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Réalité numéro 94 du mercredi 28 avril 2004

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Réalité numéro 94 du mercredi 28 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération en eaux troubles
  4. Renforcement des luttes populaires
  5. Aide extérieure, bonne gouvernance et anti terrorisme
  6. Les tribulations du Premier ministre
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 94

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

QUAND LE CHEF INSULTE :

LE CRACHAT ET LA POMME DE NEWTON

Arafat terroriste ! Dini opportuniste ! Par-delà les latitudes, les religions et les idéologies, il y a une invariance fondamentale dans la façon dont les régimes violeurs d’accords de paix cherchent à discréditer l’autre partie signataire. Ainsi, c’est avec un réel écœurement que les lecteurs du journal gouvernemental « La Nation» ont pu lire jeudi dernier un éditorial anonyme s’en prenant d’une manière très insultante à M. Dini. Ce n’est pas nouveau. L’excès des propos n’échappant à personne, il faut en rechercher l’origine ailleurs que dans l’imagination débridée d’un journaliste. La presse publique étant ce qu’elle est à Djibouti, et la même plume trempée dans le vitriol partisan se retrouvant dans l’organe de presse du parti présidentiel, c’est le Chef de l’Etat et lui seul qu’il convient de rendre responsable de propos outranciers dont la principale contribution est d’encanailler une vie politique djiboutienne déjà bien mal en point.

En effet, l’impunité dont nous savons que ces invectives bénéficieront n’en démontre que plus l’implication du sommet de l’Etat, se trouvant de surcroît être président du conseil supérieur de la magistrature. Mettre fin à ce régime, c’est plus que jamais notre objectif, puisqu’il œuvre aussi ouvertement contre les intérêts d’une Nation Djiboutienne éprise de paix et n’aspirant qu’à la réconciliation, au développement et à la démocratie. Donc, insulter est devenu une pratique courante pour ce régime : tous ses opposants ont, un jour ou l’autre, eu droit à ce traitement de choc : Ismael Guedi, le Général Meidal, Daher Ahmed Farah, etc… Pourquoi ?

Il y a tout d’abord une certaine prédisposition personnelle à insulter l’adversaire, que l’on retrouve chez tous ceux qui n’ont pas la stature suffisante pour n’exister que par leurs réalisations. Celui dont la trajectoire n’est pas assez glorieuse est fatalement enclin à déprécier celle de son rival : insulter un des pères de l’Indépendance djiboutienne s’impose à celui qui n’a jamais contribué à cette lutte d’émancipation, n’en déplaise aux biographes officiels qui s’étalent en vain dans un coûteux et pompeux agenda présidentiel.

En second lieu, répondre par l’impolitesse à des arguments sérieux est une manière de justement ôter tout sérieux aux propos de l’adversaire ou, à tout le moins, de montrer que son sérieux ne saurait en aucune façon être pris au sérieux par celui qui a le monopole de dire n’importe quoi dans les médias officiels. Enfin, et plus gravement, autoriser sa presse à proférer des insultes contre tous les opposants, c’est la preuve la plus atroce qu’il n’y a aucune démocratie à Djibouti : aucun journaliste n’oserait diffamer s’il n’était pas certain d’être protégé par le commanditaire de ses écrits. Autant il peut revendiquer la bêtise d’une argumentation spécieuse, autant il lui faut un solide bouclier pour sa production d’invectives partisanes.

Comme la corruption est généralisée parce qu’elle est impunie en haut lieu, le régime demande à ses plumes de diffamer parce qu’il leur garantit l’impunité. Que le plus haut responsable de l’Etat rabaisse sa presse officielle à de telles extrémités montre, autant que sa propre vulnérabilité à la critique sérieuse, le peu d’ambition qu’il nourrit pour la démocratie djiboutienne dont l’épanouissement, avec l’élévation de la conscience politique que cela implique, ne peut que sonner le glas de son régime basé sur le blabla, la concussion et les apparences factices.

Mais nul ne s’y trompe, et la dernière campagne électorale l’a pourtant amplement démontré : il est suicidaire pour le Chef de l’Etat d’inciter ou d’autoriser sa presse à insulter ses opposants en général et M. Dini singulièrement. Car ce dernier évolue, par sa probité jamais démentie et son espoir de fonder une Nation Djiboutienne pour laquelle il a tant sacrifié avant et après l’Indépendance, dans une sphère nettement au-dessus de la sienne. Or, si Newton vivait aujourd’hui à Djibouti, et considérant que l’insulte est toujours la marque d’une infériorité, c’est sur cette métaphore qu’il aurait fondé toute sa théorie de la gravitation : le crachat retombe toujours sur le visage de celui qui veut salir quelqu’un de plus haut placé que soi, du point de vue de la vertu, du sharaf. Le drame, c’est qu’il est difficile de respecter un dirigeant qui se ridiculise par l’insulte d’autrui.

Arafat est rendu responsable d’une seconde Intifada du désespoir qui le dépasse parce qu’elle puise son origine et ses martyrs dans le refus sioniste de respecter une paix pour la conclusion de laquelle il a obtenu, avec Rabin, le prix Nobel. Ce n’est certainement pas en l’insultant que la presse du Chef de l’Etat renforcera l’indéniable rôle pacificateur qu’elle prétend dénier à M. Dini.


Brèves nationales

L’UAD et l’affaire Borrel :

Et pourtant, il y a un cadavre !

C’est fou comme l’affaire Borrel rend le régime djiboutien extrêmement nerveux : même Kagamé a été moins virulent contre la France qu’il accusait pourtant d’avoir au moins passivement assisté au génocide de 1994. Nervosité vraiment suspecte. La constance et la cohérence étant les dernières vertus dont le RPP fait preuve, on apprend donc dans sa presse haineuse, aussitôt ses insultes proférées, qu’il s’agissait pratiquement d’un malentendu de toutes pièces fomenté par l’UAD en général et M. Dini en particulier : l’affaire Borrel ne serait qu’un avatar de la vie politique djiboutienne.

Rappelons juste qu’au moment des faits, de la mort du juge français, M. Dini se trouvait très loin du Goubet. Par contre, tout le monde sait qu’il y a un cadavre et que, selon les dernières expertises menées, les circonstances de la mort renvoient immanquablement à un assassinat.

Tout ce que demande l’opposition, c’est que la justice fasse son travail, que l’âme du mort trouve enfin repos et que sa famille puisse entamer son travail de deuil en toute sérénité. Mais, s’il nous est permis de donner, gratis pro deo, quelques conseils aux protagonistes de cette affaire, ce seraient les suivants : que le régime djiboutien se calme en abandonnant sa fixation aussi suspecte qu’indéfendable sur la thèse du suicide et que la partie civile s’intéresse un peu plus aux réseaux mafieux installés à Djibouti, dans lesquels elle croit reconnaître les assassins du juge.

Pour le reste, il y a des morts et des victimes djiboutiennes qui nous préoccupent beaucoup plus que ce drame.

Critiquer ou insulter ?

Mettre en garde ou menacer ?

Pour tout régime mal assuré de sa légitimité, pour cause de fraude et de mauvaise gouvernance, les critiques que l’opposition veut constructives sont perçues comme des insultes, tandis que ses mises en garde contre les risques que les méthodes despotiques font courir à la stabilité intérieure sont lues comme autant de menaces. Selon cette logique, à l’instar d’une bête sauvage acculée dans ses derniers retranchements, le régime perd son sang-froid et tombe dans un travers qui lui est malheureusement coutumier, surtout depuis quelques années : la diffamation et l’insulte.

Ainsi, dans un éditorial que nul n’a eu le courage de signer mais dont la provenance ne trompe personne, paru dans le journal gouvernemental « La Nation » de jeudi dernier, il est prêté des propos aussi mensongers que méprisables à M. Dini. Connaissant les limites du système judiciaire djiboutien, nous ne ne daignons même pas porter plainte : c’est parce que l’impunité leur est assurée que certains délits sont si souvent commis.

Pourquoi cette nouvelle charge diffamatoire contre un responsable de l’opposition ? Accessoirement pour permettre au régime de se défouler à peu de frais en évacuant l’énorme frustration née de la mise en quarantaine dans laquelle l’écrasante majorité du Peuple djiboutien a placée la Présidence suite à son communiqué irresponsable. Principalement pour inventer un répondant aux propos va-t-en guerre, révisionnistes et «tribalisants» tenus en 1993 par l’actuel Chef de l’Etat, que la propagande cherche aujourd’hui à présenter comme un inlassable gardien et garant de la Paix.

Malheureusement, la vérité est incontournable : s’il a bien eu l’opportunisme de saisir la main tendue par le Président Dini pour trouver un règlement négocié au conflit, chacun garde en mémoire les propos extrémistes que le successeur de Gouled tenait peu après son élection. Ainsi, à Ghislaine Dupont, qui l’interviewait sur les ondes de RFI, il répondait avec plein de suffisance et peu de conciliation : « pas de négociation avec le FRUD. M. Dini avait misé sur la communauté afar. Or, elle vient de le désavouer.» Les prisonniers du FRUD ? « Il n’y a aucun prisonnier politique à Gabode : ce ne sont que des criminels ». Sans jugement lui rappelle toutefois la journaliste.

Prétendre après cela avoir initié la paix de 2000, c’est croire que le Peuple souffre d’une profonde amnésie, mais le Peuple n’oublie rien !

Solidarité présidentielle :

Fausse sympathie et réelle indifférence

Si le Chef de l’Etat a quand même tenu à manifester une certaine solidarité en rencontrant quelques familles sinistrées à l’intérieur d’un camp militaire sécurisé, cette sympathie envers les victimes fut de courte durée. En effet, nos compatriotes effarés ont appris que, suite à la publication d’un communiqué présidentiel virulent à l’encontre de la France, les autorités djiboutiennes auraient également sommé les FFDJ (Forces Françaises stationnées à Djibouti), de suspendre leur assistance aux sinistrés, pendant que ces dernières assuraient, entres autres corvées, le ravitaillement en eau potable au bénéfice des habitants assoiffés de Balbala.

Curieuse manière de soulager la détresse de la population en mettant fin aux opérations humanitaires d’une armée étrangère, pour une raison uniquement judiciaire, au mépris des véritables besoins des sinistrés. Pour l’heure, l’incontestable solidarité présidentielle se limite à la généreuse distribution de khat dans toutes les localités visitées par le grand chef. Est-ce dans le cadre de la lutte contre la pauvreté ? Il faut bien commencer par quelque chose quand on est à ce point soucieux du bien-être de ses concitoyens.

Quoi qu’il en soit, il nous a paru opportun, au moment où le Chef du district de Djibouti et président du comité ORSEC annonce l’ouverture d’un compte bancaire à la BCI, et destiné à recueillir des fonds pour aider les sinistrés, de lancer un appel pressant au Chef de l’Etat, principal bailleur de fonds national, pour qu’il crédite généreusement ce compte.

Après avoir financé les projets d’adduction d’eau du Day et d’Ali-Sabieh, le « numéro un djiboutien » nous semble le mieux nanti pour aider financièrement les victimes des eaux dévastatrices de l’oued d’Ambouli : ce n’est que de cette manière, nous semble-t-il, qu’il pourra démontrer sa solidarité agissante à l’égard de ses concitoyens sinistrés. Tout le reste n’est que blabla.

Droits de l’homme :

Amnesty d’aujourd’hui et amnésie d’hier

Incapable d’apporter le moindre démenti au rapport 2003 du Département d’Etat américain relatif à la situation calamiteuse des droits de l’homme dans notre pays, voilà que le brûlot gouvernemental « La Nation » ose appeler au secours du régime la crédibilité d’une vénérable organisation qui a souvent consacré des pages noires à la violation des droits de l’homme dans notre pays.

Ainsi, au détour d’un éditorial ad hominem à l’encontre du Président Dini, on peut lire dans son édition de jeudi dernier, que Amnesty International, organisation humanitaire internationale basée à Londres aurait « sollicité le parrainage du gouvernement djiboutien dans sa campagne mondiale contre la peine de mort ».

Et le griot gouvernemental de rappeler que la peine capitale n’a jamais été appliquée dans notre pays. Que dire alors des centaines de victimes civiles des exécutions extrajudiciaires ou tombées sous la torture ? Se seraient-elles suicidées, à l’instar d’un juge français ?

Pour notre part, rappelons seulement que sous l’actuel mandat présidentiel, des civils et des handicapés ont été froidement exécutés sans autre forme de procès par des militaires, et sans que les auteurs de ces crimes n’aient été punis. L’impunité assurée aux criminels d’Etat est une dangereuse constante de ce régime liberticide. Rien ne l’empêche donc de désapprouver la peine de mort ailleurs, quand il a les moyens de l’appliquer chez lui autrement et sur des innocents : Adouani a bien été libéré!

Intellectuels et Progrès «cides » :

Cécité, surdité et mutité

Sérieusement mis à mal par la réaction responsable de l’UAD à travers son communiqué de presse du 19 avril dernier, le malheureux pamphlet du RPP pris au dépourvu n’a rien trouvé de mieux que de fabriquer, comme à son habitude, de prétendues réactions lorsqu’il lui fut intimé l’ordre de répondre. Ainsi, ce journal spécialisé dans la propagande, a-t-il crû bon de faire réagir en signe de solidarité avec le régime malmené, des soi-disant intellectuels djiboutiens, imaginaires bien sûr.

A en croire ce texte insipide à l’encre délébile et sur papier recyclé, un Collectif d’Intellectuels Djiboutiens (CID) jusque-là inconnu aurait réagi dans les colonnes de ce journal en condamnant l’opposition, tout en renouvelant son soutien au pouvoir. Après avoir lu ces inepties attribuées à l’occulte CID, un de nos sympathisants s’est écrié : « à moi conte, deux mots ! En garde jeunes patriotes ! »

Mais quand les maux ont pour noms surdité, mutité et cécité, que faire, comme disait Lénine ?

Secours aux sinistrés :

Mauvaise gouvernance = mauvaise assistance

Depuis les inondations catastrophiques du mardi noir, les médias officiels tentent désespérément de mettre en première ligne l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) dans les opérations humanitaires. Si nous n’avons aucune raison particulière ou partisane de douter de la compassion des privilégiées membres de cette organisation féminine à défaut d’être féministe, force est de regretter qu’on la fait passer avant les organismes officiels mandatés pour ce genre d’assistance.

En effet, le citoyen sinistré ne comprend pas la mise en avant d’une organisation partisane et ne disposant d’aucun moyen logistique reconnue pour remplir le vide laissé par tous les comités nationaux et autres ONG traditionnellement sollicités. L’approche d’importantes échéances électorales ne suffit pas à justifier l’implication exagérée et médiatisée à outrance d’une association féminine gouvernementale traditionnellement cantonnée à la propagande militante.

Achat de riz :

Sans rire !

Selon le journal gouvernemental « La Nation », que certains lecteurs appellent « La Ration », le gouvernement djiboutien aurait encore bénéficié d’une aide financière japonaise d’un montant de 150 millions de yens (environ 230 millions FD). Elle serait destinée, paraît-il, à l’achat de riz. Scandalisés par cette nouvelle, des milliers de Djiboutiens sinistrés et n’ayant pas vu l’ombre d’un sac de riz indien sur les 24500 entreposés depuis plusieurs mois dans la Zone Franche et en ville, rient jaune en maudissant ce régime corrompu et prédateur. A quelle sauce sera mangé ce futur riz, quand on sait que la Présidence a déjà constitué un trésor de guerre électoral pour acheter les consciences ?

« Il est de notre devoir d’aller vers les plus démunis», s’exclamait le Premier ministre le jour de l’Aïd-el-Kébir. Pour le moment, les dignitaires de ce régime alimentaire vont vers les plus démunis munis de bakchich et de khat : à qui réservent-ils le riz destiné au peuple ?

Gestion des deniers publics :

L’opacité endémique

Toute honte bue, l’agenda gouvernemental dénommé « La Nation » revient dans son édition de lundi dernier sur les travaux de l’Assemblée Nationale délabrée où les mal-élus seraient en pleine cogitation depuis quelques jours. Sous la plume de ce confrère fatigué, nous apprenons dépités : « Enfin, les députés ont constaté que depuis sa création (en 2000, NDLR), la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire n’a présenté aucun rapport de ses activités annuelles. Le Ministre de la Justice étant le seul ministre interpellé a fourni les réponses satisfaisantes aux questions des députés ». Lesquelles ? Toujours selon cette source, ce jour-là, « le thème débattu portait sur la stabilité politique, l’Etat de droit et la bonne gouvernance ».

Edifiant !


Coopération en eaux troubles

ETAT DES LIEUX !

Pressés de convertir en retombées financières l’intérêt que portent à notre pays l’OTAN et singulièrement les Etats-Unis, les dirigeants du RPP multiplient mensonges et courbettes. Peine perdue ! Compte tenu des conditions imposées par les donateurs au déblocage de l’aide et à la lumière du rapport d’activité du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération pour l’exercice 2003, examinons l’impact de l’aide multilatérale comme bilatérale (nature, volume, affectation) sur le développement économique et social de Djibouti.


Dans une interview accordée à notre confrère LNA, le Président Dini avait exposé la nature de la coopération qu’il souhaitait voir s’établir entre nous et tous nos partenaires (Etats, Organisations et Institutions financières) impliqués dans le développement économique et social de notre pays : Une Coopération rupture. En clair, une aide substantielle, structurelle et soutenue qui, en mettant notre pays sur les rails du développement durable, nous permettrait de nous passer de l’aide. En effet, cette forme de coopération et cette forme-là seulement va dans le sens des intérêts bien compris des deux parties. Elle constitue la meilleure politique d’endiguement et de prévention des causes (misère extrême, disparités sociales et exclusion) qui constituent le terreau fertile des extrémismes religieux ou idéologiques.

Tandis qu’elle est la seule issue possible pour les bénéficiaires ne serait-ce que parce qu’il est moralement dgradant et économiquement impossible de vivre indéfiniment de la mendicité et de l’endettement. Les Etats-Unis qui ont, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, grâce au Plan Marshall, financé la reconstruction et impulsé le développement de l’Europe, semblent orienter leur diplomatie et coopération sur cette voie à en croire l’administration de l’USAID. Traçant les grandes lignes de ce que sera l’aide américaine à l’étranger dans un monde en mutation, il explique que l’instrument-levier de cette politique novatrice sera le M.C.A (Compte du Millénaire) devant constituer une charnière de la stratégie anti-terroriste à long terme des Etats-Unis. Fort bien !

A cet effet, ce compte permettra de consacrer 5 milliards de dollars de plus pour compter de 2006, à des pays qui appliquent une politique socio-économique judicieuse pour les aider à faire des progrès rapides en matière de développement. Cependant, parce qu’aucun pays ou groupe de pays (G 8), quelque soit sa richesse, ne peut laisser s’engloutir l’argent du contribuable dans des projets sans lendemain (par manque de transparence par exemple), M. Natsios prend bien soin de préciser que cette aide sera conditionnée « aux programmes nationaux de promotion de la justice et de l’état de droit », précisant que le M.C.A sélectionnera les pays qui recevront cette aide importante en fonction de l’attachement et l’importance qu’ils accordent « en pratique » à la bonne gouvernance, aux libertés d’une manière générale et dans le domaine économique en particulier ainsi qu’aux investissements dans le domaine social. Voilà pour ce qui est des conditions imposées au déblocage de l’aide. Notre pays les remplit-il ? A l’évidence, la réponse est NON !

Nous avons déjà eu l’occasion d’émettre nos réserves concernant l’efficacité du Système des Nations-Unies en critiquant les absences de traçabilité des fonds débloqués et de suivi dans l’exécution de certains projets. Nous pensions notamment au programme de réhabilitation des zones affectées par le conflit armé et financé entre autres donateurs par le PNUD, lors des Accords de paix de 1994. La preuve en est l’état de délabrement dix ans plus tard des deux villes les plus affectées par la guerre et pour la réhabilitation desquelles ce soutien a été sollicité : Obock et Yoboki. Si l’impact des balles et les traces du conflit armé y sont encore visibles aujourd’hui, les fonds bel et bien débloqués se sont quant à eux volatilisés. Ce seul exemple suffit à décrédibiliser ce régime.

Le Système des Nations-Unies en a pris acte. Sans se désengager de sa mission à Djibouti, il continue çà et là à colmater les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos gouvernants dans des domaines aussi vitaux tels que la santé et l’éducation. Il a consigné le constat amer de son partenariat avec notre pays dans un Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté où l’on peut lire à la page 11 « la République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’Homme et du peuple (1981)… Cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste difficile faute de cadre institutionnel et de mécanisme de suivi appropriés. Ceci donne un caractère formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le droit positif djiboutien… ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous ne nous lasserons pas de dénoncer dans nos colonnes. Et nous sommes les mieux placés pour le faire, victimes que nous sommes avec notre peuple du refus obstiné du gouvernement d’appliquer intégralement cet Accord. Pourtant, l’application honnête et concertée de son volet concernant les réformes démocratiques (Cour des Comptes, Libertés Syndicales et de la presse, Indépendance de la justice, Transparence électorale…) aurait fourni à notre pays l’indispensable socle structurel pour le développement. Nous n’en sommes malheureusement pas là.

Examinons à présent le rapport d’activités du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération pour l’exercice 2003 que son excellence introduit avec les salamalecs d’usage : « sous la haute autorité de S.E.M. Ismaël Omar Guelleh, Président de la République et Chef de Gouvernement, notre diplomatie a connu une année particulièrement chargée pleine de réalisation. En effet, l’année 2003 a été marquée par des nombreux évènements dont le plus important est la visite officielle effectuée par le Chef de l’Etat aux Etats-Unies à l’invitation de son homologue S.E.M Georges W. BUSH ». Nous nous contenterons cette semaine d’interpeller le gouvernement en dressant à l’attention de nos lecteurs une liste de l’aide bilatérale. Nous réservons nos appréciations et analyses à une autre édition.

L’annexe 5 du rapport ne précise pas si cette liste est exhaustive ni n’indique explicitement la nature de l’aide. Toutefois, dans le tableau que nous reprenons ci-dessous, il nous est précisé qu’au total, « nous avons mobilisé une aide bilatérale de l’ordre de 125 millions de dollars, environ 22 milliards de nos francs dont 25 millions de dollars sur prêt ».

Donc, à en croire son Excellence, ce sont 100 millions de dollars de dons que son actif département a mobilisé pour l’exercice 2003. Au cours de la campagne électorale des législatives 2003, le Président Dini, tête de liste de l’UAD disait en substance, à l’occasion du dernier meeting à Djibouti le 8 janvier 2003, en sollicitant les suffrages (obtenus) des électeurs : « nous sommes dignes de confiance… nous vous promettons aucun miracle dont seul Dieu est capable, par contre nous vous faisons ici le serment solennel que toutes les ressources nationales (ou extérieures) mobilisées seront équitablement redistribuées et investies en fonction des priorités définies par une Assemblée que vous élirez et un gouvernement légitime… ».

Puisqu’à en croire les lamentations des mal élus, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire ne rend ses comptes et suggestions qu’à un seul homme, notre posture d’observateurs vigilants et responsables nous oblige à exiger du gouvernement d’administrer la preuve matérielle et publique que les dons mobilisés en 2003 et représentant près de la moitié du budget national 2004 sont (ou en cours de l’être) injectés et affectés à leur destination initiale.

Que chaque ministère fasse preuve de la même diligence que le Ministre de la Coopération en rendant public son rapport d’activités 2003 en démontrant les projets réalisés ou en cours grâce aux Dons.

Dans un mea culpa clôturant l’annexe 6 du rapport sus-cité, son Excellence nous prie de bien vouloir noter que « nous n’avons pu donner notre voix à aucun des pays amis qui l’ont sollicité vu que nous n’avons pas payé nos arriérés de contribution, comme vous pouvez le constater dans la liste ci-jointe (arriérés des contributions de la République de Djibouti annexe 7).»

Quand les dons mobilisés depuis l’indépendance ne parviennent pas ou si peu aux destinataires et que l’Etat qui est censé les représenter est incapable de rendre la plus petite monnaie de la pièce aux donateurs, il y a de quoi décourager le plus altruiste, s’il peut exister, des pays donateurs.

 

Source : Ministère djiboutien des Affaires Etrangères. 2003


Renforcement des luttes populaires

L’opposition prête à la confrontation finale

Soucieux d’appliquer les dures leçons de sa longue expérience politique, le président Dini n’est absolument pas disposé à laisser encore une fois trahir sa bonne foi et réduire à néant son désir de paix ; conforté qu’il est dans cette exigence par l’ensemble des dirigeants de l’UAD. Contrevenant aux règles les plus élémentaires de la bienséance, certains plumitifs font croire que le leader de l’UAD a abandonné toute action politique. La réalité aura bientôt raison de l’intoxication.


Samedi 24 avril vers 10 heures du matin : c’est dans une forme excellente que le Président Dini reçoit le Bureau Politique de l’ARD pour une réunion hebdomadaire habituelle. Après avoir écouté le rapport sur la situation politique nationale dressé par les principaux dirigeants de notre mouvement, le chef emblématique de l’opposition djiboutienne s’exprime ainsi : « Je constate malheureusement que ce régime de non-droit reste égal à lui-même. La démocratie est en panne et les injustices se poursuivent. Il nous faut donc agir de toute urgence car il en va de l’avenir de notre pays ».

Il poursuit d’un ton grave : « Si j’ai bien compris, ce régime clame qu’il ne respectera ni les textes de loi en vigueur, ni l’Accord de paix qui nous lie à lui devant Dieu et notre Peuple. Pour preuve, le Trésor Public, conforté en cela par un appareil judiciaire ayant perdu le sens de la justice, refuse de restituer la caution électorale de 32.500.000 FD versée par l’UAD pour participer aux législatives du 10 janvier 2003. Le régime continue également à piétiner l’Accord de paix signé il y a trois ans. Que faire dans ces conditions ? Mettre en place la légitime réaction populaire ! Pour contrer les agissements délictueux d’un pouvoir qui s’obstine à ne reconnaître aucune légalité et surtout pas la libre expression de la volonté populaire ».

En effet, si l’opposition djiboutienne a jusqu’à présent fait preuve de la plus grande patience afin de préserver la stabilité politique et sociale, force est de regretter que cette attitude de responsabilité ait été mal interprétée par un régime insouciant et irresponsable. Devant cet inqualifiable défi lancé à la paix civile, l’opposition démocratique est désormais déterminée à ne plus brider la légitime contestation populaire qui ne demande qu’à pacifiquement s’exprimer, afin que les légitimes aspirations au changement soient enfin clairement entendues et respectées.

Le lendemain, ce sont les travaux d’une réunion de tous les partis regroupés au sein de l’UAD que le Président a dirigés, toujours avec la même disposition d’esprit combative. Après avoir sincèrement félicité les dirigeants de l’UAD pour l’unité d’action jamais démentie et brillamment démontrée sur tous les terrains pendant sa longue absence du pays, le chef charismatique de l’opposition a exhorté ses pairs à la mobilisation générale en vue d’une confrontation décisive avec ce despotisme irresponsable.

Ceux qui se mettaient imprudemment à rêver d’une opposition décapitée et sclérosée, sans aucune détermination inscrite dans la durée et le sacrifice, en seront bientôt pour leurs frais. A l’heure où, malgré un bilan politique, économique et social catastrophique, le « numéro un djiboutien » et son fan-club de plus en plus réduit cherchent à abuser le Peuple exaspéré en faisant miroiter une possible réélection du responsable de tous ses malheurs, nous disons que c’est sans compter sur la voix rassurante de l’homme d’acier et c’est oublier la main de fer (dans un gant de velours ) de celui qui a surtout assuré sa carrière dans la répression de tous les démocrates.

Dieu seul connaît l’avenir, nous ne connaissons pour notre part que notre détermination à sauver notre pays des griffes des prédateurs. Demain sera un autre jour.

Pauvre régime qui se gargarise d’analyses fantaisistes par lui-même inspirées et maladroitement rapportées dans les pages complaisantes de « Jeune Afrique/ L’Intelligent » qui ose écrire, sans même le vérifier auprès de l’UAD : «Le drame de l’opposition tient à son manque de représentation au sein des institutions élues. L’absence de proportionnelle l’a privée de toute représentation au parlement. Sa seule présence se limite à une presse quotidienne dont l’audience est certes populaire, mais ne lui procure que peu d’influence dans le débat politique».

C’est peut-être la morosité dans laquelle le plonge l’ennui d’un papier commandité et grassement rétribué qui empêche ce journaliste d’aborder l’essentiel : même avec l’actuel mode de scrutin, l’opposition aurait remporté les élections, s’il n’y avait pas la fraude institutionnalisée.


Aide extérieure, bonne gouvernance et anti terrorisme

Pour d’évidentes raisons tenant tant à sa position stratégique qu’à ses maux revêtant un caractère endémique que la coalition internationale contre le terrorisme se propose de prévenir et combattre dans une région aux troubles récurrents, notre pays peut légitimement nourrir l’espoir de figurer parmi les pays africains devant prioritairement bénéficier du MCA (Compte du Millénaire). Au grand désespoir de notre peuple, et par la faute de dirigeants irresponsables, irrationnels dans leurs choix budgétaires, gaspilleurs et inconséquents, Djibouti, demeure handicapé car n’apportant aucun contenu concret aux « parures institutionnelles » dont elle se dote formellement pour abuser des donateurs qui ne sont plus disposés à se laisser flouer…


Le Secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires Africaines, M. Charles Snyder, affirmait au cours d’une conférence de presse organisée par l’« American Enterprise Institute » que « Les Etats-Unis ont en Afrique de réels intérêts en matière de sécurité et s’ils devaient les ignorer, ce serait à leurs risques et périls ». L’administrateur de l’USAID, dans un article paru dans l’International Herald Tribune, persiste et signe : « nous nous sommes rendu compte que la sécurité sur notre territoire dépendait de la sécurité, de la Liberté et des possibilités économiques au-delà de nos frontières ». Bien que tardive, cette prise de conscience est salutaire pour tout le monde car, comme nous l’écrivions bien avant le 11 septembre 2001, la meilleure containment policy passe par une étroite collaboration avec les pays pauvres (terreaux fertiles de tous les extrémismes) surtout dans le domaine économique et social, comme dans celui des droits de l’Homme.

Abondant dans notre sens, le Washington File, édité par la section culturelle de l’Ambassade américaine à Paris, nous explique qu’ « afin de relever ces défis, le Président Bush a annoncé l’initiative de lutte contre le terrorisme en Afrique Orientale. Il s’agit d’un programme de 100 millions de dollars visant à renforcer les capacités de lutte antiterroriste de nos partenaires dans la région… Nous nous attachons à aider plusieurs pays, notamment le Kenya, l’Ethiopie et Djibouti, à renforcer la sécurité de leurs frontières, à accroître la compétence de leurs forces de l’ordre et à améliorer la façon dont les collectivités territoriales marginalisées perçoivent les Etats-Unis et leur politique… ». A la bonne heure !

Avec l’écrasante majorité des Etats membres de l’ONU, « Réalité » n’a jamais fait mystère de sa désapprobation de la politique de l’administration républicaine au Proche-Orient. Par contre, intéressés au premier chef par sa politique en Afrique Orientale, et parce que représentatifs de tout le peuple djiboutien, (collectivités marginalisées ou pas) nous tenons à faire savoir à l’adresse tant des Etats-Unis d’Amérique que de l’ensemble de nos partenaires impliqués dans la lutte contre le terrorisme et dans le développement de notre pays, un certain nombre d’observations de nature à mieux orienter leurs politique chez nous.

De 1977 (attentat contre le Palmier en Zinc) à 2004 (multiples attentats sur la voie ferrée, dont le dernier à équidistance de la gare et de la Garde Présidentielle…), la brève existence de notre pays est émaillée d’attentats dont pratiquement aucun n’a été élucidé, chacun servant de prétexte à la répression contre l’une ou l’autre des composantes de la communauté nationale. A l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons que l’explosion d’une grenade a fait un blessé léger dans un quartier de la Capitale (4). La prolifération d’armes légères dans des milieux autorisés et la persistance d’une population flottante font que Djibouti est considéré comme le maillon faible de la région par les groupuscules nuisibles.

Contentons-nous d’observer que, de l’Indépendance à 1999, la sécurité nationale et extérieure relevait des compétences officielles d’un seul homme : l’actuel Président de la République. Reconnaissons-lui le mérite partagé d’avoir eu, moins d’un an après son accession à la magistrature suprême, le pragmatisme d’avoir mis fin à un interminable conflit civil armé. Constatons à sa décharge que, trois ans après la signature de l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001, le courage et ce pragmatisme lui font aujourd’hui défaut pour l’appliquer intégralement et de concert. Non seulement les conséquences du conflit (Réhabilitation) n’ont pas été soigneusement soignées, mais plus grave, les causes politiques qui ont conduit au conflit armé perdurent. Le risque est réel et grand, que le conflit à ce jour sourd et latent, ne dégénère.

Pour l’heure, force est de regretter, comme s’en inquiétait récemment la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, que la lutte planétaire contre le terrorisme menée par les grandes puissances, n’aura malheureusement servi qu’à légitimer et renforcer les régimes dictatoriaux de par le monde. S’il est tout à fait normal que les Etats-Unis d’Amérique se préoccupent d’aider son allié à sécuriser ses frontières poreuses, qui peut garantir la paix civile intra muros d’une Cité-Etat se singularisant par la plus forte densité mondiale d’hommes en uniformes ?

A l’évidence, à la seule lecture des rapports annuels du Département d’Etat sur la situation désastreuse des Droits de l’Homme dans notre pays, l’opinion publique américaine n’acceptera jamais que ses soldats soient, malgré eux, impliqués dans un conflit strictement interne pour la défense d’un despotisme que l’engagement américain vise justement à éradiquer dans le monde.


Les tribulations du Premier ministre

UN JEUNE A FRIC MALADROIT

Il en est peut-être de même pour certains régimes de l’Asie du Sud-Est, mais la palme revient incontestablement aux Etats postcoloniaux d’Afrique : prétendant compenser leur déficit démocratique par une surabondante campagne médiatique, ils font appel aux services de journaux à diffusion internationale pour redorer leur blason terni. N’étant pas en reste de cette mystification, surtout depuis 1999, le régime djiboutien achète pour plusieurs millions les pages «Plus» d’un magazine francophone que Le Canard Enchaîné avait ironiquement rebaptisé Jeune à fric et qui s’est lui-même pompeusement rebaptisé L’Intelligent. Ainsi, dans son édition N° 2258 du 18 au 24 avril 2004, le lecteur est-il sommé de prendre au sérieux une interview du Premier ministre djiboutien, que l’on doit à la plume héroïque du journaliste Cherif Ouazani. Même quand il s’est agi de répondre à ces questions de niveau maternelle, le Premier ministre a surtout étalé toute son inexpérience politique. Sans même parler de naïveté.


« Pourtant, à lire les journaux de l’opposition, vos anciens compagnons ne sont guère complaisants... » : c’est pratiquement la question la plus courageuse que le journaliste ait posée au Premier ministre. C’est bien insuffisant : il aurait au moins pu respecter la déontologie journalistique et avoir la politesse de demander à ces journaux de l’opposition pourquoi ils étaient si peu complaisants avec lui. Mais ce journaliste n’était pas à Djibouti pour entendre les points de vue de toutes les parties concernées et avoir une vision d’ensemble de la situation nationale. L’ignorance, du journaliste se retrouvant jusque dans sa présentation tendancieuse du FRUD en général : « mouvement sécessionniste afar ». Non. Il était tout simplement en service commandé : l’Etat djiboutien ayant acheté 17 pages d’un publi-reportage, sorte de safari médiatique dont le but, payant, est de rechercher les meilleures sensations et de garder les plus belles images. Malheureusement pour le régime cherchant vainement à crédibiliser ses figurants, les réponses du Premier ministre produiront l’effet contraire de celui pour lequel l’Etat a déboursé un gros magot, aux frais du contribuable djiboutien bien sûr.

Mettons certaines choses au clair : nous n’avons jamais été d’anciens compagnons du Premier ministre pour une raison très simple : sans aucun antécédent militant, son entrée en politique est récente ; mars 2001 pour être précis.

Mais, contrairement aux biographies complaisantes, ce n’est nullement sa contribution à la signature de l’Accord-cadre de Paris de février 2000 qu’il faut retenir : le chef de délégation de la partie gouvernementale, lui-même ancien maquisard connaissant bien M. Dini pour l’avoir secondé dans le maquis, n’était autre que M. Ali Guelleh, Chef de cabinet de la Présidence. Nos vrais anciens compagnons du FRUD apprécieront cette confiscation de l’Histoire.

La seule participation que nous reconnaissons au Premier ministre dans le déroulement de ce conflit, c’est uniquement d’avoir organisé l’extradition en septembre 1997 depuis la Capitale éthiopienne où il était chef de poste, avec celle des responsables du FRUD, de Mme Aïcha Dabalé, à l’époque enceinte et dont le seul tort était, en plus de sa référence matrimoniale, de travailler dans une organisation caritative. Maigre fait d’armes policier, mais certainement aucune réelle contribution politique à la paix. Quant à sa consolidation…

Nous n’évoquerons qu’incidemment la grande nouveauté consistant à présenter le « genou » d’un responsable : après avoir précisé que ce dernier « est issu de la tribu afar des Hassouma », lira-t-on prochainement, pour respecter les grands équilibres que le Chef de l’Etat « est issu de la tribu Somali-Issa-Mamassan des Bah Fourlaba »? Plus sérieusement, pour rester sur ce chapitre, les lecteurs apprendront que, selon le Premier ministre, « Le peuple djiboutien est composé de deux groupes ethniques, les Afars et les Issas. Ces deux groupes se scindent en plusieurs tribus, clans et sous-clans ». Inculture suspecte qui procède à la négation des nombreuses autres composantes de la communauté nationale. Son propre Directeur de cabinet, la Présidente de la Cour Suprême et tous ceux appartenant à des groupes qui contribuent depuis les origines au rayonnement de notre pays apprécieront cette inacceptable légèreté.

On se demandait pourquoi l’UMP avait sollicité les services sympathisants de l’ancien Président du Conseil de Gouvernement du temps colonial : l’énumération du Premier ministre nous ramène tout droit aux simplifications du « Territoire Français des Afars et des Issas » dont on comprend aisément que certains ethnarques se disent faussement revanchards.

Le mur du çon (comme dirait Le Canard Enchaîné) étant toutefois franchi lorsque, au journaliste lui demandant candidement s’il lui arrivait de rencontrer les dirigeants de l’opposition, le Premier ministre répond avec une naïveté qui aurait été touchante en d’autres circonstances : « Djibouti est un petit pays, où tout le monde se connaît. Il nous arrive de nous croiser dans les dîners en ville, les réceptions dans les ambassades ou dans d’autres circonstances. Cela se passe très bien, et les diplomates s’étonnent de nous voir ensemble ».

C’est vraiment trop : à en croire ses propos, la vie politique djiboutienne ressemblerait à une maternelle où tout le monde il est gentil et tout le monde il s’aime.

Le Premier ministre serait bien incapable d’indiquer dans quelle circonstance mondaine il rencontre si souvent les dirigeants de l’opposition, puisqu’il semble avoir beaucoup de temps libre, constitutionnellement plongé qu’il est dans une société politique de loisirs.

Par contre, la mansuétude que ceux-ci témoigneraient à son égard pourrait aisément s’expliquer : il est inutile de le charger de tous les travers de ce régime, lui qui n’est que son premier figurant institutionnel !

Sauf quand il se prend trop au sérieux en répondant intempestivement à un courrier du FRUD-armé adressé au Chef de l’Etat, et s’interposant sans aucune protection en invoquant pour son chef la désormais célèbre « gestion de vraie problématique ». That’s all folks !


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 93 du mercredi 21 avril 2004

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Réalité numéro 93 du mercredi 21 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Cinquièmes propos du Président (2)
  4. Communiqué de l’UAD
  5. Trop vieux ? Trop jeune ? Trop gros ?
  6. Israël/États-Unis : Tsahal cherche aide de camp de concentration
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 93

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BORREL M’A TUER

LA FRANCE, SES MORTS, NOS PROBLEMES…

On l’a vu avec un certain 11 septembre, qui n’a pas le même sens à Santiago et à New York, le 7 février est perçu différemment selon que l’on est du régime ou de l’opposition éprise de paix. Ainsi, alors qu’il se passait des choses à Paris qui intéressaient au plus haut point nos compatriotes fatigués de la guerre, et tandis que le Parquet djiboutien prenait officiellement position à propos d’une affaire Borrel en cours d’instruction ailleurs, cependant que telle jeunesse d’Etat manipulée et autres first class Sittizen scandaient « Touche pas à mon Président », un illustre invité débarquait discrètement à l’aéroport d’Ambouli et s’installait dans une suite luxueuse du Sheraton, aux frais du contribuable djiboutien bien entendu. Mais ce n’était certainement pas trop cher payer, puisqu’il s’agissait tout simplement de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France à Addis-Abeba, surtout connu pour avoir accessoirement été le grand patron de la DGSE, la Piscine. Hasard ? Piscine dans laquelle semble aujourd’hui se noyer, à voir le communiqué surréaliste (restons polis) que la Présidence djiboutienne a rendu public à la suite de la levée du secret-défense qui frappait jusque-là certains rapports d’un agent du contre-espionnage français (son prénom n’est pas Jacques) relatifs à la mort du juge Borrel aux environs du Goubet. Par décence, nous ne reprendrons pas l’outrance des propos : TF1 est une chaîne privée, il y a plus de grèves à RFI qu’à la RTD et insulter un mort n’est guère glorieux. Tout comme il est évident que la France n’a nullement besoin de nous pour se défendre : tout juste devons-nous, au nom du Peuple Djiboutien, lui faire part de notre profonde désapprobation face à un communiqué présidentiel aussi irresponsable.

Par contre, en accusant tous azimuts l’ancienne puissance de tutelle, la Présidence a du même coup procédé à un révisionnisme historique que nous devons dénoncer avec véhémence : parler de « la stratégie de partition du pays conçue et développée par la France » relève de la plus extrême légèreté politique. Même si une telle négation des causes profondes du conflit civil auquel nous pensions avoir définitivement mis fin renvoie immanquablement aux propos que tenait en 1992 le Chef de Cabinet de la Présidence dans les colonnes du journal Al Hayat : les Afar constituent une minorité nationale outrageusement favorisée par la France. Trouver aujourd’hui une coloration tricolore à la naissance du FRUD est proprement indigne de qui prétend œuvrer à la réconciliation nationale : nier les injustices n’est qu’une autre façon d’inciter à la division, donc à la résistance des victimes. A terme, la violation systématique de l’Accord de paix porte les germes d’une future discorde aux conséquences incalculables : uniquement préoccupé par sa réélection, le Chef de l’Etat n’en a cure pour l’instant. A ses risques et périls !

Surtout, oser prétendre qu’ « il est permis de supposer donc que si le Président Ismael Omar Guelleh gêne la France, c’est parce qu’il s’est toujours posé à ses interlocuteurs comme un dirigeant qui a veillé à la promotion de l’intérêt national », et sans prendre la défense d’une France dont il serait bien difficile de démontrer en quoi l’instabilité de notre pays assurerait la stabilité de sa base, nous mettons sans trop de difficultés ledit Président au défi de démontrer la plus petite de ses contributions en faveur de cette paix civile. Violation systématique des principales dispositions de l’Accord du 12 mai 2001, fraudes électorales institutionnellement organisées, corruption généralisée, abandon complet des districts de l’Intérieur dont la réhabilitation des rares infrastructures publiques est laissée à la générosité de l’Armée française : on chercherait vainement une circonstance atténuante pour expliquer un tel acharnement à saper l’Unité du pays et à entacher notre fierté nationale.

Aux dernières nouvelles, Maître Vergés, le défenseur de Saddam qui a tué et d’Omar qui n’a pas tuer, ne serait pas du tout disposé à défendre les intérêts de l’Etat djiboutien dans cette affaire : entre l’originalité et le mercenariat, il y a le fossé de la décence militante, petit pour certains, infranchissable pour d’autres.


Brèves nationales

Le khat héliporté :

L’autre opération de secours ?

Mardi 13 avril, jour noir pour notre pays à cause des inondations meurtrières et destructrices : le réseau routier reliant la Capitale au reste du pays était coupé à hauteur de Wéa suite à l’effondrement d’un petit pont stratégique.

Alors que les hélicoptères de l’armée française (six selon le Général Pons, gérés par une cellule de crise installée bien avant celle du plan orsec national) participaient activement aux opérations de secours, celui de l’armée djiboutienne aurait effectué pendant ce temps une mission peu glorieuse dans ces circonstances aussi dramatiques.

En effet, si l’on en croit de nombreuses sources à Dikhil et à Djibouti, tandis que d’autres se noyaient à Ambouli, un hélicoptère des FAD se serait posé à Dikhil dans l’après-midi avec à son bord des sacs de khat destinés aux consommateurs de cette ville et de cette région.

Décidément, sous ce régime de blabla et de mauvaise gouvernance, l’inévitable et précieuse plante verte semble être aussi importante que les opérations de secours aux sinistrés. Time is money, dit-on. Sauver la vie d’un Djiboutien en danger ne serait-il pas plus urgent que de nuire à sa santé en livrant le khat de peur qu’il ne flétrisse ? Honte à ce régime insouciant préférant abrutir son peuple en faisant de la distribution du khat une priorité nationale, aux dépens des droits de la personne humaine.

Le devoir d’assistance :

L’armée française en première ligne

A la suite des pluies torrentielles qui se sont abattues sur notre pays, le petit pont vieillissant datant des années soixante et situé côté Djibouti-ville à l’entrée du petit village de Wéa, a cédé sous la pression des eaux. Cet ouvrage d’une dizaine de mètres de long sur environ cinq de large, a certainement été fragilisé par le passage quotidien de centaines de poids lourds. Mal entretenu, malgré les sommes colossales engrangées par le Fonds d’Entretien Routier, sa rupture a isolé la Capitale de tous les districts de l’Intérieur, interrompant également le trafic commercial routier avec l’Ethiopie.

Une fois de plus, ce sont les engins de génie de l’armée française qui sont arrivés les premiers sur les lieux pour mettre en place une déviation de plusieurs centaines de mètres et rétablir la circulation sur cette voie vitale.

Par ailleurs, la pénurie d’eau courante qui a frappé la localité d’Arta à la suite de ces inondations a été évitée grâce à l’assistance technique de l’Armée française qui a mis plusieurs de ses camions-citernes à la disposition des habitants de cette ville.Après cela, les autorités djiboutiennes pourront toujours clamer sans crainte du ridicule leur prétendu nationalisme sourcilleux et leur indépendance orgueilleuse.

Il est prétentieux et irresponsable de narguer les autres quand on est à ce point inefficace : la souveraineté, cela se voit d’abord sur le terrain de la réalité concrète.

Après les inondations catastrophiques :

La déroute de la pensée… officielle

Emu ou déphasé ? Après une ballade en hélicoptère au-dessus de la Capitale sinistrée, le Chef de l’Etat est brutalement redescendu sur terre pour se rendre compte sur le terrain de l’étendue du désastre. Dans une déclaration recueillie et copieusement diffusée par les médias officiels éberlués, et suivie par les citoyens auditeurs et téléspectateurs écœurés par un tel mépris, le chantre du développement agropastoral a livré clés en main sa solution-miracle face aux dangers représentés par les crues de l’oued d’Ambouli.

Selon notre illustre expert en développement tous azimuts, son gouvernement compte prochainement installer des retenues d’eau tout le long de l’oued meurtrier. Une solution qui aurait à ses yeux (son troisième œil, comme dirait le lama Lobsang Rampa) un triple avantage : reconstituer la nappe phréatique, permettre l’installation de nouveaux périmètres agricoles et enfin briser l’élan dévastateur des crues de l’oued d’Ambouli. Vaste programme ! Il fallait y penser. Comme quoi son séjour au Japon et son diplôme de docteur honoris causa sont largement profitables à son petit et malheureux pays.

Le seul hic : dès le lendemain, son incorrigible gouvernement lançait un appel à l’aide internationale, non pour venir au secours d’un pays et d’une population sinistrés, mais pour la mobilisation de 20 millions de dollars (américains) devant servir à sécuriser et à réaménager le lit de l’oued d’Ambouli. Il faudrait savoir : y a t-il deux politiques différentes de mendicité dans ce régime présidentialiste de non-droit et de mauvaise gouvernance ?

Echaudés par les multiples et criminels détournements de l’aide internationale dont s’est rendu coupable ce pouvoir prédateur et malfaisant, il est fort improbable que les donateurs se bousculent pour mettre leur obole dans la tirelire gouvernementale.

Surtout que, tout le monde n’ayant pas la mémoire courte, certains se souviennent encore que toutes les promesses gouvernementales consécutives aux crues de 1994 sont restées lettre morte. Ceausescu adorait les titres ronflants tels que « Génie des Carpates » ou « Danube de la pensée » : notre grand penseur local devrait se faire appeler « Oued de l’impensé » et ses fans deviendraient les mauvais «Génies des carpettes ».

Affaire Borrel :

Matraquage et bourrage de crâne

Dans une réaction épidermique et disproportionnée qui fera certainement date dans les annales de la diplomatie menaçante, la Présidence djiboutienne (sinistrée ?) s’est fendue d’un communiqué rageur à l’encontre du gouvernement français coupable à ses yeux de n’avoir pas réussi à museler ses médias. Si, dans une logique despotique, le régime djiboutien confond TF1 et RTD, libre à lui de délirer en pure perte. Mais, quand il en vient à se réclamer de la légitimité populaire pour hausser le ton et gonfler ses poumons, nous disons ça suffit !

Ce communiqué maladroit et suffisant ose ainsi conclure : « Djibouti est déterminée à forger sa destinée propre. Le peuple djiboutien conscient des enjeux soutient le Président et son gouvernement dans la poursuite des objectifs de développement ».

Comme si la France investissait à perte à Djibouti depuis 1977 ! Pour l’heure, les seuls objectifs de développement visibles, privilégiés par le régime RPP, c’est le matraquage politicien et le bourrage de crâne. Pour notre part, nous resterons sourds aux lamentables lamentations d’un pouvoir condamné par l’Histoire.

Djibnet :

Programme pas net !

Le seul monopole normalement admissible devrait être celui contracté par les liens sacrés du mariage. Pour tout le reste, sérieux comme frivole, travail comme loisir, c’est la libre concurrence qui peut seule garantir la meilleure défense des consommateurs. Malheureusement à Djibouti, rien ne fonctionne selon ce sain principe. En politique, c’est l’ancien parti unique au pouvoir qui revendique le monopole du sérieux, reléguant les partis d’opposition et tous leurs sympathisants dans l’ignorance et l’insignifiance : drôle de conception de la démocratie.

Dans le domaine du ludique, lui fait écho le monopole de Djibnet sur la prestation de services satellitaires, avec son bouquet numérique à géométrie variable.

Pour éviter tout malentendu, rendons tout d’abord hommage aux techniciens de cette société pour la qualité et la constance dont ils font preuve depuis le lancement de cette technologie.

Ce problème n’est pas de cet ordre, il relèverait plutôt d’une politique commerciale qui gagnerait à mieux être définie. Ne parlons même pas des changements inopinés de programmation, quoique certains abonnés rouspètent contre une valse des chaînes souvent injustifiée.

Ainsi, les téléspectateurs auraient aimé être prévenus que la diffusion de FR3, sur laquelle était retransmise la finale de la ligue opposant Nantes à Sochaux serait interrompue dès… le coup de sifflet annonçant le début du match. Passons, car il y a plus grave.

Ainsi, profitant de la fermeture de CFI-Afrique, Djibnet a modifié la composition de son bouquet, en y introduisant quatre autres télévisions accessibles sous le nom de superbouquet au prix de 10.000 FD. Il y a fort à parier que peu d’abonnés se sont rués sur cette formule peu attractive : débourser 3.000 FD supplémentaires pour 4 télés ne diffusant que films et séries (dont 13ème rue spécialisée dans les policiers) et pour une qualité de réception fortement parasitée par des interférences transformant, dans certains secteurs, le plaisir de regarder la télévision en calvaire pénible pour les yeux.

De plus, pour mieux fidéliser ses clients à ses débuts, Djibnet distribuait gratuitement une petite brochure détaillant l’essentiel de la grille mensuelle des principales télévisions de son bouquet numérique.

Le problème, c’est que la gratuité ne s’imposant nullement pour une telle prestation (avec une incidence non négligeable sur le bénéfice de la société), Djibnet l’a interrompu un temps pour en faire depuis ce mois-ci une marchandise payante, au prix modique de 200 FD. Il s’agit là d’une véritable arnaque contre laquelle nous tenons à mettre en garde nos lecteurs, ce qui aurait dû relever de la vigilance militante de telle association de défense des consommateurs, car l’acheteur n’en a nullement pour son argent.

En effet, seuls les programmes de quatre ou cinq chaînes (sur les 25 officiellement disponibles) sont concernés : TV5, Canal+, Movie Channel, 13ème rue et la moitié de RTL9. c’est vraiment peu, et en tous les cas indigne de s’appeler programme mensuel du bouquet Djibnet ! Avec le développement de l’Internet, nous invitons les personnes concernées à se rendre sur le web ( par exemple sur le site fr. yahoo. Com) pour y consulter toute la programmation qu’elles désirent.

Il y a même possibilité de recevoir quotidiennement les différentes grilles de programme.

En attendant qu’une concurrence s’organise, pour le plus grand bénéfice des consommateurs, il serait dommage que cette dynamique société déçoive aujourd’hui sa clientèle avec de telles approximations commerciales : le marché est là pour son expansion, à condition de se démocratiser et de gagner en prévisibilité.


Cinquièmes propos du Président (2)

La démagogie contre la vérité (Seconde partie)

« L’Economie dérape : Quand le régime nous donne raison » titrait Réalité dans son édition du 17 avril dernier ; analyses du Budget de l’Etat en partie corroborées par celles du pouvoir en place, dont la politique du mensonge ne peut continuellement tromper le monde. Non seulement les incohérences entretenues par le pouvoir, concernant surtout la gestion des deniers publics, ne peuvent rehausser le niveau de vie de la population, mais engendrent aussi des difficultés quant à nos rapports avec les institutions de Brettons Wood, le sérieux et la transparence n’étant pas une culture du parti au pouvoir. La confrontation entre la dure réalité quotidiennement vécue par nos concitoyens et l’imaginaire succès économique d’un Président au terme de son mandat, appelle quelques commentaires supplémentaires sur les propos du numéro djiboutien.


Le Chef de l’Etat croyant que les retombées financières engendrées par la lutte contre le terrorisme allait mettre à l’abri de tout besoin notre pays ruinée par sa mauvaise gestion, pérorait en juin 2003 dans « Marchés Tropicaux » à propos du FMI «qu’il nous fiche la paix».

Rajoutées aux différentes recettes et plus-values opaques tirées des cessions-concessions des complexes aéroportuaires et autres privatisations des entreprises publiques, en plus des projets d’investissement engagés à Doraleh, Djibouti pouvait se passer des institutions financières internationales, voilà que cette-fois, le Président de la République tente de corriger sa « gaffe » de l’été dernier lors de sa dernière Conférence-bilan.

Or, le FMI connaissant les pratiques budgétivores du régime, ne l’entend pas de cette oreille et demeure très explicite avec Djibouti dont le Chef de gouvernement considère maintenant que le pays a « besoin de réformes et de discipline plus que la Banque Mondiale et le FMI ».

Malgré ces aveux, le Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté présenté par notre gouvernement ne peut recevoir l’aval du FMI pour la simple raison que les réformes engagées depuis six ans n’ayant pas été rigoureusement suivies, la situation économique et sociale du pays reste encore fragile.

Les experts du FMI, après avoir décortiqué le dossier économique du pays en décembre dernier, ont constaté que ni le Budget 2003 ni celui de 2004, en cours, ne garantissaient pas une croissance économique soutenue, encore moins une quelconque réduction de la pauvreté.

Partant de là, ces experts ne comprennent pas comment un pays qui privatise des entreprises publiques et met en concession d’autres, devenues défaillantes pour mauvaise gestion, puisse en créer de nouvelles sur financement public, ces dépenses alourdissant davantage un Budget déjà déficitaire : une folie en somme.

Concernant les recettes tirées de la présence des forces étrangères dans notre pays et celles (opaques) reçues de Dubai Port Authority pour les complexes aéroportuaires et portuaires, le FMI suggère que le bon sens serait d’arrêter les investissements non-générateurs de richesses, donc de croissance et d’éponger l’énorme dette publique intérieure en procédant à la démobilisation, en honorant les salaires et retraites gelés, les cotisations sociales des fonctionnaires, les factures impayées dues aux entreprises publiques et privées du pays, en remboursant les prêts contractés auprès des banques de la place, etc.

En effet, la rigueur économique imposée depuis des années ayant eu pour conséquence d’instaurer une pauvreté structurelle (estimée à 74% de la population) il est encore plus choquant de voir la propension du régime à l’endettement auprès des Etats et des institutions financières. Choquantes ont aussi été pour les experts du FMI les dotations budgétaires au profit d’une diplomatie « inconsidérablement mobile et mobilisante » et l’augmentation exponentielle des « dépenses courantes ». Un choix à l’opposé de toute logique économique et qui a conduit le FMI à «conseiller» au gouvernement de dévaluer notre monnaie par rapport au dollar. Et ce pour attirer des investisseurs étrangers.

Tout cet amer constat ne semble pourtant pas atténuer les prétentions du Chef de l’Etat qui, dans ses « cinquièmes propos » de sa conférence-bilan, maintenait que son document présenté aux institutions de Brettons Wood avait été discuté à tous les niveaux du pays depuis deux ans, avec la société civile, les administrations civiles et le secteur privé. Ce qui est totalement faux, puisque ni les associations indépendantes ni les syndicats indépendants n’ont eu bien entendu l’honneur de participer à ce programme engageant le pays.

Toutefois, les conditions posées par le FMI sur le nouveau dossier du gouvernement (qui d’ailleurs avait été « prié » de clairement budgétiser toutes les recettes tirées de la présence des forces étrangères dans le pays) partent du postulat que ni les coûts exogènes du pétrole, ni les raisons climatiques invoquées par le Président n’expliquent la situation de délabrement économique et social du pays. Les causes sont à rechercher ailleurs…dans la mauvaise gouvernance.

Sans disserter sur une fausse stabilisation des finances publiques, ni sur l’inexistante réduction de la dette et du déficit, encore moins sur une imaginaire relance économique, le piteux état de l’économie nationale est malheureusement ressenti par tout un chacun. Le paraître étant le point fort de ce régime, les prétentions présidentielle et électoralistes relèvent essentiellement de la mystification. Pour preuve, le Premier magistrat du pays considère encore que « la corruption relève d’une question d’éducation… ». Une conception du vol somme toute compréhensible de la part de ce régime prédateur. En y regardant de plus près, si la corruption relève d’une question d’éducation, il en est de même pour l’impunité.

Pour contredire une telle abbération, rappelons que notre culture de nomade n’a jamais toléré le vol, de bétail ou autre,considéré comme acte illicite engageant la responsabilité de la famille, du clan, de la tribu et donc réprimé en conséquence. Que le vol soit individuel ou collectif, outre l’indiscutable restitution du bétail, la réparation du dommage causé aboutissait selon des règles de droit coutumier précis, à défaut par la force.

Cependant, là ou le bât blesse, c’est quand les médias du régime prétendent que le Président a engagé une lutte féroce et productive contre la corruption. Une telle conception tendant à présenter la corruption comme un fait de culture trahit une aliénation culturelle que l’opposition ignore totalement et condamne.

Les voleurs de bétail étaient traduits devant une juridiction traditionnelle. Des règles de conduite, des lois non-écrites mais bien connues régissaient la vie intercommunautaires et celle entre communautés.

Comme le bétail n’est pas du tout la propriété du chamelier ou du berger rémunérés, les biens publics ne sont pas non plus la propriété des responsables politiques ou administratifs qui en ont la charge. Le vol de bétail comme la corruption relèvent d’une expropriation illicite, un abus de biens sociaux ou un détournement devant être sévèrement sanctionnés par la justice.

Ainsi, la tolérance active ou la mansuétude passive étant autant d’incitations à la délinquance financière, la conception que se fait de la corruption le Président de la République rejoint le dicton somali qui dit : « Dameeri isku halayn bay hooyadeed dabada uga nuugtaa » (Bébé-âne tète sa maman ânesse par le derrière). Comme le bébé ne craint pas les coups de sabot de sa mère-ânesse, il est normal que détourner les fonds publics particulièrement sous cette présidence relève de la même moralité que celle du diction suscité. En conclusion, la banalisation de la corruption ainsi présentée ne peut que nuire tant aux corrompus qu’aux corrupteurs. Il est de notoriété publique que certains dignitaires de ce régime auraient même été mêlés à des malversations dépassant nos frontières.

Autre leitmotiv présidentiel : la cherté de l’énergie. L’Electricité de Djibouti, naguère sérieusement gérée, a connu une altération de son potentiel humain et matériel depuis une décennie. Elle est aujourd’hui ruinée par les ponctions perpétuelles et le financements de la guerre.

Une solution de rechange pour pouvoir attirer des investisseurs étrangers relève encore de l’utopie. Le plus sage serait déjà que l’Etat paie ses arriérés à cet établissement pour que la population ne puisse pas supporter les problèmes de trésorerie de cette énergie gâchée, au détriment du développement.

Nous ne saurions comprendre les cinquièmes propos d’un Président adepte de projets sans lendemain.

Les institutions financières internationales constatent pour leur part que depuis 1996, la pauvreté s’est fortement accrue à Djibouti. Que la pauvreté relative et la pauvreté extrême sont évaluées à respectivement 67,9% et 34,7%. Elle s’est davantage généralisée entre 1999 et 2002 puisqu’elle touche toutes les zones géographiques et toutes les couches sociales du pays.

En somme, c’est parce que la pauvreté est devenue structurelle que les experts constatent que la croissance avancée par le régime ne se traduit nullement par un amélioration du niveau de vie des Djiboutiens.

Il est communément admis que la croissance économique dont se vante le Chef de l’Etat a été négative, le PIB par tête d’habitant se dépréciant de –3,2% entre 1991 et 2001. Alors, à l’entendre prétendre que la situation des jeunes sans emploi s’est nettement améliorée depuis qu’il préside à la destinée de ce pays, est une assertion totalement dénuée de tout fondement.

En ce sens que, ni la libéralisation du marché de l’emploi, ni la mise en place d’un ersatz dénommé Service National Adapté, ne seront d’une quelconque efficacité dans la baisse du taux de chômage des jeunes, qui serait de l’ordre de 60 à 65%.

Notre prétendu incapacité à gérer nous-mêmes les instruments de développement économique est en fait un prétexte fallacieux invoqué pour brader au capital privé étranger ou national des pans entiers de notre tissu productif.Et ce en toute opacité. Drôle de transparence !


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 19 avril 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) présente tout d’abord ses condoléances les plus attristées aux nombreuses familles victimes des inondations de la nuit du 12 au 13 avril 2004.

Pour la troisième fois en quinze ans (1989, 1994, 2004) l’oued d’Ambouli a fait encore plus d’une centaine de morts, des milliers de blessés, des centaines de maisons emportées et un nombre indéterminé de disparus.

L’UAD remercie tous ceux, qui ont, de près ou de loin, soulagé les souffrances des victimes durant ces épreuves et particulièrement l’Armée française qui a hélitreuillé de nombreuses personnes et mis tous ses moyens humains et matériels à la disposition de la population.

Une fois de plus, c’est la mauvaise gouvernance qui est responsable du nombre élevé des victimes. En effet, l’oued d’Ambouli a connu ces derniers temps des occupations sauvages (jardins, villas, puits, décharges, etc…) qui ont rétréci le lit de l’oued, provoquant une crue dévastatrice qui a inondé de nombreux quartiers.

C’est dans ces circonstances dramatiques que la Présidence de la République a publié hier un communiqué condamnant le gouvernement français pour n’avoir pas fait taire les médias et la justice dans l’affaire du juge Bernard BORREL.

Cette manœuvre de diversion est destinée à tromper l’opinion nationale et faire oublier la coupable négligence des autorités dans la gestion de cette catastrophe sans précédent. Le peuple djiboutien demeure reconnaissant pour l’assistance de l’armée française qui a généreusement contribué aux côtés de nos militaires et policiers sans moyens techniques et eux-mêmes sinistrés.

L’UAD regrette un tel comportement du pouvoir en place et dénonce son irresponsabilité, son inefficacité autant que son insouciance.

 


Trop vieux ? Trop jeune ? Trop gros ?

LE LIÈVRE RPP CONTRE LA TORTUE UAD

Pendant que de nombreuses familles djiboutoises pataugent encore dans la boue, suite aux récentes inondations, la premier responsable de la mauvaise gouvernance à laquelle nos compatriotes doivent l’essentiel de leurs malheurs quotidiens, fait annoncer dans sa presse qu’il a fermement l’intention de briguer un second mandat. S’il ne lui est pas interdit de rêver, l’argumentaire développé quant à ses prétendues prouesses, ainsi que les appréciations discourtoises portées contre l’opposition, commandent que nous répondions brièvement au griot qui s’est fendu de cet article dithyrambique sous la plume ABS dans « La Nation » de jeudi dernier.


« La politique, dit-on, est un art qui demande du doigté et de l’imagination. M. Guelleh ne donne pas l’impression d’en manquer » : ainsi se termine la pleine page consacrée, sous le titre évocateur « le compte à rebours a déjà commencé » au lancement officiel de la campagne par le candidat à sa propre succession. On aurait pu se demander tout de suite de quel compte à rebours il s’agit : celui du début de la fin ? On le verra très bientôt. Nous ne relèverons pas pour l’instant le fameux doigté : tout djiboutien sait si le candidat RPP a fait carrière dans la diplomatie ou dans la défense de droits de l’homme, ou s’il a eu la main un peu… lourde en certains sombres épisodes de la vie politico-militaro-policière de notre pays.

Puisque l’Histoire est toujours là, en dépit de toutes les tentatives de manipulation, occupons-nous du véritable problème qui est ailleurs que dans cette pathétique réécriture de ce qui fut. Rappelons tout d’abord que son malheureux challenger lors de la présidentielle de 1999, M. Moussa Ahmed Idriss, auréolé d’une longue et inlassable lutte pour l’accession de notre pays à l’indépendance, est un saint homme qui ne s’est pas enrichi par la politique et qui n’a jamais accusé quiconque à tort : s’il avait été battu à la régulière, il aurait certainement été le premier à reconnaître sa défaite et à féliciter son tombeur.

Le fait est que, hier comme aujourd’hui, des listes électorales falsifiées à la composition partisane des bureaux de vote (sans oublier le toujours folklorique Conseil Constitutionnel), les consultations électorales relèvent très largement de la mascarade à seul usage externe : les Djiboutiens n’ont jamais accordé grand crédit à la légalité, encore moins à la légitimité, du pouvoir en place. Passons !

Le candidat précoce (quand le bilan est si catastrophique, il faut bien partir avant les autres) aurait d’une part à son actif une glorieuse liste de réalisations. Par la magie de la ventriloquie politique, on apprend en lisant sur les lèvres immobiles d’un prétendu sympathisant (accessoirement entrepreneur vivant certainement de quelque commande publique) que « le Président a aujourd’hui un bilan sur lequel on ne peut l’attaquer. Les retards de salaire ? Un vieux souvenir. La guerre ? Un cauchemar oublié. La corruption ? Efficacement combattue. On ne peut vraiment pas l’accuser d’immobilisme… ».

Non, en toute honnêteté, ce serait plutôt de régression qu’on l’accuserait : retards de salaire persistants (peut-être que cet entrepreneur fait partie des privilégiés privés pas concernés par la colossale dette publique intérieure), un conflit civil dont les causes s’aggravent et les conséquences s’éternisent, une corruption généralisée à tous les niveaux, donnant à notre pays la configuration d’un narco-Etat.

Mais, inutile de montrer quoi que ce soit à qui ne veut pas voir la flagrante réalité. C’est ce déni du réel qui autorise alors le griot réquisitionné (peut-être parce qu’il est un des très rares démobilisés de la Paix d’Ab’a sur des milliers à avoir bénéficié d’une réinsertion socioprofessionnelle, à vêtir les habits du bookmaker politique en pariant sur les chances et les malchances des candidats potentiels de l’opposition. Le raccourci est aussi saisissant que bref : « Dini ? Un peu trop âgé ! serait-on tenté de penser. DAF : un peu trop jeune, non ? dirait la ménagère de 50 ans en fronçant les sourcils ». Heureusement, ladite ménagère ne dit pas cela : elle froncerait plutôt les sourcils devant sa difficulté à remplir son panier.

Rappelons, pour les ignorants officiels, que M. Gouled avait 70 ans au moment de l’Indépendance, et que l’actuel Président de la Géorgie est un trentenaire, beaucoup plus jeune que notre fringant et souriant Premier ministre, et avec énormément plus d’expérience politique et d’engagement militant. Curieusement, le thuriféraire de service a préféré passer sous silence les Présidents des deux autres partis politiques d’opposition, MM. Ismael Guedi Hared et Mohamed Daoud Chehem. En temps utile, l’UAD déterminera souverainement sa stratégie et choisira son candidat unique.

Parce que nous sommes une civilisation couchitique, la morale des fables y est prégnante, dans la pure tradition du philosophe Luqman. Ainsi, le lièvre dont le candidat-Chef de l’Etat endosse si précipitamment le rôle, est synonyme dans nos cultures, non pas de responsabilité ou de sérieux, mais de ruse, de traîtrise et de félonie. Par contre, la tortue qui symbolise si bien l’attitude responsable des dirigeants et des militants de l’UAD, renvoie quant à elle à la persévérance et à la foi en un destin transcendant: « Dieu fait-il partie du complot ? » demanda-t-elle un jour que sa mort prochaine lui était annoncée, bien avant que sa carapace protectrice ne la recouvre. Assurément, Dieu ne participera jamais à ce qui n’est qu’un minuscule complot contre le peuple djiboutien.

Pour qui douterait encore que cette prétention à un second mandat relève d’un intolérable complot contre les intérêts vitaux du Peuple Djiboutien, il suffit de laisser la parole au griot qui explique le pourquoi de la cession des biens nationaux à des intérêts étrangers : « dans un pays comme le nôtre où la perle rare qui évite de manger de ce pain-là est considérée comme une poule mouillée et où le bon vivant se servant à bras raccourcis passe aux yeux de sa famille, de ses voisins et de ses amis pour un « lion » (libah, louback ou assad, c’est selon) on ne doit pas se demander pourquoi le chef de l’Exécutif s’empresse de sauver ce qui peut l’être en en confiant la gestion à des compétences étrangères ». Donc, c’est parce que ses compatriotes seraient culturellement des voleurs patentés que le Chef de l’Etat brade notre patrimoine national aux intérêts privés étrangers. Nos compatriotes apprécieront.

Deux questions enfin : qui nomme tous ces voleurs à des postes où ils peuvent voler ? Alors que des lois existent en matière de répression de la délinquance financière, qui est en position d’assurer l’impunité aux voleurs patentés ? Une seule personne : le candidat prématuré et imprudent à sa propre succession.

Mais il semble oublier un seul détail, mais de taille : l’opposition n’a pas vocation à être sans cesse spoliée de sa victoire. Tendre l’autre joue n’est pas dans notre culture.


Israël/Etats-Unis : Tsahal cherche aide de camp de concentration

Mitrovitca, samedi 17 avril 2004 : commentant avec virulence les récents développements de la situation au Proche-Orient et au Moyen-Orient, suite au soutien de George Bush au plan de séparation et d’annexion préparé par Sharon, des policiers de la force d’interposition des Nations Unies, des Américains et des Jordaniens, se tirent dessus. Bilan : au moins deux morts et six blessés. Tension gravissime quand on sait tout ce que les États-unis ont sacrifié pour empêcher le massacre de Musulmans dans les Balkans au cours des années 90. L’actuel soutien inconditionnel apporté par l’administration républicaine aux agressions sionistes et son enlisement dans les sables d’Irak n’ont pas fini de déployer leurs conséquences dramatiques pour la stabilité internationale.


« Bush donne ce qui ne lui appartient pas à ceux qui n’y ont pas droit » : ainsi résumait poliment un palestinien le soutien que l’administration américaine venait d’accorder au plan de séparation unilatéralement concocté par Sharon. Le marché proposé par le chef du Likoud est aussi clair que machiavélique : démanteler quelques minuscules colonies pour en épargner d’énormes et, du même coup, annexer une large portion d’un territoire palestinien délimité comme un vaste camp de concentration à ciel ouvert par un mur et des barbelés. Ce que l’Autorité Palestinienne a bien évidemment condamné avec la plus extrême vigueur : ceci constitue une remise en cause de toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, des Accords d’Oslo et de la fameuse feuille de route, pourtant instaurée par les Etats-Unis quelques mois auparavant et internationalement saluée pour sa cohérence.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser le Président Bush à un revirement aussi spectaculaire qu’inédit ? C’est la dernière once d’impartialité que l’on serait en droit d’attendre d’une telle superpuissance qui disparaît ainsi. Car les responsables politiques palestiniens et européens sont fondés à dire que ce n’est pas entre Israël et les Etats-Unis qu’un accord de paix doit intervenir, mais plutôt entre Israël et l’Autorité Palestinienne. On est en effet bien loin des miracles qu’avait produits en son temps la célèbre « diplomatie des petits pas » chère à Henry Kissinger.

Comme on est bien loin de la solidité des positions tenues par Madeleine Albright : la politique étrangère américaine semble aujourd’hui connaître, spécialement au Proche et au Moyen-Orient, ses heures les plus sombres. Pour en revenir aux motivations qui ont poussé George Bush à cautionner un unilatéralisme sioniste dangereux pour la suite des événements, une réponse viendrait tout de suite à l’esprit : des considérations aussi pressantes que conjoncturelles de politique intérieure. En d’autres termes, c’est le retour du bâton : les déboires des Coalisés (de moins en moins solidaires puisque plusieurs pays retirent leurs troupes ) en Irak semblent négativement peser sur la campagne électorale du candidat républicain à sa propre succession. C’est donc son besoin impérieux de s’attirer les bonnes grâces du très influent lobby juif qui aurait poussé George Bush à un tel déni de la légalité internationale et du droit des peuples à l’autodétermination.

Ce n’est certainement pas rendre service au Peuple d’Israël, qui a le droit d’exister au moins autant que les autres. Mais tant que la légitimité de l’État sioniste relèvera de la théodicée ( justification religieuse du besoin d’espace vital pour un Peuple élu autorisé à s’installer sur la terre des autres et à l’annexer en toute impunité), et en déniant tout droit de retour dans leur patrie aux millions de réfugiés et expulsés de 1948, il sera difficile de trouver un modus vivendi entre Israéliens et Palestiniens. Le sacré doit être général ou ne doit pas être invoqué à sens unique.

En donnant un tel blanc-seing au plan sioniste de séparation unilatéral, en cautionnant une aussi grave remise en cause de la légalité internationale et du processus de paix, l’administration américaine s’est du même coup ôté le peu de légitimité qu’elle aurait pu être en droit de se prévaloir pour justifier sa guerre d’Irak. Ce serait en effet sous-estimer la capacité de mobilisation d’Al Qods pour les masses musulmanes que d’ignorer les ravages causés par ce dramatique revirement de la diplomatie américaine. Comment prétendre remplir une mission civilisatrice dans les sables irakiens (installer la démocratie) tout en violant les droits inaliénables du Peuple Palestinien martyrisé ? Avec la meilleure bonne volonté du monde, aucun Irakien ne pourra plus sérieusement croire que les soldats américains sont chez lui pour le sauver malgré lui. Du coup, devant une telle injustice, c’est le soldat américain qui ne se trouvera plus aucune raison sérieuse de mourir en Irak.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 92 du mercredi 14 avril 2004

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Réalité numéro 92 du mercredi 14 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Cinquièmes propos du Président
  4. Djibouti inondée
  5. Courrier des lecteurs : Démobilités de tout le pays unissez-vous
  6. Irak : un bourbier mondial ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 92

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

PRESIDENT A TEMPS PARTIEL :

L’IMPOLITESSE DU DESESPOIR

« Je ne savais pas ce qu’ils avaient dans le ventre ! Coupez ! Coupez ! » : ainsi criait hors plateau un pathétique fonctionnaire-journaliste au soir du 10 janvier 2003. C’est que les commentaires en direct des représentants de l’UAD à cette soirée post-électorale déplaisaient en haut lieu et en temps réel. Par portable interposé, ce haut lieu avait tenu à vertement remettre son journaliste à sa place car, même politique, un spectacle a ses limites. Celles tracées par ce qui est localement défini comme étant politiquement correct : il était inadmissible qu’un(e) journaliste se défasse de ses œillères de parti unique et tende le micro à des opposants sur les ondes de médias qui ne sont publics que sur le papier et par leur budget de fonctionnement.

La dernière en date de ce qui est pompeusement qualifié de conférence de presse présidentielle, à l’occasion d’un cinquième anniversaire (sorte de répétition générale avant la grande foire de l’année prochaine) que telle veuve éplorée n’a pas daigné respecter sous d’autres latitudes, est venue rappeler, encore une fois pour qui serait sourd ou aveugle, que le respect du pluralisme se heurte encore à un problème de circonférence… de presse bien entendu.

Passe encore que le Chef de l’Etat s’épanche à n’en plus finir sur les ondes et dans les colonnes des médias publics devenus griots : quand l’incantation et l’autoglorification remplacent la véritable action, il est somme toute normale de profiter de la publicité gratuite en usant et en abusant de la télévision et des journaux d’État, cantonnés dans le triste rôle de la voix de son maître, si chère à une célèbre page de pub. Passe aussi que « Le Progrès » consacre la totalité de son encre (heureusement délébile) aux exercices d’exégèse et d’herméneutique des dits et des redites du Président du RPP, donc de ce fait Président (à temps) partiel de la République : quand on n’est pas astreint au rendement, on peut délirer à perte, comme l’aurait dit La Palisse.

Mais il est inadmissible de prétendre donner une conférence de presse en limitant la presse à sa presse. Non pas que les journalistes de l’opposition aient raté un événement exceptionnel dans la litanie de ce pathos, mais par respect dû à nos lecteurs et à tous nos concitoyens, il est de notre devoir de relever et de dénoncer cette discourtoisie présidentielle. Rappelons modestement que, selon les chiffres officiels validés par le folklorique Conseil Constitutionnel, l’UAD représentait près de 37% du corps électoral lors des législatives de janvier 2003 : la constance dans l’échec de ce régime a certainement accru ce pourcentage aujourd’hui.

Plus grave encore : quand l’on sait que la fraude et l’incompétence administrative ont également condamné plus de 50% des électeurs à l’abstention forcée, ce sont près de 87% des citoyens en âge de voter qui ne se sont pas reconnus dans la prétendue et ubuesque mouvance présidentielle. Donc, interdire la presse d’opposition de participer à une conférence de presse au cours de laquelle le Chef de l’Etat est censé (sensé ?) s’adresser à tous ses concitoyens (et par conséquent à la presse qui les représente) dénote une conception des médias très proches de celle des commanditaires de feue « La Pravda ».

A travers nous, c’est envers une très large frange de ses concitoyens que le Président de la République a manqué de respect. Quand on prétend avoir été élu par le suffrage universel et quand on se prétend démocrate invétéré, un tel sectarisme fait un peu usurpation de titre et de fonction. Mais lorsqu’une politique est fondée sur le blabla, le gaspillage, le reniement et les indélicatesses en tous genres, il est malheureusement normal que ses tenants préfèrent éviter les vraies questions : la fraude est là pour leur permettre d’éviter la vraie sanction populaire.

Ce spectacle est vraiment nul : il est hors de question de renouveler les mandats et les parodies de série B. Coupez !


Brèves nationales

Festivités présidentielles :

Un rituel coûteux et dépassé

Ilot de prospérité dans un océan de précarité, la Présidence se distingue depuis l’arrivée au pouvoir de son actuel locataire, par ses dépenses somptueuses et ses cérémonies fastueuses, aux frais du contribuable bien sûr. Cette année, le maître des lieux et des cérémonies n’a pas dérogé à la règle qu’il a lui-même établie voilà cinq ans. Au programme : distribution massive de khat premium, banderoles aux slogans creux, animations musicales assurées par des troupes partisanes et autres associations-maison grassement rémunérées pour l’occasion. Le tout bien entendu présenté comme une fête de la jeunesse, dédiée à l’illustre bienfaiteur. De Balbala à l’esplanade du Palais du Peuple, la jeunesse djiboutienne aurait donc fêté comme il se doit l’anniversaire d’un mandat présidentiel prétendument consacré à assurer son avenir.

Mais, au fait, de quelle jeunesse s’agit-il ? Celle devenue dorée depuis mai 1999 ou celle composée de l’immense majorité des désœuvrés exclus du système scolaire et des démobilisés attendant leur réinsertion sociale, bref, le lumpenprolétariat du nouveau millénaire ? Il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin. Quoi qu’il en soit, le Chef de l’Etat continue à se gargariser des succès virtuels de sa politique de développement. Il doit confondre le développement exponentiel de ses moyens de propagande avec le développement économique en vain attendu par la Nation djiboutienne. Le décalage entre les propos présidentiels et la réalité quotidienne n’en est que plus patent.

En tout état de cause, la mystification copieusement servie par la RTD avec les moyens techniques du studio personnel présidentiel, a fait flop. En attendant, fêtez, fêtez, il en restera toujours quelque chose : la nausée indispose mais ne tue pas. La cruelle vérité aura le dernier mot.

Parabole à propos de l’affaire Borrel :

Le cadavre commence à parler

Comme nous l’avions laissé entendre dans une précédente édition, le cadavre du juge Borrel commence à parler : si, comme le cadavre de la parabole tirée du Coran, il n’a pas encore nommément désigné ses meurtriers, la persévérance de la veuve du magistrat, soutenue par toute l’opinion publique française, commence à porter ses fruits. En effet, la levée du secret défense a permis de définitivement écarter la thèse du suicide jusque-là privilégiée. Dès l’annonce de cette mesure par la ministre de la Défense, Mme Borrel avait déclaré : « c’est une bonne nouvelle. On va pouvoir enfin avoir accès rapidement à ces documents. Je pense qu’on va découvrir que le gouvernement savait que Bernard a été assassiné. ». Deux semaines après que le juge d’instruction en charge de ce dossier ait pris connaissance de ces documents, nous apprenons que deux hauts responsables des services djiboutiens de sécurité sont nommément mis en cause dans cette affaire… A suivre.

Eclairage public :

La Capitale dans la pénombre

Les feux d’artifice tirés çà et là à l’occasion de l’avant-dernier anniversaire du mandat présidentiel n’y changeront rien : notre Capitale reste très mal éclairée un peu partout. Sur certaines artères, un poteau électrique sur deux ne diffuse aucune lumière et cette situation ne se limite pas aux quartiers populaires. Les quartiers huppés ne sont pas épargnés par cette pénombre générale.

Mais la preuve la plus visible (sans rire) de cette obscurité qui gagne du terrain reste la route du front de mer menant de la Siesta à … Haramous. Si le jour, les plus hauts responsables de l’État empruntent cette route bien bitumée, la nuit, les puissants projecteurs de leurs résidences cossues leur suffisent apparemment. Tant pis pour les promeneurs, ils devront s’équiper de mini torches électriques comme en brousse.

La Tribune d’Ali-Sabieh :

Halte aux intimidations !

Suite à la parution du n°9 de notre renaissant confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh », le Président de la Ligue de la Jeunesse Assajog et Directeur de publication de ce journal, M. Abdoulkader Abdillahi Miguil a été arrêté par la police dans la soirée de dimanche 11 avril 2004. Interpellé, selon nos informations, sur plainte déposée par un ministre s’étant estimé diffamé, il a été relâché le lendemain vers midi.

Quoi qu’il en soit, cette affaire est bien la preuve que cette dynamique association dérange fortement le pouvoir en osant révéler l’échec gouvernemental dans sa région. Nous exhortons ce jeune confrère à persévérer dans son indépendance.

Interview présidentielle :

Flagrant délit de maquillage

Jeudi dernier, dans les salons feutrés de la « Maison-Blanche » miniature, le Chef de l’Etat s’est prêté au jeu de questions-réponses dont il a le secret, face à la presse présidentielle complaisante. Le souci de donner à cet exercice démagogique l’éclat que ses propos n’arrivent pas à lui conférer, une opération de transcription a été mise en œuvre dans les colonnes de son organe de presse « Le Progrès. Mais ce zèle postproduction n’en a rendu que plus compliquée toute tentative de décryptage du message présidentiel. C’est pourquoi nous y renonçons, nous qui pensions naïvement, dans le respect de la déontologie journalistique, qu’une transcription devait fidèlement reprendre les propos verbaux. Jugez-en vous-mêmes.

A une même question, le « numéro un djiboutien » aurait apporté deux réponses différentes : ce n’est plus de l’ubiquité mais de l’omniscience multidimensionnelle. Comprenne qui pourra ! Pour notre part, nous n’avons rien compris à l’esbroufe officielle cherchant à maquiller l’incontournable réalité nationale. Voici le texte de cette déclaration stéréophonique telle que présentée par notre inimitable confrère « Le Progrès » dans son édition n°106 du 8 avril 2004 :

« Question : Lors de vos entretiens dernièrement avec une délégation du Parlement européen, vous avez fait part à vos interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et prioritaire.

Alors face justement à tant de besoins : en eau, en matière d’éducation, de santé, de lutte contre le SIDA, aux doléances des populations des districts de l’intérieur, à la nécessité de renforcer les infrastructures ou de construire des logements, comment se détermine le Gouvernement ?

Réponse : Je répondrai par l’affirmative dans la mesure où nous avons commencé d’abord à réduire le coût de la vie en ramenant tous les barèmes de nos taxes intérieures de consommations de 33% à 8%. Nous sommes entrés par la suite dans une phase de formation professionnelle. Ensuite, nous nous sommes attelés à obtenir la réhabilitation de nos infrastructures. Nous nous sommes engagés à créer les conditions nécessaires à attirer les investissements directs étrangers.

Mais le chemin est long et les difficultés subsistent avec les coûts exogènes, c’est-à-dire le pétrole qui est en flambée ces derniers temps mais les statistiques sont là pour dire que le nombre des jeunes qui ont obtenu d’emploi est nettement meilleur qu’avant.

Nous avons également le Service National Adapté (SNA) qui nous permettra de toucher une frange de notre population qui a besoin d’être secourue pour ne pas tomber dans la délinquance. »

« Question : Lors de vos entretiens dernièrement avec une délégation du Parlement européen, vous avez fait part à vos interlocuteurs que Djibouti tout paraît urgent et prioritaire. Alors face justement à tant de besoins : en eau, en matière d’éducation, de santé, de lutte contre le SIDA, aux doléances des populations des districts de l’intérieur, à la nécessité de renforcer les infrastructures ou de construire des logements, comment se détermine le Gouvernement?

Réponse : Oui, je confirme avoir dit, tout paraît prioritaire et urgent, puisque nous avons tout à faire. C’est la première fois d’abord que notre pays obtient un taux de croissance qui dépasse le taux de la démographie. C’est une bonne chose. Nous avons stabilisé nos dépenses publiques, réduit notre dette et notre déficit. Nous avons des problèmes climatiques. Nous avons des problèmes de l’eau. Nous avons des problèmes d’énergie. Nous avons un grand programme de développement énergétique et de recherche de l’énergie la moins chère. Nous sommes engagés dans une politique tout azimut qui va du secteur de l’énergie éolienne, de l’énergie renouvelable jusqu’aux recherches d’exploitation pétrolière. Nous avons un grand programme avec la Banque Mondiale pour assurer à tout investisseur étranger et pour notre devenir économique c’est-à-dire à savoir créer les conditions les plus favorables à toute industrie naissante et à tout développement économique, c’est-à-dire l’eau et l’énergie la moins chère possible. Je pense qu’on va y arriver. »

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu la semaine dernière en France de Iwad Hassan Moussa, dirigeant du FRUD et Secrétaire Général du ministère de l’Emploi. Militant indépendantiste et combattant de la Démocratie, notre ancien compagnon de lutte fut successivement cadre du MPL, du FDLD et haut responsable militaire du FRUD. Depuis 1995, Iwad Hassan Moussa était un haut fonctionnaire membre du Comité Central du FRUD. Il laisse une veuve et quatre enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille de Iwad Hassan Moussa. Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin. Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun.


Cinquièmes propos du Président

La démagogie contre la vérité (Préambule)

A l’occasion du cinquième anniversaire de son arrivée au pouvoir, le Chef de l’Etat a réitéré ses démonstrations sous forme de Conférence-bilan préélectorale, en répondant aux questions préétablies et studieusement dispatchées aux journalistes du service public, uniquement. Au cours de cet exercice de style, le Chef de l’Etat qui étale sa maîtrise des langues locales ( à une exception notoire) et étrangères, a tenté de bien jouer la partition en variant les réponses entre le somali, sur les questions relevant de la politique, le français pour le reste. Tout le monde était censé comprendre comme nul n’est censé ignorer la loi.


L’indispensable, à une année de l’élection présidentielle, est avant tout de vous faire relire un extrait de son discours d’investiture du 10 mai 1999 que voici : « Je prête serment d’inspirer et de mettre en œuvre les réformes les mieux adaptées pour le développement de mon pays. Je prête serment pour la défense de la liberté de ma patrie, de son égalité, de sa paix, fondement de sa devise et force de l’âme djiboutienne mue par l’espoir d’ouvrir toujours plus grandes, aux hommes comme aux peuples, toutes les portes de la vie… »

Considérant qu’il n’est pas ici nécessaire de rappeler les conditions dans lesquelles l’actuel Chef de l’État est arrivé au pouvoir, ni les atteintes aux droits de l’Homme consécutives à cette arrivée, il serait toutefois malhonnête de ne pas citer quelques initiatives présidentielles contraires au Serment suscité. Tout le monde le sait : la continuité de la guerre, le massacre des civiles, l’emprisonnement des opposants et principalement l’usage de la force avec mort d’homme à la résidence de son Challenger M. Moussa Ahmed Idriss, l’attaque à la grenade du siège de la naissante Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), etc. L’Accord de paix avec le Frud-armé n’étant intervenu qu’exactement deux ans après son investiture, le 12 mai 2001, la situation politique reste toujours bloquée et pour cause : l’initiative de la paix venait du FRUD-armé.

Le bilan de cinq années du Chef de l’État, avec les immenses pouvoirs qui sont les siens, nous semble médiocre. C’est ce que nous tenterons de démontrer dans les lignes qui suivent, sur la base de ses propres propos. Nous devons vous permettre de distinguer la démagogie et la mystification de la vérité.

Du bilan général

Un bilan étant un instantané pris à une date donnée, l’image du pays décrite par le Président de la République se présente comme suit.

Bien que les questions posées par les journalistes présents portaient souvent en elles-mêmes leurs réponses, la première réplique du Chef de l’État a été « Je pense avoir restauré la paix des cœurs entre nos citoyens. Je pense avoir renforcé la citoyenneté djiboutienne et l’amour du peuple ».

Plus loin : « La formation de l’homme a été au centre notre stratégie aussi bien de nos populations qui habitent dans les régions les plus reculées, pour avoir combattu la déperdition de nos écoles, d’avoir ramené la confiance en nous-mêmes, la confiance de la communauté internationale… ».

Nous ne pouvons pas nous empêcher de rappeler, qu’après un interminable et regrettable conflit armé de 1991 à 2000, la voie du dialogue adoptée par les protagonistes pour aboutir à la Paix définitive, en vue de changements jugés nécessaires, a été sabotée par le pouvoir qui en bloque encore l’application. Le régime a non seulement dénaturé le contenu de l’ Accord, dans le sens d’une non application d’une partie et de l’application tendancieuse d’une autre, au mépris du droit international en matière d’Accord et Traité : de quelle contribution à la concorde civile le Chef de l’Etat ose-t-il encore parler dans ces conditions ?

Contrairement à ses affirmations sur la paix des cœurs entre citoyens, nous savons tous que cette paix existait toujours et renforcée depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. Malheureusement, les multiples injustices du régime et leur pérennisation par le maintien d’actes contraires à toute évolution d’une société ont été à l’origine non seulement du conflit mais aussi de l’affirmation d’une opposition nationale pacifique. La persistance des pratiques de parti unique, à travers par exemple l’organisation d’élections truquées dans une démocratie de façade, ne pourra changer en rien le choix du peuple. Raison aussi pour laquelle il nous semble difficile de croire que le Président ait renforcé la citoyenneté, sachant qu’un nombre important de djiboutiens demeure encore sans aucune pièce d’identité et donc apatrides dans leur propre pays.

Il n’est pas inutile aussi de rappeler qu’en matière de citoyenneté, par un décret signé par lui-même en septembre 1999, le Président de la République obligeait le Juge de nationalité à soumettre pour avis au Directeur du service de la population, le jugement de nationalité des personnes concernées. Donc, ce qui nous amène à considérer que de tels actes dénotent les prétentions du Chef de l’État et justifient que les rétentions voulues et entretenues des pièces d’identités, d’une manière sélective, sont tout le contraire d’un sentiment national.

Par contre la confiance de la communauté et des institutions internationales, si perdue elle est, ce n’est certainement pas la faute du peuple, mais celle des dirigeants de notre pays. Cette confiance relève d’une déontologie morale (en politique) et du respect de certaines variables relatives (en économie). Le Président est donc mieux placé que quiconque pour déterminer les responsabilités dans cette perte de confiance. Cependant, si elle est renouvelée pour un temps, celle-ci est indépendante de la volonté de nos gouvernants et tire toutes ses raisons de la présente situation internationale qui a été d’un important secours imprévu.

La grande partie des questions ayant porté sur l’économie, passons donc à ce chapitre peu glorieux de son action. Niant totalement la crise économique et sociale qui perdure, le chômage endémique des jeunes, la pauvreté galopante et les caisses de l’État vidées par on sait qui et pourquoi, le Chef de l’État a soutenu la thèse d’une croissance économique forte, s’est vanté d’avoir réduit le coût de la vie de la population, d’avoir stabilisé les finances publiques, réduit les dettes et le déficit, relancé le marché de l’emploi, compris que la corruption est une question d’éducation, etc. Titanesque !

Quant aux rapports entre Djibouti et le FMI, conditionnant largement toute prétention à un développement durable, chacun se souvient des propos présidentiels tenus dans «Marchés Tropicaux » du 27 juin 2003 : « mon pays arrivera à s’en sortir sans l’aide de personne. Avec les Américains et la renégociation de la contribution française, nous n’avons plus de problème budgétaire, alors fichez-moi la paix ! ».

Nous confronterons la semaine prochaine les rêves présidentiels en matière de développement économique avec la dure réalité quotidiennement vécue. En préambule à cette confrontation, nous soumettons ici à l’appréciation de nos lecteurs, un article paru dans la Lettre de l’Océan Indien du 27 mars 2004, relatant les difficultés du FMI à amener le pouvoir djiboutien à un minimum de sérieux et de transparence.


DJIBOUTI : Pas d’accord en vue avec le FMI

Le FMI met plusieurs conditions à l’ouverture des négociations avec 1es autorités de Djibouti à propos d’un éventuel programme de financement.

Le Fonds monétaire international (FMI) met de sévères pré conditions avant d’accepter la demande des autorités djiboutiennes d’initier des négociations en vue d’une éventuelle nouvelle Poverty Reduction and Growth Facility (PRGF) qui viendrait succéder à l’accord devenu caduc en janvier2003. Le FMI souhaite d’abord que le gouvernement djiboutien complète les réformes structurelles destinées à accélérer la croissance économique et qui n’ont pas été achevées dans le cadre de la précédente PRGF. Il réclame l’adoption d’un budget 2004 qui soutienne la croissance et conduise à la réduction de la pauvreté à la différence du budget additionnel 2003 qui n’a pas répondu à ces objectifs. Le FMI veut également que l’État djiboutien « applique énergiquement le plan de règlement de ses arriérés domestiques ».

Enfin, il demande un ajustement du taux de change du Franc djiboutien. Lors du passage en revue de l’économie de Djibouti dans le cadre de l’article IV des statuts du FMI, en décembre 2003, les experts du FMI ont constaté qu’après six années d’ajustement structurel la situation économique et sociale de ce pays «restait fragile» et que le rythme des réformes visant à soutenir le secteur privé devait s’accentuer.

Ce souhait porte sur la refonte du code des investissements, des lois sur le travail et du code de commerce.

Les experts du FMI estiment également que la création récente de trois nouvelles entreprises publiques va « clairement à l’encontre de la stratégie de privatisation du gouvernement ».

Ces firmes sont la Compagnie nouvelle de Commerce (céramique, pierres de synthèse), la Société d’eau minérale d’Ali Sabieh et la Cimenterie d’Ali Sabieh. Le FMI doute de l’efficacité de ces investissements pour développer l’emploi car pour l’équivalent de 3% du PIB ces firmes créeront moins de 1500 emplois.

Le FMI a dû batailler pour que le gouvernement djiboutien accepte d’intégrer dans son budget les recettes financières exceptionnelles dues à la présence de troupes étrangères à Djibouti. Mais, il voudrait maintenant que ces ressources servent à financer le programme de démobilisation ou le remboursement de la dette intérieure gouvernementale. Les experts de FMI ont opposé leur « ferme désapprobation » du budget supplémentaire pour 2003 élaboré par le gouvernement djiboutien pour financer certaines dépenses gouvernementales jugées non essentielles par le FMI,telles que les dépenses de la présidence pour couvrir des frais de voyages ou le financement d’une nouvelle société étatique.

Le FMI souhaite également une dévaluation du taux de change du Franc djiboutien par rapport au dollar, dans l’espoir que cela restaure la compétitivité de Djibouti et permette d’attirer de nouveaux investisseurs dans ce pays. Enfin, le FMI doute des effets sur la croissance économique des grands projets djiboutiens tels que celui du port en eau profonde et de la zone franche de Doraleh dont la conséquence immédiate sera d’accroître les dépenses d’investissements de l’État.

Or, note un récent document du FMI, « l’expérience de Djibouti dans les années 1980 montre que de larges programmes d’investissement public ne conduisent pas nécessairement à une croissance économique soutenue ».


Djibouti inondée :

Le sinistre est permanent

La météo nationale n’a rien vu arriver. Dans la nuit du lundi au mardi, des trombes d’eau se sont abattues sur la Capitale qui s’est réveillée inondée. Tôt le matin, l’Oued d’Ambouli en crue est sorti de son lit emportant tout sur son passage : Arbres, véhicules, animaux ainsi que malheureusement une vingtaine de personnes surprises dans leur sommeil. Bien entendu, plusieurs rues de la Capitale ne sont praticables que par des véhicules 4×4 en bon état et quelques camions surtout militaires, les transports en commun sont paralysés et les écoles fermées.


Plusieurs grandes artères, ainsi que les quartiers populaires sont inondés, suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Capitale dans la nuit de lundi à mardi. Sans abri, badauds, sinistrés et surtout des enfants insouciants, les rues de Djibouti étaient noires de monde. Si la pluie nourricière tant attendue par les nomades victimes de la sécheresse soulagera la détresse de nos compatriotes ruraux des districts de l’Intérieur, son impact sur la vie quotidienne des habitants de la Capitale reste négatif.

La pluie tombée mardi et les inondations provoquées par la crue de l’Oued d’Ambouli seraient déjà responsables de la mort et la disparition de plusieurs dizaines de personnes. La gestion des catastrophes et l’organisation des secours ne semblent pas être les points forts de ce régime de mauvaise gouvernance.

A ce sujet, les Djiboutiens s’étonnent de ne pas avoir entendu cette fois les sirènes des ambulances et autres mobilisations bruyantes de la protection civile. Normal dira-t-on, le comité ORSEC fait penser à un médecin qui vient après la mort. Au chapitre de la mobilisation des autorités et du secours aux sinistrés, tout juste a-t-on appris que le conseil des ministres a planché sur la question.

Pour leur part, le Chef de l’État et le Premier Ministre auraient survolé la Capitale en hélicoptère certainement pour évaluer l’ampleur des dégâts. Ne dit-on pas que le privilège des privilégiés c’est de contempler les catastrophes d’en haut. Nous verrons dans les semaines qui viennent ce que le régime apportera concrètement comme aide aux sinistrés.

Mais d’ici là il est fort probable que les autorités sollicitent l’aide internationale.

Laquelle aide plusieurs fois obtenue dans le passé a rarement profité aux véritables destinataires finissant le plus souvent par échouer dans les entrepôts ou jardins privés des prédateurs. Il faut malheureusement craindre, suite à ces abondantes pluies, la prolifération des moustiques et mouches, vecteurs de toutes sortes de maladies. Dans un tel cas de figure, difficile de compter sur les pouvoirs publics pour combattre efficacement les fléaux consécutifs aux jours de pluie. Par manque de motopompes volatilisées dans la nature, certaines rues et de nombreux quartiers de la Capitale resteront inondés pour quelques semaines encore. Le système d’évacuation des eaux pluviales dont l’installation ou l’amélioration auraient englouti des sommes astronomiques, reste pathétiquement défaillant. Dans ces conditions l’insalubrité durable risque de s’accentuer pour devenir intolérable.

Le fameux comité de gestion urbaine aura beau multiplier les réunions de grands penseurs, ses cogitations débouchent rarement sur de vraies solutions. La mendicité étant devenue un sport national en haut lieu, les solutions à nos problèmes sont souvent laissées à la générosité extérieure. L’État n’ayant rien prévu de sérieux dans la prévention et la gestion des catastrophes naturelles, le citoyen djiboutien en est réduit à implorer la clémence du bon Dieu.

Car, dans ce gouffre sans fond qu’est devenu l’actuel pouvoir djiboutien, aucune aide extérieure aussi massive soit-elle ne nous mettra à l’abri de la plus petite tempête tropicale. Le principal obstacle au développement de notre pays et au bien être de ses habitants reste fondamentalement politique. La pluie est un don de Dieu, mais il appartient aux hommes de se prémunir dans la mesure du possible, contre ses effets destructeurs.

Partout ailleurs dans le monde, c’est surtout dans les campagnes et les villages que la pluie cause des ravages. Chez nous, malheureusement, c’est dans la Capitale et siège du gouvernement qu’elle est la plus redoutée. Pourquoi ?

Nos sincères condoléances à toutes les familles éplorées.


Le Courrier des lecteurs : Démobilités de tout le pays unissez-vous !

Selon la rumeur, le RPP que nous avons tant combattu armes à la main et que nous combattons encore aujourd’hui pacifiquement, s’apprêterait à appliquer une toute petite disposition de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, en régularisant la situation de quatre (4) anciens cadres du FRUD-armé. Il serait en effet question de leur restituer un salaire illégalement suspendu depuis deux ans : tant mieux pour eux ! Mais je ne crois pas au miracle : pourquoi des gens fondamentalement méchants, ne fonctionnant qu’à coups de bassesses et de trahisons, leur feraient-ils un tel cadeau en les laissant donner le mauvais exemple au sein d’une Fonction Publique, désabusée, anesthésiée et sans syndicat ? A moins que ce ne soit un piège pour que Réalité cesse de paraître.

Par ailleurs, en citoyen anxieux et en badaud curieux, j’ai un peu suivi la conférence de presse du président de la république, au cas bien improbable où il y serait question de paix civile, de réhabilitation des zones de guerre, d’indemnisation des civils et réinsertion des démobilisés. Circulez, il n’y avait rien à entendre ! Il a tout juste évoqué tout le miracle qu’il attendait du Service Nationale Adapté pour résorber le chômage de la jeunesse. Et nous les démobilisés alors ? On dirait qu’il a assisté en somnambule à la cérémonie de signature au Palais du Peuple le 12 mai 2001, à moins qu’il ne soit devenu totalement amnésique sur ce sujet. En tout cas, ce silence est préoccupant pour le présent et dangereux pour l’avenir.

Car, je pose une question et une seule : où a-t-on vu une paix s’installer après un conflit armé sans que ceux qui la faisaient, les démobilisés, c’est-à-dire les anciens combattants, ne soient réinsérés dans la vie civile ? Partout ailleurs dans le monde en conflit, c’est la première préoccupation de ceux qui ont fait la paix : trouver un emploi stable aux anciens maquisards. Pourquoi donc le régime affiche-t-il un tel mépris envers nous ? La réponse ne plaira peut-être pas à tout le monde : maintenant que nous avons déposé les armes, il me semble qu’il nous sous-estime profondément. Comme si nous avions été définitivement inoffensifs, domptés, matés. Donc condamnés à être durablement humiliés.

Pourtant, nous sommes plutôt nombreux, des milliers depuis 1994. gouvernementaux (FNP et AND), FRUD, FRUD-armé : quelle que soit notre origine, aucun programme vers nous. Le PRAC n’existe que sur le papier, faute de financement. Certes, nous savons d’expérience qu’avec nous, ce régime ne sera pas plus tendre qu’il ne l’a été avec ses propres démobilisés handicapés de guerre : les gâchettes faciles de la garde présidentielle, qui n’ont pas encore entendu parler de la réconciliation nationale, n’attendent que l’occasion pour réprimer dans le sang toute manifestation pacifique de notre part.

Mes Frères, trop c’est trop : il est vraiment temps que nous nous organisions à travers tout le pays pour que notre voix soit entendue et nos droits reconnus. La Paix ne peut se faire contre nous, à notre désavantage : la Paix n’a pas de victimes, elle n’a que des bénéficiaires ! Refusons d’être les laissés-pour-compte. Revendiquons avec force ce qui nous revient légitimement !

H.

Démobilisé du FRUD-armé

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COMMENTAIRES

Même s’il ne nous est pas explicitement adressé (quoiqu’une partie de nos cadres et militants soient aussi des démobilisés), ce courrier nous interpelle à plus d’un titre. Tout d’abord, pour exprimer ici notre entière solidarité avec cette juste cause : nul ne doit être lésé dans un processus de paix. Ensuite pour rappeler que nous demandons sans cesse la stricte application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, sans jamais manquer de souligner à quel point les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les démobilisés sont aujourd’hui les premières victimes non pas de la paix, mais d’une injustice qui a conduit hier aux tristes épisodes que l’on sait.

Enfin pour dire que les démobilisés ne sont pas les seules victimes de cette injustice qui tire son origine d’un grave déficit démocratique : c’est tout le Peuple qui en souffre, auquel il est interdit de librement choisir ses représentants politiques, à tous les niveaux.


Irak : un bourbier mondial ?

Il y a un an, après nous être réjouis pour le Peuple irakien de la chute du dictateur Saddam, nous prédisions, rejoignant en cela les analyses de Madeleine Albright, un bourbier pour les Coalisés, jusqu’à ce jour incapables d’apporter le début d’une preuve de l’existence d’armes de destruction massive, ni de reconstruire un État qu’ils ont si facilement détruit. Pire, cet enlisement a pris depuis une semaine une tournure dramatique, dont tout le monde se serait bien passé ! Un an après la chute du dictateur, gros plan sur la Pax Americana en Mésopotamie.


Au cours d’une conférence de presse tenue depuis son ranch du Texas le week-end de Pâques, et avec un surprenant sens de la litote pour quelqu’un qui a habitué son monde à un verbe crû, George W. Bush déclarait : « Nous avons eu une semaine chaude ! » En effet, elle l’a été, surtout pour les Irakiens. Selon des organisations non gouvernementales, les combats de la semaine à Falloudja se seraient soldés par près de 600 morts et 1200 blessés irakiens, dont 250 femmes et 200 enfants.

Un membre du Conseil Intérimaire de Gouvernement (CIG) critiquant le manque de discernement des Marines ( des sources étrangères autorisées font même état de l’incursion de chars d’assaut dans l’enceinte d’une mosquée dans un quartier de… Bagdad) parle de « réponse disproportionnée et injustifiée », tandis qu’aux yeux du Peuple irakien désormais uni contre l’occupant, c’est du « terrorisme » pur et simple. Accusations que corroborent les propos du colonel Brennan Byrne qui, dans une interview accordée à l’AP (Associated Press), déclarait : « Les Marines sont entraînés pour être précis avec leur puissance de feu… Le fait qu’il y ait 600 victimes prouve que les Marines sont très bons dans ce qu’ils font ».

Quoique illégaux et appelant au meurtre, les assassinats ciblés du terrorisme sioniste font moins de victimes civiles en si peu de temps.

Rappelons que c’est l’interdiction de paraître du journal défendant les idées de l’imam radical chiite (hostile à toute présence militaire étrangère sur son territoire national) Moktadal Sadr et l’arrestation de son directeur de publication qui a mis le feu à cette poudrière qu’est malheureusement devenu l’Irak pour lequel les États-unis d’Amérique avaient certainement des projets autrement plus pacifiques… et rentables.

L’autre détonateur étant l’insoutenable spectacle, de l’immolation post-mortem (profanation des corps formellement interdite en Islam) de quatre Américains tués dans une ambuscade, risquant de provoquer un « syndrome de Mogadiscio » que l’état-major des Coalisés ne pouvait laisser s’installer, au risque de voir les troupes se durablement démobiliser. Cet acte, lâche et démoniaque, commis par des civils en dit assez long à lui tout seul sur la rancœur d’un Peuple irakien cherchant le pire moyen de se venger pour restaurer une dignité bradée par les troupes régulières et la Garde Présidentielle de Saddam Hussein.

Le massacre de la semaine dernière aggrave et complique la donne politico-militaire en Irak. Surestimant à tort une hypothétique haine entre Chiites et Sunnites, tout en sous-estimant le sens de l’honneur des Irakiens, les stratèges de la Maison-Blanche et du Pentagone avaient tout prévu sauf le scénario d’un Peuple communiant ouvertement avec la résistance, comme ils n’ont certainement pas prévu, l’insubordination des toutes nouvelles forces de sécurité mises en place par la coalition, aux injonctions du Pentagone. Ce qui nous autorise à prévoir que pour les États-unis (là-bas à tout le moins), le compte à rebours a commencé. De Nassiriya au sud à Mossoul au nord, de la frontière syrienne à la frontière iranienne, c’est donc tout l’Irak qui s’embrase et toute sa population qui se soulève. Mais il y a plus inquiétant. Le veto opposé par les Etats-Unis à la condamnation par le Conseil de sécurité de l’assassinat de Cheik Yacine par l’Etat sioniste, a été interprété comme un encouragement, aussi bien par Israël que par les Palestiniens à la poursuite de ces méthodes meurtrières, illégales et non conventionnelles.

Mais ce veto a surtout été ressenti par l’ensemble du monde arabo-musulman comme une humiliation et par les groupuscules extrémistes comme une déclaration de guerre contre l’Islam. Surtout, toute notion de légitimité et de légalité devient ainsi floue, incertaine : on chercherait vainement une différence de nature entre la violence des puissants et celle des faibles. Cette impunité d’État incline les démunis à adopter une posture de désespoir : s’il n’y a plus rien à perdre, à quoi bon protéger sa vie ou respecter celle d’autrui ? C’est ce qui explique la recrudescence des prises d’otages. A ce chapitre, l’on ne peut que s’étonner de l’étonnement de Pékin à la suite de la prise en otages de civils Chinois cantonniers sur une route d’Irak : même si la Chine n’y a aucune présence militaire, comment justifier que ses ressortissants trouvent en Irak, en dehors du cadre de la coopération bilatérale, un emploi que les Irakiens recherchent vainement depuis un an ? Plus grave, nous apprenons que depuis lundi 12 avril, le Pentagone a lancé une fatwa contre l’imam radical Moktadal Sadr, déclaré wanted mort ou vif, dans la plus pure tradition du Far-West, les Irakiens Chiites et Sunnites confondus ne sont pas les Apaches ou des Aborigènes.

Tandis que le grondement de la colère populaire de ces pays est parfaitement audible pour qui sait et veut entendre, il faut être aveugle pour ne pas mesurer le risque réel et grand de la propagation de ce brasier, de cette région à l’ensemble du monde. La radicalisation et la détermination des groupuscules extrémistes font peser un grave danger sur la stabilité des pays considérés comme les alliés des États-unis : ils sont nombreux.

La raison commande que ne soit pas laissée aux seuls États-unis et obligés l’urgente solution à la crise irakienne.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 91 du mercredi 7 avril 2004

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Réalité numéro 91 du mercredi 7 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’économie dérape
  4. Courrier des lecteurs : le point sur Obock
  5. 1994 : génocide au Rwanda
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 91

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

CONSOLIDER LA PAIX :

UNE NECESSITE ET NON UN MIRACLE

Dans le numéro 2 de sa « Lettre du Consommateur », paru en février 2004, l’Union pour la Défense des Intérêts des Consommateurs (UDIC) rapporte des propos attribués à un responsable d’une institution financière de la place : « Nous savons que le Djiboutien n’est ni constant ni endurant dans ses engagements et nous avons la certitude que ce mouvement va s’essouffler bientôt ». Sans accorder une foi précipitée et expéditive à la relation de cette sentence dépréciative, il faut bien admettre que depuis le 27 juin 1977, nos concitoyens ne se distinguent pas par un excès de mobilisation, mis à part quelques tristes épisodes mouvementés et la remarquable campagne des dernières législatives. Alors que l’action de l’opposition consiste, surtout depuis septembre 2002 et la fin du monopartisme de facto, à réactiver l’exercice du bon sens et du libre-arbitre citoyens, force est de concéder que, pour sa part, le régime entretient avec le Peuple un rapport de servitude, justement fondé sur la démission du citoyen que la généralisation des fraudes (pas seulement électorales) condamne à la posture du spectateur en état d’ataraxie.

Lequel citoyen n’a alors aucune prise sur les événements, ni aucun repère objectif, inscrit dans la durée et la prévisibilité, pour lire la vie politique nationale, la meilleure preuve en étant que les « dirigeants » cooptés et imposés par le parti au pouvoir accusent pour le moins un sérieux déficit de légitimité populaire. Par réaction d’impuissance à cette dépossession, et en tant qu’être humain aspirant au bonheur sur terre, le Djiboutien espère à tout moment un changement radical dans la gestion de la chose publique et dans la façon d’exercer la politique. Bref, il attend un miracle.

Dernier miracle attendu : le pays bruisse ces temps-ci de rumeurs relatives à l’application imminente par le régime de toutes les dispositions contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certes, on peut parvenir à un accord pour différentes raisons : notre responsabilité envers le Peuple nous commandait de sortir de l’impasse militaire et de trouver une issue politique honorable pour les deux parties. C’est pour cela que le principal acquis de cet Accord concerne tous les Djiboutiens sans aucune distinction : c’est la primauté absolue accordée à l’instauration d’une véritable Démocratie, aux niveaux national et régional. Pour le régime, il se peut que ses motivations aient surtout été opportunistes : grâce aux fraudes électorales, accepter la paix que nous lui proposions ne remettait sa survie ni immédiatement ni ipso facto en cause.

Mais, si venaient à faire défaut le sens des responsabilités historiques et le respect des engagements solennellement souscrits, un régime appliquerait alors un accord de paix pour une raison et une seule : l’impérieuse nécessité par laquelle s’impose la transcendance de la volonté générale. En d’autres termes, à moins de supposer qu’une partie au conflit a intrinsèquement tort, il est impossible (et politiquement suicidaire) de prétendre empêcher un Peuple de se réconcilier avec lui-même !

Et, effectivement, du Nord au Sud du pays, les citoyens expriment une même exigence : la consolidation de la Paix est une absolue priorité, qui passe obligatoirement par l’instauration d’une réelle égalité entre toutes les composantes de la communauté nationale. Même si, pour des raisons aisément identifiables, une telle application prenait les airs d’un programme en action de campagne électorale, nous serions les derniers à nous en offusquer : l’essentiel étant de reconstruire ce qui a été détruit et de consolider l’unité nationale. En tout état de cause, tôt ou tard (et mieux vaut tôt que tard), l’Accord de Paix du 12 mai 2001 sera inéluctablement appliqué car, dans l’Histoire de la Démocratie, il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur : le Peuple confiant dans sa maturité et dans son droit à l’Etat de droit.

Et conséquent dans sa détermination à vouloir progresser : c’est cette intime conviction qui nous anime et c’est sur elle que se fonde notre action : parce que nécessité fait loi.


Brèves nationales

D’Obock à Médého :

Fausses promesses pour vraie campagne

Est-ce pour oublier ses déboires dans les districts d’Ali-Sabieh et Tadjourah que le Chef de l’Etat s’est rendu en catimini le week-end dernier dans la région d’Obock où sa politique de réhabilitation en trompe l’œil déplait fortement aux victimes du conflit ? Déjouant l’enclavement grâce à son hélicoptère, l’illustre candidat s’est posé jeudi matin dans la ville d’Obock le temps d’un copieux déjeuner suivi d’une distribution massive de Khat. Dans l’après-midi du même jour notre globe-trotter national a survolé le massif des Mabla avant de se poser à Medeho, oasis de verdure et de fraîcheur, gros village bien peuplé avant le conflit. Aujourd’hui, après plus d’une décennie d’abandon ses rares infrastructures (école, dispensaire, centre vétérinaire) sont en ruine. La méchante piste de 42 km reliant cette localité à Obock reste impraticable faute d’entretien.

C’est donc en ce lieu désolé que le Chef de l’Etat s’est entretenu le temps d’une campagne photo avec quelques notables et civils présents. Tous lui ont fait part de l’enclavement qui étouffe leur région, des multiples difficultés de vie quotidienne et de l’absence de toute réhabilitation trois ans après le retour de la paix définitive. A quoi l’homme providentiel s’est contenté de répondre par des promesses de circonstance et des bakchich d’usage. Pendant ce temps, la population d’Obock continue de pester contre la réhabilitation en trompe l’œil consistant à construire des logements cages à poules sur des sites imposés par l’administration. De plus, contrairement à ce qui était convenu, les bénéficiaires doivent supporter eux-même les frais de main-d’œuvre.

Le désenclavement ne semble pas pour demain dans ce district pratiquement isolé du reste de la République. Si la campagne présidentielle semble avoir bel et bien démarré, le développement d’Obock ne figure toujours pas à l’ordre du jour. Quant à la visite présidentielle impromptue à Mabla, les habitants d’Obock l’interprètent comme une volonté du Docteur Honoris Causa d’y acclimater le café ou le khat. Une manière originale de lutter contre l’érosion des sols en visant la sécurité alimentaire.

Prévention routière :

Pour une campagne durable !

Parmi les campagnes de sensibilisation organisées à Djibouti, celle est consacrée aujourd’hui à la sécurité routière nous semble de la plus haute importance. En effet, nous n’avons jamais manqué d’appeler dans nos colonnes les pouvoirs publics à mettre en place des campagnes de sensibilisation dans les médias publics à l’intention des automobilistes sur les dangers d’un comportement irresponsable au volant. Même s’il est établi que les chauffards officiant à bord des bus et minibus sont à l’origine de la plupart des innombrables accidents quotidiens dans les artères de la Capitale, cela ne doit pas faire oublier qu’ils n’ont pas le monopole des excès de vitesse et autres entraves au code de la route. Dans ce domaine, la répression est dissuasive mais non suffisante surtout si elle est conduite de manière sélective et abusive.

C’est surtout un changement de mentalité qui doit s’opérer par l’éducation permanente au civisme et aux règles élémentaires de sécurité à respecter en conduisant. Toute cette campagne de sensibilisation gagnerait en efficacité si de leur côté les pouvoirs publics consentaient des efforts conséquents et permanents en veillant à l’amélioration de la qualité des routes, des signalisations,de l’éclairage public, en luttant également contre la divagation d’animaux domestiques sur la chaussée publique. Ce qui malheureusement est loin d’être le cas actuellement. En attendant, les feux rouges n’existent toujours pas. Nous souhaitons que la campagne d’information sur la sécurité routière devienne permanente sans se limiter à quelques banderoles de circonstance, à l’occasion de la célébration d’une journée dont l’initiative revient à l’OMS.

Forum sur les Droits de l’Homme :

Silence Radio ?

Depuis le nouveau mandat présidentiel, les droits de l’Homme sont devenus un thème récurrent. Comme pour faire oublier que le pilier de ce régime n’a pas toujours été pacifiste épris de liberté et de droit à la parole. On a même vu un bâtonnier prétendre qu’en matière des droits de l’Homme, Djibouti pouvait rivaliser avec les Etats-Unis. C’est ainsi qu’en prélude à une visite d’une délégation du Haut Comité des Droits de l’Homme des Nations Unis, le Ministre de la justice chargé des droits de l’Homme avait dressé un tableau élogieux de la situation des droits de l’Homme dans notre pays et prétendait que tout allait bien dans ce domaine malgré l’absence regrettée d’une organisation de défense des droits de l’Homme à Djibouti.

Le Comité avait pris date pour la tenue d’un vaste forum sur les droits de l’Homme élargi à la société civile et aux partis politiques d’opposition. C’est dans le cadre de l’organisation de ce forum que le Ministre de la justice chargé des droits de l’Homme avait pris langue avec des représentants de l’UAD pour préparer cet événement. Pas dupes, ceux-ci avaient officiellement décliné cette figuration en adressant une lettre ouverte au Ministre philosophe. Depuis, Silence Radio de la part de l’illustre démocrate sur les raisons du report sine die d’un événement pourtant annoncé pour le 22 mars, et qui n’a même pas jugé utile de s’excuser auprès de la société civile largement conviée par ses soins, sur les motifs de l’ajournement d’un débat national certainement causé par des impondérables difficilement maîtrisables en politique.

En attendant, la LDDH poursuit son travail en sensibilisant l’opinion nationale et internationale sur la persistance des graves violations des droits de l’Homme à Djibouti. Ce dont nous nous réjouissons pour la promotion des droits de l’Homme dans notre pays.

Quant au Ministre, chargé des droits de l’Homme, ceux qui ont l’impression d’avoir raté un épisode se demandent à quel moment le dit Ministre s’est trompé, en rédigeant son livre qui dénonce la dictature djiboutienne ou en participant, en tant que Ministre, à ce qu’il dénonçait ?

Ali-Sabieh :

La source du Paradis s’est-elle tarie ?

IL-JANO : ce nom d’un quartier de la Capitale Assajog est entré dans les annales un certain 19 février 2004. En effet, ce jour-là, le Chef de l’Etat avait inauguré en grandes pompes et en présence de milliers de figurants convoyés de tout le pays, le projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh, censé définitivement vaincre la soif dans cette ville. Pour l’occasion, plusieurs centaines de bouteilles de l’eau miraculeuse furent distribuées, tandis que les Assajogs étaient conviés à user et abuser de cette eau potable qui leur a tant manqué dans le passé.

Près de deux mois après ce mémorable événement, force est de regretter que l’espoir s’est révélée de courte durée. Dès les premières semaines, les consommateurs Assajogs de l’eau venue du Paradis découvert par l’illustre sourcier, ont commencé à se plaindre de multiples désagréments causés par l’intrusion de cette eau dans leur vie quotidienne.

Quant à la fameuse usine et ses équipements dernier cri de traitement par osmose inverse, elle n’a en rien contribué à la réduction de nos importations d’eaux minérales étrangères. Aux dernières nouvelles, la pénurie d’eau potable aurait même méchamment repris ses droits dans la belle cité Assajog, au grand dam de ses habitants désenchantés. Avec ce régime d’esbroufe et de gâchis permanent, IL JANO risque de n’être bientôt qu’un paradis perdu. C’est, entre autre, pour cette raison que la jeunesse Assajog dénonce et combat la mystification de ce régime du mensonge.

TIC ou TVA ?

Les Ateliers de la tricherie

Alors que « La Nation » du jeudi 25 mars dernier analysait le dérapage budgétaire de l’année 2003, voilà que la même semaine les génies des finances ont tenu encore un atelier-débat sur la TVA, sous l’égide de l’argentier du régime. Le Ministre des finances justifiait son projet de remplacement de la TIC par la TVA par trois points :

-La TVA est une fiscalité moderne qui favorise les échanges internationaux ;

-Elle permettra à notre pays de mieux s’ouvrir vers l’extérieur dans le cadre de la COMESA ;

-Elle allègera le poids relativement élevé des impôts directs.

La TVA qui est la taxe sur la valeur ajoutée n’est pas une fiscalité moderne mais date d’au moins quarante ans. D’ailleurs le plan comptable français de 1958 utilisait cette technique de retenue à la source payée par le consommateur. Ce qui est frappant dans cette affaire, ce que d’une part Djibouti n’est pas un pays industrialisé ou producteur de biens.

Nous importons tout et taxons les produits à l’entrée sur notre territoire. En quoi donc cette nouvelle formule améliorerait les recettes de l’Etat, alors que l’adoption de la TVA alourdirait la gestion, car complexe et difficile à suivre.

D’autre part, les services des contributions ont déjà du mal à appliquer la TIC et rencontrent des difficultés monstres pour améliorer les recouvrements, l’absence de contrôle fiscal favorisant aussi les malversations de toute sorte.

TIC ou TVA les déficits budgétaires et la mauvaise gestion ruinent d’année en année l’économie du pays.

NECROLOGIE

Nous avons appris avec tristesse le décès survenu à Tadjourah dans la soirée du 30 mars 2004 de Mohamed Idriss Baragoïta, infirmier à la retraite.

L’homme qui vient de nous quitter à l’âge de 65 ans était le frère aîné de notre compagnon Kabbo Idriss Baragoïta, membre du Bureau Politique de l’ARD. Il laisse deux veuves et 6 enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute la famille de Mohamed Idriss Baragoïta. Qu’Allah l’accueille en son paradis éternel. Amin Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun


L’économie dérape

Quand le régime nous donne raison

Une économie est considérée comme étant saine lorsqu’elle est en pleine croissance, favorise l’emploi et permet la réalisation du progrès social. Loin de pouvoir réaliser les grands équilibres nécessaires à l’amorce d’un développement, les budgets de l’Etat djiboutien relèvent d’une douce utopie entretenue par quelques économistes plus intéressés qu’illuminés. Jugez en vous-mêmes !


Nous avions donné notre appréciation sur le Budget 2004 dans trois de nos numéros janvier dernier. Contre toute attente, le journal gouvernemental « La Nation » du 25 mars 2004 partage largement nos conclusions. Sans tirer une analyse claire et explicite de la réelle situation économique du pays, le journal gouvernemental en question semble donner un aperçu général de la situation économique, sans pour autant en dégager une quelconque synthèse. Il se contente tout simplement de conclure, au bout d’une page et demie, que « la communication au grand public de toutes ces informations, réservées naguère à l’élite du pays, est une preuve de transparence de la part de l’actuel gouvernement. Un critère de référence identifié par les économistes comme le premier élément d’une thérapie de choc susceptible de redresser une économie chancelante ».

Nous avons été de tous temps les premiers à tirer la sonnette d’alarme en ce qui concerne le chapitre économique et à exiger le minimum de transparence sur la gestion des deniers publics, entre autres. A d’autres donc… Transparence s’il y a, alors levez le voile sur la gestion et les retombées économiques de nos complexes aéroportuaires et portuaires, sans parler des plus-values engrangées lors des cessions opaques de certains établissements publics, qui demeurent encore fermés ou sans rendement économique ou social.

Notre confrère gouvernemental semble donc pour la première fois admettre « le dérapage » pour rejoindre nos conclusions publiées trois mois auparavant.

Les comptes définitifs du Budget 2002 n’ayant toujours pas été définitivement adopté par les mal-élus, lesdits économistes cités par « La Nation » prétendaient en janvier dernier, lors de la présentation du budget 2004, que celui-ci était « la continuité de la réussite du budget 2002 ». Or, les finances de l’Etat en 2002 étaient des plus médiocres, en ce sens que nos analyses avaient suscité, en son temps, l’ire du ministère de l’Economie Nationale et des Finances qui, soit dit en passant, n’a toujours pas honoré sa promesse de répondre à nos questions sur ce même Budget.

Concernant le Budget 2003, nous n’avions pas manqué de poser à ses concepteurs les questions qui s’imposaient quant à leur projection irréaliste d’un déficit cumulé de l’ordre de 542 millions FD, tel qu’arrêté dans le cadre du Budget rectificatif 2003. Pourtant, nos démonstrations s’appuyaient sur un déficit réalisé et reconnu officiellement de 2,2 milliards de FD rien qu’au premier trimestre de l’année en question. A notre étonnement, voilà que notre confrère gouvernemental communique un nouveau chiffre négatif avoisinant les 2,4 milliards FD, lequel dénote l’optimisme sans fondement du Ministère des Finances.

Plus clairement, la partie théorique des budgets présentés chaque année semble justifier les chiffres contenus dans la masse budgétaire. Certes, c’est fatiguant pour certains, mais le cadre général du Budget ne colle pas du tout avec les budgets alloués aux différents secteurs de l’Etat. Pour l’exercice 2004, le seul objectif du régime semble être celui de pouvoir présenter ce mois-ci un Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté (DSRP) aux bailleurs de fonds.

Si pauvreté il y a à Djibouti, c’est qu’elle est voulue et entretenue par un pouvoir dont les seuls recettes nationales reposent sur l’accroissement constant de la ponction fiscale qui frappe les plus faibles ménages en plus des entreprises privées véritablement génératrices de richesses et d’emplois ; les entreprises publiques (Laiterie, Usine d’Aliments de Bétail, etc) ayant rendu l’âme ou demeurant ménopausées depuis leur divorce avec l’Etat.

Globalement, ces prélèvements se sont encore accrus de plus de 8% en 2004, les autres impôts directs et indirects alourdissant davantage les charges des ménages, loin de s’assurer une vie décente en raison du renchérissement des produits de première nécessité, tel que le pétrole lampant, les denrées alimentaires, l’électricité et l’eau.

Le grand bénéficiaire de ces revenus autoritairement confisqués au petit peuple besogneux ou aux entrepreneurs privés n’est autre que la Sécurité, qui annihile toute chance de croissance économique et engendre chômage et paupérisation. A cela s’ajoute l’accentuation des emprunts et autres dettes rééchelonnés, lesquels ont augmenté de façon prévisionnelle de 561%. Les emprunts affichant une progression de 24%, les générations à venir demeurent « hypothéquées ».

Certes, tout en soulignant « …les spécialistes du Ministère des finances tablent d’ores et déjà sur la persistance des dérapages budgétaires constatés au précédent exercice en dépit des ressources additionnelles émargeant du budget de l’Etat », le journal gouvernemental « La Nation » confirme les inquiétudes que nous formulons depuis longtemps. Profitant de cette remarque, nous ne pouvons nous empêcher de relever que les dividendes dégagées par les différentes concessions de certains Etablissements publics n’ont jamais été intégrées dans le Budget de l’Etat.

Il est vrai que, comme le reconnaît « La Nation », les dépenses publiques en augmentation iront en s’aggravant, en raison du « non-encaissement de certaines recettes budgétaires tels que les dividendes du Port ». Merci de nous rejoindre.

Quant aux malversations et autres pratiques illicites, elles sont la preuve de cette gestion peu orthodoxe des deniers publics, qui ne réjouissent pas les bailleurs de fonds. Le FMI dites-vous, exige entre autres « l’explication de l’emploi de près de 5 millions de dollars US décaissés par les Etats-Unis en octobre 2002 ». La Banque Africaine de Développement (BAD), ne peut naturellement pas cacher sa méfiance à l’égard de nos dirigeants. Pour non-respect des engagements antérieurs, « elle ne veut toujours pas entériner le protocole de financement, les pièces comptables justificatives n’ayant pas été auditées par un Cabinet privé mais par les services du Ministère des Finances » (dixit « La Nation » n°36). L’autocontrôle d’un régime budgétivore ne marche plus quand les errements deviennent aussi impunis au plus haut niveau de l’Etat

Pour conclure, selon nous, les quelques révélations tardives de notre confrère corroborent bien notre souci du bien commun : la mauvaise gestion actuelle des deniers publics ne pourra aucunement constituer le gage d’une croissance économique maîtrisée, ni assurer l’emploi ou le progrès social. Pour le régime, la seule rhétorique démagogique, vidant le portefeuille des contribuables les plus affectés, semble prévaloir sur une quelconque volonté au service d’un développement national durable. La gestion que nous connaissons de ce régime relève de la fuite en avant démagogique accumulant déficits et dettes.

L’Etat doit avant tout être exemplaire dans ses pratiques. L’enrichissement illicite de certaines personnes proches du pouvoir et l’impunité dont elles bénéficient pour oser braver les lois en vigueur (sociales ou commerciales) ne peuvent être acceptables. L’Etat ayant avant tout pour rôle de défendre le citoyen face à la dictature de l’argent, face à l’autojustification du profit et de l’oppression.

Dans l’état actuel des choses, on ne peut pas venir à bout de la crise (qui n’est pas réellement économique) en démantelant l’Etat. L’Etat doit demeurer un Garant sûr des intérêts collectifs et son rôle économique doit être réformiste mais pas nécessairement antisocial et destructeur.

Le régime actuel ne peut être un catalyseur dynamique au service de l’Emploi, de la croissance, en somme du Développement National.

Pour illustrer nos propos et permettre à nos lecteurs de mieux quantifier ces analyses, nous reproduisons ci-dessous le tableau, publié dans Réalité n°81 du 28 janvier 2004, récapitulant, d’après les chiffres officiels, l’évolution des recettes de l’Etat sur les quatre dernières années.


Courrier de lecteurs : le point sur Obock

LE POINT SUR OBOCK :

Gros poissons d’avril

Pression, influence, indifférence, désinformation, analphabétisme et désœuvrement

Ulcéré par la récente attention toute démagogique et sans lendemain que le régime feint d’accorder à sa région, un fidèle lecteur d’Obock nous a fait parvenir les deux textes ci-dessous, que nous reproduisons bien volontiers afin de proposer une vision de l’intérieur de cette région oubliée entre toutes.


Si les nouvelles d’Obock paraissent rarement parmi les brèves nationales de Réalité, c’est que l’enclavement est atypique et la population silencieuse. Persévérants, les habitants de ce district marginalisé n’ont guère perdu la parole et ne font pas non plus partie des soumis. Ils vivent simplement jusqu’à ce jour sous la pression, l’influence et l’indifférence de leurs « représentants » politiques et coutumiers, voire de ces mal-élus et autres arrivistes.Un enclavement socioéconomique et psychologique perdure donc dramatiquement, tant la désinformation, l’analphabétisme et le désœuvrement ont replié sur elle-même la population meurtrie, privée de ses droits les plus élémentaires.

Des clans ou groupuscules antagonistes se substituent au comité de l’annexe du RPP, lui-même fictif ou tribal à Obock. Les biens et les deniers publics sont ainsi détournés par les soit-disant privilégiés au service du régime. Les services publics ou autonomes ont tous failli.

Le Centre de Développement Communautaire est sans attrait, tandis que les responsables de l’ONED et de l’administration locale simulent de prendre en charge les jeunes en vie active et de rapprocher les associations locales. On leur livre parfois du khat, on les convoque à des réunions stériles on leur demande aussi de rechercher de prétendues armes du FRUD-armé dans les montagnes, de signaler éventuellement des opposants suspects. On leur dit ceci, on leur promet cela… On les utilise par-ci, on les rejette par-là… Mais rien ne vient jamais améliorer leur situation. Rien Pour le Peuple : la devise du parti au pouvoir prend tout son sens ici. En revanche, un mabraze de propagande en ville et un véhicule de rondes en campagne sont à la disposition de ce groupuscule se prétendant ligue des jeunes du RPP. En outre, les plus proches cousins aux salaires satisfaisants, d’autres plus soumis à des salaires de misère sont employés à l’ONED pour des fonctions qu’ils n’exercent même pas. Et l’approvisionnement en eau courante est limité.

Pour sa part, le service de Santé donne l’impression d’avoir été dévalisé, après avoir bénéficié d’une réhabilitation et d’un rééquipement conséquent grâce à l’aide extérieure. Des climatiseurs se sont volatilisés et ont laissé des trous béants et carrés dans les murs des bâtiments d’hospitalisation ou de consultation. Des appareils d’échographie et de radiographie ont disparu ou ne sont plus utilisés sous prétexte qu’ils seraient plus utiles ailleurs, ou encore qu’ils seraient hors d’usage ou manqueraient de personnel qualifié pour pouvoir les manipuler. Le spectacle est désolant, des femmes épuisées et de leurs nouveaux-nés, attendant sur les marches de l’entrée du dispensaire.

Comme celui d’autres patients de tous âges, errant à longueur de journée dans les couloirs en quête de consultation. Le centre hospitalier ne peut remplir cette fonction ni prodiguer des soins adéquats et efficaces. Aujourd’hui, c’est à peine si le patient se voir prescrire un traitement : la pharmacie communautaire ne serait qu’une caisse où goinfres et gérants rapaces viennent se servir, puisque même les dons extérieurs n’ont pas été épargnés par ces sans-scrupule. Le ministre de tutelle, comme ses autres collègues politiques originaires de ce district, s’entretiennent à chaque passage avec leurs proches et leurs obligés jusqu’à en perdre haleine, leur faisant miroiter des projets d’avenir qui n’ont aucune chance de voir le jour, étant donné que ce qui existe n’est ni respecté ni entretenu. Le sens de la communauté a disparu.

Les caprices de l’EDD participent au calvaire quotidien de la population d’Obock-ville. L’été approche et l’alimentation électrique est de plus en plus précaire. La nuit tombée, les rues et les ruelles de la ville se retrouvent invariablement dans l’obscurité : comment les écoliers peuvent-ils convenablement faire leurs devoirs dans ces conditions ? Une vipère avait récemment mordu un passant à proximité de l’ancienne annexe du RPP, située entre les marchés de viande et de poisson. Des dromadaires ruminent en pleine voie publique, après avoir brouté par-dessus les clôtures des édifices administratifs. Des chats errent dans les profondeurs de la nuit tandis que des chiens s’attaquent au petit bétail domestique.

Donc les délestages ont commencé. Les moustiques pendant la nuit et les mouches durant la journée rendent les maisons invivables. Mais personne ne se soucie de voir toutes ces familles manquer de sommeil ou d’hygiène. Les responsables indifférents se sentent bien protégés par l’impunité généralisée : ici comme ailleurs, personne n’a jamais demandé de rendement à personne, il suffit de végéter et de ne surtout pas se scandaliser. Les responsables administratifs sont donc terrés dans leurs mabrazes, invulnérables et inaccessibles.

En ce qui concerne l’Education, les aides extérieures et la conscience des enseignants maintiennent tant bien que mal un niveau minimal de scolarisation pour les enfants dans les écoles et le collège d’enseignement moyen. Cependant, le taux de scolarisation et celui de la réussite demeurent extrêmement bas. Malgré cette bonne volonté pédagogique, peu de familles arrivent à suivre un coût de scolarité de plus en plus élevé : rares et privilégiés sont ceux qui ont une source de revenu dans ce district. De ce fait, peu d’élèves arrivent à s’accrocher et nombreux sont ceux qui se retrouvent dans l’impossibilité de réussir aux examens.

Par ailleurs, la lenteur et les caprices des autorités et des responsables du district ralentissent la délivrance des cartes d’identité nationale, en en restreignant le nombre de bénéficiaires potentiels et légitimes. Des non-résidents munis d’enveloppes affluent de la Capitale, sur recommandation des pontes du régime. Le pouvoir en place leur délivre des cartes d’identité au nom des personnes fictives ou décédées, de telle ou telle localité… en espérant utiliser leurs pièces d’identité lors d’une prochaine consultation électorale.

Paradoxalement, les bénéficiaires de droit sont triés, amadoués, dissuadés même de postuler à ce qui leur revient légitimement. Les autorités du district veulent nous faire croire que tout se déroule normalement et sillonnent tout l’arrière-pays d’Obock prétextant distribuer les cartes, mais grignotant en fait le fonds de roulement prévu à cet effet. Mais nombreux sont les coins, proches ou éloignés, qui n’ont pas été visités. Or, d’après ces mêmes autorités, les accès par voie routière sont difficiles, ou alors les déplacements coûtent énormément, ou bien les originaires de ces coins ne sont pas considérés comme citoyens djiboutiens.

Au niveau de la réhabilitation, tout va de travers. La reconstruction des biens privés et des infrastructures publiques est toujours laissée à la générosité des bailleurs de fonds extérieurs et des partenaires du développement. Le peu qui a été reconstruit, souvent par l’Armée française, se dégrade à vue l’œil faute d’entretien. Ailleurs, ce sont l’incurie des acteurs implantés par le régime et ses entrepreneurs ainsi que la mauvaise qualité des matériaux utilisés qui sont en cause.

La prolifération des associations locales hâtives et improductives n’a pas non plus été bénéfique pour la région. L’ampleur de la paupérisation et de l’ignorance entrave gravement l’efficacité des milieux associatifs. Toutefois, malgré les insuffisances financières, les enfants de Tikibleyta ont un certain nombre de réussites à leur actif. La parution d’un premier bulletin régional d’information intitulé « Le Phare de Ras-Bir » entre 1997 et 2000, ainsi que les activités culturelles et éducatives de sensibilisation ont été brutalement interrompues par manque de moyens. En effet, les représentants politiques de la région ont émis un avis défavorable, tout comme les autorités locales qui n’appréciaient guère ces initiatives.

Un journaliste de « La Nation » sembla avoir donné l’alerte en suscitant le débat, dans un article intitulé « La légende de Tikibleyta et ses mille et une questions ». Questions qui sont toujours d’actualité car aucune réponse n’a été donnée sur les raisons pour lesquelles ce district demeure à l’écart des politiques publiques de développement. Pourtant, sans aucune ambition politique, des jeunes avaient adhéré à l’annexe RPP d’Obock, séduits par le langage de simili-vérité de la campagne présidentielle d’avril 1999.

Bien que les doyens du régime se soient sentis menacés, les jeunes purent s’entretenir avec le candidat RPP au sujet des préalables au développement de la région, ne manquant pas de l’exhorter à œuvrer en faveur de la consolidation de la paix par la réconciliation avec le FRUD-armé. Au doléances de ces jeunes, l’heureux candidat à la présidentielle avait répondu par de nombreuses promesses qui se sont transformées, au fil du temps, en des harcèlements de ses sbires régionaux à l’encontre d’une jeunesse qui s’est alors réfugiée dans le silence. Quelques-uns ont depuis préféré se réfugier à Djibouti-ville, d’autres ont disparu dans un mystérieux naufrage.

POISSON D’AVRIL PRESIDENTIEL ?

Arrivée de la ministre déléguée à la Promotion de la Femme

Mise en scène de cours d’alphabétisation des femmes et de scolarisation des filles, dans les locaux de l’école d’Obock 1. Séjours touristiques du Président de la République à Médého. Accueil chaleureux des nouveaux prétendants arrivistes, cadres et employés du service de l’ONED et des représentants de l’UNFD et de l’AFOD. Le cadeau empoisonné des micro-crédits aux femmes d’Obock par le FSD(Fonds Social de Développement) sans en avoir évalué l’impact dans une région enclavée sans aucun débouché. Enfin, des toilettes pour l’école d’Obock 1 et le collège de la ville sur financement du PNUD et de l’UNICEF ; travaux effectués par l’Armée française. De quelle alphabétisation des femmes et de scolarisation des filles parle-t-on ?

Mais que leur rapportent encore les séjours incognito du Chef de l’Etat à Obock-ville, puis à Médého ? Sans doute le meilleur gros poisson d’avril à tous ceux qu’il croit avoir déjà dupé avec ses promesses sans lendemain. Et à tous ceux qu’il espère à nouveau duper grâce à tous ses représentants politiques et coutumiers, ainsi que les fonctionnaires de service.

Enfin, de gros poison d’avril sont offerts à la population d’Obock, particulièrement du chef-lieu et de Médého. Ainsi, l’emprise de la pression, de l’influence et de l’indifférence continue de massacrer le moral de tous ceux dont le regard exprime la terreur intériorisée face aux chefs respectifs des différents services ou tribus, emportés par le zèle ou les ailes, eux-mêmes dans la peur d’être bousculés par les intrigues ou dans le trac de la prochaine promotion.

Tous les coups sont donc permis pour désolidariser les communautés. Mais, pour ce régime, Obock restera le fief de Dini et de toute l’UAD. Prévoyez donc d’acheter la conscience de quelques notables appointés et des « élites » de la région pour préparer les fraudes lors d’élections à venir. Obock n’est pas maudite, mais elle est condamnée par ce régime. La région conserve d’indéniables potentialités et le charme qui fait l’admiration des touristes. Nous lutterons sans relâche !

A.M


1994 : génocide au Rwanda

Plus jamais çà !

On croyait le monde vacciné contre la folie génocidaire depuis la Seconde Guerre Mondiale et le procès de Nuremberg. En sombrant à son tour dans la démence de cette fin de millénaire, notre continent qui, après avoir subi l’esclavage et le colonialisme, vient de démontrer le contraire après la folie khmère en Asie et le nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine. Si ces actes relèvent évidemment de la folie, il n’en obéissent pas moins à une rationalité comme l’attestent la variété des méthodes employées et leurs caractères systématique et prémédité. Il corroborent ainsi la formule célèbre : « le fou est quelqu’un qui a tout perdu, sauf la raison ». Sans chercher ici à expliquer ou comprendre, il est de notre devoir, ne serait-ce que pour en prévenir le renouvellement là-bas ou ailleurs, de garder en mémoire ce génocide et exiger la punition de ses auteurs et commanditaires, dont certains courent toujours. Gros plan sur le génocide des Tutsis et des Hutu modérés.


Grave, le Président rwandais Paul Kagamé (tutsi) accuse la France d’avoir « directement participé » au génocide d’avril 1994. Flash-back.

A peine plus vaste que Djibouti, ce petit pays de la région des Grands Lacs (26.340 km2) est densément peuplé : environ huit millions d’habitants, dont la grande majorité est hutu et la principale minorité tutsi. Il tient de son caractère montagneux son surnom de «Pays des Mille Collines». Il partage ses frontières avec l’Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et la République Démocratique du Congo.

Voilà brièvement décrit le décor de la tragédie de 1994, qui aurait fait en 100 jours près de 800.000 morts, à en croire la version autorisée du général canadien Roméo Dallaire qui commandait à l’époque la force d’interposition de l’ONU.

La commémoration du 10ème anniversaire du génocide rwandais a commencé le 5 avril. Le 7 avril est la date anniversaire et le point culminant avec la participation à cette journée souvenir de deux Chefs d’Etat africains : le sud-africain Thabo Mbéki et l’ougandais Yowéri Museveni. Le Premier ministre belge sera également présent. Mais la personnalité la plus attendue reste le général canadien Dallaire.

Pour grave, et à nos yeux excessive, que puisse paraître l’accusation du Président rwandais, elle n’en a pas moins le mérite de toucher du doigt un problème réel : le rôle sinon suspect du moins indifférent et effacé aussi bien des Casques Bleus déployés dès 1993 lors des Accords d’Arusha dans le cadre de la Mission des Nations-Unies pour l’Assistance au Rwanda (Minuar) que de la force française d’interposition déployée durant le génocide, dans le cadre de l’ «Opération Turquoise» le 22 juin 1994 avec pour mission d’établir une « zone humanitaire sûre » (ZHS) dans le sud-ouest du pays. Cette opération a pris fin le 22 août 1994, soit à peine plus d’un mois après la fin du génocide et la prise de contrôle par le FPR (Font Patriotique Rwandais) de la Capitale le 4 juillet.

Tandis que, malgré la demande de renforts du général Dallaire en avril, deux semaines après le début des massacres et l’assassinat de 10 parachutistes belges par les FAR (Forces Armées Rwandaises), les Casques Bleus passent de 2000 à 270 hommes. Troublant ! Restituons toutefois cette accusation dans son contexte : elle intervient juste après la révélation par notre confrère «Le Monde» de la suspicion d’un juge d’instruction de l’implication du FPR (donc de Kagamé) dans l’assassinat de feu Habyarimana. Que, comme l’affirme Kagamé, la France ait soutenu Habyarimana, comme elle a soutenu de De Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand, un pré carré de dictatures, et nous sommes bien placés pour le savoir, c’est une lapalissade !

Décidément, l’Occident à la tête duquel la France, n’est pas à une contradiction près ! Après avoir imposé la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et inventé le droit d’ingérence, il revendique par son comportement le droit à une indifférence coupable : donnons la parole à un procureur des siens.

Dans un best-seller intitulé « J’ai serré la main du Diable », le général Dallaire, sans recherche du sensationnel, et preuves à l’appui, écrit amer : « Tous les humains ne sont pas considérés comme tels dans le contexte international… Je suis sûr qu’il y aurait eu plus de réactions si quelqu’un avait tenté d’exterminer les 300 gorilles du Rwanda… Les Américains avaient subi une humiliation en Somalie et ne voulaient plus avoir de pertes en Afrique… La France avait des raisons stratégiques de pencher en faveur des Hutu… l’administration Clinton, parce qu’elle n’y avait plus d’intérêts, s’est désengagée du Rwanda qui n’avait plus aucune valeur ». Sans manquer de finir par prévenir qu’une telle tragédie « pourrait se reproduire à cause du ‘’racisme intéressé’’ des grandes puissances ».

Ce réquisitoire nous amène à nous interroger sur l’efficacité des interpositions ou interventions avec ou sans mandat onusien. A Abidjan, malgré un comité chargé de suivre l’application des Accords de Marcoussis et l’imposante présence militaire française et des forces de l’Union Africaine, un massacre a eu lieu trois jours durant sans que ces forces n’interviennent.

Qu’après coup, les casques soient passés du blanc au bleu confirme l’inaptitude des Nations Unies à prévenir les conflits ( massacres et autres génocides…) et nous conforte dans la conviction qu’il doit et ne peut y avoir de solutions à nos crises qu’africaines et domestiques. Sans fourberie.

A Djibouti, avec la paix comme but et la bravoure comme moyen, gardons à l’esprit que le lien qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 90 du mercredi 31 mars 2004

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Réalité numéro 90 du mercredi 31 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Rapport de la LDDH sur le syndicalisme (2)
  4. D’Abidjan à Djibouti
  5. Mise au point de M. Ismaël Guedi Hared
  6. Terrorisme : Djibouti fait peur
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 90

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TERRORISME DU FAIBLE

CONTRE TERRORISME DU PUISSANT

Deux dates rappellent à quel point l’Histoire semble avancer à reculons au Proche-Orient :

26 mars 1979 – signature, sous l’égide du Président démocrate Jimmy Carter, des accords de Camp David entre Anouar el-Sadate d’Egypte et Menahem Begin d’Israel ;

25 mars 2004 – devant le Conseil de sécurité de l’Onu, les Etats-Unis d’Amérique opposent leur veto à un projet de résolution condamnant l’Etat d’Israël pour son assassinat du cheik Ahmed Yassine, dirigeant du mouvement Hamas, au prétexte que la condamnation du terrorisme du Hamas n’y serait pas assez explicite.

Non, pas définition, ce n’est pas l’Histoire qui va à reculons : c’est la capacité des acteurs de l’Histoire à régler des problèmes qui peut aller s’amenuisant. Ce qui semble malheureusement être le cas au Proche-Orient car, à la radicalisation des positions des deux protagonistes s’ajoute aujourd’hui un affaiblissement du rôle des Américains, de moins en moins neutres.

Israël en premier lieu : il a beau avoir commencé comme terroriste à la tête de l’Irgoun (groupuscule extrémiste qui tuait les Arabes de Palestine pour leur prendre leurs terres), Menahem Begin avait à coup sûr une stature d’homme d’Etat, capable de brusquer les siens en signant avec l’ennemi irréductible une paix que peu croyaient possible . Force est de constater que Sharon n’a d’envergure que corporelle. Surtout, il ne conçoit d’entité palestinienne qu’enfermée dans un vaste camp de concentration (quelle ironie !) délimité par un mur et des barbelés électrifiés. Avec lui, même empêtré dans un scandale de corruption, les mots du représentant palestinien à l’Onu prennent tout leur sens : « Israël n’est pas un pays passif, pacifique, sujet à des attentats venus de l’extérieur. Israël est en lui-même un groupe terroriste ». Toutefois, même s’il faut bien admettre que la meilleure opposition à ce terrorisme d’Etat, c’est une importante partie de l’opinion publique israélienne elle-même, force est d’admettre que, depuis le règlement de la question de Timor-Est, l’Etat sioniste demeure pratiquement la seule puissance coloniale de la planète, quoi qu’il s’agisse d’un colonialisme de proximité fondé sur une idéologie de l’excellence religieuse.

Le second acteur de ce drame n’est guère mieux loti : son courage politique n’a certes rien à envier à celui de Sadate, comme en témoigne son Prix Nobel venu récompenser une paix historique signée à Oslo, mais Arafat ne contrôle pratiquement plus rien sur le terrain de la violence terroriste. La violation de cet accord par Israël l’a en quelque sorte décrédibilisé aux yeux de son opinion publique loin d’oublier les multiples boucheries de Sharon. Le bon sens et la modération n’ont aucune prise sur les consciences quand l’injustice et l’humiliation dépassent les limites de l’humainement supportable. Dans ce contexte, la récente pétition de soixante-dix personnalités palestiniennes liées au Fatah et appelant à démilitariser l’Intifada, a peu de chances d’être entendue. Et, sous la direction de groupes radicaux tels que le Hamas, les Palestiniens s’enferment dans une spirale de la violence qui, du fait de la disproportion entre les ressources mobilisables par les deux belligérants (dont le traumatisme des corps déchiquetés d’innocents civils, colons mis à part), ne peut que profiter aux extrémistes du Likoud et des partis religieux.

Les Etats-Unis enfin : leur incapacité à efficacement faire pression sur Israël (la feuille de route semble n’être qu’un simple effet de manche) durant l’actuelle administration républicaine, se double aujourd’hui d’un enjeu électoral : la lutte contre un terrorisme si magnifiquement incarné par le Hamas est un atout que le candidat à sa propre succession compte bien faire fructifier. Et la France dans tout cela ? Et bien la France a voté en faveur de ce projet de résolution : Renaud de la Sablière, son représentant au Conseil de sécurité estimant que le texte condamnait aussi bien les exécutions extrajudiciaires perpétrées par Israël, que les attentats contre les civils israéliens perpétrés par le Hamas. Est-ce à dire que la France serait complaisante avec ceux qui tuent d’innocents civils ? Le problème pour les Etats-Unis, c’est que même l’Espagne, peu suspecte d’une telle mansuétude ces temps-ci, avait voté en faveur de ce projet de résolution. S’il n’y a ni règles de bonne conduite entre belligérants, ni arbitre neutre pouvant leur imposer un règlement honorable, c’est à désespérer de la diplomatie. C’est de ce désespoir que s’alimentent la plupart des extrémismes.


Brèves nationales

Docteur honoris causa:

En insécurité alimentaire ?

Le régime djiboutien est réputé pour fomenter de fausses solutions à de vrais problèmes. Ainsi, on apprend cette semaine que le Croissant-Rouge est en pleine cogitation intellectuelle depuis samedi dernier. L’objet de ce remue-méninges : trouver au niveau régional les voies et moyens de mettre les populations à l’abri d’une insécurité alimentaire, en en identifiant les causes pour mieux en trouver les remèdes.

Que les pays producteurs de denrées alimentaires se concertent pour épargner à leurs populations respectives le spectre d’une famine consécutive à une sécheresse imprévue, quoi de plus normal ? Mais, qu’en est-il pour Djibouti ? Quand on sait que le régime n’a rien tenté pour assurer la sécurité alimentaire de ses concitoyens, il est légitime de s’interroger sur le sérieux de la participation à cet atelier régional.

En effet, le projet du PK 12 avait au moins le mérite d’exister : en soi, le projet visant à réduire la dépendance alimentaire des Djiboutiens en assurant une production locale, était louable. Aujourd’hui, les Djiboutiens sont réputés être mieux gouvernés, par des leaders « extraordinaires » qui actualisent le vieux mythe du roi-philosophe ou du despote éclairé !

Ici, cela prend la forme d’un Président de la République savant, promu Docteur honoris causa pour son inestimable contribution planétaire au développement agropastoral. Malheureusement pour lui, son régime n’a nullement contribué à étendre la superficie cultivée en République de Djibouti, donc à augmenter la production agricole nationale.

Ainsi, ceux qui seraient prioritairement concernés par cet atelier, ce seraient les semi-nomades pour lesquels sécheresse signifie réduction des pâturages et tarissement des points d’eau, donc baisse du cheptel à vendre en ville pour s’acheter d’autres denrées de base : riz, sucre, thé, farine, etc.

Quand un régime n’entame aucune action pour réduire un tant soit peu la dépendance de ses concitoyens à l’égard du khat importé à 100%, et quand la seule contribution du Chef de l’Etat docteur honoris causa en développement agropastoral consiste à implanter du khat et du café au Day, le Croissant-Rouge djiboutien devrait avoir la pudeur de ne pas prétendre à de telles hauteurs, réservées à ceux qui se préoccupent réellement des leurs et qui ne détournent aucune aide alimentaire.

Manifestation des femmes devant la Présidence :

Nagad centre de promotion de la femme ?

Dimanche dernier, plusieurs dizaines d’épouses de policiers démobilisés et handicapés ont bruyamment manifesté aux abords de la Présidence pour exiger l’amélioration de leurs conditions de vie. Rappelons que ces démobilisés handicapés ont servi de chair à canon pour le pouvoir dans les années 90.

Ironie de l’histoire les paisibles manifestantes ont été brutalement dispersées et certaines d’entre elles ont été arrêtées et transférées au centre de détention de Nagad, relevant… de la FNP. A l’heure où le ministère chargé de la Promotion de la Femme organise, sur financement américain, des ateliers sur « les droits des femmes et la bonne gouvernance », il est tout de même regrettable que le droit de nos concitoyennes à pacifiquement manifester les conduise si souvent aux sinistres geôles de Nagad. Avec ce régime de tous les abus, le droit des femmes se limite aux you-you : c’est peut-être une question de majuscule.

Des cheiks en prison :

Qui a peur des marabouts ?

Le 15 mars dernier, le cheik Abdokarim Ismael Abdo avait adressé au Chef de l’Etat, au nom de la confrérie Mohamédienne, une lettre ouverte manuscrite de sept pages, lui demandant , entre autres, d’intervenir pour que cessent les persécutions à l’encontre de la confrérie Mohamédienne dirigée par le cheik Artaoui. Des copies de cette lettre ont également été envoyées au Premier ministre, aux ministres et à tous les partis politiques.

La réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre : les deux ulémas cheik Abdokarim et cheik Artaoui furent arrêtés et écroués à Gabode.

Sans nous immiscer dans des querelles religieuses et mystiques, nous considérons que cette riposte disproportionnée traduit en réalité une frilosité excessive d’un pouvoir aux abois et en quête de bouc émissaire. En quoi ces hommes de religion menacent-ils la stabilité intérieure ? Ou est-ce tout simplement un blasphème que d’écrire une telle lettre ouverte au Chef de l’Etat.

Aux lecteurs d’en juger, à travers le petit extrait suivant: « Réaménagez votre planning dans la mesure du possible en consacrant du temps libre au Peuple dans le but de « lui » faciliter son accès à vous et « le » recevoir dans ses plaintes, ses réclamations les jours fériés. A vous d’en juger selon vos convenances… le « Peuple » à priori ne se résume pas à votre « basse-cour » mais à « l’étendue de la masse populaire ».

Que représente un « président » qui ne se soucie guère du Peuple qui l’a « élu » ? Qui n’est pas à son écoute ? Impossible pour la population d’entrer en liaison directe avec vous car vous ne lui accordez aucune entrevue, aucune audience privée par manque de contact pour vous soumettre ses doléances, si ce n’est par l’entremise des journaux édités par l’opposition du pays.

En ce qui concerne les correspondances postaux, elles demeurent lettres mortes, sans suite de votre part.

D’autant que l’on ne peut vous faire parvenir à votre bureau aucun courrier non-officiel, face aux remparts d’hommes en armes et aux politicards véreux dont vous vous êtes entouré. Injoignable, inaccessible ! Comme un prisonnier enfermé dans une forteresse !

Du moment que vous n’êtes pas « là » pour Nous, de quel peuple, de quel Etat, de quel Pays dirigez-vous la destinée ?»

Pour notre part, nous osons demander une mesure de clémence pour les deux marabouts injustement incarcérés à Gabode. Une telle lettre ouverte mérite-t-elle vraiment emprisonnement de ses auteurs ? Ce serait de la superstition.

Ali-Sabieh :

La Jeunesse Assajog persiste et signe

Suite à la parution du n°8 de la « Tribune d’Ali-Sabieh », organe de presse de la Ligue de la Jeunesse Assajog et l’officialisation du divorce de cette dernière d’avec le pouvoir, trois membres de cette association s’étaient désolidarisés de cette démarche en condamnant leur Président dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » daté du 22 mars 2004. Les trois signataires prétendaient même dans leur communiqué : « Nous affirmons que la rédaction et la publication de ce numéro n’ont été que l’initiative personnelle de Monsieur Abdoulkader Abdillahi Miguil, dont nous ignorons les motivations et les mains qui s’y trouvent derrière.

De ce fait, nous condamnons fermement la publication de ce numéro 8 et sa mise en vente. Conformément aux statuts et au règlement intérieur de la Ligue de la Jeunesse Assajog, il est demandé aux membres des différentes commissions de se réunir d’urgence le lundi 22 mars à 15 h 30 au siège central, afin de se prononcer sur la révocation pure et simple de ce Monsieur, auteur de cette bavure inadmissible ».

En réaction à ce communiqué certainement suscité par le régime, le Président légitime de la LJA, M. Abdoulkader Abdillahi Miguil, a convoqué une assemblée générale des adhérents à Ali-Sabieh pour le 26 mars 2004. Au cours de cette réunion, tenue en présence d’un huissier de justice, les membres de la LJA ont, à l’unanimité, renouvelé leur confiance à leur Président.

Dans la foulée, ils ont même procédé à l’exclusion des trois membres signataires du communiqué défaitiste paru dans « La Nation » du 22 mars 2004, comme en témoigne le procès verbal de séance établi par cet huissier.

NECROLOGIE

 NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE DECES SURVENU A DJIBOUTI LUNDI 29 MARS 2004, DE CHEIK OMAR MOHAMED ARBA. L’HOMME QUI VIENT DE DISPARAITRE A LA SUITE D’UNE COURTE MALADIE A L’AGE DE 55 ANS, ETAIT CONNU ET APPRECIE DE TOUS LES DJIBOUTIENS. APRES SES ETUDES THEOLOGIQUES AU CAIRE, CHEIK OMAR MOHAMED ARBA FUT NOMME ADJOINT AU CADI , PUIS CADI GENERAL DE LA CHARIA DE DJIBOUTI, AVANT DE FINALEMENT DEVENIR CONSEILLER TECHNIQUE DU MINISTRE DE LA JUSTICE.

L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE ADRESSENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE CHEIK OMAR MOHAMED ARBA. QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON PARADIS ETERNEL.AMIN

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.


Rapport de la LDDH sur le syndicalisme (2)

SOCIAL

Voici la seconde et dernière partie du Rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits humains au Congrès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui s’est tenu du 1er au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur. Les recommandations pertinentes de cette organisation non gouvernementale nationale, à laquelle le ministère de la Justice, chargé des Droits de l’Homme nie paradoxalement toute réalité, sont annexées en fin de ce rapport.


IV. Analyse et perspectives

Une question légitime et récurrente est: « Pourquoi l’idée d’un syndicalisme indépendant est-elle aussi insupportable pour le pouvoir djiboutien ? »

La réponse à cette question est forcément complexe. Elle tient tout autant de la structure institutionnelle du pays, des pratiques traditionnelles dans l’exercice du pouvoir mais aussi un peu du contexte mondial.

a) De l’omnipotence présidentielle

Le président de la république est à la fois :

– Chef du gouvernement

– Chef suprême des armées

– Chef du conseil supérieur de la magistrature.

Bien que la Constitution confère des attributions substantielles à l’Assemblée Nationale celle-ci est loin de remplir son rôle. Elle est, et a toujours été, une chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif. L’ensemble de ses membres appartient à la même mouvance présidentielle. Ils doivent, tous, leur place au chef de l’Etat, qui a de manière directe ou détournée, influencé leur sélection pour la candidature à des élections dont l’issue a toujours été connue d’avance. Sans ironie aucune, la population parle de députés « nommés » et non pas « d’élus ».

L’opinion nationale est habituée au fait que les décisions gouvernementales, aussi aberrantes soient-elles, ont été entérinées par l’assemblée nationale quand celle-ci n’est pas purement et simplement ignorée. La cession de la gestion du port et de l’aéroport de Djibouti à un opérateur privé est éloquente. Le transfert s’est effectué dans l’opacité la plus totale sans qu’aucun texte législatif ne soit voté. Il en est de même pour la vente du Sheraton Hôtel pourtant construit avec les fonds des travailleurs puisés dans la caisse de solidarité

A l’échelle du citoyen, la centralisation du pouvoir est matérialisée par le fait que l’embauche d’un agent de l’administration centrale, aussi subalterne soit-il, est subordonnée à la signature d’une décision présidentielle. Jusqu’à un an auparavant , les magistrats étaient des fonctionnaires sans protection particulière et n’ont certainement pas oublié qu’une simple note ministérielle a suffit pour licencier un de leur collègue (le juge Zakaria Abdillahi, aujourd’hui exilé en France) et démettre 2 autres de leur fonction. Beaucoup d’entre eux ont alors choisi de voguer allègrement dans le sens du courant. C’est-à-dire la soumission et la corruption.

Parmi les nombreuses décisions de justice pour le moins surprenantes on peut citer la condamnation à 3 mois de prison fermes et une amende avoisinant 54.000 euros. Elle a été prononcée à l’encontre de Daher Ahmed, journaliste et opposant politique accusé de délit de presse en diffamation à l’égard d’un général de l’Armée djiboutienne, à propos d’une affaire de mineurs.

La toute puissance présidentielle est parachevée par un large réseau d’agents d’information, attaché directement à la présidence et géré par le SDS ( Service de la Documentation et de la Sécurité), agence dépourvue de tout statut juridique.

La volonté d’un être aussi puissant est donc forcément déterminante dans l’orientation politique et sociale d’un pays. Or, après avoir tenté bien de médiations »et appelé au dialogue direct, nous sommes résolus, par dépit, à l’idée que le chef de l’Etat abhorre les syndicats. Ce sentiment semble alors diffuser en cascade au sein des différentes strates de la hiérarchie étatique. Ce blocage de la situation syndicale est sans doute une conséquence directe de cette réalité.

b) De l’usage du pouvoir

La vie politique à Djibouti est bâtie autour d’un communautarisme tribale lui servant de pilier central. La répartition des postes ministériels, des sièges des députés et même des fonctions de la haute administration, est régie par des considérations tribales, selon des proportions quasi immuables depuis l’indépendance.

C’est une alchimie politique que l’ancien président de la république, Hassan Gouled, n’a pas hésité à qualifier (sans rire) sur les ondes internationales « de sciences mathématiques de haut niveau ». Les personnes investies des différents pouvoirs le sont au nom de leurs tribus respectives qu’ils sont sensés représenter . Dans le fait, le choix de ces personnes s’effectue sur l’allégeance, la fidélité envers le vrai détenteur du pouvoir ainsi qu’à leur capacité à jouer le rôle de « rabatteur » au sein de leur communauté.

Elles ne jouissent donc, d’aucune légitimité en tant que représentantes communautaires. Elles usent de tous les moyens pour soumettre à leur volonté ces membres dont elles sont censées défendre les intérêts, tout en se servant de leur statut à leur bénéfice strictement personnel.

c) Du danger d’un syndicalisme naissant

Le mouvement syndical, dans sa globalité, échappe complètement à cette logique. Les travailleurs regroupés par secteur d’activité s’attachent davantage à la défense de leurs intérêts matériels et moraux sur des bases vérifiables et non sur des considérations affectives.

Corporatiste et démocratique, le syndicalisme secoue un édifice politique quasi trentenaire. Il véhicule des idéaux jugés trop avant-gardistes et perçu comme un véritable danger et un défi aux dirigeants politiques. Il est un obstacle à une gestion mafieuse du pays basée sur :

– Le gangstérisme économique à travers la confiscation du patrimoine nationale et le racket des entreprises privées ;

– Le verrouillage politique de toutes les instances

– Par l’appauvrissement de la masse rendue, à dessein, vulnérable et corruptible.

Un syndicalisme libre, indépendant et opérant est forcement un organe de dénonciation et de protestation. Il constitue un contre-pouvoir embarrassant et même peut être une alternative sociale aux pratiques moyenâgeuses d’une politique désuète.

A nos yeux, la lutte antisyndicale sévissant en république de Djibouti ne relève en rien d’un phénomène épidermique et passager. Elle dure depuis presque 10 ans. Au contraire elle est mûrement réfléchie et s’inscrit dans un processus, plus large, de conservation du pouvoir. C’est à cause des valeurs qu’il véhicule que le syndicalisme est combattu avec autant de vigueur et de détermination. Il est un obstacle à la politique de l’aliénation pure et simple du citoyen et de la citoyenneté dans ce pays.

d) Les effets du contexte mondial

Le gouvernement djiboutien continue à braver le monde et à se moquer des engagements pris même au devant des organismes aussi respectables que l’OlT. C’est ainsi que le 8 juillet 2002 un accord triparti est signé entre un représentant du gouvernement M. Djibril Omar Houffaneh (directeur du travail et des relations avec les partenaires sociaux), un représentant de l’OlT (M. Ndaye Momar) et 3 (trois)représentants syndicaux.. Cet accord stipule que le gouvernement accepte de réintégrer collectivement les syndicalistes licenciés. A ce jour, aucune mesure en ce sens n a été entreprise.

Il est possible que dans les pays développés la société civile soit empêtrée dans la lutte contre les effets sociaux négatifs de la mondialisation. Cette course effrénée imposée par les milieux économiques à ces pays et à leurs gouvernements occulte les manquements aux droits humains fondamentaux en général et à plus fortes raisons sous les dictatures des pays du tiers monde. Cette baisse de vigilance de l’opinion internationale profite au gouvernement qui peut continuer ses pratiques liberticides sans craindre la pression étrangère.

Pourtant Djibouti est un tout petit pays très dépendant de l’aide étrangère. Cependant sa position géographique lui confère un avantage stratégique très convoité. Plusieurs pays occidentaux sont présents militairement sur le sol djiboutien. Il semble que malheureusement ces pays soient peu regardant sur les pratiques politiques d’un régime qu’ils financent sans se soucier de l’usage des fonds alloués. De toute évidence Djibouti ne fera pas l’économie d’un bouleversement social et politique. Il y va de son avenir et peut-être même de son existence.

Or il est peu probable que la gouvernance locale d’elle-même s’améliore sans les pressions conjuguées des citoyens et des puissances étrangères. Le rôle des pays donateurs est capital car l’aide au développement peut nuire, précisément, à ce développement. Tout dépend de l’usage qu’en fait le pouvoir en place. Dans les conditions actuelles d’octroi à Djibouti, cette aide sert surtout à la promotion de la corruption, au culte de la personnalité, à l’incitation à la facilité, à la banalisation de la mendicité. Bref nous sommes bien loin des objectifs si généreusement visés par les uns et si hypocritement affichés par les autres.

RECOMMANDATIONS

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) demande aux membres de la FIDH de condamner le Gouvernement de la République de Djibouti pour :

– ses violations constantes des Conventions internationales, notamment celles de l’OIT ;

– son refus répété d’appliquer les différents accords signés avec le BIT, entre autres celui de procéder à la réintégration professionnelle, avec tous les droits pertinents, de tous les syndicalistes sanctionnés durant et pour leurs activités et leurs actions syndicales.


D’Abidjan à Djibouti

GUERRES CIVILES, ACCORDS DE PAIX ET FOURBERIES POLITICIENNES

Dans deux éditions différentes, nous avions relevé les similitudes des crises politiques que traversent la Côte d’Ivoire et notre pays. Si, en Afrique, ces deux pays n’ont pas le monopole des maux récurrents et endémiques sur notre continent que sont la corruption, les fraudes électorales, le népotisme et la prétention pathologique à régner et à perdurer par la force, pour ne citer que ces maux-là ils se singularisent par la violation unilatérale et la non-application systématique par les pouvoirs en place d’Accords de paix ayant mis fin à de sanglantes guerres civiles.


Le tragique rebondissement de la crise politique qu’a connu le 26 mars au matin, la Capitale ivoirienne, devrait inspirer les dirigeants djiboutiens sur les risques réels que fait courir à notre pays la non-application des Accords de paix. Suite aux Accords de Marcoussis, l’opposition armée ivoirienne accepte de participer au gouvernement. L’attentisme et les incessantes volte-face du Président ivoirien avaient mis en péril la fragile paix péniblement acquise, provoquant la suspension de la participation au gouvernement des « Forces Nouvelles » qui n’ont toujours pas désarmé leurs troupes. D’efficaces pressions internationales (ONU, UA, France,…) avaient fini par les convaincre de revenir sur leur décision.

Afin d’accélérer le processus de paix, tous les partis politiques de l’opposition ivoirienne ont appelé leurs militants et sympathisants à manifester de façon unitaire le 26 mars 2004 dans les rues de la Capitale, entendant ainsi faire la démonstration que l’ensemble de la population ivoirienne souhaite l’application immédiate et intégrale des Accords de Marcoussis pour sortir de la crise politique et mettre la Côte d’Ivoire sur les rails de la réconciliation et du développement. Côté pouvoir, on s’accroche.

Simone Gbagbo, épouse de qui de droit et présidente du groupe FPI à l’Assemblée Nationale, ainsi que Charles Blé-Goudé, chef de file des Jeunes Patriotes, mobilisent leurs troupes fanatisées. Sous leur pression, Laurent Gbagbo interdit la manifestation, violant ainsi un droit garanti par la Constitution, et prend bien soin d’en interdire également la couverture à tous les journalistes indépendants, nationaux comme étrangers.

Cette dernière interdiction et la suite des événements accréditent la thèse vraisemblable d’un massacre prémédité, programmé ! A huis-clos. Refusant de se laisser intimider et sûrs de leur bon droit, les partis de l’opposition politique ivoirienne maintiennent leur mot d’ordre de manifestation pacifique.

Des dizaines de milliers d’Abidjanais bravent alors l’interdiction et convergent vers le lieu du rassemblement. Les forces de police, qui en ont manifestement reçu l’ordre, dispersent alors la foule compacte, tirant à balles réelles sur des manifestants à mains nues. La manifestation ainsi dispersée, c’est l’engrenage infernal. Des escadrons de la mort entrent en action, procèdent à des rafles sélectivement massives, puis à des exécutions sommaires et religieusement ciblées (depuis le silence complice ou gêné dont bénéficie Israël, c’est devenu une mode politiquement presque correcte). Bilan officiel : une quarantaine de morts, dix fois plus selon l’opposition et Amnesty International, 300 au bas mot selon des sources étrangères bien informées. Résultat : les positions se radicalisent, toute l’opposition suspend sa participation au gouvernement et a appelle pour le 29 mars à une grande manifestation nationale (aussitôt interdite par le régime), déterminée à marcher et obliger Gbagbo (époux) à la démission ou l’application immédiate des Accords de Marcoussis, internationalement salués.

Encore traumatisés par les violences policières, les militants de l’opposition ont ignoré cet appel à manifester. Arrogant, Gbagbo claironne : « le départ de Jean-Bertrand Aristide donne des idées à certains Ivoiriens, ils oublient simplement que la Côte d’Ivoiren’est pas Haiti et que le Président Gbagbo n’est pas Jean-Bertrand Aristide. » et accuse les ex-rebelles d’être à l’origine des troubles parce qu’ils refusent de désarmer. Depuis quand une pacifique manifestation constitue-t-elle un trouble à l’ordre public ? Au vu du sort réservé à des manifestants aux mains nues, les réticences des Forces Nouvelles à désarmer sont parfaitement compréhensibles.

A la veille du 10ème anniversaire du génocide au Rwanda, les troupes françaises déployées dans le cadre du dispositif « Licorne » restent calfeutrées dans leurs casernements, considérant ces exactions ciblées comme des opérations de maintien de l’ordre.

Par la voix de son porte-parole, le Quai d’Orsay s’est quant à lui courageusement contenté de « déplorer les violences qui ont secoué Abidjan », affirmant « sa profonde inquiétude quant à l’évolution du processus de paix »…Espérons que l’indifférence française ne « donnera pas des idées » à d’autres parvenus par la force et la fraude.

A Djibouti, force est de constater que tous les ingrédients d’un tel scénario sont d’ores et déjà réunis, la fraude électorale massive en supplément , et dans la perspective des élections régionales : un climat social explosif comme l’attestent les grèves à répétition (Education Nationale, épouses FNP ou autres revendications corporatistes) et la récente insubordination d’une Armée Nationale lassée des traitements de faveurs antirépublicains, impasse politique consécutive à la non-application de l’essentiel des accords de paix.

Une fronde généralisée ; une Garde Présidentielle choyée et suréquipée qui jure en public et sur le Coran sa fidélité au grand chef ; une opposition déterminée à ne pas s’en laisser conter et demandant l’application immédiate et intégrale de l’Accord de paix du 12 mai 2001 tel que convenu d’accords parties… en plus d’un climat d’insécurité préoccupant.

Nous l’avions dit et le répétons encore, tant à l’attention du gouvernement que de nos partenaires au développement, témoins dudit Accord, qu’il n’y a pas trois solutions pour sortir de l’actuelle impasse : soit et c’est notre souhait, l’Accord du 12 mai 2001 est immédiatement et intégralement appliqué tel quel et tout le monde en sortira gagnant et grandi ; soit l’une des parties imposera sa solution par la force, avec les incalculables conséquences que n’assumeront que les fourbes et les fraudeurs.

Quand on connaît la détermination de l’opposition et qu’on garde en mémoire l’indélicate façon dont la Garde Présidentielle a dispersé une pacifique manifestation d’handicapés de guerre… le pire est à craindre.

Qu’à Allah ne plaise !


Mise au point d’Ismaël Guedi Hared

Dans son édition n° 105 en date du 20 mars 2004, « Le Progrès », organe de presse du RPP, a publié les propos d’un anonyme (comme toujours), se présentant sous les initiales O.T, qui tente de semer le trouble dans les esprits des Djiboutiens. En effet, dans un encadré intitulé « Qui rédigeait le bulletin du PMP ? », il donne une version erronée de l’Histoire anticoloniale. Je tiens donc à apporter ici les précisions suivantes, afin de dissiper tout malentendu.

Je confirme ce que j’ai écrit il y a près de six mois dans le 67ème numéro de Réalité, le sérieux hebdomadaire de l’Alliance Républicaine pour le Développement, au grand dam de tous ceux qui ont toujours été dérangés par la vérité ! Ma mise au point d’octobre 2003 ne faisait que rétablir la vérité que feignaient d’ignorer les courtisans du RPP, spécialistes de la falsification, non seulement à des fins de propagande, mais aussi pour nuire aux honnêtes patriotes en les éclaboussant de mensonges.

J’ai suivi les graves événements du 26 août 1966 depuis Paris. Il est vrai que l’administration coloniale, prise au dépourvu car toujours sûre d’elle-même et allergique au mot indépendance, a fait abondamment couler le sang des manifestants dont le seul tort était de simplement aspirer à la Liberté. Le Général de Gaulle, de retour de Phnom Penh, paraissant lui-même affecté par l’ampleur des manifestants a annoncé, dans sa conférence de presse tenue à Paris, l’organisation d’un référendum en Côte Française des Somalis. C’est à partir de cette conférence que nous avons décidé, le regretté Ibrahim Harbi Farah, Aden Robleh Awaleh et moi-même, d’interrompre nos études et de regagner notre pays, où la situation politique devenait jour après jour plus explosive.

Nous avons débarqué à Djibouti au mois de décembre 1966. la répression, les exactions et les séquelles de la journée du 26 août étaient quasi permanentes. Sans perdre de temps, j’ai commencé à activement participer à la rédaction du bulletin du PMP (Parti du Mouvement Populaire), avant de rapidement devenir le principal rédacteur de cet organe de presse indépendantiste. Révolté par la violence dont l’administration coloniale a fait preuve dans la répression, mon objectif était de dénoncer les emprisonnements, les exactions et les tortures qui étaient monnaie courante.

J’ai bien écrit après mon retour de Paris : je n’ai jamais prétendu avoir de tout temps été rédacteur du bulletin du PMP. Mon travail a donc continué jusqu’à la fin du mois de mars 1967, date à laquelle l’administration coloniale a décidé d’ interdire purement et simplement le Parti du Mouvement Populaire. Ce fut, certes, une courte période, mais une période délicate, difficile, voire même très dangereuse car l’administration coloniale veillait au grain. Les arrestations et les interventions de toutes sortes sur les nationalistes étaient de plus en plus cruelles.

Voilà la réalité, voilà la vérité qui doit être lue par tous les Djiboutiens, sans prêter attention ni accorder crédit aux bruits et aux écrits tendancieux émanant des éléments RPP en service commandé d’intoxication et de diffamation.

Au cas où ma présente mise au point ne les convaincrait pas totalement, je tiens à la disposition de ces diffamateurs une lettre de la main d’un des plus illustres combattants pour l’Indépendance, un de ces héros de la lutte pour la libération de notre pays : Monsieur Moussa Ahmed Idriss, Président du Parti du Mouvement Populaire à l’époque. Il confirme de façon claire et précise mon rôle et ma contribution durant cette période cruciale.

Ne pas oublier les victimes de la répression, c’est bien. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’il y a d’autres victimes, actuelles : celles de la dictature et des fraudes massives.

Où sont les héros tels que Moussa Ahmed Idriss et Ahmed Dini Ahmed, qui furent au premier rang de la lutte pour la libération nationale et aujourd’hui privés de leur victoire respective par les fraudes massives, lors de la présidentielle de 1999 et des législatives de 2003 ?

Je tiens à rappeler que les enfants des victimes, ceux des anciens combattants sont eux-aussi à leur tour victimes de la dictature en place, du déficit démocratique, du non-respect des Droits de l’Homme. Bref, ils sont victimes de la mauvaise gouvernance qui les enferme dans la misère, le chômage, la faim et l’ignorance.


Terrorisme : Djibouti fait peur

Deux événements, à peu près concomitants, sont venus brutalement rappeler qu’en matière de terrorisme et de lutte antiterroriste, la position de Djibouti, ou à tout le moins de son actuel régime, mérite d’être clarifiée pour prétendre à une quelconque crédibilité sur la scène internationale, comme pour notre opinion publique. N’insistons même pas sur le fait que pratiquement aucun acte terroriste perpétré à Djibouti depuis 1977 n’a été élucidé (si l’on ne prend pas en compte celui de l’Historil en 1987, dont l’auteur a pourtant bénéficié d’une grâce présidentielle, inexplicable au regard de la mémoire de ses victimes). Les conditions, peu glorieuses pour le régime djiboutien, dans lesquelles la visite du Président allemand à ses troupes stationnées en République de Djibouti a été annulée, ainsi que l’arrestation d’un paisible citoyen djiboutien accusé de s’être pratiquement dénoncé par anticipation frimeuse, ou illuminée (normal dira-t-on, pour un islamiste) donnent une dimension pour le moins spectaculaire à une autre affaire : celle du juge Borrel, récemment relancée par la levée du secret-défense.


« Djibouti exprime son étonnement » : ainsi s’exprimaient à l’unisson le journal gouvernemental « La Nation » et le ministère djiboutien des Affaires Etrangères, à propos de l’annulation in extremis et sans concertation préalable, de la visite que le Président de la République Fédérale d’Allemagne devait effectuer à Djibouti mercredi dernier. Effectivement, seuls quelques déphasés ignorent que « Djibouti, en tant que pays membre actif de la coalition internationale de lutte antiterroriste offre aux forces engagées dans l’opération « Liberté Immuable » depuis janvier 2002, des bases d’appui logistiques sûres et un environnement serein où les préoccupations sécuritaires éventuelles sont endiguées par l’excellent travail de coordination des services de sécurité ».

En clair, les risques de menace ne « peuvent être pris au sérieux ». Mais alors, pourquoi un paisible citoyen djiboutien vient-il de faire l’objet d’une arrestation par la Police, puis d’une mise sous dépôt à Gabode, au prétexte qu’il aurait menacé les forces allemandes stationnées à Djibouti et qu’il comptait attenter à la vie de leur Président ? Etonnons-nous alors : ajoutés aux plus récents attentats commis ces dernières semaines sur la voie ferrée djibouto-éthiopienne, alors que le dispositif sécuritaire a été sensiblement renforcé en moyens humains, techniques et financiers avec l’opération « Liberté Immuable », l’annulation de la visite que le Président allemand devait effectuer à Djibouti et le rebondissement dans l’affaire Borrel, où le secret-défense vient d’être levé sur une partie des dossiers, montrent bien que la confiance placée dans le régime djiboutien s’effrite aussi rapidement que son usurpation était colossale.

M. Ahmed Aden Omar n’est pas tout à fait inconnu des Djiboutiens, et pour cause : c’est un tranquille père de famille, que le régime n’a pourtant pas hésité à durement réprimer, uniquement du fait de sa modeste proximité avec l’opposition pacifique, dans les années 90. C’est un ancien officier de l’Armée Nationale Djiboutienne, travaillant à l’époque au service comptabilité. Mal en point depuis et psychologiquement déstabilisé par la perte de son emploi, il vivait paisiblement parmi les siens et survivait grâce à la solidarité familiale.

Jusqu’au jour où les agents de la Brigade Criminelle viennent l’arrêter à son domicile : c’était jeudi 29 mars 2004 aux alentours de 21 heures. Motif officiel fourni aux siens médusés : il aurait été aperçu à plusieurs reprises aux alentours de deux hôtels où sont logés les militaires Allemands et il comptait assassiner leur Président, M. Johannes Rau. Où a-t-on vu un terroriste aller s’exhiber aussi imprudemment devant ses futures victimes ? Est-il crédible que les forces allemandes stationnées à Djibouti aient pu le laisser repartir, sans remarquer que leurs faits et gestes sont surveillés par un prétendu terroriste ? Condamnant par ce silence les autorités djiboutiennes à l’ignorance de ce danger imminent et au ridicule d’un communiqué aussi déphasé que discourtois ?

Est-il plausible que les forces internationales engagées dans la lutte antiterroriste n’aient pas daigné fournir aux services djiboutiens une information aussi importante ? Toutes questions auxquelles réponses devront être rapidement fournies, en tout cas légitimes car la mésaventure de M. Ahmed Aden Omar n’est pas sans réveiller les traumatismes causés par la répression, à caractère tribal, consécutive à l’attentat du Café de Paris en septembre 1990 : le meurtrier du petit Olivier court toujours, alors que des centaines d’innocents citoyens djiboutiens ont été arrêtés et sauvagement torturés. Ce n’est peut-être pas un hasard si les milieux djiboutiens proches du pouvoir accusent M. Ahmed Aden Omar d’être un agent patenté des services secrets… français !

Tout cela, comme par hasard, au moment où rebondit de manière spectaculaire l’affaire Borrel, à travers une procédure à elle seule lourde de sens et de conséquence : la levée du secret-défense qui empêchait jusqu’à présent la partie civile d’avoir accès à certaines informations importantes et officielles de ce dossier. Il est inutile, prématuré et prétentieux de vouloir se prononcer sur le fond de cette affaire, c’est pourquoi nous n’avons jamais outrepassé cette règle cardinale : plus que la personne, et pour déshonorante que soit l’accusation, unique au monde contre un Chef d’Etat en fonction, il est de notre devoir de rappeler que la présomption d’innocence doit prévaloir.

Cela étant, que la procédure du secret-défense ait été imposée aux douze documents en rapport avec la mort du juge français, implique qu’étaient menacés les intérêts soit de la France, soit de Djibouti, soit des deux Etats : la thèse du suicide est donc ipso facto contredite. Il est grandement temps que toute la lumière soit faite sur cette malheureuse affaire, pour la veuve et les enfants, comme pour la France et Djibouti. En attendant, un citoyen djiboutien croupit dans les geôles de Gabode : dans les circonstances actuelles, et vu que le poids de certaines factions islamistes dans les environs de Mogadiscio, dont Djibouti sponsorise le régime, il est impossible de ne pas relier les deux dossiers. Il serait dangereux que le régime ravive des blessures pour se disculper.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

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Réalité numéro 89 du mercredi 24 mars 2004

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Rapport de la LDDH sur le syndicalisme
  4. Commentaire sur le bureau américain des Droits de l’Homme
  5. Gaza 2004 : un tournant infernal
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 89

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SILENCE ON (DE)TOURNE : CINEMA POLITIQUE,

CADEAUX PRIVES ET ARGENT PUBLIC

On pensait que les sommets du ridicule avaient été atteints la semaine dernière avec le don de dix bicyclettes (de fabrication chinoise) aux jeunes de Randa, par une association-maison dont la transparence n’est pas la première des vertus, ni l’efficacité apparemment. De toute évidence, avec ce régime en quête de reconduction et usant de tous les artifices démagogiques pour mystifier ses concitoyens, les pneus de vélo sont moins increvables que la bêtise, surtout lorsqu’elle provient de la haute fonction publique.

Ainsi, le week-end dernier, les jeunes du Day ont vu débarquer le présidentiel cortège fuyant quelques instants le Capitale, pour se ressourcer à l’ombre de plants de khat venus des hauts plateaux éthiopiens. En tant que tel, l’exercice masticatoire, même impliquant d’aussi hautes personnalités, n’a pas défrayé la chronique locale ; c’est tellement banal de brouter !

Par contre, un don inattendu, exotique à rebours, mérite une grande attention car il est révélateur de nombreuses dérives et mystifications. Arrivé dans les bagages présidentiels, un haut fonctionnaire apparemment au four et au moulin, vraisemblablement parce que lui aussi en campagne d’auto-promotion, Directeur de l’Office des Prestations Sociales pour mieux le nommer, n’a pas hésité à prendre sur son temps libre pour offrir à ces jeunes désœuvrés du Day une télévision et un groupe électrogène ( à essence, s’il vous plaît) pour le faire fonctionner, puisque l’adduction d’eau n’a pas voulu se transformer en projet hydroélectrique.

OPS, ou OPA sur l’administration et les deniers publics ? On sait que, pour une grande partie, les problèmes de trésorerie de l’OPS, de trésorerie et de maintenance de l’EDD (Electricité de Djibouti) sont dus à leur énorme participation financière à l’effort de guerre au début des années 90. Avec l’actuel régime, un nouveau pas dangereux a été franchi : la frontière est devenue totalement inexistante entre politique partisane et service public.

La première dimension révélatrice de cette régression du sens de l’Etat, c’est la pratique des petits cadeaux dont on ne sait pas trop s’ils sont effectués sur fonds privés ou publics. Cela importe peu car, en définitive, il est indécent qu’un responsable distribue des petits cadeaux ou court-circuite tout le programme d’Aménagement du Territoire en prétendant initier sur fond personnels des projets de développement (unité de dialyse ou de mammographie à la Santé, Forage çà et là, etc.) au gré de ses déplacements électoraux, car censé représenter tout le monde, il ne saurait être soupçonné de favoritisme.

La seconde dimension remarquable, c’est la servilité avec laquelle des fonctionnaires en quête de promotion politique ou administrative s’investissent corps et âme dans des entreprises partisanes de mystification, à coups de hochets et de khat. Sans que l’on sache par quel miracle financier, le pays bruisse de rumeurs, le plus souvent fondées, selon lesquelles tel haut fonctionnaire entretiendrait à ses frais une série de mabraz où l’on mastique jusqu’à la crampe des mandibules. Cette pratique s’observe surtout chez les originaires des régions les plus défavorisées, parce que l’injustice qui les frappe demande plus d’efforts complices et d’appel aux bas instincts.

Ce détournement de la nécessaire neutralité de toute administration, avec la complicité de ceux qui ont parfois payé leur idéal démocrate de leur personne, n’est malheureusement que l’effet secondaire d’un détournement opéré en amont : celui de la volonté populaire par fraudes électorales. C’est l’absence de démocratie qui pousse arrivistes et prétendants arrivistes à la plus basse servilité, parce qu’ils ne devront leur promotion qu’au bon vouloir d’un régime qui recrute selon la prédisposition à l’obéissance. C’est pour cela qu’il leur faut distribuer, au nom de celui auquel ils doivent tout ou dont ils attendent tout, khat et télévision : la campagne approche, alors tous aux mabraz ou devant la télé. Le crime n’est même pas maquillé. Comme le disait si bien Paul-Jean Toullet : « Le arrivistes sont des gens qui arrivent. Ils ne sont jamais arrivés». A bon …


Brèves nationales

Madame recrute :

L’UNFD applique l’Accord de Paix ?

Il y a quelque mois, un sympathique lecteur nous avait adressé un petit courrier dans lequel il nous invitait à ne pas du tout évoquer toutes les bassesses par lesquelles le régime croyait nous punir d’être opposants. Au nombre de ces vilenies, il y a le blocage de deux ans de salaire ainsi que le refus de réintégrer les cadres du FRUD-armé, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Aux dernières nouvelles, il semblerait que, par une sensibilité toute féminine, le régime serait en train de reconsidérer sa position et d’abandonner cette forme primitive de terrorisme qui consiste à dénier le droit au travail et au salaire, constitutionnellement garanti. Mais les dessous de ce revirement ne sont guère propres, et il y a tout lieu de craindre que, finalement, la montagne n’accouche d’une souris.

Depuis un certain temps, des sources autorisées racontent que la Première Dame du pays, accessoirement Présidente de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) serait en train de personnellement s’impliquer dans ce dossier et battrait ciel et terre (tant qu’il ne s’agit que de ça) pour amener le régime (on ne sait par quel chemin ) à faire appliquer certaines mesures individuelles contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Certains directeurs proches du Premier ministre (il y en a ) clament à ce sujet dans les mabraz : « Ils doivent absolument aller voir leurs Ministres de tutelle , il est au courant car Kadra a tout réglé ». Ce que, par respect pour ledit ministre (qui n’a d’ordre à recevoir d’aucune femme non habilitée par les textes), et dans l’esprit de l’Accord de Paix (qui n’est pas passé par un chemin aussi tortueux), les cadres du FRUD-armé ne pouvaient accepter.

Même dans le secteur privé, la procédure d’embauche n’obéit pas aux rumeurs : il est impensable de demander à un candidat de se rendre auprès d’un chef de personnel au prétexte qu’untel aurait entendu parler de son dossier dans la Rue des Mouches ! Il ne s’agit pas ici de supplier qui que ce soit pour obtenir un quelconque privilège : il est tout simplement question de respecter un engagement solennellement souscrit par le gouvernement et que le Chef de l’Etat s’était lui-même engagé devant le Peuple à appliquer.

Maintenant, sans sous-estimer la diplomatie au féminin, il nous semble plus sain, d’un point de vue institutionnel autant que politique, que cela suive une voie clairement établie et respectueuse du rôle de chacune et de chacun, aussi insignifiant ou protocolaire soit-il. Que chacun s’assume, dans la maturité de sa trajectoire, de ses sacrifices et de son honneur, dans le respect d’un Accord de Paix dont le Peuple attend l’application la plus honnête.

Cyclisme rural :

Attention au col… du fémur !

Au début de l’été 2002, une journaliste égyptienne, certainement pas mal intentionnée (est-il plausible qu’elle soit venue chez nous en pleine canicule juste pour discréditer notre pays ?), avait tenté autant que possible, de rendre compte dans les colonnes de son journal de l’extrême état de dépendance vis-à-vis de l’extérieur dans lequel se trouve notre économie. Ce à quoi un zélé journaliste de « La Nation », dont nous tairons le nom par pudeur, avait vertement répondu avec un argument tout à fait inattendu et texto : cette ingrate journaliste prétend que Djibouti ne possède même pas une usine de production d’aiguilles à coudre ! L’honnête citoyen moyen, pas toujours au courant de toutes les miraculeuses réalisations gouvernementales, et croyant sur écrit ce qu’énonce « La Nation », a alors comme la fâcheuse impression d’avoir raté un épisode : existe-t-il vraiment à Djibouti une usine de production d’aguilles à coudre ?

Et, dans une perspective décentralisée et respectueuse des unités de production industrielle que l’on voit ces temps-ci fleurir dans les districts de l’Intérieur, il se pose une question : y-a-t-il une usine de production d’aiguilles à coudre que le régime cacherait (peut-être à Randa, ce qui expliquerait le don de bicyclettes) afin de ne provoquer aucune jalousie tribale ? La réponse est simple : il n’a jamais existé à Djibouti la moindre usine de production d’aiguilles à coudre, quoi qu’ose tranquillement prétendre un journaliste de « La Nation » sans respect pour ses lecteurs, ni pour la décence de ses écrits.

Sous des faux airs de quiproquo, ce journal a récidivé lundi dernier en publiant une réaction à nos commentaires relatifs à un don de dix bicyclettes d’origine chinoise. Sous la plume du récipiendaire (forcément, la gratitude du ventre ou plutôt des mollets), il nous est reproché d’attenter à l’honneur de tout un village, sans parler de celui des donateurs et des illustres spectateurs venus de la Capitale.

Si certains trouvent que la politique du bakchich n’a rien de déshonorant et peut même tenir lieu de politique de développement, libre à eux de se mystifier. Mais qu’ils ne cherchent pas à tromper le Peuple : si un de ces bienheureux cyclistes venait à tomber de sa monture et se fracturait quelque fémur, c’est d’un dispensaire qu’il aura besoin. Manque de chance, l’ADPEF n’a rien prévu en ce sens dans son don : comme la plupart des localités rurales, Randa n’a aucun dispensaire digne de ce nom. A notre humble avis, un petit centre de soins nous semble prioritaire par rapport à des vélos, même chinois. Et encore, si c’étaient les infirmiers en zone rurale qui avaient été dotés de bicyclettes pour mieux soigner jusque dans les secteurs les plus reculés et inaccessibles, qui sont de plus en plus nombreux par démission de l’État…

Enfin, rendons à César ce qui appartient à César, si l’on peut le mettre à cette sauce : contrairement à ce que nous écrivions, l’un des illustres spectateurs n’était pas le Secrétaire Général d’un ministère, mais un autre haut fonctionnaire natif de la région et qui se sera reconnu.

Ali-Sabieh :

La Jeunesse Assajog se rebiffe

Déçus de l’esbroufe et du mensonge du régime RPP, la dynamique jeunesse d’Ali-Sabieh, regroupée sous la bannière LJA (Ligue de la Jeunesse Assajog) a remis les pendules à l’heure dans son numéro 8 de son organe de presse « La Tribune d’Ali-Sabieh ». Habitué à la mansuétude, sinon la complicité, des bulletins d’information des associations nationales, le régime a paniqué en mobilisant certains notables appointés, dans le but de « calmer » cette frondeuse jeunesse, largement victime du chômage, comme partout dans le pays. Devant le refus de ces derniers de se plier aux diktats partisans, le pouvoir a en toute hâte fait réagir dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » des membres crédules et intéressés de cette association, mais n’appartenant pas ses instances dirigeantes.

Coup d’épée dans l’eau, loin de rassurer un régime en plein désarroi. Les Assajog dans leur grande majorité expriment ouvertement leur rejet du système RPP et de ses pseudo-réalisations industrielles, dans un district solidaire des difficultés rencontrées par toutes les populations de toutes les régions du pays. Les jalousies sociales et les démagogies électoralistes ont fait leur temps : elles ne passent plus.

D’ailleurs, le seul Président de cette association a convoqué pour vendredi 26 mars une assemblée générale pour demander une motion de confiance aux adhérents.

Vivement le n°9 de notre confrère « La Tribune d’Ali-Sabieh » : le langage de la vérité lui assurera, à n’en pas douter, le succès que mérite toute presse indépendante et sérieuse, respectueuse de sa mission, donc de ses lecteurs.

Tadjourah :

La fin d’une politique

Le week-end dernier n’a pas été de tout repos pour les usurpateurs de l’UMP. Après la dénonciation spectaculaire de l’esbroufe officielle par la jeunesse Assojog qui a, ce faisant, brisé le carcan dans lequel le pouvoir tentait de l’enfermer, ce fut au tour de la jeunesse UAD du district de Tadjourah de lui porter le coup de grâce.

Rappelons brièvement les faits. Dans l’après-midi du jeudi 18 mars, le Chef de l’Etat, accompagné de son souriant Premier ministre (il insiste) a débarqué à Tadjourah venu par mer à bord de son luxueux yacht (privé ?). Un convoi de la Garde présidentielle les y attendait. Les prétoriens étaient particulièrement nerveux ce jour-là, et pour cause : miraculeusement avertis du passage dans leur ville de ces illustres touristes, auxquels « la gestion de vraie problématique » n’interdit pas quelques escapades écologiques, la jeunesse UAD a tenu à les accueillir à sa façon, en déversant sur plusieurs centaines de mètres des milliers de bulletins de vote verts des candidats UAD de cette circonscription électorale lors des législatives de janvier 2003.

Le convoi officiel s’est ébranlé vers le jardin d’acclimatation du Day, où les illustres « brouteurs » ont passé l’après-midi à se concentrer sur les feuilles vertes venues des hauts plateaux éthiopiens et la nuit entière, non sans appréhension qui n’ont rien à voir avec le blues post-khatique.

Le lendemain, les dirigeants UMP devaient se rendre à Sagallou où les attendait un copieux déjeuner, mais sans les invités escomptés, qui ont préféré boycotter ce gargantuesque événement : crime de lèse-ripailles majestueuses. Après le festin, les rares convives présents ont malmené leur illustres invités avec des doléances récurrentes qui ont quelque peu perturbé la digestion des candidats en campagne.

A court d’arguments et de promesses, la réponse officielle s’est limitée distribution massive de khat, venu d’Ethiopie celui-ci. Soulagés de quitter Sagallou et ses revendications intempestives, la délégation présidentielle a pris la route de Tadjourah. Manque de pot, arrivée au niveau du village oubliée de Kalaf, quelle ne fut pas sa déception d’y découvrir des messages écrits sur plusieurs centaines de mètres de chaussée : Vive l’UAD ! Vive Dini!

Quant aux villageois, ils se sont ostensiblement rassemblés devant le siège local de l’ARD, à moins de vingt mètres de la route. Echaudés par leur aventure dans le district de Tadjourah, les spécialistes de la fameuse gestion de vraie problématique ont tôt fait de rejoindre Djibouti-ville à bord du même et toujours luxueux yacht présidentiel (public et privé) vendredi après-midi.

Ainsi aurait pris fin ce qui devait être une simple promenade de santé dans le district de Tadjourah, plus que jamais bastion confirmé de l’opposition.

Dikhil :

Pas de pharmacie communautaire

Alors que la pharmacie privée de Tadjourah avait été fermée au prétexte qu’une autre communautaire allait y être ouverte par le ministère de la Santé, celle de Dikhil était restée en service.

Maintenant que le régime se targue d’avoir ouvert des pharmacies communautaires dans tous les districts, Dikhil n’en dispose toujours pas : où est la logique ?


Rapport de la LDDH sur le syndicalisme

SOCIAL

A l’heure où le régime commence un nouveau tam-tam politique sur les thème des droits de l’Homme, qu’il respecterait en vraie démocratie digne de ce nom, il n’est pas inutile de proposer un point de vue différent. Après celui, plus général, du rapport Département d’Etat américain pour l’année 2003, que nous avons reproduit trois semaines durant, voici le premier volet du rapport présenté par la Ligue Djiboutienne des Droits Humains sur l’état du syndicalisme national, ou plutôt de ses difficultés à être indépendant d’un pouvoir politique répressif, n’autorisant que les syndicats-maison, de préférence clonés. Ce rapport a été présenté au Congrès de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, qui s’est tenue du 1er au 6 mars 2004 à Quito, en Equateur.


 

I. Bref rappel historique

a) Un syndicalisme embryonnaire

Ancienne colonie française, la République de Djibouti compte environ 700.000 habitants. Indépendante depuis 1977, elle a été gouvernée par un parti unique (Rassemblement Pour le Progrès) jusqu’en 1992. Dépourvue de richesses naturelles, l’économie est surtout basée sur les services. L’Etat est de loin le principal employeur du pays. A l’instar des autres pays africains, le parti au pouvoir avait inféodé la centrale syndicale unique de l’époque, Union Générale des Travailleurs Djiboutiens (UGTD).

En 1991, une guerre civile éclate dans le pays. En novembre 1992, sous la pression de la France, le pouvoir se résout à une ouverture en demi-teinte et élabore unilatéralement une constitution faisant place au pluralisme syndical. C’est l’émergence des premiers syndicats libres et indépendants dans le pays.

Parmi les plus actifs et les plus structurés, figurent le Syndicat des enseignants du Second Degré (Synesed ), le syndicat des enseignants du Primaire (SEP), le Syndicat du Personnel Bâtiment et des travaux Publics (SPBTP), … tous affiliés à la centrale syndicale Union Djiboutienne du Travail (UDT), elle aussi nouvellement créée. Malgré leur jeunesse, ces nouvelles organisations ont fait leur preuve en matière de fonctionnement démocratique, ce qui leur a permis des affiliations internationales avec la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), l’Internationale de l’Education (I.E), L’Internationale du Service Public (ISP). etc.

B) La grande crise de 1995

La dégradation continuelle de l’économie du pays (en déclin depuis près de deux décennies) l’amène directement vers un programme d’ajustement structurel. En réponse aux exigences du Fond Monétaire International de réduire de manière drastique les dépenses publiques, le pouvoir initie, en 1995, une loi de finances réduisant les revenus des travailleurs de plus de 20% à travers des artifices divers (taxes, réduction de salaire, suppression d’avantages acquis, etc.). Bien entendu, les syndicats, méprisés par le gouvernement, n’ont jamais été consultés à ce sujet.

En septembre de la même année, les syndicats mobilisent les travailleurs de tous les secteurs, une grève générale paralyse le pays. Même l’UGTD s’y associe en créant l’intersyndicale avec l’UDT. Dans le même temps, on assiste à des manifestations massives témoignant de la colère des travailleurs révoltés. Devant l’ampleur du mouvement, aussi important qu’inattendu, le pouvoir panique. Tour à tour, il engage des discussions, brandit des menaces et emprisonne les leaders syndicaux et les militants les plus en vue par centaines dans un centre de détention situé à 8 km de la capitale. Parallèlement, des tentatives de corruption sont menées dans les milieux syndicaux. Déçus par l’absence de sincérité de la part des représentants du gouvernement, les syndicalistes persistent et rejettent la loi en bloc.

Agacé, le gouvernement décide de frapper fort en licenciant la quasi -totalité des dirigeants de l’intersyndicale (UGTD/UDT), pour l’exemple sans doute. Décapité, le mouvement syndical s’amenuise mais menace de rejaillir. Le pouvoir retire alors la loi en question, le temps de retrouver un calme social et surtout de s’assurer d’avoir anéanti toute réaction syndicale ultérieure. Dans le budget national de 1998, le gouvernement intègrera toutes les dispositions de la loi contestée.

Les centrales étant écrasées, seuls les syndicats enseignants structurellement plus autonomes, continuent à résister. Le pouvoir retourne ses griffes contre ces derniers qui sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont désormais seuls sur le terrain. La crise perdure car les revendications enseignantes sont aussi bien d’ordre salarial que strictement professionnelles. La répression est de plus en plus dure. Les arrestations s’enchaînent dans le milieu enseignant et, à deux reprises, les policiers tirent à balles réelles lors des manifestations de collégiens et lycéens, provocant la mort d’un élève et blessant gravement à l’abdomen un deuxième. Les syndicats dénoncent les crimes et mondialisent l’information par le biais d’organisations internationales (CISL, IE, …)

La répression s’accentue sur les enseignants, le pouvoir use de tous les moyens pour défaire ces organisations. Des ministres font du porte-à-porte, menaçant les familles des militants et des dirigeants. Dans le même temps, ils organisent des réunions à caractère tribal au sein des enseignants dans le but d’infiltrer et de désorganiser le mouvement.

Devant les volte-face répétées et la mauvaise foi des responsables politiques qui ne tiennent aucun de leurs engagements, le Synesed décide en assemblée générale de boycotter les examens de fin d’année dans l’espoir de ramener le pouvoir à plus de sérieux dans ses rapports avec les syndicats. Le gouvernement perçoit cette action comme un affront, licencie les dirigeants du Synesed en février 1997. Parmi les quatre (4) Secrétaires Généraux qu’a connu ce syndicat durant sa courte histoire, trois (3) figurent dans la liste des révoqués de la fonction publique. Trente sept jours consécutifs de grève et de manifestation de soutien de la part de leurs collègues et sympathisants n’ont pas réussi à infléchir l’intransigeance gouvernementale.

II. Les conséquences de la répression syndicale dans le pays

a) Une frustration populaire

Quels que soient les objectifs du pouvoir dans sa lutte antisyndicale, son attitude vis-à-vis des travailleurs a des conséquences néfastes et durables sur la société à l’échelle nationale. D’abord, un sentiment généralisé de frustration fait place aux espoirs suscités par la lueur de la démocratisation de 1992. Le sentiment d’être privé des libertés les plus fondamentales n’a jamais été aussi fort au sein de la population et notamment parmi la jeunesse consciente des enjeux. La peur de la répression inhibe toute velléité d’organisation indépendante et surtout toute volonté d’en assurer le leadership.

b) Une fuite de « cerveaux »

Pire encore est l’effet de la stratégie gouvernementale qui consiste à « cloner » tous les groupements sociaux ou politiques authentiques échappant à son contrôle. Systématiquement, Le régime monte de toute pièce, des entités portant le même nom et inféodées à lui. Cette pratique a crée un climat social marqué par une méfiance frôlant la pathologie et rendant encore plus difficile la communication entre les acteurs sociaux, freinant par la même occasion, l’émergence de mouvements syndicaux ou associatifs dignes de ce nom. La décennie écoulée aura été marquée par le départ massif des jeunes cadres et de familles entières résolus à l’exil. Bien plus que la situation économique, c’est l’absence de libertés, la dégradation de l’enseignement public et de la protection sociale, la soumission flagrante du système judiciaire au pouvoir exécutif , l’impossibilité de créer des structures collectives de défense des droits, qui constituent les facteurs déterminants de cette désaffection, pour ne pas dire ce dégoût, des citoyens vis à vis de leur pays.

La haine du régime vis à vis des syndicats est corroborée par l’anecdote suivante: en 1996 un syndicaliste djiboutien en mission à l’étranger échappe à un crash d’avion au large des Comores. Par erreur il est arrêté et mis en détention par les autorités comoriennes qui le confondent avec un des terrorises responsables du détournement de l’avion. Les autorités de son pays n’ont pas entrepris la moindre action pour essayer de le disculper. Elles n’ont même pas voulu confirmer à leurs homologues des Comores les déclarations du prisonnier sur son identité et sa nationalité. Les publications faites ultérieurement dans le pays sur cette affaire ont révélé à la population le vrai visage de son gouvernement. Elles auront sans doute marqué l’opinion nationale.

Lors de la campagne électorale pour les législatives de 2003, Hachim Ladieh Adawe, dirigent syndical enseignant faisant partie des licenciés, a été trouvé mort dans le siège social du syndicat de l’hôtellerie. Aucune enquête n’a été diligentée par le pouvoir .

Contrairement aux années 80, on assiste à une véritable hémorragie des « cerveaux ». Les étudiants à l’étranger reviennent très rarement au pays. De toute évidence, l’économie nationale ne tire aucun avantage de cet état de fait. De plus, les travailleurs résidents sont soumis, depuis la paralysie des syndicats, à toutes les mesures gouvernementales aussi arbitraires qu’antisociales. D’où un découragement et une démotivation forcément préjudiciables à la qualité du travail fourni.

c) Un recul de la démocratie

Enfin dans le domaine politique, le contexte actuel se prête peu à l’évolution des mentalités vers l’instauration des valeurs démocratiques. Les réflexes clientélistes du pouvoir constitue une prime à la facilité, à la soumission, à la corruption des esprits et à l’épanouissement de ceux qui ont foi en la force comme seul facteur régulant les rapports humains.

III. La situation actuelle du syndicalisme djiboutien

a) De l’intransigeance gouvernementale

Depuis la grande purge de 1995/97, la situation syndicale, a très peu évoluée, la position officielle des syndicats est claire. Il est demandé au gouvernement :

– De réintégrer collectivement tous les dirigeants et militants licenciés pour leurs activités syndicales.

– De respecter les conventions 94 et 87 de l’OlT (régissant l’exercice de la liberté syndicale et les négociations collectives).

En conséquence, il n’est pas question pour les syndicalistes d’accepter un préalable à la réintégration consistant à abandonner leurs activités syndicales ultérieurement comme il a été exprimé ça et là par la partie gouvernementale.

Pour des raisons humanitaires, les personnes licenciées peuvent. négocier à titre individuel leur propre réintégration. C’est conformément à cette clause que certains syndicalistes ont retrouvé leur travail sans qu’aucune réparation ne leur soit accordée en guise d’indemnisation pour la période d’inactivité. La plupart des leaders demeurent tout de même encore aujourd’hui licenciés.

b) Une lutte clandestine

De ce fait, le combat syndical peut difficilement être mené de manière formelle et organisée. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’éducation, considéré comme un secteur sensible. Le milieu enseignant est sous haute surveillance de la part d’un pouvoir redoutant une résurgence des mouvements passés. Il n’en demeure pas moins que les professeurs et les instituteurs réussissent à défendre le minimum, c’est à dire la régularité du salaire à coups de grèves sauvages consécutives à des concertations clandestines. Ils sont même parvenus, il y a quelque temps, à réduire d’un mois leur retard de salaire par rapport aux autres agents de l’Etat dépendant, comme eux, du ministère des finances.

Ces grèves sont efficaces. Elles déstabilisent le pouvoir désarmé par l’absence d’interlocuteurs officiels à soumettre aux pressions gouvernementales habituelles. Des ministres sont contraints de se déplacer dans les établissements du second degré pour demander aux professeurs de constituer un nouveau syndicat ou à défaut de désigner quelques personnes en guise de délégués. Ils se sont toujours heurtés à un refus catégorique des grévistes qui leur ont ouvertement signifié que leurs représentants sont licenciés et qu’ils n’en ont pas d’autres à sacrifier.

Les enseignants savent à leurs dépens et par expérience, que les crises sociales sont toujours gérées dans le pays, selon le même schéma. La dernière en date concerne des dockers du port privés de pension de retraite. Après avoir écrit, en vain, à toute la hiérarchie politique, ils entrent en conflit direct avec leur employeur. La police leur demande alors de choisir des délégués en vue des discuter avec les autorités du port. Ils en délèguent cinq d’entre eux à cet effet. Une fois identifiés, les délégués sont transférés au commissariat puis mis en détention en prison pour plusieurs jours et finalement déférés devant le tribunal qui les a condamnés à 6 mois de prison avec sursis pour trouble à l’ordre public. Il s’agit de Mohamed Ali Somboul, Ali Mohamed Gas, Moussa Hamad Mohamed, Sougneh Houssein Sougneh et Seiko Mohamed Walfo. Tous les cinq affirment avoir été torturés, en pleine prison, par la police durant leur détention. On voulait les obliger à signer un document stipulant qu’ils abandonnent leurs droits. Le dernier de la liste ci-dessus a hérité d’une luxation du coude gauche et Possède un certificat médical attestant de cette blessure. Ces évènements se déroulent en février 2004.

c) Un dialogue social complètement rompu

Cette réaction met en lumière le degré de méfiance des collègues vis-à-vis de leur gouvernement. Il existe une explication historique et objective à cette situation. Il faut la chercher dans les années où la direction syndicale était encore tolérée et pouvait discuter avec le pouvoir. Face à l’intransigeance et les menaces répétées des représentants gouvernementaux, les négociateurs syndicaux avaient pressenti la rupture prochaine. Ils n’ont pas manqué de mettre en garde le pouvoir contre l’adoption des mesures radicales, susceptibles de créer un vide syndical aux conséquences incalculables pour la paix sociale et la démocratie. La réponsse a été à chaque fois laconique, sans équivoque et d’un cynisme déconcertant: « le gouvernement a le moyen de se débarrasser des agitateurs locaux (les enseignants nationaux) et d’engager des étrangers prêts à les remplacer. » Naturellement, ces arguments ont été rapportés et discutés en assemblée générale syndicale et ont laissé des traces indélébiles sur la conscience des uns et des autres.

La confiance des enseignants en une quelconque bonne volonté gouvernementale est d’autant plus altérée que le régime a traduit en acte les menaces proférées à l’époque. Une fois leur syndicat décapité, impuissants face au rouleau compresseur gouvernemental, les enseignants nationaux s’exilent en masse en Europe, au Canada, aux Etats-Unis, etc.. Ils sont effectivement remplacés par des coopérants provenant du Sénégal, de Madagascar, d’Egypte, de Tunisie, etc. Faut-il souligner que ceux-ci perçoivent un salaire régulier nettement supérieur aux rémunérations des leurs homologues locaux. L’avantage pour le pouvoir, c’est qu’ils ne peuvent pas se syndiquer ?

Le gouvernement espérait ainsi couper court à toute protestation, tout contre-pouvoir. Il n’en est rien aujourd’hui. Les grèves continuent même si les revendications sont réduites à leur plus simple expression: la survie des enseignants. Pour autant qu’elles soient efficaces, ces grèves peu médiatisées, peuvent traîner en longueur, altérant sérieusement le système éducatif. Une fois de plus, ce sont les plus faibles, en bout de chaîne qui en payent le prix fort. Il s’agit, bien entendu, des élèves.

d) Une répression permanente

Bien que les organisations syndicales les plus actives soient démantelées, la phobie antisyndicale du pouvoir reste intacte. Pour preuve, les dirigeants qui ont échappé à la purge des années 90 sont harcelés en permanence. Sans prétendre être exhaustive, voici quelques cas révélateurs de l’ambiance qui règne dans le pays. Sous le coup d’une mesure de congédiement avec une baisse substantielle de revenus, tous ces travailleurs harcelés sont employés dans le secteur gouvernemental. La chasse aux syndicalistes se prolonge même au-delà.

Le Syndicat du Personnel de l’Hôtellerie de la FFDJ (Force Française stationnée à Djibouti) a perdu 3 de ses membres, licenciés, dont Ali Abdallah Ahmed, le trésorier du SPH (FFDJ), les autres sont Mohamed Aden Nour et Doualeh Idriss Obsieh tous deux délégués syndicaux. Le motif de la diminution d’effectif est démenti par les nouvelles embauches. Le chef de personnel de ce service est connu pour être très proche du pouvoir.

e) Le « clonage » continue

A chaque rencontre internationale, le gouvernement accrédite et oppose aux organisations légitimes des syndicats maisons qui lui servent d’alibi. C’était encore le cas à la conférence annuelle de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) à Genève en juin 2003. Le scénario s’est répété à la 10ème réunion régionale africaine de l’OIT à Addis-Abeba du 2 au 5 décembre 2003. Profitant de la proximité du lieu de la rencontre avec le pays, l’UDT a envoyé une délégation qui s’est déplacée en train. Elle a dénoncé la mascarade gouvernementale à la conférence et a pu contrecarrer les syndicats officiels. Le rapport de la commission des vérifications des pouvoirs exprime ainsi la situation. « La commission demeure toutefois préoccupée par l’absence de tout progrès apparent et déplore profondément que des doutes subsistent encore une fois quant à la légitimité et l’indépendance des représentants accrédités à la Réunion régionale africaine »

Cette intrusion syndicale à la réunion a surpris et agacé le pouvoir. Les représailles ne se sont pas fait attendre: le siège social des centrales est saccagé, encore une fois, sans merci au vu et au su des policiers présent sur les lieux.

Au port, le Syndicat des Travailleurs du Port (STP), auparavant fonctionnel, a été noyauté par le pouvoir. Un de ses hauts responsables (Said Mahamoud), proche du Ministre de Travail, s’est rallié et a failli à la défense des revendications des travailleurs. Ce syndicat a éclaté face aux difficultés d’organiser des assises et les employés ont décidé d’en créer un nouveau (Syndicat du Personnel du Port: (SPP)) qui les représentent réellement. L’ancien dirigeant a alors été contraint de démissionner et le STP est en voie de se joindre au SPP. Il faut noter que cette situation est encourageante. Elle s’explique par le fait que ces travailleurs jouissent de marges de manœuvres exceptionnelles le port étant les poumons économiques du pays il est très sensible aux mouvements sociaux. Il est aussi sous la responsabilité d’un acteur étranger (port authority of Dubaï). Cette réussite syndicale reste donc marginale dans le pays. A suivre.


Commentaire sur le rapport du bureau américain pour les Droits de l’Homme

Nous avions intégralement reproduit sur plusieurs numéros, le rapport du Département d’Etat américain brossant le tableau des droits de l’homme à Djibouti durant l’année 2003, et ceci sur la base de critères d’appréciation qui s’appliquent uniformément à chaque cas étudié. Après le texte officiel, voici quelques commentaires qu’il nous inspire.


En présentation de ce rapport, nous avions souligné la nécessité d’appréhender le réalités djiboutiennes autrement que sous l’angle obligé et censuré du discours officiel. S’agissant spécifiquement du chapitre des droits de l’homme, nous avions invité le lecteur à se référer aux documents publiés par des organismes indépendants. Il est bien évident, pour quiconque visite le site www.state.gov (la version originale, que nous n’avons que traduit en français, y est disponible ainsi que pour les années précédentes) que le Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail (anciennement Bureau pour les Droits de l’Homme et des Affaires humanitaires) n’est pas à proprement parler indépendant puisqu’il travaille sous l’entière responsabilité du Département d’État américain. En l’espèce, indépendant signifie ici que l’appréciation sur la réalité d’un régime se proclamant démocratique n’est pas totalement subordonnée à des impératifs supérieurs et géostratégiques, ceux qu’implique par exemple une présence militaire, même temporaire. Donc, le rapport de ce Bureau, dont nous avons clos la publication la semaine dernière, est un document tout ce qu’il y a d’officiel.

D’ailleurs, la méthodologie de sa réalisation est précisée dans la préface du Rapport général du Département d’État sur les droits de l’homme dans le monde. On y apprend ainsi que ce sont les sections 116 (d) et 504 de la Loi sur l’Aide à l’Étranger (Foreign Assistance Act) qui font obligation au Département d’État de produire annuellement ces rapports. Loin d’être confidentiels, ces rapports établis sous la responsabilité du Département d’État (équivalent du ministère des Affaires Étrangères) sont ensuite communiqués au Congrès pour orienter la politique extérieure américaine. Car une loi oblige relations extérieures et politique commerciale américaines à étroitement tenir compte, dans leurs rapports internationaux, de la situation des droits de l’homme, ainsi que des protections réellement accordées aux travailleurs.

En principe, et sans entrer en contradiction avec d’autres principes, ces rapports servent lors de l’élaboration de la politique étrangère mises en œuvre par le Département d’Etat et de l’aide au développement mises en pratique par l’USAID. Ainsi, on voit bien combien le retour de cet organisme d’attribution de l’aide publique américaine au développement n’est nullement dû à une quelconque amélioration de la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti. Seulement, il est bien évident que la lutte internationale contre le terrorisme est indissociablement une lutte pour la démocratie, qui passe par l’amélioration des conditions d’existence des citoyens de pays prenant part à ce nouveau défi planétaire. En clair, il est impensable de rechercher des terroristes avec le soutien de régimes despotiques, dont la mauvaise gouvernance maintient les peuple dans un intolérable état de sous-développement politique, économique et social, lui-même terreau des réseaux extrémistes.

La pertinence de ces rapports est officiellement définie ainsi : « Les droits de l’homme universels cherchent à incorporer le respect de la dignité humaine aux processus gouvernementaux et légaux. Tout peuple a le droit inaliénable de changer son gouvernement grâce à des moyens pacifiques et de jouir des libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, d’association, d’assemblée, de mouvement et de religion, sans faire l’objet de discrimination fondée sur la race, la religion, l’origine nationale ou le sexe. Le droit de devenir membre d’un syndicat indépendant de travailleurs est une condition indispensable d’une société et d’une économie libres. Les rapports évaluent donc les principaux droits des travailleurs reconnus au plan international, notamment le droit d’association, de se syndiquer et de négocier des conventions collectives».

Concrètement, ce sont les ambassades américaines qui transmettent à leur administration centrale les rapports annuels sur la situation des droits de l’homme dans chaque pays où il ont une représentation diplomatique. Pour se faire, les diplomates en poste suivent attentivement tout ce qui se passe et cherchent surtout à diversifier leurs sources d’information pour avoir la vision la plus complète qui soit.

Ainsi, lorsque tel rapport du Bureau pour la Démocratie, les Droits de l’Homme et le Travail estime, par exemple, qu’à Djibouti « La Justice n’est pas indépendante de l’Exécutif », que « La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique » ou encore qu’ « Une grande part des richesses nationales est concentrée entre les mains d’une petite élite. Les progrès gouvernementaux en matière des droits de l’homme restent limités et le pouvoir continue à commettre des violations dans ce domaine. Le pouvoir entrave les droits des citoyens à l’alternance. », seuls les dirigeants et leur cour médiatique oseront prétendre le contraire.

Mais le seul monopole illégal sur les médias publics dont tout point de vue indépendant est interdit (ne parlons même pas des partis d’opposition) est à lui seul révélateur du caractère despotique du régime djiboutien. Cela, peu de nos concitoyens l’ignorent.


Gaza 2004 : un tournant infernal

L’assassinat de Cheik Yassin

Que le sionisme empoisonne les relations internationales depuis la seconde Guerre Mondiale, c’est un constat banal, surtout avec la fin de la guerre froide. Pourtant, pour avoir minimisé ce danger, les Etats-Unis ont payé un lourd et injuste tribut pour leur soutien inconditionnel à Israël : le terrorisme aveugle qui les frappe se justifie souvent du terrorisme israélien et, à ce sujet, il est tout autant révélateur que dramatique de voir les populations opprimées des Territoires Occupés fêter le 11 septembre. Même si, officiellement, ils s’en défendent par la voix d’un porte-parole, il est invraisemblable qu’Israël n’ait pas tenu les Etats-Unis au courant de l’assassinat perpétré lundi dernier contre un vieillard paraplégique cloué sur une chaise roulante : Cheik Yassin, leader charismatique du Hamas.


« Nous venons d’exécuter le Ben Laden de la région» affirmait martial le ministre de la Défense quelques heures après ce lâche attentat. Rappelons qu’il y a peu, c’était le Président de l’Autorité Palestinienne qui était affublé du même épithète (ce patronyme étant devenu un adjectif synonyme de danger public : wanted plutôt dead qu’ alive).

N’eût été la levée de boucliers sur le plan mondial, Sharon aurait certainement banni ou exécuté le Président Arafat. Davantage que la réprobation internationale, ce sont les arguments persuasifs de l’administration Bush qui ne souhaitait pas en pleine campagne irakienne, ouvrir un autre front dans la région, qui ont été décisifs pour dissuader l’Etat sioniste de recourir à de tels méthodes. Une autre campagne, électorale celle-là fait que, comme par hasard, au moins deux autres fronts se rouvrent concomitamment à la frontière pakistanaiso-afghane et au Proche-Orient. Ben Laden s’est attaque à ce qu’il a considère être le maillon faible des allies du sionisme : les Etats-Unis. L’Espagne. au prix d innocentes victimes, a également payé sa part du tribut pour sa participation à l’invasion de l’Irak. Il faut donc logiquement s’attendre à ce que les intérêts britanniques et italiens à travers le monde soient tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre pris pour cibles ….

Le 22 mars a Gaza , à la sortie de la principale mosquée, après la prière du fajr, le cheikh Ahmed Yacin ainsi que six de ses compagnons sont foudroyés par trois roquettes lancées par un hélicoptère de combat ! En assassinant lâchement ce vieillard, l’Etat sioniste a déclenché une guerre qui prendra probablement la forme d’une vague mondiale d’attentats car, en le martyrisant ainsi , il fera de l’au-delà davantage de victimes que vivant.

D’autant que figurent sur la liste des personnalités éminentes et officielles de l’Autorité Palestinienne. Année après année, une portion de leur terre est colonisée par des immigrants venus des terres les plus éloignées Leur Etat, dont l’édification a été financée par le monde entier à hauteur de centaines de millions de dollars, est aujourd’hui anéanti. Israël avec l’aval, du moins l’indifférence du reste du monde, a parfaitement pesé et mûri sa décision d’assassiner le vieil homme handicapé. Il n’échappera à la lucidité d’aucun observateur sensé que la réaction d’un peuple qui a tout perdu risque d’être aveugle.

Ce faisant, l’Etat sioniste a sommé le reste du monde de clarifier sa position sur cet épineux dossier, car c’est désormais la Paix et la stabilité des Etats du monde entier qui sont menacés et en jeu. Notre position est claire : combattre et isoler ces groupes qui tuent des innocents avec pour objectif de bâtir une impossible Nation Islamique : oui !

Et le meilleur moyen d’y parvenir c’est une solution politique et équitable aux profondes injustices qui constituent leur terreau fertile sur toute la planète. Exproprier de leurs droits inaliénables le Peuple Palestinien ou Tchétchène, pour ne citer que ceux-là, au nom d’un concept fourre-tout : non !

Israël est né dans le sang : d’abord celui des millions de Juifs exterminés par la folie nazie, puis celui des dizaines de milliers de Palestiniens assassinés par les groupements terroristes sionistes, Haganah ou Irgoun. Israël continue, surtout depuis 2000, à se nourrir du sang des Palestiniens, rêvant d’un paradis artificiel entouré de barbelés électrifiés pour les séparer de ceux dont il a volé la terre.

Tant que le Likoud ne changera pas de politique ou tant que les Israéliens ne se débarrasseront pas du Likoud, il est malheureusement fort à craindre qu’Israël aura encore besoin de sang, des Palestiniens comme des siens : le terrorisme du pauvre qui se tue en tuant, c’est un excellent filon pour culpabiliser l’Occident.

Le terrorisme d’Etat, plus soft quant à lui (assassinat ciblé) peut alors déployer son bras criminel. En vain !


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

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Réalité numéro 88 du mercredi 17 mars 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lettre ouverte au ministre de la Justice
  4. Djibouti vu de Washington (3)
  5. Rouler ou ne pas être roulé ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 88

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

VOTE, GUERRE ET TERRORISME : LE DEVOIR DE VÉRITÉ

Si on lui avait dit, il y a à peine un mois, qu’après l’Omnipotence d’Allah, une partie de sa dignité serait restaurée à des milliers de kilomètres de Bagdag, au détour d’un scrutin législatif ensanglanté, le citoyen irakien n’aurait pas parié un seul peso sur la probabilité d’un tel scénario. Et pourtant : rarement verdict des urnes n’aura eu une telle incidence ( que beaucoup d’indices annoncent positive) dans l’ordre international des rapports de force. Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE), qui vient de déjouer tous les pronostics en remportant sur le fil le scrutin du 14 mars pour le renouvellement des membres du Cortès, l’a aussitôt annoncé par la voix de M. Zapatero, le futur Premier ministre : les troupes espagnoles quitteront l’Irak au mois de juin 2004. Il n’a d’ailleurs pas manqué d’inviter MM. Bush et Blair à la réflexion sur la légitimité de leur aventure militaire dans ce désert : on n’a pas le droit de bombarder un peuple ainsi, a-t-il asséné en substance. Car il est bien évident que c’est une certaine façon de faire la politique qui a été sanctionnée par les électeurs espagnols ce jour-là : la vérité contre le mensonge, le plus grossier osant même manipuler les consciences traumatisées en décrétant, contre toute évidence, l’ETA responsable des attentats, comme d’autres ont décidé, sans aucune preuve sérieuse que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, prêtes à servir.

Mais ce n’est pas tout. La rétention d’information dont le Parti Populaire d’Aznar s’était rendu coupable a été perçu par ses concitoyens, très largement hostiles à l’invasion de l’Irak, comme une fuite inacceptable devant ses responsabilités : les soldats espagnols à Bagdag, ce n’est pas à proprement parler une variante « Lawrence d’Arabie » des Brigades Internationales. Même si, considérant l’effet désastreux de l’embargo onusien sur les conditions de vie du peuple irakien (des milliers d’enfants morts faute de nourriture ou de soins adéquats), le minimum de rigueur serait d’admettre que l’illégalité des forces coalisées a tué nettement moins que la légalité internationale : par leur sacrifice, même si les bénéficiaires indigènes n’avaient rien demandé expressément, les soldats américains morts à Bagdag ont en quelque mis un terme aux innommables souffrances des Irakiens.

Cela étant, la sanction dégoûtée par laquelle les électeurs espagnols ont balayé un régime qui n’a pas daigné prendre en considération leur refus de la guerre risque fort de faire tache d’huile, quoique les contextes politiques et historiques ne soient pas les mêmes. L’immensité du territoire américain explique en partie que sa population soit si peu curieuse de ce qui se passe ailleurs. Mais, plus fondamentalement, l’Amérique que dénonce Michael Moore n’a pas encore produit, malgré son avance technologique, des radios et télévisions capables de défier les injonctions officielles, comme tel média espagnol par qui est arrivé le scandale de la fourgonnette, obligeant le Parti Populaire à révéler plus tôt que souhaité la pertinence de la piste islamiste.

Le plus grand gagnant de ce scrutin, c’est avant tout le Peuple espagnol. Mais il ne faut pas s’y tromper, il ne s’attend pas à ce que son pays devienne un sanctuaire épargné par le terrorisme aveugle : ce peuple veut juste avoir la conscience tranquille ; car l’on se défend d’autant mieux chez soi que l’on n’agresse pas autrui chez lui ! C’est une forme inédite de la globalisation : celle qui implique une communauté de destin. En effet, il est bien évident que l’occupation de l’Irak n’est qu’un prétexte que les terroristes islamistes brandissent pour légitimer leurs lâches attentats. Il faut les isoler, en trouvant des solutions politiques à toutes les injustices, au premier rang desquelles le sionisme, qui constituent leur terreau. C’est peut-être cela, la plus humble leçon à retenir de cette victoire de la gauche espagnole.


Brèves nationales

Transport en commun :

Une grève peut en cacher une autre

Les Djiboutiens se sont réveillés samedi matin dans une ville quasiment morte en raison de l’absence des bus et minibus, faisant office de réveil-matin pour les habitants de certains quartiers. Les plus courageux se sont rendus à pied à leur lieu de travail, tandis que d’autres, découragés, ont préféré rentrer chez eux. Les écoliers et étudiants arrivés en retard dans leur établissement, ont bruyamment manifesté leur colère en brûlant ça et là des pneus ou en harcelant les forces de l’ordre.

Comment en est-on arrivé là ? Qu’est ce qui a bien pu pousser le syndicat des bus et minibus de la Capitale à déclencher une grève sauvage lourde de conséquences sur la vie économique et sociale, sans même lancer un préavis ? Selon les chauffeurs de bus, la colère gronde dans leur milieu depuis l’augmentation du prix du gasoil, le mois dernier. Augmentation qui précariserait leur métier en grevant leurs maigres bénéfices. A la suite de quoi, les négociations en catimini conduites par des proches de la Présidence, auraient en partie détendu l’atmosphère. Le carburant aurait alors miraculeusement baissé de 4 francs dans la soirée même et les transports en commun ont repris leur ronde dès le lendemain. Pour l’heure, les transporteurs semblent avoir eu gain de cause et les usagers rassurés par le maintien de l’actuel tarif des courses.

Et demain, qu’en sera-t-il ? Les méchantes langues avancent que la taxe de 4 francs sur le litre de gasoil a certes sauté, mais serait en réalité répercutée sur les lubrifiants, dont sont très friands les moteurs diesel tournant aussi souvent. Alors, dans ce cas-là, le mouvement risque de quitter le point mort pour passer à la vitesse supérieure : attention aux dérapages !

D’autres corporations, particulièrement mécontentes elles aussi, seraient sur le point de leur emboîter le pas. Quoi qu’il en soit, que triomphe la justice sociale.

Explosion sur la voie ferrée :

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Sans nous hasarder à établir un soupçon de parallèle avec les atroces attentats de Madrid, il est tout de même curieux de relever que le chemin de fer djibouto-éthiopien soit devenu de moins en moins sûr, parce que cible répétée. Ces derniers mois, cette ligne a en effet été le théâtre de plusieurs attentats terroristes, aussi bien sur le tronçon éthiopien que djiboutien. Pour ne citer que les plus récents, rappelons qu’une explosion à bord d’un wagon a fait sept blessés dont trois grièvement le 18 janvier 2004 à proximité de Daasbiyo. Cet attentat criminel aurait été précédé par un autre en septembre, n’ayant heureusement fait que des dégâts matériels au niveau du club hippique, dans les environs d’Ambouli et comme par hasard pas trop loin du camp Lemonnier occupé par les soldats Américains. Quant à la dernière explosion en date, elle s’est produite vendredi 12 mars, aux environs de 23 heures 45, exactement à hauteur du centre hospitalier militaire français Bouffard.

Pour mieux situer les lieux, la bombe, apparemment assez lourde puisque la déflagration a expédié un rail à plus de cent mètres de haut pour aller crever le plafond d’un supermarché situé à moins de trois cent mètres à vol d’oiseau, a été déposée près d’un terrain pour hélicoptère, toujours bien éclairée la nuit investis jusqu’à minuit par des enfants auxquels le régime refuse toute aire de jeu digne de ce nom.

Surtout, aucun djiboutois n’ignore que dans un rayon d’un kilomètre, soyons généreux, on recense facilement plusieurs milliers de militaires dont l’un, français justement était de faction exactement devant le lieu de l’explosion, à près de cent mètres et en contact visuel, comme on, dit dans le jargon commando.

Comme à l’accoutumée, les autorités djiboutiennes ne privilégient aucune piste, se contentant d’annoncer l’ouverture d’une enquête. Des questions se posent désormais : comment un tel attentat peut-il être commis dans une des villes les plus militarisées au monde par tête d’habitant, et de surcroît à proximité d’un secteur aussi éclairé que sécurisé ? Jusqu’à quand les dirigeants politiques laisseront-ils courir des criminels aussi audacieux qu’invisibles ?

Le temps nous semble venu d’avertir les Djiboutois sur les dangers qu’il y a à déambuler de manière insouciante aux abords de lieux désormais devenus dangereux. La population aimerait rapidement connaître les résultats des enquêtes menées et les pistes privilégiées. En plus de la sécurité des personnes et des biens, il en va de l’image de marque de notre pays.

Collège d’Ambouli :

Les raisons de la colère

La colère gronde au CES d’Ambouli, où enseignants et collégiens se plaignent des mauvaises conditions de travail et d’étude. En effet, selon de nombreux témoignages, plusieurs classes de cet établissement secondaire seraient durablement dépourvus de ventilateurs et cette situation rend les cours bien sûr pénibles à l’approche de la saison chaude. C’est, semble-t-il, pour protester contre la mauvaise volonté des autorités à résoudre ce problème, que les élèves de cet établissement ont successivement fait grève mercredi et jeudi derniers. A chaque fois, les forces de l’ordre ont brutalement dispersé les manifestants, n’hésitant même pas à emprisonner quelques heures durant des jeunes élèves de 6ème et de 5ème.

Si la répression reste la méthode de « dialogue » préférée de ce régime insouciant qui se trompe manifestement de priorités, nous interpellons pour notre part les responsables de l’Éducation Nationale, afin qu’ils se penchent rapidement et sérieusement sur les mauvaises conditions de travail et d’étude dans cet établissement, comme dans d’autres d’ailleurs, périodiquement secoué par des grèves toujours justifiées.

A l’heure où ce ministère se lance dans la communication politique et invite les Djiboutiens à venir visiter ses nouveaux locaux rénovés (immeubles de l’ancienne unité de la marine française), il nous semble urgent de lui conseiller de visiter les classes pas rénovées du tout du CES d’Ambouli (et d’ailleurs) et d’en rendre scrupuleusement compte dans son bulletin Educ-Info. Histoire de montrer au contribuable djiboutien que son argent est convenablement utilisé.

Insalubrité durable :

Domiciliée à Arhiba II

La « gestion de vraie problématique » est décidément cause d’amnésie pour son illustre théoricien. En tournée électorale à Arhiba en janvier 2003, le Premier ministre alors tête de liste de la mouvance présidentielle, s’était ému de la misérable condition de vie des habitants de ce quartier surpeuplé. Il s’était même engagé à l’époque vis-à-vis de cette population, en affirmant haut et fort : «Je connais par cœur le nombre exact d’habitations en dur et en planches dont vous disposez, je suis sensible à vos problèmes et je serai à vos côtés pour les résoudre. » Plus d’un an après cette auguste promesse, Arhiba se meurt : eaux stagnantes, égouts et dépotoirs à ciel ouvert, risque d’épidémie, insalubrité y sont plus que jamais présents. A tel point que le journal gouvernemental « La Nation » y a consacré une photo en dernière page, plus éloquente que tous les discours alarmistes. Le régime attend-il que ce misérable quartier soit englouti par les eaux stagnantes pour évacuer ses malheureux habitants sur l’Arche, pardon, le yacht présidentiel ?

Accident meurtrier à Obock :

Le fou du volant a encore frappé

Mercredi 3 mars, la communauté obockoise toute entière a été endeuillée par la mort tragique du petit Hassan Mohamed Kassim, un enfant de quatre ans, écrasé sous les pneus d’un véhicule militaire. La mort est venue l’arracher aux siens au seuil de la maison familiale, en plein jour et d’entre les mains de sa malheureuse mère, dont on imagine l’état de choc. Quelques secondes avant l’accident, l’infortunée mère tenait en effet son cher enfant sur ses genoux et avait failli subir le même sort que lui en tentant de le retenir lorsqu’il s’est levé pour ramasser un jouet à proximité : trébucher lui a sauvé la vie.

Le « chauffard » quant à lui, un soldat en poste à Obock, a préféré fuir plutôt que de voir s’il était encore possible de sauver sa victime en l’évacuant sur le dispensaire. Quoi qu’il en soit, il a laissé la maman seule face au corps inerte et défiguré de son enfant, s’y accrochant dramatiquement, jusqu’à ce que des voisins l’en éloignent. Les obsèques ont regroupé une foule impressionnante d’Obockois qui, en plus de leur devoir religieux, étaient mûs par un sentiment de colère contre le conducteur et de compassion pour les jeunes parents de l’innocente victime, que les enfants n’hésitent pas à déjà surnommer Mohamed-al-Dourra.

Personne n’arrive à vraiment s’expliquer les circonstances exactes de l’accident, tant les témoins ont été traumatisés par le macabre tableau du corps de la victime après le passage des pneus du camion militaire. Toutefois, il semblerait que le bolide appartenant à l’Armée, roulait à vive allure et très loin des « pistes parallèles » habituellement empruntées par les véhicules. Car, à Obock, dans la ville comme dans tout le district, il n’y a pas un seul kilomètre de voie goudronnée. Arrivés sur les lieux, les agents de police et les responsables administratifs ont unanimement constaté que c’était le « Véléra » (véhicule léger rapide dans le jargon militaire) qui était pratiquement venue « chercher » l’enfant en frôlant les murs. A ce propos, un témoin a amèrement rappelé aux autorités du district qu’il avait déjà par le passé attiré leur attention sur le danger que constituent les véhicules roulant à vive allure, transperçant les quartiers sans aucun égard pour les piétons, enfants compris.

Sans succès, hélas. D’autres se souviennent que ce même chauffard avait par le passé provoqué la mort d’une fillette dans la région de Waddi, toujours au volant d’un camion militaire : apparemment, certaines morts ne conduisent pas en prison. Puis, lorsque le conducteur fut ramené sur les lieux de l’accident pour procéder à une reconstitution, il a été constaté que le véhicule était absolument dépourvu de système de freinage.

Pour tenter d’expliquer les raisons d’une telle conduite dangereuse, on avance que quelques jours après le paiement des arriérés de solde, le chauffard aurait accompli une mission surhumaine : ravitailler ses frères d’armes de l’arrière-pays en vivres et en khat !

Bref, en attendant les résultats de l’enquête que tous les Obockois souhaitent rapide et honnête, il semble légitime de s’inquiéter de l’état de vétusté avancée de ces véhicules militaires : de toute évidence, l’Armée Nationale est moins bien équipée que la Garde Présidentielle dont les Land-Rover encombrent la circulation dans Djibouti-ville. Mais, d’une façon générale, c’est tout ce qui a trait à la circulation qui est laissé à l’abandon : routes cabossées, véhicules-cercueils roulant, conducteurs très peu certifiés, et ceci touche le privé, l’administratif comme le militaire. Surtout, la réglementation de la circulation des véhicules militaires en zones urbaine devrait être sérieusement envisagée.

Pour réellement ressentir le sentiment d’injustice de la communauté obockoise touchée dans sa chair la plus tendre, il suffit de mettre en parallèle le désarroi des parents inconsolables et l’insouciante provocation de ce Mad Max local et des militaires, galonnés ou peu, qui n’ont même pas daigné assister aux funérailles et témoigner d’un minimum de compassion. Inutile de s’étonner ensuite que certains militaires donnent de leur corps la fâcheuse impression d’une armée d’occupation. Nous adressons nos condoléances à la famille du défunt. INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN. AMIN.


Lettre ouverte au ministre de la Justice

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

A SON EXCELLENCE

MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE,

CHARGE DES DROITS DE L’HOMME

Djibouti, le 16 mars 2004

Excellence,

Par contact téléphonique, vous avez séparément convié les dirigeants de l’UAD à prendre langue avec vous, afin d’examiner, dans votre bureau, les modalités de notre participation au forum, placé sous votre auguste égide, ayant trait à la situation des droits de l’homme en République de Djibouti. Nous avons été très honorés d’une telle sollicitude, venant à point nommé contredire la rumeur persistante selon laquelle pouvoir et opposition se bouderaient royalement, s’il est permis d’évoquer l’Ancien Régime devant un révolutionnaire tel que vous. Car, si absence de dialogue il y a, vous conviendrez aisément que nous sommes les moins bien placés pour imposer le silence à qui que ce soit. Ce serait d’ailleurs contre notre philosophie politique, et c’est pour cela que nous avions accepté un entretien préliminaire avec vous ; comme c’est pour cette raison que nous vous écrivons aujourd’hui. En espérant que la formule de la lettre ouverte vous agréera : un démocrate n’a rien à cacher au Peuple, n’est-ce pas ?

Toutefois, nous sommes bien au regret de vous faire savoir qu’il nous est impossible, en l’état actuel de beaucoup de choses, de participer à ce forum, tout en lui souhaitant sincèrement les meilleurs travaux et surtout pleine concrétisation pour ses recommandations certainement pertinentes. Il nous est en effet impossible de vous satisfaire pour un certain nombre de raisons.

En premier lieu, parce que vous avez dressé, dès le début de votre sacerdoce ministériel, un tableau quasi-exhaustif et abondamment éloquent de la situation des droits de l’homme dans notre pays ; tableau qui vaut notre contribution à ce forum, tant ce que vous écrivez dans votre livre correspond à l’exacte réalité. En nous pardonnant de vous citer si abondamment (au moins, nous ne serons pas accusés de censure), voila ce que vous écriviez dans l’exercice de vos hautes et inchangées fonctions, et que nous approuvons sans nuance (au moins, nous ne serons pas soupçonnés de sectarisme) : « Les États dictatoriaux, surtout leurs versions tropicales, aiment à se réclamer de la démocratie tant qu’il s’agit d’arborer cette valeur comme une preuve qu’ils seraient fréquentables. Ils revendiquent à cor et à cri les vertus républicaines et les Droits de l’Homme. Ils proclament comme un objet d’orgueil la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, etc. cela prend forme par la promulgation d’une Constitution dont le préambule comporte l’adhésion à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. (…) Tout en se soumettant à ces rites initiatiques, ils prennent soin de les vider de leur sens, car l’objectif n’est que de paraître comme des États normaux : les bailleurs de fonds ne leur en demandent pas plus ». La meilleure preuve de ce faire semblant érigé en méthode de gouvernement c’est, croyons-nous intimement, la violation systématique et persistante par votre gouvernement, des dispositions aussi essentielles que pertinentes contenues dans l’Accord de paix du 12 mai 2001. A quel forum sur les droits de l’homme nous conviez-vous quand l’instauration d’un environnement politique réellement pacifié et propice au débat démocratique est refusée à tous les citoyens djiboutiens et quand la dignité d’êtres humains est déniée aux civils ayant tout perdu dans ce conflit, à travers Réhabilitation et Indemnisation ?

En second lieu, la situation que vous avez si brillamment décrite n’a, de notre modeste point de vue, fait qu’empirer. Une seule preuve, au chapitre de la prétendue indépendance de la justice ? Bien avant la parodie de procès pour diffamation contre le directeur de publication du « Renouveau » et sa condamnation par le tribunal des flagrants délits à une peine d’emprisonnement de trois mois fermes, on se souvient tous que durant l’été 2001, Daher Ahmed Farah en personne a sollicité votre haute autorité (il le croyait sincèrement) pour qu’un terme soit mis aux tracasseries politico policières (son passeport a été confisqué à l’aéroport) visant à l’empêcher de se rendre aux États-unis d’Amérique participer à un séminaire sur la transition démocratique en Afrique : ça ne s’invente pas ! Vous l’aviez poliment écouté (c’est lui qui le dit) avant de lui faire (certainement sincèrement) part de votre totale impuissance à défendre les droits de l’homme en ce domaine : il a compris ! Comme nous le comprenons.

Sans l’admettre. Comme nous ne pouvons admettre, par respect de la volonté populaire, en cautionnant par notre participation à ce forum l’inadmissible détournement du verdict des urnes dont s’est rendu coupable ; avec la complicité d’une institution judiciaire tout sauf indépendante, le régime auquel vous collaborez.

Car, et c’est le dernier argument ici développé, pour avoir été officiellement saisi, vous savez mieux que quiconque qu’un grave contentieux nous oppose à votre administration concernant le remboursement de la caution avancée par l’UAD au Trésor Public afin d’engager ses listes dans les différentes circonscriptions électorales aux législatives de janvier 2003. Cette caution est encore aujourd’hui illégalement confisquée par le gouvernement auquel vous appartenez, bien qu’il soit de notoriété publique que cette caution avait été restituée au Parti du Renouveau Djiboutien du regretté Elabé à la suite des législatives de décembre 1992. A notre requête, vous n’avez donné suite aucune, pas même un petit courrier pour expliquer votre incompétence en la matière : peut-être est-ce votre façon de respecter l’indépendance de la Justice, alors que la garantie constitutionnelle de l’inamovibilité des magistrats a été complètement violée par le Statut de la magistrature que vous avez-vous-même présenté en Conseil des ministres : adopté comme lettre à la poste ! Que le Tribunal du Contentieux Administratif soit encore inscrit aux abonnés absents ne fait que rajouter à l’absence de tout recours légal contre tous les abus du pouvoir politique.

S’agissant de la lutte contre le terrorisme, dont vous avez la lourde tâche, il est également notoire qu’aucune enquête sur aucun des attentats ayant jalonné le nouveau millénaire (sans même parler de ceux du siècle dernier, ils sont trop anciens ) n’a jusqu’à présent abouti à une quelconque inculpation ou même accusation…

Dans ces conditions, vous comprendrez aisément, Excellence, que notre conscience d’opposants responsables nous interdise de cautionner un forum sans aucune utilité réelle, si ce n’est de mystifier, comme vous le dites si bien, les bailleurs de fonds occidentaux. Sans manquer de vous rendre la parole, en rappelant encore une fois ce que vous écriviez il n’y a pas si longtemps, et si lucidement, à propos de la dictature en République de Djibouti : « Le régime ne peut souffrir aucun contre-pouvoir qui risque de le dénoncer après avoir percé ses secrets. Tout contradicteur politique, et la population qui hasarderait un geste de soutien à l’un de ces « subversifs », sont victimes d’agissements répressifs, arbitraires et répétés, qui ont induit une apathie générale envers la politique. Tout le monde se réfugie dans le silence ou évite, quand il parle, d’évoquer les questions existentielles qui les préoccupent ; parfois même certains développent une réaction paranoïaque, suspectant l’opposition de manœuvres tendant à les exposer à des représailles du pouvoir. Les pratiques du régime rendent ces idées plausibles, lorsqu’on sait qu’il est capable de supprimer l’aide alimentaire à celui qui n’a pas voulu « bien voter », lorsqu’on sait que tant d’autre formes de chantage s’appliquent au réfractaire jugé « déviant ». une panoplie de sanctions s’exercent : mutations, blocage de promotion, voire dégradation, suspension de salaire ou même licenciement pur et simple. »

Dans l’espoir que vous comprendrez aisément nos réticences, nous vous prions d’agréer, Excellence, l’expression de notre parfaite considération.


Djibouti vu de Washington (3)

Le rapport du Bureau Américain pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Troisième partie)

Voici la dernière partie du rapport 2003 sur la situation des droits de l’Homme en République de Djibouti, établi par les services du Département d’Etat américain. En raison d’une actualité abondante, et pour mieux coller à celle à venir, nous réservons pour notre prochain numéro nos commentaires de ce document officiel.


Section 4. Attitude du gouvernement sur une enquête internationale ou non gouvernementale

relative aux accusations de violations des droits humains

Quelques groupes locaux de défense des droits de l’homme travaillaient sans beaucoup de restriction de la part du gouvernement, enquêtant et publiant parfois leurs résultats sur les cas de droits humains. Généralement, les officiels gouvernementaux voyaient déconsidéraient leurs vues. La LDDH, groupe local de défense des droits humains, a travaillé l’année dernière sans aucune ingérence du gouvernement. L’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes (UNFD) et l’Association Djiboutienne pour la Promotion Familiale (ADEPF) promeuvent les droits de la femme et de l’enfant.

Le CICR maintenait un petit bureau tenu par un personnel recruté sur place. Le représentant régional du CICR, basé à Nairobi, effectue des visites trimestrielles.

Il existe un Médiateur du gouvernement, qui est en même temps député au Parlement, et dont les attributions spécifiques incluent la médiation entre le gouvernement et les organisations non gouvernementales. Il n’existe aucun rapport d’une quelconque médiation engagée avec succès par ses services. Le comité National pour les Droits de l’Homme chargé de la Promotion des Droits de l’Homme, a été inactif durant l’année 2003.

Section 5. Discrimination basée sur la race, le sexe, les handicaps, la langue ou le statut social

La Constitution interdit toute discrimination sur la base de la langue, de la race ou du sexe ; toutefois, la discrimination à l’encontre des femmes et des minorités ethniques persiste. Le renforcement du dispositif législatif par le gouvernement pour protéger les femmes et les enfants n’a pas été effectif.

Femmes

La violence domestique contre les femmes existe, mais peu de cas ont été rapportés. La violence contre les femmes est normalement réglée au sein de la structure familiale ou clanique, plutôt que devant les cours. La police est rarement intervenue dans les incidents relevant de la violence domestique et les médias n’en ont rapporté que les plus spectaculaires, comme les meurtres. La loi prévoit des peines allant jusqu’à 20 de prison pour les violeurs. Le nombre des violeurs poursuivis durant 2003 n’est pas connu. On estime qu’au moins 98% des femmes ont subi les mutilations génitales féminines (MGF). Traditionnellement, les MGF sont pratiquées sur des fillettes âgées entre 7 et 10ans. La loi stipule que toue « violence causant une mutilation génitale » est passible de 5 ans d’emprisonnement et d’une amende supérieure à 5.600 $ (1 million FD) ; toutefois, n’a encore poursuivi personne pour ce motif. Les efforts de l’UNFD et des autres associations pour sensibiliser les femmes, ont produit quelques résultats dans la Capitale. Beaucoup pensent que l’incidence et la sévérité des mutilations génitales féminines a baissé, quoi qu’aucune donnée systématique sur ce problème ne soit disponible. Les Nations Unies et d’autres experts estimes que des formes minimales de mutilations génitales féminines sont encore pratiquées à une large échelle et que l’infibulation est encore de règle dans les zones rurales.

La prostitution est illégale ; toutefois, il s’agit là d’un problème réel. En général, il y a deux catégories de prostituées, celles avec logement et celles pratiquant dans la rue. Le premier groupe est largement toléré et surtout fréquenté par une clientèle étrangère ( en particulier militaire). Toutefois, l’équipe de la police mondaine cible les prostituées des rues et il est rapporté que le viol est une condition préalable à leur relaxe. Les réfugiées et les filles des familles pauvres indigènes ont un plus grand risque de devenir des prostituées de rue.

Légalement, la femme possède tous ses droits civiques, mais la discrimination, base sur la coutume ou la société traditionnelle, au niveau de la scolarisation dicte qu’elle joue un rôle secondaire dans la vie publique et que les femmes ont moins de chances d’emploi que les hommes. D’une manière générale, les femmes sont confinées dans les secteurs du commerce et du secrétariat. La loi coutumière, qui est basée sur la Charia, constitue une discrimination à l’égard des femmes dans certains cas comme l’héritage, le divorce et le voyage. les enfants de sexe masculin héritent d’une plus grande part que ce qui est reconnu aux enfants de sexe féminin. Même le peu de femmes d’un certain niveau d’études reviennent devant les juridictions traditionnelles pour défendre leurs intérêts.

Enfants

Le gouvernement n’a consacré aucun fonds public pour la promotion des droits et du bien-être de l’enfant. L’Education primaire est obligatoire ; toutefois, le gouvernement n’a pas assuré le caractère obligatoire de cette disposition. Le gouvernement assure la gratuité de l’enseignement public ; toutefois, il y a des dépenses externes pouvant être prohibitives pour les familles les plus pauvres, telles que le transport, les fournitures scolaires et la craie. Les installations scolaires continuent d’être inadéquates. Les salaires des enseignants sont toujours des arriérés, et un pourcentage important d’enseignants qualifiés a abandonné la profession. Approximativement, 20% d’enfants mènent leur scolarité jusqu’au terme du cycle secondaire. Seulement 62% des filles sont inscrites en primaire, comparées aux 73% de garçons, et seulement 23% des filles atteignent le secondaire, comparées aux 33% de garçons.

Seules 32% des filles savent lire et écrire, comparées aux 60% de garçons, et plus de 53% de la population totale savait lire et écrire. Dans les zones rurales, l’accès limité aux écoles, la faiblesse des équipements scolaires et les attitudes culturelles conduisent à une réduction significative de la scolarisation et à de plus grandes disparités entre garçons et filles. L’abus d’enfant existe ; toutefois, en dehors des mutilations génitales féminines, cela n’est pas considéré comme fréquent. Les mutilations génitales féminines sont pratiquées sur plus de 98% des jeunes filles. Le gouvernement n’a pas évoqué l’abus d’enfant, qui est souvent puni avec sévérité. Par exemple, quand un enfant est violé ou abusé, le coupable doit normalement subvenir aux frais médicaux de sa victime. Le gouvernement n’a utilisé aucune disposition légale en vigueur pour réprimer plus sévèrement l’abus d’enfant.

Personnes handicapées

Le gouvernement n’a défini aucun cadre pour rendre les bâtiments publics accessibles aux handicapés physiques. Bien que certaines personnes handicapées aient accès aux infrastructures scolaires et sanitaires, aucune loi précise ne prend en considération leurs besoins et il n’existe non plus aucune loi contre la discrimination à l’encontre des personnes handicapées sur le marché de l’emploi.

Minorités nationales, raciales et ethniques

Le gouvernement continue à pratiquer la discrimination entre les citoyens sur une base ethnique dans l’emploi et la promotion. Les Somali Issa constituent le groupe ethnique majoritaire et contrôlent le parti au pouvoir, l’administration civile et les services de sécurité, ainsi que les forces armées. La discrimination selon des critères d’affiliation ethnique ou clanique limitent le rôle des membres de groupes et clans minoritaires dans le gouvernement et la politique.

Le gouvernement a continué les rafles d’étrangers en situation irrégulière durant l’année. Le gouvernement a accusé les étrangers en situation irrégulière (essentiellement d’Éthiopie, de Somalie et du Yémen) d’être la cause du taux de chômage dans le pays, de la montée du crime et de la désintégration des travaux publics. Contrairement à l’année dernière, il n’a pas été mentionné que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcée sous la menace d’expulsion dans les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

Section 6. Droits des travailleurs

a. Le droit d’association

La Constitution garantit le droit syndical ainsi que le droit de grève ; toutefois, le gouvernement restreint ces droits. Tout syndicat doit être préalablement agréé par le gouvernement pour pouvoir exister. De manière unilatérale, le gouvernement a préparé un nouveau Code du Travail qui limite l’utilité des syndicats. Ces dernières années, le gouvernement a supprimé les syndicats indépendants et représentatifs en licenciant leurs dirigeants, les empêchant de tenir des congrès et en créant des syndicats-fantômes sponsorisés par le gouvernement pour les remplacer. L’Union Djiboutienne des Travailleurs (UDT) a réussi à organiser un congrès indépendant en septembre 2002 ; toutefois, des responsables gouvernementaux ont exercé des pressions sur certains de ses membres pour qu’ils se désolidarisent d’avec son nouveau Secrétaire Général, M. Adan Mohamed Abdou, au prétexte de son engagement dans une coalisation de l’opposition politique. La loi interdit toute discrimination antisyndicale et les employeurs coupables d’une telle discrimination sont sommés de reprendre les travailleurs licenciés pour activités syndicales ; toutefois, le gouvernement lui-même ne respecte pas cette disposition légale.

La loi autorise les syndicats à entretenir des relations d’échange avec les organisations syndicales étrangères, et le gouvernement n’y oppose aucune restriction. L’UDT qui n’est pas contrôlée par le gouvernement est membre de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL). La CISL a relevé le non-respect par le gouvernement des droits syndicaux. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a noté les abus persistants du gouvernement dans l’interdiction des réunions syndicales et l’incapacité des responsables syndicaux à librement recevoir des courriers. Dans un rapport publié en 2002, le Comité des Experts de l’OIT a relevé qu’un petit progrès avait été accompli et que le gouvernement continuait à violer la réglementation nationale sur le travail et qu’il n’avait toujours pas adhéré aux dispositions contenues dans les conventions de l’OIT.

b. Le droit d’association et de négociation collective

Bien que le monde du travail ait le droit de s’organiser et de mener des négociations collectives, celles-ci n’ont jamais eu lieu. Les relations entre employeurs et travailleurs sont informelles et paternalistes. Le gouvernement a sélectionné les représentants syndicaux. Les employeurs établissent généralement une grille de rémunération sur la base des directives du ministère du Travail. En cas de désaccord sur les salaires ou les problèmes de santé et de sécurité, le ministère du Travail encourage la négociation directe entre représentants syndicaux et employeurs. Les travailleurs et les employés peuvent solliciter une écoute administrative préalablement à toute procédure du service d’inspection du ministère ; toutefois, des critiques avancent que ce service souffre d’un manque de contrôle effectif, dû au fait que ses ressources ne sont ni prioritaires ni adéquates.

La loi exige que les responsables syndicaux déposent au ministère de l’Intérieur un préavis de grève 48 heures avant. Kamil Hassan, un enseignant réintégré en 2002 après avoir été licencié pour fait de grève en 1997, n’enseignait toujours pas à la fin de l’année.

Il existe une zone franche consacrée à l’exportation, établie en 1994 ; toutefois, son activité était basse durant l’année écoulée.

c. Interdiction du travail forcé ou obligatoire

La loi interdit le travail forcé ou obligatoire, y compris pour les enfants. Contrairement à l’année dernière, aucun rapport ne mentionne un cas de travail forcé durant 2003. pas plus qu’il n’existe de rapport indiquant que les forces de sécurité aient utilisé les étrangers en situation irrégulière comme main-d’œuvre forcées, sous peine de déportation, sur les chantiers de travaux publics ou pour leurs propres besoins.

d. Statut du travail des enfants et de l’âge minimum de travail

La loi interdit tout travail d’enfant âgé de moins de 14 ans, mais le gouvernement n’a toujours pas rendu cette interdiction effective et le travail d’enfant mineur existe, quoi que rare. Les enfants ne sont généralement pas employés dans des travaux dangereux. Les enfants travaillent dans des entreprises familiales, telles que les restaurants et les petites boutiques, à toute heure, de jour comme de nuit. La faiblesse du nombre d’inspecteurs réduit la portée des enquêtes sur le travail des enfants.

Le pays n’a pas ratifié la Convention 182 de l’Organisation Internationale du Travail sur les pires formes du travail des enfants.

e. Conditions de travail acceptables

Seule une petite minorité de la population exerce un emploi salarié. Le gouvernement a fixé les échelles minimales de salaire en fonction des catégories et le ministère du Travail a été renforcé. Le salaire mensuel pour un emploi non qualifié, établi en 1976, est approximativement de 125 $ (22.000 FD) ; toutefois, il n’est pas garanti dans la pratique. Le salaire minimum ne donne pas accès à un niveau de vie décent pour le travailleur et sa famille. A la fin de l’année dernière, le gouvernement a versé trois mois d’arriérés de salaire aux enseignants, aux forces de sécurité et aux agents du service public.

La loi fixe la durée du travail hebdomadaire à 40 heures, normalement réparties sur 6 jours. Le ministère du Travail est en charge du renforcement des normes de sécurité, des grilles salariales et des heures de travail. Parce que ce renforcement n’est pas effectif, les travailleurs font parfois face à des conditions de travail dangereuses. Les travailleurs protestent peu, surtout de peur que d’autres acceptant ces risques ne les remplacent. Il n’y a aucune loi ou réglementation autorisant les travailleurs à refuser d’accomplir des tâches dangereuses sans mettre leur emploi en péril.

Seuls les travailleurs étrangers régulièrement installés sont protégés par la loi. Les étrangers en situation irrégulière travaillent souvent aux plus faibles salaires. Ils étaient arrêtés puis déportés durant les opérations d’expulsion.

f. Trafic d’êtres humains

La loi n’interdit pas expressément le trafic d’êtres humains ; toutefois, aucun cas de trafic d’être humain n’a été rapporté dans le pays, vers le pays ou à partir du pays. Ce trafic est prévu par le Code Pénal et tomberait sous le coup d’ « exploitation de la faiblesse ou de l’ignorance de personnes ».


Rouler ou ne pas être roulé ?

ERSATZ IS THE QUESTION

Cyclisme et dopage politique dans les montagnes de Randa

Au lieu de réhabiliter cette zone détruite par le conflit et de remettre ses pistes en état, le régime a trouvé une astuce digne d’Ubu : assurer le développement en faisant offrir aux jeunes de Randa une dizaine de vélos de fabrication chinoise. Au moins, les chasse-neige offerts par l’URSS à un pays d’Afrique occidentale dans les années 60, avaient le mérite de la sincérité ignorante ! Ici, c’est tout simplement une ridicule comédie qui se joue, au détriment de la vraie politique et du réel développement économique.


Ibna-Raddi : mollets de coq et cuisses de grenouille s’abstenir de sa montée, freins en parfait état recommandés pour sa descente. Telle pourrait être le gentil conseil que l’on est bien obligé de donner aux heureux bénéficiaires d’un don pour le moins inattendu : dix vélos de fabrication chinoise pour les jeunes de Randa ! Et encore, si c’était des VTT, étant donné le caractère rural et montagneux de la région, même pas.

Bref, comme le ridicule ne tue pas (ni ne destitue d’ailleurs, par la grâce des fraudes électorales), la télévision puis le journal « La Nation » nous apprennent généreusement et en rafale qu’une association maison ( il s’agit de l’Association pour le Développement et l’Équilibre Familial, l’ADEPF) a généreusement fait don de dix vélos chinois, les couleurs des cadres ne sont pas indiquées, c’est dommage.

Et c’est tout aussi sérieusement que le journal gouvernemental « La Nation » se croit obligé de nous obliger à croire que « ce don de matériel destiné à promouvoir les activités des jeunes du village a surtout permis de nouer des relations de partenariat permanentes entre l’ADEPF et l’association Futur de Randa pour l’intégration des jeunes dans le processus du développement économique et social régional et la lutte contre la pauvreté ». Sans rire.

Assurer le développement avec dix vélos, même chinois ? C’est comme qui dirait se moquer du monde : c’est peut-être surtout pour occuper les interminables journées d’oisiveté forcée pour cause de chômage de ces jeunes. Et encore : les cadres quadras et quinquas natifs de la région ( dont au moins un secrétaire général et un directeur) et venus orner de leur présence la grotesque cérémonie de ce don farfelu, n’ont-ils pas osé (peut-être par modestie) promettre à ces heureux nouveaux cyclistes que les pistes de la région allaient au moins être remises en état pour que vélos et les 4×4 des autres roulent côte à côte. Ni d’ailleurs leur suggérer de créer un sympathique club local de cyclisme , avec ce genre d’association, on n’est jamais trop prudent : des fois qu’ils passeraient au sprint du vélo rouge au Livre Rouge.

Est-ce (peut-être, restons prudents) parce qu’il serait né à Einguela dans les années 50 (sic) que le bienfaiteur président de l’ADEPF (ci-devant député, il faut bien en recycler quelques-uns ) ignore que les humbles concitoyens dont, dans son immense miséricorde, il a ce faisant amélioré le coefficient de pénétration dans l’air, à défaut de conditions d’existence, ont pour la plupart plus de difficultés que lui pour obtenir des pièces d’identité djiboutienne. Mais, en leur nom, nous osons le rassurer : au moins ces bicyclettes-là ne passeront pas clandestinement la frontière, comme tel don à quatre roues. Au fait, qu’est devenue la fameuse ambulance que ce bienfaiteur de l’humanité nécessiteuse avait offerte à un quartier de la Capitale durant la campagne électorale pour les législatives de janvier 2003 ?

Par pudeur, nous n’évoquerons que très incidemment (inutile de forcer les traits quand il s’agit d’une caricature) du rôle aussi symptomatique que peu glorieusement improductif du « numéro deux » du prétentieux Conseil Régional de Tadjourah, lui aussi présent lors de cette cérémonie malgré, nous assurerait la version officielle, un emploi du temps très chargé et bien évidemment consacré au développement économique et social de la région décentralisée.

Les obèses avaient déjà posé la question shakespearienne de leur spleen lipidique : too big or not too big ? Fat is the question ! Certes, il peut arriver au ridicule d’engraisser certains, mais les obèses en politique ne se posent jamais la question de leur embonpoint théâtral. C’est peut-être pour cela qu’ils trouvent normal d’offrir, en guise de développement, dix vélos chinois (valeur totale estimée à 300.000 FD, comme quoi la cérémonie, transport+khat+ripailles, a au moins coûté autant) à de jeunes chômeurs dans une région qui attend encore reconstruction, réhabilitation, activités génératrices de revenus; en un mot, respect.

Certains naïfs, philanthropes sur les bords, se demandaient pourquoi, à la place des vélos qui ne sont manifestement pas à leur place dans ce décor montagneux, les généreux cadres venus de la Capitale n’avaient pas offert au moins une moto-cross ? Manquerait plus que ça : déjà que le Conseil régional, à travers son vice-président qui est en même temps directeur de la branche Nord de l’EDD (lumineuse trouvaille) n’arrive pas à trouver l’énorme financement que nécessite le gasoil pour faire fonctionner le petit groupe électrogène censé alimenter le village et rapporté dans la hotte présidentielle.

Le vélo, c’est écologique et économique : quant à prétendre assurer avec cela le développement régional, c’est pédaler dans la choucroute !


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