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Réalité numéro 113 du mercredi 17 novembre 2004

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Réalité numéro 113 du mercredi 17 novembre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Discours d’Arafat à l’ONU (1)
  4. La Cause Palestinienne en dates
  5. Meeting de l’Aïd-el-Fitr 2004
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 113

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

UN MUR PEUT EN CACHER UN AUTRE

Le plus grand hommage qu’un dirigeant disparu puisse recevoir, c’est bien sûr celui rendu par ses concitoyens. A cette aune, l’hystérie dans laquelle s’est déroulé jeudi dernier à Ramallah l’enterrement de Yasser Arafat montre à quel point il était l’espoir vivant des Palestiniens.

Le protocole diplomatique, actualisé par la communication en temps réel, exige aujourd’hui que tous les Etats du monde réagissent à ce genre de drame. Reconnaissons au moins aux Etats-Unis et à Israël le mérite de la sincérité : le décès du leader historique de la Cause palestinienne ne les a pas déçus outre mesure. Bien au contraire, imputant le blocage du processus de paix à la seule dimension psychologique du regretté Yasser Arafat, ces deux Etats se réjouissent de ce que sa disparition laisserait augurer d’une ère aussi nouvelle que radieuse pour le Proche-Orient, à condition bien sûr, précisent-ils, que la nouvelle équipe de l’Autorité Palestinienne soit capable de se montrer à la hauteur de ce qu’ils attendent d’elle, une sorte de capitulation qui consiste à reconnaître le mur érigé pour morceler le futur Etat palestinien et enfermer ses habitants.

Dans le Tiers-Monde, la crédibilité des hommages officiels varie selon deux paramètres : la constance du soutien apporté à l’OLP d’une part, la nature du régime d’autre part. Car nul n’ignore que rares sont les pays dont l’engagement aux côtés des Palestiniens ne souffre d’aucune hésitation, le soutien se limitant généralement à la rhétorique diplomatique. Pour ce qui est du second aspect, du fait de la résistance quotidienne à l’oppression sioniste, force est d’admettre qu’il existe en Palestine une société civile et une vie démocratique que certains régimes despotiques seraient tentés de voir comme de dangereux exemples, potentiellement contagieux.

Mais le sommet des hommages indécents est certainement celui rendu par le régime djiboutien : trop gros pour être honnête. Non pas que le Peuple Djiboutien, fervent musulman et épris de liberté, pour avoir été lui-même colonisé, ait trouvé superflu le deuil national de quatre jours décrété à cette occasion : au moins n’a-t-il pas eu à supporter un discours d’Aïd-el-Fitr déconnecté de sa réalité. C’était le moindre des gestes de compassion envers le Peuple frère palestinien. Non, c’est la nature du régime lui ayant rendu cet hommage qui pose problème. Ainsi, lorsque le communiqué de condoléances émanant de la Présidence djiboutienne ose affirmer que « son combat était le nôtre», il y a malaise. Certes, nul ne demandera à un pays dont le Budget national est incapable de payer à temps ses fonctionnaires d’aider financièrement la Cause palestinienne. Mais que des hommes d’affaires israéliens (non-arabes) aient pu un jour investir à Djibouti dans un fumeux projet agricole, en joint-venture avec un enfant du régime, il y a comme une intolérable hypocrisie. Et une trahison somme toute compréhensible, étant donné les caractéristiques du pouvoir en place fondé sur une indicible usurpation.

Car, « Jusqu’à présent, poursuit le communiqué présidentiel, les innombrables résolutions, engagements, initiatives et processus de paix destinés à résoudre le conflit interminable du Proche-Orient demeurent pour le moins rhétorique ». Il serait tentant d’y rétorquer à l’instar de son prédécesseur : « Qu’au-tu fait » dans le cadre de ton propre conflit interne ? Ce qui est terrible, c’est que l’on retrouve dans le régime djiboutien certains traits des pires systèmes oppressifs. Pas seulement avec celui de la Côte d’Ivoire, violeur lui aussi d’un accord de paix et dont les dérives fascisantes inquiètent à juste titre le Président Chirac. Ici, même s’il n’est pas en béton armé, il existe malheureusement un mur de la honte que le régime dresse entre des concitoyens, déjà au niveau du droit inaliénable qu’est celui d’avoir une nationalité, par son refus de délivrer sans ségrégation des pièces d’identité ou des actes de naissance. Et qui oublie ici que le regretté Ahmed Dini, auquel un tel hommage posthume a été refusé, était accusé par ce régime de constituer une entrave personnelle, physique et psychologique, à la consolidation du processus de paix en République de Djibouti ? Comme était accusé Yasser Arafat !

Tout cela, le Peuple Djiboutien le sait parfaitement qui, sans donner crédit à une propagande officielle cherchant même à récupérer une visite de ce dernier dans notre pays, rend intimement hommage à la grandeur de l’un comme de l’autre. Parce que, pour lui comme pour le Peuple Palestinien, la Lutte continue.

 


Brèves nationales

Tadjourah :

Le PDD dénonce les provocations policières

Dans un communiqué de presse diffusé le 11 novembre dernier, le Parti Djiboutien pour le Développement (PDD) s’insurge contre les menées provocatrices du pouvoir dans le district de Tadjourah. Le Président de cette formation politique membre de l’UAD, M. Mohamed Daoud Chehem, a interpellé le Ministre de l’Intérieur en ces termes : « Depuis la mainmise de l’Opposition sur Tadjourah, Ville-Blanche, le pouvoir ne cesse d’intimider les militants de l’opposition en général et ceux du PDD en particulier, par le biais d’un officier de la Police nationale, qui a un passé douloureux dans la région. Se sentant jouir de l’impunité, il continue la provocation dans la même région en passant outre ses prérogatives.

Le PDD, soucieux de la paix civile, demande au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation de mettre fin à cette provocation.»

Décidément, les mauvaise habitudes répressives, qui se sont renforcées durant le conflit civil, ont encore du mal à s’estomper chez certains militaires et policiers. La paix civile n’est donc encore qu’illusion.

Le régime plane au-dessus des drogues :

L’ecstasy s’installe à Djibouti

Dans son édition de jeudi dernier, le journal gouvernemental «La Nation» a eu le courage d’évoquer un sujet véritablement tabou dans notre société : l’usage de la drogue. Mais le lecteur est certainement resté… en manque : il est en effet difficile de traiter des stupéfiants quand aucune politique publique n’est initiée pour réduire la consommation de khat. La gêne semble telle que le nom de cette drogue n’est même pas mentionnée (de couleur jaunâtre apprend-on) par l’article en question, alors que sa provenance est clairement mise à l’index : la Somalie via Loyada. Voie terrestre qui est loin d’être la seule : le port de Djibouti étant internationalement réputée pour accueillir des trafics en tous genres.

En fait, la substance dont les effets ravageurs augmentent au sein de la jeunesse désœuvrée serait, selon toute vraisemblance, de l’ecstasy, nom commun d’une molécule connue sous le nom barbare de MDMA (3,4 méthylènedioxyméthamphétamine), synthétisée pour la première fois en 1912 à des fins militaires. Ses effets sont tellement graves à court terme que même son utilisation médicale a été interrompue et son usage proscrit partout dans le monde.

Faisant partie de la catégorie des nouvelles drogues, l’ecstasy se présente sous la forme de comprimés de couleur variée et, parce que sa fabrication est clandestine, d’autres composants s’y mêlent, tels qu’analgésiques, anabolisants, hallucinogènes et même du savon ! Consommé en Europe lors des soirées raves et dénommée « la pilule de l’amour », à Djibouti c’est la jeunesse essentiellement au chômage et à la recherche d’un paradis artificiel au plus bas prix qui s’y adonne. L’ecstasy agit sur trois hormones du cerveau : la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine. Celles-ci se manifestent à leur tour sur le centre du plaisir, le cycle de l’éveil et du sommeil, sur l’humeur, les émotions et les fonctions sexuelles. Si le drogué est immédiatement plongé dans un profond état de béatitude et d’ataraxie, les études menées sur le court terme démontrent que l’ecstasy est une substance neurotoxique provoquant de terribles lésions cérébrales augmentant les risques de développer la maladie de Parkinson.

Est-ce parce que ce nouvel opium du peuple anesthésie toute velléité de contestation sociale de la part de ces défavorisés que le régime ne s’est jamais préoccupé de ce fléau ? Ou bien est-ce parce que l’importation et la commercialisation de l’ecstasy impliquent, selon toute vraisemblance, certains de ses courtisans ?

Un débarcadère à Sagallou :

Pour quel développement ?

Sagallou, gros village côtier situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Tadjourah, sera-t-il bientôt doté d’un mini port de pêche ? Des sources bien informées dans la région indiquent que des travaux de construction d’un débarcadère devraient prochainement démarrer sur le bord de mer.

Lequel débarcadère devant servir de mini port d’attache aux bateaux des pêcheurs de cette localité. A notre connaissance, les rares pêcheurs de ce village pratiquent une pêche de subsistance et ne disposent pas de pirogues leur permettant de capturer le poisson au large. Quelques jeunes venus de Tadjourah sur des embarcations de fortune (planche) fréquentent cette côte bien poissonneuse.

Aussi, il est fort à craindre que ce futur débarcadère soit en priorité destiné au débarquement de l’illustre touriste en campagne, cherchant à accoster son yacht pour rejoindre le Day par la piste de Garenlé toute proche.

Le candidat à sa propre succession pourrait ainsi profiter de la mer et de la montagne chaque week-end. Une nouvelle manière de faire campagne entre la ville et la brousse en ces temps difficiles pour le leader de l’ex-parti unique. C’est le mécénat version despotisme nonchalant.

Der-Elwa :

La soif est toujours là

En raison d’une soif persistante dans le secteur de Der-Elwa, situé à une quinzaine de kilomètres au sud de Yoboki, hommes et bêtes ont été contraints de se déplacer vers le forage de Hanlé I. Selon nos informations, la motopompe du forage de Der-Elwa serait hors service depuis quatre mois faute d’entretien convenable.

La population n’a pas manqué d’alerter à plusieurs reprises les autorités administratives du district de Dikhil au sujet de la panne de ce moteur vital pour le fonctionnement du forage. Pourtant, une équipe de dépannage du Génie Rural composée de trois agents disposant d’un véhicule 4×4 existait jusqu’en 2002 dans ce district.

Dans les milieux administratifs de Dikhil, on affirme que le ministère de l’Agriculture aurait fait l’acquisition d’une nouvelle motopompe destinée à remplacer celle défaillante de ce forage. Qu’attendent donc les pouvoirs publics en général et le ministère concerné en particulier pour livrer dans les meilleurs délais le moteur en question ? Les nomades qui ont dû quitter cette zone à cause de la soif pourraient ainsi retrouver leurs aires d’habitation traditionnelles.

Mouloud du RPP :

Ventres pleins, digestions difficiles

Les rassemblements du parti au pouvoir en période de Ramadan sont généralement l’occasion de festoyer aux frais de l’Etat, dans une ambiance plus politicienne que religieuse. Cette année, le Mouloud célébré mardi dernier restera dans les annales comme un des plus coûteux pour le contribuable djiboutien.

Au menu : méga bouffe et broutage d’enfer. Le khat à lui seul aurait coûté plusieurs millions de nos francs. Pendant que les dignitaires et leurs obligés convoqués à cette cérémonie politico-religieuse digéraient difficilement à l’ombre d’un portrait géant du candidat officiel, le candidat solitaire festoyait à l’autre bout de la ville dans sa modeste résidence, en compagnie d’invités modestes aussi. Au siège central du Mocambo, le Premier ministre s’est fendu d’un discours qui a en fait bailler plus d’un. Tentant de rassurer ses troupes, il a esquissé le bilan des tournées partisanes du Ramadan, affirmant devant ses auditeurs incrédules : « Partout où nous sommes passés, nous avons été accueillis à bras et cœurs ouverts » . Alors que le secrétaire général du RPP invitait urbi et orbi à réfléchir sur les dures conditions d’existence de ses coreligionnaires partout dans le monde.

Décidément, personne n’était venu à cette soirée de ripailles pour écouter la vérité. Malheureusement, tous ou presque savaient que toutes les tournées effectuées par leur vice-président durant ce mois béni du Ramadan n’ont convaincu personne. Tant dans les districts d l’Intérieur que dans la Capitale, la population a largement démontré qu’elle était fatiguée du mensonge officiel. Les seuls bras qui se sont ouverts l’ont été pour le khat, les cœurs eux sont restés fermés.

Obock :

Un parc à bétail sans bétail ?

Un curieux ouvrage récemment terminé intrigue les Obockois, éternels oubliés du développement durable version RPP. Ainsi, depuis quelques mois, un enclos dénommé parc à bétail trône sur le plateau à quelques kilomètres à l’ouest de cette ville. Ce projet aurait été financé par le bailleur de fonds national, la Présidence en l’occurrence, pour y regrouper le bétail à vendre. Sa construction terminée, l’endroit reste douloureusement vide de bétail. Gageons que le candidat à sa propre succession n’hésitera pas à inaugurer ce misérable enclos lors de son prochain passage dans ce district.

Dans une région durablement affectée par le conflit et où tout reste à reconstruire, le chantre du développement agropastoral prétendrait-il que le pastoralisme peut se passer des pasteurs appauvris ?

Aïd-el-Fitr :

Deuil officiel et festivités superficielles

Contrairement à ce qu’affirmait le journal gouvernemental « La Nation » dans son édition du 15 novembre, toutes les festivités n’ont pas été annulées durant les quatre jours de deuil officiel décrété en hommage au regretté Yasser Arafat. Certes, pour la première fois depuis l’indépendance, la traditionnelle garden-party au Palais présidentiel a été annulée cette année, officiellement pour raison de deuil national. En fait, et les Djiboutiens l’ont compris, le candidat solitaire n’ayant pas grand-chose à dire, il aurait donc pour une fois saisi une occasion de se taire et c’est tant mieux pour nos oreilles assommées par le blabla officiel.

Quant au deuil national décrété suite à la disparition du regretté Président Palestinien, il aurait donné l’occasion ci et là à des festivités copieusement rapportées par les médias gouvernementaux. Ainsi, une troupe militaro-artistique française aurait égayé les rues de la Capitale, en présence du Ministre djiboutien de la Culture, de surcroît porte-parole du Gouvernement.

De plus, des danses traditionnelles endiablées auraient été exécutées par une troupe locale, en l’honneur de touristes américains de passage. On le voit, notre pays reste une terre d’échanges et de rencontres avec ou sans deuil national. Pendant que le « numéro un » se terre, le spectacle continue !

….

NÉCROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu jeudi 11 novembre 2004 à Obock de Mohamed Ali Gabassé, dit Kadda Alita, ancien cadi d’Obock.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 76 ans était une personnalité religieuse connue et respectée.

Dans les années 60, il fut un enseignant réputé d’une école coranique à Djibouti.

Depuis 1986, il était cadi d’Obock.

Il laisse deux veuves et neuf enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances attristées à toute la famille de Mohamed Ali Gabassé.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UU



Discours d’Arafat à l’ONU (1)

DEVANT L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
GENÈVE 13 DÉCEMBRE 1988

En hommage au Leader de la Cause palestinienne, voici la première partie d’un document exceptionnel : la première partie de son discours historique devant l’Assemblée générale des Nations unies. La seconde partie sera publiée la semaine prochaine.

Monsieur le Président, Messieurs les représentants, Jamais je n’aurais imaginé que ma première rencontre depuis 1974 avec votre auguste assemblée aurait lieu dans cette bonne et hospitalière ville de Genève. Je pensais que les acquis et les nouvelles positions politiques auxquelles est parvenu notre peuple palestinien lors de la tenue du Conseil national, à Alger, qui ont toutes reçu un accueil international très favorable, m’obligeraient sans nul doute à me rendre à New York, au Siège de l’Organisation internationale, pour vous y présenter nos résolutions politiques et la vision que nous avons de l’avenir de la paix dans notre patrie, telles qu’elles ont été élaborées par notre Conseil national palestinien, la plus haute instance législative de nos institutions politiques.

Ma rencontre avec vous aujourd’hui à Genève, après qu’une injuste décision américaine m’eut empêché d’aller vous rencontrer à New York, est donc pour moi source de fierté et de joie.. Fierté d’être avec vous, parmi vous, vous qui êtes la plus haute des tribunes pour toutes les causes de justice et de paix dans le monde. Ma joie, c’est d’être à Genève, là où la justice et la neutralité sont un flambeau et une constitution dans un monde où ceux qui croient à l’arrogance de la force brute perdent la neutralité et le sens de la justice qu’ils portent en eux. C’est pour cela que la décision de votre auguste assemblée, adoptée à la majorité des 154 Etats, de tenir ici même cette réunion, n’est pas une victoire sur une décision américaine. C’est la victoire du consensus international en faveur de la liberté, c’est un plébiscite sans précédent en faveur de la paix, et c’est la preuve que la juste cause de notre peuple s’est définitivement enracinée dans la structure même de la conscience universelle.

Notre peuple palestinien se souviendra toujours de cette auguste assemblée, de ces nations amies debout ici avec le droit et la justice, défendant les valeurs et les principes au service desquels l’Organisation des Nations Unies a été fondée. Tous les peuples qui subissent l’injustice, l’oppression et l’occupation et qui comme notre peuple palestinien, luttent pour la liberté, la dignité et la vie, y puiseront confiance et assurance.

Je saisis cette occasion pour adresser mes profonds remerciements à tous les Etats, forces, organisations internationales et personnalités mondiales qui ont soutenu notre peuple et appuyé ses droits nationaux. Tout particulièrement à nos amis en Union soviétique et en Chine populaire, dans les pays socialistes, les pays non alignés, les pays islamiques, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, ainsi que dans tous les autres pays amis. Je remercie aussi les pays d’Europe occidentale et le Japon pour les positions qu’ils ont récemment adoptées à l’égard de notre peuple, et je les convie à aller de l’avant, pour que ces positions se développent davantage encore, et que s’ouvre la perspective de la paix et d’une solution juste au conflit dans notre région, le Moyen-Orient.

J’affirme ici aussi notre solidarité et notre appui aux mouvements de libération en Namibie et en Afrique du Sud, dans leur lutte, ainsi que notre appui aux pays africains de la ligne de front face aux agressions perpétrées par le régime raciste d’Afrique du Sud.

Je saisis cette occasion pour exprimer mes remerciements et ma reconnaissance à l’égard de tous ces pays amis qui ont pris l’initiative de nous soutenir, d’appuyer les décisions de notre Conseil national et de reconnaître l’Etat de Palestine.

Et je ne manquerai pas de souligner notre immense gratitude envers S. E. M. Javier Peréz de Cuéllar, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, ainsi qu’envers ses adjoints, pour les efforts inlassables qu’ils n’ont cessé de déployer pour édifier ce à quoi l’humanité aspire en matière de détente internationale, de solution des conflits, et tout particulièrement au sujet de la question de Palestine. J’adresse de même mes remerciements et ma considération au Président et aux membres du Comité pour l’exercice des droits nationaux inaliénables du peuple palestinien pour leurs efforts en faveur de la cause de notre peuple. Je salue et remercie également le Comité spécial des neuf pays non alignés pour la question de Palestine, pour le travail constructif qu’il a accompli pour la cause de notre peuple.

Permettez-moi enfin, Monsieur le Président, de vous adresser mes plus chaleureuses félicitations à l’occasion de votre élection à la présidence de cette assemblée. J’ai pleinement confiance en votre sagesse et en votre rigueur. Je salue également votre prédécesseur, qui a dirigé avec clairvoyance les travaux de l’Assemblée précédente. J’exprime enfin au Gouvernement et au peuple suisses mes salutations et ma profonde gratitude pour l’assistance considérable qu’ils nous ont fournie, les facilités dont ils nous ont fait bénéficier et les efforts qu’ils ont accomplis dans ce but.

Il y a 14 ans, le 13 novembre 1974, j’avais reçu de vous une gracieuse invitation à exposer, devant cette auguste assemblée, la cause de notre peuple palestinien. Me voici de nouveau devant vous, après toutes ces années riches en événements dramatiques, et je constate que de nouveaux peuples occupent désormais Gleur place parmi vous, couronnement de leurs victoires dans les combats de la liberté et de l’indépendance. Aux représentants de ces peuples, j’adresse les félicitations de notre peuple, et je proclame devant vous tous que je reviens à vous la voix plus haute, la détermination plus ferme et la confiance plus assurée pour affirmer que notre lutte, inévitablement, portera ses fruits. J’affirme que l’Etat de Palestine, dont nous avons proclamé l’établissement lors de notre Conseil national, prendra inévitablement sa place parmi vous pour participer à vos côtés à l’application de la Charte de cette organisation et pour faire respecter la Déclaration des droits de l’homme, pour mettre fin aux tragédies endurées par l’humanité et jeter les bases du droit, de la justice, de la paix et de la liberté pour tous.

Il y a 14 ans, lorsque vous nous avez dit, dans la salle de l’Assemblée générale :

« Oui à la Palestine et au peuple de Palestine, oui à l’Organisation de libération de la Palestine, oui aux droits nationaux inaliénables du peuple Palestinien », certains s’étaient imaginé que vos résolutions ne seraient suivies d’aucun effet notable. Ils ne comprenaient pas que ces résolutions allaient devenir une des sources les plus vives à laquelle s’abreuverait le rameau d’olivier que je portais ce jour-là, ce rameau qui s’est transformé, après que nous l’ayons arrosé de notre sang, de nos larmes et de notre sueur, en un arbre qui prend ses racines dans la terre, dont les branches s’élancent vers le ciel et qui promet le fruit de la victoire sur l’oppression, la tyrannie et l’occupation. Vous nous avez offert l’espoir du triomphe de la liberté et de la justice. Nous vous avons offert en retour une génération entière des enfants de notre peuple, qui a consacré sa vie à la réalisation de cet espoir, la génération de l’Intifada bénie, qui brandit aujourd’hui la pierre de la patrie pour défendre sa dignité et l’honneur d’appartenir à un peuple assoiffé de liberté et d’indépendance.

A vous tous ici présents, je transmets les salutations des enfants de notre peuple héroïque, hommes et femmes, des masses de notre Intifada bénie qui entre dans sa seconde année avec ce grand élan, cette organisation minutieuse et cette pratique éminemment civilisée et démocratique jusque dans la confrontation avec l’occupation, l’exploitation, la tyrannie et les crimes monstrueux quotidiennement commis à leur encontre par les occupants israéliens.

A vous tous ici présents, je transmets le salut de nos garçons et de nos filles dans les prisons et les camps de détention collective de l’occupation. A vous tous, je transmets le salut des enfants de la pierre qui défient l’occupation, ses avions et ses chars, et font revivre dans les mémoires l’image nouvelle du David palestinien aux mains nues face à Goliath l’Israélien bardé d’armes.

Lors de notre première rencontre, j’avais conclu mon intervention en affirmant, en ma qualité de président de l’OLP et de commandant de la révolution palestinienne, que nous ne voulions pas que soit versée une seule goutte de sang, juif ou arabe, et que nous ne voulions pas que les combats se poursuivent, ne fut-ce qu’une minute. Je m’étais adressé à vous, dans l’espoir que nous Parviendrions à abréger la douleur et les souffrances, à hâter la mise en place des bases d’une paix juste fondée sur la garantie des droits de notre peuple, de ses aspirations et de ses espoirs, comme des droits de tous les peuples, sur un pied d’égalité.

Je m’étais adressé à vous pour que vous vous teniez aux côtés de notre peuple en lutte pour l’exercice de son droit à l’autodétermination, pour que vous lui donniez les moyens de retourner de son exil imposé par la force des baïonnettes et de l’arbitraire, pour que vous nous aidiez à mettre fin à la tyrannie imposée à tant de générations de notre peuple, depuis tant de décennies, afin qu’il puisse enfin vivre dans sa patrie, retrouver ses maisons, libre et souverain, jouissant de la Plénitude de ses droits nationaux et humains. Et j’avais, pour finir, affirmé du haut de cette tribune, que la guerre surgissait de Palestine, et que la paix commençait en Palestine.

Le rêve que nous caressions alors était d’établir un Etat palestinien démocratique au sein duquel vivraient musulmans, chrétiens et juifs sur un pied d’égalité, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, dans une seule société unifiée, à l’instar d’autres peuples sur cette terre dans notre monde contemporain.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous entendîmes les responsables israéliens expliquer que ce rêve palestinien, inspiré de l’héritage des messages divins qui ont illuminé le ciel de la Palestine ainsi que des valeurs humaines qui fondent la coexistence au sein d’une société démocratique et libre, était un plan visant à les détruire et à les anéantir.

Il nous fallait tirer les leçons d’un tel état de fait, constater la distance qui le séparait du rêve. Nous prîmes alors, au sein de l’OLP, l’initiative de procéder à la recherche de formules alternatives réalistes et praticables pour apporter à ce problème une solution fondée sur une justice possible, et non pas sur une justice absolue. Une solution qui puisse garantir les droits de notre peuple à la liberté, la souveraineté et l’indépendance, et qui puisse également garantir à tous la paix, la sécurité et la stabilité, évitant à la Palestine et au Moyen-Orient la poursuite des guerres et des combats qui s’y déroulent depuis 40 ans.

Ne sommes-nous pas ceux qui ont pris l’initiative d’invoquer la Charte des Nations Unies et leurs résolutions, la Déclaration universelle des droits de l’homme et la légalité internationale en tant que références de base pour la solution du conflit arabo-israélien ?

N’avons-nous pas fait bon accueil à la déclaration commune Vance-Gromyko en 1977, en tant qu’initiative qui pouvait servir de base à un projet de solution pour ce conflit ?.

N’avons-nous pas donné notre accord pour participer à la Conférence de Genève sur la base de la déclaration soviéto-égyptienne de 1977, de façon à progresser vers une solution de paix dans la région ?

N’avons-nous pas adopté1e Plan de paix arabe de Fès, en 1982, puis le projet de convocation d’une conférence Internationale de paix sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies et conformément à ses résolutions ?

N’avons-nous pas appuyé le Plan Brejnev pour la paix au Moyen-Orient ?

N’avons-nous pas accueilli et appuyé la Déclaration de Venise des pays de la Communauté économique européenne concernant les. bases d’une paix juste dans la région ?

N’avons-nous pas accueilli et soutenu l’initiative des deux Présidents Gorbatchev et Mitterrand au sujet de la commision préparatoire de la conférence internationale?

N’avons-nous pas fait bon accueil aux dizaines de déclarations et d’initiatives politiques émanant des groupes régionaux, des pays africains, des pays islamiques, des pays non alignés, des pays socialistes, des pays d’Europe et d’autres pays, dans le seul but de parvenir à un règlement pacifique fondé sur la légalité internationale, afin d’instaurer la paix et de résoudre le conflit ?

Quelle fut la position d’Israël face à tout cela ? Bien que chacune de ces initiatives, chacun de ces plans, chacune de ces déclarations ait été inspiré par la volonté de prendre en considération le rapport de force politique de même que les revendications et les intérêts de l’ensemble des parties au conflit arabo-israélien, l’attitude d’Israël devant tout cela fut l’escalade de ses projets de colonisation et d’expansion. Elle consista à élargir le champ des destructions et des ruines, et à faire à nouveau couler le sang. Elle consista à multiplier les fronts, jusqu’à y inclure le Liban frère, que les troupes d’occupation envahirent en 1982, avec les conséquences que l’on sait, les massacres comme ceux de Sabra et de Chatila, et les boucheries perpétrées à l’encontre des deux peuples, libanais et palestinien. Israël continue d’occuper une partie du Sud-Liban, et ce pays doit quotidiennement faire face aux raids de l’aviation et aux agressions aériennes, terrestres ou maritimes qui frappent ses villes et ses villages comme elles frappent nos camps dans le sud.

A suivre…


La Cause Palestinienne en dates

Voici les dates essentielles pour comprendre la lutte inachevée du Peuple Palestinien, qu’incarnait le regretté Yasser Arafat depuis 1959. Cette chronologie est tirée de l’hebdomadaire l’Express en ligne du 4 novembre 2004, sous la plume de Catherine Gouëset.

29 novembre 1947 : l’ONU adopte un plan de partage de la Palestine en deux Etats indépendants, un juif et un arabe. Jérusalem est placé sous régime international.

14 mai 1948 : à la fin du mandat britannique sur la Palestine, David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. Le 15, éclate la première guerre israélo-arabe, les pays arabes refusant le plan de partage. Début de l’exode des Palestiniens. Les combats prennent fin en 1949 avec les accords de Rhodes fixant une ligne de démarcation qui demeurera jusqu’en 1967.

24 avril 1950 : la Cisjordanie est annexée par le roi Abdallah de Jordanie. L’Egypte contrôle la bande de Gaza.

Octobre 1959 : premier congrès du Fatah, créé au Koweït.

28 mai 1964 : création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), présidée par Ahmed Choukeiry.

Octobre-novembre 1956 : après la nationalisation du canal de Suez par le président égyptien Nasser, la seconde guerre israélo-arabe est déclenchée. A la fin de 1956, les Israéliens commencent à évacuer le Sinaï. Israël retrouve ses frontières de 1949.

5/10 juin 1967 : Israël déclenche la troisième guerre israélo-arabe dite des “Six jours”, et occupe le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan.

22 novembre 1967 : le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité la résolution 242 qui prévoit l’évacuation “ des “ (ou “ de “, selon la version anglaise) territoires occupés, en échange de la reconnaissance mutuelle de tous les Etats du Proche-Orient.

Février 1969 : Yasser Arafat est élu président du Comité exécutif de l’OLP.

17 septembre 1970 : l’armée jordanienne liquide les forces combattantes palestiniennes après la destruction de 3 avions de ligne occidentaux sur le territoire jordanien. Les combats entre armée jordanienne et fedayins palestiniens font des milliers de victimes civiles palestiniennes (“Septembre noir”).

6/25 octobre 1973 : quatrième guerre israélo-arabe dite “guerre de Kippour” ; l’armée égyptienne pénètre dans le Sinaï occupé mais doit se retirer.

22 octobre 1973 : le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 338 qui appelle à un cessez-le-feu et à des négociations.

28 novembre 1973 : la Ligue arabe reconnaît l’OLP en tant que seul représentant du peuple palestinien.

13 novembre 1974 : discours de Yasser Arafat à l’ONU. Le 22, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaît le droit des Palestiniens “à la souveraineté et à l’indépendance nationale”.

13 avril 1976 : élections municipales en Cisjordanie et à Gaza occupés. Les candidats proches de l’OLP remportent 80% des sièges.

13 juin 1980 : le Conseil européen adopte une résolution affirmant que le “peuple palestinien doit exercer son droit à l’autodétermination” et que “l’OLP doit être associée à toute négociation”.

Mars-avril 1982 : insurrection palestinienne dans les territoires occupés. Les maires élus sont destitués.

6 juin 1982 : l’armée israélienne envahit le Liban -opération “Paix en Galilée”- et chasse de Beyrouth les organisations palestiniennes, dont l’Organisation de libération de la Palestine, l’OLP.

17-18 septembre 1982 : assassinat à Beyrouth du président libanais Bechir Gemayel. Les Israéliens entrent à Beyrouth-Ouest. Massacre de civils par les milices chrétiennes dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, avec la complicité passive de “Tsahal”, l’armée israélienne.

1er octobre 1985 : un raid de l’aviation israélienne contre le quartier général de l’OLP à Tunis fait 70 morts.

6 août 1986 : le Parlement israélien vote une loi interdisant tout contact avec des dirigeants de l’OLP.

9 décembre 1987 : début de l’Intifada (soulèvement en arabe), également appelée “guerre des pierres” dans les territoires occupés.

15 novembre 1988 : à Alger, le Conseil national palestinien (CNP, parlement en exil), proclame l’Etat palestinien indépendant et accepte les résolutions 242 et 338 de l’ONU, reconnaissant ainsi implicitement l’existence d’Israël. En décembre, devant l’ONU à Genève, Yasser Arafat, chef de l’OLP, reconnaît le droit d’Israël à vivre “en paix”, et déclare renoncer totalement au terrorisme.

2 mai 1989 : en France, Yasser Arafat est reçu pour la première fois à l’Elysée par François Mitterrand.

12 mars 1991 : le secrétaire d’Etat américain James Baker rencontre pour la première fois des personnalités palestiniennes des territoires occupés.

30 octobre 1991 : ouverture à Madrid (Espagne) d’une conférence de paix. Israéliens, Palestiniens -des territoires occupés, et non de l’OLP-, Jordaniens et Syriens se rencontrent sous le co-parrainage de George Bush et de Mikhaïl Gorbatchev.

14 janvier 1992 : les Palestiniens remettent à la délégation israélienne leur projet d’autonomie dans les territoires occupés.
27 avril 1992 : une session de pourparlers se déroule pour la première fois en présence d’observateurs de l’OLP à Washington.

19 janvier 1993 : le Parlement israélien abroge la loi interdisant les contacts avec l’OLP.

Juillet-août 1993 : des rumeurs font état de contacts secrets entre Israël et l’OLP.

13 septembre 1993 : Israël et l’OLP signent à Washington un accord de principe (“Oslo I”) sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin et Yasser Arafat échangent une poignée de main historique.

25 février 1994 : un extrémiste juif, le docteur Baruch Goldstein, massacre 29 Palestiniens en prière au Caveau des patriarches à Hébron.

4 mai 1994 : accord du Caire sur l’autonomie de la bande de Gaza et de la ville de Jéricho (Cisjordanie). L’Autorité palestinienne s’installe dans les zones nouvellement autonomes.
1er juillet 1994 : retour de Yasser Arafat à Gaza.

28 septembre 1995: Israël et l’OLP signent à Washington l’accord négocié à Taba (“Oslo II”) étendant l’autonomie en Cisjordanie et prévoyant une série de retraits israéliens par étapes.

20 janvier 1996 : Yasser Arafat est élu président de l’Autorité palestinienne et ses partisans remportent les 2/3 des 80 sièges du Conseil législatif.

24 avril 1996 : le CNP (parlement palestinien en exil), réuni pour la première fois en Palestine, élimine de sa charte les articles mettant en cause le droit à l’existence de l’Etat d’Israël.
29 mai 1996 : les Israéliens élisent comme Premier ministre Benyamin Netanyahu, chef de la droite nationaliste, opposé aux accords d’Oslo.

24 septembre 1996 : ouverture par Israël d’un tunnel sous l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem provoque de violents affrontements entre l’armée israélienne et des manifestants palestiniens, qui font plus de 70 tués.

15 janvier 1997 : Netanyahu et Arafat concluent un accord sur un retrait partiel israélien de la ville d’Hébron en Cisjordanie.
7 mars 1997 : l’annonce unilatérale par Israël d’un retrait de 9 % de la Cisjordanie (les Palestiniens réclament 30%) provoque une nouvelle crise.

30 novembre 1997 : Israël accepte le principe de retrait limité de Cisjordanie (sans en fixer l’ampleur ni la date), assorti de conditions draconiennes. La presse israélienne parle de 6 à 8% de territoires évacués.

14 janvier 1998 : Israël annonce qu’il gardera sous son contrôle de larges parties de la Cisjordanie, même en cas d’accord de paix avec les Palestiniens.

30 mars 1998 : Dennis Ross, émissaire de Bill Clinton, quitte Jérusalem après le rejet de la proposition américaine qui demandait que 9 % à 13 % de la Cisjordanie soient évacués par l’armée israélienne.

21 juin 1998 : en dépit des critiques des Etats-Unis et de l’Union européenne, le gouvernement israélien décide la création d’une super-municipalité de Jérusalem qui englobe plusieurs colonies de Cisjordanie, et double ainsi de volume.
23 octobre 1998 : Arafat et Netanyahou signent à Wye Plantation (Etats-Unis) un accord destiné à sortir le processus de paix de l’impasse : Israël transférera à l’administration palestinienne, en trois étapes (sur douze semaines), 13% supplémentaires du territoire de la Cisjordanie encore sous son contrôle. L’Autorité palestinienne s’engage de son côté à renforcer la lutte contre le terrorisme.

Décembre 1998 : Bill Clinton est le premier président américain reçu en visite officielle par un Etat Palestinien virtuel. Inauguration de l’aéroport de Gaza, sous contrôle israélien.

4 septembre 1999 : la signature, à Charm-el-Cheikh (Egypte), d’un accord fixant les dates des retraits israéliens de Cisjordanie (prévus par l’accord de Wye Plantation mais non appliqués par l’ancien Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu), relance le processus de paix.

21 mars 2000 : avec un nouveau retrait de l’armée israélienne de 6,1% de Cisjordanie, l’Autorité palestinienne contrôle désormais, partiellement ou totalement, 40 % du territoire.

Mai 2000 : des émeutes consécutives aux manifestations en faveur de la libération des 1.600 prisonniers palestiniens en Israël, font 6 morts en Cisjordanie.

15 mai 2000 : le parlement israélien vote le transfert à l’autorité palestinienne de 3 localités proches de Jérusalem, dont Abou Dis, souvent présenté comme le siège de la capitale d’un futur Etat palestinien.

11-25 juillet 2000 : échec du sommet israélo-palestinien de Camp David (Maryland). Aucun accord n’est conclu entre les deux parties.

10 septembre 2000 : Le Conseil central de l’OLP décide de reporter la proclamation de l’indépendance de la Palestine fixée en juillet dernier au 13 septembre, date anniversaire de l’accord d’Oslo.

28 septembre 2000 : la visite du chef du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des Mosquées (Jérusalem-est), troisième lieu saint de l’islam, provoque de violentes émeutes en Israël et dans les territoires palestiniens, faisant plus de 90 victimes.

29 janvier 2001 : Israël et les Palestiniens annoncent avoir réalisé de sérieux progrès dans les négociations de Taba. Ehud Barak décide de les ajourner jusqu’à l’élection du chef du gouvernement le 6 février, estimant impossible un accord avant cette date.

6 Février 2001 : Ariel Sharon est élu premier ministre en Israël avec une avance de 25 points sur Ehud Barak.
4 décembre 2001 : Israël lance des raids d’une ampleur sans précédent dans les territoires palestiniens. Yasser Arafat, déclaré «hors-jeu» par Ariel Sharon, ne peut plus sortir de Ramallah, encerclée par Tsahal.

29 mars 2002 : l’Etat hébreu lance une offensive dans les territoires occupés baptisée «rempart défensif». La Mouqataa, le quartier général d’Arafat à Ramallah, est partiellement détruit et le leader palestinien est coupé du monde.
15 avril 2002 : Marwan Barghouti, le chef du Fatah en Cisjordanie, est capturé par l’armée israélienne.

14 février 2003 : cédant aux pressions internationales pour des réformes au sein de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat donne son accord à la nomination d’un Premier ministre.
19 mars 2003 : Yasser Arafat propose de nommer Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), un pragmatique notoire, au poste de Premier ministre.

29 avril 2003 : Mahmoud Abbas et son cabinet reçoivent l’investiture du parlement palestinien. Son investiture lève le dernier obstacle à la publication de la «feuille de route», plan de paix international prévoyant la création d’un Etat palestinien d’ici à 2005.

6 septembre 2003 : Mahmoud Abbas annonce sa démission au Parlement palestinien, invoquant des obstacles intérieurs, israéliens et américains à son action.

7 septembre 2003 : Yasser Arafat offre au président du parlement, Ahmed Qoreï, le poste de premier ministre. Celui-ci l’accepte deux jours plus tard.

12 novembre 2003 : investiture du gouvernement élargi de Qoreï.

26 janvier 2004 : Ahmed Qoreï annonce une série de réformes dans le fonctionnement des services de sécurité. La veille, le Parlement avait dénoncé l’«échec» du gouvernement à assurer la sécurité dans les Territoires.
22 mars 2004 : Cheikh Yassine, le fondateur du Hamas, est assassiné lors d’un raid mené par des hélicoptères israéliens devant une mosquée de Gaza.

17 avril 2004 : le nouveau chef du Hamas, Abdelaziz al-Rantissi, est tué lors d’un raid aérien israélien dans la ville de Gaza.13 juillet : l’envoyé spécial de l’Onu dans les territoires palestiniens, Terje Roed-Larsen, adresse de vives critiques à Yasser Arafat, estimant que la situation dans les territoires «tourne progressivement au chaos» et que le dirigeant palestinien affiche «un manque de volonté politique» pour réformer l’Autorité palestinienne.

16 juillet 2004 : une série de rapts est organisée dans les territoires par des groupes armés qui entendent protester contre la corruption de l’Autorité palestinienne.
17 juillet 2004 : Yasser Arafat annonce une refonte des services de sécurité, après qu’Ahmed Qoreï a proclamé son intention de démissionner. Le Raïs nomme à la tête du service de sécurité générale son neveu, Moussa Arafat. La nomination de ce dernier, soupçonné de corruption, entraîne de violentes manifestations. Il est rétrogradé quelques jours plus tard.
27 juillet 2004 : Ahmed Qoreï revient sur sa démission.
1er août 2004 : l’ancien ministre délégué à la Sécurité, Mohammad Dahlan, menace Yasser Arafat de manifestations de masse à Gaza s’il ne fait pas appliquer les réformes des services de sécurité dans les dix jours.

18 août 2004 : s’adressant au Conseil législatif palestinien à Ramallah, Yasser Arafat reconnaît des erreurs «inacceptables» de son gouvernement et promet d’engager des réformes.
29 octobre 2004 : Arafat est hospitalisé en France.

11 novembre 2004 : décès d’Arafat à l’âge de 75 ans.

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Meeting de l’Aïd-el-Fitr 2004

UNE REMARQUABLE DÉMONSTRATION DE FORCE

Le traditionnel rassemblement populaire organisé par l’UAD le jour de l’Aïd-el-Fitr a connu cette année une affluence exceptionnelle. Preuve de la maturité de notre Peuple, mobilisé aux côtés de l’opposition nationale., seule alternative crédible au régime des bedaines, synonyme d’insouciance, d’incompétence et de pillage des richesses nationales.

« Le combattant meurt, le combat continue » proclamaient de larges banderoles réclamant également l’application de l’Accord de paix du 12 mai 2001, déployées par les militants de l’UAD devant le siège de la fédération ARD d’Arhiba situé place de l’Indépendance. En ce samedi matin de fête, des milliers de militants de l’opposition attendaient dignement, dans une ambiance fraternelle l’arrivée de la direction de l’UAD.

Peu avant 9 heures, les dirigeants des quatre formations politiques regroupées au sein de l’UAD ont été chaleureusement ovationnés, avant de s’adresser à la foule combative. La présentation des vœux de l’Aïd a été précédée d’une émouvante séance de prière à la mémoire du regretté Président de l’UAD et père de la Nation, récemment disparu. La vitalité de l’UAD est le meilleur gage de la poursuite de son combat inachevé.

Après avoir communiqué le programme du jour, les dirigeants de l’UAD se sont déplacés à pied vers le deuxième lieu du rassemblement populaire, la bien-nommée Avenue Nasser, face au siège central de l’UDJ. Cette traversée à pied de la route d’Arta dans le sens Arhiba-Avenue Nasser, n’avait pas été rééditée depuis l’Aïd-el-Fitr 2002.

Ainsi, en quelques minutes, ce sont des milliers de militants et sympathisants qui ont escorté la direction de l’UAD jusqu’à l’Avenue Nasser, où convergeaient également une foule très nombreuse venue des autres quartiers.

Après les congratulations d’usage, le meeting proprement dit a débuté vers 10 heures dans une ambiance combative. Une pléthore d’orateurs a ainsi chauffé l’auditoire durant près de deux heures. Tout à tour, nos dirigeants se sont alors exprimés de façon claire et concise.

Tous ont démontré, exemples à l’appui, que le pays allait de mal en pis et qu’un sursaut national était l’unique voie pour barrer la route au principal responsable du désastre national : le candidat solitaire à sa propre succession. De fait, l’unité d’action brillamment démontrée sur le terrain par les responsables et militants de l’UAD a mis du baume au cœur à tous ceux venus écouter un langage d’unité et de combativité.

M.Souleiman Farah Lodon, Vice-Président du MRD, a tenu à rappeler que « ce régime irresponsable n’a pas respecté sa parole et sa signature en violant systématiquement l’Accord de paix du 12 mai 2001 et continue à saboter la décentralisation ». Le Président de l’ARD, M. Ahmed Yousouf, a particulièrement mis l’accent sur la consolidation de l’Unité nationale : « celle-ci demeure une condition sine qua non pour que triomphe le juste combat national de l’UAD ».

Pour sa part, le Président du PDD, M. Mohamed Daoud Chehem, a mis en relief l’échec politique et économique de ce régime du gâchis. « La régression est visible à l’œil nu, il suffit d’observer l’état de saleté de notre Capitale, transformée en un gigantesque dépotoir à ciel ouvert » a-t-il indiqué.

Outre les principaux leaders des partis politiques regroupés au sein de l’UAD, plusieurs autres dirigeants ont également tenu à haranguer l’assistance avec conviction en égrenant la liste des méfaits imputables à ce régime de prédation. Ainsi, un des discours les plus applaudis et les plus remarquables a été celui prononcé du fond du cœur par le camarade Naguib, du MRD.

Ce brillant orateur s’exprimant en arabe avait déjà été remarqué lors de la campagne des législatives de janvier 2003. Ses formules piquantes et le ton sincère de son discours en a ému plus d’un. Après avoir fustigé la propagande mensongère du candidat officiel du parti au pouvoir, Naguib Bachir a martelé : « six ans de plus à ce rythme rétrograde et c’en est fini de notre pays. Tous ensemble, faisons barrage à ce régime insouciant et insatiable. Honte à ce système qui méprise les siens au point même de refuser d’honorer la mémoire du père fondateur de notre République. Il n’y a rien à attendre des ingrats, il faut les balayer » a-t-il conclu sous un tonnerre d’applaudissements.

Prenant la parole en dernier, M. Ismaël Guedi, le Président de l’UAD, s’exprimant successivement en afar et en somali, a été on ne peut plus clair, en affirmant : « Après la disparition de notre leader charismatique, certains observateurs spéculaient sur l’affaiblissement durable, voire la désagrégation de l’UAD. Bien au contraire, portée par l’espérance populaire, notre coalition se renforce de jour en jour. La Lutte continue, et nous suivons la voie de l’unité nationale, de la démocratie et de la justice, admirablement tracée par le regretté Ahmed Dini » a-t-il précisé, soulevant une salve d’applaudissements.

Le meeting a pris fin peu avant midi et l’immense foule joyeuse s’est dispersée dans le calme, scandant encore UAD ! UAD !

De l’avis général, l’UAD a tenu ce jour-là un de ses plus mémorables rassemblements populaires depuis janvier 2003. Ce n’est que le début, la mobilisation continue.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 112 du mercredi 10 novembre 2004

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Réalité numéro 112 du mercredi 10 novembre 2004

Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Comprendre les Afar (2)
  4. Sans-papiers chez eux
  5. Ben Laden a voté Bush !
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMEDCodirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 112

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


EDITORIAL

 

AILLEURS COMME ICI :

NEUTRALISER LES TUEURS DE PAIX

Il y a une fâcheuse constante chez tous les dirigeants bellicistes peu soucieux de concorde nationale : comme le fit en son temps Gouled, le Président ivoirien Laurent Gbagbo voulait profiter du cessez-le-feu et de l’interposition des soldats de l’ONUCI pour se réarmer massivement, reprendre les hostilités contre les rebelles et ainsi pousser ces forces d’interposition mises devant le fait accompli à quitter les zones de guerre. Cette logique extrémiste ayant réussi dans le cas djiboutien, et la France possédant chez lui au moins autant d’intérêts à protéger qu’ici, le calcul machiavélique de Gbagbo devait inévitablement conduire au désengagement de toutes les troupes étrangères de maintien de la paix (plus un contingent de 4000 français) et donc à la fin de la médiation internationale, dont la France a le tort d’être le bras armé. Eviter toute redéfinition de la citoyenneté ivoirienne par l’application honnête des accords de Marcoussis (janvier 2003) et celui d’Accra III (juillet 2004), en tuant samedi 6 novembre dans un bombardement aérien dix ressortissants occidentaux (9 militaires français et un civil américain), le jeu en valait pour lui la chandelle. Mais la machine a fait tilt : une telle remise en cause criminelle de la notion même de maintien de la paix et de médiation extérieure était inacceptable.

Si sa diplomatie se laisse occasionnellement insulter ici ou là, la France ne peut durablement tolérer, sans renier sa grandeur, que des despotes violeurs d’accords de paix, l’humilient sur la scène internationale en sabotant le rôle modérateur et conciliant qu’elle entend y tenir.

Face à ce sabotage, le Conseil de sécurité des Nations-Unies serait sur le point de voter un projet français de résolution, prévoyant des sanctions à l’encontre de la Côte d’Ivoire et de certains de ses responsables : embargo sur les armes à destination de ce pays, gel des avoirs et interdiction de voyager pour les personnes jugées coupables de blocage du processus de paix seraient au menu.

Certes, il y aura toujours des pointilleux pour trouver regrettable de constater qu’il aura fallu la mort de ces dix Occidentaux pour que la communauté internationale réagisse en s’attaquant aux origines de ce drame : la violation des accords de paix par la partie gouvernementale. Sans manquer de rappeler que le massacre de centaines de manifestants pacifiques par les troupes régulières dans les rues d’Abidjan l’année dernière n’avait suscité qu’un communiqué laconique du Quai d’Orsay. Le parallèle est saisissant : qui a ici oublié qu’il en fut de même lors du massacre d’Arhiba en décembre 1991, alors qu’une petite attaque du FRUD contre les infrastructures portuaires avaient soulevé la profonde indignation des autorités françaises. Mais à quelque chose malheur est malheureusement bon : la réaction présente de la France, par la destruction des moyens aériens ivoiriens, aura été à la hauteur de l’affront. Et de l’avenir : parce que l’indifférence générale de la communauté internationale avait jusqu’à présent encouragé Gbagbo à torpiller les accords de paix et pour l’application desquels un comité ad hoc avait été mis en place. Les pressions internationales qui vont désormais s’exercer sur les protagonistes imposeront, espérons-le, les conditions politiques pour une réconciliation des forces ivoiriennes en conflit.

Toutefois, le rappel des motivations françaises vaut le détour. Selon une déclaration de son Ministre des Affaires Etrangères, « tous ceux qui ne respectent pas leur signature pourraient faire l’objet de sanctions individuelles décidées par les Nations-Unies. Il faut obliger ceux qui ont donné leur parole et leur signature à les respecter ». Propos qui, sous d’autres cieux, devraient inciter à réfléchir tous ceux qui, parvenus par la force et la fraude, croient ruser avec la réalité en retardant les indispensables conditions d’une réelle paix civile. Car, ici, sans attenter à la vie de qui que ce soit, (innocent ou coupable), notre Peuple qui a décrété le 12 mai journée nationale de la Paix, reste mobilisé et déterminé à faire appliquer tous les termes de l’Accord signé entre la partie gouvernementale et le FRUD-armé. Et, pour notre part, en tant que co-signataire, notre participation à la compétition politique ne trouve sa légitimité que dans un ensemble de réformes démocratiques, prévues par ledit accord et dont la réalisation est loin d’être effective. Sachant pertinemment que cette application ne passera pas par les urnes, nous ne souhaitons pas qu’elle le soit par les armes.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il reste à espérer que la communauté internationale qui se mobilise aujourd’hui pour imposer la paix en Côte d’Ivoire, se penche sur la situation djiboutienne avant l’irréparable.

 

 

 


Brèves nationales

 

Les FAD désenclavent le Nord :

 

Elles terrorisent encore le Sud

 

Alors qu’elles se vantent de contribuer au développement économique des régions affectées par le conflit civil en participant au désenclavement aérien du district d’Obock, les Forces Armées Djiboutiennes viennent de démentir de façon dramatique la propagande selon laquelle notre pays aurait été débarrassé de toutes les mines antipersonnelles enterrées par les troupes gouvernementales. Ainsi, le 7 septembre dernier, trois fillettes bergères auraient été sérieusement blessées par l’explosion d’une mine antipersonnelle à quelques centaines de mètres de la garnison de Galafi. Il s’agit de : Fatouma Willisa, Arba’i Orbiss et Fatouma Mohamed. Les jeunes bergères, âgées de 9 à 12 ans, auraient été évacuées à bord d’un véhicule militaire vers Dikhil, pour y recevoir des soins vite jugés insuffisants au vu de la gravité de leur état. L’une d’elles, Fatouma Willisa, aurait même perdu un œil, tandis que Fatouma Mohamed aurait quant à elle perdu une main. La troisième fillette aurait pour sa part reçu des éclats sur tout le corps.

 

Contrairement aux affirmations du régime, qui claironne que Djibouti est « mine safe » (vide de mines), tout laisse malheureusement à penser que ses mines antipersonnelles restent toujours en liberté dans notre pays, mettant en danger la vie de paisibles citoyens des zones rurales. Comme le prouve, après l’avis des spécialistes, le seul fait qu’aucun déminage des envions de cette garnison de Galafi ne soit à l’ordre du jour…

 

Ambassades djiboutiennes :

 

Entre annexes RPP et lieux de culte

 

Après celle de Bruxelles, c’est donc au tour de l’ambassade djiboutienne à Paris de se transformer, le temps d’un rassemblement partisan très peu en conformité avec ses missions diplomatique et consulaires, en une annexe sans gêne du parti au pouvoir du candidat à sa propre succession. Triste spectacle qui n’a certainement pas manqué d’intriguer les observateurs étrangers : un tel usage d’un édifice public à des fins partisanes et au service d’intérêts sectaires, c’est effectivement chose rare depuis la disparition officielle des partis uniques. Entre le personnel diplomatique au grand complet et des réfugiés proches du régime, il y avait du beau monde, naïvement convaincu que cette messe en adoration de celui qui met en danger la concorde nationale influencera le cours des choses ici. Que le régime se mette en scène de façon aussi pitoyable à des milliers de kilomètres de notre réalité nationale, devant laquelle le bon sens qu’impose la certitude d’être illégitime l’incite à beaucoup de discrétion ici, n’en démontre que plus son isolement à l’intérieur.

 

Investissements à Obock :

 

Aubaine ou bedaine ?

 

Selon des informations circulant dans les milieux d’affaires, des investisseurs djiboutiens et étrangers lorgneraient vers le district d’Obock. Ainsi, une société sud-africaine et des privés nationaux projetteraient d’y investir dans le secteur de la pêche, potentiellement riche dans cette région. On parle de l’installation dans la zone de Khor-Angar, au nord d’Obock, d’une ferme aquacole destinée à l’élevage de langoustes et autres crustacés. Ce projet d’un montant de 10 millions de dollars pourrait, dit-on, permettre la création de quelques dizaines d’emplois dans cette région.

 

Par ailleurs, des privés djiboutiens seraient sur le point d’exploiter un chalutier dans les eaux particulièrement poissonneuses d’Obock, au bénéfice des pêcheurs qui ont dû abandonner leurs activités en raison du coût élevé du carburant et de l’absence de moyens de conservation du poisson sur place.

 

« Réalité » suivra avec intérêt ces projets et leurs impacts réels sur les conditions de vie des populations oubliées de cette région. En attendant, il est trop tôt pour savoir si ces futurs investissements seront une aubaine pour les citoyens ordinaires du coin ou une nouvelle opportunité pour enfler certaines bedaines du régime.

 

Décès du fondateur des Emirats Arabes Unis :

 

Le sanglot du mendiant ?

 

Les Djiboutiens a appris mercredi dernier le décès survenu mardi 2 novembre du cheik Zayed Ben Sultan Al Nahyane, Président de la Fédération des Emirats Arabes Unis. Le cheik Zayed qui vient de disparaître à l’âge de 86 ans était l’émir d’Abu-Dhabi et Président de cette fédération créée en 1971 avec cinq autres émirats : Dubaï, Ras El Khaimah, Fujaïra, Ajman et Um Al Quwaïn. La Capitale de cet Etat du Golfe est Abu-Dhabi, mais les Djiboutiens connaissent surtout Dubaï, avec lequel notre pays entretient des relations commerciales depuis une vingtaine d’années.

 

Depuis l’an 2000, cet émirat est cité en modèle à Djibouti, les autorités djiboutiennes ayant concédé à Djebel Ali la gestion du Port, de l’Aéroport, de la nouvelle Zone Franche et du futur Port de Doraleh. C’est, nous semble-t-il, parce que Djebel Ali contrôle une partie de notre économie nationale que notre pays a transféré à Dubaï son ancienne ambassade en Irak, alors que les Emirats n’ont pour leur part aucune réciprocité avec Djibouti. Qu’importe, Djebel Ali vaut bien une prière ou même trois jours de deuil national décrété officiellement à l’occasion de la disparition du cheik Zayed mais, en réalité, pour des raisons hypocritement commerciales.

 

Ce sanglot d’Etat, qui n’est pas sans rappeler celui du mendiant ayant perdu son bienfaiteur, semblerait plus sincère si notre gouvernement avait honoré comme il se doit, et comme nos compatriotes l’attendaient de sa part, la mémoire du père fondateur de notre République, récemment disparu. Ne peut aimer autrui celui qui n’aime pas les siens.

 

Pour le reste, nous réitérons notre vive sympathie au Peuple frère Emirati et saluons la mémoire du cheik Zayed Ben Sultan Al Nahyane, fondateur des Emirats Arabes Unis et laisse un des pays les plus stable et le plus prospère du monde arabe.

 


 

Comprendre les Afar (2)

UN ALPHABET ORIGINAL

Dans cette dernière partie, nous nous intéresserons à la récente découverte de la Feera (1), alphabet afar. Voici l’exposé qu’y consacre le site Arhotaba.com. Cette découverte pose plus de questions à la science qu’elle n’apporte de réponses, car on ne comprend pas le bouleversement ayant conduit à la rupture de la chaîne de transmission du savoir, conduisant à l’oubli d’une telle avancée.

Vendredi 26 janvier 001, découverte des SEEKA (2), des pierres ovales en forme de tablette sur lesquelles étaient gravées les inscriptions de la FEERA dans le vestige des anciens habitats des nomades dans la région d’AOUSSA au sud de l’ETHIOPIE.

Mardi 13 mars 001, vaste opération de recherche des témoignages de cette écriture cursive à travers les objets, la représentation des astres célestes( les étoiles, le soleil, la lune etc…), les différents types de support autre que les Seeka, d’autres sources d’inspiration dans toute la région afar.

Samedi 21 avril 001, étude des GINNI FIRO (3), les inscriptions gravées sur les pierres en tablette. Recours au même système de déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique égyptienne sur les différents signes graphiques inscrits sur les pierres

Jeudi 17 mai 001, mise à jour complète de la FEERA, une écriture phonétique qui constitue la base de l’alphabet afar. Regroupement des lettres au nombre de 22 dont 17 consonnes et 5 voyelles ( a, e, o, i, u).

ETUDE DES DONNEES

LA FORME DE L’ECRITURE

Les pierres en tablette portaient des inscriptions gravées en deux modes d’écriture que les anciens appellent les GINNI FIRO. En effet, la FEERA est constituée à 80% des traits rectilignes représentant des signes à la fois alphabétiques et syllabiques. Les anciens considèrent donc à première vue que cette écriture aurait pour ancêtre le FIRO ou FIIRO qui veut dire littéralement des tracés. Il s’agit de deux écritures juxtaposées l’une après l’autre.

La première est constituée des pictogrammes et la seconde, plus cursive, représente des signes phonétiques. Cette écriture a des ressemblances graphiques, mais aussi phonétiques avec l’écriture hiéroglyphique et hiératique égyptienne. On suppose donc, qu’au vu de ces similitudes et de l’évolution graphique de la FEERA vers une écriture plus simple et plus rapide, cette dernière aurait pour ascendant l’écriture égyptienne. Dés lors, à partir de là, on peut établir un lien de filiation entre ces deux écritures.

Ces signes, dans un premier temps, sont figuratifs ; un pictogramme désigne l’objet qu’il représente dans sa forme plus ou moins réelle et originale. Une écriture figurative ne peut pas en soi exprimer des abstractions, c’est pourquoi donc les anciens ont eu avec le temps l’ingéniosité de la transcrire en signes sons pour pouvoir mettre à l’écrit les sentiments, les émotions, mais surtout les convictions religieuses.

Pour cela, les Kaatib ont utilisé délibérément sur les Seeka des redondances des signes sons parallèlement aux pictogrammes, c’est à dire, on procédant à une transcription plus ou moins directe des signes images aux signes sons. C’est ce qui a rendu facile aux chercheurs la tache du déchiffrement.

LES ETAPES DU DECHIFFREMENT

Pour pouvoir procéder au déchiffrement, on a établi d’abord une liste de correspondances entre les hiéroglyphes égyptiens et les inscriptions gravées sur les pierres en tablette. Cependant, il n’y avait pas véritablement une réelle correspondance entre les signes relevés sur les pierres et les hiéroglyphes égyptiens.

Les objets, les astres ou les êtres vivants figurant sur les Seeka ne sont pas tous répertoriés dans les hiéroglyphes égyptiens ou ils sont représentés différemment. Néanmoins, il s’agit à la base d’un même procédé d’écriture, c’est-à-dire, à la fois des pictogrammes, des idéogrammes et des signes sons. Les premiers signes sont constitués des pictogrammes. Ces signes sont linéarisés :

La première ligne commence par 3 traits verticaux juxtaposés les uns après les autres. Ensuite, 2 signes représentants 2 étoiles, un signe représentant un croissant de lune et un cercle représentant le soleil. La suite des signes inscrits sur ce même ligne correspond à une écriture phonétique. Il n’y a pas un blanc d’espacement entre ces deux écritures. La seconde écriture correspond à une évolution graphique des pictogrammes ou des idéogrammes vers une écriture à la fois alphabétique et syllabique.

Il s’agit donc d’une redondance voulue volontairement par les « kaatib » pour pouvoir les lire dans deux formes d’écriture. C’est pourquoi, la volonté de transcrire dans deux formes d’écriture différentes graphiquement s’explique nécessairement par le contexte historique, politique, économique et social de la région.

La seconde ligne est beaucoup plus significative. Elle commence par un signe représentant une « OULLA», la parturiente. Dans la coutume afar, une femme qui a accouché n’a pas le même statut social que les autres. Elle bénéficie de tous les privilèges et est comblée des toutes les affections matérielles et morales.

Ce signe se rapproche de la représentation d’un être humain en hiéroglyphes égyptiens. Le second signe est asymétrique au précédent, mais sa taille est beaucoup plus petite. Il s’agit donc de la représentation pictographique d’un enfant ; ce qui laisse supposer que le sexe ou l’age d’un enfant est représenté par un même signe sans distinction graphique. Le troisième signe représente un dromadaire avec sa monture et enfin le dernier signe représente un homme avec un bâton sur les épaules qui doit être éventuellement le chamelier.

SIGNIFICATIONS ET TRADUCTIONS DES SIGNES

La première ligne constitue un système de datation de cette époque. Les trois traits verticaux représentent le chiffre 3 et il s’écrit en écriture phonétique « SIDAHNA » ou « SIDACNA » qui signifie littéralement le troisième jour de la semaine, c’est à dire le MARDI (4) du calendrier latin. Ensuite, les deux étoiles signifient que l’enfant est né entre l’intermittence de deux étoiles. Les anciens nomades afars lisaient dans les étoiles les présages pour les nouveaux nés afin de prédire leurs positions et leurs rangs au sein de la société. Il en va de même pour le bien être de la tribu, le cheptel, les saisons de pluie etc.… Aussi, les étoiles sont des points de repaires pour les nomades qui sont constamment confrontés au déplacement saisonnier des campements. Leurs transcriptions sont reprises en écriture phonétique « LAMMA ( fana ) HOUTOUKA» ou « LAMMA ( fana ) CUTUUKA » (5).

Cela signifie que l’enfant est né entre l’intermittence des deux étoiles. La lune est un astre sacré chez les Afars. Elle est à la fois vénérée pour ses vertus guérisseurs et redoutée parce qu’elle est considérée, dans les us et coutumes locales, qu’elle est à l’origine de certaines maladies psychosomatiques et autres. Le pictogramme sur les Seeka représente un croissant de lune et on peut considérer dans un premier temps qu’elle soit gravée pour des raisons des croyances pour éloigner du nouveau-né ses effets négatifs.

Cependant, sa véritable signification ne peut être, si l’on raisonne au sens de la logique et de la cohérence par rapport aux signes précédents, qu’un moyen de datation de la naissance de l’enfant parmi tant d’autres signes. En ce sens, la lune ou ses différentes phases représentent le «mois » de l’année. Elle se lit en écriture phonétique « ALSA ( k ) BILO » qui signifie le premier jour du mois. Cependant, tous les enfants qui sont nés pendant cette période du croissant de lune sont réputés être nés le même jour et cela se perpétue jusqu’aujourd’hui dans la coutume afar.

Enfin, le soleil est représenté par un cercle rond. La valeur de l’année est limitée chez les afars en fonction de la saison de pluie. Une année ne représente pas forcement 12 mois et donc son appréciation est relative selon la régularité des saisons de pluie. Sa transcription directe en Feera se lit « AYRO ( oy ) LIGGIDA » qui signifie littéralement le « soleil et l’année ». Le terme AYRO, par extension, désigne aussi le jour et les Kaatib ont rajouté le mot LIGGIDA pour désigner l’année afin d’écarter toute incertitude.

Les signes de la ligne suivante représentent des scènes de la vie quotidienne, mais sa signification est symbolique pour ne pas dire sacrée.

Le terme « OULLA» est une désignation sociale portée par les femmes qui ont accouchées pour les distinguer des autres femmes dans la société. Elle est représentée par un signe figuratif reprenant plus ou moins le trait d’un être humain et les signes phonétiques se lisent « OULLA» ou « ULLA ».

Ensuite, l’enfant est représenté par le même signe, mais de taille beaucoup plus petite que ce dernier. Les signes phonétiques représentant l’enfant se lisent « BADA » ou « BAXA ».

Il est, en outre, difficile de faire une réelle distinction par l’écriture entre un « garçon » et une « fille » qui s’écrivent tous avec les mêmes signes phonétiques ; les nuances n’étant perceptibles qu’au niveau des sons émis, la confusion reste à ce jour non résolue au niveau de l’écriture. Le pictogramme suivant représente un dromadaire avec sa monture en forme de X que les afars appellent communément « Anabo » ou « Qanaabo».

Sa représentation fait allusion par extension aux marchandises, désignées en écriture symbolique par le mot « ARI » ou « QARI » suivi par l’auxiliaire avoir «LEW ». Enfin, l’homme avec le bâton sur les épaules représente le chamelier ; sa désignation n’est pas transcrite en écriture symbolique, mais il s’agit d’un idéogramme conçu pour désigner le tout, c’est à dire, la caravane « ARHO ».

Ces signes sont symboliques car ils constituent à la base une formule d’une expression très populaire perpétuée par l’oral dans la coutume afare pendant les évènements, les cérémonies religieuses etc.…et ce c’est qui a d’ailleurs facilité aux chercheurs la tâche du déchiffrement en contribution avec les signes sons. On note dans la première partie « ULLA », « BAXA » et dans la seconde « QARI », « LEW », « ARHO ».

On constate qu’il existe un agencement logique entre ces signes qui donne à la formule un sens précis qui se situe dans le cadre d’un événement précis et dans des circonstances précises. Ainsi, les anciens ont restitué le morceau manquant du puzzle de la célèbre expression. Les signes sons qui ont été déchiffrés auparavant ont contribué largement à sa lecture. Elle avait une connotation religieuse :

“ ULLA ( H ) BAXA ( I ) ( YASALAMAY )”

“ QARI ( LEW ) ARHO ( TASALAMAY )”

« QUE L’ENFANT NAISSE SAIN ET SAUF »

« QUE LA CARAVANE RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »

Cependant, la version ancienne de cette expression au passé millénaire est la suivante :

« BOUDA ( L ) OULLA [ TASALAMAY ] »

« GITA ( L ) ARHO [ TASALAMAY ] »

« QUE LA FEMME ENCEINTE ACCOUCHE SAINE ET SAUVE »

« QUE LA CARAVANE RENTRE SAINE ET SAUVE DE SON VOYAGE »

AUTRES SOURCES DE DECOUVERTES SUR LA PEAU HUMAINE :

Les spécialistes de l’écriture ont relevé, dans le cadre de la recherche, des signes apparentés à la FEERA comme ceux inscrits sur les Seeka, tatouées sur la joue, le front, les cils, les bras, la poitrine, le ventre et le dos des nomades afars.

On a observé des similitudes entre le « HADDA» (6) ou le « HAXXA » que portent généralement les femmes sur les joues et la lettre M, sur le front les lettres B ou I, la lettre X sur le menton ( Debne Hadda ), les lettres Y, W, D sur le dos et la poitrine.

LES AUTRES SUPPORTS :

La lettre N reproduit dans sa configuration l’image d’un bâton symbolique porté par une catégorie des gens, MAKABAN, qui détiennent le pouvoir dans une société régie par des lois traditionnelles, le MADAA ou MADQA. On trouve aussi dans les jeux individuels ou collectifs comme le KOULA HABE la reproduction des certains signes figuratifs et la représentation des objets tels qu’ils sont gravés sur les Seeka.

Il existe aussi d’autres figures sur les objets de ménage: le AYNI, KORA, FIDIMA etc.. En revanche, la plupart des autres signes se rapprochent au niveau de la graphie de l’écriture hiératique égyptienne, même si ces signes ne correspondent pas forcement aux même sons. Il en est ainsi pour les lettres E, G, H. La lettre X est une représentation d’un tombeau en forme conique afar, le WAYDAL qui correspond à la configuration géométrique d’une pyramide nubienne ou égyptienne. Les femmes portent des colliers et des boucles d’oreilles en forme pyramidale.

LEXIQUE

(1) Feera signifie le « doigt » de la main. Par extension, le doigt fait allusion à l’écriture dans la langue afar.

(2) Seeka veut dire littéralement les « saints » en afar. Ces sont des pierres en tablettes que les anciens, dont la vie sociale et religieuse était teintée des croyances animistes, adoraient et les enduisaient du beurre en signe de vénération.

(3) Ginni Firo signifie les « tracés du diable ». Les Afars croyaient que les scènes rupestres, les gravures sur les rochers etc…étaient l’œuvre du diable.

(4) « SIDAHNA » ou « SIDACNA » correspond à MARDI. On peut donc établir à partir de là les noms des jours de toute la semaine : SIDACNA, FERA, KONA, LIHA, MALCINU, ENEKNA, LAMAXA qui correspondent respectivement à MARDI, MERCREDI, JEUDI, VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE et LUNDI.

(5) Les mots en majuscules mis entre guillemets se prononcent d’abords en phonétique latine, ensuite en phonétique afar : « LAMMA ( fana ) HOUTOUKA » se prononce en phonétique latine et « LAMMA ( fana) CUTUUKA » en phonétique afar.

 

(6) Hadda sont des signes et des figures géométriques tatoués sur les corps des hommes et des femmes afars.

 

 


Sans-papiers chez eux

Alors que le Ministre de l’Intérieur invite ses compatriotes à s’inscrire sur les listes électorales, nous soumettons à sa sage réflexion l’épineux problème de la nationalité, qu’aucun accord de paix n’a encore réussi à régler pour cause de violation. Sans manquer de l’inviter à faire un petit sondage pour savoir combien sont tous ceux qui, Djiboutiens depuis 1977, ont eu autant de mal à obtenir une citoyenneté que son régime refuse à d’autres.

La question de la nationalité a en tout temps été cruciale à Djibouti. Maintes fois, « Réalité » a traité ce problème d’une importance majeure en mettant en exergue les dangers qui revêtait cette situation pour des milliers de familles apatrides dans leur propre pays. Cet état de non droit obéit à une décision volontaire du régime connu pour sa politique sectaire. Son refus obstiné d’accorder ce droit inaliénable à des milliers de nos concitoyens relève d’une politique aussi inique qu’insensée, laquelle est basée sur l’attribution sélective et inégalitaire de la citoyenneté aux communautés nationales.

En ce sens, coexistent aujourd’hui différents citoyens apatrides présentant différents cas d’injustice. Des « kaar dameer » à l’époux ou épouse étrangère, en passant par l’enfant de père ou de mère inconnue, ces familles de « sans papiers », sans aucun droit, survivent depuis trois générations pour certains d’entre eux sans espoir, dans l’angoisse et la détresse. Cette triste réalité, conséquence d’une programmation politique consciente, n’empêche tout de même pas les coupables animés par une « naturelle » arrogance de séduire ces populations marginalisées à l’approche de chaque consultation électorale.

L’arme de la « citoyenneté » permet au pouvoir de combler son déficit de légitimité en cette courte période, en procédant à l’enregistrement de ses victimes « sans papiers » qui deviennent ainsi des électeurs par ordonnances. Toutefois, ces pratiques aussi ponctuelles que conjoncturelles ne permettent pas de corriger la situation de ces apatrides mais bien au contraire aggravent souvent leur cas en raison d’une part d’un manque de suivi de leurs dossiers, et d’autre part des multiples obstacles posés par la méconnaissance des textes. C’est donc l’échec par le découragement qui réduit encore ces sous-citoyens parce que spoliés de leurs droits.

Alors, n’importe qui ne passe à travers les mailles tressées par une administration corrompue et sectaire, mais nombreux sont pourtant les étrangers des régions voisines qui, par des moyens autres que la légalité, arrivent à obtenir la citoyenneté djiboutienne. En général, cette catégorie de nouveaux élus à la nationalité émigrent à l’étranger, choix que seules peuvent faciliter les pièces d’identité djiboutienne par rapport à celles de leur pays d’origine dans la région.

En effet, moyennant finances ces postulants à la nationalité de notre pays se déplacent dans les districts du sud ou la connivence avec les services du ministère de l’intérieur chargés des pièces d’identité leur permet de disposer en un laps de temps record « les papiers ».

Plus chanceux sont encore ceux qui de la manière la plus occulte disposent des pièces d’identité de personnes décédées et non-déclarées. Pratique très courante jadis entre membres d’une même famille, sous le colonialisme. C’est d’ailleurs cette technique qui a permis à nombres de nos concitoyens issus du circonvoisinage immédiat de disposer de la nationalité djiboutienne jusqu’à occuper des hautes responsabilités dans l’appareil de l’Etat, sous un nom d’emprunt évidemment.

Depuis peu, une nouvelle méthode plus dangereuse que les précédentes tend à grossir les rangs des « sans papiers » de la manière la plus ignoble. Celle-ci a pris forme depuis que la grogne des victimes de l’arme de la « citoyenneté » s’est fait entendre.

Les personnes concernées, dans leur majorité nécessiteuse et surtout analphabètes, se voient illégalement « déchues » de leur nationalité par des irresponsables de certaines administrations. En effet, et c’est le dossier que nous traitons ci-dessous, ces personnes qui remplissent toutes les conditions nécessaires pour être djiboutiens se voient refuser l’attribution de leurs pièces d’identité et contraints administrativement à opter pour une naturalisation. Le cas ci-dessous n’est qu’un exemple parmi des centaines.

Madame Kadidja Houmed Abdo est née en 1972 à Kouta-Bouya et domiciliée à Djibouti-ville. Mariée depuis 1988 (cf.doc 1) elle est aujourd’hui mère de sept enfants qui disposent eux de leur acte de naissance. A la fin de l’année écoulée, elle entreprend les démarches nécessaires pour obtenir sa carte d’identité nationale. Son entreprise se voit bloquée par l’administration chargée de la délivrance des pièces d’identité qui juge que n’étant pas djiboutienne elle doit solliciter une naturalisation.

Or, alors qu’elle relevait de l’article 5 de la loi n° 200/AN/81 portant code la nationalité djiboutienne qui stipule : «Est djiboutien, ainsi que ses enfants mineurs, l’individu majeur, au 27 juin 1977, qui par suite de sa naissance en République de Djibouti était français au sens des lois encore en vigueur sur le territoire », voilà que du coup, Madame Kadidja mineure à l’indépendance de notre pays, a été contraint de demander la nationalité djiboutienne par naturalisation et tombe du coup sous l’article 14 de la même loi qui dit ceci : « La nationalité djiboutienne peut s’acquérir par décision de l’autorité publique. Elle résulte d’une naturalisation accordée par décret et sur demande de l’intéressé ».

C’est le début du parcours du combattant que va devoir entamer Madame Kadidja pourtant djiboutienne. Cette démarche ne sera pas sans préjudice pour cette dame, mère de sept enfants et mariée à un djiboutien, la demande de la naturalisation lui enlevant désormais son droit à la nationalité par naissance. C’est ainsi que cet article qui engendre un ensemble de dispositions dissuasives citées par les articles 18 et suivants de cette loi de 1981 oblige cette épouse à faire une requête auprès du Directeur de la Population en février 2004, en lui fournissant un jeu de documents exigés. Notre administration n’ayant jamais fait l’effort d’adapter les méthodes d’enquête et leurs supports issus du colonialisme à la réalité de notre pays depuis 1977, parmi ces documents figurent un procès-verbal d’assimilation au contenu ahurissant (cf doc. 2), un certificat de vie commune, alors que notre religion et notre coutume autorise certainement la polygamie mais surtout pas une vie commune en dehors du mariage (cf doc. 3), et bien d’autres aussi insensés que choquants.

Selon la loi, le cas de cette femme dépendra dans un premier temps de la décision d’une commission présidée par un magistrat désigné par le Président de la République chargée de donner un avis préalable à toutes demandes de naturalisation. Quoi qu’il en soit, la contradiction réside dans les textes suivants qui soutiennent dans l’article 19 d’une part que « …la naturalisation ne peut être accordée qu’à l’étranger justifiant d’une résidence habituelle en République de Djibouti pendant au moins 10 ans qui précèdent le dépôt de sa demande », d’autre part l’article 21 : « L’étranger ou l’apatride qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité djiboutienne ne peut solliciter la nationalité djiboutienne qu’après deux ans de vie commune. En cas de naturalisation les enfants mineurs issus du mariage sont de droit djiboutiens ».

Ce cas d’espèce ne peut s’appliquer à cette dame qui est née à Djibouti, mère de sept enfants issus d’un mariage avec un djiboutien. La situation de madame Kadidja n’est pas unique dans notre pays ou de la manière la plus illégale notre gouvernement bafoue les droits de ses propres citoyens au profit de nombreux étrangers qui, pour le cas de la naturalisation, bénéficient de la largesse du pouvoir en leur octroyant la nationalité sur la base de l’article 22 qui stipule que : « …Peut être naturalisé sans condition de délai, l’étranger dont la naturalisation présente pour la République de Djibouti un intérêt exceptionnel » . Cette loi relevant du pouvoir discrétionnaire du Président de la République a fait de citoyens djiboutiens un nombre non négligeable de personnes originaires des pays voisins Yémen, Ethiopie, et ces dernières années d’anciens militaires et autres agents de sécurité de la défunte dictature de Siad Barré.

Combien de temps croit pouvoir tenir un régime qui préfère massivement djiboutianiser des étrangers et au compte-gouttes naturaliser des nationaux.?



 

Ben Laden a voté Bush !

LE TERRORISME AU SERVICE DE LA MÉDIOCRITÉ

Ayatollah : Bush… Kerry… Quelle différence ?

Al Qaïda : Zut ! Encore un indécis

Un savant américain avait un jour décrété « la fin de l’Histoire » : avec la faillite du communisme, toute source de contradiction avait pour lui disparu. Celle qui est en train de s’écrire actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, par une plume trempée dans le sang de leurs soldats tombés en Irak ou des innocentes victimes des attentats aveugles, le contredit dramatiquement : le terrorisme semble y être devenu le nouveau moteur d’une Histoire à reculons.

Parce que leur pouvoir d’achat est affaibli par une inflation importée consécutive à la baisse du dollar, elle-même imputable aux choix économiques et budgétaires de la Maison-Blanche, nos compatriotes avaient très majoritairement fait le voeu d’une alternance politique lors de la présidentielle américaine du 2 novembre dernier. Comme beaucoup d’autres de par le vaste monde, ils sont restés pour ainsi dire « Bush bée » devant l’issue du scrutin. Avec plus de 3,5 millions de voix d’avance sur son concurrent démocrate, il fallait bien se rendre à l’aveuglante évidence : la personnalité et les priorités du candidat à sa propre succession correspondaient mieux aux attentes de l’électorat américain. Pour lequel l’assurance guerrière et la détermination quasi-mystique de George W. Bush sont donc les meilleures assurances en ces temps troublés, conforté qu’il fut dans cette analyse par le coup de pouce très peu désintéressé du chef d’Al-Qaïda.

Mais parler d’ « analyse » serait à maints égards inadéquat pour tenter d’expliquer les déterminants de ce vote historique, et tous les observateurs ont à juste titre mis l’accent sur la place prépondérante prise par le facteur irrationnel dans le choix des électeurs républicains. De toute évidence, cette élection étant la première à se dérouler dans un contexte de guerre (celle contre un ennemi déterritorialisé, consécutive aux attentats du 11 septembre provoquant la peur d’être attaqué sur son propre territoire, et même celle du Vietnam, impliquant les troupes américaines à l’extérieur), c’est un sentiment de légitime défense qui a déterminé le verdict des urnes. Ainsi, alors que certaines puissances engagées en Irak, officiellement à la recherche d’armes de destruction massive, regrettaient que l’ingérence meurtrière des réseaux terroristes affiliés à Ben Laden dans la campagne électorale espagnole ait conduit le nouveau gouvernement socialiste de Zapatero à retirer ses troupes, force est de constater que ce même terrorisme international a véritablement pollué le débat au sein de la première démocratie du monde, à tel point que la médiocrité qu’il a imposée aux Etats-Unis inquiète plus d’un observateur.

Médiocrité tout d’abord au niveau de l’individu américain, car il est bien connu que la peur n’a jamais été la meilleure conseillère de l’être humain. Que les Américains vivant dans le Middle West aient préféré Bush alors qu’ils ont statistiquement beaucoup moins de risque d’être victimes d’un attentat que ceux qui habitent à New York ou à Los Angeles, ayant pour leur part voté Kerry, n’en démontre que plus la psychose ambiante née des attentats aveugles. C’est l’un des piliers de l’american way of life qui est ébranlé : plus personne ne se sent en sécurité nulle part sur le territoire américain et c’est cette crainte pour leur vie qui a conduit par exemple ceux qui, massivement chômeurs dans l’Ohio à cause de la politique économique des Républicains, à voter contre leurs intérêts matériels immédiats et évidents, en reconduisant la cause de leurs difficultés.

Médiocrité en second lieu des arguments électoraux de cette équipe républicaine: à juste titre persuadée que la lutte antiterroriste constitue un filon inépuisable (il n’y a rien à négocier avec Al Qaïda), elle a sciemment et méthodiquement alimenté et entretenu cette psychose des attentats, à travers notamment la complaisance peu déontologique de certaines chaînes de télévision, dont les écarts dans le traitement de l’actualité irakienne sont restés célèbres par leur patriotisme. Le candidat républicain, profitant d’une visite surprise du chef d’Al Qaïda au travers d’une vidéo qui ne pouvait mieux tomber pour lui, a rajouté son grain de sel en affirmant, lors d’une dernière réunion électorale dans le Michigan que “Les Américains se rendent aux urnes dans une période de guerre et de menaces persistantes comme nous n’en avons jamais connues auparavant (…) Les terroristes qui ont tué des milliers d’innocents sont toujours dangereux et ils sont déterminés”. Ce qui n’était qu’un argument supplémentaire pour tous les déjà convertis qui lui apportent leur soutien, dont une droite ultraconservatrice croyant trouver son salut dans la restauration de ses valeurs morales fondatrices. Médiocrité enfin dans les alliances que cette croisade antiterroriste impose aux Etats-Unis : à Djibouti, pour ne prendre que l’exemple qui nous concerne directement, nous en savons quelque chose. De fait, on les voit mal plaider ailleurs en faveur de droits de l’homme qui sont manifestement mis en suspens chez eux. Mais ceci est une autre histoire. . .

Le principal étant que la volonté populaire américaine ait été respectée, rendons hommage aux uns et aux autres. Saluons donc le courage des électeurs démocrates qui, sensibles à l’image de leur pays à l’étranger, ont remis en cause leurs certitudes les plus profondes, héritées de la conquête de l’Ouest, et qui ont exprimé leur désir de changer d’équipage en pleine tempête, persuadés qu’une grande partie des problèmes de leur navire venait de l’incompétence du capitaine. Saluons aussi et surtout la fierté des électeurs républicains qui, s’estimant seuls maîtres de leur destin, ont reconduit leur héros en dépit de l’image que le reste de la planète pouvait avoir de lui.

C’est peut-être la leçon principale que nous autres Djiboutiens devons tirer de cette histoire: notre destin national ne sera pas décidé par quelque chancellerie ou opinion publique étrangère. Tout comme, malheureusement, il ne sera pas déterminé au sortir d’une urne prochaine.


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 111 du mercredi 3 novembre 2004

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Réalité numéro 111 du mercredi 3 novembre 2004

Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Les transitaires en colère
  4. Comprendre les Afar (1)
  5. Pendant ce temps, en Ogaden
  6. Somaliland-Somalie(s)
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 111

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

CANDIDAT SOLITAIRE

CHERCHE

CHALLENGER ALIMENTAIRE

Que faire ? Cette lancinante question, vient à l’esprit de tout responsable qui se respecte au moins une fois dans l’année. En ce début du mois de novembre, tout semble indiquer que le frénétique et précoce candidat à sa propre succession se la pose désespérément, lui qui est à la recherche d’un rival dans une élection truquée d’avance. Certains observateurs n’hésitent pas à comparer le Président-candidat au footballeur condamné à s’échauffer tout seul sur un gazon synthétique. Il semble que, désireux de sauver la mise, son réseau d’affidés se serait même transformé en chasseurs de têtes à la recherche d’un faire-valoir capable de crédibiliser la réélection de l’homme entré au Beit-el-Wali il y a 27 ans.

Dans les mabraz huppés ou dans les modestes villas d’Haramous, son think-tank clanique (sorte de groupe de réflexion) s’agite, cogite et… s’inquiète.

Car, depuis son retour de Cuba, certains de ses partisans le voient sous les traits du Lider Maximo au pouvoir depuis 45 ans et qui aurait, dit-on, épuisé huit Présidents des Etats-Unis d’Amérique. D’autres aimeraient qu’il consulte plus souvent certains de ses pairs Africains surnommés baobabs en raison de leur exceptionnelle longévité au pouvoir. On raconte en effet que ces sages initiés du bois sacré prodigueraient même des conseils à certains dirigeants français, comme quoi l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

Force est de reconnaître que ces adeptes de la Présidence à vie ont retenu les leçons de La Baule en s’adaptant. Cette mutation salutaire des anciens partis uniques a permis à ces « démocraties » typiquement africaines de bannir les assemblées monocolores. Ainsi en est-t-il du Gabon, où le leader de l’opposition, le Père Mba Abessole, fut élu maire de Libreville. Même la Guinée de Lansana Conté avait élu, il y a quelques années, une assemblée nationale dominée par l’opposition.

Chez nous, sous ce régime archaïque, foin de tout cela. La décentralisation reste un sujet tabou et les élections régionales paraissent une mode venue d’ailleurs et à rejeter au nom de l’authenticité de l’arbre à palabre. L’actuel chef de l’Etat pense comme l’ancien qu’ « il faut se méfier des modes ». Aussi, croyant tenir solidement la barre, le timonier national navigue à vue et pourtant, le bateau se dirige droit sur les récifs. Dans ces conditions, que faire comme disait Lénine ?

Que faire pour sortir de l’impasse lorsque l’on refuse de comprendre que l’action politique ne se résume pas à l’arnaque et à la matraque ?

Que faire pour convaincre après avoir violé les accords de paix et saboté la réconciliation nationale au sortir d’un conflit civil de dix ans ?

Que faire pour crédibiliser les institutions, lorsque l’on permet les atteintes aux acquis démocratiques arrachés de haute lutte ?

Que faire, enfin, pour trouver un nouvel élan quand le bilan politique, économique et social est aussi catastrophique ? De fait, dans un environnement national, régional et international incertain, l’insouciance cultivée en haut lieu fait craindre des débordements pouvant ébranler les fondements mêmes de notre Nation. En effet, dans leur grande majorité, nos concitoyens estiment que la confrontation électorale étant réduite à un jeu de qui perd gagne, il était temps que cette sinistre comédie rencontre enfin ses limites infranchissables.

Dans le cas où le candidat solitaire réussissait quand même à fabriquer un candidat à sa mesure, l’Histoire se chargera de lui rappeler qu’en politique, il arrive souvent que le fabricant aille à la poubelle en même temps que le jouet cassé.


Brèves nationales

Forces de défense et de sécurité :

Les picoreuses et la Dévoreuse

Comme chaque année depuis les tragiques événement du Ramadan 2000, le chef suprême des Armées s’est déplacé jeudi denier au Camp Cheik Osman pour partager le repas de rupture du jeûne avec les officiers de l’armée nationale. Cette tournée des popotes au demeurant fort sympathique, cache cependant une réalité peu glorieuse de la situation des forces de défense et de sécurité sous ce régime de mauvaise gouvernance et de favoritisme éhonté. Ainsi, il est loisible à tout un chacun de constater que l’institution militaire, bénéficiant pourtant du deuxième chapitre au Budget national, est dans un état de délabrement avancé, alors qu’un nouveau corps créé sur l’initiative de la Présidence et pompeusement baptisé Garde Républicaine, paraît quant à lui particulièrement choyé. C’est un secret de Polichinelle : cette nouvelle unité bénéficie de toutes les attentions du régime. Logée dans l’ancien Camp des parachutistes de l’AND, cette garde (personnelle ?) dispose d’une caserne sans cesse rénovée et d’équipements que leur envient les autres militaires des FAD.

Au chapitre des cadeaux généreusement fournis aux éléments de cette fameuse garde présidentielle, en plus d’un salaire intéressant, on cite généralement le khat gratuit, les rations alimentaires gratuites pour les familles et des primes vestimentaires pour les fêtes.

En outre, les conditions de vie et de travail dans cette caserne new look seraient particulièrement appréciables, si l’on en juge par la qualité des équipements mis à la disposition des pensionnaires : une salle informatique avec du matériel dernier cri, une infirmerie ultramoderne et, last but not least, des installations sportives dont un terrain de football agréable avec du gazon synthétique ! Est-ce donc pour faire oublier toutes les largesses accordées à la garde présidentielle que le chef suprême des Armées a choisi de passer une soirée de Ramadan avec les FAD, au son de la musique (religieuse) de la troupe Harbi ? Peut-être…

Il est quand même pitoyable de voir des militaires américains remettre en état, à leurs frais, le laboratoire et les toitures du collège Charles de Foucault, tandis que le régime préfère investir dans l’achat de matériels d’écoute téléphonique et dans l’embellissement d’une caserne de la garde présidentielle !

Gestion de vraie problématique :

Le Premier ministre crève l’écran

Bien que bénéficiant du premier chapitre du Budget national, l’Education nationale reste un des principaux récipiendaires des dons extérieurs. Cette année, les Américains ont tenu à colmater comme il se doit une brèche béante ouverte par la mauvaise gouvernance dans les écoles primaires publiques, en remédiant au manque cruel des fournitures scolaires. Ainsi, près de 40.000 kits scolaires ont été remis aux autorités djiboutiennes à l’intention des écoliers de notre pays. Toujours à l’affût des médias, le fringant Premier ministre a tenu à remettre lui-même les premiers sacs à dos, ardoises et crayons offerts à son gouvernement par les Etats-Unis d’Amérique. A travers le petit écran, nos concitoyens ont suivi, certains amusés, d’autres dépités, le triste spectacle de la fameuse gestion de vraie problématique, généreusement mise en scène par la RTD, avec le concours financier du contribuable américain : la lutte contre le terrorisme international vaut bien quelques gestes humanitaires, et tant pis si cela permet à un régime foncièrement impopulaire d’être artificiellement maintenu en vie.

Liberté de la presse menacée :

Qui se sent nerveux se couche !

Suite à la plainte déposée contre notre journal par un ministre frileux, de nombreux lecteurs nous ont fait part de leur indignation et cherchent à comprendre les raisons de cette fièvre gouvernementale. Pour notre part, nous sommes déterminés à défendre les libertés publiques pour lesquelles tant de démocrates sont morts. Aussi, perd-il son temps, ce régime cherchant un nouvel élan susceptible de masquer son piètre bilan. En fait, dans cette affaire, tout semble cousu de fil blanc : l’organe de presse de l’ARD est devenu le cauchemar du pouvoir, en osant dénoncer sans cesse la dure réalité imposée à notre Peuple. Il combat la philosophie du Rien Pour le Peuple affamant la majorité en vue d’engraisser une minuscule classe d’affairistes pillant ici pour roupiller ailleurs.

Tournée partisane du Ramadan :

L’UAD fait le plein, le RPP rencontre le vide

Les longues veillées du Ramadan sont propices aux activités partisanes. Pendant que les dignitaires du régime écument la ville à la recherche d’oreilles complaisantes avec, pour seul argument, une distribution massive de khat, l’UAD mobilise à tour de bras. Ainsi, jeudi dernier, l’état-major de l’UAD s’est rendu à l’avenue Nasser au siège du MRD, où l’attendait une nombreuse jeunesse enthousiaste. Les dirigeants de l’UAD se sont adressés à cet auditoire combatif et le message est bien passé. La dizaine d’indicateurs des services de renseignements en faction aux alentours du lieu du meeting en sait quelque chose.

Par ailleurs, un long cortège de dignitaires RPP, escorté par des véhicules de police avec gyrophare, a fait relâche lundi dernier dans les annexes 4 et 6 du parti au pouvoir. Les visiteurs étaient plus nombreux que les visités ! Malgré les moyens déployés, les pontes du régime ne réussissent qu’à faire le vide où ils passent.


Les transitaires en colère

VERS UNE BRADERIE ANTINATIONALE ?

Sous diverses formes, notre peuple entretient depuis des siècles avec ceux de l’Ethiopie des relations commerciales basées sur le respect des intérêts mutuels, et ceci bien avant la création du caravansérail de Bati au cours du 18ème siècle par des commerçants originaires de Tadjourah et la conclusion de l’accord relatif à l’utilisation du Port de Djibouti et le transit des marchandises, basé sur le droit et la pratique internationale. Mais les deux pays n’ont toujours pas convenu des modalités de mise en œuvre de cet accord qui risque de léser les intérêts des transitaires djiboutiens. Réalité tire la sonnette d’alarme.

Au cours de la 8ème session de la Commission mixte ministérielle, qui a eu lieu à Djibouti du 18 au 20 mai 2004, les deux parties éthiopienne et djiboutienne seraient parvenues à un accord sur la mise en œuvre du connaissement direct qui doit prendre effet après les modalités convenues entre les deux pays et finalisé en décembre 2004. nous n’en sommes malheureusement pas encore là ! rappelons qu’en 2000, les transitaires nationaux avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, lorsque, à la demande, du gouvernement éthiopien, la Banque Commerciale Ethiopienne ne délivrait de lettre de crédit qu’aux seuls importateurs passant par l’Ethiopian Shipping Lines, société d’Etat bien entendu.

Devant la levée de bouclier des transitaires djiboutiens, cette compagnie avait précisé qu’il ne s’agissait que des marchandises en provenance de la dizaines de ports touchés par sa flotte. Or, l’essentiel des marchandises à destination de l’Ethiopie provient du continent asiatique et singulièrement des ports chinois, que ne touche justement pas la flotte de l’Ethiopian Shipping Lines.

Nous nous souvenons tous qu’en 2001, il avait été quelque temps question que seuls nos transitaires nationaux assureraient le transit et le transport (par voie terrestre) des marchandises touchant le Port de Djibouti. Le gouvernement djiboutien était à l’époque engagé dans un bras de fer avec notre puissant voisin éthiopien dans l’interminable règlement de la question somalienne. Devant la protestation de notre principal partenaire commercial, les autorités djiboutiennes avaient dû reculer.

Cette fois-ci, ce sont les transitaires djiboutiens qui risquent de faire les frais de l’accord en cours, s’il est finalisé en décembre de cette année, tel que proposé par la partie éthiopienne. Il s’agit tout simplement de la mise en œuvre du connaissement direct, qui est une pratique courante dans le commerce international, permettant d’acheminer les conteneurs unifiés des ports de chargement aux points de livraison dans un document unique, en utilisant au moins deux modes de transport aux moindres coût et délai. Point d’interface pour les marchandises et les navires, le Port Autonome International de Djibouti ne serait en aucun cas lésé par cette pratique. Mais là où le bât blesse, c’est qu’après la proposition éthiopienne sur les modalités de mise en œuvre du connaissement direct, « l’Ethiopian Shipping Lines sera désigné comme Le transporteur pour toutes les importations éthiopiennes », ce qui est inadmissible car cette proposition conduira inévitablement les autres transporteurs, agents maritimes et transitaires à mettre à court terme la clé sous le paillasson.

Cette proposition n’arrange d’ailleurs pas les importateurs et commerçants éthiopiens eux-mêmes, qui ne pourront alors plus avoir accès à l’offre variée des transporteurs et des transitaires djiboutiens et donc du délai de livraison plus rapide et du coût moins élevé qu’impliquerait une saine concurrence. Constitués en association de défense, ils attendent avec anxiété que les deux parties parviennent à un accord qui ne lèse pas leurs intérêts. Comment la partie éthiopienne peut-elle sérieusement parler de droit et de commerce international dans un pays où l’Ethiopian Shipping Lines se trouve en situation de monopole ?

L’acceptation par la partie djiboutienne d’une telle proposition serait un cas sans précédent de bradage d’intérêts commerciaux vitaux. Il se murmure dans les broutoirs djiboutois que le candidat unique à sa propre succession, ayant lamentablement échoué à imposer son poulain en Somalie, serait en quête, faute de soutien populaire dans son pays, du sponsoring politique de son puissant voisin pour la reconduite de son mandat présidentiel et serait sur le point de donner son aval à cette inadmissible proposition.

« Réalité », qui suit de près ce dossier, interpelle le ministère de l’Equipement et des Transports, en charge côté djiboutien, de conduire les négociations avec notre partenaire éthiopien, et exige que soit trouvé un arrangement respectant les intérêts de partenaires commerciaux et voisins condamnés à s’entendre.

Il est vrai que ledit ministère est ces derniers temps très affairé dans la récupération de plusieurs centaines de millions de nos francs, qui se seraient volatilisées du Fonds d’Entretien Routier.

A suivre…



Comprendre les Afar (1)

CULTURE

Quel est le peuple de la région qui ignore aujourd’hui l’origine du nom qu’il s’est lui-même donné au début de son histoire ? C’est le peuple ‘Afar, dont nous allons traiter cette semaine la dénomination, la répartition géographique, la structure et l’Histoire antique.

Transcription : sans aucune prétention scientifique, le texte qui suit se veut uniquement documentaire. Raison pour laquelle nous avons choisi une transcription simplifiée privilégiant la visibilité phonétique au lecteur. Seul le arabe est transcrit par ‘.

Dénomination : ‘Afar, Danakil et Adal

‘Afar : c’est ainsi que ce peuple se nomme lui-même alors que, paradoxalement, cet ethnonyme n’apparaît pour la première fois dans l’Histoire qu’en 1967, avec la création du Territoire Français des Afars et des Issa.

Nul ne sait aujourd’hui ce que cette appellation ‘Afar signifie, même si certains chercheurs l’ont rapproché de l’Ophir biblique. Pour sa part, Didier Morin pense, à l’instar de Heudebert, qu’il faille rapprocher cet ethnonyme de la tribu Al ‘Afar, vivant dans l’émirat d’Oman, et dont l’ancêtre éponyme serait « une femme nommée ‘Afra, forme que l’on retrouve dans la généalogie de Haral Mâhis, l’ancêtre des tribus régnantes afares ». L’auteur suggère même une piste régionale « cette tribu de l’Oman, à la différence des autres, est totalement enclavée, sans accès à la mer, ce qui pourrait expliquer une émigration partielle, sur une route plus au nord que celle suivie par les Mahra en direction de Bosaso, sur la côte somalie ». Quoi qu’il en soit, les flux migratoires entre la péninsule arabique et le peuplement primitif ‘Afar vivant sur cette côte de la Mer Rouge est attestée par la tribu des Hadarmo ( qui signifie originaire de Hadramout au Yémen) : en République de Djibouti, elle s’appelle ‘Ablé.

Danakil : c’est le nom sous lequel les tribus arabes du Yémen connaissent les ‘Afar. Il s’agit d’une généralisation du nom de la tribu Dankali, vivant dans la région de Baylul au nord d’Assab et pratiquant de tout temps la navigation et la pêche. C’est une des plus vieilles tribus ‘Afar classée dans la catégorie des Suget (voir plus loin la signification de ce terme).

Adal ou Oda’Ali : là encore, il s’agit de la généralisation à toute cette ethnie du nom d’une de ses tribus : celle des Ad’ali. Les ‘Afar dans leur ensemble sont connus sous cette appellation par les Somali et les Amhara, ce qui suggère leur contactdans le cadre du sultanat Adal, implanté sur un vaste territoire allant de Zeyla’ à Awsa. A ce chapitre, même si les différents peuples de la région revendiquent l’origine du dénommé Ahmed Gragne, il convient de rappeler que sa femme Bati était la fille de l’imam Mahfuz, qui dirigeait ce sultanat et elle était surnommée Dêle-wân-bara : littéralement celle que l’on ne peut pas repousser en ‘afar.

Situation géographique

Les ‘Afar habitent aujourd’hui dans trois pays : Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie sur un territoire couvrant environ 120.000 km2. Pour de nombreux raisons, autant techniques que politiques, leur nombre ne peut être déterminé avec exactitude, même si l’on s’accorde généralement à reconnaître qu’ils sont supérieurs à deux millions. Enfin, du fait de la politique de somalisation du temps de Siad Barré (logique dans les premiers temps de la construction d’un Etat-Nation impliquant l’homogénéisation de l’espace territorial et la détribalisation d’une société profondément divisée en clans) et du chaos de la Somalie, il a été jusqu’à présent impossible de mesurer scientifiquement le degré d’ « afarité » des populations qui, enclavées dans un environnement somali, se reconnaissent une parenté avec une ethnie ‘Afar géographiquement sans contact avec elles. Par ailleurs, il convient de noter que ces groupes ‘Afar vivant en périphérie ont subi d’importantes influences des peuples qu’ils côtoyaient. Ainsi en est-il, par exemple, des Irob, habitant dans la région d’Adigrat, au nord de Mekélé : certains d’entre eux sont aujourd’hui des chrétiens Tigré.

Un processus similaire s’est probablement déroulé au sud-est : des tribus ‘Afar sont certainement devenus Somali comme des tribus Somali ont une origine ‘Afar. A cet égard, il n’est pas inutile de mentionner la correspondance entre les Eberto et les Harala (‘Afar) d’une part, les Yibir et les Harla (Somali) d’autre part. Tout comme il faut indiquer que, sans exclure l’hypothèse d’un peuplement consécutif à la déroute des troupes (Somali et ‘Afar) d’Ahmed Gragne dans le Gondar au milieu du 16ème siècle, une petite population revendiquant expressément cette origine somali mais parlant uniquement la langue ‘afar, habite une vaste zone en Erythrée, comprise entre Tî’o et la presqu’île de Bôri.

Structure

Les ‘Afar se subdivisent en deux groupes : les ‘Asahyamara (littéralement ceux qui disent c’est Rouge) et les ‘Adohyamara (ceux qui disent c’est Blanc) sans que, là encore, l’on sache exactement ce que cette différenciation recouvre. Si l’on s’en réfère à la symbolique des couleurs, et considérant que le blanc représente la sagesse et le droit, tandis que le rouge évoque la force et la guerre, il se pourrait que cette différenciation renvoie au renversement de l’ordre politico-religieux qu’a connu cette ethnie, avec la chute de la dynastie Ankala consécutivement à l’implantation de l’Islam. Pour d’autres, elle se base sur la géologie des terres occupées par les tribus : les Rouges vivant sur les terres rouges de l’intérieur (‘Alta et Dok’a) tandis que les Blancs se retrouvent sur les plaines côtières (Laa’o). Mais cette répartition territoriale n’est valable qu’en République de Djibouti.

Selon certains chercheurs, la différence entre Rouges et Blancs serait d’ordre généalogique : les premiers descendant de l’ancêtre commun Haral Mâhis (littéralement celui-qui-est-apparu-au-matin-sur-l’arbre), tandis que les seconds se subdivisent à leur tour en Suget (ceux qui étaient là, c’est-à-dire le noyau originel ‘Afar) et en Abûsamara ( les tribus nées d’un mariage soit entre Rouges et Suget, soit d’un apport extérieur, i-e d’un autre peuple). Encore une fois, cette dichotomie ne tient pas, du fait de l’existence de sultans Blancs à Tadjourah et à Rahaïta, pourtant descendant du même ancêtre que les autres chefferies Rouges. Pour Chedeville, un des meilleurs connaisseurs de ce peuple, cette opposition entre Rouges et Blancs serait essentiellement politique et consécutive à la guerre commerciale pour le contrôle des pistes caravanières qui a opposé, au 18ème siècle, le sultanat d’Awsa à celui de Tadjourah. Ce qui semble plausible, ce conflit étant la seule guerre fratricide dont se souvienne la mémoire collective de ce peuple. Cela étant, sans leur affecter une couleur spécifique, on peut considérer que les ‘Afar se divisent en trois catégories.

Les Suget tout d’abord : cette catégorie regroupe l’ensemble des tribus originelles, ne se rattachant à aucun ancêtre commun. C’est autour de ce noyau originel que les autres tribus sont venues se greffer, soit en tant que ‘Afar venus de la péninsule arabique avec une variante culturelle propre, soit descendant d’un étranger intégré au sein d’une tribu qui existe. C’est peut-être en référence à cette puissante capacité intégratrice qu’un proverbe est toujours cité avec une étonnante distance consistant à préciser que « les ‘Afar disent en guise de proverbe », comme s’il s’agissait d’un emprunt fait à une culture autre.

La seconde catégorie regroupe toute la descendance de Haral Mâhis, personnage énigmatique apparu un matin sur un arbre à Daffeynaïtou. Sa descendance se subdivise en quatre tribus Ad’ali, Dammahoyta, Modayto et Ulu’to, détenant l’essentiel du pouvoir politique du monde afar, suite à un complot politico-religieux contre les prédécesseurs Ankala. Les Abûsamara, de loin la plus importante d’un point de vue démographique, est une catégorie constituée autour de la confédération des Badoyma-Mêla et dont l’origine doit être recherchée en référence à la spécificité d’une terre dominée par le kaolin : bado.

Histoire

Comme pour autres peuples sans écritures, la recherche historique relative précédant la première attestation écrite, doit privilégier une approche pluridisciplinaire confrontant la tradition orale aux dernières connaissances en la matière.

Préhistoire : même si plus vieux ossements humains (Lucy, l’Australopithécus Afarensis puis Ramidus, ont été découverts dans des régions éthiopiennes actuellement habitées par des ‘Afar, rien ne permet d’en inférer une telle ancienneté de ce peuple, bien que son caractère fondamentalement local ne souffre aucune contestation, au grand dam de ceux qui lui cherchaient une origine sud-arabique ou même caucasienne. Toutefois, même Chedeville avait été frappé par l’archaïsme de certaines formes idiomatiques utilisées par les locuteurs de cette langue couchitique.

En fait, un bon connaisseur de la langue ‘afar trouverait facilement, dans la définition de l’humanité et de l’animalité, une référence plus que psychanalytique aux deux tabous constitutifs de la civilisation : celui de l’anthropophagie et celui de l’inceste. De même, notons pour l’anecdote que l’être humain se dit ici « celui-à-deux pattes » ! Tout comme le doigt se dit « celle-qui-grimpe ». S’il n’est pas établi que ce peuple ait à un moment de son histoire vécu dans les arbres, le fait que le même verbe désigne à la fois monter et sortir semble indiquer (comme le prouvent d’ailleurs les grottes dans la région de Bôri) que les ‘Afar auraient très bien pu être les « Troglodytes» (habitants des cavernes) dont parlait, dans les premières années de l’ère chrétienne, l’Histoire Universelle de Diodore de Sicile.

Pour sa part, Austin, l’auteur de How to do things with words ( ouvrage capital traduit en français sous le titre Quand dire, c’est faire), aurait certainement trouvé ici un matériau linguistique décisif à l’appui de son concept de self-fulfilling prophecy (prophétie auto-créatrice) : à travers, par exemple, la forme idiomatique makitti erhe ‘signifiant à la fois j’ai fait un tout et j’ai dit un tour, on voit que, là aussi, dire, c’est agir. Comment ne pas évoquer, dans ce cadre, le fameux proverbe disant « yab yâbeh, yabbâbek tibba kô mây abte » (littéralement la parole m’a crée et a créé mon père, le silence t’aurait-il créé), évoquant le mythe de la parole créatrice que l’on retrouve dans les plus anciens récits cosmogoniques ?

Antiquité : la première parenté qui vient à l’esprit, ne serait qu’en raison de la funeste pratique de l’excision et de l’infibulation, c’est celle avec le monde pharaonique. Quoique souffrant souvent d’une extrapolation abusive, beaucoup de recherches ont été entreprises ici dans ce domaine au niveau djiboutien, dans la lignée des travaux égyptologiques entrepris par Cheik Anta Diop et son école de IFAN (Institut Fondamental de l’Afrique Noire).

Diodore de Sicile avait déjà fait état des liens historiques et culturels ayant existé entre les Egyptiens du temps des pharaons et les habitants de Pount « Terre des Dieux ». De plus, il avait rapporté que les habitants de Pount avaient de tout temps vécu sur cette terre. Caractère indigène que ne possèdent pas les autres peuples sémites de la région, Amhara (Habasha) et Tigré venus pour leur part de l’Arabie Heureuse.

Même si l’Histoire contemporaine régionale, produite pour et par des idéologies d’Etat en mal de passé glorieux, a donné lieu à des récupérations de Pount, un consensus académique semble s’établir quant à sa localisation sur nos rivages de la Mer Rouge. Il convient à cet égard de lever un amalgame : lorsqu’il était question d’Ethiopiens dans l’Antiquité, il s’agissait de tous les peuples de notre région ainsi nommés en raison de la couleur de leur peau : en grec, Aetiops signifie « visage brûlé ».

Pour ce qui est de ses habitants, dont les Egyptiens eux-mêmes se disaient être les descendants, de nombreux faits linguistiques et culturels semblent les rattacher aux actuels ‘Afar. Ainsi, pour ne prendre que cet exemple parmi d’autres innombrables, la forme de relation à plaisanterie « Afbêha » (signifiant à la fois la bouche d’après demain et ouverture de la bouche) qui lie entre elles les tribus pourrait s’expliquer par la cérémonie funéraire égyptienne d’embaumement du mort, transcrite sous la forme WR-KW, et dans laquelle le serpent jouait un rôle déterminant : en langue ‘afar, cela donnerait WâRi-KâW (Ouverture sur l’Eternité) ou Warri-Kâw (Ouverture du Serpent).

Tout comme l’importance du vocabulaire commun à l’afar, au latin et au grec ne peut s’expliquer que par les échanges culturels entre ces peuples durant la haute Antiquité, ce que prouverait les récits des Grecs eux-mêmes et le caractère éthiopien qu’ils reconnaissaient par exemple à Cassiopée.

A suivre …


Pendant ce temps, en Ogaden

Alors que la paix éthiopienne s’installe de Hargueisa à Mogadiscio, il nous a semblé utile d’attirer l’attention de nos lecteurs, pour compléter le tour d’horizon consacré aux Somalis dans notre rubrique Culture, à la situation dramatique que vivent quotidiennement d’autres Somali. Ceux de l’Ogaden qui, à en croire cet article paru dans Le Monde Diplomatique en août 2000, endurent une sécheresse très peu naturelle.

Sylvie Brunel

APRÈS trois années de sécheresse, l’Ogaden, au sud-est de l’Ethiopie, concentre un grand nombre d’organisations humanitaires mobilisées contre la famine. Cette catastrophe qu’on dit « naturelle » n’a, en réalité, que peu à voir avec la nature. En effet, elle représente l’archétype d’une famine mise en scène à la face du monde dans un triple dessein : attirer l’aide internationale, « capturer » une région périphérique aux tendances centrifuges, souder le peuple éthiopien dans la lutte contre une « catastrophe » à quelques semaines d’élections essentielles pour le régime

La sécheresse frappe de nouveau l’Ogaden. Les 3,5 millions de Somalis qui peuplent cette région de l’Ethiopie l’ont subie trois années de suite. Les ressources en eau se sont raréfiées, tandis que les pâturages s’épuisaient. Les difficultés climatiques, courantes dans une région sahélienne, ont mis en évidence des déséquilibres croissants entre les capacités du milieu et son utilisation.

L’économie de l’Ogaden, tournée non vers l’Ethiopie mais vers l’Est, a successivement souffert de la guerre en Somalie à partir de 1991, d’une modification des normes sanitaires en Arabie saoudite – qui l’a privée de ses exportations traditionnelles de bétail -, de sécheresses récurrentes, voire d’inondations occasionnelles, et d’une insécurité permanente. En 1999, alors même que le reste de l’Ethiopie dégageait des excédents céréaliers, l’Ogaden a connu une pénurie sévère: la sécheresse a détruit 90 % des récoltes et s’est prolongée anormalement dans le Sud. Le prix du bétail s’est effondré, tandis que celui de la nourriture explosait. La mort par inanition d’une grande partie des bovins a marqué un point de rupture.

Pourtant, il était possible aux autorités éthiopiennes, qui contrôlent les puits profonds – restés approvisionnés, contrairement aux puits traditionnels, gérés, eux, par les clans et asséchés dès le début de la crise -, d’intervenir pour répondre au déficit pluviométrique et éviter les concentrations d’hommes et de bétail autour de ces puits. Près des points d’eau, les pâturages, trop sollicités, disparaissent rapidement.

L’Ethiopie est un des rares pays d’Afrique où le système public de gestion des crises fonctionne. Un système d’alerte précoce y a été mis en place dès 1976, et la Commission de prévention des désastres (DPPC), legs de la grande famine de 1984-1985, veille à éviter les famines. Elle obtient des résultats satisfaisants grâce à des stocks de sécurité, lâchés sur les marchés en cas de flambée anormale des prix. La DPPC a ainsi pu, malgré le déficit pluviométrique, éviter la pénurie dans le Tigré, dans le nord du pays, région d’origine du premier ministre, M. Meles Zenawi.

Des distributions préventives de nourriture, un déstockage des troupeaux par la régulation du système d’achat, ainsi que la mise en oeuvre des systèmes d’alerte précoce (SAP) auraient évité le drame. Mais l’activation du SAP est entravée dans les zones pastorales, pourtant fragiles, par les restrictions de circulation imposées aux agences des Nations unies comme aux organisations non gouvernementales (ONG).

Le pays s’estime suffisamment organisé, en effet, pour que les ONG internationales n’y soient pas les bienvenues, sauf lorsqu’elles se limitent à fournir assistance technique et moyens financiers aux autorités. Leur capacité de réaction en cas d’urgence est annihilée par des tracasseries permanentes: longueur des procédures d’homologation, entraves diverses à leur activité, telles que la limitation du nombre de véhicules autorisés, l’interdiction des camions, des hélicoptères et des téléphones cellulaires, les communications devant se limiter à des échanges radio, et l’imposition de taxes importantes à l’entrée des marchandises.

L’insécurité empêche le déploiement des programmes humanitaires. En 1977, l’occupation militaire de l’Ogaden par la Somalie ouvrait un conflit international. Aujourd’hui, l’insécurité continue d’être entretenue par de nombreux mouvements séparatistes, dont les deux principaux sont l’Al Ittihad al-Islam et le Front national de libération de l’Ogaden (ONLF), soutenus par la Somalie. Le pays vit dans un état de guerre chronique, avec des affrontements constants entre des clans, entre les militaires et les rebelles, entre ces derniers et des milices civiles montées de toutes pièces par le gouvernement d’Addis-Abeba, et qui sont rémunérées en sacs de nourriture… prélevés sur l’aide internationale, notamment celle du Programme alimentaire mondial (PAM).

Les Somalis sont doublement pénalisés en Ethiopie.

D’une part, ils représentent une minorité par rapport aux peuples des hauts plateaux (Oromos, Amharas et Tigréens – ces derniers, au nombre de trois millions selon le recensement le plus récent, étant eux-mêmes une minorité par rapport aux premiers, même s’ils contrôlent le pouvoir politique), avec lesquels ils entretiennent des relations d’hostilité réciproque. D’autre part, ils constituent un peuple extrêmement divisé, cloisonné en groupes rivaux. Au plus fort de la sécheresse, les antagonismes entre clans ont ainsi privé de nombreuses familles de l’accès à la nourriture et à l’eau, notamment le long de la principale rivière de la région, la Wabé Shebélé.

Tromper l’opinion internationale

La menace d’une « somalisation » de l’Ogaden hante le gouvernement éthiopien, qui, s’il a toujours négligé le peuple somali, convoite en revanche ses terres. Cet immense espace peu peuplé pourrait constituer une frontière agricole idéale pour une nation amhara en quête d’un déversoir démographique.

Si l’Ogaden est géographiquement un Sahel aux terres peu fertiles, il recèle d’énormes quantités de gaz naturel encore inexploitées: 35 milliards de mètres cubes, selon une évaluation russe menée au début des années 80! Une firme chinoise a signé, en 1997, un contrat pour produire du gaz liquéfié avec l’aide de la Banque mondiale. Il existe même un projet de gazoduc vers Harare (Zimbabwe), où une raffinerie pourra être construite.

Quel meilleur moyen de mettre au pas cette province rebelle que d’organiser les contrôles autour des principaux points d’eau pérennes. Seuls les puits profonds sont restés en eau. Certains appartiennent à des propriétaires privés qui en font payer chèrement l’accès. D’autres sont contrôlés par l’armée éthiopienne. Ceux qui veulent en bénéficier doivent faire acte d’allégeance: ici comme ailleurs, qui contrôle la nourriture et l’eau détient le pouvoir.

En avril 1999, des militaires éthiopiens interdisaient l’accès à la rivière Wabé Shebélé, vers laquelle confluaient des milliers de familles, au prétexte qu’elle regorgeait de bactéries. Les distributions de nourriture, organisées sous la férule de l’armée là où se trouvent les plus fortes concentrations de population, facilitent le quadrillage d’un territoire jusque-là mal maîtrisé par des troupes peu amènes à l’égard des populations locales.

La volonté de mainmise des autorités sur cette région s’est exacerbée avec la perspective des élections générales (qui se sont tenues à la mi-mai, sauf dans l’Ogaden, où elles ont été repoussées à ce mois d’août). Remportées de façon écrasante par la coalition au pouvoir, elles désignaient les membres des conseils des neuf Etats fédéraux – les organes législatifs régionaux – et des régions administratives particulières, mais aussi les députés de la Chambre des représentants, organe législatif fédéral.

Pour Addis-Abeba, l’enjeu somali est de taille, en raison du principe d’autodétermination adopté par le gouvernement de M. Meles Zenawi. En Ogaden, les précédentes élections, en 1993, avaient porté au pouvoir des responsables locaux fortement tentés par l’indépendance. Ce n’est qu’en finançant des partis « amis » que le gouvernement central a réussi à limiter les dégâts, au prix d’un renforcement musclé de la présence armée, financée en partie par l’aide américaine.

En 1999, Human Rights Watch dénonce la « guerre secrète » de l’Ogaden: la province est devenue un immense camp militaire à huis clos où l’armée multiplie les exactions, emprisonne, massacre, interdit l’accès à l’eau. Au plus fort de la sécheresse, en avril, l’armée d’Addis-Abeba change de tactique et revêt la panoplie inattendue du bon Samaritain humanitaire. Elle transporte les vivres et organise les secours. Même si les quantités distribuées sont plus qu’insuffisantes – et les conditions dans lesquelles se font les distributions très éloignées des méthodes employées par les « vrais » humanitaires -, l’objectif est clair: l’impact de distributions de nourriture, à quelques semaines du scrutin, ne peut que jouer en faveur des candidats d’un gouvernement fédéral qui peine jusqu’ici à imposer sa légitimité.

Cependant, les moyens manquent: la guerre de tranchées fratricide entre l’Ethiopie et l’Erythrée absorbe les forces vives du pays depuis mai 1998. Elle s’est révélée ruineuse en hommes, en matériels, en moyens financiers. Recueillir l’aide internationale en soudant les Ethiopiens autour d’une catastrophe nationale devient un excellent calcul pour le régime. Prétextant le manque de routes et d’infrastructures de transport, le gouvernement concentre les médias et les agences d’aide dans une zone calme parce que bien contrôlée par les militaires.

Son épicentre est la ville de Godé, où se trouve un des rares aéroports de cette région sous-équipée. Au total, tous les reportages des médias du monde sur la « famine en Ethiopie » sont issus de la même zone de cinquante kilomètres de rayon. La grande majorité d’entre eux sont tournés à Denan, petite ville distante de 40 kilomètres de Godé, où la famine est particulièrement « visible ».

Symboles de désolation absolue, des cadavres de vaches mortes jalonnent la route qui va de Godé à Denan. Les cadavres ont été traînés le long des routes, soigneusement alignés, redressés chaque fois que possible pour mettre en scène la famine. Les autorités conduisent les Occidentaux au cimetière de Denan pour leur montrer quelques tombes d’enfants fraîchement creusées et prennent à partie la communauté internationale, accusée d’avoir trop tardé à envoyer des secours. Sans préciser qu’il y a peu, elles refusaient encore toute présence humanitaire occidentale.

En avril 2000, l’Ethiopie se voit promettre cinq fois plus d’aide alimentaire qu’il n’était prévu avant la médiatisation de la famine: près de 900 000 tonnes, un montant considérable, qui n’est même pas conditionné à l’arrêt des combats avec l’Erythrée, Addis-Abeba ayant catégoriquement refusé un tel « chantage ». Un montant surtout sans rapport avec le nombre réel des affamés.

Les organisations humanitaires hésitaient, en mars 2000, à estimer le nombre des victimes. Le chef de mission sur place avançait prudemment qu’un million de personnes environ, soit un peu moins du tiers de la population de l’Ogaden, ont besoin d’une aide alimentaire urgente. Pourtant, début avril, le gouvernement annonce que deux millions de personnes sont frappées par la famine. En quelques jours, le montant des affamés double, passant à quatre millions, puis double encore pour atteindre huit millions… Une visite sur place de la directrice du PAM, que les autorités promènent dans le nord du pays, au Tigré, géographiquement situé à l’opposé de l’épicentre du sinistre, amène l’estimation à doubler une fois encore pour atteindre seize millions de personnes! Le gouvernement éthiopien, relayé par le PAM et l’Unicef, réclame désormais une aide pour tout le nord du pays en prétextant la sécheresse. Présente dans le Tigré, l’ONG britannique Save the Children n’y observe pourtant pas de détérioration de la situation nutritionnelle.

Ce nombre impressionnant de seize millions est une extrapolation plus que hasardeuse à partir d’une réalité géographiquement très limitée, celle de la malnutrition aiguë autour de Godé. Il correspond à la totalité des personnes vivant dans les régions de la Corne de l’Afrique frappées peu ou prou par le déficit pluviométrique.

On sait, pourtant, que tous ne seront pas également touchés: comme un tamis, la famine sélectionne les individus les plus vulnérables. Mais l’appel est entendu. 900 000 tonnes de céréales sont promises par les donateurs.

Un tel montant permet de subvenir au déficit alimentaire chronique en Ethiopie, qui fait partie des dix-sept pays du monde dits de « risque majeur » sur le plan alimentaire. Un apport précieux pour un Etat en guerre et en période électorale. Mais les affamés de l’Ogaden risquent de n’en voir qu’une faible partie, d’autant plus que les ports de Djibouti et de Berbera – ceux de l’Erythrée étant catégoriquement exclus par le gouvernement de M. Zenawi – sont dans l’incapacité matérielle d’absorber de tels tonnages.

Cette catastrophe humanitaire n’a que peu à voir avec la nature. Le gouvernement éthiopien a cyniquement tiré argument de la sécheresse en Ogaden pour obtenir de donateurs, jusque-là réticents à alimenter un pays en guerre, le maximum d’aide en un minimum de temps.

Sylvie Brunel

 


Somaliland-Somalie(s)

UNE GUERRE CONTRE L’ESPOIR

Moins de trois semaines après l’élection du leader du Puntland comme Président intérimaire de la Somalie, les relations conflictuelles entretenues entre cette région et le Somaliland voisin ont malheureusement dégénéré en affrontements frontaliers d’une extrême violence le week-end dernier. Il y a quelques numéros de cela, nous avions salué la désignation à Nairobi du colonel Abdillahi Youssouf, espérant que la stabilité serait enfin restaurée à Mogadiscio et que cela ouvrirait la voie à de futures réconciliations avec le Somaliland.

Dans la seule journée de vendredi 29 octobre, les affrontements entre les troupes du Somaliland et celles du Puntland auraient fait plus d’une centaine de morts. Les combats se seraient déroulés à une trentaine de kilomètres au nord de Las Anod, précisément à Adi-Addeye, et auraient pu faire plus de victimes si des pluies torrentielles ne s’étaient abattues dans la région.

Ce n’est pas la première fois que les deux forces armées des deux voisins s’affrontent, un problème frontalier les opposant depuis la sécession et la proclamation de la République du Somaliland en 1991. En effet, alors que le Somaliland s’attèle à recouvrer l’ensemble de ses frontières héritées du colonialisme britannique, le Puntland a toujours revendiqué sa souveraineté sur cette partie Est du Somaliland, dépendant de son autorité sur la base de considérations tenant à la structure traditionnelle.

Toutefois, les autorités du Somaliland, tant sous le regretté Egal que sous l’actuel Chef de l’Etat Rayaleh, ont opté pour un profil bas face à cette situation difficilement acceptable et dangereuse pour la stabilité, au risque de retarder tout espoir d’une reconnaissance internationale ; la nouvelle donne politique en Somalie y étant pour beaucoup.

Ainsi, dès la proclamation des résultats définitifs portant Abdillahi Youssouf Ahmed à la tête du pouvoir intérimaire somalien au Kenya, les autorités du Somaliland n’ont pas caché leurs inquiétudes. Un Conseil de ministre extraordinaire tenu aussitôt a appelé à la mobilisation générale, excluant sans équivoque tout retour dans l’ensemble somalien.

Bien que le Président Abdillahi Youssouf ait promis de favoriser le dialogue avec le Somaliland, pour ce dernier, le nouvel homme fort de la Somalie demeure avant tout un Chef de guerre et estime aujourd’hui que, sans son accord, l’armée du Puntland ne l’aurait pas agressé.

Ses craintes se fondent par ailleurs sur deux points :

1) porté à la tête de l’Etat Somalien, Abdillahi Youssouf jusque-là considéré comme un redoutable chef de guerre par son voisin somalilandais, profite de sa nouvelle situation et de son rang auprès de la communauté internationale, pour mettre fin à tout espoir d’indépendance du Somaliland et se met au-dessus de toutes les autres factions somaliennes au rang desquelles il rabaisse le Somaliland ;

2) son appel à une interposition militaire internationale pour désarmer les milices autres chefs de guerre concerne également le Somaliland et le place ainsi dans une situation d’instabilité, son indépendance n’étant pas reconnue par le pouvoir central de Mogadiscio ni cette communauté internationale prônant l’intégrité territoriale de l’ancienne République Démocratique de Somalie. Même si le nouveau Président intérimaire avait pris les devants pour proposer une solution pacifique à la réintégration du Somaliland dans le giron somalien lors de son investiture. Seulement, voilà que trois semaines après, de violents affrontements démentent cette démarche par le dialogue.

Aujourd’hui, le Somaliland accuse ouvertement l’ex-chef du Puntland d’avoir mobilisé ses milices pour le déstabiliser, et va même jusqu’à exhorter l’Ethiopie, avec qui les deux belligérants entretiennent d’excellentes relations, à contrôler sa population de la région de l’Ogaden dont une partie de la guérilla de l’ONLF (Ogaden National Liberation Front) aurait pris part à cet affrontement armé.

Une telle régionalisation est extrêmement lourde d’implications car cette accusation peut servir de prétexte à l’Ethiopie, soutenue en cela par la coalition internationale contre le terrorisme, pour réprimer une population de l’Ogaden au sein de laquelle le mouvement séparatiste compte beaucoup de sympathisants, et dont l’une des composantes est accusée de connivence avec la nébuleuse Al-Qaïda.

A l’heure où une nouvelle famine se profile en Ethiopie, selon l’avertissement lancé par le système des Nations Unies, et gardant à l’esprit l’arme redoutable que peut constituer l’aide alimentaire, des jours difficiles sont donc à craindre pour les civils de l’Ogaden.

Ce premier accrochage meurtrier depuis la nomination du Président de la Somalie augure de lendemains difficiles pour la région et pour la somalie en particulier. Néanmoins, il n’est un secret pour personne que l’Ethiopie domine la nouvelle politique régionale de la Somalie et du Somaliland, et qu’à ce titre elle se doit de jouer le rôle de pompier dans le bourbier somalien.

Une croyance locale, d’inspiration animiste, veut qu’il pleuve à chaque fois que la terre nourricière a besoin d’être purifiée du sang humain dont elle a été souillée. Les dernières pluies qui se sont abattues dans la région où des frères se sont massacrés étaient vraiment les bienvenues à tous égards. Mais, il serait préférable qu’il pleuve sans qu’il y ait du sang humain à laver.

Une force internationale d’interposition pourrait donc être la bienvenue, à condition que sa mission soit réduite à la seule pacification de la Somalie de Mogadiscio.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 110 du mercredi 27 octobre 2004

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Réalité numéro 110 du mercredi 27 octobre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. Comprendre la Somalie (2)
  4. Les retraités humiliés
  5. Réalité dérange
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 110

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

RÉALITÉ EN JUSTICE :

UN RÉGIME BÊTE ET MÉCHANT

Tout en sachant qu’une cabale poursuivait nos confrères de l’opposition, nous nous faisions un devoir de ne justifier une quelconque poursuite devant la Justice, au prétexte d’une improbable atteinte à la personne d’une auguste personnalité. Voilà donc qu’aujourd’hui, une plainte a été déposée contre nous par le ministre de la Défense, s’estimant diffamé par deux courriers de lecteurs que nous avons publiés il y a longtemps, conformément à notre souci d’ouvrir nos colonnes aux innombrables sans-voix du pays authentique. La manœuvre, à la fois bête et méchante, trahit en fait le profond désarroi du régime face au refus de l’UAD de ne cautionner aucune consultation électorale frauduleuse.

La bêtise se dévoile en premier lieu dans la procédure de convocation : dans un élan de zèle, la gendarmerie a convoqué le même jour notre directeur de publication et son co-directeur. Or, selon la loi, le second ne peut être convoqué que si le premier jouit d’une immunité ou s’il ne peut être entendu pour raison d’empêchement. Une telle lacune de la part d’un gendarme censé appliquer la loi est pour le moins préoccupante. Par respect pour ce corps d’armes, nous la mettrons sur le compte d’un ordre reçu d’en haut lieu.

La bêtise se trahit en second lieu dans le motif invoqué : les deux lettres incriminées ont des auteurs, qui se manifesteront le moment venu. Qui relatent des faits connus de tous, mais que la presse gouvernementale censure. Plus que cela, ils sont eux-mêmes l’expression d’une légitime colère des populations délaissées par ce régime de spectacle et qui ne se reconnaissent absolument pas dans les prétendus dirigeants préfabriqués que l’on tente vainement de leur imposer, en vertu d’une division clanique du travail politique source de toutes les inégalités que nous dénonçons inlassablement.

Est-ce donc parce qu’il sait compter sur le verdict de sa Justice, dont l’indépendance n’est pas la vertu cardinale, que le régime nous intente aujourd’hui un tel procès ? Pas seulement, d’après Borgès : « les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie ». Car la bêtise se nourrit ici de la méchanceté, laquelle révèle les limites de la comédie politique que le parti au pouvoir veut imposer aux citoyens.

Celle qui consiste précisément à ne pas nous obliger à participer au détournement de la volonté populaire. Car le régime se croyait malin, tel ce peuple indigène qui, pour capturer des singes, évident une grosse noix de coco et y déposent des graines par un orifice juste assez large pour laisser entrer une main ouverte : une fois cette main refermée sur l’objet de la convoitise, elle ne peut plus en ressortir et le singe est ainsi fait prisonnier.

Ceci pour dire si l’objectif premier de tout parti politique digne de ce nom consiste à entrer dans la compétition électorale afin de pouvoir appliquer son programme de gouvernement, les conditions qui prévalent actuellement à Djibouti ne garantissent nullement le droit au changement auquel tout peuple réellement libre peut légitimement aspirer. Tout simplement parce qu’aucune dictature n’a jamais programmé son autodestruction par la voie des urnes.

L’UAD ayant subordonné sa participation à la prochaine présidentielle à une série d’avancées démocratiques dont l’absence est son fondement, le régime, fidèle à sa posture provocatrice, semble avoir décidé de prendre les devants : la meilleure défense reste toujours l’attaque. C’est pour cela que la plainte date du 20 octobre : précisément le jour de la parution de notre précédent numéro.

Sauf que cette fois, il risque de le regretter : nous lui donnons donc rendez-vous le jour du procès. Il se rendra alors compte de notre force et de notre détermination !

 


Brèves nationales

L’UAD désigne son Président :

Ismaël Guedi assure la continuité

Lors de sa réunion hebdomadaire du dimanche 24 octobre 2004, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD), regroupant les partis politiques ARD, UDJ, MRD et PDD, a désigné à l’unanimité M. Ismaël Guedi Hared en qualité de Président.

M. Ismaël Guedi, Président de l’UDJ, assurait jusqu’à présent, en tant que vice-président, les fonctions de président par intérim de notre coalition, née dans le cadre des dernières législatives et reconduite afin de donner une dimension nationale au combat pour l’avènement rapide d’une alternance démocratique.

Dès sa nomination, M. Ismaël Guedi s’est engagé à oeuvrer pour la consolidation de l’Unité nationale, seule à même de concrétiser un véritable changement démocratique.

Ramadan gouvernemental :

L’un hiberne, l’autre gouverne ?

On raconte que chaque année depuis son accession à la magistrature suprême, le « numéro un » djiboutien hiberne les dix premiers jours du Ramadan. C’est, nous semble-t-il, la raison pour laquelle le numéro deux virtuel est chargé, pendant les vacances présidentielles à Haramous, de gesticuler au maximum afin de donner l’illusion qu’il gouverne un peu. Ainsi, l’on a appris que le week-end dernier, le Premier ministre n’a pas du tout chômé.

Dans l’après-midi de jeudi, il s’est rendu à Obock à bord d’une vedette de la Force Navale, accompagné d’un petit groupe de dignitaires RPPistes. En cette période de « désenclavement » tous azimuts, son déplacement par mer (boude-t-il AIR-FAD ?) augure-t-il de l’ouverture prochaine d’une ligne maritime par la Force Navale « au profit des populations du Nord à des prix exceptionnels » comme il se doit ?

Toujours est-il que les Obockois ont été un peu surpris de voir débarquer cette délégation lourdement chargée en khat, venue passer la nuit dans leur ville. Le lendemain vendredi, le Premier ministre est arrivé en fin de matinée à Tadjourah, où il a aussitôt procédé, dans l’indifférence générale, à la pose d’une première pierre des travaux de construction d’un mur devant protéger la ville contre les fortes marées. Le même genre d’ouvrage qui a été réalisé à Obock dans les années 60.

Dans la soirée, l’enfant du pays a rencontré quelques notables et des jeunes de la vie associative locale, sans créer l’événement et sans convaincre. Espérons que la veillée de Ramadan organisée par la jeunesse ARD de Tadjourah aux abords de notre annexe du front de mer n’a pas dérangé les cogitations de l’illustre visiteur en campagne. Décidément, si l’un a choisi d’hiberner, l’autre n’arrive toujours pas à gouverner : où est donc la fameuse « gestion de vraie problématique » ?

Démission de l’Etat :

Des étudiantes laissées à l’abandon ?

La mauvaise gouvernance conduit fatalement au désengagement de l’Etat de toutes ses responsabilités premières. Conséquence : toutes les couches de la société pâtissent de cette situation.

Dernier exemple en date : des jeunes Djiboutiennes bachelières de l’année 2004 ont été envoyées récemment au Sénégal afin de poursuivre leurs études dans les universités de ce pays. Ayant tout juste bénéficié d’un billet d’avion et d’une petite somme d’argent (30.000 FD), une dizaine de ces étudiantes, arrivées à Dakar il y a deux semaines, n’ont toujours pas pu s’inscrire dans les facultés sénégalaises, les autorités de ce pays leur réclamant, pour la constitution de dossiers, le fameux extrait n°3 du casier judiciaire.

Les autorités djiboutiennes ne semblent pas pressées de débloquer la situation et les parents de ces étudiantes se démènent comme ils peuvent pour venir en aide à leurs progénitures en difficulté si loin de chez elles.

Piètre image ainsi donnée de notre pays à l’étranger à l’heure où le régime mène ici une campagne démagogique centrée sur les droits de la femme. Ainsi, on peut lire sur les banderoles disséminées sur les principales artères de la Capitale depuis la désignation du président-candidat à sa propre succession : « Avec Ismaël, l’intégration de la femme dans la sphère publique est une réalité ». Le calvaire de ces jeunes étudiantes laissées à l’abandon à l’étranger illustre de manière dramatique que, sous ce régime de mauvaise gouvernance, l’exclusion des femmes est une réalité ordinaire.

Pôle universitaire :

Heurs et malheurs de l’enseignement supérieur

La création du Pôle universitaire, au lendemain des Etats Généraux de l’Education Nationale tenues en 200, fut sans conteste une avancée. L’ouverture de cet établissement permettait à une grande partie des bacheliers Djiboutiens de poursuivre leurs études supérieures sur place. Beaucoup de familles sans ressources suffisantes étaient soulagées de voir leurs progénitures décrocher un diplôme universitaire dans leur pays.

Pourtant, derrière cette façade positive, se cache une quantité de problèmes qui finissent par décourager nombre d’étudiants. La première cause de frustration se situe au niveau de l’orientation. Il semble que la direction du Pôle décide arbitrairement du choix des filières à suivre par l’étudiant.

C’est ainsi qu’il est même arrivé à des étudiants sachant à peine lire l’arabe d’être orientés vers la filière LEA (Langues Etrangères Appliquées, option Arabe). Autre casse-tête pour les étudiants en première année : l’impossibilité de redoubler. Aussi, ils sont des dizaines à être exclus chaque année de l’établissement, grossissant ainsi le flot des jeunes chômeurs. A ce rythme, il y aura bientôt autant de bacheliers chômeurs que ceux exclus du système scolaire au niveau du primaire ou du secondaire.

On se souvient que l’été dernier, le chef de l’Etat en précampagne n’avait pas hésité à descendre dans l’arène du gymnase du lycée afin de remettre lui-même les diplômes à plus d’un millier de bacheliers. Combien parmi ces heureux récipiendaires de 2004 inscrits en cette année universitaire au Pôle pourront réellement terminer leurs études ? Quel effort l’Etat a-t-il fourni cette année afin d’améliorer les conditions d’études de la future élite nationale ?

Mis à part les travaux d’extension du Pôle sur le domaine de l’ancien camp Barkat Siraj. On raconte que ces bâtiments préfabriqués auraient été offerts par un généreux donateur d’un pays du Golfe. Mais la mendicité n’a jamais fait progresser un pays.

Journée des Nations Unies :

Le constat lucide de Kofi Annan

A l’occasion de la Journée des Nations Unies, le Secrétaire général Kofi Annan a adressé à tous les citoyens du monde un message dont la concision vaut la pertinence : « Il, y a cinquante-neuf ans, y dit-il, l’Organisation des Nations Unies était créée afin de servir la paix, les droits de l’homme et le développement. Le monde dans lequel nous vivons est meilleur grâce à l’ONU. Cependant, trop de gens continuent de souffrir de la violence, de l’oppression, de la pauvreté, de l’analphabétisme et des maladies.

Nous pouvons et devons mieux faire. Tous les êtres humains méritent de vivre à l’abri de la peur et du besoin. Il faut qu’ils puissent espérer un futur meilleur. Il le faut pour l’avenir de l’humanité. Il le faut pour notre sécurité à tous.

Toute nation a besoin d’un gouvernement qui soit vraiment au service de son peuple. Et nous avons tous besoin que l’Organisation des Nations Unies soit efficace, qu’elle reflète le monde dans lequel nous vivons, et qu’elle soit capable de relever les défis auxquels nous devrons faire face demain. Je pense que nous pouvons bâtir une meilleure Organisation des Nations Unies.

Fort de cette conviction, je présenterai bientôt aux dirigeants du monde entier un ensemble de mesures destinées à revaloriser l’Organisation. Il appartiendra à vos dirigeants de faire preuve de hauteur de vues et de bonne volonté. Il faudra qu’ils trouvent un terrain d’entente lors de la réunion historique qui aura lieu dans un an.

Je vous demande d’encourager vos dirigeants à offrir à notre monde l’Organisation des Nations Unies qu’il mérite. Avec votre aide, je sais que ce sera possible.

Nous vivons une ère nouvelle. Il nous faut une nouvelle Organisation des Nations Unies. Faisons en sorte qu’elle voie le jour. »

A Djibouti un peu plus qu’ailleurs, nous appelons de tous nos vœux une telle Organisation, plus soucieuse du droit des peuples à vivre dans la dignité. A condition qu’elle soit capable en retour, d’amener les régimes tels que le nôtre à véritablement œuvrer au service du peuple djiboutien : la peur (pour son salaire, sa pension de retraite ou même son intégrité physique) et le besoin (droit à la citoyenneté, à l’Education, au travail, à la Santé, au changement, etc) on connaît ce que cela veut dire à Djibouti.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Djibouti dimanche 17 octobre 2004 de M. Idriss Abdillahi Fod.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 34 ans était un militant actif de l’UAD, candidat spolié aux dernières élections législatives dans la circonscription d’Ali-Sabieh, où il exerçait en tant que commerçant connu et apprécié de tous.

Il laisse une veuve 3 enfants.

L’UAD, l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs condoléances attristées à toute la famille du regretté Idriss Abdillahi Fod.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel.amin

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN


Comprendre la Somalie (2)

Partons d’une anecdote, pour exemplifier cette partie consacrée aux difficultés qu’il y a à reconstruire la Somalie. Quelqu’un racontait qu’au lendemain de la désignation de M. Abdillahi Youssouf en qualité de Président intérimaire de la Somalie, il n’arrivait plus à circuler tranquillement à Djibouti-ville, tellement il recevait de félicitations en raison de son appartenance au même clan que lui. Ce qui l’avait énervé au plus haut point, trouvant anormal que lui, Djiboutien, soit complimenté pour un événement se déroulant à Mogadiscio. Pour lui, cet amalgame trahissait l’absence d’une véritable conscience nationale djiboutienne. Mais, lui a-t-il été rétorqué, en préférant pérorer et parader à Arta dans le cadre d’une conférence de réconciliation somalienne, plutôt que de s’investir dans les négociations interdjiboutiennes entre son gouvernement et le FRUD-armé, le chef de l’Etat djiboutien n’a-t-il pas lui aussi contribué à la fragilisation de cette conscience nationale djiboutienne ? Mutatis mutandis, l’analyse de l’inadéquation entre structures mentales et structures étatiques, que l’auteur développe dans l’article ci-dessous reproduit à propos de la Somalie, ne vaut-elle pas aussi pour Djibouti ? Nous y reviendrons dans nos commentaires. Pour le moment, place à cette étude, dont les trois volets peuvent être consultés sur le site www.lesnouvelles.org.

Esquisse d’une sociologie des clans somalis

(1/3) Les termes, la situation, la structure

par Youssouf Karieh

Dans le premier volet de cette importante contribution adressée aux « Nouvelles d’Addis », Youssouf Karieh, universitaire djiboutien spécialiste de la corne de l’Afrique, s’interroge sur l’existence même d’un pays nommé « Somalie ». L’auteur insiste sur l’absence historique et sociologique d’une « autorité centrale » dans l’organisation des clans somalis. De son point de vue: « Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité. »

Septembre-octobre 2001

1. Introduction

Le terme « clan » n’englobe pas la même réalité et les mêmes structures socio-claniques partout dans les aires d’habitation des peuples désignés par le terme. Il existe des différences notables selon la localisation du clan – à proximité des côtes, continentales ou périphériques – et selon les rapports entretenus par les clans autour de la femme (mariage ).

Selon nous, ces deux variables constituent un axe à partir duquel une sociologie des clans somalis pourrait être entreprise. La réalité du clan n’est pas une donnée intrinsèque, immuable et uniforme.

Elle n’est ni une réalité vécue de la même manière partout, ni une structure imposée à tous les Somalis de façon univoque.

Dans cet article, nous étudions les clans somalis à partir des matériaux obtenus empiriquement sur les terrains pendant une période de dix années. Les matériaux s’appuient également sur des études généalogiques des « échantillons » somalis.

Les observations retenues dans ces travaux sont rassemblées dans cette période ( 1987 -1997) où l’auteur de l’article a été un observateur de terrain. En d’autres termes, l’auteur a séjourné des fins fonds de l’Éthiopie à la Somalie, en passant par Djibouti.

Les travaux d’observation empiriques, issus de l’esquisse de cette sociologie des clans seront affinés par des postulats théoriques.

2. Situation contextuelle

Les nostalgiques d’un État-unifié-somalien essaient de reconstituer l’histoire de façon erronée. Tout d’abord, il n’y a pas d’histoire de la Somalie pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu de Somalie. Il existe tout juste des aires ou zones d’habitation, plus ou moins délimitées à leurs extrêmes par les rapports de force établis avec les ethnies de proximité: Oromos, Hararis, Afars, etc. ; zones à l’intérieur desquelles cohabitent des clans somalis, juxtaposés les uns à côté des autres, chacun ayant un périmètre de pâturage et d’influence.

Ensuite dans ce contexte, il n’y a jamais eu d’autorité supra clanique ou d’institution commune pouvant réunir les Somalis sous une même bannière. L’on avait tout au plus du temps précolonial, comme aujourd’hui – ou il n’y a pas d’État -, des terroirs ou fiefs des clans, avec le périmètre de chacun, sur lequel s’établissent des règles soit conflictuelles, soit de coexistence pacifique, selon les circonstances du moment, avec les clans voisins.

Même dans le vocabulaire, les Somalis ne disposent pas de concept commun pour designer l’autorité suprême de l’ordre culturel clanique. Nous en avons recensé neuf appellations différentes: Sultan, Garad, Ugas, Malaq, Boqor, Baqow, Webber, Imam, Isim.

Enfin, tout marche aujourd’hui comme si les Somalis, depuis la disparition de cette éphémère autorité centrale (l’État somalien n’a duré que trente ans) étaient projetés d’un seul coup dans une réalité à tous points de vue identique à celle d’avant la colonisation.

La situation décrite en 1854 par Richard Burton dans son fameux livre (1) est la même que connaissent les Somalis d’aujourd’hui: absence d’autorité centrale, prééminence de la logique clanique. . . insertion des individus dans le périmètre de protection clanique. Les pratiques de razzia de conquêtes de nouveaux espaces de pâturage, de points d’eau. . . sont des phénomènes qui jalonnent l’histoire des Somalis.

Les tenants d’un État unitaire somalien, et qui pleurent aujourd’hui sur la disparition de l’autorité centrale, ont beau argumenter sur les agrégats constitutifs de la nation somalienne, unique en son genre en Afrique. Certes, les Somalis partagent la même langue, religion, culture, etc. Mais ceux-ci occultent souvent l’essentiel: l’absence chez les Somalis d’avoir à partager le même vécu, de disposer de la même histoire, de projeter sur l’avenir des espérances similaires. . . bref d’avoir des rêves identiques. La volonté de vivre ensemble fait toujours défaut chez ces peuples. Et il en a été ainsi depuis les calendes grecques.

À part quelques Cités-États, qui ont émergées a des périodes différentes ( entre les Xème et XVème siècles), l’absence d’institution supra clanique reste le fondement de l’organisation sociale chez les Somalis.

Aujourd’hui comme hier, est pris en otage ou comme cible tout ce qui relève du droit régalien de puissance publique: équipements publics, aide alimentaire internationale. . . sont l’objet de, razzia car cela n’appartient à aucun clan, donc par définition à personne, Par contre, la propriété privée semble elle respectée puisqu’elle s’apparente à un individu, par conséquent au clan.

Ceci démontre combien la notion de puissance publique ou d’intérêt général reste réfractaire à l’entendement mental des Somalis.

Pourtant la situation vécue par les Somalis est contrastée et n’est pas si dramatique. Comme l’a bien souligné Gérard Prunier dans son article « La recomposition de la nation somalienne » (2), les choses ne vont pas si mal et le chaos n’est pas partout en règle comme certains le décrivent.

Au contraire, une tentative de regroupement des clans et l’établissement d’un minimum d’ordre sont perceptibles ici et là. Les clans opèrent des processus de pacification – comme ils le faisaient depuis des lustres – et de réconciliation selon les affinités culturelles, d’alliance, de liens de sang et de voisinage.

Par-delà les vicissitudes et les schémas chaotiques véhiculés par les médias, les Somalis offrent une capacité d’adaptation extraordinaire à l’absence d’État et un dynamisme assez inégal de survie.

L’on constate sur le plan économique une augmentation même de la richesse nationale: la production de banane, de peaux, l’exportation de cheptel ( ovin, bovin) – principale richesse des Somalis . . . – ont presque doublé et le score demeure meilleur qu’au temps de l’existence de l’État.

Le secteur de télécommunication est en pleine effervescence: des fiefs les plus reculés sont desservis et reliés au monde, à travers l’aménagement des petits aérodromes et grâce aux téléphones cellulaires. La différenciation contrastée des situations en Somalie s’accompagne d’une différenciation d’organisation sociale chez les clans que nous allons analyser dans cet article.

3. Structure sociale: le clan

La société somalienne est une société stratifiée avec une juxtaposition de clans. À l’intérieur de chaque clan, l’on assiste à une trame de sous-clan, tribu, sous-tribu, fraction et sous-fraction.

La logique de cette trame fonctionne de la façon suivante: chaque niveau est assujetti à celui qui lui est supérieur. À titre d’exemple, l’individu appartient d’abord à une famille, à une sous-fraction, puis à une fraction et sous-tribu, ensuite à une tribu et ainsi de suite jusqu’au clan, entité de souveraineté par excellence.

L’individu se trouve confronté à des relations de type horizontal et vertical, hiérarchisées différemment à chaque niveau. Ce labyrinthe de niveaux décisionnels gère et régule sa vie pastorale devant lesquels il doit constamment négocier pour juguler ses atteintes à leurs exigences. La vie pastorale devient ainsi une véritable survie.

3.1 Catégories des clans. – L’hégémonie considérable des clans, chez les Somalis, demeure réfractaire aux exigences de l’intérêt collectif de l’ensemble des entités. Le passage d’une réalité clanique à un ensemble de ce qui peut être appelé « le national » demeure difficile dans le contexte somalien.

À partir des matériaux des lignées généalogiques, nous pensons qu’il existe quatre types de clans chez les peuples appelées Somalis :

3.1.1 – Clan à filiation ou descendance unique.

3.1.2- Clan à filiation mais doublée d’une certaine adhésion. Apparaît ici un facteur de différenciation: le xeer, ébauche d’une forme de consensus social.

3.1.3 – Clan non-filiatif mais à pure adhésion.

Émerge à ce niveau un contrat social plus affirmé qui s’apparente à la structure clanique plus relâchée.

3.1.4 – Clan sab. Bien qu’ayant une lignée généalogique qui lui soit propre, ce clan dispose d’un statut différencié et infériorisé par rapport aux autres catégories de clans. C’est un clan marginalisé vivant seulement dans les zones de deux premières catégories. Tout indique qu’il est réellement intégré dans le troisième groupe.

3.2 Localisation des clans. – L’analyse de la localisation – éloignement ou proximité des côtes – nous amène à de nouvelles perspectives de recherche sur la nature des clans. Les structures de ceux-ci les uns a l’égard des autres – sont d’abord liées à leur emplacement spatial.

3.2.1- Clans Périphériques. Il s’agit des clans éloignés des côtes. Nous regroupons sous le vocable de « périphérique » la 3ème catégorie de clans, à savoir les clans non-filiatifs mais opérant par simple adhésion. Ils sont généralement cantonnés à la limite de « l’espace » des Somalis.

3.2.2- Clans du Centre. Ce sont essentiellement les clans côtiers qui se trouvent assez éloignés des hauts plateaux de l’Abyssinie. Les clans du centre correspondent parfaitement aux clans à descendance unique opérant par la filiation de sang.

3.2.3- Clans tampons. La localisation de ces clans est à mi-chemin entre la périphérie et le centre. Ils opèrent par système généalogique à filiation d’une part et par contrat social et adhésion d’autre part. Les Somalis appartiennent à ces quatre catégories de clans et, selon leur localisation à trois groupes de clans ou la forme et l’organisation de structures claniques différentes d’un clan a l’autre, ou d’un espace donne à un autre. Ça varie d’une structure rigide à un relâchement fonctionnel entre les liens au sein des membres du clan.

Youssouf Karieh

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(1) « The first foot steps in Horn of Africa », Richard Burton, 1854.

(2) « Recomposition de la nation somalienne », Gérard Prunier, le Monde diplomatique, avril 2000.

(*) Universitaire djiboutien, spécialiste des pays de la corne de l’ Afrique, Youssouf Kariye est diplômé en Sciences politiques de l’lEP de Grenoble (1980), et titulaire d’un DESS en économie auprès de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne ( décembre 1981 ).

Il vit actuellement à Seattle, États-Unis.

COMMENTAIRES

«Le malheur des sciences sociales, écrivaient les auteurs du métier de sociologue, c’est d’avoir un objet qui parle » : inutile de dire à quel point ce genre d’analyse se voulant scientifique, donc idéologiquement neutre, rencontrera une certaine réticence. C’est un luxe offert aux chercheurs exilés que de revendiquer en acte le statut d’« intellectuel sans attache ni racine » dont révait Mannheim : les diverses formes de pression du groupe d’origine, subordonnant la reconnaissance et le prestige à la satisfaction de ses attentes, interdisent toute distance critique : c’est peut-être à cause de cela que les études sociales sont pratiquement inexistantes à Djibouti.

Cela étant, tout en ayant démontré la causalité entre structures sociales et structures mentales, et selon quelle logique celles-ci entrent, dans le cas d’espèce, en contradiction avec une forme d’organisation étatique moderne impliquant la sauvegarde de l’intérêt général, cette étude appelle de notre part deux nuances et une comparaison.

La première concerne l’Ogaden. En effet, même si elles ne s’étaient pas dotées d’une autorité politique centrale, les populations somali de l’Ogaden n’ont jamais dépendu d’un quelconque Négus éthiopien. Inutile de rappeler ici dans quelles conditions, sujettes à débat et parfois à caution, cette région a été rattachée à l’empire éthiopien.

La seconde se rapporte au danger qu’il y a à inférer d’une structure sociale donnée une culture politique censée être uniformément observable chez tous les sujets. La seule expérience que vit actuellement le Somaliland , tirant les enseignements des drames récents, nous incite à reconnaître qu’il existe un consensus sur la nécessité de sauvegarder un intérêt général sans lequel aucune coexistence ne serait possible. Par contre, l’absence de cet intérêt général est patent chez les actuels dirigeants djiboutiens. Sans que, bien entendu, cela doive donner lieu à une généralisation abusive et idéologique. En effet, pour ne prendre que l’exemple le plus célèbre, tout le monde sait que le regretté Elabé n’a jamais succombé aux tentations, si faciles ici, de la corruption. De même que, dans tous les départements ministériels qu’il a dirigés, il a toujours cherché à garantir l’indispensable équilibre entre les différentes composantes de la communauté nationale. Dire qu’on ne peut pas en dire autant de l’actuelle équipe au pouvoir est un euphémisme : elle n’a pas encore compris que l’intérêt général est la soustraction et non la somme des intérêts particuliers.

D’où une comparaison qui s’impose, afin de mieux saisir tout le danger qu’il y a à utiliser un concept aussi délicat que celui de structure mentale. En effet, sans le nommer explicitement, c’est au concept d’«habitus» que l’auteur fait référence, défini comme schème intériorisé de pensée et d’action, acquis au cours d’un processus de socialisation : en d’autres termes, les structures mentales ne sont que des structures sociales intériorisées. Ainsi, on sait que, contrairement à d’autres, l’ethnie afar s’est depuis longtemps dotée d’un solide corpus juridique dont les dispositions s’appliquent uniformément à tous les individus. Il existe même un droit de l’environnement protégeant l’écosystème contre les abus de l’homme.

Mais, quand bien même le sens de l’intérêt général existe au sein de cette communauté, il n’en demeure pas moins vrai que, dans le contexte étatique, certains de ses indigènes s’adonnent sans vergogne à la corruption. Pire, on observe depuis quelque temps un repli sur les intérêts claniques et régionaux remarquable, par exemple, dans une instrumentalisation partisane des hauts fonctionnaires que l’on rencontre rarement d’une façon aussi caricaturale chez ceux des autres composantes de la communauté nationale.

Ce qui signifie que, pour ne pas céder à la facilité des généralisations culturalistes, l’habitus primaire doit être affiné au cas par cas, en fonctions des multiples habitus secondaires que façonnent d’autres processus de socialisation : école, religion ou profession.


Les retraités humiliés

VIE QUOTIDIENNE

Dimanche 17 octobre 2004. de 8h 30 à 11 heures devant la Caisse Nationale de Retraite, une quarantaine de retraités, parmi lesquels un député, un ancien ministre et des agents de la FNP, attendent de percevoir leur pension trimestrielle. Des gendarmes en faction les brutalisent, sans égard pour leur âge avancé. Les infortunés retraités sont obligés de subir de telles humiliations pour toucher leur pension. Deux vieux en ont même failli tomber en syncope. Cette barbarie a provoqué une légitime colère chez l’un de ces retraités humiliés : voici la réaction indignée de M. Jean-Paul Abdi Noël, ancien député.

Courrier à l’attention de l’Opinion Publique

le 17 octobre 2004

Sur les humiliations, les dégradations

inadmissibles et insupportables en République de Djibouti

par certainement des dirigeants mécréants

Alors que faire ? Oui que faire ?

Que vieux, vieilles et jeunes en ce mois béni du Ramadan se posent en silence cette question: alors que faire ?

Oui j’écoute, ici le CNR

Centre des Nouveaux Recrutements ou

Caisse Nationale des Retraites (imposées)

Age anticipé pour le recrutement: 50 ans ; Age final: 150 ans.

A mon commandement !

Toutes et tous, vielles ou vieux, « c’est un ordre, si vous voulez rentrer pour percevoir votre argent il faut vous asseoir ou vous mettre à genou, sinon attention aux schlagues! » ( il faut vraiment être physiquement présent pour l’entendre et le croire.) Cela se passe tout naturellement à l’entrée de la CNR.

C’est triste à l’entendre, c’est triste à le dire, et c’est révoltant, oui c’est provocant et intolérable d’essayer d’acculer des vieux de la Fonction Publique, de la FNP, de l’Assemblée Nationale, des vieux Ministres (un ancien ministre de la Défense Nationale en tête) à se révolter, car à leur âge, il n’est plus possible pour eux de prendre le fusil ou de prendre leurs armes et de dire avec courage: à mon commandement citoyenne, citoyen prenez vos armes contre tous les mécréants, tous les traîtres qui violent les principes de la République et de l’Etat de Droit.

C’est vrai qu’à leur âge ils savent dire non aux candidat(s) qu’ils estiment comme des pourris, car ils sont complètement corrompus, car ils sont profondément ancrés dans une politique dictatoriale foncièrement sournoise.

Ces vieilles et ces vieux ont encore la mémoire fraîche et ne manqueront pas, s’il plaît à DIEU, toutes les prochaines occasions pour épauler et libérer à nouveau leur patrie, en facilitant le terrain du combat contre les mesures despotiques en vigueur encore chez nous.

C’est vrai, que l’actuel très, très jeune Président n’a rien à cirer de ces vieux croulants.

A voir l’œil d’Abou et en ce mois béni du Ramadan, on a vraiment l’impression d’être dirigé par des mécréants, dirigé par des païens.

Le Droit à l’Assurance de la pension retraite est un droit non imposable d’autant plus qu’en République de Djibouti, jamais, plus que jamais et à aucun moment, les Pensions retraites n’ont jamais été revalorisées (financièrement parlant et compte tenu des inflations galopantes presque à un rythme inférieur aux vastes Détournements des Finances Publiques et des Biens Sociaux). On ne quémande pas son droit, une fois qu’on a largement cotisé à sa retraite.


Réalité dérange

L’EX MILITAIRE REPREND DU SERVICE

Marx l’avait dit : « L’histoire se répète, une fois tragique, une fois comique ». Beaucoup se souviennent des tragiques événements qui ont marqué l’actuel mandat présidentiel : sans respect pour son immunité parlementaire, M. Moussa Ahmed Idriss, candidat spolié, a été traîné en justice par le ministre de la Défense au motif que le journal qu’il dirigeait avait porté « atteinte au moral des troupes » et les forces de police chargées de faire appliquer le verdict avaient pris son domicile d’assaut, tuant au passage son fils adoptif. Aujourd’hui, c’est le même ministre qui nous traîne en justice : une telle constance dans l’acharnement contre les forces démocratiques par celui que le régime auréole d’un glorieux passé de maquisard mérite une mention spéciale.

Un constat s’impose au chapitre de la répression journalistique : l’actuel ministre de la Défense est celui qui, dans l’équipe gouvernementale détient le record de plaintes déposées contre les organes de presse de l’opposition !

Rappelons que c’était lui qui avait été à l’origine de l’emprisonnement de Moussa Ahmed Idriss, Général Ali Meidal Wais, Daher Ahmed Farah, en septembre 1999. C’est encore lui qui avait poursuivi DAF, en plus du Général Zakaria, lors de sa dernière arrestation, et il récidive aujourd’hui, en cherchant à museler notre organe de presse à quelques mois de la présidentielle.

En effet, par une plainte enregistrée sous le n°3331/04 et déposée le 20 Octobre courant pour « outrage et diffamation », le Ministre de la Défense poursuit notre organe pour deux textes le mettant en cause par deux fois pour une affaire touchant sa région d’origine, dont la dernière en date est une lettre écrite et signée, insérée dans la rubrique « Courrier des lecteurs».

Cet acharnement s’explique par plusieurs facteurs, le premier étant la conjoncture dans laquelle il a accédé au pouvoir. Arrivé aux affaires publiques dans le cadre d’une dissidence traumatisante dont il fut le principal initiateur et que nul ne lui a pardonné, il ne s’estime peut-être pas avoir des comptes à rendre aux « ingrats » qu’il est censé représenter.

Les infortunés mandants présumés le lui rendant bien, qui ont vainement attendu une quelconque contribution de sa part à l’amélioration de leurs difficiles conditions d’existence. La boucle étant bouclée par le fait que le régime, estimant ne rien perdre en le perdant, lui confie ses sales besognes.

Celui qui, depuis la signature en décembre 1994 des accords d’Aba’a été relégué au poste honorifique de Secrétaire Général dans son parti, joue donc le rôle de cerbère de la dictature tout simplement parce qu’il n’est qu’un ministre en sursis ! Parce qu’il n’est qu’un minuscule rouage de l’appareil répressif, nous implorons pour lui la clémence de notre lectorat.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 109 du mercredi 20 octobre 2004

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Réalité numéro 109 du mercredi 20 octobre 2004

ARD
Sommaire

  1. EDITORIAL
  2. Brèves nationales
  3. M. Mohamed Daoud clarifie sa position
  4. Comprendre la Somalie (1)
  5. Communiqué de l’UAD
  6. L’UAD avait écrit
  7. Le régime a mauvaise mine
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 109

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


EDITORIAL

FAD S.A.R.L :

OBOCK ENTRE FADAISE ET FOUTAISE

Ce régime est un fervent adepte de la pataphysique qu’Alfred Jarry définissait comme étant « la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité». Derrière la complexité apparente de cette définition, il y a la banalité d’une gesticulation officielle proposant de fausses solutions pour de vrais problèmes. La réalité quotidiennement vécue par nos concitoyens abonde d’exemples : Il Jano tarie dans une région qui ne manque pourtant pas de potentialités ou le bitumage du front de mer à Tadjourah dans un district attendant vainement la réhabilitation de ses infrastructures de base détruites lors du conflit, pour ne citer que l’actualité de cette semaine. Pourtant, mention spéciale doit être faite d’une mystification dont le caractère placebo risque d’avoir beaucoup d’effet secondaires : c’est la desserte aérienne proposée aux habitants d’Obock par les Forces Armées Nationales.

Les Forces Armées Djiboutiennes n’en sont pas à leur première incursion dans le domaine de l’initiative mercantile. On se souvient que, depuis quelques mois, leurs garages se proposent de réparer, au meilleur prix sur le marché, tous types de véhicules appartenant à des privés. Au grand dam des propriétaires de garages présents dans la Capitale, qui n’ont pas manqué de dénoncer cette concurrence déloyale puisque, par définition, dans le cas d’un garage appartenant à l’Armée, toutes les charges qu’implique une telle activité (main-d’œuvre, électricité, etc.) sont supportées par le contribuable djiboutien. De surcroît, cette intrusion intempestive dans l’économie privée n’est pas la première mission que le citoyen, supportant déjà mal le maintien sous une autre forme de l’impôt patriotique, est en droit d’attendre de l’institution militaire.

Rien n’y fait : sommé, par l’incompétence, d’inventer de fausses solutions pour de réels problèmes, le régime récidive dans l’illégalité profiteuse, cette fois-ci dans le domaine de l’aviation civile. Ainsi, on apprend qu’une initiative caritative a jailli, de ses pénibles séances de broutage peut-être : « dans le but de désenclaver les régions du Nord, les FAD par le biais de la Force Aérienne Djiboutienne viennent de créer des liaisons aériennes, au profit de la population du Nord à des prix exceptionnels ». Tout est dit ou presque. Sauf de rappeler qu’il existait autrefois une compagnie nationale dénommée Air Djibouti qui desservait Obock et Tadjourah deux fois par jour : ce n’est pas Air-France qui est responsable de sa faillite ! Insistons : les responsables de sa faillite sont aujourd’hui au plus haut sommet de l’Etat.

Le problème se situe à trois niveaux, et tout d’abord à celui du véritable pouvoir d’achat de la population si généreusement ciblée : la pauvreté généralisée rend peu probable que l’avion affrété pour la circonstance fasse le plein de voyageurs, même à 2000 FD l’aller simple. Le caractère déloyal de cette concurrence trouvant ainsi ses limites dans le chômage de ceux en âge de travailler et dans la suppression des pensions de retraite de ceux qui ont déjà travaillé.

Second niveau, beaucoup plus grave : quel régime d’assurance s’appliquera à ces voyageurs. Car, pour autant que l’on sache, ce genre de philanthropie n’est pas inclus dans la Convention de Varsovie régissant le trafic commercial aérien. Donc, en cas de perte de bagages (ils en auront certainement un peu) ou par malheur de décès, tout passera par pertes et profits ! Et il y a un précédent. Mais il est bien connu que les nécessiteux sont les moins bien placés pour choisir en toute liberté.

Enfin, dernier sans nom, cette militarisation des liaisons aériennes n’est qu’une étape supplémentaire dans le désengagement de l’Etat : déjà victimes du refus de la réhabilitation et de la reconstruction de leur ville et de leur région, laissées dans un état d’abandon confinant à une incitation à la mendicité, ces populations ne peuvent désormais plus solliciter une quelconque évacuation sanitaire aux frais de la Santé publique. Le manque d’ambulance passe au second plan puisque l’introuvable gasoil est remplacé par le généreux kérosène militaire.

A n’en pas douter, Faustroll devait être un docteur honoris causa, comme le chef suprême des Forces Armées Djiboutiennes. Entre accepter cette Fadaise et dénoncer la foutaise, il n’y a pas à hésiter.


Brèves nationales

Ecole ou nourriture :

Pourquoi choisir ?

La rétention des informations relatives aux réelles conditions de vie de ses concitoyen est le propre de tout régime fondé sur la fraude et par conséquent non astreint au rendement. A Djibouti, on frôle même le désastre, comme le confirme dans son dernier numéro, la version papier des Nouvelles d’Addis.

On y apprend en effet que, « selon Famine Early Warning Systems Network (FEWS), les prix à la consommation à Djibouti auraient grimpé de 25 à 30% depuis août 2003. l’organisation estime que de nombreux Djiboutiens devront faire des choix entre nourriture et école et même réduire leur consommation de nourriture. Elle préconise l’extension de la distribution de repas à l’école et la réduction des taxes sur les produits alimentaires et le kérosène, de même que la diminution des frais de scolarisation. Fews s’inquiète également de la pénurie d’eau dans certains quartiers de la capitale et craint que les incendies ne dégénèrent en catastrophes ».

Les choix budgétaires irresponsables, marqués par un taux d’imposition trop élevé ont souvent été évoqués dans notre journal. Pour ce qui est des cantines scolaires, inutile de rappeler qu’elles n’existent le plus souvent que sur le papier. Pourtant, des milliers de tonnes d’aide alimentaire, offerte par le Programme Alimentaire Mondial et officiellement destinée à ces cantines scolaires, surtout en milieu rural, avaient récemment été réceptionnés par le sous-ministre chargé de la Coopération internationale.

Les écoliers de Dalley, par exemple, n’ont rien reçu de tel, puisqu’ils doivent faire quotidiennement à pied les kilomètres séparant l’école de leur domicile : pas de cantine ni de ramassage scolaires. Le régime estime peut-être qu’ils n’en ont pas besoin : c’est connu, le bédouin marche beaucoup et mange peu !

Affaire à suivre…

Le paradis introuvable :

Il Jano, huit mois après…

La publicité mensongère fait partie intégrante de la mauvaise gouvernance. Pendant que les Assajogs voient s’éloigner les promesses de développement industriel et avec elles les créations d’emplois annoncées, le consommateur djiboutien cherche toujours l’eau miraculeuse embouteillée au pied du mont Arrey. Pourtant, les abonnés au téléphone ne manquent pas de tomber, en consultant leur annuaire 2004, sur de pleines pages de publicité achetée par la fantomatique société industrielle des eaux minérales d’Ali-Sabieh.

En l’absence dans notre pays d’un Bureau de Vérification de la Publicité (BVP), organisme chargé de traquer les publicités mensongères, nous sommons les autorités d’apporter au public les informations relatives aux difficultés techniques empêchant la commercialisation de cette eau minérale, ainsi qu’à l’état d’avancement du projet de cimenterie et d’usine de marbre d’Ali-Sabieh. Une campagne digne de ce nom débute par l’information du citoyen.

Tadjourah :

Campagne d’embellissement ?

La route du front de mer à Tadjourah, longue de quelques centaines de mètres, semble ces derniers temps promise à une modernisation précipitée. On se souvient que le Premier ministre avait promis de goudronner cette voie pour embellir la ville et c’est la raison pour laquelle les engins des Travaux Publics sont miraculeusement de retour dans ce district : rouleau compresseur en tête. Pourtant, à y regarder de plus près, il apparaît évident que le régime cherche à baliser la voie vers de futures fraudes électorales.

Cette pseudo-campagne d’embellissement paraîtrait plus sérieuse si les pouvoirs publics s’attaquaient en priorité à la réhabilitation de la route Tadjourah-Randa, autrefois goudronnée et aujourd’hui dans un piteux état, au grand désespoir des usagers et des touristes. Les habitants de la Ville-Blanche ont d’autres préoccupations, bien éloignées des gesticulations électoralistes des usurpateurs.

Il y a plus urgent dans cette ville et dans ce district que bitumer quelques centaines de mètres de route destinées avant tout à accueillir les 4xkhat du cortège présidentiel en campagne.

Un spectacle dégoûtant :

Le régime se mire dans les eaux stagnantes

Apparemment sommé en haut lieu de jeter quelques pierres dans la mare, le journal gouvernemental La Nation a consacré la semaine dernière une pleine page à l’une des plaies béantes de la mauvaise gouvernance : les dangereuses mares d’eaux stagnantes visibles un peu partout dans les quartiers populaires de la Capitale. Malheureusement, comme tous les reportages « autorisés », cet article sur «l’assainissement» se contente de dresser un constat alarmant, sans trop rappeler la démission des pouvoirs publics.

Nous le ferons donc à sa place car « beaucoup de nos concitoyens sont acculés à vivre dans la merde (sic !). L’absence de moyens ne peut constituer un prétexte pour expliquer le manque d’entretien », surtout que l’on sait que des fonds colossaux sont utilisés par le candidat en campagne pour acheter la conscience des citoyens condamnés à patauger dans les eaux stagnantes.

Un régime lui-même malsain ne peut rien assainir véritablement !

Désenclavement d’Obock :

AIR FAD vole bas

Ainsi, on a appris le week-end dernier que l’enclavement d’Obock, qui perdure depuis de longues années, ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Une miraculeuse liaison aérienne bi-hebdomadaire entre la Capitale et ce chef-lieu de district aurait été établie grâce au concours humanitaire d’une nouvelle «compagnie aérienne»: AIR FAD.

En fait, il s’agit d’un petit avion de quelques places appartenant aux FAD (Forces Armées Djiboutiennes) et destiné avant tout aux déplacements des dignitaires en campagne et de leurs ballots de khat.

Tout le monde l’aura compris : le désenclavement social (pour la modique somme de 2000 FD) d’une capitale régionale en cette période électorale paraît bien l’œuvre du candidat à sa propre succession, Son Excellence El Hadj, Docteur…, Chef Suprême des Armées et d’AIR FAD également. Qui donc à part lui aurait pu imaginer et concevoir une solution aussi rapide au casse-tête de l’enclavement ?

En attendant, le régime continue à voler de ses propres ailes… plombées. Ne se sentant pas concernés par ce voltige aérien électoraliste au-dessus de leurs têtes, les malheureux Obockois attendent pour leur part un véritable désenclavement routier et maritime durable.


M. Mohamed Daoud clarifie sa position

Parti Djiboutien pour le Développement

Siège social : Quartier 2,

Avenue Cheik Houmed

Boîte Postale : 892 Tél : 35.32.43

République de Djibouti

 

Djibouti, le 18 octobre 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

Suite à la parution, dans plusieurs journaux internationaux, de l’annonce de ma candidature à l’élection présidentielle de 2005, j’ai l’honneur de porter à la connaissance des trois autres partis de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qu’une telle décision ne sera prise que conformément aux us et coutumes de la Coordination, c’est-à-dire de façon collégiale.

En conséquence, j’affirme que le PDD fait toujours partie de l’UAD. Une division en son sein ne profiterait qu’au régime de parti unique qui malmène le pays.

Le Président du PDD

Mohamed Daoud Chehem


Comprendre la Somalie (1)

CULTURE

En cette sainte période de Ramadan propice au recueillement et à la tolérance, il nous a semblé opportun d’ouvrir une rubrique Culture, afin de modestement contribuer à la compréhension mutuelle entre les peuples de la région. N’est-il pas dit dans le Saint Coran : « et Nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez, car le plus noble d’entre vous auprès d’Allah sera le plus pieux » (Sourate 49 Verset 13) ? Cette semaine, nous commençons la première partie du volet consacré à la Somalie, ou plutôt aux Somalies avec une introduction à l’histoire, au peuplement et à la répartition régionale.

 

Une récente actualité, faite d’espoir et de crainte, a remis la Somalie sur le devant de l’actualité internationale. Espoir de voir enfin ce Peuple retrouver une stabilité intérieure qu’il a perdue depuis si longtemps. Crainte que, même sincère, un volontarisme mal éclairé cherchant à précipiter sa réunification, ne provoque des tensions avec le voisin somalilandais.

Peuplement

Même si toute la région côtière était connue durant l’Antiquité sous l’appellation égyptienne de « Terre de Pount », rien ne permet, en l’état actuel des connaissances scientifiques, de la rattacher au peuplement contemporain d’aire géographique Somali. Plus près de nous, la seule Capitale Mogadiscio doit son nom au toponyme persan signifiant « Trône du Shah ».

De fait, c’est avec l’arrivée des Arabes, commerçants et missionnaires musulmans qu’apparaissent les premières attestations de ce peuple. Précisément lorsqu’un puissant pouvoir musulman, connu sous le nom de Sultanat Adal se met en place, recouvrant un vaste espace et facteur d’un brassage culturel déterminant.

C’est vraisemblablement à partir de son déclin au 16ème siècle, suite à une intervention militaire, commandée par le fils de Vasco de Gama, venue en aide à l’empire chrétien éthiopien, qu’un mouvement de dispersion a eu lieu, amenant les populations de pasteurs-nomades somali et afar à conquérir de nouveaux espaces territoriaux, le plus souvent au détriment d’autres peuples, oromo ou bantou.

C’est pour cela que, fait peu connu ici, il existe un important îlot afar au centre et au sud-ouest de l’actuelle Somalie, alors qu’il aurait été plus plausible que cette composante se retrouve au nord de ce pays. C’est essentiellement dans la province de Bay (région de Baydabo) que cette population est implantée.

Il existe également un résidus des groupes bantous originels, à Afgoye et Kismayo. Quant aux Arabes, principalement venus du Yémen, ils sont uniquement installés dans la Capitale. Notons enfin un apport portugais et indo-pakistanais à Merca et Barawa.

Histoire contemporaine

En 1887, la Grande-Bretagne établit un protectorat et définit les limites territoriales de l’actuel Somaliland. Quant à l’Italie, c’est suite à plusieurs traités qu’elle prend possession du reste de la Somalie, qu’elle rattache en 1936 à l’Erythrée et à l’Ethiopie pour former l’Africa Orientale Italiana.

Le 26 juin 1960, le Somaliland accède à l’Indépendance, suivi le 1er juillet par la Somalia, entité avec laquelle il fusionne immédiatement pour créer la République de Somalie et Aden Abdallah Osman en devint le premier Président.

Arrivé au pouvoir grâce au coup d’état du 21 octobre 1969, le Général Siad Barré place le pays dans l’orbite socialiste et opte pour une puissante affirmation identitaire, concrétisée par une campagne d’alphabétisation en langue maternelle et le pansomalisme.

Lequel l’a conduit, en 1977, à s’engager plus activement dans le conflit de l’Ogaden. Ce n’est qu’avec le soutien de l’URSS, de Cuba et du Yémen du sud, que l’Ethiopie de Mengistu a réussi à repousser les rebelles indépendantistes de l’Ogaden et les troupes somaliennes.

Alors commence le déclin de la République Démocratique de Somalie, aboutissant à la chute du dictateur, à la séparation du Somaliland, officialisée en 1992 sous la conduite du SNM et à une interminable guerre civile dans l’ancienne Somalie italienne.

 

S’autorisant du droit international relatif aux frontières héritées de la colonisation, et connaissant une stabilité intérieure que certains voisins, dont Djibouti, lui envient, le Somaliland est toujours à la recherche d’une reconnaissance internationale. Alors que la Somalie, après treize conférences de réconciliation nationale ratées, dont deux organisées à Djibouti, a enfin à sa tête un Président intérimaire réellement représentatif, Abdillahi Youssouf, ex-président du Puntland, désigné à Nairobi dimanche 10 octobre 2004.

Avenir

Du coup, la réunification est vivement espérée par la communauté internationale : il y a un peu plus d’une décennie que les deux Yémen ont choisi cette voie, alors pourquoi pas les deux Somalie ?

Mais il y a encore beaucoup d’obstacles à franchir avant cela, la première étant évidemment que le Somaliland l’accepte.

Nous verrons la semaine prochaine certaines de ces difficultés, à travers une importante étude menée par un Djiboutien, au terme d’un long séjour dans tous les pays de région. A suivre…


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 19 octobre 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

Aucune amélioration de la situation politique du pays n’est perceptible. Les partis politiques comme les syndicats libres, traversent la période la plus sombre de leur histoire. Le parti au pouvoir depuis plus de 25 ans vient de tenir un congrès extraordinaire pour désigner son candidat à la présidentielle de 2005. Ces assises n’avaient d’autres objectifs que la pérennisation d’un régime antidémocratique. Par conséquent, l’Union pour l’Alternance Démocratique réunie en sa séance ordinaire de la rentrée :

Constate que :

1) Conformément aux dispositions légales en vigueur, l’UAD n’a pas manqué de jouer son rôle dans les règles qu’impose toute démocratie ;

2) Pour ce faire, elle a saisi avant et après les élections législatives toutes les instances dirigeantes du pays et en dernier ressort le Président de la République et Chef de gouvernement tant sur l’énorme décalage existant entre la démocratisation affichée et la pratique. Exemples : non remboursement de la caution de 32,5 millions FD déposée lors des législatives du 10 janvier 2003 par les candidats, conformément à la loi relative aux élections, et notre dernier courrier du 21 mai 2004 portant sur les conditions de la démocratisation de la vie politique, resté toujours sans réponse ;

3) La loi sur les élections régionales, votée par l’Assemblée Nationale et promulguée par le Président de la République en 2002, n’est toujours pas entrée en vigueur malgré les nombreuses promesses gouvernementales.

Considère que :

Toute tentative pour le déblocage de ce verrouillage politique par l’ancien parti unique repose sur la réalisation des modalités suivantes :

1) La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement;

2) L’établissement des listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur;

3) La publication de toutes les listes électorales et leur mise à la disposition de tous les partis politiques;

4) La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

5) L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale ;

6) La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-Verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, pour une réelle transparence des élections, chaque parti doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI;

7) L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent représenter les partis en compétition;

8) L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics (radio, TV, journaux, etc.);

9) L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

En conséquence :

– soucieuse de l’intérêt général, l’UAD craint que la non-réalisation de ces modalités fassent que les élections à venir ne soient, comme d’habitude, entachées de fraudes massives et ne puissent aucunement garantir un concours franc et crédible.

– L’UAD demande au Peuple Djiboutien, et à ses militants, de rester vigilants face aux manœuvres du régime.


L’UAD avait écrit

Voici, pour rappel, la lettre que l’UAD avait adressée au Président de la République et à laquelle le communiqué du 19 octobre fait référence.

*

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

A

Monsieur le Président de la République

Chef de Gouvernement, Palais Présidentiel Djibouti

Objet : Conditions pour la Démocratisation de la vie politique.

Djibouti, le 21 mai 2004

Monsieur le Président de la République,

Depuis l’instauration du multipartisme intégral consécutif aux accords de paix définitive du 12 mai 2001, nous n’avons à aucun moment manqué de nous conformer aux dispositions légales en vigueur afin de respecter pleinement les règles qu’impose toute démocratie. Nous nous permettons de vous rappeler que nous vous avions saisi, en votre qualité de Président de la République et Chef de Gouvernement, avant et après les élections législatives, sur l’énorme décalage entre la démocratisation affichée et les dispositions de la loi relatives aux élections. A cet effet, c’est par souci de transparence électorale, que nous vous avions d’ailleurs écrit le 9 novembre 2002, sur l’impérieuse nécessité d’une modification du décret n° 2002/198/PR/MID du 30 septembre de la même année relatif à la composition et au fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante en vous y exposant nos observations et nos propositions afin que ladite commission puisse disposer de toutes les attributions et compétences nécessaires pour bénéficier de l’indispensable indépendance que requiert sa mission, seule garantie pour l’organisation d’élections libres et transparentes.

De l’annonce des résultats du scrutin du 10 janvier 2003 à ce jour, nous avions entrepris et épuisé toutes les démarches légales, pour le remboursement de la caution de 32,5 millions FD déposée au Trésor Public par les 65 candidats de notre liste aux dernières élections. Du Trésorier payeur, en passant par le Ministre de l’Intérieur, du Tribunal Civil et Commercial, du Tribunal du Contentieux Administratif enfin du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, nos doléances sont restées sans réponse. Notre dernière tentative, avec pour objectif le déblocage de la situation politique de notre pays, fut notre entrevue du 24 mars dernier avec votre Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Cette rencontre devait permettre la concrétisation effective, puisque légale, des engagements relatifs à la démocratisation de la vie politique, tant pour les consultations nationales que régionales.

A ce sujet, nous n’avions pas manqué de faire remarquer au Ministre en charge de la Décentralisation, que la loi n° 174/AN/02/4ème L portant décentralisation et statut des régions du 7 juillet 2002 promulguée par vous-mêmes et publiée au journal Officiel du 15 juillet 2002, a été tout simplement violée au regard de son article 5 alinéa 2, lequel stipule :

« dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente loi, un décret précisera un calendrier pour l’installation et la mise en place effective des collectivités régionales élues ainsi que les transferts de compétences qui leur sont dévolus par la loi ».

Par conséquent, cette réunion n’ayant débouché sur aucune conclusion honorable et considérant qu’à défaut d’une issue responsable pour notre pays, nous, Union pour l’Alternance Démocratique regroupant les quatre partis de l’opposition, toujours soucieuse de l’intérêt général, réitérons avant toute consultation électorale nos exigences légales et légitimes pour :

– La refonte des listes électorales qui doivent refléter la réalité du corps électoral tel qu’il est actuellement. Sur ce point, votre Ministre de l’Intérieur avait reconnu en présence des observateurs internationaux lors des dernières législatives que les listes électorales étaient décalées de la réalité du corps électoral national

– L’établissement de ces listes par bureau de vote dans les régions de l’Intérieur ;

– La mise en place d’une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité de représentants de l’Opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;

– L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) du Statut Spécial de la Capitale Djibouti ;

– La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-Verbaux, consécutives au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, nous considérons que pour une transparence réelle des élections, chaque liste doit disposer de son exemplaire de PV et les résultats proclamés par la CENI ;

– L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs par le pouvoir. Ces assesseurs doivent désormais représenter les listes en compétition ;

– L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics;

– L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Monsieur le Président de la République, la légitimité du pouvoir, la transparence et la stabilité résident dans la loyale application des points ci-dessus. Dans le cas contraire, nous prenons à témoins l’opinion nationale et internationale sur les dangers que fait courir votre gouvernement à la fragile stabilité que nous avons su préserver jusqu’à ce jour.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de notre haute considération.


Le régime a mauvaise mine

Au terme d’une véritable restauration de la paix, après tout conflit armé, c’est bien au droit de pouvoir fouler leur sol national en toute sécurité que les citoyens aspirent. Or, comme le démontre l’article ci-dessous reproduit, tiré des Nouvelles d’Addis, le régime djiboutien, en laissant encore enfouies des centaines de mines antipersonnel, donc interdites par le droit de la guerre, agit comme si le conflit perdurait. Mettant ainsi dangereusement en péril la vie de paisibles concitoyens des zones rurales, affectées par le conflit ou pas.

*

Djibouti: pas si déminé que ça…

Les autorités djiboutiennes ont déclaré le pays « mine free ». Pourtant, selon les informations recueillies par Les nouvelles d’Addis, Djibouti ne serait « pas si déminé que cela ». Par exemple, une mission d’évaluation du centre Minex, en octobre 2003, à la Douda, a évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce seul secteur. Témoignage d’un spécialiste.

ALBAN GOUBET

Juillet 2004. – Malgré les affirmations des autorités djiboutiennes, qui ont déclaré le territoire de Djibouti exempt de mines (mine free), devant les États partis de la Convention d’Ottawa réunis à Genève en janvier dernier, il semblerait bien que certaines se « baladent » encore dans des sites connus ou inconnus.

Je me suis laissé dire que les démineurs de l’armée nationale djiboutienne, appuyés par la compagnie privée américaine Ronco, découvrent de nouvelles mines chaque mois. Autre exemple, et j’en atteste personnellement (1 ).

L’armée française avait un dépôt de munitions à Ladouda, site qui se trouve à quelques kilomètres du centre-ville de Djibouti. Ce dépôt était protégé par des mines antipersonnel.

Mais des inondations dans les années 80 et 90 ont déplacé ces engins hors du marquage de barbelés encadrant le champ de mines. Cela n’a tué que quelques pauvres bougres et autres chèvres et dromadaires. Pas de quoi fouetter un chat pour les autorités des deux pays.

Sauf que les Américains ont décidé de construire un camp à cet endroit, et qu’ils y ont trouvé des mines dès les premiers coups de pelleteuse.

La France a dépêché une mission d’évaluation du centre Minex de l’ESAG (2), en octobre dernier Ils ont évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce secteur.

Cette pollution pose de nombreux problèmes car les mines utilisées comportent une rondelle métallique de détectabilité amovible, d’où leur nom : Mine APDV59 (Mine Antipersonnel Détectable à Volonté, année de conception 1959). Or, des rondelles seules ont été retrouvées, donc des mines sont désormais indétectables. . . On ignore où en sont les opérations de déminage et de recherche de ces engins devenus indétectables – à moins de marcher dessus. Mais affirmer que Djibouti est le premier pays africain « mine free » paraît un peu précipité.

D’autant que selon d’autres sources, durant la guerre contre le Frud, l’armée djiboutienne aurait également disséminé des engins explosifs dans certaines zones qu’elle serait bien en peine de définir avec précision aujourd’hui. Là encore, des pauvres bougres et leurs troupeaux seront les futurs démineurs du premier pays africain « mine free » – AG

*

(1) Notre correspondant est conseiller technique en matière de lutte antimines.

(2) ESAG . École supérieure d’application du génie.


COMMENTAIRES

L’incompétence ne peut à elle seule expliquer que des zones entières des nos brousses demeurent de vastes champ de mines. La légèreté qui a conduit l’Etat-major djiboutien à ne garder aucune archive précise des lieux où ces mines antipersonnel ont été enterrées semble bien avoir la même motivation qui l’a poussé à autoriser le pillage des biens civils, ou encore à ne pas sanctionner massacres ou exactions à l’encontre des innocents.

C’est celle, irresponsable et contraire à l’unité nationale, qui consiste à ne pas considérer ces populations, leurs biens et leurs zones d’habitat comme partie intégrante de la République de Djibouti.

Par ailleurs, le rapport 2003 du Landmine Monitor nous apprend que  » l’échéance fixée par le Traité pour que Djibouti ait terminé la destruction de ses stocks était le 1er mars 2003. A la réunion du Comité Permanent du 6 février 2003, le représentant de Djibouti a pour la première fois fait rapport sur le plan de destruction des stocks de son pays. Il a indiqué que la destruction avait été planifiée initialement pour le début de 2003, mais qu’elle avait été différée à cause de la campagne électorale ». Surtout qu’elle a été spoliée de sa victoire, l’UAD aurait certainement accepté un report des élections si cela pouvait assurer la consolidation de la paix civile.

Devant un tel constat, de mise en danger de la vie d’autrui, un tel régime aurait normalement été puni par n’importe quel tribunal. Sauf que, en la circonstance, c’est uniquement au Peuple Djiboutien de s’ériger en tribunal populaire !

La Rédaction.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 108 du mercredi 13 octobre 2004

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Réalité numéro 108 du mercredi 13 octobre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La Somalie sur la bonne voie ?
  4. Lu pour vous
  5. Hommage
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 108

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


ÉDITORIAL

LE TEMPS EST VENU…

D’EN FINIR AVEC LA « PAONDEMIE » !

Comme la montagne accouche parfois d’une souris, surtout quand il s’agit de médiatiser le blabla officiel d’un régime fondé sur l’usurpation, le fameux discours du candidat officiel, donc vainqueur programmé d’une fraude institutionnalisée, aura tenu toutes ses promesses d’inconsistance, de démagogie et de mégalomanie. Difficile dans ces conditions d’accepter la monnaie de singe fournie en guise d’excuse par l’organe de presse gouvernemental La Nation dans ses lignes commises d’office : ce discours aurait été prononcé « sous le coup de l’émotion », l’encre tachée du journal faisant foi. Pour le reste, cette vacuité n’étonne personne.

Tout d’abord, la précipitation avec laquelle s’est tenu ce rassemblement anti-populaire, est diversement analysée selon la proximité que l’on croit détenir par rapport au pouvoir en place. Pour les tenants du régime, voulant battre le fer tant qu’il est chaud, ce serait pour profiter des présumées faiblesses d’une « opposition au faite de son désarroi » : le malheur des uns faisant certes le bonheur des autres, il n’en demeure pas moins vrai que, personnifier n’étant pas personnaliser, une perte aussi inestimable soit-elle n’entame en rien la détermination d’un véritable démocrate, bien au contraire ! C’est peut-être pour cela, qu’Allah faisant toujours bien les choses, certaines mains n’ont pas été serrées à l’occasion d’une cérémonie funéraire : l’hypocrisie doit avoir des limites.

Pour le citoyen ordinaire, priant nuit et jour afin que disparaisse ce régime et avec lui le premier responsable de cette catastrophe nationale, cette précipitation serait surtout due à la crainte qu’une certaine affaire pendante devant la justice française, et mettant en cause les sommets de l’État djiboutien, ne vienne à définitivement saper l’illusoire cohésion du groupuscule au pouvoir. Même si ce n’est pas aussi clinquant que les diamants de Bokassa, ni aussi sanguinolent que l’anthropophagie du feu dictateur de l’empire centrafricain, il fait aujourd’hui mal vivre dans l’Hexagone de côtoyer des assassins présumés. Donc, pour toute l’opposition démocratique, le dernier congrès du parti au pouvoir est un non-événement : une tempête dans un verre d’eau !

Cela dit, il convient de comprendre, par-delà les contraintes internes et externes sans aucune réalité sur les véritables enjeux nationaux, pesant sur tel candidat à sa propre succession, et sur sa cour d’obligés par conséquent, le ressort ultime de toute cette gesticulation qui n’a pas fini de faire couler toute l’encre officielle et déclencher toutes les salives hargneuses, partisanes et sectaires. Ajouté à la mise en scène d’un entraînement de la Garde présidentielle aux dernières techniques de combat (urbain ?), grâce à la généreuse coopération des forces françaises stationnées à Djibouti, ce positionnement sur une scène électorale frauduleuse, par définition comédie dans un pays où tant de citoyens cherchent encore désespérément de pièces d’identité nationale et quand tant d’autres se voient dépossédés de leur carte d’électeur, n’appelle pour le moment aucune réaction officielle de notre part.

Car le fin mot de ce brouhaha médiatique est tout simplement d’occuper un terrain d’avance miné : entre des forces de défense et de sécurité partisanes, une administration terrorisée qu’aucune centrale syndicale libre et indépendante ne peut défendre, et un Conseil constitutionnel d’un ridicule caricatural, le prétentieux d’un régime lui appartenant corps et âme peut facilement jouer au paon : le vernis tolérant et démocratique du pouvoir en place ( que peut légitimement laisser croire le seul fait de lire ces quelques lignes) cède lentement place à sa véritable nature intolérante et oppressive. Pour qui ne le savait pas déjà ! Quand tant de crimes d’État restent encore impunis, il est bien évident que l’instauration d’un État de droit en République de Djibouti passe inévitablement par la chute de ce régime : aucun compromis n’est donc possible. En attendant, le théâtre officiel, aux frais du contribuable, continuera de déployer son faste indécent. Plus pour longtemps !


BRÈVES NATIONALES

Les droits de la femme version RPP :

Au mépris des parturientes

« Le temps est venu d’assurer à la femme djiboutienne la place et le rôle prépondérants qui sont les siens dans la communauté nationale, en l’arrachant au doute, à la violence, à la moralité, à la marginalisation et à l’exclusion, afin de s’appuyer sur elles pour édifier les chemins de l’avenir. »

Ce court extrait du pompeux discours prononcé par le chef de l’État à l’occasion de sa « désignation » comme candidat lors du folklorique congrès du parti au pouvoir, tentant abusivement de faire croire que le gente féminine djiboutienne serait respectée sous nos cieux officiels. La réalité quotidiennement vécue par ces femmes dément catégoriquement cette propagande d’État.

Pendant que l’illustre candidat autoproclamé discourait du haut d’une tribune à sa cause acquise, sur la promotion des droits de la femme sous son gouvernement, l’actualité récente d’une situation vécue dans une zone rurale de Tadjourah démentait ses prétentions progressistes.

Ainsi, il y a quelques jours de cela, une parturiente, donc sur le point d’accoucher, dans le secteur de Garrassou, petit village de montagne à l’est de Randa, et dangereusement affaiblie, par une grossesse difficile, y a failli faire les frais de la mauvaise gouvernance assassine. La parturiente étant sur le point de mettre au monde, ses proches se sont rendus à Tadjourah afin de solliciter du dispensaire local une ambulance pour l’évacuer autrement qu’à dos de chameau.

Quelle ne fut leur surprise et leur déception quand les autorités médicales de ce district leur répondirent que ladite ambulance ne se déplacerait pour cette évacuation sanitaire que si et seulement si les demandeurs s’acquittaient des frais de carburant et consentaient également à financer l’achat de deux pneus neufs pour le véhicule. Avant, on ne demandait que l’argent pour le gasoil, plus l’achat du khat pour les ambulanciers !

Choquée, la famille de la parturiente en difficulté a préféré louer un véhicule privé. Arrivé sur les lieux, la dame avait tout de même réussi à accoucher, dans des conditions que chacun imagine délicates ; mais, étant miraculeusement en vie malgré de graves problèmes de santé.

Deux jours plus tard, elle fut évacuée sur un brancard de fortune jusqu’au campement d’Am’isso, situé en bordure de la piste Tadjourah-Randa, d’où elle a finalement été transportée vers le dispensaire de Tadjourah, s’y remettant péniblement de son calvaire. Dans un pays où un hélicoptère d’État est mobilisé pour le transport de khat en zone rurale au prétexte d’une sensibilisation partisane au profit du parti au pouvoir, ce énième mépris sonne comme une terrible négation au droit à la vie.

Où est donc le sens de responsabilité affiché par le candidat officiel du parti au pouvoir, prêt à rempiler pour parachever la destruction du pays ?

Tourisme politique au Day :

le khat ne nourrit pas !

Le parti au pouvoir, en campagne prématurée, n’en saisit pas la mesure : pour la population du village du Day, le pic de pollution politique a atteint le sommet du pic Deloncle. On se souvient que, dans cette région particulièrement affectée par le conflit, les électeurs avaient massivement sanctionné l’UMP et son chef de file lors des législatives de janvier 2003. Depuis cette date, pas une semaine ne passe sans que les missi dominici présidentiels n’y déversent leurs sempiternels lots de mensonges et autres ballots de khat.

Ainsi, on raconte ces derniers temps qu’un dignitaire zélé, au demeurant directeur d’un établissement public vache à lait patenté du régime, chercherait moyennant une généreuse distribution de khat, à amadouer les populations victimes du chômage pour cause de développement non durable, de l’insécurité perpétrée par la garde présidentielle affectée au khat présidentiel et de la précarité généralisée à l’échelle nationale.

Ce haut fonctionnaire en campagne pour quoi de droit pousserait même le culot jusqu’à recueillir les doléances de la population pour, paraît-il, les fidèlement et directement transmettre au grand chef. Comme si les visites du docteur honoris causa dans le coin n’avaient servi à rien : prétentieux !

Rappelons que l’illustre gentleman-farmer propriétaire du ranch agropastoral sis sur les lieux, est actuellement en train de bâtir dans ce village une « modeste » (comme dirait un journaliste alimentaire de Jeune Afrique/L’Intelligent) résidence secondaire dont le chantier est sévèrement gardé par des éléments de la fameuse garde présidentielle.

Par ailleurs, les usagers de la piste Randa-Day, impraticable sur un tronçon de quatre kilomètres depuis août 2003, remarquent avec amertume que les engins des Travaux Publics affectés à l’aménagement de la propriété présidentielle du Day sont ceux-là mêmes qui manquent cruellement à la réhabilitation de cette piste.

La coupure de cet axe routier les obligeant à un détour de plus de 80 kilomètres pour relier les deux localités. Quelle meilleure preuve du mépris présidentiel pour les difficiles conditions des populations rurales ! Unique pitance uniquement servie par ce régime alimentaire : le khat et le bakchich.

Enclavement médiatique :

Obock ne connaît pas « Le Progrès »

La vérité sort de la bouche des enfants : sommé de dire son mot, un militant RPP de la ville d’Obock convoqué au récent congrès du parti présidentiel, a résumé à sa façon le terrible enclavement imposé à sa région.

« C’est curieux, s’est-il demandé, nous sommes tellement isolés à Obock que les journaux gouvernementaux, La Nation et Le Progrès, ne nous parviennent pas, alors que Réalité, hebdomadaire de l’opposition, est disponible chaque semaine dans notre ville ».

Preuve que notre journal s’intéresse aux pénibles conditions de vie des populations isolées de tous les districts de l’Intérieur, contrairement aux médias de propagande du régime. Pour nous, Obock veut dire quelque chose, pas pour les pilleurs du régime ! Être RPP, quel calvaire pour la conscience.

Belgique et réfugiés djiboutiens :

Le régime fait fuir…

Désireux de comprendre le pourquoi de l’afflux aussi massif de réfugiés djiboutiens sur son territoire, le royaume de Belgique a envoyé la semaine dernière une de ses fonctionnaires aux fins de saisir en République de Djibouti ce qui peut bien pousser ses ressortissants à fuir leur pays. Dans le cadre de cette mission , Mme Katelinje Hermans, a séjourné quelques jours dans notre Capitale, soucieuse de recueillir les avis de tous les horizons : régime, opposition et société civile.

A ce titre, elle a tout d’abord pris contact avec des défenseurs des droits de l’homme dans le pays. Ensuite, elle a rencontré des responsables syndicaux licenciés en 1995 pour fait de grève, donc potentiellement candidats à l’exil, mais résistants de l’intérieur fidèles à leur engagement.

Sur ce, elle aurait reçu la visite impromptue des sbires de la police politique cherchant à la dissuader de prendre contact avec ces indésirables patentés.

Ayant eu carrément peur pour sa vie, parce que ne s’attendant pas à un tel comité d’accueil, elle a préféré décommander tous ses rendez-vous ultérieurs avec des représentants de l’opposition, dont elle a néanmoins rencontré un dirigeant du MRD.

Le régime ayant lui-même démontré sa nature totalitaire, une question se pose alors : est-il préférable pour l’opposition démocratique que ces forces vives exilées rentrent au pays pour lutter sur place contre un pouvoir qu’ils ont fui ? Certainement, même si le risque est réel de les voir subir une oppression à huis-clos dont la dénonciation n’aurait forcément pas la même valeur dans les rues de notre Capitale que si elle perturbait la quiétude bruxelloise. A chacun d’y répondre en son âme et conscience.

Bien sûr, la question ne se pose pas pour les familles de certains dignitaires cherchant dans l’exil doré une tranquillité qu’ils ne semblent pas prédire pour notre pays. La confiance règne.

Rwanda-Djibouti :

Une triste constance

On se souvient qu’il y a quelques mois, la Présidence djiboutienne, furieuse des derniers rebondissements de l’affaire Borrel, s’était fendue d’un communiqué virulent contre la France. L’accusation sans nuance la rendait responsable du génocide rwandais. Certes, la France, dans le cadre d’un accord de coopération militaire avec le régime tribaliste de Kigali, équipait et entraînait les forces régulières dévouées à la cause de Juvénal Habyarimana. Mais un régime sectaire préfère voir ce qui se passe loin de chez lui et occulter les scandales au fondement de sa pérennité.

Bis repetitas : le journal gouvernemental La Nation nous apprend que, dans un contexte de raidissement du régime, les forces françaises stationnées à Djibouti ont assuré l’entraînement des éléments de la garde présidentielle.

Or, ne serait-ce que par sa composition, ce n’est un secret pour personne que ladite garde présidentielle a toutes les caractéristiques d’une vulgaire milice tribale, pratiquement une force paramilitaire exclusivement chargée de la protection du chef de l’État, comme si la Police et l’AND n’inspiraient plus confiance en haut lieu.

Même si, là encore, la formation fournie par l’ancienne puissance coloniale s’inscrit dans le cadre des accords de coopération militaire, et considérant les risques d’instabilité que ce régime de division fait courir au pays, il n’en demeure pas moins vrai que ce soutien n’améliorera en rien l’image de marque de la France auprès de nos concitoyens.


LA SOMALIE

SUR LA BONNE VOIE ?

Le nouveau Président aura du pain sur la planche

Le colonel Abdillahi Youssouf, jusque là président du Puntland, est sorti vainqueur du scrutin présidentiel organisé dimanche dernier à Nairobi, face à 26 autres candidats, dont Abdilkassim Salat Hassan, poulain du pouvoir djiboutien et éliminé dès le premier tour. L’élection du nouvel homme fort somalien suscite un immense espoir dans le monde, les avis sont partagés dans la région.

La conférence de réconciliation somalienne, ouverte au Kenya il y a deux ans sous l’égide de l’IGAD semble avoir porté ses fruits. Les 275 députés du Parlement de transition ont désigné, à une large majorité, le colonel Abdillahi Youssouf, président de la région autonome du Puntland, comme le nouveau Président intérimaire de la Somalie.

Abdillahi Youssouf est loin d’être un inconnu dans la région. Dès 1978, il s’est opposé à Siad Barré en créant à partir de l’Éthiopie un mouvement armé connu sous le sigle SSDF (Front Démocratique du Salut Somalien).

A la chute du dictateur en 1991, il regagne son pays, mais n’arrive pas à s’imposer à la tête de la Somalie. Il restera jusqu’en 1997 un des chefs de guerre membre du Conseil National Somalien (NSC).

En 1998, il se replie sur sa zone d’influence traditionnelle et devient ainsi le président de la région autonome du Puntland. Homme à poigne, ce militaire de carrière dirige alors cette zone d’une main de fer et refuse d’y organiser des élections. Chassé du pouvoir en 2002, il n’hésite pas à le reprendre de force quelques mois plus tard, certes avec le concours de l’Éthiopie dont il reste un fidèle allié.

En 2001, comme plusieurs autres chefs de guerre renommés, il boude souverainement le processus de réconciliation intersomalien organisé à Arta sous l’égide du chef de l’État djiboutien. L’élection du nouveau Président de la Somalie, aujourd’hui âgé de 70 ans, semble rassurer la communauté internationale désireuse de durablement pacifier ce pays.

Le Secrétaire Général des Nations-Unies, M. Kofi Annan a d’ailleurs fait une déclaration dans laquelle il estime que cette élection constitue « une nouvelle étape importante vers le rétablissement de la paix et de stabilité en Somalie, et il attend la formation, dans un proche avenir, d’un gouvernement fédéral de transition capable d’entamer le processus de réconciliation et de reconstruction dans un esprit de consensus et de dialogue ».

Cette étape sur la voie de la reconstruction d’un État somalien unitaire, donc plus à même de neutraliser certains groupuscules rassure également la coalition engagée dans la lutte contre le terrorisme, qui suspecte Al Qaïda d’avoir des bases dans la sous-région. Hantise également d’un gouvernement éthiopien qui a maille à partir avec des mouvements séparatistes pouvant utiliser une Somalie anarchique comme base arrière. Mais ce choix est cependant loin de faire l’unanimité dans la corne de l’Afrique.

Le Somaliland tout d’abord, dont l’homme fut un voisin difficile en tant que président du Puntland, considère avec méfiance la montée en puissance d’un leader qui avait des visées territoriales affichées sur les provinces somalilandaises de Sool et Sanag, ainsi que sur la ville de Las Anod. D’ailleurs, dans son premier discours en sa qualité de Président fraîchement désigné, M. Abdillahi Youssouf aurait promis qu’il oeuvrerait à la restauration de l’intégrité territoriale de l’État anciennement connu sous l’appellation de République Démocratique de Somalie, ce qui implique bien évidemment à ses yeux le retour du Somaliland dans le giron de Mogadiscio.

C’est pourquoi, aussitôt les résultats proclamés, le gouvernement du Somaliland a tenu une réunion extraordinaire à l’issue de laquelle une déclaration officielle a été rendue publique par son ministère de l’Information.

Dans ce document, le Somaliland, fort d’une Constitution ratifiée par 97% de sa population, n’entend pas renouer avec un passé unitaire dont les stigmates d’une guerre civile sont encore vivaces.

Des tensions sont donc malheureusement à craindre à ce niveau entre les deux voisins, celui qui n’est pas reconnu sur la scène internationale étant de surcroît affaibli par le retour programmé de l’administration centrale somalienne dans le Puntland jusque-là plus ou moins autonome. A ce chapitre enfin, il sera intéressant de suivre la position du plus grand voisin, l’Ethiopie, qui entretient de bonnes relations avec les deux entités.

Car, avant même les Somaliens qui attendent des actes concrets du nouvel homme fort, cette élection a concrétisé la suprématie de la diplomatie éthiopienne dans la région, au grand dam des autorités djiboutiennes.

Celles-ci ne portent pas dans leur cœur le tombeur de leur protégé, Abdilkassim Salat, choisi à Arta en 2000 et digèrent difficilement la retentissante faillite du processus jadis imaginé par le « visionnaire national ».

C’est donc une certaine diplomatie djiboutienne, prétentieuse sans en avoir les moyens, projetant le plus souvent sur la scène régionale de sombres calculs de domination interne, qui est clairement sanctionnée.

Pour les affairistes du pouvoir djiboutien, c’est la fin d’un lobby militaro-commercial qu’ils cherchaient à établir à Mogadiscio, pour pouvoir profiter de la manne financière qu’une communauté internationale désireuse de participer à la reconstruction de la Somalie, était censée déverser.

Mais le plus grand chantier qui attend Abdillahi Youssouf se situe au plan intérieur. La pacification complète du pays requiert de moyens financiers colossaux.

Le désarmement de toutes les milices armées sera une tâche particulièrement ardue et il n’est pas acquis que les chefs de guerre s’assagissent si leurs appétits de pouvoir ne sont pas satisfaits comme ils y sont jusqu’à présent habitués.

Dans un pays où tout a été détruit, la mise en place d’une administration centrale ne sera pas chose facile. La lutte contre le tribalisme et l’esprit de clan est indéniablement un important défi que devra relever, pour inscrire sa fonction dans la durée, cet ancien officier de l’armée somalienne formé en Europe.

Rappelons qu’au cours du long conflit civil qu’a connu la Somalie tout a pratiquement été détruit et le nouveau pouvoir sera contraint de repartir de zéro. Ainsi, depuis 1991 des centaines de milliers de somaliens sont morts de violence, de famine et de maladies tandis que plusieurs dizaines de milliers ont pris le chemin de l’exil. L’élite nationale a massivement émigré en Europe, en Amérique et dans les pays arabes et africains. Il n’est donc pas certain que les forces vives retournent dans leur patrie avant bien longtemps. Pourtant ce pays est potentiellement riche. L’agriculture et la pêche constituent ses atouts majeurs avec l’élevage.

Du fait du conflit les Somaliens sont devenus une des populations les plus pauvres de la planète vivant avec un revenu national par habitant estimé à 110 dollars par an. En raison du chaos aucune donnée statistique fiable n’est disponible faute d’administration centrale.

Pour réussir dans sa mission de reconstruction nationale, le nouveau Président devra impérativement convaincre ses compatriotes qu’il est bien l’homme de la situation, capable d’œuvrer dans le sens d’un intérêt général qui a si dramatiquement fait défaut au Peuple somalien depuis si longtemps.

De ce contrat de confiance dépend essentiellement la suite des événements, afin que l’espoir suscité par cette élection ne soit pas déçu. C’est, en tout cas, le sentiment majoritairement partagé à Mogadiscio.

Et c’est une fois cette paix intérieure acquise, qu’il sera temps, si toutes les parties en décident ainsi, de rechercher les voies et moyens de parvenir à la réunification de la Somalie et du Somaliland. Car, à y bien réfléchir, seuls des ennemis de la Nation somalienne peuvent espérer qu’elle reste durablement divisée. Ce n’est pas notre position.

Mais du temps est nécessaire pour parvenir à la paix des cœurs et des esprits qu’impliquent de telles retrouvailles. C’est ce que nous leur souhaitons de tout cœur.


BON RAMADAN

A l’occasion du mois béni du Ramadan, l’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs meilleurs vœux à tous leurs concitoyens et aux musulmans du monde entier. Elles leur souhaitent de passer ce mois béni dans les meilleures conditions matérielles et spirituelles.


LU POUR VOUS

VU DE DOS

Avec la campagne qui s’ouvre, le citoyen courtisé pour la circonstance subira les assauts déchaînés d’une presse gouvernementale à laquelle s’adjoindront certainement d’éphémères publications ad hoc. La modestie ne sera pas la première caractéristique de ce déluge programmé : seul pharaon aura peut-être fait plus grand dans le culte de sa personne. A titre prophylactique, nous proposons cette semaine un autre regard sur le candidat de son propre pouvoir. Paru sur le site des Nouvelles d’Addis en décembre de l’année dernière, ce texte restitue « l’Homme » (comme aimait à se qualifier feu Causescu avant de finir dans les poubelles de l’Histoire) dans l’héritage de son oncle, dont il fut la tristement célèbre main de fer, et dans un contexte régional dont il n’a pas contribué à apaiser les convulsions. A l’heure donc de l’ouverture tambour battant d’une campagne qui est synonyme de perte de temps pour nos concitoyens, et au moment où la Somalie de Mogadiscio a désigné son Président intérimaire, ce portrait vaut le détour.

Géopolitique / Djibouti

Géopolitique de la corne d’Afrique : Le pouvoir d’Ismaël Omar Guelleh
« Au lieu de voir les Djiboutiens vivre en harmonie, aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs voisins, axe sur lequel la corne de l’Afrique évolue, le Président Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un statu quo complètement dépassé et anachronique. »

ABDOURAHMAN YASSIN

9 décembre 2003. – Le président de la république de Djibouti, M. Guelleh, est un homme empêtré dans la solitude du pouvoir, pour lequel il ne dispose pas de beaucoup de chances.

Le contexte dans lequel M. Guelleh a pu accéder au pouvoir est « infériorisé » par rapport à celui qu’a connu son prédécesseur M. Hassan Gouled. Plusieurs raisons fragilisent celui-ci par rapport à son tuteur.

Malgré la vision de grandeur que son «père » n’avait pas, M. Guelleh, avec l’habilité tactique et manœuvrière dont il dispose, reste un homme malchanceux. D’abord, il hérite d’une situation quasi chaotique où, sur le plan socio-économique, tout marche mal : forte récession, arriérés de salaires des fonctionnaires, administration en décadence totale, etc.

Ensuite, son règne coïncide avec le moment où une relative prospérité géopolitique dont Djibouti a pu bénéficier jusqu’ici vient de se tarir. La dualité entre ses deux grands voisins, la Somalie et l’Éthiopie, sur laquelle a tablé Djibouti depuis sa création, n’a plus raison d’être avec la disparition de l’État somalien.

Aujourd’hui, seule reste sur l’échiquier régional une Éthiopie démocratisée et moderne (comparée à Djibouti), face à laquelle le petit pays se trouve complètement démuni.

Devant les pressions de l’Éthiopie comme de la Somalie, M. Gouled avait la possibilité de recourir à l’un pour neutraliser les ambitions de l’autre. Ceci lui conférait une position suffisamment confortable, avec l’assurance d’une certaine marge de manœuvre.

Position tellement confortable que ça le conduisit, à deux reprises, à initier des missions de bons offices entres les deux belligérants, en 1986 et 1988.

La formule de la grenouille se faisant passer pour aussi grosse que le bœuf a bien marché ; au point d’aboutir à la création d’une organisation de regroupement régional (Igad), ayant pour siège Djibouti !

Au lendemain de la guerre de l’Ogaden où les deux régimes sortent affaiblis et meurtris, M. Guelleh, agissant sous l’ombre de Gouled, tisse avec ces derniers des accords secrets, dans lesquels Siyad Barré et Menguistu concèdent chacun une portion de leur territoire respectif : la partie septentrionale de la Somalie et l’Est éthiopien passent de facto, pour raisons de sécurité, sous protectorat Djiboutien.

Enfin, dans ce contexte, le premier dirigeant djiboutien a pu naviguer calmement en eaux troubles tout en bénéficiant des mannes financières aussi bien des pays du Golfe que de l’Occident, attachés qu’ils étaient tous à pérenniser un petit pays convoité de tous côtés.

Cette conjoncture, relativement favorable, a permis à Gouled d’usurper le pouvoir et toute la puissance publique, au profit d’un seul groupement clanique parmi les composantes nationales du pays, auparavant unies dans la lutte pour l’indépendance.

Sur le plan économique, certes la mise à disposition du pays, sous le contrôle des forces militaires internationales coalisées, après le 11 septembre, rapporte quelques bouffées d’oxygène au régime de Guelleh ; mais ça ne change fondamentalement pas la donne socio-économique.

Actuellement, avec la disparition de l’État somalien, est rompu l’équilibre qui faisait contrepoids à l’Éthiopie : le Président Guelleh se trouve devant la suprématie « éthiopienne » désirant naturellement remodeler la région en fonction de ses besoins stratégiques, bien qu’il dispose de beaucoup d’affinités biographiques et culturelles avec ce pays.

N’est-il pas né et n’a-t-il pas étudié à Diré-Daoua? M. Guelleh reste désarmé face à ce qu’il appelle le diktat éthiopien, destiné à le mettre dans une position de pure vassalité.

Conscient de ce danger le président djiboutien fait tout afin de rétablir l’équilibre régional et pourquoi pas, à terme, le contexte de belligérance. Rompu en essayant, vaille que vaille, de remodeler un État somalien disloqué et difficile à trouver ; ou bien, s’il le faut, prêt à s’allier avec « le diable», entre autres par la recherche d’une alliance auprès de l’Érythrée, devenu l’ennemi numéro un de l’Éthiopie.

Se prémunir contre une Éthiopie, à ses yeux hégémonique, devient la principale préoccupation de sa politique.

Ceci explique sa démarche, à peine élu : s’atteler à la tenue d’une conférence de réconciliation somalienne, assez coûteuse et conduire du même coup une politique d’hostilité déclarée vis-à-vis du Somaliland, pourtant situé à la porte de son domicile.

Avec la débâcle d’Abdoulkassim Hassan et de son « gouvernement », sortis tous deux des mains magiques de M. Guelleh, celui-ci persiste et signe ! Et va jusqu’à s’en prendre au Kenya, dernier pays organisateur des pseudos conférences somaliennes.

C’est à se demander, si cela ne constitue pas une véritable obsession ? Non !, loin de là. M. Guelleh est toujours en symbiose avec lui-même, fidèle à la poursuite d’une même politique : celle de voir pérenniser une domination clanique, devenue par la suite tribale, au détriment de l’émergence d’une véritable identité nationale djiboutienne.

Or, la perte du fameux équilibre régional, avec dislocation de la Somalie et l’émergence à sa place une nouvelle entité, le Somaliland, pourtant inoffensif et non reconnu internationalement, constitue pour M. Guelleh un danger qui met en cause les « acquis ».

Certes, le Somaliland n’est pas particulièrement hostile au régime de Djibouti, mais celui-ci lui prête une intention de vouloir, à terme, du fait de son influence grandissante, donner un « coup de main » à plusieurs composantes nationales dont on a usurpé la place sur l’échiquier politique local.

Au lieu de voir les Djiboutiens vivre en harmonie, aussi bien avec eux-mêmes qu’avec leurs voisins, axe sur lequel la corne de l’Afrique évolue, le Président Guelleh demeure obnubilé par le maintien d’un statu quo complètement dépassé et anachronique.

Son hostilité épidermique envers l’Éthiopie, et plus encore à l’égard du Somaliland avec lequel pourtant les citoyens djiboutiens partagent beaucoup de biens, s’explique aisément : cette nouvelle république risque à terme de bouleverser l’équilibre des forces politico-ethniques établies et héritées du processus de décolonisation.

Le Président Guelleh ne voudrait en aucun cas se faire passer, aux yeux de son prédécesseur toujours à l’affût et devant l’histoire, comme un fossoyeur de la suprématie clanique sur Djibouti.

Sur ce point, rendons hommage à monsieur Guelleh dans sa tentative de vouloir perpétrer l’héritage.

S’il s’en sort à merveille, du moins reste-t-il vulnérable dans la mesure où il navigue à contre-courant. – AY


HOMMAGE

L’HOMME ENGAGÉ S’EST ÉTEINT

MAIS LA LUTTE DEMEURE

Par souci de ne pas donner l’impression de vivre dans le passé, nous avions décidé de ne plus publier aucun hommage. Mais ce courrier de lecteur, qu’il nous a fallu traduire de l’arabe, nous a interpellé, par respect pour le militantisme de ses rédacteurs.

Une maxime anglo-saxonne nous éclaire par ces mots « Il ne faut pas échanger ton honneur contre la fortune, ni ta liberté pour le pouvoir ». L’engagé d’envergure, le regretté Ahmed Dini Ahmed, a fait sienne cette maxime comme sa devise, sa version et son point de repère. Depuis sa prime jeunesse datant d’une soixantaine d’années, il s’est donné comme principe clair en faisant don de sa vie à son pays, à ses compagnons, à sa nation. Cette vision l’a poussé pour lutter un jour pour l’indépendance de notre pays. Nous savons que sans la volonté d’Allah et sans sa farouche détermination, celle-ci aurait été repoussée aux calendes grecques ou irréalisable à jamais. Le peuple djiboutien, sans distinction aucune, reconnaissent que ses compagnons de lutte d’antan étaient eux aussi élancés dans les quatre coins du monde pour y porter notre désir d’indépendance. Cette passion l’empêchait de connaître le sommeil des gens ordinaires. Cela mérite de vivre pour sa patrie alors que d’autres excellaient, sans irruption jusqu’à cette date, dans l’art de s’enrichir à l’encontre de leur pays.

Qu’il est paradoxal, que le fossé est profond entre celui qui profite de son pays et l’homme qui meurt jusqu’à son dernier souffle pour sortir son pays du joug colonial. L’homme intelligent et l’homme de la rue reconnaissent ensemble que le citoyen et son pays ne peuvent être que les deux faces d’une même pièce. C’est pour le bien-être de chaque citoyen djiboutien, quelle que soit sa tribu, que le regretté Dini a passé des nuits difficiles en prison. C’est pour le même intérêt de ce citoyen qu’il a été emprisonné dans les geôles de sa ville natale à Obock après l’indépendance. C’est aussi pour le souci de ce citoyen opprimé qu’il rejoint la rébellion, c’est toujours dans la détermination de tirer ce citoyen de la souffrance qu’il était amené à vivre loin de sa famille dans l’exil. Soulager ce citoyen de la souffrance a été l’unique raison qui a motivé son retour au bercail et sa signature de l’Accord-cadre.

C’est pour cette même cause qu’il a proclamé solennellement à toute la nation que la partie gouvernementale n’a pas respecté ses engagements. Cet amour du citoyen l’a poussé à créer un parti accepté dans un court laps de temps, par des grandes personnalités et aussi toute la foule djiboutienne sans distinctions tribales ni régionales. L’intérêt de ce même citoyen l’a amené, en accord avec d’autres, à fusionner toutes les aspirations d’une sorte de confédération en une alliance puissante qui a remporté avec éclat la victoire confisquée lors des dernières élections législatives. C’est aussi, pour le souci de ce citoyen que cet homme sublime dans ses aspirations, sublime dans sa foi, dans ses valeurs, dans sa vie et sa mort, sublime auprès des siens et envers ses ennemis. C’est de cette façon qu’il a préféré mener sa vie au nom du citoyen quels que soient les obstacles et quel que soit le prix à payer.

Il croyait sans relâche à la Liberté. C’est pour cette raison qu’il a offert son honneur lorsque certains hommes s’échangeaient à bas prix au marché de la foire, sous la criée des vendeurs d’hommes au vu et su de toute la nation. Cette vente à la foire n’a épargné qu’une poignée d’hommes avec à leurs têtes Ahmed Dini. Celui-là même qui avait épousé à jamais cette maxime citée en première ligne « il ne faut pas échanger ton honneur contre la fortune, et ta liberté contre le pouvoir». Il est donc de notre devoir à nous autres, après sa disparition, de proclamer haut et fort qu’il a été un martyr dans un monde de courtisans sans scrupules et qu’il était un martyr dans un monde où l’honneur s’échange contre le pouvoir. Le peuple djiboutien, dans sa conscience collective retiendra profondément en lui ses qualités pour la transmettre aux générations futures afin qu’elles sachent dans le futur que cette nation a eu des hommes illustres.

Mais la haine qui anime ce système d’oppression a refusé de déclarer le jour de son décès un jour de Deuil National. Qu’allait-il lui coûter de placer en berne le drapeau pour trois jours ? Ont-ils oublié qu’il a été le premier homme a proclamé par sa voix l’Indépendance ? Ils ont préféré oublier que l’indépendance a été le fruit de sa lutte. Que diront les générations futures en lisant le passé de cet homme, quand ils sauront qu’il a été le fondement de cette indépendance et que ces hommes au pouvoir ne lui ont pas rendu justice le jour de sa mort ?

Il était un homme dynamique, un homme d’action dans ce temps où la rareté des hommes politiques de cette envergure est criante. Le peuple djiboutien croit fermement qu’il faisait partie des martyrs qui meurent pour le bien-être de ses concitoyens. Ils sont convaincus qu’il sera l’éternel vivant dans la conscience de chaque citoyen, dans l’esprit des générations futures et dans chaque maison. C’est aussi une science pour toute génération, c’est une éducation pour une lutte sans relâche. C’est un mouvement vers l’avant et sans recul. Il y a des morts-vivants sur terre, alors qu’il est vivant dans sa tombe tant qu’il existera sur terre un opprimé et un oppresseur, un peuple sous un dictateur, un droit confisqué et un ayant-droit exigeant. Et nous suivrons sa voie et la lutte continuera !

Des militants sincères et convaincus.

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 107 du mercredi 6 octobre 2004

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Réalité numéro 107 du mercredi 6 octobre 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Jeune Afrique/L’Inintelligent
  4. Mises au point
  5. Une Éducation à deux vitesses
  6. Syndicalisme : Djibouti encore condamné
  7. Lu pour vous
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 108

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UNE ALERTE A LA BOMBE :

ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS

Une simple photo de la BCI-MR (sous la rubrique l’œil d’Abou, sous-titrée 30 septembre 2004 : pour la BCI, ce fut le jour le plus long) : c’est tout ce que le journal gouvernemental La Nation, du lundi 4 octobre 2004, a daigné proposer à ses lecteurs en guise de couverture d’un événement qui, c’est le moins qu’on puisse dire, sortait pourtant de l’ordinaire. Pensez donc, en ce jeudi 30 septembre 2004 au matin, notre pays a connu la première alerte à la bombe de son histoire : l’inédit aurait mérité plus ample information. A défaut d’expliquer, contentons-nous de commenter.

Les faits d’abord. Vers 9h 30, le standard de la BCI reçoit un appel téléphonique anonyme prévenant que des bombes, sur le point d’exploser, auraient été déposées dans ses locaux. Tous les employés des commerces situés alentour, y compris les siens, sont évacués par leurs directions et tout ce beau monde se regroupe sur la place Lagarde. Plus de trente minutes après, les premiers éléments de la Police arrivent, ensuite appuyés par les forces françaises, et sécurisent le périmètre, avant d’entamer la procédure de déminage.

Mais, curieusement, aucune ambulance n’est visible, ni d’ailleurs aucun véhicule des pompiers : mettre ces graves lacunes constatées, sur le seul compte de la mauvaise gouvernance, serait faire injure à toutes les bonnes volontés, sincèrement courageuses, ce jour-là mobilisées.

Car, la présence aussi folklorique qu’incongrue du Procureur de la République sur les lieux (alors qu’attendu sous d’autres cieux dans le cadre d’un procès à propos duquel La Nation lui a offert une pleine page avant-hier), ajoutée à l’historique chargée de la violence politique en République de Djibouti, remarquable par l’impunité des terroristes et le mépris des victimes, tout cela a logiquement conduit l’homme de la rue à voir dans cette alerte à la bombe, au mieux l’œuvre d’un déséquilibré, au pire une manœuvre des services de sécurité du régime lui-même. Sonder les motivations d’un candidat à l’asile d’aliénés ne relevant pas de notre compétence, interrogeons-nous sur la plausibilité d’une piste officielle.

Premier background à charge : le régime djiboutien est notoirement connu sur la scène internationale pour furieusement pratiquer la violence institutionnelle, celle par laquelle l’abus de pouvoir et le déni des droits fondamentaux se fondent sur la violation ordinaire de textes de loi ne servant uniquement que de parures démocratiques ; la politisation de la Justice le démontre de façon si caricaturale.

Second background à charge : beaucoup de civils, innocents par définition, sont ici tombés sous les balles ou les tortures du régime. Parfois à titre communautaire, mais aussi à titre individuel. Pas seulement des citoyens djiboutiens : qui peut oublier la grâce présidentielle accordée au meurtrier des scientifiques allemands et à celui, pourtant en cavale, d’un enfant français ? Alors que tant d’anciens gendarmes, policiers et soldats sont encore punis pour avoir refusé de trucider les leurs lors du conflit civil. A cette humanité douteuse, vient aujourd’hui s’ajouter le terrorisme virtuel.

Actualité suspecte : cette alerte à la bombe, les locales victimes imaginées passant par pertes et profits, visait un intérêt financier français le jour même où un symbole de l’État djiboutien devait comparaître en France, sous l’accusation de subornation de témoin dans un procès intenté par une veuve cherchant à élucider les circonstances dans lesquelles son époux de mari a trouvé la mort sur notre sol. Heureusement, ce ne fut qu’une fausse alerte : si victime il y avait eu, djiboutienne ou étrangère, cela nous aurait traumatisé bien plus que l’atteinte portée aux intérêts français ici, tout comme l’affaire Borrel nous intéresse bien moins que nos urgences nationales. Qui de droit serait bien inspiré de ne pas l’oublier : tout le monde est fatigué des manœuvres de diversion.


Brèves nationales

Insalubrité quotidienne :

Les égouts d’Arhiba dégoûtent

Dans la matinée du samedi 2 octobre 2004, de nouveaux affrontements ont failli opposer les forces de l’ordre aux jeunes en colère du quartier défavorisé d’Arhiba. Excédés par l’insalubrité grandissante et dangereuse de leur cité, principalement causée par la démission des pouvoirs publics, ces jeunes ont bruyamment tenté d’interrompre la circulation sur la route d’Arta. Les forces de l’ordre, immédiatement arrivées sur les lieux, ont alors maladroitement tenté de réprimer ce mouvement d’humeur, avant de s’essayer à la conciliation et l’apaisement.

Devant par l’ampleur de la colère, les autorités ont finalement accepté de pomper les eaux nauséabondes déversées par les égouts. Rappelons que des solutions analogues ont déjà été arrachées par le passé, sans que la durable insalubrité de ce quartier délaissé parmi d’autres ne soit vraiment combattue.

Tant qu’une véritable politique d’assainissement des zones insalubres n’aura pas été sérieusement mise en place en faveur de tous les quartiers insalubres de la Capitale, des protestations similaires sont à craindre dans tous les secteurs concernés. Il est temps, mais tout juste temps, de se pencher sur la question. Demain, il sera trop tard.

C’est d’ailleurs ce qu’une délégation des Jeunes d’Arhiba a tenu à expliquer au chef du district de Djibouti qui, dès le lendemain, a bien voulu la recevoir. Mais le problème est loin de se situer à son niveau.

Les militaires militent-ils au RPP?

L’ARD victime des vandales à Yoboki

L’implantation efficace de l’ARD dans le Sud-Ouest dérange au plus haut point les responsables de ce régime en déroute partout dans le pays. On se souvient qu’au lendemain de la folklorique visite présidentielle à Yoboki en octobre 2003, la direction de l’ARD avait opérée une percée remarquée dans l’arrière-pays de Dikhil, en consolidant l’implantation de notre parti dans cette région. Dans une réaction de fureur et d’impuissance, le régime avait alors endommagé le tableau de l’annexe ARD de Yoboki, qui fut immédiatement remplacé quelques jours plus tard.

En cette rentrée politique, constatant définitivement l’inefficacité de ses tentatives de récupération des populations oubliées du Sud-Ouest, le régime a opté pour l’intimidation, en agressant nos militants du secteur de Yoboki. Il a ainsi fait illégalement arrêter le vice-président de notre annexe dans ce village et détruire le tableau du siège de notre parti.

C’était le 16 septembre dernier, sur ordre d’on ne sait qui, des militaires zélés ont fait irruption dans le local de notre parti qu’ils ont saccagé et ont procédé àl’arrestation abusive du vice-président de notre annexe.

Devant les protestations unanimes de la population de Yoboki et des autorités policières, présentes sur les lieux, notre compagnon a été libéré, mais le fonctionnement légal et régulier de notre parti reste arbitrairement entravé.

Aussi, l’ARD a décidé de réagir à cette provocation éhontée en élevant dans une première étape une vigoureuse protestation auprès des autorités compétentes. En attendant que celles-ci se prononcent officiellement sur d’éventuelles mesures à prendre à l’encontre des vandales impliqués dans ces tentatives d’intimidation vouées à l’échec, l’ARD met le régime solennellement en garde contre ces agissements qui n’augurent rien de bon pour la paix civile.

Que gagnerait le régime à empêcher la libre expression d’un mouvement d’opposition légalement constitué et prônant l’alternance démocratique et la réconciliation nationale ? Ces pratiques dignes des pires pyromanes ne risquent que de contribuer à l’embrasement des cœurs et des esprits dans une région dont les civils ont beaucoup souffert du conflit.

L’ARD prend à témoin le Peuple Djiboutien sur les dangers que fait courir ce pouvoir irresponsable à la paix, à la démocratie et à la réconciliation nationale dans notre pays.

Nomadisme international :

De l’Amérique aux Caraïbes ?

Cela faisait plus de deux semaines que le Chef d’État était absent de son pays, où décidément, il n’a rien à faire. Au prétexte de prendre part aux travaux de l’assemblée générale des Nations Unies ouverte à la mi-septembre, notre globe-trotter national en a profité depuis pour parcourir le continent américain, de New-York, à Washington et Miami, en passant par les Bahamas et Cuba. Qu’y cherche-t-il ? Certainement pas les intérêts du Peuple Djiboutien ! D’ailleurs, le corps diplomatique africain accrédité à La Havane a été généreusement mis à sa disposition pour y entendre l’urgence d’une mobilisation au bénéfice de la réconciliation somalienne.

Bravant les cyclones de cette région, le Boeing présidentiel n’aurait pas cessé de surfer entre les aéroports et les cocotiers. Aux dernières nouvelles, le timonier national était en visite chez le Lider Maximo, aux fins dit-on d’établir et de renforcer la coopération avec le régime castriste, ennemi intime des États-Unis d’Amérique depuis plus de quarante ans.

La rencontre entre les deux barbus isolés sur les plans intérieur et extérieur ne débouchera certainement pas, l’on s’en doute, sur la consolidation de la démocratie, réclamée à cor et à cri par les peuples djiboutien et cubain.

Rentrée universitaire 2004-2005 :

Les travaux du Pôle n’avancent pas

La rentrée universitaire djiboutienne s’annonce sous de sombres auspices. Outre le manque de locaux, principalement dû aux retards pris par les travaux d’extension du Pôle universitaire sur le domaine de l’ancien camp Barkat Siraj, les nouveaux étudiants djiboutiens se plaignent d’avoir été entravés dans leur démarches pour poursuivre leurs études en France, en raison des tracasseries imposées par les services consulaires français à Djibouti.

Entre impossibilité de voyager pour ceux qui en ont les moyens, et difficultés techniques à étudier sur place pour tous les autres, l’avenir des étudiants djiboutiens s’assombrit de jour en jour. Et le régime ne semble pas s’inquiéter outre mesure des diplômes de la future élite nationale, se contentant peut-être d’un quelconque titre de docteur honoris causa. A quoi bon décrocher le baccalauréat si l’on n’a pas la possibilité de suivre des études supérieures ? Que faire d’un diplôme universitaire qui n’ouvre la voie à aucune possibilité d’emploi ?

Plus simplement : que signifie l’Education nationale dans un pays dirigé par un tel régime insouciant ?

Paix civile et sécurité :

Curieuse nomadisation policière.

Selon les ruraux habitant les environs de Randa, un détachement de la police de Tadjourah dirigé par un capitaine tristement célébre nomadiserait ces derniers temps près d’Ilayssa et de Dat-hugub. Pour les populations de ce secteur qui restent encore traumatisées par les exactions des troupes gouvernementales durant le conflit, cette proximité gênante d’hommes lourdement armés n’a rien de rassurant, bien au contraire.

C’est parce que nous les comprenons que nous nous faisons l’écho de leurs craintes. Cette nomadisation nocturne et guerrière est injustifiée. Surtout, elle porte gravement atteinte à l’indispensable paix civile que nos concitoyens, spécialement dans les zones affectées par le conflit, étaient en droit d’attendre d’un accord de paix.

Désenclavement d’Obock :

A partir d’avril 2005 ?

Cette semaine, nous apprenons que le régime s’est finalement penché sur le désenclavement routier du Nord. Cynisme politique et approche d’échéances électorales, le ministère des Finances aurait paraphé un accord de financement avec le Fonds Koweitien pour la construction de la future route reliant Tadjourah à Obock. Le début de ces importants travaux censés désenclaver la première Capitale du pays serait prévu pour le mois d’avril 2005. Réalité avait déjà relevé à plusieurs reprises que le financement pour le bitumage de cette voie de communication était acquis depuis plus de trois ans et que le régime voulait faire coïncider le lancement des travaux avec la campagne présidentielle.

Quel mépris pour les populations du district d’Obock, soumis aux caprices d’un seul homme ! Quel mépris pour une région dont le développement est freiné par de basses considérations politiciennes !

Mauvaise gouvernance :

Les familles des gendarmes manifestent.

La mauvaise gouvernance assombrit la vie quotidienne de tous les citoyens civils comme militaires. Ses dangereuses tentacules commencent à étouffer la société djiboutienne dans son ensemble. Ainsi, lundi dernier plusieurs dizaines de membres des familles de gendarmes entassées dans des logements insalubres du boulevard de Gaule ont bruyamment manifesté leur colère en tentant de bloquer la circulation sur cette artère très fréquentée. A l’aide de pneus et matelas enflammés ces protestataires ont allumé un immense bûcher que les pompiers arrivés sur les lieux ont réussi à rapidement éteindre.

A travers cette action spectaculaire, les familles des gendarmes vivant dans des conditions difficiles cherchaient à protester contre les coupures d’électricité qui leur auraient été imposées. Sur quelle force occulte compte ce régime de non droit pour gouverner encore au mépris des aspirations du peuple Djiboutien ?

Service National Adapté:

Aveu d’incapacité des FAD

Depuis l’institution du fameux service national adapté, nouvelle trouvaille censée résoudre le chômage des jeunes, «Réalité» avait régulièrement dénoncé cette démagogique entreprise du régime que constitue l’embrigadement de centaines de jeunes djiboutiens auxquels on promet une insertion professionnelle à l’issue d’une formation diplomante dispensée par les forces armées djiboutiennes.

Un an après le lancement de cette opération électoraliste, les FAD viennent implicitement de reconnaître leur incompétence en ce domaine en sous-traitant des centres de formation professionnelle appartenant à l’Eglise chrétienne et aux FFDJ. Ainsi, «La Nation» daté du 30 septembre 2004 relate-elle copieusement l’accord de parrainage signé entre les FFDJ et les FAD relatif à l’accueil d’une cinquantaine de jeunes djiboutiens mobilisés au titre du SNA dans les bases militaires françaises de Djibouti, en stage pour une période de deux mois, mais sans garantie d’emploi à la sortie.

Or, se félicitant de cet accord de coopération entre une armée nationale sous équipée et incompétente et l’armée de l’ancienne puissance coloniale présente à Djibouti, le journal gouvernemental conclut sans ambages: «le SNA est un message d’espoir pour tous les jeunes djiboutiens, il leur donne l’opportunité de devenir acteur à part entière de la vie sociale et économique de leur pays». C.Q.F.D..


Jeune Afrique/L’Inintelligent

LA MAUVAISE FOI JOURNALISTIQUE

AU SERVICE DE LA PROPAGANDE DICTATORIALE


A la rescousse d’un régime ne voulant rater aucune occasion de se mettre en valeur, l’hebdomadaire Jeune Afrique/L’Intelligent, a offert en ligne un article qui, après du décès de M. Ahmed Dini, procède en fait à une réécriture de l’Histoire et à une mystification du présent. En voici le texte, dont nous avons indiqué chaque contrevérité, méritant d’être relevée, par un chiffre qui renvoie à une mise au point en page 5.


Ahmed Dini Ahmed

L’ancien Premier ministre djiboutien est décédé le 12 septembre.

Ahmed Dini Ahmed, grande figure de la vie politique djiboutienne, éphémère Premier ministre durant les six premiers mois de l’indépendance du pays, en 1977, est décédé le 12 septembre à l’hôpital militaire français de Djibouti. Cette disparition est un coup dur pour l’opposition, dont le défunt fut un leader charismatique, à la veille d’une échéance importante (1) : l’élection présidentielle, prévue en avril 2005.

Ahmed Dini Ahmed, afar, est né en 1932 dans la région du mont Mabla, dans le nord du pays. Après une formation de technicien de la santé, il s’engage en politique à l’âge de 26 ans. Une année plus tard, en 1959, il devient vice-président du Conseil de gouvernement de la Côte française des Somalis, la plus haute autorité institutionnelle locale. Il occupe cette fonction quelques mois avant de briguer un mandat de député territorial.

Durant les années 1960, Ahmed Dini occupe plusieurs postes au sein du Conseil de gouvernement. Le tournant de sa carrière politique intervient en 1973 quand, en compagnie de Hassan Gouled Aptidon, un Issa, il lance la Ligue populaire africaine (LPA), mouvement qui prend, deux années après sa création, une option indépendantiste. Dini et Aptidon deviennent ainsi les deux pères fondateurs de la nation djiboutienne.

En 1977, l’indépendance est proclamée dans ce qui était devenu le territoire français des Afars et des Issas. La présidence de la toute nouvelle République est confiée à Aptidon qui nomme, en juin 1977, Ahmed Dini Premier ministre( 2). Mais le parcours commun des deux hommes tourne court. Aptidon concentre tous les pouvoirs, rognant sans limites sur les prérogatives de son compagnon de lutte. Dini, qui n’est pas homme à se taire, tente de contenir la boulimie de pouvoir d’Aptidon. Au bout de six mois, il rend le tablier en dénonçant la mainmise de la communauté issa (3), une des deux grandes composantes ethniques, sur la vie institutionnelle du pays, au détriment des Afars.

Djibouti vit alors à l’ère du parti unique. Dini se retire à Tadjourah, capitale des Afars (4), mais ne dispose

d’aucune tribune politique pour exprimer ses points de vue. À la fin des années 1980, le mouvement contestataire afar prend la forme d’un Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (Frud). Ahmed Dini rejoint, en 1990, cette organisation, qui se transforme en rébellion armée, puis en prend la tête en 1992 (5).

La guerre civile est une catastrophe pour Djibouti, qui voit tous ses efforts de lutte pour le développement ruinés (6). Aptidon charge son chef de cabinet, Ismaïl Omar Guelleh, de négocier avec les rebelles. Des pourparlers sont engagés et aboutissent à un accord de paix. Le Frud rejoint la coalition au pouvoir, mais pas Dini, qui conteste les clauses de l’accord (7).

Désormais, le Frud se scinde en deux, Dini prenant la tête de la tendance qui maintient l’option de la lutte armée (8). En 1999, Aptidon s’éclipse de la scène politique, et Ismaïl Omar Guelleh lui succède à l’issue d’un scrutin pluraliste. Ahmed Dini, toujours en rébellion, n’entre pas dans la course à la succession d’Aptidon.

L’opposition présente un candidat unique, dénué de tout charisme (9), une véritable bénédiction pour Guelleh. Ce dernier, arrivé aux affaires, ne désespère pas d’obtenir un cessez-le-feu total avec le Frud d’Ahmed Dini. Il confie à Mohamed Dileita, alors ambassadeur de Djibouti à Addis-Abeba, aujourd’hui Premier ministre, de négocier directement avec Dini (10), qui est exilé à Paris.

Des accords de paix sont signés dans la capitale française, le 12 mai 2001 (11). Dini retourne à Djibouti (10) et crée un parti, l’Union pour l’alternance démocratique (12). En septembre 2002, il affronte le suffrage universel lors des premières législatives pluralistes de l’histoire du pays (13). Nouvel échec (14) ; mais sa participation donne du souffle à la vie politique djiboutienne.

La prochaine présidentielle promettait un débat passionnant entre le vieux routier de la lutte pour l’indépendance et un président sortant dont le bilan est loin d’être négatif (15).

Mais le destin en a décidé autrement. Une longue maladie a fini par emporter Ahmed Dini, à qui le pays tout entier a rendu un vibrant hommage.

Chérif Ouazani


Mises au point

Devant une telle concentration de contrevérités, il nous a semblé utile, au moins pour le lecteur peu au courant de notre situation nationale et lisant cet hebdomadaire aux quatre coins de l’Afrique, de rétablir une vérité connue de tous nos compatriotes.


(1) Personne ne lui a jamais dit que ladite opposition comptait participer à ce scrutin, ni a fortiori désigner M. Ahmed Dini comme son candidat.

(2) Le journaliste oublie de préciser qu’en sa qualité de premier Président de la nouvelle Assemblée Nationale, M. Ahmed Dini a proclamé cette Indépendance. Honneur dû à la reconnaissance de son rôle déterminant dans la lutte anticoloniale : c’est à cela que l’on reconnaît un véritable « Père » de la Nation

(3) M. Ahmed Dini n’a jamais dénoncé une quelconque mainmise de toute une composante de la communauté nationale sur le destin de notre pays. tout juste a-t-il dénoncé les prétentions hégémoniques d’une minuscule classe politique qui cherchait à donner une dimension tribale à une vulgaire lutte pour le monopole aux richesses nationales détournées au profit des appétits personnels.

(4) Personne ne sait où se situe cette hypothétique « capitale » des Afars ! C’est une notion qui n’existe ni dans le cadre de leur société traditionnelle, ni encore moins au niveau des États dans lesquels ils s’insèrent et dont ils ont toujours respecté les limites territoriales. Ahmed Dini s’était retiré à Obock.

(5) Erreur historique suspecte pour quelqu’un qui ose se présenter comme un spécialiste de Djibouti au sein de la Rédaction de cet hebdomadaire : c’est en 1991 que le FRUD, mouvement politico-militaire, est né avec des actions de guérilla dès le mois de novembre et c’est à partir de cette date que M. Ahmed Dini, chassé de sa ville d’Obock désertée par tous les habitants fuyant les exactions des troupes gouvernementales, a rejoint les zones sous contrôle du FRUD dont la direction l’a alors chargé de l’aspect diplomatique. C’est suite à de graves dissensions internes, et devant le désistement de certains pressentis, qu’il a été nommé en août 1992 à la présidence de ce mouvement.

(6) L’auteur cherche ici à occulter le fait que, si tensions interethniques il y a eu dès décembre 1977, aboutissant aux rixes intercommunautaires de mai 1990 et au conflit civil de décembre 1991, c’est parce que les fruits de ce développement économique étaient inégalement distribués, instituant une citoyenneté à deux vitesses qui perdure encore aujourd’hui.

(7) Avec son oncle, il était plutôt chargé de saboter une réelle et constructive tentative de paix, sous l’égide de l’OUA et dont le chef de file, côté régime, était le Directeur de cabinet de la Présidence à l’époque. Quant au contenu et à l’application dudit accord de paix négocié par le neveu du dictateur, chacun a pu en mesurer l’inconsistance, malgré la bonne volonté de certains acteurs qui, des deux côtés, espéraient réellement que cela constituerait la première étape d’un règlement durable du conflit. Le sort du second accord de paix le démontre clairement a posteriori.

(8) Cela a été la position soutenue par l’ensemble des congressistes du FRUD qui, en septembre 1994, sous la direction de M. Mohamed Adoyta, ont dénoncé le coup d’état du sergent Ougouré et de ses acolytes ayant préféré diviser le mouvement en pactisant avec l’ennemi pour se contenter de simples strapontins personnels, faisant fi de tous les sacrifices consentis par la population djiboutienne.

(9) Jugement de valeur dont seul est capable un esprit partisan et surtout ignorant du rôle historique joué par M. Moussa Ahmed Idriss depuis les années 60. Pour preuve : ce n’est pas par hasard si l’ensemble de l’opposition politique l’a désigné comme son candidat unique. Lorsque M. Moussa Ahmed Idriss s’est engagé dans la vie politique du pays, le commanditaire présumé de ce journaliste, aujourd’hui chef de l’État était encore à Diré-Dawa, citoyen de l’empire éthiopien.

(10) Ignorance ou hagiographie ? Le chef de la partie gouvernementale chargée de négocier à Paris, de ce fait cosignataire de l’accord du 7 février 2000, était M. Ali Guelleh Aboubaker, Chef de cabinet de la Présidence !

(11) C’est au Palais du Peuple à Djibouti qu’a été signé l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001 ! Quant à M. Ahmed Dini, c’est dès mars 2000 qu’il a regagné le pays pour y conduire les négociations ayant conduit à cet accord.

(12) L’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) n’est pas une création de M. Ahmed Dini : c’est une coalition de quatre partis politiques (l’Alliance Républicaine pour le Développement, l’Union pour la Démocratie et la Justice, le Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Parti Djiboutien pour le Développement) coalisés dans le cadre de leur participation au scrutin législatif du 10 janvier 2003.

(13) C’est en janvier 2003 que les élections législatives, issues de l’instauration d’un pluralisme intégral instauré par l’accord de paix du 12 mai 2001, se sont déroulées.

(14) Pour ce qui est du prétendu échec, les flagrantes et massives fraudes dont le régime s’est rendu coupable sont consignées dans des documents officiels. A tel point qu’en l’état actuel des choses, les partis d’opposition ne voient pas la nécessité de participer à toute consultation électorale, comme ils l’ont signifié au chef de l’État depuis longtemps.

(15) Toute cette mystification pour en arriver là : la seule dégradation des conditions de vie de nos concitoyens et la baisse sensible de leur niveau de vie auraient au moins pu inciter ce journaliste à un peu de pudeur quant aux réussites de l’actuel régime.

LA RÉDACTION.

POST-SCRIPTUM

A lire de telles contrevérités où le tendancieux le dispute à l’ignorance, chacun ne peut qu’accorder crédit à la rumeur persistante selon laquelle le régime djiboutien aurait depuis longtemps mis à la disposition des journalistes de Jeune Afrique/L’Intelligent en publi-reportage, une luxueuse villa dans le quartier résidentiel de la Capitale.

Quant à nous, il est de notre devoir de rappeler le rôle négatif joué dans le déclenchement du conflit par un reportage, véritable incitation à la haine intercommunautaire, publié en 1990 par cet organe de presse international.

LA RÉDACTION.



Une Éducation à deux vitesses


La rentrée scolaire vient de s’achever. Plusieurs dizaines de milliers d’élèves ont repris avec émotion le chemin de l’école, dont quelques milliers pour la première fois. Cependant, l’euphorie de la rentrée masque d’énormes déceptions et difficultés auxquelles sont confrontés beaucoup de parents d’élèves dont les enfants sont chaque année jetés à la vie active dans des proportions de plus en plus inquiétantes.


Exclus du cursus scolaire sans aucun espoir d’une solution qui puisse leur accorder un minimum de chance pour pouvoir se recycler, ils sont le plus souvent destinés à gonfler la cohorte des oisifs hantant les rues, avec par conséquent une forte probabilité d’augmenter la délinquance urbaine, faute de trouver un travail pour prétendre vivre dignement.

Ils sont les victimes d’un système éducatif qui demeure malgré lui insidieusement sélectif. Certes, les parents d’élèves ont leur part de responsabilité dans cet échec : à les voir dépenser autant d’argent et de temps dans la consommation quotidienne de khat, on comprend aisément que les pouvoirs publics délaissent à leur niveau des enfants dans la réussite scolaire desquels les parents semblent si peu s’investir. La régression du revenu des ménages depuis quelques années affecte davantage la scolarité de ces enfants dont la cherté des frais d’incription décourage bon nombre de parents.

Cette rentrée a aussi été perturbée par la non-application de la circulaire datant de l’année dernière et obligeant les parents à inscrire leur progéniture dans l’école la plus proche de leur domicile, d’où des dépenses supplémentaires occasionnées par le transport des élèves.

Après cela, il est compréhensible que cet échec devienne dès le départ programmé, d’une part faute d’infrastructures et de structures d’accueil très insuffisantes, d’autre part d’un manque crucial d’enseignants qualifiés, dont le nombre reste limité en plus d’une situation professionnelle et des conditions de travail souvent déplorables. Ce qui est loin d’être un atout qui aurait peut-être pu contrebalancer un tant soit peu la défaillance matérielle.

Pour cause de mauvaise gouvernance, beaucoup de parents se plaignent même de ce que les fournitures scolaires offertes cette année par les Etats-Unis d’Amérique n’auraient pas été équitablement distribuées.

Lors des fameuses assises des Etats Généraux de l’Education Nationale, que l’actuel ministre avait lancées en grande pompe en 1999, les enseignants avaient bien identifié déjà tous les problèmes et bien d’autres encore. Mais, ces résolutions, qui étaient certes ambitieuses, sont restées lettre morte. L’ambition proclamée de « L’Ecole pour Tous » que

prône depuis ce ministère, à l’instar de certains pays africains tels que le Sénégal, semble être un slogan vide. Prévu pour être effectif à l’horizon 2005, ce projet n’a jamais démarré, même si l’on veut nous faire croire que sa réalisation serait achevée cette année, gagnant même douze mois sur les prévisions (dixit un officiel du PNUD cité par La Nation), pour donner un quelconque crédit à la thèse officielle à cet égard. Et pour cause, la réalité sur le terrain est on ne peut plus alarmante.

Quant à la situation de l’arrière-pays, notamment dans les districts d’Obock et de Tadjourah, le taux de scolarisation a plutôt tendance à y régresser dangereusement. Dans presque toutes les écoles rurales du district d’Obock, depuis le déclenchement du conflit civil en 1991, aucun élève n’a été admis au collège.

Certaines de ces écoles, qui fonctionnaient normalement au temps colonial, ont été abusivement fermées au moment de l’Indépendance par les nouvelles autorités du pays. Pire encore, depuis plusieurs années, n’y sont invariablement assurées que les classes de CI au CE, sans que curieusement les élèves n’y puissent atteindre le niveau du cours moyen.

Incapacité des élèves de ces régions à dépasser le niveau élémentaire ? Ou entrave délibérée faite à la scolarité normale de ces enfants ? D’autant que pour la majorité de ces enfants, l’école étant inaccessible, traiter de la sorte les quelques chanceux parvenant à s’inscrire trahit l’existence éhontée d’une politique d’exclusion scolaire frappant une partie de la population nationale.

Une politique discriminatoire que l’inspecteur du premier degré de Tadjourah exécute avec tellement de zèle en entravant, tant à Tadjourah-ville qu’à l’intérieur de la région, les procédures d’inscription des élèves, par des mesures draconiennes qui n’existent nulle part ailleurs, décourageant ainsi les parents de scolariser leurs progénitures.

Des parents d’élèves indignés auxquels s’est joint le corps enseignant n’ont pu, par leurs protestations, endiguer cette dérive autoritaire tant cet inspecteur serait protégé au plus haut niveau de son ministère.

Est-ce cela la politique de « L’Ecole pour Tous » ? C’est bien la preuve qu’il existe dans notre pays une Education à deux vitesses.


Syndicalisme : Djibouti encore condamné

Le 4ème Congrès mondial de l’Internationale de l’Education (I.E) s’est déroulé du 18 au 26 juillet 2004 à Porto Alegre au Brésil. L’I.E est la principale organisation mondiale regroupant les syndicats enseignants de 161 pays, 315 organisations qui représentent plus de 26 millions d’adhérents (es). Le SEP et le SYNESED, représentant respectivement les enseignants djiboutiens du premier et du second degré et tous deux affiliés à l’UDT à l’échelle nationale et à l’I.E au niveau international.

C’est à ce titre, que ces deux syndicats ont été représentés à ce Congrès. Selon le Délégué M. Souleiman Ahmed Mohamed, ex-Secrétaire Général du Synesed et Secrétaire Général Adjoint de l’UDT de Djibouti, à Porto Alegre : « notre pays fait figure de brebis galeuse au sein des nations en raison des violations répétées des libertés fondamentales en général et syndicales en particulier. Les discussions relatives à notre pays à ce congrès étaient en total décalage avec les thèmes traités. On se rend compte, dit-il, à quel point un pouvoir liberticide et anachronique nous place honteusement à la traîne du monde en terme de développement social et même de développement tout court. La résolution condamnant la République de Djibouti a été votée à l’unanimité».

Le thème principal du Congrès était l’Education pour le progrès global avec comme sous-thèmes : 1) Education : service public ou marché, 2) le droit d’enseigner : Le droit d’apprendre et 3) Recrutement d’enseignants qualifiés et leur maintien dans la profession.

Le Président Lula à la tribune

du 4ème congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation


Résolution politique de l’Internationale de l’Éducation

RÉSOLUTION CONDAMNANT LE GOUVERNEMENT DE DJIBOUTI

Le 4e Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation, réuni à Porto Alegre Brésil, du 22 au 26 juillet 2004:

Considérant que:

1. La quasi totalité des dirigeants syndicaux des centrales et des organisations enseignantes sont licenciés en raison des activités syndicales entreprises entre 1995 et 1997.

2. La plupart d’entre eux ont connu une répression policière sévère, des arrestations répétées et des emprisonnements pour les mêmes raisons; les leaders actuellement en activité sont persécutés dans leur travail.

3. A chaque rencontre internationale, le gouvernement « accrédite » et oppose aux organisations légitimes des syndicats-maison lui servant d’alibi.

4. Le gouvernement ne respecte pas ses engagements lors des missions de conciliation entreprises par des organismes internationaux tel que le Bureau international du travail (BIT).

5. Le gouvernement refuse tout dialogue direct et toute reconnaissance des syndicats libres et indépendants dans le pays.

6. Cette attitude du gouvernement constitue le véritable obstacle au développement d’un syndicalisme authentique, source de progrès social, et retarde d’autant l’avancement d’une culture démocratique dans le pays.

Le quatrième Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation

1. Condamne le gouvernement de Djibouti pour les violations répétées des conventions de l’OIT (87 et 98) relatives à l’exercice des libertés syndicales et de la charte des Nations Unies sur les Droits de l’Homme.

2. Exige du gouvernement:

• De procéder sans délai à la réintégration professionnelle avec les droits pertinents de tous les syndicalistes (enseignants et autres), sanctionnés pour leurs activités syndicales;

• De mettre fin aux entraves à la liberté syndicale en reconnaissant et respectant les syndicats libres et indépendants démocratiquement constitués et affiliés aux organisations internationales telles que la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et l’Internationale de l’Éducation;

• D’ouvrir avec ces syndicats des négociations visant à parvenir à une normalisation de la situation syndicale dans le pays.


Lu pour vous

ÉROSION, DÉTRITUS, POLLUTION …

LA SOMALIE, POUBELLE DE L’EUROPE

COURRIER INTERNATIONAL N° 714 DU 8 AU 14 JUILLET 2004

CORRIERE DELLA SERA

Milan


Guerres des clans, balkanisation, multiplications des Chefs de guerre, massacres d’innocents, parcellisation de Mogadisho, trafics d’armes et de drogue, des exilés partout dans le monde : on connaît cette litanie des drames somaliens consécutifs à la chute du Général Mohamed Siad Barré en 1991. Depuis, les conférences de réconciliation se suivent et semblent plutôt renforcer les belligérants armés pour la succession du dictateur déchu dans un pays en ruine. Celle qui se tient depuis quelques mois à Nairobi ne semble pas offrir, elle non plus dans l’immédiat, les perspectives d’une paix véritable pour ce peuple frère. Reprenant un article paru dans la presse italienne, «Courrier International» attire l’attention sur un aspect méconnu, mais porteur de tous le dangers : l’absence d’État et l’incapacité de la communauté internationale à remédier à ce vide, profitent pourtant à certains. La Somalie est aujourd’hui devenue un véritable dépotoir où des multinationales viennent se débarrasser de produits, toxiques et peut-être même nucléaires.


Des containers suspects s’ensablent régulièrement sur la côte somalienne, provoquant maladies et comportements bizarres chez les animaux marins. L’ONU s’est inquiétée des dangers de cette pollution d’origine chimique et peut-être radioactive.

Le container est ensablé non loin de là, sur une plage brûlée par le soleil de la Somalie centrale. Personne ne veut s’en approcher et nous avons du mal à décider les gens, épouvantés, à nous accompagner pour que nous puissions le voir, le toucher et le prendre en photo.

« Il est dangereux, il contient des produits toxiques. Ceux qui habitent par ici ont eu des malaises », explique Abdullahi Aboukar, un pêcheur vivant à Igo, minuscule village du bord de la mer, à 350 kilomètres de Mogadiscio. Il finit par se laisser convaincre et nous montre le chemin.

La citerne cylindrique de 6,40 m de long et d’un peu plus de 2 mètres de diamètre se trouve à quelques kilomètres de là. Le sel et l’action mécanique des vagues menacent de corroder le container déjà rouillé.

Il est actuellement à 6- 7 mètres du rivage; mais, lorsque la marée monte, l’eau l’encercle et parfois l’emporte au large. « Mais il ne s’éloigne pas. Il vogue pendant quelques heures, il se déplace de quelques dizaines de mètres; puis il s’ensable de nouveau sur la plage, au bord de l’eau, là où les vagues se brisent », explique Abdullahi.

La couche la plus superficielle des containers, en métal et hermétique, tend à disparaître et s’effrite dès qu’on la touche.

Personne ne sait ce que contient cet objet étrange, mais, selon les mises en garde du PNUE (Programme des Nations unies pour l’Environnement), il pourrait renfermer des déchets toxiques, peut-être même radioactifs, en provenance d’Europe et jetés à la mer.

Depuis longtemps déjà, la Somalie fait partie des destinations où il est possible de se débarrasser de déchets nocifs. Le pays connaît un état de guerre civile permanente depuis la fin de l’année 1990 ; il est entre les mains de bandes armées qui ne cessent de s’entre-tuer et qui contrôlent certaines parties plus ou moins grandes du territoire. Il est difficile de se déplacer dans le pays car on risque constamment d’être attaqué.

Abdi Nur, le directeur adjoint de la coopérative de pêcheurs de Maregh, un village situé à 15 kilomètres au nord d’Igo, nous décrit les symptômes qu’il a constatés chez certains animaux marins : « Nous avons relevé de

nombreux cas de cécité. Il est parfois possible de pêcher avec les mains : les poissons ne bougent pas.. Ils ne fuient pas. Quant aux tortues, elles sortent déposer leurs oeufs sur le sable, mais ensuite, au lieu de retourner à l’eau, elles avancent toujours plus loin sur la terre ferme. »

LE TRAFIC DES DÉCHETS AUX MAINS DU CRIME ORGANISÉ

Hussein Mohamud Ossobleh est le chef du district d’El Dehere, un village perdu dans la brousse somalienne, entouré d’oasis et de puits, à une quinzaine de kilomètres de la mer. Maregh est sous sa juridiction. « Nous avons envoyé de nombreux massages à la communauté internationale, à l’ONU et à l’Union européenne. Mais personne ne semble se soucier de nous et de la catastrophe qui guette nos côtes et menace toute la région. Il y a quelques mois, raconte Ossobleh, visiblement inquiet, des nomades ont trouvé un énorme bidon à Ragah Elle, un village près d’Adalé, à quelques kilomètres de la côte. Ils ont réussi à enterrer avec l’aide de la population locale. Maintenant, à cet endroit, le terrain se soulève comme si le cylindre et son contenu mortel étaient en train de gonfler.»

Impossible de dialoguer avec les gens du PNUE, dont le quartier général est à Nairobi : les commentaires sont brefs et du genre : ne savons rien, nous mènerons l’enquête tard. Impossible d’obtenir un rendez-vous ou document.

Mais un fonctionnaire de Genève, qui a insisté pour garder l’anonymat, commente : « Nous savons très bien que le trafic est désormais entre les mains du crime organisé. Dans les pays occidentaux, l’élimination des déchets coûte 250 dollars la tonne; en Somalie, il ne coûte que 2,5 dollars. Il n’est pas difficile d’imaginer les profits considérables que génère ce trafic. Nous savons que des bateaux naviguent au large des côtes extrêmement poissonneuses de l’Afrique et déchargent tout et n’importe quoi. Les containers qui s’ensablent sur la côte ne sont qu’une infime partie des caisses qui gisent au fond de la mer.

C’est surtout là qu’est le danger. Et il ne s’agit pas seulement de substances chimiques toxiques, mais également de déchets radioactifs, provenant de centrales nucléaires, et de déchets plus banals, issus de produits hospitaliers. Lorsque les containers et les citernes usés et rongés par l’érosion, déverseront leur contenu mortel dans la mer somalienne, ce sera la catastrophe. »

Massimo A. Alberizzi


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