompagné de son souriant Premier ministre (il insiste) a débarqué à Tadjourah venu par mer à bord de son luxueux yacht (privé ?). Un convoi de la Garde présidentielle les y attendait. Les prétoriens étaient particulièrement nerveux ce jour-là, et pour cause : miraculeusement avertis du passage dans leur ville de ces illustres touristes, auxquels « la gestion de vraie problématique » n’interdit pas quelques escapades écologiques, la jeunesse UAD a tenu à les accueillir à sa façon, en déversant sur plusieurs centaines de mètres des milliers de bulletins de vote verts des candidats UAD de cette circonscription électorale lors des législatives de janvier 2003.

Le convoi officiel s’est ébranlé vers le jardin d’acclimatation du Day, où les illustres « brouteurs » ont passé l’après-midi à se concentrer sur les feuilles vertes venues des hauts plateaux éthiopiens et la nuit entière, non sans appréhension qui n’ont rien à voir avec le blues post-khatique.

Le lendemain, les dirigeants UMP devaient se rendre à Sagallou où les attendait un copieux déjeuner, mais sans les invités escomptés, qui ont préféré boycotter ce gargantuesque événement : crime de lèse-ripailles majestueuses. Après le festin, les rares convives présents ont malmené leur illustres invités avec des doléances récurrentes qui ont quelque peu perturbé la digestion des candidats en campagne.

A court d’arguments et de promesses, la réponse officielle s’est limitée distribution massive de khat, venu d’Ethiopie celui-ci. Soulagés de quitter Sagallou et ses revendications intempestives, la délégation présidentielle a pris la route de Tadjourah. Manque de pot, arrivée au niveau du village oubliée de Kalaf, quelle ne fut pas sa déception d’y découvrir des messages écrits sur plusieurs centaines de mètres de chaussée : Vive l’UAD ! Vive Dini!

Quant aux villageois, ils se sont ostensiblement rassemblés devant le siège local de l’ARD, à moins de vingt mètres de la route. Echaudés par leur aventure dans le district de Tadjourah, les spécialistes de la fameuse gestion de vraie problématique ont tôt fait de rejoindre Djibouti-ville à bord du même et toujours luxueux yacht présidentiel (public et privé) vendredi après-midi.

Ainsi aurait pris fin ce qui devait être une simple promenade de santé dans le district de Tadjourah, plus que jamais bastion confirmé de l’opposition.

Dikhil :

Pas de pharmacie communautaire

Alors que la pharmacie privée de Tadjourah avait été fermée au prétexte qu’une autre communautaire allait y être ouverte par le ministère de la Santé, celle de Dikhil était restée en service.

Maintenant que le régime se targue d’avoir ouvert des pharmacies communautaires dans tous les districts, Dikhil n’en dispose toujours pas : où est la logique ?


Rapport de la LDDH sur le syndicalisme

SOCIAL

A l’heure où le régime commence un nouveau tam-tam politique sur les thème des droits de l’Homme, qu’il respecterait en vraie démocratie digne de ce nom, il n’est pas inutile de proposer un point de vue différent. Après celui, plus général, du rapport Département d’Etat américain pour l’année 2003, que nous avons reproduit trois semaines durant, voici le premier volet du rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains sur l’état du syndicalisme national, ou plutôt de ses difficultés à être indépendant d’un pouvoir politique répressif, n’autorisant que les syndicats-maison, de préférence clonés. Ce rapport a été présenté au Congrès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui s’est tenue du 1er au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur.


 

I. Bref rappel historique

a) Un syndicalisme embryonnaire

Ancienne colonie française, la République de Djibouti compte environ 700.000 habitants. Indépendante depuis 1977, elle a été gouvernée par un parti unique (Rassemblement Pour le Progrès) jusqu’en 1992. Dépourvue de richesses naturelles, l’économie est surtout basée sur les services. L’Etat est de loin le principal employeur du pays. A l’instar des autres pays africains, le parti au pouvoir avait inféodé la centrale syndicale unique de l’époque, Union Générale des Travailleurs Djiboutiens (UGTD).

En 1991, une guerre civile éclate dans le pays. En novembre 1992, sous la pression de la France, le pouvoir se résout à une ouverture en demi-teinte et élabore unilatéralement une constitution faisant place au pluralisme syndical. C’est l’émergence des premiers syndicats libres et indépendants dans le pays.

Parmi les plus actifs et les plus structurés, figurent le Syndicat des enseignants du Second Degré (Synesed ), le syndicat des enseignants du Primaire (SEP), le Syndicat du Personnel Bâtiment et des travaux Publics (SPBTP), … tous affiliés à la centrale syndicale Union Djiboutienne du Travail (UDT), elle aussi nouvellement créée. Malgré leur jeunesse, ces nouvelles organisations ont fait leur preuve en matière de fonctionnement démocratique, ce qui leur a permis des affiliations internationales avec la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), l’Internationale de l’Education (I.E), L’Internationale du Service Public (ISP). etc.

B) La grande crise de 1995

La dégradation continuelle de l’économie du pays (en déclin depuis près de deux décennies) l’amène directement vers un programme d’ajustement structurel. En réponse aux exigences du Fond Monétaire International de réduire de manière drastique les dépenses publiques, le pouvoir initie, en 1995, une loi de finances réduisant les revenus des travailleurs de plus de 20% à travers des artifices divers (taxes, réduction de salaire, suppression d’avantages acquis, etc.). Bien entendu, les syndicats, méprisés par le gouvernement, n’ont jamais été consultés à ce sujet.

En septembre de la même année, les syndicats mobilisent les travailleurs de tous les secteurs, une grève générale paralyse le pays. Même l’UGTD s’y associe en créant l’intersyndicale avec l’UDT. Dans le même temps, on assiste à des manifestations massives témoignant de la colère des travailleurs révoltés. Devant l’ampleur du mouvement, aussi important qu’inattendu, le pouvoir panique. Tour à tour, il engage des discussions, brandit des menaces et emprisonne les leaders syndicaux et les militants les plus en vue par centaines dans un centre de détention situé à 8 km de la capitale. Parallèlement, des tentatives de corruption sont menées dans les milieux syndicaux. Déçus par l’absence de sincérité de la part des représentants du gouvernement, les syndicalistes persistent et rejettent la loi en bloc.

Agacé, le gouvernement décide de frapper fort en licenciant la quasi -totalité des dirigeants de l’intersyndicale (UGTD/UDT), pour l’exemple sans doute. Décapité, le mouvement syndical s’amenuise mais menace de rejaillir. Le pouvoir retire alors la loi en question, le temps de retrouver un calme social et surtout de s’assurer d’avoir anéanti toute réaction syndicale ultérieure. Dans le budget national de 1998, le gouvernement intègrera toutes les dispositions de la loi contestée.

Les centrales étant écrasées, seuls les syndicats enseignants structurellement plus autonomes, continuent à résister. Le pouvoir retourne ses griffes contre ces derniers qui sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont désormais seuls sur le terrain. La crise perdure car les revendications enseignantes sont aussi bien d’ordre salarial que strictement professionnelles. La répression est de plus en plus dure. Les arrestations s’enchaînent dans le milieu enseignant et, à deux reprises, les policiers tirent à balles réelles lors des manifestations de collégiens et lycéens, provocant la mort d’un élève et blessant gravement à l’abdomen un deuxième. Les syndicats dénoncent les crimes et mondialisent l’information par le biais d’organisations internationales (CISL, IE, …)

La répression s’accentue sur les enseignants, le pouvoir use de tous les moyens pour défaire ces organisations. Des ministres font du porte-à-porte, menaçant les familles des militants et des dirigeants. Dans le même temps, ils organisent des réunions à caractère tribal au sein des enseignants dans le but d’infiltrer et de désorganiser le mouvement.

Devant les volte-face répétées et la mauvaise foi des responsables politiques qui ne tiennent aucun de leurs engagements, le Synesed décide en assemblée générale de boycotter les examens de fin d’année dans l’espoir de ramener le pouvoir à plus de sérieux dans ses rapports avec les syndicats. Le gouvernement perçoit cette action comme un affront, licencie les dirigeants du Synesed en février 1997. Parmi les quatre (4) Secrétaires Généraux qu’a connu ce syndicat durant sa courte histoire, trois (3) figurent dans la liste des révoqués de la fonction publique. Trente sept jours consécutifs de grève et de manifestation de soutien de la part de leurs collègues et sympathisants n’ont pas réussi à infléchir l’intransigeance gouvernementale.

II. Les conséquences de la répression syndicale dans le pays

a) Une frustration populaire

Quels que soient les objectifs du pouvoir dans sa lutte antisyndicale, son attitude vis-à-vis des travailleurs a des conséquences néfastes et durables sur la société à l’échelle nationale. D’abord, un sentiment généralisé de frustration fait place aux espoirs suscités par la lueur de la démocratisation de 1992. Le sentiment d’être privé des libertés les plus fondamentales n’a jamais été aussi fort au sein de la population et notamment parmi la jeunesse consciente des enjeux. La peur de la répression inhibe toute velléité d’organisation indépendante et surtout toute volonté d’en assurer le leadership.

b) Une fuite de « cerveaux »

Pire encore est l’effet de la stratégie gouvernementale qui consiste à « cloner » tous les groupements sociaux ou politiques authentiques échappant à son contrôle. Systématiquement, Le régime monte de toute pièce, des entités portant le même nom et inféodées à lui. Cette pratique a crée un climat social marqué par une méfiance frôlant la pathologie et rendant encore plus difficile la communication entre les acteurs sociaux, freinant par la même occasion, l’émergence de mouvements syndicaux ou associatifs dignes de ce nom. La décennie écoulée aura été marquée par le départ massif des jeunes cadres et de familles entières résolus à l’exil. Bien plus que la situation économique, c’est l’absence de libertés, la dégradation de l’enseignement public et de la protection sociale, la soumission flagrante du système judiciaire au pouvoir exécutif , l’impossibilité de créer des structures collectives de défense des droits, qui constituent les facteurs déterminants de cette désaffection, pour ne pas dire ce dégoût, des citoyens vis à vis de leur pays.

La haine du régime vis à vis des syndicats est corroborée par l’anecdote suivante: en 1996 un syndicaliste djiboutien en mission à l’étranger échappe à un crash d’avion au large des Comores. Par erreur il est arrêté et mis en détention par les autorités comoriennes qui le confondent avec un des terrorises responsables du détournement de l’avion. Les autorités de son pays n’ont pas entrepris la moindre action pour essayer de le disculper. Elles n’ont même pas voulu confirmer à leurs homologues des Comores les déclarations du prisonnier sur son identité et sa nationalité. Les publications faites ultérieurement dans le pays sur cette affaire ont révélé à la population le vrai visage de son gouvernement. Elles auront sans doute marqué l’opinion nationale.

Lors de la campagne électorale pour les législatives de 2003, Hachim Ladieh Adawe, dirigent syndical enseignant faisant partie des licenciés, a été trouvé mort dans le siège social du syndicat de l’hôtellerie. Aucune enquête n’a été diligentée par le pouvoir .

Contrairement aux années 80, on assiste à une véritable hémorragie des « cerveaux ». Les étudiants à l’étranger reviennent très rarement au pays. De toute évidence, l’économie nationale ne tire aucun avantage de cet état de fait. De plus, les travailleurs résidents sont soumis, depuis la paralysie des syndicats, à toutes les mesures gouvernementales aussi arbitraires qu’antisociales. D’où un découragement et une démotivation forcément préjudiciables à la qualité du travail fourni.

c) Un recul de la démocratie

Enfin dans le domaine politique, le contexte actuel se prête peu à l’évolution des mentalités vers l’instauration des valeurs démocratiques. Les réflexes clientélistes du pouvoir constitue une prime à la facilité, à la soumission, à la corruption des esprits et à l’épanouissement de ceux qui ont foi en la force comme seul facteur régulant les rapports humains.

III. La situation actuelle du syndicalisme djiboutien

a) De l’intransigeance gouvernementale

Depuis la grande purge de 1995/97, la situation syndicale, a très peu évoluée, la position officielle des syndicats est claire. Il est demandé au gouvernement :

– De réintégrer collectivement tous les dirigeants et militants licenciés pour leurs activités syndicales.

– De respecter les conventions 94 et 87 de l’OlT (régissant l’exercice de la liberté syndicale et les négociations collectives).

En conséquence, il n’est pas question pour les syndicalistes d’accepter un préalable à la réintégration consistant à abandonner leurs activités syndicales ultérieurement comme il a été exprimé ça et là par la partie gouvernementale.

Pour des raisons humanitaires, les personnes licenciées peuvent. négocier à titre individuel leur propre réintégration. C’est conformément à cette clause que certains syndicalistes ont retrouvé leur travail sans qu’aucune réparation ne leur soit accordée en guise d’indemnisation pour la période d’inactivité. La plupart des leaders demeurent tout de même encore aujourd’hui licenciés.

b) Une lutte clandestine

De ce fait, le combat syndical peut difficilement être mené de manière formelle et organisée. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation, considéré comme un secteur sensible. Le milieu enseignant est sous haute surveillance de la part d’un pouvoir redoutant une résurgence des mouvements passés. Il n’en demeure pas moins que les professeurs et les instituteurs réussissent à défendre le minimum, c’est à dire la régularité du salaire à coups de grèves sauvages consécutives à des concertations clandestines. Ils sont même parvenus, il y a quelque temps, à réduire d’un mois leur retard de salaire par rapport aux autres agents de l’Etat dépendant, comme eux, du ministère des finances.

Ces grèves sont efficaces. Elles déstabilisent le pouvoir désarmé par l’absence d’interlocuteurs officiels à soumettre aux pressions gouvernementales habituelles. Des ministres sont contraints de se déplacer dans les établissements du second degré pour demander aux professeurs de constituer un nouveau syndicat ou à défaut de désigner quelques personnes en guise de délégués. Ils se sont toujours heurtés à un refus catégorique des grévistes qui leur ont ouvertement signifié que leurs représentants sont licenciés et qu’ils n’en ont pas d’autres à sacrifier.

Les enseignants savent à leurs dépens et par expérience, que les crises sociales sont toujours gérées dans le pays, selon le même schéma. La dernière en date concerne des dockers du port privés de pension de retraite. Après avoir écrit, en vain, à toute la hiérarchie politique, ils entrent en conflit direct avec leur employeur. La police leur demande alors de choisir des délégués en vue des discuter avec les autorités du port. Ils en délèguent cinq d’entre eux à cet effet. Une fois identifiés, les délégués sont transférés au commissariat puis mis en détention en prison pour plusieurs jours et finalement déférés devant le tribunal qui les a condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour trouble à l’ordre public. Il s’agit de Mohamed Ali Somboul, Ali Mohamed Gas, Moussa Hamad Mohamed, Sougneh Houssein Sougneh et Seiko Mohamed Walfo. Tous les cinq affirment avoir été torturés, en pleine prison, par la police durant leur détention. On voulait les obliger à signer un document stipulant qu’ils abandonnent leurs droits. Le dernier de la liste ci-dessus a hérité d’une luxation du coude gauche et Possède un certificat médical attestant de cette blessure. Ces évènements se déroulent en février 2004.

c) Un dialogue social complètement rompu

Cette réaction met en lumière le degré de méfiance des collègues vis-à-vis de leur gouvernement. Il existe une explication historique et objective à cette situation. Il faut la chercher dans les années où la direction syndicale était encore tolérée et pouvait discuter avec le pouvoir. Face à l’intransigeance et les menaces répétées des représentants gouvernementaux, les négociateurs syndicaux avaient pressenti la rupture prochaine. Ils n’ont pas manqué de mettre en garde le pouvoir contre l’adoption des mesures radicales, susceptibles de créer un vide syndical aux conséquences incalculables pour la paix sociale et la démocratie. La réponsse a été à chaque fois laconique, sans équivoque et d’un cynisme déconcertant: « le gouvernement a le moyen de se débarrasser des agitateurs locaux (les enseignants nationaux) et d’engager des étrangers prêts à les remplacer. » Naturellement, ces arguments ont été rapportés et discutés en assemblée générale syndicale et ont laissé des traces indélébiles sur la conscience des uns et des autres.

La confiance des enseignants en une quelconque bonne volonté gouvernementale est d’autant plus altérée que le régime a traduit en acte les menaces proférées à l’époque. Une fois leur syndicat décapité, impuissants face au rouleau compresseur gouvernemental, les enseignants nationaux s’exilent en masse en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, etc.. Ils sont effectivement remplacés par des coopérants provenant du Sénégal, de Madagascar, d’Egypte, de Tunisie, etc. Faut-il souligner que ceux-ci perçoivent un salaire régulier nettement supérieur aux rémunérations des leurs homologues locaux. L’avantage pour le pouvoir, c’est qu’ils ne peuvent pas se syndiquer ?

Le gouvernement espérait ainsi couper court à toute protestation, tout contre-pouvoir. Il n’en est rien aujourd’hui. Les grèves continuent même si les revendications sont réduites à leur plus simple expression: la survie des enseignants. Pour autant qu’elles soient efficaces, ces grèves peu médiatisées, peuvent traîner en longueur, altérant sérieusement le système éducatif. Une fois de plus, ce sont les plus faibles, en bout de chaîne qui en payent le prix fort. Il s’agit, bien entendu, des élèves.

d) Une répression permanente

Bien que les organisations syndicales les plus actives soient démantelées, la phobie antisyndicale du pouvoir reste intacte. Pour preuve, les dirigeants qui ont échappé à la purge des années 90 sont harcelés en permanence. Sans prétendre être exhaustive, voici quelques cas révélateurs de l’ambiance qui règne dans le pays. Sous le coup d’une mesure de congédiement avec une baisse substantielle de revenus, tous ces travailleurs harcelés sont employés dans le secteur gouvernemental. La chasse aux syndicalistes se prolonge même au-delà.

Le Syndicat du Personnel de l’Hôtellerie de la FFDJ (Force Française stationnée à Djibouti) a perdu 3 de ses membres, licenciés, dont Ali Abdallah Ahmed, le trésorier du SPH (FFDJ), les autres sont Mohamed Aden Nour et Doualeh Idriss Obsieh tous deux délégués syndicaux. Le motif de la diminution d’effectif est démenti par les nouvelles embauches. Le chef de personnel de ce service est connu pour être très proche du pouvoir.

e) Le « clonage » continue

A chaque rencontre internationale, le gouvernement accrédite et oppose aux organisations légitimes des syndicats maisons qui lui servent d’alibi. C’était encore le cas à la conférence annuelle de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) à Genève en juin 2003. Le scénario s’est répété à la 10ème réunion régionale africaine de l’OIT à Addis-Abeba du 2 au 5 décembre 2003. Profitant de la proximité du lieu de la rencontre avec le pays, l’UDT a envoyé une délégation qui s’est déplacée en train. Elle a dénoncé la mascarade gouvernementale à la conférence et a pu contrecarrer les syndicats officiels. Le rapport de la commission des vérifications des pouvoirs exprime ainsi la situation. « La commission demeure toutefois préoccupée par l’absence de tout progrès apparent et déplore profondément que des doutes subsistent encore une fois quant à la légitimité et l’indépendance des représentants accrédités à la Réunion régionale africaine »

Cette intrusion syndicale à la réunion a surpris et agacé le pouvoir. Les représailles ne se sont pas fait attendre: le siège social des centrales est saccagé, encore une fois, sans merci au vu et au su des policiers présent sur les lieux.

Au port, le Syndicat des Travailleurs du Port (STP), auparavant fonctionnel, a été noyauté par le pouvoir. Un de ses hauts responsables (Said Mahamoud), proche du Ministre de Travail, s’est rallié et a failli à la défense des revendications des travailleurs. Ce syndicat a éclaté face aux difficultés d’organiser des assises et les employés ont décidé d’en créer un nouveau (Syndicat du Personnel du Port: (SPP)) qui les représentent réellement. L’ancien dirigeant a alors été contraint de démissionner et le STP est en voie de se joindre au SPP. Il faut noter que cette situation est encourageante. Elle s’explique par le fait que ces travailleurs jouissent de marges de manœuvres exceptionnelles le port étant les poumons économiques du pays il est très sensible aux mouvements sociaux. Il est aussi sous la responsabilité d’un acteur étranger (port authority of Dubaï). Cette réussite syndicale reste donc marginale dans le pays. A suivre.


Commentaire sur le rapport du bureau américain pour les Droits de l’Homme

Nous avions intégralement reproduit sur plusieurs numéros, le rapport du Département d’Etat américain brossant le tableau des droits de l’homme à Djibouti durant l’année 2003, et ceci sur la base de critères d’appréciation qui s’appliquent uniformément à chaque cas étudié. Après le texte officiel, voici quelques commentaires qu’il nous inspire.


En présentation de ce rapport, nous avions souligné la nécessité d’appréhender le réalités djiboutiennes autrement que sous l’angle obligé et censuré du discours officiel. S’agissant spécifiquement du chapitre des droits de l’homme, nous avions invité le lecteur à se référer aux documents publiés par des organismes indépendants. Il est bien évident, pour quiconque visite le site www.state.gov (la version originale, que nous n’avons que traduit en français, y est disponible ainsi que pour les années précédentes) que le Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail (anciennement Bureau pour les Droits de l’Homme et des Affaires humanitaires) n’est pas à proprement parler indépendant puisqu’il travaille sous l’entière responsabilité du Département d’État américain. En l’espèce, indépendant signifie ici que l’appréciation sur la réalité d’un régime se proclamant démocratique n’est pas totalement subordonnée à des impératifs supérieurs et géostratégiques, ceux qu’implique par exemple une présence militaire, même temporaire. Donc, le rapport de ce Bureau, dont nous avons clos la publication la semaine dernière, est un document tout ce qu’il y a d’officiel.

D’ailleurs, la méthodologie de sa réalisation est précisée dans la préface du Rapport général du Département d’État sur les droits de l’homme dans le monde. On y apprend ainsi que ce sont les sections 116 (d) et 504 de la Loi sur l’Aide à l’Étranger (Foreign Assistance Act) qui font obligation au Département d’État de produire annuellement ces rapports. Loin d’être confidentiels, ces rapports établis sous la responsabilité du Département d’État (équivalent du ministère des Affaires Étrangères) sont ensuite communiqués au Congrès pour orienter la politique extérieure américaine. Car une loi oblige relations extérieures et politique commerciale américaines à étroitement tenir compte, dans leurs rapports internationaux, de la situation des droits de l’homme, ainsi que des protections réellement accordées aux travailleurs.

En principe, et sans entrer en contradiction avec d’autres principes, ces rapports servent lors de l’élaboration de la politique étrangère mises en œuvre par le Département d’Etat et de l’aide au développement mises en pratique par l’USAID. Ainsi, on voit bien combien le retour de cet organisme d’attribution de l’aide publique américaine au développement n’est nullement dû à une quelconque amélioration de la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti. Seulement, il est bien évident que la lutte internationale contre le terrorisme est indissociablement une lutte pour la démocratie, qui passe par l’amélioration des conditions d’existence des citoyens de pays prenant part à ce nouveau défi planétaire. En clair, il est impensable de rechercher des terroristes avec le soutien de régimes despotiques, dont la mauvaise gouvernance maintient les peuple dans un intolérable état de sous-développement politique, économique et social, lui-même terreau des réseaux extrémistes.

La pertinence de ces rapports est officiellement définie ainsi : « Les droits de l’homme universels cherchent à incorporer le respect de la dignité humaine aux processus gouvernementaux et légaux. Tout peuple a le droit inaliénable de changer son gouvernement grâce à des moyens pacifiques et de jouir des libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, d’association, d’assemblée, de mouvement et de religion, sans faire l’objet de discrimination fondée sur la race, la religion, l’origine nationale ou le sexe. Le droit de devenir membre d’un syndicat indépendant de travailleurs est une condition indispensable d’une société et d’une économie libres. Les rapports évaluent donc les principaux droits des travailleurs reconnus au plan international, notamment le droit d’association, de se syndiquer et de négocier des conventions collectives».

Concrètement, ce sont les ambassades américaines qui transmettent à leur administration centrale les rapports annuels sur la situation des droits de l’homme dans chaque pays où il ont une représentation diplomatique. Pour se faire, les diplomates en poste suivent attentivement tout ce qui se passe et cherchent surtout à diversifier leurs sources d’information pour avoir la vision la plus complète qui soit.

Ainsi, lorsque tel rapport du Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail estime, par exemple, qu’à Djibouti « La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif », que « La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique » ou encore qu’ « Une grande part des richesses nationales est concentrée entre les mains d’une petite élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits de l’homme restent limités et le pouvoir continue à commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir entrave les droits des citoyens à l’alternance. », seuls les dirigeants et leur cour médiatique oseront prétendre le contraire.

Mais le seul monopole illégal sur les médias publics dont tout point de vue indépendant est interdit (ne parlons même pas des partis d’opposition) est à lui seul révélateur du caractère despotique du régime djiboutien. Cela, peu de nos concitoyens l’ignorent.


Gaza 2004 : un tournant infernal

L’assassinat de Cheik Yassin

Que le sionisme empoisonne les relations internationales depuis la seconde Guerre Mondiale, c’est un constat banal, surtout avec la fin de la guerre froide. Pourtant, pour avoir minimisé ce danger, les Etats-Unis ont payé un lourd et injuste tribut pour leur soutien inconditionnel à Israël : le terrorisme aveugle qui les frappe se justifie souvent du terrorisme israélien et, à ce sujet, il est tout autant révélateur que dramatique de voir les populations opprimées des Territoires Occupés fêter le 11 septembre. Même si, officiellement, ils s’en défendent par la voix d’un porte-parole, il est invraisemblable qu’Israël n’ait pas tenu les Etats-Unis au courant de l’assassinat perpétré lundi dernier contre un vieillard paraplégique cloué sur une chaise roulante : Cheik Yassin, leader charismatique du Hamas.


« Nous venons d’exécuter le Ben Laden de la région» affirmait martial le ministre de la Défense quelques heures après ce lâche attentat. Rappelons qu’il y a peu, c’était le Président de l’Autorité Palestinienne qui était affublé du même épithète (ce patronyme étant devenu un adjectif synonyme de danger public : wanted plutôt dead qu’ alive).

N’eût été la levée de boucliers sur le plan mondial, Sharon aurait certainement banni ou exécuté le Président Arafat. Davantage que la réprobation internationale, ce sont les arguments persuasifs de l’administration Bush qui ne souhaitait pas en pleine campagne irakienne, ouvrir un autre front dans la région, qui ont été décisifs pour dissuader l’Etat sioniste de recourir à de tels méthodes. Une autre campagne, électorale celle-là fait que, comme par hasard, au moins deux autres fronts se rouvrent concomitamment à la frontière pakistanaiso-afghane et au Proche-Orient. Ben Laden s’est attaque à ce qu’il a considère être le maillon faible des allies du sionisme : les Etats-Unis. L’Espagne. au prix d innocentes victimes, a également payé sa part du tribut pour sa participation à l’invasion de l’Irak. Il faut donc logiquement s’attendre à ce que les intérêts britanniques et italiens à travers le monde soient tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre pris pour cibles ….

Le 22 mars a Gaza , à la sortie de la principale mosquée, après la prière du fajr, le cheikh Ahmed Yacin ainsi que six de ses compagnons sont foudroyés par trois roquettes lancées par un hélicoptère de combat ! En assassinant lâchement ce vieillard, l’Etat sioniste a déclenché une guerre qui prendra probablement la forme d’une vague mondiale d’attentats car, en le martyrisant ainsi , il fera de l’au-delà davantage de victimes que vivant.

D’autant que figurent sur la liste des personnalités éminentes et officielles de l’Autorité Palestinienne. Année après année, une portion de leur terre est colonisée par des immigrants venus des terres les plus éloignées Leur Etat, dont l’édification a été financée par le monde entier à hauteur de centaines de millions de dollars, est aujourd’hui anéanti. Israël avec l’aval, du moins l’indifférence du reste du monde, a parfaitement pesé et mûri sa décision d’assassiner le vieil homme handicapé. Il n’échappera à la lucidité d’aucun observateur sensé que la réaction d’un peuple qui a tout perdu risque d’être aveugle.

Ce faisant, l’Etat sioniste a sommé le reste du monde de clarifier sa position sur cet épineux dossier, car c’est désormais la Paix et la stabilité des Etats du monde entier qui sont menacés et en jeu. Notre position est claire : combattre et isoler ces groupes qui tuent des innocents avec pour objectif de bâtir une impossible Nation Islamique : oui !

Et le meilleur moyen d’y parvenir c’est une solution politique et équitable aux profondes injustices qui constituent leur terreau fertile sur toute la planète. Exproprier de leurs droits inaliénables le Peuple Palestinien ou Tchétchène, pour ne citer que ceux-là, au nom d’un concept fourre-tout : non !

Israël est né dans le sang : d’abord celui des millions de Juifs exterminés par la folie nazie, puis celui des dizaines de milliers de Palestiniens assassinés par les groupements terroristes sionistes, Haganah ou Irgoun. Israël continue, surtout depuis 2000, à se nourrir du sang des Palestiniens, rêvant d’un paradis artificiel entouré de barbelés électrifiés pour les séparer de ceux dont il a volé la terre.

Tant que le Likoud ne changera pas de politique ou tant que les Israéliens ne se débarrasseront pas du Likoud, il est malheureusement fort à craindre qu’Israël aura encore besoin de sang, des Palestiniens comme des siens : le terrorisme du pauvre qui se tue en tuant, c’est un excellent filon pour culpabiliser l’Occident.

Le terrorisme d’Etat, plus soft quant à lui (assassinat ciblé) peut alors déployer son bras criminel. En vain !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

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Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lettre ouverte au ministre de la Justice
  4. Djibouti vu de Washington (3)
  5. Rouler ou ne pas être roulé ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 88

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

VOTE, GUERRE ET TERRORISME : LE DEVOIR DE VÉRITÉ

Si on lui avait dit, il y a à peine un mois, qu’après l’Omnipotence d’Allah, une partie de sa dignité serait restaurée à des milliers de kilomètres de Bagdag, au détour d’un scrutin législatif ensanglanté, le citoyen irakien n’aurait pas parié un seul peso sur la probabilité d’un tel scénario. Et pourtant : rarement verdict des urnes n’aura eu une telle incidence ( que beaucoup d’indices annoncent positive) dans l’ordre international des rapports de force. Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), qui vient de déjouer tous les pronostics en remportant sur le fil le scrutin du 14 mars pour le renouvellement des membres du Cortès, l’a aussitôt annoncé par la voix de M. Zapatero, le futur Premier ministre : les troupes espagnoles quitteront l’Irak au mois de juin 2004. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’inviter MM. Bush et Blair à la réflexion sur la légitimité de leur aventure militaire dans ce désert : on n’a pas le droit de bombarder un peuple ainsi, a-t-il asséné en substance. Car il est bien évident que c’est une certaine façon de faire la politique qui a été sanctionnée par les électeurs espagnols ce jour-là : la vérité contre le mensonge, le plus grossier osant même manipuler les consciences traumatisées en décrétant, contre toute évidence, l’ETA responsable des attentats, comme d’autres ont décidé, sans aucune preuve sérieuse que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, prêtes à servir.

Mais ce n’est pas tout. La rétention d’information dont le Parti Populaire d’Aznar s’était rendu coupable a été perçu par ses concitoyens, très largement hostiles à l’invasion de l’Irak, comme une fuite inacceptable devant ses responsabilités : les soldats espagnols à Bagdag, ce n’est pas à proprement parler une variante « Lawrence d’Arabie » des Brigades Internationales. Même si, considérant l’effet désastreux de l’embargo onusien sur les conditions de vie du peuple irakien (des milliers d’enfants morts faute de nourriture ou de soins adéquats), le minimum de rigueur serait d’admettre que l’illégalité des forces coalisées a tué nettement moins que la légalité internationale : par leur sacrifice, même si les bénéficiaires indigènes n’avaient rien demandé expressément, les soldats américains morts à Bagdag ont en quelque mis un terme aux innommables souffrances des Irakiens.

Cela étant, la sanction dégoûtée par laquelle les électeurs espagnols ont balayé un régime qui n’a pas daigné prendre en considération leur refus de la guerre risque fort de faire tache d’huile, quoique les contextes politiques et historiques ne soient pas les mêmes. L’immensité du territoire américain explique en partie que sa population soit si peu curieuse de ce qui se passe ailleurs. Mais, plus fondamentalement, l’Amérique que dénonce Michael Moore n’a pas encore produit, malgré son avance technologique, des radios et télévisions capables de défier les injonctions officielles, comme tel média espagnol par qui est arrivé le scandale de la fourgonnette, obligeant le Parti Populaire à révéler plus tôt que souhaité la pertinence de la piste islamiste.

Le plus grand gagnant de ce scrutin, c’est avant tout le Peuple espagnol. Mais il ne faut pas s’y tromper, il ne s’attend pas à ce que son pays devienne un sanctuaire épargné par le terrorisme aveugle : ce peuple veut juste avoir la conscience tranquille ; car l’on se défend d’autant mieux chez soi que l’on n’agresse pas autrui chez lui ! C’est une forme inédite de la globalisation : celle qui implique une communauté de destin. En effet, il est bien évident que l’occupation de l’Irak n’est qu’un prétexte que les terroristes islamistes brandissent pour légitimer leurs lâches attentats. Il faut les isoler, en trouvant des solutions politiques à toutes les injustices, au premier rang desquelles le sionisme, qui constituent leur terreau. C’est peut-être cela, la plus humble leçon à retenir de cette victoire de la gauche espagnole.


Brèves nationales

Transport en commun :

Une grève peut en cacher une autre

Les Djiboutiens se sont réveillés samedi matin dans une ville quasiment morte en raison de l’absence des bus et minibus, faisant office de réveil-matin pour les habitants de certains quartiers. Les plus courageux se sont rendus à pied à leur lieu de travail, tandis que d’autres, découragés, ont préféré rentrer chez eux. Les écoliers et étudiants arrivés en retard dans leur établissement, ont bruyamment manifesté leur colère en brûlant ça et là des pneus ou en harcelant les forces de l’ordre.

Comment en est-on arrivé là ? Qu’est ce qui a bien pu pousser le syndicat des bus et minibus de la Capitale à déclencher une grève sauvage lourde de conséquences sur la vie économique et sociale, sans même lancer un préavis ? Selon les chauffeurs de bus, la colère gronde dans leur milieu depuis l’augmentation du prix du gasoil, le mois dernier. Augmentation qui précariserait leur métier en grevant leurs maigres bénéfices. A la suite de quoi, les négociations en catimini conduites par des proches de la Présidence, auraient en partie détendu l’atmosphère. Le carburant aurait alors miraculeusement baissé de 4 francs dans la soirée même et les transports en commun ont repris leur ronde dès le lendemain. Pour l’heure, les transporteurs semblent avoir eu gain de cause et les usagers rassurés par le maintien de l’actuel tarif des courses.

Et demain, qu’en sera-t-il ? Les méchantes langues avancent que la taxe de 4 francs sur le litre de gasoil a certes sauté, mais serait en réalité répercutée sur les lubrifiants, dont sont très friands les moteurs diesel tournant aussi souvent. Alors, dans ce cas-là, le mouvement risque de quitter le point mort pour passer à la vitesse supérieure : attention aux dérapages !

D’autres corporations, particulièrement mécontentes elles aussi, seraient sur le point de leur emboîter le pas. Quoi qu’il en soit, que triomphe la justice sociale.

Explosion sur la voie ferrée :

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Sans nous hasarder à établir un soupçon de parallèle avec les atroces attentats de Madrid, il est tout de même curieux de relever que le chemin de fer djibouto-éthiopien soit devenu de moins en moins sûr, parce que cible répétée. Ces derniers mois, cette ligne a en effet été le théâtre de plusieurs attentats terroristes, aussi bien sur le tronçon éthiopien que djiboutien. Pour ne citer que les plus récents, rappelons qu’une explosion à bord d’un wagon a fait sept blessés dont trois grièvement le 18 janvier 2004 à proximité de Daasbiyo. Cet attentat criminel aurait été précédé par un autre en septembre, n’ayant heureusement fait que des dégâts matériels au niveau du club hippique, dans les environs d’Ambouli et comme par hasard pas trop loin du camp Lemonnier occupé par les soldats Américains. Quant à la dernière explosion en date, elle s’est produite vendredi 12 mars, aux environs de 23 heures 45, exactement à hauteur du centre hospitalier militaire français Bouffard.

Pour mieux situer les lieux, la bombe, apparemment assez lourde puisque la déflagration a expédié un rail à plus de cent mètres de haut pour aller crever le plafond d’un supermarché situé à moins de trois cent mètres à vol d’oiseau, a été déposée près d’un terrain pour hélicoptère, toujours bien éclairée la nuit investis jusqu’à minuit par des enfants auxquels le régime refuse toute aire de jeu digne de ce nom.

Surtout, aucun djiboutois n’ignore que dans un rayon d’un kilomètre, soyons généreux, on recense facilement plusieurs milliers de militaires dont l’un, français justement était de faction exactement devant le lieu de l’explosion, à près de cent mètres et en contact visuel, comme on, dit dans le jargon commando.

Comme à l’accoutumée, les autorités djiboutiennes ne privilégient aucune piste, se contentant d’annoncer l’ouverture d’une enquête. Des questions se posent désormais : comment un tel attentat peut-il être commis dans une des villes les plus militarisées au monde par tête d’habitant, et de surcroît à proximité d’un secteur aussi éclairé que sécurisé ? Jusqu’à quand les dirigeants politiques laisseront-ils courir des criminels aussi audacieux qu’invisibles ?

Le temps nous semble venu d’avertir les Djiboutois sur les dangers qu’il y a à déambuler de manière insouciante aux abords de lieux désormais devenus dangereux. La population aimerait rapidement connaître les résultats des enquêtes menées et les pistes privilégiées. En plus de la sécurité des personnes et des biens, il en va de l’image de marque de notre pays.

Collège d’Ambouli :

Les raisons de la colère

La colère gronde au CES d’Ambouli, où enseignants et collégiens se plaignent des mauvaises conditions de travail et d’étude. En effet, selon de nombreux témoignages, plusieurs classes de cet établissement secondaire seraient durablement dépourvus de ventilateurs et cette situation rend les cours bien sûr pénibles à l’approche de la saison chaude. C’est, semble-t-il, pour protester contre la mauvaise volonté des autorités à résoudre ce problème, que les élèves de cet établissement ont successivement fait grève mercredi et jeudi derniers. A chaque fois, les forces de l’ordre ont brutalement dispersé les manifestants, n’hésitant même pas à emprisonner quelques heures durant des jeunes élèves de 6ème et de 5ème.

Si la répression reste la méthode de « dialogue » préférée de ce régime insouciant qui se trompe manifestement de priorités, nous interpellons pour notre part les responsables de l’Éducation Nationale, afin qu’ils se penchent rapidement et sérieusement sur les mauvaises conditions de travail et d’étude dans cet établissement, comme dans d’autres d’ailleurs, périodiquement secoué par des grèves toujours justifiées.

A l’heure où ce ministère se lance dans la communication politique et invite les Djiboutiens à venir visiter ses nouveaux locaux rénovés (immeubles de l’ancienne unité de la marine française), il nous semble urgent de lui conseiller de visiter les classes pas rénovées du tout du CES d’Ambouli (et d’ailleurs) et d’en rendre scrupuleusement compte dans son bulletin Educ-Info. Histoire de montrer au contribuable djiboutien que son argent est convenablement utilisé.

Insalubrité durable :

Domiciliée à Arhiba II

La « gestion de vraie problématique » est décidément cause d’amnésie pour son illustre théoricien. En tournée électorale à Arhiba en janvier 2003, le Premier ministre alors tête de liste de la mouvance présidentielle, s’était ému de la misérable condition de vie des habitants de ce quartier surpeuplé. Il s’était même engagé à l’époque vis-à-vis de cette population, en affirmant haut et fort : «Je connais par cœur le nombre exact d’habitations en dur et en planches dont vous disposez, je suis sensible à vos problèmes et je serai à vos côtés pour les résoudre. » Plus d’un an après cette auguste promesse, Arhiba se meurt : eaux stagnantes, égouts et dépotoirs à ciel ouvert, risque d’épidémie, insalubrité y sont plus que jamais présents. A tel point que le journal gouvernemental « La Nation » y a consacré une photo en dernière page, plus éloquente que tous les discours alarmistes. Le régime attend-il que ce misérable quartier soit englouti par les eaux stagnantes pour évacuer ses malheureux habitants sur l’Arche, pardon, le yacht présidentiel ?

Accident meurtrier à Obock :

Le fou du volant a encore frappé

Mercredi 3 mars, la communauté obockoise toute entière a été endeuillée par la mort tragique du petit Hassan Mohamed Kassim, un enfant de quatre ans, écrasé sous les pneus d’un véhicule militaire. La mort est venue l’arracher aux siens au seuil de la maison familiale, en plein jour et d’entre les mains de sa malheureuse mère, dont on imagine l’état de choc. Quelques secondes avant l’accident, l’infortunée mère tenait en effet son cher enfant sur ses genoux et avait failli subir le même sort que lui en tentant de le retenir lorsqu’il s’est levé pour ramasser un jouet à proximité : trébucher lui a sauvé la vie.

Le « chauffard » quant à lui, un soldat en poste à Obock, a préféré fuir plutôt que de voir s’il était encore possible de sauver sa victime en l’évacuant sur le dispensaire. Quoi qu’il en soit, il a laissé la maman seule face au corps inerte et défiguré de son enfant, s’y accrochant dramatiquement, jusqu’à ce que des voisins l’en éloignent. Les obsèques ont regroupé une foule impressionnante d’Obockois qui, en plus de leur devoir religieux, étaient mûs par un sentiment de colère contre le conducteur et de compassion pour les jeunes parents de l’innocente victime, que les enfants n’hésitent pas à déjà surnommer Mohamed-al-Dourra.

Personne n’arrive à vraiment s’expliquer les circonstances exactes de l’accident, tant les témoins ont été traumatisés par le macabre tableau du corps de la victime après le passage des pneus du camion militaire. Toutefois, il semblerait que le bolide appartenant à l’Armée, roulait à vive allure et très loin des « pistes parallèles » habituellement empruntées par les véhicules. Car, à Obock, dans la ville comme dans tout le district, il n’y a pas un seul kilomètre de voie goudronnée. Arrivés sur les lieux, les agents de police et les responsables administratifs ont unanimement constaté que c’était le « Véléra » (véhicule léger rapide dans le jargon militaire) qui était pratiquement venue « chercher » l’enfant en frôlant les murs. A ce propos, un témoin a amèrement rappelé aux autorités du district qu’il avait déjà par le passé attiré leur attention sur le danger que constituent les véhicules roulant à vive allure, transperçant les quartiers sans aucun égard pour les piétons, enfants compris.

Sans succès, hélas. D’autres se souviennent que ce même chauffard avait par le passé provoqué la mort d’une fillette dans la région de Waddi, toujours au volant d’un camion militaire : apparemment, certaines morts ne conduisent pas en prison. Puis, lorsque le conducteur fut ramené sur les lieux de l’accident pour procéder à une reconstitution, il a été constaté que le véhicule était absolument dépourvu de système de freinage.

Pour tenter d’expliquer les raisons d’une telle conduite dangereuse, on avance que quelques jours après le paiement des arriérés de solde, le chauffard aurait accompli une mission surhumaine : ravitailler ses frères d’armes de l’arrière-pays en vivres et en khat !

Bref, en attendant les résultats de l’enquête que tous les Obockois souhaitent rapide et honnête, il semble légitime de s’inquiéter de l’état de vétusté avancée de ces véhicules militaires : de toute évidence, l’Armée Nationale est moins bien équipée que la Garde Présidentielle dont les Land-Rover encombrent la circulation dans Djibouti-ville. Mais, d’une façon générale, c’est tout ce qui a trait à la circulation qui est laissé à l’abandon : routes cabossées, véhicules-cercueils roulant, conducteurs très peu certifiés, et ceci touche le privé, l’administratif comme le militaire. Surtout, la réglementation de la circulation des véhicules militaires en zones urbaine devrait être sérieusement envisagée.

Pour réellement ressentir le sentiment d’injustice de la communauté obockoise touchée dans sa chair la plus tendre, il suffit de mettre en parallèle le désarroi des parents inconsolables et l’insouciante provocation de ce Mad Max local et des militaires, galonnés ou peu, qui n’ont même pas daigné assister aux funérailles et témoigner d’un minimum de compassion. Inutile de s’étonner ensuite que certains militaires donnent de leur corps la fâcheuse impression d’une armée d’occupation. Nous adressons nos condoléances à la famille du défunt. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN. AMIN.


Lettre ouverte au ministre de la Justice

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

A SON EXCELLENCE

MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE,

CHARGE DES DROITS DE L’HOMME

Djibouti, le 16 mars 2004

Excellence,

Par contact téléphonique, vous avez séparément convié les dirigeants de l’UAD à prendre langue avec vous, afin d’examiner, dans votre bureau, les modalités de notre participation au forum, placé sous votre auguste égide, ayant trait à la situation des droits de l’homme en République de Djibouti. Nous avons été très honorés d’une telle sollicitude, venant à point nommé contredire la rumeur persistante selon laquelle pouvoir et opposition se bouderaient royalement, s’il est permis d’évoquer l’Ancien Régime devant un révolutionnaire tel que vous. Car, si absence de dialogue il y a, vous conviendrez aisément que nous sommes les moins bien placés pour imposer le silence à qui que ce soit. Ce serait d’ailleurs contre notre philosophie politique, et c’est pour cela que nous avions accepté un entretien préliminaire avec vous ; comme c’est pour cette raison que nous vous écrivons aujourd’hui. En espérant que la formule de la lettre ouverte vous agréera : un démocrate n’a rien à cacher au Peuple, n’est-ce pas ?

Toutefois, nous sommes bien au regret de vous faire savoir qu’il nous est impossible, en l’état actuel de beaucoup de choses, de participer à ce forum, tout en lui souhaitant sincèrement les meilleurs travaux et surtout pleine concrétisation pour ses recommandations certainement pertinentes. Il nous est en effet impossible de vous satisfaire pour un certain nombre de raisons.

En premier lieu, parce que vous avez dressé, dès le début de votre sacerdoce ministériel, un tableau quasi-exhaustif et abondamment éloquent de la situation des droits de l’homme dans notre pays ; tableau qui vaut notre contribution à ce forum, tant ce que vous écrivez dans votre livre correspond à l’exacte réalité. En nous pardonnant de vous citer si abondamment (au moins, nous ne serons pas accusés de censure), voila ce que vous écriviez dans l’exercice de vos hautes et inchangées fonctions, et que nous approuvons sans nuance (au moins, nous ne serons pas soupçonnés de sectarisme) : « Les États dictatoriaux, surtout leurs versions tropicales, aiment à se réclamer de la démocratie tant qu’il s’agit d’arborer cette valeur comme une preuve qu’ils seraient fréquentables. Ils revendiquent à cor et à cri les vertus républicaines et les Droits de l’Homme. Ils proclament comme un objet d’orgueil la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, etc. cela prend forme par la promulgation d’une Constitution dont le préambule comporte l’adhésion à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. (…) Tout en se soumettant à ces rites initiatiques, ils prennent soin de les vider de leur sens, car l’objectif n’est que de paraître comme des États normaux : les bailleurs de fonds ne leur en demandent pas plus ». La meilleure preuve de ce faire semblant érigé en méthode de gouvernement c’est, croyons-nous intimement, la violation systématique et persistante par votre gouvernement, des dispositions aussi essentielles que pertinentes contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001. A quel forum sur les droits de l’homme nous conviez-vous quand l’instauration d’un environnement politique réellement pacifié et propice au débat démocratique est refusée à tous les citoyens djiboutiens et quand la dignité d’êtres humains est déniée aux civils ayant tout perdu dans ce conflit, à travers Réhabilitation et Indemnisation ?

En second lieu, la situation que vous avez si brillamment décrite n’a, de notre modeste point de vue, fait qu’empirer. Une seule preuve, au chapitre de la prétendue indépendance de la justice ? Bien avant la parodie de procès pour diffamation contre le directeur de publication du « Renouveau » et sa condamnation par le tribunal des flagrants délits à une peine d’emprisonnement de trois mois fermes, on se souvient tous que durant l’été 2001, Daher Ahmed Farah en personne a sollicité votre haute autorité (il le croyait sincèrement) pour qu’un terme soit mis aux tracasseries politico policières (son passeport a été confisqué à l’aéroport) visant à l’empêcher de se rendre aux États-unis d’Amérique participer à un séminaire sur la transition démocratique en Afrique : ça ne s’invente pas ! Vous l’aviez poliment écouté (c’est lui qui le dit) avant de lui faire (certainement sincèrement) part de votre totale impuissance à défendre les droits de l’homme en ce domaine : il a compris ! Comme nous le comprenons.

Sans l’admettre. Comme nous ne pouvons admettre, par respect de la volonté populaire, en cautionnant par notre participation à ce forum l’inadmissible détournement du verdict des urnes dont s’est rendu coupable ; avec la complicité d’une institution judiciaire tout sauf indépendante, le régime auquel vous collaborez.

Car, et c’est le dernier argument ici développé, pour avoir été officiellement saisi, vous savez mieux que quiconque qu’un grave contentieux nous oppose à votre administration concernant le remboursement de la caution avancée par l’UAD au Trésor Public afin d’engager ses listes dans les différentes circonscriptions électorales aux législatives de janvier 2003. Cette caution est encore aujourd’hui illégalement confisquée par le gouvernement auquel vous appartenez, bien qu’il soit de notoriété publique que cette caution avait été restituée au Parti du Renouveau Djiboutien du regretté Elabé à la suite des législatives de décembre 1992. A notre requête, vous n’avez donné suite aucune, pas même un petit courrier pour expliquer votre incompétence en la matière : peut-être est-ce votre façon de respecter l’indépendance de la Justice, alors que la garantie constitutionnelle de l’inamovibilité des magistrats a été complètement violée par le Statut de la magistrature que vous avez-vous-même présenté en Conseil des ministres : adopté comme lettre à la poste ! Que le Tribunal du Contentieux Administratif soit encore inscrit aux abonnés absents ne fait que rajouter à l’absence de tout recours légal contre tous les abus du pouvoir politique.

S’agissant de la lutte contre le terrorisme, dont vous avez la lourde tâche, il est également notoire qu’aucune enquête sur aucun des attentats ayant jalonné le nouveau millénaire (sans même parler de ceux du siècle dernier, ils sont trop anciens ) n’a jusqu’à présent abouti à une quelconque inculpation ou même accusation…

Dans ces conditions, vous comprendrez aisément, Excellence, que notre conscience d’opposants responsables nous interdise de cautionner un forum sans aucune utilité réelle, si ce n’est de mystifier, comme vous le dites si bien, les bailleurs de fonds occidentaux. Sans manquer de vous rendre la parole, en rappelant encore une fois ce que vous écriviez il n’y a pas si longtemps, et si lucidement, à propos de la dictature en République de Djibouti : « Le régime ne peut souffrir aucun contre-pouvoir qui risque de le dénoncer après avoir percé ses secrets. Tout contradicteur politique, et la population qui hasarderait un geste de soutien à l’un de ces « subversifs », sont victimes d’agissements répressifs, arbitraires et répétés, qui ont induit une apathie générale envers la politique. Tout le monde se réfugie dans le silence ou évite, quand il parle, d’évoquer les questions existentielles qui les préoccupent ; parfois même certains développent une réaction paranoïaque, suspectant l’opposition de manœuvres tendant à les exposer à des représailles du pouvoir. Les pratiques du régime rendent ces idées plausibles, lorsqu’on sait qu’il est capable de supprimer l’aide alimentaire à celui qui n’a pas voulu « bien voter », lorsqu’on sait que tant d’autre formes de chantage s’appliquent au réfractaire jugé « déviant ». une panoplie de sanctions s’exercent : mutations, blocage de promotion, voire dégradation, suspension de salaire ou même licenciement pur et simple. »

Dans l’espoir que vous comprendrez aisément nos réticences, nous vous prions d’agréer, Excellence, l’expression de notre parfaite considération.


Djibouti vu de Washington (3)

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Troisième partie)

Voici la dernière partie du rapport 2003 sur la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti, établi par les services du Département d’Etat américain. En raison d’une actualité abondante, et pour mieux coller à celle à venir, nous réservons pour notre prochain numéro nos commentaires de ce document officiel.


Section 4. Attitude du gouvernement sur une enquête internationale ou non gouvernementale

relative aux accusations de violations des droits humains

Quelques groupes locaux de défense des droits de l’homme travaillaient sans beaucoup de restriction de la part du gouvernement, enquêtant et publiant parfois leurs résultats sur les cas de droits humains. Généralement, les officiels gouvernementaux voyaient déconsidéraient leurs vues. La LDDH, groupe local de défense des droits humains, a travaillé l’année dernière sans aucune ingérence du gouvernement. L’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et l’Association Djiboutienne pour la Promotion Familiale (ADEPF) promeuvent les droits de la femme et de l’enfant.

Le CICR maintenait un petit bureau tenu par un personnel recruté sur place. Le représentant régional du CICR, basé à Nairobi, effectue des visites trimestrielles.

Il existe un Médiateur du gouvernement, qui est en même temps député au Parlement, et dont les attributions spécifiques incluent la médiation entre le gouvernement et les organisations non gouvernementales. Il n’existe aucun rapport d’une quelconque médiation engagée avec succès par ses services. Le comité National pour les Droits de l’Homme chargé de la Promotion des Droits de l’Homme, a été inactif durant l’année 2003.

Section 5. Discrimination basée sur la race, le sexe, les handicaps, la langue ou le statut social

La Constitution interdit toute discrimination sur la base de la langue, de la race ou du sexe ; toutefois, la discrimination à l’encontre des femmes et des minorités ethniques persiste. Le renforcement du dispositif législatif par le gouvernement pour protéger les femmes et les enfants n’a pas été effectif.

Femmes

La violence domestique contre les femmes existe, mais peu de cas ont été rapportés. La violence contre les femmes est normalement réglée au sein de la structure familiale ou clanique, plutôt que devant les cours. La police est rarement intervenue dans les incidents relevant de la violence domestique et les médias n’en ont rapporté que les plus spectaculaires, comme les meurtres. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 20 de prison pour les violeurs. Le nombre des violeurs poursuivis durant 2003 n’est pas connu. On estime qu’au moins 98% des femmes ont subi les mutilations génitales féminines (MGF). Traditionnellement, les MGF sont pratiquées sur des fillettes âgées entre 7 et 10ans. La loi stipule que toue « violence causant une mutilation génitale » est passible de 5 ans d’emprisonnement et d’une amende supérieure à 5.600 $ (1 million FD) ; toutefois, n’a encore poursuivi personne pour ce motif. Les efforts de l’UNFD et des autres associations pour sensibiliser les femmes, ont produit quelques résultats dans la Capitale. Beaucoup pensent que l’incidence et la sévérité des mutilations génitales féminines a baissé, quoi qu’aucune donnée systématique sur ce problème ne soit disponible. Les Nations Unies et d’autres experts estimes que des formes minimales de mutilations génitales féminines sont encore pratiquées à une large échelle et que l’infibulation est encore de règle dans les zones rurales.

La prostitution est illégale ; toutefois, il s’agit là d’un problème réel. En général, il y a deux catégories de prostituées, celles avec logement et celles pratiquant dans la rue. Le premier groupe est largement toléré et surtout fréquenté par une clientèle étrangère ( en particulier militaire). Toutefois, l’équipe de la police mondaine cible les prostituées des rues et il est rapporté que le viol est une condition préalable à leur relaxe. Les réfugiées et les filles des familles pauvres indigènes ont un plus grand risque de devenir des prostituées de rue.

Légalement, la femme possède tous ses droits civiques, mais la discrimination, base sur la coutume ou la société traditionnelle, au niveau de la scolarisation dicte qu’elle joue un rôle secondaire dans la vie publique et que les femmes ont moins de chances d’emploi que les hommes. D’une manière générale, les femmes sont confinées dans les secteurs du commerce et du secrétariat. La loi coutumière, qui est basée sur la Charia, constitue une discrimination à l’égard des femmes dans certains cas comme l’héritage, le divorce et le voyage. les enfants de sexe masculin héritent d’une plus grande part que ce qui est reconnu aux enfants de sexe féminin. Même le peu de femmes d’un certain niveau d’études reviennent devant les juridictions traditionnelles pour défendre leurs intérêts.

Enfants

Le gouvernement n’a consacré aucun fonds public pour la promotion des droits et du bien-être de l’enfant. L’Education primaire est obligatoire ; toutefois, le gouvernement n’a pas assuré le caractère obligatoire de cette disposition. Le gouvernement assure la gratuité de l’enseignement public ; toutefois, il y a des dépenses externes pouvant être prohibitives pour les familles les plus pauvres, telles que le transport, les fournitures scolaires et la craie. Les installations scolaires continuent d’être inadéquates. Les salaires des enseignants sont toujours des arriérés, et un pourcentage important d’enseignants qualifiés a abandonné la profession. Approximativement, 20% d’enfants mènent leur scolarité jusqu’au terme du cycle secondaire. Seulement 62% des filles sont inscrites en primaire, comparées aux 73% de garçons, et seulement 23% des filles atteignent le secondaire, comparées aux 33% de garçons.

Seules 32% des filles savent lire et écrire, comparées aux 60% de garçons, et plus de 53% de la population totale savait lire et écrire. Dans les zones rurales, l’accès limité aux écoles, la faiblesse des équipements scolaires et les attitudes culturelles conduisent à une réduction significative de la scolarisation et à de plus grandes disparités entre garçons et filles. L’abus d’enfant existe ; toutefois, en dehors des mutilations génitales féminines, cela n’est pas considéré comme fréquent. Les mutilations génitales féminines sont pratiquées sur plus de 98% des jeunes filles. Le gouvernement n’a pas évoqué l’abus d’enfant, qui est souvent puni avec sévérité. Par exemple, quand un enfant est violé ou abusé, le coupable doit normalement subvenir aux frais médicaux de sa victime. Le gouvernement n’a utilisé aucune disposition légale en vigueur pour réprimer plus sévèrement l’abus d’enfant.

Personnes handicapées

Le gouvernement n’a défini aucun cadre pour rendre les bâtiments publics accessibles aux handicapés physiques. Bien que certaines personnes handicapées aient accès aux infrastructures scolaires et sanitaires, aucune loi précise ne prend en considération leurs besoins et il n’existe non plus aucune loi contre la discrimination à l’encontre des personnes handicapées sur le marché de l’emploi.

Minorités nationales, raciales et ethniques

Le gouvernement continue à pratiquer la discrimination entre les citoyens sur une base ethnique dans l’emploi et la promotion. Les Somali Issa constituent le groupe ethnique majoritaire et contrôlent le parti au pouvoir, l’administration civile et les services de sécurité, ainsi que les forces armées. La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique.

Le gouvernement a continué les rafles d’étrangers en situation irrégulière durant l’année. Le gouvernement a accusé les étrangers en situation irrégulière (essentiellement d’Éthiopie, de Somalie et du Yémen) d’être la cause du taux de chômage dans le pays, de la montée du crime et de la désintégration des travaux publics. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été mentionné que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcée sous la menace d’expulsion dans les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

Section 6. Droits des travailleurs

a. Le droit d’association

La Constitution garantit le droit syndical ainsi que le droit de grève ; toutefois, le gouvernement restreint ces droits. Tout syndicat doit être préalablement agréé par le gouvernement pour pouvoir exister. De manière unilatérale, le gouvernement a préparé un nouveau Code du Travail qui limite l’utilité des syndicats. Ces dernières années, le gouvernement a supprimé les syndicats indépendants et représentatifs en licenciant leurs dirigeants, les empêchant de tenir des congrès et en créant des syndicats-fantômes sponsorisés par le gouvernement pour les remplacer. L’Union Djiboutienne des Travailleurs (UDT) a réussi à organiser un congrès indépendant en septembre 2002 ; toutefois, des responsables gouvernementaux ont exercé des pressions sur certains de ses membres pour qu’ils se désolidarisent d’avec son nouveau Secrétaire Général, M. Adan Mohamed Abdou, au prétexte de son engagement dans une coalisation de l’opposition politique. La loi interdit toute discrimination antisyndicale et les employeurs coupables d’une telle discrimination sont sommés de reprendre les travailleurs licenciés pour activités syndicales ; toutefois, le gouvernement lui-même ne respecte pas cette disposition légale.

La loi autorise les syndicats à entretenir des relations d’échange avec les organisations syndicales étrangères, et le gouvernement n’y oppose aucune restriction. L’UDT qui n’est pas contrôlée par le gouvernement est membre de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL). La CISL a relevé le non-respect par le gouvernement des droits syndicaux. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a noté les abus persistants du gouvernement dans l’interdiction des réunions syndicales et l’incapacité des responsables syndicaux à librement recevoir des courriers. Dans un rapport publié en 2002, le Comité des Experts de l’OIT a relevé qu’un petit progrès avait été accompli et que le gouvernement continuait à violer la réglementation nationale sur le travail et qu’il n’avait toujours pas adhéré aux dispositions contenues dans les conventions de l’OIT.

b. Le droit d’association et de négociation collective

Bien que le monde du travail ait le droit de s’organiser et de mener des négociations collectives, celles-ci n’ont jamais eu lieu. Les relations entre employeurs et travailleurs sont informelles et paternalistes. Le gouvernement a sélectionné les représentants syndicaux. Les employeurs établissent généralement une grille de rémunération sur la base des directives du ministère du Travail. En cas de désaccord sur les salaires ou les problèmes de santé et de sécurité, le ministère du Travail encourage la négociation directe entre représentants syndicaux et employeurs. Les travailleurs et les employés peuvent solliciter une écoute administrative préalablement à toute procédure du service d’inspection du ministère ; toutefois, des critiques avancent que ce service souffre d’un manque de contrôle effectif, dû au fait que ses ressources ne sont ni prioritaires ni adéquates.

La loi exige que les responsables syndicaux déposent au ministère de l’Intérieur un préavis de grève 48 heures avant. Kamil Hassan, un enseignant réintégré en 2002 après avoir été licencié pour fait de grève en 1997, n’enseignait toujours pas à la fin de l’année.

Il existe une zone franche consacrée à l’exportation, établie en 1994 ; toutefois, son activité était basse durant l’année écoulée.

c. Interdiction du travail forcé ou obligatoire

La loi interdit le travail forcé ou obligatoire, y compris pour les enfants. Contrairement à l’année dernière, aucun rapport ne mentionne un cas de travail forcé durant 2003. pas plus qu’il n’existe de rapport indiquant que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcées, sous peine de déportation, sur les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

d. Statut du travail des enfants et de l’âge minimum de travail

La loi interdit tout travail d’enfant âgé de moins de 14 ans, mais le gouvernement n’a toujours pas rendu cette interdiction effective et le travail d’enfant mineur existe, quoi que rare. Les enfants ne sont généralement pas employés dans des travaux dangereux. Les enfants travaillent dans des entreprises familiales, telles que les restaurants et les petites boutiques, à toute heure, de jour comme de nuit. La faiblesse du nombre d’inspecteurs réduit la portée des enquêtes sur le travail des enfants.

Le pays n’a pas ratifié la Convention 182 de l’Organisation Internationale du Travail sur les pires formes du travail des enfants.

e. Conditions de travail acceptables

Seule une petite minorité de la population exerce un emploi salarié. Le gouvernement a fixé les échelles minimales de salaire en fonction des catégories et le ministère du Travail a été renforcé. Le salaire mensuel pour un emploi non qualifié, établi en 1976, est approximativement de 125 $ (22.000 FD) ; toutefois, il n’est pas garanti dans la pratique. Le salaire minimum ne donne pas accès à un niveau de vie décent pour le travailleur et sa famille. A la fin de l’année dernière, le gouvernement a versé trois mois d’arriérés de salaire aux enseignants, aux forces de sécurité et aux agents du service public.

La loi fixe la durée du travail hebdomadaire à 40 heures, normalement réparties sur 6 jours. Le ministère du Travail est en charge du renforcement des normes de sécurité, des grilles salariales et des heures de travail. Parce que ce renforcement n’est pas effectif, les travailleurs font parfois face à des conditions de travail dangereuses. Les travailleurs protestent peu, surtout de peur que d’autres acceptant ces risques ne les remplacent. Il n’y a aucune loi ou réglementation autorisant les travailleurs à refuser d’accomplir des tâches dangereuses sans mettre leur emploi en péril.

Seuls les travailleurs étrangers régulièrement installés sont protégés par la loi. Les étrangers en situation irrégulière travaillent souvent aux plus faibles salaires. Ils étaient arrêtés puis déportés durant les opérations d’expulsion.

f. Trafic d’êtres humains

La loi n’interdit pas expressément le trafic d’êtres humains ; toutefois, aucun cas de trafic d’être humain n’a été rapporté dans le pays, vers le pays ou à partir du pays. Ce trafic est prévu par le Code Pénal et tomberait sous le coup d’ « exploitation de la faiblesse ou de l’ignorance de personnes ».


Rouler ou ne pas être roulé ?

ERSATZ IS THE QUESTION

Cyclisme et dopage politique dans les montagnes de Randa

Au lieu de réhabiliter cette zone détruite par le conflit et de remettre ses pistes en état, le régime a trouvé une astuce digne d’Ubu : assurer le développement en faisant offrir aux jeunes de Randa une dizaine de vélos de fabrication chinoise. Au moins, les chasse-neige offerts par l’URSS à un pays d’Afrique occidentale dans les années 60, avaient le mérite de la sincérité ignorante ! Ici, c’est tout simplement une ridicule comédie qui se joue, au détriment de la vraie politique et du réel développement économique.


Ibna-Raddi : mollets de coq et cuisses de grenouille s’abstenir de sa montée, freins en parfait état recommandés pour sa descente. Telle pourrait être le gentil conseil que l’on est bien obligé de donner aux heureux bénéficiaires d’un don pour le moins inattendu : dix vélos de fabrication chinoise pour les jeunes de Randa ! Et encore, si c’était des VTT, étant donné le caractère rural et montagneux de la région, même pas.

Bref, comme le ridicule ne tue pas (ni ne destitue d’ailleurs, par la grâce des fraudes électorales), la télévision puis le journal « La Nation » nous apprennent généreusement et en rafale qu’une association maison ( il s’agit de l’Association pour le Développement et l’Équilibre Familial, l’ADEPF) a généreusement fait don de dix vélos chinois, les couleurs des cadres ne sont pas indiquées, c’est dommage.

Et c’est tout aussi sérieusement que le journal gouvernemental « La Nation » se croit obligé de nous obliger à croire que « ce don de matériel destiné à promouvoir les activités des jeunes du village a surtout permis de nouer des relations de partenariat permanentes entre l’ADEPF et l’association Futur de Randa pour l’intégration des jeunes dans le processus du développement économique et social régional et la lutte contre la pauvreté ». Sans rire.

Assurer le développement avec dix vélos, même chinois ? C’est comme qui dirait se moquer du monde : c’est peut-être surtout pour occuper les interminables journées d’oisiveté forcée pour cause de chômage de ces jeunes. Et encore : les cadres quadras et quinquas natifs de la région ( dont au moins un secrétaire général et un directeur) et venus orner de leur présence la grotesque cérémonie de ce don farfelu, n’ont-ils pas osé (peut-être par modestie) promettre à ces heureux nouveaux cyclistes que les pistes de la région allaient au moins être remises en état pour que vélos et les 4×4 des autres roulent côte à côte. Ni d’ailleurs leur suggérer de créer un sympathique club local de cyclisme , avec ce genre d’association, on n’est jamais trop prudent : des fois qu’ils passeraient au sprint du vélo rouge au Livre Rouge.

Est-ce (peut-être, restons prudents) parce qu’il serait né à Einguela dans les années 50 (sic) que le bienfaiteur président de l’ADEPF (ci-devant député, il faut bien en recycler quelques-uns ) ignore que les humbles concitoyens dont, dans son immense miséricorde, il a ce faisant amélioré le coefficient de pénétration dans l’air, à défaut de conditions d’existence, ont pour la plupart plus de difficultés que lui pour obtenir des pièces d’identité djiboutienne. Mais, en leur nom, nous osons le rassurer : au moins ces bicyclettes-là ne passeront pas clandestinement la frontière, comme tel don à quatre roues. Au fait, qu’est devenue la fameuse ambulance que ce bienfaiteur de l’humanité nécessiteuse avait offerte à un quartier de la Capitale durant la campagne électorale pour les législatives de janvier 2003 ?

Par pudeur, nous n’évoquerons que très incidemment (inutile de forcer les traits quand il s’agit d’une caricature) du rôle aussi symptomatique que peu glorieusement improductif du « numéro deux » du prétentieux Conseil Régional de Tadjourah, lui aussi présent lors de cette cérémonie malgré, nous assurerait la version officielle, un emploi du temps très chargé et bien évidemment consacré au développement économique et social de la région décentralisée.

Les obèses avaient déjà posé la question shakespearienne de leur spleen lipidique : too big or not too big ? Fat is the question ! Certes, il peut arriver au ridicule d’engraisser certains, mais les obèses en politique ne se posent jamais la question de leur embonpoint théâtral. C’est peut-être pour cela qu’ils trouvent normal d’offrir, en guise de développement, dix vélos chinois (valeur totale estimée à 300.000 FD, comme quoi la cérémonie, transport+khat+ripailles, a au moins coûté autant) à de jeunes chômeurs dans une région qui attend encore reconstruction, réhabilitation, activités génératrices de revenus; en un mot, respect.

Certains naïfs, philanthropes sur les bords, se demandaient pourquoi, à la place des vélos qui ne sont manifestement pas à leur place dans ce décor montagneux, les généreux cadres venus de la Capitale n’avaient pas offert au moins une moto-cross ? Manquerait plus que ça : déjà que le Conseil régional, à travers son vice-président qui est en même temps directeur de la branche Nord de l’EDD (lumineuse trouvaille) n’arrive pas à trouver l’énorme financement que nécessite le gasoil pour faire fonctionner le petit groupe électrogène censé alimenter le village et rapporté dans la hotte présidentielle.

Le vélo, c’est écologique et économique : quant à prétendre assurer avec cela le développement régional, c’est pédaler dans la choucroute !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 87 du mercredi 10 mars 2004

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Réalité numéro 87 du mercredi 10 mars 2004

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Un Africain juge l’Afrique
  4. Andolé : un Martyr
  5. Djibouti vu de Washington (2)
  6. L’USAID nouvelle version
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 87

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

MADAME DE MONSIEUR RPP : ENTRE OBJET ET GADGET

La Journée internationale de la Femme, célébrée le 8 mars, donne toujours lieu à un unanimisme de circonstance : le constat universel de l’inégalité entre les sexes masque le plus souvent le rôle mystificateur de certains régimes politiques dans la perpétuation de cette injustice. Les citoyens Djiboutiens d’âge avancé, se souvenant de ce que les choses étaient il y a quelque temps, voient bien le changement : jamais la Femme djiboutienne n’a autant crevé l’écran que depuis ce millénaire. Effectivement, même si les chiffres officiels incitent à la modestie en la matière, le taux d’alphabétisation des filles a sensiblement augmenté, surtout en milieu urbain : l’accès à l’enseignement conduit tout naturellement à de meilleures chances sur le marché de l’emploi. Mais, c’est l’arbre qui cache la forêt : trop souvent, la mise en scène politique de la réussite féminine par ce régime, cantonne les citoyennes dans l’un de ces deux rôles : objet ou gadget.

Objet tout d’abord. Comme si l’avancée démocratique, censée être démontrée par la participation de la Femme à la gestion des affaires publiques (au moins dans ses aspects les plus théâtralisés), était compatible avec l’usurpation essentielle que constitue l’UNFD (ou à tout le moins sa direction par élection matrimoniale), les épouses s’affichent de plus en plus aux côtés de leurs dirigeants d’époux. Sont exhibées devrait-on dire. Mais, maritalement célèbres ou anonymes, elles sont juste là pour meubler le décor : leur présence, à coups de you-you, de danses et de mascara résistant mal au climat, constitue une sorte d’adoucisseur rituel aux élans guerriers de certaines manifestations politiques. Même si les esprits chagrins auront mesuré le fossé infranchissable qui sépare les heureuses spectatrices des malheureuses danseuses ou chanteuses, une posture fondamentale les unit toutefois : sans aucune prise sur le cours des événements qu’elles viennent tout juste égayer de leur silhouette, elles sont toutes instrumentalisées pour les besoins d’une pratique politique essentiellement masculine. Car, à ce niveau, il en va de la politique comme de la cuisine : parce réservée aux hommes, la grande ne peut faire oublier que l’écrasante majorité des tâches domestiques incombent aux femmes. Et ce n’est pas un hasard : à partir du moment où il s’agit d’une activité rémunérée, rentable et valorisante, cuisine comme politique deviennent affaire d’hommes. L’Objet a donc une fonction sociale bien précise : c’est un Gadget dont l’aspect ludique ou ornemental masque la ségrégation originelle qu’il prétend ou croit maladroitement nier.

Gadget : la femme politique selon ce régime est donc un gadget institutionnel dans l’air du temps international : puisque pas de développement sans elle ayant été décrété par les Nations Unies (comme si la participation de la Femme pouvait être envisagée abstraction faite d’une réelle participation de tous les citoyens à la vie publique, donc d’une Démocratie authentique), les régimes autoritaires sommés d’être présentables promeuvent, çà et là, quelques représentantes cooptées de la gent féminine. Par pudeur, il est inutile d’exemplifier outre mesure l’utilité tout juste symbolique d’un département ministériel chargé de la promotion féminine et, comme par hasard, dévolue à une femme. Pourquoi elle et pourquoi pas à un autre poste réellement important ? Tout comme il serait inélégant de trop insister sur l’inutilité d’une représentation parlementaire féminine dans ce contexte : on chercherait en vain à quoi servent vraiment leurs collègues mâles, même avec plusieurs législatures d’expérience, dans un hémicycle qui n’a jamais présenté la moindre proposition de loi depuis 1977. Tout juste un amendement quand il s’est agi de violer un accord de paix, mais le coup venait d’ailleurs.

Donc, mesdames, ne soyez pas trop offusquées par votre inutilité fonctionnelle dans ce régime RPP : c’est tout le dispositif institutionnel vous insérant qui est un colossal gadget : c’est la vie politique version RPP qui rend stériles ses serviteurs.


Brèves nationales

Awr-Awsa… :

Le camp du désespoir ?

Le sinistre camp d’Awr-Awsa, où sont parqués depuis septembre dernier, des milliers de réfugiés et clandestins, n’en finit pas de faire parler de lui. Ainsi, ses malheureux pensionnaires voient au fil des semaines leur condition de vie se dégrader dangereusement. A tel point que le 19 février dernier, jour de l’inauguration du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, des centaines d’entre eux ont cherché à manifester leur mécontentement au passage du convoi officiel, avant d’être brutalement dispersés par les forces de l’ordre. Il semblerait que le camp soit confronté à des pénuries alimentaires et à la soif. A la fin février, les organisations humanitaires internationales auraient décidé de mettre fin à l’approvisionnement du camp. C’est la raison pour laquelle la dernière livraison de vivres effectuée le 26 février aurait été assurée par l’Etat djiboutien. Pour sa part, la pénurie d’eau constatée ces derniers temps aurait pour origine le manque de carburant. Conséquence : ces pensionnaires, dont des centaines d’enfants vivant avec leurs parents, supportent difficilement cette situation.

Au chapitre de la sécurité, rien ne s’arrange, surtout depuis le départ du petit détachement de l’AND. Agressions, viols et trafic en tout genre se multiplient. On raconte même qu’à la mi-février, trois femmes parties dans la brousse environnante pour chercher des fagots, auraient été sauvagement violées, sans que les auteurs de ces actes ignobles ne soient poursuivis et punis. Ces malheureuses victimes auraient été évacuées sur la Capitale pour y recevoir des soins médicaux. Enfin, l’administration de ce camp insolite étant chaotique, ce sont des centaines de clandestins pensionnaires du lieu qui auraient allègrement rejoint Djibouti-ville, munis de laissez-passer de complaisance vendus 3.000 FD pièce ; documents établis par des ripoux se nourrissant de la détresse humaine.

Après cela, le régime aura beau jeu de claironner que sa lutte contre l’immigration clandestine a été un succès.

Action gouvernementale et mendicité :

L’Etat-RPP partisan du moindre effort ?

On l’a vu dans une moindre mesure lors du dernier déplacement du Premier ministre à Tadjourah ou à l’occasion de la récente inauguration du projet d’eau minérale, ou encore lors du récent congrès de l’ex parti unique tenu le week-end dernier : la politique-spectacle prend une place de plus en plus prépondérante. Quand le Chef de l’Etat se déplace, ce sont tous les membres du gouvernement, tous les mal-élus de l’Assemblée Nationale, toute la haute administration publique, ainsi que les officiers supérieurs de l’Armée, de la Police et de la Gendarmerie, que le « numéro un » djiboutien entraîne dans son sillage.

Ainsi, dimanche dernier, à l’occasion de l’inauguration de nouveaux équipements de soins, dont une unité d’hospitalisation chirurgicale à Peltier entièrement financée par la coopération française, tout ce beau monde a tenu à honorer de sa présence un tel événement. Saluons au passage la générosité de la France, qui a bien voulu doter notre pays d’une infrastructure hautement performante et que n’a pas su réaliser sur fonds propres un régime proclamant pourtant que la Santé est une priorité gouvernementale. Passons sur l’omniprésence à cette cérémonie de la Première Dame et présidente de l’UNFD, flanquée de toute sa suite. Peut-être est-ce pour rappeler qu’elle avait, comme la coopération française, elle aussi fait don d’un important matériel dernier cri de mamographie (tout en exigeant devant témoins, que le meilleur soin soit assuré à ce matériel coûtant des dizaines de millions FD) que la RTD lui a généreusement consacré quelques zooms de réflexion.

Ce que nous ne comprenons pas, c’est que le pays soit obligé de s’arrêter de travailler à chaque fois que le Chef de l’Etat se déplace pour inaugurer une réalisation, aussi importante soit-elle, mais le plus souvent financée par la générosité extérieure. Malheureusement pour l’image de notre pays, mendicité rime avec publicité. Ainsi va le régime de mauvaise gouvernance du RPP en campagne prématurée.

Décentralisation/Régionales :

Secret de Polichinelle

Au détour d’un « récit commémorant les 25 ans d’existence du R.P.P », notre confrère « La Nation », nous apprend officiellement qu’après s’être le plus sérieusement auto-glorifié des actions entreprises par son parti en faveur de la « consolidation de la paix et de l’unité nationale » ( mieux vaut rire d’une telle provocation enfantine) mais aussi pour le développement socio-économique du pays, le Chef de l’Etat et du RPP a affirmé que l’un des défis à relever dans l’immédiat est à ses yeux, l’organisation des premières élections régionales au courant de cette année 2004, au regard des impératifs fixés par la politique de la décentralisation. Vous aurez comme nous relevé la courtoisie : que les partis de l’opposition apprennent par voie de presse, la tenue prochaine d’élections régionales reportées sine die, en dit long sur le déroulement, si elles ont lieu, de ces élections….

Rappelons seulement qu’aux termes de l’accord de paix du 12 mai 2001, elles devaient normalement avoir lieu en même temps que les Législatives 2003. Nous aurons bien entendu l’occasion de revenir en détail sur ce sujet d’une importance vitale pour notre pays. Contentons-nous pour l’heure de rappeler que le projet de Loi organique annexé à cet accord à été illégalement dénaturé et vidé de sa substance par la précédente Assemblée ,qui a ainsi apporté son inestimable contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale…Tandis que ni le gouvernement ni les mal-élus n’ont à ce jour ni examiné ni adopté les modalités d’applications de la loi ainsi violée. Par quel miracle ces élections régionales auront-elles lieu dans les délais annoncés alors que les régions ne sont toujours pas mises en place ?

En attendant que l’U.A.D statue sur le sujet et clarifie sa position, il apparaît d’ores et déjà que le RPP et son chef s’apprêtent à mettre l’opposition devant le fait accompli en concoctant des régions et des élections à leur manière. Comme à l’accoutumée !!!.Tricheurs !


Un Africain juge l’Afrique

L’ancien Premier ministre de Centrafrique, M. Jean-Paul Ngoupandé, a publié dans Le Monde du 18 mai 2002, le court texte dont voici des extraits, dans lequel il établit le diagnostic des maux dont souffre l’Afrique. Contrairement aux dirigeants insouciants (parce que mal élus quand ils ne sont pas illégitimes), nos compatriotes verront que ses analyses valent aussi (et peut-être même surtout) pour Djibouti, exemple frappant de l’infantilisation dans laquelle un parti qui se croit encore unique maintient ses concitoyens.


LE DISCRÉDIT QUI FRAPPE LES AFRICAINS n’a pas d’équivalent dans l’histoire contemporaine de l’humanité. Pendant les siècles de la traite négrière, nous étions assurément des victimes. Aujourd’hui, nous sommes nous-mêmes les principaux fossoyeurs de notre présent et de notre avenir. Au sortir de l’ère coloniale, nous disposions d’appareils d’Etat certes embryonnaires et répressifs, mais qui avaient le grand mérite de remplir efficacement les missions élémentaires qui leur étaient dévolues : sécurité, santé publique, éducation nationale, entretien des voies de communication.

Aujourd’hui les États sont liquéfiés dans la plupart de nos pays, les gardes prétoriennes et les milices politico ethniques ont supplanté l’armée, la police et la gendarmerie, qui ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. L’insécurité s’est généralisée, nos routes et les rues de nos villes sont devenues des coupe-gorge.

La tragédie du sida nous rappelle dramatiquement qu’avec des administrations efficaces et responsables nous aurions pu endiguer le fléau à ses débuts. Au lieu de cela, plus de 20 millions d’Africains, dont une majorité de jeunes et de cadres bien formés, ont déjà été arrachés à la vie, victimes des tergiversations de nos États et d’une ambiance sociale délétère et ludique où le sens de la responsabilité individuelle et collective s’est évaporé. Les crises politico-militaires et les violences de toutes sortes : l’appauvrissement des États pris en otage par des coteries prédatrices, la propension des dirigeants à se préoccuper essentiellement de leur sécurité et des moyens de conserver le pouvoir, tout cela a conduit au fait qu’un secteur aussi décisif pour le présent et l’avenir que l’éducation est naufragé un peu partout. L’insécurité et le désordre général, la criminalisation rampante d’États de plus en plus contrôlés par des systèmes mafieux, les lourdeurs administratives et l’absence de règles transparentes occasionnées par une corruption endémique font que les investisseurs privés ne se bousculent pas à nos portillons, loin de là. Même les donateurs publics nous considèrent désormais comme des puits sans fond et des cas d’acharnement thérapeutique.

Plus de quarante ans après la vague des indépendances de 1960, nous ne pouvons plus continuer d’imputer la responsabilité exclusive de nos malheurs au colonialisme, au néocolonialisme des grandes puissances, aux Blancs, aux hommes d’affaires étrangers, et je ne sais qui encore. Il faut que nous acceptions désormais d’assumer : nous sommes les principaux coupables.

Le basculement de nos pays dans la violence, le laxisme dans la gestion des affaires publiques, la prédation sur une vaste échelle, le refus de nous accepter entre ethnies et régions, tout cela a des causes principalement endogènes. L’admettre sera le début de la prise de conscience, et donc de la sagesse. On me dira que c’est dédouaner trop facilement la responsabilité de l’extérieur. Mais les accusations de ce type, nous n’avons fait que les proférer depuis quarante ans, surtout nous, les intellectuels. Le problème aujourd’hui, c’est que les accusés ne prêtent plus la moindre attention à nos réquisitoires qui ont, soit dit en passant, pris un bon coup de vieux, parce que le monde dont nous parlons n’est plus le leur.

Nos jérémiades, nos gesticulations ne touchent plus personne outre-Méditerranée et outre-Atlantique. Je crains en réalité que nous ne nous trompions de planète. Depuis la fin du conflit idéologique entre l’Est et l’Ouest, nous ne sommes plus un enjeu parce que nous ne pesons plus dans la nouvelle compétition, celle de la conquête de marchés porteurs.

Un et demi pour cent des échanges commerciaux dans le monde (dont 40% pour le pays de Mandela) : voilà ce que représente l’ Afrique subsaharienne sur le nouvel échiquier de notre planète. Autrement dit, nous ne sommes rien, et nous n’avons pas voix au chapitre. Cela se constate aisément, pour peu que nous prêtions attention aux préoccupations des grands décideurs, aux flux commerciaux et aux centres d’intérêt des médias.

Il y a donc pour nous, en ce début du troisième millénaire, une urgence absolue. nous préoccuper de ce que nous avons à faire nous-mêmes pour tourner le dos à la logique de l’autodestruction, tenter de nous réinsérer dans l’économie mondiale, et tout essayer pour en finir avec la marginalisation.

Le premier signe attendu de nous par les rares bonnes volontés qui s’expriment encore en faveur de l’Afrique est que nous commencions enfin à pointer du doigt la racine du mal africain. Nous-mêmes, autrement dit nos dirigeants, nos élites, et même nos populations dont la résignation parfois désarmante laisse le champ libre aux seigneurs de la guerre et offre une masse de manœuvre aux gouvernements tribalistes et prévaricateurs. Un début de visibilité de notre prise de conscience plaiderait en notre faveur et encouragerait ceux qui croient qu’il n’est pas raisonnable de gommer du jeu mondial plus de 700 millions d’Africains subsahariens. (.)

(.) Nous gagnerons en crédibilité à partir du moment où nous serons capables de nous regarder en face, pour reconnaître enfin que tout ce qui nous arrive est d’abord de notre faute. Nous serons plus crédibles pour dire à tous ceux qui considèrent l’Afrique comme un continent perdu qu’ils ont tort. Elle est certes en panne, mais décréter sa mise hors jeu définitive ne règle aucun problème. Entre la condescendance, qui signifie mépris et infantilisation, et l’abandon qui ne dit pas son nom et qui est une forme de politique de l’autruche, il y a place pour un regard responsable sur la crise africaine.

Un tel regard commence d’abord par s’éloigner des idées reçues, en particulier les généralisations hâtives et les conclusions radicales. L’Afrique est un continent. C’est le premier rappel élémentaire à formuler.

Sur cinquante-trois États, il s’en trouvera bien deux, trois ou quatre pour prendre le chemin du sérieux. Seule une observation attentive et non dogmatique permettra de les identifier. Dans cette hypothèse, l’intérêt de l’Afrique, de l’Europe et du monde commanderait qu’ils soient franchement appuyés, au lieu du saupoudrage qui n’a jamais induit un cycle de développement. Un appui franc et massif accordé à des pays manifestant clairement une volonté de s’en sortir par le sérieux et le travail acharné servirait de contre-exemple pour les mauvais gestionnaires.

…………………….

JEAN-PAUL NGOUPANDE (18 mai 2002) * Jean-Paul Ngoupande, ancien premier ministre centrafricain, est député d’opposition en exil.


Andolé : un Martyr

Contre la prescription de la mémoire

Toute Histoire est riche, de gloire comme de tragédies. Les profanes qui cherchent à imposer un discours mensonger sur l’Histoire de notre pays en seront quittes à revoir leur copie (suivez notre regard…) Il est admis et prouvé que certaines résistances ont été à Djibouti, antérieures à d’autres ! D’autres ont été médiatisées à outrance et à dessein ! Certaines ont été occultées… Parce que, par définition, toute Histoire est un enjeu de mémoire et de pouvoir. Refuser de prendre nos morts en otage du présent, c’est restituer à chacun la place qui fut la sienne dans la longue et douloureuse lutte d’Indépendance. C’est ne pas tomber dans la facilité mesquine consistant à profiter du flou chronologique (flou surtout pour les jeunes générations) en accusant certains de crimes dont seul le colonialisme a été coupable. Il ne viendrait donc jamais à l’esprit d’un dirigeant sérieux de rendre tel inspecteur de la police coloniale responsable de la mort de quelque martyr que ce soit : ce serait lui accorder plus d’importance qu’il n’en avait dans le dispositif répressif, donc dans l’Histoire tout court ! A cet égard au moins, le tragique destin du patriote Abdourahman Djama Andoleh mérite un rappel historique dépassionné. C’est le minimum de justice qui puisse lui être ici rendu.


 

Il s’appelait Abdourahman Djama Hassan, plus connu sous le surnom hérité de son père Abdourahman Djama Andoleh. Arrêté à son domicile par la Gendarmerie Française deux jours après le soulèvement populaire consécutif au référendum du 19 mars 1967, il ne reviendra plus chez lui. Déclaré mort par le colonialisme dans la nuit du 27 au 28 mars, soit exactement une semaine après son arrestation, il laisse derrière lui un nom, le sien mort pour l’indépendance du pays, une veuve, elle aussi décédée et sept enfants. Mais surtout un vide sur les conditions exactes de sa mort. Car, depuis l’indépendance, aucune action n’a jamais été entreprise à quelque niveau que ce soit pour éclaircir ce mystère de la brutalité coloniale, ni pour écrire la riche et tragique histoire des martyrs de la libération nationale.

Car le colonialisme a beaucoup écrit son histoire, à sa façon, surtout en ce qui concerne son arrivée et sa présence dans ses anciennes possessions. Si les archives d’outre-mer peuvent utilement être consultées pour qui tente de comprendre le point de vue officiel de l’Histoire, il appartient aujourd’hui aux jeunes générations, plus éduquées que celles de leurs parents, d’œuvrer pour que soient entamées les recherches indispensables pour mieux éclairer et saisir cette période aussi complexe que douloureuse de son peuple, en confrontant les données disponibles documents écrits et les témoignages oraux des protagonistes encore en vie. Seule cette démarche sans exclusive permettra de dégager une vérité historique acceptable puisque proche de la réalité. Chaque évènement devant ainsi être placé ou replacé dans son contexte historique et spatial.

C’est une telle démarche, refusant d’être mystifié par la propagande officielle de tous ceux ayant intérêt à la perpétuation des ténèbres de l’ignorance, qui nous avait permis de vous livrer dans notre journal, à la veille du 25ème anniversaire de notre Indépendance, un sommaire correctif sur l’histoire coloniale française et des luttes anti-colonialistes sur notre territoire. Texte d’ailleurs riche en informations inédites et qui a pu permettre à nos lectrices et lecteurs de saisir l’évolution des différentes périodes coloniales et les noms d’illustres héros et bien d’autres combattants anonymes qui avaient donné de leur vie pour un idéal : La Liberté.

Les lignes qui suivent tenteront donc de mieux faire connaître aux lecteurs un grand martyr national, mort pour sa patrie, assassiné sauvagement par les forces de répression coloniale dans la nuit du 27 au 28 mars 1967 et dont la mémoire doit, plus que jamais, rester présente : il est temps que le silence officiel soit enfin rompu et que les conditions de son assassinat soient élucidées, en déterminant toutes les responsabilités.

Le martyr Abdourahman Djama Andoleh n’avait que 45 ans la nuit « officielle » de sa mort. Mort jeune pour ses idéaux, il avait été de cette génération africaine, de ces hommes de notre contrée et fut un de nos premiers combattants pour la liberté à comprendre que la fin de la Seconde Guerre Mondiale était une occasion inespérée pour les peuples opprimés d’exprimer leurs aspirations et que la libération de leur pays n’était pas différente de celle de la France, laquelle a vu le sacrifice de nombreux fils de ce petit pays. En fait une prise de conscience du caractère universel de la Liberté.

Très tôt, il fourbit ses premières armes dans le militantisme syndical pour la défense des droits des travailleurs comme d’autres de ses compatriotes notamment Moussa Ahmed Idriss et Ahmed Dini Ahmed.

Membre incontournable du Syndicat des Cheminots il fut l’un des premiers autochtones à sérieusement inquiéter le colonisateur et son administration locale, pour la simple raison qu’en plus de ses dons d’orateur, il maîtrisait parfaitement le français et l’arabe. Parallèlement à ses activités syndicalistes, il était membre du parti indépendantiste le Parti du Mouvement Populaire (PMP) dirigé par Moussa Ahmed Idriss. Toutes raisons qui donnaient aux autorités françaises l’occasion de porter une attention particulière à sa personne.

Syndicaliste infatigable, il fut ensuite désigné au poste de Secrétaire Général du puissant syndicat des Cheminots du Chemin de Fer Franco-Ethiopien. C’est donc à ce titre que les autres syndicats de base le choisirent tout naturellement comme leur représentant lors du Congrès International des Travailleurs de tous les pays, tenu le 1er mai 1960 en Chine Populaire. Il faut noter qu’à cette époque le seul moyen offert par le colonialisme pour la revendication des droits des indigènes passait par le syndicalisme. (Depuis 1999, on appelle cela à Djibouti « faire du social » avec le syndicalisme en moins).

Selon des témoignages M. Andoleh était très redouté par la France et lui-même courageux pour assumer haut et fort ses engagements tant politiques que syndicaux. Toutefois, à son désavantage, il évoluait dans un contexte international d’émancipation et de lutte anticolonialiste, amplifié par un rapport de force idéologique entre puissances mondiales, le tout bien évidemment au détriment des peuples opprimés placés, selon le mot de feu Julius Nyéréré, dans la position d’une sardine à laquelle un gourmet demanderait si elle préfèrerait être cuite au beurre ou à la margarine. La France de la fin des années 1950 et du début de 1960 était donc non seulement menacée mais perdait surtout du terrain dans ses colonies d’Asie et d’Afrique : Dien Bien Phu était passé par là.

Djibouti, alors dénommée Côte Française des Somalis – CFS, seule colonie française d’Afrique de l’Est, ne pouvant nullement échapper au raz- de-marée de la décolonisation, devenait de plus en plus vitale pour les intérêts de la France et même de tout l’Occident « capitaliste » : en dépit de la doctrine américaine du « droit des peuples à l’autodétermination », il était difficilement concevable de tolérer la moindre velléité indépendantiste dans cette région plus géostratégique que pourvoyeuse en matières premières utiles aux usines des nations industrialisées. En ce sens que l’unification aussitôt indépendantes des deux Somalie ( britannique et italienne) constituait une menace directe pour la France, par effet de contagion.

Laquelle France gaullienne ne pouvant donc admettre une remise en cause de sa présence en Mer Rouge et dans l’Océan Indien, le voyage de M. Andoleh entrepris en pays communistes ne pouvait que froisser une France pourchassée par ses bataillons de libérateurs, qu’elle continuait pourtant à encore coloniser.

Cette inquiétude des autorités françaises de Djibouti est remarquablement confirmée par une note interne de la Sûreté Générale au Commissaire Spécial du Port et de l’Aéroport, en date du 21 mai 1960. Ce document n°2253, concernant le dossier Andoleh, était ainsi écrit : « Je vous prie de prendre toutes dispositions pour que, à son arrivée en CFS, Abdourahman Djama, employé au CFE, soit soumis à un contrôle très stricte de ses bagages ». Ceux, encore vivant aujourd’hui, qui étaient à l’époque responsable de ces points d’entrée à la frontière confirment à la fois les signatures et les instructions contenues dans cette note.

Plus que ses bagages, c’est sa propre personne qui fit les frais de ce contrôle colonial : quelques jours après son arrestation, on le retrouve mort dans les environs du barrage, le corps criblé de 17 balles et les yeux crevés. Pour la version officielle, reprise par «Le Réveil de Djibouti », il aurait enfreint le couvre-feu : on se demande alors pourquoi s’être acharné sur un cadavre ? En fait, il est probable que ses yeux aient été crevé dans le cadre d’une torture plus générale. C’est ainsi que semble l’avoir compris le quotidien Le Monde qui parlait pour sa part de l’assassinat d’un leader indépendantiste.

Et c’est pour cela que toute la lumière devra tôt ou tard être faite sur ce meurtre. Mieux vaut tôt que tard.


Djibouti vu de Washington (2)

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Deuxième partie)

Voici la seconde partie du rapport 2003 que le Bureau d’études, relevant du Département d’Etat américain, a dressé de la situation des droits de l’Homme à Djibouti. Nous réservons nos commentaires de ce document officiel pour la semaine prochaine, avec sa troisième et dernière partie.


Section 2 Respects des libertés civiles ; incluant :

a. Liberté de parole et de la presse

La Constitution autorise la liberté d’expression et de la presse ; toutefois, le Gouvernement a restreint ces droits dans la pratique. La loi interdit la diffusion de fausses nouvelles et encadre la publication des journaux. La Constitution interdit la calomnie. Le gouvernement est propriétaire du principal journal, La Nation, publié deux fois par semaine. De plus, chaque parti politique légal est autorisé à publier son propre journal. Il y a plusieurs bulletins d’opposition paraissant chaque semaine ou chaque mois et qui critiquant ouvertement le gouvernement.

Le 15 mars 2003, Daher Ahmed Farah a été arrêté et détenu une journée pour « atteinte au moral de l’armée » et d’autres charges émises contre lui par le chef d’état-major de l’armée, le Général Zakaria Cheik Ibrahim. Les charges s’appuyaient sur un article du 6 mars qui accusait le commandant de l’armée de détournements à des fins partisanes. Le Général Zakaria porta plainte une seconde fois contre Farah à propos d’un article du 17 avril accusant le Général de « manque de neutralité » et avançant que le Général demandait à ce que le personnel féminin de la troupe militaire Harbi le divertisse en tenue de sport. Farah a été emprisonné le 20 avril et relâché le 3 juin ; cependant, il a été à nouveau incarcéré le 5 juin, acquitté et libéré le 23 juin, mais reconnu coupable en appel le 9 juillet et réincarcéré. Il fut libéré le 5 août. Le gouvernement a imposé une interdiction de parution de six mois au Renouveau à partir de l’emprisonnement de Farah, du 20 avril au 20 octobre 2003.

L’importation et la vente des journaux du Somaliland, Jamhuuriya et le Républicain sont effectives à la fin de l’année.

Le gouvernement possède également la station de radio et de télévision. Les médias publics ne sont généralement pas critiques envers les leaders et la politique du régime. La RadioTélévision de Djibouti (RTD), station officielle du gouvernement, émet 24 heures par jour dans quatre langues à la radio. La BBC (British Broadcasting Corporation) et RFI (Radio France International) émettent également à partir du territoire. Durant l’année, l’International Broadcasting Board (Bureau de Diffusion Internationale) a débuté à la fois la diffusion de Voice Of America (La Voix de l’Amérique) et de Radio Sawa en FM et en MW.

A la fin de l’année, le gouvernement n’avait toujours pas mis en place la Commission Nationale chargée de surveiller le respect du pluralisme de l’information et seule habilitée à accorder des autorisations pour la création de journaux, de radios et de télévisions libres, comme cela est prévu par la Loi de 1992 relative à la liberté de communication. Le seul server Internet du pays appartient au gouvernement. Contrairement à l’année 2002, le gouvernement n’a pas empêché l’accès à des sites d’opposition ou de défense des droits de l’homme. D’une manière générale, le gouvernement n’oppose aucune restriction à la liberté d’enseignement. Globalement, les enseignants peuvent librement s’exprimer et conduire leurs recherches sans entrave, à condition qu’ils ne violent pas les lois relatives à la sédition.

b. Liberté de Rassemblement et d’Association pacifiques

La Constitution garantit la liberté de rassemblement ; toutefois, le gouvernement limite ce droit dans la pratique. Le ministère de l’Intérieur exige une autorisation préalable pour tout rassemblement pacifique et contrôle les activités des partis politiques d’opposition. Contrairement à ces dernières années, le gouvernement a autorisé en plusieurs circonstances les partis d’opposition à tenir des rassemblements pacifiques. En février et mars, l’opposition a organisé plusieurs manifestations à la suite des législatives ; ces manifestations sont restées pacifiques, malgré une présence policière massive. Certains leaders d’opposition ont pratiqué avec efficacité l’autocensure et se sont abstenus d’en appeler sans cesse aux manifestations populaires, pour éviter toute radicalisation du régime.

Le 24 mars, deux élèves ont été sérieusement blessés lorsque la police locale a tiré contre des pacifistes. Le 16 août, la police a usé de la force et des gaz pour disperser une manifestation contre la politique d’immigration. La police a battu plusieurs manifestants et il a été reporté que 50 personnes environ ont été reconduites à la frontière éthiopienne.

Aucune action n’a été engagée à l’encontre des forces de sécurité qui ont fait un usage excessif de la force pour disperser une manifestation en 2002.

La Constitution garantit la liberté d’association lorsque certaines exigences légales sont remplies ; toutefois, le gouvernement restreint ce droit dans la pratique. Il est demandé aux partis politiques d’être reconnus par le gouvernement ; en septembre 2002, le gouvernement a mis fin à la limitation des partis légalement autorisés. Le gouvernement continue de harceler et d’intimider les opposants. Les associations apolitiques doivent également être enregistrées au ministère de l’Intérieur. Des responsables Baha’i ont déclaré avoir été interdits de légalisation.

c. Liberté religieuse

La Constitution, tout en déclarant l’Islam religion d’Etat, autorise la liberté religieuse et le gouvernement respecte généralement ce droit en pratique ; toutefois, le prosélytisme est interdit. Bien que l’Islam soit religion d’Etat, le gouvernement n’impose aucune sanction à l’encontre de ceux qui choisissent d’ignorer l’enseignement de l’Islam ou de pratiquer d’autres religions. Plus de 99% de la population est sunnite. Le gouvernement exige que les groupes religieux soient enregistrés au ministère de l’Intérieur. Les leaders Baha’i ont déclaré que la légalisation leur avait été refusée. Il n’y a aucune interdiction légale contre le prosélytisme ; toutefois, il est découragé.

d. Liberté de circulation intérieure, voyage à l’extérieur, immigration et rapatriement

La Constitution garantit ces droits ; toutefois, le gouvernement les restreint parfois dans la pratique. Par exemple, un juge peut ordonner la saisie du passeport de certaines personnes sous surveillance judiciaire ou en attente d’un procès. Durant l’année écoulée, il n’a pas été fait état de personnes interdites de quitter le pays. Dans les districts de Tadjourah et d’Obock, les mines terrestres ont restreint dans les années 1990 la liberté de circulation. Le gouvernement continue ses efforts de déminage. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été fait état d’épouse interdite de voyager sans l’autorisation d’un parent mâle.

La loi prévoit d’accorder l’asile aux réfugiés et aux personnes correspondant à la définition de la Convention des Nations-Unies de 1951 relative au Statut des Réfugiés ou à son Protocole de 1967. Dans la pratique, le gouvernement accorde la protection contre le refoulement de personnes sous la protection du HCR. Le gouvernement coopère avec le HCR ; toutefois, le gouvernement n’accorde pas comme il le devrait le statut de réfugié ou l’asile. Le pays a accueilli une population estimée à environ 50.000 réfugiés et étrangers clandestins à la fin de l’année. Quoique le gouvernement ne reconnaisse plus officiellement les réfugiés sous la protection du HCR, il coopère avec le HCR en fournissant assistance à 21.000 Somaliens et Ethiopiens enregistrés dans les deux camps de Hol-Hol et Ali-Addé.

Le 26 juillet, le gouvernement a annoncé que tous les étrangers en situation irrégulière – essentiellement d’Ethiopie, de Somalie et du Yémen- avaient jusqu’au 31 août pour quitter le pays. La date-butoir a ensuite été repoussée au 15 septembre. En réponse à cet ordre d’expulsion, des milliers de clandestins étrangers ont quitté le pays avant la date limite. Des rapports indiquent qu’il y a eu de nombreux cas de décès dus à cette politique d’expulsion. Certains individus sont morts d’insolation après que les forces de sécurité les aient déposés à la frontière. D’autres décès sont rapportés à la gare ferroviaire et dans le centre de transit d’Aouaraoussa, un ancien camp de réfugiés, du fait de la surpopulation et du manque de moyens. Les autorités ont annoncé que plus de 80.000 étrangers en situation irrégulière ont quitté le pays à la suite de cette décision d’expulsion ; toutefois, la LDDH a rapporté que plus de 110.000 avaient en fait quitté le pays.

De nombreux étrangers exprimant leur crainte de persécution en cas de retour dans leur pays d’origine furent rassemblés dans le stade de la Capitale puis transférés au centre de transit d’Aouraoussa. L’office gouvernemental d’assistance aux réfugiés et victimes de désastre (ONARS) était chargé de la gestion de ce centre de transit, en collaboration avec le HCR et les autres organisations internationales. La Commission Nationale d’éligibilité a été reconstituée afin de reconsidérer les cas d’asile. Le HCR a réétudié chaque demande d’asile, interrogeant les demandeurs, puis transmis les dossiers à la Commission afin qu’elle statue. Le 8 novembre, la Commission a commencé cet examen des demandes d’asile dans le centre de transit.

Les demandeurs auxquels l’asile sera accordé seront expédiés dans un camp de réfugiés ; ceux dont la demande sera refusée se verront renvoyés dans leur pays d’origine. En tout, il y avait environ 8.000 personnes demandant l’asile ; 4.000 d’entre elles étaient supposées être des Somalis du Sud ayant auparavant bénéficié du statut de réfugié et 4.000 autres auxquelles ce statut n’avait pas encore été attribué à la fin de l’année. Durant l’année écoulée, le HCR a rapatrié 249 réfugiés du Somaliland arrivés dans le pays au moment de la guerre civile. Certains rapports non confirmés ont fait état de retour forcé dans leur pays, spécialement l’Éthiopie, de personnes craignant une persécution. Contrairement à l’année dernière, aucun rapport n’a indiqué que les forces de sécurité aient utilisé, sous peine de déportation, des étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcée dans des projets publics ou pour leur propre besoin.

Section 3. Respect des droits politiques : droit des citoyens à changer de gouvernement

Le gouvernement accorde aux citoyens le droit de changer de régime ; toutefois, le gouvernement limite ce droit dans la pratique.

Le candidat RPP Ismael Omar Guelleh, successeur désigné de l’ancien Président Hassan Gouled Aptidon, a gagné l’élection présidentielle de 1999 avec 74% des voix. Pour la première fois depuis le début d’élections multipartites en 1992, aucun groupe n’a boycotté le scrutin. Bien que Moussa Ahmed Idriss et l’ODU aient contesté les résultats, dénonçant des « irrégularités » et affirmant que des « étrangers » ont voté dans différents quartiers de la Capitale, les observateurs nationaux et internationaux ont considéré que cette élection a été d’une manière générale juste et transparente, parlant juste de quelques irrégularités mineures.

En janvier 2003, a pays a connu ses premières élections multipartites. Ces élections législatives mettaient aux prises l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) coalition pro-gouvernementale et celle de l’opposition, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD). L’UMP était dominée par le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), parti au pouvoir depuis l’Indépendance, et comprenait également le Parti National Démocratique(PND), le Font pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) et le Parti Populaire Social-Démocrate (PPSD). L’UAD était composée de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), du MRD, de l’Union Djiboutienne pour le Développement et la Justice(UDJ) et du Parti Djiboutien pour le Développement (PDD). Avec précaution, le RPP continuait de contrôler le système politique. Les chiffres officiels ont enregistré la victoire de la majorité UMP dans tous les cinq districts. L’UMP a raflé tous les 65 sièges à pourvoir, bien que l’UAD ait obtenu 37% des voix.

Des observateurs de l’Union Africaine, de la Ligue Arabe et de l’Agence Intergouvernementale des Pays Francophones ont noté les conditions pacifiques de déroulement de ce scrutin, mais ont également reconnu des irrégularités dans le processus électoral. L’opposition a dénoncé des fraudes massives surtout au niveau des listes électorales qui n’ont pas été rendues publiques et a accusé le gouvernement d’avoir bourré les urnes, mobilisé des unités militaires pour procéder à des votes multiples et pour intimider les sympathisants de l’opposition, enfin manipulé le décompte des voix dans certains districts. Le 20 février, le Conseil Constitutionnel a rejeté la demande de l’UAD en annulation des élections.

Il y avait 7 femmes pour les 65 sièges. Sept sièges de députés ont été réservé aux femmes par décret présidentiel lors des élections de janvier 2003. les premières femmes du pays à devenir membres de l’Assemblée Nationale le furent avec la législature UMP en février. Hawa Ahmed Youssouf fut nommée Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, en charge de la Promotion de la Femme et des Affaires Familiales et Sociales. Khadija Abeba, Présidente de la Cour Suprême, est la femme la plus haut placée et, en vertu de la Constitution, pourrait assurer l’intérim du Président de la République en cas de vacance du pouvoir.

Sur ces 65 députés de cette législature, il y a 9 membres de clans minoritaires non Somali-Issa (Issaks, Gadaboursi, Darood, Fourlaba) et Arabes. 3 membres sur 20 de la Commission Permanente sont issus de minorités. Le sous clan du Président, les Issa-Mamassan, détiennent un pouvoir disproportionné dans les affaires de l’État. Les Afar occupent des postes ministériels subalternes ; toutefois, ils ne sont pas non plus correctement représentés aux niveaux inférieurs. La représentation des clans Somali autres que celui des Issa et des citoyens d’origine yéménite est officieusement limitée à un poste ministériel. Il y a également une limitation officieuse du nombre de députés pour chaque groupe.

A suivre.


L’USAID nouvelle version

Certains esprits avides de changement démocratique se poseront peut-être une question essentielle: par quelle magie du dédoublement d’État les Américains peuvent-ils à la fois émettre un jugement aussi dépréciatif sur le système politique djiboutien et reconduire une coopération interétatique allant crescendo depuis la lutte antiterroriste. Mais, en vérité, il n’y a aucune contradiction entre la dénonciation officielle des penchants dictatoriaux et la sauvegarde des intérêts stratégiques d’une Nation américaine traumatisée par les attentats terroristes. Pour preuve, voici les nouvelles orientations de la coopération américaine que l’USAID (organe de l’aide internationale) devra mettre en œuvre.


 

L’USAID PROPOSE UNE NOUVELLE STRATÉGIE D’AIDE A L’ÉTRANGER

(Elle viserait à répondre aux besoins variés des pays.)

L’administrateur de l’Agence des États-unis pour le développement international (USAID) , M. Andrew Natsios, a déclaré, le 25 février, lors d’une intervention devant le comité consultatif de l’USAID sur l’aide étrangère directe, que cet organisme proposait une nouvelle façon de distribuer l’aide étrangère afin de mieux répondre aux besoins variés des pays ayant un niveau de revenus inégal.

La nouvelle stratégie comprendrait cinq volets et chercherait, en premier lieu, à aider les pays à instituer les changements fondamentaux qui leur permettraient d’avancer aux plans économique et social sans avoir à dépendre de l’aide étrangère. Il s’agit là de non seulement réduire la pauvreté, mais de promouvoir également l’égalité des sexes et la protection de l’environnement .

La nouvelle direction sous-tendant la distribution de l’aide étrangère a déjà porté ses fruits alors que les pays réalisent que le fait de bien gouverner, d’investir dans leur population, et de mettre en oeuvre une réforme économique peut leur faire bénéficier d’une aide financière plus importante dans le cadre du Compte du millénaire.

La nouvelle stratégie comprend des mesures visant à renforcer les pays fragiles, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas en mesure de fournir des services fondamentaux à leur population ou qui ne veulent pas le faire et ceux qui sont encore faibles mais qui enregistrent des progrès aux plans de la stabilité et de la gouvernance.

L’USAID, a expliqué M. Natsios, collaborerait avec le Congrès et d’autres organes du gouvernement de façon à trouver des ressources indépendantes de celles qui sont consacrées au développement pour promouvoir la stabilité, la relance économique et la réforme du gouvernement dans les Etats déstructurés ou à la dérive.

Un troisième élément de la stratégie consisterait à fournir une aide humanitaire aux pays qui en ont un besoin urgent « sans pénaliser ceux dont l’engagement du gouvernement est insuffisant ». Il s’agirait de mettre l’accent sur la prévention des catastrophes, de faire fond sur les capacités locales de répondre à une catastrophe et de protéger les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays.

Le quatrième élément de cette stratégie consisterait à aider les pays en s’appuyant sur des considérations liées aux priorités en matière de politique étrangère.

Mettre l’accent sur des questions revêtant une importance mondiale, telles que le VIH/sida et la traite des êtres humains, constituerait le cinquième volet de la stratégie.

Faisant remarquer que l’aide étrangère n’était plus le fait d’une seule opération, M. Natsios a précisé que l’USAID était désormais représentée aux plus hauts échelons de la prise de décisions au sein du gouvernement des États-unis et qu’elle avait élaboré un plan stratégique de concert avec le département d’État afin d’harmoniser les objectifs en matière de politique étrangère et de développement.

………………………

(Diffusé par le Bureau des programmes d’information internationale du département d’État. Site Internet; http;//usinfo.state.gov/francais/)

COMMENTAIRES

Sans trop empiéter sur les remarques à propos du rapport du Département d’Etat relative à la situation des droits de l’homme à Djibouti en 2003, que nous réservons pour la semaine prochaine, nous ne pouvons qu’exprimer notre satisfaction. Celle également de tous les Djiboutiens aspirant à des réformes démocratiques fondamentales : le soutien accordé aux Etats-Unis dans le cadre de la lutte contre le terrorisme n’assurera aucune impunité aux régimes dictatoriaux. Encore moins un chèque en blanc pour financer la mauvaise gouvernance.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 86 du mercredi 3 mars 2004

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Réalité numéro 86 du mercredi 3 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Droit de réponse du ministère de l’Éducation nationale
  4. Djibouti vu de Washington
  5. L’habit ne fait pas le moine
  6. Réhabilitation : Obock, ô désespoir
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 86

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA MAUVAISE BLAGUE DE LA BONNE GOUVERNANCE

L’office djiboutien du Tourisme a trouvé il y a quelques années, pour ses affiches publicitaires, un bien étrange slogan : « Djibouti, l’autre façon de vivre l’espace ». Etrange car l’espèce humaine n’a qu’une seule façon de vivre son espace : l’utilisation optimale des ressources disponibles, c’est-à-dire l’harmonie avec l’écosystème. Par contre, si le rapport à la nature tout court est somme toute banal, même au regard de la rudesse du climat, le décor dans lequel se meuvent les Djiboutiens, citadins comme ruraux justifierait amplement un détournement plus approprié : « Djibouti, l’autre façon de vivre la politique».

Ici, c’est le plus normalement du monde qu’un Ministre chargé de faire respecter le Statut de la Fonction Publique, désigne comme Directeur un (e) stagiaire (qui ne serait même pas recruté(e) officiellement), en violation de toutes les règles en vigueur et de toutes les hiérarchies établies. Ici aussi, tout le monde trouve normal (peut-être parce qu’il n’est pas dans nos valeurs islamiques de tirer sur une ambulance) qu’un ancien Premier ministre soit nommé en qualité d’Ambassadeur au Vatican (tolérance religieuse ?) avec longtemps résidence dans le palais de son ancienne fonction.

Par contre, il paraîtrait que les militaires acceptent de moins en moins facilement que les soldes varient en fonction de l’appartenance clanique puisque, en fin de compte, c’est la seule différence palpable entre AND et Garde Présidentielle ; à la parade près. Par contre, c’est sans crainte du ridicule qu’un ancien Ministre des Affaires Etrangères se retrouve du jour au lendemain Ambassadeur quelque part, obéissant aux directives d’une administration centrale hier à ses ordres, sans parler de l’actuel Premier ministre à l’époque obscur attaché d’ambassade. Tout cela, il parait que ce seraient les preuves indiscutables de la bonne gouvernance façon RPP. Sans rire !

Justement, en parlant de tout cela, d’ancien Ministre et d’actuel Ambassadeur, il paraîtrait que les parlementaires européens de passage ici auraient chaleureusement vanté les avancées de la bonne gouvernance à Djibouti. Même le journaliste à la posture obséquieuse, en charge d’une interview publicitaire parue lundi dernier dans La Nation, en est resté pantois. Extraits sans rire, parce que la réalité est grave : « Les performances djiboutiennes en matière économique, les réformes institutionnelles engagées ainsi que les efforts pour faire reculer la pauvreté sont aujourd’hui perçus par nos partenaires européens comme des signes de bonne gouvernance et de clairvoyance politique. C’est tout à l’honneur du président Ismael Omar Guelleh ». Un constat s’impose, car il est inutile d’insister sur l’aspect griot, de l’un et de l’autre : les notables d’Ali-Sabieh ont plus de bon sens que l’Ambassadeur de Djibouti auprès de l’Union Européenne. Certainement parce qu’ils sont plus proches que lui des réalités économiques et sociales du pays ; lesquelles ne sont guère réjouissantes.

Parler de la bonne gouvernance du régime RPP est donc la plus mauvaise blague que l’on puisse faire aux Djiboutiens : à qui profite ce crime ? Que cherche donc le régime en faisant croire à de pareilles insanités, puisque mauvaise gouvernance, corruption et gaspillage sont concrètement et quotidiennement observables ? Pour une fois, cette mystification est essentiellement à usage interne : dire que même la communauté internationale ne pourra pas tirer le Peuple djiboutien des griffes des prédateurs au pouvoir ! C’est tout.

C’est tout, car le fin mot de l’histoire se trouve également en page 2 de ce numéro de La Nation. Au journaliste lui demandant si Djibouti n’allait pas « figurer pendant encore longtemps parmi les autres éternels assistés que compte notre continent », l’ancien Ministre et actuel Ambassadeur a symptomatiquement répondu : « Pas du tout. Et venant de vous, cette question me surprend dans la mesure où, et en tant qu’homme de presse, vous avez la possibilité de suivre de près l’évolution de la situation économique de notre pays ».

Justement, c’est peut-être parce qu’il est journaliste suivant de près et patati patata, que cette question lui est spontanément venue à l’esprit. Mais, dans la « bonne » gouvernance version RPP, l’esprit n’est pas vraiment primordial, surtout s’il se veut libre et critique : le ventre suffit. Alors, bon apppêtit, Excellences.


Brèves nationales

Fruits et légumes :

Vers la fin de la pénurie ?

Les consommateurs Djiboutiens ont été privés de fruits et légumes frais la semaine dernière, suite à un litige opposant les importateurs à l’administration fiscale qui exigeait le paiement de l’impôt sur les bénéfices pour l’exercice 2003. Conséquence de cette situation, les prix de ces denrées ont triplé et un début de pénurie s’est installé, provoquant l’ire des consommateurs.

Il est tout de même navrant de constater que plus d’un quart de siècle après notre Indépendance, notre pays reste encore totalement dépendant de l’étranger pour son approvisionnement en produits maraîchers. Afin de tendre un tout petit peu vers l’autosuffisance alimentaire qui ne semble pas pour demain, malgré tous les efforts du ranch présidentiel du Day, les cultivateurs nationaux devraient être encouragés par l’État pour augmenter leur production. Aux dernières nouvelles, la partie de bras de fer engagé entre l’État et les importateurs de fruits et légumes aurait pris fin après que ces derniers eurent accepté de s’acquitter de leurs impôts.

En principe, l’approvisionnement normal reprendra ce mercredi, au grand soulagement des consommateurs.

Séminaire des chambres de commerce régionales :

Curieuse absence du grand voisin

Selon le journal gouvernemental La Nation, qui rapporte l’événement, un séminaire regroupant les chambres de commerce et le secteur privé des pays membres de l’IGAD se tient depuis quelques jours à l’hôtel Sheraton de djibouti. Au vu de la liste des pays représentés, nous sommes surpris de constater l’absence de notre grand voisin et principal partenaire commercial, à savoir l’Éthiopie.

Pourtant, la chambre de commerce de Djibouti et la chambre nationale de commerce de l’Éthiopie entretiennent des relations suivies et fructueuses depuis de longues années. Que notre confrère ait manqué de relever et de commenter cette absence remarquée est en soi éloquent. Pour notre part, nous regrettons cette absence et cherchons à comprendre… surtout quand notre confrère écrit : « Notons que l’ensemble des représentants du secteur privé régional est représenté : la chambre nationale de commerce de l’Érythrée, la fédération des employés de l’Érythrée, la chambre nationale de commerce et d’industrie du Kenya, la chambre nationale de commerce et d’industrie ougandaise, la fondation du secteur privé ougandais, l’union soudanaise des chambres de commerce, la fédération soudanaise des affaires, le conseil des affaires somalien et les représentants du secteur privé djiboutien. ». Géographie à revoir!

As-Eyla-Yoboki :

Eau potable, un luxe?

Alors que le régime insouciant et fanfaron claironne que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement demeure une priorité, il nous a paru opportun de rappeler la difficile condition des habitants d’As-Eyla et de Yoboki, deux localités du Sud-Ouest où l’eau potable servie est impropre à la consommation. Cela fait des années que la population d’As-Eyla se plaint régulièrement de la mauvaise qualité de l’eau courante consommée dans sa ville. Cette dernière provenant d’un forage creusé par l’administration coloniale est peu potable du fait de sa salinité et de sa forte teneur en sulfate. D’un goût âcre, elle serait également à l’origine des multiples maux de ventre dont souffre ceux qui la boivent, et ils sont malheureusement nombreux. Pourtant, un puits traditionnel possédant une eau aussi abondante que douce et d’excellente qualité, est situé à quelques centaines de mètres de la ville.

Qu’attendent donc les pouvoirs publics pour creuser un nouveau forage d’eau douce ou alors assainir l’eau provenant du forage existant ?

A Yoboki, le problème est le même, la population reste condamnée à consommer une eau aigre et dure, alors qu’une eau douce et en quantité suffisante est disponible à quelques kilomètres de là. Dans les deux cas, c’est l’insouciance de ce régime d’injustice qui prolonge le calvaire des habitants de ces régions abandonnées.

Nous lançons un cri d’alarme , car il en va de la santé des milliers de citoyens.

Démobilisation :

Les rappelés dans l’oubli

Les militaires rappelés en 1991 pour participer à la guerre contre le FRUD, puis rapidement démobilisés au bout de quelques années, sont aujourd’hui dans une situation dramatique : après les avoir utilisé comme chair à canon, le régime refuse de les indemniser. Pourtant, l’arrêté présidentiel n°97-0256/PR/DEF du 3 avril 1997 stipulait clairement que « les militaires rappelés totalisant plus de 12 ans et moins de 15 ans de service effectif pourront, s’ils le souhaitent, racheter les droits à pension part du salarié et part patronale afin de bénéficier des droits à pension des militaires retraités ayant accompli quinze ans de servie effectif en lieu et place du droit à pécule ». De même qu’il disposait d’autre part que « le Ministre de la Défense fixera par décision la liste des intéressés et la date d’ouverture du droit à pension de retraite ».

Ledit ministère de la Défense a donc dressé une liste de 48 bénéficiaires pouvant légitimement y postuler et transmis le dossier au ministère de l’Économie et des Finances. Puis, par un courrier en date du 31 mars 1998, le ministère des Finances a répondu au Directeur administratif et financier de l’Armée Nationale, qu’il était impossible d’honorer le mandat de 27.110.000 FD et celui de 6.708.000 FD pour les raisons suivantes :

1) l’exercice 1997 est clôturé ;

2) l’exercice 1998 ne peut imputer que les soldes des bénéficiaires de pécule. CQFD de la tautologie !

Cela fait donc maintenant sept ans que ces malheureux militaires démobilisés attendent d’être payés et réclament constamment leur droit légitime. Voilà de quelle façon les arrivistes du RPP traitent ceux qui ont risqué leur vie pour défendre ce régime d’injustice. Si un serpent te mord deux fois au même endroit, c’est de ta faute, dit le proverbe. Il n’est jamais trop tard pour se rendre compte de l’évidence : c’est ce régime qui doit disparaître !


Droit de réponse du ministère de l’Éducation nationale

En réponse à notre article relatif à une circulaire ministérielle demandant aux chefs d’établissement scolaire de dorénavant exiger une facture de l’EDD et de l’ONED pour toute première inscription, le ministère de l’Éducation Nationale nous a fait parvenir le droit de réponse ci-dessous.


 

Le journal « Réalité » dans son édition du 18 février 2004, et dans un article titré : « Éducation Nationale : Coulée ou Électrocutée ? », commentait la Circulaire Ministérielle n° 1014/MENESUP du 21 Décembre 2003 portant sur les conditions d’inscriptions en 1ère année de l’Enseignement de Base.

Nous saluons tout d’abord le ton responsable et le professionnalisme de cet article qui, hors mis le titre un peu excessif, soulève des questions que peut légitimement susciter cette circulaire et qui méritent des éclaircissements que nous apportons dans ce droit de réponse.

Nous profitons également de cet article pour lancer un débat public sur la Carte Scolaire que cette circulaire vise à faire respecter. Nous ouvrons aussi à vos lecteurs les colonnes de Educ-Info, lettre bimensuelle du Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieure.

Mais tout d’abord quelques précisions nous paraissent nécessaires :

1- Cette circulaire est destinée aux directeurs d’écoles et non au grand public. Elle fait partie d’un ensemble de réglementation et de pratiques connues par les destinataires et pas forcement par tous les parents d’élèves.

2- Elle est destinée uniquement aux écoles de Djibouti Ville et des chefs-lieux de district car les directeurs des écoles rurales et des zones périphériques de Djibouti ont reçus d’autres consignes et directives de la part des inspecteurs chefs, de circonscription.

3- Cette circulaire vise plus particulièrement quelques écoles primaires qui jouissent d’une bonne réputation, plus ou moins justifiée, et qui sont donc très demandées.

Actuellement les élèves de ces écoles proviennent de toute la ville de Djibouti depuis Balbaba jusqu’au Héron. Et ce recrutement particulier, en dehors des quartiers environnants, présente des inconvénients que nous nous efforçons de réduire par cette circulaire et qui sont détaillés ci dessous.

Revenons maintenant à la Carte Scolaire : les écoles sont implantées dans la ville de Djibouti et dans tout le pays de telle sorte qu’elles puissent être les plus proches possible des lieux d’habitations.

La Proximité de l’école réduit les distances à parcourir par les enfants ainsi que les frais de transport qui constituent, pour certains, des obstacles à la scolarisation. L’idéal serait donc qu’en zone urbaine chaque enfant puisse se rendre à pieds à son école de quartier et que les parents puissent également avoir des contacts fréquents avec les enseignants et le directeur d’école non seulement pour suivre la scolarité de leurs enfants mais aussi pour participer, dans la mesure de leurs moyens, à la gestion et à l’entretien de leur école.

Le Service de l’Enseignement de Base a donc déterminé, pour chaque école, une zone géographique de recrutement. C’est ce que nous appelons la Carte Scolaire et que nous nous efforçons de respecter et de faire respecter par les parents lors des inscriptions des élèves de première année et lors des mutations des enfants d’une école à l’autre suite à un déménagement de la famille par exemple.

Dans la pratique ce sont les parents des couches les plus favorisées de la population qui refusent d’appliquer la Carte Scolaire en prétextant qu’ils veulent inscrire leurs enfants dans les meilleures écoles et qu’ils ont les moyens de prendre en charge les frais de transport de leurs enfants. Pourtant ils sont les premiers à s’opposer à tous les remaniements des horaires d’enseignement dès que ces horaires entraînent davantage de mouvements de va et vient entre l’école et le domicile.

Ainsi, lorsque nous avons voulu pour des raisons pédagogiques uniformiser les horaires des classes touchées par la réforme, pour que les équipes d’enseignants puissent dialoguer ou être regroupées pour les séances de formation, nous avons eu des difficultés à convaincre les parents qui ne pouvaient plus regrouper leurs enfants de différents niveaux sur les mêmes plages horaires.

Nous avons aussi tenté de modifier les horaires et revenir, chaque fois que c’est possible à un plein temps où les enfants auraient des horaires plus équilibrés et pédagogiquement plus favorables aux apprentissages. La majorité des parents et surtout ceux dont l’école est éloignée du domicile, ont refusé l’idée de transporter leurs enfants matin et après-midi.

Pourtant lors du débat des États Généraux de l’Éducation, les horaires qui obligent les enfants à se rendre à l’école à 13h30 ont été jugés, à raison, anti-pédagogiques.

Aujourd’hui, avec l’effort sans précédent qui a été fait par le Gouvernement, ces trois dernières années, pour la construction de nouvelles écoles, l’agrandissement des écoles existantes et la réhabilitation de la plupart des salles de classes, nous sommes en mesure de supprimer la double vacation des locaux ( l’utilisation d’une salle de classe par deux groupes d’élèves) dans plusieurs écoles de la Capitale et des chefs lieux de Districts, mais la plupart des parents intéressés ne sont pas disposés à revenir aux horaires de plein temps à cause de l’éloignement du domicile par rapport à l’école.

Telles sont les raisons qui nous ont obligés à adopter les mesures coercitives pour exiger des parents la justification de leurs lieux d’habitation. La circulaire qui paraît viser tous les parents d’élèves n’est peut-être pas assez explicite et peut apparaître comme un frein à la scolarisation des plus défavorisés.

Mais ce n’est pas le cas car dans la pratique ces mesures coercitives de Carte Scolaire ne concernent ni les écoles rurales ni les écoles de Balbala puisqu’en général, ces écoles sont fréquentées par les élèves pour lesquels elles étaient destinées.

Nous regrettons que le journaliste de « Réalité » auteur de l’article , avant de spéculer sur les conséquences possibles de l’application de cette circulaire n’ait pas eu l’honnêteté intellectuelle de se renseigner sur l’effort colossal en matière de scolarisation qui a été fait depuis la rentrée scolaire 2000 qui a suivi la tenue des États Généraux de l’Éducation de décembre 1999.

Rien que dans l’Enseignement Primaire avec la construction de 252 salles de classes nouvelles ( dont 62 à Balbala, 38 dans les anciens quartiers de Djibouti et 152 en dehors de Djibouti ville) nous avons augmenté notre capacité d’accueil de plus 44% en trois ans alors que plus d’une centaine de salles de classes existantes ont été rénovées.

Plus d’une centaine d’autres salles de classes seront construites dans les deux ans qui suivent.

Les locaux du CFPEN ont été agrandis de 10 nouvelles salles pour lui donner les moyens de former les enseignants nécessaires pour faire face à cet effort de scolarisation et sa capacité a été portée de 50 élèves-maîtres par an à plus de 200 par an. Ce qui nous a permis, non seulement d’accueillir depuis deux ans tous les enfants djiboutiens de six ans qui ont demandé une inscription, mais aussi d’arrêter depuis la rentrée 2003 le recrutement des instituteurs contractuels sans formation initiale.

Le journaliste de « Réalité » aurait pu enquêter sur le terrain et interroger les directeurs d’écoles et les inspecteurs sur les conditions d’inscription des enfants de six ans.

Ø Il aurait su tous les efforts qu’ils font pour accueillir le maximum d’enfants dans les classes de première année.

Ø Il aurait su qu’il n’y a plus de date limite pour l’inscription des nouveaux élèves et qu’ils ont reçus des instructions pour inscrire les élèves jusqu’au jour de la rentrée et même au delà lorsque des places sont disponibles.

Ø Il aurait su que même lorsqu’une école a rempli ses classes de première année les directeurs doivent continuer à recevoir les dossiers d’inscription pour les transmettre à l’inspection qui est chargée de proposer des places dans les écoles les plus proches qui ont encore des places.

Ø Il aurait su qu’à Djibouti ville les directeurs d’écoles acceptent les élèves qui ne présentent qu’une seule carte d’identité des parents au lieu des deux.

Ø Il aurait su que dans les écoles rurales les directeurs attendent plusieurs années pour que les parents puissent compléter le dossier et que les enfants sont acceptés même s’ils n’ont pas d’acte de naissance et même s’ils ont dépassés largement l’âge légal d’inscription.

Ø Il aurait su que les nouvelles inscriptions ne cessent d’augmenter depuis l’an 2000 et qu’elles sont passées de 5900 en 1999 à plus de 7000 en 2003.

Ces deux dernières années, même à Djibouti Ville, les places disponibles en première année dépassent les demandes d’inscriptions à tel point que nous sommes obligés d’organiser des campagnes à la Radio et à la Télévision pour inciter les parents à inscrire leurs enfants. Bien sur, ici et là, certaines écoles très demandées font le plein des inscriptions en quelques jours mais des places restent disponibles pour tous les enfants djiboutiens et souvent dans une école proche de leur domicile.

Alors, il ne faut pas que l’arbre nous cache la forêt, la voix de quelques parents privilégiés qui veulent inscrire leurs enfants à l’école de leur choix ne doit ni masquer la réalité ni servir de prisme déformant pour attaquer la politique gouvernementale qui vise l’accès de tous à une éducation de qualité dans toutes les écoles, quels que soient leurs lieux d’implantation.

***

COMMENTAIRES

Il n’est pas dans notre intention de polémiquer avec des professionnels qui ont en charge l’avenir de nos enfants : enseigner étant une vocation, il est difficile et malhonnête d’insinuer qu’ils font mal leur travail. Tout juste vous rappellerons-nous que la circulaire concernait tous les chefs d’établissement sans exception. « Il aurait su » beaucoup de choses, mais ce que nous ne comprenons pas, c’est par quelle aberration politico-administrative une circulaire dont l’application comporte autant de dérogations a-t-elle pu être conçue et signée?

De nouvelles écoles ? Tant mieux ! Nous ne demandons que cela : quand on voit le régime abandonner à la générosité des militaires français et américains la remise en état de celles qui existent, il y a de quoi s’inquiéter. Enfin, une seule question, directement adressée à votre ministre : existe-il une seule directive invitant les chefs d’établissement scolaire à prévoir des dérogations d’âge pour tous les enfants dont la scolarité a été retardée du fait du conflit ? A notre connaissance, il n’y en a pas : ce sont ainsi des milliers d’enfants que le régime exclut du système scolaire.

Nous aurons peut-être l’occasion de discuter plus amplement de cet aspect en particulier et de la situation de l’Éducation Nationale en général, puisque vous nous invitez à un débat public. Comme vous, nous sommes persuadés que si les recommandations des États Généraux de l’Éducation Nationale avaient trouvé un début d’application concrète, beaucoup de choses iraient mieux pour nos enfants.

Mais ceci est politique.


Djibouti vu de Washington

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme

Alors que le régime dépense et se dépense sans compter pour redorer son blason définitivement terni, surtout depuis les fraudes électorales massives du 10 janvier 2003, les décideurs et bailleurs de fonds internationaux s’abreuvent à une eau plus claire et plus digeste. Comme, par exemple les rapports annuels d’organisations indépendantes surveillant la situation des droits de l’homme dans certaines  » démocraties  » avides d’aides financières et avares en espaces de liberté. Voici pour l’année 2003, le rapport sur la situation des droits de l’homme à Djibouti, établi par le Bureau Américain pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et des Travailleurs.


Djibouti est une république avec un régime présidentiel fort et un législatif faible. En 1999, le pays a élu son deuxième président depuis son Indépendance proclamée en 1977. Ismael Omar Guelleh le candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) qui dirige le pays depuis l’Indépendance, a remporté les élections avec 74% des suffrages exprimés. Aux législatives de 2003, la coalition du parti au pouvoir a raflé les 65 sièges malgré les protestations de l’opposition au sujet des fraudes massives. La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif.

Les forces de sécurité comprennent la force nationale de police placé sous l’autorité de ministre de l’Intérieur, la Gendarmerie Nationale et l’Armée relevant du ministre de la Défense, ainsi qu’une Garde Républicaine, unité d’élite rattachée à la Présidence. Un bureau de renseignements dirigé par le directeur de la sécurité nationale rend compte directement au Président. Les autorités civiles maintiennent un contrôle effectif sur les forces de sécurité. Les forces de sécurité se sont rendues coupables de graves atteintes aux droits de l’homme.

L’économie mixte du pays a peu d’industries et quelques ressources naturelles. La population est estimée à 600.000 âmes. En dehors de la Capitale, l’activité économique primaire se résume à l’élevage nomade. La part du produit intérieur brut annuel non généré par la communauté étrangère ne s’élève pas à plus de 250$ par habitant. Une grande part des richesses nationales est concentrée entre les mains d’une petite élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits de l’homme restent limités et le pouvoir continue à commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir entrave les droits des citoyens à l’alternance.

Des rapports sérieux font état de mauvais traitements infligés aux prisonniers. Les conditions carcérales demeurent difficiles. Le gouvernement continue à emprisonner arbitrairement. Les détentions prolongées non signalées demeurent un problème préoccupant.

Le gouvernement enfreint les lois sur les droits des citoyens. Le gouvernement restreint la liberté de la presse. Le gouvernement entrave la liberté de réunion et use de la force pour réprimer les manifestations et les grèves en restreignant la liberté d’association. La violence et les discriminations à l’égard des femmes persistent et, bien que le gouvernement ait condamné ces pratiques, les mutilations génitales continuent à être générales. La discrimination sur des bases ethniques, tribales et claniques se poursuit. Le gouvernement entrave les activités syndicales, persécute et intimide les dirigeants syndicaux. Le travail des enfants continue d’exister.

I. RESPECT DES DROITS DE L’HOMME

Section 1. Respect de l’intégrité de la personne, y compris la protection contre :

a. Exécutions arbitraires ou extrajudiciaires

il n’y a pas d’antécédent de crime politique. Cependant, le 16 septembre 2003, les forces de sécurité ont abattu un étranger en situation irrégulière qui tentait d’échapper à une rafle routinière. Il est fait état d’autres décès d’étrangers en situation irrégulière, dans le cadre des reconduites massives aux frontières.

Aucune sanction n’a été prise contre un membre de la Garde Présidentielle qui a abattu un manifestant pacifique et handicapé en avril 2002. Aucune sanction disciplinaire n’a non plus été prise contre les exactions sommaires par la police de MM. Mohamed Assa Ali et Assari Mohamed Moussa et par les militaires, cette fois-ci d’un réfugié du camp de Hol-Hol.

b. Disparition

Il n’est pas fait état de disparition pour des motifs politiques ou autres.

c. Tortures et autres traitements inhumains et dégradants

la Constitution interdit formellement ces pratiques. Pourtant, des rapports officieux et crédibles font état de sévices physiques sur les prisonniers et détenus en garde à vue.

Exceptées les années précédentes, il n’est pas fait état de viol de prisonnières.

Par contre, la Police a gravement battu des manifestants en dispersant des manifestations durant l’année écoulée.

Les conditions de détention sont pénibles et la population carcérale constitue un sérieux problème. Pour la réduire, le Gouvernement a procédé à la réduction des peines : 200 prisonniers de droit commun, dont 13 détenus depuis 2000 pour leur rôle dans un coup d’État déjoué, ont été relaxés par décret présidentiel en juin à l’occasion de la fête de l’Indépendance. L’expulsion des étrangers a également réduit le nombre des prisonniers.

Les condition des prisonniers au centre de détention de Nagad, où étaient entassés des étrangers avant leur reconduite aux frontières, sont déplorables, ainsi que l’état de santé de ces derniers.

Certains étrangers n’étaient pas nourris plusieurs jours avant leur expulsion. Il est fait état d’un nombre important de prisonniers n’ayant pas reçu de soins médicaux contre des maladies pourtant curables ou pour des blessures infligées lors de leur arrestation ; l’infirmerie de la prison ne dispose pas du personnel et des médicaments suffisants.

Il n’y a pas de possibilité de rééducation ou de formation dans la prison.

Les femmes et les hommes sont détenus dans des cellules séparées. Aucun rapport ne fait état de viol des détenues par les gardiens.

Daher Ahmed Farah, directeur de publication du Renouveau et Président d’un parti d’opposition, le MRD, a été détenu dans une cellule isolée réservée aux « dangereux criminels » pendant plus de 3 mois entre avril et août. Seule sa mère était autorisée à lui rendre visite et lui apporter le repas quotidien.

Aucune suite n’a été donnée à la mort en prison de l’ancien chef d’état-major Yacin Yabeh Galab.

Le CICR a délégué depuis le Kenya une mission qui a effectué une visite de la prison principale. Le Président de la LDDH a été autorisé à rendre visite aux détenus de la prison de Gabode durant l’année. Néanmoins, la LDDH n’a pas reçu la permission de rendre visite à Daher Ahmed Farah.

d. Arrestations arbitraires-Détentions-Exil

la loi interdit les arrestations et détentions arbitraires, mais le Gouvernement n’a pas respecté ces interdictions. La loi stipule que le gouvernement ne peut détenir une personne au-delà de 48h (garde à vue) sans mandat d’arrêt (et chef d’inculpation) dûment délivré par le juge. Les inculpés peuvent être détenus 24h de plus avec l’accord préalable du procureur de la République.

Toutes personnes, y compris celles accusées d’atteinte à la sécurité de l’État, doivent être jugées dans les 8 mois suivant leur arrestation. Cependant, la police transgresse ces procédures et les arrestations et détentions arbitraires sont fréquentes. Le Gouvernement n’a pris aucune mesure contre ceux qui violent les droits de l’homme et l’impunité officielle constitue un grave problème.

La police dépend du ministre de l’Intérieur. La corruption parmi les responsables est courantes, de même que chez les subalternes. Il y avait en décembre à peu près 3000 cadres et employés de l’État. Le gouvernement en a écarté 400 dans le cadre d’une politique de réduction de la bureaucratie et de la masse salariale.

La loi interdit l’exil forcé ; pourtant, par le passé, des prisonniers relaxés ont été poussés à l’exil, notamment en France.

e. Dénis de procès publics

la Constitution garantit l’Indépendance de la Justice. Mais, dans la pratique, la Justice n’est pas indépendante du pouvoir exécutif, même dans les procès non politiques. Le ministre de la Justice est officiellement chargé des droits de l’homme.

Basée sur le Code Napoléon, l’instance judiciaire est composée d’un Tribunal de 1ère Instance, d’une Cour d’Appel et d’une Cour de Cassation. Les magistrats sont officiellement inamovibles.

Le Conseil Constitutionnel veille à la constitutionnalité des lois, y compris les lois relatives à la protection de la personne humaine et des libertés publiques. Mais, ses décisions n’ont pas toujours garanti ces droits.

Le système juridique repose sur le Droit français hérité de la colonisation, la Sharia et le droit traditionnel.

Le crime en milieu urbain était jugé par les cours normales avec les lois et pratiques juridiques inspirées de la France. Les litiges civils sont quant à eux réglés soit par les tribunaux ordinaires, soit par les instances traditionnelles. La Charia est strictement réservée aux affaires relevant du civil ou de la famille.

Les normes traditionnelles étaient souvent utilisées pour la résolution des conflits et le dédommagement des victimes. Par exemple, les lois traditionnelles stipulent souvent que le prix du sang soit versé au clan de la victime pour réparation du crime ou du viol.

La Constitution stipule que l’accusé doit prouver son innocence et doit bénéficier d’un conseil juridique. De même qu’il doit être examiné par un médecin s’il est emprisonné.

Les débats sont en principe publics, excepté pour les cas relevant des délits politiquement sensibles, nécessitant des mesures de sécurité interdisant la présence du public. Le conseil juridique est considéré comme indispensable dans les affaires criminelles et civiles. …

A la mi-janvier, l’opposition coalisée au sein de l’UAD avait porté plainte devant le Conseil du Contentieux administratif, sous la direction de la Cour d’Appel, contre les abus du parti au pouvoir lors des élections législatives du 10 janvier 2003. Au bout d’un an, la requête n’avait toujours pas abouti, apparemment du fait que ce Conseil du Contentieux Administratif n’a pas siégé depuis 1996.

Le 17 juin de la même année, Daher Ahmed Farah a été condamné à trois mois de prison ferme et son journal frappé d’interdiction de parution durant trois autres mois. On lui réclamait aussi 65.000 $ de dommages et intérêts. La LDDH a dénoncé sa détention, la considérant comme purement politique. Farah a été relâché le 5 août.

f. Ingérence arbitraire dans la vie privée, la famille, le foyer et la correspondance

La Constitution interdit de tels actes ; toutefois, le Gouvernement n’a pas respecté ses interdictions dans la pratique. La loi exige des autorités l’obtention d’un mandat avant toute perquisition dans une propriété privée ; or, dans la pratique, le gouvernement n’obtient pas toujours ces garanties avant d’engager de telles perquisitions et lui est souvent arrivé de s’ingérer dans les communications de certains opposants.

Le 22 avril 2003, les forces de sécurité ont fait irruption au domicile de Daher Ahmed Farah ainsi que dans les locaux du Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD) et ont confisqué machines à écrire, photocopieurs et documents sans aucune autorisation légale. Tous ces matériels ont été restitués par la suite.

A suivre.


L’habit ne fait pas le moine

Des Chefs d’État incorrigibles, mais pas incorruptibles

Pourtant, on lui aurait confié le bon Dieu sans confession : contrairement à certains Hadj et autres professionnels de l’Islam, ce n’est pas tous les jours qu’un homme d’Église se trouve propulsé sur le devant de la scène politique en présidant aux destinées de toute une Nation. La trajectoire exemplaire de l’illustre exilé de Bangui est révélatrice d’une certaine classe politique qui trouve toujours le moyen de décevoir. C’est à se demander si la cupidité des dirigeants illégitimes n’est pas proportionnelle à la misère des populations qu’ils oppriment et pillent.


La chute du Père Jean-Bertrand Aristide a été aussi brutale que son arrivée au pouvoir avait soulevé d’immense espoirs pour un peuple haïtien tristement célèbre pour ses tontons macoutes et autres Bébé Doc. Sa démission, survenue dimanche dernier au terme de tractations qui, en d’autres circonstances, auraient prêté à rire, est exemplaire pour au moins deux raisons.

La première, c’est que les normes de la légalité internationale n’ont pas pesé bien lourd face à la détermination des insurgés. Les multiples manifestations, très souvent violentes, ont eu valeur de sanction référendaire.

A tel point que la communauté internationale avait, à juste titre estimé utile et préférable pour l’avenir du pays que son Président pourtant démocratiquement élu abandonne son mandat avant terme, démissionne et s’exile. C’est que ce malheureux pays sans armée nationale était pratiquement sous mandat onusien. La sagesse a donc prévalu : pourquoi feindre respecter une souveraineté qui n’existe que sur le papier ?

Tout logiquement et à l’unisson, la France et les États-unis ont donc invité le Père Aristide à plier bagages. Gentiment d’abord : il était inutile de lui faire perdre la face en direct devant des millions de téléspectateurs affligés par le dramatique destin de la première République « noire » de l’Histoire.

Outré d’être ainsi sommé de se rendre à l’évidence de son impopularité, le bon Père résista un temps, vaillamment, jusqu’à la veille de son exil exactement : urbi et orbi, il hurlait sa détermination à terminer son mandat présidentiel. Il est vrai qu’il n’avait pas été élu au terme de fraudes massives comme certains de ses collègues, mais légalité n’est pas forcément synonyme de légitimité.

Sa légitimité, il semblait en fait la placer dans sa petite milice privée, selon toute vraisemblance armée par lui.

Car, second enseignement de cette histoire, c’est que le bon bougre s’intéressait aussi aux nourritures terrestres. Et le rôle essentiel joué par des émissaires de la CIA dans son exil n’est absolument pas dû au hasard. Et, sans ironiser outre mesure devant cette déchéance, on peut dire que l’habit ne fait pas le moine : l’homme d’Église dans lequel le petit peuple plaçait tant d’espoirs pour moraliser la vie politique et redresser l’économie s’est révélé être l’un des plus grand narcotrafiquant des Caraïbes ! Comme quoi il a compris, à l’instar de beaucoup de Chefs d’Etat peu démocratiques dont sont encore encombrés le Tiers-Monde en général et l’Afrique en particulier, que l’argent permet de consolider un pouvoir personnel.

Qui l’eût crû ? C’est à désespérer de la nature humaine : un saint homme, praticien à sa façon d’une théologie de la révolution réconciliant vie terrestre et promesse d’éternité, de s’adonner au plus vil des trafics qui soit !

Mais il y avait pire, apprend-on et, comme on ne tire pas au canon sur une mouche, les États-unis n’ont aucune raison d’intoxiquer qui que ce soit dans cette affaire : le bon Père Aristide aurait même poussé la cupidité jusqu’à vendre des passeports haïtiens à quelques compagnons de Ben Laden ! Arrêtons les points d’exclamation, rien ne doit plus nous étonner de la part des Chefs d’État. Que le dirigeant de l’État le plus pauvre du monde se soit acoquiné avec le terrorisme le plus barbare uniquement pour une question d’argent est tout simplement stupéfiant. Inutile de dire que, comme les considérables sommes que lui procurait le trafic de stupéfiants, rien n’en transparaissait dans les Finances Publiques et le Budget de l’État.

Mais, ne manquera pas alors de relever le vigilant, les sommes astronomiques engrangées par l’Etat djiboutien dans la lutte contre ce terrorisme n’apparaissent pas entièrement non plus dans les lignes du Budget. La seule incidence de cette croisade, ce sont les centaines d’emplois créés par la base américaine, et les salles et écoles rénovées par ces forces armées. Mais cela relève du don.

Ironique, l’Histoire a déjà rendu son verdict : les milices d’Aristide s’appelaient « les Chimères » : comme celle qui consiste à prétendre trouver une morale chez certains dirigeants politiques voulant régner à coups de forces paramilitaires ?


Réhabilitation : Obock, ô désespoir

Obock était la première Capitale et, bien avant la création de la ville de Djibouti, le premier port du pays. Elle a perdu ce statut suite à la violente contestation qui a opposé les autorités traditionnelles de l’époque et d’aujourd’hui à la puissance coloniale. Autres temps, autres méthodes, mais même en 2004, elle est injustement tenue en marge du développement. Malédiction, comme se complaisent à le croire en se lamentant certains de ses habitants ? Peut-être ! Toutefois, nous ne le pensons pas et ce n’est d’ailleurs pas l’avis de la majorité de ses habitants, qui disent leur détermination à désormais prendre leur destin en mains. Treize ans après sa destruction par les forces gouvernementales et à un an de la prochaine présidentielle, la ville d’Obock vi à l’heure de la réhabilitation version RPP. Radioscopie d’une mystification.


Près de 120 ans après sa création, 27 ans après l’Indépendance et 4 ans après l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde Civile signé à Paris le 7 février 2000, Obock est aujourd’hui l’objet d’une attention trop tardive pour être désintéressée. Même tardive et électoraliste, cette attention eût-elle été bien accueillie par les Obockois, si elle n’était à ce point humiliante.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une très brève description s’impose car, de la géographie, un chancelier allemand disait que c’est une constante invariable de l’Histoire.

Ses potentialités de développement économiques ont déjà fait l’objet d’un article de notre part et nous ne reviendrons pas sur ce sujet ici.

Par souci de bien informer, nous tenons à faire quelques mises au point au sujet de la Réhabilitation et nuancer le tam-tam médiatique en cours et à venir.

Apprenons d’abord à nos lecteurs que la signature de l’Accord de Paix Définitive du 12 mai 2001 a été précipitée à la demande du Chef de l’Etat qui a affirmé vouloir soumettre le programme de Réhabilitation et de Reconstruction aux bailleurs de fonds à Bruxelles (mi-mai 2001) avant de convoquer une conférence des donateurs.

Il n’y a aucune commune mesure entre le projet gouvernemental médiatisé à outrance à des fins électoralistes, et le document établi par la commission conjointe gouvernement-FRUD-armé désignée à cet effet en 2000, qui a planché sur le dossier une année durant. Voici pour le district d’Obock un tableau exhaustif des habitations détruites lors du conflit civil :

Localité Dur Planches

Dur

Planches

Obock-ville

Khor-Angar

Waddi

Médého

Moulhoulé

239

0

2

6

0

595

67

0

0

24

Total

247

686

Le coût de cette Réhabilitation a été conjointement estimé à près de 585 millions de francs DJ, en prenant à l’époque en moyenne 500.000 FD pour une maison en planche et 1.000.000 FD pour une maison en dur. Et ce uniquement dans la ville d’Obock. Or, selon nos informations, ce sont seulement 240 logements que le gouvernement projette de construire à Obock. La société civile obockoise n’ayant pas été consultée, contrairement à ce qui est prétendu, ceux qui devaient normalement bénéficier de ces logements et qui sont actuellement installés dans la précarité, seraient lésés par une liste établie sur des critères partisans.

Ces 240 logements seraient tous composés de F1 de 12 mètres carrés avec une petite cour, une cuisine, des toilettes, une porte et une fenêtre. Ni plus, ni moins ! ce projet baptisé « projet d’urgence préparant un processus de développement durable de la ville d’Obock » coûtera 400 millions FD, enveloppe contrôlée par le PNUD. Si le F1 revient à un million FD, à quoi seront alors affectés les 160 millions FD restants, quand on sait que la main-d’œuvre reste à la charge du futur propriétaire ? Pour l’heure, seuls quelque 14 logements style cage à poules ont été construits sur le front de mer. Ces logements appartiennent pour l’essentiel à des Obockois ne résidant plus dans leur ville et donc absolument pas prioritaires; alors que des dizaines de familles normalement bénéficiaires vivant dans l’insalubrité, continuent d’attendre la reconstruction de leur maison.

Sur les 240 logements que le programme officiel prétend reconstruire, 110 le seront, paraît-il, dans l’ancienne ville délabrée et 130 autres sur le plateau. En outre, les critères d’attribution restent totalement injustes et partisans. en effet, ils sont nombreux, ceux dont les logements ont été totalement détruits ne figurent pas sur la liste des bénéficiaires arbitrairement et unilatéralement arrêtée par l’administration.

Par contre, on y trouve les ex-propriétaires d’habitations de fortune qui n’ont pas perdu leur logement du fait de la guerre. Cette réhabilitation électoraliste, partielle et partiale est donc loin de satisfaire les habitants d’Obock. Pire, elle a créé une atmosphère de suspicion et de frustration qui ne peut nullement panser les plaies ouvertes par la guerre civile.


* * *