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Réalité numéro 70 du mercredi 12 novembre 2003

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Réalité numéro 70 du mercredi 12 novembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération internationale : palliatif ou levier ?
  4. Somaliland : Une reconnaissance sabotée
  5. Djibouti-Mogadiscio, via Al Qaïda
  6. Combien coûte la Paix ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 70

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

VOL AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON

Au moment où nous révélons un détournement de l’aide alimentaire perpétré au sommet de l’État djiboutien, il n’est absolument pas étonnant que la presse gouvernementale ait préféré passer sous silence un événement que Kofi Annan qualifie pourtant de « tournant décisif » : il s’agit de l’adoption par l’Assemblée Générale de la Convention des Nations Unies contre la corruption. « A l’avenir, les fonctionnaires et autres responsables politiques auront plus de mal à dissimuler leurs gains illicites. C’est particulièrement important pour de nombreux pays en développement où de hauts responsables ont pillé les richesses nationales et où les nouvelles autorités ont grand besoin de ressources pour la reconstruction et la remise sur pied de la société » commentait même, euphorique, le Secrétaire général de l’ONU. Ceci expliquant peut-être cela, il convient donc de relier la récente contrebande gouvernementale du riz indien et le refus tout aussi gouvernemental d’une réelle reconstruction du pays après une décennie de conflit civil.

Mais le problème n’est pas là : en attendant un miracle de ce nouvel instrument international de lutte contre la corruption, nationale ou transnationale, il s’agit de s’interroger sur l’impact d’une telle dénonciation. Car, en politique comme ailleurs, il faut éviter l’erreur consistant à surestimer l’impact du coup porté à l’adversaire. En l’espèce, quelles pourraient bien être les retombées de ce scoop ? Plus précisément, quel serait le vecteur de translation entre la médiatisation d’un délit et ses conséquences, tant politiques que judiciaires ?

Pour y répondre, il faut avoir au préalable clairement posé le problème : s’agit-il vraiment d’un scoop ? Non : ce qui généralement surpris nos lecteurs, ce n’est pas que la Présidence ait été impliquée dans ce détournement d’une aide alimentaire. Nul n’est ici assez naïf pour croire qu’il n’y a jamais eu de corruption à Djibouti : les richesses ex nihilo de certains dignitaires du régime sont là pour démontrer qu’il s’agit bien d’une pratique courante.

Non, ce qui a étonné nos lecteurs et concitoyens, c’est surtout le fait que nous ayons osé évoquer ce délit. Car, la banalité de la corruption renvoie à une impunité qui traduit tout un ensemble de dysfonctionnements institutionnels, au premier rang desquels il convient de placer ceux de l’appareil judiciaire. Tout le paradoxe de la situation djiboutienne est donc là, montrant dans toute son absurdité l’absence d’un État de droit : le soupçon, ou l’accusation, de vol suppose qu’il y ait possibilité, pour ne pas dire obligation, de poursuites judiciaires. Il faut donc qu’une Morale, incarnée par le Droit, soit en vigueur pour qu’une pratique délictueuse se transforme en scandale politique puis en affaire judiciaire. Le silence petit du régime au sujet du détournement de l’aide alimentaire indienne par l’administration présidentielle montre ainsi toute la virtuelle étendue comme toutes les réelles limites, que nous avons souvent évoquées, de la démocratie version RPP : cause toujours !

Dans ces conditions, il est absolument improbable que ce délit soit d’une quelconque manière sanctionnée : quand elle est grosse, comme pour la Tour Eiffel, il faut une certaine distance pour appréhender la corruption. Or, dans cette affaire, les ramifications sont de toute évidence trop nombreuses pour qu’un simple fusible soit sacrifié. L’inertie institutionnelle est la parade par excellence des régimes menacés et fragiles. Mais déjà une certitude : la République de Djibouti ratifiera la récente Convention des Nations Unies contre la corruption. On n’est jamais trop prudent, cela n’engage à presque rien et rapporte gros.


Brèves nationales

Port de Doraleh :

Anguille sous roche ?

En écho à notre brève de la semaine dernière consacrée au retard des travaux sur le chantier de Doraleh, le journal gouvernemental « La Nation » titrait en une de son édition de jeudi dernier : « Le projet du Port de Doraleh en bonne voie ». A l’appui de son affirmation, notre confrère relatait la récente rencontre entre le Chef de l’Etat et le Président-directeur général de Dubaï Port Authority. Djebel Ali, qui gère déjà la Port et l’Aéroport de Djibouti, a fort à faire dans notre pays, et le déplacement de son responsable entre peut-être dans ce cadre et rien ne prouve qu’il concerne la relance des travaux du port de Doraleh. Ce dernier projet, comprenant le terminal à conteneurs le plus moderne d’Afrique et dont les travaux devaient se terminer dans les deux ans, a pris un retard considérable que n’explique pas le journal gouvernemental se bornant à prétendre qu’un appel d’offres sera bientôt lancé pour la réalisation de la partie terminal à conteneurs, sans même évoquer le terminal pétrolier ou la raffinerie. Mystère ! Décidément, il semble qu’il y ait anguille sous roche à Doraleh. Quoique, dans la chaude mer qui borde Doraleh, il faille plutôt parler de murène… de la finance !

Tadjourah :

L’unique pharmacie privée a fermé

Les habitants de la ville blanche s’enorgueillissaient depuis quatre ans d’avoir à leur disposition une pharmacie privée bien approvisionnée et bon marché. Le propriétaire, natif de la ville, était particulièrement disponible, acceptant même d’ouvrir au milieu de la nuit en cas d’urgence.

Cette semaine, cette pharmacie très appréciée a été contrainte de fermer suite à une décision écrite du Commissaire du district. Les Tadjouriens, furieux de ne plus avoir accès aux médicaments, se concertent actuellement en vue d’élever une vigoureuse protestation auprès des pouvoirs publics.

Affaire à suivre…

Awr-Awsa :

Scènes quotidiennes dans un camp insolite

Des milliers de réfugiés et clandestins s’entassent depuis fin août dans ce camp du district d’Ali-Sabieh, malgré des conditions de vie difficiles. A l’insuffisance de la nourriture s’ajoute la précarité des abris et les piètres conditions d’hygiène. Les procédures administratives pour filtrer ceux qui remplissent vraiment les conditions d’accès au statut de réfugiés et les vrais clandestins devant être rapatriés prennent du retard. La déprime et le désarroi sont le lot quotidien de ces pensionnaires dont beaucoup ont déjà fui vers la Capitale, profitant du manque de vigilance des forces de sécurité.

De plus, ces dernières semaines, l’on signale que des épouses de dignitaires du régime viennent sur les lieux pour recruter des femmes de ménage qu’elles réussissent à emmener dans leur foyer à Djibouti. Dernièrement, c’est l’épouse d’un haut gradé de l’armée nationale qui serait venue sur place pour repartir avec des bonnes « clandestines » bien sûr. Si des dérogations sont ainsi permises pour les familles des oligarques, pourquoi avoir privé des honnêtes citoyens d’employer des femmes de ménage très difficiles à trouver dans la communauté djiboutienne? les Djiboutiens n’en finissent pas de maudire cette lutte maladroite contre l’immigration finalement devenue une esbroufe de mauvais goût.

Obock :

Le district sacrifié ?

Deux mois après le pompeux séminaire sur le développement décentralisé, la fatalité quotidienne a repris ses droits dans ce district sacrifié depuis de longues années, malgré ses énormes potentialités. L’injuste enclavement auquel il reste soumis explique son considérable retard dans tous les domaines. C’est le seul de tout le pays à connaître de manière chronique des pénuries en produits de première nécessité et en carburant. Ses infrastructures de base restent dans un état lamentable et tout porte à croire que l’État s’est durablement désengagé de cette région. Si l’enclavement durable et la pauvreté extrême de la population obèrent toute possibilité de développement rationnel, il n’a échappé à aucun observateur que le désenclavement préalable n’a pas été retenu dans les pieuses recommandations adoptées à l’issue du pseudo-séminaire tenu sur place les 20 et 21 septembre 2003. Tant que persistera cette situation de mépris, les envoyés du régime seront éconduits comme l’ont été les deux pontes du RPP à s’y être rendus le 1er novembre dernier…

Ali-Sabieh :

Chronique de la mauvaise gouvernance

La capitale du pays Assajog, frondeuse de nature, a quelques raisons d’être particulièrement mécontente ces derniers jours. Ainsi, l’on apprend sur place que le stock des dattes destinées aux malades du dispensaire et aux nécessiteux, n’a pas encore quitté les entrepôts du district et ce plus de deux semaines après le début du Ramadan. Ces dattes seront-elles au moins distribuées pour le Zakat-el-Fitr ?

Au plan sanitaire, les Assajogs s’insurgent contre l’entrave aux évacuations sanitaires, soumises à une autorisation préalable du Commissaire de la République, chez qui les ambulances sont parquées. Des malades munis d’une autorisation d’évacuation délivrée par les autorités médicales de ce district sont encore obligés de passer chez le Commissaire pour accéder aux ambulances. Est-ce cela, la décentralisation promise par la mauvaise gouvernance ?

Les Assajogs sont également remontés contre l’Éducation Nationale boiteuse. Élèves et parents d’élèves du lycée Arrey n’en finissent pas de se plaindre des mauvaises conditions d’étude dans cet établissement, faute de mobilier suffisant. Il n’y aurait pas assez de tables et de chaises pour le nombre d’élèves accueillis dans chaque classe . « L’Éducation pour tous », credo de la mauvaise gouvernance, a laissé un goût amer au lycée Arrey victime de ce régime de pénurie et de gâchis.

Presse indépendante :

Le Renouveau Djiboutien paraît à nouveau

Après une injuste interdiction de plus de trois mois, notre confrère le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, est de nouveau disponible dans les kiosques depuis jeudi dernier. « Réalité » salue le retour de ce pionnier de la presse indépendante, bête noire du régime, mais aussi organe de lutte particulièrement apprécié par les militants de l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Encore une fois, toutes nos félicitations et bon vent au voilier du Renouveau Djiboutien !

Assistance technique à la Pêche :

La FAO pèche-t-elle par ignorance ?

Le journal gouvernemental « La Nation », toujours à l’affût de la moindre louange adressée au Chef de l’État, rapporte dans son édition de lundi dernier qu’à l’occasion de la cérémonie de signature d’un accord de financement entre le ministère de l’Agriculture et la FAO, le représentant de cette organisation onusienne aurait déclaré : « Djibouti est reconnu pour sa volonté de développer le secteur agricole, ainsi que ceux de l’élevage et de la pêche. En témoignent les reconnaissances faites au Président Ismael Omar Guelleh lors de son dernier séjour à Tokyo ». Et le journal de poursuivre (pour ceux qui ne l’auraient pas compris ) : « Il s’agit bien évidemment du doctorat honoris causa attribué au Président Guelleh par la prestigieuse université d’agriculture de Tokyo ». Ouf, nous voilà rassurés ! Bien évidemment, nous sommes d’accord avec « La Nation » et la FAO : la meilleure et unique preuve de la volonté présidentielle concernant le développement du secteur agropastoral se résume au grigri rapporté de Tokyo.

Mais, pour rafraîchir la mémoire de tous ceux ne péchant pas par ignorance, rappelons tout de même que la plus grande réalisation en matière de développement agricole sous l’actuel mandat présidentiel, reste sans conteste la plantation de khat située à la lisière de la forêt primaire du Day… Une manière écologique de régénérer cette forêt menacée de disparition. Il fallait y penser, en attendant peut-être de demander à l’UNESCO de l’inscrire au patrimoine universel de l’humanité.

Audiovisuel :

Djibnet ne serait-elle pas toujours nette ?

Confrontée il y a deux ans à l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché, la société Djibnet, proposant un abonnement payant à un bouquet numérique, avait dû baisser ses tarifs et adopter une stratégie commerciale plus attractive. Ainsi, cette entreprise avait lancé sur le marché un nouveau produit sous la forme d’une antenne vendue à 10.000 FD sans décodeur ni abonnement et permettant de recevoir gratuitement quatre chaînes de télévision : TV5, MBC, CFI et la RTD. Des centaines de foyers djiboutiens, au revenu modeste mais désireux de s’informer et de se distraire, avaient opté pour cette solution peu coûteuse pour accéder aux chaînes satellitaires francophones les plus regardées à Djibouti que sont CFI ou TV5, ou arabophones comme MBC.

Mais curieusement, depuis quelques semaines, l’antenne miracle ne reçoit plus CFI et TV5. Malgré les multiples protestations des usagers, la direction de Djibnet n’a jusqu’à présent fourni aucune explication plausible à cette situation. Comme il fallait s’y attendre, les médias publics n’ont pas jugé utile de se faire l’écho des frustrations des clients de Djibnet. Les mauvaise langues avancent une raison à cela : ce prestataire de services télévisuels serait lié à certains oligarques du régime…

De guerre lasse, plusieurs dizaines de clients mécontents ont téléphoné à la rédaction de notre journal, s’estimant floués par cette publicité mensongère et cette rupture de contrat. Ils exigent des explications de Djibnet. En l’absence d’une association de défense des consommateurs digne de ce nom, « Réalité » qui se veut le porte-voix des sans-voix, amplifie donc les cris de colère des milliers de téléspectateurs djiboutiens et demande sans passion à Djibnet d’apporter de vraies réponses aux inquiétudes de ses clients.

Pour leur part, les abonnés disposant d’une décodeur et bénéficiant de la réception de plusieurs chaînes satellitaires pour la somme mensuelle de 7.000FD, se demandent après la disparition de certains concurrents de Djibnet si cette dernière, en situation de quasi-monopole, ne projette pas d’augmenter à nouveau ses tarifs. Affaire à suivre…


Coopération internationale : palliatif ou levier ?

Le retour de l’USAID à Djibouti nous offre l’occasion de nous exprimer à nouveau sur ce sujet d’une importance vitale pour notre petit pays et expliquer ce que de notre point de vue elle doit impérativement devenir : un levier de développement, et ce qu’elle doit cesser d’être : un palliatif utile !


Sans nous livrer à un bilan de la coopération bilatérale ou multilatérale, qui fera l’objet d’une série d’articles l’année prochaine, Inch Allah, il suffit d’observer l’échec des différents projets financés par l’APD (Aide Publique au Développement) des pays riches, ainsi que par la coopération multilatérale et singulièrement par le Système des Nations Unies cette dernière décennie, pour s’interroger sur l’opportunité, le volume, la nature et l’affectation des ces aides et en tirer quelques conclusions. Interrogé par notre confrère L.N.A (Les Nouvelles d’Addis) sur la coopération, le Président de l’ARD en avait distingué et décrit trois sortes : la coopération-connivence, la coopération-continuité et la coopération-rupture. Nous ne nous étalerons pas ici sur ces différentes définitions, pour nous contenter d’exposer la forme d’aide que nous souhaitons voir s’établir avec tous nos partenaires impliqués dans notre développement économique.

Une coopération-rupture, c’est-à-dire une aide substantielle, structurelle, soutenue et suivie, qui nous permette de nous passer de la mendicité à laquelle se résume malheureusement la coopération avec nos partenaires suscités. Au lendemain de l’Indépendance, Djibouti a été, suite à la Conférence des donateurs de 1983, le pays le plus aidé au monde à l’époque, non pas en volume, mais en termes de dollars par tête d’habitant. En dehors de la rénovation des infrastructures portuaires et aéroportuaires, et du remarquable développement de l’outil des télécommunications, ainsi que plus tard sur financement du Royaume d’Arabie Saoudite, l’exécution par une société yougoslave de la Route de l’Unité reliant la Capitale à Tadjourah, il ne subsiste plus rien de cette volumineuse manne financière : c’est presque tout et dérisoire en 26 ans d’Indépendance.

Au prétexte de notre prétendue incapacité à gérer nous-mêmes nos instruments économiques, l’actuel Chef de l’Etat a, de son propre chef et en toute opacité, concédé la gestion de ces leviers de développement économique que sont le Port et l’Aéroport au capital privé étranger. La concession et la privatisation d’autres établissements publics à caractère industriel et commercial sont en concoction, toujours dans la même opacité. Aucun de nos souverains députés n’a osé demander des éclaircissements sur cette concession…

La multitude de projets (que nous n’énumérerons pas ici) financés par les pays amis et le Système des Nations Unies ont tous capoté. L’échec de ces projets et la faillite des sociétés d’État ne seraient pas uniquement dus, même si elle y est pour beaucoup, à la seule mauvaise gestion. Dans ce contexte de délitement de l’État (corruption généralisée, choix budgétaires irrationnels aggravés par l’absence de contrôle, parlementaire ou autre, impunité de la délinquance financière …) la coopération bilatérale et multilatérale conditionne toute aide à la bonne gouvernance depuis une décennie. Du coup, nos gouvernants ont-ils été obligés de recourir aux institutions de Bretton Wood, autrement plus sourcilleux sur les anomalies de la gestion du bien public. C’est sous la pression conjuguée de la coopération internationale et des luttes intestines que le gouvernement s’est finalement résolu à initier uniquement sur le papier une ouverture démocratique de façade.

Si le multipartisme a été conquis de haute lutte, les entraves à son bon fonctionnement sont multiples et répétés, et la violation par le gouvernement de l’Accord de Paix définitive du 12 mai 2001, par son refus de traiter les causes du conflit (Décentralisation et Réformes Démocratiques) et soigner ses conséquences (Réhabilitation) recrée telles quelles les conditions qui ont conduit à la guerre civile : la bonne gouvernance n’ est toujours pas au rendez-vous des pratiques politiques à Djibouti !

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que ni les retombées financières des présences militaires française et américaine, ni la coopération multilatérale ne servent de leviers de développement économique et social tant attendu par notre Peuple. Il en va pourtant de l’intérêt bien compris des deux parties. Pour les pays donateurs, c’est sans doute la meilleure « containment policy », quant aux bénéficiaires, il en va de leur statut de pays (et d’êtres humains) dignes et responsables, car il est moralement dégradant et économiquement impossible de vivre ad vitam aeternam de la mendicité.

Si la coopération que nous souhaitons n’a toujours pas vu le jour, c’est par manque de volonté politique de nos régents pour créer le climat et les conditions institutionnelles favorisant son avènement. Aussi, notre malheureux Peuple en est-il réduit à constater la poursuite de cette forme de coopération palliant ici ou là, ici puis là, les errements et les insuffisances de nos gouvernants, leurs choix budgétaires irrationnels aggravés par l’opacité dans la gestion du bien public et la prédation. Avec la croissance démographique et le chômage endémique, le Peuple djiboutien se contentera-t-il longtemps de constater et de subir la mauvaise gouvernance et les injustices, sans les contester de différentes façons ? La patience humaine ayant des limites, il faut être inconscient ou aveugle pour ne pas se l’imaginer…


Somaliland : Une reconnaissance sabotée

La fin de la guerre froide n’a pas été simplement marquée par l’éclatement de l’ex-puissance soviétique mais a aussi remis en cause les équilibres des Etats dits sous-développés tant à l’intérieur qu’entre eux. La dislocation de l’ancienne République Démocratique de Somalie reste une exception planétaire. « Le malheur des uns faisant le bonheur des autres », aujourd’hui plus qu’hier, l’état du monde est plus que menacé, surtout en ce qui concerne les pays non impliqués directement, par les conséquences directes ou indirectes de la guerre menée contre le terrorisme par les puissances militaires, États-unis en tête. Le déséquilibre entre États de la Corne de l’Afrique consécutif à son évolution spatiale des années 1990 marque davantage l’enjeu posé par la géopolitique régionale, dans ce qui semble être une redéfinition des rapports dans un environnement occupé par les puissances en lutte contre le terrorisme.


Toujours absente réellement sur la scène internationale et en proie aux affrontements meurtriers entre clans, la Somalie du Gouvernement issu de la Conférence d’Arta semble plus discréditée par les attentats perpétrés dans les pays de la région que l’incapacité du Gouvernement de Transition à pacifier la Capitale. Face à cette partie du pays considérée comme le bastion des terroristes de tout bord, la République du Somaliland autoproclamée en 1991 a pu évolué depuis avec sérénité, en marge d’une communauté internationale influencée par des dogmes ne répondant pas à la situation présente et qui continue à vouloir attacher utopiquement et injustement le sort de ce pays à une grande somalie dont la réalisation demeure toujours incertaine.

Pacifiée, la Somaliland, Etat de fait de plus de 250.000 km2 et d’un peu plus de trois millions d’âmes, même si elle a su s’assurer des institutions démocratiques, un redressement économique fiable, une reconstruction courageuse, une situation sanitaire et scolaire honorable, enfin une sécurité responsable, son existence n’est, cependant pas particulièrement appréciée par certains de ses voisins immédiats.

Ces derniers, tout comme sur leurs vues de la problématique de paix en Somalie, divergent fondamentalement sur la reconnaissance officielle ou non de cette République, les intérêts particuliers y étant pour beaucoup.

L’évolution récente de la énième conférence de réconciliation entre factions somaliennes du Kenya et les maigres chances d’un succès après celui d’Arta n’augurant en rien pour asseoir la paix d’une somalie unifiée, les antagonismes des pays dits « de première ligne » de l’Igad sont sortis au grand jour, au détriment malheureusement des populations victimes de la guerre civile. Aussi, le départ avec fracas de la délégation djiboutienne et de délégations des certaines factions en plus d’une partie de la société civile, les accusations échangées sur l’existence d’un sabotage de la conférence de pays organisateurs de l’Igad dénotent le probable aboutissement de ses assises.

Pourquoi ? La chute du régime de Siad Barré n’étant pas une exception aux bouleversements constatés de part et d’autre du globe en cette fin des années 1990, la nouvelle donne politique avait engagé aussi, certains États de la région à faire d’une pierre deux coups : Contribuer directement ou indirectement au départ du dictateur, se positionner pour influer sur le pouvoir à venir.

Or, les départs successifs des deux dictateurs (Siad et Mengistu) de deux grands pays de la région laissaient incertaine toute appréhension d’une politique cohérente dans un espace pluriculturel et pluriethnique en proie à une situation conflictuelle perpétuelle. Les précipitations politiques des uns et des autres des états de la sous-région ayant été pour quelque chose dans cette crise somalienne, en ce début des années 1990, malgré la disponibilité et la générosité de la communauté internationale, les multiples maladresses, pas toujours innocentes, qui ont présidé à la première Conférence de Réconciliation Somalienne tenue à Djibouti en 1991 ont été le principal élément catalyseur du naufrage somalien.

En effet, cette conférence réunissant dans sa présidence une brochette d’hommes politiques somaliens d’envergure, elle s’était tenue après l’auto-proclamation de la République du Somaliland logiquement absente de ces assises. Des concertations sérieuses avec un délai d’appréciation suffisant n’auraient été engagées avec les parties somaliennes concernées comme avec les États membres du Conseil de Sécurité, de l’OUA, de la Ligue Arabe, de l’IGAD, etc. En ce sens que la nomination par le pays organisateur de la Conférence avec l’appui d’autres pays aussi intéressés, de M. Ali Mahdi à la tête de ce qui restait de la Somalie entamait la vraie guerre civile au sud de ce pays toujours déchiré. Depuis, les conférences se suivant et se ressemblant, celle tenue en 2000, encore en République de Djibouti, à Arta précisément, diffère uniquement des précédentes par l’énormité des propositions aussi impensables que dangereuses, du nouvel homme fort de la République.

La proposition la plus ahurissante consistait à écarter les Chefs de guerre, à les arrêter et à les faire condamner par un Tribunal Pénal International pour crimes contre l’humanité, y compris le Président de la République autoproclamée du Somaliland d’alors. Cette initiative du Chef de l’État Djiboutien faite devant la plus haute instance internationale, l’Assemblée Générale des Nations Unis, incitait à la prudence toutes les diplomaties dont certains confiaient en privée « l’échec avant l’heure et le risque qu’engendraient cette position de Djibouti pour la tenue d’une réelle assise pour une paix définitive en Somalie ».Chacun suivait donc, sans vraiment partager l’initiative djiboutienne, l’issue de cette rencontre qui abouti, après les multiples remous causés par les influences contradictoires des diplomaties et des clans, à la formation d’une Assemblée Constituante et de l’élection d’un Président intérimaire en la personne de Abdilkassim Salad Hassan et d’un Gouvernement de Transition pour une durée de trois ans. La suite, tout un chacun le sait.

Pour autant, il faut le rappeler, feu Président Egal avait effectué deux séjours en République de Djibouti, en 1994 et 1997, sans succès face à l’intransigeance du pouvoir djiboutien, partisan inconditionnel d’une Grande Somalie. De même que la récente auto-exclusion de notre pays de la Conférence du Kenya, suivie du rapprochement spontané avec le Somaliland et de la visite officielle à Djibouti, à la mi-octobre 2003, d’une délégation conduite par le nouveau Président Daher Rayaleh Kahin donnent toute la mesure du revirement de la politique régionale de notre diplomatie.Ce passage de la délégation somalilandaise de haut niveau, bien que médiatisée à outrance avait tout l’air d’une reconnaissance après les embûches et les multiples entraves à la libre circulation des biens et des personnes par la partie djiboutienne.Des accords de coopération entre les deux États furent signés, en plus de la mise en place prochaine de commissions ministérielles. De réels actes que confirmaient les différentes conférences de presse tenues à Djibouti et à Hargeisa.

Malheureusement, habitué à la politique de « Shitara », voilà qu’en moins de deux semaines l’interview du 29 octobre dernier du numéro un djiboutien à l’Agence Onusienne IRIN remettait en cause l’ensemble du processus tant sur la paix en somalie que sur l’éventuelle reconnaissance du Somaliland, pour générer du coup une polémique avec ses autorités. Refusant toute crédibilité au gouvernement formé par lui à Arta et à Conférence du Kenya, le Président djiboutien considère que le sort du Somaliland, pays très inquiétant en raison de la présence d’intégristes dit-il, est lié à celui du Sud. Retour à la case départ donc. Ces propos ont choqué le peuple et les politiques du pays voisin dont l’ancien candidat à la Présidence de la République M. Ahmed Mahamoud dit « Silanyo» déclare à la BBC que « le Président Djiboutien Ismaël Omar Guelleh est opposé à la décision souveraine du peuple somalilandais pour son indépendance ». Il ajoute en substance que les propos du djiboutien sont destinés à saboter la paix qui existe dans son pays dont lie le sort à celui de Mogadiscio où les violences et les actions intégristes ont condamné tout processus de réconciliation.

Par ailleurs, il accuse Djibouti d’ingratitude vis-à-vis de la Somalie qui avait énormément contribué à son indépendance et dit n’avoir jamais vu notre pays aidé la Somalie depuis Ali Mahdi sinon le troubler, en plus des provocations permanentes contre le Somaliland autoproclamé. Il accuse simultanément le pouvoir en place dans son pays pour avoir crû si vite aux accords signés avec Djibouti. Ce dernier s’est expliqué par la voix de son ministre chargé des relations avec le Parlement, M. Abdi Hassan Bouni, en ces termes : « Aujourd’hui nous nous rapprochons de la reconnaissance de notre pays, il nous faut être unis. L’espoir viendra de la Conférence du Kenya dont, si l’issue aboutit à la formation d’un Gouvernement, permettra aux deux parties Somalienne et Somalilandaise de se reconnaître mutuellement et de dresser un calendrier pour le partage des avoirs intérieurs et extérieurs laissés par le pouvoir déchu de Siad Barré ».

Si aucune issue n’est trouvée pour la formation d’un direction somalienne, alors nous sommes certains que la communauté internationale ne veut plus nous faire attendre la résolution du problème du Sud et qu’elle reconnaîtra aussitôt la République du Somaliland ».

Cette conduite politique de nos gouvernants dans notre contrée troublée risquerait à terme d’empoisonner gravement nos relations dans la région. L’inconscience et la politique de l’autruche ne pourront que compromettre notre crédibilité diplomatique, déjà affaiblie par une gestion aussi douteuse qu’opaque des derniers de l’Etat : cause de la pauvreté grandissante du peuple djiboutien.

Quant à nous, il nous semble que pour la pacification de la région, la communauté internationale se doit désormais de reconnaître le Somaliland qui a fait ses preuves en tant qu’entité stable séparée de la Somalie depuis 1991. D’autant plus que la communauté internationale s’ inquiète sérieusement de ce que Mogadiscio soit aujourd’hui devenue un véritable sanctuaire du terrorisme international.


Djibouti-Mogadiscio, via Al Qaïda

En complément à l’article publié pages 5-6, voici le résumé du rapport S/2003/1035 que le Groupe d’experts des Nations Unies dresse de l’implantation du réseau d’Al-Qaida en Somalie et de ses sources de ravitaillement en armes. Ce rapport, officiellement remis le 4 novembre 2003, est l’oeuvre du Comité du Conseil de sécurité, créé par la résolution 751 (1992) concernant la Somalie. Chacun verra que le journal gouvernemental « La Nation » n’a pas tout dit à ce sujet : Djibouti est explicitement cité comme une des sources de ce trafic d’armes à destination de Bosaso et Mogadiscio. Tout comme chacun peut alors répondre à la question qui se pose : qui est capable de mettre sur pied à Djibouti un tel trafic d’armes ?


1. Malgré la déclaration de cessez-le-feu d’octobre 2002 et le processus de réconciliation en cours, la Somalie est en proie à des violations de l’embargo sur les armes établi par la résolution 733 ( 1992) du Conseil de sécurité. Le rapport qui suit, basé sur une surveillance attentive au cours des six derniers mois, dépeint une situation inquiétante. un courant continu de petites quantités d’armes et de munitions arrive dans le pays, alimentant les marchés locaux, où des armes peuvent être achetées et vendues ouvertement, et les entrepôts des chefs de faction. On constate ces six derniers mois une diminution, par rapport aux années précédentes, des grosses violations de l’embargo par des grands navires ou des avions cargos lourds Mais ce petit courant incessant d’armes et de munitions représente en six mois des centaines de tonnes d’articles parvenant dans le pays en violation de l’embargo.

2. Le problème des courants d’armes à destination de la Somalie et transitant par ce pays est un problème dont les conséquences retentissent sur la sécurité et la stabilité de la région au sens large. Le Groupe a constaté qu’il y avait des liens entre les violations de l’embargo sur les armes et les courants illicites d’armes à destination des pays voisins, la piraterie dans les eaux somaliennes et les eaux internationales, et les activités de groupes armés et d’extrémistes au-delà des frontières somaliennes.

3. Les envois d’armes à destination de la Somalie proviennent généralement de Djibouti, des Émirats arabes unis, d’Érythrée, d’Éthiopie et du Yémen ou transitent par ces pays, d’où il est simple d’acheminer des armes en Somalie. Les principaux points d’entrée sont les ports qui desservent Puntland (Bosaso), Mogadishu (Marha et El Ma ‘an) et Kismayo, ainsi que les terrains d’aviation situés aux alentours de Mogadishu. La méthode habituelle, pour tourner les sanctions, consiste à acheminer les armes par un petit bateau de pêche, ou cachées dans la soute d’un avion La marchandise est ensuite distribuée dans l’ensemble du pays en passant par une longue chaîne d’intermédiaires.

4. Une bonne partie de ce trafic est assurée par des dhows (voiliers traditionnels), du Yémen à la côte nord-est de la Somalie. La plupart des envois, en majorité vers le principal port de la région, Bosaso, ne sont ni remarqués ni signalés. Le gros en est destiné à Mogadishu, plaque tournante du commerce somalien des armes. En moyenne, il arrive du Yémen en Somalie des dhows chargés d’armes et de munitions deux à trois fois par semaine.

5. Quelque 1250 vols arrivent chaque mois en Somalie, en provenance pour la majorité d’entre eux des pays voisins et d’autres États de la région. II est rare que leur chargement soit inspecté. Il n’y a guère de réglementation de l’espace aérien somalien, et les opérations aériennes à destination et en provenance de la Somalie arrivent facilement à passer inaperçues lorsqu’elles violent les sanctions. De même, la frontière entre la Somalie et l’Éthiopie, longue de 1600 kilomètres, est pour l’essentiel laissée sans surveillance, et la circulation est libre dans les deux sens.

6. Les chefs de factions somaliennes paient leurs armes de diverses manières. par exemple, au moyen d’espèces reçues de leurs protecteurs étrangers, ou tirées des impôts et redevances perçus dans les ports et les aéroports et aux barrages routiers, en khat, ou en faux shillings somaliens imprimés à j’étranger. Le Groupe a enquêté sur plusieurs tentatives récentes d’imprimer des milliards de shillings somaliens (l’équivalent de millions de dollars des États-Unis) en faux billets.

7. Les violations de l’embargo sur les armes ont permis à des terroristes transnationaux de se procurer non seulement des armes légères, mais même des systèmes portatifs de défense aérienne, des armes légères antichar et des explosifs. Les terroristes responsables en 2002 de la destruction à l’explosif du Paradise Hôtel de Mombasa, et de la tentative visant le vol 582 (Mombasa- Tel-Aviv), avaient acheminé leurs missiles au Kenya depuis le Yémen, en passant par la Somalie. Le Groupe a établi qu’il restait relativement facile de se procurer des missiles surface-air et de les importer en Somalie.

8. Des États de première ligne et des acteurs extérieurs régionaux jouent un rôle essentiel dans les affaires somaliennes. Même s’ils ont manifesté plus de respect pour l’embargo sur les armes ces six derniers mois qu’ils ne l’avaient fait les années précédentes, ils sont nombreux à persister dans leurs violations, et rares à s’être activés pour faire cesser les envois commerciaux d’armes en Somalie. Le Groupe a constaté souvent qu’ils ne soutenaient pas ses travaux, mais même lorsqu’ils lui apportaient leur aide, nombre des États de la région n’avaient pas les moyens de surveiller suffisamment les marchandises exportées ou réexpédiées passant par leurs ports, leurs aéroports, leurs points de passage aux frontières terrestres, leurs eaux territoriales et leur espace aérien.

9. Les observateurs sont nombreux à attribuer la diminution des courants d’armes, ces derniers mois, au contrôle actif des violations de l’embargo exercé par le Conseil de sécurité. Au moment où le processus de paix en Somalie entre dans une phase critique, et difficile, l’imposition effective de l’embargo et un contrôle robuste peuvent contribuer à renforcer l’attachement des parties au dialogue, limiter les possibilités d’une reprise du conflit armé et en atténuer les conséquences si elle se produisait.


Combien coûte la Paix ?

Vraies dépenses pour fausse consolidation

Fidèles à notre posture d’observateurs vigilants de toutes les anomalies dans la gestion du bien public, nous versons cette semaine un nouveau dossier au chapitre du mensonge permanent. Puisque nos souverains députés ne sont pas sourcilleux sur ce sujet et n’étant pas habilités à saisir la Chambre des Comptes (qui n’est d’ailleurs légalement pas autorisée à rendre un compte public de ses conclusions et recommandations…), nous avons jugé utile d’interpeller le gouvernement sur ce dossier qui nous et vous concerne au premier chef : « la consolidation de la paix ».


Dans un très bref exposé des motifs introduisant le projet de loi des finances rectificative pour l’exercice 2003 (LFR 2003), nous apprenons effarés (même habitués à la permanence et à la grossièreté des mensonges de l’Etat) que «les dépenses de personnels sont en hausse suite à l’intégration de 300 éléments du FRUD au sein des forces armées. Le report au mois d’octobre du programme de démobilisation entraîne un surcoût qui se traduit par une croissance des crédits des mobilisés». Curieusement, ces « surcoût et croissance des crédits des mobilisés » ne sont pas mentionnés au titre II : Dépenses du personnel, dans la ligne budgétaire libellée « mobilisation-démobilisation AND–05/0013/61/1 (traitements et salaires) et 05/003/61/6/9 (primes de démobilisation) qui reste égale dans le budget 2003 et la L.F.R 2003 (743,048 millions fd). Ils ne sont pas non plus mentionnés dans les dépenses de personnel de la gendarmerie nationale 05/005/61/1 dont le montant des dépenses est égal dans le budget 2003 et la L.F.R 2003 (34,8 millions fd).

Ces surcoût et croissance des crédits des mobilisés sont portés au titre IV «Transferts » du projet de la L.F.R 2003. Cette ligne budgétaire 07/64/4/1 est libellée « Consolidation Accords de paix-Contribution nationale » : son enveloppe est passée d’un montant de 350 millions fd dans le budget prévisionnel 2003 à 767millions FD dans celui rectificatif 2003, soit une différence de 417 millions fd. Rappelons que dans le Budget prévisionnel 2002, une ligne budgétaire 07-6441 était pourvue d’un montant de 350 millions FD.

Les comptes définitifs pour l’exercice 2002 n’ayant toujours pas été adoptés par notre souveraine Assemblée Nationale, ce sont au total, à en croire nos pacifiques décideurs, un milliard cent dix-sept millions FD qui auraient été dépensés en deux ans pour consolider la Paix. Emmuré dans cet unilatéralisme que nous continuons de dénoncer, et en violation de l’article 24 stipulant en son point b : « les deux parties signataires du présent accord conduiront de concert l’application stricte et honnête de la totalité de son contenu et de toutes les autres mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses objectifs », le gouvernement aurait donc engagé en 2003 767 millions fd (sur fonds propres comme l’affirme le libellé) pour consolider la paix.

Le conditionnel est de rigueur. Parce que nous sommes les mieux placés pour le faire, nous nous inscrivons en faux contre ces affirmations et exigeons des responsables chargés d’exécuter cette ligne budgétaire d’apporter dans les plus brefs délais, les preuves matérielles et la démonstration que ces dépenses ont été engagées à cet effet (dates, montants, affectations et bénéficiaires…). En attendant, nous portons à la connaissance de nos lecteurs que le programme de consolidation comporte trois volets entraînant une incidence budgétaire : la réinsertion des combattants du Frud-armé, la réintégration des anciens cadres dans leur administration d’origine et l’engagement des combattants du FRUD dans les différents corps armés. Aucun de ces trois volets nous concernant n’a trouvé une application concrète et totale.

L’Association des Démobilisés du Frud-armé s’est vue opposer un refus systématique à toutes ses démarches entreprises en ce sens auprès du gouvernement pour la réinsertion de ses démobilisés, qui hantent la Capitale et les districts et grossissent les rangs des désœuvrés. A ce jour, ni les recrues dans la FNP, ni celles de la gendarmerie n’ont été officiellement engagées dans ces deux corps alors que dans l’exposé des motifs il est officiellement (et mensongèrement) question de 300 combattants du Frud-armé. S’agissant de la réintégration dans leur administration d’origine des anciens fonctionnaires, est-il besoin de rappeler qu’ils sont aujourd’hui les seuls à totaliser 20 mois d’arriérés de salaire, malgré une correspondance officielle de protestation des intéressés auprès des différents ministères de tutelle.

Il ressort de toutes ces violations de l’Accord de Paix définitive depuis sa signature que, loin d’être consolidée, la paix civile est gravement menacée par le maintien du statu quo ante qui a conduit au douloureux conflit armé…


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 69 du mercredi 5 novembre 2003

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Réalité numéro 69 du mercredi 5 novembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Riz made in Zone Franche
  4. Courrier des lecteurs
  5. Uniforme ou déguisement ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 69

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

L’ARD A UN AN : ET APRÈS ?

Notre fidèle lecteur s’est-il jamais demandé pourquoi, avec une telle régularité depuis sa création, notre journal n’a pas encore mis en place un service d’abonnement? En toute logique, par la fidélisation d’un lectorat disponible six mois ou un an à l’avance, une telle politique aurait certainement accru de façon significative la courbe de nos ventes. Si nous n’avons pas jugé utile ce service d’abonnement, c’est pour une raison simple qui tient au respect dû au lecteur : l’abonnement est un pari sur l’avenir que nous ne pouvons pas engager. Pas un pari de rentabilité économique, sans fausse modestie. Ce serait un pari politique, un gage de stabilité institutionnelle : prétendre, par l’abonnement, que nous serons en mesure de publier dans six mois, reviendrait à dire que ce régime de liberté contrôlée nous laissera travailler dans six mois. Ce qui reviendrait à faire croire que la démocratie djiboutienne est entrée dans les mœurs et les pratiques dirigeantes et que le pouvoir en place respecte le pluralisme de la presse. Bref, même le récent acharnement contre un représentant de la presse d’opposition est là pour démontrer qu’une politique d’abonnement donnerait à nos concitoyens une fausse illusion démocratique, qui serait l’antithèse du véritable combat pour les droits de l’Homme.

Alors que notre Parti, l’Alliance Républicaine pour le Développement a fêté le 6 octobre dernier le premier anniversaire de sa fondation, un tel paradoxe de l’action politique dans ce contexte despotique se devait d’être rappelé. Nul n’ignore que l’ARD est née d’une volonté pacifique : celle qui animait le FRUD-armé, signataire de deux accords de paix, en février 2000 et mai 2001. L’abandon de la lutte armée par nous impliquait certaines obligations pour le régime responsable de ce conflit : établir l’égalité entre les citoyens et garantir les bases institutionnelles d’une vie politique pacifiée. A ce chapitre, nul n’ignore que la distribution des cartes d’identité nationale à tous ceux qui en ont été illégalement privés, premier pas dans le respect de toutes et de tous, sans discrimination, tarde encore malgré les promesses récurrentes.

Par contre, la première confrontation du multipartisme intégral avec les réalités sociopolitiques nationales a amplement démontré qu’il y avait péril en la demeure et que, très majoritairement, les électeurs djiboutiens attendaient une relève capable d’arracher le pays aux griffes des rapaces en place. A peine trois mois après leur fondation, l’ARD et les autres partis membres de l’UAD ont administré la preuve éclatante de leur légitimité : l’alternance est une aspiration profondément ancrée, suscitée par les abus et dérapages que citoyennes et citoyens ont décidé de ne plus cautionner par leur passivité. Seules les fraudes massives ont empêché un nouveau chapitre de notre destin collectif de s’écrire.

Et c’est là que réside le problème : si tout le monde est intimement persuadé que l’actuel régime aura toujours recours à l’illégalité pour se perpétuer, faut-il alors supposer que l’ARD, comme l’UAD, au prétexte de règles démocratiques qu’elle est la seule à respecter, s’est définitivement abonnée au rôle de simple caution légale, acceptant par avance de perdre des élections truquées par avance ? Si chacun a bien conscience de notre éclatante démonstration de force et de popularité au cours de l’année écoulée, de sérieuses questions subsistent légitimement dans l’esprit de nos concitoyens : quelle est la pertinence d’un jeu politique auquel les deux joueurs n’accordent manifestement pas la même crédibilité et dont ils ne respectent pas les mêmes règles ? Comment vaincre de façon pacifique et transparente un régime qui gouverne par la force et la fraude ? Dans quelles conditions notre pays cessera-t-il enfin d’être une simple « démocratie sur le papier » pour devenir à une réelle démocratie en action, respectueuse de sa pluralité ?

Telles sont quelques unes des questions auxquelles la Nation djiboutienne devra trouver les bonnes réponses, à brève échéance : il est hors de question, pour l’ARD de cautionner par son existence, des pratiques gouvernementales totalement improductives et contraires aux aspirations populaires. Incarner l’Espoir : oui ! Entretenir l’Illusion : non !


Brèves nationales

Campagne du RPP dans les zones rurales :

D’Obock à Yoboki, en passant par khat chemin

Avec pour seul argument le khat nourricier distribué à une échelle industrielle, le parti présidentiel à l’image de son leader nomade à l’échelle intercontinentale, bat inlassablement la brousse djiboutienne, du Nord au Sud. Dans le Sud-Ouest ( Gorabous, Yoboki, Hanlé), les missi dominici du pouvoir s’échinent à contenir la fulgurante progression de notre parti. Ainsi, la quantité de khat distribuée a presque doublé après la récente tournée de l’ARD, au grand étonnement des innombrables chômeurs de cette région, qui auraient préféré voir venir du travail, mais pas mécontents de cette générosité n’ayant rien à voir avec le Ramadan. Parmi les destinataires de la précieuse plante, beaucoup de militants de l’opposition des localités desservies mâchouillent gratis, tout en sensibilisant les populations aux idées de changement de l’ARD.

Dans le district d’Obock, c’est le même scénario de bakchich et de promesses mensongères qui reste employé. Depuis plusieurs semaines, une Toyota Pick-up immatriculée C de l’ONED serait chargée d’approvisionner en khat les populations rurales du Nord d’Obock. Dans cette région où sévit une soif endémique due à la sécheresse et à la défaillance des forages publics, quasiment sous embargo alimentaire du fait de son enclavement (alors que le financement de la route Tadjourah-Obock est disponible depuis trois ans) la mauvaise gouvernance considère-t-elle que le khat est plus précieux que l’eau et la nourriture ?

Réhabilitation de la piste Randa-Day :

Les riverains à l’œuvre comme ils peuvent

Aide-toi, le ciel t’aidera ! Après avoir attendu en vain l’aide de la fameuse « Armée de Développement » et ses engins de génie civil, les riverains de la piste Randa-Day se sont courageusement mis au travail avec leurs pelles et pioches, pour réhabiliter la voie reliant les deux villages de Goda. Les pluies diluviennes du mois d’août dernier avaient rendu impraticable cette piste de 17 kilomètres, creusant par endroits des fossés larges de 10 mètres. Pour accéder d’un village à l’autre, les usagers étaient obligés d’effectuer un large détour par la piste de Garenlé, soit plus de 80 kilomètres. L’Armée de Développement, occupée à soigner son image par des déclarations fantaisistes dans la presse gouvernementale, ou en éditant de luxueuses brochures, aura raté là une occasion de vraiment servir les populations rurales.

Rappelons par ailleurs que le village de Randa, particulièrement courtisé l’été dernier, a renoué avec l’obscurité. Depuis plus de deux mois en effet, l’électricité y a disparu, provoquant l’ire des habitants contre la mauvaise gouvernance irresponsable et incapable.

Pôle Universitaire de Djibouti :

Entre suffisance et insuffisances

Cette semaine, le Ministre de l’Éducation Nationale a signé un accord de partenariat entre le Pôle Universitaire de Djibouti et l’université française d’Amiens. A cette occasion, le Ministre s’est fendu d’un discours vantant les efforts déjà entrepris dans le domaine de l’Éducation en rappelant que cet accord « vient de compléter un ensemble d’actions menées dans le cadre des États généraux de l’Éducation, avec l’appui de fonds de solidarité déjà menées dans le cadre des États généraux de l’Éducation… ». Comprenne qui pourra : comme qui dirait, le disque semble rayé.

La réalité quotidienne dans cet établissement universitaire est malheureusement tout autre : la grogne estudiantine contre les mauvaises conditions d’étude a conduit ceux inscrits en BTS IG ( Informatique et Gestion) à déclencher une grève du 25 au 29 octobre derniers. Bénéficiaires de la formation à distance SISCO du Canada via Internet, les BTS IG ont protesté contre la suppression annoncée de cet enseignement sur le Web, suite aux exigences salariales de l’enseignant chargé de ce cours. Lequel aurait menacé d’émigrer au Canada si son salaire n’était pas revalorisé.

A la suite de cette grève, les autorités avaient promis de maintenir ce cours sur Internet, mais rien n’est encore définitivement acquis. Ainsi, lundi dernier, les étudiants se sont de nouveau mis en grève, mais cette fois-ci pour protester contre la caution de 10.000 FD exigée pour accéder à la bibliothèque. Comment des étudiants ne percevant aucune bourse, peuvent-ils débourser une telle somme, qui plus est pour un service normalement gratuit ? Comment suivre des études dans des conditions décentes, sans bénéficier des connaissances complémentaires procurées par une bibliothèque universitaire ? Entre la suffisance affichée par les responsables de l’Education Nationale, et la réalité des intolérables insuffisances dont les étudiants sont victimes, le Pôle n’est plus magnétique et notre élite de demain s’inquiète sérieusement pour son avenir.

Le Ministre de l’Intérieur

visite l’Intérieur:

Information ou propagande électorale ?

Le Ministre de l’Intérieur se faisait discret depuis sa prestation télévisée de fin septembre relative à la lutte contre l’immigration clandestine. Et pour cause : cette lutte menée tambour battant depuis l’été dernier s’essouffle peu à peu, à tel point que l’on observe un important reflux de « clandestins » vers notre Capitale. Mécontent de ce coup d’épée dans l’eau, bien sûr indépendant de sa volonté, notre Ministre de l’Intérieur s’en est donc allé dans les districts de l’Intérieur où cette lutte a réellement porté ses fruits, même si les populations rurales ont d’autres urgences à formuler.

Ainsi, le Ministre était également porteur d’une bonne nouvelle à ces populations rurales se plaignant régulièrement de la non-distribution persistante des pièces d’identité nationale. A en croire ce haut responsable, les opérations de délivrance des cartes d’identité débuteront après le Ramadan et s’étaleront sur une longue période… allant jusqu’à la présidentielle de 2005, aurait-il dû préciser pour mieux appâter les nombreuses victimes de cette discrimination. En effet, les citoyens lésés se comptent par dizaines de milliers et c’est en vertu d’une disposition contenue dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001 que le régime a finalement accepté de les restaurer dans leur citoyenneté. En attendant ce jour, qu’en est-il des révisions effectives des listes électorales, puisque l’ombre de la prochaine consultation plane déjà sur cette tournée, comme sur les autres aspects de l’action gouvernementale ?

Port pétrolier de Doraleh :

Pourquoi le retard des travaux ?

Les travaux du futur gigantesque complexe pétrolier, dont le lancement a été inauguré l’été dernier à Doraleh, ne semblent pas démarrer comme prévu, malgré la propagande officielle sur les retombées économiques escomptées, sans préjudice bien sûr de la mauvaise gouvernance prédatrice. Pour l’heure, seuls quelques engins de travaux publics s’agitent sur les collines surplombant la mer, et les ouvriers affectés à ce projet ne sont pas aussi nombreux que l’exigerait un chantier de développement digne de ce nom. Qu’est-ce qui cloche donc dans ce projet du millénaire ?

Certaines sources se disant informées affirment pour leur part que le financement annoncé ferait encore défaut. Si le retard actuellement observé se confirmait dans les mois à venir, nul doute que le Port de Doraleh connaîtra le même sort que la raffinerie de 1991, sur le même site. Toujours est-il que pour le moment, ce port dont les travaux de construction devaient se terminer dans deux ans, semble n’être qu’un port sec…

A ce chapitre de l’esbroufe de ce régime, il n’est peut-être pas inutile d’établir un parallèle avec le destin réservé au Port de Tadjourah : inauguré en grande pompe fin 2000, et censé orienter ses activités vers l’Éthiopie via la route Tadjourah-Bouya et qui n’a pas pu obtenir de l’État les moyens décentralisés de son ambition. Il n’est plus désormais qu’un quai à boutre sur lequel, contre toute logique de développement et malgré sa faible activité, l’État prétend prélever des taxes.

Ainsi va la mauvaise gouvernance avide, cherchant à moissonner plus que ne le permettent ses maigres semailles.


Riz made in Zone Franche

Aide internationale et contrebande présidentielle

C’est parce que nous le pensons réellement que nous le répétons s ans cesse : le régime RPP n’est pas de nature tribaliste. Certes, pour des raisons électoralistes, il cherche à provoquer une illusion de compétition entre les différentes composantes de la communauté nationale : alors que des sacs de khat sont quotidiennement distribuées aux habitants de certaines régions, c’est la promesse d’une eau minérale miraculeuse qui est faite à d’autres. Mais ceci n’est qu’apparence. En fait, tous les citoyens djiboutiens, sans aucune distinction, se retrouvent victimes des agissements frauduleux, contraires aux intérêts nationaux, des affairistes au pouvoir. C’est à l’un de ces agissements que nous nous intéressons dans ce numéro : il s’agit du détournement de l’aide internationale perpétré par la Présidence de la République.


Même la rareté de nos ressources naturelles ne peut masquer l’explication principale de la quasi inexistence d’un tissu productif djiboutien : incapable d’assurer les conditions économiques et institutionnelles d’un développement endogène, le régime djiboutien pousse l’irresponsabilité jusqu’à détourner de ses fins premières les fruits de sa mendicité internationale. En fait, l’aide extérieure n’est malheureusement pas le seul domaine dans lequel sévissent corruption, concussion et détournement. La vie politique nationale bruisse de ces rumeurs d’enrichissement miraculeux de certains responsables politiques ou administratifs.

Notre journal n’a jamais fait état de telles rumeurs : non seulement nous n’aurions rien appris à personne (certains mabrazes proches des centres de décision seraient même mieux informés) mais surtout, dans une administration ayant pratiquement perdu le sens de l’écrit, de la règle de droit et dans laquelle l’opacité s’installe de plus en plus depuis quelques années, il aurait été à peu près impossible de fournir les preuves concrètes de malversations défrayant pourtant la chronique quotidienne. C’est pourtant l’une d’elles, impliquant le sommet de l’État, que notre journal est en mesure de vous révéler aujourd’hui : elle porte sur la contrebande illicite d’un don de riz en provenance de l’Inde, comme l’atteste le document reproduit en page 5.

Pour mieux saisir la manœuvre, il faut rappeler le chemin institutionnel que prenait autrefois toute aide internationale sous forme de denrées alimentaires. Il existait un organisme d’État, l’Office Nationale d’Approvisionnement et de commercialisation (ONAC) chargé de réceptionner cette aide et de la commercialiser sur place pour le compte de l’État djiboutien. Les recettes en étaient gérées conformément aux règles en vigueur et affectées selon les nécessités budgétaires.

Or, depuis environ 1994, le fonctionnement de l’ONAC a été beaucoup plus assujetti aux fluctuations des enjeux politiciens, plus particulièrement à une nouvelle façon de faire la politique avec une nouvelle classe politique se servant autant qu’elle servait ses courtisans. Suite à cette perversion, l’ONAC a complètement disparu à l’orée des années 2000 : officiellement, il n’existe plus aucun organisme d’État spécialement chargé de gérer l’aide alimentaire extérieure. Voici pour le cadre institutionnel, ou plutôt son absence, rendant possible le gigantesque détournement que nous allons à présent relater.

Chacun s’en souvient, à son retour d’Inde, la presse gouvernementale avait largement salué une performance présidentielle ahurissante : grâce à sa persuasion, l’Inde avait accepté de fournir à notre pays une importante aide alimentaire sous forme de riz indien. Du fait que l’ONAC a disparu (c’était peut-être l’intention) ce don a été réceptionné par la Présidence de la République Djiboutienne, plus exactement par son Directeur de Cabinet, comme le montre ce document. Ce qui, en soi, ne serait pas illégal. L’illégalité réside dans le parcours qu’indique le document :

Port d’embarquement : Kandla

Port de débarquement : Djibouti

Destination finale : Éthiopie

Là réside la preuve qu’il y a bel et bien manœuvre frauduleuse, car de trois choses l’une. Soit il s’agit d’une transaction commerciale entre un vendeur privé indien et un acheteur privé éthiopien, auquel cas rien ne justifie que la Présidence djiboutienne joue les intermédiaires (dallaal, en arabe) entre deux opérateurs privés. Soit il s’agit effectivement d’un don à l’Éthiopie, auquel cas l’on ne comprend toujours pas comment le sommet de l’État djiboutien se retrouve en position d’intermédiaire. Soit il s’agit d’un don à la République de Djibouti, auquel cas rien n’explique légalement que la destination finale de ce don soit le marché intérieur éthiopien.

Or c’est bien de cela qu’il est question : les tonnes de riz dont l’Inde a gracieusement fait don à la République de Djibouti sont frauduleusement écoulées sur le marché éthiopien : même si le Programme Alimentaire Mondial ne chôme pas en matière d’acheminement de denrées alimentaires vers notre voisin sévèrement touché par la sécheresse et la famine, nul n’a entendu parler, surtout en cette période de Ramadan, d’une aide alimentaire djiboutienne au profit du Peuple frère d’Éthiopie. Tout au contraire, la suite de notre enquête, menée sur le terrain, dans les hangars de la Zone Franche portuaire qui furent le théâtre de ce détournement montre clairement qu’il y a eu malversation (suite page 6) au plus haut niveau de l’État.

Dans ces hangars, notre équipe a trouvé, et photographié, des montagnes de sacs vides de 50 KG sur lesquels l’on peut lire : « CADEAU DE L’INDE A DJIBOUTI. GIFT FROM INDIA TO DJIBOUTI ». Dizaines de milliers de sacs qui, à leur débarquement au Port de Djibouti, contenaient les milliers de tonnes de riz indien à 20% de brisures. Riz que de nombreux employés écoeurés transvasaient machinalement dans de nouveaux sacs de 50 KG, tout aussi photographiés par nos soins, où l’on peut lire : « PETRAM PRIVATE Ltd Co. FROM DJIBOUTI TO INDIA ». Sacs d’origine spontanée, comme telle richesse miraculeuse de certains détenteurs ou proches du pouvoir. Sacs dont l’incontestable matérialité est censée représenter ou justifier une opération ordinaire de commerce privé, et subitement contenir un riz pakistanais long grain à seulement 10% de brisures. Cette opération de substitution a porté, pour le seul lot en présence duquel nous avons été mis, sur 13.000 sacs représentant 650 tonnes de riz. Sur le marché djiboutien, cette transaction aurait à peu près représenté la coquette somme d’environ 60 millions de nos francs.

D’autre part, selon nos investigations, la société « Diamond Shipping Service sarl » est une société de transit de droit djiboutien, dont un des propriétaires a de solides entrées dans les coulisses du pouvoir djiboutien. De plus, sous la référence floue de « destination finale : Éthiopie » se cache un important négociant éthiopien d’origine hadaré (région de Diré-Dawa) auquel est dévolue la lourde tâche de tromper les autorités douanières éthiopiennes en écoulant ce riz détourné. Lesquelles autorités éthiopiennes, qui ont engagé une lutte sans merci contre la contrebande, auront certainement à cœur de vérifier le sérieux de nos sources et la crédibilité de nos affirmations en procédant aux contrôles d’usage.

En conclusion, il s’agit donc bien d’un don initialement destiné au Peuple Djiboutien ( dont de larges couches sont devenues nécessiteuses à cause de la politique économique et sociale improductive du régime), mais que d’autres consommateurs, éthiopiens eux, devront acheter, qui plus est selon un étiquetage relevant de la supercherie puisque le riz frauduleusement vendu par la Présidence et acquis par le commerçant éthiopien usurpe une qualité qui n’est pas réellement le sien : il est indien et non pakistanais, il comporte 20% de brisures et non 10% comme prétendu.

La malversation étant établie sans aucune contestation possible, et l’appât du gain n’étant pas une disposition rare chez les responsables et les proches du régime, il s’agit enfin de savoir pourquoi une telle malversation s’est déroulée pratiquement au vu et au su de tout le monde. Parce que ce régime méprise le Peuple au point qu’il l’estime trop anesthésié pour pouvoir s’indigner d’une telle contrebande d’État ? Certainement : il est évident qu’un régime qui confisque la volonté populaire en assurant sa réélection par la fraude électorale n’a aucune raison particulière de respecter ses concitoyens en d’autres circonstances : pour lui, la Nation n’est qu’un prétexte pour confisquer le pouvoir.

Parce que ce régime sous-estime la seule presse digne de ce nom : la presse d’opposition qu’il croit trop frileuse pour oser relater de tels scandales ? Alors, cet article est bien la preuve qu’il se trompe lourdement : chaque fois que nous aurons sérieusement établi les faits en recoupant plusieurs sources d’information, notre journal n’hésitera pas à informer les citoyens djiboutiens comme la communauté internationale, des manœuvres irresponsables et bassement mercantiles de ceux qui se servent sur le dos du Peuple en prétendant servir l’intérêt national, à quelque niveau qu’ils soient de la hiérarchie du pouvoir.

Voici donc le document attestant de façon irréfutable que la Présidence de la République s’est constituée cliente d’une société de transit pour acheminer du riz au profit d’une société privée éthiopienne. Si cette activité lucrative n’étonne personne, la seule question qui se pose est de savoir si la Présidence dispose d’une patente commerciale et si elle s’acquitte de l’impôt sur les sociétés.

Affaire à suivre..

Preuve supplémentaire de cette malversation, voici un document, de la même origine, portant sur un autre lot, toujours destiné au Directeur de Cabinet du Président de la République de Djibouti. Il s’agit toujours d’acheminement de riz indien mais, cette fois-ci, la destination finale n’est plus l’Ethiopie, mais… Djibouti.


Courrier des lecteurs

La prostitution juvénile doit être sévèrement combattue

Notre article consacré à la prostitution des mineures, paru dans le n° 65 de Réalité a réveillé les consciences. Pour preuve, nous publions cette semaine le courrier de lecteur que nous a adressé un citoyen révolté contre les atteintes aux bonnes mœurs ayant cours dans notre société musulmane.


C’est malheureux ! Je ne pensais pas que de telles choses puissent se passer à quelques centaines de mètres de mon domicile. Pire, il est inimaginable que de telles atrocités soient perpétrées sur des mineures dans mon pays, et cela en toute impunité depuis de longues années. J’ai souvent crû sans trop réfléchir aux ragots de certaines mauvaises langues qui véhiculaient des idées erronées sur la nature et le contenu du journal « Réalité ».

J’ai toujours été un simple observateur passif de la dégradation constante de l’état du pays, des malversations financières de certains responsables, de l’appauvrissement sans fin de la population, des projets insensés et irréalisables que l’on nous promet depuis trop longtemps.

Mais je me sens profondément choqué cette fois-ci, sur la nature de la prostitution enfantine, apparemment tolérée par la Justice et les politiciens de mon pays, et paradoxalement dénoncée par « Le Canard Enchaîné », un journal étranger qui semble défendre nos fillettes et que le journal « Le Progrès » du RPP insulte étrangement.

J’ai en effet suivi ces deux dernières semaines la réaction de nos autorités face à cette information relative à l’existence d’un bordel d’enfants mineures, bordel territorialement contigu à un camp militaire français.

Aujourd’hui, même si je suis parfaitement conscient que toute l’armée française ne peut être tenue pour responsable, c’est blessé dans ma chair, attenté par l’existence à peine cachée d’un marché de détournement de mineures en République de Djibouti, au su et au vu des autorités en place, que je prends la plume pour crier mon dégoût et ma honte face à cette humiliante situation. Je me sens sincèrement affecté par cette affaire de prostitution de mineures, révélée par « Le Canard » et reprise par votre journal. Ce qui me révolte le plus, c’est surtout la passivité de nos dirigeants politiques et la stupide polémique engagée au sujet de votre article, alors qu’ils devraient accorder la plus extrême attention à cette exploitation sexuelle des mineures, quelle que soit leur nationalité. C’est donc ça qui m’amène aujourd’hui à définitivement condamner ce régime perverti à tous points de vue, politiquement, culturellement, religieusement, etc.

Je me dois d’avouer qu’avant cette triste affaire, pour diverses raisons, je n’avais pas beaucoup d’admiration pour le journal « Réalité ». Mais ce détournement d’enfants de onze ans par les militaires d’un pays censé représenter l’avant-garde du respect de la dignité humaine a vraiment de quoi choquer.

C’est effectivement une raison assez forte qui me pousse aujourd’hui à rejoindre définitivement votre camp, celui du refus de la démagogie politique. Et je m’engage personnellement à appeler tous nos concitoyens à faire preuve de courage et d’humilité, pour dénoncer ces dérives que tolèrent nos dirigeants politiques et autres garants de la loi. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce commerce de mineures, sexuellement exploitées au profit d’une armée étrangère, dont les éléments les plus pervertis ne se permettraient jamais ces conduites chez eux, où la Justice est implacable avec ce genre de délits.

J’invite enfin par cette occasion tous les parents à exiger auprès des autorités concernées toute la vérité sur cette affaire salement inhumaine et immorale afin que le châtiment le plus exemplaire soit retenu contre les profiteurs de la misère et ceux qui assassinent l’innocence de l’enfance.

Je m’associerai à une éventuelle pétition nationale pour que justice soit rendue à ces malheureuses enfants mineures.

DHR

Commentaire

Merci pour votre courrier, qui en dit long sur les ressources citoyennes de notre pays. L’affairisme qui gangrène notre société pousse certains de nos compatriotes à se livrer à un commerce honteux et antipatriotique. Réalité poursuit son enquête et fera tout ce qui est possible pour aider à la dénonciation et au démantèlement des réseaux mafieux de la prostitution, a fortiori juvénile, dans notre pays.

LA RÉDACTION


Uniforme ou déguisement ?

Le régime harcèle les incorporés du FRUD-armé

Discrédité aux niveaux national autant qu’international à cause de son refus persistant d’appliquer l’Accord de Paix qui le lie au FRUD-armé, et qui l’engage devant le Peuple Djiboutien, le régime invente éperdument des subterfuges pour tenter de justifier l’injustifiable. Après avoir vainement nié la réalité de sa mauvaise volonté, et après une longue période de mutisme sur l’actualité de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, il revient aujourd’hui, peut-être parce qu’il est déjà en campagne pour la présidentielle de 2005, sur un argumentaire qui n’avait convaincu aucun observateur l’été 2001 : il serait impossible d’appliquer cet Accord car le FRUD-armé aurait caché des armes.


Lors d’une de ses innombrables apparitions télévisées, le Chef de l’État, du haut de sa suffisance, avait demandé au journaliste hébété qui l’interviewait : « Savez-vous où se trouve Alaylé sur la carte de notre pays ? » Au journaliste sidéré devant une telle connaissance encyclopédique, le Chef de l’Etat cachait comment lui connaissait ce lieu ne comprenant que quelques daboïtas : les éléments de sa Sécurité y avaient justement terrorisé d’innocents civils au prétexte que des caches d’armes se trouvaient dans les environs. Pour l’occasion ; d’anciens combattants du FRUD-armé nouvellement incorporés au sein de l’Armée Nationale Djiboutienne et en entraînement à Hol-Hol, avaient été conduits de force sur les lieux des fouilles : ils parleraient mieux, pensaient les stratèges de la Sécurité présidentielle, en présence de leurs familles terrorisés. Mais en vain : après de longues fouilles, les experts en intimidation de civils sont rentrés bredouilles. D’ailleurs, pour s’être fait l’écho de ces magouilles visant uniquement à justifier par avance la violation programmée de l’Accord de paix, notre confrère « Le Renouveau Démocratique » avait encouru les foudres du régime en et été 2001.

Voilà que la même comédie recommence aujourd’hui, avec les mêmes méthodes : des civils arbitrairement arrêtés en brousse brutalement interrogés avec des incorporés du FRUD-armé. Incorporés est un bien grand mot : le régime se refusant encore à régulariser leur situation ; certains d’entre eux étant même officiellement classés dans la catégorie des « mobilisés » qu’aucune situation de guerre ne justifie plus aujourd’hui. Ainsi, à Obock comme à Djibouti ; nos incorporés sont aux arrêts de rigueur et brutalement interrogés par les « spécialistes » du SDS. Inutile de dire que cette thèse de caches d’armes est absolument fantaisiste : qui peut croire sans rire que le Président Dini, véritable initiateur de cette paix que la Peuple dans son ensemble attendait, se préparait en fait à reprendre le maquis, escomptant selon eux un appui grâce à ses accointances islamistes ?

Il s’agit donc bien évidemment d’une nouvelle manœuvre dilatoire que nous condamnons ave la plus extrême vigueur : comme nos concitoyens, nous y voyons plutôt une raison supplémentaire de débarrasser notre pays d’une classe politique aussi irresponsable et n’hésitant pas, dans le seul but de rester au pouvoir, à mettre en danger une paix si durement acquise.

Nous n’aurions pas évoqué outre mesure de tels subterfuges si d’innocents civils n’étaient à ce point terrorisés et si la dignité de nos incorporés n’était sans cesse bafoué par un régime sans respect pour l’uniforme qu’il assimile à un déguisement : ses soldats ne seraient que des miliciens privés tandis que nos incorporés ne seraient que des guérilleros en embuscade. Car, si le pouvoir respectait à la fois le caractère normalement républicain des forces de défense et de sécurité, et le statut régulier de nos incorporés, nous ne nous sentirions pas obligés de prendre la défense de nos anciens compagnons de lutte. Par cet acharnement, le régime semble surtout souhaiter que nos incorporés restituent leurs uniformes : il suffisait de le demander. Comme cela, l’actualité caduque de l’Accord de paix en vertu duquel ils ont été incorporés deviendra effectif et chaque partie signataire n’aura plus qu’à assumer ses responsabilités. En tout état de cause, nos instances dirigeantes se réuniront très bientôt pour statuer sur ce point.

Après le refus présidentiel d’indemniser les civils dont les biens ont été détruits ou pillés par les troupes gouvernementales, de dédommager les anciens militaires, gendarmes et policiers, d’intégrer nos cadres dans l’administration et après la mesquinerie présidentielle de suspendre illégalement le salaire des rares « réintégrés » du FRUD-armé dans la fonction publique, cette énième provocation prouve bien que le régime cherche à consolider le mensonge comme mode de gouvernement. Ce qui ne peut évidemment pas nous laisser indifférents, au même titre que le sort de nos démobilisés, retenus prisonniers à Djibouti, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, alors qu’ils sont titulaires d’une carte de démobilisé délivrée par le PRAC.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

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Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’ARD dans le Sud-Ouest
  4. M. Ismaël Guedi répond
  5. La LDDH rend hommage à l’UDC
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 67

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

RÉPUBLIQUE PACIFIEE DU SOMALILAND VISITE

DÉMOCRATIE AUTOPROCLAMEE DE DJIBOUTI

T out le développement des rapports internationaux
entre toutes les civilisations humaines dans toutes
les zones géographiques l’atteste : il n’existe aucune Histoire ex nihilo, se déployant à partir du néant. C’est pourquoi la prétention du Chef de l’Etat de faire la Paix dans la lointaine Mogadiscio, tout en osant ignorer le proche Somaliland, ne pouvait que rencontrer le terrible désaveu de la réalité concrète, historique. Surtout lorsque l’on sait que, depuis la dislocation de l’ancienne République Démocratique de Somalie, la seule «contribution» des dirigeants de Mogadiscio à notre destin national, ce fut l’envoi en 1993 de troupes mercenaires chargées de combattre le FRUD et d’attiser un conflit fratricide.

Donc, le verdict fut en effet impitoyable : sans aller jusqu’à dire que la Conférence de Réconciliation Somalienne d’Arta fut une énorme mystification (le RPP réduit souvent la politique à la comédie), il est révélateur que le régime djiboutien se félicite aujourd’hui de l’échec de la nouvelle tentative kenyane : alors que du temps d’Arta c’était l’Egypte que Djibouti accusait de sabotage, c’est maintenant le Kenya qui serait coupable de zizanie !

Mais il est autrement plus réconfortant de voir l’Etat djiboutien adopter une position qui est celle du FUOD (du FRUD et de l’ARD) depuis 1992 : la reconnaissance du Somaliland comme entité étatique en conformité avec les règles internationales. A l’ARD, nous sommes donc extrêmement heureux qu’un terme soit de facto mis à d’inadmissibles campagnes haineuses contre de si proches voisins qu’il y a encore peu la presse gouvernementale traitait de Juifs de la Corne et contre un pays qu’elle qualifiait de Bantoustan ou encore de Disneyland.

Personne ni aucune résolution du Conseil de sécurité ne peut obliger les Somaliens à vivre ensemble : en attendant leur réconciliation, les Djiboutiens doivent impérativement, pour leur part, établir les meilleures relations de bon voisinage possible avec leurs plus proches voisins géographiquement, mais aussi historiquement, culturellement et économiquement. Notre pays ne serait pas tout à fait ce qu’il est si Hargueisa et Borama n’existaient pas.

Même si les incohérences du dispositif protocolaire déployé à l’occasion de la visite du Président somalilandais à Djibouti montrent que le régime RPP ne sait pas encore sur quel pied danser dans un revirement imposé par certaines contraintes, nous souhaitons vivement pour la consolidation de notre concorde nationale comme pour la crédibilité de notre diplomatie régionale, que la reconnaissance du Somaliland en tant qu’Etat souverain devienne à très court terme une réalité incontournable, irréversible, au plus grand bénéfice des deux peuples.

Certes, Hargueisa n’offre aucune opportunité mafieuse à certains affairistes patentés, mais le Somaliland aurait certainement quelques leçons à donner au RPP en matière de paix intérieure ou même de transparence électorale et d’alternance démocratique: d’une part parce que plus de civils ont été tués ici que là-bas par les troupes gouvernementales depuis une décennie, d’autre part parce que, contrairement à la nôtre, la CENI ne s’y est pas couverte de ridicule. Peut-être est-ce dû au fait qu’au Somaliland, où le dynamisme du secteur privé n’est pas à démontrer, le ridicule ne rapporte pas : ce Peuple a trop souffert de la dictature et du génocide pour brader sa fierté et son honneur au profit du premier opportuniste venu.Nous en sommes donc tous convaincus, si cette reconnaissance même tardive du Somaliland devait devenir réalité, elle impliquera nécessairement une réhabilitation historique par laquelle la démocratie autoproclamée de Djibouti réparera une intolérable injustice dont sont victimes depuis l’Indépendance des milliers de Djiboutiens : celle des Kaar-Dameer.


Brèves nationales

Fatwa présidentielle contre le palmier-doum:

Un discours qui fera datte ?

Ainsi que nous l’annoncions dans notre brève de la semaine passée, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à prodiguer ses sages conseils à la population de Yoboki et de tout le Sud-Ouest. Le nouveau lauréat de l’université d’agriculture de Tokyo a ainsi proposé une culture de substitution au palmier-doum dont est extrait le vin de palme, doma en langue locale. L’auguste visiteur, apparemment soucieux de préserver la santé de ses concitoyens, suggère de cultiver le palmier dattier.

L’expert en question agropastorale semble ignorer que le palmier-doum donne un fruit savoureux et que ses feuilles servent à tresser des nattes utilisés dans la fabrication des maisons traditionnelles(daboïta), des tapis et des ustensiles de conservation du lait et des denrées alimentaires. En outre, en période de sécheresse, les vaches se nourrissent de ses feuilles. Quant au palmier dattier, en plus de ses dattes nourrissantes, il donne également un vin de palme. Tout dépend de l’utilisation, bonne ou mauvaise, que la population fait de ces palmiers, doum ou dattier.

Les méchantes langues se rient des conseils d’un « agronome » lui-même promoteur de la culture de khat, en rappelant l’utilité socioéconomique du palmier doum contre lequel le Président a lancé son épique fatwa. Ironie de l’histoire, quelques heures après ce discours présidentiel, des dizaines de sacs de khat ont été généreusement distribués aux habitants de Yoboki : pour fêter la journée mondiale de l’alimentation ?

Un cadavre remuant :

Parabole à propos de l’affaire Borel

Cette parabole tirée du Coran vaut ce qu’elle vaut. Elle n’en est pas moins riche d’enseignements. Moïse, sur ordre divin, demande aux fils d’Israël d’abattre une vache. Les enfants d’Israël tergiversent, tournent autour du pot, rechignent mais finissent par obtempérer, après description détaillée de la vache à sacrifier.

Il y avait là le cadavre d’un homme assassiné. Le coupable restant introuvable, il fut demandé aux fils d’Israel de frapper le cadavre avec un morceau de viande prélevée sur la vache sacrifiée. Ceci fait, le cadavre ressuscita et désigna son meurtrier.

Le rappel de cette parabole est inspiré par le récent rebondissement de l’affaire Borel. La partie civile reste convaincue que, d’une manière ou d’une autre, le cadavre du magistrat français désignera les coupables : commanditaire, complices et exécutants de ce crime maquillé, selon les derniers développements de l’enquête, en suicide. Rappelons toutefois que tout suspect (si, comme semblent le laisser croire les nouveaux éléments de l’enquête, il s’agit d’un crime) reste par définition présumé innocent. Mais cette parabole démontre enfin qu’aucun crime ne reste impuni ici-bas, ni a fortiori dans l’au-delà, quelles qu’en soient les circonstances.

Grave accident sur la route Dikhil-Galafi :

La négligence tue encore

Samedi dernier, vers 9 heures trente du matin, un grave accident a coûté la vie à un jeune policier embarqué quelques minutes plut tôt à bord d’un camion militaire lourdement chargé et roulant en direction de Dikhil. L’accident survenu au lieu-dit Sabir, entre Gallamo et Gorabous, a été provoqué par la rupture du capot qui a violemment heurté ce passager. Un taxi-brousse en route vers Dikhil a accepté de convoyer le blessé jusqu’au dispensaire. Une fois sur les lieux, les autorités médicales de Dikhil bien que disposant de plusieurs véhicules, et malgré l’état préoccupant du blessé, ont demandé au taxi-brousse, déjà lourdement chargé, de procéder lui-même à son évacuation sur Djibouti-ville. C’est donc à bord de ce taxi-brousse que le policier blessé est décédé aux environs de Wéa, victime de la négligence des autorités médicales de Dikhil. Il s’appelait Ali Cheiko Hamad.

Inna Lillah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun

Immigrés clandestins :

Pignon sur rue ?

A l’approche du mois béni du Ramadan et après qu’ils aient appris le caractère ephémère des rafles, les clandestins expulsés en août dernier, ont refait surface à Djibouti de manière ostentatoire. Dans tous les quartiers de la Capitale, sur les principales artères ainsi que dans les transports en commun, leur retour remarqué alimente les conversations quotidiennes des Djiboutiens. Le camp d’Awr-Awsa se dépeuple chaque jour au profit de la Capitale. Les immigrés clandestins ont donc gagné du terrain et les Djiboutois pourront aisément vérifier cette réalité durant le Ramadan.


L’ARD dans le Sud-Ouest

Le flambeau ARDent contre l’obscurantisme RPP

A l’invitation des militants de cette région, une forte délégation de notre parti, conduite par M. Ahmed Youssouf, président par intérim, a effectué vendredi et samedi derniers une tournée de travail dans le district de Dikhil. Partout où elle est passée, la direction de l’ARD a reçu un accueil enthousiaste. Moins de 24 heures après la visite présidentielle à Galafi et Yoboki, l’incontestable réussite de cette tournée d’un mouvement emblématique de l’opposition nationale dans le Sud-Ouest sonne comme un désaveu cinglant de la politique-spectacle instituée, depuis bientôt cinq ans, par le Chef de l’Etat.


« Merci d’avoir répondu favorablement à notre appel, nous vous attendions impatiemment ». C’est par ces mots que les militants et sages de la ville d’As-Eyla ont accueilli notre délégation arrivée sur place vendredi à 11 heures. Après la grande prière du vendredi, un copieux et sympathique déjeuner a réuni à l’annexe de notre parti les membres du comité d’As-Eyla, les sages de la région et la direction venue de la Capitale. Dans l’après-midi, une réunion élargie aux militants de cette ville a été organisée à l’annexe de notre parti. La direction de l’ARD a délivré un message d’espoir en rappelant que le combat contre l’injustice continue jusqu’au triomphe du droit sur l’arbitraire.

De leur côté, les militants et sages ont largement évoqué l’obscurantisme et la mauvaise gouvernance du système RPP, basé sur le sectarisme, le mensonge et le bakchich. Pour illustrer leurs propos, les notables ont fait goûter à la direction de l’ARD l’eau courante du robinet d’As-Eyla. Cette eau aigre provient d’un forage situé à quelques dizaines de mètres d’un puits traditionnel dont l’eau est excellente et abondante. A plusieurs reprises, les habitants de cette ville se sont plaints aux autorités de la mauvaise qualité de l’eau courante provenant de ce forage, tout en demandant un autre forage produisant une eau potable vraiment douce.

A ce jour, leurs appels n’ont pas été entendus : les habitants continuent donc de consommer une eau difficile à avaler et à l’origine, semble-t-il, de multiples problèmes digestifs et dentaires dont, se plaint cette population ignorée. Dans la soirée de vendredi, la délégation est rentrée à Dikhil où elle a tenu une grande réunion toute la nuit durant avec les membres du comité de l’annexe ARD de cette ville. La direction de notre parti a passé la nuit dans cette vaste annexe que le président de la fédération de Dikhil avait superbement organisée en maison d’hôtes pour la circonstance.

Le lendemain matin, la délégation a tôt quitté Dikhil pour la localité de Gorabous et le poste administratif de Yoboki.

Gorabous rend hommage au courage et à la dignité de l’ARD

Dans la matinée de samedi le cortège de la direction de l’ARD, composé de trois véhicules 4X4, est entré triomphalement dans le village de Gorabous, situé sur l’axe routier Dikhil-Galafi. Les membres de notre délégation ont été portés en triomphe par une population qui scandait : « bienvenu au parti du courage et de la dignité! vive l’ARD ». Rappelons que la population de ce village martyr, détruit par les troupes gouvernementales en février 1992, avait vivement protesté lorsque, mardi 14 octobre 2003, cinq de nos responsables avaient été arbitrairement arrêtés à Yoboki.

Le lendemain mercredi 15 octobre, les jeunes de Gorabous ont déployé une banderole où l’on pouvait lire en français et en arabe : « Nous sommes tous rebelles ! ». Ce qui signifiait rebelle au système RPP. Ce geste symbolique aurait-paraît-il, donné quelques sueurs froides au convoi de la fameuse garde présidentielle qui avait traversé le village ce jour-là, en route pour Yoboki. Après s’être entretenu avec les jeunes et les sages de Gorabous, la délégation de l’ARD a pris le chemin de Yoboki, dernière étape de sa tournée dans la région.

Yoboki brandit le flambeau ARDent

Samedi matin, il régnait une effervescence particulière à Yoboki : la population rassemblée devant l’annexe de l’ARD s’apprêtait à réserver un accueil délirant à la délégation de notre parti qu’elle attendait depuis fort longtemps. Signalons par ailleurs que l’ancien tableau de notre parti avait été endommagé quelques heures après le départ de Yoboki du Chef de l’Etat, par des nervis du régime aux ordres, paraît-il, d’un membre de l’entourage présidentiel. Le nouveau tableau est arrivé dès le lendemain.

Se déroulant à peine 48 heures après l’inutile et clownesque visite présidentielle dans cette ville, notre tournée avait pour but de démystifier la politique officielle basée sur le mensonge, la division et le bakchich. En se mobilisant massivement pour accueillir fièrement l’ARD, les Yobokois entendaient de leur côté prouver que leur cœur battait pour l’ARD : le seul espoir de demain. C’est finalement aux environs de 10 heures du matin que la délégation de l’ARD, continuité historique du FRUD a fait une entrée remarquée dans cette ville martyre de Yoboki, pour y délivrer un message historique de paix et de réconciliation nationale.

Aussitôt arrivée, une foule nombreuse et enthousiaste a commencé à danser et à chanter. Les jeunes filles ont alors entonné un chant mémorable en l’honneur de l’ARD et de toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Preuve que la Jeunesse ne voit pas son avenir avec l’actuel régime, synonyme pour elle d’injustice, de fraude et de mépris permanent.

Après une réunion avec les notables de la ville rassemblés à l’intérieur de notre annexe, les dirigeants de l’ARD se sont ensuite adressés à une foule en liesse. Tour à tour, MM. Ahmed Youssouf, Adan Mohamed et Ali Mahamadé ont remercié la population yobokoise pour l’accueil historique réservée à notre délégation. Tous ont insisté sur le caractère démagogique et électoraliste des attentions que le régime feint d’accorder maintenant à Yoboki et aux autres zones affectées par le conflit.

Après avoir expliqué la vraie réhabilitation, contenue dans l’Accord de paix du 12 mai 2001, tous ont conclu : Yoboki et toutes les zones affectées par le conflit doivent lutter contre ce système qui refuse d’œuvrer à la réconciliation nationale par une réelle réhabilitation. Message reçu cinq sur cinq. A quoi la population de Yoboki a massivement répondu : « nous rejetons l’obscurantisme du régime. A bas le RPP ! »

A la fin du meeting, le cortège de l’ARD a effectué une émouvante visite de l’ancienne ville de Yoboki, totalement détruite par les troupes gouvernementales en février 1992. Quel spectacle de désolation et de mépris gouvernemental : qu’est ce qui a empêché ce régime de la reconstruire depuis 1994, date des fameux accords d’Ab’a signés à quelques kilomètres de cette localité ? Le constat est donc alarmant : des dizaines de maisons en dur, sans toit ni portes ou fenêtres, totalement abandonnées et non reconstruites, alors qu’aucune contrainte sécuritaire ne le justifie. Même le siège du RPP est toujours situé dans un bâtiment aux trois-quarts détruits.

Quelle honte pour ce régime prétendant électrifier quelques maisons reconstruites par les Yobokois eux-mêmes, et se contentant pour l’instant d’allumer quelques lampadaires. Oui, et là est l’aberration : samedi, une dizaine de poteaux d’éclairage public récemment installés sur les abords de la route de Galafi traversant Yoboki étaient allumés toute la journée.

Pendant ce temps, les habitants sans électricité depuis onze ans continuaient pour leur part à suffoquer chez eux, dans leurs maisons délabrées. Lamentable gâchis de ce régime de gaspillage, mais aussi formidable prise de conscience politique latente, qu’est venue réveiller l’ARD, (UAD) chez une population yobokoise édifiée et brandissant désormais le flambeau ardent de sa victoire sur l’obscurantisme et le chantage clientéliste. Yoboki a donc définitivement tourné la page des années sombres, symbolisée par le régime RPP, en entrant dans l’ère nouvelle chargée d’espoir avec l’ARD.

La population yobokoise désenchantée par le RPP et désormais mûre a réaffirmé sa détermination à ne plus se laisser intimider par des exactions d’un autre âge. Tout comme elle ne se laissera plus abuser par des bakchichs inutiles (khat cette semaine encore ) ou des inaugurations (groupe électrogène) en trompe-l’oeil et autres promesses sans lendemain.

Mobilisée, elle n’attend du concret que de l’UAD.


M. Ismaël Guedi répond

Suite à la polémique soulevée dans les colonnes du « Progrès », M. Ismael Guedi, Président de l’UDJ, nous a fait parvenir la mise au point suivante que nous publions bien volontiers.


«L’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.» Ismael Guedi

Sous la rubrique « Tribune libre » le journal du RPP, « Le Progrès » a publié dans son édition n°94 du 9 octobre 2003, les propos d’un certain L.M qui n’a même pas eu le courage d’écrire son nom en critiquant et commentant au nom de ses maîtres, l’entretien que j’ai accordé à l’hebdomadaire « Réalité », organe de l’Alliance Républicaine pour le Développement. Les accusations proférées à mon encontre appellent de ma part la mise au point suivante.

En tant que démocrate et fervent partisan de la liberté d’expression, je ne récuse pas les critiques, à condition qu’elles soient fondées. C’est pourquoi la mise au point qui suit me tient à cœur, non seulement pour répondre à L.M., un courtisan des hommes du pouvoir et du RPP, mais aussi pour mieux éclairer en général les Djiboutiens et les lecteurs du « Progrès », et en particulier les jeunes de la génération de 15 à 35 ans, n’ayant ni suivi ni vécu l’Histoire des quarante dernières années de notre pays, surtout en ce qui concerne la lutte pour l’Indépendance. Ne rien dire ou ne rien faire, serait laisser passer des contrevérités inadmissibles, destinées à influencer pour mieux induire en erreur les Djiboutiens, par des écrits entachés d’ignorance et de mauvaise foi.

L’auteur de l’article du « Progrès » est surpris de mon entretien avec M. Mahdi Ibrahim de « Réalité» : il oublie que depuis plus de huit ans je suis un acteur politique, un opposant qui rejette et condamne la gestion désastreuse du gouvernement. Et que je suis de surcroît le Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), formation politique qui agit au sein de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) et dont l’importance et l’audience sont incontestables.

Dans notre pays, la fièvre pour une certaine émancipation, un début de prise de conscience de la situation coloniale de notre pays a commencé depuis plus de 40 ans. Quand bien même il y aurait quelques mouvements ou quelques cas isolés, la vraie lutte a débuté avec l’arrivée sur la scène politique djiboutienne du grand héros national Mahamoud Harbi Farah.

En 1960, l’année des indépendances africaines, un parti nationaliste que les falsificateurs de l’Histoire du pays ont tendance à ignorer était né à Djibouti. Il s’agissait du Parti du Mouvement Populaire (PMP) dirigé par des hommes valeureux dont l’un des principaux acteurs était M. Moussa Ahmed Idriss. La manifestation de 1960 contre le Ministre de la France d’Outre-Mer, M. Robert LECOURT, en visite à Djibouti, et celle de 1966 contre le Général DE GAULLE a été organisée par ce parti. J’ai été un militant et adhérent de la première heure de cette formation.

Ma carte d’adhésion toujours en ma possession jusqu’à aujourd’hui illustre bien mon patriotisme et mon rejet du colonialisme. D’abord Premier Vice-Président puis Président de l’Association des Etudiants et Stagiaires Djiboutiens à Paris, avec mes amis, nous avons dénoncé et condamné constamment auprès des médias et des mouvements d’étudiants des partis français de gauche, la répression qui s’abattait sur nos concitoyens.

Après mon retour à Djibouti en 1966, j’ai été un des rédacteurs, sinon le principal rédacteur qui assurait chaque semaine la publication du bulletin d’information du PMP, jusqu’au mois de mars 1967, date d’interdiction par l’administration coloniale du Parti du Mouvement Populaire. Plusieurs ténors politiques djiboutiens encore en vie pourront confirmer aisément, y compris des personnalités liées au pouvoir actuel, s’ils sont de bonne foi.

A l’extérieur de Djibouti, s’est formé un Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) dirigé par le patriote Aden Robleh Awaleh, qui lui aussi avait interrompu ses études pour venir, en même temps que moi, au secours des djiboutiens.A peu près à la même époque, se sont constitués plusieurs partis : l’UPA (l’Union Populaire Africaine) dirigée par Hassan Gouled, l’AJP (l’Action pour la Justice et le Progrès) de Moumin Bahdon, et la LAO ( Ligue pour l’Avenir et l’Ordre) dirigée par Ahmed Dini Ahmed.

Ces dernières ont fusionné et ont pris le nom de Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) dont les principaux dirigeants ont été Hassan Gouled et Ahmed Dini.

Par ailleurs, un groupe de députés appelé les 13 parlementaires à la tête desquels se trouvait Barkat Gourad Hamadou a joué un rôle éminemment décisif dans la marche vers l’Indépendance. Je confirme ici ce qu’a dit le dénommé Baxwell ( cadre de la LPAI à n’en pas douter ) dans ce numéro 66 de « Réalité ». Effectivement, j’ai été invité, bien qu’Inspecteur du Travail avec d’autres à assister à des réunions de travail, les après-midi, au domicile du Président Hassan Gouled souvent sous sa présidence. Nous abordions des sujets aussi divers que l’organisation administrative de la future république, les finances, et chacun des participants faisait un exposé dans le domaine de sa compétence. C’est lors d’une de ces réunions que j’ai fait la connaissance d’hommes comme Maître Antoine PINET ou encore Patrick MILLON.

Mon militantisme pour la liberté, engagé en 1960, a culminé en 1976 avec ma participation à la Conférence de Paris, après que le Président Valéry GISCARD D’ESTAING eut reconnu la vocation du TFAI d’accéder à l’indépendance. Tous les mouvements extérieurs et tous les partisans de l’indépendance basés à Djibouti étaient présents. La partie française et les nombreuses délégations du TFAI se sont mises d’accord et ont arrêté la date du 27 juin 1977 jour de l’Indépendance.

Là aussi, j’avais apporté ma modeste contribution pour rapprocher les positions des uns et des autres. Ce fut le couronnement d’un long combat pour tous ceux qui, des années durant, ont lutté inlassablement pour l’Indépendance de notre pays.

C’est vrai, j’étais un fonctionnaire modèle, inspecteur du travail, responsable d’un secteur très important de l’administration, un arbitre entre toutes les parties, mais je ne négligeais pas pour autant les activités tendant à faire bouger le pays, pour qu’il rejoigne les autres pays libres de l’Afrique post-coloniale.

Bien que tenu par l’obligation de réserve, j’ai été quelque fois contraint d’évoluer sur des terrains hérissés d’obstacles, je n’ai jamais failli à ma mission. Je ne me suis jamais dérobé. Chaque fois que les partis qui combattaient le colonialisme avaient besoin de moi, j’étais présent. Je n’ai jamais été un collabo, ni policier ni agent de renseignements, et encore moins lié à une quelconque administration chargée de la répression des indépendantistes qui, quotidiennement, intimidait les cœurs et les esprits épris de liberté. Comme l’a très bien souligné le courrier publié par le numéro 66 de « Réalité », l’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.

Au siècle dernier, notre continent a connu deux sortes de colonisation. La colonisation de peuplement comme l’Algérie et l’Afrique du Sud et la colonisation d’encadrement. La nôtre était de la deuxième catégorie. Elle consistait à occuper les postes clés. Pour pouvoir remplacer un titulaire de ces postes, il fallait une formation théorique et pratique solide, ainsi qu’un sérieux et une expérience suffisante. Les nominations et les fonctions au rabais d’aujourd’hui uniquement justifiées par le népotisme, le tribalisme, le clanisme et la fidélité servile n’existaient pas. Seuls les éléments solides, sérieux et compétents accédaient aux postes occupés par les européens. C’est la raison pour laquelle l’administration coloniale d’alors était efficace, dynamique et performante dans tous ses différents secteurs.

C’est grâce au mérite, seul critère de promotion en vigueur, que j’ai pu gravir toute la hiérarchie et ainsi connaître une ascension rapide dans l’administration. Pendant cette longue lutte pour la libération du pays, de quel côté était le thuriféraire LM et ses maîtres ? Sûrement du côté de l’administration coloniale.

Mes activités antérieures, mon passé, mes différentes responsabilités et ma disponibilité ont été pour beaucoup dans ma nomination en qualité de Directeur de Cabinet par le Président Hassan Gouled Aptidon. Cet homme politique, perspicace, a compris combien je serai utile à mon pays dans mes nouvelles responsabilités, au moment où l’Etat djiboutien, à peine proclamé, demeurait extrêmement fragile comme un nouveau-né.

Après l’indépendance, devant un sentiment de méfiance ou d’attentisme de certains, d’excès d’euphorie chez d’autres, il a fallu consolider le nouvel Etat, organiser la vie post-coloniale, et cela a nécessité beaucoup d’efforts et de réflexion, de nuits entières d’insomnie. C’est pourquoi, je trouve tout à fait injustifiées les critiques de ceux qui n’ont rien fait ou ont étroitement collaboré avec la police coloniale et les services de renseignements. Une fois le pays partiellement stabilisé, il a fallu s’attaquer aux problèmes les plus urgents : La lutte contre la soif, le développement agricole tous azimuts, le développement des ressources nationales, pêche et élevage.

Mais le plus urgent des points cités dessus était le développement de nos ressources humaines. La formation des hommes, de la jeunesse djiboutienne était devenue une priorité des priorités. Ne dit-on pas qu’ « il n’est de richesse que d’hommes ». Devant les nouvelles administrations telles que les Affaires Etrangères, beaucoup d’enseignants décidèrent de quitter leur département considéré comme exigeant et moins rémunéré. Pour les intéresser, les encourager à se maintenir en place, des avantages leur ont été consentis (logements et indemnités). Cette initiative dénote la pureté des intentions des responsables d’alors. Elle a développé la consommation intérieure et relancé la création d’emplois en poussant les djiboutiens à investir dans le bâtiment, elle a relevé le moral du corps enseignant.

Aujourd’hui, nous constatons que le salaire des enseignants est un salaire de misère. Ils fuient leur propre pays pour aller s’établir à l’étranger. Le gouvernement assiste sans réagir à la fuite massive des cerveaux, des intellectuels, des enseignants et des cadres de haut niveau qui étouffent sous ce régime dictatorial. La démotivation des enseignants est à l’origine du niveau alarmant de notre enseignement.

Le gouvernement du RPP se complait dans le recrutement d’étrangers à prix d’or au lieu de mettre sur pied une politique audacieuse et généreuse comme nous l’avons fait en 1978 pour rassurer les enseignants.

Concernant l’ancienne OPS, je précise que j’ai activement participé à la création de l’entité qui lui a précédée c’est-à-dire la CPS en 1968, suivie en 1976 du SMI. J’ai même été Vice-Président de son Conseil d’Administration durant 6 ans, avec une gestion exemplaire. Lorsque j’ai quitté le Ministère du Travail pour la Présidence, la CPS disposait de 6 milliards FD de réserve. La Caisse des Prestations Sociales a prêté au gouvernement djiboutien, en bonne et due forme, avec contrat de remboursement du capital et intérêts, comme l’on fait d’autres établissements : le Port, l’Edd, l’Oned, etc.

Il est normal que les fonds des établissements publics servent à l’investissement, quand on sait combien notre pays avait, par exemple, besoin d’un hôtel de classe internationale. Le Sheraton a coûté à peu près 3 milliards FD et était la fierté de notre pays. Qu’est devenu le Sheraton aujourd’hui ? Qui l’a bradé pour quelques centaines de millions FD ? Qui a dilapidé un capital d’une telle importance, sans aucun remboursement des créanciers ?

La seule réponse : c’est le gouvernement RPP en place. Pourquoi donc rechercher des boucs émissaires, quand chacun connaît celui ou ceux qui sont à l’origine de cet énorme gaspillage des deniers publics.

La Banque de Développement de Djibouti (BDD) est victime de la crise financière qu’a connue notre pays, car le Trésor National doit plusieurs centaines de millions à cette banque. On avance même le chiffre de 700 millions FD qui est la somme des retenues opérées sur les fonctionnaires et autres agents de l’Etat mais qui n’a pas été reversée à la BDD.

Le PK 20 était un projet agricole expérimental. Tous les essais étaient concluants mais malheureusement le coût de production a été trop élevé pour pouvoir poursuivre ce projet. Faut-il rappeler que celui qui officiait à l’époque en qualité de gestionnaire du PK 20, est aujourd’hui l’intendant de la Présidence.

L’administration existait bel et bien, elle fonctionnait correctement, les salaires étaient payés régulièrement, la retraite assurée, la corruption limitée et combattue, la justice quasi indépendante, la santé et l’éducation étaient réellement des départements prioritaires.

Comme chacun le sait, l’Exécutif djiboutien était composé comme suit par ordre d’importance :

– Le Président, Chef de Gouvernement Hassan Gouled Aptidon élu par le Peuple et responsable devant le Peuple ;

– Le Cabinet du Président, Directeur et Chef, responsable devant le Président ;

– La Primature (Premier Ministre) ;

– Le Cabinet du Premier Ministre ;

– Le Conseil des Ministres, responsable devant le Président de la République.

Hormis tout ce qui avait trait aux questions relevant de la sécurité intérieure et extérieure, dévolues au seul Chef de Cabinet et au SDS, toutes les autres décisions se prenaient soit en Conseil des Ministres, soit sur décision du Président de la République, assisté du Directeur et du Chef de Cabinet.

Monsieur L.M, l’auteur de l’article de la « Tribune libre » du journal « Le Progrès » semble ignorer complètement l’organisation ci-dessus, ainsi que les responsabilités des uns et des autres.

En ce qui me concerne, je n’ai pas à avoir honte de mon passé, car j’ai œuvré dans l’intérêt supérieur de notre jeune Nation.

Je ne rejette donc pas mon passé : il a été pour moi source de formation, d’enrichissement, d’expérience et surtout d’humilité car aucun responsable ne peut exister sans la confiance que lui accordent les administrés. C’est enfin ce passé qui m’a préparé pour le Présent et pour mieux me préparer pour l’Avenir. Incha Allah.

Ismaël Guedi Hared

Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice


La LDDH rend hommage à l’UDC

Trente années d’existence travailleuse : l’occasion devait être fêtée à sa juste mesure. Consciente du rôle primordial de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) dans l’éducation et la culture, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains nous a fait parvenir l’hommage suivant que nous reproduisons. Nous reviendrons plus en détail la semaine prochaine sur le destin exceptionnel de cette association.


HOMMAGE AUX MEMBRES DE

L’UNION POUR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL (UDC)

LE 20 OCTOBRE 2003

Hommage aux membres de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) ;

Hommage aux membres de I’UDC qui nous ont quittés pour leur dernière Demeure, que Dieu Tout-Puissant leur accorde Sa Paix et les accueille dans Son Paradis céleste ;

Hommage aux membres qui continuent sans relâche à oeuvrer au développement du patrimoine culturel de notre pays, au sein de l’UDC avec indépendance et sérieux.

En cette période du trentième ( 30eme ) anniversaire de I’UDC, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) rend un vibrant Hommage à I’UDC pour les raisons suivantes :

– Considérant le fait que I’UDC a énormément oeuvré sans publicité, avec discrétion, efficacité et abnégation exemplaires au développement et à la promotion de l’Education non seulement des jeunes qui aujourd’hui, et il faut le dire, assument des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, des jeunes donc les études ont été financées, lorsque l’Etat avant ou après I’indépendance faisait défaut, ont été financées grâce au concours de I’UDC, mais aussi à participer à la promotion du Patrimoine de la Culture et des Arts ;

– Considérant le fait que l’UDC a toujours avec discrétion et efficacité oeuvré à la promotion de la transcription et à la diffusion de la langue Afar, en effet, alors que la transcription de la langue Somalie s’était rapidement propagée, parallèlement, I’UDC avait pris avec ses faibles moyens « le taureau par les cornes » en participant avec ténacité et par des méthodes pragmatiques au succès de la promotion de la langue Afar et à la réussite d’une meilleure alphabétisation dans notre Territoire.

– Considérant les actions de I’UDC en vue de mieux propager les instruments internationaux et nationaux, actions dont la dernière en date a consisté à traduire en langue Afar la Déclaration Universelle des Droits de I’Homme et de procéder à sa diffusion dans les secteurs mêmes les plus reculés du Nord et de l’Ouest de la République de Djibouti.

La liste des actions de I’UDC en faveur de la promotion de la dignité de la personne humaine étant longue, la LDDH ne peut que rendre Hommage à toutes les actions positives des membres de I’UDC ;

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains encourage vivement les membres de I’UDC à continuer et à amplifier le combat légitime pour le développement de la Culture et des Arts djiboutiens, ses combats légitimes tout en continuant à préserver avec vigueur dans sa volonté d’indépendance par rapport aux pouvoirs étatiques, volonté d’indépendance qui doit servir d’exemple en tant que doyenne des Organisations djiboutiennes Non Gouvernementales.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

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Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Géostratégie du légionnaire
  4. En hommage à Edward Saïd
  5. De la Tchétchénie à Israël
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 65

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE CIRQUE POLITIQUE BIENTÔT EN REPRÉSENTATION A YOBOKI

Terminator, Gouvernator, Exterminator, Doctor : ce n’est certainement pas un hasard si les comédiens et autres acteurs de cinéma sont statistiquement (par rapport à d’autres métiers) les plus nombreux à être attirés par une carrière politique. Sans parler de la candidature de Coluche, même la reconversion réussie de Bernard Tapie en sens inverse le montre clairement : la politique est inséparable du spectacle. Mais si la concurrence électorale entre les partis et l’alternance des régimes, qui définissent une véritable démocratie, tempèrent ailleurs le recours abusif à la mise en scène mystificatrice, l’action politique est le plus souvent réduite, dans les situations de parti unique comme à Djibouti, à la seule imagerie officielle exagérément produite par des médias dociles, avec tout ce que cela implique de retouches ou de trucages.

Au moment où, dans le cadre de ses activités, l’ARD projette pour bientôt une tournée dans le Sud et le Sud-Ouest, c’est essentiellement dans cette optique symbolique (au sens de nulle) qu’il convient de comprendre les récentes et prochaines attentions que le régime feint d’accorder à Yoboki et sa région. A régime sans dessein, coopération sans envergure : tout le monde, à commencer par les habitants de Yoboki, aura noté le ridicule consistant à financer aujourd’hui une étude aux fins d’installation d’un réseau électrique alimenté par un groupe électrogène qui s’ennuie sur place depuis plus d’un an. Mettre la charrue avant les bœufs, c’est la meilleure trouvaille du régime pour simuler le mouvement au point mort.

Pourquoi le spectacle tient-il donc ici lieu d’action et de pensée politiques ? Principalement parce qu’il s’agit, sous la conduite peu éclairée du Chef de l’État en campagne électorale anticipée, de violer les dispositions de l’Accord de paix du 12 mai 2001 relatives à l’indemnisation des biens civils détruits et à la Réhabilitation des zones affectées par le conflit. On saisit alors toute la mesure de la démagogie en action, surtout quand il s’agit d’une région comme celle de Yoboki qui, bien que sécurisée d’un point de vue militaire dès les Accords d’Ab’a en 1994, n’a jamais bénéficié du moindre programme de reconstruction de ses infrastructures. Et si nous rappelons sans cesse cette violation, c’est surtout parce que partout dans le monde, elle s’est terminée par un nouveau conflit : seul un régime irresponsable peut l’oublier.

Comme pour Obock ou Randa, aucune visite ministérielle ou présidentielle n’y changera rien : le triste spectacle des artifices politiques, servi jusqu’à la nausée par les médias gouvernementaux, ne sert qu’à masquer la réelle absence d’un programme tendant à restaurer dans leur dignité, dans leurs biens et dans leurs droits les habitants de ces régions dévastées et visant à durablement arracher toutes les masses défavorisées au dénuement dans lequel les maintiennent prédation et mauvaise gouvernance généralisées.

Le pain et le cirque, disaient déjà les Latins. A défaut d’assurer le pain quotidien en améliorant leurs conditions d’existence, le régime est en tout cas très généreux dans la promotion de son cirque politique : bientôt à Yoboki. Les invités de la région sont rassurés : aucune carte nationale d’identité ne sera exigée pour pouvoir assister au spectacle.

C’est déjà cela de gagné !


Brèves nationales

Présidence de la République :

Bailleur de fonds national ?

Le Chef de l’État a récemment inauguré une unité de dialyse du service de santé des FAD. Cet appareillage coûteux mais très utile n’a été financé ni sur le budget de la Défense ni sur celui de la Santé, mais par la Présidence. Mais d’où proviennent alors les fonds apparemment inépuisables et non budgétisés de ce nouveau bailleurs de fonds national ? Rappelons qu’il y a plus d’un an la première dame avait « fait don » à l’Hôpital Peltier d’un coûteux appareil de mammographie, au cours d’une cérémonie médiatisée à outrance.

Nous ne serions pas étonnés d’apprendre dans quelques mois que la Présidence a financé l’acquisition de nouveaux équipements pour la RTD fragilisée après l’incendie de samedi dernier. A quoi servent les départements ministériels et leurs budgets respectifs, si les projets relevant de leur compétence sont concoctés et financés par la Présidence, seul îlot de prospérité dans un océan de précarité ?

Sud-Ouest :

Visite de l’agronome volant ?

Dans le cadre de la promotion du développement agropastoral, le Chef de l’État, frais émoulu de l’Université d’agriculture de Tokyo, s’apprêterait à effectuer une visite médiatique dans la région Yoboki Galafi à la mi-octobre.

Après ses visites éclairs du mois de juillet dernier à Assamo et As-Eyla au cours desquelles il avait prodigué ses conseils éclairés aux cultivateurs de ces deux localités, nul doute que cette fois, « le numéro un djiboutien » s’entretiendra avec les nomades du Sud-ouest, de la riziculture en milieu aride. A moins que ce ne soit de l’autosuffisance en kath…

A ce chapitre, le jardin d’acclimatation du Day, propriété privée de notre agronome volant, accueille déjà plus de 2000 plants de khat tout droit venus de la région de Dire-Dawa. Une façon comme une autre de lutter contre l’érosion des hauts plateaux djiboutiens !

Yoboki :

Réhabilitation élec…toraliste ?

Après les réhabilitations ébranlées de Randa et d’Obock, le régime planche actuellement sur l’électrification bien tardive de Yoboki. Neuf ans après les accords d’Ab’a, cette localité abandonnée végète encore dans l’obscurité. Pré-campagne présidentielle oblige, les autorités semblent à présent décidées à la sortir des ténèbres dans lesquelles elle était injustement maintenue depuis 1992. Le groupe électrogène livré en 2002 attend peut-être la visite du Président lui aussi électrogène pour fonctionner.

Dans une logique d’esbroufe, le Commissaire de Dikhil évoque déjà la mise sur pied d’un comité de gestion du futur réseau électrique dont la mise en service est prévue dans trois mois. On se souvient du groupe électrogène de Randa qui a cessé de fonctionner, faute de carburant, dès le lendemain de son inauguration en grande pompe. Les habitants de Yoboki restent pantois devant ce qu’ils considèrent comme une gageure électoraliste. Après tout, ces populations n’oublient pas qu’à leur retour d’exil, elles ont dû attendre près de dix ans pour entendre à nouveau parler d’électricité.

En attendant, il reste les habitations détruites à reconstruire, les démobilisés à réinsérer, toutes les victimes ayant perdu leurs biens à indemniser. Pari impossible à tenir par ce régime se nourrissant de la détresse de ses concitoyens en les abrutissant avec du khat financé avec les deniers publics. Pur délire que prétendre pouvoir convaincre ainsi une population oubliée depuis si longtemps. Avant de renouer avec la lumière, la vraie, Yoboki entend se libérer de l’obscurantisme imposé pour ce régime paternaliste et sectaire.

Education Nationale :

Le triangle de l’ignorance

Hanlé, Galafi, Gagadé, Assal, toutes ces régions bien peuplées du district de Dikhil se singularisent par un injuste et criminel abandon dans le domaine de l’Éducation. En effet, aucune école n’y a été construite en un quart de siècle d’indépendance. Les habitants de ces contrées n’ont ni école, ni dispensaire, ni même de pièces d’identité. Ils se considèrent comme les damnés de notre pays.

En février 2002, lors d’un pompeux séminaire sur l’action gouvernementale, le Vice-président du Conseil régional coopté de Dikhil avait courageusement évoqué la gravité de la situation dans ces régions, sans être entendu. Un véritable développement respectueux des populations commence par la lutte contre l’ignorance, en un mot par l’éducation des enfants, avant le GSM et la Télévision !

Damerjog :

Futur ranch agropastoral ?

Nul n’est censé l’ignorer, notre Président est un amoureux de la terre. Anticipant sur l’installation à Damerjog d’un Centre Régional d’Exportation de Bétail, notre illustre paysan y disposerait déjà d’une propriété à finalité agropastorale. Les méchantes langues affirment même qu’il compte y pratiquer la riziculture apprise au Japon paraît-il. La future rizière serait irriguée à partir de l’eau de mer dessalée par une usine devant être installée su la côte et destinée à fournir de l’eau douce pour les millions de tête de bétail qui transiteront par cette localité de Damerjog.

On n’arrête pas le progrès agropastoral de notre pays et de son Président. Pour l’heure, Damerjog reste reliée à la Capitale par une piste qui attend d’être goudronnée comme celles des autres zones rurales.

Port pétrolier de Doraleh :

En attendant l’Oléoduc ?

Les ports d’Aden (Yémen) et de Salalah (Oman) n’ont qu’à bien se tenir. Le futur port de Doraleh (voulu par le Chef de l’État) et dont le Conseil d’Administration déjà en place est présidé par un très proche du « promoteur », deviendra à n’en pas douter le plus performant de la région, et pour cause : des gisements de pétrole découverts paraît-il dans la zone côtière du nord-est du Somaliland, seraient bientôt mises en exploitation. Il s’agit donc à présent de plancher sur la faisabilité d’un projet d’oléoduc qui relierait cette région pétrolifère du Somaliland au futur terminal pétrolier de Doraleh. Il fallait y penser ! Depuis que l’Emirat de Dubaï est devenu notre modèle…

Clandestins :

Retour à la case départ

Le régime a beau claironner que des centaines d’étrangers en situation irrégulière ont été refoulés depuis le début des rafles, on observe depuis plusieurs jours un mouvement en sens inverse. Les immigrés reviennent dans la Capitale. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la cohorte des mendiants et autres sans domicile fixe qui errent en ville. Ce mouvement de retour est rendu possible par l’existence de trois facteurs : la porosité de nos frontières, le dynamisme des passeurs professionnels et le dépeuplement progressif du camp d’Awr-Aoussa au profit de la Capitale.

A ce rythme, d’ici le mois du Ramadan, Djibouti retrouvera son visage d’avant le mois d’Août. Conçue dans une logique démagogique et électoraliste, la brutale et maladroite lutte contre l’immigration clandestine mise en œuvre par le régime ne pouvait que lamentablement échouer.

Ce docteur m’abuse :

L’honneur sans cause

La communauté internationale est décidément ingrate : bien qu’il ait inventé une approche révolutionnaire dans le règlement des conflits (faire la paix sans ceux qui font la guerre) et bien que le Budget du pays ait beaucoup souffert de la générosité d’Arta, le prix Nobel de la paix n’a pas été décernée au Chef de l’Etat djiboutien pour son inestimable contribution à la réconciliation intersomalienne. Les ingrats l’auraient même oublié, lui préférant d’ombrageux voisins, puisque notre pays ne semble pas avoir été le bienvenu à la énième conférence des chefs de guerre qui se tient actuellement au Kenya.

Qu’à cela ne tienne ! l’intolérable injustice ainsi commise est aujourd’hui réparée : une illustre université japonaise reconnaît enfin ses incommensurables qualités, qui vient de lui accorder le titre de docteur honoris causa. Le quidam national est sommé de gober la plaisanterie internationale, même s’il sait qu’une telle distinction est généralement une sorte de transaction au terme de laquelle une université rehausse son propre prestige en distinguant une personnalité ayant elle-même un cursus académique et une action politique incontestables.

Sans avoir à évoquer la prétention présidentielle d’introduire à Djibouti la culture du riz jaune (sans rire, bien entendu !), les motifs invoqués pour cette distinction honorifique laissent perplexes : c’est à se demander si l’honorable université nippone ne s’est tout simplement pas trompé d’impétrant.

En effet, comment rester sérieux lorsque l’on apprend, dans les colonnes de « La Nation », que le Chef de l’État a été distingué pour « son encouragement à l’égard de l’Université d’Agriculture de Tokyo dans son projet intitulé ‘’le reboisement du désert’’ » ? Il y a une nouvelle coopération Sud-Nord dont nous ne sommes apparemment pas au courant.

Quant à « ses efforts entrepris dans la lutte contre la famine et la désertification, son combat pour l’autosuffisance énergétique, son initiation d’une grande campagne « vert » visant la régénération de la végétation et la lutte contre la pauvreté, son rôle actif dans le développement et l’amélioration de l’agriculture, dans la lutte pour la préservation de l’environnement » (excusez du peu), au-delà des répétitions qu’impose l’hagiographie officielle, il est malheureux de constater que la réalité nationale ne corrobore absolument pas de tels exploits.

La dégradation des conditions de vie, de l’environnement, l’état d’abandon des régions de l’Intérieur démontrent tout le contraire. A moins que l’auguste institution ait pris le projet présidentiel d’acclimatation du khat et du café au Day pour une action visant à l’autosuffisance alimentaire et à la protection de cette forêt unique en son genre.

Il faut être irresponsable RPP ou quelque fonctionnaire international pour prétendre que tout va bien. Heureusement, si les Djiboutiens ont beaucoup moins de raisons que les Irakiens d’être désespérés de l’impuissance des Nations Unies, le Japon est pour nous un partenaire de développement constant et efficace qui vaut bien que lui soit pardonné ce doctorat de circonstance.

Service National Adapté :

Le grand bluff de l’insertion sociale des jeunes

Dans un pays où le chômage frappe la quasi totalité des jeunes en âge de travailler et vu le mécontentement grandissant de cette catégorie sociale, le régime en panne d’imagination n’a rien trouvé de mieux que de tenter l’embrigadement. Ce projet loufoque œuvre de l’imagination débordante de notre Einstein national a été confié pour explication à deux spécialistes de « la gestion de vraie problématique» : le Premier Ministre et le Ministre de la Défense. Ce dernier, au gouvernement depuis plus de 8 ans et de surcroît signataire d’un accord de paix avec le régime, oublie que plus d’un millier de démobilisés du Frud d’Ab’a attendent une vraie réinsertion.

Quant au numéro deux virtuel du régime, par ailleurs négociateur de l’accord cadre de réformes et de concorde civile de février 2000, et responsable de tutelle du Prac (Programme de Réinsertion des Anciens Combattants) , se souvient-il des 774 démobilisés du Frud-armé qui ne bénéficient d’aucune réinsertion sociale ?

En cette période préélectorale, le régime ne sait plus à quel saint se vouer pour appâter les jeunes. La formation professionnelle n’a jamais constituée une priorité gouvernementale. La preuve: l’Éducation nationale fabrique elle-même chaque année des milliers de chômeurs.


Géostratégie du légionnaire

 

du mercredi 24 septembre 2003

C’est le bordel à Djibouti

On savait depuis longtemps que ce n’était pas la réussite de ce régime qui propulsait notre pays sur le devant de l’actualité internationale. On apprend aujourd’hui, aux dépens de notre honneur national, que ce n’est pas non plus les seuls attraits géostratégiques qui attirent l’attention internationale sur les manœuvres de la présence militaire étrangère. Loin des considérations tactiques de la lutte antiterroriste, le scandale qui secoue actuellement les sphères galonnées tricolores, et que révèle le document ci-dessous reproduit du Canard Enchaîné, concerne le commerce des corps, souvent mineurs. Et interpelle sur la responsabilité du régime en place dans cette intolérable prostitution.

Alors qu’ils travaillaient sur une affaire de corruption qui éclabousse l’armée à Djibouti, les pandores sont tombés sur plus surprenant encore. Dans l’une de ses dépositions, un officier gardé à vue a craché le morceau sur la gestion du bordel qui jouxte l’enceinte du camp militaire de la Légion étrangère.

Ce « pouf », selon l’expression en vigueur chez les képis blancs, avait déjà eu les honneurs du « Canard » le 18 juin dernier. Pour y avoir abusé de gamines dont la plus âgée avait onze ans, un caporal répondant au nom de Colin Powell (rigoureusement sic) avait été interpellé par les gendarmes. Mais, bien que relevant du tribunal aux armées de Paris, selon les accords franco-djiboutiens, l’intéressé avait récupéré fissa par la Légion et remis aux autorités locales. Lesquelles l’avaient condamné à… 3 mois de prison (pour ce genre de facéties, c’est 10 ans, selon le Code pénal français).

Or la déposition récente de cet officier mis en garde à vue dans une autre affaire éclaire d’un jour nouveau l’obligeance de ces messieurs à képi blanc envers un des leurs. « Quand je suis arrivé à la division, explique le mouchard, j’ai été mis au courant de l’existence d’un cahier qui devait être tenu secret et que chaque chef de corps remettait à son successeur. Ce cahier relatait tout l’historique financier des différents « poufs » (maison close militaire). Sur ce cahier apparaissaient les noms des différents chefs de corps ayant autorisé cette activité au sein du régiment. »

Et le naïf de narrer par le menu le malaise du nouveau patron du régiment découvrant le fameux « cahier » avec les noms de « généraux actuels qui y figuraient », et demandant, après l’avoir mis au coffre, « que personne n’en parle». « Toutes les personnes dont le nom figure sur ce cahier pourraient être accusées de proxénétisme aggravé et de détournement de fonds. » Des généraux maquereaux, quelle affiche !

L’ambiance est telle, sur place, qu’en sortant de sa garde à vue le témoin a souscrit une assurance-vie ! Mais les pandores, qui travaillent sur commission rogatoire, sont bien décidés à mettre la main sur l’encombrant brûlot. Car, depuis la fin de la guerre d’Algérie, les bordels sont interdits dans les armées. Une exception avait été faite pour la Légion étrangère, jusqu’en 1978, époque à laquelle Bourges avait ordonné la fermeture de tous les établissements. Au grand dam des anciens.

A Djibouti pourtant, le petit commerce a perduré jusqu’en 1993. mais, lors d’une inspection, un général a finalement exigé que le pouf soit installé à l’extérieur du camp militaire. On l’a donc collé de l’autre côté du grillage. « Dans le cadastre, ce n’est plus une emprise française », se marre un gradé. Mais le nom des généraux, lui, est bien à l’intérieur… du cahier.

B.R.

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COMMENTAIRE

A moins de supposer une extraterritorialité, une sorte de « zone franche sexuelle », il est légitime de penser que ce bordel est une société commerciale de droit djiboutien, appartenant à des Djiboutiens et dont les bénéfices vont à des Djiboutiens : le régime RPP est au moins son complice, sinon son actionnaire. Qui sont donc ces malheureuses prostituées, souvent mineures ? Françaises : strictement impossible ! Immigrées clandestines : quelques-unes, mais certainement majeures. Djiboutiennes : au moins les mineures, à n’en pas douter. Beaucoup de bruits courent à propos de réseaux djiboutiens de prostitution, dont un à Ambouli.

Le mode de recrutement de la Légion étrangère ainsi que la misère sexuelle des garnisons peuvent largement expliquer de tels comportements déviants. Mais que la Justice djiboutienne ne réprime pas ces perversions, surtout le trafic de mineures, en dit long sur la moralité qui règne dans certaines sphères dirigeantes et de leur prétendue « promotion de la femme ». Réalité mène son enquête et livrera bientôt ses conclusions.


En hommage à Edward Saïd

L’œuvre du grand intellectuel, Edward Saïd, récemment décédé, mérite d’être connue. Son origine palestinienne donnait à ses écrits une impression d’écorché vif, tandis que sa citoyenneté américaine d’adoption se retrouvait dans sa totale liberté de pensée, loin du conformisme ambiant. Voici un texte publié dans Le Monde Diplomatique d’août 1998 dans lequel il invite les intellectuels arabes à éviter les explications trop faciles dans la recherche d’une solution au problème israélo-palestinien.


RÉPONSE AUX INTELLECTUELS ARABES FASCINÉS PAR ROGER GARAUDY

Israël-Palestine, une troisième voie, par EDWARD SAÎD

La décision prise, cet été, par le gouvernement israélien d’accélérer la judaïsation de Jérusalem-Est confirme l’échec des accords d’Oslo. Cette impasse ravive le débat entre intellectuels arabes sur les responsabilités qui leur incombent. Ainsi nombre d’entre eux – à de très rares et courageuses exceptions près – saluent en Roger Garaudy, dont souvent ils ne connaissent pas les derniers livres, un défenseur de l’islam victime de la censure occidentale. Très critique envers ce dernier ainsi qu’à l’égard de ses partisans arabes, notamment égyptiens, Edward W. Saïd revient ici sur la question de l’engagement moral et politique de l’intellectuel arabe ou israélien.

MAINTENANT qu’Oslo s’est révélé foncièrement inopérant et impraticable, il serait pour le moins souhaitable que les défenseurs arabes, israéliens et autres de cet accord se décident à faire un effort de clarté. Un certain nombre de points préliminaires semblent s’imposer à cet égard; pour commencer, que le terme de « paix » est un mot désormais discrédité, voire frauduleux, dont l’usage a montré qu’il ne constitue aucune garantie contre l’avènement de nouvelles entreprises de répression et de destruction à l’encontre du peuple palestinien. Comment peut-on décemment continuer à parler de « paix » alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la torture (1)?

L’historien romain Tacite disait de la conquête de l’Angleterre qu’ « ils [les soldats romains] avaient créé la désolation et lui avaient donné le nom de paix ». C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui dans les territoires occupés, et ce avec la collaboration de l’Autorité palestinienne, des États arabes (à peu d’exceptions près), d’Israël et des États-unis.

Il est, d’autre part, inutile et vain de penser que l’on peut sortir de l’impasse par un retour au passé. Nous ne pouvons ni revenir aux jours d’avant la guerre de 1967 ni accepter le recours à des slogans de rejet et de ségrégation, prétendument inspirés de l’âge d’or de l’islam. Comme le disent aussi bien Israël Shahak (2) qu’Azmi Bishara (3), il faut, pour défaire l’injustice, créer davantage de justice et non pas de nouvelles formes de surenchère du type: « Ils ont un État juif, nous voulons un État islamique. » Sans compter qu’il est stupide de vouloir imposer un boycottage à tout ce qui est israélien (mode de pensée actuellement en vogue dans plus d’un cercle d’intellectuels progressistes arabes), et de prétendre que c’est là que se trouve la vraie voie du nationalisme.

Et le million de Palestiniens qui sont citoyens israéliens, faut-il aussi les boycotter, comme ce fut le cas dans les années 50? Et les Israéliens qui appuient notre combat, faut-il qu’ils soient boycottés parce qu’ils sont israéliens? Une telle attitude équivaut à nier le triomphe du peuple sud-africain sur l’apartheid et à faire fi de toutes les victoires de la justice dues à la coopération politique non violente entre gens de même opinion situés des deux côtés d’une frontière mobile. Comme je l’ai écrit récemment (4), nous ne pouvons gagner cette bataille en souhaitant que les juifs s’en aillent ou en prônant l’islamisation: nous avons besoin de ceux qui de l’autre côté de la frontière sont partisans de notre lutte. Nous nous devons de franchir cette ligne de séparation que les accords d’Oslo ont, entre autres, consacrée et qui maintient une situation d’apartheid entre juifs et Arabes en Palestine. La franchir et non pas la renforcer.

Enfin, et ce point est sans doute le plus important, il y a une différence majeure entre un comportement politique et un comportement intellectuel. Le rôle de l’intellectuel est de dire aussi pleinement, aussi honnêtement et aussi directement que possible la vérité. Cela implique qu’il ne se soucie ni de plaire ou déplaire au pouvoir, ni de s’inscrire dans la logique d’un gouvernement, ni de répondre à un intérêt de carrière. Le comportement politique repose, en revanche, sur des considérations d’intérêts et de maintien de pouvoir. Il est évident, à cet égard, que la poursuite de la voie tracée par les accords d’Oslo place les États arabes, l’Autorité palestinienne ainsi que le gouvernement israélien dans une position strictement politique et non pas intellectuelle.

Prenez, par exemple, la déclaration conjointe des Égyptiens (Société du Caire pour la paix) et des Israéliens (La Paix maintenant) (5), retirez- en les phrases redondantes sur la « paix » et constatez le résultat: vous avez là non seulement un endossement d’Oslo, mais aussi un retour à l’esprit des accords de Camp David entre Anouar El Sadate et Menahem Begin à la fin des années 70, ici décrits comme un modèle de courage, d’une importance décisive. Tout cela est très bien, à cela près que l’on est tout de même en droit de se demander ce qu’il en est des Palestiniens dans cette affaire. Ni la question de leur autodétermination ni celle de leur territoire ne sont mentionnées dans ce fameux « modèle de courage » que sont les accords de Camp David.

Que penserait-on si une poignée d’Israéliens et de Palestiniens formulaient ensemble de vibrantes proclamations de paix israélo-syriennes en lieu et place de ces deux gouvernements? Au nom de quoi deux parties, l’une étant l’oppresseur des Palestiniens et l’autre s’arrogeant le droit de parler pour eux, seraient-elles habilitées à concevoir l’issue d’un conflit qui ne les oppose pas directement? Sans compter que, s’il devait s’agir d’en appeler à l’actuel gouvernement israélien, cela équivaudrait à demander au comte Dracula de nous vanter les vertus du régime végétarien! Bref, un tel comportement politique ne fait qu’abonder dans le sens d’un processus agonisant, celui d’Oslo, et hypothèque les chances d’une vraie paix, en opposition à la paix frauduleuse américano-israélienne. Néanmoins, il est intellectuellement irresponsable de revenir au confort de l’esprit de boycottage qui se répand actuellement dans un certain nombre de pays arabes. Cette sorte de tactique (pas plus maligne que l’entêtement d’une huître à chercher son chemin dans le sable) constitue une pure régression.

Israël n’est ni l’Afrique du Sud, ni l’Algérie, ni le Vietnam. Et, que cela nous plaise ou non, les juifs ne sont pas des colonialistes ordinaires. Oui, ils ont souffert de l’Holocauste, oui, nombre d’entre eux sont victimes d’antisémitisme. Non, ces faits ne leur donnent pas le droit d’exercer ou de poursuivre une politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs malheurs. Je le dis et le répète depuis vingt ans: nous n’avons pas d’option militaire dans ce conflit et n’en aurons pas de sitôt. D’ailleurs, en dépit de leur énorme pouvoir, les Israéliens n’ont pas réussi, de leur côté, à obtenir la sécurité qu’ils souhaitaient. Il ne faut pas oublier non plus que les Israéliens ne sont pas tous les mêmes, et que nous nous devons, quoi qu’il arrive, d’apprendre à vivre avec eux de la manière la moins injuste ou, mieux encore, la plus juste possible.

La troisième voie dont je parle se démarque aussi bien de la faillite d’Oslo que des politiques rétrogrades de boycottage. Elle nécessite, tout d’abord, d’être conçue en termes de citoyenneté et non de nationalisme, dans la mesure où la notion de séparation (Oslo) et d’un nationalisme théocratique triomphaliste, qu’il soit juif ou musulman, ne répond ni ne traite des réalités qui nous attendent. Ce concept de citoyenneté implique que tout individu bénéficie d’un même droit, fondé non sur la race ou la religion, mais sur une égalité de justice garantie par la Constitution, concept inconciliable avec la notion largement dépassée d’une Palestine « purifiée » de ses « ennemis ». Qu’elle soit pratiquée par les Serbes, par les sionistes ou par le Hamas, la purification ethnique est la purification ethnique.

La position qu’Azmi Bishara et plus d’un juif israélien – tel Ilan Pappé (6) – tentent à présent de faire entendre et de promouvoir politiquement est une position qui accorde les mêmes droits aux juifs et aux Palestiniens qui se trouvent au sein de l’État juif. Et on ne voit pas pourquoi ce même principe d’égalité ne serait pas applicable dans les territoires occupés, où les Palestiniens et les juifs israéliens vivent côte à côte, sachant qu’à l’heure actuelle un peuple – les juifs israéliens – domine l’autre. Le choix est clair: c’est soit l’apartheid, soit la justice et la citoyenneté.

Le véritable enjeu se pose ici en termes de clarté et de courage intellectuels, un enjeu qui consiste à combattre toute discrimination raciale, d’où qu’elle vienne. Or il s’insinue, à l’heure actuelle, dans le discours et la pensée politiques d’un certain nombre d’intellectuels arabes une mauvaise vague d’antisémitisme rampant et d’hypocrite vertu. Une chose doit être claire: nous ne combattons pas les injustices du sionisme pour les remplacer par un nationalisme odieux (religieux ou civil) qui décréterait les Arabes de Palestine plus égaux que d’autres.

L’histoire du monde arabe moderne, avec son cortège d’échecs politiques, de violations des droits humains, d’incroyables incompétences militaires, de baisses de production (le tout accompagné du fait que, plus qu’aucun autre peuple moderne, nous reculons au lieu d’avancer en matière de démocratie, de technologie et de sciences), cette histoire est déformée par toutes sortes de poncifs et d’idées indéfendables qui vont, notamment, jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Holocauste et la souffrance du peuple juif.

La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.

Abonder dans le sens de Roger Garaudy et de ses amis négationnistes au nom de la liberté d’expression est une ruse imbécile qui ne fait que nous discréditer davantage aux yeux du monde. C’est une preuve de méconnaissance fondamentale de l’histoire du monde dans lequel nous vivons, un signe d’incompétence et d’échec à mener une bataille digne. Pourquoi ne combattons-nous pas plus durement en faveur de la liberté d’expression dans nos propres sociétés, une liberté dont tout le monde sait qu’elle existe à peine? Les mesures d’oppression et de censure de la presse et de l’opinion publique sont tout de même autrement plus inquiétantes dans le monde arabe qu’en France! Pourquoi ne pas concentrer nos efforts à les combattre plutôt que de s’exciter à défendre M. Garaudy et à se fourvoyer au point que certains, et parmi eux des intellectuels de renom, n’hésitent pas à ériger cet homme en Zola!

Des pays tels que l’Égypte et le Liban comptent respectivement 130 000 et 400 000 réfugiés palestiniens de 1948. Et voilà cinquante ans que ces derniers n’ont pas droit, pour la plupart, à un permis légal de séjour. Traités en ennemis par les États arabes qui les hébergent, ils sont privés de permis de travail, d’accès à l’éducation ainsi que d’assistance sociale ou médicale, et ils sont de surcroît sommés de se présenter à la police tous les mois. Oubliés de tous, n’appartenant ni à un lieu ni à un autre, ils vivent une situation littéralement kafkaïenne. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que des intellectuels responsables se mobilisent, dans les pays concernés, pour l’amélioration de leurs conditions de vie. L’obtention d’une aide humanitaire élémentaire et la levée des mesures discriminatoires auraient été bien plus utiles à la cause palestinienne que la pléthore de théories auxquelles nous avons droit, qu’il s’agisse de déclarations contre la « normalisation » ou pour les « nouvelles initiatives de paix » entre gouvernements égyptien et israélien.

Ce n’est pas tout. Suite à un article, publié en novembre dernier, dans lequel j’évoquais la question de l’Holocauste (7), j’ai été l’objet des plus stupides diffamations que je n’aurais pu imaginer. Un intellectuel bien connu a été jusqu’à m’accuser de chercher à obtenir un certificat de bonne conduite auprès du lobby sioniste. Bien sûr que je suis en faveur du droit de Garaudy à dire ce qui lui plaît et bien sûr que je m’oppose à cette lamentable loi Gayssot qui a servi à son procès et à sa condamnation (8). Il n’en demeure pas moins que son propos est vide de réalité et irresponsable, et que l’endosser consiste nécessairement à rejoindre le camp de M. Jean-Marie Le Pen et de tous les éléments fascistes et rétrogrades de l’extrême droite française.

LE combat que nous menons est un combat pour la démocratie et l’égalité des droits, pour un Etat ou une République laïque dont tous les membres sont citoyens égaux, et non pas un faux combat inspiré d’un passé mythologique et lointain, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Le génie de la civilisation arabe trouve son apogée dans l’Andalousie pluriculturelle, pluri religieuse et pluriethnique. Voilà un idéal à suivre en lieu et place d’un processus d’Oslo moribond et d’une attitude malsaine de rejet négationniste. La lettre tue, mais l’esprit donne vie, comme il est dit dans la Bible.

Nous devrions concentrer notre résistance sur le combat contre les colonies israéliennes, à partir de manifestations non violentes qui soient de nature à entraver la confiscation des terres, à créer des institutions civiles démocratiques et solides (hôpitaux, cliniques, écoles et universités, actuellement en terrible déclin, ainsi que d’autres projets d’amélioration de l’infrastructure) et à mettre en évidence le contenu d’apartheid inhérent au sionisme.

Compte tenu de l’impasse, il est beaucoup question, à l’heure actuelle, d’une imminente explosion. Or, quand bien même ces prévisions se vérifieraient, elles ne doivent pas nous faire oublier la construction de l’avenir, sachant que ni l’improvisation ni la violence ne sont de nature à garantir la création et la consolidation d’institutions démocratiques.

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Notes:

(1) Lire Edward W. Saïd, « La Palestine n’a pas disparu », Le Monde diplomatique, mai 1998. Toutes les notes de cet article sont de la rédaction du Monde diplomatique, ainsi que les surtitres, le titre et les intertitres.

(2) Ancien dirigeant de la Ligue des droits de l’homme, M. Israël Shahak a été l’un des intellectuels juifs israéliens les plus engagés dans la défense des droits des Palestiniens. Il a notamment écrit Jewish History, Jewish Religion. The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, Londres, 1994 (voir Le Monde diplomatique, août 1994).

(3) Professeur de philosophie à l’université de Bir Zeit, dirigeant de l’Alliance nationale démocratique, élu député à la Knesset le 29 mai 1996 sur une liste commune avec le Parti communiste israélien, M. Azmi Bishara est désormais l’une des figures marquantes du combat pour l’égalité des droits et l’autonomie des Arabes israéliens. Il s’est déclaré candidat au poste de premier ministre d’Israël.

(4) Al Hayat, Londres, 9 juin 1998.

(5) Lire Mohamed Sid-Ahmed, « Les intellectuels arabes et le dialogue », « Proche-Orient 1967-1997: la paix introuvable », in Manière de voir, n° 34, mai 1997.

(6) De tous les « nouveaux historiens » israéliens, M. Ilan Pappé passe pour le plus engagé, historiquement et politiquement – il est membre du Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash). Lire Dominique Vidal, Le Péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens, Éditions de l’Atelier, Paris, 1998.

(7) Al Hayat, 5 novembre 1997.

(8) Adoptée le 13 juillet 1990, la loi dite loi Gayssot, du nom du dirigeant du Parti communiste français qui l’avait proposée, modifie la loi française sur la liberté de presse par l’adjonction d’un article 24 bis, qui rend passible de sanctions (emprisonnement d’un an et amende de 300 000 francs, augmentés de diverses peines annexes) quiconque conteste « l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale ».

Des personnalités de grand prestige intellectuel et connues pour leur combat contre le négationnisme – comme le professeur Pierre Vidal-Naquet, auteur des Assassins de la mémoire (Le Seuil, Paris, 1995), et Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme – se sont interrogées sur la pertinence d’une loi qui établit en quelque sorte une « vérité d’État » (lire Le Monde, 4 mai et 21 mai 1996).

Saisi par le négationniste Robert Faurisson, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a toutefois considéré, en novembre 1996, que la loi Gayssot ne portait pas atteinte à la liberté d’expression.


De la Tchétchénie à Israël

Dans le contexte actuel des guerres chaudes en cours depuis la fin de la guerre froide (que ce soit au Proche-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs) il y a, si tant est qu’il s’agisse d’un jeu « maldonne» , jeu auquel s’adonnent tous ceux qui ne croient qu’à la force brute. Courte vue ! l’Histoire, pourtant pleine d’enseignements, nous rappelle entre autres leçons que les rapports de force sont par définition contingents.


En espérant nous tromper, nous écrivions et prédisions dans quelques lignes consacrées à la guerre en Tchétchénie au lendemain de la prise d’otages dans un théâtre moscovite par un commando tchétchène que « d’une part et d’autre, un degré sera franchi dans l’horreur ». Ce qui malheureusement eut lieu. En réponse à cet acte désespéré la Russie de Poutine a lancé une énième offensive dans cette république du Caucase. Exactions et exécutions sommaires sont opérées à grande échelle sur ordre et à « huis clos » tant par l’armée rouge que par la milice du tout dernier président tchétchène sponsorisé par Moscou, M. Ahmed Kadirov, lui aussi élu à « huis clos ».

D’après la presse internationale, les USA ont volontairement fermé les yeux sur le génocide en cours dans le Caucase parce que présenté par Poutine comme étant une lutte contre le « terrorisme ». Comment ? Tous les hommes en âge de combattre (plus de treize ans) sont exécutés. La terre brûlée et les femmes violées… Justement c’est elles qui montent au créneau la-bàs et ailleurs. Pharaon épargnait les femmes et tuait les fils d’Israël. Les russes les violent. Ce n’est donc pas un hasard si toutes les femmes figuraient dans ce fameux commando comme il n’est pas fortuit qu’une avocate palestinienne s’explose et tue sans discernement. Ce que Hitler n’a pas réussi contre le peuple juif, les gouvernements actuels d’Israël ne le réussiront par contre le peuple palestinien. Poutine n’aura pas plus de succès que Staline et ses prédécesseurs contre la chevaleresque résistance du peuple tchétchène qui a plus aujourd’hui qu’avant d’insondables profondeurs stratégiques ?

Contrairement à une idée reçue et paresseusement acceptée, ce n’est pas l’Amérique de Bush qui a inventé la politique de la « guerre préventive ». Les administrations US (Démocrates et Républicains) ont par contre conçu et plus ou moins efficacement appliqué « la containment policy ». Endiguer toute menace communisante sur la planète terre. La « guerre préventive » quant à elle a été conçue par les Romains (qui veut la paix prépare la guerre) et pratiquée depuis sa création par l’État sioniste : La destruction d’une centrale nucléaire à usage civil à Tamuz en 1979 en Irak (déjà) mais aussi Sabra et Chatila et les assassinats ciblés des résistants palestiniens en Tunisie (Sidi Bou Said, Carthage…), au Liban ou ailleurs.

Ce qui nous autorise à avancer au risque de déplaire, qu’Israël a « soufflé » à G.W.Bush et à son administration ce concept de « guerre préventive ». Nous n’affirmerons pas que Bush et son administration sont les otages d’un lobby sioniste mais le soutien inconditionnel, les veto US contre les résolutions des Nations Unis condamnant Israël, la constante générosité de l’oncle Sam (plusieurs milliards de dollars) a été et demeure suspect aux yeux du reste du monde.

Du coup, le seul gendarme du monde que sont aujourd’hui devenus les USA pour le moment, s’aliène la sympathie du monde Arabo-musulman dont l’écrasante majorité rejette en bloc cette violence aveugle commise en son nom par des groupuscules dont la prolifération et la détermination sont proportionnelles à la paranoïa et l’agressivité des « forces coalisées ». La poursuite par Israël de cette politique (attaque programmée depuis longtemps de la Syrie) de guerre préventive ainsi que son approbation diplomatique par Bush junior, n’augure rien de bon dans un proche avenir. Dans cette guéguerre, il n’est pas sûr que les détenteurs de bombes atomiques sortent vainqueurs. Combattre partout et tout le temps un invisible ennemi conduira inéluctablement les « coalisés » à la ruine financière !

Il y a pourtant de plus urgents et plus nobles combats à mener…


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 60 du mercredi 16 juillet 2003

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Réalité numéro 60 du mercredi 16 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. DAF de nouveau « engabodé »
  4. Les contrevérités présidentielles
  5. DAF : le courage d’être soi
  6. Communiqué de «Reporters Sans Frontières »
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 60

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LES GALONS DES MAGISTRATS

(SANS PARLER DES AVOCATS DU DIABLE)

Autant que la misère généralisée de larges couches de la population nationale, l’une des caractéristiques principales des situations singulières, c’est incontestablement la soumission de l’appareil judiciaire aux menaces partisanes, despotiques ou affairistes, interdisant tout légitime espoir dans le règlement légal des inévitables contentieux liés au fonctionnement nécessairement conflictuel de toute réelle démocratie. Les récentes mésaventures du Président du MRD avec l’institution judiciaire, au prétexte d’une diffamation jamais clairement établie, montrent bien que les démocrates djiboutiens ne peuvent espérer aucune impartialité des magistrats locaux, ne craignant pas de tomber dans un ridicule pathétique pour assurer, consolider ou précipiter leur carrière en plaisant à ceux dont ils se sentent dépendants.

Un détail en dit long sur ces attentes magistrales. Depuis un certain temps, spécialement quelques magistrats, ceux affectés au traitement des dossiers dits politiques, bénéficient d’une protection policière qui n’est pas sans rappeler des pratiques autrefois courantes dans les républiques bananières. C’est une nouveauté qui en dit long sur les dérives mafieuses des conduites, puisqu’il faut bien appeler un chat un chat, d’une magistrature qui n’ose pratiquement plus subordonner sa mission de Justice qu’aux seules injonctions d’un pouvoir foncièrement répressif, quitte à saboter un processus démocratique prometteur du fait d’une maturité politique largement démontrée par le Peuple djiboutien. Car, honnêtement, quel type de menace justifie à Djibouti la protection policière des magistrats ?

Ceux qui, pour cause d’affinités culturelles, suivent les péripéties de la politique intérieure française, savent par exemple que pour n’avoir pas bénéficié d’une telle protection armée, un juge affecté à la lutte contre le banditisme organisé a tout simplement été abattu par ceux qu’il pourchassait. Contrairement aux impératifs dictés par la conjoncture italienne, La République française n’avait jugé utile de lui accorder une telle sécurité personnelle. Or, il n’existe à Djibouti aucune mafia organisée, du moins inconnue ou ennemie du régime, qui puisse justifier cette protection rapprochée des magistrats. Surtout que notre pays n’a absolument aucun antécédent dans ce domaine des règlements expéditifs et radicaux, du moins en ce qui concerne l’opposition démocratique, car nombreux sont par exemple les innocents civils impunément exécutés par les forces armées jusqu’en 1999.

Dire le droit en toute impartialité, donc, ne nous semble pas constituer pour nos magistrats une mise en péril de leur existence qui puisse justifier que l’État mette son bras armé au service de leur protection. Toute activité de l’existence humaine étant justiciable d’une analyse rationnelle, il s’agit alors d’expliquer une telle militarisation du métier de magistrat. La seule explication pertinente que l’opposition djiboutienne trouve à cet armement de la Justice, c’est de tout simplement assurer à certains de ses praticiens les moins scrupuleux une impunité matérialisée par des hommes en armes devant leur domicile, bien faite pour pallier une vulnérabilité volontairement organisée par un Statut de la Magistrature qui ne leur accorde aucune protection contre l’arbitraire du pouvoir Exécutif.

C’est très grave car l’affaire DAF pèse comme une épée de Damoclès sur toute une presse aspirant à l’indépendance : en cas de besoin, est ainsi démontrée qu’il n’existe à Djibouti aucun État de droit, aucune Justice indépendante vers laquelle se tourner pour condamner ou à tout le moins freiner les inévitables abus de pouvoir d’un régime fondamentalement fondé sur l’usurpation et la fraude. Est ainsi démontrée toute l’inutilité qu’i y a à vouloir consciencieusement respecter des valeurs républicaines que leurs garants premiers sont les premiers à violer aussi impunément. Avec la complicité de magistrats censés incarner leur effectivité. Si il existera toujours des avocats véreux préférant défendre le Diable, chapeau quand même à l’avocat qui, en ce 9 juillet 2003, a si vaillamment défendu la juste cause de DAF, perdue d’avance dans un régime de non-droit, qui n’hésite pas à armer ses magistrats pour imposer son arbitraire.


Brèves nationales

Don chinois de matériel informatique :

La mendicité, lot de la mauvaise gouvernance

Le régime a beau faire croire à une amélioration de la situation économique, la mendicité, corollaire de la mauvaise gouvernance continue d’être privilégiée quand il s’agit d’équiper les administrations publiques. Il ne se passe pas une semaine sans que le bihebdomadaire gouvernemental ne fasse état de dons en matériels de tout genre fournis par les pays amis. Ainsi, la dernière livraison en date concerne un lot de matériel informatique offert par l’Assemblée Populaire de Chine à l’assemblée mal-élue de Djibouti. On s’en souvient, l’Allemagne avait également fourni des ordinateurs à ces mêmes services il y a quelques mois de cela. A ce rythme, les bureaux délabrés de l’assemblée seront transformés en cybercafé pour mal-élus oisifs. Est-ce pour nous rassurer que le Président mal-élu « du Parlement s’est d’ailleurs engagé à faire bon usage du matériel qui lui a été remis » ?

Preuve que telle n’est pas la règle dans ces administrations gangrenées par la mauvaise gouvernance. Et à quoi servent et seront consacrés les crédits affectés annuellement à l’achat de matériels de bureau si la mendicité permet de s’en procurer gratis ? Avis aux donateurs !

Tadjourah-Randa :

Censure gouvernementale ou autocensure locale ?

A qui la faute si la réalité de la situation à Tadjourah et Randa est sinon cachée, du moins déformée ? Est-ce une censure du journal gouvernemental ou bien une autocensure de son correspondant local ? Les médias gouvernementaux, qui avaient pris une part active dans la médiatisation à outrance de l’inauguration du « mini-central hydroélectrique » de Randa, restent étonnamment silencieux sur l’absence d’eau courante et d’électricité dans cette localité depuis quelques semaines.

Le bihebdomadaire serait mieux inspiré d’enquêter du côté de cette région plutôt que de publier d’insipides articles sur une décentralisation assassinée par le régime. Pourquoi le pouvoir cache-t-il la réaction hostile qu’a suscitée son projet de loi agropastoral chez tous les notables consultés ? Et que dire du fiasco au baccalauréat 2003 des élèves du pseudo-lycée de Tadjourah ? Élèves mal préparés et insuffisamment suivis faute d’un matériel pédagogique adéquat. Honte à la mauvaise gouvernance et à ses laudateurs, collaborateurs actifs ou témoins passifs de ce gâchis mettant en péril l’avenir de toute une Jeunesse!

Projet de loi sur le pastoralisme :

Halte à la provocation !

Au mépris du bon sens et de la concorde civile, le régime poursuit sournoisement la promotion de son projet de loi sur la réforme foncière, en visant l’expropriation. Sous couvert de développement agropastoral, ce pouvoir partial tente de s’approprier des terres relevant du droit coutumier, en rien incompatible avec le véritable développement si initié par un gouvernement responsable et soucieux de l’unité nationale. Ce qui n’est pas, loin s’en faut, le cas de l’actuel régime . Inspiré en cela par une classe d’affairistes véreux désireux d’investir leur manne indûment gagnée sur le dos du Peuple, et par quelques déphasés en mal de reconversion sociale, le Chef de l’État fait totalement fausse route en persistant dans cette voie dangereuse .

Ayant déjà fait connaître son entière opposition à ce projet de loi néfaste, notre mouvement considère cette ultime provocation comme gravissime. Après la violation officielle de l’Accord de paix du 12 mai 2001, le sabotage d’une réelle décentralisation, le refus d’une véritable réhabilitation et indemnisation aux victimes du conflit, le hold-up électoral du 10 janvier dernier, privant les citoyens de librement choisir leurs représentants, l’ «engabodement injuste du Président Daher Ahmed Farah, arbitrairement condamné et incarcéré, après avoir été relaxé en première instance.

Nous dénonçons vigoureusement cette énième provocation d’un pouvoir irresponsable et pyromane.

Développement du tourisme :

Soutien réel ou entrave gouvernementale ?

Les potentialités touristiques de notre pays ne sont pas à démontrer, en témoigne la récente publication aux « Editions du Jaguar » appartenant au Groupe Jeune Afrique d’un guide touristique intitulé « Djibouti aujourd’hui ». Profitant de cette occasion, le journal gouvernemental « La Nation » nous propose dans son édition de lundi dernier une longue interview du Directeur de l’Office National du Tourisme de Djibouti (ONTD). En guise d’introduction à cette interview, nous avons lu avec amusement que le souci constant du régime est de « soutenir la création de centres d’activités touristiques ». A la bonne heure ! Malheureusement, la réalité ne correspond absolument pas à ces pieuses considérations de circonstance.

Tout d’abord, dans une danse du ventre typique de la nomenklatura, ce directeur se croit obligé d’en référer à l’égide du Chef de l’Etat pour argumenter sa position : « le Président de la République a placé au centre de sa politique le retour à la paix sur tout le territoire et au-delà sur toute la région ». sans rappeler ici toutes les insuffisances de la Conférence d’Arta, il serait facile de demander quelles ont été, après la signature du 12 mai 2001, ses contributions concrètes à la consolidation de cette paix, puisque le désarmement des combattants du FRUD-armé n’a jamais relevé de sa compétence, et pour cause.

En second lieu, l’insouciant bihebdomadaire rappelle imprudemment, pour qui l’aurait oublié, tous les sites grandioses de la République de Djibouti : « la forêt du Day, le Lac Assal, le Lac Abbé, les Sept Frères, etc. ». On aurait pu ajouter Ras Syan, Les Sables Blancs, la mangrove de Godoria, Daasbio, Assamo-Guistir, etc. : le problème, c’est que l’on chercherait désespérément une quelconque infrastructure touristique mise en place par l’État djiboutien sur ces sites depuis un quart de siècle. C’est bien la preuve qu’il n’existe aucune politique de développement touristique, le régime se contente de récupérer à des fins de propagande partisane les inestimables initiatives privées.

Mais le drame, c’est qu’il arrive souvent que cette initiative privée soit délibérément sabotée par certains dirigeants politiques dans le cadre de sombres règlements de compte privés. C’est par exemple le cas depuis deux mois à Tadjourah où les activités d’un centre touristique très apprécié et même encouragé il y a plus d’un an par le journal local du RPP, ont été partiellement paralysées, en haut lieu paraît-il.

Apparemment, il semble bien qu’il y ait deux politiques en matière de développement touristique : celle de la propagande officielle qu’aucune réalisation concrète ne vient confirmer, et celle des courageux investisseurs privés loin d’être soutenus, quand ils ne sont pas combattus par certains milieux du régime.


DAF de nouveau « engabodé »

Nous nous étions félicités dans notre édition n°57 du 25 juin dernier de la décision de relaxe prononcée deux jours auparavant en faveur de notre ami DAF par le tribunal correctionnel de première instance et sa libération après plus de deux mois de détention. Le tribunal avait jugé que le chef d’accusation de « diffamation » n’était pas constitué. Croire que l’affaire DAF avait trouvé sa conclusion dans la normalité par cette décision judiciaire se révélait de notre part une dérisoire illusion qui oublie la situation réelle prévalant en République de Djibouti. Las ! Les parties ayant considéré avoir perdu à tort un procès qu’elles voulaient exemplaire, n’ont pas tardé à interjeter contre ce jugement en appel, qui a été traité dans un délai extraordinairement rapide, nonobstant vacance judiciaire. Et le verdict est tombé le 9 juillet, avec la condamnation de DAF et son arrestation sur-le-champ. Sans que cela soit justifié par aucun élément nouveau versé au dossier de l’affaire. A cette occasion, le public a été témoin de plusieurs faits singuliers.


En premier lieu, la présence matérielle des preuves confirmant la véracité des propos du prévenu ne signifiait pas pour le tribunal leur existence (les cassettes des chansons partisanes).

En second lieu, l’aveu et même la revendication devant le tribunal par le dirigeant récemment promu au grade de commandant de la troupe artistique Harbi, que son travail consistait à faire des chansons pour soutenir le régime ( le gouvernement ) et combattre l’opposition qui porte, selon lui, atteinte au drapeau du Pays (comme DAF, a-t-il précisé ) ne confirmait pas la politisation partisane de ces militaires qui l’ont applaudi en pleine audience.

Troisièmement, que l’argumentaire du Procureur général pour obtenir la condamnation du prévenu était sa crainte, en cas d’acquittement, de voir les militaires qui se disaient « offensés » par l’article se mettre en colère et se livrer à des actes collectifs de violence, à l’instar de ce qui s’était passé à Bamako, au Mali. Pour l’avocat de la partie civile, procédant à l’amalgame entre survêtement et sous-vêtement, « tenue de sport » signifie nudité et servir au mabraz veut dire coucher avec celui que l’on sert !

Quant aux magistrats de la cour, ils ont renvoyé DAF à la prison de Gabode pour y purger une peine de trois mois fermes, ajoutés à trois autres de sursis. Comme condiments, ils ont estimé utile de relever cette peine par douze millions FD de dommages et intérêts, 200.000 FD d’amende et trois mois de suspension du journal le « Renouveau Djiboutien », publication du présent jugement et assortie d’une pénalité de 20.000 FD pour chaque jour de retard de publication dans un journal condamné à ne plus paraîtreà compter du 9 juillet 2003.

il nous a donc été donné de voir, comme tout le monde que :

1) la peur des militaires, feinte ou réelle, exprimée par le Procureur général s’est substituée à l’innocence de l’article incriminé, pour justifier la condamnation de DAF;

2) l’aveu public du commandant de la troupe artistique de son comportement partisan, interprété comme la dénégation de ce comportement ;

3) la présence physique des bandes cassettes audio attestant la matérialité de l’engagement partisan de ces militaires considérée comme l’absence de cette preuve ;

4) l’interprétation moralement abjecte de l’avocat de la partie civile concernant les formules « tenue de sport » et « servir dans un mabraz » revêtir des significations qui ne pouvaient en aucun cas être les leurs. Et sur ce, « engaboder » DAF avec une sévérité sans rapport avec son article. Une telle justice, outre le préjudice moral et matériel qu’elle inflige à sa victime, corrompt son bénéficiaire en l’exaltant.

L’incubation du virus corrupteur n’a pas duré longtemps en latence. Ainsi, le commandant Ali Gab, responsable de la troupe militaro-artistique, s’est permis d’opérer le 12 juillet 2003 une descente au siège du MRD au quartier 7 avenue Nasser. Circulant à bord d’un véhicule militaire de marque Boléro de fabrication indienne, il s’est arrêté en sens interdit devant le siège vers 18 heures 15 etl intime alors l’ordre d’arrêter la diffusion d’une chanson qui passait. Il s’entend répondre : « nous avons acheté cette cassette dans le commerce et nous sommes libres de l’écouter chez nous. »

Fou de rage, il dégaine son pistolet qu’il pointe sur la tête de la personne qui lui a répondu en criant : « tu arrêtes la chanson ou je te tue tout de suite. ». Il s’ensuit interposition des badauds, altercation verbale, attroupement, et le drame est évité de justesse.

Le responsable du siège, la personne menacée et les témoins se précipitent au deuxième arrondissement où ils relatent l’affaire et portent plainte entre les mains d’un sergent de la police. Ils repassent le lendemain 13 voir la suite réservée à la plainte, ils s’entendent dire par un lieutenant que « Ali Gab, c’est l’État » et aucune suite ne sera donnée à leur démarche.

Ils se rabattent au Parquet du tribunal où ils déposent en bonne et due forme une plainte enregistrée sous le numéro 2246/03 du 13 juillet 2003. A suivre.


Les contrevérités présidentielles

A propos d’une interview présidentielle dans « Marchés Tropicaux »

« Marchés Tropicaux » est plus qu’une référence : 58 années de sérieux en ont fait une institution. Sa dernière livraison datée du 27 juin 2003, est presque entièrement consacrée à un Spécial Djibouti. Au regard de ses atouts géostratégiques et l’importance qu’il a pris dans la nouvelle donne des relations internationales, notre pays vaut amplement qu’un Spécial lui soit consacré de temps en temps. Seulement voilà, dans de vaines tentatives de recherche de fréquentabilité et de respectabilité, notre incorrigible régime achète aux frais du contribuable djiboutien de très coûteuses pages publicitaires dans des journaux de renom. Ces pages sont systématiquement truffées de contrevérités et de mensonges, même quand il s’agit d’une interview accordée par le Chef de l’État en personne. Sans que, empressons-nous de le préciser, la crédibilité et le sérieux des journalistes n’en soient mises en cause, ce numéro 3007 de « Marchés Tropicaux » n’échappe pas à cette règle de la falsification officielle, qui appelle de notre part les quelques mises au point suivantes, mais en primeur résumons les propos du Président.


Économie nationale

Les différents accords conclus avec les institutions de Brettons Wood qui, selon des tenants du pouvoir, les avaient contraints à l’endettement et provoqué l’appauvrissement des populations les plus vulnérables, semblent être dépassés. Notre pays est en marche et sur le bon chemin dixit le Président dans son interview avec « Marchés Tropicaux » du 27 juin 2003.

Il y a une mise en échec de la politique économique des institutions de Brettons Wood par l’application de politique de concession plutôt que celle d’une privatisation synonyme de bradage. Les performances de Djibouti viennent de ce choix qui, contrairement au prétexte des coûts de facteurs élevés des institutions financières, démontre la compétitivité de Djibouti par rapport aux autres pays portuaires de la région.

Djibouti disposerait selon le Président d’une longueur d’avance sur Salalah (Oman) avec le port de Doraleh, et arrivera à s’en sortir sans l’aide de personne : « Avec les Américains et la renégociation de la contribution des Français, nous n’avons plus de problème budgétaire, alors fichez-nous la paix ! » s’écrit le Chef de l’État à l’adresse du FMI et de la Banque Mondiale » Car, croit-il en toute simplicité, même en l’absence d’un accord avec le FMI, y compris sous conditionnalité, tout problème avec les bailleurs de fonds est résolu.

Politique nationale

Le chômage serait la seule explication au mécontentement général de la population lors des dernières élections législatives. Le régime ayant su rallier la grande majorité des partis concurrents, soutient le Président, cette situation de chômage serait régulée avant les dernières consultations, la présidentielle. Quant à son éventuel candidature, elle dépendrait du choix de son parti.

Sur la Décentralisation : celle-ci aurait pu voir le jour dès 1977, mais aurait été bloquée, selon le Chef de l’Etat, par les héritiers du colon issus de l’Indépendance, à entendre ici « sous l’ancien régime ». Dans l’immédiat, la précipitation pour la mise en place effective de la décentralisation ne serait pas de l’avis des experts français auprès du gouvernement. Les conseils régionaux non élus mais mis en place par la Présidence relèveraient de l’apprentissage, les élections des assemblées régionales pourront attendre l’opposition étant très présente « non dans l’intérêt de la population » selon le Président, il faut procéder par étapes.

Nos remarques : Suffisance et insuffisances

Tous les signaux d’une éventuelle reprise de la croissance sont au rouge. L’aide extérieure plus qu’abondante des années passées n’avait servi à rien, en ce sens que l’économie nationale a perdu en compétitivité depuis l’Indépendance. D’où la dégradation sensible de la situation financière du pays et par conséquent l’appauvrissement accentué de la population. Selon l’étude sur les perspectives économiques de Djibouti, la pauvreté s’est considérablement aggravée puisqu’elle frappe plus de 74% de la population. Elle est même devenue structurelle.

Sans de réelles ressources naturelles, l’économie repose essentiellement sur les services, seule richesse sur laquelle reposent les rentrées financières. Or, les dépenses courantes de l’administration, en hausse exponentielle, déséquilibre un budget étouffé par une fiscalité frappant les secteurs producteurs.

Endettée seulement intérieurement à hauteur de 29 milliards fd les recettes supportées par les contribuables djiboutiens de plus de 26 milliards fd pour 2003 sont totalement absorbées par les dépenses publiques. Seuls les dons et les prêts conservent ces secteurs fragiles et contribuent au colmatage des déficits budgétaires. Nous restons septiques quant à une éventuelle épuration des finances, puisque les résultats du 1er trimestre 2003 se chiffrent à 2,2 milliards fd de déficit budgétaire, celui-ci risquant de se plafonner entre 20 à 25% de l’ensemble du budget prévisionnel de cette année.

Là est la réalité sur la santé économique du pays.

Si d’une part, les concessions faites à Jebbel-Ali pour la gestion du port et de l’aéroport de Djibouti avaient généré une bouffée d’oxygène, l’opacité entretenue autour de ces retombées financières nous donne matière à douter de la véracité de « cette réussite économique » Notre pays n’est pas une exception par rapport aux autres états africains. Le régime a, lui aussi, bradé des entreprises publiques notamment la Laiterie, l’Usine des Aliments de Bétail, la Pharmacie de l’Indépendance, etc. Ses privatisations « intra muros », faites sans appel d’offres, restent aujourd’hui aux mains de quelque « amis » du régime qui, pour reprendre les termes du Chef de l’État risquent aussi de jeter l’éponge, le cas de la Laiterie donnant l’avant-goût de ces privatisations ratées, réalisées, comme les concessions, dans l’opacité la plus totale.

D’autre part, si la magne financière tirée de la « lutte contre le terrorisme » a, par sa position géostratégique, fait de notre pays l’un des états prioritaires dans la récolte des financements américains, il n’en est pas moins surprenant de constater que les presque 12 milliards de fd obtenus entre les Américains et les Français n’arrivent pas à éponger les dettes intérieures qui accusent toujours des retards, encore moins à participer à une quelconque stabilisation des finances. « Marchés Tropicaux » avance une explication à cela : « Les 30 millions d’euros, ajoutés aux $ 31 millions américains, sont une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie djiboutienne, encore convalescente. La ‘’rente militaire’’, précisons-le, représente près de 80% de la masse salariale de la fonction publique ! Cette somme importante, payée en liquide, échappe par ailleurs à tout contrôle ; dans un pays non exempt de corruption, l’enjeu est de taille. » Ce n’est certainement pas quelque employé de la banque où cette manne est déposée qui risque de la voler !

Enfin, la perspective d’un réel développement économique dépendant d’une volonté politique capable d’asseoir les bases d’une croissance, la construction du port de Doraleh financée presque totalement par Dubaï Port Authority pour un montant de 54 milliards fd est loin de participer à un rehaussement de la valeur ajoutée, ne serait-ce à moyen terme.

Donc, «On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué » dit un dicton français.

Le paraître étant le fort du régime, seule la médiatisation outrancière des fausses réalisations mystificatrices, rythme toutes les prétendues actions du système politique en place. Cependant, ce Spécial de « Marchés Tropicaux » ne nous semble pas être le marché des dupes. En vérité, la teneur des propos du « numéro un» Djibouti contraste avec la réalité économique telle que l’a constaté, tout au long de son séjour, Madame Anne Guillaume-Gentil, dont la pertinence des enquêtes et des analyses tirées des données obtenues des divers services de l’État confirme une réelle dégradation socio-économique comme le démontre l’extrait ci-dessous.

En politique nationale, le Président est complètement passé à côté de la question du journal, qui portait sur la Décentralisation suite aux accords de paix du 12 mai 2001. Il s’est seulement contenté de faire sienne la fausse décentralisation avec ses faux conseillers régionaux.

Mais ceci n’étonne personne.

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UNE PAUVRETÉ STRUCTURELLE

‘’ Depuis 1996, la pauvreté s’est fortement accrue à Djibouti. L’enquête djiboutienne auprès des ménages (EDAM-IS2), financée par le PNUD et réalisée en décembre 2002, et dont nous reprenons les principales conclusions, montre une forte incidence de la pauvreté relative et de la pauvreté extrême évaluée respectivement à 67,9% et 34,7% des ménages.

Entre 1996 et 2002, la pauvreté a progressé fortement, l’incidence passant respectivement de 45,1ù à 74% pour les pauvres relatifs ( $3 par jour) et de 9,6% à 42,1% pour les pauvres extrêmes ($ 1,8 par jour). L’enquête montre que la pauvreté est généralisée, qu’elle touche toutes les zones géographiques et toutes les catégories sociales. C’est toutefois dans les zones à forte densité de population, comme dans les arrondissements 4 et 5 du district de Djibouti, où se trouve la plus grande concentration de pauvres.

Une forte corrélation est constatée entre pauvretés monétaire et humaine, démontrant le caractère structurel de la pauvreté, selon les auteurs de l’enquête.

Ces derniers s’interrogent sur le lien entre croissance économique et pauvreté à Djibouti, remarquant qu’avec un revenu national brut de $ 890 par habitant, Djibouti est classé parmi les pays à faible développement humain, au même titre que les pays limitrophes aux revenus moins élevés. En cause, un niveau élevé des prix, le faible niveau des indicateurs du développement humain accompagné d’une dégradation continue du taux du taux brut de scolarisation, du taux de mortalité infantile, juvéno-infantile et maternelle et de l’accès à l’eau, une structure extravertie de l’économie.

La croissance économique par tête a été négative, -3,2% de 1991 à 2001. L’accroissement de la pauvreté est ainsi fortement associé au développement du chômage. Véritable crise du marché du travail, le taux de chômage touche 59,5% de la population active, contre 44,1% en 1996.

Cependant, ce taux masque le phénomène de sous-emploi, non quantifié. L’étude met en avant l’insuffisance de l’activité économique, le coût élevé du travail, la faiblesse du capital humain ne permettant pas de saisir les opportunités offertes et la permanence d’un flux important d’immigration comme facteurs expliquant le déséquilibre du marché du travail. ‘’

Extrait de «Marchés Tropicaux » n°3007 du 27/6/03


DAF : le courage d’être soi

NOUS AVIONS ÉCRIT IL Y A PLUS D’UN AN

Plus que la volontaire confusion par leur avocat entre survêtement et sous-vêtement de certains éléments féminins de la troupe artistique de l’Armée, ce sont les considérations de DAF relatives à l’absence d’esprit républicain de nos militaires qui a fortement déplu aux autorités politiques. Pourtant, il y a plus d’un an de cela, nous n’avions pas dit autre chose dans nos colonnes. Voici donc, en guise de contribution au bien-fondé des analyses de notre ami, ce que nous écrivions à ce sujet dans notre édition n°3 du 8 mai 2002.

LA GRANDE MUETTE CHANTE : armée nationale ou milice partisane ?

Au risque de paraître donner des leçons, il nous a semblé utile de présenter au lecteur un état de santé de notre jeune Démocratie pour démontrer, arguments à l’appui, qu’elle relève plus du décor que de la réalité. Formant en informant, il s’agit de proposer au citoyen une nouvelle grille de lecture de l’exercice réel de la démocratie, en constatant que le régime en place dénature par sa pratique le peu de libertés qu’il concède sur le papier. Cette série d’articles débutera par l’usage partisan fait des forces armées à Djibouti. Lesquelles, outrepassant la stricte neutralité qu’elles sont censées observer en toute circonstance et spécialement dans les affaires politiques, se livrent à une danse du ventre partisane qui n’est pas sans rappeler une danse du scalp des sociétés primitives.


Une dimension essentielle de tout Pouvoir politique consiste à se mettre en scène à travers un dispositif protocolaire dont la configuration dépend de la nature du régime concerné.

Les dictatures de Parti Unique, spécialement militaires en Afrique post-coloniale, ont ainsi repris à leur compte la symbolique stalinienne de l’embrigadement des masses et de la théâtralisation à outrance.

Même l’avènement de la démocratie pluraliste n’a pas toujours changé cet état des choses et l’on assiste alors à un décalage flagrant entre un discours de libéralisme politique et une chorégraphie, pour ne pas dire une pratique dictatoriale.

Djibouti n’échappe pas à cette règle et ceci est tout à fait contraire aux principes d’une véritable démocratie.

Depuis le fameux discours de la Baule, on entend les dirigeants politiques exprimer toutes leurs réserves quant au modèle occidental de Démocratie, selon eux frappé du stigmate de l’importation et peu compatible avec nos structures mentales et sociales. Dans le même temps, ils versent dans l’éloge appuyé des vertus de nos sociétés traditionnelles parées de toutes les vertus pour les besoins de la mystification.

Trop poli pour être honnête : par exemple, existe-il dans nos sociétés l’équivalant du griot de l’Afrique de l’Ouest ? Nos notables traditionnels, sultan, ougas, okals ou autres, pratiquent-ils le culte de la personnalité dont nous assomment aujourd’hui inlassablement la RTD ou La Nation ?

La couverture médiatique de la récente tournée présidentielle dans les districts de l’intérieur constitue hélas l’exemple typique de ce théâtre étatique.

Mais elle a également été l’occasion de voir un détournement à des fins partisanes d’une institution normalement républicaine et en dehors de toute manifestation de soutien politique : l’Armée.

En effet, téléspectateur comme badaud, chacun a pu voir le groupe dit Harbi, troupe artistique de l’Armée Nationale Djiboutienne (AND) animer avec entrain les meetings politiques du Chef de l’Etat. Est-ce normal en démocratie pluraliste ?

Dans les démocraties occidentales, il arrive qu’à l’occasion d’une kermesse, l’armée organise une petite troupe musicale pour animer la soirée. Mais ces artistes temporaires ne font pas que de la musique : ce sont avant tout des soldats soumis au même traitement que leurs collègues. Autrement, toute armée est dotée, comme la Fonction Publique, d’un statut qui lui confère certaine spécificités.

De même que tout fonctionnaire est au service de l’Intérêt général, une Armée nationale est censée représenter une Nation dont elle constitue la protection contre toute agression extérieure. En tant qu’émanation de la Nation, garantissant la séparation des pouvoirs et la division du travail social.

La troupe artistique Harbi de l’AND, par son animation des meetings politiques du parti au pouvoir et par sa production de chansons à la gloire du chef de ce parti, discrédite notre jeune démocratie en lui donnant toutes les apparences d’un régime militaire déguisé en civil. Cette permanence de la militarisation théâtrale des manifestations publiques de l’autorité étatique, pour fondamentalement contraire qu’elle soit à l’esprit démocratique, pose un double problème.

En premier lieu, cette mise en scène politique des forces militaires qui, dans la couverture médiatique de la tournée présidentielle, occupait beaucoup plus de temps que les débats publics ou la visite des éventuelles réalisations en matière de développement économique, culturel ou social, laisse suggérer que le régime fonde essentiellement son autorité et sa légitimité sur le recours à la violence armée. Cette mise en scène l’inscrit alors d’office dans la cohorte des fameuses et nombreuses « dictatures sorties des urnes » qui encombrent encore le paysage politique africain.

En second lieu, le fait de ne pas occuper l’Armée à des tâches utiles de développement national alors que, dans le même temps, les pistes des districts de l’Intérieur sont remises en état par l’Armée française, contribue à maintenir le pays dans un état d’assistanat et de mendicité. Il est évident que cette situation d’oisiveté artistique qui donne l’impression d’une « bohème militaire », voulue par l’autorité politique, n’est pas pour donner un exemple à suivre aux jeunes générations et ne favorise certainement pas l’inclination au travail bénévole, dont on sait qu’il tient une place non négligeable dans l’essor d’un pays.

Quand on connaît la disproportion entre le nombre de fonctionnaires du ministère de la Défense et celui de la troupe Harbi, c’est à se demander si le travail productif est vraiment une vertu à Djibouti.

A NOS LECTEURS

La Rédaction informe ses aimables lecteurs que « Réalité » cessera de paraître à compter d’aujourd’hui. Le prochain numéro sera disponible le Mercredi 10 Septembre 2003. A bientôt.


Communiqué de «Reporters Sans Frontières »

AFFAIRE DAF : INDIGNATION INTERNATIONALE

La nouvelle condamnation du Président du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement (MRD) et directeur de publication du «Renouveau Djiboutien », notre ami DAF, est unanimement condamnée par toutes les forces démocratiques de par le monde. Ainsi, l’association « Reporters Sans Frontières », qui avait déjà mis un avocat à sa disposition, a rendu public un communiqué de presse reproduit ci-dessous.


Liberté de la presse
9 juillet 2003
Djibouti

Daher Ahmed Farah de nouveau en prison

La cour d’appel de Djibouti a condamné Daher Ahmed Farah, directeur de publication du journal Le Renouveau et président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD, parti d’opposition), à trois mois de prison pour «diffamation», le 9 juillet 2003. A l’issue de l’audience, Daher Ahmed Farah a été immédiatement conduit à la prison de Gabode (Djibouti). Son journal est également interdit de parution pendant trois mois.

« C’est un véritable harcèlement. C’est la troisième fois que Daher Ahmed Farah est emprisonné cette année. Aujourd’hui, il est condamné à trois mois de prison dans une affaire pour laquelle il avait été relaxé en première instance. Ce n’est pas sérieux. De plus le montant astronomique demandé au titre des dommages et intérêts signe l’arrêt de mort du Renouveau. Comment un petit journal, qui tire à quelques centaines d’exemplaires pourrait-il trouver plus de 65.000 euros ? L’État le sait très bien et a trouvé là le moyen de faire taire une publication qui dérange le pouvoir en place », a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, la cour d’appel de Djibouti a condamné Daher Ahmed Farah à trois mois de prison ferme, trois mois de prison avec sursis, treize millions de francs djiboutiens (environ 65.000 euros) de dommages et intérêts et 200.000 francs djiboutiens (environ 1.000 euros) d’amende. Le Renouveau est interdit de parution pendant trois mois.

Daher Ahmed Farah était poursuivi par le chef d’état-major de l’armée, le général Zakaria Cheik Ibrahim, et par les membres d’un groupe folklorique militaire, la Troupe Harbi, pour «diffamation». Dans son édition n°475 du 17 avril 2003, Le Renouveau avait reproché au général d’utiliser la Troupe Harbi à des fins politiques et personnelles. « Est-il républicain de mettre au service de la propagande d’un régime un élément de l’institution militaire ? Pensez-vous agir en officier républicain en vous prêtant à l’instrumentalisation politicarde d’une troupe culturelle militaire ? Général, est-il vrai que des membres féminins de la Troupe Harbi continuent, comme par le passé, à vous servir (?), en tenue de sport bien entendu ? », avait publié Le Renouveau à l’adresse du général. Un tribunal de première instance de Djibouti avait prononcé la relaxe de Daher Ahmed Farah, dans le cadre de cette affaire, le 23 juin.

Le journaliste et opposant a été emprisonné à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Dans la plupart des cas, il était poursuivi pour un délit de presse et a été condamné à des peines de prison ou à des amendes. – RSF

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Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Reporters sans frontières compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Abidjan, Bangkok, Tokyo, Montréal et Washington et une centaine de correspondants dans le monde.

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COMMENTAIRE

Après le camouflage que lui assurait le monopole du parti unique, la nature répressive du régime djiboutien finit inexorablement par se trahir. Les conditions rocambolesques de ce procès à répétition démontre clairement que face à une contestation politique crédible, le pouvoir en place perd ses moyens et en arrive à des excès qui ne sont que les premiers signes d’une perte de contrôle sur les évènements. Le début de la fin !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

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Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lu pour vous : Abdourahman Wabéri
  4. Droit de réponse de M. Eleyeh
  5. L’honnêteté sanctionnée
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 59

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial


Brèves nationales

Assises de l’ex parti unique :

Le parti d’un seul homme

Il n’aura donc fallu qu’une matinée de retrouvailles sans débat pour donner l’illusion d’un parti au pouvoir existant et travaillant. Ce conclave aura tout de même permis au Chef de l’État et président de cette formation de repeindre cette coquille vide à ses propres couleurs. L’éviction de quelques caciques du Bureau Politique ne s’est pas faite sans grincements de dents.

Quant aux nouveaux cooptés, il semble qu’ils avaient été plus choisis pour leur docilité avérée que pour une efficacité réelle. Ce vernissage démontre toutefois de manière flagrante que cette formation reste plus que jamais un parti-Etat sans base populaire, mais dirigé par les trois plus hauts responsables de l’État.

Loin d’améliorer son influence, ce rafistolage version présidentielle décrédibilisera davantage ce club de prédateurs honni par le Peuple.

En attendant sa totale disparition, cette machine à frauder demeure nuisible et réfractaire au changement, parce que bassement alimentaire. Fort heureusement, le parti d’un seul homme est surtout le parti d’un homme seul ayant fait le vide autour de lui.

Obock :

l’injustice toujours au rendez-vous

Sous le titre « Obock : l’espoir au rendez-vous », le journal gouvernemental « La Nation » en date du 3 juillet relatait les festivités du 27 juin dans cette ville sinistrée et toujours engluée dans des difficultés sociales incommensurables.

La seule perspective d’amélioration annoncée par l’article de ce journal d’opinion gouvernementale concernait la prochaine reconstruction des habitations détruites (et pillées) par les troupes gouvernementales au début du conflit civil.

Sachant que ce régime d’esbroufe cherche à récupérer à son profit les bénéfices de la générosité extérieure, nous avions quant à nous exprimé des réserves quant à cette réhabilitation à la réalisation de laquelle le FRUD-armé et les populations concernées n’avaient pas été associés. En effet, le projet de reconstruction des maisons d’Obock, financé par l’Union Européenne et exécuté par le PNUD, ne concerne qu’un quart (1/4) des habitations détruites et laisse toute latitude au régime d’établir sa liste sélective des futurs bénéficiaires, apparemment sélectionnés sur une base exclusivement partisane. C’est pour avoir dénoncé une telle injustice que le Président du Croissant-Rouge d’Obock, natif du coin faut-il le préciser et donc de ce fait mieux à même que sa hiérarchie djiboutoise d’apprécier les réalités de la détresse matérielle de sa ville natale, a été tout simplement démis de ses fonctions pour avoir dévoilé ce chantage au dénuement (lire sa correspondance en page 8).

Il n’est pas nouveau de constater que sous ce régime d’arbitraire, l’intégrité est un critère de sanction. Ce n’est pas une nouveauté. Rappelons que dans le cadre de la préparation de la tournée présidentielle de février 2002, le directeur de l’école d’Obock, interrogé par la RTD sur les problèmes scolaire de cette région, avait déclaré que les élèves du district d’Obock, comme tous ceux des zones affectées par le conflit, n’avaient pas bénéficié du soutien scolaire par dérogation exceptionnelle prévu dans les accords de paix de 1994 et 2001.

A croire que les médias gouvernementaux jouent principalement un rôle de délateur : pour avoir exprimé cette dramatique et criminelle réalité, ce directeur consciencieux a été muté à Djibouti-ville et mis en marge de l’enseignement pour se retrouver inactif dans un bureau, affecté à des activités bureaucratiques qui ne correspondent pas à sa vocation première.

Le régime djiboutien qui, pour des raisons difficilement compréhensibles pour le bon sens citoyen, a fait d’Obock son laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices sociales, serait mieux inspiré de ne pas remuer le couteau dans la plaie : ce sont de telles injustices qui sont directement à l’origine du conflit civil de dix ans que le Chef de l’État lui-même avait qualifié des « dix années les moins glorieuses de notre Histoire » dans son discours au Palais du Peuple un certain 12 mai 2001. Tout cela semble bien oublié.

Décentralisation et développement agropastoral :

Enfin, les masques tombent

Un an après la violation officielle de l’Accord de paix du 12 mai 2001, le régime récidive dans la provocation en concoctant unilatéralement un projet de loi antithèse de la Décentralisation telle que négociée par le FRUD-armé.

Un séminaire de sensibilisation de la société civile aux objectifs de cette loi foncière aurait été programmé pour la deuxième quinzaine du mois de juillet à Tadjourah.

On s’en souvient, lors de sa maladroite réponse à un courrier du Président Dini adressé au Chef de l’Etat, le Premier ministre niait catégoriquement une quelconque volonté d’expropriation, qualifiant mêmes nos craintes de « fantasmes ». Un an après, force est de reconnaître que si la décentralisation tarde à se mettre en place, une loi néfaste d’expropriation des terres relevant du droit coutumier est bel et bien en préparation. Les « fantasmes » décriés par le Premier ministre commencent à prendre forme politique sous le nom de loi d’Etat..

Si rien ne nous étonne de la part de ce régime irresponsable, il reste quand même des interrogations : qu’est ce qui peut bien pousser le pouvoir djiboutien à remettre en cause un statu quo foncier multiséculaire dont personne ne se plaint et qui n’entrave en rien le véritable développement ?

Pourquoi s’attaque-t-on maintenant à un pilier de la stabilité pastorale auquel ni le pouvoir colonial ni le régime dictatorial qui lui a succédé n’ont porté atteinte ? Après l’échec du développement durable et d’une réelle décentralisation, s’achemine-t-on cette fois vers le sabotage officiel de la Réconciliation nationale ?

Dans ces conditions, où va notre pays dirigé par un « Timonier » devenu tisonnier » ?


Lu pour vous : Abdourahman Wabéri

DAF, UN HOMME EN QUÊTE D’UN DESTIN

par ABDOURAHMAN A. WABERI, écrivain

Il est rare de rencontrer un homme lancé sur le sillon d’un destin qui dépasse sa personne physique et son histoire, un homme en phase avec les aspirations les plus partagées de son peuple. Un homme qui ne ménage pas ses efforts, qui n’économise ni son souffle ni sa salive. Un homme, enfin, qui, contre vents et marées, tient d’une main ferme son cap. Le cheptel politique de mon pays est tellement étique que les hommes qui font métier de la respublica se sont croisés tant et tellement de fois que les rancœurs personnelles, les inimitiés d’un autre temps (avant-hier, sous le régime colonial dirigé par Monsieur Ali Aref Bourhan ; hier, sous celui orageux de Monsieur Hassan Gouled Aptidon) et les attachements claniques au-delà du raisonnable brouillent dangereusement la lecture que l’on peut se faire de leurs actes et de leurs pensées.

Daher Ahmed Farah, très jeune, s’est montré attentif au sort d’autrui, aux plus défavorisés surtout. D’où son intérêt à la chose publique depuis ses années lycéennes. D’où sa trajectoire professionnelle heurtée (études de gestion, École de Saint-Cyr, travail à l’état-major, journaliste, enseignant, écrivain, militant, chef d’un parti etc.) qui démontre son immense curiosité et sa grande disponibilité. Il me souvient que ses adversaires ont insisté sur ce parcours peu commun pour y voir le signe d’une instabilité psychologique. Il n’en est rien. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage ! Foutaises, donc. Il m’en souvient aussi DAF est également romancier, le premier en date dans notre petite république – même s’il est vrai que Splendeur éphémère est loin d’avoir révolutionné l’art romanesque, y compris à Djibouti. C’était une œuvre de circonstance certes, il fallait la faire. Un point, c’est tout.

Depuis qu’il est rentré au pays, à la queue des années 1980, tout le monde s’accordera pour reconnaître que cet homme a beaucoup apporté à notre pays. Le courage et l’honnêteté exigent qu’on reconnaisse cela, surtout si l’on est en désaccord avec ses idées politiques. Ça s’appelle le fair-play.

Enfin, j’ai rencontré cet homme en quête de destin il y a quelques mois, à Djibouti. C’était une poignée de jours avant son avant-dernier embastillement dans la sinistre prison de Gabode. Je l’ai trouvé plus combatif qu’avant, plus calme aussi. Son constat après les élections législatives était sans appel, calmement devrais-je ajouter. Relisons ces quelques lignes extraites de sa Lettre à la jeunesse djiboutienne : « Ces souffrances sans nom [celles du peuple djiboutien, s’entend] ne sont pas tombées du ciel, pas plus qu’elles n’ont surgi du sol. Elles sont le produit d’un régime et de son système de gestion des affaires nationales. Elles sont les conséquences directes de l’alimentarisme de nos gouvernants qui allient absence de vision politique, cupidité, inertie et autres agissements fossoyeurs. C’est le fait de ces hommes et femmes dont le principal souci est de se servir de leur pays pour eux-mêmes au lieu de le servir au mieux de l’intérêt général.

Nos souffrances sont, en un mot, le prix que nous payons pour la prospérité exclusive de la poignée d’individus qui prétendent nous diriger. Nous souffrons et ils prospèrent sous nos yeux sommés de suivre en spectateurs captifs leur spectacle qui relève ridiculement du troupeau insatiable.

Mais, pour graves qu’elles soient, ces souffrances ne sont pas insurmontables. Nous pouvons les faire refluer jusqu’à totale disparition. C’est tout à fait possible. Mieux, cela ne dépend que de nous.

Pour y parvenir, refusons d’abord de renoncer. Ne nous laissons pas impressionner par le spectacle suranné des pâturants. Gardons la tête froide pour réagir avec méthode et résolution.

Une fois chassé le sentiment de découragement qui fait le lit de la résignation, disons-nous chacun que nous ne sommes pas seuls. Répétons-nous que c’est tout un pays qui doit trouver son salut, que la quasi-totalité des Djiboutiennes et Djiboutiens aspirent aujourd’hui au changement salvateur. Pourquoi ? Parce qu’il est psychologiquement réconfortant de ne pas se savoir seul. »

Qui pourrait honnêtement soutenir le contraire ? Quel Djiboutien/ne n’a pas, dans le secret de sa conscience, proféré les mots pour lui/elle-même, pour se convaincre qu’il/elle était en vie et en pleine possession des facultés intellectuelles ? Combien de privilégiés d’un instant dormiront tranquilles après ses paroles qui forent loin la conscience de chacun ?

Ce que d’aucuns n’osent pas encore en rêver, Daher Ahmed Farah le dit et l’écrit. C’est bien cela son seul crime. Que nous dit-il encore ? Eh bien ceci :
« À tous, je remémore que ce régime est incroyablement fragile et qu’il ne tient que par notre déficit de résistance collective. Très sincèrement, ce pouvoir est tout de faiblesses. Osons l’effort qui sauve.

Alors ACTION ! ACTION ! ACTION ! Sous toutes ses formes constructives.

La lutte continue… »

Ce lundi 16 juin 2003, cet homme affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de Justice. Cela nous concerne tous.

Bien citoyennement

A.A.W.

COMMENTAIRES : l’engagement aux côtés des forces du progrès et de la résistance du plus connu de nos écrivains constitue, à n’en pas douter, une contribution importante. Comme l’écrit Abdourahman Wabéri, DAF « affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de justice » :ce mercredi, il doit comparaître devant les juges, la partie civile ayant décidé de faire appel.


Droit de réponse de M. Eleyeh

PETITION CONTRE LA BCI-MR : Réaction irréfléchie ou face cachée de « Réalité » ?

Notre article consacré aux déboires que connaît actuellement une grande banque de la place avec le régime (sous couvert d’une pétition dont le journal gouvernemental « La Nation » s’était fait l’écho) nous a valu un long droit de réponse d’un lecteur s’étant présenté comme membre d’une association de défense des consommateurs. Si nous laissons nos lecteur juges de savoir s’il existe une « face cachée de Réalité », nous avons estimé utile de reproduire intégralement ce droit de réponse, même si son auteur nous ayant demandé de préserver son anonymat, ce que, connaissant la nature répressive du système en place nous avons accepté. Ceci par souci de susciter un débat constructif autour de la seule question que pose ce sujet : existe-t-il à Djibouti une réelle société civile autonome, dont les différents segments sont capables de défendre leurs intérêts contre tous les abus quotidiens de ce régime autocratique ?


L’arrivée de votre journal dans le paysage méditico-politique, a été pour tout citoyen détestant le mensonge et les flagorneries, l’espoir de voir un jour la fin d’un système monolithique qu’on peut qualifier de «mafio-cratie ».

Dans une mentalité locale, où les retournements de veste, la sauvegarde des positions partisanes et particulières, ont biaisé l’environnement politique, il serait réconfortant pour nous, simples citoyens, que les hommes qui prônent une autre vision, adoptent une démarche courageuse et cohérente pour les multiples «campagnes de discrédit » menées par le pouvoir en place.

Je suis un fidèle lecteur du Renouveau et de Réalité car ces deux journaux préconisent le changement et la fin d’un système politique dont l’issue – si rien ne fait – nous conduira vers un non état et une anarchie à la somalienne.

Au delà de la sympathie politique que j’ai pour votre journal, j’apprécie énormément votre style et vos références qui tranchent avec les smicards de la «plume gouvernementale ».

Ceci dit, j’ai été attristé voire peiné que « mon journal » fait sien des méthodes des mercenaires de la plume locale. J’ai été consterné de voir dans l’édition du mercredi l8 juin 2003, un article intitulé «La mauvaise gouvernance contre la BCI-MR».

Dans ces lignes, vous fustigiez et pire encore vous ironisiez sur la réaction d’une société civile sans défense face au diktat de la BCI.

L’article paru sur « La Nation » auquel vous faites allusion, a été apprécié par tous les signataires de la pétition nationale, toute confession politique incluse.

Je ne crois pas que ce soit une « plume gouvernementale » qui l’a produit comme vous le devinez mais un jeune et courageux journaliste qui a servi d’écho amplificateur aux contestations murmurantes et susurrantes des clients de cette banque, moi le premier.

Son seul crime est peut-être d’avoir écrit sur « La Nation», journal fonctionnant avec les frais de contribuables mais réduit au rôle propagandiste et hagiographique d’un pouvoir qui n’est pourtant rien d’autre qu’un accident de l’histoire et restera sûrement demain comme une anecdote dans la mémoire citoyenne.

Cette façon de disqualifier par avance sans débats ni discernements, ressemble beaucoup au terrorisme de la pensée unique et inique que le pouvoir actuel nous impose depuis plus d’un quart de siècle.

En méditant sur votre réaction, je ne peux m’empêcher de me remémorer ces mots d’un grand journaliste «A pensée unique, pensée unique et demie: je te combats en t’ignorant à l’abri d’une superbe solitude où je n’entends que mon écho et ne voit que mon image».

C’est ainsi que nous vivons de curieux temps, de révision et d’inversion, de mensonges et d’impostures, où les mots sont vidés de toute vérité, où la liberté d’expression devient une dictature quotidienne, où la démocratie se dévoile en néototalitarisme.»

Sincèrement, j’ai été plus que surpris voire même choqué par votre réaction intempestive. Au fond, je me demande d’où vient l’allergie du journal « Réalité » ? Est-ce un des journaliste, qui a des intérêts à défendre à la BCI ou est-ce la ligne éditoriale qui joue la BCI contre les citoyens ?

Si la société civile s’organise en association des consommateurs pour défendre leurs intérêts y compris contre une banque, en quoi elle vous dérange?

Chaque chose a un début, demain peut être cette organisation embryonnaire d’une société sans boussole pour l’instant, dénoncera les insuffisances de l’État et demandera des comptes aux responsables politiques.

Alors, pour votre crédibilité et pour tous ceux qui croient à l’alternance (dont moi-même), il serait temps que « Réalité » cesse de faire le sniper embusqué qui se trompe de cible. Citoyennement.

Ileyeh

*

QUESTION A LA REPONSE

Défenseur des consommateurs : un don qui choque ou un Don Quichotte ?

Croyant à un regrettable malentendu, nous avons failli être agréablement surpris, presque sur le point de rêver d’une mobilisation citoyenne qui ne soit pas, pour une fois, instrumentalisée par le régime. En effet, nous n’avions pas saisi la raison de ce droit de réponse car, en ce qui concerne la pertinence d’une association de défense des consommateurs, même vis-à-vis d’une banque, nous pensions avoir été précis : « Quant à affirmer que les clients « exigent un peu de considération. Ils entendent se constituer en une association des consommateurs pour faire respecter leur intérêt », c’est une excellente nouvelle : à quand alors la défense des usagers d’une Voirie défaillante à cause de la mauvaise gouvernance, des fonctionnaires auxquels l’Etat n’est même pas capable d’assurer un salaire mensuel ? ».

Ce que vous avez compris comme ironie n’était qu’un vœu sincère de notre part. Tout le problème est donc là : si l’altruisme qu’implique la défense d’intérêts généraux (dans le cadre d’une association au service des consommateurs par exemple) ne nous a jamais semblé « un don qui choque », le procès d’intention que vous nous intentez nous amène à nous poser une question. A savoir : par votre démarche en faveur d’une pétition, ne seriez-vous pas en train de renouveler le personnage de Don Quichotte ?

Permettez-nous, tout d’abord, de vous rafraîchir la mémoire. Dans les années 70, une boulangerie de la place vendait aux djiboutiens du pain impropre à la consommation parce fait à partir d’une farine dans laquelle les charançons pullulaient. Pour mettre un terme à ce scandale, il a fallu qu’une certaine presse enquête puis, s’en fasse l’écho. Ce journal, vous vous en doutez, ce n’était pas « Le Réveil de Djibouti », organe de l’administration coloniale : c’était « Le Populaire », organe de la LPAI qui avait révélé ces faits discriminatoires.

Mutatis mutandis, nous persistons à croire que « La Nation » n’est pas la tribune appropriée pour faire avancer les choses dans le bon sens à Djibouti. Mais, contrairement à vous, ce n’est pas à cause de ceux que vous nommez avec un mépris inexplicable « les smicards de la plume gouvernementale » : comme la plupart des agents de l’État, ils ne font pas toujours ce qu’ils voudraient faire ; la preuve, ce sont souvent des pigistes plus exploités qu’ailleurs. Si les journalistes sont parfois courageux, comme vous le dites, le problème, c’est que le journal gouvernemental d’un régime despotique peu soucieux de pluralisme de l’information ou même de déontologie, étouffe ce genre de qualité : sa ligne éditoriale (si l’on ose ce non-sens), interdit de poser les problèmes que la police politique estime indignes d’être posés.

D’autre part, le jugement plutôt déplacé que ce journal gouvernemental s’est permis de porter à propos du contentieux opposant l’ancien Président du Croissant-Rouge d’Obock (lire en page 8), nous amène à penser qu’il ne se préoccupe pas toujours de la défense des faibles à laquelle vous prétendez : les habitants d’Obock et d’ailleurs, auxquels le régime refuse encore tout droit à la Réhabilitation, sont un peu plus nombreux que vos pétitionnaires clients de banque, à moins que votre association estime prématuré (ou déplacé) de se faire leur porte-voix.

En clair, si Don Quichotte se battait contre des ennemis imaginaires (des moulins en l’occurrence), il nous semble que votre association ( dont la discrétion étonne plus d’un) ne pose pas la vraie question, au moins dans le cas précis de cette pétition : pourquoi l’État djiboutien détenant 33% du capital de cette banque et constituant de ce fait une minorité, de blocage, ne défend-il pas lui-même ses citoyens au lieu de masquer son incompétence et son insouciance derrière la plume d’un de ses journalistes de service ?

Alors, de nous ou de vous, qui devrait réellement cesser de « faire le sniper embusqué qui se trompe de cible ? ». Demandez à nos cibles ce qu’elles pensent de nos tirs. Concitoyennement !


L’honnêteté sanctionnée

A propos de l’éviction du Président du Coissant-Rouge d’Obock

Djibouti, le 06/07 12003

A

Monsieur le Directeur

du Croissant Rouge Éternel de Djibouti

Monsieur ABDI KAIREH

Réponse à la mise au point par le Directeur

du croissant rouge paru sur la nation du jeudi 3 juillet 2003

En réponse à votre mise au point, j’ai le regret que votre réaction soit si déplacée car je n’ai fait que faire valoir au Ministre les droits des réels nécessiteux consistant à la réhabilitation de leurs logements endommagés par la guerre. Ceci n’est pas de la politique mais d’actes d’humanisme en faveur de personnes humaines.

J’ai voulu donner donc la priorité à ces gens en question et non aux terrains vides et aux habitations de fortune qui existaient avant la guerre et qui par surprise figure sur la liste.

C’est pourquoi, j’ai trouvé injuste que les vrais sinistrés de la guerre soient ignorés et que les autres soient servis alors qu’ils ne sont pas concernés par la réhabilitation.

Faisant donc profiter cette aide au nom de l’humanité aux personnes qui ont subi des préjudices par la guerre.

Quant à la décision de mon écartement de la présidence du croissant rouge branche d’Obock et mon remplacement par le vice-présidente, je souhaite à cette dernière un succès dans l’exercice de cette responsabilité ainsi qu’au comité.

Aussi, vous avez cité que les paragraphes

– Impartialité

– Neutralité

– Et Indépendance

Mais vous aviez omis le chapitre le plus important qui est d’ailleurs bien avant ces trois chapitres dans les statuts qu’est : L’humanité : qui est un mot très important et dont la signification prime sur tous les autres car un monde sans humanité n’est qu’une jungle

Le chapitre humanité stipule :

« Née du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, la croix rouge, sous son aspect international et national s’efforce de prévenir et d’alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes. Elle tend à protéger la vie et la santé ainsi qu’à faire respecter la personne humaine. Elle favorise la compréhension mutuelle l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples. »

A mon avis il faudrait donner du sang nouveau à ces honorables organisations humanitaires «croissant rouge de Djibouti».

Et merci.

**

COMMENTAIRES : on savait qu’une administration démotivée par la mauvaise gouvernance ne pouvait qu’être déshumanisée, oubliant complètement la mission de service public qui doit être la sienne. Mais, dans le cas présent d’un fonctionnaire démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de l’honnêteté qu’exige le travail humanitaire, c’est tout simplement le degré zéro de la morale. Ce n’est pas un scoop : tout le monde sait que dans ce régime délinquant, le Mal est devenu la norme des promotions partisanes. Même quand il s’agit de soulager une détresse humaine qu’un gouvernement peu soucieux de paix civile a largement contribué à provoquer : la preuve, c’est qu’il l’entretient encore en refusant toute Réhabilitation ! Si aucun citoyen n’est dupe, avis aux bailleurs de fonds.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

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Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural
  4. Iznogoud : un nouveau Calife pour Djibouti ?
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMEDCodirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 58

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

QUI EST DÉPHASÉ :

UN PEUPLE MALTRAITE OU UN RÉGIME IRRESPONSABLE ?

 

Passons sur le paradoxe : une Capitale illuminée pendant trois-quarts d’heure par les feux d’artifice alors que certains de ses quartiers sont plongés dans l’obscurité à cause des délestages dus à la mauvaise gouvernance. Évoquons la mauvaise conscience des fraudeurs officiels : l’énorme taux d’abstention de 51% à l’occasion de la dernière consultation électorale serait du à une dépolitisation des citoyens djiboutiens. Arrêtons-nous sur l’événement de la semaine : dans sa grande majorité, le Peuple ne s’est pas tellement senti concerné par les festivités du 27 juin. A qui la faute ?

Sans avoir à nécessairement verser dans la culpabilisation facile, dans laquelle beaucoup d’oppositions versent de par le monde, il est difficilement imaginable qu’un Peuple aussi martyrisé que le nôtre puisse, en toute inconscience, boycotter un événement pour lequel il a tant lutté et dont il attendait certainement tout, sauf de voir se détériorer ses conditions d’existence quotidienne. En clair, si les citoyens djiboutiens avaient quelque chose à fêter en ce 27 juin, ils se seraient manifestés de façon un peu plus évidente.

Il y a donc, manifestement un décalage entre l’ostentation que le régime cherche, en toute logique instrumentale, à donner à la célébration de l’Indépendance nationale et les réticences d’une population djiboutienne qui semble avoir plus de raisons de bouder que de s’amuser. Ce déphasage entre la propagande officielle et les attentes populaires pose ainsi la question de savoir d’où vient un aussi flagrant malaise.

Un premier élément de réponse, sous réserve d’une enquête d’opinion complémentaire, nous est fourni, autant que dan la pratique gouvernementale quotidienne, par certains aspects du discours présidentiel prononcé à cette occasion. C’est tout simplement sidérant. On y apprend par exemple que « la régularité des salaires figure parmi les résultats tangibles » obtenus par ce gouvernement de la mauvaise gouvernance : pourtant, le Chef de l’État devrait être le plus à même de savoir que les retards de salaire perdurent et que, si éclaircie il y a eu, c’est tant grâce à la générosité française qu’au prix d’un déficit des finances publiques. Il n’y a eu aucun miracle redevable à une saine gestion de nos ressources intérieures. Il serait donc pour le moins salutaire, et décent, que ses principaux collaborateurs informent enfin le Président de la République sur la dramatique détérioration du pouvoir d’achat des djiboutiens, très largement imputable non pas à une inflation importée à laquelle s’expose un pays qui ne produit absolument rien, mais essentiellement au gaspillage des rares ressources intérieures.

On y apprend également que le gouvernement aurait réussi à assurer « l’amélioration des conditions de vie des populations des districts de l’intérieur » : fondamentalement ubuesque, lorsque l’on sait qu’aucun emploi n’a pour le moment été créé dans ces régions. Plus gravement, une telle aberration constitue un défi au bon sens populaire comme une insulte aux attentes de ces populations, spécialement dans les zones dévastées par le conflit et auxquelles le régime refuse jusqu’à présent tout droit à la réhabilitation et à l’indemnisation. Accessoirement, le sabordage, initié au plus haut niveau de l’État, du processus de Décentralisation, est loin de plaider en faveur d’une quelconque intention sérieuse du régime en ce qui concerne un réel développement des districts de l’Intérieur.

Sans même évoquer une pratique gouvernementale largement dominée par le gaspillage et la corruption, le seul discours présidentiel prononcé à l’occasion de ce 27 juin montre de façon indubitable que si fossé il y a entre gouvernants et gouvernés, l’irresponsable responsabilité en incombe surtout à des dirigeants non seulement incapables de subvenir au minimum vital, mais bien coupables de nier l’injuste réalité à laquelle le Peuple djiboutien doit quotidiennement faire face.

Dans ces conditions, il est compréhensible que les citoyens djiboutiens aient préféré se prélasser en ce 27 juin plutôt que d’avoir l’impression de cautionner un régime responsable de la détérioration de leurs conditions d’existence. Il est peu probable que ce gouvernement des apparences tienne véritablement compte d’un tel désaveu : les fraudes électorales lui suffisent pour rester au pouvoir.

 

 


Brèves nationales

 

Les rodomontades du ministre-philosophe :

 

Cicéron ou fanfaron ?

 

En déplacement à Tadjourah dans le cadre des festivités du 27 juin, le Garde des Sceaux, peu loquace ces derniers temps, en a profité pour dispenser ex cathedra un cours de haute politique à l’intention des habitants de la Ville-Blanche, innocentes victimes de la politique gouvernementale. Il est étonnant que le représentant gouvernemental de la fraude ait pu oser donner des leçons de démocratie à des citoyens dont le libre choix du 10 janvier 2003 a été confisqué. L’inspiration lui ayant fait défaut, l’orateur a trébuché à plusieurs reprises en tentant d’esquiver la rude réalité. Déphasé et dépassé, il a justifié l’impasse actuelle par l’attitude négative de l’opposition naviguant à contre-courant selon lui. Ignore-t-il que cette opposition ainsi brocardée est celle-là même qui a récemment fait la preuve de son influence prépondérante à Tadjourah et ailleurs ? Alors que certains ministres de la mal-gouvernance restent ignorés jusque dans leurs propre villages.

Mais, comme dans ce régime d’esbroufe, parler pour ne rien dire relève de la culture politique, il est tout à fait regrettable de voir un philosophe figurer dans un gouvernement interdisant l’usage des immenses ressources de la maïeutique qui sont les siennes. Accepter de rester à l’étroit dans un système bridant à ce point l’imagination, c’est faire de la politique non pas de tout son sens, mais de tout son ventre.

Lutte contre la pauvreté :

l’esbroufe en guise de bouffe

Un curieux édito honteux en dernière page de « La Nation » du 26 juin nous a fait pouffer de rire. Sous le titre « Pour une décentralisation responsable », le lecteur a droit à une explication incohérente où se mêlent l’événementiel et la prospective. On a beau chercher ce qui a trait à la décentralisation, on reste sur sa faim. Juste quelques lignes complètement décalées du corps du texte nous rappellent qu’il s’agit en fait de la décentralisation économique, matérialisée par les méga-projets de développement au bénéfice du district d’Ali-Sabieh, région frondeuse où le chômage reste important. Cette politique démagogique destinée à susciter des jalousies sociales ne peut pourtant pas faire oublier qu’il y a plus de dix ans de nombreux emplois ont été supprimés suite à la faillite retentissante d’entreprises publiques telles que la Laiterie, Air-Djibouti ou l’Usine d’Aliments de Bétail.

Seule une politique volontariste de lutte contre le chômage pourra réduire de façon notable la pauvreté à l’échelle de toute la Nation. Pour le moment, l’esbroufe reste servie comme bouffe à nos concitoyens affamés par la mauvaise gouvernance.

A l’appui de notre thèse, citons copieusement l’édito de « La Nation » pour une fois, chef-d’œuvre du genre : « Personne ne peut nier : la situation économique s’est positivement débloquée. L’amorce de ce décollage est le fruit de la mise en place progressive du programme sur lequel s’est engagé le Président de la République. Programme qui s’articule autour de la lutte effrénée contre la pauvreté, la réduction du chômage et la lutte pour l’amélioration des conditions de vie du président. ».CQFD .

Il aurait été étonnant qu’une presse alimentaire ne se soucie pas de « l’amélioration des conditions de vie du président » de la République. Quoique que ce dernier nous semble moins à plaindre que la majorité des Djiboutiens. Et pour cause…

Les militants du MRD libérés, mais…

Nous avons appris avec satisfaction la libération de Pauline Mohamed Abdou et de ses trois compagnons, arrêtés pour « tentative de graffiti » dans la nuit du 22 au 23 juin et injustement incarcérés depuis à la prison centrale de Gabode. Candidate de l’UAD dans la circonscription de Djibouti aux dernières législatives, Pauline avait été arrêtée dans le cadre de l’acharnement contre le leader du MRD, M. Daher Ahmed Farah. Elle et ses trois co-accusés ont été finalement libérés le 29 juin à l’issue d’un procès expéditif au cours duquel ils ont tout de même été condamnés à trois mois de prison avec sursis. En sursis, mais libres.

Pour quelques barils de gasoil :

Randa renoue avec l’obscurité et la corvée d’eau

Contrairement aux affirmations fantaisistes du vice-président du conseil régional de Tadjourah, par ailleurs responsable régional de l’EDD, la mauvaise gouvernance ne semble pas en mesure d’efficacement « contribuer aux frais de gasoil », encore moins de « tirer un trait sur l’obscurité et la soif à Randa » de manière permanente. Quelques jours après la coûteuse autant qu’improductive visite présidentielle, les Randaniens ont ressorti leurs torches électriques et autres lampes-tempête pour s’éclairer. La rapide réapparition de la corvée d’eau leur a également fait retrouver l’usage des brouettes et des jerricans pour chercher l’eau à la source du coin. Les habitants de ce paisible village et ses centaines de vacanciers n’en finissent pas de maudire la mauvaise gouvernance et ses représentants locaux et nationaux, qui prophétisaient prématurément une renaissance économique à cette station d’altitude, sinistrée depuis 1993. Est-ce donc cela, la « gestion de vraie problématique » ?

 


 

Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

A propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

 

Au lieu de s’atteler à « la gestion de vraie problématique » chère au Premier ministre, le Chef de l’Etat semble pour le moment plus préoccupé de s’investir dans l’un des projets les plus dangereux, puisque potentiellement générateur de conflits territoriaux ainsi que d’anarchie pastorale par la destruction des structures millénaires existantes . Ainsi, plutôt que de mettre en place une réelle Décentralisation et d’œuvrer au développement socio-économique des régions, il vient de concocter, avec l’appui technique d’un expert africain dépêché par la FAO, un projet de loi sans aucune nécessité immédiate, visant à une remise en cause totale des structures sociales traditionnelles. Le titre pompeux « le pastoralisme et le développement agropastoral » masque mal la véritable intention de ce projet de réforme de la propriété terrienne en milieu rural : mettre toutes les régions de l’Intérieur entre les mains de l’État, de sa politique et de son clientélisme. Avant nos commentaires sur ce projet fantaisiste autant que dangereux, en voici le texte dans son intégralité.

 


 

AVANT-PROJET DE LOI

 

SUR LE PASTORALISME ET LE DEVELOPPEMENT AGROPASTORAL

L’assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit

 

Vu la Constitution du 15 Septembre 1992

 

Vu le Décret n° . . . . portant nomination du Premier Ministre

 

Vu le Décret n° . . . portant nomination des membres du gouvernement

TITRE I – DISPOSITIONS GENERALES

Chapitre 1 – Objet et champ d’application

Article 1 : La présente loi définit les principes fondamentaux et les régies générales régissant la gestion des ressources naturelles à des fins pastorales et agropastorales en République de Djibouti.

Elle détermine en particulier :

– le statut des ressources pastorales ;

– les conditions d’accès aux espaces pastoraux et de la pratique de la transhumance ;

– les mesures de sécurisation foncière des activités pastorales et agropastorales.

Elle consacre les droits des pasteurs et définit leurs obligations dans l’exercice des activités pastorales et agropastorales.

Article 2 : La présente loi a pour objectif de promouvoir la mise en valeur et l’utilisation durable des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural.

Elle vise également à promouvoir les pratiques de protection de l’environnement contre les risques de dégradation afin de préserver les intérêts des générations présentes et futures; elle met en place un cadre institutionnel pour la gestion effective des ressources pastorales.

Article 3 : La présente loi s’applique uniquement au milieu rural et principalement à l’élevage pastoral des espèces caméline, bovine, ovine et caprine.

Chapitre 2 – Définitions

Article 4 : Au sens de la présente loi, on entend par :

1°) pastoralisme, le mode d’élevage qui consiste à assurer l’alimentation et l’abreuvement des animaux grâce à l’exploitation itinérante des ressources pastorales;

2°) agro pastoralisme, la production rurale traditionnelle qui associe aux activités pastorales de base des activités agricoles d’appoint;

3°) pasteur, celui qui exerce à titre d’occupation principale l’activité d’élevage pastoral;

 

4°) ressources pastorales, l’ensemble des ressources végétales, hydriques et minérales nécessaires à l’alimentation des animaux dans le cadre de l’élevage pastoral;

5°) transhumance, le mouvement cyclique et saisonnier des animaux en vue de l’exploitation des ressources pastorales d’un espace donné;

6°) coutumes pastorales, l’ensemble des règles locales, en général non officielles, de gestion des ressources pastorales, reconnues comme telles par une population, fondées sur les traditions ancestrales et dont l’observation est considérée comme s’imposant à tous;

7°) usages pastoraux locaux, les pratiques locales habituelles d’exploitation et de gestion des ressources pastorales observées par les pasteurs dans une localité ou région déterminée ;

8°) pâturage lignager, territoire de pâture occupé et exploité depuis plusieurs générations par un lignage déterminé et considéré coutumièrement comme lui appartenant:

9°) pâturage communautaire, territoire de pâture dont les ressources sont librement accessibles aux membres de la communauté concernée, et considéré coutumièrement comme n’appartenant à personne en particulier;

10°) acteurs ruraux, les pasteurs, l’État, les collectivités territoriales décentralisées et les opérateurs privés exerçant des activités de développement en milieu rural.

Chapitre 3 – Principes fondamentaux

Article 5 : Tout acteur rural, sans distinction d’origine sociale, de sexe et de religion, bénéficie d’un droit d’accès équitable aux ressources pastorales en vue du développement d’activités productives.

L’État prend toutes dispositions de nature à promouvoir l’accès effectif des acteurs ruraux femmes aux ressources pastorales.

Article 6 : L’accès aux ressources pastorales se fait dans les conditions prévues par la présente loi et les autres textes législatifs et réglementaires y afférents, ainsi que dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux des régions concernées.

L’accès de chaque catégorie d’acteurs ruraux aux ressources pastorales se fait dans le respect des droits d’utilisation reconnus aux autres catégories d’acteurs.

Article 7 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux.

Article 8 : Conformément aux traditions culturelles et usages de solidarité pastorale, les pasteurs des régions favorisées prêtent assistance aux pasteurs des régions moins favorisées en matière d’exploitation des ressources pastorales. A cet effet, ils peuvent passer des conventions d’assistance interlignages.

Article 9 : Dans le cadre de leur gestion durable, les ressources naturelles doivent être mises en valeur et utilisées en vue de l’amélioration des conditions de vie de la population rurale.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées prennent toutes mesures administratives, techniques et juridiques de nature à favoriser la mise en valeur optimale des terres rurales en tenant compte de leur vocation et potentialité pastorale, agricole, touristique ou autres.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées favorisent la diversification des activités de mise en valeur des ressources naturelles. Ils prennent des mesures incitatives pour la promotion et le développement des activités telles que la pêche, l’apiculture ou l’artisanat.

Article 10 : L’État et les collectivités territoriales favorisent l’implication et la responsabilisation des populations locales dans la gestion des ressources locales Ils peuvent à cet effet, mettre en place toute structure de consultation ou de concertation au niveau national ou local, ou faciliter l’organisation des autres catégories d’acteurs ruraux.

Article 11 : La présente loi reconnaît et valorise les coutumes, usages et savoir-faire pastoraux locaux, à l’exception des coutumes de nature pénale et sous réserve de leur conformité avec les principes constitutionnels de la République de Djibouti.

En cas de conflit entre la loi d’une part et les coutumes et usages pastoraux d’autre part, préférence doit être donnée à la loi.

Chapitre 4 – Protection de l’environnement

Article 12 : L’exercice des activités pastorales, agricoles, touristiques ou autres par l’ensemble des acteurs ruraux est soumis à l’obligation générale de préservation de l’environnement.

A ce titre, tous les acteurs ruraux sont responsables, au sein de leurs communautés et à titre individuel, de la bonne utilisation et de la préservation des ressources pastorales.

Article 13 : L’exploitation des ressources naturelles à des fins pastorales doit être faite de manière durable, avec le souci de préserver les droits des générations présentes et futures, conformément à la législation relative à la protection de l’environnement.

Article 14 : Les acteurs ruraux doivent participer à la conservation et à l’utilisation durable de la diversité biologique, notamment en respectant la réglementation relative aux aires protégées et à la préservation des ressources végétales, spécialement celles fortement appétées.

La coupe des arbres sur les espaces pastoraux est interdite. L’émondage des arbres est autorisé sous réserve du respect des normes édictées par les services techniques compétents.

Article 15 : Conformément aux conventions internationales pertinentes, l’État doit veiller à la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique; à cet effet il oeuvre à la connaissance, la préservation, l’amélioration et la vulgarisation des pratiques pastorales traditionnelles des communautés de base, qui favorisent la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique.

Article 16 : Les acteurs ruraux doivent collaborer pour lutter efficacement contre la désertification.

Ils coopèrent avec les institutions nationales et internationales compétentes en matière de protection des écosystèmes naturels, de préservation de leur fonctionnement équilibré et de valorisation de leur potentiel productif.

Article 17 : Les actions et projets de développement doivent être conçus et réalisés en tenant compte de la nécessité de préserver les ressources pastorales en tant qu’éléments essentiels du cadre et de la qualité de vie des populations rurales.

A cet effet, une étude d’impact sur l’environnement est exigée chaque fois que la réalisation d’un projet, d’un programme ou d’un plan de développement est susceptible de causer des dommages à l’environnement ou d’entraîner la suppression totale ou partielle de ressources pastorales.

TITRE II. REGIME DES RESSOURCES PASTORALES

Chapitre 1 – Énumération et classification des ressources pastorales

 

Article 18 : Les ressources pastorales sont constituées par :

 

les pâturages naturels herbacés ;

 

les pâturages aériens;

 

les cultures fourragères;

 

les ressources en eau, superficielles ou souterraines utilisées à des fins pastorales.

 

Constituent également des ressources pastorales.

 

les espaces où se pratiquent habituellement les cures salées; les zones de mangroves;

 

les zones de palmiers doum.

Section 1 – Les pâturages
 

Article 19 : Les espaces pastoraux comprennent les espaces pastoraux coutumiers et les espaces pastoraux immatriculés.

Article 20 : Les espaces pastoraux coutumiers sont constitués par les pâturages lignagers et par les pâturages communautaires.

 

Les pâturages lignagers sont des espaces pastoraux détenus en vertu de faits ancestraux de possession, exercés à titre particulier, exclusif ou prioritaire, par des lignages déterminés, et dont les droits sont unanimement reconnus comme légitimes par les communautés de base dont relèvent ces lignages;

Les pâturages communautaires sont des espaces pastoraux occupés et exploités de manière commune par les membres d’une communauté de base, sans qu’un lignage déterminé membre de cette communauté de base puisse se prévaloir de droits particuliers, exclusifs ou prioritaires.

Article 21 : Les espaces pastoraux immatriculés sont ceux occupés en vertu d’un titre foncier régulièrement délivré conformément à la législation foncière en vigueur. Ces espaces peuvent être :

soit intégrés au domaine privé de l’État ou des collectivités territoriales décentralisées; soit concédés au profit de personnes privées;

soit détenus en vertu d’un titre foncier de propriété privée régulièrement délivré.

Au sens de la présente loi, sont assimilés aux espaces pastoraux immatriculés, les espaces ruraux pastoraux relevant du domaine public de l’État, tels que les zones de mangroves ou certaines zones de cures salées.

Section 2. Les ressources en eau

Article 22 : Les points d’eau pastoraux comprennent les points d’eau naturels et les points d’eau aménagés.

Constituent des points d’eau naturels: les cours d’eau; les lacs et étangs; les mares et gueltas.

Constituent des points d’eau aménagés:les puits;les forages ;tous autres ouvrages hydrauliques destinés à la maîtrise de l’eau telles que les retenues collinaires.

Au sens de la présente loi, les puits sont les ouvrages hydrauliques permettant de prélever les ressources souterraines en eau à une faible profondeur; les forages sont les ouvrages hydrauliques permettant de capter les ressources en eau à une grande profondeur.

Chapitre 2- Régime commun d’accès aux espaces pastoraux

Article 23 : Les espaces pastoraux constituent un patrimoine de la nation djiboutienne. L’État et les collectivités territoriales décentralisées, en tant que représentants de l’intérêt général sont responsables, en collaboration avec les communautés de base concernées, de la préservation des ressources pastorales et de la lutte contre la désertification

Article 24 : Les populations rurales bénéficient un droit d’usage et de jouissance sur les espaces pastoraux coutumiers qu’elles occupent et exploitent traditionnellement. Toute décision de l’État ou d’une collectivité territoriale décentralisée d’attribuer ou d’autoriser l’occupation ou l’exploitation d’espaces pastoraux coutumiers nécessite l’accord préalable des populations concernées.

Article 25 : Les droits d’usage et de jouissance reconnus par la présente loi aux populations rurales sont assortis de l’obligation générale de respecter l’environnement et de se conformer aux principes de l’utilisation durable des ressources naturelles.

L’Etat ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent intervenir pour prendre les mesures appropriées de préservation des ressources naturelles lorsqu’il est établi que des pratiques locales sont de nature à compromettre de manière irréversible l’utilisation durable des ressources pastorales.

Article 26 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées veillent à la préservation de la vocation pastorale des espaces ruraux. Ils s’assurent que les projets de développement et opérations de mise en valeur en milieu rural tiennent dûment compte des besoins en espace et en ressources naturelles des populations locales pour assurer leur subsistance et les activités productives habituelles.

Tout changement de destination d’une portion d’espace pastoral nécessite l’avis favorable préalable des services techniques de l’élevage, des collectivités territoriales décentralisées et des autorités coutumières concernées.

Article 27 : Les décisions de l’État ou des collectivités territoriales prises en violation des dispositions du présent chapitre peuvent être annulées par les juridictions compétentes dans le cadre des procédures ordinaires de recours contre les actes administratifs.

Il en est de même en ce qui concerne les décisions prises en violation des dispositions des articles 35 et 47 ci-dessous de la présente loi. .

Chapitre 3 – Régime des pâturages lignagers

Article 28 : Les lignages exercent des droits exclusifs d’usage et de jouissance sur leurs pâturages lignagers. Ces droits sont constitutifs de droits réels et protégés comme tels. Nulle personne et nul groupe de personnes ne peuvent être privées de leurs droits sur les pâturages lignagers pour cause d’utilité publique sans une juste et préalable indemnité

Article 28 : Les droits reconnus au lignage sur le pâturage lignager confèrent un droit collectif d’exploitation aux membres du lignage. Ce droit collectif donne à chaque membre du lignage un droit égal d’accès aux ressources du pâturage lignager. Chaque membre du lignage peut à ce titre, dans le respect des usages locaux reconnus en la matière, faire pâturer ses animaux et les abreuver. Il peut également, sous l’autorité du représentant du lignage entreprendre toutes activités productives, agricoles, touristiques ou autres.

Article 29 : L’accès aux espaces pastoraux lignagers aux fins de pâturage des animaux se fait dans le respect de l’aménagement traditionnel de l’espace rural notamment, du zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces.

Article 30 : Nul pasteur membre de la communauté, mais non membre du lignage titulaire d’un pâturage ne peut accéder aux ressources du pâturage lignager concerné sans l’autorisation préalable du représentant du lignage. Toute exploitation frauduleuse ou occupation non autorisée est interdite.

Les pasteurs appartenant à d’autres communautés ne pourront accéder à des pâturages lignagers qu’en vertu d’une convention locale pastorale, conformément aux usages locaux en vigueur. L’accès accordé à une communauté comporte de plein droit un droit de réciprocité.

Les pâturages lignagers peuvent faire l’objet de locations et prêts à des pasteurs membres d’autres lignages ou communautés dans les conditions prévues par les usages locaux. L’État et les collectivités territoriales décentralisées encouragent par toutes mesures appropriées la formalisation des prêts et locations de pâturage et garantissent le respect de ces conventions.

Article 31 : Le représentant du lignage est légalement investi des droits reconnus au lignage sur les pâturages lignagers. Il agit au nom du lignage et pour son compte. Il peut autoriser d’autres personnes à occuper et exploiter temporairement les terres du lignage. Il est habilité à ester en justice pour défendre les droits pastoraux du lignage.

De manière générale, le représentant du lignage peut accomplir tous actes d’administration au nom et pour le compte du lignage. Il peut notamment demander la délivrance, au nom du lignage, d’un titre collectif attestant des droits du lignage sur ses pâturages.

Aucun membre du lignage, quel que soit son statut, ne peut accomplir seul des actes de disposition des pâturages lignagers. Tout acte de cession d’une portion de pâturage lignager nécessite l’accord préalable des membres du lignage. Cet accord est constaté par un procès-verbal obligatoirement annexé à l’acte de cession.

La cession irrégulière d’une portion de pâturage est nulle et de nul effet.

Chapitre 4 – Régime des pâturages communautaires

Article 32 : Les communautés locales de base exercent des droits communs d’usage et de jouissance sur les pâturages communautaires reconnus comme constituant les espaces traditionnels de ces communautés.

Les droits reconnus à la communauté sur le pâturage communautaire confèrent un droit d’exploitation collectif, prioritaire et non exclusif aux membres de la communauté. Chaque membre de la communauté concernée dispose d’un droit égal d’accès aux ressources de l’espace communautaire. Il peut y faire pâturer ses animaux, les abreuver et accomplir tout acte de mise en valeur.

Les personnes qui ne sont pas membres de la communauté de base peuvent également accéder aux ressources de l’espace communautaire. Cet accès est conditionné par le respect du droit de priorité reconnu par la présente loi aux membres de la communauté locale, ainsi qu’au respect des usages locaux en vigueur

Article 33 : Les droits reconnus à chaque membre de la communauté sont exercés dans le respect des droits des autres utilisateurs et conditionnés par le respect de l’environnement. Il est interdit de gaspiller les ressources des pâturages communautaires ou de les utiliser de manière abusive.

Article 34 : Les autorités coutumières locales apportent leur concours à la préservation et à l’utilisation durable des ressources pastorales communautaires Elles informent les services techniques compétents des menaces de dégradation de l’environnement dont elles ont connaissance. Elles peuvent prendre toute mesure jugée appropriée de préservation des ressources naturelles, en concertation avec les services techniques locaux.

Toute personne qui de manière répétée se rend coupable d’exploitation abusive ou de dégradation graves des ressources naturelles peut être temporairement empêchée d’y accéder par les autorités coutumières locales. Ce temps d’interdiction ne peut dépasser une année. Information de l’interdiction d’accès est donnée immédiatement à l’autorité administrative locale territorialement compétente.

Chapitre 5 – Régime des espaces pastoraux immatriculés

Section 1 – Espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État

Article 35 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent immatriculer des portions d’espaces pastoraux dans leurs domaines privés respectifs. L’immatriculation est subordonnée à l’accord préalable des représentants des populations locales concernées, dans les conditions prévues par les textes complémentaires de la présente loi. L’accord des populations locales est constaté par l’établissement d’un procès-verbal.

Article 36 : Dans le cadre des opérations d’aménagement des espaces ruraux entrepris par l’État, celui-ci négocie un réaménagement foncier avec les populations locales concernées.

Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.

Article 37 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux, sauf les exceptions prévues par la loi.

Exceptionnellement, l’État ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer à titre gratuit une partie des terres aménagées à des femmes rurales, individuelles ou organisées en associations ou en coopératives de production.

Section 2 – Espaces pastoraux appropriés individuellement

Article 38 : Sous réserve du respect des dispositions de la présente loi et de la législation foncière en vigueur, les particuliers peuvent être titulaires des droits privatifs sur les espaces pastoraux, soit au moyen d’une transaction foncière coutumière, soit par attribution de l’État sur son domaine privé.

Article 39 : Toute transaction foncière coutumière ayant pour objet le transfert définitif d’une portion d’espace pastoral au profit d’une personne étrangère au lignage ou à la communauté détentrice des droits fonciers pastoraux, requiert l’accord préalable des membres de ce lignage ou de cette communauté. L’accord est constaté par l’établissement d’un procès-verbal dans les conditions et selon les modalités fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Toute transaction foncière coutumière ne respectant pas les prescriptions du présent article est nul et de nul effet.

Article 40 : Conformément à la législation foncière en vigueur, l’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer des portions d’espace pastoral relevant de leur domaine privé à des personnes physiques ou morales désirant réaliser des opérations de mise en valeur en milieu rural. L’attribution est faite par voie de concession provisoire, et toujours à titre onéreux.

Article 41 : L’octroi de concession sur les espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État est assorti de l’obligation de respecter les clauses du cahier des charges de la concession.

Sous peine de déchéance, il est interdit de changer l’affectation d’un espace pastoral pendant toute la durée de la concession provisoire, sauf autorisation préalable délivrée par le service des domaines après avis des services techniques locaux concernés.

La concession provisoire peut être transformée en concession définitive après réalisation de la mise en valeur prévue par le cahier des charges.

Chapitre 6 – Accès aux ressources en eau et aménagement des points d’eau

Section 1 – Points d’eau naturels

Article 42 : Les points d’eau naturels sont accessibles librement et gratuitement à tous les pasteurs pour les besoins de l’abreuvement de leurs animaux.

Le droit d’accès libre aux points d’eau naturels est conditionné par le respect de l’environnement et l’utilisation des ressources en bon père de famille. En particulier, cette utilisation doit se faire de manière économique et en respectant les droits des autres utilisateurs. Tout gaspillage et toute occupation abusive d’un point d’eau naturel sont interdits.

Les utilisateurs d’un point d’eau naturel sont tenus de participer à sa protection, à travers le respect des mesures prévues par les structures de gestion de points d’eau.

Article 43 : Des zones de sauvegarde peuvent être instituées à proximité des sources et des nappes souterraines afin d’assurer la protection qualitative et quantitative des ressources en eau.

Les fonds inclus dans les zones de sauvegarde sont frappés de plein droit d’une servitude utile à la protection de la ressource. Les textes complémentaires de la présente loi fixent les restrictions et interdictions applicables aux zones de sauvegarde.

Article 44 : L’accès aux points d’eau naturels se fait obligatoirement par les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Les collectivités territoriales décentralisées et les autorités coutumières locales concernées sont responsables conjointement de la détermination et de la délimitation des couloirs de passage.

Article 45 : Des servitudes de passage pour l’accès des animaux sont imposées aux propriétaires des fonds riverains des points d’eau naturels. Les servitudes s’exercent uniquement sur les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Elles peuvent donner lieu à indemnisation, en nature ou en numéraire, au profit du propriétaire du fonds servant dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 46 . Tous travaux, aménagements ou interventions sur le lit des cours d’eau susceptibles d’affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux font l’objet d’une autorisation préalable délivrée par l’administration compétente, conformément au code de l’eau.

Section 2 – Points d’eau aménagés

Article 47 : La décision de création d’un point d’eau public aménagé, qu’il s’agisse d’un puits, d’un forage ou d’une retenue collinaire nécessite une concertation préalable obligatoire avec les populations locales concernées. Leur avis est requis en ce qui concerne l’opportunité de création du point d’eau, le choix de son lieu d’implantation ainsi que pour les distances d’implantation à respecter par rapport à d’autres points d’eau.

Article 48 : Le ministre chargé de l’hydraulique élabore les normes relatives au maillage des puits et forages publics. Ces normes sont fixées par voie réglementaire, après consultation des populations locales concernées.

Article 49 : La création d’un forage public est subordonnée à la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social. L’étude doit comporter l’indication des mesures à prendre pour atténuer les conséquences nuisibles identifiées de l’implantation du forage.

Article 50 : Les puits et forages publics sont aménagés de manière à séparer les points d’alimentation humaine et les points d’abreuvement des animaux.

Ces aménagements doivent s’accompagner de la création de périmètres de protection.

Article 51 : L’accès à un puits ou forage public peut être soumis au paiement d’une redevance dont le taux est fixé en tenant compte de la faiblesse des revenus des populations rurales.

La redevance peut être fixée annuellement pour les pasteurs résidents et en fonction de l’utilisation des ressources pastorales pour les pasteurs transhumants.

Article 52 : Les populations locales usagères d’un puits ou forage public sont responsables de sa gestion et son entretien. Les autres utilisateurs doivent contribuer à l’entretien des infrastructures par des travaux en nature ou par des contributions financières.

Article 53 : La création de tout point d’eau public aménagé, notamment d’un forage, doit être accompagnée de la mise en place d’un système local de gestion du point d’eau. Les utilisateurs d’un point d’eau s’organisent pour créer une commission locale de l’eau.

Les services techniques compétents et les collectivités territoriales décentralisées favorisent et facilitent la mise en place des commissions locales de l’eau.

Article 54 : La gestion de chaque point d’eau public aménagé est assurée par une structure locale de gestion du point d’eau. Cette structure peut proposer à l’autorité compétente les mesures appropriées et consensuelles de gestion des ressources en eau, notamment les principes d’accès aux points d’eau et les taux des redevances.

Article 55 : Les structures locales de gestion de l’eau prennent toutes mesures appropriées pour une utilisation rationnelle et équitable des ressources d’un point d’eau public aménagé. Elles peuvent notamment, en concertation avec les autorités coutumières locales, instituer des tours d’eau en fonction des espèces d’animaux, petits ruminants ou gros bétail.

Article 56 : Les structures locales de gestion de l’eau assurent la collecte et la gestion des redevances liées à l’utilisation des ressources en eau. Les fonds récoltés doivent être reversés dans une caisse tenue à cet effet. La structure rend compte périodiquement de la gestion de ces fonds aux institutions locales compétentes.

Section 3 – Points d’eau pastoraux privés

Article 57 : La réalisation de puits par des particuliers pour la réalisation d’activités domestiques est libre. Sont considérées comme domestiques les activités de production pastorales, agropastorales ou agricoles menées aux fins de subsistance.

Article 58 : Tout prélèvement de ressources du domaine public hydraulique par voie de forage privé est soumis à autorisation préalable de l’autorité compétente, conformément au code de l’eau.

L’accès aux ressources d’un puits privé ou d’un forage privé est réservé au propriétaire. Aucun prélèvement par autrui ne peut être fait sans l’autorisation préalable du propriétaire

Article 59 : Les propriétaires de puits et forages privés sont tenus de se conformer à la réglementation applicable aux prélèvements des eaux du domaine public hydraulique, notamment en ce qui concerne le matériel de pompage et le débit d’exhaure.

 

TITRE III – TRANSHUMANCES

 

Article 60 : Les pasteurs ont le droit de conduire les animaux en transhumance sur l’ensemble du territoire djiboutien.

Les autorités administratives locales et les collectivités territoriales décentralisées apportent leur concours et leur assistance à la bonne organisation des déplacements des animaux, à la sécurité des troupeaux et au règlement des litiges éventuels.

Après consultation des représentants des pasteurs, le ministère chargé de l’élevage procède à la détermination et l’aménagement des grands axes de passage des animaux en transhumance et pour la commercialisation.

Article 61 : Le déplacement des animaux en transhumance se fait dans le respect de l’environnement et des usages locaux relatifs à l’utilisation des pâturages. En particulier, les pasteurs transhumants sont tenus de respecter le zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces d’animaux.

Article 62 : Les troupeaux en transhumance doivent faire l’objet d’une surveillance. La garde des animaux transhumants est assurée conformément aux usages locaux en vigueur.

Dans tous les cas, les propriétaires de troupeaux transhumants répondent des dommages causés à autrui du fait de leurs animaux.

Article 63 : Les propriétaires d’animaux en transhumance sont tenus de se conformer aux régies en vigueur relatives à la police zoosanitaire. Les pasteurs transhumants doivent déclarer tout cas suspect de maladie contagieuse.

Les services chargés de l’élevage sont habilités à mettre en quarantaine les troupeaux inconnus suspectés de véhiculer des maladies contagieuses.

Article 64 : Le droit de transhumer reconnu à l’article 60 ci-dessus comprend la faculté de franchir les frontières nationales à des fins de pastoralisme, sous réserve de l’obligation pour les pasteurs de se conformer à la législation du pays d’accueil, notamment en matière de la police zoosanitaire et de protection de l’environnement.

Sous réserve de réciprocité, les pasteurs en provenance des pays voisins ont le droit de pénétrer sur le territoire Djiboutien à des fins de transhumance. Les pasteurs transhumants en provenance d’autres pays sont tenus de respecter la législation djiboutienne, notamment en matière de police zoosanitaire, de protection de l’environnement et de gestion des points d’eau.

Article 65 : Les autorités compétentes djiboutiennes négocient avec les États voisins des accords bilatéraux ou multilatéraux visant la coopération dans les situations de crise écologique, la gestion des ressources transfrontalières et la promotion de la commercialisation du bétail.

TITRE IV – SECURISATION DES DROITS

Chapitre 1 – Principes de sécurisation foncière pastorale

Article 66 : Les espaces pastoraux occupés en vertu des coutumes ne constituent pas des biens vacants et sans maître.

Les droits fonciers pastoraux individuels et collectifs reconnus par la présente loi sont protégés par le juge compétent contre les troubles de jouissance susceptibles d’être causés par les particuliers, l’État et les collectivités territoriales décentralisées.

Les titulaires de ces droits ne peuvent en être privés que pour des raisons d’utilité publique et contre une juste et préalable indemnisation, conformément aux dispositions en vigueur relatives à l’expropriation pour cause d’utilité publique.

Article 67 : Les lignages et communautés titulaires de droits fonciers pastoraux peuvent, par l’intermédiaire de leur représentant, demander aux autorités compétentes la délivrance d’un titre attestant de leurs droits.

La nature de ce titre et les modalités de sa délivrance sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Mécanismes et outils de sécurisation des droits

Article 68 : La gestion des droits fonciers pastoraux relève des institutions locales compétentes et de l’administration nationale chargée de la conservation foncière.

Les textes complémentaires de la présente loi déterminent les institutions locales compétentes en matière d’administration des droits fonciers pastoraux. Ils fixent également les modalités de cette administration ainsi que les modalités de supervision et de contrôle par les autorités nationales compétentes.

Article 69 : Les terres rétrocédées par l’État aux populations rurales dans les conditions prévues à l’article 36 ci-dessus font obligatoirement l’objet de mesures d’identification des bénéficiaires, de délimitation et de matérialisation par tous moyens appropriés. Des textes complémentaires de la présente loi fixent les modalités de constatation des droits, de délimitation et de matérialisation des terres ainsi rétrocédées.

Article 70 : Les droits fonciers acquis par l’État ou les collectivités territoriales décentralisées et immatriculés dans leur domaine privé doivent être recensés et représentés sur des cartes foncières rurales, qui constituent des documents ruraux pré-cadastraux.

Les cartes foncières rurales sont établies par l’administration de la conservation foncière, en concertation avec les services locaux de l’agriculture et de l’élevage et avec les collectivités territoriales décentralisées concernées. L’échelle de réalisation des cartes est fixée par les textes complémentaires de la présente loi.

Les cartes foncières rurales sont régulièrement mises à jour dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

TITRE V – INSTITUTIONS – GESTION DES CONFLITS

Chapitre 1 – Comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 71 : Il est créé dans chaque région un comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 72 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes a pour mission de promouvoir la responsabilisation des populations dans la gestion des ressources pastorales communes et d’assurer la mise en oeuvre effective des principes, régies et usages de gestion durable de ces ressources.

Article 73 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est principalement chargé de :

formuler des avis à la demande des autorités nationales et locales chargées de la gestion des ressources pastorales ;

recommander en cas de besoin aux instances locales compétentes des mesures spécifiques de gestion des ressources pastorales, telles que les régies d’accès équitables aux ressources communes ou les mises en défens;

organiser la collecte des usages pastoraux locaux, promouvoir leur observation et fournir une expertise en la matière aux tribunaux en cas de besoin ;

favoriser la conclusion des conventions locales pastorales d’assistance inter-lignages et faciliter le règlement des différends qui résultent de leur mise en oeuvre ;

suivre la mise en oeuvre de la législation pastorale et formuler toute recommandation de révision aux autorités compétentes ;

participer à la négociation et au suivi de la mise en oeuvre de plans de réaménagement foncier ;

concourir par tous moyens appropriés à la prévention, des conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales communes.

Les attributions du comité de concertation pour la gestion durable des ressources naturelles sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 74 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est composé notamment de représentants des autorités coutumières, des exploitants ruraux, des femmes exploitantes rurales, des associations locales de développement, ainsi que de personnes ressources locales.

La composition du comité de concertation et les modalités de son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Commissions locales de l’eau

Article 75 : Conformément au code de l’eau, les usagers de l’eau en milieu rural constituent au niveau de chaque commune rurale une commission locale de l’eau dotée de la personnalité morale

Article 76 : Les commissions locales de l’eau contribuent à la mise en valeur et à la gestion rationnelle, participative et durable des ressources en eau. Elles sont responsables de l’entretien des infrastructures hydrauliques publiques. Elles sont en outre chargées de la réalisation des missions prévues aux articles 54 à 56 de la présente loi

Article 77 : La commission locale de l’eau est composée de représentants des différentes catégories d’usagers de l’eau, des femmes exploitantes rurales et des autorités coutumières.

La composition exacte de la commission et les modalités de son fonctionnement sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi

Chapitre 3 – Fonds djiboutien de développement pastoral

Article 78 : Il est créé un Fonds djiboutien de développement pastoral, dont les ressources sont principalement destinées à contribuer à la prévention, l’atténuation et la gestion des effets des catastrophes naturelles.

Article 79 : Le Fonds a notamment pour mission de :

contribuer à définir les actions et mesures à prendre dans les situations d’urgence;

financer des microprojets de développement pastoral, agropastoral et d’amélioration de la gestion des parcours;

soutenir des actions spécifiques d’appui aux femmes exploitantes rurales.

Article 80 : Les ressources du Fonds sont constituées notamment par.

les dotations de l’État;

une partie du produit des taxes et redevances d’exploitation des ressources naturelles;

les subventions d’organisme de coopération;

les dons et legs acceptés par l’État.

Article 81 : Les missions du Fonds et les modalités de son organisation et son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 4 – Gestion des conflits

Article 82 : Les conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales sont gérés localement et à l’amiable par les autorités traditionnelles, conformément aux usages locaux. Aucune sanction pénale ne peut être infligée par ces autorités.

Article 83 : En cas de besoin, l’autorité administrative locale crée au niveau de la commune rurale une commission locale de conciliation chargée de concilier les parties aux conflits locaux liés à l’utilisation des ressources pastorales.

Article 84 : En cas d’accord amiable pour un règlement du différend, la commission établit un procès-verbal de conciliation. En cas d’échec de la tentative de conciliation, la commission établit un procès-verbal de non-conciliation.

Les litiges non conciliés liés aux activités pastorales et agropastorales sont portés devant les juridictions de droit commun, conformément aux textes en vigueur.

Article 85 : La composition, l’organisation et le fonctionnement des commissions de conciliation sont précisés par les textes complémentaires de la présente loi.

 

TITRE VI – INFRACTIONS ET SANCTIONS

 

Article 86 : Sont compétents pour rechercher et constater les infractions aux dispositions de la présente loi et de ses textes complémentaires:

les officiers de police judiciaires ;

les agents assermentés des eaux et forêts ;

les agents habilités des services de l’élevage et de l’agriculture.

Les textes complémentaires de la présente loi précisent les catégories d’agents des services de l’élevage et de l’agriculture habilités à rechercher et constater les infractions à la présente loi

Article 87 : les agents habilités désignés à l’article précédent peuvent, dans le respect des dispositions du code de procédure pénale, pénétrer à l’intérieur des propriétés bâties ou non bâties, en vue de procéder à des enquêtes, constats et perquisitions.

Article 88 : Quiconque fait pâturer des animaux en violation des coutumes et usages de zonage des pâturages en fonction des pratiques traditionnelles de mise en défens est puni d’une amende de 5000 francs à 20 000 francs.

Article 89 : Quiconque entreprend sur un pâturage lignager des activités pastorales, agropastorales, touristiques ou autres, sans titre ni autorisation préalable du représentant du lignage, est puni d’une amende de 5000 francs à 50 000 francs La condamnation peut être assortie d’une astreinte

Article 90 : Sans préjudice de l’annulation de l’acte, tout membre d’un lignage ayant procédé à des actes de disposition d’une portion de pâturage lignager, sans l’accord préalable des autres membres du lignage, est puni d’une amende de 50000 francs à 1000 000 de francs.

Article 91 : Quiconque exploite les ressources pastorales communes en violation des usages pastoraux locaux ou en violation du droit de priorité reconnu aux membres de la communauté concernée est puni d’une amende de 5000 francs à 20000 francs.

Article 92 : Sans préjudice de l’interdiction temporaire d’accès aux ressources pastorales prévue à l’article 34 de la présente loi, quiconque commet dans un pâturage communautaire des actes répétés de dégradation de l’environnement, de gaspillage ou d’utilisation abusive des ressources pastorales est puni d’une amende de 5000 à 50 000 de francs.

Article 93 : Est puni de la même peine quiconque pollue, gaspille ou exploite de manière abusive les ressources en eau.

Article 94 : Quiconque, sans autorisation préalable, change l’affectation d’un espace pastoral concédé pendant la durée de la concession provisoire est puni d’une amende de 50 000 francs à 1000 000 de francs.

Article 95 : Est puni d’une amende de 5000 à 50 000 francs quiconque :

occupe ou entrave une piste pastorale ou empiète sur son emprise;

accède aux points d’eau pastoraux en dehors des pistes prévues à cet effet;

viole les dispositions relatives aux zones de sauvegarde des points d’eau pastoraux;

entrave ou empêche l’accès des animaux aux points d’eau;

établit un campement pastoral ou agricole aux abords d’un point d’abreuvement des animaux ou les occupe abusivement.

Article 96 : Est puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de 50 000 à 1000 000 de francs ou de l’une de ces deux peines quiconque, sans autorisation préalable, entreprend des travaux sur le lit des cours d’eau de nature à affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux

Article 97 : Est puni d’une amende de 50 000 à 1000 000 francs quiconque, sans étude d’impact sur l’environnement, réalise des travaux susceptibles d’entraîner la disparition totale ou partielle de pâturages. ,

Article 98 : Sans préjudice de la condamnation à la remise en état des lieux, quiconque procède au déplacement ou à la destruction des bornes, balises et autres moyens de délimitation des espaces pastoraux et des pistes à bétail est puni d’une amende de 10 000 francs à 100 000 francs.

Article 99 : Sans préjudice de la condamnation au paiement de dommages et intérêts pour les préjudices causés aux tiers, quiconque laisse divaguer des animaux transhumants est puni d’une amende de 5 000 à 50 000 francs.

Article 100 : Les sanctions prévues par les lois connexes en vigueur, notamment le code de l’eau, la loi-cadre sur l’environnement, la loi réglementant la coupe de bois, la loi zoosanitaire restent.

 

Article 101 : Le juge peut décider de remplacer les sanctions pécuniaires prévues par la présente loi par des prestations équivalentes en nature.

 

Il peut également, en considération des circonstances locales et de la situation personnelle de l’auteur de l’infraction, remplacer les sanctions pécuniaires dont le maximum n’excède pas 50 000 francs par des sanctions alternatives de type éducatif

Les textes complémentaires de la présente loi définissent la nature et les modalités d’exécution des prestations en nature et des sanctions alternatives de type éducatif.

 

TITRE VIII – DISPOSITIONS DIVERSES ET FINALES

 

Article 102 : Les comités de concertation pour la gestion durable des ressources communes, en collaboration avec les autorités coutumières et les collectivités territoriales décentralisées, organisent la collecte et la promotion des usages locaux pastoraux contribuant à la gestion durable des ressources naturelles. Dans la mesure du possible, ils favorisent la généralisation des usages positifs et contribuent à leur harmonisation sur l’ensemble du territoire Djiboutien.

Article 103 : Toutes dispositions antérieures contraires à la présente loi sont abrogées

Article 104 : La présente loi sera promulguée par le Président de la République, publiée au journal officiel de la République de Djibouti et exécutée comme loi de l’État.

Elle entrera en vigueur un an après la date de sa publication. Dans le délai compris entre sa publication et son entrée en vigueur, le Ministère de l’Élevage organisera la diffusion et la vulgarisation de la loi aux niveaux national et local.


Iznogoud: un nouveau Calife pour Djibouti ?

IZNOGOUD :

Un nouveau Calife pour Djibouti ?

 

Tout le monde connaît Iznogoud, personnage de bande dessinée, le méchant qui n’avait qu’une obsession : devenir calife à la place du calife. Mais si Haroun El Poussah gouvernait son pays avec bonté et justice, son acharné comploteur ne nourrissait quant à lui que de sombres desseins pour son peuple : régner en terrorisant ses sujets et en s’enrichissant sur leur dos. Telle pourrait être la morale de la réforme de la propriété foncière en milieu rural que l’Exécutif djiboutien a imaginé. Ce projet de loi est pudiquement intitulé « loi sur le pastoralisme et le développement agropastoral ». Mais, loin de remédier à une quelconque injustice traditionnelle, cette réforme semble avoir un objectif principal : assurer au régime le contrôle sur des zones rurales dont la gestion relève des règles traditionnelles afin d’offrir plus de ressources coercitives à son clientélisme tout en autorisant une classe d’affairistes liée au régime à disposer comme elle l’entend des énormes potentialités jusque-là étouffées des régions de l’Intérieur. En fait de développement agropastoral, ce projet de loi vise tout simplement à déstructurer les fondements de la société traditionnelle en milieu rural. Ceci en annexant à l’Etat et à des collectivités territoriales qui tardent à se mettre en place, c’est-à-dire au régime en place avec tout ce que cela implique comme déni de droit et arbitraire, un pilier de la stabilité pastorale : les structures de la propriété foncière. S’il est bien évident que l’on ne change pas une société par décret, il s’agit d’analyser les motivations de l’Exécutif djiboutien en concoctant, au mépris de toute concertation préalable avec les premiers concernés, une réforme terrienne qui, aux dires des experts eux-mêmes, a déjà produit des effets plutôt néfastes dans les pays africains où elle a été introduite.


Il est tout d’abord remarquable que l’État djiboutien fasse appel à l’expertise de la F.A.O (Food and Agricultural Organisation = Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture) non pas aux fins de promouvoir l’agriculture par la mise en valeur des quelques terres fertiles dont le pays dispose, mais pour détruire un des piliers de l’organisation sociale traditionnelle. Comme si celle-ci concurrençait négativement le pouvoir central. Comme si les règles de la propriété du sol en milieu rural freinait un quelconque développement agropastoral. Les motivations de cette réforme sont donc autres que le souci du développement agropastoral.

Quel est le champ d’application de cette réforme ? Le territoire de la République de Djibouti, d’une faible étendue, se compose de petites zones urbaines et le reste de zones rurales. Aucune de ces entités ne comporte de terres vacantes ou sans maître : elles appartiennent soit au domaine public ou privé de l’État si elles sont immatriculées comme telles au Cadastre des terres domaniales, soit elles constituent des propriétés particulières individuelles ou collectives selon les coutumes et traditions dans ces zones rurales. Les zones urbaines sont des entités artificielles vivantes, issues du besoin grégaire et des nécessités économiques des sociétés humaines soumises à la croissance et aux transformations qu’elle implique : elles sont organisées et accompagnées par des adaptations règlementaires et législatives. D’où Cadastre, lotissements, parcellisation, servitude et voirie. Les citadins sont donc protégés dans leurs droits et servis dans leurs besoins par les autorités qui assurent le gouvernement de la Cité. Chacun jouissant en paix de ses droits, conformément aux documents en sa possession ( exemple : le titre foncier ), s’acquittant de ses devoirs municipaux et de la voirie.

Quant aux régions rurales, elles sont gérées par leurs habitants en fonction de leur destination et de leur finalité. Dans notre pays, ces régions rurales sont gérées pour la partie parcourue et habitée par la communauté Issa, conformément aux us et coutumes qui lui sont propres : le Xeer Issa. Qui donne à l’évidence toute satisfaction à ses utilisateurs, puisqu’il n’y a pas conflit de parcours, de transhumance, d’accès aux pâturages ou aux points d’eau au sein de cette société pour l’utilisation de son espace au mieux de ses intérêts. Il n’est donc point besoin de légiférer pour ces régions par le gouvernement central, le contraire risquerait d’y introduire le jeu politique, ses aléas et son instabilité dans un domaine qui n’est actuellement que paix et harmonie.

Quant à la région parcourue par la communauté Afar, elle est également gérée depuis toujours par un riche corpus de coutumes (Qada), de jurisprudence (Madqa) et de tradition (Xinto). La propriété du sol y est strictement réglée, ainsi que la transhumance, l’accès aux pâturages et aux points d’eau, les réserves, la rotation, la nomadisation, l’entraide réciproque, l’inviolabilité, les processus de règlement des litiges le cas échéant, le recours, l’arbitrage, la stabilité, les redevances temporaires ou permanentes, la déshérence; bref, tous les aspects de l’utilisation de l’espace rural et de sa gestion pacifique sont absolument garantis par le système existant.

A ce chapitre, il n’est pas inutile de souligner ici une spécificité remarquable dans nos zones rurales, si le Sultan perçoit bien un loyer annuel, sur certaines terres, il n’a absolument pas le droit de procéder à une quelconque expropriation, pour quelque raison que ce soit. C’est tout simplement parce qu’il n’est pas lui-même propriétaire de ces terres : il est tout juste le garant des limites territoriales entre les différents lignages. Comme chacun de ses sujets, le Sultan est tenu de se conformer à ce qui existe : il n’a pas le droit d’innover ou de mettre en place une nouvelle jurisprudence, quel que soit le domaine. C’est le gestionnaire et le garant de l’orthodoxie traditionnelle. On est donc bien loin de l’image du despote tout-puissant et capricieux qui entache souvent ce rôle politique, et que l’on retrouve malheureusement parfois dans certains Etats prétendument démocratiques.

C’est aussi la raison pour laquelle, d’autre part, il faut bien admettre que si le système perdure par-delà les siècles, c’est qu’il y a une nécessité fonctionnelle à son maintien. Il y a attachement aux normes et valeurs traditionnelles pour autant que les structures mentales correspondent aux structures sociales, c’est-à-dire aux formes interpersonnelles de l’existence quotidienne : famille, tribu, lignage, solidarité et, dans le cas présent, mode de vie pastoral réglementé dont l’arbitrage relève d’une instance centrale unique : le Sultan.

Ceci repose sur la conviction que « Dieu n’a pas créé des Hommes sans terre, comme il n’a pas créé de terre sans habitants ».

Il est donc non seulement inutile mais extrêmement dangereux d’attenter à une telle stabilité dans la paix, la cohésion et la solidarité, sans aucune nécessité autre que le besoin, actuellement manifesté par le régime, de procéder à une expropriation à peine déguisée.

Or, ce que propose ce projet de réforme, c’est de remplacer le système existant, dans lequel toutes les décisions sont contrôlées par une assemblée collégiale et par tout un corpus juridique clairement codifié, par un pouvoir central dont la première caractéristique n’est certainement d’assurer l’égalité entre tous les citoyens et entre toutes les régions. Car, si tel avait été le cas, la République de Djibouti aurait fait l’économie d’un conflit fratricide, de même que les accords de paix de 1994 et de 2001 auraient trouvé une stricte et honnête application, dans le sens de l’intérêt général et de la réconciliation nationale.

Le fait est donc que ce régime d’injustice est le moins bien placé pour prétendre « promouvoir la mise en valeur et l’utilisation des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural. », comme le stipule l’article 2 de ce projet de loi. Une bonne intention ne peut exister séparément d’un contexte général lui accordant sérieux et crédibilité.

Nous avons abondamment évoqué ici et ailleurs toutes les entraves gouvernementales à une réelle Décentralisation et toute son incapacité, pour ne pas parler de désintérêt, à assurer les bases d’un Développement durable des régions de l’Intérieur. Mais, sans même évoquer la précipitation dans la rédaction de ce projet de loi ( précipitation qui se dévoile dans ses deux articles 28), le seul fait qu’aucune autorité traditionnelle n’ait été préalablement associée à ce projet montre clairement que le souci d’une hypothétique justice sociale en milieu rural n’est pas ce qui motive cette destruction préméditée et malintentionnée d’un des piliers fondamentaux de la société traditionnelle.

Car, force est de reconnaître que ce ne sera pas ce pouvoir de tous les abus de pouvoir qui remplacera efficacement et dans le sens de l’intérêt général, une autorité traditionnelle dont la modération fondée sur la collégialité décisionnelle et le strict respect des lois ancestrales a jusqu’à présent assuré la paix et la concorde civile.

De plus, conscients plus que les citadins que la chasse au gaspillage est une condition essentielle de survie dans un environnement écologique hostile, les ruraux n’ont pas attendu les conseils d’un pouvoir central excentré pour veiller à la sauvegarde de leur cadre de vie et pour s’entraider en cas de besoin. On ne peut qu’être dubitatif devant le caractère superflu de l’article 7 de ce projet de loi : « l’État et les collectivités décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux. » : on se demande bien pourquoi changer alors ce qui sera tout de même respecté ?

La véritable intention d’expropriation se dévoile en fait dans les articles 36 à 41 de ce projet de loi. Ainsi, l’article 36 dispose que « Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.»

Pour sa part, l’article 37 stipule que « L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux ». Donc, la tribu cède à un prix dérisoire mais rachète au prix fort. Par contre, sans tenir compte des aspirations régionales, l’Etat peut mettre toutes les zones qu’il désire à la disposition d’investisseurs privés : le caractère mercantile du projet et ses potentialités néfastes n’échappent donc à personne.

Il ne s’agit donc pas, avec ce projet en préparation, de combler un vide juridique, ni de supprimer une lacune, encore moins de corriger un défaut. Il s’agit tout simplement de déposséder les possédants en transférant à l’État la propriété du sol appartenant jusque là à ses occupants.

L’ARD condamne catégoriquement ce projet de réforme et demande à toutes les populations concernées, aux Sultans et aux notables, de même qu’aux mal-élus et aux ministres, de refuser cette expropriation, quoi qu’il leur en coûte, puisque c’est une provocation absolument contraire à l’intérêt général et à la paix civile.

 

 


 

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