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Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

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Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les incohérences du Budget (1)
  4. Le déclin de l’Éducation Nationale
  5. Insécurité présidentielle
  6. Dyarchie de la première pierre
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 79

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BENNE’S BLUES : LA COMPLAINTE DE L’ÉBOUEUR

Oubli ou mémoire : c’est souvent la dialectique entre ces deux états de la conscience humaine qui articule la confrontation entre des forces politiques données. Elle se met en scène à travers les médias, que les régimes à déficit démocratique accentué instrumentalisent pour rappeler ce qui les intéresse ou occulter ce qui les gêne.

Mais, la Raison ayant ses ruses, et plus spécialement lorsque incompétence et amateurisme se conjuguent à la précipitation médiatique, il arrive que l’effet obtenu soit l’exact contraire de celui de l’encensement recherché. C’est ce qui semble être arrivé lundi dernier au journal gouvernemental « La Nation », obligé de couvrir deux événements qui, mis en présence dans la même édition, donnent toute la mesure des incohérences gouvernementales relativement aux vraies priorités de développement.

On y apprend d’une part que grâce aux efforts financiers et humains des forces américaines stationnées à Djibouti, le centre médical de Tadjourah a bénéficié d’un lifting inespéré, comme si le régime n’avait pas quelques millions de nos francs à investir dans cette action. On y apprend également que, certainement grâce à une providentielle et clairvoyante requête présidentielle en ce sens, la coopération chinoise va énormément contribuer à la salubrité de notre Capitale. A en croire la présentation qui en est faite, il s’agit là d’un don inespéré : 3 bennes tasseuses, 3 bennes basculantes, 2 camions pour conteneur détachable, 1 camion balayeur, 25 conteneurs détachables, 60 bacs à ordures de 1100 litres.

L’énumération s’imposait car tout ce matériel représente la somme « astronomique » de 120 millions FD : même si les finances publiques djiboutiennes sont dans un état de délabrement avancé, il est inimaginable que ce matériel, sans lequel il n’existe aucune Voirie digne de ce nom, ne pouvait être acheté sur fonds nationaux. Que ce régime n’ait même pas pensé à budgétiser le remplacement du matériel de la Voirie, ou même son accroissement consécutif à l’augmentation de la population de la Capitale, en dit long sur une mauvaise gouvernance tellement omniprésente qu’elle en devient banale. A tel point que ce régime ne craint pas le ridicule qu’il y a à médiatiser un don de bennes à ordures ! On le savait : la propreté domestique, au propre comme au figuré, n’est pas vraiment une priorité de ce gouvernement.

Oubli ou mémoire : une des fonctions de l’inflation des images et des commentaires, c’est aussi de contribuer à l’oubli de ce qui s’est passé par la massification du présent : aller de l’avant pour ne pas rappeler ce qu’il y a eu avant. Avant, ce sont par exemple tous ces dons, médiatisés en leur temps, et dont l’on ne sait plus trop bien ce qu’ils sont devenus une fois réceptionnés.

De l’imposant matériel de cuisine offert par l’Espagne à l’Hôpital Général Peltier, sans que l’alimentation des malades n’en soit pour autant assurée, aux motopompes fournies à chaque inondation, sans que la prochaine n’en soit mieux gérée, en passant par le don alimentaire du PAM, officiellement consacré aux cantines scolaires, sans que les élèves des zones rurales n’en soient les premiers bénéficiaires, la liste est longue des bonnes intentions détournées de leurs finalités sociales ou humanitaires. Mais, ce rappel de l’incompétence en action, ce n’est pas des médias publics subordonnés aux impératifs partisans qu’il faut l’attendre. Pour leur part, les éboueurs djiboutiens, bien que satisfaits de voir renforcé leur outil de travail, espèrent au moins deux choses : que la Voirie ne soit pas privatisée et qu’ils reçoivent leurs salaires régulièrement. Ce n’est pas beaucoup et ce n’est pas rien : c’est tout juste le début de la bonne gouvernance. Au boulot !


Brèves nationales

Pêche miraculeuse :

Entre espadon et requins, les Djiboutiens assurent

Qui a dit que le journal gouvernemental « la Nation » n’avait pas d’humour ? Certainement pas nous : Après son vif intérêt pour la situation des chèvres ruminant sur la voie publique, voici que cette semaine, il s’intéresse au milieu marin et à la pêche au gros. Ainsi dans son édition du lundi dernier notre confrère nous apprend qu’un homme d’affaire djiboutien très coté sur la place aurait battu un record national de pêche sportive en tirant hors de l’eau un espadon de 2,53 m et pesant 42 kg. Cet exploit a été, on s’en doute, homologué comme il se doit par un expert en la matière. « La Nation » en a même l’ivresse des profondeurs. Citons-la en apnée : «Le poisson a été pêché à l’aide d’une ligne de 50 livres. Cet exploit est à mettre à l’actif d’un Djiboutien en l’occurrence M. Abdourahman Boreh. Il lui a fallu beaucoup de dextérité pour ramener sa prise à bord car le fil utilisé est un des moins épais servant dans la pêche sportive… il pouvait à tout moment casser vus la taille et le poids de l’espadon. C’est ce que confirme Maître Martinet, le représentant de l’International Game Fish Association à Djibouti qui parle d’un record local. Quand les djiboutiens s’y mettent, ça mord et des gros… ».

Rappelons citoyennement et modestement qu’un hôtel-restaurant de Tadjourah avait reçu livraison, il y a quelques mois, d’un espadon d’une taille similaire : l’exploit avait été réalisé par un petit pêcheur n’ayant pas l’honneur d’avoir dans son carnet mondain l’adresse d’un avocat internationalement habilité à homologuer son exploit intempestif. Comme quoi, pour ne pas mourir idiots, les espadons ne devraient pas se mettre à la portée de n’importe quel hameçon. Effectivement, comme dirait un avocat internationalement habilité à établir des homologations internationalement reconnues, sans trop tirer sur le fil, à Djibouti ça mord, même dans les profondeurs hypothalassiques, pour les gros… hameçons bien sûr. Honni soit qui manigance…

Lutte contre la contrebande :

La fumée se dissipe.

Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre d’années ? Même injustement qualifiée de République autoproclamée, le Somaliland n’a jamais tergiversé sur la lutte contre la contrebande. Certainement parce qu’il existe là-bas un sens de l’État qui n’existe plus chez nous ; car pour avoir trop souffert de l’injustice, les Somalilandais savent que si chacun commence à favoriser son cousin pour le commerce ou quoi que ce soit d’autre, les vieux démons ressurgiront tôt ou tard et les sacrifices consentis contre la dictature de Siad Barré n’auront servi à rien. C’est pour cela que confiant dans le dynamisme de ses hommes d’affaires et dans l’impartialité de son administration, le Somaliland a toujours combattu la contrebande d’où qu’elle provienne et parfois de Djibouti.

A cet égard, tous nos compatriotes savent que pour avoir osé saisir des marchandises qu’elles considéraient comme illégalement introduites, les autorités du Somaliland avaient vu leur frontière terrestre avec Djibouti brutalement fermée sans aucune explication par un régime djiboutien sacrifiant ses intérêts nationaux sur l’autel de la parentèle et de la clientèle. C’est donc avec satisfaction que nous enregistrons le retour à la raison des autorités djiboutiennes dans ce domaine.

En effet, comme nous l’apprennent généreusement les médias officiels, cette semaine Djibouti aurait finalement accepté de combattre la contrebande transfrontalière de concert avec le Somaliland dont l’expérience, le sérieux et le bien-fondé en ce domaine paraissent enfin reconnus.

Nous ne pouvons qu’encourager le régime dans cette voie, persuadés que les trois catégories bénéficiaires de cette rigueur seront : les consommateurs, la libre entreprise et les fiscalités nationales. N’en déplaise aux requins et autres espadons dûment homologués et nombreux paraît-il dans les mers chaudes bordant les deux pays.

Rappelons pour la sombre histoire que face à cette atteinte intolérable à la libre entreprise, de nombreux opérateurs économiques avaient suite à la fermeture des frontières entre Djibouti et le Somaliland, préféré délocaliser leurs opérations financières et commerciales sur Berbera, Addis-Abeba et les pays du Golfe au grand dam des banques commerciales de la place de Djibouti.

Obock :

Un district à part ?

Triste laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices concoctées par ce régime sectaire, le district d’Obock reste à la traîne du développement durable version Chef de l’État. Ainsi la ville oubliée et enclavée d’Obock victime du délabrement pour cause du conflit et de la mauvaise gouvernance n’a même pas le minimum exigé d’une Capitale régionale. Cette semaine, les Obockois se plaignent du manque d’électricité consécutif à l’agonie de leur centrale électrique désuète. Conséquence : les moustiques qui y pullulent en cette saison font des ravages parmi la population. Après le chômage, l’insalubrité et la précarité quotidienne, les Obockois se demandent ce que vient chercher chez eux le Chef de l’État, dont la visite reste programmée. Le chantier de reconstruction des logements détruits lors du conflit n’a toujours pas démarré et l’on assiste même à des querelles entre réels bénéficiaires et ceux imposés par le régime pour de sombres raisons électoralistes. C’est dans ce climat délétère que l’on apprend que des problèmes de circulation des personnes sont apparus au niveau du poste frontalier de Moulhoulé. Si l’on en croit les centaines de Djiboutiens ayant transité depuis quelques semaines par ce check point tenu par l’Armée nationale, d’inadmissibles tracasseries frappent les usagers nationaux de cette voie terrestre entre l’Érythrée et Djibouti.

Il semble qu’en l’absence d’une police des frontières à Moulhoulé, les responsables des forces armées nationales de ce secteur exigent le laissez-passer Érythréen pour les Djiboutiens en provenance d’Érythrée. Quant aux nationaux se rendant en Érythrée, il leur serait demandé de présenter également des pièces d’identité érythréenne pour pouvoir aller en Érythrée. Ces tracasseries que les populations n’ont jamais connu du temps de l’administration française, ni ces deux dernières décennies, démontrent le mépris des autorités djiboutiennes pour tous les accords signés avec ce pays voisin et relatives à la libre circulation des biens et des personnes. Rappelons que pour sa part l’Armée nationale n’hésite pas, à l’occasion, à s’approvisionner en eau potable en Érythrée, à Rahaïta précisément. Alors, un peu de pudeur et de respect vis-à-vis des personnes arrivant d’Érythrée ou s’y rendant surtout lorsqu’elles sont djiboutiennes…


ÉCONOMIE

Les incohérences du Budget (1)

Pour irrationnels que puissent paraître les choix budgétaires de nos gouvernants finalement avalisés dans le budget prévisionnel 2004 par les mal-élus (malgré quelques palabres et interpellations savamment et sélectivement diffusées par la RTD, pour donner l’illusion d’un débat démocratique) ils n’en obéissent pas moins à une rationalité politique et plus précisément démagogique pour rester polis. Se contentant de commenter le cadre général, les lignes qui suivent introduisent une série d’articles qui feront un « Gros plan » comportant critiques, suggestions et questions sur les domaines qui vous préoccupent.


Davantage que notre posture d’observateurs vigilants de toutes les anomalies dans la gestion du bien public, c’est les confiance et responsabilité détournées (c’est une seconde nature chez nos dirigeants) que vous nous avez accordées au soir du 10 janvier 2003 qui nous commandent de jouer le rôle qui est le nôtre aujourd’hui.

Relevons pour commencer et à titre purement anecdotique, une curiosité constatée à l’examen des comptes définitifs du budget pour l’exercice 2001. La ligne budgétaire 30.10.10.1 (Présidence de la République-fourniture de bureau et entretien des locaux) est passée de 13.422.000 FD dans le budget pourtant rectifié à 471.559.957 FD dans les réalisations 2001, soit un dépassement de près d’un demi milliard de nos francs, c’est-à-dire 3600% d’augmentation. La Présidence aurait-elle démultiplié ses locaux durant cet exercice budgétaire ?

Nous ne le pensons pas ! D’abord parce que personne ne l’a constaté, ensuite parce que le budget 2004 ne prévoit pour la même ligne budgétaire qu’une enveloppe de 19.200.000 FD, soit une augmentation plus ou moins défendable en 3 ans, de l’ordre de 45% « seulement», si l’on ose parler ainsi.

Ce qui nous autorise à avancer qu’il s’agit vraisemblablement d’un subterfuge, qui nous dispense de critiquer et nous étaler sur la transparence qui serait à en croire le Chef de l’État, un souci gouvernemental…

Pour en terminer avec le chapitre anecdotique, observons qu’une ligne du budget de la Présidence, 001.62.2.4 intitulée « entretien et réparation du matériel de transport » est dotée d’une enveloppe de 164.000.000 FD, c’est-à-dire davantage que les budgets prévisionnels « Dépenses de matériel » des ministères de l’équipement et des transports ou celui de l’agriculture, sans doute pour entretenir les capricieux parc automobile et Boeing privé : on n’arrête pas la transhumance !

Restons-en là, concernant les anecdotes même si elles en disent à elles seules plus long que les promesses électorales, les discours et engagements officiels non suivis d’actes…

Nous apprenons à la page 2 de la présentation du budget prévisionnel 2004 que « … dans le domaine budgétaire, sur la base des projections établies à partir des neufs premiers mois, le déficit budgétaire prévisible en 2003 s’élèvera à 542 millions FD contre 3.7 milliards FD en 2002, soit une réduction du déficit public de 85%… ».

Quand on sait que les comptes définitifs de l’exercice 2002, n’ont toujours pas été adoptés par les mal-élus, nous sommes en droit de rester dubitatifs concernant ces projections qui nous semblent fantaisistes et contradictoires par rapport aux chiffres avancés par le n° 52 de « La Nation » du Lundi 30 Juin 2003 qui affirmait qu’ « à la lumière de tous ces éléments d’information, on se rend aisément compte que la hausse de 2% des recettes totales ne peut compenser la progression de 37% des dépenses totales d’où le déficit budgétaire de 2,203 milliards FD au 31 mars 2003.

A la même période en 2002, on ne parlait pas de déficit mais plutôt d’excédent budgétaire si minime soit-il, de 53 millions de FD… ». Le journaliste n’ayant fait que commenter les chiffres fournis par le ministère des finances, nous sommes sûrs que les experts de ce ministère s’empresseront de nous expliquer par quel miracle le déficit budgétaire prévisible pour 2003 s’élèvera à 542 millions de FD

Cette présentation nous append également que « le trafic portuaire a ainsi connu une forte augmentation de 39% et 37%, respectivement aux 1er et 2ème trimestres. Ces augmentations résultent principalement de l’accroissement des activités de transbordement liées à l’arrivée de nouveaux armateurs. Le transport aérien a pour sa part enregistré des hausses de 106% et 137% sur les 2 premiers trimestres de l’année 2003, comparé à la même période en 2002. Cette progression s’explique par les mesures de réformes initiées par le gouvernement avec la politique de «ciel ouvert» ainsi qu’au nouveau contrat de gestion privée de l’aéroport… ».

Si l’on ne peut que se réjouir de l’augmentation des trafics portuaires et aéroportuaires, cette augmentation doit davantage au contexte politique régional qu’au savoir faire émirati que personne ne remet en cause. D’autre part, nous continuons de penser que la gestion de ces établissements publics à caractère industriel et commercial aurait tout aussi bien pu être confiée à la Chambre de Commerce de Djibouti qui n’a rien à envier à qui que ce soit en matière de gestion, comme cela est courant à travers le monde.

Cette concession au capital privé étranger s’est faite au prix d’un humiliant aveu officiel de notre prétendue incapacité à gérer nous même nos instruments de développement économique.

Enfin, nous ne cesserons pas d’exiger que soit rendue publique la part en pourcentage que le concessionnaire doit annuellement verser à l’autre (heureux) contractant.

Le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale affirmait il y a peu dans une interview accordée à la RTD que le Centre de Formation Professionnelle des Adulte (CFPA) ne répondait plus aux exigences modernes. Ah bon ?

Pourtant, à la page 4 du projet de Budget prévisionnel pour l’exercice 2004, il est explicitement écrit qu’ « outre les formations vers l’enseignement dit classique, les efforts du budget vont aussi à l’enseignement professionnel avec le renforcement du CFPA afin de doubler les effectifs formés en 2004 et en 2005 (le calendrier étant de passer de 200 adultes formés par an à 400 en 2004 et 800 en 2005). Le but étant de fournir aux jeunes de 18 à 30 ans n’ayant pas pu poursuivre leur scolarité, un bagage afin de les insérer dans le circuit économique. A travers ce programme, le gouvernement s’attaque à l’épineux problème du chômage des jeunes sans qualification dont le profil a été étudié dans le cadre des enquêtes et études réalisées du DSRP ». C’est à se demander s’il y a vraiment un timonier sur ce bateau : accordez au moins vos violons, messieurs les décideurs !

En tout état de cause, concernant ce volet formation, accordons au moins aux rédacteurs des lignes suscitées une présomption de bonne foi, puisque le budget prévisionnel du CFPA augmenté de 8.045.000 FD (huit millions quarante-cinq mille) pour les dépenses de personnel et de 10.000.000 FD (dix millions) pour les dépenses en matériel (pour l’acquisition de matériel technique). Si l’intention est louable l’enveloppe y affectée est insignifiante.

Quant au LIC, son budget se résumant à une peau de chagrin au regard de sa mission, reste égal.

Ceci nous amène à brièvement commenter le SNA (Service National Adapté). En attendant que nos décideurs politiques daignent figurer dans le Budget national l’incidence budgétaire de sa création, contentons-nous d’observer qu’il fait double emploi avec les structures déjà existantes normalement chargées de cette mission. D’autre part, le SNA est chargé de former en 3 ou 6 mois ou 1 an des « techniciens volontaires » dans des domaines aussi variés que la Santé (infirmiers), le BTP (maçons) etc. auxquels sont confiées leurs formations. Est-ce bien raisonnable ?

N’eût-il pas été plus rationnel de renforcer en moyens humains et matériels, les ministères depuis toujours chargés de cette mission ? Surtout qu’ils grincent des dents : comment former en si peu de temps avec si peu de moyens autant de « techniciens volontaires » ? Nous avons déjà eu l’occasion d’y consacrer un article, et cette trouvaille à un an de l’élection présidentielle prétend répondre, tout le monde l’a bien compris, à un souci électoraliste sans lendemain, maladroitement et hâtivement concocté pour être efficient.

Chiffres contradictoires, dépassements budgétaires bizarres, opacités,… décidément la Chambre des Comptes et de la Discipline Budgétaire à du pain sur la planche. Tout en vous éclairant sur les anomalies (restons polis ) des chiffres, nous invitons, faute de pouvoir la saisir, la Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire à suggérer au Chef de l’Etat, seul destinataire de ses comptes rendus, des budgétaires plus rationnels et des comptes plus transparents.


Le déclin de l’Éducation Nationale

La jeunesse de notre pays, qui représente la majorité de la population est en mauvaise posture face aux défis de notre siècle. L’avenir de cette jeunesse devait être le souci permanent de nos gouvernants en matière de formation et d’éducation se trouve dans une situation de précarité pour des raisons dues particulièrement aux dysfonctionnements de l’enseignement djiboutien. Aujourd’hui plus qu’hier, une incertitude pèse sur la destinée cette catégorie sociale à cause de l’incapacité et au manque de volonté des pouvoirs publics en matière d’Éducation Nationale. Pourquoi cet état de fait, surtout après la tenue d’États Généraux au cours desquels les professionnels avaient clairement identifié les maux et proposé les remèdes ?


On l’entend souvent, l’Éducation Nationale reste officiellement une priorité de l’action gouvernementale et bénéficie pour ce faire d’un budget qui est passé de 3,2 milliards de nos francs en 2001 à plus de 7 milliards en 2003 (cf. loi rectificative 2003). Ce qui représente environ 25% du budget total de l’année écoulée auxquels il faut ajouter les différentes dotations multiformes (manuels, matériels, formations, financements, etc. ), ce secteur rentrant dans la catégorie définie comme cible et prioritaire par les pays riches dans leur politique de lutte contre la pauvreté au niveau planétaire. L’Éducation étant ainsi en charge de la lutte contre l’analphabétisme.

Aussi, pour l’année qui vient de commencer, le gouvernement table sur des investissements sur fonds extérieurs de 2,2 milliards FD auxquels s’ajouteraient 364 millions FD (contrepartie nationale des projets d’investissements programmés) et 304 millions d’investissements sur financement intérieur. Cette enveloppe programmée représenterait en fait plus du double des contributions supplémentaires de l’année qui vient de s’achever. Il est bien clair ici que cette somme ne tient pas compte des frais supportés par les milliers de parents d’élèves à chaque rentrée scolaire tant pour les manuels scolaires que pour des activités autres.

Nous livrons ici ces quelques chiffres surtout pour permettre au lecteur de situer la richesse de ce ministère qui ne correspond pas à son rendement, ses résultats restent médiocres par rapport aux dotations budgétaires dégagées par les contribuables djiboutiens et l’aide étrangère.

Mais d’ou provient donc cet important décalage ? En décryptant, les défaillances de notre système éducatif,il semble bien que sa médiocrité s’explique essentiellement par les pratiques politiques passées et présentes de l’État, lesquelles ont gravement détérioré les fondements de base de ce département ministériel considéré partout dans le monde comme sensible et fondamental, donc à protéger des enjeux politiciens et conjoncturels..

En effet, les Djiboutiens conviennent de la rigueur et de la qualité de l’Éducation et de la formation des Jeunes dans les établissements publics dans les années 1980. Vérité que confirment le professionnalisme et la compétence de nombres de jeunes cadres de ces années-là, travaillant dans l’Enseignement. Or, la désagrégation des conditions de travail, disent certains, aurait commencé au lendemain de la démission du gouvernement de deux ministres qui avaient fait la preuve de leur compétence dans ce département, en lui donnant toutes ses valeurs morales, matériels et techniques ; responsables, enseignants, élèves et parents assumant chacun sa part de responsabilité.

Ces départs motivés, par le refus de la logique de guerre du régime et de ses multiples conséquences sur la population civile, ne constituent pas une explication convaincante de l’état actuel de l’Éducation Nationale : il faut donc chercher dans l’état d’esprit du régime au début des années 1990.

La décennie écoulée avait été marquée par les revendications démocratiques. Le régime djiboutien, comme d’autres pairs du continent étant opposé à tout changement politique, ne pouvait tolérer les revendications des enseignants qu’il considérait comme « un affront » et plaçait, par conséquent, dans le même chapitre, le combat politique de l’opposition et les demandes des droits légitimement exigés par les enseignants, désormais organisés en syndicats, instances pourtant reconnues par la nouvelle Constitution de septembre 1992.

Résultat : l’Éducation a été sciemment cassée pour la simple raison que les revendications des enseignants tombant en pleine période de guerre civile, le régime considérait ces actions syndicales comme relevant plutôt d’un soutien politique à l’opposition armée et qu’il fallait réprimer.

Aussi, les élèves et les parents allaient en connaître les effets négatifs directs et immédiats de cette situation sur la structure et l’architecture de l’enseignement. Les pressions, répressions, arrestations et emprisonnements des enseignants, élèves et parents de ce département forment l’élément catalyseur de la «casse » politique de l’éducation nationale le régime ayant entrepris le remplacement des grévistes et autres sanctionnés de l’enseignement par des volontaires, communément appelés «mobilisés de l’éducation ». Loin de répondre aux profils exigés par ce métier, les postulants venant de divers horizons choquaient et démotivaient les élèves. A ce mercenariat local s’était ajouté celui des étrangers issus de plusieurs pays, venus combler le déficit en personnel enseignant généré par une politique agressive et irresponsable.

De telles conditions de travail ont ainsi provoqué l’abaissement de la qualité de notre enseignement, à quoi est venu s’ajouter la remise en cause des avantages acquis et des salaires des maîtres et professeurs. En plus de cette saignée financière l’impôt patriotique prélevé au profit de la guerre gouvernementale à contribué à la démoraliser les formateurs de nos progénitures, du fait qu’il obérait drastiquement le pouvoir d’achat d’une catégorie sociale culturellement prédisposée à une certaine forme de consommation.

Car ces hommes et femmes subissaient par ailleurs la disparition de diverses primes de leur bulletin de paie. Ce qui naturellement affectait lourdement leur niveau de vie, mais avaient eu aussi des effets graves sur leur état psychologique que n’arrangeaient pas les multiples humiliations quotidiennes de certains établissements publics tels que l’ONED et l’EDD qui pourtant ne pouvaient la situation financière de cette catégorie sociale sujette en plus à plusieurs mois d’arriérés de salaires.

Malheureusement pour notre Éducation Nationale, ces pratiques répressives et anti-sociales allaient produire des effets dévastateurs en cette année 1995. De nombreux enseignants de qualité ont émigré à l’étranger notamment en Europe et au Canada, ceux ou celles d’entre eux encore en fonction sont rongés par le découragement qui mine désormais le métier . Dans un tel contexte, l’enseignement est devenu la proie de certaines pratiques illicites, à chaque début et fin d’année scolaire, on voit des parents d’élèves consternés par les manières parfois osées dont leurs enfants ont été lésés au profit d’autres… mieux lotis.

Par ailleurs, l’inadéquation entre enseignement dispensé d’une part, le niveau et l’objectif attendus d’autre part, générée par la mise au placard de caution académique française à l’ensemble du système éducatif a énormément contribué à l’affaiblissement de la qualité de notre baccalauréat, condition sine qua non d’accès aux études supérieures. Les multiples accords bilatéraux passés avec un certain nombre de pays à formations et enseignements divers et divergents ne servent qu’à colmater l’énorme brèche laissée par une politique irresponsable.

C’est ainsi que sans une programmation cohérente en matière de formation scolaire ou universitaire basée sur les besoins réels du marché de l’emploi du pays, le régime se fourvoie à désengorger coûte que coûte et quel que soit le prix, un système éducatif désuet à travers des accords de coopération hétéroclites expédiant nos progénitures pour des études en Malaisie, Égypte, Yémen, Soudan, Libye, France, Indonésie, Inde, Pakistan, Madagascar, etc.

Ce mixage d’une autre dimension indispose le capital humain, moteur de tout développement, n’est certainement pas la solution à moyen et à long terme. Les États Généraux de l’Éducation tenus dans les conditions que l’on sait, contrairement à ce qui était recherché par les parents et les enseignants, n’arrivent toujours pas à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient assignés. Les multiples problèmes élucidés lors de ces assises qu’ils soient d’ordre conjoncturel ou structurel, demeurent pour la plupart sans réalité pratique, à une année du fameux Plan d’Action de 2001/2005.

La médiocrité de l’enseignement, les échecs scolaires, les disparités de la formation, les déficits en manuels et autres matériels pédagogiques, le faible niveau des élèves en fin du cursus primaire, la disparité de l’enseignement entre les régions du pays, etc… obèrent toute possibilité d’amélioration en ce domaine. En effet, de par l’inefficacité de leurs conclusions, ces États Généraux ressemblent fort à aux illusions d’un professeur d’université qui fait une expérience sur une puce: Celui-ci pose la petite bête sur une table et lui ordonne de sauter ce qu’elle fit. Il lui arracha une à une les pattes et lui demanda de sauter. Constatant qu’elle restait immobile il conclut: « Extraordinaire, quand la puce n’a plus de pattes elle devient sourde ».

Dans ces conditions, il s’avère aujourd’hui que l’enseignement privé est en marche et sert de roue de secours à un système éducatif public en perte de vitesse. Cependant, nombreuses sont les familles qui ne peuvent se permettre ce luxe et qui sont contraints de « garder leur enfant à la maison ».

A ce chapitre des injustices en matière d’enseignement public nous ne pouvons passer sous silence l’inqualifiable atteinte à la scolarité des élèves originaires des zones affectées par le conflit. En effet, au mépris des accords de paix de 1994 et 2001, le régime à criminellement décidé d’ignorer la situation de ces scolaires en refusant d’appliquer la clause de rattrapage scolaire pourtant explicitement contenue dans lesdits accords de paix.

Conséquence de ce mépris, des centaines d’élèves du Nord et Sud-ouest de notre pays sont condamnés à la vie active et constituent donc le gros des chômeurs mineurs sans formation professionnelle abandonnés au khat et à la délinquance, proies faciles du pseudo programme de réinsertion des jeunes cyniquement baptisé Service National Adapté.

Quel gâchis encore !


Insécurité présidentielle

Quand la Police politique sabote la Paix

La comparaison est connue : le minuscule staff de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) est nettement plus efficace que la gigantesque administration présidentielle. Si son cabinet civil attire parfois l’attention sur lui pour des raisons pas nécessairement grandioses, le cabinet militaire, s’occupant des aspects sécuritaires et fonctionnant dans une opacité très peu démocratique, n’en est pas moins contreproductif pour le développement économique et social. A tel point que, lorsqu’il prétend appliquer à sa manière certaines dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, l’autre partie signataire que nous sommes est en droit de parler d’une véritable insécurité présidentielle, nuisant dangereusement aux fragiles acquis d’une concorde civile récemment retrouvée. Et qui gagnerait plus à être consolidée que sabotée par des manipulations électoralistes.


« Quand l’ombre du Pygmée s’étire, c’est que le soleil est près de se coucher » dit un proverbe d’Afrique de l’Ouest. L’importance démesurée que certains services de défense et de sécurité prennent dans la vie politique d’une Nation est révélatrice du degré d’instauration de l’État de droit et du respect des libertés publiques ou privées. Le rôle, pas vraiment constructif, joué par la sécurité présidentielle relativement à l’application sectaire des dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, notamment en ce qui concerne l’incorporation des combattants du FRUD-armé au sein de l’AND, de la FNP et de la Gendarmerie ou pour tout ce qui a trait à l’indemnisation des anciens soldats, policiers et gendarmes, est inquiétant. Car, autant que l’irrespect par rapport à un engagement solennel, il montre une bien triste conception du pouvoir : nuire à son prochain, instrumentaliser la misère pour mieux manipuler la conscience et orienter le vote.

Discrimination partisane à l’indemnisation : telle semble être la tactique adoptée par les responsables de cette Sécurité présidentielle qui aurait abusivement et unilatéralement restreint le nombre des ayants droit tel qu’arrêté par les deux parties au sein de la Commission Paix Civile et Sécurité et consigné dans ledit Accord.

C’est-à-dire 130 candidats arbitrairement choisis selon des critères faciles à imaginer en cette période de frénésie électorale, alors que près de 250 anciens soldats, policiers et gendarmes avaient été normalement recensés, sous réserve de complément d’enquête que les différents corps devaient engager à leur niveau pour identifier tous ceux qui, au moment du conflit, s’étaient par principe placés dans la catégorie de « déserteurs ». Que ce soit en politique, en syndicalisme ou dans tout autre domaine impliquant de discuter avec des représentants, le problème, c’est que le régime préfère les clones et les usurpateurs : il ne veut ni ne peut faire face à la légitimité de ceux qui ont des principes à défendre.

Aux dernières nouvelles, ces postulants à l’indemnisation, regroupés au sein d’une association de défense de leurs intérêts, envisageraient de descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement face à ces manipulations mesquines. Nous ne pouvons que les en dissuader, surtout aux abords du Palais Présidentiel : sa Garde manque parfois de sang-froid et va jusqu’à tirer sur d’anciens soldats, aujourd’hui handicapés de guerre ; comme si leurs chaises roulantes allaient se transformer en chars d’assaut.

Discrimination à l’incorporation : nous avons déjà eu l’occasion de porter cette affaire sur la place publique car il est inconcevable que les 295 incorporés du FRUD-armé soient encore victimes de ségrégation, comme s’ils n’étaient pas des citoyens à part entière. En premier lieu, c’est à se demander à qui appartient la Gendarmerie, tant son chef semble n’en faire qu’à sa tête, au mépris de l’État de droit et des engagements souscrits dans le cadre d’un accord de paix : il refuse catégoriquement de normaliser la situation de ceux qui ont été incorporés dans la force qu’il commande, les maintenant dans une position de « mobilisés » anachronique et un salaire de misère y correspondant.

Suprême provocation, il s’apprêterait même à en démobiliser quelques uns : nous le mettons solennellement en garde contre une aventure aussi hasardeuse. Quoique que meilleure au sein de l’Armée et de la Police, la situation des incorporés n’y est pas totalement stabilisée, uniquement par un manque de volonté politique trahissant, dans toute son étendue, l’absence des règles de droit, la prédominance du favoritisme et du caprice partisans, bref la transformation en milices privées des forces de défense et de sécurité censées normalement témoigner du plus grand respect pour les valeurs républicaines.

Tant que la primauté de cette règle de droit ne sera pas unanimement admise par l’ensemble du corps social, dirigeants comme administrés, militaires comme civils, il est illusoire d’espérer une pacification des mœurs politiques. Tout comme il est malheureusement normal que certains secteurs opaques prennent une importance aussi démesurée, au péril de la concorde civile.


Dyarchie de la première pierre

Rééquilibrage institutionnel ?

Faut-il y voir une première application concrète de la promesse présidentielle d’un rééquilibrage des pouvoirs politiques annoncés à l’occasion du nouvel an 2004 ? C’est que laisse à penser la frénésie de la primature relative aux poses des premières pierres. Hier à Dikhil demain à Tadjourah, après demain à Khor-Angar ? C’est qu’en effet le Premier Ministre ces derniers temps très occupé à poser des premières pierres. Même si la constitution le confine à inaugurer des chrysanthèmes, cette surcharge de travail est remarquable et nous nous devions de le relever. Car, pour les Djiboutiens, le spécialiste incontesté de la pose de la première pierre (sans lendemain), c’est le Chef de l’État en personne.


A première vue, l’observateur mal avisé peut légitimement penser qu’il s’agit là d’une délégation de pouvoir allant dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs au sommet de l’État : Faut bien commencer quelque part, et quoi de mieux indiqué que les fondations, même d’un stade ?

Quelques observateurs avisés, malins impertinents et fidèles lecteurs de « Réalité » voient une autre raison de ce transfert de compétences. En effet, les perspicaces n’oublient pas que notre journal s’est fait l’écho d’une lassitude populaire : à force de le voir monopoliser urbi et orbi la pose de la première pierre, le citoyen lambda avait décerné au Chef de l’Etat le titre de « spécialiste de la première pierre ». Car, concrètement à ces pierres-là, le Chef de l’État en campagne de réélection ne veut pas que ses actions de marketing politique restent sans lendemain. Comme une certaine première pierre d’un dispensaire à Khor-Angar, c’était en février 2002, on connaît la suite…

Aux dernières nouvelles, cette pierre s’ennuie mortellement. Mais, peut-être qu’en homme de culture (lui qui a tant officié en ce domaine au bureau politique du Rpp) il n’aimerait pas que Corto Maltesse soit dépaysé par la modernité des lieux, s’il devait un jour revenir dans cette région, au charme sauvage, mais désolée du nord d’Obock. Le héros de la bande dessinée d’Hugo Pratt connaît bien cette contrée puisque, dans les années trente, il avait été profondément marqué par une « conversation mondaine à Moulhoulé ».

En attendant, les malheureux ruraux de Khor-Angar sont privés de soins, tandis que le Premier Ministre pose à son tour des premières pierres… qui ont quelques chances de grandir, car ces projets sont financés par la coopération chinoise. En fait, en ces temps difficiles pour le régime, la pose de la première pierre est un exercice facile, permettant à des dirigeants impopulaires de parader dans des lieux où ils ne sont plus en odeur de sainteté. Géniale trouvaille politique que ces cérémonies des premières pierres : grâce à elles, les populations mécontentes sont aisément mobilisables au prétexte d’apporter leur bénédiction reconnaissante à un projet de développement, qui plus est destiné à la Jeunesse.

A cette occasion, ministres, mal élus et autres fonctionnaires courtisans font le déplacement en compagnie bien sûr des bailleurs de fonds étrangers, chaleureusement reçus sur place à coups de chants et de danses traditionnels organisés à leurs intention et outrageusement récupérés dans un but propagandiste. Par ailleurs, ces futurs chantiers financés par la générosité extérieure permettent au régime de créer quelques emplois à travers des embauches sélectives, comme cela est actuellement le cas pour les recrutements électoralistes du service national adapté.

Pour le Premier ministre, le déplacement de demain à Tadjourah constitue la réalisation d’un ancien vœu: retrouver sa ville natale à l’occasion d’un heureux événement. Grâce à la Chine populaire, sa ville aura un stade omnisport que son gouvernement n’a pas été capable de lui offrir. Malheureusement pour lui, les Jeunes de la Ville-Blanche savent que leur illustre concitoyen n’a pas été en mesure (malgré sa bonne volonté) de concrétiser une seule des pompeuses promesses faites lors de son dernier séjour sur place, c’était le 1er mai 2003. « Rendez-vous dans trois mois pour récolter les premiers fruits » leur avait-il alors lancé en installant à la hâte un pseudo comité de suivi, uniquement composé de ses rares partisans.

Huit mois après cet engagement solennel, aucun fruit n’a été récolté, parce qu’aucune graine sérieuse n’a été semée. Et le voilà qui revient cette fois-ci avec son éternel sourire, porteur d’un vrai cadeau : une installation sportive entièrement financée par un pays ami. La ruse est de taille, mais l’appât est trop gros et l’hameçon mal noué. A cette pêche politique au gros, les prises risquent d’être réduites au menu fretin. En politique, il est parfois plus judicieux de battre en retraite plutôt que de partir à l’assaut sans y être préparé. Si le catalogue des promesses mensongères de ce régime semble inépuisable, la patience des populations précipitées dans la précarité a ses limites. Ignorant cela, le mimétisme partisan pousse à copier des gestes symboliques autrefois dévolues au Chef de l’État.

Cela ne signifie nullement que l’influence du nouveau poseur de première pierre tend à s’accroître. Bien au contraire, une telle délégation des pouvoirs ne doit-elle pas plutôt donner à penser que la pose de la première pierre n’est plus une action si rentable que cela ? En effet, tout indique que le spécialiste de la première pierre a compris tout le risque politique des multiples premières pierres en souffrance de concrétisation depuis avril 1999, à Obock, Damerjog, Khor-Angar ou ailleurs. Il apparaît ainsi que la dyarchie observable dans la pose de la première pierre est l’œuvre machiavélique de celui qui prétend reculer pour mieux sauter. Car, c’est bien connu, reculer est plus facile et prudent que sauter, surtout lorsque des premières pierres inachevées jonchent la voie… présidentielle.


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Journal Réalité n°78 du 7 janvier 2004 : malaise général sur fond de rumeurs

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Réalité n° 78 du 7 janvier 2004
Brèves nationales

Malaise général

Sur fond de rumeurs…

A l’approche du premier anniversaire de l’inqualifiable hold-up électoral du 10 janvier 2003, le régime distille à dessein les rumeurs les plus folles en direction de la population djiboutienne mécontente de la gestion désastreuse des affaires publiques. Ainsi, la ville bruisse de rumeurs fantaisistes au sujet d’un imminent changement de cap dans la conduite des affaires ; les plus euphoriques prédisant même une véritable révolution. Ces ballons d’essai lancés par le pouvoir sont destinés à occuper les citoyens Djiboutiens et à faire oublier l’immobilisme gouvernemental et le manque d’imagination dans les hautes sphères dirigeantes.

Pour notre part, nous restons convaincus que la crise du régime est structurelle et qu’aucun replâtrage ne le sauvera de la faillite programmée. Ce système basé sur le mensonge et l’injustice est condamné à disparaître, pour que survive la Nation djiboutienne victime de la précarité imposée par la gabegie officielle. Seul un profond changement d’hommes, de mentalités et de méthodes pourra sortir notre pays du gouffre. Pour l’heure, ce pouvoir usé ne cherche qu’à durer moyennant un petit ravalement de sa façade corrompue et sectaire. Chose que le Peuple Djiboutien ne souhaite absolument pas, car très éloigné de ses véritables espérances de changement.

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Réalité numéro 78 du mercredi 7 janvier 2004

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Réalité numéro 78 du mercredi 7 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Interview de M. Jean-Paul ABDI NOEL
  4. La Bourse ou la Vie
  5. Dénis de justice
  6. Haïti : du haut de cette misère
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 78

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UN NOUVEL AN PRÉSIDENTIEL ENTRE VŒUX ET FEUX

Le Nouvel An inspirerait-il certains dirigeants plus que l’Aïd-el-Fitr ? La question semble se poser, en tout cas à notre modeste niveau car, autant l’allocution présidentielle de l’Aïd-el-Fitr nous avait semblé politiquement insignifiante (même si l’on admettra que cette insignifiance relève parfois de la tactique politicienne), autant les perspectives dessinées par ses vœux pour l’année 2004 frappent par leur nouveauté révolutionnaire. Le mot n’est pas trop fort, tant le Chef de l’Etat a tenu à cette occasion des propos qu’aucun opposant ou démocrate ne peut sous-estimer. N’étant pas dans notre habitude d’enfoncer des portes ouvertes, nous ne rectifierons pas ici le tableau imaginaire qu’il a trop facilement dressé d’une situation économique dont chacun de nos concitoyens ressent personnellement la dégradation constante, causée par la mauvaise gouvernance et le gaspillage des deniers publics. Toutes détériorations dont il est le principal responsable, tout comme il s’approprie l’exclusivité de toute supputation d’amélioration. Surtout lorsqu’il jure être de son devoir de ne pas « passer sous silence le souci de transparence qui doit être notre principe directeur dans la gestion des affaires publiques » : le prenant au mot, il nous semblerait légitime d’exiger un début d’application concrète de ce principe. A ce titre, ses concitoyens seraient ravis que soient rendus publics les comptes du Port de Djibouti : il est pour le moins étrange qu’une incompréhensible opacité entoure un outil aussi important du développement national. De même qu’ils seraient ravis que soient mis à leur disposition les fameux rapports de la Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire.

Tout cela, c’est du vent, mais il reste ce qui nous semble essentiel : le Chef de l’Etat s’est explicitement engagé à initier les réformes, puisqu’il parle d’ « innovations en termes de rééquilibrage des pouvoirs, de rationalisation institutionnelle, de garantie des libertés, de vivification de notre patrimoine culturel, et la concrétisation du processus de décentralisation ». C’est étrange car, toutes ces innovations, l’Accord de Paix du 12 mai 2001 les avaient solennellement évoquées au chapitre des réformes démocratiques devant, en association avec d’autres mesures, remédier aux causes du conflit et en prévenir le renouvellement. Que le Chef de l’Etat les fasse aujourd’hui siennes constitue une nouveauté positive que nous devions relever. C’est probablement la démonstration qu’il s’est finalement résolu à admettre à accorder la Paix l’importance qu’elle mérite. Même tardif, ce revirement ne peut que réjouir tous ceux qui avaient été déçus par la véhémence avec laquelle le premier responsable du régime djiboutien violait méthodiquement un Accord de paix qui, à y bien regarder et pour peu qu’il l’applique intégralement, sera certainement sa plus grande contribution à l’édification d’une Nation djiboutienne réconciliée avec elle-même.

Encore faut-il que, de part et d’autre du pouvoir et sans préjuger de rien, les mêmes mots recouvrent les mêmes univers sémantiques car, sans fausse modestie, le Président de la République ne nous apprend pas grand-chose en reconnaissant que « La décentralisation constitue une pièce essentielle dans la consolidation de la démocratie locale, un domaine fécond pour le développement économique et social et un outil d’unification et de cohésion ». Il aurait dû l’expliquer aux locataires de l’Assemblée Nationale qui ont outrageusement dénaturé la portée historique du projet de décentralisation pourtant conjointement rédigé par ses représentants et ceux du FRUD-armé.

« La Constitution est en papier, les baïonnettes sont en acier » dit un proverbe haïtien, et les concitoyens du Père Aristide savent de quoi ils parlent, eux qui ont connu tant de dictatures sanglantes. Tant qu’un dirigeant politique pourra compter sur la complicité de miliciens (pompeusement appelés soldats, policiers ou gendarmes) pour détourner le verdict des urnes, comme ce fut le cas le 10 janvier 2003, les mots occasionnellement prononcés n’auront leur pleine pertinence qu’une fois rattachés à leur contexte concret. A cette aune, et jusqu’au verdict de la réalité, les promesses présidentielles faites à l’occasion des vœux du Nouvel An restent ce qu’elles sont : des paroles cruellement déconnectées des faits qui, quant à eux, sont malheureusement inscrits dans la violence ordinaire… et quelques coups de feux.


Brèves nationales

Malaise général

Sur fond de rumeurs…

A l’approche du premier anniversaire de l’inqualifiable hold-up électoral du 10 janvier 2003, le régime distille à dessein les rumeurs les plus folles en direction de la population djiboutienne mécontente de la gestion désastreuse des affaires publiques. Ainsi, la ville bruisse de rumeurs fantaisistes au sujet d’un imminent changement de cap dans la conduite des affaires ; les plus euphoriques prédisant même une véritable révolution. Ces ballons d’essai lancés par le pouvoir sont destinés à occuper les citoyens Djiboutiens et à faire oublier l’immobilisme gouvernemental et le manque d’imagination dans les hautes sphères dirigeantes.

Pour notre part, nous restons convaincus que la crise du régime est structurelle et qu’aucun replâtrage ne le sauvera de la faillite programmée. Ce système basé sur le mensonge et l’injustice est condamné à disparaître, pour que survive la Nation djiboutienne victime de la précarité imposée par la gabegie officielle. Seul un profond changement d’hommes, de mentalités et de méthodes pourra sortir notre pays du gouffre. Pour l’heure, ce pouvoir usé ne cherche qu’à durer moyennant un petit ravalement de sa façade corrompue et sectaire. Chose que le Peuple Djiboutien ne souhaite absolument pas, car très éloigné de ses véritables espérances de changement.

Ali-Sabieh :

Où l’on reparle du grand chef…

Initialement prévue pour la mi-décembre et curieusement reportée pour « cas de force majeure », la visite présidentielle dans la ville assajog serait finalement projetée pour la deuxième quinzaine de janvier. Il y a quelques jours, une importante réunion devant la préparer aurait été tenue entre les autorités du district et la société civile du coin, surtout représentée par les associations-maison. A cette occasion, il a été annoncé que le jour de la visite présidentielle, toutes les activités de cette ville active cesseront pour accueillir l’illustre visiteur, certainement en campagne prématurée. Ainsi, les écoles, dispensaires, marchés et commerces seront fermés ce jour-là pour permettre aux Assajogs de boire (faute d’eau minérale) les bonnes paroles du sauveur national.

Mais, là où le bât blesse, c’est que les Assajogs ne sont absolument pas disposés à s’en laisser conter, eux qui ont de multiples griefs à l’encontre de ce régime du mensonge permanent. C’est pour tenter d’aplanir les nombreuses difficultés quotidiennes soulevées par les habitants de ce district frondeur qu’une délégation ministérielle s’est dernièrement rendue sur place en catimini, afin d’amadouer les notables récalcitrants, et ils ne sont pas rares. Peine perdue : l’offensive de charme aurait lamentablement échoué.

Quant aux malheureux chefs de poste administratif, ils seraient sommés en tant qu’administrateurs des zones rurales, de procéder à la collecte des cabris devant être sacrifiés pour le gargantuesque festin présidentiel. Malheureusement, cette contribution patriotique est attendue des pauvres ruraux déjà victimes de la sécheresse et survivant grâce aux distributions de vivres de l’aide alimentaire internationale. Refuseraient-ils de donner gratuitement ces cabris qu’ils risquent fort d’être rayés des listes des prochaines distributions alimentaires, forcément sélectives, comme c’est toujours le cas dans le Nord du pays où, par exemple, de nombreux habitants de la région de Dorra, n’ont pas eu droit à cette aide alimentaire internationale au prétexte qu’ils auraient massivement voté pour la liste de l’opposition aux législatives de janvier 2003.

Comme quoi le régime n’attend que danses, chants et cabris des populations rurales. C’est peut-être cela, la véritable priorité accordée au développement agropastoral.

Opérations policières abusives :

Halte aux rafles aveugles !

Alors que la majorité des clandestins expulsés en septembre est de retour à Djibouti, on nous signale que depuis quelques jours, des rafles sauvages frappent des nationaux. Ainsi, dimanche dernier, un malade hospitalisé à Peltier s’est fait embarquer au centre-ville où il s’était rendu sur permission spéciale. Malgré son état de santé et la présentation de ses pièces d’identité nationale, le malheureux aurait été transféré au centre policier de détention de Nagad.

Plusieurs Djiboutiens se plaignent également de rafles sauvages de nationaux opérées par des policiers ripoux qui n’hésitent pas à demander de l’argent en échange de la libération des personnes interpellées abusivement. A l’heure où les véritables clandestins continuent tranquillement d’écumer la ville, il est scandaleux que les forces de l’ordre importunent de paisibles citoyens : nous demandons aux autorités concernées de sévir contre ces pratiques policières abusives.

Service national adapté :

Appât électoraliste douteux ?

Dernièrement, des officiers supérieurs de l’Armée nationale auraient procédé au recrutement de quelques dizaines de jeunes désœuvrés dans le cadre du fameux service national adapté, nouvelle trouvaille électoraliste destinée à résorber le chômage des jeunes. Ces opérations se poursuivent encore dans la Capitale et les districts de l’Intérieur, avec un succès mitigé selon les endroits. A notre avis, cette nouvelle esbroufe gouvernementale a déjà rencontré ses limites car concoctée dans la précipitation. Les jeunes des villes sont pour la plupart des exclus du système éducatif et font relativement peu confiance à la nouvelle stratégie gouvernementale prétendant à la réinsertion professionnelle à travers des formations dispensées par l’Armée nationale.

En effet, ces jeunes constatent que le chômage n’épargne même pas ceux d’entre eux ayant quitté l’école avec un relatif bon niveau de formation. Après son cuisant échec dans la lutte contre l’immigration clandestine motivée entre autres par l’appropriation nationale du marché de l’emploi, il est fort à craindre que le même service national adapté finisse par connaître un sort identique à celui des autres mesures gouvernementales ayant échoué parce que mal pensées et appliquées dans une logique sectaire.

Rétrospectives 2003 :

Un bilan en noir et blanc

En guise de bilan rétrospectif de l’année 2003, la RTD s’est essayé à travers son magazine « Gros Plan » à une rétrospective en images de l’année écoulée. Comme il fallait s’y attendre, ce montage a été réalisé sous un angle partial et partisan. Il s’agissait surtout de faire oublier que cette année 2003 avait débuté sur une note d’espoir avec l’adhésion populaire massive au projet d’alternance proposé par l’opposition. La première semaine de l’année passée restera dans les annales comme étant l’expression du ras-le-bol général de nos concitoyens face à ce régime du mensonge.

La formidable campagne de mobilisation menée par l’UAD a culminé avec le meeting monstre organisé le 8 janvier 2003 devant le Stade Hassan Gouled. Malheureusement, les fraudes abjectes du 10 janvier ont noirci le tableau, plongeant le pays dans la morosité et la régression tous azimuts. Tout compte fait, plus que le one man show présidentiel en fouta, les Djiboutiens retiendront de cette année 2003 le formidable élan populaire qui a durablement ébranlé ce pouvoir désormais déliquescent.

Port de Doraleh :

Suspension des travaux ?

Malgré les déclarations officielles annonçant la fin des travaux pour la fin 2004, le méga-projet électoraliste de Doraleh risque fort de ne voir le jour qu’après 2005. En effet, plus de six mois après son lancement officiel, ce chantier peine à avancer. Cette semaine, l’on apprend même que les travaux seraient suspendus et la vingtaine d’ouvriers condamnés au chômage technique. Les deux entreprises présentes sur ce chantier ne seraient plus disposées à régler les salaires des ouvriers sur leurs fonds propres. Par ailleurs, il semblerait que les autorités djiboutiennes souhaiteraient confier le marché à un entrepreneur proche du pouvoir, alors que les autorités de Dubaï Port préfèreraient lancer un appel d’offres international. Quoi qu’il en soit, le retard dans la réalisation du projet se confirme de jour en jour, différant ainsi l’inauguration en grandes pompes à beaucoup plus tard que prévu…

Education Nationale :

Droits bafoués et inacceptable passe-droit

L’Education Nationale constitue-t-elle vraiment une priorité de l’action gouvernementale ? Au-delà des discours officiels tendant à la présenter comme un souci majeur du régime, les multiples injustices et manquements constatés suffisent à discréditer ses prétentions en ce domaine, pourtant fondamental pour le devenir des jeunes générations. En effet, la démotivation générale du corps enseignant et du personnel d’encadrement trouve surtout sa raison d’être dans la baisse généralisée de leur niveau de vie, consécutive aux pseudo-politiques de réformes engagées depuis quelques années prétendument dans le but de rationaliser et d’adapter l’Education Nationale aux nouveaux défis de ce troisième millénaire.

Gangrenée par la corruption, le népotisme et la mauvaise gouvernance, l’Education Nationale reste l’ombre d’elle-même. Pour preuve : par une note de service n°250 du 8 avril 2003, le Ministre de l’Education Nationale a tenté de mettre fin aux intolérables injustices et passe-droit en matière d’attribution de logements administratifs dans son département.

Cette note généreusement distribuée à l’Assemblée Nationale, ainsi qu’aux différents services et intéressés de son ministère, sommait les occupants illégaux des logements administratifs de ce ministère de libérer leur logement au plus tard le 15 août 2003, et ceci afin de permettre aux réels bénéficiaires que sont les chefs d’établissement d’entrer en possession des demeures qui leur sont normalement destinées.

Cinq mois après cette mise en demeure ministérielle, seuls deux cadres ont effectivement libéré leur logement, tandis que 18 autres continuent d’ignorer la directive ministérielle, sans être inquiétés outre mesure. Parmi ces squatters, figurent des hauts responsables de l’Education Nationale. Quel mépris des textes et quelle coupable négligence des autorités compétentes !

Mais ceci s’explique par autre chose : sans que personne ne le dénonce, à part nous, ce ministère a criminellement contribué, dans son domaine, à la violation des accords de paix de 1994 et 2001, spécialement leurs dispositions relatives au rattrapage scolaire dont devaient bénéficier les élèves accusant un retard du fait du conflit.

Violation qui perdure encore, jetant hors du système éducatif des centaines d’enfants injustement déscolarisés à cause de leur seule origine ethnique et qui viennent gonfler la cohorte des mal-enseignés condamnés au chômage et victimes idéales du démagogique « service national adapté ».

A suivre…


Interview de M. Jean-Paul ABDI NOËL

Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH)

Une récente actualité continentale, tenant aux conclusions du Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme au cours duquel notre pays a été distingué, ainsi qu’une prochaine échéance électorale, nous amènent à poser quelques questions au Président de la LDDH, M. Jean-Paul ABDI NOEL. De sa participation aux travaux de ce Congrès aux perspectives d’avenir de son organisation, en passant par son appréciation de la CENI, le Président de cette association de défense des Droits de l’Homme nous livre ses réflexions. Sans excès ni concession.


M. le Président, vous rentrez du IIIème Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme (UIDH), qui vient de se tenir du 15 au 19 décembre à Ouagadougou au Burkina-Faso. Pouvez-vous nous parler de l’objectif de cette réunion ?

Tout d’abord, permettez moi de vous remercier pour vos soutiens constants et appréciables en accordant très souvent une attention particulière aux défenseurs des Droits de l’Homme et de nous aider à mieux médiatiser le combat réel que nous devons tous mener pour la protection, la promotion des Droits de l’Homme et pour un Etat de Droits effectif dans notre pays. Nous considérons et encourageons toute l’équipe du journal « Réalité » de continuer à être les , avant-gardistes du combat pour la Démocratie et pour la Bonne Gouvernance. Que l’année 2004 soit pour notre peuple une année d’un combat réel afin de mettre fin à la politique de l’impunité, aux abus de pouvoir insupportables, aux détournements des Deniers publics et des Biens sociaux, à la mise en place très rapidement de différentes structures fiables et transparentes sur tous les processus électoraux, avec la participation active et directe de tous les Partis politiques, qui sont prioritaires car les premiers concernés.

Comme vous le savez, le IIIème Congrès suivi d’un Forum de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH) s’est déroulé à Ouagadougou (Burkina Faso) du 15 au 19 décembre 2003. Un certain nombre de Résolutions et de Recommandations ont été adoptées par les participants.

Les membres du nouveau Bureau de l’UIDH ont été élus, et j’ai eu l’honneur d’être élu comme Vice-Président chargé de la Corne de l’ Afrique. Cet honneur, que nous partageons, doit nous encourager dans notre combat et nous devons tous ensembles avec toutes les Organisations des Droits de l’Homme de la Corne de l’ Afrique et toutes les forces vives des pays voisins nous engager à unifier et à harmoniser toutes nos actions en faveur de l’intégration régionale des différents Instruments des Droits fondamentaux et de faire progresser les Libertés des Citoyens et des Peuples, ainsi que la libre circulation des Biens et des Personnes dans de la Corne de l’ Afrique.

L’objectif principal est celui du Congrès, mais le Forum qui a suivi ce Congrès était très fructueux, tant dans les approches que dans la proposition qui a été retenue.

En effet, le Congrès portait sur la stratégie à adopter pour une protection des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, tandis que le Forum posait des questions aussi importantes que :

Comment sortir d’une économie d’endettement pour financer un développement durable et équitable ?

La Mondialisation: quelle alternative ?

L’environnement : ses contours aujourd’hui en Afrique, quelle stratégie pour un développement durable ?

Bien que le régime djiboutien lui accorde très peu d’importance, la LDDH a été consacrée lors de cette conférence puisque vous avez été élu Vice–Président de l’UIDH en charge de l’Afrique de l’Est. Ceci nous honore et nous aimerions savoir si notre région a toujours été représentée à ce niveau et pourquoi des bilans n’ont-ils pas été dressés sur cette partie du continent africain et en particulier pour Djibouti ?

Votre question est tout à fait judicieuse. En effet, Maître Aref Mohamed Aref, en tant que membre de l’ Association des Droits de l’Homme et des Libertés, avait été élu à ce poste qui pour la première fois avait mis en relief la sous-région de la Corne de l’ Afrique. Cette nouvelle particularité a permis aux défenseurs des Droits de l’Homme de l’UIDH de mieux s’investir à défendre Maître Aref et d’exiger sa libération inconditionnelle de la sinistre prison de Gabode et sa réintégration d’office au barreau du Tribunal de Djibouti. Je profite de cette occasion pour témoigner ma reconnaissance au Président de I’UIDH M. Halidou Ouédraogo, au Professeur Kepet, au Docteur Sow et à tous les membres de l’UIDH, pour leur combat légitime qu’ils avaient mené en faveur de mon compatriote Maître Aref, victime de l’acharnement d’un pouvoir foncièrement dictatorial.

En ce qui concerne la deuxième partie de votre question, je peux vous affirmer qu’aucun rapport sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti, encore moins sur la Corne de l’Afrique ne figure dans le rapport des activités des différentes régions, ni dans le rapport moral de l’UIDH lors du IIIème Congrès. Ce qui suppose peut-être que Maître Aref n’a pas eu le temps matériel pour transmettre officiellement son rapport.

Ce Congrès de Ouagadougou s’est tenu en même temps que la visite à Djibouti d’une délégation des Nations Unies chargée des Droits de l’Homme. Quel bilan la LDDH tire-t-elle de la mission de ces deux experts ?

Avant de vous parler du bilan de cette visite, je tiens à préciser que les membres du comité ad-hoc s’étaient réunis pour planifier l’organisation de cette visite. (c’est ainsi qu’un plan de contact a été établi. La priorité a été donnée au contact officiel. Seules quelques associations ont été retenues. Ces associations devraient rencontrer les deux experts du Haut Commissariat des Nations Unis pour les Droits de l’Homme au siège de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes – UNFD.

L’ancien parlementaire actuellement Président de la LDDH que je suis a, au nom de son organisation, refusé de rencontrer les représentants des Droits de l’Homme à cet endroit. Car, tout en faisant remarquer que lors des dernières élections législatives, l’UNFD avait, d’une manière officielle et médiatique, soutenu les candidats de la liste UMP, il était donc de mon devoir de considérer l’UNFD comme partie prenante alors qu’elle n’est pas représentative de la femme djiboutienne dans sa totalité.

Par conséquent, j’ai proposé deux solutions à savoir: soit le comité ad-hoc reçoit les deux experts dans les locaux de la LDDH, soit les membres du comité rencontrent la délégation à leur hôtel. Un membre du comité ad-hoc des Droits de l’Homme de Djibouti dont je ne veux pas citer ici le nom a essayé de justifier cette décision pour une rencontre au siège de l’UNFD pour des raisons financières, cette association des femmes mettant gratuitement ses locaux à la disposition des experts. Dans cette affaire, une question se pose: Pourquoi la salle de réunion du PNUD, officiellement représentant du Haut Commissariat des Nations Unis, n’a-t-elle pas été retenue?

A mon départ, j’ai chargé officiellement M. Souleiman Ahmed Mohamed par un courrier au Ministre de la Justice afin que celui-ci rencontre et remettre le rapport de la LDDH sur les Droits de l’Homme à Djibouti aux deux experts. Malheureusement, malgré les sollicitations de M. Souleiman, la délégation du Haut-Commissariat des Nations Unis n’a pas estimé nécessaire de nous rencontrer.

Concernant l’objectif et le bilan de cette mission, ils nous sont totalement inconnus. Toutefois, lors de mon séjour à Paris, j’ai saisi à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme- FIDH en lui demandant de bien vouloir s’informer sur les résultats de cette mission que je considère comme une entrave aux travaux des Droits de l’Homme en République de Djibouti. Chose inouïe car la LDDH qui avait toujours eu de bonnes relations avec le Haut-Commissariat, notamment pendant la détention arbitraire des policiers de la FNP, a été négligée cette fois-ci.

Vos propositions de recommandation faites lors du congrès de Ouagadougou portent sur la transparence de la prochaine élection de 2005. Pouvez-vous être un peu plus précis ?

Nous avons dénoncé lors des dernières élections législatives la manière brutale dont celles-ci se sont tenues dans le pays et en particulier dans les districts de l’Intérieur. Nous n’avons pas manqué de dénoncer le Coup d’Etat électoral plus particulièrement fort dans le district de Tadjourah. Ces raisons m’ont conduit, lors de cette réunion de l’UIDH, a soumettre une recommandation qui puisse mobiliser les défenseurs des Droits de l’Homme de notre continent pour une participation active, en tant qu’observateurs, aux prochaines élections présidentielles de notre pays. Je n’ai pas manqué de souligner que le rôle des observateurs, régionaux et internationaux, ne devait pas se limiter au seul jour du scrutin, mais qu’il faut de leur part une participation effective et totale couvrant toute la période des processus électoraux.

Permettez-moi une fois encore d’encourager à travers votre journal tous les partis politiques du pays, auxquels je suggère qu’il ne faut pas attendre une décision gouvernementale inévitablement tardive pour lancer un appel à tous les observateurs et presses des pays amis et des organisations internationales pour un suivi au moins 10 mois avant le scrutin du processus électoral. J’entend par là le contrôle de la révision des listes électorales jusqu’au dépouillement et déclaration des résultats. La révision des listes électorales et la propagande de l’équipe gouvernementale sur les ondes de la RTD financée par les deniers publics et les biens sociaux sont par exemple deux points importants. Enfin, je dirais simplement que la transparence électorale passe par la transparence des demandes officielles des partis politiques auprès des pays amis et organisations internationales, concernant l’envoi d’observateurs et journalistes. Mon souhait est d’encourager tous les partis politiques pour que soient entamées, dès maintenant, les démarches. Car pour avoir des observateurs sérieux, il faudra permettre à ces pays et organisations de se préparer à temps pour ces missions.

Vous avez pris part aux travaux de la Commission Electorale Nationale Indépendante, mise en place par le régime pour superviser les élections du 10 janvier 2003. Quelles leçons en tirez-vous aujourd’hui ?

La Commission Electorale Nationale Indépendante – CENI- m’a appris beaucoup de choses.

J’ai appris que :

la CENI manquait de transparence

la CENI, par la loi même qui l’a créée:, impose le silence le plus total à tous ses membres :

la CENI, par les textes qui l’ont créée, est composée essentiellement de représentants du gouvernement alors que ceux des partis politiques se trouvent dans une situation de minorité. On peut en conséquence s’interroger sur la fiabilité d’un organisme électoral dont la grande majorité des membres est constituée de fonctionnaires connus pour leur fidélité au pouvoir en place.

Vous avez été le Rapporteur de la CENI. Pouvez-vous nous fournir une copie du rapport final, que vous avez rédigé, relatif aux conditions de déroulement des législatives du 10 janvier 2003 ?

Il n’y a jamais eu de rapport final officiel. Aucun texte n’a été adopté dans ce sens par l’Assemblée Nationale.

Le rapport final a tout simplement été soumis au Président de la République avec « un chèque en blanc » de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

Quelles sont les perspectives organisationnelles de la LDDH pour la nouvelle année ? Quelles améliorations en attendez-vous relativement au renforcement des droits civiques et à la promotion des droits de l’Homme ?

Sur le plan organisationnel la LDDH navigue à vue avec beaucoup de prudence, en fait mon organisation s’apparente à un Iceberg avec une importante partie immergée. Même si apparemment il nous est permis de réaliser certaines de nos activités, il nous paraît prudent de protéger nos adhérents contre la politique sournoise et foncièrement dictatoriale du régime qui nous oblige à rester vigilants. Nous devons dans un proche avenir penser à augmenter le nombre de nos adhérents en raison de l’inexistence de toute subvention en notre faveur. Nous avons par ailleurs décider de participer dans le cadre de la formation à sensibiliser nos populations (sur l’ensemble du pays) sur les processus électoraux et dans l’ intérêt suprême de notre Nation, sur la nécessité de l’ application de l’Accord de paix du 12 mai 2001, surtout en ce qui concerne la Décentralisation.

Propos recueillis par Mahdi Ibrahim A. God


La Bourse ou la Vie

Etat, régime, opposition et droit au travail

C’est fou ce que le brouillard linguistique peut parfois jeter un voile de décence sur certains propos, qui en disent long quant à la conception de la démocratie ayant cours ici ou là. Ainsi, en cette nouvelle année au cours de laquelle le Chef de l’Etat promet de spectaculaires avancées en matière démocratique, il nous a semblé utile de ramener à la mémoire de ses concitoyens les propos qu’il avait tenus en langue maternelle sur les ondes de la RTD, à l’occasions du premier anniversaire de son mandat: c’était en mai 2000. Propos relatifs à la distance infranchissable qui devait, selon lui, s’instaurer entre l’Etat (l’Administration) et les opposants politiques. Propos qu’il n’était pas inutile non plus de mettre en parallèle avec ceux que tenait Brejnev du temps de sa grandeur communiste.


La conception de la Démocratie et de la Liberté a en tout temps varié selon les pays. Beaucoup d’entre eux avaient pris le qualificatif de République dont les plus nombreux se situent en Afrique, indépendante depuis les années 1960. En réalité, le fait d’afficher cette épithète ne dérogeait pas aux pratiques des dirigeants lesquels agissent en monarques absolus sur des populations n’ayant pas connu le souffle de la liberté depuis plus d’un siècle par fait colonial.

Certes les révolutionnaires indépendantistes désignaient ceux-là de « despotes du colonialisme », ce que d’ailleurs justifiaient les agissements des « monarques noirs » qui ont marqué ce continent meurtri par la famine et les maladies endémiques. Les Bokassa, Idi Amin Dada, Mobutu, Menguistu, Siad Barreh, … représentent à eux seuls toute l’absurde intransigeance des dictatures génocidaires de notre continent, face aux inéluctables changements des sociétés africaines dans un monde en pleine mutation. Cependant, pour ceux qui durent encore, leur nature n’a pas changé d’un iota depuis les années 1990 où le vent de la Démocratie n’a fait qu’amplifier leur comportement d’anthropophage aux seules fins de conserver leur trône. Raison pour laquelle ils n’ont pas hésité à mettre à feu et à sang non seulement leur pays, mais aussi les régions et autres contrées voisines. Les deux extraits ci-dessous cités expriment par leur parallèle toute la hantise de la Démocratie et de la Liberté des Républiques Monarchistes.

Le premier extrait est tiré d’une interview accordée par le Chef de l’Etat à un journaliste de la RTD pour fêter comme il se doit le premier anniversaire de son arrivée à la Présidence: « Pour être un opposant, il ne faut pas avoir besoin de l’Etat. Il faut guerroyer longtemps être financièrement indépendant comme l’a fait et l’a été Wade, l’actuel Président du Sénégal ».

C’est proprement invraisemblable: le Chef de l’Etat de ce qui se présente comme une République ose froidement affirmer qu’un opposant ne devrait pas espérer un salaire de l’Etat tout comme un salarié de l’Etat ne devrait pas militer au sein d’une opposition. Heureusement, il n’a pas clairement interdit aux fonctionnaires et conventionnés de voter pour l’opposition lors des consultations électorales, mais c’est tout comme. Tranquillement ce faisant, le Chef de l’Etat djiboutien a remis en cause des droits fondamentaux pourtant garantis par notre Constitution: le droit au travail et le droit au salaire.

On savait que le droit au salaire était allègrement violé par ce régime dont la mauvaise gouvernance obligeait ses concitoyens à traîner comme un boulet les retards de salaire. On a appris ce jour-là que le droit au travail n’était qu’une utopie sur le papier qu’il valait mieux ne pas trop caresser: la liberté de pensée trouve sa limite dans l’obligation de reconduire les représentants du parti au pouvoir à chaque élection. Ce qui ne nous étonne guère: les responsables et dirigeants syndicalistes licenciés en 1995 pour fait de grève, et jamais réintégrés depuis, malgré les engagements officiels auprès du Bureau International du Travail, sont là pour rappeler aux travailleurs Djiboutiens qu’ils n’ont même pas le droit de librement choisir leurs délégués, encore moins d’être défendus face à un patron très peu respectueux du droit social. Mais, ce jour-là, le journaliste de la RTD n’a pas estimé utile de broncher : il avait peut-être oublié sa conscience professionnelle aux vestiaires.

Le deuxième extrait est celui de L. I. BREJNEV qui dans une interview accordée aux journalistes de « Stern » le 12 mai 1973 disait ceci: « Nous. avons un parti, un parti qui gouverne, à quoi bon une opposition ? Les gens parlent toujours de Liberté, qu’est-ce que ça veut dire ? » .

Même si les Républiques de ces deux Chefs d’Etat se situent dans deux contrées très éloignées l’une de l’autre, avec des populations, des économies et des richesses totalement différentes, ils partagent néanmoins la même conception et ont les mêmes convictions sur la Démocratie et la Liberté.

En effet leur propos démontre bien que pour eux le Parti, l’Etat l’Administration, les Finances, la Police et l’Armée forment un tout appartenant exclusivement aux dirigeants par définition inamovibles parce que détenant la Vérité suprême grâce à leur Pravda locale, qu’elle se nomme Izvestia ou RTD. C’est en quelque sorte « l’appropriation des moyens de domination », une philosophie qualifiable de « la Dictature des Présidiums » : l’on est donc bien loin du gouvernement du Peuple, pour le Peuple et par le Peuple. IL s’agit ainsi d’une idéologie disposant de moyens illimités pour asseoir une domination faite pour perdurer dans le temps et dans l’espace.

En définitive, si pour l’un comme pour l’autre, le parti unique qui gouverne se drape dans la notion de République, populaire ou démocratique, il s’agit bien d’une usurpation de titre et d’espoir. Tout comme le verdict de l’Histoire a été sans appel pour le communisme, les despotismes déguisés en démocratie, comme c’est le cas à Djibouti, sont inéluctablement condamnés à mourir, car elles ne tiennent que tant qu’ils tiennent. Jusqu’à ce que l’Histoire décide de mettre un terme à leur démesure, ces despotes peuvent disposer de la bourse d’autrui et se maintenir en menaçant leurs concitoyens démunis, faute d’une réelle Justice.


Dénis de justice

Quand la justice broie les citoyens

« La paix et la justice sont aussi inséparables que le souffle et la vie » proclamait l’Accord-cadre du 7 février 2000. L’ absence de la Justice était une des causes essentielles du conflit civil. Parce qu’elle perdure grâce ou malgré le silence des armes, nous tirons la sonnette d’alarme devant le danger permanent représenté par la déliquescence d’une Justice djiboutienne plus prompte à condamner les opposants et promouvoir les zélés qu’à servir tous les justiciables sans distinction.


Au lendemain des élections législatives, les dysfonctionnement et blocage de l’institution judiciaire (membres du Conseil Constitutionnel désignés par une seule partie, ventilation et champ de compétences d’une CENI concoctée à huit clos, Tribunal du Contentieux Administratif inexistant depuis 1996,…) nous inspiraient les réflexions suivantes: «La fonction essentielle de l’institution judiciaire est la régulation des rapports entre les justiciables avec, comme objectif final, d’empêcher que soit atteint le niveau de la violence par réaction à l’injustice subie. Elle est l’ultime recours et l’unique alternative contre la loi de la jungle entre les hommes. Jamais l’institution judiciaire nationale n’a abandonné dans un pays pour quelque cause que ce soit la place qui est la sienne sans que celle-ci soit occupée par une instance internationale, soit investie par l’anarchie violente où se livre alors un jeu sans règles ni arbitre». Nous y sommes la violence latente en moins !.

La déliquescence de la Justice à Djibouti n’est pas imputable au vide juridique. Les textes hérités de la colonisation ou édictés par l’Assemblée Nationale depuis l’Indépendance existent, mais sont tout simplement inappliqués. Faute de magistrats? Certainement pas ! Même si leur nombre est insuffisant et s’il sont pour la plupart dépités, ils existent et sont en règle générale compétents. Ce n’est pas non plus faute de locaux (fussent-ils vétustes).

Sans disserter sur ses causes, nous nous contenterons de constater que la disparition de la Justice à Djibouti est attestée lorsqu’elle ne prend pas une décision indispensable; lorsqu’une décision prise n’est pas exécutée ou quand les décisions de certaines juridictions violent explicitement la loi.

L’acharnement judiciaire contre D.A.F et le Co-directeur de publication de « Réalité » ainsi que l’impunité dont jouissent certains pontes du régime civils ou militaires ou leurs protégés. L’acharnement d’une banque à poursuivre un client insolvable pour quelques centaines de milliers de F.D démontrent s’il en était besoin les dangers de l’intrusion de la politique dans la sphère juridiciaire.

Exceptionnellement, nous nous ferons ici l’écho d’un cas qui mérite publicité pour la permanence du déni de justice ; suite à un grave accident de la circulation survenu en 1979, le responsable de l’accident a été condamné à payer près de neuf millions de F.D.Il n’en a payé que le tiers .En dernière instance, en Septembre 1999, le tribunal correctionnel de la cour d’appel, lui commande de payer le reste dans un délai d’un mois sous peine de huit mois de prison ferme pour refus d’exécution judiciaire.

La victime, Mr Ibrahim Abdallah Ibrahim ancien militaire handicapé à vie depuis lors et père de plusieurs enfants, défendue à l’époque par un avocat aujourd’hui mal-élu, attend donc un quart de siècle que Justice lui soit rendue et ce, malgré plusieurs doléances adressées aux deux Présidents qu’a connu notre République. Le condamné se serait nous dit-on, publiquement targué d’avoir des entrées influentes au sein de la haute fonction publique. Dans ces conditions, à qui recourir pour faire valoir ses droits ?

Chacun constatera d’abord que se sont écoulées deux décennies entre le drame et la décision définitive du Tribunal Correctionnel de la Cour d’Appel. Ce n’est pas à cause de la lenteur de la Justice ou l’usage par l’avocat et le condamné de toutes les ressources juridiques. Car entre la dernière décision et ce jour, c’est près de cinq années qui se sont encore écoulées sans que le condamné se soit acquitté du montant dû à la victime, ni que soit exécutée la décision du Tribunal. Ces retards et déni de justice sont uniquement dûs au défi sans précédent dans les annales judiciaires, lancé par un particulier bien introduit dans les sphères du pouvoir, à la Justice d’un pays.

Rappelons enfin au chapitre des Droits de l’Homme et à titre purement anecdotique, la récente et fulgurante promotion du responsable de la sécurité rapprochée du chef de l’Etat qui s’est tristement rendu célèbre en dirigeant la sanglante répression contre les démobilisés handicapés en Avril 2002. La grande muette désapprouve en se contentant de jaser.

Ce bref rappel qui est tout sauf exhaustif n’a d’autres objectifs que de réveiller la bonne conscience des praticiens de la Justice et de tous ceux qu’ils soient civils ou militaires en charge du destin collectif.


Haïti : du haut de cette misère

DEUX SIECLES D’INDÉPENDANCE VOUS CONTEMPLENT

L’événement est pratiquement passé inaperçu, tant ce pays qui inquiète tant l’ONU semble n’avoir plus aucune contribution positive à apporter au monde. Pourtant, Haïti ( Ayiti en arawak, signifiant Terres des hautes montagnes) vient de fêter le 1er janvier dernier le bicentenaire de son Indépendance, au terme d’une révolte des esclaves commencée en 1791. Deux siècles de liberté pour se dépêtrer aujourd’hui dans une misère sans fond : à travers la déchéance de ce pays, c’est tout le décalage entre l’idéal indépendantiste et son fruit détourné au profit de quelques-uns, qui se donne à lire. Et à méditer : sommes-nous indépendants juste pour qu’une minorité illégitime confisque notre destin pour le rendre immobile ?


Aucun citoyen d’un pays issu de la décolonisation ne devrait l’ignorer : Haïti, le premier pays souverain de l’Histoire de l’humanité noire vient de fêter le bicentenaire de son existence. C’est en effet le 1er janvier 1804 que ces populations essentiellement d’origine africaine se libérèrent de l’exploitation esclavagiste et s’organisèrent en Etat indépendant. L’actualité contemporaine de cette petite île des Caraïbes a éclipsé un tel honneur : Haïti est plutôt connu pour ses malheurs et ses tontons macoutes.

Mais la modestie ecclésiastique étant parfois soluble dans la démagogie politicienne, ce triste constat n’a pas empêché son Président, le Père Aristide, de verser dans la démesure. Ainsi a-t-il crû judicieux d’affirmer, à l’occasion de la célébration de ce bicentenaire que « La première République noire est et reste l’épicentre de la liberté pour les Noirs ».

Thabo Mbeki, le président sud-africain venu assister aux festivités, a toutefois remis les choses à leur juste grandeur en estimant que le révolte des esclaves en Haïti avait été source d’inspiration pour le monde. Car, en toute sincérité, et tout en reconnaissant que la révolte de Toussaint Louverture ait pu servir de modèle à la lutte contre l’apartheid, il serait bien difficile de trouver quoi mettre à l’actif du régime des Duvallier (père et fils). Tout comme il serait difficile d’expliquer en quoi les souffrances d’Haïtiens privés de liberté par les leurs auraient pu positivement influencer la détermination combative des peuples colonisés ou opprimés de par le monde.

Sans trop se demander dans quelle mesure la couleur de la peau peut se transformer en référent idéel, le raccourci est vraiment saisissant : deux siècles d’Indépendance pour être aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du monde. Comment un mouvement d’émancipation aussi lourd de sacrifices humains a-t-il pu s’embourber dans un tel chaos ?

Le problème dépasse donc largement le cadre étroit d’Haïti et la question vaut également pour la majorité des pays issus du processus de décolonisation. Car, si la situation politique et sociale de cette population interpelle, c’est parce qu’Haïti fonctionne comme un paradigme : celui des luttes détournées de leur finalité par les régimes en place. Lesquels, par incompétence autant que par cupidité, se sont immensément enrichis, plongeant leurs peuples dans la misère et la mendicité internationale. C’est justement ce qui gêne dans le cas haïtien: les dictatures contemporaines n’ont fait que remplacer l’exploitation commerciale d’origine étrangère en lui donnant une coloration endogène, indigène

Aux négriers ont succédé les rois nègres méthodiques, n’en déplaise à l’émotivité chère à feu Senghor. Car, dans le domaine de la violence politique, Haïti a vraiment été un précurseur : entre 1804 (date de son indépendance) et 1957 (date de l’arrivée au pouvoir de Papa Doc), 24 de ses Chefs d’Etat sur 36 ont été soit renversés (il y aura aussi quelques coups d’Etat après), soit assassinés, les deux n’étant impossibles. Quant à la mégalomanie dynastique, Bokassa, en s’autoproclamant Empereur, s’est peut-être inspiré du destin de Jean-Jacques Dessalines, devenant dès 1804 Jacques Ier , monarque d’anciens esclaves.

Avant même que Sékou Touré ne dise non à la France, Haïti expérimentait déjà le modèle dictatorial qui allait connaître une remarquable inflation dans l’Afrique post-coloniale : le 22 octobre 1957, François Duvalier arrive au pouvoir. Il règne par la terreur, interdit les partis politiques d’opposition et obtient du Parlement de gouverner par décrets.

Mais, à y bien regarder, n’est-ce pas la même facilité antidémocratique que la Constitution Djiboutienne accorde au Président de la République, Chef du Gouvernement, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature et accessoirement président d’un parti politique ? Le fait est donc bien là : à travers Haïti, ce sont tous les régimes de dérive qui devraient se reconnaître dans ce gâchis et avoir honte. Car, si Haïti est aujourd’hui classé 146ème sur les 173 Etats, la République de Djibouti n’est pas bien loin devant : 142ème ou 143ème. Ce n’est pas glorieux.

« Les sociétés sans histoires, sans tradition, sans mœurs nationales, sans les vertus publiques, finissent par devenir des peuplades dont l’existence est inutile dans l’œuvre de la civilisation » écrivait excessivement en 1947 l’historien Thomas, auteur d’ouvrages relatifs à l’histoire d’Haïti. Tout peuple a une Histoire, qu’elle soit écrite ou orale, n’en déplaise aux partisans du comte de Gobineau. Le problème, c’est juste que certains dirigeants sans envergure n’ont aucun dessein pour leur Peuple, préférant leur imposer stagnation ou récession, du moment qu’ils perdurent en s’enrichissant personnellement, par les fraudes et la corruption.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 77 du mercredi 31 décembre 2003

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Réalité numéro 77 du mercredi 31 décembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’asphyxie économique de Tadjourah
  4. Réalité dénonce, le régime renonce
  5. La LDDH à Ouagadougou
  6. Courrier des lecteurs
  7. Si Lansana m’était conté
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 77

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BONNE ANNEE 2004…

DANS L’ŒIL DU CYCLONE

Pour parler un langage informatique, il semble que la mémoire audiovisuelle djiboutienne fonctionne sélectivement sur le mode du formatage récurrent : aucune rétrospective de l’année n’est proposée à l’appréciation du citoyen-téléspectateur ; autrement que sur le mode de l’invitation aux applaudissements propagandistes. Nous sommes dispensés d’apprécier le chemin parcouru, peut-être parce que c’est le plus souvent à rebours, en tout cas pour ce qui concerne les domaines dits sociaux. Là au moins, le recul est si patent que le régime serait malvenu de s’auto glorifier, quand bien même une providentielle perspicacité présidentielle aurait pourvu en dialyse un service certainement nécessiteux. Comme dans le secteur éducatif où, spécialement dans les zones rurales éloignées, les parents d’élèves se plaignent de ce que leurs enfants fassent encore école assis sur des boîtes de Nido.

Pour notre part, en tant qu’opposition s’estimant avoir des comptes à rendre aux citoyens, nous pensons que, s’il fallait retenir un fait marquant de l’année qui vient de s’écouler, ce serait à n’en pas douter l’énorme mobilisation populaire suscitée par le scrutin législatif du 10 janvier. N’eût été la rétention volontaire des cartes d’électeur, le taux de participation aurait frôlé les 90% des inscrits. Preuve donc s’il en était besoin, que l’instauration du multipartisme intégral, même en autorisant la création de multiples partis présidentiels, a suscité d’énormes espoirs au sein d’une population très majoritairement fatiguée des incessantes magouilles tribalo-financières et ne demandant qu’à vivre pacifiquement et assurer un héritage digne de ce nom à ses enfants. Mais, dix-neuf ans après 1984, le chef-d’œuvre d’Orwell, l’année qui vient de s’achever aura démontré, de façon certes caricaturale, la grotesque actualité de tous les Big Brother, pour lesquels le continent africain (hormis quelques exceptions asiatiques au rang desquelles il faut mentionner les geôliers birmans d’Aung San Su Chi) reste malheureusement le plus important retranchement. 2003 a donc été une année qui a débuté de façon mouvementée et qui, sans la sagesse d’une opposition dépossédée de sa victoire, aurait également fini de façon mouvementée, pour peu (et ce n’est pas évident) que ce régime d’usurpation ait pu résister aux légitimes assauts des aspirations populaires au changement démocratique.

Mais, il est bien évident que nulle formation politique (sauf si elle est sponsorisée par le pouvoir en place, ce qui n’est pas rare) n’a vocation à être perpétuellement dépossédée de sa victoire, à uniquement servir, par sa participation à des scrutins perdus d’avance, de caution démocratique à un régime profondément réfractaire à toute libre expression de la volonté populaire. Or, chacun le sait, et spécialement parce que la Constitution de 1992 organise ainsi notre vie politique, 2005 sera le théâtre d’un affrontement sans merci entre les forces de régression, regroupées autour du candidat officiel, quel qu’il soit si Allah lui prête vie, et celles du changement, quel qu’il soit si Allah lui prête itou vie.

De ce point de vue, l’année qui commence demain se situe effectivement dans l’œil du cyclone : un moment de calme entre deux séquences historiques pour le moins troubles. Il faut donc en profiter, pour se construire une conscience citoyenne encore plus aiguë, déterminée et capable de condamner le blâmable et de soutenir le juste. Dans cette construction d’une identité nationale résolument installée dans les droits de l’homme et le respect de son prochain, de son voisin, inutile de compter sur les forces du formatage cyclique et d’oubli sélectif.


Brèves nationales

Dikhil :

Libération des jeunes chômeurs

Mardi dernier, les 18 jeunes chômeurs, libérés la veille ont à nouveau manifesté pacifiquement devant les bureaux du district de Dikhil, exigeant la libération de leurs 7 camarades incarcérés à Gabode. Quarante-huit heures après cette manifestation de solidarité qui a été suivie avec sympathie par la population dikhiloise, les autorités ont relâché ces jeunes injustement écroués à Gabode. Espérons qu’avec cette détente, les jeunes chômeurs seront embauchés comme ils le souhaitaient, au chantier de la réhabilitation de la route Dikhil-Wéa. Il est tout simplement inimaginable que le régime laisse impunis les propos d’un galonné prétentieux justifiant une répartition tribale du droit au travail en fonction de zones géographiques.

Tourisme :

Le Goda s’auto-développe

En l’absence de toute politique volontariste de la part du gouvernement visant à développer le tourisme et l’artisanat, dans cette région qui ne manque pas d’atouts, les habitants du Goda ont depuis longtemps retroussé les manches pour valoriser leur région délaissée par les dirigeants, dont c’est pourtant la mission, mais trop occupés à dîner en dormant. Passons ! L‘Ard tient à féliciter toutes les initiatives privées qui, à travers toutes les associations et ONG, ou tout simplement sur de petits prêts, ont impulsé le travail de fourmi en cours.

Résultat ? A l’occasion des fêtes de fin d’année (Noël et Nouvel An), ce sont des colonnes de véhicules 4×4 qui ont emprunté les pistes du Goda, pour séjourner dans les nombreux sites touristiques ayant essaimé dans la région. Aucune publicité n’étant faite dans la presse par l’officie chargé de ce développement, c’est le bouche à oreille dans la communauté expatriée qui fait office de publicité. L’attrait certain du paysage montagneux, la légendaire hospitalité des habitants, le charme des daboïtas, tout concourt, l’espace de quelques jours, à faire oublier aux touristes la criante absence de politique publique dans ce domaine. Les touristes commencent même à rêver, si quelques travaux étaient effectués pour rendre les pistes plus praticables et les sites plus rapides d’accès, c’est chaque week-end qu’ils se rendraient volontiers bivouaquer au Day, à Bankoualé, Dittillou ou ailleurs, qui gardent charme et attrait en toute saison. Quant au district d’Obock, nul doute qu’il aurait, lui aussi, tiré son épingle du jeu dans cette saison touristique, si la mauvaise gouvernance et les calculs électoraux ne lui imposaient un féroce enclavement asphyxiant toute initiative de développement.

Nous encourageons tous nos partenaires économiques à s’intéresser, en les finançant, à ces activités sources d’emplois.

Obock :

La dernière première pierre ?

Hasard du calendrier ou panique officielle ? Pendant que la direction de l’ARD procédait à l’inauguration d’une nouvelle section de notre parti à Tadjourah, une délégation du RPP organisait une cérémonie de pose d’une première pierre… du futur siège de ce parti à Obock. Décidément, Obock est devenue la ville des premières pierres et la pierre d’achoppement du développement durable version RPP. Malgré les moyens techniques et financiers déployés pour cette visite d’esbroufe, le passage des envoyés gouvernementaux est pratiquement passé inaperçu. Aux dires de certains, ce déplacement ne faisait pas l’unanimité au sein même des barons de ce régime en plein désarroi. Le malaise actuel au sein de cette formation sclérosée explique peut-être que d’autres aient préféré respirer l’air marin d’Obock.

Tadjourah :

L’ARD se multiplie

A l’invitation du dynamique comité des femmes de Tadjourah, et des militants du quartier de Marsaki, une délégation de notre parti, conduite par le Président par intérim, M. Ahmed Youssouf, a effectué une visite de travail dans la Ville-Blanche le week-end dernier. Arrivée sur place jeudi vers midi, la délégation a été conviée à un sympathique déjeûner chez la grande militante Fato Omar. Dans l’après-midi, la direction de l’ARD a eu une importante séance de travail avec le comité des sages et des jeunes de la ville. Dans la soirée, une réunion s’est tenue avec le comité des femmes à l’annexe centrale du parti, non sans attirer une curiosité démesurée de certains pontes du RPP, certainement impressionnés par l’affluence féminine.

Le lendemain vendredi, les dirigeants de l’ARD ont été chaleureusement accueillis par les militantes et militants de Marsaki. Dans ce quartier situé au nord de la ville, la direction de l’ARD devait procéder à l’inauguration d’une nouvelle section du parti, conformément aux souhaits maintes fois exprimés par les habitants particulièrement engagés à nos côtés. Après le siège central de la place de l’Indépendance et la section du bord de mer, l’installation d’une troisième section dans la Ville-Blanche démontre la vitalité de notre parti et son audience réelle dans cette ville de Tadjourah ,solidement ancrée dans l’opposition.

Fatiguée de l’esbroufe officielle et des fraudes, la population de Tadjourah continue de brandir fièrement l’épi de dourah, symbole de notre parti. Au cours de ses multiples rencontres avec les militants de cette ville, la direction de l’ARD a tenu un langage de vérité : son message d’espoir et de lutte a été parfaitement compris. Après Tadjourah, la direction de l’ARD compte prochainement effectuer une visite similaire dans la ville enclavée d’Obock.

Gestion urbaine :

Les hommes réfléchissent, les animaux méditent

Le journal gouvernemental « La Nation » ne manque pas d’humour, dans son édition de lundi dernier en page 10, une brève solennelle relate les cogitations du comité technique chargé de la gestion urbaine. On y apprend ainsi qu’ « au cours de cette réunion, les membres du comité technique de coordination, structure chargée de réfléchir sur les problématiques liées à la gestion urbaine de la ville, ont examiné les voies et moyens d’améliorer les conditions d’hygiène et de salubrité de la capitale. » Fort bien ! et nous les y encourageons. Mais, pour l’heure, force est de constater que ces réunions de grands penseurs n’ont toujours pas mis fin à l’errance des animaux en ville. A ce sujet, nous saluons la pertinence et la sagacité de la photo publiée sur la même page de « La Nation » et montrant des chèvres méditant tranquillement sur la chaussée publique. Entre les discours et la réalité…


L’asphyxie économique de Tadjourah

Tandis que le régime multiplie les opérations de charme, au masculin comme au féminin, en direction de la Ville-Blanche, la situation économique du district de Tadjourah ne cesse de se détériorer. Réduction constante des postes budgétaires, abandon des infrastructures publiques, aucune aide à l’investissement privé, opacité de la gestion du Conseil régional qui ne rend aucun compte à ceux qu’il est pourtant censé administrer, entraves au commerce transfrontalier : c’est une véritable asphyxie qui ne dit pas son nom. A qui profite le crime ?


Tadjourah, Capitale régionale du Nord de notre pays et son arrière-pays souffrent de la pauvreté, du délabrement et d’un chômage endémique frappant lourdement sa jeunesse. Cette situation contraste fortement avec son passé glorieux de port commercial pour le Choa et l’Abyssinie en général. Cette ville qui a émerveillé tant d’aventuriers et suscité tant de convoitises des puissances en lutte pour le contrôle de cet axe maritime. Nombre d’étrangers de passage ont écrit sur cette ville, jouissant d’indéniables capacités commerciales qu’elle a su faire fructifier par ses relations avec les voisins proches ou lointains, allant de l’Égypte à l’Inde en passant par le Golfe d’Aden.

Après les années coloniales improductives, le régime issu de l’Indépendance a gâché, par son centralisme étouffant, les possibilités de développement de cette région.

Le Budget du district de Tadjourah, à en croire les comptes définitifs du budget de l’État pour l’exercice 2001, s’élève à 41,2 millions de nos francs. Il est, rappelons-le, en constante diminution depuis une décennie. Les dépenses admises du Budget de l’exercice s’élèvent quant à elles à 30,4 millions FD. C’est donc environ 0,1% du Budget de l’État qui est consacré en 2001 au développement de cette région. Même en ajoutant la dotation du Conseil régional (50 millions FD pour chaque district), la part du Budget de l’État consacrée à ce district reste invariable et insignifiante. Le montant global des enveloppes consacrées aux quatre districts s’élève à 1% du Budget national. Dans ces conditions, il serait plus juste de parler de Budget de Djibouti (la Capitale) plutôt que de Budget National. D’où la pertinence de notre insistante revendication pour une véritable décentralisation. Affecter 99% du Budget de l’Etat au plus petit district en superficie, au prétexte qu’il abrite la Capitale et qu’il est le plus peuplé en dit long sur les priorités et les choix budgétaires de nos décideurs politiques.

Si la guerre civile a affecté la vie de cette région, il n’en demeure pas moins que le régime actuel n’a absolument pas cherché à en guérir les maux, à tous les sens du terme. En effet, aucune politique sérieuse et sincère pour la réhabilitation des zones affectées par le conflit et, d’une manière générale, le développement des régions n’a vu encore le jour. La population de Tadjourah comme celles des autres régions est toujours contrainte à l’exode économique vers la Capitale. Il n’y a pas très longtemps la ville de Tadjourah comptait environ 300 salariés de l’administration publique. Actuellement, il en reste moins de 50. En octobre 2000, lors de son déplacement spectaculaire pour l’inauguration du « nouveau » port, le Président de la République avait promis à ce district des retombées économiques rapides de «cette oeuvre». Il s’avère aujourd’hui, trois ans plus tard, qu’aucune création d’emploi n’a été recensée, l’espace bitumé réservé au stockage temporaire des marchandises demeure tristement vide, et sert de parking.

Le constat est amer. Le dragage qui devait permettre aux boutres d’accoster plus facilement et de bénéficier d’une eau profonde n’a pas été entièrement réalisé. L’augmentation du flux maritimes, pour raisons touristiques ou autres relève du bluff total : même la plage du «Sable Blanc est nettement plus fréquentée que le port de Tadjourah ! Par conséquent, cet investissement financé sur les fonds du Port Autonome International de Djibouti (avant concession à Dubaï) reste improductif, faute d’une réelle volonté politique capable de prendre en compte tous les paramètres d’un développement durable. Il se murmure dans les milieux proches du régime que ce port aurait plutôt été rénové pour des raisons uniquement sécuritaires, au bénéfice de l’armée et de la police. On ne sait jamais…

Pour sa part, l’usine des eaux de Tadjourah, qui employait quelques dizaines de salariés et qui a été saccagée durant la guerre civile par les troupes gouvernementales, elle aurait récemment fait l’objet d’une cession sans appel d’offres, pour un « franc symbolique » à des amis politiques du pouvoir. Sa destinée reste méconnue de la population. Depuis la fermeture de la route reliant Tadjourah et Bouya, le secteur du transport transfrontalier a été frappé de plein fouet, jetant dans le chômage technique nombre de professionnels. Chacun le sait, le journal gouvernemental « La Nation » s’en fait souvent l’écho, les pistes de l’Intérieur ne sont plus entretenues que par… les forces françaises.

Ainsi, aucune amélioration dans la vie quotidienne de cette population très affectée n’est visible. Fatigués du mensonge électoraliste, les habitants de cette ville plusieurs fois centenaire, jadis carrefour commercial et débouché économiques d’une partie de la sous région, n’attendent rien de ce régime qui préfère distribuer du khat plutôt que de donner travail, soins ou Éducation. Lors de notre déplacement la semaine dernière, les Sages de Tadjourah nous l’ont répété :. « rien n’est fait et rien ne se fera sous ce régime prédateur et insatiable». CQFD.


Réalité dénonce, le régime renonce

Il y a un peu moins d’un an, le régime a dépêché un émissaire prendre contact avec l’équipe de rédaction de Réalité. Marché proposé : le journal de l’ARD évoque les bonnes réalisations du régime qui procèdera alors à la restitution du salaire confisqué des dirigeants du FRUD-armé. Inutile de préciser que ce chantage à l’argent n’a pas fonctionné. Et encore : si les médias publics, respectueux du pluralisme des opinions caractérisant toute véritable démocratie, accordait la place qui lui revient au point de vue opposant, la presse d’opposition aurait été bien obligée, ne serait-ce que par respect, de nuancer ses propos. Donc, depuis son lancement, par son sérieux et son indépendance d’esprit, notre hebdomadaire croit avoir véritablement contribué à faire bouger les choses. La liste non exhaustive des résolutions positives à son actif est là pour témoigner de son efficacité. Malheureusement, les dérives dénoncées n’ont pas toujours été circonscrites, car elles se sont heurtées à la force d’inertie négative de ce régime irresponsable.


Dan un de ses premiers numéros, Réalité s’était inquiétée des conditions douteuses de fonctionnement d’une clinique médicale officiant dans la Capitale, pompeusement baptisée «clinique égyptienne » alors que chacun sait que les véritables spécialistes égyptiens sont mondialement reconnus pour leur compétence. L’Ambassade égyptienne s’étant saisi de l’affaire, il est apparu qu’une praticienne était recherchée dans son pays pour certaines indélicatesses.

Suite à cette publication et surtout à cette suite donnée par les officiels égyptiens, une partie du personnel officiant dans cette clinique a été contrainte de rentrer en Égypte. De son côté, le ministre djiboutien de la Santé, obligé de plonger dans une affaire à laquelle, pour de sombres raisons, son illustre prédécesseur avait accordé d’incompréhensibles facilités, a été amené à se rendre à l’évidence et à fermer définitivement cette clinique. My doctor is rich : ce n’est malheureusement pas le cas pour Djibouti.

Après cette victoire, dont nous n’avons jamais fait état, puisque le ministère djiboutien de la Santé a également veillé, dans la mesure de ses maigres moyens institutionnels, à la sauvegarde de la Santé publique, Réalité a réussi à bousculer quelques idées reçues en arrachant à la mauvaise gouvernance institutionnalisée certains droits injustement refusés aux administrés abandonnés. Ainsi, dans son numéro 42, notre journal s’était élevé contre la soif imposée aux habitants du petit village de Moulhoulé, dans l’extrême Nord du district d’Obock, population punie pour avoir massivement voté UAD lors des dernières législatives de janvier 2003. A la suite de notre dénonciation, les habitants de Moulhoulé ont tout simplement été restaurés dans leurs droits légitime : désormais, une citerne de l’Armée Nationale leur distribue généreusement et quotidiennement l’eau douce collectée par un camion-citerne. Comme quoi, notre Armée nationale ne demande qu’à justifier son existence en servant ses concitoyens.

Quant à la pêcherie d’Obock, privée d’électricité en raison de la rupture d’un petit câble électrique, elle a renoué avec la lumière grâce aux dénonciations hebdomadaires de cette coupable négligence par Réalité, le journal qui, décidément, défend les oubliés de ce système anti-développement durable.

Concernant l’électrification du village de Randa, il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’influence déterminante de notre journal quant à sa revivification à travers l’inauguration de sa centrale électrique par le Chef de l’État en personne. Au lendemain de cette électrification en grandes pompes, nous n’avions pas cessé de critiquer la paralysie gouvernementale pour cause de pénurie en carburant, du fonctionnement de ce groupe électrogène. Après nos multiples protestations, Randa a quand même réussi à bénéficier de quelques heures quotidiennes d’électricité, entre dix-huit heures et vingt-trois heures.

Les malheureux coolies d’Obock, embauchés début 2002 pour raison électoraliste, nous sauront quant à eux gré d’avoir contribué à arracher leurs salaires, eux qui en étaient privés depuis plus de neuf mois sans aucune justification. La seule question qui se pose alors, c’est de savoir pourquoi ces pauvres smicards n’avaient pas été payés depuis longtemps. Seule la volonté de nuire et d’humilier son prochain peut expliquer une telle méchanceté.

Comment ne pas faire un parallèle entre les attentions électoralistes du régime en faveur de Yoboki et nos multiples appels à la réhabilitation de cette localité oubliée depuis 1992 ? Le Chef de l’État en personne s’est rendu sur place pour y inaugurer un petit groupe électrogène, lançant en principe l’électrification de ce village maintenu dans l’obscurité depuis dix ans. Au chapitre du développement du Sud-Ouest, rappelons que le régime, après avoir inauguré en grande pompe la route Dikhil-Galafi, censée favoriser le commerce transfrontalier, avait interdit pendant plusieurs semaines l’entrée des commerçants éthiopiens coutumiers de cette voie.

Conséquence : des dizaines de transporteurs djiboutiens vivant de ce trafic étaient contraints au chômage technique. Réalité ayant vigoureusement dénoncé ce blocus préjudiciable aux intérêts des commerçants nationaux, les autorités ont bien été obligées de laisser entrer sur notre territoire des importateurs éthiopiens faisant travailler des dizaines de familles djiboutiennes.

Sans oublier les destinataires nécessiteux de la ville d’Ali-Sabieh, auxquels la distribution des dattes était refusée durant le mois béni du Ramadan, et qui ont été généreusement servis après la fête de l’Aïd-El-Fitr, juste parce que Réalité a révélé cette irresponsable rétention de denrées alimentaires opérées par les autorités administratives de ce district.

Last but not least, mentionnons le scandale du trafic de jeunes filles clandestines pensionnaires du camp de réfugiés d’Awr-Awsa et qui étaient pratiquement vendues par les responsables de ce camp aux légionnaires. Réalité est certainement à l’origine de la punition administrative infligée à certains responsables, civils et policiers, de ce camp.

Telles sont quelques-unes de nos modestes contributions à la lutte contre la mauvaise gouvernance. Nous aurions également pu citer la récente acquisition de camions-bennes pour améliorer l’intolérable insalubrité dont souffrait notre Capitale. Bravo et continuez sur cette lancée en offrant une Voirie digne de ce nom, comme il en existait il y a trente ans, bien avant la prédation.

Notre journal continuera, contre vents et marées, à défendre toutes les victimes de l’injustice inhérente à la mauvaise gouvernance de ce régime. C’est sa mission et il en va de sa crédibilité nationale. Réalité restera pour les Djiboutiens le pourfendeur des multiples abus de ce régime irresponsable.

NÉCROLOGIE

NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE DECES DE MADAME FATOUMA DABALE MOHAMED, SURVENU VENDREDI 26 DECEMBRE 2003 A DJIBOUTI-VILLE.

LA DEFUNTE, NEE EN 1935 A BOLLI DANS LE DISTRICT DE TADJOURAH, ETAIT LA MERE DE NOTRE COMPAGNON MOHAMED GARAD HOUMED, SECRETAIRE GENERAL DE NOTRE FEDERATION D’ARHIBA-MAKKA-AL-MOUKARAMA.

L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE PRESENTENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE FATOUMA DABALE MOHAMED.

QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON PARADIS ÉTERNEL. AMIN.

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN

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La LDDH à Ouagadougou

Alors que le comité officiel chargé des Droits de l’Homme prétendait qu’il n’existe aucune organisation de défense des droits de l’Homme à Djibouti, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains a participé aux travaux du Troisième Congrès de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme. A ce titre, c’est à M. Noël Abdi Jean-Paul qu’est revenu l’honneur de représenter notre pays à cette réunion qui s’est tenue les 17 et 18 décembre 2003 à Ouagadougou. Voici ses propositions de recommandations pour que la prochaine consultation électorale soit un peu plus transparente que les précédentes.


 LDDH, Le Président

Proposition de Recommandation en faveur de la Transparence

lors de la prochaine élection présidentielle en République de Djibouti.

A L’ATTENTION DES MEMBRES DU 1IIème CONGRES DE L’UIDH

présentée par: M. NOEL ABDI Jean-Paul de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains

Rappelant que la République de Djibouti avait par nature la vocation l’être le havre de Paix dans notre sous Région, même s’il n’avait pas réussi à gérer la Paix civile à l’intérieur, en particulier dans les districts d’Obock, de Tadjourah et de Dikhil.

Rappelant que le conflit armé entre les Forces armées du gouvernement et les celles du Frud-Armé a éclaté en 1991 pour prendre fin (après plusieurs Appels de la LDDH en faveur de la Paix et pour l’ouverture des négociations), avec le premier Accord de Paris du 7 février 2000 entre les deux Parties ; Accord de Paix signé, enfin, le 12 mai 2001, après plus d’une année d’une négociation à huis clos. Négociations probablement rendues difficiles par un régime en position de force sur son propre terrain.

Consciente que la dernière élection présidentielle a largement contribué à la Paix avec la candidature unique des Partis Politiques de l’Opposition unie soutenue par le Frud-Armé. Malheureusement, cette élection présidentielle du 8 avril 1999 a été une totale mascarade, ou plus exactement un véritable Coup d’État électoral : devant chaque Bureau de Vote, des hommes armés de la Gendarmerie Nationale et de la Force Nationale de Police veillaient. Même des morts ont voté.

Consciente que les élections législatives de janvier 2003 ont constitué des mascarades pires que celles de 1992 à 1999 dans les zones de guerre : après les élections législatives de janvier dernier la LDDH, par Note d’Information, avait souligné le Coup d’État électoral dans la Région de Tadjourah en particulier.

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains est très inquiète pour la transparence et le bon déroulement des prochaines élections présidentielles d’avril 2005 et lance un Appel pressant aux membres du Congrès de l’Union Interafricaine qui se déroule à OUGADOUGOU (BURKINA FASO), pour que, dès à présent, toutes les Instances Internationales et Régionales, tous les pays amis prennent leurs dispositions afin que les Observateurs Internationaux ne jouent plus le même rôle que le Conseil Constitutionnel de la République, dont malheureusement les augustes membres courbent souvent l’échine avant même de se prononcer de la manière la plus solennelle et la plus sincère, comme tous les véritables juges tenus par « en mon âme et conscience ».

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains demande à ses frères de l’UIDH d’œuvrer par tous les moyens, pour que toutes les prochaines consultations électorales soient organisées à partir de la vérification et de la révision des listes électorales (au moins 10 mois avant la date du scrutin prévu entre mars et mai 2005), bien avant que le propagande officielle, insupportable et permanente n’ait produit ses effets négatifs, comme elle le tente actuellement.

Car, l’actuelle campagne quotidienne est financée avec les derniers publics, avec les biens des institutions étatiques confisquées par le Chef du Gouvernement, Premier Magistrat, Chef des Armées, Chef de la Mouvance Présidentielle autour de sa personne, futur candidat à l’élection de 2005.

Le Président de la LDDH

Noel Abdi Jean-Paul

COMMENTAIRES

Nous serions certainement les derniers à sous-estimer la nécessité d’une refonte globale des listes électorales, d’un contrôle plus neutre du déroulement des scrutins et d’une mise en hibernation d’un Conseil Constitutionnel aussi peu respectueux de la légalité. Merci pour votre contribution à une pacification des moeurs politiques locales : nous aurons l’occasion de revenir très prochainement sur ce sujet à l’occasion du premier anniversaire du hold-up électoral du10 janvier. La Rédaction.


Courrier des lecteurs

Bonnes fêtes et ne vous plaignez pas !

En cette veille de la nouvelle année, permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour l’excellence du travail accompli au cours de l’année qui s’achève. En effet, ce n’est certainement pas facile tous les jours d’animer une presse d’opposition, vous comme votre confrère « Le Renouveau Djiboutien » pour contrer la propagande officielle quotidiennement déversée par un régime disposant d’aussi énormes moyens. Mais ce n’est pas spécialement pour vous présenter ces vœux que je prends aujourd’hui la plume : en fait, c’est au sujet de l’article publié la semaine dernière et intitulé « Une journée ordinaire d’un opposant » que j’aimerais vous soumettre quelques modestes remarques, réflexions et suggestions personnelles.

Dans le chapeau introductif de cet article relatant les déboires d’un de vos amis politiques avec les forces répressives du régime de 1994 à aujourd’hui, vous avez crû utile de dresser une liste (qui ne me semble pas exhaustive, loin de là) de dirigeants de l’opposition victimes de quelques « vacheries » financières du régime. Moussa Ahmed et le chèque sans provision de l’Assemblée Nationale, Ahmed Dini auquel une décennie de pension de retraite est refusée, les cadres du FRUD-armé dont le salaire est suspendu par la Présidence (précision qui me semble inutile car, sans l’aval de la Présidence, qui est capable de décider tout seul au gouvernement ou dans la haute administration publique ?), etc. etc. La liste aurait pu être plus longue, chacun connaissant dans son entourage une victime de ce genre d’abus de pouvoir pour raison politique, ou plutôt partisane, car je ne peux pas vous indiquer quelle ligne politique vraiment digne de ce nom le régime prétend protéger par de telles exactions.

En rappelant comme vous le faites le courage des opposants face à ces menaces, provocations et actes de terrorisme, je crois que vous rendez la méchanceté du RPP encore plus invincible. Et c’est justement cela que cherche le régime : terroriser le petit Peuple en faisant de vous les exemples de son arbitraire tout-puissant. En voyant avec quelles facilité et impunité la Présidence ou une de ses courroies de transmission viole les règles de droit les plus élémentaires et vous prive de vos sources de revenu, aussi modestes soient-elles, le citoyen ordinaire ne peut que craindre encore plus un tel pouvoir totalitaire.

Or, c’est justement ce qui est recherché car nul ne croit que nos finances djiboutiennes soient si misérables qu’elles ne peuvent supporter les dépenses relevant de vos justes droits, qui à l’indemnisation, qui à la retraite ou encore qui au salaire. Si vous, opposants inflexibles et démocrates convaincus, vous êtes les victimes financières de ce régime, c’est parce que l’exemple des abus dont vous êtes victimes doit servir à terroriser nous autres citoyens ordinaires. En parlant des injustices qui vous sont faites, vous offrez une publicité inutile à des dirigeants RPP pour lesquels il est normal de faire peur à des citoyens auxquels le droit de librement choisir leurs représentants est déjà refusé. Permettez-moi de vous rappeler toute la campagne de haine venant de la prétendue « majorité présidentielle» dont M. Dini fut victime lors des dernières législatives. C’était, aux yeux des spécialistes de la police politique, pour montrer au Peuple que le régime avait le droit et le pouvoir de salir même un Père de l’Indépendance.

M. Dini a eu parfaitement raison de ne pas y répondre, sinon que serait le débat devenu si l’UAD pointait du doigt certains aspects peu glorieux du chef de cette prétendue « majorité présidentielle » lors du conflit armé ? En clair, ce n’est pas parce que vous aurez dénoncé les injustices dont vous êtes victimes que le régime y renoncera et cessera ses abus en rendant à qui son indemnité d’ancien parlementaire, à qui sa pension de retraire décennal, ou encore à qui son salaire confisqué depuis deux ans. A mon humble avis, et je conclurai là, n’offrez pas une tribune inutile au terrorisme gouvernemental dont vous êtes victimes : supportez stoïquement ces bassesses dont seul est capable quelqu’un qui ne se respecte pas lui-même ! Et quelqu’un qui ne se respecte pas lui-même est insensible aux dénonciations de ses bassesses : tout ce qu’il veut, c’est que l’on ait peur de lui, pas qu’on le respecte. Nous souffrons déjà assez comme ça, alors s’il vous plait, n’en rajoutez pas dans l’impunité du régime. Luttez comme vous le faites, dénoncez uniquement les injustices dont vos concitoyens sont victimes, aux quatre coins du pays.

Quant à vous ne vous plaignez pas, vous êtes au-dessus de cela. Même si, pour revenir à l’article qui a suscité cette modeste contribution, il est parfaitement normal de soutenir un opposant aussi déterminé que M. Mahdi Ibrahim : halte aux mercenaires !

EMH, vous comprendrez

COMMENTAIRES

Message reçu 5 sur 5, Al Hamdou Lillah, quoique vous admettrez aisément que notre objectif n’a jamais été de nous plaindre, en espérant naïvement que le régime accepte enfin de reconnaître nos droits : nous ne l’avons jamais crû responsable au point de spontanément remédier à ses erreurs. C’est pour cela que nous n’avons jamais espéré une quelconque amélioration de sa part en notre faveur. Par contre, si nous insistons sur ses multiples violations de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est uniquement pour que les multiples organisations internationales qui s’en sont portées garantes à cette époque (Nations Unies, Communauté Européenne Union Africaine) voient l’étendue de sa violation gouvernementale : l’Accord est bafoué jusqu’à la bassesse. Quand manque le sens de l’État…


Si Lansana m’était conté

L’Afrique, ses fausses démocraties et ses vraies dictateurs

En Guinée, l’élection présidentielle du 21 décembre 2003, largement boycottée par l’opposition démocratique, n’a convaincu aucun observateur. Seul candidat face au Président sortant Lansana Conté au pouvoir depuis 1984, Mamadou Bhoye Barry, unique député d’une formation alliée du parti présidentiel, y a participé juste pour la forme. Malgré une faible participation des électeurs, le scrutin aurait été remporté par un Chef d’État malade, avec un score parfaitement fantaisiste de 95% des suffrages exprimés. Mourir au pouvoir : tel semble être le choix insensé du successeur de feu Sekou Touré, lui-même emporté par la maladie après 26 années de pouvoir dictatorial et tribalo-sanguinaire.


Lansana Conté, obscur militaire sans aucun charisme ni dessein national, accède au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en avril 1984, suite à la mort de Sékou Touré, le héros du Non à De Gaulle et premier Président de la Guinée indépendante, foudroyé par la maladie. Prétextant de mettre fin aux luttes intestines de succession, un groupe d’officiers s’empare du pouvoir et confie les destinées du pays à Lansana Conté qui proclame aussitôt la Deuxième République. Le nouveau Président de la République et président du Conseil Militaire de Redressement National (CMRN) rétablit les libertés individuelles et les règles démocratiques. Par contre, il engage le pays dans un régime de mauvaise gouvernance à outrance, qui vaut aujourd’hui à la Guinée d’être un des pays les plus misérables du continent africain, alors que la prospérité n’était pas hors de sa portée.

Pourtant, la Guinée, première colonie française à proclamer son indépendance dès 1958, ne manque pas de potentialités. Le pays dispose en effet de richesses minières, forestières et agricoles considérables. Après les années sombres du régime paranoïaque de Sékou Touré et l’omnipotence du Parti-Etat qu’il avait institué (le Parti Démocratique de Guinée) le règne chaotique de Lansana Conté n’a pas apporté aux Guinéens le développement et la démocratie tant attendus. Pire, le système régionaliste et sectaire instauré s’est révélé être un régime autoritaire déguisé, en apparence paisiblement démocratique, mais dangereusement rétrograde. La population guinéenne souffre gravement des maux classiques de la mauvaise gouvernance, que les Djiboutiens connaissent malheureusement bien pour les vivre quotidiennement depuis 1999 : retards de salaire, services publics défaillants, administration passablement corrompue, népotisme institutionnalisé et régression sociale.

Durant cette dernière présidentielle contestée, le candidat Lansana Conté tellement handicapé n’a tenu qu’un seul meeting et a même été obligé de « voter » à l’intérieur de sa voiture, parce qu’incapable de se déplacer normalement. Il est cependant parvenu à neutraliser toute opposition crédible (dont un ancien journaliste croyant que la presse ouvrait toutes les portes) en réussissant à rempiler sans difficulté pour un nouveau mandat de sept ans, bien qu’étant pratiquement dans l’incapacité de réellement exercer le pouvoir. Faisant fi des conseils de ses pairs africains lui ayant déconseillé de se représenter, Lansana Conté a obstinément choisi de renouveler son mandat, malgré la désapprobation générale suscitée par sa candidature anormale et irresponsable.

Le scrutin a été boycotté, comme il fallait s’y attendre de la part d’une opposition responsable, par toutes les forces démocratiques réunies au sein du Front Républicain pour l’Alternance Démocratique (FRAD). Le Chef de l’Etat sortant s’est engagé à briguer un nouveau mandat de sept ans, conforté en cela il est vrai par l’amateurisme du faire-valoir démocratique Mamadou Bhoye Barry, unique candidat à avoir accepté de jouer le jeu non-démocratique en se présentant à une élection organisée juste pour la forme. Le verdict ne s’est pas fait attendre : à l’issue du scrutin, le Chef de l’État sortant a été déclaré vainqueur avec 95% des suffrages exprimés, alors que son challenger n’en récoltait que 4%. Ainsi a pris fin une élection honteuse mettant aux prises un président malade et impotent et un opposant totalement inconnu et de surcroît naïf.

Pour sa part, l’Union Européenne a estimé utile de justifier son refus d’envoyer des observateurs lors de ce scrutin guinéen. Il s’agissait pour elle, le plus sérieusement du monde, de s’élever contre le monopole que le parti au pouvoir exerce sur les médias publics de Conakry. On conviendra avec nous que, de ce point de vue, notre RTD n’a absolument rien à envier aux autres Pravda. Alors, pourquoi ne pas dénoncer ici ce dont l’on s’offusque ailleurs? La seule différence, peut-être, c’est que la situation géostratégique de Djibouti mérite bien quelques accommodements avec la bonne morale et quelque mansuétude devant d’incontestables violations des droits les plus élémentaires. Surtout avec tous ces terroristes que l’on dit écumer la région.

Sans verser dans l’afro-pessimisme ambiant, nous ne pouvons que regretter de voir différée l’alternance démocratique tant espérée par la majorité des Guinéens et ce à cause de l’inconscience de Lansana Conté et de sa soif morbide de pouvoir. Pour le plus grand malheur des peuples africains, il est triste de constater que notre continent abrite encore en son sein des candidats presque non déclarés à la présidence à vie, comptant pour leur réélection, au péril de leur santé défaillante, sur les fraudes électorales et la complicité des Conseils Constitutionnels. Cette situation de mépris pour les réelles aspirations populaires explique en partie la dramatique stagnation de certaines nations africaines.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 76 du mercredi 24 décembre 2004

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Réalité numéro 76 du mercredi 24 décembre 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Une journée ordinaire d’un opposant : défendre et se défendre
  4. Service National : fausse solution militaire pour vrai problème social
  5. Soudan, demain la paix ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 76

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TRIPOLI POUR ÊTRE HONNÊTE ?

Saddam arrêté, Kadhafi s’arrête : la Pax Americana commence à démontrer toute sa pragmatique efficacité, même si la politique de « deux poids, deux mesures », en vigueur dès qu’il s’agit de freiner le terrorisme d’État dont Israël se rend coupable, peut malheureusement réduire la portée planétaire d’une politique étrangère américaine renouant avec la grande tradition de cette superpuissance. Que les États-unis débarrassent le monde de nuisibles dictatures ou les contraignent pacifiquement à normaliser et à démocratiser leurs relations avec leurs peuples ou leurs voisins, nous serions les derniers à nous en plaindre, qui en subissons une, banalisée par des enjeux géostratégiques, supérieurs aux yeux du citoyen-électeur occidental ! Au contraire, nous ne pouvons qu’encourager les États-unis d’Amérique à persévérer avec sagesse dans cette voie qui leur attirera la sympathie reconnaissante et méritée des Peuples opprimés du Tiers-Monde.

C’est pourquoi nous ne pouvons que saluer l’annonce, dimanche 21 décembre par la Jamahiriya Arabe Libyenne de son renoncement à s’équiper d’armes de destruction massive (chimiques et biologiques). Observons d’abord que la conjoncture consécutive à l’arrestation de Saddam Hussein aura été plus efficace que les fatwas lancées par le Département d’État ou le Pentagone décrétant plusieurs États indésirables sur la base de critères à géométrie et alliance variables. Mais, quelle que soit la légitime satisfaction de voir détruites des armes de destruction massive, et considérant qu’en acceptant d’indemniser les familles des victimes de Lockerbie, la Libye s’est auto-accusée de terrorisme, une question demeure, gênante : pourquoi le Guide Libyen a-t-il attendu les injonctions d’un contexte international pour mettre un terme à un programme d’armement pour la concrétisation duquel son Peuple a consenti des centaines de millions de dollars ?

Certes, les Libyens n’ont pratiquement manqué de rien jusqu’aux années 1980 : niveau de vie le plus élevé d’Afrique et seul fleuve artificiel du monde, pour sauver l’honneur arabe face à un désert du Néguev reverdi grâce à l’ingéniosité israélienne. Mais aucune conquête d’espace vital ne leur imposait non plus le financement d’actions terroristes. Quelle que soit la pertinence de ce soudain renoncement, c’est peut-être un peu trop vite discréditer les énormes sacrifices imposés au Peuple Libyen, et même personnellement endurés par Kadhafi, si l’on pense aux séquelles familiales du bombardement américain de 1986, lorsque Reagan le traitait de « chien enragé ». Pourquoi ?

Cela dit, ce revirement sonne également le glas de tous les régimes dont la mégalomanie obère dramatiquement les budgets nationaux (20 à 30%) par d’inconsidérées dépenses militaires. Le glas de tous ceux qui, parvenus au pouvoir à coups de force militaire ou de fraudes électorales, cherchent à y durer en engageant des dépenses sécuritaires disproportionnées en faveur de milices privées surarmées et suréquipées, pompeusement baptisées gardes républicaines.

La richesse d’aucun sous-sol, la position stratégique d’aucun pays ne justifient que soient sacrifiés les peuples qu’ils dirigent. Non seulement parce que ces dépenses se font au détriment de leur développement économique et social, mais aussi parce qu’au total, ces équipements militaires n’ont jamais fait (à quelques exceptions près) de ces pays des puissances régionales ou internationales. Kadhafi aime le lait de chamelle, comme d’autres aiment le khat, mais lui au moins avait élevé le niveau de vie de ses concitoyens, jusqu’à ce que, par absence de contrepouvoir démocratique, il s’engage dans des actions dont le seul bénéficiaire est aujourd’hui le sionisme israélien.


Brèves nationales

Santé-Education :

Réalité des fausses promesses du régime

On s’en souvient, lors de son pompeux discours de l’Aïd-el Fitr, le Chef de l’État avait martelé que la Santé Publique et l’Éducation Nationale constituaient des priorités de son gouvernement. Entre la volonté politique officielle et la réalité concrète observée sur le terrain, le fossé ne cesse de grandir. Réalité a mené une petite enquête pour en savoir plus : le constat est à la fois édifiant et alarmant. Sur le plan sanitaire, l’unique hôpital digne de ce nom, Peltier, autrefois célèbre dans la sous-région pour la qualité de ses prestations, est aujourd’hui incapable de répondre aux attentes des patients. Même si certains efforts sont accomplis en matière d’infrastructures par la rénovation de bâtiments vétustes et la construction de nouveaux blocs, les ressources humaines y font cruellement défaut.

L’Hôpital Peltier souffre surtout de l’absence de médecins spécialistes. Depuis le départ des spécialistes fournis par la Coopération française, il n’y aurait qu’un seul chirurgien djiboutien pour assurer la relève. Par contre, il n’y a aucun médecin-réanimateur, ni gynécologue, ni spécialiste ORL et plus d’ophtalmologue. Le coûteux scanner récemment mis à sa disposition reste au chômage technique dans une pièce, faute de manipulateur spécialisé.

Pourquoi l’État laisse-t-il dépérir l’Hôpital Général Peltier ? Pourquoi les postes laissés vacants par les médecins coopérants n’ont-ils pas été pourvus? Qu’attendent les autorités pour les remplacer par des spécialistes nationaux s’il y en a, ou par des médecins d’autres pays ? La Santé des citoyens doit être la première des priorités. Le régime se gargarise de bonnes intentions et néglige gravement ses véritables obligations.

Au chapitre de l’Éducation Nationale, elle aussi malade, la situation est loin de s’améliorer. Chaque matin, les élèves de l’enseignement public rentrent en classe pour en ressortir quelques minutes plus tard. Motif : l’enseignant est absent ; pour certaines classes, cela se répète plusieurs jours par mois. Conséquence: les élèves n’apprennent rien ou accusent de graves retards. Classes surchargées, absence d’encadrement, matériel didactique insuffisant, personnel démotivé, quel gâchis !

Pendant ce temps, le régime fanfaron prétend construire de nouvelles salles de classe, comme si de nouveaux bâtiments signifiaient un nouveau départ. C’est à se demander si le régime ne démantèle pas volontairement l’enseignement public pour favoriser certains établissements privés, miraculeusement sortis de terre. A ce sujet, les Djiboutiens pointent du doigt un nouveau lycée privé qui fonctionne plutôt bien depuis la dernière rentrée scolaire. Bien équipé et payant, ce lycée moderne et futuriste appartiendrait à de hauts responsables de… l’Education Nationale. CQFD ?

Dikhil :

Malaise social ou discrimination réelle ?

Selon des sources concordantes, la ville de Dikhil a été mardi dernier le théâtre d’échauffourées entre jeunes chômeurs mécontents et forces de l’ordre. Tout aurait commencé lorsque des jeunes chômeurs désireux de travailler sur les futur chantier de réhabilitation de la route Dikhil-Djibouti, ont appris le rejet de leur demande adressée au Chef du district. La réponse leur aurait été signifié sur un ton méprisant et sectaire par un officier de police devant les bureaux du commissaire de la République. Aussitôt, les jeunes en colère auraient brûlé des pneus dans les principales artères de la ville. Les forces de l’ordre auraient dégagé les voies en procédant dans la foulée à l’arrestation de quelque 25 manifestants.

Le lendemain, les sages de la ville de l’Unité se seraient réunis pour favoriser l’apaisement. Ensemble, les sages auraient demandé la libération des jeunes, sans succès. Après une semaine d’emprisonnement à Dikhil, les 25 jeunes ont été déférés au parquet de Djibouti. 18 d’entre eux ont été libérés et les 7 autres placés sous mandat de dépôt. Rappelons que la manifestation des jeunes n’a provoqué aucune casse ni aucun dégât matériel. Alors que dans leur riposte disproportionnée, les forces de l’ordre auraient fait usage de gaz lacrymogène et que des balles réelles auraient été tirées en l’air.

Dans cette affaire, le régime semble privilégier la répression, ce qui ne nous étonne guère de la part d’un pouvoir aux abois. La discrimination sur le marché de l’emploi est à l’origine du malaise social dont souffre le district de Dikhil, pompeusement baptisé région de l’Unité, alors que les principaux responsables de cette ville pacifique ne font rien pour contribuer concrètement à y renforcer l’Unité nationale.

Répression syndicale :

Le siège de l’UDT/UGTD sous séquestre ?

A l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons que le siège de l’intersyndicale UDT/UGTD, sis à la rue Pierre Pascal, aurait été mis sous séquestre et son tableau arraché. Un nouveau pas semble être franchi par les pouvoirs publics cherchant à faire taire toute voie dissonante en dehors de ses clones sponsorisés. Affaire à suivre…

Exécutions dans le Nord :

Retour du serial-killer ?

Le FRUD-armé a définitivement détruit tous ses armements, donné les listes de tous ses combattants, désarmés en présence des officiers de l’AND et de la FNP : celle des incorporés dans l’AND, la FNP et la Gendarmerie ( même s’ils attendent encore la normalisation de leur situation), des dirigeants réintégrés dans la Fonction Publique (même si, au lieu des affectations prévues par l’Accord, ils ont vu leur salaire brutalement suspendu au bout de quatre mois depuis mai 2002 par la Présidence (parait que c’est une technique de persuasion), celle des cadres à intégrer dans la Fonction Publique et la Convention Collective (dont le régime, en violation de sa parole officiellement engagée au plus haut niveau, ne veut absolument pas entendre parler).

Plus gravement enfin, a été établie la liste des démobilisés devant bénéficier d’un programme de réinsertion et de formation professionnelle dans le cadre d’un organisme relevant de la Primature : le PRAC. Selon une logique discriminatoire chère à ce régime de division tribale, ces démobilisés, tout comme ceux de 1994, ont été abandonnés à leur sort: ils ont été sommés de survivre comme ils le peuvent, c’est-à-dire sans aucune ressource.

Dans ces conditions, comment vivre en milieu urbain, quand on sait que même l’hospitalité des siens a ses limites ? C’est pourquoi certains d’entre eux sont repartis en brousse, où il est nettement plus facile de vivoter, en attendant des jours meilleurs : c’est bien connu, même les retraités préfèrent la vie rurale. Malheureusement pour eux, le régime se sachant parfaitement fautif de violer les principales dispositions de l’Accord de paix, et redoutant que les mêmes causes produisent tôt ou tard les mêmes effets, a estimé utile d’anticiper en donnant la chasse à tous les éléments jugés indésirables en brousse.

C’est ainsi qu’il y a une dizaine de jours, les militaires, que l’on a connus moins volontaires en d’autres temps, ont tiré sur un groupe d’individus désarmés dans la région de Weïma. Bilan : au moins deux morts. Le fait est trop grave pour passer inaperçu : ce sont en effet les premières exécutions extrajudiciaires depuis les civils froidement abattus par les troupes gouvernementales en novembre 1999, crimes demeurés depuis impunis, faut-il le rappeler.

Ayant définitivement opté pour le combat politique pacifique, l’ARD condamne vigoureusement la politique irresponsable de ce régime qui, en plus de violer les règles républicaines essentielles à toute vie politique pacifiée, refuse également d’appliquer l’Accord de paix. Qui, de ce fait, ôte à ces démobilisés toute raison et toute possibilité de vivre dans un cadre décent. Comme si une certaine insécurité devait justifier les dépenses colossales des services de défense et de sécurité.

Une opposition sans programme ?

Au moins, respectez le Peuple !

Nous n’avons pas l’habitude de réagir aux inepties que l’on peut lire (ou ne pas lire) dans la presse gouvernementale et assimilée. Dans sa dernière livraison, l’organe de presse du FRUD qui paraît à l’improviste, a dénigré le Peuple et l’électorat djiboutien en écrivant que l’opposition n’avait pas de programme politique. C’est une rengaine mensongère rabâchée par les médias officiels.

C’est surtout un mépris sans qualificatif à l’endroit, même malgré le jeu d’écritures qui a faussé le résultat des dernières élections législatives, des 45% d’électeurs qui auraient officiellement voté en faveur des listes de l’UAD et son programme. Seraient-ils des idiots qui ont machinalement voté pour (ou contre) des personnes ? Certainement pas ! Même si le vote pro-UAD pouvait être lu comme un vote sanction contre les sortants (et sortis), l’électorat a surtout exprimé son adhésion à un programme politique écrit noir sur vert et encore visible sur certains panneaux de la Capitale et des chefs-lieux de district.

Notre « confrère » aurait-il pêché par excès de zèle en cherchant à se rappeler au bon souvenir de son allié réellement au pouvoir, comme semblent le laisser croire les lamentations de l’éditorial (parti-godillot). Peut-être ! Nous en aurons le cœur net d’ici le 26 décembre. Aucune supplique ne justifie que l’on dénigre le Peuple, à moins que ce ne soit le syndrome du mal-élu.

Pour notre part, nous n’avons jamais dit que les actuels dirigeants n’avaient aucun programme politique : ce serait manquer de respect à la frange, aussi minime soit-elle, de l’électorat leur ayant fait confiance. Comme ce serait discréditer le travail de tous les techniciens et experts qui, dans différents départements ministériels, tentent de définir les programmes sectoriels les plus appropriés.

Tout ce que nous disons, c’est que la mauvaise gouvernance, devenue seconde nature chez les actuels dirigeants, empêche toute mise en œuvre d’un programme cohérent de développement, qu’il soit défini par nos experts nationaux ou par les organisations internationales. La corruption, le népotisme et le gaspillage n’ont nulle part assuré le bonheur des peuples. On ne construit ni une unité nationale ni un développement durable en suscitant la jalousie entre ses concitoyens.

En dénigrant trop facilement l’opposition, c’est cela que notre confrère épisodique cherche à occulter : le propre de ce régime d’esbroufe, c’est d’empêcher que les vraies questions soient posées.


Une journée ordinaire d’un opposant : défendre et se défendre

Chèque sans provision et encore impayé émis en 2002 par le questeur de l’Assemblée Nationale pour « restituer » à M. Moussa Ahmed Idriss tout ce qui lui a été volé suite à la levée précipitée de son immunité parlementaire et à son emprisonnement, une décennie de retraite confisquée à M. Dini, officiellement par manque de liquidités du Trésor public, le salaire des cadres du FRUD-armé suspendu pour les punir d’avoir adhéré à l’ARD, etc. la liste est longue des manœuvres d’intimidation par lesquelles le régime cherche à terroriser les opposants pour, sinon les neutraliser en les achetant (comme certains reconvertis), du moins pour réduire l’efficacité de leurs actions. Alors qu’un comité des Droits de l’Homme s’acharne à prouver, sans rire et sans scrupule, la marche inexorable de la démocratie depuis 1999, un procès actuel mérite publicité de notre part car il est l’illustration ubuesque qu’en matière de répression, le régime djiboutien n’a rien à envier à certaines dictatures tropicales.


Ce n’est certainement pas un cadeau de Noël : jeudi 25 décembre aura lieu le procès de M. Mahdi Ibrahim A. God, responsable de l’ARD, traîné en justice par une banque de la place. Mais, sans que nous ayons à battre le rappel de nos troupes, nul ne s’y trompe : il ne s’agit absolument pas d’une banale affaire commerciale mais d’un désir de nuire à un homme politique dont l’intégrité est connue de tous.

En effet, dès le déclenchement des hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion du Frud dans notre pays, M. Mahdi Ibrahim s’était soulevé contre le régime et faisait partie d’un groupe de jeunes qui avait créé un mouvement politique dans la Capitale. Ses premiers ennuis avec le régime commencent en mars 1992 lorsqu’il publia, à titre de contribution patriotique à l’instauration de la paix, un document de réflexion sur ce qui allait devenir la Constitution du pays au mois de septembre de la même année.

Nommé Porte-parole du Front Uni de l’Opposition Djiboutienne, il a encouru les foudres du régime pour avoir organisé la première commémoration du massacre d’Arhiba perpétré par les troupes gouvernementales le 18 décembre 1991. Après les menaces et les interpellations de la police, son domicile fut perquisitionné par la gendarmerie qui l’accusait de détenir des armes de la rébellion. Affaire classée sans suite. Après l’appel au boycott des élections législatives de 1992 lancées par le FUOD, le régime a redoublé allait accentuer ses représailles à son encontre, comme à l’encontre des autres opposants.

Des redressements fiscaux d’origine strictement politique commencent alors à saboter ses activités professionnelles. Entraves administratives qui culminent avec la saisie, le biais du Trésor national, d’un véhicule neuf d’une valeur de plus de 2,4 millions FD, appartenant à son épouse. Les interpellations et les détentions préventives à son encontre se suivent, tandis que ses clients commencent à être menacés par le biais des services fiscaux de l’administration, qui leur déconseillent , plus fiscalement qu’amicalement, de confier leurs comptes au Cabinet Comptable privé qu’il gère avec sa femme.

C’est dans le cadre de cet acharnement politique quotidien qu’en janvier 1994 M. Mahdi Ibrahim A. God a été arrêté et emprisonné à Gabode, avec son Président Mohamed Ahmed Issa dit CHEIKO et deux autres membres du comité de direction pour « complot contre le régime ». Libéré trois mois et demi plus tard, il devait sacrifier une autre affaire familiale qu’il gérait pour la succession de son père, du fait d’un nouveau redressement fiscal impossible d’honorer.

Le régime, de la manière la plus illégale, allait par la suite user de tous les moyens illégaux pour non seulement terroriser la famille de l’opposant mais aussi procéder à son arrestation à répétition et à son emprisonnement à Gabode, pour diverses raisons relevant essentiellement de ses activités politiques dans le pays et de son engagement aux côtés des forces démocratiques animées par le regretté Cheiko, Président du FUOD ( regroupant plusieurs mouvements alliés politiques du FRUD-armé ). A ce titre, il honora de trois séjours cette sinistre prison en 1997, 1998 et début 1999.

Alors qu’un premier lot de matériel lui appartenant avait été saisi en 1996, la police politique débarquait chez lui dans l’après-midi du 20 octobre 1997 pour saisir tout son parc informatique et l’ensemble des archives et documents de son Cabinet d’expertise comptable. Action qui mit fin à l’activité professionnelle de M. et Mme Mahdi Ibrahim A. God, ne pouvant plus travailler sans leur matériel financé en partie par des emprunts auprès des banques de la place. Le régime continuait malgré cela son acharnement à l’encontre de l’opposant Mahdi, qu’il jeta encore une fois en prison pendant deux mois, juste avant la dernière élection présidentielle, au motif d’un énième redressement fiscal, alors qu’il avait déjà été mis manu militari en présence des plus hauts responsables de la police politique. Il demeura inflexible face à toutes leurs menaces qui se fondaient sur une vision tribale des enjeux politiques de l’avenir djiboutien : ne combats pas avec telle communauté ! Rien n’y fit : lorsqu’un démocrate convaincu a choisi son camp, les vieilles méthodes tribalistes héritées de la période coloniale ne peuvent nullement entamer sa détermination.

Face à cet échec des techniques classiques, le régime a décidé, depuis 2000, d’opportunément lancer les créanciers à sa poursuite, pour définitivement détruire son caractère et sa réputation. Car, le régime espère dans cette affaire que chacun aura oublié l’essentiel : avant son acharnement, le Cabinet Barron-God d’expertise comptable, par son sérieux et sa confidentialité, enregistrait un des chiffres d’affaires les plus importants de son secteur sur la place djiboutienne, comme elle a toujours honoré ses dettes financières. Malgré cela, M. Mahdi a été condamné sans avoir été convoqué et à la demande du Ministre des Finances (l’actuel) à 18 mois de prison ferme, après que le Procureur ait délivré un réquisitoire d’incarcération. Contre toute logique juridique, il a néanmoins été libéré au bout de deux semaines, sans qu’aucun justificatif ne lui ait été délivré. S’il y en a encore qui n’ont pas compris qu’il s’agit d’une affaire strictement politique, c’est à désespérer des facultés humaines de discernement !

Dire que la répression politique de ce régime explique pour une large part la fuite des compétences nationales est une douce litote.

Mais, malheureusement pour ces forces occultes, M. Mahdi n’a jamais été du genre à se laisser intimider par les menaces et à quitter son pays.

La dernière tentative en date du régime pour régler cette affaire est récente et postérieure à la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2000.

Depuis cette date, M. Mahdi a reçu à plusieurs occasions la visites d’émissaires du régime lui proposant un marché simple à comprendre : il quitte l’ARD et, en échange, tous ses biens lui sont restitués, de même d’un pécule lui est offert pour pouvoir relancer son cabinet d’expertise comptable! Rien que cela.

C’est pourquoi il comparait aujourd’hui au motif qu’il devrait de l’argent à une banque de la place, défendue par un avocat expatrié de la place. Nous sommes trop respectueux de la libre-entreprise pour ne pas reconnaître qu’une banque, a fortiori étrangère, est parfaitement fondée à récupérer ses investissements. Toutefois, et sans trop insister sur le fait que les banques de la place s’accommodent facilement de l’anarchie locale, comme elles tirent profit de certains services rendus aux proches du régime, il est de notre devoir d’attirer l’attention de cette banque, et de son avocat, bénéficiant de surcroît de l’immunité diplomatique, sur le fait qu’il s’agit ici d’une affaire éminemment politique.

S’il est normal que des étrangers s’enrichissent chez nous (c’est tout à notre honneur que d’attirer des investisseurs), ceux-ci doivent bien comprendre qu’il est nullement dans leur intérêt de s’impliquer si partialement dans nos affaires politiques intérieures. Si conseil nous devions donc leur donner, c’est de chercher un terrain d’entente avec M. Mahdi qui, ne remettant nullement en question la dette contractée vis-à-vis de cette banque, ne demande qu’un réaménagement de son remboursement.

De ce point de vue, la démonstration de son avocat ne laisse planer aucun doute :

«Monsieur Mahdi Ibrahim God a bénéficié d’un crédit de 800.000 FD en capital de la part de la Banque Indosuez.

Il a remboursé une partie de cette somme avec les intérêts.

Alors qu’il restait à rembourser la somme de 500.000FD en capital, M. Mahdi Ibrahim God a été mis dans l’impossibilité d’assumer des mensualités et s’est retrouvé en cessation de paiement.

Par jugement réputé contradictoire du 20/06:00, la Banque a obtenu la condamnation de M. Mahdi Ibrahim God à la somme de 806.576FD plus intérêts au taux de 16% l’an.

Cette décision signifiée dans le délai légal est désormais définitive faute de recours de l’intéressé.

Toutefois, ce dernier est toujours dans l’impossibilité de rembourser puisqu’il n’a aucune activité rémunérée.

Par acte du 13/ 11/01, la Banque Indosuez porte plainte pour refus d’exécution judiciaire.

M. Mahdi Ibrahim God apprend de manière fortuite qu’il est poursuivi devant le Tribunal.

Le Tribunal ne manquera pas de déclarer cette action tant irrecevable que dépourvue de fondement.»

Cette affaire est suivie…


Service National : fausse solution militaire pour vrai problème social

Militariser la Santé : la presse gouvernementale posait maladroitement cette question en intentant un faux procès au service public dans ce domaine. Par contre, l’instauration du Service National Adapté en vertu duquel c’est désormais à l’Armée que reviendra la charge de former les jeunes exclus du système éducatif, sonne comme une militarisation de la formation et de la création d’emplois. Ce qui ne peut manquer de surprendre et de susciter de légitimes interrogations sur les raisons de cette trouvaille gouvernementale. Sanctionné lors des dernières législatives, le régime reformule sa politique de l’Emploi en inventant mille astuces pour séduire les jeunes djiboutiens, majoritaires dans la pyramide des âges. Ainsi, les FAD laisseront pour un temps leurs kalachnikov que remplaceront les craies et les tableaux noirs. L’armée sera le maître d’œuvre donc de cette opération baptisée Système National Adapté, devant débuter dès la nouvelle année 2004. Voyons de plus près la nature, les tenants et les aboutissants de ce choix politique.


Tout d’abord, il convient de s’entendre sur les définitions employées : on appelle « service national » toute prestation rendue obligatoire pour satisfaire un besoin exprimé par l’intérêt général d’une Nation, ou s’appliquant indistinctement à l’une de parties, préalablement définie comme objet d’application. Cette partie peut être une catégorie professionnelle, ou encore une classe d’âge : les Jeunes sans emploi. Or, de ce point de vue, le Service National Adapté mis en place par le gouvernement et confiant à l’Armée la formation des Jeunes à certains emplois, ne répond nullement à cette définition puisqu’il repose sur le volontariat : qui veut vient ! C’est déjà bien maigre comme ambition pour le régime et comme motivation pour les jeunes.

Au plan de la formation il y a un réel problème tenant à l’écart existant entre l’enseignement dispensé dans les écoles techniques et le marché du travail.

Une inadaptation de la formation à la demande sur ce marché qui n’arrive pas à absorber les jeunes de plus en plus nombreux. C’est donc certainement une des raisons expliquant l’échec de la politique gouvernementale en matière de débouchés des formations.

Pourtant, le régime prétendait encore récemment avoir donné la priorité à l’Éducation et à la Santé, deux secteurs qualifiés à juste titre de base de développement du pays. Aussi, sa toute nouvelle option politique basée sur la formation des jeunes par les forces armées djiboutiennes ne peut être considérée comme une solution au problème du chômage de nos progénitures.

En effet, le service national adapté préconise que l’armée devienne désormais éducatrice et formatrice de nos enfants de moins de 25 ans, pour dispenser un enseignement technique sanctionné par la délivrance de diplômes reconnus par le Ministère de l’Éducation Nationale. Une imagination débridée dirait-on, digne des meilleurs spécialistes de la communication politique et de la manipulation des esprits.

Dans cette affaire, il n’échappe à personne que l’armée se pose comme un concurrent direct du Ministère chargé de l’Éducation de nos enfants, lequel semble ici avoir failli à sa mission. Cependant, il n’est pas non plus sûr que l’armée dans sa nouvelle mission dispose de moyens humains et matériels pour assurer des formations de cette nature exigeant des compétences solides, tant théoriques que pratiques, en plus des coûteuses machines outils indispensables pour ces travaux pratiques.

A en croire « La Nation »: « une fois la période de formation terminée, ces jeunes seront en mesure de réaliser des chantiers tant au profit de la FAD que du domaine civil, et notamment la réhabilitation des infrastructures de base, pour servir la politique de développement du pays ».

Si notre armée pouvait remplir pleinement cette mission, et qu’elle dispose d’un tel potentiel technique, pourquoi n’a-t-elle pas participé et ne participe toujours pas aux différents chantiers de réhabilitation confiés à la générosité des génies civils des forces françaises et américaines?

Par ailleurs, cette nouvelle initiative gouvernementale appelle d’autres remarques, sur un plan purement économique. Les décideurs du régime prétendaient que les privatisations des établissements publics et les cessions-concessions coûteuses des secteurs vitaux du pays impulseraient l’Économie Nationale et seraient ainsi la solution dans la lutte contre le chômage des jeunes. Le résultat escompté tardant à arriver, voilà que le régime, se trouvant toujours devant la même situation, oriente sa politique économique de « plein emploi pour les jeunes » vers leur enrôlement dans l’Armée, moyennant un salaire mensuel par recrue de 20000 FD. Cette dotation représenterait nous dit-on une enveloppe budgétaire de quelques 225 millions de nos francs par an pour le recrutement de 800 jeunes volontaires pour une durée de deux ans.

Or, la programmation budgétisée sur une période plus étalée d’un investissement générateur d’emplois aurait été le mieux-disant, dans un moyen terme, pour une relance effective et certaine de l’emploi. Et par conséquent plus fiable que l’actuelle injection de moins d’un demi-milliard, pour une formation/emploi précaire au sein d’une institution armée, dont les résultats demeurent plus qu’hypothétiques pour ce qui est d’offrir à tous ces jeunes un emploi sûr et valorisant pour l’avenir, encore plus quand il s’agit de garantir une quelconque amélioration de l’Économie nationale, structurellement fragile.

A y regarder de plus près, cette opération ressemble fort à une autre manœuvre s’inscrivant dans l’art bien connu du régime pour disposer des deniers publics. Elle est tout simplement destinée à légitimer cette nouvelle option dont l’issue s’apparente fort à celle qu’a connue le Port avec la Cotecna ou d’autres secteurs de l’économie avec des sociétés et projets écran totalement fictifs.

En effet, l’augmentation inconsidérée du Budget définitif de l’État pour l’exercice 2003 et particulièrement pour l’Armée, institution non productive s’il en est, avait été justifiée par l’insertion des combattants du Frud-armé, alors que l’on sait à la fois la situation militaire et les conditions de vie de ces hommes. Par conséquent, confier la formation (avec tout ce qu’elle rapporte) et éventuellement l’insertion socioéconomique de milliers de jeunes à l’Armée, est non seulement contre-nature, mais relève surtout d’une dangereuse manipulation, lourde de désillusions. Car, même si le Ministère du Travail approuve et y contribue, par le seul fait de reconnaître les formations et les diplômes délivrés par cette institution chargée plus précisément de la sécurité nationale plutôt que celle de la lutte contre le chômage chronique des jeune, ce n’est pas pour autant que l’inadéquation entre formation et emploi aura été résolue.

Tout en considérant que ce Ministère est dessaisi de ses propres prérogatives, concernant le SNA, il n’échappe pas au citoyen averti que son budget initial de l’année 2003 a enregistré une allocation supplémentaire de 200 millions FD, chiffre tiré du rapport du budget définitif de l’État. Pour le citoyen ordinaire, la mise en sommeil du Centre de Formation Professionnelle des Adultes (CFPA), relevant pourtant de sa tutelle, est plus que choquante d’autant plus que les quelques jeunes qui fréquentent ce centre de formation ne bénéficient plus des allocations financières auxquelles ils ont droit. Ce qui peut expliquer la ruine matérielle et financière de ce collège pour adultes que les généreux donateurs, notamment la Coopération canadienne, ont jugé utile de déserter en raison des multiples entraves politiques à son fonctionnement, ainsi que quelques autres malversations tant matérielles que financières des premiers responsables.

Il est dit qu’actuellement, sous l’impulsion du Ministère de la Défense nationale, une formation de chauffeurs de poids lourds et cars aurait été proposée par l’Armée Française qui serait confrontée au Service des mines, sous la responsabilité du Ministère de l’Intérieur, lequel souhaiterait gérer les fonds et les délivrances des permis de conduire.

Le gouvernement aurait été plus crédible s’il appliquait le programme de réinsertion des démobilisés de l’AND, du FRUD et du FRUD-armé ; programme pour l’application duquel il a demandé et obtenu d’importants financements extérieurs. Tout comme il serait plus rationnel de renforcer en moyens matériels, financiers et humains les structures déjà existantes, qui sont en charge de cette mission de formation, LIC et CFPA. Si problème d’inadéquation il y a entre Formation et Emploi, la solution doit venir d’une large concertation multisectorielle et non d’une militarisation aussi incomplète de l’indispensable formation de nos jeunes trop tôt exclus du système éducatif.

Dessaisir de leurs prérogatives les ministères concernés par la formation et la création d’emplois nous semble être un choix politique et budgétaire irrationnel, pour ne pas dire tout simplement démagogique et électoraliste. Si l’intention (formation et création d’emplois) est louable, le Service National Adapté comme moyen de lutte contre le chômage relève encore de l’esbroufe qui ne masque pas l’inaptitude gouvernementale à sinon résorber, du moins réduire le taux vertigineux du chômage.


Soudan, demain la paix ?

L’épine du Darfour…

Ces derniers mois des progrès considérables ont été accomplis dans la marche vers une paix définitive au Sud-Soudan. Si l’espoir de paix grandit dans la partie méridionale du pays, il n’en est pas de même dans l’Ouest, au Darfour, où la guérilla du Mouvement de Libération du Soudan( MLS ) ne semble pas pressée de tourner la page du conflit. L’intransigeance du MLS est à l’origine de l’échec du dernier round des pourparlers organisés à N’djamena sous l’égide de la médiation Tchadienne.


Selon les observateurs le conflit du Sud-Soudan vieux de plus de deux décennies serait en passe d’être réglé par la conclusion prochaine d’un accord de paix définitif avant la fin de cette année. Le rapide progrès des négociations en cours entre les belligérants aurait déjà permis de signer des accords relatifs à la fin des hostilités, le partage des ressources pétrolières, l’autonomie et le partage du pouvoir. Les discussions en cours porteraient sur le statut final des trois régions du centre, et là encore aucun blocage n’est à signaler.

Rien ne semble donc s’opposer à la conclusion définitive de ces pourparlers commencés depuis plusieurs mois, par la signature d’une paix globale entre les anciens frères ennemis. Un immense espoir d’éviter la partition de ce pays entre Nord Arabo-musulman et Sud Chrétien et Animiste est ainsi consolidé. Pendant que les spécialistes de cette région du Nord-est de l’Afrique continuent à saluer l’évènement à la mesure de son importance, l’échec des récents pourparlers entre gouvernement et MLS à N’Djamena sur la pacification de la région du Darfour est venu apporter un bémol à la normalisation en cours dans le plus grand pays d’Afrique.

Le Darfour, vaste région semi-désertique est situé à l’Ouest du Soudan. Territoire aussi grand que la France, sa superficie dépasse les 500.000 km2 et sa population est estimée à plus de trois millions d’âmes. Au siècle dernier, cette région a d’abord été occupée par l’Egypte, puis colonisée par les Britanniques. Depuis 1915, cette province fait partie intégrante du Soudan. Conforté par les récents succès de son ouverture politique en direction des rebelles du Sud, le gouvernement soudanais avait également entrepris de trouver une solution pacifique au conflit du Darfour en tendant la main à la rébellion du MLS, mouvement politico-militaire le plus actif sur le terrain.

Le troisième round des discussions destiné à trouver une issue politique au conflit du Darfour a échoué en raison de l’intransigeance des rebelles de ce mouvement armé, selon un communiqué émanant des autorités tchadiennes, médiatrices. Les discussions auraient achoppé entre autres, sur le versement d’un pourcentage des revenus tirés du pétrole, sur le contrôle de cette contrée par les forces du MLS, pendant une période de transition et l’autonomie de gestion pour la région. Ces exigences ont été rejetées par la partie gouvernementale qui les a jugées totalement inacceptables.

Les délégués gouvernementaux ont claqué la porte en attendant que la rébellion revienne à de meilleurs sentiments. De l’avis de plusieurs analystes, la rébellion du MLS aurait cherché à mettre la barre très haut, convaincue que, soucieuses de parvenir à une paix définitive avec toutes les parties prenantes au conflit, les autorités de Khartoum finiraient par accéder à leurs revendications. Quoi qu’il en soit, l’annonce de l’échec de ces négociations n’aura pas rassuré les amis du peuple soudanais sur l’instauration rapide d’une paix globale dans toutes les régions de ce vaste pays. Malgré cette fausse note dans le processus de paix en cours, tout porte à croire que la nouvelle dynamique enclenchée par le régime soudanais finira par convaincre la rébellion du Darfour de revenir à la table des négociations. Il est vrai que cette guérilla active dans une des provinces les plus désolée du pays reste heureusement circonscrite à la région semi-désertique de l’Ouest et ne bénéficie pas d’un soutien important dans la population soudanaise.

Le conflit du Darfour est surtout la cause principale d’une terrible catastrophe humanitaire dénoncée sans cesse par les Nations-Unis, et ce en raison de l’insécurité persistante et du refus gouvernemental d’autoriser l’acheminement des secours aux populations civiles, premières victimes de ce déchirement fratricide. La région du Darfour peuplée surtout par les Fours, ethnie musulmane ne se considèrent pas tout à fait comme faisant partie du Nord Arabo-musulman, ni de la classe Arabophone et Islamique au pouvoir à Khartoum n’a pas de velléités sécessionnistes. Situées à cheval entre le Tchad et le Soudan, les populations de cette contrée ne demandent finalement que la prise en compte de leurs particularismes et la fin des injustes disparités régionales dont souffre encore le plus grand pays d’Afrique.

Reste à espérer que l’épine dressée du Darfour ne restera pas longtemps plantée dans le flanc ouest du Soudan, au point de relativiser l’actuel processus en cours avec le SPLA et d’entraver la marche inexorable de ce pays vers la consolidation de la paix et le renforcement de sa cohésion nationale. Dans les semaines à venir, nous en saurons plus sur les réelles motivations ou sur la stratégie politique de la rébellion du MLS. Il est fort à parier que cette dernière ne restera pas longtemps dans la position inconfortable qui est désormais la sienne. Celle d’apparaître comme la dernière empêcheuse de tourner en rond.

La nouvelle année permettra peut-être aux rebelles et au gouvernement d’harmoniser leurs points de vue. Nous le leur souhaitons vivement: bien qu’apparemment lointain, le Soudan est un important voisin culturel auquel toute une histoire nous lie.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 75 du mercredi 17 décembre 2003

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Réalité numéro 75 du mercredi 17 décembre 2003

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Comité des Droits de l’Homme : La LDDH précise sa position
  4. Petit zoom sur les Droits de l’Homme
  5. Syndicalisme : droit de réponse du ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale
  6. Courrier des lecteurs
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 75

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SADDAM PRISONNIER :

AU SUIVANT DE CES DICTATEURS !

Fait comme un rat ! Le spectacle d’un ancien Chef d’État qui tombe est vraiment pitoyable : Saddam Houssein, ci-devant maître absolu de l’Irak laïc ressemblait à un Zarathoustra hirsute et étonné de se retrouver parmi les vivants. Au moins il n’est pas rancunier : il se reposait sur un matelas de dollars. Peut-être n’a-t-il pas accordé l’importance qu’il fallait à la mise en garde qu’adressait Omar Khayyam à tous les tyrans prétentieux :  » De temps à autre, un homme sort de l’ombre, étale sa puissance et proclame : c’est Moi! Sa gloire ne dure que le temps d’un rêve fêlé. Déjà, la Mort le rattrape et proclame : c’est Moi ! « 

Toutefois, nuançons : tous les anciens leaders brutalement destitués de leur charge sûpreme n’en perdent pas leur dignité pour autant.

11 septembre 1973 : le Président démocratiquement élu du Chili, Salvador Allende meurt, arme à la main, refusant de se rendre aux putchistes de Pinochet.

12 septembre 1974 : le Négus Haïlé Sellassié, plutôt que de se réfugier dans une chancellerie, se constitue prisonnier de la junte qui allait devenier DERG. Le point commun entre ces deux destins tragiques : l’un et l’autre se revendiquaient d’une légitimité supérieure ; populaire pour le premier et salomonienne pour le second. C’est cette certitude d’avoir été à sa place, de n’avoir rien usurpé, qui explique que, contrairement au dictateur Saddam Houssein, ils soient restés exemplaires dans des moments aussi tragiques, en tout cas pour leur propre personne.

Aujourd’hui, nul ne peut encore sérieusement prétendre que l’Irak a été envahi parce qu’il détenait des armes de destruction massive très prochainement opérationnelles. Tout comme l’on conviendra aisément que le prisonnier le plus célèbre des Américains constitue, par le seul fait d’exister, une arme de destruction massive. Mais, savoir que, sauf mauvaise Providence plus qu’improbable, le Peuple Irakien est définitivement débarrassé de son ancien bourreau, est extrêmement réconfortant. Uniquement pour cela, et même si ce n’était pas leur mission première, les soldats américains qui l’ont capturé au péril de leur vie méritent considération. Non seulement de la part des anciennes victimes du parti Baas, persécutées pour raisons religieuses, ethniques ou politiques. Mais aussi, et surtout, venant de tous les peuples qui, de par le monde, souffrent encore sous le joug de régimes illégitimes, se perpétuant uniquement grâce aux fraudes électorales et aux intimidations multiformes.

Et, à cette aune, l’actuel régime djiboutien, dont nous combattons et dénonçons les errances, n’est certainement pas le mieux placé sur l’échelle démocratique. Car, si l’on y réfléchit, sans même aller jusqu’à la violation d’un accord de paix, la seule mauvaise gouvernance constitue bel et bien une arme de destruction massive dont nos concitoyens ne sont pas les seules victimes. Non seulement parce ses multiples effets sont dévastateurs sur la qualité de vie et les conditions quotidiennes d’existence des Djiboutiens, au premier rang desquelles se place le chantage au travail, donc au droit de vivre, qu’exerce le régime contre toute velléité d’indépendance.

Mais aussi parce que l’institutionnalisation et la banalisation des fraudes (électorales ou autres) fonctionnent comme un terrorisme de la pensée qui détruit le ressort de la condition humaine : croire que l’on peut progresser, que l’on vit pour voir s’améliorer son cadre de vie, privé et collectif. Tel est le voeu que les peuples martyrisés du monde adressent à ceux qui ont envahi l’Irak au nom de la Démocratie : il y a encore beaucoup d’autres champs de batailles. D’autres dictateurs auxquels il faut dire : la vérité appartient au Peuple ! Laissez-le vivre !


Brèves nationales

« Progrès » …

du zèle courtisan

L’organe de presse du RPP, connu pour ses écrits inimitables a-t-il sombré dans l’idolâtrie ? Dans son désir inassouvi d’égaler son ennemi intime « La Nation », le médiocre pamphlet en arrive même à commettre un sacrilège. Ainsi, dans son édition du 11 décembre, un article au titre provocateur « le sacre de la première dame à Tadjourah » donnera la nausée à tous ceux qui respectent les traditions nationales.

Les lignes suivantes, tirées de cet article méprisant et inconscient en disent long sur l’ambiance ; que l’on en juge : « Pour l’occasion, plusieurs milliers de délégations féminines venues de toutes les localités du district ont fait le déplacement pour rendre hommage à celle qui incarne le combat pour l’émancipation de la femme (…) Elle est avant tout une femme du peuple et c’est pour cette raison qu’elle jouit d’une popularité incontestable , une popularité due à sa générosité, sa disponibilité, son soutien aux plus faibles. (…) Plusieurs milliers de gens s’étaient rassemblés pour accueillir l’idole des femmes. (…) Les responsables coutumiers, religieux et tous les doyens de la région étaient venus en masse car la visite de la première dame est une reconnaissance hautement symbolique, significative à plus d’un titre et qui redonne aujourd’hui au sultanat la place de choix qu’il occupait auparavant dans la société nationale. (…) Émue par cet accueil triomphal, elle remercia plus tard les Tadjouriens et Tadjouriennes dans une allocution dont l’essentiel du contenu était dit en afar. (…) C’était en somme un événement grandiose et haut en couleurs. Un dîner fut offert par la famille du Sultan dans le siège sacré du sultanat. Des plats épicés de mille et une nuits furent servis à madame Kadra et sa suite selon les méthodes et rituels du sultanat lors des grands événements. Le nom de l’épouse du Président a été marqué dans la longue liste de prestige du livre d’or du sanctuaire sacré qui recevait ce jour-là et la première fois la visite de la femme d’un Chef d’État.» Cette narration délirante n’est pas sans rappeler les aventures de Tintin au Congo, et le tam-tam politique éhonté autour de cette prétendue visite d’amitié sonne comme un mépris inacceptable de la légendaire hospitalité de Tadjourah.

Tadjourah : après les grands discours,

les petits cadeaux électoraux ?

Cette semaine, on apprend dans la Ville-Blanche que, suite à « la visite d’amitié » de la Première Dame, quelques distributions ciblées de vêtements, couvertures et dattes auraient été effectuées au profit des femmes de la région. Ceux qui pensaient que la Présidente de l’UNFD était venue les mains vides en seront pour leurs frais. Nous ne pouvons que nous réjouir de la solidarité agissante de la Première Dame à l’égard des ces concitoyennes du Nord. Dans une deuxième étape, il faut espérer que des machines à coudre seront également distribuées et surtout du riz pour les populations rurales victimes de la sécheresse. Du riz indien si possible, et s’il en reste…

La bêtise se rumine,

mais elle n’est pas soluble

C’est bien connu : lorsque le régime cherche à blesser un individu ou une communauté, un courrier de lecteur arrive miraculeusement à ses organes de presse « La Nation » ou le « Progrès ». Ce fut le cas par exemple lorsque le régime, en froid avec les autorités de Hargueisa, pour des raisons qui ne tiennent absolument pas à la sauvegarde de notre intérêt de Djiboutiens, a estimé utile de s’en prendre à toute une composante de la communauté nationale. Ce fut, plus récemment le cas avec «Le Progrès» qui a tenté de réécrire l’Histoire en s’en prenant à M. Ismaël Guedi. C’est, encore une fois, le cas aujourd’hui : sous couvert de défendre des consommateurs de khat que nous aurions agressés, l’organe de presse du RPP se montre sous un jour peu glorieux pour la presse nationale. Et dévoile par la même occasion l’importance du khat dans la domination politique. Ainsi, sans que sa rédaction n’ait estimé utile de préciser sa position, un «courrier» prétend réhabiliter la consommation immodérée du khat.

Pour notre part, nous considérons que le khat est un fléau social pour beaucoup de raisons : le pays perd annuellement des millions de dollars qui partent vers l’Éthiopie, les ménages djiboutiens perdent en pouvoir d’achat et les consommateurs y perdent leur santé.

Entre fonctionnaires et conventionnés sans avancement accusant des arriérés de salaire, enseignants et scolaires sans moyens, malades sans soins, populations sinistrées des zones touchées par le conflit attendant une hypothétique Réhabilitation, syndicalistes abusivement licenciés, incorporés du FRUD-armé maintenus dans la catégorie anachronique de «mobilisés», anciens militaires, gendarmes et policiers auxquels le régime refuse l’indemnisation prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001, cadres du FRUD-armé auxquels le régime refuse tout emploi, dirigeants du FRUD-armé faussement réintégrés dans la Fonction Publique et dont la Présidence a illégalement suspendu les salaires, nombreux sont tous ceux qui peuvent légitimement estimer que le régime finance ses innombrables bakchichs de khat avec de l’argent qui leur est volé !

Quant au reste, il est inutile d’y répondre, car il y a eu beaucoup plus grave que ces bassesses. Ainsi, dans son numéro 92 en date du 11 septembre 2003, l’organe de presse du RPP, commentant notre position relative aux clandestins écrivait : «En effet, à la lecture, l’on remarque le constat criant des maux comme le sectarisme dont souffre Dini, s’avère héréditaire au diagnostic

Rappelons juste, pour la petite histoire à méditer dans les mabraz du régime, que M. Dini tenta par deux fois d’interdire l’importation du khat lorsqu’il était au pouvoir les premiers mois après l’Indépendance ! C’est cela un vrai Homme d’Etat : celui qui protège ses concitoyens contre leurs propres faiblesses, qui cherche à les libérer pleinement de toute forme de dépendance. Un vrai Homme d’État, ce n’est pas un dirigeant accidentel qui laisse ses concitoyens végéter dans leurs défauts, ruminant vengeance et jalousie, surtout en broutant !

Ali-Sabieh :

La décentralisation centralisée ?

Les conseils régionaux cooptés n’ont jamais brillé par leur efficacité. Dans tous les districts de l’Intérieur, les administrés n’accordent aucun crédit à ces structures budgétivores et opaques. Les Assajogs n’en finissent pas de fustiger la version locale d’une décentralisation centralisée, en vigueur dans leur district. Ils rappellent à cet effet que leur conseil régional, composé de quatorze membres, ne s’est jamais réuni depuis plus d’un an.

En outre, le Commissaire de la République, qui préside cette instance, aurait marginalisé ses treize autres collègues, allant jusqu’à confisquer le véhicule affecté au vice-président de ce conseil régional. C’est dans ce climat délétère que se poursuit le développement décentralisé, cher au Chef de l’État qui est de par la loi, le premier responsable de ces conseils régionaux. Conséquence de ce « progrès » version RPP: la ville d’Ali-Sabieh reste plongée dans l’obscurité, l’éclairage public semble avoir été oublié et le siège du conseil régional cliniquement mort reste toujours privé d’électricité.

Dernières victimes en date des fausses promesses gouvernementales, les Jeunes de l’association CECAM auraient bruyamment manifesté leur mécontentement devant les bureaux du chef du district. Motif de la grogne: ils n’auraient pas été récompensés pour les travaux d’entretien qu’ils ont effectués au centre médical d’Ali-Sabieh. En attendant la visite présidentielle, les sujets de mécontentement semblent s’accumuler en pays assajog. Le pompier volant aura-t-il assez d’eau (minérale ?) pour éteindre toutes ces étincelles avant qu’elles ne se transforment en foyers d’incendie ?

Armée de développement :

Ce n’est pas l’AND !

Ne saisissant apparemment pas toutes les implications de ses écrits, le journal gouvernemental « La Nation » nous apprend généreusement que les soldats américains et français ont procédé à la rénovation d’infrastructures scolaires. Les premiers ont ainsi retapé des salles de l’école primaire d’Obock pour environ neuf millions FD, tandis que c’est l’école de Wéa qui a bénéficié de la généreuse initiative des autres. Neuf millions, c’est pratiquement le prix des véhicules 4×4 dont le régime achète chaque année des dizaines au profit de ses protégés ! Si l’on ne peut que remercier les forces américaines et françaises pour leurs gestes de sympathie, une question demeure : que fait pendant ce temps l’Armée Nationale Djiboutienne ?

Après avoir courageusement sauvé de l’asphyxie la mangrove de Godoria, l’on l’apprend qu’elle serait actuellement très occupée à terroriser les populations du Nord. C’est peut-être cela, la « gestion de vraie problématique »selon ce régime illégitime.

Animaux errants :

Le laxisme continue…

La divagation des animaux domestiques dans la Capitale est la conséquence du laxisme inhérent à la mauvaise gouvernance. Pour l’instant, les autorités se contentent de combattre ce phénomène par de simples communiqués menaçants et sans lendemain. Pourtant, des textes existent qui répriment l’errance dangereuse des animaux domestiques en ville. Celle-ci est source de multiples inconvénients pour l’hygiène publique et la sécurité routière. Il ne se passe pas un jour sans que ces quadrupèdes visibles sur certaines grandes artères ne soient à l’origine d’un accident de la circulation. Leur zone de prédilection reste cependant le secteur de la gare où l’omniprésence des chèvres et des moutons constitue un véritable cauchemar pour les automobilistes empruntant cette voie. Dans les autres quartiers, ce sont les décharges sauvages et leurs tas d’ordures qui attirent les animaux. Le temps est venu de prendre des mesures énergiques pour rendre à notre Capitale son visage d’antan. La mauvaise gouvernance insouciante négligeant l’insalubrité ambiante l’entendra-t-elle de cette oreille ?

Awr-Awsa :

Visite d’une délégation onusienne

A plusieurs reprises, notre journal s’était fait l’écho de multiples difficultés quotidiennes auxquelles font face les milliers de réfugiés et clandestins parqués dans ce camp du district d’Ali-Sabieh. Ne supportant plus les conditions de vie sur place, des centaines de clandestins se seraient enfuies ces dernières semaines en direction de la Capitale. Cependant, l’on observe depuis quelques jours une vigilance accrue des forces de l’ordre déployées dans le camp. Les allées et venues y sont strictement réglementées et le camp parait difficile d’accès.

La raison de cette effervescence semble liée à la visite d’une délégation de la commission des Droits de l’Homme de l’ONU. Les deux délégués de cette mission ont intégré dans leur programme de travail à Djibouti la visite de ce camp insolite. Les autorités auraient fait des efforts ces derniers jours pour que cette intrusion des délégués onusiens leur soit présentée sous le meilleur angle possible.

Il faut espérer qu’à l’issue de cette visite, une solution humaine sera trouvée aux problèmes des clandestins et réfugiés entassés dans des conditions difficiles à Awr-Awsa.

Obock :

Visite présidentielle reportée ?

De bonnes sources indiquent que la visite présidentielle initialement prévue dans le courant de ce mois serait finalement reportée à des jours meilleurs. Le Chef de l’État attendrait peut-être la confection d’une nouvelle première pierre, pour lancer les travaux de reconstruction des habitations détruites d’Obock. Pour l’heure, ses forces de sécurité continuent à terroriser les populations civiles du Nord-Ouest de ce district.

Les campements situés dans le triangle Dalha-Daddato-Alaylou seraient régulièrement l’objet de fréquentes descentes des militaires basés à Alayli-Dadda et ceux du groupement de Tadjourah (GIAT). A en croire les ruraux de ces contrées désolées, la paix civile serait gravement menacée par les multiples incursions musclées des militaires nerveux et menaçants. Le régime chercherait-il à enterrer la paix définitive ? S’il est le seul à savoir ce qu’il espère y gagner, il y perdra beaucoup !


Comité des Droits de l’Homme : La LDDH précise sa position

Suite à la publication dans « La Nation » d’un communiqué vantant les réalisations du régime en matière de droits de l’Homme, qui engageait son nom sans qu’il ait été préalablement consulté, le Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) a publié la note suivante.


DIFFUSION D’INFORMATION

DU 12 DECEMBRE 2003

L’idéal pour un Défenseur des Droits de l’Homme

est celui de tendre vers la rigueur et l’honnêteté intellectuelle.

Cette Diffusion porte sur un complément d’information présenté par un ancien parlementaire à la suite d’un article du Comité des Droits de l’Homme paru dans le journal « La Nation » du 11 décembre 2003 intitulé: « Zoom sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti »

I – Compléments d’Information afin d’éviter des malentendus et pallier aux possibles risques de mauvaise compréhension sur le Comité AD HOC des Droits de l’Homme, avec le corollaire, des conséquences néfastes sur la crédibilité des membres du Comité AD HOC des Droits de l’Homme en République de Djibouti.

Ce complément d’information a pour objectif essentiel, celui entre autre, d’éclairer et d’affirmer notre volonté commune dans le seul souci de la réussite de notre juste combat dans le cadre et l’esprit de la protection et de la promotion des Droits humains.

Que DIEU TOUT- PUISSANT guide nos pas.

La première lecture du zoom sur les Droits de l’Homme donne l’impression, à travers certains de ses passages, que les termes thuriféraires et ostentatoires émanent de la « plume extravagante » des journalistes spécialistes de la désinformation, qui fait parfois la une du journal « La Nation ».

Tout d’abord quel est le message à retenir après la lecture de cet article du Comité des Droits de l’Homme ?

Le premier message, qui est le plus important, décrit d’une manière précise certaines grandes lignes des objectifs des Droits humains sous l’angle d’un rappel de l’Histoire. Le second dresse rapidement les activités du Comité AD HOC des Droits de l’Homme « créé en 2002 en vue de faire un état des lieux sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti ».

Dans les deux premières colonnes, les messages sont très clairs, et ils s’incrustent parfaitement dans les objectifs prioritaires des Défenseurs des Droits de l’Homme à savoir la Formation par l’Information permanente.

Dans la dernière colonne, les messages ressemblent plutôt à de la propagande gouvernementale, ce qui n’est pas du tout le rôle ni le combat des Défenseurs des Droits de l’Homme.

Ci-après les points qui sont négatifs car ils insinuent que dans l’ensemble tout va très bien, « les droits économiques et sociaux ont un avenir prometteur », mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Où passent les recettes du Port « en gérance strictement privée » sans aucun Texte législatif autorisant cette forme de privatisation déguisée, sans véritablement de Conseil d’Administration connu à travers le Journal Officiel, sans aucun contrôle des finances de l’État, sans aucun contrôle de la Chambre des Comptes ?

A quand les Décisions judiciaires de la Chambre des Comptes dont les travaux sont secrets ?

A quand la fin des Abus du Pouvoir couverts par l’impunité ?

A quand la fin de l’opacité sur les détournements des Biens Publics et des Deniers Publics ?

D’autres questions aussi importantes peuvent être posées, mais pour éviter toutes formes d’écart de langage entre Défenseurs des Droits de l’Homme, il est préférable de laisser aux lecteurs le choix

d’apprécier ou non les phrases qui sont mises en gras dans l’extrait suivant.

Il) – Extrait de l’article publié dans « La Nation ) 2003 du 11 décembre 2003 page 2 (troisième colonne).

( Zoom sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti… »

« ( . . .) De part leur attachement aux valeurs universelles des droits de l’Homme au premier rang desquels se trouve la paix les djiboutiens ont instauré une paix définitive dans la concorde nationale créant ainsi un climat favorable au développement humain.

Depuis quelques années, notre pays avance sur le chemin sinueux de la liberté, de la démocratie et de l’Etat de Droit.

Le multipartisme intégral est en vigueur; La liberté d’expression gagne du terrain au jour le jour; Les femmes prennent constamment des bastilles. Après l’égalité voire le dépassement des hommes à l’école, l’intégration à des postes de responsabilité aux fonctions publiques avec un salaire égal pour un travail égal, les voilà en marche de façon irrésistible en direction des sphères décisionnelles. C’est une loi d’initiative gouvernementale qui a imposé un quota minimal de 10% de femmes en position éligible sur la liste électorale des législatives 2003.

Cette discrimination positive a ouvert la voie au parlement. Et depuis 1999, le siège du Gouvernement n’est plus un tabou pour elles.

Notre pays n’est pas en reste sur la voie des activités économiques. Avec la modernisation du Port actuel et l’extension vers Doraleh (futur port pétrolier et port d’éclatement), l’idée de voir Djibouti devenir un grand marché de l’est Africain où transitent les biens de consommations de toutes sortes fait son chemin et se met en perspective.

L’élargissement de la Zone Franche, la création des petites industries au Sud, l’investigation systématique de l’eau, la diversification des sources de l’énergie… Le tout dans un contexte de paix et de sécurité retrouvés au sein d’un peuple réconcilié présage d’un avenir prometteur en matière de droits économiques et sociaux.

De façon générale, le projet global axé sur la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté résume avec brio la détermination avec laquelle la République de Djibouti entend faire face aux impératifs de développement tout en restant attentive à ce qu’il y a de plus cher à la nation: l’être humain.

III – Liste des membres du Comité Ad Hoc

Docteur Abatte Ebo Adou ; Médecin

Souleiman Miyir Ali ; Parlementaire

Niazi Abdoulkarim ; Biologiste

Mme Zeinab Kamil Ali ; Juriste

Me Aref Mohamed Aref ; Avocat

Me Hasna Barkat Daoud ; Avocat

Jean Paul Noël Abdi ; Ancien Parlementaire

Mlle Hodane Idriss Abdillahi ; Juge

Khaled Abdallah Ali Haidar ; Journaliste

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COMMENTAIRE

La situation réelle des Droits de l’Homme à Djibouti est connue de tous. Et ce n’est pas l’arsenal des textes le garantissant qui changera la donne. Les structures coquilles vides mises en place par le régime ne sont que de la poudre aux yeux. Tant que la Justice ne sera pas indépendante il est illusoire de disserter sur la consolidation de l’état de droit.

Vous avez donc parfaitement raison de dénoncer la mauvaise foi du régime qui, en vous présentant comme Ancien parlementaire cherche à minimiser vos activités de défenseur des Droits de l’Homme. Preuve de son mépris pour cette noble mission humanitaire qu’est la défense des Droits humains.

Par respect de votre travail, il est normal que vous vous soyez démarqué des appréciations dithyrambiques sur la situation des droits de l’Homme dans notre pays, faite au nom de tous les membres du comité ad hoc.

La rigueur et l’honnêteté intellectuelles auxquelles vous tenez tranchent avec l’esprit courtisan en vogue dans certains milieux qui attendent tout du régime et non d’une Loi égale pour tous. LA RÉDACTION


Petit zoom sur les Droits de l’Homme

A l’occasion de la venue d’une délégation du Haut-commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme du 15 au 18 décembre, la tactique de la «shitara» chère au régime profitant de son monopole sur les médias publics cherche à donner une image du respect des Droits de l’Homme qui ne correspond pas à la réalité. Pour ce faire, « La Nation » a publié dans son numéro de jeudi dernier un texte intitulé « Zoom sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti » rédigé par un soit disant Comité ad hoc de réflexion sur les Droits de l’Homme. Zoomons ce zoom.


Selon nos informations, ce Comité ad hoc, jusque-là méconnue du grand public, a plus d’un an d’existence pour avoir été crée le 7 juillet 2002 par l’arrêté n° 2002-0182/PR/MJ. C’était à l’occasion de la venue d’une Délégation Africaine des Droits de l’Homme. Depuis sa naissance, il n’aurait siégé que deux fois. De plus, vu son appellation il n’a rien d’Ad hoc, l’arrêté le créant ne précise ni les circonstances de sa création, ni sa durée de vie.

La vérité est qu’un « projet d’appui à la consolidation de l’État de Droit à Djibouti par la promotion des Droits de l’Homme » rédigé sous la responsabilité du Ministre de la Justice a vu le jour exactement 9 décembre 2003, soit 6 (six) jours seulement avant la visite officielle d’une Délégation du Haut Commissariat des Nations Unis aux Droits de l’Homme. Seule raison qui justifie essentiellement la convocation de ce comité piloté par le seul Ministre de la Justice, par un courrier adressé 6 (six) avant la sortie de ce rapport, unilatéralement confectionné par le premier responsable de ce département ministériel, chargé des Droits de l’Homme.

Ce document « de base » ( 4 pages seulement), fidèle aux méthodes du régime cherchant à occulter la réalité dans tous les domaines, stipule «la noble matière que sont les Droits de l ‘Homme ont :seulement occupé place qui lui était dévolue depuis le 12 mai 1999 ) plus loin « cette situation était confortée par l’absence de tout organisme de défense et de promotion des droits de l’Homme… le multipartisme intégral, la participation des femme:,’ à la prise de décision. augure l’avènement d’une démocratie nouvelle où la question des droits de l ‘Homme constituera indéniablement le thème central du ralliement et de la mobilisation de la nation djiboutienne »

Chacun sait que la la défense et la promotion des Droits de l’Homme à Djibouti nécessitait que le Comité des Droits de l’Homme recense les atteintes et l’évolution classifiée par nature tant chronologiquement que quantitativement depuis 26 ans. En effet, sous l’ancien comme sous le nouveau Chef de l’État, les droits de l’Homme ont de tout temps été bafoués, sur le plan individuel et collectif.

Nul n’ignore les atteintes, pressions et répressions de toutes sortes dont sont victimes la population civile et les hommes politiques de l’opposition, sans parler des exécutions extrajudiciaires dont les responsables continuent de bénéficier d’une intolérable l’impunité. Cette analyse préliminaire du rapport est choquante et honteuse de la part d’un dit Comité des Droits de l’Homme qui renie d’ores et déjà les souffrances des victimes de la répression du régime.

Concernant l’absence de tout organisme de défense et de promotion des droits de l’Homme, il est regrettable de constater l’inactivité de l’ ADDHL (Association pour la Défense des Droits de l’Homme et des Libertés), pionnière en ce domaine. Quant à l’actuel LDDH (Ligue Djiboutiennes des Droits Humains), organisation dynamique, légalement constituée depuis mai 1999 et reconnue internationalement, elle reste marginalisée par le régime. Son Président vient de s’envoler pour le Burkina-Faso, pour la défense de ses concitoyens au Troisième Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme – UIDH. La politique de l’autruche ne peut tromper personne. Encore Heureux!

Pour le reste, le plus illégalement du monde, ce rapport affirme qu’ « A l’actif du comité, on peut d’ores et déjà citer la ratification et l’envoi des instruments de ratification par le gouvernement de la République des pactes et conventions internationales constituant l’ossature principale de la réglementation juridique.». Le Comité, qui compte au moins six spécialistes du Droit parmi ses membres, se donne le droit et la prétention de ratifier des pactes et autres conventions internationales à l’insu d’une Assemblée Nationale, même mal élue.

Montesquieu avait écrit dans « l’Esprit des Lois » : « le pouvoir Judiciaire doit se distinguer par rapport aux pouvoirs Exécutif et Législatif » Par conséquent, si le Droit doit régner il est par essence indispensable que la Justice soit INDEPENDANTE. Or cette commission de dix personnes destinée seulement à « occuper » les visiteurs des Nations Unis n’est pas du tout indépendante. Elle est présidée par le Ministre de la Justice lui-même.

Notre objectif n’est pas de faire l’inventaire des atteintes, encore moins la nature de ces agressions, mais seulement de dire qu’il faut nécessairement de la morale dans l’homme, surtout le politique. Ce qui manque malheureusement à ce système en place, comme en témoigne toutes ses manoeuvres orchestrées au nom d’un Comité des Droits de l’Homme dont les travaux sont présidés, en vertu de l’arrêté qui l’institue, par le Ministre de la Justice en personne.

Ces gesticulations sont tout simplement destinées à tromper l’opinion internationale dans le seul but de bénéficier d’un financement extérieur des prochains États Généraux (encore ? ) sur les Droits de l’Homme prévus pour janvier 2004. Il est vrai que les caisses de l’État ne peuvent supporter une telle charge, superflue, étant donné que les maigres ressources sont affectées à plus importants, comme le bakchich de khat ou le surarmement des forces de Sécurité.

En somme, il s’agira encore de brasser des slogans pour faire avancer l’état de Droit à Djibouti alors que tout un chacun sait que les conclusions des États Généraux sur la Justice n’ont rien amélioré concrètement pour le justiciable djiboutien.


Syndicalisme : droit de réponse du ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale

Suite à notre article de la semaine dernière relatant les tribulations de la délégation officielle à la Réunion syndicale d’Addis-abeba, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale nous a fait parvenir le courrier suivant que nous reproduisons intégralement.


Djibouti, le 14 décembre 2003

A l’attention du Directeur de Publication de la  » Réalité « 

Monsieur,

Le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale (MESN) tient à réfuter les accusations fallacieuses et le procès d’intention que vous lui faites, ainsi qu’à la personne de Monsieur Mohamed BARKAT ABDILLAHI, Ministre, dans l’article intitulé  » Syndicalisme : Les clones démasqués à Addis-Abéba« , paru dans votre bulletin d’information  » Réalité  » numéro 74.

En effet, suite à la participation d’une délégation nationale tripartite, à la Réunion Régionale Africaine qui s’est tenue dans la Capitale éthiopienne, du 02 au 05 décembre 2003, vous soutenez les idées tendancieuses suivantes :  » non respect de la consultation des partenaires syndicaux, afin que ces derniers puissent désigner leurs représentants pour participer à la dite réunion, par le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale », «  rétablissement des droits aux prétendants représentants-détenteurs de la légalité et de la légitimité des travailleurs djiboutiens  » et  » blâme du Gouvernement djiboutien par la Commission de vérification des pouvoirs« .

le MESN récuse les propos mensongers, que vous alléguez, puisque la consultation des partenaires syndicaux a été entreprise le 13 novembre 2003 par voie de courrier officiel (pièces jointes en annexe), conformément aux dispositions du paragraphe 4 de l’article 1 du règlement pour les réunions régionales.

De même, le MESN dénonce la contrevérité qu’est l’affirmation  » les délégués syndicaux des quatre coins du monde ont restauré dans leurs droits les véritables représentants légitimes des Travailleurs Djiboutiens « , puisque la délégation syndicale « bis » de l’Union Djiboutienne des Travailleurs (UDT), menée par son « soi-disant » SecrétaireGénéral, Monsieur Mohamed ADEN ABDOU, a effectivement participé à la réunion susmentionnée, mais avec le statut d’observateur, tout comme un certain nombre de personnes ou d’institutions portant un intérêt particulier à l’objet de la Conférence.

Enfin, le MESN est navré de l’usurpation des termes exacts de la conclusion du Rapport de la Commission de verification des pouvoirs, dont vous vous rendez coupable. Ainsi, en insérant les termes  » par le gouvernement de Djibouti « , n’êtes-vous par pris en flagrant délit de manipulation syntaxique, afin de modifier la sémantique de la conclusion officielle dudit rapport ? Doù la présentation, à vos lecteurs, d’une conclusion falsifiée et pernicieuse du Rapport de vérification des pouvoirs qui, par ailleurs, ne porte nullement atteinte à l’honneur et l’intégrité du Gouvernement de Djibouti, du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale et de Monsieur Mohamed BARKAT ABDILLAHI.

A l’inverse, il n’est pas inopportun de souligner que Monsieur Mohamed ADEN ABDOU, membre du Bureau Exécutif de votre organisation politique, à savoir l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), ne peut prétendre à aucune légitimité quant à la représentation des Travailleurs djiboutiens. Ne sommes-nous pas en présence d’un conflit d’intérêt ? A moins que, Monsieur Mohamed ADEN ABDOU et/ou l’ARD adhériez à l’idéologie communiste (libre à vous !) et plus précisément à sa pire forme d’expression : le Stalinisme.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations les plus distinguées.

***

COMMENTAIRE

Même un adversaire a droit au respect : le responsable syndical dont vous parlez s’appelle Adan Mohamed Abdou et non pas Mohamed Aden Abdou. Pour le reste, il nous semble inutile de chercher à argumenter : le régime djiboutien a maintes fois été condamné par toutes les instances syndicales internationales pour sa répression constante de la liberté syndicale.

Statut d’observateur : oui, mais seulement le temps que la commission de vérification décide de qui devra représenter les travailleurs djiboutiens. Une fois qu’elle a statué, les clones transportés par la délégation gouvernementale de Djibouti ont été remis à leur petite place et M. Adan officiellement admis en qualité de représentant légal des travailleurs djiboutiens.

Quant au « conflit d’intérêt » que vous croyez déceler dans le fait qu’un responsable syndical occupe également de hautes fonctions au sein d’un parti politique, c’est vraiment l’hommage du vice à la vertu. D’une part parce que M. Adan Mohamed est avant tout connu pour son courage syndical : c’est sur cette seule base que les délégués de la base lui renouvellent leur confiance. Votre ministère n’est pas sans savoir que, pour avoir défendu les intérêts des travailleurs, Adan Mohamed a été, avec d’autres responsables, abusivement licencié : c’était bien avant votre actuel Ministre. Comme vous n’êtes certainement pas sans savoir qu’en violation des engagements officiels, le régime djiboutien refuse encore de réintégrer et d’indemniser ces syndicalistes licenciés, qui survivent dans des conditions difficiles grâce: ne parlez pas trop de « Solidarité » quand, par son intolérance stalinienne, le régime compromet gravement la Santé et l’Éducation des enfants de ces syndicalistes privés de tout revenu.

D’autre part, cette double casquette politique et syndicale est nettement moins anormale que la comédie jouée par un régime qui n’hésite pas à nommer en qualité de Médiateur de la République un membre du Bureau politique du RPP, député de surcroît. Le véritable conflit d’intérêt est là, sans parler, accessoirement du fait qu’une telle imposture constitue une violation flagrante du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale.

Mais vu à quoi il et elle servent … LA RÉDACTION


Courrier des lecteurs

SHARON OU PHARAON ?

Je suis un lecteur assidu de votre journal. J’adhère à la plupart de ses analyses et prises de position. Je voudrais dire ici ma compassion à l’endroit de mes concitoyens. Sont-ils inconscients ? Ce n’est pas exclu !

Neutralisés par l’usage politique que fait le régime du khat, comme vous l’avez souligné dans un article de votre précédent numéro ? C’est plus que plausible! Je suis envahi par un sentiment de honte en les regardant vivoter, toutes ethnies confondues, et s’accommoder de l’Injustice sous toutes ses formes, qu’ils subissent quotidiennement sans broncher ou presque.

Ce n’est pas moi qui vais les inciter à être plus vindicatifs sous peine d’être taxé de  » pousse-au-crime « . Je constate simplement que la parenthèse de la guerre civile ne semble avoir aidés ni les irresponsables qui nous gouvernent ni les résignés sans repères que les Djiboutiens donnent l’impression d’être, à une prise de conscience salutaire. Ni d’ailleurs tout ce qui se passe autour d’eux et à travers le monde. Mais sachons patience garder !

Car je crois fermement aux leçons de l’Histoire Naturelle et parmi elles celle qui veut qu’un noyau stable, fût-il minoritaire, composé de résistants déterminés et lucides finit toujours tôt ou tard et d’une manière ou d’une autre, par imposer la Justice ici-bas ! C’est pourquoi je vous exhorte à la persévérance en toutes occasions car elle seule finit par payer ! Fatalement.

Mais ce n’est pas le propos de mon courrier. Je souhaite dans vos colonnes réagir par rapport à ce que j’ai lu dans Jeune-Afrique l’Intelligent n°2239 en du 7 au 13 décembre 2003, qui rapporte en sa page 22, dans la rubrique  » Ils ont dit « , les propos qu’aurait tenus le Premier ministre Israélien Mr Ariel Sharon. Si je me permets de réagir, c’est que je n’ai encore à ce jour appris aucun démenti de l’intéressé. Je le cite intégralement :  » Une présence musulmane toujours plus forte en Europe mettrait certainement en danger la vie des Juifs.« 

D’abord ces propos sont dangereux car ils cherchent à semer le germe d’une discorde entre « Européens  » qui n’est pas une entité religieuse et « musulmans » qui en est une.

Il n’y ait pas question d’Arabes suspectés d’être pro-palestiniens, de terroristes ou d’immigrants miséreux, bruyants ou nauséabonds. Sont nommément désignés les musulmans. En clair, officiellement et explicitement, le critère retenu d’identification de l’ennemi potentiel pour l’Occident, et partant pour Israel qui s’y identifie, est religieux.

D’autre part j’estime qu’ils sont diffamatoires en ce qu’ils portent atteinte à l’Honneur et la dignité du musulman pacifique que je suis. Par ailleurs cela s’appelle une « fitna », une discorde qui invite l’Europe et les Européens à considérer l’Islam comme une menace et à se méfier des musulmans et tout ce qui les lie au monde islamique. Et demain ? Sans doute leur conseillera-t-il, en guise de solution finale, d’ériger une muraille les séparant et les protégeant contre chaque musulman qui serait une bombe ambulante !

J’exagère ? A peine ! Sans polémiquer, j’imagine d’ici, le tollé qu’aurait soulevé ces propos s’ils avaient été tenus par un cheick Yacin, un prédicateur ou tout autre musulman disant à son monde ou au reste du monde qu’il faille se méfier des Juifs qui ont inventé l’usure, la bombe atomique, le communisme, le sionisme… « .

Une fatwa américaine (ou autre) aurait, illico presto été lancée contre son auteur « wanted dead or alive », pour antisémitisme. Je considère que ma réaction est d’autant plus légitime et saine que contrairement à l’Histoire de l’Occident ou d’autres confessions, l’Histoire de l’Islam n’est émaillée d’aucun pogrom antisémite ou autre. C’est donc la conscience tranquille que je m’élève contre ces propos mal intentionnés.

Mais ce qui me révolte le plus ce n’est pas que ces propos offensants soient passés inaperçus dans ce contexte de guerre contre le terrorisme dans un Occident qui n’entend que ce qu’il veut, mais c’est l’absence de réaction de la part des intéressés : n’étant pas plus musulman que d’autres, je ne porterai pas plainte aux nom des musulmans à quelque tribunal que ce soit.

Je me contenterai de vous demander de bien vouloir insérer dans vos colonnes cette réaction d’un musulman ordinaire qui s’estime offensé ! Non sans rappeler que lors de son dernier voyage en Angleterre, le président des Etats-Unis ne s’est pas privé de se faire le procureur de l’antisémitisme consécutivement à la publication d’un sondage selon lequel les Européens considéraient Israël et les États-unis comme une menace pour la paix mondiale.

P.S : qui défendra l’Islam contre l’arrogance non pas des juifs mais du Sionisme et ce sentiment illusoire d’invulnérabilité que lui procure le soutien inconditionnel des États-unis ?

M.E.O.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 74 du mercredi 10 décembre 2003

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Réalité numéro 74 du mercredi 10 décembre 2003

ARD

Sommaire  

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Syndicalisme : les clones démasqués
  4. La pauvreté : une définition syndicale 
  5. Madame est servie
  6. Soudan : enfin la Paix !
  7. Le droit du Djiboutien : broute et tais-toi !
 Directeur de Publication :

 ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 74

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE DROIT DU PAUVRE :

BOUFFE ET TAIS-TOI !

Au moins, les Américains sont pragmatiques : Bush ne s’est pas rendu à Bagdad pour porter la bonne parole aux Irakiens : il sait qu’il aurait prêché dans le désert. Ni pour leur apporter la Démocratie ; encore moins pour combattre les effets dévastateurs (malnutrition et détresse sanitaire) d’un embargo que les Nations Unies leur ont imposé une décennie durant. En fait, les meilleurs spécialistes des relations internationales s’accordent à admettre que, depuis le secrétaire d’État Henry Kissinger, la contribution des États-unis d’Amérique à une diplomatie en action a été, pour ainsi dire, pratiquement nulle.

Pas plus que celle des Français d’ailleurs, depuis la retentissante Berezina (dans son propre camp) de la tentative de rationalisation de la coopération initiée par Jean-Pierre Cot au lendemain de la victoire historique de la gauche en 1981, avant qu’elle ne devienne la « gauche caviar » sévèrement sanctionnée à la dernière présidentielle qui a vu, contre toute attente, la réélection de Jacques Chirac face à un inacceptable Jean-Marie Le Pen.

Le problème aujourd’hui par rapport aux Américains suscités, c’est que le Grand Jacques n’a jamais eu l’élégance verbale de Brel. Pour preuve, sa dernière sortie internationale en Tunisie où il a pratiquement crû opportun d’inviter ses auditeurs indigènes à s’estimer heureux que le régime en place subvienne à leurs besoins primordiaux.

En clair selon lui, la Démocratie est vraiment une notion à géométrie variable et que, sous certaines tristes tropiques, il serait déplacé de plaider, comme l’y invite naïvement la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, selon laquelle tous les hommes naissent libres et égaux en droits et en devoirs, pour le respect de ces droits fondamentaux à partir du moment où, dans son infinie bienveillance, le despote au pouvoir consent à subvenir aux besoins vitaux tels que manger, s’éduquer et se soigner.

A ce tarif, il est à se demander pourquoi, peu ou prou, la légitimité de l’invasion de l’Irak est si peu remise en cause puisque, avant l’embargo imposé par les Nations Unies, le parti Ba’as subvenait largement aux besoins du Peuple Irakien en matière d’emploi, d’Éducation et de Santé. Le drame aujourd’hui, c’est qu’entre « la Corrèze avant le Zambèze » et les Français de souche légitimement gênés par « les bruits et les odeurs » que peuvent produire les populations immigrées, le Grand Jacques, sans irrespect, a souvent dérapé.

Ce qui nous gêne justement, en tant que ressortissants d’un pays caractérisé, non seulement par des violations flagrantes en matière des droits de l’Homme, mais aussi par un détournement de l’aide internationale (au premier rang desquelles il convient de placer celle constante qu’accorde la France depuis 1977 pour assurer la stabilité de sa base militaire) qui ruine toute espérance durable d’amélioration dans les domaines dont le Chef de l’État français nous invite à nous contenter.

Pour faire bref et selon lui, la Démocratie serait un luxe auquel certains Peuples ne devraient pas trop rêver pour le moment, sous peine de dangereusement déstabiliser les relations interétatiques et d’inutilement polluer la bonne humeur traditionnelle des rencontres entre Nord avec peu de pauvres et Sud avec plein de riches. Comme le remarque justement le démocrate tunisien Marzouki (un docteur qui n’est pas honoris causa) : « les dictatures ne se sont jamais aussi bien portées que depuis le 11 septembre » et que « le terrorisme est la conséquence directe de la dictature et de la corruption ».

Les démocrates naïvement optimistes savent donc à quoi s’en tenir, eux qui croyaient que l’affaire Borel aurait quelque répercussion sur les relations franco-djiboutiennes. « La France a la mémoire longue » prétendait lyriquement Roland Dumas après l’attentat du Café de Paris. La vérité, c’est que la France n’a pas de mémoire, elle n’a que des intérêts, les plus souvent conjoncturels. Quant à ceux qui espéraient que la lutte contre le terrorisme impliquerait une plus grande attention des puissances civilisées, c’est qu’ils souffrent vraiment d’une indigestion idéologique : peut-être devraient-ils un peu moins manger.

 

 


Brèves nationales

Port de Doraleh :

Terminal à conteneurs seulement ?

Le méga-projet de Doraleh n’en finit pas d’alimenter les spéculations sur sa finalité réelle et la durée probable des travaux. Plusieurs sources concordantes, provenant des milieux d’affaires, affirment cependant que le financement nécessaire à la réalisation du complexe pétrolier serait revu à la hausse et semble loin d’être acquis. Pour l’heure, les travaux en cours semblent se limiter à la construction d’un terminal à conteneurs seulement. Concernant la partie terminal pétrolier, elle serait retardée, entre autres, par les hésitations des sociétés pétrolières basées au Port de Djibouti, qui rechigneraient à transférer leurs installations vers Doraleh dans les délais proposés par les promoteurs.

Quoi qu’il en soit, il apparaît clairement que toute la vérité n’aurait pas été dite sur la faisabilité et le financement de ce projet électoraliste. Le régime fanfaron étant peu prolixe sur la question, doit-on y voir un signe sur l’apparition des difficultés de dernière minute, ou est-ce plus simplement une esbroufe supplémentaire qui sera tôt ou tard découverte ?

Presse gouvernementale :

Le tri-hebdomadaire deviendrait-il trivial ?

Depuis sa transformation en tri-hebdomadaire, le journal gouvernemental « La Nation » poursuit péniblement sa mission de propagande politique au service d’un régime fatigué. Peinant à remplir ses pages et sommé de produire pour le compte d’un pouvoir lui-même improductif, il en serait désormais réduit à ressembler aux magazines people.

Ainsi, dans son numéro de lundi dernier, le lecteur a-t-il droit dans six pages sur dix à un reportage digne d’un roman-photo et exclusivement consacré à la visite de la Première Dame à Tadjourah. Si le bilan réel de cette visite n’est pas précisé par notre confrère, c’est certainement parce qu’elle n’a rien apporté de concret, bien au contraire.

Ainsi, ses auditrices de Tadjourah ont été aussi surprises que celles de Marie-Antoinette en son temps. En effet, à une concitoyenne lui demandant d’intervenir pour que le prix du kilowatt/heure soit revu à la baisse et au moins ramené au niveau de celui ayant cours dans la Capitale, la Première Dame n’a rien trouvé de mieux à répondre que de lui asséner un condescendant : « Réduisez votre consommation électrique » !

De plus, au chapitre de la lutte contre le chômage, elle aurait exhorté les Tadjouriennes à créer leur propre entreprise. A ce rythme, gageons que lors de son prochain déplacement à Obock, elle invitera ses concitoyennes victimes de l’enclavement de leur district, à voyager en Boeing présidentiel. Comme elle le fait pour assister à un mariage se déroulant à Addis-Abeba ou pour son shopping à Ryad ou Dubaï.

Toutefois, les observateurs de Tadjourah et d’ailleurs s’accordent à reconnaître que la Présidente de la coûteuse UNFD a fait légèrement mieux que le Président de la République lors de son dernier passage dans cette ville, en termes de relations publiques uniquement. Nettement mieux en tout cas que le Premier ministre.

Une question se pose désormais : la Première Dame, déjà Présidente de l’UNFD, serait-elle, elle aussi, dans la course présidentielle ? Auquel cas, elle semblerait en pôle position … dans le camp présidentiel. Vivement donc des primaires au sein de l’ex parti unique !

Don de machines à coudre :

L’UNFD côté cour, côté jardin

Vestige féminin de l’ancien parti unique, l’Union Nationale des femmes Djiboutiennes (UNFD) serait avant tout un club d’épouses de dignitaires du régime et quelques obligées soigneusement sélectionnées. Bien que généreusement subventionnée par l’Etat, cette machine électorale du RPP reste aussi un important réceptacle des aides extérieures, sous couvert de « promotion de la Femme ». C’est à ce titre que l’UNFD est cette semaine récipiendaire d’un don égyptien composé de cinq machines à coudre. Ce cadeau, fort utile au demeurant, sera à n’en pas douter bien apprécié et utilisé par les réelles destinataires que sont toutes les femmes défavorisées de notre pays.

La mauvaise gouvernance n’étant pas à un paradoxe près, nos concitoyennes restent pour leur part effarées devant le déploiement d’un faste indécent de la part d’une organisation gouvernementale dont les activités sociales sont toujours essentiellement tributaires de la mendicité. Le régime devrait avoir honte d’avoir à admettre qu’il a reçu en don un matériel qui aurait largement pû être financé sur fonds propres : ces cinq machines à coudre aurait certainement coûté moins que certaines largesses électoralistes.

A l’image du pouvoir présidentiel qu’elle prétend servir et seconder, et qui subvient généreusement à ses besoins festifs, l’UNFD dessert surtout l’image de la femme Djiboutienne, considérée avant tout comme une voix qui doit chanter les louanges du régime.

Pôle Universitaire :

Retour à la normale ?

Après une semaine plutôt agitée les cours auraient repris hier mardi au Pôle Universitaire. Les 17 étudiants exclus par « mesure disciplinaire » auraient finalement réintégré l’établissement, même si des sanctions sévères continuent de frapper certains d’entre eux. La grève de solidarité aurait donc pris fin, laissant espérer un retour à la normale. Il reste désormais à consolider cette détente par l’instauration d’un nouveau climat de dialogue entre les autorités et les représentants des étudiants, pour que l’année universitaire puisse se déroule normalement jusqu’aux examens. Il en va de l’avenir de notre future élite nationale, qui plus est formée sur place.

Pluies sur la Capitale :

Plic, ploc, flaques…

Bienvenue partout, la pluie nourricière tant attendue par nos nomades reste particulièrement redoutée dans certains quartiers de notre Capitale. Raisons de cette défiance à l’égard de ce don du ciel : l’aggravation de l’insalubrité chronique et la prolifération des moustiques et mouches causées par ces précipitations. Ainsi, la pluie enregistrée dimanche dernier a déjà produit quelques désagréments aux riverains de certaines artères mal entretenues et facilement inondables en raison de multiples nids de poule.

Les passants éclaboussés et les automobilistes malchanceux en arrivent fréquemment aux mains, les uns accusant les autres de négligence ou d’irrespect. La vraie négligence blâmable, reste celle de la mauvaise gouvernance, coupable de la dégradation avancée de notre Capitale.

Comble du gâchis : alors que certaines rues menant aux chancelleries étrangères sont dans un piteux état, ces diplomates constatent que des bretelles donnant accès à quelques résidences privées du Héron sont étonnamment bien entretenues et même nouvellement goudronnées, certainement aux frais du contribuable djiboutien. Et cela, qu’il pleuve où qu’il fasse beau !

Enfin, la météo étant capricieuse, prions pour que la pluie fasse prioritairement reverdir nos campagnes victimes de la sécheresse, en épargnant notre malheureuse Capitale qui croule déjà sous les ordures

Troubles à la paix civile :

Les arrestations continuent en brousse

A la recherche, parait-il, d’introuvables caches d’armes, le régime parano continue ses exactions sur les populations civiles du Nord. Une nuée de mouchards écumerait depuis quelques mois la brousse du Nord, à l’affût du moindre renseignement.

Ainsi, l’on a appris hier dans la ville d’Obock que deux nouveaux bergers arrêtés dans leurs campements seraient entre les mains des forces de l’ordre. Un autre berger serait également détenu depuis le 28 novembre à Tadjourah. Ces manœuvres d’intimidation auraient-elles pour objectif d’attenter à la paix civile dans le nord en terrorisant ses populations dans ce contexte préélectoral ? tout semble le laisser croire, au vu des tactiques employées.

Pendant ce temps, le Chef de l’État se prépare à parader prochainement à Obock, pour y annoncer des mesures en faveur des zones rurales. A cette occasion, il renouvellera certainement un geste qui lui est aussi cher que sans lendemain : la pose de la première pierre pour la énième fois ! Il ne peut y avoir de développement sans la consolidation de la paix. Que ce régime irresponsable et provocateur se le tienne pour dit.

Syndicalisme : les clones démasqués

les clones démasqués à Addis-Abeba

Prétendant encore faire croire que la situation syndicale à Djibouti est normalisée, le Ministre de l’Emploi s’est rendu à une réunion internationale à Addis-Abeba avec, dans ses valises, quelques spécimen exotiques des derniers clones en date. Mal leur en prit : les délégués syndicaux des quatre coins du monde ont proprement confondu les vrais faux délégués gouvernementaux et restauré dans leurs droits les véritables représentants légitimes des Travailleurs Djiboutiens : les délégués de l’intersyndicale UDT-UGTD.

 


L’Organisation Internationale du Travail – OIT vient de tenir du 2 au 5 décembre courant sa dixième conférence internationale du travail qui se tient annuellement dans le courant du mois de juin à Genève, les réunions régionales de l’OIT comme celle qui vient de se tenir à Addis-Abeba après celle d’Abidjan la neuvième du genre il y a quatre ans (8 au 11 décembre 1999) sont tripartites et regroupent par conséquent les représentants des trois partenaires sociaux des pays concernés de la région (ici l’Afrique) à savoir : Les gouvernements, les employeurs et les travailleurs.

De ce fait, conformément aux dispositions du paragraphe 4 de l’article 1 du règlement pour les réunions régionales, le gouvernement de chaque pays a l’obligation de consulter ses partenaires sociaux dont les travailleurs notamment les organisations syndicales les plus représentatives pour dresser la liste tripartite de la délégation nationale.

Cependant, comme à son habitude, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale de Djibouti a substitué cette fois encore aux représentants légaux et légitimes des centrales syndicales djiboutiennes dont l’UDT est de loin la plus représentative, des alibis syndicaux n’ayant rien à voir avec les dites centrales syndicales que sont l’UDT et l’UGTD.

Ce qui a provoqué la saisine de la Commission de vérification des pouvoirs de cette dixième réunion africaine de l’OIT d’Addis-Abeba, en lui adressant une protestation contestant la légitimité et les pouvoirs de représentation de ces clones syndicaux que le Ministre a substitué aux véritables représentants des travailleurs qu’elle a délégués à cet effet.

De son côté, l’UDT a tenu à assister à cette réunion régionale en y envoyant par ses propres moyens une importante délégation conduite par son Secrétaire Général et forte de cinq personnes qui se sont particulièrement illustrées dans cette réunion régionale en se rétablissant dans leur droit de véritables représentants des travailleurs djiboutiens qu’ils étaient au grand dam de la délégation gouvernementale (alibis syndicaux y compris) qui n’en revenait plus d’être pris en flagrant délit d’usurpation des titres et des rôles syndicaux qu’ils pensaient impunément instrumentaliser à leurs fins.

La conclusion du rapport de la Commission de vérification des pouvoirs saisie à cet effet se passe de commentaire : « …La Commission rappelle que la Commission de vérification des pouvoirs à la Conférence Internationale du Travail a été saisie de cette question à ses quatre dernières sessions et que la Commission de vérification des pouvoirs à la neuvième réunion régionale africaine d’Abidjan du 8 au 11 décembre 1999, en avait également été saisie…

Dans la mesure où les questions soulevées dans la protestation font également l’objet d’un examen devant d’autres instances notamment la commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations et où les informations disponibles sont insuffisantes pour procéder à un examen de la situation au regard de l’article 1, paragraphe 4 du règlement pour les réunions régionales, la commission n’est pas, en l’espèce, en mesure d’exercer utilement son mandat. La commission demeure toutefois préoccupée part l’absence de tout progrès apparent et déplore profondément que des doutes subsistent encore une fois quant à la légitimité et l’indépendance des représentants des travailleurs accrédités par le gouvernement de Djibouti à la réunion régionale africaine.»

On le voit, le régime djiboutien est sans cesse couvert de ridicule et blâmé pour ses violations répétées des libertés syndicales. En cela, on peut dire que la réunion d’Addis-Abéba est une victoire du syndicalisme indépendant.

Les véritables représentants de la véritable UDT ont pu avoir gain de cause et représenter valablement les travailleurs Djiboutiens à cette Conférence régionale, en exerçant pleinement leurs prérogatives syndicales.


La pauvreté : une définition syndicale

Lors de cette même Xème Réunion Régionale Africaine sous l’égide du Bureau International du Travail – BIT qui a réuni durant trois jours syndicalistes, employeurs et Ministres du Travail et de l’Emploi du continent, ont été au centre des discussions les voies et les moyens de réduire la pauvreté par une politique fondée sur la création d’emplois. Ceci par une définition adéquate de la pauvreté.


Le thème retenu pour cette dixième rencontre tripartite du genre se voulait une communion entre tous les partenaires sociaux du continent autour d’une préoccupation majeure : l’amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens.

Le rapport du Directeur Général du BIT, intitulé « S’affranchir de la pauvreté par le travail » mérite qu’on s’y attarde tant pour la richesse de son contenu que par d’exemples d’idées et de l’originalité de sa démarche.

M. Juan Somavia, Directeur Général du BIT fonde sa démarche sur trois idées force qui vont à coup sûr porter un coup dur aux idées reçues et autres concepts prêts à porter autour de la notion de pauvreté.

Pour commencer, la pauvreté n’est ni une tare imputable aux pauvres, ni une malédiction à laquelle certaines catégories de personnes étaient exposées. Elle résulte des défauts structurels et des systèmes économiques et sociaux inefficaces.

Autrement dit les pauvres ne sont ni coupables, ni responsables de leur pauvreté. Ils sont tout simplement victimes des défaillances des institutions dévoyées de leurs missions et instrumentalisées par les tenants du pouvoir.

Sans fustiger la mauvaise foi de nombreux régimes politiques, ce rapport qui reste très diplomatique sur la forme ne met pas moins en cause les orientations politiques inadéquates, l’absence d’imagination politique et le soutien international insuffisant.

Une fois le diagnostic établi et sachant l’étendue de la catastrophe, M. Somavia insiste sur le prix de la pauvreté car elle coûte chère. En termes de croissance économique, d’instabilités politiques, des ravages écologiques, des pandémies planétaires, la permanence de la pauvreté s’avère peut-être plus coûteuse que l’effort visant à la réduire.

Au-delà de la dimension terre à terre de la pauvreté, ses conséquences, ce rapport s’attarde sur un aspect souvent ignoré de la capacité d’adaptation, des pauvres à leur sort.

Vivre en effet dans une situation de dénuement matériel requiert une énorme réserve de courage, d’endurance et d’ingéniosité et de solidarité pour assurer sa survie et celle des siens. Vivre ainsi au jour le jour est un défi permanent que les pauvres dans leur masure relevée en développant une capacité de résistance et une créativité qui défie souvent les normes.

Les travailleurs pauvres constituent donc à maints égards des entrepreneurs potentiels formés à l’école du dénuement, aux marges de la société dominée par la facilité, l’entregent.

Il suffit d’adapter les institutions de l’Etat aux exigences de la lutte contre la pauvreté dont la réduction reviendrait sans doute moins chère que l’immobilisme politique et l’instrumentalisation de l’État.

A la lecture de ce document qui fera sûrement date, on saisit l’autre dimension de la pauvreté, combler le fossé entre les riches et les pauvres en libérant tous les potentiels d’énergies et d’esprits créatifs est à la portée de main de toutes les bonnes volontés.

C’est donc une chance que le régime djiboutien, habitué à une autre lecture de la pauvreté, celle qui lui rapporte sans aucune incidence positive sur les conditions de vie de ses concitoyens,ne saisira certainement pas.

 

Madame est servie

Quand le maître chante mal, sa voix devient indécente

Trop c’est trop : si l’édition du lundi du journal gouvernemental « La Nation » a accordé une place si importante à la visite que la Première Dame a effectuée jeudi dernier à Tadjourah (couverture démesurée par rapport à l’importance réelle de l’événement comme de ses retombées sur la vie politique nationale ou locale, c’est que l’enjeu de la propagande dépassait très largement le cadre d’une région dévastée par le conflit et à laquelle le régime, dans une logique de chantage, refuse encore toute réhabilitation. A quelque chose malheur étant bon, par son grotesque et sa démesure, cette mise en scène d’une variante RPP-UNFD de la conquête de l’Ouest aura au moins démontré une dimension essentielle du système politique djiboutien : l’absence de toute règle de droit allant de pair avec tous les droits que s’autorisent le Chef de l’État et sa cour.


En ce premier jeudi de décembre, Tadjourah a connu une matinée mouvementée : il s’agissait d’accueillir comme il se doit et es qualité, l’épouse du Président de la République, elle-même Présidente de plein droit des femmes djiboutiennes à travers l’UNFD. Sur la place centrale où elle délivrait (en français) un pesant discours aussitôt qualifié d’historique par les scribes patentés, peu étaient réellement à leur place.

En sa qualité d’hôte, le Sultan a eu parfaitement raison de présider lui-même aux festivités de la journée. Ce n’est pas de sa faute si les institutions politiques traditionnelles sont maintenues, beaucoup plus que du temps colonial, dans un rôle purement protocolaire et propagandiste. Certes, une véritable Décentralisation lui aurait bien restitué une fonction à la hauteur de son importance, mais le régime n’en veut pas. Alors, en attendant , il est de son devoir de rester digne en toutes circonstances et d’accueillir comme il se doit son illustre (auto ?)-invitée.

De même, ses concitoyens avaient, par respect pour lui, et dans le cas où la Présidente de l’UNFD se cantonnait au rôle qui est normalement le sien et respectait les diverses sensibilités politiques de Tadjourah, qui a largement voté pour l’opposition lors des dernières législatives, tout à fait le droit d’honorer cette première visite de la Première Dame depuis son marital mandat présidentiel.

Itou, quelques précieuses décolorées tout droit venues de la Capitale et quelques glorieuses épouses ministérielles étaient-elles à leur place de dames de compagnie, même si certaines absences en ce domaine politico-matrimonial ont été remarquées et commentées comme il se doit. Enfin, l’impressionnant, et souvent envahissant, dispositif policier et militaire dépêché de la Capital et déployé dans toute la ville, était parfaitement à sa place, démontrant par son ampleur qu’il y a comme un malaise entre des citoyens spoliés et un régime spoliateur s’estimant menacé par ceux-là mêmes qu’il spolie. Le fait que la Première Dame se sente menacée au point d’imposer une présence militaire aussi indécente est en soi révélateur des véritables intentions politiciennes de sa visite.

Car tous les autres qui n’avaient pas à être là, s’étant le plus souvent déplacés de la Capitale des jours auparavant, ont témoigné par leur présence de tous les dysfonctionnements institutionnels de la fausse Démocratie à la djiboutienne. En effet, que penser de ces hauts responsables de l’administration, tel ce quinquagénaire plus proche de la retraite que de la promotion, vu béat à la télévision, pourtant pas affecté à l’UNFD, mais ayant le plus légalement du monde déserté ses bureaux djiboutois pour tenir sa place au milieu de cette cour en déplacement ?

Comme si, c’est vraiment méchant, la Première Dame avait son mot à dire en matière de promotion individuelle, alors que les textes régissant la Fonction Publique sont là ! Et quel respect accorder à ces mal-élus de la région, se croyant obligés de jouer aux Panurge subtropicaux, transformant leur parentèle en troupeaux présentés à une acheteuse, et pour cause : sans allégeance, point de projet de développement, explique-t-on cyniquement à ces populations durement touchées par le conflit.

Toutefois, la palme de la sincérité ridicule (ou du ridicule sincère, selon la perspective retenue car d’autres pourraient tout aussi bien trouver étrange que la Première Dame s’estime habilitée à recevoir ces doléances), c’est lorsque des représentantes féminines de la région poussent la dévotion jusqu’à faire état des doléances qu’elles ont transmises à la Première Dame, Présidente de l’UNFD, relativement aux (dramatiques) conditions d’existence qui prévalent dans leur région et aux (énormes) besoins que l’Etat devrait satisfaire en matière d’infrastructures publiques.

C’est encore à se demander à quoi peuvent bien servir les déplacements de son Président de mari que, par dépit, certains n’hésitent plus à appeler « spécialiste de la première pierre » (en référence à sa première pierre sans lendemain devant inaugurer la reconstruction d’Obock). C’est comme si le Chef de l’État ne servait à pas grand-chose dans ce domaine. C’est aussi à se demander à quoi peuvent bien servir les ministères concernés (Agriculture, Education, Santé, etc) ou leurs services techniques déconcentrés si les habitants des régions abandonnées doivent attendre l’improbable visite quinquennale de l’épouse du Président de la République pour qu’un petit écho circonstanciel soit accordé à leur immense détresse ?

C’est comme si l’ensemble du gouvernement était incorrigiblement défaillant et, n’eût été l’omniscience et l’omnipotence de la Première Dame, son inaction aurait irrémédiablement nui à la réélection de son Chef.

Car voilà l’essentiel, la Première Dame ne cachait pas ses prétentions : reconduire le mandat de son mari lors de la prochaine présidentielle de 2005. en attendant, les femmes de Tadjourah n’ont absolument pas été convaincues par leur prestation : pas plus que le Chef de l’État, elle n’a rien proposé de sérieux.


Soudan : enfin la Paix !

Le plus vaste État d’Afrique partageant ses frontières avec plusieurs pays vient de mettre fin à une longue et meurtrière guerre civile. L’ARD se félicite de cette paix annoncée et salue le rôle prépondérant et positif qu’ont joué les États-unis pour son avènement. Après deux décennies de guerres et de famines, le Soudan, nouveau géant pacifique pointe à l’horizon : Motif de fierté pour la région Est-Africaine et le monde Arabe.


Cette guerre civile qui semblait interminable opposait le pouvoir central situé au Nord et exclusivement arabo-musulman à un Sud chrétien et animiste représenté par le SPLA (Sudan’s People Liberation Army). L’IGAD ainsi que l’OUA et la Ligue Arabe ont échoué dans leurs multiples tentatives de réconcilier les frères ennemis. Il faut reconnaître à leur décharge que la dérive islamiste qu’a connu ce pays sous Tourabi avait compliqué la tâche des différents médiateurs. Même si les islamistes y restent influents, depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire, le Soudan a heureusement cessé d’être le repaire des agitateurs islamistes du globe qui y trouvaient asile, protection et conseil.

Ce pays avait accueilli le premier congrès islamiste et abrité un temps Ben Laden et sa légion étrangère. Le temps où ses dirigeants prétendaient diriger et exporter la révolution islamiste est désormais révolu. Heureusement ! Car cette prétention menaçait la stabilité régionale et l’indispensable unité de ce pays. L’Égypte, l’Éthiopie et l’Érythrée en avaient pâti, qui accueillaient à leur tour ses opposants armés ou pacifiques, ce qui entraînait toute la région dans une spirale de conflits.

Le pragmatisme du Président soudanais Omar Hassan El-Bechir depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir a donné ses fruits en pacifiant les luttes politiques dans son pays et en normalisant ses relations avec ses voisins. C’est donc à lui et à John Garang que revient principalement le mérite de mettre fin à cette guerre civile qui aura fait plus d’un million de victimes. Ces pourparlers engagés depuis deux ans ont abouti grâce à la constante pression exercée par les Américains sur les belligérants.

Félicitons-les, en espérant qu’ils exerceront une égale pression pour une solution négociée dans le conflit qui déchire le Proche-Orient. S’il est vrai que le Président soudanais a constamment manifesté une volonté d’ouverture et notamment en novembre 1999 en marge des travaux du sommet de l’IGAD tenu à Djibouti, rappelons à notre confrère « La Nation », qu’il vaut mieux comparer ce qui peut l’être. Car à l’époque où Guelleh « parrainait » la rencontre entre Sadek El-Mahdi (qui, rappelons-le, est un oposant en exil et accessoirement parent par alliance du Président Béchir) et Hassan El-Bechir, Djibouti vivait encore le conflit civil, ce qui terni l’image de conciliateur qu’il prétendait donner.

D’autre part, si le conflit armé a cessé à Djibouti en 2000, il perdure sous forme d’impasse politique faute d’application des accords. de plus, cette rencontre de Djibouti n’a en aucun cas influé sur la récente paix au Sud-Soudan. Enfin, à la différence de Guelleh, El-Bechir concrétise en actes sa volonté d’ouverture. Souhaitons aux frères soudanais réconciliés une vie en commun harmonieuse par le respect des engagements écrits qui fait défaut chez nous. Ce pays a en effet grandement besoin d’une paix juste et durable afin de se consacrer au développement de toutes ses régions.

Pour cela, il dispose de multiples atouts agricoles énergétiques et miniers. Traversé sur toute son étendue par le plus long fleuve d’Afrique, le Nil, il deviendra ainsi le grenier du Monde Arabe. Son avenir est donc prometteur tant son potentiel énergétique est impressionnant. Puissance pétrolière montante, le Soudan compte édifier également des barrages hydroélectriques importants et ainsi décupler la surface des ses terres cultivables estimées à plusieurs millions d’hectares.

Les multiples projets de développement longtemps entravées par la guerre dans le sud du pays pourront désormais démarrer.

Seule petite ombre au tableau, la poursuite d’une guérilla larvée dans la région du Darfour à l’ouest reste un sujet d’inquiétude pour le pouvoir de Khartoum. La pacification effective du Sud permettra certainement de résorber ces poches de conflit ne menaçant pas durablement la cohésion nationale. Après l’Angola, la République Démocratique du Congo et le Burundi, l’espoir d’une paix définitive dans le plus grand pays d’Afrique s’annonce déterminant pour l’avenir de notre continent. Puisse la paix au Soudan sonner le début d’une nouvelle ère pour toute notre région qui n’a que trop souffert des conflits fratricides.

 

Le droit du Djiboutien : broute et tais-toi !

Bouche pleine et silence citoyen

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette célèbre formule vaut également dans un domaine typiquement régional et profondément djiboutien : la distribution du khat aux fins de propagande partisane permanente. Ainsi, par un miracle toujours recommencé, un régime incapable de subvenir aux besoins essentiels de ses concitoyens trouve les moyens financiers de généreusement offrir des centaines de sacs de khat aux populations courtisées le temps d’une campagne électorale… même si elle commence très tôt. C’est bien connu : les régimes illégitimes espèrent toujours que des citoyens occupés à mâcher n’auront pas le temps de réfléchir. Pourtant, le développement durable attendu par notre peuple ne devrait pas passer par khat-chemins !

Marx avait tort, peut-être parce qu’il ne possédait aucune donnée anthropologique relative aux us et coutumes masticatoires dans la Corne de l’Afrique : le véritable opium du peuple, ce n’est pas la religion. Bien au contraire, et en dépit de ce que peuvent en penser les nouveaux théoriciens de la lutte antiterroriste, l’Islam est une théologie de la révolution à usage avant tout interne.

Le Djihad, ce n’est pas l’exportation de la violence politique : le véritable musulman est celui qui veille à ce que le régime politique auquel il obéit agit conformément à la morale dominante. Non, le véritable opium du peuple, c’est le khat. Pour s’en convaincre, il suffit de mesurer l’absence de toute politique publique visant à en réduire la consommation. C’est simple, il n’y en a pas, et ce n’est pas un hasard si, à Djibouti, les études scientifiques relatives aux effets néfastes de la consommation du khat (du point de vue de la santé publique comme de ses incidences socioéconomiques) ont pour la plupart été réalisées avant l’Indépendance. Non pas que la puissance coloniale (ou plutôt son administration locale) ne s’en soit pas servie pour asseoir son dispositif clientéliste.

Non pas que le Parti unique n’ait pas institué le khat en instrument de persuasion, en carotte verte pour ainsi dire, masquant le bâton, tel un gant de velours pour une main de fer. Au moins, rétorquera-t-on, l’ancien Président de la République n’était pas lui-même consommateur de khat.

Mais, force est d’admettre que depuis 1999, l’usage politique de la consommation du khat s’est systématisé et a pris les dimensions d’une entreprise d’Etat. Ceci expliquant parfois cela, reconnaissons comme circonstance atténuante que l’actuel Chef de l’Etat, lui-même adepte de cette pratique masticatoire (il paraît que cela favorise la concentration et l’effervescence intellectuelles ) tient à ce que ses compatriotes partagent la même extase khatique que lui.

Plus sérieusement, chacun constate à quel point la distribution gratuite de khat par le régime (les divers milieux présidentiels en quête de quelque promotion ministérielle ou roulant tout simplement pour leur grand patron) est aujourd’hui devenue une pratique systématique au bénéfice de certaines régions du pays, Nord et Sud-Ouest essentiellement, si l’on peut employer une telle incongruité quand on considère par ailleurs la misère matérielle qui leur est imposée par la mauvaise gouvernance et le favoritisme. Pourquoi cette sollicitude ? Quels avantages la consommation du khat procure-t-elle à un régime aussi impopulaire ?

Certes, un des effets du khat, c’est qu’il agit comme coupe-faim ; ce qui n’est pas négligeable vu que le panier de la ménagère a du mal à se remplir, étant donné la cherté du niveau de vie dans un pays dont la dépendance alimentaire est supérieure à 90%, alors que les potentialités agricoles existent réellement. Pire, si le ranch présidentiel du Day répond aux immenses espérances qui sont placées en lui (moyennant quelques centaines de millions FD), c’est bien l’indépendance khatique qui a toutes les « chances » d’être atteinte d’ici peu. Certains prétendront qu’il s’agira d’un pas important sur la voie du développement durable.

En second lieu, conformément à la stratégie offensive du football où il convient de fixer la défense, la posture du consommateur de khat induit une indisponibilité pour toute autre forme d’action, a fortiori politique. L’écrasante majorité de la population djiboutienne ayant succombé à cette drogue, souvent parce qu’aucune autre forme de sociabilité substitutive n’ayant été favorisée par la dictature en place, on conçoit aisément le bénéfice qu’en retire un régime dont les concitoyens, au lieu d’agir pour améliorer leur situation, sont quotidiennement maintenus des heures durant avachis sur des tapis moelleux dans des locaux qui rappellent singulièrement les maisons d’opium d’Orient. Sauf que le khat est nettement moins stigmatisé et ses effets nettement plus tolérés, socialement s’entend.

Dans ses conditions, la consommation de khat, en maintenant les citoyens dans une posture de dépendance multiple (à l’égard de la plante comme de son généreux donateur), ne peut que s’accroître, dans un régime fondant son autorité sur l’institutionnalisation d’une redistribution inégale des richesses nationales.

En attendant de pouvoir compter sur des politiques publiques cohérentes dont chacun pourra bénéficier en fonction de ses potentialités, dans le cadre d’une Démocratie réelle jusqu’aux derniers échelons de la vie locale, il est compréhensible que le citoyen-brouteur succombe parfois au pêché, en acceptant un bakchich vert obtenu sur des deniers publics de toute évidence détournés. Mais les résultats des dernières législatives l’ont clairement démontré : à l’heure de vérité, les citoyens consciencieux savent que ce n’est pas à leur mâchoire de réfléchir à la place de leur conscience. Dans son incompétence pavlovienne, il est inutile d’attendre du régime qu’il accepte enfin de responsabiliser ses concitoyens : ils ne vivent pas pour brouter et ils ne broutent pas pour vivre !


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