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Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

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Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (5)
  4. Bonne gouvernance : posture ou imposture ?
  5. Communiqués de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 50

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

GOULAG PAR CONTUMACE POUR ALHOUMEKANI : L’ARBRE VEUT CACHER LA FÔRET

 

Le propre d’un régime impopulaire, c’est d’imposer aux citoyens ses propres préoccupations, corporatistes pourrait-on dire, souvent bien loin des difficultés quotidiennes du commun des mortels. Le moteur a beau tourner à plein régime, une voiture n’avance pas si sa boîte de vitesse est au point mort. Le matraquage médiatique à propos du procès en diffamation du dénommé Alhoumékani illustre parfaitement cette déconnexion entre citoyens et dirigeants. Accessoirement, ce procès est celui d’un autre procès au sujet duquel, parce que l’affaire est justement en instruction, nous n’avons jamais rien écrit, et n’écrirons encore rien aujourd’hui. Mais ce procès est en vérité un écran mis en scène pour occulter les véritables problèmes politiques auxquels il nous est bien difficile de ne pas le rattacher.

 

Nous n’évoquons qu’incidemment un aspect loufoque de l’argumentaire déployé par la partie civile pour diaboliser l’accusé : il n’a malheureusement pas le privilège d’avoir émis des chèques sans provision. Rappelons en effet qu’après sa réhabilitation, le député Moussa Ahmed Idriss a été lui aussi victime d’une telle indélicatesse commise par l’Assemblée Nationale qui, en guise d’indemnités, a trouvé normal de lui expédier un chèque en bois, pour lequel le Trésor ne lui jusqu’à présent rien versé.

 

En fait, le problème est à deux niveaux.

 

En premier lieu, ce n’est pas souvent que la télévision est invitée à couvrir dans son intégralité le déroulement d’un procès : le privilège médiatique accordé à ce qui n’est officiellement qu’une affaire de diffamation, ne peut nous faire oublier les conditions de « discrétion », pour ne pas parler d’illégalité, qui entourent l’emprisonnement du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, lui aussi accusé d’avoir diffamé. La « transparence » du procès par contumace du sieur Alhoumékani, essentiellement à usage externe (puisque, de toute évidence, l’objet de la diffamation ne constitue pas une préoccupation à Djibouti, ni pour le Peuple, ni pour l’opposition) contraste donc singulièrement avec l’opacité généralisée dans la gestion des affaires politiques. Dans ce souci de transparence de la Justice, et après les prestations remarquées des chefs de la Sécurité et de la Gendarmerie au procès par contumace de M. Mohamed Saleh Alhoumékani, aurons-nous également droit à la retransmission télévisée à travers le magazine « Gros Plan » du procès DAF-Zakaria ? La majorité de nos concitoyens assommés par le matraquage médiatique du procès de l’ « affabulateur » saura gré à qui de droit de l’informer du dossier d’un combattant de la démocratie qu’elle souhaiterait voir libéré : DAF.

 

En second lieu, une telle focalisation sur la mort d’un juge français (même si le journaliste de la RTD se croit obligé de parler d’un « suicide volontaire »), ne peut que légitimement nous inciter à demander des réparations, au moins symboliques, pour les centaines de victimes civiles assassinées par des éléments des forces djiboutiennes de défense et de sécurité. Surtout lorsque l’on se souvient que certaines de ces victimes sans défense ont été sauvagement torturées puis exécutées dans le district d’Obock au lendemain de l’élection présidentielle de 1999. Pas plus que d’autres, nous n’avons entendu parler d’une quelconque enquête diligentée par les galonnés que DAF aurait aujourd’hui diffamés, ni a fortiori par le Chef suprême des Armées, que tel exilé aurait lui aussi diffamé.

 

A travers ce procès, c’est donc cette puérilité du régime qui nous préoccupe : à quelques jours du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est toujours la même fuite en avant qui semble prévaloir. Parce qu’il s’agit d’un crime de lèse-majesté, diffamer est donc plus grave que massacrer à Djibouti.

 

Chaque époque vit avec ses mythologies judiciaires : accusés de sorcellerie, cochons, chiens ou animaux de basse-cour comparaissaient au Moyen-Age devant le tribunal des humains. Faute d’avocat peut-être, ils étaient souvent condamnés.

 

Les procédures et les croyances ayant évolué depuis, les régimes autoritaires trouvent moins inhumains de vouer au Goulag toute conscience réfractaire . Il est vrai que le froid conserve.

 

 


Brèves nationales

 

Hystérie répressive :

 

qui est en charge du dossier DAF ?

 

Alors que notre confrère entame sa troisième semaine de détention dans des conditions inhumaines, le régime continue ses persécutions à son encontre : perquisitions et confiscations illégales. Ce qui ne semblait au départ qu’une intolérable atteinte à la liberté de la presse est devenue, au fil des jours, une affaire politique impliquant tout l’appareil d’Etat et ses instruments de répression.

Les violations du domicile privé de notre ami DAF et du siège de son parti légalisé constituent autant de gestes de défi à l’opposition nationale, dont l’attitude responsable et unitaire déstabilisent le pouvoir aux abois. Soucieuse de ne pas prêter le flanc aux multiples provocations, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) a publié le 30 avril dernier le communiqué dont la teneur suit :

« Très tôt ce matin, la police judiciaire a investi, sans mandat de perquisition, le siège du parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement –M.R.D où elle a interpellé deux membres du parti et emporté un ensemble de matériels sono et de nombreuses cassettes audio. Au même moment, un autre contingent de la police prenait la résidence du Président Daher Ahmed Farah, toujours incarcéré à la prison de Gabode, ou elle a saisi, en toute illégalité, 7 machines à écrire, toutes les archives du journal le Renouveau Djiboutien, trois tampons du parti, un ordinateur et divers accessoires des machines à photocopier.

L’Union pour l’Alternance Démocratique –U.A.D qui considère les agissements du pouvoir comme une grave provocation :

– Réitère l’exigence de la libération immédiate et inconditionnelle du Président de M.R.D, M. Daher Ahmed Farah,

– Exige l’arrêt immédiat de telles procédés arbitraires, qui risquent de créer une situation incontrôlable,

Réclame le retour immédiat des matériels confisqués,

-Demande au Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme une réponse explicative de tels faits,

– Enfin, informe la communauté nationale et internationale sur le non-respect des Droits l’Homme en République de Djibouti. »

L’UAD suit cette affaire avec préoccupation et demande à toute la population de garder son calme pour contrer les manoeuvres de division d’un régime plus condamné que jamais.

Réinsertion :

les démobilisés du FRUD crient leur désespoir

Dans un long courrier qu’ils nous a fait parvenir cette semaine, le secrétaire général de l’Association des Démobilisés du FRUD (ACDF) dénonce la misérable conditions des ex-combattants neuf ans après l’Accord d’Aba’a et malgré le pacte d’alliance avec le RPP. Après avoir rappelé les multiples promesses non tenues par les autorités politiques, il proteste et s’indigne de la différence de traitement entre les démobilisés gouvernementaux et les ex-rebelles du FRUD.

Bien qu’alliés du gouvernement, les dirigeants du FRUD affirme-t-il, n’ont rien fait pour soulager la détresse de leurs camarades oubliés de la réinsertion sociale et condamnés à la misère sociale. C’est l’une des raisons, conclut-il, qui a poussé nombre de ces ex-combattants du FRUD à rejoindre les rangs de l’ARD (UAD) dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits bafoués à une juste réinsertion.

Rappelons que l’Association des Démobilisés du FRUD-armé (ADFA), qui compte 774 membres, reste quant à elle victime de la non-application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qui prévoyait justement une véritable réinsertion sociale pour ses combattants, dont certains totalisent une décennie d’engagement sur le terrain.

Promotion des droits de l’homme :

la philosophie de l’esbroufe s’exporte-t-elle ?

Le journal gouvernemental « La Nation », spécialisée dans l’agenda gouvernemental, n’a décidément rien à se mettre sous la dent en cherchant désespérément à crédibiliser la mauvaise gouvernance.

Ainsi, dans son édition de lundi dernier, le lecteur a droit à un exposé pompeux sur l’Etat de droit et les droits de l’homme à Djibouti.

Sur une pleine page, on peut y lire un long et indigeste discours prononcé à Brazzaville par le ministre-philosophe, au cours d’une conférence « des structures gouvernementales des droits de l’homme dans l’espace francophone ». Brazzaville, capitale du Congo est, soit dit en passant, un haut lieu de la paix et de la démocratie en Afrique.

Les droits de l’homme étant par nature indissociables d’une justice indépendante, nous aurions aimé, après son discours de Brazzaville, connaître la position de notre Garde des Sceaux, chargé des droits de l’homme, sur les persécutions dont sont victimes le Président d’un parti politique légalisé et son organe de presse.

Dans un pays où des clones « syndicalistes» continuent d’être présentés comme des représentants légitimes des travailleurs, de quel pluralisme se réclame un régime étouffant l’émergence d’une véritable société civile indépendante ?

Si le régime djiboutien se dit « fermement engagé à lutter en faveur des droits de l’homme », c’est la preuve qu’ils ne sont toujours pas respectés.

La Lutte continue donc !

Tadjourah :

le retour de l’enfant terrible ?

Mais de quelle nouvelle campagne électorale est encore chargée l’ancienne tête de liste de la mouvance présidentielle, dont les menées dilettantes ont été sanctionnées lors des dernières législatives? Toujours est-il, notre fringant Premier ministre a débarqué timidement jeudi dernier à l’escale de Tadjourah, accompagné des membres de sa « mouvance » et sans les «parlementaires mal élus» de la circonscription de Tadjourah. Ce qui aurait mécontenté certains intrépides qui, par manque de légitimité, auraient bien voulu débarquer dans ses valises.

Ayant pris soin quand même de dépêcher à l’avance et par route un petit comité d’accueil présent ce jour-là à l’arrivée, c’est donc entouré de quelques supporters maison qu’il a fait son entrée non remarquée dans la Ville Blanche.

Avec une certaine appréhension tout de même, car les rabatteurs spécialistes en fausses promesses envoyés sur place quelques jours auparavant n’avaient accompli qu’un maigre travail de sensibilisation.

Parcourant volontiers plusieurs dizaines de mètres à pied à la façon UMP, l’enfant du pays a pu constater l’état de prospérité de sa ville et de ses habitants, surtout depuis l’instauration de l’ère nouvelle qui a vu le renforcement de la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté, chères au Chef de l’Etat.

Ce week-end de travail prévu de longue date et sans cesse repoussé, se voulait avant tout une « reprise de contact » avec la Ville Blanche et sa Jeunesse frondeuse, dans l’espoir de se constituer une petite clientèle locale. Peine perdue !

Dans ses bagages, le chef de file de la « nouvelle génération aux affaires publiques » était censé rapporter quelques propositions alléchantes et beaucoup de promesses réalisables d’ici 2005 et surtout après cette date.

Selon les quelques jeunes triés sur le volet ayant eu l’insigne honneur de l’approcher et de l’écouter, son monologue avait trait au développement régional et comportait deux volets importants : le développement du district de Tadjourah et la promotion de sa jeunesse. Aussi, se serait-il engagé, une fois n’est pas coutume, à réaliser le programme suivant :

– encourager les jeunes chômeurs à créer leur propre entreprise, moyennant une aide financière remboursable de l’Etat de l’ordre de un à 1,5 million FD ;

– régulariser la situation professionnelle des bénévoles employés dans le secteur public ;

– rouvrir prochainement la frontière avec l’Ethiopie au niveau du poste de Bouya (fermé pour des raisons inexpliquées depuis six mois, pénalisant les transporteurs routiers) ;

– renflouer les caisses du Conseil Régional pour un montant de 50 millions FD à partir d’un financement déjà obtenu des Américains ;

– bitumer le tronçon Soudda de l’axe routier Randa-Dorra ;

– recruter des cantonniers (coolies) pour l’entretien des pistes rurales dangereuses ;

– ouvrir un centre d’enseignement professionnel à Tadjourah ;

– construire des logements sociaux dans ce district ;

– favoriser l’accès des entrepreneurs locaux aux futurs marchés publics, etc.etc

Vaste programme donc !

Bien sûr, nous avons volontairement laissé de côté d’autres promesses, démagogiques ou de circonstance, comme nous tairons les questions sensibles posées au Premier ministre et qui n’ont pas obtenu de réponse.

En fin de séance, il été décidé de créer une « commission de suivi » devant se réunir tous les deux mois et forcément composée des membres de sa « mouvance ».

Rendez-vous aurait donc été pris dans deux mois pour « récolter les premiers fruits », selon ses propres termes.

On le voit, notre leader national a des idées plein la tête mais peu de moyens politiques et financiers. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent bien y croire, concédons-lui tout de même qu’un nouveau sentiment volontariste semble l’animer.

Et si jusqu’à présent il n’avait pas réussi à prendre à bras le corps la destinée de son Peuple, c’est qu’il devait sûrement être occupé à « la gestion de vraie problématique ».

Bien qu’étant victimes de son surmenage, en notre qualité de partie cosignataire d’un Accord de Paix violé par son Exécutif, nous compatissons sincèrement, car on nous demande sans cesse d’oublier le passé.

Tant qu’on ne nous demande pas d’oublier l’avenir…

 


 

Le mensonge permanent (5)

5ème partie : Les Dépenses publiques contre le peuple

 

L’étude des dépenses de l’Etat, la semaine passée, démontrait l’incohérence du Budget dans sa répartition entre les différents ministères. Que les bénéficiaires des accroissements budgétaires n’étaient pas les secteurs sociaux, tel que le soutient le gouvernement, mais plutôt les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Que les augmentations des dépenses publiques appelaient des relèvements des impôts qui, loin de couvrir ces besoins, engendrent des déficits budgétaires qui doivent être comblés par des emprunts. C’est justement sur ces dysfonctionnements de la politique économique de l’Etat que porte le présent numéro.


L’accroissement d’année en année des dépenses publiques ne se justifiait nullement par une quelconque amélioration des conditions de vie des citoyens du pays. Bien au contraire, la sécurité du système politique en place reste le souci majeur du gouvernement qui octroie une enveloppe budgétaire de plus de 9 milliards fd soit plus de 37% des dépenses de fonctionnement et d’équipement de l’Etat, aux seuls ministères de l’Intérieur et de la Défense. La largesse de ces dépenses fort élevées s’opère au détriment des ménages les plus faibles matériellement.

Cet état de fait peut encore être mieux apprécié lorsque l’on approche la classification des ministères en fonction de la part du budget allouée. La Santé, secteur social clé, vient seulement en 5ème position après la Défense, l’Intérieur et le ministère des Finances et de l’Economie. Bien entendu l’Education vient en premier pour la simple raison que ses dotations proviennent essentiellement des dons et aides des pays amis ou des institutions internationales. D’autres ministères du ressort du Social, notamment celui de l’Emploi et de la Solidarité, celui de l’Agriculture et l’Elevage comme celui de la Jeunesse et Sports, pour ne citer que ceux-là, totalisent moins de 7% du Budget.

Cette situation n’est pas sans risque. La confrontation des ressources (propres ou pas) et des emplois résumée dans le tableau ci-dessous pourra éclairer les lecteurs sur la bonne ou mauvaise utilisation des deniers publics. Ces derniers étant toujours orientés au détriment des plus faibles revenus.

Mais, en avant-propos rappelons que la croissance des dépenses publiques bénéficie essentiellement à des secteurs qui ne contribuent pas, a fortiori, à un rehaussement du Revenu global et, naturellement, de la Consommation globale. Par contre, cette gestion des derniers publics entraîne une perversion de la politique économique du pays dont la Dette, subordonnée aux dépenses exorbitantes de la Sécurité entre autres, devient un fardeau désormais insupportable pour les contribuables.

L’analyse des données budgétaires de 2001, 2002 et 2003 confirme, on ne peut être plus clair, que le montant absolu des impôts est fixé sur la base des dépenses programmées, politique dirigiste oblige, et non sur celle du Revenu global. Ces dépenses reposent sur une politique qui a pour effet de prélever une partie des revenus de certaines catégories sociales pour les redistribuer à d’autres groupes, dont la propension marginale à consommer est très faible jusqu’à atténuer la Consommation globale de l’ensemble de la communauté nationale. Ces ponctions par l’impôt sur les traitements et salaires des ménages faiblement rémunérés, pèsent sur le revenu national qui se trouve renforcé d’année en année pour toujours grossir encore le rang des pauvres. Rappelons à toutes fins utiles que l’Impôt sur les traitements et salaires intervient à hauteur de 4,7 milliards fd, soit 45% des Impôts directs et 19% des ressources propres de l’Etat dans le Budget de l’exercice en cours.

Malgré cette évidence dramatique, puisque paupérisant les masses laborieuses, le gouvernement, depuis des années, n’a pas voulu remédier à cette situation de détresse nationale par l’application d’une thérapie économique fiable. Pourtant, chose encore plus choquante, il reconnaît dans sa synthèse issue du séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale, en février 2002, soit un peu plus d’un an, ce qui suit :

– l’appauvrissement intolérable de la population dont 45% sont pauvres et 10% incapables de se procurer la ration calorique minimale ;

– le chômage endémique qui frappe 52,5% des hommes et 66,5% des femmes ;

– la détérioration des capacités de gestion de l’Etat, le plus important agent économique, d’où l’accroissement de la crise dans l’ensemble du système économique et social, conséquence de l’absence du sens des responsabilités du pouvoir politique miné par le favoritisme, le clientélisme, la corruption à grandes échelles, le tribalisme, etc… ;

– les ressources fiscales de l’exercice 2000 qui fléchissent de plus de 3,4 milliards fd et les droits indirects en diminution de près de 2 milliards fd ;

– le niveau des dépenses publiques très préoccupant, conduisant à une situation de délabrement des services de l’Etat ;

– l’importance des effectifs et les ponctions fiscales qui ont généré une baisse de 60% à 70% du niveau de vie des agents de l’Etat ;

– enfin, la ruine des caisses de retraite et l’accumulation des arriérés des salaires des fonctionnaires.

Cette situation, née de la politique tant économique que sociale du gouvernement, est la conséquence de l’accroissement de la pauvreté frappant principalement les couches les plus vulnérables de la population nationale. Néanmoins, ces constats amers démontrent l’échec de la politique gouvernementale, qui navigue entre des «scénarios souhaitables » pour sortir de cette impasse voulue et entretenue par lui-même. Lesquels scénarios aboutissent à une conclusion résumée dans un tableau dénommé « Scénario tendanciel de l’économie nationale » dont les résultats projetés affichent une situation de déficits successifs entre 2000 et 2004. Un léger excédent pourrait être visible, seulement, en 2006 avec un produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,9%. Ce bilan plus que déplorable d’un gouvernement en manque d’imagination est en totale contradiction avec les budgets successifs, votés par une Assemblée Nationale aussi irresponsable, dans le rôle qui lui est dévolu, qu’improductive.

Le miracle ne se produit pas dans une économie où l’Etat dépense plus qu’il ne gagne. Le gouvernement djiboutien vit au-dessus des moyens mis à sa disposition par les contribuables, les Etats Etrangers et les Institutions Internationales.

Aide-toi, le ciel t’aidera… Alors qu’en 2001 le Ministère des Finances et de l’Economie avait budgétisé des recettes de 38,2 milliards fd, les comptes définitifs, arrêtés en 2002, ont dégagé 31 milliards fd seulement. Cette énorme différence représentant 19% (7,2 milliards fd), le gouvernement semble justifier que les recettes attendues, pourtant déficitaires, dépasseraient les dépenses de l’Etat pour dégager un Excédent budgétaire de près d’un milliard fd. Que dire donc du Budget 2003 tablant sur des rentrées de 41,2 milliards fd, en accroissement de 33% par rapport aux réalisations de 2001 ? Une folie lourde de conséquences ! Cette situation ruineuse n’atténuant en rien les conclusions négatives tirées des actions gouvernementales de l’année dernière.

La pauvreté ira davantage en exponentiel en raison des ponctions fiscales en augmentation constante, au seul profit de secteurs voraces et improductifs pour la Nation : LA SECURITE DU POUVOIR DEVIENT L’INSECURITE ALIMENTAIRE DU PEUPLE.

Entre la parole et les actes il y a un énorme fossé. La part des recettes supportées par les contribuables djiboutiens, bien que représentant plus de 26 milliards fd, n’améliore en rien leur bien-être, celle provenant des dons et prêts participerait seulement à soulager leurs conditions.

Les dépenses de l’Etat ne peuvent être couvertes par les recettes propres. Il apparait que les recettes budgétaires financent seulement les dépenses publiques en personnel et en matériels. D’où l’accumulation des déficits budgétaires que couvrent les intérêts et prêts financiers ( 1,2% du Budget) consécutifs aux emprunts destinés à compenser les pertes : il n’existe donc aucun budget national excédentaire. A suivre...

 

 


Bonne gouvernance : posture ou imposture ?

 

Nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer sur ce sujet. Non pas sur la mauvaise gouvernance que nous épinglons sans passion dans nos colonnes chaque semaine mais aussi sur le United Nations Development Assistance Funds. A travers le regard vigilant (qui, quoique partisan, se veut enrichissant) de notre journal,le propos des lignes qui suivent vise à aider, sans esprit polémique, le Système des Nations Unies (S.N.U) assurer un « bon suivi des conditions de mise en œuvre de l’UNDAF » de façon à lui permettre de bien évaluer l’ « impact final des résultats attendus sur les bénéficiaires »….

 


 

Le S.N.U est obligé de coopérer avec l’Etat et ses représentants officiels, tout comme d’ailleurs les traditionnels bailleurs de fonds impliqués dans la coopération pour le développement à Djibouti, ce qui est courant et normal et nous n’y trouvons rien à redire.

Le S.N.U, sans grand succès dans l’impulsion du développement durable chez nous, colmate bon an mal an, les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos décideurs politiques. C’est de notre point de vue et en l’état actuel de sa collaboration avec notre pays, un palliatif utile ! Sans plus ! Empressons nous de préciser que n’est pas mise en cause sa bonne volonté !

Signée en grandes pompes médiatiques la semaine dernière cette « véritable charte pour l’action commune en faveur du développement humain à Djibouti » est censée structurer un plan quinquennal de développement. Fort bien ! Et « dans cette perspective, ce plan-cadre se concentrera sur quatre axes majeurs :

– Allègement de la pauvreté et promotion du développement social,

– Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains,

– Promotion de la santé durable et lutte contre l’expansion du VIH /SIDA et autres maladies transmissibles

– Préservation des ressources en eau et rationalisation de leur utilisation

Déjà paraphé en juillet 2002, le document officiel que nous analysons ici ne fait pas état du volume d’aide octroyé à ces axes majeurs, il y est tout juste fait mention de l’origine des financements(PNUD , FAO, FMI, PNUE, OMS, PAM, BM…concernant les agences spécialisées des N.U et sans doute quelques concours d’Etats dans le cadre bilatéral) sans précisions sur la nature de l’aide : dons et/ou prêts ? Peu importe !

A la page une d’un document en comportant 47 et consacré à un avant-propos truffé de vraies fausses assertions, on peut lire « qu’au plan interne, la République de Djibouti qui est, depuis 1996 sous un programme d’ajustement structurel renforcé visant à assainir la situation financière et économique intérieure, est déterminée à mener à bien le processus de réformes économiques et institutionnelles recommandées par les institutions de Bretton Woods ». Le Gouvernement a entamé en 2000, la formulation du « document stratégique de réduction de la pauvreté » principal document de référence des bailleurs de fonds, dont la finalisation est prévue pour la fin 2002. »

Nous sommes en 2003 et nous vous prouverons, documents officiels à l’appui dans une prochaine édition, que non seulement ce programme n’a pas été finalisé à la fin de l’année précédente mais qu’il est quasiment resté au stade de la simple formulation d’un vœu pieux. Mais il y a plus grave.

Car on apprend qu’ « au niveau politique, le gouvernement entend poursuivre la consolidation de l’Accord de paix conclu avec l’ex-rébellion du Frud, par la mise en œuvre des termes négociés, dont le principal élément demeure la mise en place d’une décentralisation progressive, qui a déjà fait l’objet d’une loi votée par l’Assemblée Nationale ».

D’abord de quel Frud s’agit-il ? Il ne saurait s’agir du Frud-armé dont l’ARD et « Réalité » en sont la continuité et le porte voix ! Pour une raison très simple : le 12 mai, le Système des Nations Unis était présent lors de la cérémonie de signature de l’Accord de paix définitive, dont il a obtenu copie, y était annexé le texte de loi sur la décentralisation.

Après que le gouvernement l’ait adopté tel que convenu, d’accord parties, l’assemblée nationale l’a totalement et illégalement dénaturé et vidé de sa substance. Ce n’est donc pas le texte signé avec le Frud-armé qui a fait l’objet d’une « loi votée par l’assemblée nationale ».

Il s’agit donc vraisemblablement du Frud qui a signé les accords d’Aba’a dont la poignée de députés a signé comme un seul homme, sauf un seul, cet attentat contre la décentralisation. Auquel cas qu’on nous permette d’observer qu’en près de deux législatures 1992-1997, 1997-2002, la progression de la mise en place de la décentralisation, huit ans après les Accords est pour ainsi dire au point mort pour être prétendue poursuivie aujourd’hui.

La création par décret de quatre conseils régionaux dotés chacun de 50 millions de FD par an et qui n’ont à ce jour fait aucun compte rendu financier public de l’usage de ces fonds, est-ce cela une décentralisation à encourager ? Surtout, quand tout le monde (le Système des Nations-Unis compris) sait que les commissaires sont encore à ce jour nommés par le pouvoir central en fonction de leur obédience au parti au pouvoir et président à ce titre le Conseil Régional.

Ce n’est pas cela une décentralisation « considérée comme la base d’un développement économique des régions, tout en permettant la participation de la population à la gestion locale ».

Nous reviendrons en temps utile sur le volet concernant l’allègement de la pauvreté et la promotion du développement social à travers une analyse des budgets de l’Etat.

S’agissant de la « promotion de la santé durable et de la lutte contre l’expansion du VIH/SIDA et autres maladies transmissibles », dédouanons d’emblée les praticiens de la Santé qui malgré les très faibles moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics mènent une lutte quotidienne contre les maladies qu’elles soient transmissibles ou pas.

Dans le budget 2003, il est écrit : « en dépit des contraintes liées à l’application d’un système de gestion des finances publiques basé sur un plan de trésorerie où il s’agit de mettre en adéquation les recettes et les dépenses, le budget 2003 reflète les efforts consentis par le gouvernement pour développer les secteurs sociaux ». Dans la présentation du même budget, on apprend que le gouvernement compte consacrer près de 1,7 milliard de nos francs en Investissements… grâce aux ressources extérieures, en provenance de divers bailleurs de fonds : BAD, FIDES, IDA, BID…

S’agissant de l’eau « considérée comme le secteur prioritaire », elle bénéficiera…d’un don Japonais d’un milliard fd.

Quant à la Santé, on nous affirme « qu’afin d’accroître la capacité de l’Hôpital Peltier, la construction d’un pavillon et d’un centre d’épuration est prévue »…grâce à un don de la France.

Que Dons et Prêts soient affectés aux secteurs sociaux n’est pas en soi une mauvaise chose. Vous aurez compris que ce que nous réfutons, c’est le mensonge qui consiste à faire passer pour prioritaires des soucis qui en réalité et en pourcentages ne le sont pas ou si peu.

Car sont considérés comme prioritaires, les secteurs sociaux pour lesquels en pourcentage sont mobilisées les ressources propres. Dons éventuels et Prêts ne servant que d’appui infra….ou structurels. A ce sujet, il est piquant de constater dans les débats à l’Assemblée Nationale que les députés qui ont hier voté comme un seul homme la portion congrue affectée au ministère de la Santé, accablent celui chargé de l’exécuter. Pour le remplacer ? Non pas que ce dernier soit exempt de critique dans l’exécution de ce budget, mais nos « souverains » dépités, parce que les moins bien placés pour lui jeter la pierre, seraient plus inspirés à d’abord se livrer à une introspection.

« Le secteur de la communication se trouve quant à lui confronté à un certain nombre de faiblesses institutionnelles susceptibles de freiner son épanouissement parmi lesquelles on peut citer : l’absence de statut juridique réglementant les professions liées à la communication ; manque d’une stratégie visant à encourager davantage la presse plurielle ; difficultés financières liées à l’étroitesse du marché et à l’inexistence de structures et de mécanisme de financement « nous partageons ce constat sans complaisance ».

Plus loin p.11 « La République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des Droits de l’Homme ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981)… cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste dans certains cas difficiles, faute de cadre institutionnel et de mécanismes de suivi appropriés. Ceci donne un caractère quelques fois formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le Droit positif djiboutien ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous reprochons chaque semaine dans nos colonnes au gouvernement. Ne lui en déplaise, réellement (crûment) exprimé cela signifie en clair que le fait de ne pas se conformer aux conventions ratifiées, et de ne pas appliquer les lois et règlements qu’il édicte, d’ignorer les engagements écrits, manquer à la parole donnée, traduit non seulement une mauvaise volonté, mais aussi et surtout un mépris du Droit par le recours systématique et la primauté accordée à la force brute ! Qui règne par l’épée… !

Le monde libre a commémoré il y a quelques jours, la Journée Internationale de la Liberté de la Presse à juste titre considéré l’UNDAF comme un indicateur de la bonne gouvernance.

En cédant à un jeu de mot facile, que le Système des Nations-Unis nous pardonne une bienveillante interpellation « What about UNDAF ? ».

 

 


 

Communiqués de l’UAD

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COMMUNIQUE DE L’UAD

MEETING DE l’UAD A L’AVENUE NASSER

 

A l’occasion du 2ème anniversaire de l’Accord de Paix Définitive, l’Union pour l’Alternance Démocratique appelle ses militants et sympathisants à venir nombreux lundi 12 mai 2003 à partir de 15 heures, assister à son meeting unitaire d’information à l’Avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

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Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (4)
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Nécrologie
  6. La face immuable du pouvoir

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 49

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

1ER MAI DJIBOUTIEN : LA DÉFAITE DU TRAVAIL

 

Dans notre éditorial de l’an dernier consacré à cette occasion, nous écrivions, à la faveur d’une timide ouverture syndicale de la part du régime, que cette flamme devait à présent devenir lumière. Force est malheureusement de constater que sous nos cieux, le monde du travail a peu à fêter et beaucoup à revendiquer.

 

Sans même évoquer les dysfonctionnements de l’Ecole, dont l’inadéquation avec le marché du travail a été largement démontrée par les professionnels eux-mêmes, les chances d’obtenir un emploi se réduisent de plus en plus. Ce n’est pas un hasard si aucune statistique officielle n’est disponible sur le chômage qui frappe près de 75% des jeunes : il y a des réalités qu’un gouvernement paresseux est obligé de cacher.

 

Pour les privilégiés qui arrivent à se faire une place, ils ne sont pas logés à la même enseigne selon qu’il s’agit du privé ou du public. Dans le premier cas, les travailleurs ont au moins une consolation : c’est que, toutes proportions gardées, ils y sont moins exploités. En effet, sauf problème de trésorerie parfois inhérent au risque de l’entreprise privée dans le contexte qui est le nôtre, l’employeur respecte le contrat de travail au sens où les salaires sont normalement versés à la fin de chaque mois et où l’avancement n’est pas gelé. Car, dans le second cas, c’est peu dire que l’employeur, l’Etat, viole allègrement ses obligations à l’égard de ses agents.

 

Il s’agit des retards de salaire qu’aucun état de guerre ne justifie plus. Une réaffectation rationnelle des dépenses publiques, fondée sur une priorité accordée à la relance par la consommation, donc par le renforcement du pouvoir d’achat des ménages, aurait normalement incité tout gouvernement responsable et soucieux du bien-être social à résorber cette dette intérieure qui obère durablement l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Pourtant l’impôt « patriotique » perdure sous une autre forme, ponctionnant sans raison sérieuse le faible revenu des ménages dans un pays tributaire de l’extérieur à 99%.

 

Il s’agit aussi, si les agents de l’Etat nourrissaient des velléités revendicatrices pour être restaurés dans leurs droits fondamentaux, de la situation dramatique dans laquelle se trouve le syndicalisme djiboutien. Quand on sait qu’il existe au ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale une ligne budgétaire officiellement affectée à un « Service des Libertés Syndicales », la parodie prêterait à sourire si n’étaient en jeu la situation personnelle de tous les syndicalistes abusivement licenciés pour fait de grève (qui, rappelons-le, attendent encore leur réintégration et leur indemnisation) et la situation collective d’un syndicalisme libre, seul garant de la protection des travailleurs contre toutes les formes d’abus ou d’exploitation. Or, la plus intolérable exploitation, c’est celle dont sont victimes tous les agents de l’Etat, par les traitements non versés comme par le gel des avancements. Pourtant, la récente manne financière consécutive au regain du terrorisme international, pour peu qu’elle soit utilisée dans la transparence et affectée dans le sens des urgences, pourrait permettre au gouvernement de verser tous les salaires en souffrance et même de procéder, après onze années de sacrifices imposés, au déblocage des avancements dans la fonction publique.

 

Enfin, il est malheureusement logique qu’à des conditions de travail bafouées fassent écho des droits réduits à la retraite. Les intentions du régime en matière de retraite n’augurent guère de lendemains sereins. On l’aura compris : si le régime s’autorise tous ces abus, c’est parce qu’il a préalablement étouffé toute expression syndicale indépendante. C’est aussi, accessoirement, parce que les multiples fraudes électorales lui permettent de contourner le verdict des urnes qui ne peut pas ne pas sanctionner une telle gestion irresponsable, oppressante.

 

Dans ces conditions, bien qu’il nous soit difficile de ne pas souhaiter « Bon 1er mai à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs du pays », il s’agit surtout de prendre conscience du long chemin à parcourir avant que cette journée soit fêtée dans l’environnement politique, économique, social et surtout syndical lui donnant sa véritable dimension.

 

 


Brèves nationales

Coupures d’eau :

le coupable identifié ?

On connaît la boutade de la BBC à propos du fatalisme des Djiboutiens : ils se contentent de dire « Ohh ! » quand il y a coupure d’électricité et « Ahh ! » quand le courant revient.

Pour démentir cette caricature, par pur civisme, nous nous sommes penchés sur les récentes autant qu’intempestives coupures d’eau qui ont frappé la Capitale : à qui la faute ? Est-ce un déficit de gestion du matériel ?

Un premier élement de réponse est fourni par… le Chef de l’Etat en personne. En effet, l’on se souvient qu’à l’occasion de l’inauguration de la fontaine publique du Day, le Président de la République avait tenu à féliciter le Directeur de l’ONED qui, selon lui, s’est tellement engagé dans la réalisation de ce projet, « n’a fait que cela depuis douze mois faisant des va et vient entre la Capitale et le Day ».

En toute logique, il en aurait donc négligé le reste de ses énormes charges dont, entre autres, le suivi de la situation hydraulique à Djibouti-ville.

Accessoirement, on aurait pu se demander, toute responsabilité étant par ailleurs partagée, au terme de quelle séance son Conseil d’administation lui a donné le feu vert pour s’investir personnellement et pour investir financièrement dans le projet d’adduction d’eau du Day.

Le régime vaccine

contre l’opposition

Selon des témoignages concordants, les sympathisants de l’UAD seraient actuellement victimes de nombreuses discriminations sur le marché du travail.

Ainsi, la dernière campagne de vaccination qui vient de s’achever dans les districts du Nord, a été pour la mouvance présidentielle l’occasion d’une vengeance aveugle contre les vaccinateurs temporaires auxquels le ministère de la Santé fait appel en de telles circonstances.

Habituellement recrutés en raison de leur expérience, une dizaine de ces jeunes militants de l’UAD ont été tout simplement rayés de la liste des recrutés, malgré la bonne volonté des responsables de la Santé, et remplacés par des militants RPP sans aucune expérience en matière de vaccination.

D’autre part, les membres du syndicat des transporteurs routiers du District de Tadjourah, déjà largement pénalisés par la fermeture de la frontière éthiopienne à Bouya depuis plusieurs mois, n’ont pas non plus été épargnés par cette discrimination. Ainsi, les services en charge de cette campagne de vaccination n’ont pas pu, sur insistance expresse d’en haut lieu, attribuer ce marché temporaire du transport du matériel et des vaccinateurs à trois véhicules pourtant en très bon état de fonctionnement. Leur tort : ils avaient été loués par le représentant de l’UAD lors de la campagne électorale.

Il s’agit des véhicules tout-terrain immatriculés 719D33, 915D40 et 698D41, auxquels le ministère de la Santé faisait pourtant appel auparavent dans le cadre de ses campagnes de vaccination, justement en raison de leur état de marche plus que satisfaisant.

Décidément, la rigueur administrative ne semble pas une vertu appréciée par ce régime plus soucieux de réprimer sur le marché du travail : rappelons que l’ancien Commissaire de la République, Chef du District de Tadjourah, limogé de ce poste depuis peu, avait en son temps refusé de cautionner une telle pratique discriminatoire qui lui avait été suggérée un ponte local du RPP ayant ses entrées à la Primature. Laquelle reste accusée d’avoir instauré cette chasse aux sorcières à l’encontre de la Jeunesse UAD de Tadjourah. Et pour cause…

Immobilisme gouvernemental :

les « députés » inspirent, les ministres expirent

Sous respiration artificielle depuis leur déroute aux dernières législatives, les ministres et « députés » parlementent à l’Assemblée Nationale, dans l’indifférence générale.

Ces douloureuses séances de remue-ménage, pardon ! de remue-méninges, sont comme il se doit, largement retransmises à la télévision.

Après le pompeux séminaire sur l’action gouvernementale de l’an dernier, dont les recommandations sont restées lettre morte, nul ne doute que les actuelles « cogitations » constituent, elles aussi, une nouvelle version de la mystification chère au régime.

Ces parlottes, visiblement inspirées d’en haut lieu pour faire croire que cette législature mal élue existe, seraient un peu plus crédibles si certains thèmes ne restaient pas tabous.

Par exemple, la politique intérieure et les violations des règles démocratiques : quel député mal élu oserait interpeller le Ministre de l’Intérieur sur la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ainsi que sur le sabotage de la loi de Décentralisation ?

Osera-t-on, dans ces faux débats médiatiques, questionner le Ministre de la Communication sur les aspects non appliqués de la loi relative à la liberté de communication, uniquement invoquée par le régime pour réprimer la liberté de la presse, d’opposition bien sûr ?

Quel député, féru d’économie, se permettra-t-il d’interpeller le Ministre des Finances chargé de la Privatisation, sur les conditions de concession au privé de la gestion de certains établissements publics et sur l’opacité qui entoure certaines privatisations réalisées ou prévues ?

Pourquoi le Ministre des Transports et de l’Equipement n’a-t-il pas été interrogé sur l’absence des engins des TP dans les districts du Nord, sur les activités et les recettes du Fonds d’Entretien Routier?

Enfin, quel développement est possible dans les conditions d’enclavement qui étouffent les régions de l’Intérieur ?

Tant que les vrais problèmes n’auront pas été abordés, à commencer par les conditions de légitimité du mandat électif en situation de fraudes massives, nous continuerons à dénoncer l’immobilisme et la régression dont est synonyme ce régime d’inertie et de gaspillage.

Salubrité publique :

de la fumée aux yeux

Mais où est donc passée la Voirie ? Malgré les réunions techniques et autres déclarations d’intention, la Capitale reste l’endroit le plus sale de notre pays.

Les détritus s’amoncellent dangereusement et les colonnes de fumée signalant leur incinération s’élèvent un peu partout. L’odeur âcre et nauséabonde de ces fumées fait désormais partie de l’environnement de notre ville.

Les ministères concernés ne font rien et continuent à discourir dans les salles feutrées et aseptisées sur l’embellissement de la Capitale. Avant d’embellir, il est plus urgent de nettoyer.

Alors que le paludisme fait des ravages dans la population, plutôt que de combattre efficacement ce fléau en distribuant par exemple des moustiquaires comme cela se fait dans beaucoup de pays, le régime préfère inaugurer la journée mondiale contre le paludisme par des banderolles et des réunions philosophiques.

Dixième jour de détention arbitraire pour DAF :

qui a peur du « Renouveau Djiboutien » ?

Une semaine après avoir jeté en prison le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien », le régime s’est permis une énième provocation en procédant à la confiscation illégale de son matériel de publication et d’impression. Le pouvoir aux abois semble à ce point fragilisé qu’il craint même les machines appartenant à notre ami DAF.

Rappelons que l’acharnement contre notre confrère a déjà suscité de multiples protestations dans le monde et ternit encore plus l’image d’un régime très largement discrédité par les récentes fraudes électorales. L’UAD a publié dimanche 27 avril un communiqué le presse suivant à l’attention de l’opinion nationale et internationale :

« Le président du MRD (Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement) et directeur de publication du journal le « Renouveau démocratique » croupit toujours, depuis déjà une semaine, à la sinistre prison centrale de Gabode.

Malgré les permis de communiquer délivrés par le juge d’instruction, le Directeur de la prison n’autorise que la mère du détenu, dépassant ainsi ses prérogatives et bafouant les lois en vigueur en la matière.

En outre, très tôt ce matin, la maison de la mère de Daher Ahmed Farah (DAF) a été fouillée de fond en comble par la police criminelle qui a emporté deux ordinateurs et un scanner et cela sans mandat de perquisition.

L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui regroupe les quatre partis d’opposition s’émeut de la nature de la détention arbitraire du Président Daher Ahmed Farah, notamment le manque de visite, hormis sa mère et la confiscation de la radio et de tout objet d’écriture ;

réitère son exigence sur sa libération immédiate et inconditionnelle comme le stipulent les lois sur la presse, ainsi que la restitution du matériel informatique saisi illégalement ;

informe l’opinion nationale et internationale sur le non-respect des Droits de l’Homme à Djibouti. »

Affaire à suivre…

Réhabilitation :

le bluff continue

Un des volets de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, censé réparer les conséquences du conflit, la réhabilitation des zones affectées, continue d’être saboté par le gouvernement.

La conférence des donateurs devant participer au financement du vaste programme de reconstruction, pourtant prévue par l’Accord de paix, n’est plus à l’ordre du jour.

Dans ces conditions, le projet de reconstruction de toutes les zones affectées par le conflit, financé à hauteur de deux millions d’euros par l’Union Européenne et dont l’exécution a été confiée au PNUD, reste largement insuffisant en nature et en volume.

Pourtant, le régime s’en gargarise en présentant cette aide extérieure comme « la continuité des efforts du gouvernement et de ses partenaires pour la reconstruction et la réhabilitation des zones touchées par le conflit ». De qui se moque-t-on ? 360 millions FD permettent-ils de reconstruire les habitations détruites et pillées dans les trois districts et sur trois ans ?

Loin d’en vouloir à nos partenaires extérieurs obligés de traiter avec le pouvoir établi, nous considérons cependant comme encourageant de voir l’exécution de ce projet confiée à une agence des Nations Unies expérimentée en la matière. Cela démontre que la confiance en ce régime de mauvaise gouvernance a des limites.

Cela nous rassure également sur l’utilisation efficiente du financement accordé par les bailleurs de fonds.

Toutefois, seule une véritable réhabilitation permettra la reconstruction totale des biens détruits et l’indemnisation de milliers de victimes civiles qui vivent dans le dénuement le plus complet.

Quand on sait que le pouvoir s’est permis de financer pour plus d’un demi-milliard de nos francs la construction d’une tribune présidentielle et d’une nouvelle route goudronnée lors du défilé du 25ème anniversaire de l’Indépendance, c’est le comble !

Le régime doit donc comprendre que toute prétendue réhabilitation engagée sans concertation avec l’autre partie signataire, c’est-à-dire nous, constituera une violation de l’Accord de Paix et restera de ce fait insuffisante et sans effet réel sur le développement régional.

Législatives du 10 janvier 2003 :

les mal-élus persistent dans la fuite

Sanctionné pour appartenance à la mouvance présidentielle, et durement désavoué pour cela lors des dernières législatives, le FRUD d’Aba’a, qui ne s’en est toujours pas remis, a récemment tiré, bien qu’à sa façon mais pouvait-il faire autrement, les enseignements de sa déroute électorale. Selon ce mouvement particulièrement soluble dans le RPP, le score revu, corrigé et considérablement augmenté de « 62% » des suffrages que s’attribue l’UMP, resterait insuffisant au regard de ses prétentions.

Toutefois, ce « faible » score s’expliquerait comme l’on s’en doute par la « désaffection de nos populations pour la politique ». Tout cela a un air de déjà entendu.

A en croire ces politiciens apparemment rompus à la langue de bois du régime, les 52% d’abstentionnistes seraient des citoyens certainement partis à la pêche ce jour-là.

Comme les Français au premier tour de la présidentielle de 2002.

Cependant, reconnaît ce même parti qui n’est pas à une contradiction près, les véritables raisons ayant provoqué cette désaffection pour la politique restent : « la pauvreté, le chômage, l’usure du pouvoir,… ».

Pourquoi avoir alors fait alliance avec un pouvoir usé, générateur de chômage et de pauvreté ? Enfin, comment ces idéologues fatigués expliquent-ils que 62% de nos concitoyens ont préféré reconduire un tel gâchis ? En vérité, comme l’appêtit vient en mangeant, l’inspiration politique s’en va en nageant à contre-courant dans des eaux glauques.

Alors qu’ils n’osent même pas se rendre dans les circonscriptions qui les auraient « officiellement élus», voilà que les mal-élus profitent des médias généreusement mis leur disposition par le pouvoir qui les a décrêtés vainqueurs pour montrer qu’ils ont bien appris leur leçon.

Mais surtout pour faire acte d’allégeance dans la perspective de la prochaine présidentielle; ce qui n’étonne personne quoique, comme l’aurait dit un certain Lapalisse, faudrait pouvoir y arriver!

Qui vivra verra…

 


 

Le mensonge permanent (4)

3ème partie : le social est-il réellement une priorité ?

 

Depuis des années, la situation de crise économique est expliquée par le pouvoir tantôt par le fait de la guerre civile tantôt par une conjoncture économique internationale. Or, les différents budgets de l’Etat dénotent cette démarche explicative. Il ressort de sa lecture le manque d’adéquation entre les mesures économiques et leurs multiples retombées.

 


 

Le gouvernement semble dans une impassibilité totale face à cette longue conjoncture, les excuses d’une guerre n’étant plus recevables, celle-ci ayant pris fin dès le 7 février 2000, date la signature de l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile.

La première étude économique du Budget de l’exercice 2003 par notre organe d’information, dans sa partie Recettes, démontrait le manque d’objectivité des décideurs de l’économie nationale. Les changeantes impositions fiscales dirigées vers les modérés salaires engendrant l’amplification simultanée de la pauvreté, la politique « de redressement économique» du régime conduirait inéluctablement à la faillite socio-économique du pays.

En effet, la croissance des recettes à travers les ponctions fiscales dirigistes du système en raison de l’augmentation continue des dépenses publiques non-maitrisées à ce jour, explique la montée d’année en année du Budget prévisionnel présenté par le Ministère de l’Economie et des Finances.

Ce constat mérite de considérer que les pouvoirs publics ont bel et bien conscience des conséquences d’une telle politique économique qui relève de l’arbitraire. Ils savent que la morosité économique n’est pas prioritairement exogène, mais endogène, effet de sa politique délibérée, appliquée sans que des actions préventives, encore moins curatives, soient prises à temps.

Il est dit que l’on ne peut pas empêcher les catastrophes naturelles, mais le fait de les avoir prévues permet de s’en prémunir et de se mettre à l’abri. En ce sens que depuis des années, aucune prévision économique fiable, pour le futur proche (sur deux, voire trois périodes budgétaires), avec une marge d’erreurs très limitée, semble n’avoir été dressée par le Ministère chargé de ce secteur public.

Une politique courageuse et volontariste, face à la conjoncture, suppose des prévisions impliquant, nécessairement, la définition d’une thérapie qui repose soit sur la guérison, une fois le mal arrivé, soit sur la prescription, a priori, d’un traitement capable d’anticiper l’arrivée du mal pour éventuellement le freiner à temps. Ainsi, la thérapie économique dispose de ses propres leviers, comme les multiples possibilités de la politique fiscale sur les importations, celle portant sur les investissements, celle sur une fiscalité appropriée aux différentes ressources de l’Etat ou encore celle, globalement, budgétaire.

Ces actions aussi variées étant absentes, puisque la crise perdure et frappe davantage les maigres revenus, le Budget 2003 commenté ci-dessous, rend le gouvernement responsable de l’inexistence de remèdes, tant curatifs que préventifs, pour asseoir une politique d’assainissement des Finances de l’Etat, acte préalable au fondement d’une politique de développement économique. Le régime ne peut donc espérer un quelconque retournement de la situation de crise que vit le pays ces dix dernières années.

La persistance de l’impôt patriotique, sous une forme différente des anciennes pressions fiscales sur les traitements et les salaires, en plus des trouvailles annuelles autoritaires, particulièrement accentuées sur les travailleuses et travailleurs, prouvent l’inaccessible relèvement d’une demande globale qui est dépendante du revenu ; lequel dicte le volume de la consommation et de l’épargne, piliers d’une croissance économique réellement libérale.

Les dépenses inconsidérées de l’Etat, dont les rétombées négatives sont palpables, justifient à elles seules l’irréalisme du dirigisme budgétaire engraissant seulement une couche de la communauté nationale, au détriment de son économie et de sa population soumises plus que jamais à la mendicité internationale, si rien de fiable et d’honnête n’est entrepris incessament.

En effet, si les pouvoirs publics augmentent leurs dépenses, il est imparable que seules trois solutions s’offrent à lui :

– celle d’augmenter ses dépenses sans toucher aux impôts,

– celle de modifier les recettes sans toucher le montant des dépenses,

– enfin, celle de changer simultanément les dépenses et les recettes.

Or, Djibouti semble opter pour la troisième possibilité, dont les conséquences de sa politique de dépenses publiques tirent leur origine sur un semblant d’équilibre budgétaire.

Face à la croissance accrue des dépenses, une imposition plus importante des contribuables se voit budgétisée, frappant principalement les moins rémunérés.

Cette politique a également des effets pervers sur l’économie puisque la Dette Publique lui est aussi subordonnée. Toute dépense non-couverte par une recette fiscale du même ordre donne lieu à un emprunt, ce qui implique remboursement de la part du contribuable.

De plus, les dépenses publiques n’étant par définition pas génératrices d’un accroissement du Revenu Global de la nation, les augmentations des charges de l’Etat, en personnel comme en matériel, ne se justifient nullement en ce sens qu’elles ne touchent que les Ministères autres que ceus réputés sociaux, la preuve étant donnée par la part alloués aux différents postes budgétaires principalement consommateurs de dotations (intérieures ou extérieures).

« Réalité » livrera sur la base des données de l’Etat la situation réelle des secteurs sociaux dans tous les budgets passés et présents en comparaison aux secteurs « sécurisants » d’un régime sous haute protection.

En plus, en plus de manière par laquelle chaque poste est financé : Budget intérieur, Dons, Emprunts et autres recettes inexpliquées au peuple. Sinon, comment imaginer les secteurs Défense et Intérieur totalisent 23% d’un Budget de plus de 41 Milliards de nos francs alors que la Santé et l’Education n’en bénéficient que de moins de 20%.

Alors, où se situe le souci du régime, en lutte contre la pauvreté ? Sûrement pas en faveur des travailleuses et travailleurs saignés au profit de ses propres protecteurs et de leurs arsenals répressifs.

 

Source : ministère des Finances. Djibouti. 2003

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

La Jeunesse de Tadjourah rejette la politique du ventre

 

Nous avons reçu un courrier de la Jeunesse de Tadjourah, retraçant la detresse économique et sociale dans laquelle se débat sa région. Nous le publions intégralement en la remerciant pour sa contribution à l’information régionale et en l’assurant des constants efforts de l’ARD afin que, par un changement de régime et de méthode de gouvernement, les citoyens délaissés soient restaurés dans leurs droits.


A l’heure où les fonctionnaires originaires de Tadjourah arrivent par petits groupes dans l’espoir de nous retourner et de nous tromper avec les plus plats arguments, nous leur répondons que la réalité crève les yeux sur le terrain. Ainsi, le centre hospitalier de la Ville-Blanche se dégrade sous nos yeux, sans que les pouvoirs publics s’en inquiètent. Dès que l’on approche l’entrée du pavillon où est situé le bureau du médecin-chef, on suffoque à cause de la puanteur dégagée par les déjections des pigeons. Les asthmatiques ne peuvent tenir quelques minutes devant le bureau du médecin-chef. Il faut parfois patienter plusieurs heures pour obtenir une ordonnance destinée à la pharmacie locale.

Les jeunes de Tadjourah sont chômeurs à plus de 90% et ressentent difficilement l’indifférence autant que l’insouciance des autorités locales et gouvernementales. Les malades hospitalisés sont oubliés dans leur souffrance. Cette négligeance est en partie causée par les rivalités opposant le médecin à certains infirmiers doyens, ayant participé au hold-up électoral du 10 janvier 2003. leurs querelles incesssantes nuisent au bon fonctionnement du dispensaire. Aussi, nous pensons que les cadres originaires de Tadjourah seraient mieux inspirés de trouver, avec les autorités politiques qu’ils soutiennent, des solutions aux maux dont souffre notre district. Fuyant la réalité, ils préfèrent tenter de nous soudoyer afin de nous vendre au régime en grande partie responsable de nos malheurs. Dans ces conditions, qu’ils ne doutent pas de notre détermination à lutter aux côtés de l’opposition. Notre appartenance à ce mouvement n’est pas une aventure, c’est une ferme conviction. Nous ne sommes pas prêts à céder aux pressions alimentaires d’un pouvoir qui a confisqué notre victoire électorale.

Nous ne sommes pas près d’oublier le hold-up du 10 janvier 2003 car nous l’avons vécu sur le terrain ce jour-là.

Nous en avons assez des figurants, nous voulons de vrais parlementaires soucieux avant tout des intérêts de leurs électeurs et non inféodés au pouvoir autocratique d’un seul homme.

La décentralisation telle que négociée et signée avec le FRUD-armé reste notre grand espoir. Elle seule permettra un véritable développement de notre région dont les potentialités restent immenses.

 

 


 

Nécrologie

Nous avons appris avec tristesse le décès de Madame Maryami Ahmed Issé, survenu à Tadjourah le samedi 26 avril 2003. la défunte, âgée de 80 ans, était la mère de notre compagnon Kabbo Idriss.

Elle laisse de nombreux enfants et petits-enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute sa famille.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel

 

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.

 

 


 

La face immuable du pouvoir

Il faudrait tout un numéro spécial pour énumérer les multiples entraves aux libertés publiques chez nous. Nous ne le ferons pas : on ne tire pas sur un corbillard. Les lignes qui suivent peuvent se lire autant comme une sommation que comme une invitation à pacifier les conflits d’intérêt par le strict respect des règles en vigueur communément acceptées. Il en va de notre avenir commun.


S’estimant diffamé non par quelques lignes mais par les accusations d’un livre (sulfureux il est vrai, « La face cachée du Monde ») le directeur de la rédaction d’un des plus sérieux quotidiens européens, Edwy Plenel porte plainte et réclame un euro symbolique de dommages et intérêts et la publication du jugement aux frais de l’éditeur dans la presse nationale française.

Les quelques lignes incriminées chez nous ont hier été présentées par les médias officiels comme « l’affaire du mois ». C’est aujourd’hui devenu une affaire d’Etat. Et demain ? Notre confrère sera-t-il déféré pour haute trahison devant la Cour de Sûreté de l’Etat ?

Nous apprenons que le 27 avril dernier au matin, tout le rudimentaire matériel d’impression de notre confrère « Le Renouveau Djiboutien » a été saisi. Sur ordre de quel juge et en vertu de quelle loi ? Munis d’un permis de communiquer dûment délivré par le juge, MM. Mohamed Daoud, Président du PDD et Souleiman Farah, 2ème vice-Président du MRD, se rendent à la prison de Gabode pour prendre des nouvelles de DAF. Ils sont vertement éconduits par le policier de garde qui, pour mettre fin à la légitime insistance des susnommés, affirme avoir reçu des ordres (qui, comme chaque militaire le sait, ne se discutent pas !). Qui est cet ordonnateur dont les ordres sont plus exécutés qu’un permis de communiquer délivré par un juge ?

Les logorrhées d’un avocat de la place cherchant aujourd’hui à justifer un état de non-droit dont il a lui-même été victime, ne convainquent personne. Peu nous importe ici car, après tout, tout plaignant a droit à une défense ! Ces agissements sont en totale contradiction avec les lois en vigueur. Si encore il ne s’agissait que d’une exception. Tel n’est pas le cas, car ces sautes d’humeur sont récurrentes, illégales et compulsives, sans doute parce que banalement impunies.

On se souvient tous que sous le règne de l’ancien Président de la République, en toutes illégalité et impunité, un chef (soyons polis) ambitieux, aujourd’hui très et auto promu, avait ordonné la saisie de l’outil de travail d’un opposant déterminé du FUOD, aujourd’hui codirecteur de publication de « Réalité ».

Inentamée, la détermination de ce dernier est encore intacte : au moins autant que le pain (qu’Allah octroie généreusement à toutes Ses Créatures) la Lutte légitime nourrit aussi son homme, au moins en terme de dignité sauvegardée. Les décideurs publics seraient donc plus inspirés de vaquer de manière responsable à leurs occupations, plutôt que de perdre leur temps et dilapider notre argent à des intimidations forcément vouées à l’échec.

Ce qui nous préoccupe pour l’heure, c’est l’avenir de la liberté d’opinion, son exercice, ses limites légales. Car, la disproportion de la réaction du Pouvoir démontre le naturel illégalement répressif du régime que nous avons toujours dénoncé et qui est incompatible avec l’Etat de droit, présenté par nos décideurs politiques comme étant un souci gouvernemental.

L’être humain étant ce qu’il est (faillible), il peut arriver à n’importe qui d’abuser d’une Liberté conquise ou octroyée. C’est pourquoi toutes les véritables démocraties à travers le monde prévoient et sanctionnent, au civil, tout abus de quelque bord qu’il provienne.

Décourager par une très forte amende propagation de fausses nouvelles ou diffamation, c’est du déjà vu. Obliger le condamné à publier le jugement définitif dans chaque édition pendant un certain temps, c’est du déjà entendu. Ce que nous n’avons ni vu ni entendu dans une démocratie digne de ce nom, c’est l’emprisonnement, la condamnation au pénal, par le tribunal des flagrants délits, sans instruction publique, d’un homme et de son journal.

Quels que soient les griefs, avérés ou supposés, reprochés à notre confrère, nous ne resterons pas indifférents à ce qui, de toute évidence, constitue un injuste procès intenté à l’exercice des libertés publiques, d’expression et d’opinion.

Où va-t-on si chaque chef (restons toujours polis) s’estimant diffamé, abusant d’un pouvoir normalement limité par le droit et par définition limité par le temps, emprisonne, saisit, condamne, exproprie ?

Prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, nous lançons un avertissement au gouvernement et à nos soi-disant serviteurs sur les réels dangers que font courir à la stabilité de notre pays ces comportements répressifs irresponsables.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

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Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Valse des commissaires
  3. Brèves nationales
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie
  6. Guerre entre les images de guerre

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Éditorial

LES VRAIS AMIS DES AMERICAINS

 

Estimant que seule la légalité internationale devait prévaloir dans le règlement des conflits interétatiques, la France a donc refusé de cautionner l’actuelle croisade menée contre l’Irak par les États-unis d’Amérique et leurs alliés, dont certains ont choisi l’anonymat. Les dérapages médiatiques de quelques simples d’esprit et de quelques esprits malintentionnés n’y changeront durablement rien : cette position de la France ne fait pas d’elle une puissance ennemie des Américains. Car les États-unis ont deux types d’amis.

Il y a tout d’abord les vrais, ceux qui leur sont structurellement, consubstantiellement liés par un ensemble de données culturelles, économiques et politiques. Dans ce camp figurent non seulement les puissances occidentales partageant avec eux les mêmes valeurs de civilisation, mais aussi tous les États qui, de par le monde, se trouvent résolument engagés dans la démocratisation de leurs institutions. Le Sénégal par exemple, qui ne se prête à aucune surenchère entre Américains et Français au gré des circonstances. Ceux-là savent qu’avec la fin de la guerre froide, ils peuvent compter sur les États-unis pour les aider, en contrepartie d’une libéralisation politique, à libéraliser leur économie, avec tout ce que cela peut malheureusement impliquer comme dictature du marché.

Il y a aussi les faux amis. Ceux qui se rangent inconditionnellement derrière la puissance américaine pour des raisons conjoncturelles. Dans cette cohorte hétéroclite, on trouve des États du Tiers-monde peu démocratiques cherchant, dans cette alliance, à la fois clémence politique et retombées financières. Ce n’est pas le modèle américain qui les intéresse, encore moins sa défense qui les mobilise : ils saisissent tout juste l’opportunité offerte par une administration convertissant en plus-value politique le désarroi légitime d’un peuple traumatisé par un terrorisme aveugle. Ainsi, chacun sait, par exemple, que le retour de l’USAID à Djibouti, que le Chef de l’État présente comme une grande victoire de sa diplomatie, ne peut masquer l’essentiel : cette agence américaine d’aide au développement avait dû quitter notre pays à cause de la mauvaise gouvernance.

Mais les Américains ne sont pas dupes : ils savent que parmi leurs alliés d’aujourd’hui, il y a quelques Saddam Houssein en puissance, maintenant leurs peuples dans un intolérable état de sous-développement politique et économique. Si jurisprudence il devait y avoir dans cette affaire, ce serait d’universaliser, par des voies pacifiques, l’opération « Liberté en Irak », afin de faire trembler tous les tyranneaux de la planète. Afin que l’Organisation des Nations Unies ne soient pas qu’une simple Organisation des États Unis plus soucieuse de la stabilité des régimes que du droit des peuples.

Devant cette regrettable démonstration d’unilatéralisme et de bellicisme, les vrais amis des Américains ne peuvent qu’être frappés du caractère prophétique de la lettre ouverte adressée au Président Nixon le 19 décembre 1971 par André Malraux : « Vous vous souvenez de notre conversation avec le Général de Gaule. Vous veniez d’atteindre le pouvoir et vous m’aviez fait l’honneur de me parler de la politique américaine. Je vous avais dit : les États-unis sont le premier pays devenu le plus puissant du monde sans l’avoir cherché. Alexandre voulait être Alexandre, César voulait être César ; vous n’avez pas voulu être les maîtres du monde. Mais vous ne pouvez pas vous payer le luxe de l’être distraitement. »

Espérons que la légèreté politique à l’origine de cette croisade n’aboutisse pas à l’ouverture d’une « boîte de Pandore » aux conséquences incalculables, dans cette partie du monde comme ailleurs.

 


Valse des commissaires

ou encore l’art du mouvement au point mort

Les commissaires de la République, chefs de district, ont vraiment la bougeotte, à tel point que les régions d’Obock et de Tadjourah ont vu chacune passer trois de ces représentants de l’État en trois ans ! Faut-il mettre cette rotation effrénée sur le compte d’un souci perfectionniste de toujours mieux faire de la part du régime ? Ou ne serait-ce, plus banalement et vraisemblablement, qu’une preuve supplémentaire de la mauvaise gouvernance persistante, sabotant encore et toujours la seule véritable condition de développement durable : la mise en place d’une réelle décentralisation ?


La Décentralisation constituait le volet essentiel de l’Accord de paix signé le 12 mai 2001 entre le gouvernement et le FRUD-armé. Nous n’entretiendrons pas le lecteur à propos des multiples violations perpétrées par le régime à tous les niveaux pour en réduire unilatéralement la portée : ce sujet a déjà été abondamment traité dans nos colonnes et chaque citoyen sait de quoi il s’agit.

Le récent changement des représentants de l’Etat dans la capitale et les deux districts du Nord nous fournit l’occasion de revenir sur cette importante réforme voulue par le FRUD-armé, car il donne toute la mesure de la préméditation gouvernementale quant à cette violation de l’Accord de paix comme de la mauvaise volonté du régime peu soucieux de promouvoir la compétence car tout aussi peu soucieux de sortir les régions de leur actuel état d’abandon.

Tout d’abord, une question peut légitimement se poser : les districts d’Obock et de Tadjourah sont-ils à ce point difficiles à gérer pour être victimes d’une rotation si rapide de leurs commissaires de la République ? Car enfin, quelle peut vraiment être l’œuvre d’un Chef de district ne séjournant qu’une seule année dans sa région d’affectation ?

La gestion du quotidien, et encore : quand on connaît la faiblesse de l’administration dans ces districts et le dénuement dans lequel ils se trouvent, il est bien évident que les administrés n’attendent aucun miracle des représentants de l’Etat aussi démunis.

D’autant plus que, quelle qu’aurait été l’ambition personnelle, somme toute légitime, d’un commissaire désireux de laisser une empreinte positive, il est volontairement mis par le pouvoir central en situation d’impuissance. N’ayant à sa disposition que le strict minimum pour verser les salaires de ses rares agents, il ne peut initier aucun projet de développement régional durable parce tout simplement ce n’est pas ce qui lui est demandé.

Il suffit, pour s’en convaincre, de penser à tous les problèmes que ces Chefs de district rencontrent dans leur souci de consciencieusement tenir à jour les registres d’état civil ou de recenser tous ceux de leurs administrés cherchant vainement à obtenir leurs cartes d’identité nationale.

Surtout que les habitants de ces régions durement affectées par le conflit savent pertinemment que les programmes de réhabilitation et d’indemnisation tardent à venir, depuis 1995 pour certains, parce que le régime, conformément à sa politique de la misère, ne semble apparemment pas en voir la nécessité.

En second lieu, il est révélateur de relever à quel point, bien que son inefficacité ait été largement démontrée, même à l’occasion du pompeux « séminaire sur l’action gouvernementale », l’organisation territoriale héritée de la colonisation (c’est-à-dire, un modèle d’action autoritaire ayant peu de considération pour le libre choix des administrés) continue d’avoir la préférence du régime.

Alors que la puissance coloniale sélectionnait ses administrateurs dans un corps spécifique et spécialisé, il est remarquable que l’État djiboutien n’ait absolument pas cherché à mettre sur pied un véritable corps d’administrateurs dotés d’une formation spécifique. Vingt-cinq ans après notre Indépendance, la nomination de commissaires issus d’autres secteurs administratifs ( quand cela est le cas) et n’ayant pratiquement aucune compétence dans l’administration territoriale, démontre à quel point l’aménagement décentralisé du territoire et la prise en compte effective, à la base, des aspirations régionales, constituent la dernière préoccupation du parti au pouvoir.

Cette constance à accorder le monopole des décisions au seul pouvoir central est la preuve que les mentalités du parti unique conditionnent encore les pratiques gouvernementales.

Ce qui est amplement démontré par le bilan négatif des « conseils régionaux » dont le mode de (non) fonctionnement s’explique par le fait que leurs membres sont nommés par l’Exécutif et non pas choisis par les administrés : ils n’ont de compte à rendre qu’à une instance qui ne leur demande rien ! C’est pour cela que les administrés attendent en vain un quelconque rapport sur les réalisations de ces « conseils régionaux » : circulez, il n’y a rien à voir !

Enfin, il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, les élections régionales promises pour le mois prochain, soient apparemment reportées à des jours meilleurs pour le régime : après sa cuisante défaite aux législatives du 10 janvier dernier, il est improbable que la mouvance présidentielle prenne aussi rapidement le risque d’un nouveau et massif désaveu populaire. Non seulement parce que le Peuple n’a pas fait son deuil de sa victoire en se résignant à la spoliation dont les listes de l’UAD ont été victimes, mais surtout parce le mobile de cette spoliation se profile à l’horizon : la présidentielle de 2005. La mouvance présidentielle n’a été décrétée « victorieuse » que pour assurer la victoire de qui elle s’autorise !

C’est pourquoi les administrés d’Obock et de Tadjourah n’attendent aucun miracle de cette rotation des commissaires de la République, chefs de district : quand le régime méprise leur volonté en détournant aussi frauduleusement le verdict des urnes, il y a tout lieu de penser que son représentant dans le district ne sera pas « atypique » et ne dérogera pas à cette ligne de conduite gouvernementale.

Autant que la volonté populaire, c’est le développement des régions qui est victime de la chasse aux sorcières sectaire ou de la tombola partisane qui président à la disgrâce des uns ou à la promotion des autres.

En effet, cette « restructuration » ne s’est pas faite dans un souci d’efficacité : à voir ceux qui ont été promus, on peut se demander quels services opaques ils ont rendus au régime, alors que ni leur bilan passé ni leur action présente ne plaident en leur faveur.

Quant à ceux qui ont été « remerciés », ce n’est pas toujours leur incompétence qui est en cause, mais souvent leur manque de zèle, à un moment où le pouvoir avait particulièrement besoin de leur coup de main partisan. tout cela démontre bien qu’en haut lieu les considérations sectaires et l’esprit de coterie priment sur la compétence et l’intégrité dans les nominations et les punitions des agents de l’État. Dans les semaines qui viennent, nous aurons l’occasion d’apprécier à sa juste mesure l’amélioration des conditions de vie des habitants des districts d’Obock et de Tadjourah, à la lumière ténébreuse de l’entrée en fonction de leur commissaire respectif. Chacun connaît les heureux promus : celui d’Obock est un enfant du pays qui n’a absolument aucune connaissance de l’administration territoriale.

Comme celui de Tadjourah, anciennement à Obock, où il n’a visiblement laissé aucune réalisation digne d’être mentionnée : La Ville Blanche, frondeuse par nature, sait bien qu’étant un des leurs, son nouveau commissaire ne lui apportera aucune amélioration concrète, malgré sa bonne volonté. Tout juste lui sera-t-il demandé, dans la logique policière qui prévaut, de mieux « quadriller » les habitants de la région pour le compte du parti unique. L’ancien commissaire, dont la compétence professionnelle et l’implication personnelle étaient largement reconnues aurait, semble-t-il, été sacrifié par pure animosité épidermique de certains représentants de la « nouvelle génération ».

Enfin, à Djibouti ville, qui peut sérieusement penser que l’ancien trésorier payeur général du Trésor Public durant les années fastes du régime, contribuera mieux que son prédécesseur à la salubrité et à la prospérité perdues de notre Capitale ? Là aussi, plus que les qualités de gestionnaire d’une Capitale, ce qui semble être attendu du nouveau Chef du district de Djibouti, c’est qu’il contribue, du haut de son piédestal inespéré, à rallier les mécontents de sa « mouvance »… de plus en plus nombreux.

C’est à ce gâchis de nos rares richesses naturelles et ressources humaines qu’il est urgent de mettre fin. L’UAD s’y emploie résolument.

 

 


 

Brèves nationales

La rue djiboutienne en effervescence : qui manifeste contre qui ?

 

Depuis que la rue des pays arabes a décidé de protester contre la guerre en Irak, les autorités djiboutiennes qui, d’habitude, ont une peur panique de toute manifestation de rue, ont-elles, elles aussi encouragé une petite marche contre l’agression anglo-américaine ?

Cette petite manifestation a eu lieu en fin de matinée dimanche 23 mars 2003 et les médias officiels l’ont largement couverte. Le lendemain, ce sont quelques centaines de jeunes qui ont récidivé en s’attaquant aux forces de l’ordre à l’avenue Cheik Houmed.

Dans une riposte disproportionnée, ces dernières auraient fait usage de gaz lacrymogènes et de balles réelles. Bilan : plusieurs blessés, dont deux sérieusement, hospitalisés au service de réanimation de Peltier.

Dans la journée de mardi, les collégiens sont redescendus dans la rue en brûlant des pneus et en jetant des pierres contre les policiers de plus en plus nerveux.

Cette fois-ci, la guerre en Irak ne semble plus constituer la préoccupation première de ces jeunes et le pouvoir s’inquiète… des débordements d’une manifestation qu’il ne contrôle plus. L’insécurité reprend-elle ses droits ?

Les retraités du GCF de nouveau sans pension.

 

Les retraités de l’ancien Groupement Nomade Autonome (GNA) devenu Groupement Commando des Frontières (GCF) au lendemain de l’Indépendance, se retrouvent aujourd’hui sans pension.

Après avoir fait valoir leur droit à pension au terme d’une longue bataille administrative auprès des autorités djiboutiennes et françaises, ces dernières ayant fait admettre à l’Etat djiboutien ses obligations envers les anciens du premier corps de serviteurs locaux en armes de ce qui deviendra la République de Djibouti.

Voilà donc que ces pensionnés, au nombre de 644 ( retraités et veuves) se voient à nouveau nier leur droit à pension par la Caisse Nationale de Retraite, la CNR. Cela fait maintenant plus de cinq trimestres impayés. Les intéressés ont saisi et ressaisi le Premier ministre, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, le Ministre des Finances, ainsi que le Chef de l’Etat. En vain, aucune réponse n’est venue. C’est tout simplement incompréhensible, car ces pensionnés ont régulièrement cotisé des années durant et ont légalement droit à pension. D’où leur cri de détresse que nous relayons dans ces colonnes.

Obock : grève du personnel soignant

 

La malheureuse ville d’Obock, depuis longtemps oubliée par le pouvoir djiboutien, n’en finit pas de compter ses problèmes : chômage, précarité, enclavement, insalubrité constituaient déjà son lot quotidien. A ces difficultés de vivre est venue s’ajouter depuis plus de dix jours, une grève du personnel de santé du seul véritable dispensaire du district.

Dans l’indifférence générale, les Obockois ne sont donc plus soignés et les ruraux des alentours s’inquiètent aussi de cette situation. Le personnel médical aurait déclenché cette grève pour l’amélioration de ses conditions de travail exigeant, entre autres le paiement des primes de garde non versées des mois de septembre, octobre et novembre de l’année dernière. En outre, leurs salaires n’auraient pas été versés depuis quatre mois. Mais ils savent bien que cela n’est pas de la faute de leur Ministre de tutelle.

A l’heure où le régime procède à la valse des commissaires, plus dans un souci sectaire que d’efficacité, les Obockois continuent de souffrir plus que jamais de la mauvaise gouvernance. Nous demandons aux pouvoirs publics de se pencher sérieusement sur la détresse du personnel de la santé et, par voie de conséquence, sur les malheurs d’Obock, ville plus que jamais enclavée et sinistrée.

Randa-Day : week-end présidentiel politico-bucolique

 

Initialement prévue pour la première semaine de janvier 2003, et reportée en raison des difficultés du camp gouvernemental dans cette région, l’inauguration du projet d’adduction d’eau du Day aura finalement lieu le jeudi 27 mars. Une nuée de courtisans et autres carriéristes accompagnent le Président de la République pour marquer l’événement. Dans la foulée, la centrale électrique de Randa sera mise en service. Le pouvoir, qui a été sévèrement sanctionné dans cette région aux dernières élections législatives, espère y redorer son blason, mais rien n’est moins sûr. Ce sont de véritables décentralisation et réhabilitation qu’attendent les populations qui ont souffert du conflit.

Elles savent que leurs problèmes ne seront pas résolus en ce week-end de fête et de bakchich annoncée, mais par une politique volontariste de reconstruction à l’échelle de toute la région de Tadjourah. Après la déroute de ses partisans au Day et à Randa, le Chef de l’Etat semblait mécontent de ces localités ; son timide retour à Arta, où il ne se rendait plus depuis trois ans, était présenté comme un abandon de son pharaonique projet (agropastoral ?) du Day.

Le week-end prochain, nous en saurons plus.

 

La LDDH enfin légalisée.

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), fondée le 9 mai 1999 et qui fonctionnait jusqu’à présent sur la seule base du récépissé délivré par le ministère de l’Intérieur le 26 décembre 2001, vient enfin d’être officiellement légalisée par insertion au Journal Officiel du 31 décembre 2002, curieusement mis en vente en février 2003. Pauvre administration !

Nous félicitons très sincèrement son Président pour cette légalisation tardive, tout en l’encourageant à poursuivre sans relâche son juste combat pour le respect des droits de l’Homme dans notre pays.

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

 

Nous avons reçu le sympathique courrier qui suit de nos jeunes militants de Tadjourah, résolument déterminés à faire activement respecter le verdict des urnes.


LA VILLE BLANCHE ET SA JEUNESSE

100% UAD

La Ville-Blanche est plus que jamais déterminée à soutenir l’espoir de tous les Djiboutiens, dans leur Combat pour sauver notre Pays qui est malade de sa classe politique dirigeante.

La Ville-Blanche a dit OUI ! au programme de l’UAD et à ses dirigeants, conduits par le Père de la Nation, Ahmed Dini, et par l’espoir de la Jeunesse djiboutienne, DAF.

La Ville-Blanche et toutes les localités de l’Intérieur, Sagallou, Randa, Ideyta, Day, etc. ont dit NON ! aux mensonges de l’UMP et à leurs dirigeants qui distribuent des T-shirts et du khat.

La preuve : les programmes de l’UAD est toujours affiché sur tous les murs et les poteaux de la ville. Par contre, l’UMP n’a affiché aucun programme, à part les photos de ses six candidats. On ne trompe pas le Peuple avec des photos. Le problème de la jeunesse ne se résout pas avec des T-shirts et du khat, ce que Dilleyta ignore encore.

Aujourd’hui, plus de 60% de la Jeunesse a moins de 25 ans, ce ne sont pas les chefs coutumiers que M. Dilleyta a convoqués à la résidence du Sultan qui comprennent les problèmes de la Jeunesse du 21ème siècle.

Dilleyta se trompe encore quand il n’écoute pas les doléances de la Jeunesse, qui représente plus de la moitié de la population.

D’ailleurs, il n’a rien à dire, si ce n’est que pour apporter son emballage de mensonge. La Ville-Blanche et sa Jeunesse, dans toutes les localités de l’Intérieur, soutiennent l’UAD à 100%.

Comme l’a dit le très dynamique président du MRD, DAF, vive la Ville-Blanche ! Vive cette belle Jeunesse.

Nous vous réserverons toujours un accueil aussi chaleureux.

La Jeunesse de Tadjourah

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Réponse : Merci pour ce dynamique message de soutien, qui est bien celui d’une Jeunesse dont la mobilisation constante au service du changement fait l’admiration de tous nos concitoyens. Nous vous encourageons à poursuivre votre juste combat, qui est le notre, en faveur de toute la Jeunesse de notre pays, pour un avenir meilleur aux côtés des forces du changement que sont l’ARD, l’UDJ, le MRD et le PDD. L’UAD est fière de sa Jeunesse et reste convaincue que l’avenir lui appartient. Nous vous rendrons bientôt visite.Vive la Jeunesse verte de l’UAD ! LA RÉDACTION

 

 


 

Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie

Je suis un universitaire djiboutien et bien qu’opposant, je ne milite pas activement à l’ARD. Pourtant, je suis lecteur assidu de votre organe de presse qui, quoique politiquement situé, n’en garde pas moins la mesure dans les propos et une distance dans le traitement et l’analyse des informations. Je vous serais reconnaissant d’insérer dans vos colonnes, au cas où vous l’estimez digne, ce point de vue qui n’engage que ma petite personne.

S’adressant à l’Amérique et au monde, le 43ème Président des Etats-Unis d’Amérique, dissertant sur la lutte contre le terrorisme, parle de « croisade ». Lapsus linguae révélateur d’une intention inconsciente ? Que nenni ! Il s’empresse d’expliciter sa pensée, à l’occasion de la visite d’une mosquée, dans un speech œcuménique destiné à rassurer les américains de confession musulmane.

Au lendemain de l’odieux attentat au Boeing contre les tours du World Trade Center, ils étaient nombreux, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) plutôt bon chic que bon genre, à manquer de discernement dans une réaction de vengeance contre les supposés complices confessionnels de ce crime contre l’humanité. Quelque temps plus tard, avec l’aval et la bénédiction de l’ONU, et la solidarité agissante de l’opinion publique internationale, les Etats-Unis sous mandat et vote unanime du conseil de sécurité, ont défait le seul soutien et asile officiel d’Al Qaïda dont l’écrasante majorité des membres sont parqués à Guantanamo et traduits en justice sous l’unique instruction du juge militaire américain.

La poignée encore en fuite continue d’être à juste titre pourchassée et traquée dans la région. Fort bien ! Depuis cinq jours, les mêmes Etats-Unis d’Amérique sont engagés dans une guerre disproportionnée et hors légalité internationale contre l’Irak. Contre l’Irak seulement ?

Cette question mérite d’être posée au regard des prétextes invoqués pour le déclenchement de cette guerre (liens avec Al Qaïda, désarmement d’un Etat qualifié de voyou possédant des armes de destruction massive, mais aussi et sans rire la « libération de l’Irak). Si l’on suit cette logique, cette guerre devrait s’étendre de manière indéfinie dans le temps et géographiquement illimitée à tous les Etats remplissant ces vagues critères (ils sont nombreux) ou susceptibles de les remplir (encore plus nombreux !)…

A Djibouti, nous serons certainement les derniers à regretter la plus que probable disparition du parti Baas et de son chef en Irak. Ne serait-ce que parce que nous avons failli en être victimes au tout début des années 90, suite à la signature d’un accord secret (Baas/RPP) portant sur la circulation transfrontalière et le « règlement des problèmes de nationalité ».

Cela peut paraître aberrant, car même si les progrès technologiques (Internet, satellites, téléphones cellulaires, diffusion radiotélévisée des informations en temps réel) ont fait de notre planète un petit village, elles n’en ont pas modifié pour autant la distance géographique entre la Mésopotamie et la Corne orientale de l’Afrique… Il n’y a pas, que l’on sache, d’Afars ou Somalis nomadisant sur les rives fertiles du Tigre et de l’Euphrate, pas plus qu’il n’y a de chiites ou de Kurdes, menaçant la stabilité de Djibouti. Alors que signifiait cet accord sur la circulation transfrontalière ?

Le RPP, qui ne manque pas de suite dans les idées récidivistes a, au surlendemain de la chute du DERG, signé avec l’Ethiopie un accord de défense (secret comme il se doit) portant après quelques volets conjoncturels sur la « circulation transfrontalière et le règlement des problèmes de nationalité ». Décidément !

L’avant-veille de l’ultimatum, Saddam Houssein lance un appel à la guerre sainte. Appel au Djihad ? Lui ? Ridicule ! Il a tué à lui seul, chez lui et à ses frontières, davantage de musulmans (sunnites et chiites confondus) que n’en ont tué les Croisés lors des guerres religieuses.

Vendredi dernier, à l’occasion d’un prêche enflammée contre « les coalisés », un imam égyptien a crû reconnaître dans la pénétration des chars Abrams en territoire irakien, le déluge de bombes sur Bagdad et l’ « arrogance mécréante de Bush fils », l’apparition de l’Antéchrist !Citant à l’appui de ses imprécations un hadith du Prophète (PSL) qui aurait prédit que l’Antéchrist apparaîtrait « à l’Est de la Syrie, sur la route de l’Irak.. »

Ces discours va-t’en-guerre du Président américain, le bellicisme ciblé des faucons américains, ouvrent la porte à toutes les interprétations, tout comme les prêches défensifs des imams emportent à tort ou à raison l’adhésion d’un grand nombre de musulmans à travers le monde. Le tout étant favorisé par la perte de repères consécutive à la fin de la guerre froide. Sachons raison garder !

Car il suffit d’ouvrir l’œil, le lucide, et le garder ouvert, pour s’apercevoir que les enjeux de cette guerre sont ce que l’on veut sauf religieux et intemporels.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les professions de la palette d’experts appelés à la rescousse par les médias (les seuls que nous entendons pour d’évidentes raisons linguistiques) pour éclairer de leurs commentaires l’Histoire immédiate. Il y a là des économistes, des experts militaires, des orientalistes,… mais le plus sollicité de tous, et ce n’est pas fortuit, est sans conteste Pierre Terzian, qui dirige la revue spécialisée intitulée « Pétrostratégies ».

Lors de la première conférence de presse accordée à Doha, capitale du Qatar, par le général Tommy Francks, chef d’état-major interarmes de la coalition, on apprend au détour d’une réponse, que cette guerre était sérieusement « étudiée par le Pentagone » depuis quelques années, en clair juste après le 11 septembre.

Programmée depuis belle lurette, cette guerre obéit donc à des impératifs politiques différents, mais complémentaires, de deux puissances. La seule puissance militaire (nucléaire) dont les fondements idéologiques menacent la stabilité de la région et du monde : Israël. Et bien sûr la seule superpuissance qui compte, les Etats-Unis (contre qui ?), protecteurs inconditionnels de la première.

Israël, obnubilé par sa sécurité, cherche par tous les moyens à détruire son ennemi palestinien (qu’elle s’est créée) et à neutraliser ses soutiens politiques réels ou supposés qu’elle multiplie de façon exponentielle par son intransigeance et sa paranoïa. Pour ce faire, elle a détruit une centrale nucléaire énergétique (Osirak) à Tamuz, pulvérisé dans la banlieue de Tunis le quartier général de l’OLP qu’elle a chassée quelques années plus tôt de Beyrouth. En toute illégalité, en toute impunité ! Il est vrai que c’était du temps de la guerre froide. Secrètes, minutieusement préparées et surtout diaboliquement efficaces, ses opérations avaient au moins le mérite (la guerre froide aidant) de ne pas entraîner le reste du monde dans une guéguerre perdue d’avance.

Pour en revenir à notre sujet, Israël n’a jamais fait mystère, afin d’élargir son périmètre de sécurité « vital » autour de ses frontières, de ses intentions de « disloquer les entités étatiques constituant une menace potentielle pour ‘’Eretz Israël’’ ». De là à insinuer que cette guerre fut inspirée aux Etats-Unis par l’Etat sioniste, il y a un pas que je me garderai bien de franchir.

Et les Etats-Unis ? Pourquoi s’engagent-ils dans cette guerre ? L’ivresse (qui confine à la folie) des grandeurs, avec le sentiment, l’illusion d’invulnérabilité qu’elle procure chez tous les puissants qui y cèdent ? Peut-être ! Mais pour rester objectif, il y a aussi et surtout cette odeur (enivrante il est vrai) du pétrole et le pouvoir d’en maîtriser directement ou indirectement la production, c’est-à-dire l’offre, donc d’influer ( à la baisse bien entendu) sur son prix (à la pompe, la facture énergétique du plus industrialisé des pays.

Ainsi, nous apprenons en pleine guerre qu’un appel d’offres de 900 millions de dollars américains est d’ores et déjà lancé à l’appétit des seules sociétés américaines pour l’extinction des puits de pétrole en feu dans le Sud de l’Irak sous contrôle des coalisés.

Pour ce qui est de la future reconstruction de l’Irak, nul doute que les compagnies américaines sont en pôle position pour s’adjuger ce marché.

A.M

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COMMENTAIRE

A quelques réticences près relatives aux références religieuses, il nous semble que votre analyse ne manque pas de pertinence. Merci donc de votre aimable contribution, en souhaitant que notre destin national vous inspirera tout autant que la situation internationale. Avec ou sans référence religieuse. LA RÉDACTION

 

 


 

Guerre entre les images de guerre

 

Tout événement, du plus anodin au plus dramatique, n’existe pour la conscience qu’en fonction de la construction, de la mise en scène, qui lui confère une visibilité : la médiatisation de l’actuelle guerre contre l’Irak n’échappe pas à cette loi. Si la couverture médiatique de ce conflit a surtout démontré l’absence d’une télévision francophone de dimension internationale, il est bien évident que chaque partie, en conflit ou spectatrice (engagée), présente au téléspectateur des facettes présélectionnées d’une réalité complexe : selon quels critères ?


Les motivations de la télévision irakienne ne sont pas difficiles à cerner. Média d’Etat dans un régime dont le respect du pluralisme audiovisuel n’est pas la vertu principale, elle est au service d’une légitime défense contre une agression sans aucune légalité internationale. En exhibant des cadavres ou des prisonniers américains, sa mission est donc claire et double : traumatiser les esprits occidentaux (américains en tête) en montrant une guerre sale et galvaniser les masses arabo-musulmanes (dont les siennes) en exaltant une résistance autant patriotique que religieuse.

Les télévisions américaines ne font généralement pas plus preuve d’objectivité, tant elles sont résolument engagées aux côtés de leurs troupes. CNN en tête, elles cherchent quant à elles à justifier la guerre en offrant surtout aux téléspectateurs des images censées démontrer à la fois l’incontestable supériorité des coalisés, l’attente messianique d’un peuple irakien opprimé et le caractère chirurgical des attaques répondant aux impératifs d’une « guerre propre » et du « zéro mort ». Toute tentative de présentation des faits ne répondant pas à ces critères est implacablement neutralisée : les envoyés spéciaux d’une chaîne américaine l’ont appris à leurs dépens, puisque leurs cassettes ont été confisquées !

Les médias des parties en conflit ne peuvent donc être considérés comme des sources fiables d’information même, en certaines circoonstances malheureusement, la respectable BBC, jusque-là peu suspectée de manquement à la déontologie journalistique, son service somali mis à part, spécialement en ce qui concerne les informations relatives à notre région.

Pour ce qui est des médias issus de pays ne participant pas au conflit, on peut les classer en deux catégories : les grandes chaînes occidentales qui s’efforcent, autant que faire se peut, de ne pas être victimes des inévitables manipulations des parties en conflit, et la nouvelle chaîne «Al Jazira» du Qatar.

La récente apparition de la chaîne « Al Jazira » dans l’univers médiatique international essentiellement propulsée grâce à son monopole sur la diffusion des cassettes de Ben Laden et de la couverture de la chute du régime taliban en Afghanistan, constitue dans ce conflit une source a priori intéressante pour tout téléspectateur (surtout lorsqu’il ne maîtrise que la langue arabe) soucieux de diversifier ses sources. C’est véritablement, dans son traitement spécifique de l’information, le seul média d’envergure internationale digne de ce nom dans le monde arabe. Malheureusement, le quasi-monopole que lui a accordé le régime irakien sur certains champs de bataille, nuit aux yeux de ses collègues à la crédibilité de ses images. Bien qu’ « Al Jazira » ne doive ce privilège qu’au seul souci irakien de mieux toucher les masses arabophones pour mieux susciter leur adhésion affective.

Les mondes arabe et ango-saxon étant relativement bien représentés, la couverture de cette guerre contre l’Irak a donc mis en évidence une nécessité absolue : celle de la création d’une télévision francophone à vocation mondiale, tant dans son fonctionnement que dans ses centres d’intérêt. Elle constituerait un renfort inestimable au rayonnement d’une vision francophone des relations internationales que cherche à promouvoir la Francophonie et lutterait plus efficacement contre la marginalisation des locuteurs de langue française dans l’espace médiatique international.

Mais un tel projet se heurte à un obstacle de taille : quand on sait que, par déficit démocratique structurel, certains Etats arabes en sont venus à fermer leurs ambassades à Doha pour remettre en cause l’indépendance de la chaîne « Al Jazira », on est en droit de se demander si un tel média francophone pourra résister aux injonctions de nombreux Etats concernés n’accordant pas une telle liberté à leurs propres médias nationaux. Comme le disait lui-même un journaliste de cette chaîne, la confrontation démocratique des idées, déjà largement inexistante dans la culture arabe, est de surcroît étouffée par la nature des régimes à dominance patrimoniale.

Pour le moment, les images de guerre en provenance d’Irak se font la guerre, pour convaincre un téléspectateur mis, bien malgré lui et souvent en violation des conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerre, en demeure de choisir entre deux postures l’une plus inacceptable que l’autre.

Nous aurions préféré nous passer d’un tel conflit et de telles images, sans oublier enfin de nous poser la question de savoir si, en définitive, ce conflit ne sera pas moins meurtrier que l’injuste embargo onusien qui frappait le peuple irakien depuis plus d’une décennie.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 43 du mercredi 19 mars 2003

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Réalité numéro 43 du mercredi 19 mars 2003

 ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Vote permanent par la mobilisation
  3. Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains : état des lieux.
  4. Guerre contre l’Irak : offensive de charme militaire avant l’offensive militaire
  5. Communiqué de presse de l’UAD (1)
  6. Communiqué de presse de l’UAD (2)

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 43

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

La paix souhaitée : oui !

La soumission imposée : non !

« La Paix et la Justice sont aussi inséparables que le souffle et la vie » proclame l’Accord-cadre signé à Paris le 7 février 2000 entre le FRUD-armé et le gouvernement. C’est-à-dire que l’une n’est concevable qu’en présence de l’autre. Il s’agit autant d’une conviction que d’un constat : sans Justice, il n’y a pas de Paix.

Vouloir imposer une soumission par la peur et l’impuissance généralisées, par la pratique méthodique de l’injustice en lieu et place de la paix par la justice, a toujours été la dangereuse lubie des régimes autoritaires à travers l’Histoire. Rejeté par les contemporains de ces régimes et condamné par les postérités, l’autoritarisme a toujours mal fini.

Car, dès que l’injustice devient un instrument de pouvoir entre les mains d’une lubie d’inspiration et au service d’un parti pris sectaire, elle fait perdre à l’institution judiciaire, dont elle utilise titres et prérogatives, ses caractéristiques de sacralité et de dignité qui soutiennent sa fonction. Au lieu d’utile, elle en devient nuisible et constitue une des causes des révoltes.

Nous parlons si souvent de la Justice parce que justement sans elle, non seulement aucun Etat ne peut durablement exister, pas plus qu’aucune société organisée et pacifique. C’est pourquoi nous l’avons solennellement enregistré dans nos accords avec le gouvernement, explicité dans nos interventions lors des Etats généraux de la Justice, repris et développé en diverses occasions dans cet hebdomadaire. Autant de sonnettes d’alarme tirées devant le danger imminent représenté par la déliquescence d’une Justice djiboutienne apparemment capable d’incarcérer ou condamner un opposant pour « diffusion de fausses informations » rien que pour avoir écrit une évidence pas très loin de celle qui veut que « le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest », ou posé une question à tel haut gradé sur le coût financier d’une construction ou enfin dénoncé une brutale mise à la retraite au lendemain des élections législatives du 10 janvier.

Et, pendant ce temps, la plus totale impunité continue de couvrir les privilégiés et autres protégés civils ou militaires coupables de toutes sortes de délits plus ou moins graves, dont certains mériteraient d’être déférés devant le Tribunal Pénal International pour « exécutions massives et sommaires de blessés et prisonniers de guerre le 24 février 1992 à Yoboki » !

Quel est donc ce régime qui refuse la Paix par le rejet des accords l’instaurant, comme par l’instrumentalisation de la Justice, qui utilise les chefs des forces armées comme de simples commissaires politiques d’une milice du Parti au pouvoir, ce qui est interdit par tous les textes pertinents ?

Il est grand temps que ce régime se ressaisisse, avant que les agissements partisans et politiciens de certains officiers ne provoquent la naissance d’une autodéfense encore inconnue chez nous jusqu’ici, et avant que la déchéance de la Justice n’engendre le chaos.

 

 


 

Vote permanent par la mobilisation

L’urne transparente de la rue

 

Quand l’Opposition unie bat le rappel, le peuple djiboutien répond présent. Deux mois après les fraudes électorales du 10 janvier, la mobilisation permanente contre l’usurpation et pour le respect du verdict des urnes vient de franchir un degré supplémentaire avec le succès du meeting pacifique de vendredi dernier. Preuve que l’UAD constitue la force politique majoritaire et incontournable de notre pays, face à un régime qui, faute d’une réelle assise populaire, a perdu toutes légitimité et crédibilité.

 


 

Depuis le rejet de notre requête en annulation des législatives du 10 janvier et la réaction mesurée de l’UAD à cette décision infondée du Conseil Constitutionnel, le régime prédateur et ses figurants mal élus se mettaient à rêver de lassitude et de normalisation. C’est mal connaître la détermination de l’opposition nationale et la profondeur des attentes populaires.

Aussitôt après la diffusion de notre communiqué de presse du 23 février 2003 condamnant la décision du Conseil Constitutionnel, les militants de l’UAD ont entrepris un intense travail de mobilisation et d’explication dans la capitale et les districts de l’intérieur. Ces activités de sensibilisation, l’opposition les a menées comme à son habitude sans tambour ni trompette. Le meeting pacifique de vendredi dernier à l’avenue Nasser se voulait l’expression de cette mobilisation permanente contre le hold-up électoral et l’arbitraire.

Dès 16 heures ce jour-là, une véritable marée humaine a convergé vers le lieu du meeting. Venus de tous les quartiers populaires, des milliers de militants et sympathisants de l’UAD écoutaient les chants partisans diffusés par une puissante sono. Chaleureusement ovationnée dès son arrivée par une foule disciplinée et déterminée, la direction de l’UAD est montée sur le podium vers 16h 30.

Les dirigeants de l’UAD se sont alors succédé à la tribune pour dénoncer la décision arbitraire du Conseil Constitutionnel, tout en réaffirmant leur ferme volonté de continuer la lutte jusqu’à la victoire.

Chaque meeting étant l’occasion de démontrer le vote réel en faveur de l’UAD, l’opposition qui est fermement portée par la rue est désormais décidée à la tenir informée chaque fois que cela sera nécessaire. Si jusque là les choses se sont plutôt bien passées, cela démontre aussi la capacité de l’UAD à tenir ses troupes.

Mais, avec l’aggravation de ses conditions de vie, le peuple commence à perdre patience et les provocations incessantes d’un régime pratiquant une chasse aux sorcières insensée à l’encontre des partisans du changement, ne sont certainement pas de nature à apaiser les esprits ou enraciner la lutte pacifique jusque-là privilégiée par l’opposition.

Faisant allusion au nouveau contexte de malaise politique créé par la spoliation électorale du 10 janvier, les orateurs de l’UAD, constamment à l’écoute du peuple, ont tous estimé qu’une telle situation ne pouvait perdurer. Une façon de rappeler à ce régime pratiquant la fuite en avant que la réalité le rattrapera tôt ou tard.

Evoquant l’impasse politique actuelle, le Président Dini l’a expliquée par la déliquescence de l’Etat. « Ce régime insouciant et incapable a fait disparaître toute notion d’Etat. La faillite de l’Etat se reconnaît à l’existence de trois indices révélateurs : ses responsables ne respectent pas leur parole, ses forces de l’ordre n’accomplissent pas leur véritable mission républicaine, ses caisses sont vides. Comment un Etat peut-il fonctionner si ses dirigeants mentent effrontément, si les forces normalement destinées à combattre les délits en commettent elles-mêmes en toute impunité ? Enfin, quel développement est possible si les caisses de l’Etat restent désespérément vides ? »

Ce passage de son discours a été particulièrement applaudi, bien que prononcé en maintes occasions. Ce qui signifie certainement que les djiboutiens, lassés de la misère dans laquelle les maintient le régime prédateur, ne font absolument plus confiance au pouvoir actuel pour les sortir de cette situation.

L’affluence exceptionnelle qu’a connue ce premier meeting organisé après le rejet de notre recours prouve, s’il en était besoin, que nos compatriotes, loin de se résigner à l’arbitraire, sont de plus en plus déterminés à faire respecter leurs droits de choisir librement leurs dirigeants.

Nul doute que leur volonté finira inévitablement par triompher, tant est totale la fermeté de l’UAD pour l’imposer. D’autant plus que chaque réunion publique, comme celle du 14 mars 2003, constitue un vote par présence physique. Apportant l’approbation de la politique choisie par l’UAD, prodiguant l’encouragement à la poursuivre avec le soutien actif de l’ensemble des électrices et des électeurs.

Ces citoyennes et ces citoyens savent parfaitement qu’ils n’ont pas choisi par leur vote ceux qui prétendent les représenter en usurpant titres et fonctions pour lesquels le Peuple ne les a pas désignés.

Cette illégitimité se trouve infiniment aggravée par une incapacité notoire à bien gérer nos affaires publiques : le résultat, c’est la ruine économique et le naufrage social.

Trois ans après le retour de la Paix définitive, notre pays reste exsangue, mais cette fois, le pouvoir ne peut plus imputer la responsabilité de sa mauvaise gouvernance à la guerre civile qu’il a lui-même inutilement prolongée.

Notre pays mérite mieux que la démocratie virtuelle et son corollaire, les fraudes perpétuelles. Face à l’immobilisme et à l’obscurantisme, nous continuerons à brandir le flambeau de la mobilisation permanente. Jusqu’au triomphe inéluctable du Droit sur l’arbitraire.

 

 


Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains : état des lieux.

 

Signé en juillet 2002, un document UNDAF (Fonds des Nations unies pour l’Assistance au Développement) rassemble « les grandes priorités retenues en commun avec le gouvernement et coordonnées avec la société civile d’une part et avec les partenaires internationaux multilatéraux et bilatéraux d’autre part, autour de quatre domaines coopération… ». Le deuxième volet de cette coopération, intitulée « Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains » retiendra cette semaine notre attention. Observateurs vigilants de la gestion du bien public ainsi que du suivi des engagements écrits par le gouvernement avec nous ou d’autres, nous avons jugé nécessaire d’en tirer, huit mois après sa signature, un premier bilan provisoire quant à son application concernant ce volet.


Sans nous appesantir sur des considérations générales, il ne nous semble pas inutile de rappeler quelques faits sur la coopération (lato sensu) et son exécution depuis l’Indépendance dans différents domaines d’utilité publique.

Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler que Djibouti a été, suite à la conférence des donateurs en 1983, le pays le plus aidé par tête d’habitant. En dehors des infrastructures portuaires et aéroportuaires, et le remarquable développement de l’outil de communication, il ne subsiste rien ou presque des projets qui ont retenu le financement des donateurs.

L’avortement de ces projets (PK20, usine d’aliments de bétail, laiterie, etc.) ou la faillite des sociétés d’Etat préexistantes (Air Djibouti) entre autres) ne seraient pas uniquement dues à la mauvaise gouvernance. Ni l’élite post-coloniale, ni la coopération multilatérale ne semblent en avoir tiré les enseignements qui s’imposent.

Que le système des Nations Unies continue malgré tout de coopérer avec notre pays et ses administrateurs (restons polis) procède, croyons-nous, d’une bonne intention d’autant qu’elle s’avère utile, à défaut d’être efficace et déterminante. En effet, bon an mal an, le Programme Alimentaire Mondial déverse sur Djibouti des dizaines de milliers de tonnes d’aide alimentaire, dont une grande partie serait, à en croire des sources autorisées, la proie de charançons d’Etat. Tout comme le PNUD et l’UNICEF colmatent ici ou là les brèches laissées béantes par les choix budgétaires irrationnels de nos décideurs politiques.

Enfin, au regard du sort que réserve l’actuel gouvernement (comme ses prédécesseurs d’ailleurs) à ses engagements écrits et le peu de cas qu’il fait des lois qu’il édicte sans les appliquer, nous avons toutes les raisons de rester dubitatifs quant à l’application de ce plan-cadre. Si notre Peuple a depuis longtemps désespéré de raisonner ses dirigeants (qu’il vient de sanctionner…), ce qui nous intéresse ici, c’est le suivi qu’en fait (en en fera) le système des Nations Unies.

Car, pas plus que la coopération bilatérale, qui ne se fait plus qu’au compte-gouttes, la coopération multilatérale n’a pas vocation à être sinon dilapidée, du moins inefficace.

Examinons à présent le domaine de coopération n°2, intitulé « Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains » qui constitue l’objet de notre article. Le premier résultat qui en est attendu est « le renforcement des institutions publiques de bonne gouvernance ».

On peut lire (page 7) que « les autorités oeuvrent dans ce contexte à ce que les institutions en charge de l’élaboration et de l’exécution des lois et règlements, ainsi que les juridictions, soient pleinement en mesure de remplir leur mandat et satisfaire au respect inaliénable du système juridique ».

En écho, à la noblesse des intentions et engagements écrits, répond la délinquance des pratiques étatiques. Nous savons les fonctionnaires des Nations Unies tenues à un devoir de réserve, c’est pourquoi aucun haut fonctionnaire ni organisme du système des Nations Unies n’est ici interpellé

Nous n’en sommes pas moins curieux de savoir la lecture que le système onusien officiant à Djibouti fait des derniers événements politiques survenus dans notre pays.

En quoi le Conseil Constitutionnel, par sa composition, son mode de fonctionnement et surtout le jugement expéditif qu’il vient de rendre concernant notre recours en annulation, sans instruction ni en droit ni en fait, remplit-il son mandat et satisfait-il pleinement ou pas au « respect inaliénable du système juridique » et au « renforcement des institutions publiques de bonne gouvernance » ?

En quoi le tribunal administratif, qui n’a jamais siégé depuis 1996, contribue-t-il à la réalisation des objectifs suscités ?

La chambrette des comptes dont les comptes rendus et appréciations sont confidentiels et privé, puisque destinés à l’attention du seul Président de la République, participe-t-elle vraiment à la recherche de la transparence et à la lutte contre la criminalité financière des cols blancs ?

La récente décision du tribunal condamnant le directeur de publication du journal « Le Renouveau Djiboutien », organe de presse du MRD, pour délits de presse (libre ?) à six mois d’emprisonnement avec sursis et 200.000 FD d’amende, est-elle de nature à « renforcer le processus démocratique en cours dans le pays, avec pour objectif de favoriser le développement de la diffusion de l’information comme facteur important dans la définition des capacités de choix pour les citoyens » ? (Voir communiqués en page 7 et 8). Ce directeur de publication n’a fait que poser une question au Général Fathi Ahmed Houssein sur la cohérence entre le projet qu’il prétend vouloir réaliser et l’enveloppe financière qu’il sollicite à cet effet.

La loi sur la Décentralisation telle qu’adoptée et dénaturée en toute illégalité par la précédente Assemblée Nationale, s’inscrit-elle dans son esprit et sa lettre, dans « l’optique de la consolidation de la décentralisation et de la participation des citoyens à la vie publique » ?

S’il est explicable que le système des Nations Unies fasse preuve de discrétion et de circonspection pour ne pas prêter le flanc à des critiques ou des reproches d’ingérence dans les affaires propres au gouvernement local, il est par contre surprenant de le voir financer en partie ou en totalité des opérations soit engagées sans nécessité, soit alors sans résultat bien que ses réalisations aient été indispensables.

Exemple : la réhabilitation des zones affectées par la guerre civile. Pas un logement n’a été reconstruit ou réparé à Yoboki ou à Obock, cités largement détruites par le conflit pour la première ou pillées par les forces gouvernementales pour la seconde.

Et comment ne pas s’apercevoir que la distribution de l’assistance alimentaire fournie par le PAM est confiée à des dirigeants locaux du parti RPP qui en font des dons partisans refusés à tous ceux suspectés de sympathie pour l’opposition. Comment tolérer un tel chantage ?

Étant donné que les États ou les institutions internationales ne traitent qu’avec les autorités légales du pays hôte ou récipiendaire, il semblerait que c’est la nature du régime politique de ces autorités et les méthodes de gestion pratiquées par elles qui dominent ces relations. Dans ces conditions, les bienfaits que ces institutions internationales apportent à notre pays sont quelque peu amoindris, sinon annihilés, par la soumission de ces institutions au régime local, qui en retire soutien et légitimité.

Alors que la vocation de ce système des Nations Unies est d’aider le pays à soulager les misères du peuple victime de la mauvaise gouvernance, et non pas de renforcer celle-ci en passant dans ses moules.

Il faudrait absolument comparer continuellement le résultat obtenu à l’engagement apporté et ne pas se contenter de la prose et de la statistique bureaucratiques qui ne sont pas très souvent l’exact reflet de la réalité concrète.

 

 


 

Guerre contre l’Irak : offensive de charme militaire avant l’offensive militaire

 

En violation du droit international, les Etats-Unis et leurs alliés (Djibouti) se préparent à lancer une offensive de grande envergure contre l’Irak pour, officiellement, détruire son potentiel militaire et démettre ses dirigeants. Dans cette perspective, l’armée américaine a procédé à une opération « portes ouvertes » pour présenter à la presse nationale ses capacités technologiques comme sa mission historique. toutefois, parce qu’il est difficile de faire de l’information avec des militaires n’ayant pas, par définition, à justifier des décisions politiques qu’ils ne doivent qu’appliquer, il est utile de présenter le contexte général de cette nouvelle croisade militaire.


Les crises successives des années 1970 qui ont porté un coup dur à la croissance et au plein emploi des pays occidentaux ont été un élément majeur du déséquilibre économique des pays industrialisés et simultanément de l’évolution du monde vers une situation bien différente de celle de l’après-guerre et des indépendances des pays du Sud.

Le monde allait connaître une multiplication des guerres. La chute du mur de Berlin consécutive à l’effondrement du bloc de l’Est, aboutissait à une remise en cause de l’équilibre de la géopolitique internationale. La fin de la bipolarisation des relations internationales imposait dès lors les Etats-Unis d’Amérique comme la seule superpuissance planétaire.

« Tempête du désert », l’invasion de l’Irak, en janvier 1991, par les forces alliées aux Etats-Unis n’était autre que la continuité logique du « Nouvel Ordre Mondial » (dixit G. BUSH Senior). La situation mondiale, depuis, n’a fait que s’embourber et générer guerres, exodes et famines, sans pour autant que l’ambiguïté de cette guerre contre l’Irak ne mette fin à « la nuisance du potentiel militaire » de Saddam Houssein. Seulement, la résolution 660 obligeant l’Irak d’évacuer le Koweït en fut l’unique succès palpable.

Cette guerre de 1991 fût aussi, porteuse d’une réelle dévaluation du Droit International et officialisait davantage les massacres et autres répressions inhumaines particulièrement au Proche-Orient et principalement en Palestine, au mépris des multiples résolutions onusiennes à l’encontre d’Israël. Le responsable de la tuerie de Sabra et Chatila, aujourd’hui Ariel Sharon à la tête de l’Etat Hébreu procède encore et au quotidien à l’épuration du peuple palestinien, profitant du mutisme des grandes puissances.

C’est donc dans un tel contexte de violence au quotidien, sur fond de crises, ou aussi la mondialisation obère les quelques acquis des pays les plus vulnérables, que débute le troisième millénaire dans une spirale d’attentats et de guerres aux limites infinies.

L’odieux attentat du 11 septembre 2001 démontrait qu’un degré venait d’être franchi dans les actions terroristes. Dès lors, la première puissance du monde veut châtier les coupables et leurs complices. Elle a stigmatisé certains comme étant des « Etats-voyous ». Après l’Afghanistan, le démantèlement partiel de « l’Axe du Mal » et l’occupation de son territoire, suit l’Irak qui, selon les Etats-Unis, demeure toujours nuisible après les frappes de 1991 et l’embargo économique imposé dès le lendemain.

Cependant, cette croisade contre l’Irak cache d’autres desseins non-avoués, bien que la formation d’une coalition des forces internationales derrière les Etats-Unis n’arrive toujours pas « à accorder sa musique », d’abord diplomatiquement pour parvenir à une résolution pacifique du conflit, ensuite militairement pour donner une certaine cohérence à aux forces coalisées présentées comme ultime solution contre Saddam Houssein.

Alors qu’un consensus semble prévaloir quant à la nature du régime de Bagdad, l’absence d’unanimité sur la nécessité du recours à la force, au sein même du Clan Sécuritaire Onusien, ne peut certainement pas donner une quelconque légitimité aux États-unis et à ses alliés pour une invasion de l’Irak, au regard du Droit International.

Située sur la route du pétrole, à l’entrée de la Mer Rouge (qualifiée de « Lac arabe » par certains pays de la région), la République de Djibouti est devenue, depuis le 11 septembre 2001, un point névralgique de la géostratégie américaine, dans sa lutte contre le terrorisme.

Certes, ce choix est une aubaine pour le régime connaîssant une crise politique, sociale et financière et considéré comme entouré de repaires terroristes, notamment en Somalie, au Yémen, au Soudan, etc…

Par conséquent, Il est certain, Djibouti est depuis deux ans devenue dans cette partie du monde à la porte du Moyen-Orient, un poste d’observation de premier ordre.

Outre la présence des forces françaises sur le sol djiboutien, d’autres forces s’y sont installées notamment les Américains, les Allemands et les Espagnols.

En ce moment, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de l’imminence de la guerre contre l’Irak, depuis son arrivée à Djibouti, l’Etat-Major militaire américain a jugé indispensable d’inviter toute la presse nationale et internationale, les 15 et 16 mars, tant au Camp Lemonnier que sur le bâtiment de guerre USS Mount Withney.

Après le Camp Lemonier, « Réalité » comme le reste de la presse nationale et internationale a été conviée sur le navire USS Mount Whitney, poste de commandement des Forces Alliées dans la Corne de l’Afrique, par le Major-Général John F. Sattler, Commandant des forces de la coalition contre le terrorisme.

Le bâtiment USS Mount Whitney a son port d’attache à Norfolk, en Virginie. Avec un équipage de 560 personnes, il fut le premier navire de la marine de guerre US à accueillir des femmes à son bord. C’est une véritable ville flottante qui dispose d’équipements électroniques de communication les plus avancés. Capable de transmettre et de recevoir des données sécurisées de et vers n’importe quel lieu du globe, ce navire dispose également de moyens de défense et d’attaque les plus performants. Avec une autonomie en eau et nourriture pour une période de 45 jours, sa centrale électrique produit 75000 kw, une énergie capable d’alimenter une petite ville.

Commandé par le Capitaine David W. Prothero, ce navire est le Poste de Commandement de la coalition des forces internationales contre le terrorisme pour la Corne de l’Afrique, et sous l’autorité du Major Général John F. Sattler.

Organisateur de cette journée portes ouvertes de l’armée américaine, le Général Sattler est un homme qui a accompli une brillante carrière dans la Marine américaine et y a occupé les plus hautes responsabilités. Il est titulaire des plus hautes distinctions de ce corps et son expérience est reconnue. Après avoir été Directeur-Adjoint des Opérations dans le combat contre le terrorisme en 1998, il fut muté dans le US Marine Corps comme Directeur des Relations Publiques. En juillet 2001 il a la charge de Commandant Général de la 2ème Division de la Marine au Camp Lejeune avant d’être choisi en octobre 2002 comme Commandant des forces internationales dans la Corne de l’Afrique.

C’est avec beaucoup de fair-play que le Général Sattler a accepté de répondre aux questions de la presse.

Le contingent américain à Djibouti est d’un total de 1300 soldats dont une proportion de 20 à 40% de femmes, selon les métiers. « Notre présence et celle des forces coalisées de 6 (six) pays à Djibouti obéit, explique-t-il, à la lutte contre le terrorisme ». Les forces américaines sont temporairement ici, au maximum 3 ans, comme l’a d’ailleurs expliqué le Secrétaire à la Défense M. Rumsfeld, lors de sa tournée à Djibouti. Est-ce la raison pour laquelle, l’armée américaine ne s’est pas du tout investie dans la construction de dur, préférant vivre sous des tentes ?

Cependant, se refusant à répondre à toutes les questions relatives aux finances engagées par son Etat dans le pays d’accueil, l’armée américaine, estime-t-il, contribue directement par les aides aux plus défavorisés et contribuera davantage au bien-être de la population djiboutienne. D’ailleurs, employant déjà plus de 400 djiboutiens, l’armée américaine interviendra très bientôt dans le domaine économique et social, en faisant des sorties dans la Capitale. Sorties qui serviront à relever le commerce local et en même temps à permettre aux soldats d’avoir des relations directes avec la population du pays hôte.

La mission des forces américaines dans la région est de quatre ordres :

– Détecter les éventuels terroristes dans la région,

– Décourager les terroristes, les traquer,

– Une fois arrêtés, traduire ceux-ci devant la justice,

– Travailler pour la stabilité de la région et des membres de la coalition.

Les forces américaines travaillent directement avec les Etats de la région, forment leurs soldats et autres services de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Ils ont déjà formé dans la collecte de l’information des Djiboutiens, des Yéménites, etc., ce qui donnera à la coalition la capacité de pouvoir réunir l’ensemble des pièces du puzzle dans la région, avant de procéder au démantèlement d’éventuels réseaux terroristes.

« La lutte engagée contre le terrorisme est une gigantesque mission » affirme le Général Sattler. « L’armée américaine doit collaborer avec les pays de la région pour obtenir le maximum d’informations avant d’entreprendre le démantèlement des terroristes. Car, répète-t-il, les États-unis ne peuvent pas jouer seuls les gendarmes partout dans le monde ». En tant que Commandant des forces alliées, il s’est rendu plusieurs fois en Éthiopie, au Soudan, en Érythrée, et dans tous les autres pays de la région.

Concernant un éventuel débarquement des forces alliées en Somalie, le Général Sattler a précisé qu’aucun élément de ses forces, ni celles de ses alliées ne s’est aventuré dans ce pays. Par ailleurs, les États-unis n’encouragent et n’encourageront pas les forces éthiopiennes à faire des incursions en Somalie. Par contre des agences d’information existent partout, mais pas des militaires.

La Corne de l’Afrique et le Golfe d’Aden constituent une zone sensible. Les forces américaines, par la formation des éléments de ces pays, doivent contribuer à la sécurisation des ports, notamment celui de Djibouti, auquel une attaque terroriste porterait un sérieux coup à l’économie.

A la question de savoir si les divergences importantes sur la guerre contre l’Irak entre la France et les États-unis remettaient en cause la coalition des forces dans cette région, le Général Sattler répond aucunement et que la collaboration avec les Français resterait intacte, idem pour les autres pays membres de l’alliance.

Après cette interview du Général Sattler suivie d’un déjeuner sur le bateau, les journalistes ont été invités à visiter le centre de communication ultra-sophistiqué. Le centre nerveux du navire qui, avec ses 15 spécialistes de tous les domaines, de la communication à l’ingénierie en passant par la météorologie, travaillent par équipe sur les données à envoyer ou à recevoir à travers le monde. Une salle qui rappelle les films de science-fiction…

La visite a continué sur les matériaux de détection, d’inspection, d’observation, d’attaque et de riposte pour prendre fin à 16 heures.

Cette opération portes ouvertes est intervenue 24 heures avant le fiasco diplomatique des grandes puissances sur la guerre contre l’Irak. Les Etats-Unis et l’Angleterre persistent pour affirmer que l’Irak disposerait d’armes de destruction massive allant du nucléaire aux armes chimiques. L’heure de Vérité est venue a estimé le Président Bush, et tout monde s’accorde à reconnaître qu’il y a eu un échec dans les deux camps, celui de la résolution pacifique du problème irakien et celui de l’usage de la force.

Cependant, il est à noter que l’échec revient d’abord à l’ONU, qui depuis sa création n’a pu jouer son rôle de régulateur des problèmes mondiaux en raison des influences des Super-puissances et des puissances du globe. Etre pour la guerre ou contre la guerre, les dés sont jetés. La guerre est imminente et risque de commencer avant le week-end djiboutien, avec toutes ses conséquences dans la région concernée et dans le monde.

Déjà, à Djibouti, le peuple s’inquiète des conséquences économiques.

Nous ne pouvons que regretter que l’ensemble des solutions pouvant sauver le peuple irakien n’ait pas été épuisé.

Qu’Allah préserve l’humanité ! Amin.

 

 


 

Communiqué de presse de l’UAD (1)

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

 

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

 

Djibouti, le 15 mars 2003

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Suite à la décision infondée du Conseil Constitutionnel rejetant son recours en annulation des législatives du 10 janvier 2003, le meeting pacifique de l’UAD du 14 mars courant a été, comme prévu, un grand succès.

En réaction à cette mobilisation générale, le régime a répondu dès hier soir 22 heures par la provocation en procédant à l’arrestation du Président du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement (MRD) M. Daher Ahmed Farah dit DAF.

M. Daher Ahmed Farah est placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode sous le prétexte des « délits de presse » suivants : atteinte au moral des troupes et diffusion de fausses nouvelles.

L’UAD dénonce cette arrestation arbitraire ainsi que toutes les pressions et intimidations dont sont victimes les responsables de l’Opposition depuis les législatives du 10 janvier dernier.

Assurée de la solidité de son unité d’action ainsi que de l’inutilité des pratiques répressives cherchant à saboter ses actions pacifiques, l’UAD :

1) Exige la libération immédiate et inconditionnelle du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah.

2) Prend à témoin l’opinion nationale et internationale sur la nature de ce régime ne respectant ni la liberté de la presse, ni les engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de paix du 12 mai 2001, ni le verdict des urnes, ni enfin les droits fondamentaux de la personne humaine.

L’UAD prendra toutes ses responsabilités face à cette provocation inacceptable et arbitraire.

 

 


 

Communiqué de presse de l’UAD (2)

 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 42 du mercredi 12 mars 2003

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Réalité numéro 42 du mercredi 12 mars 2003

 ARD
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Droit de réponse du Bâtonnier
  3. Brèves Nationales
  4. Preuves de fraude
  5. Communiqué de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

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Éditorial

Délinquance politique : le cas djiboutien

Ce terme de délinquance désigne l’ensemble des crimes et délits considérés d’un point de vue statistique.

Dans cette optique, le délinquant est une personne qui a commis un délit. Ce mot signifie à son tour comme chacun le sait, une infraction plus ou moins grave à la loi.

Le sociologue pour sa part emploie indifféremment délinquance ou criminalité, ceci étant, il n’existe pas de société sans délinquance et tout se passe comme si les règles communes édictées et appliquées par la collectivité provoquaient chez certains une sorte de résistance s’exprimant par des déviations à l’égard de ces règles communes.

La société de son côté essaye de s’en préserver en rendant ces déviations dans la mesure du possible les moins nocives possibles, en y faisant face par diverses mesures appropriées.

Comme tout phénomène défavorable doit être connu pour être combattu, c’est pourquoi la criminalité a été étudiée de tous les points de vue par tous les spécialistes, c’est-à-dire les délinquants, leurs délits, les causes, les méthodes, les conséquences, etc. Il y a donc des théories, des constances, des explications concernant ce phénomène.

A Djibouti, tout en étant soumis aux mêmes lois et tendances naturelles que les autres sociétés, nous sommes victimes d’une particularité qui nous singularise.

Partout ailleurs, la société fait face à la délinquance par le biais de ses institutions : le pouvoir politique, les administrations publiques, policières, judiciaires, pénitentiaires, etc…

Chez nous la délinquance fait partie intégrante de notre système de gouvernance dans son ensemble et est presque devenue la normalité.

Les institutions et systèmes normalement destinés à la combattre la générent et la protègent. Le cas, le plus révélateur en ce domaine reste la délinquance électorale autrement dit l’usurpation du pouvoir par la fraude, la force et la corruption. Nous en donnons quelques preuves dans les pages qui suivent, à l’attention de nos lecteurs.

Dans ces conditions, où va notre pays qui semble être devenu l’un des derniers dans le monde actuel où l’échec patent est perpétuellement reconduit au nom du peuple et sans lui.

Peut-on donc indéfiniment gouverner sans le peuple et contre lui ?

Un tel comportement délinquant aura fatalement de graves conséquences.

 


Droit de réponse du Bâtonnier

 

Suite à un article paru dans notre journal, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats nous a fait parvenir le droit de réponse suivant que nous reproduisons dans son intégralité.

 


 

 

OBJET: Droit de réponse du Barreau à votre article paru dans

l’Hebdomadaire LA RÉALITÉ du 19 février 2003

Monsieur le Directeur,

 

 

Dans votre hebdomadaire, LA REALITE du 19 février 2003, vous avez, dans l’ignorance de la loi que vous êtes censé respecter, reproduit une correspondance, qui relève du secret professionnel, que j’ai adressée en son temps à Monsieur le Président de l’Alliance Républicaine pour le Développement qui avait sollicité, par courrier notifié au Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, la désignation d’un avocat pour défendre son parti devant le Conseil du Contentieux Administratif.

 

 

Le commentaire que vous faites de cette correspondance en rapport avec la défense de vos intérêts devant le tribunal administratif me paraît des plus inacceptables.

 

 

Vous écrivez au premier chapeau de la page 2 :

 

« Il n’est pas facile d’être Avocat à Djibouti. Il est encore plus difficile d’être un justiciable défendu par les Avocat. L’UAD l’a appris à ses dépens….. . »

 

 

En page 3 de votre article intitulé « Quelques explications », vous écrivez :

 

« C’est enfin Maître FATOUMA MAHAMOUD qui sauve, selon vous, ce qui reste de l’honneur du Barreau de Djibouti»

 

 

Sur l’ensemble de ces fausses et déplorables assertions qui se recoupent, il me semble avoir répondu très clairement dans mon courrier du 23 octobre 2002. Cependant, pour les besoins de la cause, je vous confirme à nouveau, que de tout temps, les Avocats de Djibouti ont toujours été présents aux événements conflictuels de l’Histoire de notre Pays. Je suis sûr, M. ALI MOHAMADE, que vous serez parmi les premiers de nos contemporains à témoigner de cette réalité sur le rôle et la contribution éminente du Barreau de Djibouti dans la défense des procès politiques puisque vous étiez, à une époque encore récente, Ministre et Porte-parole du Gouvernement pendant toute la période de la Rébellion du FRUD.

 

 

Enfin, vous reprochez à la Profession des Avocats de « laisser jouer l’inertie des institutions par conformisme ou facilité ». Je crois, M. ALI MOHAMADE que vous ignorez tout de la Profession d’Avocat. Pour votre enseigne, sachez que le Barreau de DJIBOUTI a toujours été, depuis son institutionnalisation, une force de proposition dans l’élaboration de certains textes fondamentaux qui régissent le fonctionnement de nos institutions étatiques. Quel que soit le pouvoir en place, nous continuerons à être toujours disponibles pour la République dans son effort constant de moderniser l’appareil de l’Etat dans le cadre de la bonne gouvernance et le renforcement de l’état de droit.

 

 

**

 

COMMENTAIRE

 

a) Bien que n’étant pas juristes, nous sommes suffisamment informés pour savoir que la désignation d’office d’un avocat n’est pas subordonnée à la sollicitation écrite de l’avocat au bâtonnier ;

 

b) Nous n’avons divulgué aucun secret professionnel en publiant la lettre du bâtonnier qui n’avait aucun caractère confidentiel ;

 

c) Sur les dix avocats de la place (avant la récente prestation de serment du onzième) quatre se sont dérobés, il y avait donc pou eux difficulté à exercer leur métier d’avocat. Trois ne pouvaient plaider du fait de leur fonction (député, conseil constitutionnel, …), des trois restants, nous ne pouvions pas prendre deux dont l’allégeance au pouvoir est connue de tous, car faisant périodiquement des déclarations politiques en faveur du régime. Il ne restait donc que la seule Maître Fatouma Mahamoud pour honorer notre droit d’être défendus devant la justice malheureusement cette justice a brillé par son absence, comme à son habitude depuis 1996 ;

 

d) Par ailleurs, nous rectifions également une «erreur de jugement» (en est-ce bien une) du bâtonnier qui en s’adressant au Directeur de la publication de « Réalité » écrit « …puisque vous étiez à une époque encore récente, Ministre et Porte-parole du Gouvernement pendant toute la période de la rébellion du Frud… ». Ce qui est faux, car la résistance armée du Frud ne s’est pas arrêtée après le départ et l’emprisonnement de Monsieur Ali Mahamadé, mais a continué pendant encore 5 ans jusqu’à la signature de l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile à Paris le 7 février 2000.

 

Que le bâtonnier fasse une telle lecture partiale et partisane du conflit djiboutien, nous laisse pantois.

 

Enfin, nous n’avons nulle part fait état de « pression » ou de « menace », tout juste avons-nous donné notre propre explication de cette « forme d’autocensure à laquelle s’astreignent les avocats de la place… » ni plus, ni moins.

 

Espérant avoir clôt ce malentendu, que le bâtonnier daigne croire, en l’hommage de notre profond respect. La Rédaction

 

 


 

Brèves Nationales

Insécurité : Tragique Jeudi noir à Djibouti

 

Selon des informations dignes de foi le quartier défavorisé d’Arhiba a été jeudi dernier le théâtre d’affrontements et de quelques scènes de pillages.

Au prétexte de venger le meurtre d’un Djiboutien commis par un individu d’origine Ethiopienne, de bandes de jeunes se sont violemment attaquées à des membres de cette communauté résidant dans cette cité d’habitude paisible. Ils ont été obligés de fuir en masse. Plusieurs autres ont été blessés dont certains grièvement…

Les forces de l’ordre arrivés tard sur les lieux n’ont fait que constater les dégâts et se sont déployées de manière dissuasive aux abords de ce quartier.

Certains blessés étrangers auraient été transférés vers le centre de transit de Nagad. Aux dernières nouvelles le meurtrier, lui, court toujours…

Dans les mosquées, des appels au calme et à la tolérance ont été lancés. Appels efficacement relayés par des militants de l’annexe de l’ARD d’Arhiba.

Le calme est finalement revenu avec l’arrestation, le lendemain, de certains fauteurs de troubles dénoncés par les riverains indignés.

Nous exhortons nos concitoyens à la vigilance pour que de tels débordements inacceptables ne se reproduisent plus dans notre Capitale. Même si le malaise national est profond, la sécurité des biens et des personnes doit rester sacrée et l’affaire de tous.

Un phénomène qui a valeur de leçon.

Depuis plusieurs jours, de très nombreux jeunes convergent quotidiennement vers l’Ambassade d’Irak à Djibouti, il s’agit de personnes demandant à être enrôlées comme volontaires pour aller combattre les agresseurs de ce pays.

Dès lors des questions se posent : Comment, pourquoi et par qui a été déclenché cet engouement militariste chez tant de jeunes gens se proposant d’aller se battre si loin de chez eux contre des forces supérieurement équipées ?

Trouver les réponses à ces questions est moins important qu’une bonne lecture de ce volontariat massif pour quitter le pays, et permet de tirer plusieurs conclusions constituant autant de leçons:

1) Ces jeunes gens préfèrent apparemment courir le risque de mourir sous les missiles américains en Irak, plutôt que de continuer à végéter sans espoir de s’en sortir à cause du chômage et de la misère dans leur pays ;

2) Cela démontre aussi que quiconque susceptible de payer un salaire pourra toujours recruter des combattants contre n’importe qui ;

3) Cela signifie également que tant que rien d’efficace et de concret pour occuper utilement la jeunesse des pays pauvres ne sera entrepris, toute « lutte contre le terrorisme » reviendra à une sorte d’occupation cynégétique pour les pays riches ;

4) Cela voudrait dire enfin que pour neutraliser le danger terroriste, il faudra nécessairement réussir l’une des deux solutions : éradiquer la pauvreté ou exterminer les pauvres.

La première est certes difficile mais possible, la seconde reste impossible et impensable.

L’Actualité des Régions, moins reluisante que l’Agenda Officiel 2003

Après ceux d’Ali-Sabieh, les scolaires de Tadjourah privés de repas :

 

L’arme de la faim?

En raison de la défaillance des cantines scolaires normalement destinées à les nourrir, les élèves originaires de l’arrière pays de Tadjourah avaient la possibilité depuis un an de prendre leurs repas dans les restaurants de la ville aux frais de l’Etat.

Selon des informations concordantes recueillies auprès des parents d’élèves, les restaurateurs de la ville blanche refusent, depuis quelques jours, de servir ces élèves prétextant des impayés importants. Une telle situation ne saurait perdurer sans affecter la scolarité des élèves n’ayant pas de famille d’accueil dans cette ville.

Les pouvoirs publics doivent rapidement trouver une solution pour que ces scolaires ne soient pas contraints d’abandonner leurs études faute de nourriture, à quelques mois de la fin de l’année scolaire.

A l’heure où le régime se vante d’avoir édité, pour la deuxième année consécutive, un luxueux Agenda Officiel tiré à 5000 exemplaires, il n’est pas inutile de rappeler qu’il y a plus urgent dans notre pays que les relations publiques ou les coûteux déplacements improductifs en Boeing présidentiel aux quatre coins de la planète…

Moulhoulé privé d’eau :

L’arme de la soif ?

Les habitants du petit village côtier de Moulhoulé, dans l’extrême nord du pays, ne sont plus approvisionnés en eau potable par le camion citerne de la garnison, et ce depuis les dernières élections législatives, sur ordre d’on ne sait qui…

Rappelons que cette région désertique, particulièrement affectée par le conflit, avait clairement affichée sa sympathie pour l’UAD. Est-ce pour cette raison que sa population est désormais soumise au régime sec?

Il semble que la mauvaise gouvernance transforme parfois sa lutte tapageuse contre la soif en arme redoutable de la soif.

Affaire à suivre…

 


Preuves de fraude

A vous d’instruire

 

Le Conseil Constitutionnel ayant rejeté notre recours en annulation sans autre forme d’instruction, nous avons jugé nécessaire de continuer cette semaine encore à vous entretenir du contentieux électoral afin qu’en dernière instance, vous soyiez Le Juge pour instruire la délinquance qui gangrène tout le système et dispositif électoral tel qu’en vigueur et appliqué actuellement.


Comme vous pouvez le constater, la gangrène se situe à tous les niveaux de la hiérarchie administrative:

a) Le ministère de l’Intérieur et le District, qui, en violation de la loi, établissent et délivrent des cartes d’électeur multiples ou non conformes à la loi car ne comportant pas (volontairement) mention de l’adresse, du n° du bureau de vote et du n° de la carte d’identité du titulaire. Le même ministère de l’Intérieur, seul en charge du déroulement des opérations électorales (de l’établissement et la révision des listes électorales au dépouillement et la proclamation des résultats) qui refuse à l’opposition la consultation des listes électorales dans les délais impartis par la loi au prétexte mensonger qu’elles n’auraient été imprimées que la veille d’un scrutin pourtant prévu depuis cinq ans et qui constitue un cas flagrant de rupture de l’Egalité;

b) Les commissaires des districts, qui, en toute illégalité déplacent à la dernière minute les bureaux de vote de leur emplacement initial mentionné dans l’arrêté présidentiel portant convocation du corps électoral. Ces quelques preuves de fraudes qui constituent des cas d’école de rupture de la Légalité sont extraites de l’épais dossier de recours que nous avons soumis, dans les délais, à l’instruction de notre honorable juge constitutionnel.

c) Les forces de l’ordre (dont la présence en nombre anormal dans et en dehors des bureaux de vote était à en croire le conseil constitutionnel destiné à prévenir tout trouble à l’ordre public) qui confisquent les urnes et les transportent jusqu’au ministére de l’intérieur sans être accompagnés des délégués des parties en compétition. Ces cas flagrants d’Excès de Pouvoir n’ont pas réveillé la suspiscion du Juge constitutionnel.

d) Pour ne pas être en reste, les juges, censés surveiller la régularité des procédures et sanctionner le cas échéant toute irrégularité, cautionnent cette délinquance administrative par leur participation active à ce qui constitue bel et bien un délit. Comme en témoignent la délivrance de deux ordonnances par deux juges différents pour une même personne à son insu (cf p.6); ou encore la délivrance d’une ordonnance à un électeur (toujours à son insu) pourtant inscrit sur la liste électorale comme l’atteste sa carte d’électeur. Il n’aura pas échappé à votre vigilance que les «blancs» délibéremment laissés par l’administration après «ordonnons», sans mention du district de vote, permettent aux bénéficiaires de pouvoir voter où bon leur semble (cf. p.7).

e) Sans parler du Conseil Constitutionnel, qui après les avoir constatées a conclu à la normalité de ces irrégularités.

Précisons que ces fraudes ont été méthodiquement préparées et pratiquées à grande échelle sur l’ensemble du territoire national.

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Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 09/03/2003

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’Union pour l’ Alternance Démocratique (UAD), composée de l’ensemble des forces de l’opposition djiboutienne (ARD, UDJ, MRD, PDD) tiendra, vendredi 14 mars à partir de 15 H 30, une réunion publique (meeting) d’explications à l’ Avenue Nasser devant les sièges du MRD et de l’UDJ.

 

Cette réunion est destinée aux militants et sympathisants de l’UAD.

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 41 du mercredi 5 mars 2003

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Réalité numéro 41 du mercredi 5 mars 2003

 
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Comme un château de cartes
  3. Cher “ nouveau confrère ” (2)
  4. Le dessous d’un symposium

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 41

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

AVEUGLEMENT FRAUDULEUX

 

A intervalle d’à peu près un mois (29/01-26/02), nous avons publié dans « Réalité » le texte de notre recours devant le Conseil Constitutionnel ainsi que la décision de cette juridiction rejetant le recours introduit.

Notre requête demandait l’annulation des élections du 10 janvier 2003. A l’appui de notre demande, nous avons évoqué comme griefs : la rupture de la légalité par la violation des lois, décrets, arrêtés, décisions, circulaires ; la violation du principe constitutionnel d’égalité, l’abus de pouvoir ; les fraudes commises avant, pendant et après le scrutin. Nous avons décrit la nature et les circonstances des griefs avancés et avons fourni comme preuves les témoignages, déclarations, attestations et autres documents pertinents et officiels.

Le Conseil Constitutionnel, par sa Décision n°002/2003 du 20 février, a rejeté, écarté, refusé tous ces arguments et preuves en déclarant que : « les circonstances évoquées ne sont pas suffisamment établies » pour la rupture de légalité. Que le grief tiré d’une violation du principe constitutionnel d’égalité « ne pouvait être accueilli » car, dit-il, « le législateur a pris soin de prévoir l’égalité entre les nombres des représentants des partis politiques au sein de la CENI ». Concernant l’excès de pouvoir, ce grief est rejeté par le Conseil Constitutionnel qui l’explique et le justifie par les craintes « des troubles à l’ordre public » et la nécessité de les prévenir. Quant aux allégations de fraudes, le Conseil Constitutionnel les balaie en arguant de l’absence de « preuves précises » et de la présence de « procès verbaux qui ne mentionnent aucune réclamation, protestation ou observation de la part des délégués UAD ». Exit donc toutes les fraudes, sous toutes leurs formes !

Pourtant, les membres du Conseil Constitutionnel n’ignorent nullement, puisqu’ils ne peuvent ignorer ce qui est connu et su de tout le monde : le refus absolu et systématique de permettre aux ayants droit légaux l’accès à la liste électorale et que cela constitue une rupture manifeste de la légalité et représente le socle principal de la fraude mise en place et exécutée par l’administration publique. Parce que cette liste comporte autant des électeurs fictifs, entre les morts et les inscriptions (volontairement) multiples, que de vrais électeurs.

Le Conseil Constitutionnel sait parfaitement que les capitales des districts d’Ali-Sabieh, Dikhil, Tadjourah ou Obock ne sont pas de simples campements nomades en transhumance, mais bien des cités urbaines peuplées de citadins sédentaires urbanisés. Tout comme d’ailleurs leurs agglomérations rurales, postes administratifs et autres villages de garnison.

Comme une des méthodes de base de la fraude électorale, l’administration publique au service du régime en place refuse le principe constitutionnel d’égalité. La preuve ? A Djibouti-ville, la liste électorale et le registre d’émargement sont établis par bureau de vote ; les cartes d’électeur sont établies conformément à la loi et comportent outre l’identité et l’adresse de l’électeur, le numéro du bureau de vote où il doit se rendre pour voter.

Par contre, dans tous les districts de l’Intérieur, y compris les chefs-lieux et autres agglomérations urbaines, sédentaires, les cartes d’électeur sont établies en violation de la loi et du principe d’égalité, sans identité complète ni adresse, ni précision du numéro du bureau de vote. Ce qui permet à l’administration de transformer en NOMADES les cartes des électeurs eux bien sédentarisés.

Nous avons déposé devant le Conseil Constitutionnel des centaines de telles cartes illégales, comptabilisées au bénéfice de l’UMP sans le consentement de leurs véritables titulaires, privés de leur droit. Ces cartes sont ramassées dans la nature, aux environs des bureaux de vote où elles étaient abandonnées après utilisation, comme des détritus, par les partisans de l’UMP qui les détenaient en exclusivité. Cela, à peu près tout le monde le sait, sauf apparemment les « sages » du Conseil Constitutionnel.

Il est donc regrettable qu’une telle cécité les ait frappés dans un contexte aussi important.

 


Comme un château de cartes

Pourquoi le Conseil Constitutionnel ne pouvait dire la vérité

 

Parce que nous ne nous trompons pas de cible, il ne nous a pas semblé nécessaire de nous appesantir sur les errements du Conseil Constitutionnel : il ne faut pas confondre la proie et son ombre. Pour donner toute la mesure du discrédit, pour ne pas dire plus, qui frappe ses membres, nous avons estimé utile de publier certaines pièces du dossier que l’UAD lui avait soumis aux fins d’annulation des résultats électoraux. Les conditions de déroulement des opérations électorales dans le bureau de vote n°19 (Daffeynaïtou) du district de Tadjourah résument de façon caricaturale le caractère massif et organisé des fraudes qui ont gravement entaché le scrutin législatif du 10 janvier dernier. Procédés tellement grossiers que, comme le montre le document ci-dessous, les notables de la région, ont particulièrement tenu à dénoncer les irrégularités au terme desquelles les paisibles citoyens ont été dépossédés de leurs voix.

 


 

De même, le représentant de la CENI dans ce bureau de vote nous a adressé l’attestation suivante, que nous reproduisons en rappelant qu’une copie en a été expédiée au Conseil Constitutionnel dans le recours en annulation. C’est le document reproduit en page suivante.

 

 

Ces pièces, et beaucoup d’autres tout aussi significatives, les membres du Conseil Constitutionnel, en ont pris connaissance. De deux choses l’une : soit ces documents sont véridiques, auquel cas il y avait lieu d’invalider les résultats de ce bureau de vote de Daffeynaïtou ; soit ces documents constituent des faux, auquel cas nous en aurions subi les conséquences pénales prévues par la loi.

 

Pour des raisons qui tiennent à la nature de ses liens de dépendance vis-à-vis du pouvoir Exécutif, le Conseil Constitutionnel a préféré s’exposer au ridicule en cautionnant toutes ces irrégularités : cela ne nous a absolument pas surpris !

Une question se pose alors : puisqu’il a invalidé les résultats du bureau de vote de Kalaf ( 948 UMP contre 11 UAD), pourquoi le Conseil Constitutionnel n’a-t-il pas également invalidé ceux de Daffeynaïtou ? La réponse est arithmétique : après l’invalidation des résultats de Kalaf, l’UMP se retrouve avec 4796 voix et l’UAD avec 3478 voix dans cette circonscription électorale de Tadjourah. Si les résultats de Daffeynaïtou avaient été invalidés au motif de déplacement illégal.

 

du lieu de vote, ce sont quelque 1060 voix qui auraient ainsi échappé à l’UMP dont le score serait tombé à 3736 voix. L’UAD aurait alors perdu quant à elle 40 voix, son score s’établissant à 3438 voix.

 

Mais il aurait également fallu invalider pour le même motif de déplacement illégal du lieu de vote les résultats de Monkour, dont le bureau de vote, comme chacun le sait, a été déplacé à Dabrima. Dans ce cas, ce sont pas moins de 440 voix qu’aurait perdues l’UMP, l’UAD ne perdant que 174 voix. Le score final dans cette circonscription électorale de Tadjourah aurait été le suivant : 3296 pour l’UMP et 3264 pour l’UAD. Courte victoire de 32 voix : quel citoyen de cette circonscription aurait accepté une telle énormité ?

 

Surtout que si le Conseil Constitutionnel, dans cette optique, s’était montré aussi respectueux de légalité, les résultats du bureau de vote d’Adaylou auraient immanquablement été invalidés. En effet, parmi les nombreux témoignages d’irrégularités soumis à sa « sagacité », il y avait celui du secrétaire de ce bureau de vote, donc nommé par le régime que nous reproduisons ci-dessous.

 

 

 

Une question de bon sens aurait pu se poser au Conseil Constitutionnel : qui a alors rédigé le procès verbal de ce bureau de vote ? Lorsque le Conseil Constitutionnel ose affirmer que les faits ne sont pas établis, il manque de respect non seulement à ses concitoyens, mais avant tout à lui-même ! Devant de telles preuves, les résultats de ce bureau de vote auraient dû être normalement annulés : l’UMP y aurait perdu 834 voix et l’UAD 102. Le score se serait alors établi comme suit : 2462 voix pour l’UMP et 3162 voix pour l’UAD. La circonscription électorale de Tadjourah serait donc logiquement revenue à l’UAD.

 

Là encore, c’est l’effet boule de neige qui aurait prévalu : aucun autre district n’aurait accepté de rester sous le joug du parti unique. Car nul n’en doute : parce que notre victoire est indiscutable, les documents que nous avons produits à l’appui de notre recours en annulation sont tout aussi solides dans les quatre autres circonscriptions électorales de Djibouti, d’Ali-Sabieh, de Dikhil et d’Obock. Ce sont donc toutes ces pièces indiscutables que, dans une insouciance qui n’est que le reflet d’un régime irresponsable, le Conseil Constitutionnel a jugé préférable d’écarter d’un revers de manche lourd de conséquences.

 

Nous examinerons prochainement la typologie générale de toutes les fraudes par lesquelles le régime prétend confisquer la volonté populaire.

 

 

 


 

Cher “ nouveau confrère ” (2)

2ème partie. Les KAAR DAMEER du coq à l’âne : les vrais problèmes de la nationalité

Merci au tout jeune l’Évènement de la Corne d’avoir repris la citation d’Ernest RENAN (1823-1892), Écrivain et Académicien Français sur la définition de la Nation lors d’une Conférence restée célèbre et donnée à la Sorbonne en 1882, parue dans Al-Wahdaa, Édition n° 36 du 31 janvier 2001, sous le titre de La Nationalité : un problème et un Enjeu politique. Certes, à chacun sa Réalité, mais celle-ci tendancieusement traitée ne devient pas pour autant Vérité. Si la bouteille à demie-pleine signifie pessimisme pour certains, la frilosité habite lesdits Optimistes, jusque là incapables de mettre en application l’Accord de Paix définitif du 12 mai 2001, entre le Gouvernement et le FRUD-armé. Pour diriger les optimistes sur cette question, nous rappelons qu’en son titre IV sur les Réformes démocratiques, et principalement en son article 10 sur la Nationalité, l’Accord stipulait : Les personnes dont l’appartenance à la communauté djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes. Or, la volonté de vivre ensemble, qui induit naturellement la formation sinon l’existence d’un État et d’une Nation, dans un pouvoir organisé, n’a pas été le souci majeur du pouvoir au lendemain de l’indépendance.


Pour être plus clair, la question de la Nationalité frappe et touche, depuis cette époque, certaines communautés considérées comme susceptibles de remettre en cause un « ordre national établi », au mépris du Droit le plus élémentaire de l’Etre humain. Loin, bien entendu, de la citation de RENAN qui dit : « Une Nation est une âme, un principe spirituel. L ‘une est dans le passé, l ‘autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs. L’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’ héritage qu’on a reçu indivis».

Trois éléments définissent une Nation : une population, un territoire et un pouvoir organisé. Il ne peut y avoir d’État que si et seulement si, une population existe. Cette dernière est formée de multiples individus qui composent la Nation. Cependant, cette population est normalement liée à l’État par la nationalité, laquelle distingue ce groupement humain entre nationaux et non nationaux ou étrangers avec pour chacun d’entre eux des droits et des devoirs.

Si dans le passé notre territoire était intégré par fait colonial à l’État Français, on ne pouvait imaginer cet État si loin de nous et la formation d’une Nation avec la puissance colonisatrice considérée par le peuple comme étrangère. De la même manière, et pour défendre au mieux ses intérêts dans ce territoire, la France avait choisi l’arme de la division pour demeurer. La notion de consentement mutuel, à vouloir vivre ensemble entre dominé et dominant était donc totalement absente dans ce contexte. Seul le rapport de force en faveur du colonialisme déterminait, l’individu ou le groupe d’individus pouvant faire partie ou non de « son État ».

D’où, l’attribution de la nationalité par la puissance dominatrice était l’arme idéale pérennisant sa présence sur ce territoire. Tout groupe supposé « nuisible aux intérêts de la France », à tort ou à raison, ne pouvait bénéficier d’une quelconque intégration à la nationalité. Cette pratique coloniale a ainsi mis des familles entières dans une situation de Non droit, pire que la situation des étrangers sur leur propre sol, un déni des Droits les plus élémentaires.

Certes, notre jeune confrère l’Évènement de la Corne cite la réponse sans équivoque du Président Dini à une question de M. Ali Couba mais sans préciser toutefois qu’elle était la réalité vécue par des familles entières sous le colonialisme. Nous rappellerons à toutes fins utiles que c’était toujours Dini et Cheiko qui avaient plaidé à Paris et ailleurs en faveur de ces milliers de familles sans pièces d’identité, et contraint les autorités françaises à la régularisation de leur situation avant l’indépendance. La solution a été d’attribuer, en attendant l’accession à la souveraineté nationale, des Cartes d’Identité de Résidents sur le Territoire à ces hommes et femmes.

Ayant voté massivement en faveur de l’indépendance, et malgré la promesse faite par le leader Gouled de faire de ces non-citoyens des vrais Djiboutiens, les porteurs de Kaar Dameer endurent 26 ans après les mêmes injustices, et sur trois générations.

Pire, une politique délibérée destinée à marginaliser certaines communautés a été systématisée depuis 1977, période à laquelle Djibouti a pourtant enregistré un accroissement démographique invraisemblable, mais dont l’explication tire toute sa source dans la loi de 1981 sur la Nationalité, laquelle base l’attribution de la nationalité à une population vivant dans une limite territoriale dénommée « territoires circonvoisins ».

Mieux que le colonialisme cette politique de marginalisation des communautés suspectes frappe non seulement la population citadine mais aussi celles des régions du Nord et du Sud-Ouest.

Dans ces régions, après une enquête que nous avons menée sur le terrain, nous avons été acquis d’une réalité révoltante. En effet, sous le régime colonial, une équipe de la Direction de la population se déplaçait plusieurs fois dans l’année, munis d’un appareil photo instantané, procédait à la régularisation gracieuse de la situation en matière de nationalité des citoyens de ces contrées.

Il s’avère que depuis l’indépendance, à quelques exceptions près, aucun déplacement de ce service n’a été enregistré. D’ailleurs, un des hauts responsables de l’administration centrale dans ces régions nous a confirmé ce manquement irresponsable, puisque conscient de la part du Ministère de l’Intérieur, mais a voulu expliquer cet état de fait par l’impossibilité des populations rurales à payer les quelques centaines de francs occasionnés par la confection des pièces à savoir : les timbres fiscaux, les photos, etc. Le ridicule ne tue pas !

Plus ridicule est qu’il y a tout juste quelques mois avant les dernières législatives, un Directeur d’une Société d’Etat ait été chargé de distribuer des pièces d’identité à des familles de la région nord triées sur le volet , en vue du scrutin de 2003, alors que des milliers d’enfants et parents demeurent en ce début du vingt-troisième millénaire sans justificatif pour leur appartenance à la communauté nationale. D’ailleurs, cela n’a eu aucune suite puisque aucune carte n’a été distribuée !

Quant à la communauté citadine, elle est composé de deux catégories. La première catégorie est oubliée volontairement. Déjà marginalisés par le colonialisme, ces Kaar-Dameeristes et leurs progénitures attendent toujours une régularisation de leur situation de ni citoyen ni étranger. C’est le cas du porteur de la CIR en page 7, né en1946 à Djibouti et grand-père de plusieurs petits-enfants. Et ce n’est pas la colonisation française qu’il rend aujourd’hui responsable de sa situation de quasi-apatride de fait dans sa patrie de droit.

La seconde catégorie de familles, par rapport à la première, n’est pas aussi avantagée, que l’ on croit. Elle se définit par le fait que l’un des deux conjoints soit Étranger, non djiboutien. Dans cette catégorie très importante, le conjoint étranger, quel que soit le nombre d’années de vie commune ou le nombre d’enfants issus de cette union, ne peut bénéficier de l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne, par le lien du mariage.

Il semblerait, que très peu de familles des deux catégories en question arrive tout de même à obtenir ce «droit» par des circuits détournés et certes non officiels, ou moyennant argent. Une pratique valable depuis l’indépendance de notre pays.

Il est donc certain, que ces citoyens entièrement à part ( et non citoyens à part entière ) vivent en raison de leur statut, toujours et depuis des décennies, dans une alarmante situation de Non-Droits, puisque Étrangers dans leur pays.

De par leur statut, ces « mi-citoyens, mi-étrangers » endurent les mêmes problèmes. Leurs Droits et Devoirs sont bafoués quotidiennement. Si, lors des premières années qui suivirent l’indépendance du pays le droit au travail était toléré à la catégorie KAAR DAMEER, ce « droit » ne fut qu’une parenthèse bouclée dès le début des années 80.

Quant aux descendances ( pour les deux catégories ) issues de ces Djiboutiens à part, au moins sur deux générations, bien que bénéficiant de la scolarisation, sont freinées lors des passages des examens : de fin du primaire, du secondaire et au baccalauréat. Aucune chance ne peut s’offrir à elles, quels que soient leurs âges et leurs capacités intellectuelles pour pouvoir suivre des études supérieures à l’Étranger.

Le seul titre de voyage dont ces enfants ont droit, comme d’ailleurs leurs parents (forcément la catégorie Kaar Dameer et le conjoint Étranger pour la seconde), n’est autre qu’un simple « laisser-passer » les autorisant à pouvoir se déplacer vers les pays limitrophes tels que le Somalie, l’Éthiopie et le Yémen. Titre de voyage d’ailleurs très utilisé en période estivale.

Le paradoxe de cette situation humiliante pour toutes ces familles est, que ces « citoyens-spéciaux » forment un électorat de taille. Les détenteurs du pouvoir et leurs hommes de main s’en servent, moyennant finances et promesses, pour un vote en leur faveur lors des élections (législatives et présidentielles).

Ces populations, ni citoyennes, ni étrangères, nombreuses et inscrites depuis l’Indépendance sur les listes électorales du Ministère de l’Intérieur sont, lors de chaque scrutin, victimes des mêmes promesses non tenues par le régime et ses représentants, à savoir:

1- la régularisation de leur situation de citoyen et de celle de leurs progénitures ;

2- le remplacement de la C.I.R par la Carte d’Identité Nationale – C.I.N, et naturellement l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne pour tous les enfants et suivants, issus de cette première catégorie,

3- l’attribution de la C.I.N à celui des deux conjoints Étranger, ainsi qu’aux enfants et petits-enfants.

Une telle situation d’exploitation des faiblesses de ces citoyens ne peut certainement pas déroger à la règle fixée depuis l’indépendance par le régime, et en l’absence d’une réelle démocratie avec des élections transparentes, ces électeurs otages voteront de gré ou de force en faveur du régime en place, soit avec des ordonnances, sinon avec des cartes électorales renouvelées sur simple présentation de l’ancienne carte électorale.

Il est dit, que bon nombre de ces citoyens otages avanceraient même le prix du ou des timbres fiscaux que nécessiterait la nouvelle Carte Nationale, au Candidat choisi dans la tribu par le Parti au pouvoir, pour les législatives; par le Ministre et les Députés de cette même tribu, lors des Présidentielles. Quelle cagnotte, pour l’heureux candidat! Au nom de la Tribu. Joli coup non?

Il est d’abord choquant de voir les dirigeants de notre petite République battre le record de signatures des différentes conventions internationales, et surtout se vanter d’avoir été parmi les dix premiers pays signataires.

C’était, pour ne citer que la dernière en date, la signature de la charte africaine fondant les « États-unis » d’Afrique, initiés par le Colonel Kadhafi. Une heureuse initiative dirait-on, et surtout pour avoir été le 6ème pays à parapher l’intégration inter-africaine.

Seulement, la simple question que ce citoyen-otage du système est en droit de poser à ses gouvernants est la suivante : « Quel serait mon statut dans ces « États-unis » d’Afrique avec ses millions de citoyens, alors que je n’existe pas, statutairement parlant, dans mon minuscule pays et surtout parmi sa très faible population? »

Alors que les conditions de cette catégorie de citoyens n’étaient guère meilleures sous Gouled, l’arrivée au pouvoir de son neveu n’a fait que rendre plus difficiles les possibilités offertes par les lois antérieures sur la délivrance du certificat de nationalité

En effet, publié dans le Journal Officiel du 13 septembre 1999, le Décret n° 99/015/PR/MI abroge et remplace les décrets n ° 82-113/PR du 28Octobre 1982 et le n° 90-0107/PR/INT relatifs à la délivrance du certificat de nationalité.

Ce décret n’apportant aucune avancée pour soulager ces victimes suscitées, introduit en son article 3, nous citons : « Avant l’établissement du certificat de nationalité, le dossier comportant les éléments d’enquête sera transmis pour avis au Directeur de la Population ».

Une nouveauté, puisque le Juge qui ordonne l’enquête auprès des services de police ou de la gendarmerie, après avoir, au regard de la loi sur la question, et des pièces fournies par le demandeur, se voit dans l’obligation de tenir compte, dans sa décision d’attribuer ou non le Certificat de Nationalité, de l’avis du Directeur de la Population.

Ce Juge de nationalité, peut-il juger en son âme et conscience et au regard de la Loi, si telle ou telle autre personne est de nationalité djiboutienne ou pas ? Où se situe « l’avis » du Directeur de la Population face aux responsabilités qui incombent au Juge? .

Ce n’est qu’un frein encore pour que Justice ne soit pas rendue en faveur de tous ces Citoyens, dans la désolation dans leur propre pays.

Le drame de notre pays, c’est qu’aux problèmes légués par la puissance coloniale, sont venus s’ajouter de nouveaux, artificiellement créés par un régime qui non seulement trouve normal de ne pas remédier aux injustices des KAAR DAMEER héritées de la colonisation, mais se permet de surcroît de priver de larges franges de la population nationale de ce droit le plus élémentaire : avoir une patrie.

Si le régime avait pour sa part la conscience tranquille, il y a longtemps que la commission ad hoc sur la Nationalité, prévue à l’article 10 de l’Accord du 12 mai 2001, aurait été mise en place. La violation de cette disposition, une de plus, montre clairement que le régime n’est pas encore disposé à assurer une réelle coexistence entre toutes les composantes de la communauté nationale.

« En voulant extraire l’épine qui est plantée dans sa patte, le chameau ne parvient qu’à l’enfoncer davantage » dit un proverbe du coin.

Une certaine presse spécialisée dans la propagande en faveur du régime aurait été mieux inspirée de ne pas évoquer un tel sujet où, de toute évidence, la culpabilité du parti unique est totale.<

 

 


Le dessous d’un symposium

Courage, fuyons la réalité !

 

En organisant un symposium sur la langue afar à Djibouti, le régime cherche à occulter les vrais problèmes nationaux en récupérant l’admirable travail effectué par des bénévoles. La valorisation des langues nationales ne sera effective que lorsque les droits politiques injustement bafoués seront reconnus aux différentes composantes de notre Nation. Le réveil des langues nationales est donc illusoire tant que sera niée la réalité du sous-développement économique, politique et culturel.

 


 

Un symposium consacré à l’uniformisation des néologismes en langue afar se tient depuis deux semaines au Palais du Peuple à Djibouti. Contre certaines mauvaises interprétations, il convient d’abord de préciser que toute action visant à promouvoir les langues nationales mérite encouragement et soutien. Ce que nous regrettons par contre, c’est l’hypocrisie d’un système qui a fait de la marginalisation de certaines composantes de la communauté djiboutienne une constante de sa politique, tout en feignant de les courtiser au gré de ses déboires intérieurs…

Ainsi, c’est effarés que nous avons pu lire dans « La Nation » que l’organisation de ce symposium découle du respect d’un engagement pris par le Chef de l’État… En matière d’engagements solennels non respectés, nous aurions trouvé beaucoup à dire, tout comme de son courage politique, qu’une voix autorisée, juriste de surcroît, n’a pas manqué de saluer dans une tonitruante interview. Ventre, quand tu nous tiens…

La promotion des langues nationales est la dernière préoccupation de ce régime. Pour preuve, aucune politique d’alphabétisation à grande échelle n’a été menée ici depuis 25 ans. Même sous les régimes dictatoriaux des pays voisins, de grands progrès avaient été accomplis dans ce domaine. Dans cette continuité, chaque Région autonome d’Éthiopie peut en toute liberté enseigner sa langue. L’État érythréen a, quant à lui en dix ans d’existence, beaucoup entrepris pour la valorisation de ses langues nationales, en les enseignant dans les écoles primaires avec un matériel didactique de qualité.

Chez nous, à part l’organisation de séminaires, colloques et autres symposiums à travers lesquels le régime cherche à récupérer le travail des bénévoles, aucune volonté politique n’existe et l’Etat ne fait rien pour subventionner des associations dont certaines fonctionnent depuis 1973 avec de grandes difficultés matérielles et financières.

La tenue d’un symposium à Djibouti, avec la participation des représentants des pays voisins où vivent près de 80% des locuteurs de langue afar, est en soi une bonne chose. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la tentative djiboutienne de vouloir régenter l’avenir d’une langue qui est en fait un patrimoine appartenant à tous ceux qui l’utilisent dans la région. La cooptation d « experts djiboutiens » plus prompts à crédibiliser le régime qu’à sérieusement contribuer à l’enrichissement de la langue afar, en est une parfaite illustration. A voir ces messieurs s’extasier à longueur de journée sur le mérite du pouvoir djiboutien dont la volonté politique aurait permis de sauver la langue afar, il y a manifestement d’autres enjeux sans rapport avec la promotion d’une culture menacée.

Tout comme le symposium sur la langue somali, tenu il y a un an, n’a pas concrètement fait avancer le développement de cette langue où le bien-être de ses locuteurs dans notre pays, il est fort à craindre que ni le destin de la langue afar ni celui de ses locuteurs, ne sera amélioré ici tant que la philosophie de l’esbroufe ne sera pas abandonnée.

Ces réserves étant posées, il convient de saluer le mérite des bénévoles altruistes qui se sont dépensés sans compter pour faire de ce symposium une base de départ pour la promotion réelle des langues nationales injustement écartées de l’enseignement public djiboutien.

La formation des formateurs doit être rapidement mise sur pied si l’on veut vraiment donner à ces langues la place qui leur revient dans notre système éducatif déjà fort mal en point. L’uniformisation des termes est nécessaire et utile, si l’on tient compte des propositions formulées par ceux qui sont les plus avancés en la matière, sans oublier que tous les locuteurs n’ont pas la même histoire coloniale ni le même environnement démographique.

Or, les séquences du symposium diffusées à la télévision font clairement apparaître la volonté de certains de faire main basse sur les travaux et ce malheureusement aux dépens de l’efficacité. Ce n’est pas parce qu’il a financé l’organisation de ce symposium que le régime doit s’attendre à en tirer un quelconque bénéfice politique.

Car il est illusoire de prétendre promouvoir une langue tout en niant les droits primordiaux de ses locuteurs. A commencer, dans le contexte actuel, par le droit de librement choisir par les urnes ses représentants politiques les plus à même de justement leur assurer un réel développement dans toutes ses dimensions.<

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 40 du mercredi 26 février 2003

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Réalité numéro 40 du mercredi 26 février 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Le Conseil Constitutionnel nous répond
  3. Nous répondons au Conseil Constitutionnel
  4. Communiqué de presse de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 40

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

DANGEREUSEMENT RIDICULE

Le sentiment d’injustice est le stimulus fondamental de toute réaction violente à l’échelle des individus, de groupes sociaux ou de sociétés. L’antidote en a été la création d’instances juridictionnelles sous toutes leurs formes. L’institution judiciaire a comme raison d’être la gestion des contradictions qui lui sont soumises, sa fonction essentielle étant la régulation des rapports entre les justiciables avec, comme objectif final, d’empêcher que soit atteint le niveau de la violence par réaction à l’injustice subie.

Nonobstant les imperfections inhérentes à toute œuvre humaine, la Justice existe donc pour faire respecter les normes, maintenir les équilibres et dire la MESURE en toute circonstance. Elle évite par conséquent le chaos en instaurant la cohésion. Sa responsabilité est déterminante dans la vie des Etats

C’est pourquoi cette institution constitue l’ultime recours et l’unique alternative contre la loi de la jungle entre les humains. Ainsi, elle s’impose à tout le monde de la même manière par les mêmes textes avec la même autorité, aux gouvernants comme aux gouvernés, aux administrations comme aux administrés, aux individus comme aux groupes.

Jamais l’institution judiciaire nationale n’a abandonné dans un pays pour quelque cause que ce soit la place qui est la sienne sans que celle-ci ait été soit occupée par une instance internationale soit investie par l’anarchie violente.

Évidemment, sa présence ou son effectivité ne saurait jamais se résumer à des mots proférés, des phrases alignées et des signatures apposées par des agents affectés à cette tâche, le tout n’ayant d’autres rapports que le nom avec la Justice.

Tout aussi évidemment, son inexistence n’est pas seulement attestée par le vide juridique (absence de textes) ou par l’absence de magistrat ou de locaux de siège.

La Justice existe ou non selon qu’elle assure ou pas la fonction qui justifie sa création. Malheureusement à Djibouti, nous assistons avec regret et inquiétude à la disparition claire de cette institution, réduite à une navrante caricature : lorsqu’elle ne prend pas une décision indispensable, ou lorsque la décision prise n’est pas exécutée ou alors sans rapport avec les griefs reprochés et les dispositions violées de la loi ; lorsque le Tribunal du Contentieux Administratif de Djibouti n’a pas rendu une seule décision depuis 1996, refusant même de siéger pour examiner une plainte ; lorsque enfin le Conseil Constitutionnel se permet de rejeter une requête à lui soumise en matière de contentieux électoral sans se donner la peine de procéder à la moindre instruction du dossier, se contente de mots ne correspondant pas à leur objet pour justifier ce rejet.

Il est à craindre que la République de Djibouti ne se soit engagée sur une pente très dangereuse d’anarchie et de chaos. Où il risque de se livrer un jeu sans règle ni arbitre, tout silence étant considéré comme approbation et toute protestation comme une menace à réprimer, pour finir, après exténuation du pays et de ses habitants, par rechercher dans d’interminables réunions tenues à l’étranger une cohésion nationale perdue à domicile par la Mort de la Justice.

Comme nous avons publié dans notre numéro du 29 janvier 2003 notre recours en annulation devant le Conseil Constitutionnel, nous publions intégralement dans ce numéro de « Réalité » la décision de cette juridiction, avec le minimum de nos commentaires, afin de permettre au lecteur la comparaison et l’appréciation.

 

 


 

Le Conseil Constitutionnel nous répond

Au bout d’un peu moins d’un mois, le Conseil Constitutionnel nous a fait parvenir, en guise de réponse, le texte suivant que nous reproduisons dans son intégralité pour permettre au lecteur de saisir l’ampleur du vide.


Décision n°02/2003 du 20 février 2003

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,

Vu la requête présentée par Messieurs AHMED DINI AHMED, ISMAEL GUEDI HARED, DAHER AHMED FARAH, MOHAMED DAOUD CHEHEM, ALI OSMAN BOULHAN, HAMAD ABDALLAH HAMAD, FARADA WITTI MOHAMED, ABDOULKADER AHMED HASSAN, HAMAD YOUSSOUF HOUMED, ALI MAHAMADE HOUMED, ADAN MAHAMED ABDOU et IDRISS MAHAMED HASSAN, membres de la liste de «l’ U.A.D.», demeurant tous à Djibouti, déposée au secrétariat général du Conseil Constitutionnel le 23 Janvier 2003, tendant à l’annulation des opérations électorales auxquelles il a été procédé le 10 Janvier 2003 dans les circonscriptions de Djibouti, d’Ali-Sabieh et de Dikhil, et à l’invalidation des résultats officiellement proclamés en faveur des listes « U.M.P. » dans les circonscriptions électorales d’Obock et de Tadjourah en y déclarant élues les listes de l’U.A.D. en lieu et place de celles de l’U.M.P. ;

Vu l’article 77 de la Constitution ;

Vu la loi organique n°1/AN/92 relative aux élections ;

Vu la loi organique n°2/AN/1993 3è L du 07 Avril 1993 modifiant les articles 40, 55 et 61 de la loi organique n°/AN/92 du 29 Octobre 1992 ;

Vu la loi organique n°1/AN/02/4ème L portant modification de l’article 40 de la loi organique n°/AN/93 du 07 Avril 1993 et de l’article 41 de la loi organique n°/AN/92 du 29 Octobre 1992 relative aux élections ;

Vu la loi n°/AN/92/2è L relative aux partis politiques en République de Djibouti ;

Vu la loi organique n°/AN/93/3è L du 07 Avril 1993 fixant les règles d’organisation et de fonctionnement du Conseil Constitutionnel ;

Vu le règlement du 10 Juillet 1993 applicable à la procédure suivie devant le Conseil Constitutionnel pour le contention des élections (Application de l’article 54 de la loi organique n°/AN/93/3è L du 07 Avri11993) ;

Vu le décret n°002-0198/PR/MID du 30 Septembre 2002 portant composition et fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante ;

 

Vu le décret n°002-0247/PR/MID du 08 Décembre 2002 portant convocation du collège électoral pour les prochaines échéances législatives ;

Vu le décret n°002-0248/PR/MID du 08 Décembre 2002 fixant la date des élections législatives ;

Vu le décret n°002-0254/PR/MID du 15 Décembre 2002 portant création de la Commission de propagande ;

 

Vu le décret n°002-0255/PR/MID du 15 Décembre 2002 fixant les modalités d’organisation du scrutin du 10 Janvier 2003 portant élection des membres de l’Assemblée Nationale ;

Vu le décret n°002-0261/PR/MID du 25 Décembre 2002 portant publication des listes des candidats en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003 ;

Vu l’arrêté n°002-0936/PR/MID du 25 Décembre 2002 portant composition des membres des bureaux de vote en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003;

Vu l’arrêté n°02-0937/PR/MID du 25 Décembre 2002 fixant le nombre et l’emplacement des bureaux de vote en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003;

Vu l’arrêté n°003-0046/PR/MID du 09 Janvier 2003 portant modification de l’arrêté n°002-0936 fixant les membres des bureaux de vote en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003 ;

Vu l’arrêté n°003-0047/PR/MID du 09 Janvier 2003 portant modification de l’arrêté n°003-0937 fixant le nombre et l’emplacement des bureaux de vote en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003 ;

Vu la proclamation du Conseil Constitutionnel en date du 14 Janvier 2003 faisant connaître les résultats provisoires des élections du 10 Janvier 2003 ;

Vu le rapport des observateurs internationaux ;

Vu le rapport de la Commission Électorale Nationale Indépendante « C.E.N.I. » du 29 Janvier 2003 ;

Vu les autres pièces produites et jointes au dossier ;

Le rapporteur ayant été entendu et après en avoir délibéré.

I – EN LA FORME

SUR LA RECEVABILITÉ DE LA REQUÊTE :

1. Considérant que les partis politiques et les candidats susmentionnés ont introduit leur recours dans les formes et délai prescrits par les articles 75 et 77 de la constitution et ainsi que les articles 70, 71 et 72 de la loi organique n°1/AN/92 relative aux élections; qu’en conséquence leur requête est recevable ;

II – AU FOND

SUR LE MOYEN TIRE DE LA VIOLATION PAR L’ADMINISTRATION DU PRINCIPE CONSTITUTIONNEL DE LÉGALITÉ :

2. Considérant que les requérants exposent que la rétention délibérée des cartes d’électeurs et le refus opposé par l’Administration aux partis politiques d’opposition regroupés au sein de 1’« U.A.D. » de consulter les listes électorales, constitueraient la rupture caractérisée du principe de légalité dont la grave conséquence aurait été la privation de la majorité du corps électoral national (52 %) de la jouissance et de l’exercice du droit de suffrage universel, direct et égal; qu’ils demandent en tout état de cause l’annulation du scrutin ;

3. Considérant que le principe de légalité exprime la soumission de l’administration à l’ensemble des normes juridiques du système djiboutien de droit ; que l’effectivité du respect du principe de légalité est assurée par le Conseil Constitutionnel pour ce qui est de la conformité de la loi à la Constitution et par le Conseil du Contentieux Administratif pour les autres textes normatifs; que la soumission de l’administration djiboutienne au principe de légalité conditionne en tout le respect et la protection des droits de la personne.

4. Considérant que le principe de légalité est un principe fondamental de l’action administrative, déduit du libéralisme politique, à titre de garantie élémentaire des administrés, et selon lequel l’administration ne peut agir qu’en conformité avec le Droit, dont la loi écrite n’est qu’un des éléments ;

5. Considérant que les circonstances ainsi évoquées ne sont pas suffisamment établies; que dès lors les griefs invoqués par les auteurs de la saisine doivent être rejetés.

SUR LE MOYEN TIRE DE LA VIOLATION PAR L’ADMINISTRATION DU PRINCIPE CONSTITUTIONNEL D’ÉGALITÉ :

6. Considérant que les requérants soutiennent que le décret no2002/0198/PR/MID portant composition et fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante « C.E.N.I. » serait contraire au « principe d’égalité des citoyens devant la loi » ; que l’annulation des élections législatives du 10 Janvier 2003 s’impose du chef de la violation de ce principe susvisé puisqu’elles se seraient déroulées en totale méconnaissance des droits d’égalité consacrés par la Constitution;

7. Considérant que le législateur a prévu le nombre et la désignation des membres de la CENI ; qu’aux termes des articles 3 et 7 il a défini ce qu’il entendait par la composition et la représentation en question; qu’en outre, l’article 3 du décret déféré précise « au niveau du District de Djibouti que trois (3) membres sont désignés par le Gouvernement; trois (3) membres sont désignés par le Président de l’Assemblée Nationale en tenant compte de sa configuration politique; trois (3) magistrats du siège élus en Assemblée Générale des magistrats; trois (3) représentants de la Société Civile; une (1) personne désignée par chaque parti politique régulièrement constitué; que, chaque institution choisit ou élit un titulaire et un suppléant jusqu’à concurrence du quota qui lui est affecté» ; qu’enfin, l’article 7 dudit décret fixe la représentation de la CENI dans chaque circonscription électorale des quatre districts de l’intérieur; qu’il ressort de l’examen des dispositions du texte précité une représentation égale des membres entre les partis ou groupements politiques au sein de la CENI ; qu’en outre cette dernière a d’ailleurs dans son rapport indiqué « il y a lieu de regretter, d’emblée le refus de partis de l’opposition de présenter leurs représentants au sein de la CENI » ; (Cf paragraphe p.5 du Rapport de la CENI) ; qu’enfin le Conseil Constitutionnel constate que le législateur a pris en compte la diversité du corps social et répond au souci d’équilibre qui caractérise la démocratie; que dès lors les dispositions contestées par l’U.A.D. ne sauraient être appréciées comme ayant méconnu le principe constitutionnel d’égalité; qu’en conséquence le grief tiré d’une violation de ce principe constitutionnel d’égalité ne saurait être accueilli ;

SUR LE MOYEN TIRE DE L’EXCÈS DE POUVOIR :

8. Considérant que les requérants font valoir à l’appui de leur réclamation les griefs suivants: utilisation des forces armées nationales pour priver l’U.A.D. de surveiller le déroulement des élections dans beaucoup de bureaux de vote, arrestation, agression, séquestration et expulsion des délégués, enlèvement des urnes contenant des bulletins avant le dépouillement, refus aux délégués d’accompagner ces urnes, empêchement des délégués d’avoir accès aux bureaux des Commissaires de la République où sont regroupés, et au besoin falsifiés, les résultats avant leur transmission au ministère de l’Intérieur, violation de l’article 10 de la constitution par l’irruption de ces forces de défense et de sécurité dans les bureaux de vote ;

9. Considérant que le bon déroulement des élections démocratiques et, partant, le bon fonctionnement des pouvoirs publics constitutionnels, supposent que soit pleinement respecté le droit constitutionnel électoral, conférés aux citoyens électeurs par l’article 8 de la Constitution, et que, Citoyens comme Gouvernement puissent utiliser sans entrave les procédures et moyens de défense mises à leur disposition à ces fins ;

10. Considérant que cette double exigence implique qu’il ne soit pas fait un usage manifestement excessif de ces droits;

11. Considérant qu’il appartient aux pouvoirs publics d’assurer la conciliation entre, d’une part, l’exercice des droits et libertés constitutionnellement garantis et d’autre part, la prévention des atteintes à l’ordre public et notamment des atteintes à la sécurité des personnes et des biens qui répond à des objectifs de valeur constitutionnelle;

12. Considérant que les mesures de Police prises par le Ministère de l’Intérieur en vue de circonscrire d’éventuelles manifestations de personne aux lieux avoisinants et à leur accès, d’assurer le bon déroulement du scrutin (circonstances qui font craindre des troubles graves à l’ordre public) ;

13. Considérant que les exposants se bornent à mettre en cause les conditions générales du scrutin sans justifier aucun grief précis de nature à porter atteinte et à altérer la liberté et la sincérité du scrutin; que, par suite, la requête doit être rejetée ;

14. Considérant que si, par ailleurs, les requérants soutiennent que les délégués des listes de candidats de l’U.A.D. n’étaient pas présents auprès des Présidents de certains bureaux de vote concernés lors des opérations de vote et de dépouillement, non plus que lors de la signature de certains procès-verbaux, il n’est ni allégué dans lesdits procès-verbaux ni établi que ces délégués aient été empêchés d’être présents et de surveiller ainsi les opérations électorales; que les griefs allégués ne sauraient donc être retenus; qu’en tout état de cause les auteurs de la saisine qui font état d’usage de faux s’agissant des Procès-Verbaux des opérations de vote n’apportent pas en l’état la preuve des faits allégués; que, dès lors, ledit moyen sera écarté ;

SUR LES OPERATIONS ELECTORALES DANS LES DISTRICTS

15. Considérant que les différents candidats et partis politiques ont demandé l’annulation et l’invalidation des résultats du scrutin des circonscriptions électorales ci-après :

A) Circonscription de Djibouti :

16. Considérant que les requérants soutiennent en premier lieu, que la circonscription électorale de Djibouti compte 142 bureaux et totalise 37 sièges en invoquant que la rétention des cartes procéderait une parfaite connaissance du fichier électorale tenu à jour conformément à l’article 1er du décret n°93-OO23/PR/MI qui comprend tous les éléments permettant d’identifier les électeurs et de les situer politiquement ; qu’ils contestent, en particulier, en deuxième lieu, la délivrance et l’utilisation abusives des ordonnances et, en troisième lieu, la modification de l’arrêté fixant le nombre et l’emplacement des bureaux de vote ;

17. Considérant que si les demandeurs mettent en cause les conditions dans lesquelles il aurait été délivré des ordonnances abusives du Juge à certains électeurs, ils n’apportent pas en tout état de cause aucun commencement de preuve à l’appui de leurs allégations, que de tels griefs ne peuvent être accueillis ;

18. Considérant qu’il est loisible au législateur, dans un but d’intérêt général, de modifier, d’abroger ou de compléter des dispositions qu’il a souverainement prises, dès lors qu’il ne méconnaît pas les dispositions légales. Le fait que de telles modifications entraînent des conséquences sur des bureaux de vote de Djibouti en application de dispositions législatives antérieures n’est pas en lui même de nature à altérer la sincérité du scrutin.

B) Circonscriptions d’Ali-Sabieh, de Tadjourah, de Dikhil et d’Obock :

19. Considérant que les requérants invoquent à l’appui de leurs réclamations les griefs relatifs à la rétention par l’Administration, à la disposition de la liste U.M.P., de la totalité des cartes d’électeurs qui aurait été aggravé par des instructions écrites du Commissaire de la République de Dikhil aux Présidents des bureaux des votes leur enjoignant de faire voter sans contrôle d’identité tout électeur se présentant avec une carte d’électeur, l’utilisation des cartes d’électeurs sans indication d’adresse, l’absence de toute mention d’une pièce d’identité, l’absence de toute indication relatif aux lieux d’emplacement et aux numéros du bureau des votes, l’établissement des cartes d’électeurs sur la base d’une liste unique, condition de délivrance et validité douteuse des cartes d’électeurs.

20. Considérant que les requérants n’apportent aucune justification des irrégularités annoncées, le Conseil rejette la requête en précisant qu’après examen des procès-verbaux des opérations de vote et des feuilles de pointage il n’apparaît pas que les opérations électorales aient été entachées d’irrégularités susceptibles de fausser la sincérité du scrutin dans les districts d’Ali-Sabieh, de Tadjourah, de Dikhil et d’Obock.

21. Considérant que le Conseil Constitutionnel relève dans les différents procès verbaux que les délégués des candidats de l’U.A.D. étaient bel et bien présents dans les différents bureaux de vote de circonscriptions ci-dessus rappelés et ont contresigné lesdits procès-verbaux sans aucune observation; que le Conseil note également que la plupart des procès-verbaux sont accompagnés par les fiches de résultats signées non seulement par les présidents des bureaux de vote, mais aussi par les délégués des candidats de l’U.A.D. ; qu’il en résulte donc que toutes les prétentions des requérants ne sont pas fondées.

PAR CES MOTIFS

DECIDE

En la Forme :

– Article 1er– Déclare recevable la requête de l’U.A.D.

Au Fond :

Sur les opérations électorales dans les quatre districts :

a) Circonscription de Djibouti :

– Déclare non fondée la requête de l’U.A.D. et la rejette.

b) Circonscriptions d’Ali-Sabieh. de Tadjourah. de Dikhil et d’Obock :

– Déclare non fondée la requête de l’U.A.D. et la rejette.

– Article 2 – Rejette toutes les demandes des candidats et du groupement politique de l’U.A.D.

– Déclare élus les candidats de la liste U.M.P. dans les circonscriptions de Djibouti, d’Ali-Sabieh, de Tadjourah, de Dikhil et d’Obock.

– Article 3 – La présente décision sera notifiée à l’U.A.D., l’U.M.P. et au Président de l’Assemblée Nationale et publiée au Journal Officiel de la République de Djibouti selon la procédure d’urgence.

 


Nous répondons au Conseil Constitutionnel

Nous ne nous étalerons pas ici sur l’aspect uniquement juridique. Nous avons écrit dans notre communiqué que le Conseil Constitutionnel n’a pas instruit notre requête. Il abonde dans notre sens puisque, après avoir égrené comme de coutume et de façon à la fois didactique et incantatoire, une série de textes de loi (toute une page censée démontrer quelque sérieux et solennité, lois, décrets, arrêtés et deux rapports), il reconnaît explicitement n’avoir entendu que le rapporteur, sans le nommer…

En dehors du président, qui ne peut avoir donné que le point de vue du profane, les autres membres du Conseil Constitutionnel ont suffisamment touché au droit public ou privé pour savoir qu’un contentieux électoral, qu’il concerne le législatif ou le présidentiel) qui relève dans ces cas de la compétence du juge constitutionnel (ou régional ou communal, auxquels cas c’est le tribunal du contentieux administratif qui est compétent), est une affaire trop sérieuse pour être expédiée aussi vite et si partialement.

Que nos juges nous permettent donc de leur rafraîchir la mémoire estudiantine en leur rappelant que parmi ses principales caractéristiques, l’instruction est une procédure écrite, qui se fait par la rédaction et l’échange des mémoires des parties et l’examen des procès verbaux des mesures d’instruction. Elle est aussi inquisitoriale, c’est-à-dire dirigée par le juge et uniquement par lui, qui organise les échanges de mémoires et impartit les délais de réponse. Elle est enfin contradictoire, la contradiction étant un principe général de Droit qui impose qu’aucun élément de l’affaire à juger ne puisse être discuté par les parties.

Ainsi, une part essentiel de notre dossier se fondait sur les rapports, de nos délégués comme des représentants de la CENI (celui du bureau de vote de Daffeynaïtou par exemple, dont les propos suffisaient à invalider les résultats de ce bureau de vote), mais également sur les témoignages de notables se plaignant de nombreuses irrégularités dont ils ont été témoins et victimes. Dans ces circonstances, il était du devoir du Conseil Constitutionnel, conformément à l’article 46 de la loi fixant ses règles d’organisation et son fonctionnement, de diligenter une véritable enquête, non seulement en se faisant communiquer tous documents et rapports ayant trait à l’affaire, mais aussi en vérifiant, de façon contradictoire, la véracité des faits évoqués par les rapports de nos délégués et les témoignages des notables. S’il s’avérait lors de l’instruction que les faits relatés n’ont aucune réalité, le Conseil Constitutionnel l’aurait certainement relevé et nous en aurions subi les conséquences prévues par la loi. Voyons à présent le détail de ce déni de droit.

 

Du 2ème au 5ème considérant

 

Le Conseil Constitutionnel prétend ici démonter notre argumentation selon laquelle l’administration aurait volontairement procédé à une rétention massive des cartes électorales. Il est en effet clair qu’un Etat qui n’est même pas capable de distribuer ces cartes aux citoyens afin qu’ils remplissent leur devoir électoral n’est pas un Etat digne de ce nom : tout juste pourrait-on parler de proto-Etat.

De plus, des semaines avant le jour du scrutin, l’UAD avait alerté tant le ministère de l’Intérieur que le Conseil Constitutionnel de ce que ces cartes n’étaient ni convenablement ni équitablement distribuées, tant dans la circonscription électorale de Djibouti qu’en ce qui concerne les districts de l’Intérieur. Si le Conseil Constitutionnel trouve normal que le taux d’abstention dépasse les 70% dans la circonscription électorale d’Ali-Sabieh, il ne convaincra personne qu’en l’espèce, que « la soumission de l’administration djiboutienne au principe de légalité conditionne en tout le respect et la protection des droits de la personne. » : chacun sait à quoi s’en tenir quant à cette prétendue neutralité de notre administration.

Ce n’est certainement pas sa seule incompétence qui explique le fait que les électeurs d’Ali-Sabieh n’ont majoritairement pas pu entrer en possession de leurs cartes.

De plus, comment le Conseil Constitutionnel ose-t-il prétendre que « les circonstances ainsi évoquées ne sont pas suffisamment établies » alors qu’il avait été saisi, au niveau de la rétention des cartes et de la mise à notre disposition des listes électorales, par l’UAD dès le 26 décembre 2002 à 10 heures, démarche qu’il a lui-même répercuté deux jours plus tard en saisissant le ministère de l’Intérieur, avec ampliation au Président de la CENI, sans qu’une suite n’y soit donnée par le destinataire ? Ainsi, en violation de la loi, l’administration a refusé de mettre les listes électorales à la disposition de l’UAD. Enfin, le Conseil Constitutionnel méconnaît dans ses considérants et conclusions les violations patentes des articles 8 et 12 de la loi organique n°1/AN/92 du 29 octobre 1992 relative aux élections, ce qui constitue bel et bien une rupture manifeste de la légalité.

Du 6ème au 7ème considérant

Dans son recours, l’UAD a contesté le rôle de la CENI à deux niveaux. Tout d’abord quant aux conditions de sa création : celle-ci était posée par l’article 16 de l’Accord de paix du 12 mai 2001, signé entre le FRUD-armé et le gouvernement, et dont l’article 24, relatif à son application, stipulait en son point b que « Les deux parties signataires du présent Accord conduiront de concert l’application stricte et honnête de la totalité de son contenu et de toutes autres mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses objectifs ».

La création unilatérale de la CENI constitue donc une violation de l’Accord de paix dont s’est rendu coupable non seulement le gouvernement à ce niveau, mais aussi de toute personnalité ayant accepté de siéger, après le 12 mai 2001, au sein du Conseil Constitutionnel dont, au termes de l’article 11 dudit Accord, le fonctionnement et la composition devaient être revus par les deux parties signataires.

Second niveau, c’est celui de la représentation au sein de cette CENI : le quota dérisoire consenti aux autres partis politiques interdisait aux représentants de l’UAD tout contrôle sérieux des opérations électorales. Les larmes de crocodile versées au sujet de notre refus de participer aux travaux de cette instance n’y changeront rien : la CENI s’est totalement discréditée, malgré quelques réticences de certains de ses membres ayant refusé de participer à cette imposture.

Si, considérant ces deux aspects, le Conseil Constitutionnel ose affirmer qu’aucune légalité n’a été rompue, il ne fait que confirmer l’absence de toute légalité en République de Djibouti.

Du 8ème au 14ème considérant

Nous avons évoqué dans nos colonnes cette « militarisation des urnes » qui donnait des allures martiales au dernier scrutin législatif. Dans les circonscriptions électorales d’Ali-Sabieh, de Dikhil d’Obock et de Tadjourah, les urnes avaient en effet été confisquées par les militaires. Parfois, devant des dizaines de témoins, dont un membre de la CENI, qui l’a confirmé par écrit, à Aba’a, nos délégués avaient été expulsés du bureau de vote, emprisonnés et même physiquement agressés, nécessitant soins et constats médicaux

Sans instruire le dossier en recherchant d’éventuels témoins de telles violations, le Conseil Constitutionnel s’est contenté d’ignorer nos affirmations en les décrétant sans fondement parce que les procès verbaux (non signés par nos délégués, contrairement à ce qu’il prétend) n’en feraient pas mention. De là à voir dans ces violations, agressions et autres séquestrations de simples « mesures de Police prises par le Ministère de l’Intérieur en vue de circonscrire d’éventuelles manifestations de personne aux lieux avoisinants et à leur accès, d’assurer le bon déroulement du scrutin », il n’y a que banale nuance dans le ridicule.

Du 15ème au 18ème considérant

Les contorsions justificatives du Conseil Constitutionnel n’y changeront rien : la modification par décret présidentiel des numéros des bureaux de vote, intervenue la veille du scrutin, est totalement illégale puisque la loi fixe un délai de 14 jours. Prétendre que l’arrêté n°003-0047/PR/MID du 09 Janvier 2003 portant modification de l’arrêté n°003-0937 fixant le nombre et l’emplacement des bureaux de vote en vue des élections législatives du 10 Janvier 2003 relève du loisir laissé « au législateur, dans un but d’intérêt général, de modifier, d’abroger ou de compléter des dispositions qu’il a souverainement prises, dès lors qu’il ne méconnaît pas les dispositions légales » ne trompe que ceux qui veulent être trompés.

Malheureusement, tous les électeurs de la circonscription de Djibouti-ville concernés par ce changement illégal de dernière minute (28.818 électeurs inscrits répartis sur 42 bureaux de vote) ne maîtrisant pas les techniques de vote aussi bien que ceux de Daffeynaïtou ( électeurs les plus rapides du monde, si l’on en croît les résultats officiels de 1100 votants pour une urne ne pouvant contenir que 700 bulletins), une part non négligeable de l’abstention est à rechercher dans la désorientation qu’a enfin organisée ce décret présidentiel modificatif. Avoir édicté une loi ne confère pas le droit de la violer !

Du 19ème au 21ème considérant

Le Conseil Constitutionnel n’ayant manifestement ici aucun argument à nous opposer, a préféré ignorer un point essentiel de notre argumentaire : l’établissement d’une liste unique pour les circonscriptions de l’Intérieur est totalement illégal ! Cet aspect a même été évoqué par les observateurs internationaux qui estimaient que « La possibilité laissée aux électeurs, dans les 4 districts de province, de voter dans le bureau de leur choix (sans affectation précise à un lieu de vote dans un des bureaux du district), est génératrice de difficultés, et ne permet pas de procéder clairement au contrôle des opérations électorales. Il s’agit en fait de les empêcher où aller pour remplir leur devoir électoral.

Enfin, le Conseil Constitutionnel ne nous a pas non plus répondu sur un autre point : faire respecter la loi en mettant à notre disposition toutes les listes électorales, la confrontation contradictoire et transparente de nos accusations avec les procès verbaux de chaque bureau de vote ainsi que le contrôle des listes d’émargement afin de vérifier, par les empreintes digitales, l’identité de chaque électeur. Mais une telle rigueur dans la procédure lui demanderait un sérieux et des efforts qui ne semblent pas pour le moment relever de sa mission. Dommage pour notre Démocratie et par conséquent pour les citoyennes et citoyens djiboutiens.

 


 

Communiqué de presse de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE

U.A.D

ARD, UDJ, MRD, PDD

Djibouti, le 23 février 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

Convaincue d’avoir été spoliée de sa victoire aux dernières législatives du 10 janvier par de fraudes aussi grossières que massives, l’UAD a saisi le Conseil Constitutionnel le 23 janvier 2003 aux fins d’invalidation.

Par sa patience, l’UAD a démontré son attachement à la consolidation de la paix civile et à l’avènement de la Démocratie après 25 ans de monopartisme, légal ou déguisé.

Par une décision en date du 20 février, le Conseil Constitutionnel a purement et simplement rejeté notre requête sans aucune instruction, ni justification en droit ou en fait.

Il s’agit là d’un grave déni de droit que l’UAD ne saurait en aucun cas cautionner car sont ainsi légalisées les violations aux droits civiques sur lesquelles se fonde le régime en place. Il n’est donc pas question que l’UAD avalise de telles entraves à la Démocratie, qui ne sont que mépris de l’expression populaire.

En conséquence, l’UAD désapprouve et condamne cette décision infondée du Conseil Constitutionnel et en appelle à la mobilisation pacifique du Peuple : étant source de toute véritable légitimité, c’est au Peuple Djiboutien qu’il appartient désormais d’en tirer les conséquences, en oeuvrant pacifiquement pour le respect du verdict des urnes et pour l’instauration d’un État de droit digne de ce nom.

 

 

 


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