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Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

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Réalité numéro 99 du mercredi 2 juin 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Quand la vie part en fumée
  4. Interview de M. Noël Abdi à la BBC
  5. Le djibouto-pessimisme
  6. Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va
  7. Lâche moi ? les baskets
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 99

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE BEEFSTEAK DU DEPUTE

(SUR UN CANAPE D’AVOCAT)

A force de n’en voir que l’aspect le plus servilement caricatural, nos concitoyens en sont venus à ne plus très bien comprendre à quoi peut servir un député sous ce régime de figuration et dans cette Constitution qui réduit le pouvoir législatif à sa plus simple expression : donner l’illusion d’une volonté populaire que le système de fraude généralisée se charge par ailleurs de détourner. Pourtant, à sa modeste dimension, le député version RPP se démène comme un beau diable dans au moins deux rayons : l’intervention et l’interpellation.

L’intervention tout d’abord : avec le phénomène du bras-cassé, c’est une spécialité typiquement djiboutienne, en tout cas dans sa banale quotidienneté. Rares sont ceux qui, à tous les niveaux de l’échelle sociale, n’ont pas un jour sollicité une démarche d’intervention à laquelle tous les députés se prêtent volontiers. Le système politico-administratif fonctionnant sur la base du favoritisme partisan (qui connais-tu au lieu de que connais-tu ?), intervenir au profit d’un cousin ou d’un proche est la première raison d’être du député. Il (et elle depuis peu) a trouvé un mécanisme de clientélisme si rôdé qu’il lui serait bien prétentieux et certainement suicidaire d’ignorer ou de remettre en cause.

La question de la contestation ne se pose même pas, autrement il (ou elle) n’aurait pas été coopté(e) dans ce rôle si son patron n’était pas sûr qu’il (ou elle) accepterait ce rôle. Donc, le député djiboutien mal élu vole d’intervention en intervention : plus qu’une pratique mondaine que laisserait supposer une fréquentation des couloirs bureaucratico-politiques nettement supérieure à la moyenne mondiale (il suffit de voir le monde qu’il y a à la Cité ministérielle), c’est pratiquement son gagne-pain.

Le second beefsteak du député RPP, c’est l’interpellation des membres du gouvernement lorsque le calendrier des sessions oblige ces animaux politiques à descendre dans l’arène parlementaire. C’est d’ailleurs le seul pouvoir qu’une Constitution hybride, née dans l’urgence d’un conflit civil, accorde aux représentants du Peuple : gueule et rentre chez toi ! Justement, il y a quelques jours, un de ces députés, peut-être plus affamé que d’autres, a violemment interpellé un membre du gouvernement. Tempête dans un verre d’eau : la petitesse de l’exploit n’a d’égal que son caractère totalement déplacé.

Ainsi donc, mais peut-être faut-il mettre son agressivité sur le compte d’une indigestion (certains repas copieux passent mal en saison chaude) un député, apparemment l’intellectuel des petits bancs parlementaires, a violemment pris à partie le Ministre accessoirement de la Culture et principalement des médias publics. Motif de son ire : pourquoi le gouvernement tolère-t-il les dérives diffamatoires d’une presse d’opposition qui n’épargne ni les personnes si les institutions ? Et de se livrer à une confidence : lors de ses voyages à l’étranger, ce député VIP/VRP frôlerait même l’excédent de bagages puisqu’il transporterait de nombreux exemplaires de cette presse infamante, histoire de démontrer que Djibouti est plus tolérante que Washington où le dernier film de Michael Moore, Palme d’Or 2004 à Cannes, cherche encore distributeur. Et le Ministre porte-parole du gouvernement de bafouiller, magnanime, que c’est là un des effets pervers de la démocratie djiboutienne, dont profiteraient l’opposition ingrate et sa presse irresponsable.

Le seul problème, c’est qu’avant d’être bon prince, il faut être prince : quand on accède à la députation au terme d’une fraude électorale aussi criante et que l’on ne respecte pas soi-même un minimum de légalité, en ouvrant par exemple les médias publics à toutes les sensibilités politiques, on est vraiment le moins bien placé pour donner des leçons de tolérance ou de responsabilité.

Au demeurant, chacun sait que la presse d’opposition n’a pas à diffamer pour être persécutée, les multiples procès d’intention intentés au Renouveau et à son directeur de publication sont là pour nous rappeler à quel point nous ne sommes qu’en sursis : tant qu’il sera nécessaire pour le régime de singer la démocratie, autant que les limites de l’humainement supportable et du politiquement utile nous le permettront. Surtout, ce régime de fanfaronnade n’ose oublier tout ce qu’une réelle liberté d’expression doit au langage des armes : armes dont le fracas a imposé la timide ouverture politique de 1992 et armes dont le bûcher a imposé le multipartisme intégral de 2002.

Contester des acquis, ce serait inciter à une nouvelle lutte qui, elle, sera tout sauf parlementaire, l’appétit de certains ténors de l’interpellation parlementaire risque alors d’en être définitivement coupé.


Brèves nationales

Djib-Watch :

Un nouveau regard sur les droits de l’homme ?

Selon l’hebdomadaire parisien « La Lettre de l’Océan Indien » daté du 29 mai 2004, une nouvelle organisation de défense des droits de l’homme à Djibouti aurait été récemment créée au Canada. Fondée par des Canadiens et des Djiboutiens, cette ONG serait présidée par un Canadien ayant vécu vingt ans en Centrafrique. Le vice-président, le trésorier et le webmaster seraient des Djiboutiens vivant au Canada depuis plus d ‘une décennie. Djib-Watch aurait déjà lancé son site Internet (djibwatch.com). La situation chaotique des droits de l’homme dans notre pays semble préoccuper nos compatriotes émigrés au Canada. Rappelons que la diaspora djiboutienne installée au Canada est composée en grande partie de victimes de la mauvaise gouvernance ayant fui la précarité. Cependant, on compte aussi parmi elle de nombreuses familles de dignitaires du régime opportunément mises à l’abri au cas où…

« Réalité » salue par principe la naissance de Djib-Watch et suivra ses activités avec un vif intérêt.

Presse nationale :

Un « Miroir » sans tain ?

La presse écrite djiboutienne vient de s’enrichir d’un nouveau titre : « Le Miroir » dont le premier numéro a été publié mercredi dernier, se veut un journal indépendant. Imprimé sur papier glacé, ce mensuel semble être sorti des rotatives de l’Imprimerie Nationale. Apparemment peu astreint aux impératifs de rendement, son tirage est limité à 300 exemplaires.

En parcourant ses pages, le lecteur aura du mal à se faire une opinion sur ce journal d’opinion qui se veut pourtant au centre. Tout juste quelques piques maladroites en direction de l’opposition et quelques traces d’une certaine promiscuité avec le pouvoir de sa part semblent accréditer la thèse selon laquelle d’anciens amis du Club Miroir des années 70 et comptant un ancien ministre du gouvernement y officient.

En attendant que ces « centristes » affirment leurs idées, « Réalité » salue par principe la naissance de ce nouveau confrère et attend patiemment la parution du numéro 2 de ce mensuel, afin d’apprécier la justesse de son « combat pour la juste cause ».

Que d’eaux :

Il Jano contre Masafi

Même en doutant de la réussite du projet, parce que ce régime réussit peu de chose à part la régression, le gaspillage et la zizanie, nous avions sincèrement appelé de tous nos vœux le succès du projet d’eau minérale d’Ali-Sabieh. Las ! C’était encore pêcher par naïveté, preuve s’il en est que ce régime n’a de tribaliste que l’apparence pour mieux diviser ses concitoyens à l’approche d’importantes échéances électorales. Ainsi, alors qu’Il Jano reste désespérément introuvable sur le marché national, sauf en Conseil des Ministres pour les besoins d’une caméra complaisante, la délégation éthiopienne venue dans le cadre des travaux de la commission mixte a eu droit, au mépris de notre fierté nationale, à de centaines de bouteilles d’origine émirati du nom de Masafi, estampillées 27ème anniversaire de la République de Djibouti.

Triste image de notre pays ainsi donnée à la délégation d’une Ethiopie qui, en quelques années, a spectaculairement diversifié sa production d’eau minérale, proposant à côtés des antiques eaux gazeuses (Ambo, Toosa et Babilé) des eaux irréprochables de standard international telles que Highlands, Aquafine ou encore Aquaddis. Et ce n’est pas fini : chaque Etat régional peut promouvoir ses propres eaux minérales même sur initiative privée.

Pauvre Il Jano, prise en otage par un régime sectaire qui préfère la réduire à un mirage tribal plutôt que de lui donner les moyens de devenir une oasis pour toute la région Assajog.

Djib-Télécom :

Nouveaux panneaux pour nouveau départ ?

L’opérateur Djib-Télécom, dont la gestion a récemment été confiée à des expatriés grassement rétribués s’apprête, en vue de sa prochaine privatisation, à se doter d’une nouvelle image. Annoncé pour juin 2004, cette nouvelle image devant normalement symboliser un nouveau départ, promet d’être une surprise.

S’agit-il tout simplement d’un nouveau logotype (identification visuelle) ou d’une nouvelle politique commerciale en direction des usagers ?

Quoi qu’il en soit, cette entreprise aiguise les appétits des prédateurs du pouvoir et les méchantes langues n’hésitent pas à affirmer que les nouveaux panneaux qui fleurissent un peu partout en ville seraient destinés, dans une deuxième étape, à la campagne de l’illustre candidat cherchant lui aussi un nouveau départ. Les sceptiques seront fixés à la rentrée.

Délestages :

Lampes-tempête pour maison en dur

Depuis quelques semaines, les lampes-tempête sont de rigueur dans les quartiers populaires, en raison des fréquents délestages opérés dans certains secteurs de la Capitale. Chaque nuit, l’électricité disparaît pour quelques heures, plongeant une partie de la Capitale dans l’obscurité et la moiteur.

Pourtant, l’EDD claironnait il n’y a pas si longtemps qu’un nouveau méga-groupe était en voie d’installation. En attendant, ils sont des milliers de Djiboutiens à passer chaque jour et chaque nuit de longues heures sans électricité, sans que le grand chef, spécialiste du social sans société, ne s’en émeuve outre mesure.


Quand la vie part en fumée

LUTTE ANTITABAC : IL NE FAUT PAS MEGOTER

La République des slogans, des banderoles et des journées de célébration : ainsi pourrait-on définir la vision que ce régime se fait de l’action politique, si l’on met pour le moment de côté la distribution gratuite de khat par les dignitaires en campagne. L’occasion de la Journée internationale contre le tabagisme, célébrée lundi dernier, ne déroge pas à cette règle et, comme le démontre si bien le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) établi pour la circonstance, ce ne sont pas les professionnels de la Santé qu’il convient de pointer du doigt : la progression vertigineuse du nombre de fumeurs dans les pays pauvres s’explique essentiellement par le laxisme des pouvoirs publics.


Soucieux de coller aux impératifs internationaux, et conscient du rôle mystificateur qu’il est aisé de faire jouer par les médias publics, le régime djiboutien a célébré comme partout ailleurs dans le monde la Journée internationale contre le tabac, lundi 31 mai. L’intention est louable, car il y a effectivement péril en la demeure. Aussi, nous formons le souhait de voir les pieuses intentions déclamées en cette circonstance se transformer en une réalité palpable, sous la forme d’un programme politique soutenu, constant. Mais, devant l’absence de toute sensibilisation contre les méfaits du tabagisme en dehors de cette seule journée internationale, il est permis de douter que le sérieux s’impose au moins en ce domaine.

En effet, il est tout d’abord remarquable que les pouvoirs publics djiboutiens soient incapables de fournir la moindre quantification, les moindres chiffres sur l’étendue de ce désastre : aucune statistique n’est disponible quant au nombre de fumeurs dans le pays selon les diverses variables (âge, catégorie socioprofessionnelle, niveau d’études, lieu de résidence, nombre de cigarettes fumées par jour, type de tabac, etc.). De même, aucune donnée chiffrée n’est disponible en ce qui concerne le volume de tabac importé en République de Djibouti et combien cela rapporte en termes de taxes et surtaxes : une partie de ces recettes fiscales aurait normalement servi à financer une campagne de prévention cohérente et inscrite dans la durée.

Et cette démission des pouvoirs publics n’est peut-être pas un hasard car aucun Etat digne ne peut prétendre ignorer un tel flux de marchandises, à moins qu’il ne le fasse exprès et qu’il y ait dans les instances de décision des personnes n’ayant aucun intérêt à ce que la transparence prévale en la matière. Djibouti semble de plus en plus devenir la plaque tournante régionale d’une contrebande de haute volée. Il suffit pour s’en convaincre de recenser les sociétés de transit apparues depuis quelques années ou de garder à l’esprit le contentieux entre Djibouti et Hargueisa à propos d’un commerce illicite de cigarettes ou encore l’énorme travail des autorités centrales et régionales éthiopiennes contre cette contrebande dont une part essentielle provient de notre pays.

Donc, sans chiffres clairement établis par les services gouvernementaux auxquels cette mission est normalement dévolue, impossible de mesurer l’ampleur du fléau, donc impossible d’en quantifier les incidences négatives au niveau de la santé publique. Or, un minimum de connaissance des réalités nationales suffit à établir un constat alarmant : les Djiboutiens sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à fumer.

Ainsi, alors que les lycéens fumeurs étaient extrêmement minoritaires dans les années 70-80 (il s’agissait de rares brouteurs occasionnels), le tabagisme est devenu tout à fait banal aujourd’hui, non seulement au lycée, mais plus gravement dans les collèges d’enseignement secondaire. Pour preuve, au lieu de la cigarette pour l’achat de laquelle il lui faut parfois affronter le regard inquisiteur de commerçants scrupuleux, le jeune collégien se voit offrir, le plus légalement du monde et pour la modique somme de 50FD, une pleine dose de narguilé, Chicha dans les langues locales.

Même les petits baigneurs que la raréfaction des lieux de loisir a poussé sous les fenêtres de la nouvelle résidence du Premier ministre à la Brise de mer (on connaît des dirigeants que cette foule aurait dérangés) se voient proposer cette intoxication au sortir de leur baignade du vendredi. Quant aux méfaits du tabagisme passif (être obligé de supporter la fumée des autres dans les lieux publics tels que bureau ou bus ), il est totalement ignoré. Sans même parler des adultes, dont les femmes sont de plus en plus adeptes (parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses à consommer du khat) de ce tabagisme jugé plus soft et moins choquant que la cigarette occidentale, où est au moins l’indispensable protection des mineurs ? La démission à ce niveau, des parents comme des pouvoirs publics, est tout simplement criminelle !

Mais il y a beaucoup plus grave et il serait dangereusement hypocrite de se voiler la face : les jeunes s’orientent aujourd’hui vers des drogues bien plus dures que le seul tabac. De petites pilules ont ainsi fait leur apparition dans certains quartiers populaires, au prix de 60 FD pièce : l’extasy est désormais disponible sur le marché local et il semblerait que la demande soit tellement supérieure à l’offre que son importation et sa commercialisation sont de plus en plus contrôlées par d’importants personnages bénéficiant de suffisamment d’entrées dans les coulisses du pouvoir pour introduire et écouler cette drogue en toute tranquillité.

Dans ces conditions, il est malheureusement illusoire d’attendre une quelconque sincérité de la part d’un régime dont des secteurs entiers vivent de la misère populaire : si la lutte contre le tabagisme était réelle, les autres fléaux qui contribuent tout autant sinon plus à la dégradation du niveau et des conditions de vie de nos concitoyens auraient également été combattus avec la sévérité qu’exigent les désastres dont ils sont responsables.

C’est donc au citoyen conscient de ses devoirs publics et privés de protéger ses enfants et de donner le bon exemple en se protégeant lui-même !


Interview de M. Noël Abdi à la BBC

Dans le cadre du forum relatif à l’état des Droits de l’Homme en République de Djibouti, la section somali de la BBC a posé quelques questions au Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, M. Jean-Paul Noël Abdi. Voici la traduction de l’essentiel de ses propos, se résumant à quatre points : 1) la Justice doit tout d’abord être totalement indépendante, ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement car, sans le Conseil du Contentieux Administratif, la Justice djiboutienne continue d’être bancale; 2) les organisations internationales n’ont pas été associées, ne serait-ce que pour nous aider ; 3) les partis politiques de l’opposition, alternance démocratique, ainsi que les syndicats libres n’ont pas été associés à la préparation de ce forum et 4) il n’y a donc aucune utilité à aller à ce forum où seuls les proches du régime ont été largement conviés. En clair, pourquoi se rendre à ce forum les mains dans les poches, juste pour applaudir, car aucun ordre du jour n’a été communiqué ? CQFD.


BBC : Pouvez-vous nous dire pourquoi vous n’avez pas participé au Forum sur l’état des Droits de l’Homme organisé par le Gouvernement de votre pays ?

Jean-Paul NOEL ABDI : En fait, il y a une conjugaison de plusieurs facteurs. Je suis membre du Comité ad-hoc sur les Droits de l’Homme mis en place par le Ministre de la Justice le 15 mai 2002.

L’objectif de ce Comité était de préparer une conférence nationale sur les Droits de l’Homme. En ce qui me concerne, je suis Président d’une Association indépendante oeuvrant pour la promotion des Droits de l’Homme. Donc, bien que ce Comité ad-hoc ait travaillé depuis sa formation, ce forum qui est organisé maintenant devait se tenir en principe au début de cette année comme prévu.

Or, bien que nous ayons interpellé à plusieurs reprises le Ministre de la Justice sur la date réelle de la tenue de ce forum, nous n’avions obtenu aucune réponse. Toutefois, nous n’avions pas manqué de lui signifier que, pour pouvoir régler les multiples problèmes de notre pays dans ce domaine, la participation de tous devait être concrète et efficace.

Je vous précise au passage que si la Justice n’est pas indépendante, il ne peut y avoir de respect pour les Droits de l’Homme. Ces raisons ont été pour quelque chose dans notre démarche auprès du Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, afin que la tenue de ce forum soit repoussée. Nous n’avons reçu aucune réponse, y compris pour les précédentes requêtes. Ce qui prouve que l’Etat djiboutien manque d’une réelle volonté en la matière.

BBC : Qu’est ce que vous attendez d’autre du Gouvernement ?

JPNA : Dans la mesure où le Gouvernement a tenu à organiser ce forum tel qu’il l’a prévu, nous souhaitons qu’il réalise une bonne fois pour toute notre doléance principale plusieurs fois signifiée : l’indépendance de la Justice. Dans l’état actuel, il n’y a pas de respect pour les Droits de l’Homme. Je rappelle qu’une loi datant de l’époque coloniale et utilisée jusqu’en 1996 donnait la possibilité au citoyen ordinaire de pouvoir porter plainte auprès d’une juridiction chargée de réprimer tout responsable coupable d’un abus de pouvoir et autres délits analogues.

Cette juridiction n’existe plus depuis 1996. Ce qui revient à dire que la paralysie imposée à cette juridiction importante prouve à elle seule qu’il n’y a pas une réelle justice ici.

Donc, ces constants faits, nous avons écrit aussi bien au Ministre la Justice en charge des Droits de l’Homme qu’à son collègue de l’Intérieur et de la Décentralisation, pour un report de ce forum au mois de septembre prochain.

BBC : Qu’est ce qui vous a réellement poussé à demander le report de ce forum ?

JPNA : Tout simplement, d’une part le fait que les associations des Droits de l’Homme indépendantes du pouvoir n’y participent pas, d’autre part que les partis politiques de l’opposition nationale n’y participaient pas non plus. Or, pour pouvoir trouver des remèdes aux problèmes du pays, leur participation est plus qu’indispensable.

Dans ce forum tenu du 17 au 18 de ce mois, de nombreux responsables étaient issus d’associations contrôlées par le régime.

Seules ces dernières ont été invitées à participer à ce forum, pas les organisations issues véritables de la société civile. Aussi, dans la mesure où ces organisations issues du peuple n’ont pas pu participer, puisqu’elles sont celles qui accusent les pires difficultés et qui ont des reproches à faire en matière de justice et de droits de l’Homme, ce forum n’aura aucune retombée sérieuse.

BBC : Est-ce que vous voulez que tous les problèmes soient résolus d’une seule fois, n’est-il pas plutôt sage de le faire par étape ?

JPNA : Je vous cite un dicton somali qui dit que « c’est par les branches du dessus que l’on commence pour la construction d’un enclos formé de branchages d’acacias ». Par conséquent, il faut d’abord restaurer la justice et donc les tribunaux. Je suis pour ainsi dire convaincu que s’il y a une réelle justice, les droits de l’Homme seraient, au moins dans sa plus grande partie, respectés.

BBC : M. Jean-Paul êtes vous opposant ou défenseur des Droits de l’Homme ?

JPNA : Il fut un temps ou j’étais opposant. Je suis maintenant un défenseur des Droits de l’Homme, ce qui veut dire que je dois dire la vérité sur les manquements au respect des Droits de l’Homme d’où qu’ils viennent. En ce qui concerne la différence entre l’opposition et les défenseurs des Droits de l’Homme, c’est que l’opposition étant politique, elle rejette la gestion d’un individu responsable, politique aussi, et œuvre pour son remplacement éventuel ; quant à nous, nous surveillons le gouvernement et relatons ses dérives. Il en va donc de notre responsabilité avec pour seul objectif de veiller au respect des droits de l’Homme.

BBC : Pouvez-vous me donner des preuves de ce non-respect des Droits de l’Homme de la part du Gouvernement ?

JPNA : Je vous cite quatre preuves, entre autres :

1- Il existe une juridiction chargée de juger les délits commis par les responsables gouvernementaux. Je vous dis que cette instance judiciaire ne travaille pas depuis 1996. Depuis cette date, nous n’avions pas cessé d’en parler, et nous continuerons. Il faut que le Président de la République donne instructions précises au responsable de la Cour suprême pour que cesse ce vide juridictionnel. Le nombre de plaintes déposées auprès de cette juridiction, qui n’est autre que le Tribunal du Contentieux Administratif, se monte à 180 dossiers. Nous-mêmes avions déposé une plainte contre l’ancien Ministre de l’Intérieur, et celle-ci reste à jour une lettre morte, aucune réponse. La raison est en fait qu’il n’y a pas une véritable justice.

2- La République de Djibouti a signé des conventions avec le Bureau International du Travail (BIT). Et pourtant il n’y a aucun respect pour les travailleurs et leurs représentants ici.

3- Le gouvernement n’a rien fait en ce qui concerne l’information sur les élections à venir. Nous avons décidé d’œuvrer pour faire comprendre à la population en quoi consistent ces élections et pour vulgariser les lois. En tant que LDDH, nous allons former la population sur cela. Nous lui présenterons des supports expliquant dans les deux langues Afar et Somali les Droits et les Devoirs de chacun en matière d’élection.

4- Il faut que le gouvernement instaure véritablement la bonne gouvernance car elle seule peut permettre d’éviter les conflits armés.

BBC : N’est-il important ou pas, selon vous, que ces points auraient dû être présentés et discutés au Forum ?

JPNA : Nous avons déjà écrit ce qui était palpable et la façon dont chacun en particulier était concerné par la justice et l’injustice. Le peuple dans son ensemble est seul souverain pour dire s’il y a justice ou injustice. Par conséquent, si je ne suis pas allé à ce forum, je peux vous confirmer qu’étant membre du comité ad-hoc, donc responsable, j’avais demandé au PNUD l’aide indispensable pour la tenue d’un forum national sur les Droits de l’Homme. Depuis cette doléance nous n’avons été aucunement informés par le Ministre de la Justice, ni sur la date de la tenue de ces assises, encore moins des démarches et de l’Agenda le concernant.


Le djibouto-pessimisme

A PROPOS D’UNE REMARQUE MINISTÉRIELLE

Pour certains hommes politiques occasionnels ( à moins que ce ne soit la mauvaise occasion qui fasse l’homme politique jetable, comme les rasoirs Bic), l’amnésie sélective et partiale procure la douce euphorie insouciante qu’exige les comédies médiatisées auxquelles le contraint le régime qui l’a recruté. Ainsi, feignant oublier la lettre ouverte par laquelle l’UAD lui avait poliment expliqué les raisons pour lesquelles il lui était impossible d’honorer de sa présence le prétendu forum gouvernemental placé sous son égide et consacré à la situation des Droits de l’Homme en République de Djibouti, le Ministre de la Justice s’est estimé dans l’obligation de justifier notre absence. Donc, l’UAD aurait décliné son invitation uniquement parce qu’elle serait pessimiste. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, nous sommes tout à fait d’accord avec son envolée psychologique : tout juste faut-il préciser dans quel registre se situe ce pessimisme. En clair, est-il raisonnable d’espérer transformer ce régime avec les armes d’une légalité qu’il bafoue quotidiennement ?


« Pour accéder au pouvoir dans certains de nos petits pays arriérés en démocratie, l’opposition doit créer l’événement : soit se faire élire sur un programme militant ralliant une majorité écrasante d’électeurs, soit créer un climat insurrectionnel dans la rue, dangereux car incontrôlable ; faute de lois pour tous et d’institutions pour les garantir, ils exposent les manifestants à la répression sanglante. Les élections transparentes sont elles aussi jugées dangereuses : elles risquent de provoquer le changement qui se solderait par des déballages d’affaires illégales pouvant aller du délit jusqu’au crime et dont l’issue serait fatale aux pachas des régimes dictatoriaux. » Tel est le constat on ne peut plus lucide que le ministre-philosophe dressait dans son livre intitulé Indépendance, Démocratisation, Enjeux stratégiques à Djibouti, paru aux Editions L’Harmattan en mai 2002.

Donc, soit un miracle électoral, soit le verdict de la rue. Seulement, l’auteur a expliqué en long, en large et en travers pourquoi il était totalement impossible que l’opposition démocratique remporte un quelconque scrutin électoral à Djibouti où, à l’instar du régime de Milosevic, le RPP peut frauder comme il veut grâce au contrôle total qu’il exerce sur « 1) des hommes en armes ; 2) des finances par des méthodes maffieuses » et « 3) des médias afin de noyer d’une propagande déroutante ceux qui peuvent seulement comprendre les langues locales et ne peuvent faire de comparaison avec d’autres informations pour se forger leur propre opinion ».

Si le ministre-philosophe en charge de la promotion des Droits de l’Homme a noté une quelconque amélioration des pratiques gouvernementales sur ces trois registres, nous lui saurions infiniment gré de bien vouloir nous en informer. Quoique, selon nous, une partie pas nécessairement féminine des hommes en armes continuent sa danse du ventre partisane, la gestion des deniers publics est sinon maffieuse, du moins illégalement opaque et que les médias publics brillent plus dans un rôle de griot que par le pluralisme de l’information qu’ils proposent.

Donc, selon ce théoricien de la révolution immobile, il serait illusoire de rêver un jour conquérir le pouvoir de façon démocratique et pacifique : « c’est là où le bât blesse, et c’est à ce niveau que les démocrates doivent mener un travail de réflexion et d’action politiques » conclut-il. Merci pour l’info.

La rue alors ? C’est-à-dire prendre acte de ce que le régime est le premier (et souvent le seul) à violer la légalité qu’il est normalement censé appliquer et garantir ? Là, Monsieur le ministre-philosophe commence sérieusement à intéresser quelques praticiens en quête d’une théorie de la pratique : peut-être devrait-il leur indiquer certaines lectures idoines, telles que Sun Tsu, Rosa Luxembourg ou les penseurs nombreux et pertinents des dévolutions violentes du pouvoir ?

Le malheur c’est que les leçons de l’Histoire donnent raison à notre penseur de la révolution mais praticien de la compromission : c’est la rue, c’est-à-dire la révolte populaire qui a le plus souvent humilié et chassé les despotes qui se croyaient inamovibles de droit du plus fort et assez malins pour se déguiser en démocrates.

La plus récente démonstration de cette implacable logique des fins brutales, c’est bien évidemment la fuite à laquelle a été contraint l’ancien Président pourtant démocratiquement élu d’Haïti, le père Aristide. Quand le despote ne peut même pas se prévaloir de la sincérité des urnes, quoi que s’illusionnent ses médias tous azimuts, la chute n’en est que plus inéluctablement brutale.

Dans ces conditions, le ministre-philosophe aura certainement compris, au moins lorsque les immenses charges de sa figuration politique lui laissent le loisir d’une introspection méditative, pour ne pas dire contemplative, les raisons pour lesquelles l’opposition n’a pas jugé utile de perdre son temps dans le spectacle qu’il avait si gentiment préparé à notre intention.

A défaut de sa compréhension, nous restons persuadés que ceux qui attendent le vrai changement, et non sa grotesque illusion de 1999, auront compris le sens de notre démarche : c’est ailleurs qu’il faut bouger pour faire bouger les choses.


Obock : un petit tour (médiatisé) puis s’en va

« Depuis le lancement de la politique de décentralisation par le gouvernement en 1999, Obock s’est dotée d’un conseil régional provisoire qui est constitué de 14 membres de la société civile et qui compte 3 femmes en son sein. Bénéficiant d’une subvention de 50 millions FD comme fonds de développement communautaire, le conseil régional d’Obock a du mal à démarrer et la liste des doléances que les notables et membres du conseil régional soumettront au Président de la République est longue. C’est sur le sujet de la décentralisation, avec les acquis, les problèmes entravant sa bonne marche et les perspectives d’avenir que seront axées les discussions entre le Président de la République et les notables obockois. » Ces quelques lignes sont tirées des Cahiers de l’ADI, n°2, mars 2002. Le Chef de l’Etat s’y est donc rendu à l’époque, 2ème étape d’une longue tournée préélectorale, préparant les législatives de janvier 2003. un petit tour et puis s’en va : plus de deux ans après, les problèmes demeurent.


Nombreux sont ceux, aujourd’hui déçus, qui figuraient en 1995, lors de la pose de la première et seule pierre pour la Réhabilitation d’Obock, dans le comité d’accueil qui, en toute bonne foi, applaudissait chaleureusement le lancement de ce programme. Pourtant, des millions de dollars américains ont été engloutis, sans qu’aucune maison en planches n’ait été réhabilitée. Dix ans plus tard, cela fait maintenant dix jours que la première Capitale du pays est privée d’électricité, au plus fort de la suffocante humidité du mois de mai. Les moustiques s’en donnent à cœur-joie. Le dispensaire regorge de malades atteints de paludisme…

Il convient de rappeler que le groupe électrogène aujourd’hui en panne a été gracieusement offert par un généreux donateur : l’Etat djiboutien préfère donner ces unités électriques aux voisins plutôt que d’électrifier ses propres villes et villages. De plus, que l’Etat et son conseil régional soient incapables d’entretenir un don privé en dit long sur leur mépris envers nos concitoyens.

A la mi-février 2002, une équipe de journalistes de « La Nation » se rend en reportage à Obock et constate que « le conseil régional d’Obock, confronté à divers problèmes et dont le bilan d’activités s’annonce très déplorable (sic), n’arrive pas à répondre aux attentes des Obockois ; problèmes dus notamment au déficit financier et technique et aux non-réalisations des projets qui s’expliquent en grande partie par le retard des prises des décisions… », nous apprenant qu’à sa formation, le conseil régional avait à sa disposition 50 millions FD comme fonds destinés au développement communautaire et que selon le Commissaire de la République, il n’avait « consommé que la moitié de ce fond.» Donc, depuis sa création à mars 2002, il aura disposé que de 50 millions FD…

De toutes les façons à Obock comme dans la Capitale, faute de compte rendu public, l’opacité ambiante autorise toutes les hypothèses. Le Chef de district de l’époque en a cependant retenu une, plausible, expliquant que « la non-réalisation de divers projets incombe à la Direction de la décentralisation du ministère de l’Intérieur qui ne s’est toujours pas prononcée sur ce sujet. » Sans manquer de recommander « une autonomie financière urgente et importante », pour ne pas être tributaire de « décisions qui ne viennent pas ». Sans commentaire!

Nos lecteurs savent ce que nous dénonçons régulièrement dans nos colonnes : l’inadmissible tutelle exercée par une administration djiboutoise totalement déconnectée des réalités locales. Tout le monde sait depuis que nous l’avons souligné dans une de nos éditions, que les budgets cumulés de l’ensemble des districts représentent 1% du Budget national. Comment dans ces conditions, nos dirigeants et mal élus, osent-ils encore parler de décentralisation et de développement régional ? De qui se moquent-ils ?

Il y a exactement un an, en mai 2003, Obock a connu plusieurs semaines sans électricité. Ses habitants se souviennent que nous avions été, avec notre confrère Le Renouveau, les seuls à l’avoir condamné. En septembre de la même année, un pompeux et très médiatisé séminaire sur le développement décentralisé d’Obock a eu lieu, sans suite, comme tous les séminaires et autres états généraux qui ont décoré ce sextennat qui, heureusement, prendra bientôt fin. Inutile mandat durant lequel les habitants d’Obock ont dû se contenter de paroles creuses.

Quand on sait, à en croire le gouvernement, que la décentralisation est depuis l’Indépendance inscrite dans nos lois et est effective depuis 1994, puis 1999, que signifie le « s’entourer au préalable de toutes les précautions nécessaires à ce genre d’entreprise » par quoi les faux experts prétendent freiner la marche de la décentralisation ? Est-ce de l’adoption de ce projet de loi faisant main basse sur toutes les ressources exploitables du pays qu’il est question ?

N’eût été le holà opposé par l’opposition vigilante, c’était une privatisation en douce des 23000 km2 qui se préparait. Notre microscopique portion de la terre d’Allah ne demande qu’à justement être administrée et mise en valeur dans le respect de ses habitants et non pas privatisée au profit d’intérêts inavouables et spéculatifs. En attendant, Obock est sans électricité, donc à peu près sans eau, à moins d’aller se ravitailler au puits de Tikibleyta : c’est cela, le développement à reculons.


Lâche moi ? les baskets

DE Y.A.C à KA YAACAY

Décidément, alors que le Chef de l’État y voyait maladroitement un scandale franco-français, l’affaire Borrel est en train de devenir ici un contentieux djibouto-djiboutien. C’est ainsi que nos dernières publications s’y rapportant ont suscité, sous diverses formes et pour le moment dans l’inimitable pamphlet du RPP dont, chacun le sait, le premier responsable n’est autre que le Chef de l’État et président du Conseil Supérieur de la Magistrature, des répliques aussi violentes que disproportionnées.


Pari gagné : nous avions promis que nous laisserions au régime le monopole de l’insulte, dépossédé qu’il serait de toute argumentation crédible. Sa presse partisane vient de le démontrer de façon lamentable. C’est tout d’abord une leçon de philosophie politique qui nous est donnée à travers une réflexion sur la djiboutianité. A ce chapitre, notre position a toujours été claire : seul un père qui prend bien soin de ses propres enfants a le droit de prétendre adopter ceux d’autrui. Quand un individu qui se perd dans Djibouti-ville, qui ne sait même pas où se situent Daasbiyo ou Yoboki, sans même parler de Randa ou d’Assa-Gayla, se retrouve du jour au lendemain ambassadeur de Djibouti quelque part, uniquement parce qu’il est né dans une minuscule section des Bah Fourlaba, nous disons qu’il y a un problème de citoyenneté et d’inégalité entre les citoyens. Pour le reste : que ceux qui se sentent morveux se mouchent !

C’est ensuite sur toute la page 9 du numéro 109 du « Progrès » le grand écart du régime pour désespérément essayer de se disculper dans la mort d’un seul ressortissant français en République de Djibouti. A cela, nous ne répondrons qu’une seule chose pour le moment : nous n’admettrons jamais que la mort du juge Borrel devienne l’arbre qui cache la forêt. Il y a depuis le 27 juin 1977, plusieurs centaines d’innocents civils djiboutiens qui ont été sauvagement exécutés sans autre forme de procès par certains éléments des forces de défense et de sécurité auxquels l’idéologie de la sécurité politique expliquait qu’il s’agissait d’instaurer une suprématie tribale.

Or, comme chacun le sait à la seule lecture de la biographie officielle du «numéro un djiboutien», la consolidation de l’unité nationale relevait, de 1977 à 1999, des seules prérogatives du Chef de cabinet de la Présidence. Au vu du désastre national de cette gestion, les vrais Djiboutiens savent mieux que quiconque s’il faut parler d’incompétence criminelle ou de sabotage délibéré. Alors, l’affaire Borrel : c’est le dernier de nos soucis ! Si les centaines de civils exécutés, les milliers de torturés sans raison et les dizaines de milliers de déplacés et aujourd’hui encore démunis pour cause de zones dévastées par le conflit en attente de réhabilitation, pouvaient faire couler autant d’encre et de salive, provoquer la mobilisation des juges et des avocats locaux, la réconciliation nationale y gagnerait certainement en crédibilité, la culture de paix en enracinement et la démocratie en densité.

A moins de supposer que la mort d’un Français est supérieure aux malheurs d’innombrables Djiboutiens, malheurs dans lesquels la culpabilité ou la complicité de l’actuel Chef de l’État sont formellement établies.

C’est enfin, comme quoi la bassesse de ce régime n’a pas de limite, une insulte contre M. Dini, que nous nous faisons un devoir de soumettre au jugement critique des vrais Djiboutiens (puisqu’il semble y en avoir de faux). Sur cette même page 9 ainsi que dans un courrier de lecteur paru en page 8 sous la signature d’un certain Y.A.C, M. Dini est accusé de « poltronnerie » et de « lâcheté exemplaire » jamais démenties depuis la période coloniale, tandis que l’actuel Chef de l’État est paré de toutes les vertus de courage et de probité. Ceci nous ramène à notre point de départ : il y a de toute évidence un problème de djiboutianité ou un complexe de fausse djiboutianité dans ces insultes. Nous insistons, il faut être des D17 et suivants mal dans leurs pièces d’identité djiboutienne et ignorant tout de notre Histoire contemporaine pour oser une telle translation, en transférant sur leur patron les qualités que les vrais Djiboutiens ont toujours reconnu au Président de l’ARD.

Alors qu’à peine âgé de 17 ans, ce dernier a participé en 1949 à une manifestation violemment réprimée, et dont le bilan s’était soldé par un mort, plusieurs blessés et arrestations, tel autre fraîchement diplômé de l’Alliance Ethio-Française (niveau primaire) débarquait à Djibouti pour « courageusement » s’engager dans les plus basses besognes de la police coloniale. C’est ainsi que, lors d’un mémorable meeting de la LPAI, au cinéma Le Paris en 1975, au cours duquel Ahmed Dini mobilisait les foules sur le thème de l’Indépendance, un inspecteur de police (toujours le même) était venu sur les lieux en service commandé pour prendre des photos et enregistrer les propos.

Enfin, tous les militants indépendantistes savent qu’aux heures les plus chaudes de la lutte, M. Dini était toujours soit en tête des manifestations, soit à appeler au calme et à la fraternité les différentes communautés que les suppôts politiques et policiers de la puissance coloniale avaient montées les unes contre les autres. Alors, lâche-moi les baskets, tu n’as aucune leçon de courage ou de patriotisme à nous donner ! Combien même nous voudrions pardonner le passé colonial ou postcolonial, le présent immédiat depuis février 2000 ne plaide pas en faveur de ton innocence. On comprend donc mieux pourquoi les griots du Chef de l’État préfèrent ennuyer les Djiboutiens avec l’affaire Borrel.

Pour notre part, si Jeune Afrique/L’Intelligent s’est permis de déprogrammer la seconde partie de l’interview présidentielle, notre lecteur comprendra aisément que nous nous accordions le droit le déprogrammer la seconde partie des Tribulations Présidentielles que nous avions promise cette semaine : c’est remplacé par des sujets plus brûlants et plus importants que ses élucubrations mercantiles et électoralistes. Nous y reviendrons donc dans le numéro suivant.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 98 du mercredi 26 mai 2004

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Réalité numéro 98 du mercredi 26 mai 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Tribulations présidentielles (1é partie)
  4. Les dix commandements des charlatans
  5. Communiqué de la LDDH
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 98

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

DIFFAMATION PRESIDENTIELLE :

LA NOUVELLE AFFAIRE DAF ?

Pour les citoyens et les observateurs extérieurs candides se demandant comment un procureur de la République pouvait oser diffamer et mentir aussi impunément que celui du Tribunal de Djibouti, la réponse est dorénavant trouvée : c’est parce que le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Chef de l’Etat et du gouvernement, Chef suprême des Armées et accessoirement président du parti au pouvoir pour fait de fraude, lui donne publiquement le mauvais exemple. On savait depuis longtemps que, profitant de la crédulité aussi polie qu’ignorante de certains journalistes, le Chef de l’Etat djiboutien prenait un malin plaisir à délivrer des demi-vérités qui sont, en regardant dans l’autre sens, qu’autant de demi-mensonges.

Ainsi, alors que l’affaire Borrel n’avait pas encore pris la dimension hexagonale qu’elle a maintenant, le Chef de l’Etat s’est rendu en France quelque temps après la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Invité par une chaîne de télévision, il devait expliquer les retombées politiques dudit Accord de Paix, en termes d’ouverture politique « en direction de l’opposition ». La précision a son importance car le pauvre présentateur n’ayant jamais entendu parler de FRUD-armé (commodité de langage née le 7 février 2000), le Chef de l’Etat a froidement répondu : « Nous avons trouvé un terrain d’entente avec nos frères du FRUD. La preuve, c’est qu’ils font toujours partie du gouvernement ».

Demi-vérité car, effectivement, le FRUD parti politique a toujours compté ministre (s) depuis son entrée au gouvernement en juin 1995. Mais aussi demi-mensonge puisque, par définition, ce FRUD n’a jamais été dans l’opposition politique. Au demeurant, c’était la Paix de 2001 et non celle de 1994 qui était d’actualité ce jour-là et dont il s’était lui-même prévalu quelque temps auparavant à Bruxelles.

Cette fois-ci, c’est tout aussi et même plus grossièrement grave. Au journaliste de Jeune Afrique/ L’Intelligent lui demandant pourquoi l’opposant DAF était à ce point persécuté par la police présidentielle, le Président djiboutien a osé répondre : « Cela n’a rien de politique. Sur ce plan, ce monsieur peut écrire les âneries qu’il veut et rechercher tant qu’il peut l’auréole du martyr, il ne me trouvera pas… En revanche, lorsqu’on diffame, il y a, ici comme ailleurs, des lois et des sanctions. Celui dont vous parlez a ainsi écrit que le général chef d’état-major des armées entretenait un harem composé de militaires de sexe féminin, dont la plupart étaient des mères de famille ! Même si j’ai quelques doutes sur son sens des responsabilités, il lui a bien fallu faire face aux conséquences pénales de ses insultes ».

En espérant que son procureur de la République fasse également face aux conséquences de sa diffamation contre la personne de M. Dini, il est de notre devoir de signaler que le Chef de l’Etat a tout simplement diffamé contre la personne de Daher Ahmed Farah. En effet, ce dernier n’a jamais rien écrit de tel, et inutile de lancer quelque défi que ce soit ici : il avait juste posé une question sur l’usage peu réglementaire d’une troupe militaro-artistique elle-même en dehors de toute légalité républicaine. A-t-il insinué autre chose ? Ce n’est pas nécessaire d’en débattre. Car le fait est qu’entre l’explicite de l’écrit et l’implicite d’une insinuation, il y a toute la latitude de l’interprétation subjective. En diffamant ainsi, le Chef de l’Etat verse dans le procès d’intention, celui-là même au terme duquel sa Justice a abusivement condamné Daher Ahmed Farah. Justice partisane elle-même unanimement condamnée de ce fait. Dans cette affaire, comme ailleurs, les femmes ne sont que prétextes à un sordide règlement de compte personnel. Dans ce despotisme crépusculaire, le seul délit des opposants diffamés, c’est de dénoncer la confiscation de l’Etat, des institutions et des richesses nationales à des fins uniquement partisanes.

Mais cela, DAF le sait, tout comme il connaît ses droits les plus élémentaires, pour en avoir été maintes fois arbitrairement dépossédé.


Brèves nationales

Ethiopie/Djibouti :

Le baromètre Djib-net

Aussitôt après le départ de la délégation éthiopienne conduite par le Premier ministre Meles Zenawi, Djib-net avait brutalement déprogrammé la retransmission d’ETV, la télévision publique d’Addis-Abéba. En espérant nous tromper, nous avions laissé entendre dans notre précédente édition que les relations entre notre pays et son puissant voisin étaient empreintes de suspicion.

La visite à Djibouti la semaine dernière de Meles n’a pas démenti nos analyses. Venus surtout inaugurer les nouveaux locaux de leur ambassade, le Premier ministre éthiopien et sa délégation ont quelque peu déçu les attentes, nombreuses et parfois lointaines paraît-il, de la partie djiboutienne.

Ainsi, comme le reconnaît implicitement le journal gouvernemental « La Nation », les travaux de la fameuse commission mixte n’ont débouché sur aucun résultat tangible. Au-delà des déclarations d’intention, rien de concret n’est venu conforter l’excellence de nos relations avec ce partenaire historique. Pire : les officiels éthiopiens sont rentrés chez eux sans même rendre visite au chantier du méga-projet de Doraleh, un moment annoncé comme le clou du spectacle.

Le Chef de l’Etat, en campagne pour sa réélection, n’est pas sûr de compter cette fois sur le soutien éthiopien, dont il avait bénéficié en avril 1999. A l’époque, le régime d’Addis-Abéba n’avait pas lésiné sur les moyens pour assurer l’élection du natif de Diré-Dawa : livraison de khat, appui financier et symbolique avaient marqué la contribution officielle éthiopienne à l’élection du Lidj des hauteurs de Harrar.

Cinq ans après, les Ethiopiens donnent l’impression de s’être lassés du démagogue qui, en signe de gratitude, s’était adressé en amharique aux parlementaires d’Addis-Abéba. Il est vrai qu’entre temps, le dossier somalien est passé par là, dans lequel Djibouti avait des prétentions disproportionnées par rapport à son poids réel. Et surtout très peu pertinentes, qu’il a bien fallu revoir à la baisse. Illusion de réélection oblige et Paris vaut bien une messe…

La bouderie solidaire de Djib-net semble avoir cessé, puisque son boycott de la télévision éthiopienne à peine évoqué au téléphone, la retransmission des programmes d’ETV a repris dès lundi soir. Hasard ou écoutes téléphoniques ?

Importation de khat :

La SOGIK veut-elle baisser les prix ?

Tout au long de nos éditions, nous n’avons jamais cessé de prouver que ce régime cherche à abrutir les masses en promouvant la consommation effrénée du khat, devenu l’opium du Peuple. Ainsi, nous apprenons sans trop de surprise dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » que le principal syndicat des importateurs de cette denrée d’aucune nécessité plaide pour la baisse des prix et ce à la veille de la campagne présidentielle durant laquelle le khat est autant distribué que consommé.

Abrutir le citoyen : telle est la devise de ce régime irresponsable qui, au lieu de sensibiliser ses concitoyens sur les méfaits de ce fléau national, préfère assurer la publicité gratuite à ses pourvoyeurs et accentuer un peu plus notre dépendance vis-à-vis de l’étranger.

A qui profiterait une baisse du prix d’achat du kilo de khat ? Au gogo consommateur djiboutien que le RPP pourrait approvisionner à gogo ? Pour notre part, nous disons : non merci !

Le khat a suffisamment déstructuré notre société fragile et appauvrie. Que ceux qui veulent vendre leur âme en échange de cette plante d’illusions aillent brouter la production nationale gratis au jardin d’acclimatation du docteur honoris causa : 4000 plants d’Awaday (les consommateurs apprécieront) les y attendent. Mais gare au blues postkhatique, qui transforme certains en robots ou griots présidentiels.

Taxis confisqués :

Les pouvoirs publics font marche arrière

Après avoir pris une décision interdisant simplement l’importation des véhicules dont le volant est à droite, les autorités djiboutiennes étaient passées à la vitesse supérieure en retirant de la circulation quelque 170 taxis, au motif qu’ils constituaient un danger pour la sécurité routière. Confisqués et garés dans la zone franche pendant deux semaines, ces véhicules ont finalement été restitués à leurs propriétaires, heureux de reprendre leurs courses et de faire ainsi vivre leurs familles. Nous nous réjouissons pour notre part de ce recul de l’arbitraire.

« Réalité » félicite tous ces transporteurs qui ont tenu bon face au diktat des autorités qui, paraît-il dans la plus pure tradition du délit d’initié, cherchaient dans cette manœuvre à enrichir un garagiste très proche du régime.

Et dire que le forum sur l’état des Droits de l’Homme se demande ce qui peut bien freiner l’investissement privé et gonfler les chiffres du chômage…

Droits de l’Homme :

La démystification par l’exemple

Il l’a voulu, il l’a eu : le ministre de la Justice a quand même réussi à organiser « son » forum, en l’absence de toutes les forces crédibles de la société civile. Seule consolation pour lui : un discours insipide, prétentieux et démagogique du grand chef, plutôt référence en matière de répression qu’autre chose.

Pendant que le « numéro un djiboutien », seul à s’accaparer les richesses nationales ou à les distribuer à ses courtisans, donc de ce fait premier responsable de la pauvreté généralisée, discourait sur la violation des droits de l’Homme que constituent à se yeux la précarité et la pauvreté, des jeunes désœuvrés d’Arhiba, victimes de sa politique de prédation, ont tenu à manifester devant le siège de l’UNFD où, il faut bien sponsoriser ces dames, se déroulait le forum.

N’en déplaise aux plumitifs à la solde du RPP, les jeunes d’Arhiba (principalement ceux de l’UJA, à laquelle ils prétendaient dénier toute existence) ont exprimé leur mécontentement, démystifiant ainsi de manière exemplaire la démagogie officielle.

Les journaleux du « Progrès » dernièrement renforcés en fonctionnaires réquisitionnés et en matériels confisqués, auraient trouvé là matière à inspiration ; mais ils n’ont pas été convoqués pour rapporter la brûlante réalité. Ils doivent juste se contenter du tam-tam.

Syndicalisme :

L’UDT dénonce les manoeuvres du MESN

Ainsi que nous l’écrivions la semaine dernière, le régime poursuit son ingérence dans les affaires syndicales. Le communiqué ci-dessous reproduit de l’Union Djiboutienne du Travail (UDT), signé par son secrétaire-général, M. Adan Mohamed Abdou, condamne ces pratiques liberticides : «Le Jeudi 13 mai 2004, dans les locaux du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, deux experts du Bureau International du Travail (BIT), devaient rencontrer les centrales syndicales dans le cadre de leur mission à Djibouti. A 11 heures, se trouvaient dans la salle, des prétendus membres de l’UGTD, parrainés et sponsorisés ouvertement par le Ministère, et quatre délégués de l’UDT.

Avant même l’arrivée des experts, M. Ali Yacoub, Conseiller du Ministre et Secrétaire Général par intérim, entre bruyamment dans la salle et somme, d’un ton agressif et menaçant, les délégués de l’UDT de quitter les lieux.

«Seule l’UGTD a le droit de rencontrer les experts» martelait-il avant de crier «que l’UDT mette mon nom dans tous les journaux si ça lui chante » clamant ainsi haut et fort l’impunité dont il jouit.

Les syndicalistes refusent de répondre à la provocation et essayent calmement, mais en vain, de raisonner le jeune homme. Dans cet entre fait, arrivent les experts du BIT. Il s’agit de Madame Telou Keneado et de Monsieur Ngandu Mukendi.

C’est alors que M. Ali Yacoub ordonne à six (6) policiers armés de s’introduire dans la salle et d’expulser tous les délégués de l’UDT. L’ordre a immédiatement été exécuté et nos représentants

– Mohamed Ahmed Mohamed

– Mohamed Ahmed Abdillahi

– Farah Abdillahi Miguil et

– Souleiman Ahmed Mohamed

ont été jetés, manu militari, hors de la salle. Choqués, les experts du BIT auraient refusé de participer à cette réunion truquée qui a finalement été annulée.

Nous apprenons par ailleurs que 4 correspondances portant 4 signatures différentes ont été envoyées en notre nom (UDT) au BIT.

Notre organisation n’ayant jamais adressé un quelconque courrier à cette délégation, nous restons convaincus que ces documents émanent du ministère lui-même, qui a pour stratégie habituelle de brouiller les organisations internationales de manière à discréditer l’UDT et ainsi mettre en avant ses syndicats-maison.

Naturellement, l’UDT condamne avec force ces agissements d’un autre âge de la part du ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale et dénonce une fois de plus l’ingérence permanente du pouvoir dans les affaires syndicales. »

Le dilemme présidentiel :

Modestie ou hypocrisie ?

Vendredi dernier, le Chef de l’Etat, détestant par ailleurs les dépenses ostentatoires, a retrouvé le confort (modeste) de son Boeing présidentiel (minuscule) venu d’Afrique du Sud, pour rejoindre la Capitale tunisienne aux fins d’assister à un sommet de la Ligue des Etats Arabes dont l’essentiel de l’ordre du jour concernait la situation en Irak et en Palestine occupée.

C’est vraiment par pure politesse qu’il a sacrifié à ces périodiques retrouvailles mondaines car le Chef de l’Etat djiboutien a clairement exprimé son point de vue sur la question dans la seconde partie de l’interview qu’il a accordée à Jeune Afrique/L’Intelligent.

Ainsi, à une question relative à la position de Djibouti par rapport au conflit palestinien, il a répondu avec une sincérité et une profondeur sidérantes : « Les Palestiniens sont seuls. Peut-être leur faudra-t-il encore un siècle pour être libres chez eux, mais ils y parviendront sans l’aide de quiconque. La solidarité, qu’elle soit arabe ou islamique, à leur égard a toujours été un vain mot, une pure hypocrisie ».

Merci pour les autres, mais est-ce à dire que seule la solidarité RPP est réelle ? On ne demande même pas à quoi a servi le compte bancaire qui accueillait les sommes saisies à la source par le régime pour officiellement soutenir la Cause palestinienne. Peut-être ont-elles servi à faciliter l’inspiration antisémite de telle troupe militaro-artistique ?

Quoi qu’il en soit, notre homme providentiel était de retour quarante-huit heures après, dans sa poussiéreuse Capitale, tandis que l’avion présidentiel retrouvait, quelques milliers de kilomètres plus au sud du continent, la fraîcheur du pays de Mandela.

Début juin, ce même avion retrouvera le tarmac de l’aéroport de Djibouti pour emmener cette fois notre génie national dans l’ancienne perle de l’Afrique Orientale, autrement dit Kampala, pour le sommet des Chefs d’Etat du COMESA. Fin juin, le même appareil reviendra d’Afrique du Sud pour convoyer le Président djiboutien au sommet de l’Union Africaine à Addis-Abéba.

Combien coûtent tous ces vols au Peuple Djiboutien ? Car il est bien entendu qu’il ne sacrifie à ses voyages intercontinentaux que par devoir.

Ce même devoir qui lui commande de se représenter pour un second mandat : il paraît qu’il a tellement de chantiers nationaux et internationaux à terminer.

Yoboki :

Distribution partielle des pièces d’identité

Faisant suite aux doléances maintes fois exprimées par les notables de l’arrière-pays yobokois, les services du ministère de l’Intérieur auraient finalement accepté de délivrer des pièces d’identité aux ruraux des régions de Galafi, Daoudaouya et Daguirrou. Le hic, c’est que dans le même temps, un numerus clausus inacceptable accompagne ces prétendues dérogations.

Ainsi, les autorités acceptent de délivrer des pièces d’identité nationale dans les contrées reculées, tout en posant leurs iniques conditions : une seule visite par localité et attribution des pièces d’identité à un maximum de 60 personnes par endroit.

La citoyenneté est un droit sacré, n’en déplaise à ce régime sectaire. Aussi, nous demandons au ministère de l’Intérieur de délivrer des pièces d’identité à tout citoyen y ayant légalement droit, conformément aux dispositions contenues dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001.

L’ARD veille au grain et n’hésitera pas à dénoncer la ségrégation dans l’attribution des pièces, partout où cette injustice sera constatée.

Et la combattra comme il se doit.


Tribulations présidentielles

1ERE PARTIE : HISTOIRE D’ÉQUILIBRE…

Sous le titre « Les tribulations du Premier ministre », nous avions brièvement évoqué dans notre numéro 94 à quel point la culture générale du Premier ministre était à l’image de son expérience politique : minuscule. Le régime peut acheter des pages de publicité déguisée et mensongère dans une certaine presse internationale, force est de noter avec satisfaction qu’il lui est impossible d’acheter le contenu de ses messages publicitaires, car en matière de communication politique, le nègre n’a pas encore été inventé. Dans notre édition du 5 mai dernier, nous avions relaté l’inconsistance des propos du Chef de l’Etat (et du journaliste qui l’avait interviewé), donnant rendez-vous à nos lecteurs pour analyser la seconde partie de cette interview présidentielle. Laquelle a été déprogrammée par la rédaction de Jeune Afrique/L’Intelligent, certainement avec l’accord de l’illustre docteur honoris causette. Mais, comme il aurait été cruel d’empêcher l’humanité lettrée et francophone des lumières du « numéro un » djiboutien, l’hebdomadaire parisien a mis en ligne, sous le titre un peu boy scout « Je ne veux pas mourir au pouvoir », la seconde partie de cette interview. Pour l’avoir donc consultée sur le site Internet www.l’intelligent.com, nous pouvons assurer que le surf en vaut la chandelle : pour tous ceux qui se demandaient comment le Premier ministre avait osé ses insanités tribales, voici son gourou, et maître à penser ! Pour qui l’ignorait bien sûr, car il est bien connu que l’enfant ne fait que répéter ce qu’il entend de la bouche des grands.


« Le peuple djiboutien est composé de deux groupes ethniques, les Afars et les Issas ». Ces deux groupes se scindent en plusieurs tribus, clans et sous-clans » : Cette stupide phrase du Premier ministre, pourtant peu suspect de nostalgie coloniale ( ni anticoloniale d’ailleurs), a été unanimement condamné par les Djiboutiens, à tel point que certains mal-élus de la circonscription électorale de la Capitale l’auraient publiquement et fort justement interpellé à ce propos, se demandant subsidiairement comment l’omniprésente censure de la police politique présidentielle avait pu laisser passer cette monstruosité qui, sous d’autres cieux réellement démocratiques, auraient poussé son auteur à la démission. A lire la seconde partie de l’interview que son Chef de gouvernement a accordée au même hebdomadaire, on comprend beaucoup de choses : que l’élève n’a fait que réciter la leçon de son maître et que le maître dit des choses encore plus monstrueuses que son élève.

Ainsi, lorsque le journaliste lui balbutiait : « On entend toujours dire qu’à Djibouti les Issas dominent et les Afars sont discriminés… », le Chef de l’Etat bondit (c’est une image et, comme on le dit dans le langage de la publicité commerciale, visuel non contractuel) et réplique, main sur le cœur : « C’est une vieille séquelle du colonialisme. Après avoir tout d’abord privilégié les Issas au détriment des Afars, les Français ont, au début des années 1960, renversé ce déséquilibre en faveur, cette fois, de ces derniers. Une fois l’indépendance venue, les Issas, qui avaient mené la lutte anticoloniale, ont revendiqué leur place. Une guerre civile a suivi. Aujourd’hui, tout le monde a sa part. J’ai ainsi imposé qu’il n’y ait pas un seul recrutement dans la fonction publique qui ne se fasse sans concours. C’est un jeu d’équilibre auquel je me livre en permanence et qui nécessite une vigilance de tous les instants. ».

Cette réponse devrait être proposée au livre des records mondiaux car, en seulement sept lignes et environ trente secondes top chrono, le Chef de l’Etat a réussi à placer quatre contrevérités, restons polis, car on aurait tout aussi bien pu parler de diffamation contre le Peuple Djiboutien et son Histoire.

Première contrevérité : il est stupide de prétendre que la France a tour à tour privilégié les Issas et les Afars. Li Wadjhillah, voici un petit cours d’Histoire à son intention, car nous nous en voudrions de passivement assister à l’étalage de quelque inculture que ce soit, a fortiori lorsqu’elle est présidentielle. En s’installant dans la région, au terme d’un traité falsifié (dans sa version française du moins) avec le Sultan de Rahaïta, la France a donné à la future République de Djibouti le nom de Territoires d’Obock et Dépendances. Priée de quitter les lieux pour lecture mensongère dudit traité, la puissance coloniale s’est installée dans la rade de Djibouti et sa petite possession est alors devenue Côte Française des Somalis.

Il ne s’agissait pas pour elle de favoriser les Somali, encore moins les Issa : désireuse de pénétrer l’énorme marché de l’Ethiopie chrétienne, la France cherchait juste un peu de tranquillité et beaucoup de main-d’œuvre pour pouvoir construire le chemin de fer reliant Djibouti à Addis-Abéba, via Diré-Dawa. Région de Diré-Dawa où, par manque de chance, il y avait un certain Ougas des Issa, qui ne voyait pas d’un très bon œil cette arrivée. Rappelons que son autorité avait été une première fois bafouée, puisque les chefs Issa ayant signé le traité dont la France s’autorisait pour s’installer, n’avaient pas été mandatés par lui et ils n’étaient pas 44.

Comme il fallait encore une fois saper son pouvoir pour neutraliser ses résistances, la France a créé une sorte d’antéougas, comme il y a un antéchrist : c’était un Issa, nommé notable (on disait alors Okal, de l’arabe ‘Aaqil signifiant l’Intelligent, parfois comme Jeune Afrique) et le mieux rémunéré de toute l’administration coloniale indigène. Si, en 2004, dix ans après la mort du dernier Ougas, son remplaçant n’a toujours pas été désigné selon les règles traditionnelles de succession, c’est aussi quelque part une séquelle de ce triste épisode de la collaboration avec un colonialisme débutant. Donc, le Chef de l’Etat devrait être le dernier à prétendre que les Issa aient été, à un moment donné, favorisé par la puissance coloniale : cela ne correspond nullement à la réalité, car seuls des collaborateurs ont été favorisés, indépendamment de leur origine ethnique. Ce n’est pas parce qu’il a personnellement réussi du temps de l’administration coloniale que l’on serait a contrario fondé à prétendre que tous ses cousins aient été des privilégiés à cette époque

Car, plus gravement, au lendemain d’un référendum tumultueux, il s’agissait pour la France de définitivement couper certains de ses ressortissants d’un Etat voisin, et ceci selon deux directions : d’une part, en réhabilitant une partie collaboratrice des Afar qu’elle avait massivement réprimé et parfois massacré, d’autre part en divisant les Somali pour n’en reconnaître que certains Issa ; ainsi naquit le Territoire Français des Afars et des Issas. C’est peut-être sur cette seule appellation de TFAI que le Chef de l’Etat se fonde pour dire que ce fut au tour des Afar d’être privilégiés par la puissance coloniale car, mis à part le Président du Conseil de Gouvernement et ses alliés politiques, ni sa famille, ni sa tribu et encore moins les Afar dans leur ensemble n’ont bénéficié d’un quelconque traitement de faveur colonial. Si tel avait été le cas, il en resterait un minimum de traces pertinentes. Mais tel n’est pas le cas, et le Chef de l’Etat n’ignore pas que l’administration de son ancien patron avait suspendu toutes les bourses des seuls étudiants d’origine Afar au lendemain de la création du Mouvement Populaire de Libération : il faudrait plutôt parler de ségrégation, mais c’est un détail.

Ce qui n’est pas un détail par contre, c’est la ségrégation que le Chef de l’Etat instaure entre les nationalistes djiboutiens en fonction de leur origine ethnique, et c’est la seconde contrevérité. Prétendre que les Issa revendiquaient leur place pour avoir lutté en faveur de l’Indépendance, c’est malheureusement obliger nos concitoyens à poser deux questions : d’une manière générale, les autres communautés n’ont-elles pas participé à cette lutte de libération pour mériter d’avoir été mises à l’écart ? Plus particulièrement, les Afar auraient-ils milité contre cette Indépendance qui auraient signifié la perte de leurs prétendus privilèges ? Il est proprement dégradant de confisquer le passé pour mieux détourner le présent.

Troisième contrevérité : c’est lorsque le Chef de l’Etat établit une causalité directe entre la prétendue revendication égalitaire des Issa qui ont lutté pour l’Indépendance et le déclenchement du conflit civil, dont on sait pas très bien s’il faut le dater en 1978 ou en 1991. Qu’il ne parle plus de la « stratégie de partition du pays conçue et développée par la France » comme dans le communiqué présidentiel affolé par l’affaire Borrel, encore heureux, mais ce n’est pas suffisant. Imputer le conflit civil au refus des Afar d’abandonner les privilèges auxquels les colonisateurs les avaient habitués est une insulte au bon sens citoyen en même temps qu’un sabotage de l’indispensable travail de réconciliation nationale.

C’est tout simplement à se demander s’il a lu une seule ligne de l’Accord de paix du 12 mai 2001, qu’il s’était pourtant solennellement engagé à appliquer, dans lequel les deux parties signataires avaient clairement identifié la cause essentielle du conflit fratricide : le grave déficit démocratique. Ce qui, il est vrai, colle mal avec sa biographie officielle selon laquelle la sauvegarde de l’Unité nationale relevait, entre 1977 et 1999, des seules prérogatives du chef de cabinet du président de la République : l’échec est dramatiquement éloquent !

Quatrième contrevérité présidentielle : c’est lorsqu’il prétend le plus sérieusement du monde que de nos jours, l’égalité entre tous les citoyens est rigoureusement assurée : il paraît qu’il y veille personnellement, c’est dire l’intensité de l’effort… ou de la mystification. Il est également malhonnête de parler de concours lorsque l’accès à l’Education n’est qu’une garantie formelle, sans aucune réalité concrète sur le terrain. Enfin, non seulement de graves déséquilibres existent à tous les niveaux entre les diverses composantes de la communauté nationale, mais même le journaliste étranger et invité dans le cadre d’un publi-reportage s’est-il senti obligé (un reste de rigueur déontologique peut-être) de faire état d’une ségrégation encore plus pointue : « Pourtant, si on en croit le dernier rapport du département d’Etat américain sur Djibouti, votre clan domine l’essentiel de l’armée, de la police et des services de renseignement… » a-t-il eu le courage de placer.

Ce qui lui a valu une réponse pour le moins suspecte venant d’un Chef d’Etat qui doit convaincre et non pas défier : « Qu’on le prouve ! Vous savez, il y a une chose que je veux éviter, c’est qu’on dise plus tard de moi : il a divisé le pays, il a laissé derrière lui un champ de mines. Je ne suis que de passage, pour quelle raison voudrais-je semer la discorde ? ».

Que c’est gentil : on en pleurerait presque d’émotion, en passant par pertes et profits les innombrables injustices qui sont la réalité quotidienne de la société djiboutienne. Après la France, veut-il accuser les Etats-Unis de vouloir déstabiliser son régime ? Ce ne serait pas sérieux, mais au pays de la démesure démagogique, plus rien ne peut nous surprendre. On entendra peut-être dire que les informations sur lesquelles le département d’Etat américain s’est fondé pour parler de multiples ségrégations à Djibouti émanent de rigolos, ceux-là mêmes qui auraient déjà intoxiqué la DGSE française à propos des conditions dans lesquelles le juge Borrel est mort ! Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : pour avoir lui-même hérité de cette ségrégation clanique, et pour n’avoir absolument rien entrepris afin de la démanteler, c’est une litote, le Chef de l’Etat trouve peut-être normal que l’Armée, la Gendarmerie et la Sécurité soient toutes dirigées par ses cousins.

Tout comme il trouve peut-être normal que la plus petite réunion de travail au sein d’un département ministériel aussi important que celui des Finances ressemble furieusement à un rassemblement clanique. Nos concitoyens savent bien que l’égalité est encore un slogan que le régime brasse au détour d’un forum sur les Droits de l’Homme. Pour tous les autres, il suffirait juste de consulter la liste de tous les agents de l’Etat (ils sont pléthoriques, fonctionnaires et conventionnés) travaillant dans les différents services de la Présidence : si le Chef de l’Etat œuvre réellement à assurer une juste représentation de toutes les composantes de la communauté nationale, cela se verrait d’abord dans son plus proche entourage.

Mais l’on aurait tort d’en déduire pour autant que ce régime est tribaliste : il veut juste le faire croire. Car, en vérité, son seul credo est de servir tous ceux qui veulent bien le servir, sans distinction d’origine, à une condition, fondamentale : que ses serviteurs acceptent de se servir sans se soucier de leur communauté, encore moins de l’intérêt général. Nous aurons prochainement l’occasion de revenir sur cet aspect. La semaine prochaine, nous tenterons de décrypter d’autres subtilités du langage présidentiel, comme ce que la modestie signifie pour lui.

D’ici là, nous formons un vœu : à la lecture de tels propos ne pouvant que semer la discorde interethnique, que les mal-élus de la circonscription électorale de Djibouti-ville, qui avaient demandé des explications au Premier ministre, soient aussi indignés avec son maître à penser (s’il est permis de parler de penser).

Sauf si le fait qu’il soit surtout leur vrai maître ne leur pose problème, auquel cas ils auront démontré qu’ils sont tout sauf représentants du Peuple.


Les dix commandements des charlatans politiques

C’est bien connu : parler de Démocratie et de Droits de l’Homme, ça rapporte beaucoup à tout le monde. Aux régimes despotiques qui vont de forum en tables rondes, en passant par les Assises et les symposiums de réflexion sur l’action gouvernementale, c’est le meilleur moyen pour attirer l’aide publique des pays riches ou l’argent multilatéral, sans oublier l’indispensable considération et l’inévitable onction de ceux qui préfèrent faire semblant. Aux bailleurs de fonds, bilatéraux ou multilatéraux, cela donne bonne conscience : c’est peut-être dans cette optique de politesse intéressée qu’il convient de comprendre la participation de représentants de l’Organisation Internationale de la Francophonie et de la Ligue des Etats Arabes au forum sur l’état des Droits de l’Homme qui s’est tenu les 17 et 18 mai sous l’égide du ministre de la Justice, comme par hasard chargé des Droits de l’Homme. Les dix recommandations retenues au terme de ses travaux montrent clairement qu’entre thèse et foutaise, le régime n’a pas hésité : alors que tel adorateur identifiait l’heureux candidat de 1999 au prophète Noé, il faudrait plutôt parler de nouveaux charlatans politiques, spécialistes de l’illusionnisme médiatique.


C’était à se demander si les participants venus des districts du Nord, pourtant triés sur le volet en fonction de leur affiliation partisane, savaient exactement l’objet du forum qui les réunissaient. Un véritable couloir des Lamentations : durant tout un après-midi, ils étaient là à se plaindre que les zones affectées par le conflit attendaient vainement leur réhabilitation, que l’Ecole et la Santé étaient très largement des mirages dans leurs régions, etc.

A en décourager les illustres organisateurs de ce forum dont ils attendaient pourtant beaucoup d’envolées lyriques ou, pourquoi pas, philosophiques ! Mais, il est inexact de prétendre, tel le compte rendu à l’eau de rose proposé par le journal gouvernemental « La Nation », que « les dirigeants des partis de l’opposition n’ont pas jugé utile de répondre aux invitations réitérées que leur a adressé (sic) le Ministre de la Justice initiateur de ce forum ».

Nos lecteurs le savent bien, puisque nous avons reproduit la lettre ouverte par laquelle les responsables de l’UAD lui expliquaient, en partant des arguments qu’il développait lui-même dans son livre, pourquoi ils étaient au regret de décliner son invitation : ils n’ont pas de temps à consacrer au renforcement de ce que le ministre de la Justice qualifie de « parures institutionnelles » ; ce forum étant à la consolidation des Droits de l’Homme ce que le «Reer Gool » (Rear Gold) est à l’or authentique: une illusion optique.

Que les vrais syndicats et les authentiques organisations djiboutiennes de défense des Droits de l’Homme n’y aient pas non plus participé, n’a pas empêché l’organisateur de retenir dix recommandations censées booster au quotidien le respect individuel et collectif, public et privé des Droits de l’Homme en République de Djibouti.

Voici ces dix commandements version illusionnisme despotique, avec les brefs commentaires qu’ils nous inspirent, sans aller bien sûr jusqu’au blasphème partisan.

1) Encourager l’Etat à stimuler les investissements afin d’offrir des opportunités de travail : privé comme public, national comme extérieur, l’investissement a besoin d’une sécurité dans les textes et dans la pratique. C’est parce cette condition fait défaut que de nombreuses sociétés privées ont quitté Djibouti, fatiguées de la corruption administrative et politique. Donc, il faut d’abord lutter contre cette délinquance à col blanc et garantir la meilleure transparence dans la gestion des deniers publics, le Chef de l’Etat devrait donner l’exemple avec la gestion du Port.

2) S’assurer que les recrutements et les promotions au sein de l’administration s’effectuent sur la base du mérite, de la compétence et de l’ancienneté : l’amalgame entre le recrutement et la promotion (qui a jamais été recruté sur ancienneté ?) en dit long sur le tour de prestidigitation de ce raccourci. Comme nous l’avons dit, autant que le Chef de l’Etat, dont le favoritisme n’est pas à démontrer puisque la plus petite nomination requiert sa signature, le ministre de l’Emploi devrait donner l’exemple, lui qui cherche dans son propre département à violer la loi en court-circuitant la hiérarchie établie pour nominer (si l’on peut dire, quoiqu’il ne s’agisse pas ici d’Oscar) une proche parente à lui.

3) Renforcer les effectifs de la Justice (magistrats, greffiers) et assurer leur formation. Doter cette institution de moyens en locaux et matériels pour améliorer son fonctionnement : à quoi ont donc servi les états généraux de la Justice tenus en 2000, puisque ces recommandations avaient déjà été retenus ?

4) Assurer le traitement en temps réel des dossiers : les justiciables djiboutiens ne demandent pas mieux ! Mais il est illusoire d’attendre beaucoup de cette recommandation.

5) Accélérer la rédaction des jugements, ce qui empêchera toute falsification : donc, certains jugements restent purement verbaux ? Société d’oralité, d’accord, mais là c’est vraiment trop.

Quoique, l’Assemblée Nationale djiboutienne soit, à notre humble connaissance, la seule au monde à ne dresser aucun procès verbal de ses séances. Certes, il ne s’y dit pas toujours des choses intéressantes, mais les députés sont quand même censés représenter la volonté populaire et incarner le pouvoir législatif.

6) Inciter l’Etat à prévoir une dotation budgétaire en vue de prendre en charge les honoraires des avocats commis d’office afin de permettre l’accès à la justice aux personnes les plus démunies : l’universalité de la Justice est donc bien une douce utopie. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi tel avocat s’élève contre la corruption au sein de la magistrature djiboutienne : la concurrence devient vraiment déloyale si le magistrat profite de ce mur de l’argent pour se mettre à travailler au plus offrant.

7) Adopter des textes juridiques pour protéger les victimes du VIH/SIDA contre toute discrimination au regard de l’emploi et dans la société : c’est bien, c’est même très bien, quoique c’est peut-être appréhender les problèmes par le petit bout de la lorgnette en cédant à un thème à la mode dans les pays où les droits fondamentaux sont assurés aux citoyens.

Il y a tout d’abord lieu d’inciter la population à risque à pratiquer le dépistage volontaire d’une part en assurant un maximum de confidentialité dans une ville où tout le monde se connaît et où la rigueur professionnelle n’est pas forcément la chose la mieux partagée du monde, d’autre part en garantissant autant que faire se peut l’accès aux antirétroviraux au plus grand nombre.

Ne faudrait-il pas également et principalement protéger certaines personnes socialement démunies contre les réels risques de propagation du virus ? Ainsi, nous l’avions préconisé il y a longtemps, ne serait-il pas possible de lutter contre la contamination de la femme au moment du mariage en incitant le couple à procéder au dépistage préalable ?

Mais, pour ce régime de verbiage, les droits des femmes consistent à être représentées par des mal-élues. En attendant, ce sont les forces vives de la Nation qui sont condamnées au nom d’une pudibonderie qui obère sérieusement toute réelle chance de développement.

8) Permettre aux associations, aux syndicats, aux partis politiques et à la presse d’exercer pleinement leur rôle : c’est tout simplement l’hommage du vice à la vertu. Alors que le mouvement universel est à la déréglementation et au désengagement de l’Etat dans de nombreux domaines, prétendre légiférer et garantir les Droits de l’Homme dans les sphères associatives, syndicales et partisanes, c’est la preuve la plus flagrante que les ingérences du régime y sont encore vivaces. Car, si ONG, syndicats et partis politiques sont assez mûrs pour fonctionner sans avoir à être dopés, le minimum que le régime (on ne peut pas parler d’Etat à ce niveau) devrait faire, c’est de les laisser tranquilles. En ce domaine, sa seule contribution au plein rendement démocratique de la société civile, ce serait de ne pas confisquer le service public et les médias publics à son seul profit partisan.

C’est, pour le moment, la plus grave entrave à la liberté d’expression.

9) Sensibiliser pour assurer la scolarisation des enfants des milieux défavorisés des zones rurales et améliorer la qualité de l’enseignement dans son ensemble : c’est à se demander à quoi ont servi les états généraux de l’Education Nationale puisque les professionnels en ce domaine avaient déjà évoqué la même préoccupation. Tout en rappelant que les zones rurales ne sont la seules à héberger des milieux défavorisés, le premier effort devrait réduire les effets dévastateurs que fait peser sur le niveau scolaire des enfants ruraux l’affectation des enseignants en fonction de leur compétence : les meilleurs et les mieux formés restent dans la Capitale tandis que les moins bons et les moins formés (suppléants et volants) vont dans les districts).

De même, il conviendrait de regretter que de nombreuses écoles abusivement fermées n’aient pas été rouvertes (sauf celle de Guérenlé, fermée par manque d’eau puis rouverte parce que cette zone ravitaillait en eau le khat présidentiel du Day). Tout comme il est regrettable que certaines constructions ou réhabilitations d’écoles, pourtant budgétisées, souvent grâce à la générosité internationale, tardent encore à se concrétiser. En attendant, des centaines d’élèves vont s’asseoir sur des boîtes de Nido en guise de bancs : le verbiage officiel trouve cela normal.

Saboter à ce point l’avenir scolaire de ces enfants (sans parler des conditions d’obtention des bourses d’études) puis prétendre instaurer des concours de recrutement dans la fonction publique, cela relève tout simplement d’une ségrégation aux conséquences incalculables, comme le démontrera un proche avenir.

10) Assurer les soins médicaux et l’accès à l’eau, domaines prioritaires et essentielles en zone rurale pour prévenir l’exode : ce sont effectivement des domaines prioritaires, au sens où la Santé et l’accès à l’eau sont prioritairement laissés à la générosité bilatérale où aux programmes d’assistance multilatérale.

En attendant, les rares ressources financières nationales sont affectées à la sécurité présidentielle, quand il est possible d’identifier leurs mouvements.

Au total, du bruit pour à peu près rien.


Communiqué de la LDDH

DIFFUSION D’INFORMATION DU 24 MAI 2004

SUR LES RECOMMANDATIONS DU FORUM

« Des Droits de l’Homme à cœur ouvert »… mais évidemment sans tapages et surtout bouche cousue sur les violations, les abus de pouvoir, le maintien de l’impunité, et : attention de ne pas faillir à l’obligation de garder un silence complet sur les détournements des deniers publics et des biens sociaux sinon… »

Voici des commentaires et des soutiens sur les recommandations tout en sachant d’avance qu’elles sont vouées à l’échec exactement comme les recommandations de novembre 2000 dans le rapport des Etats Généraux sur la Justice et issues des trois fameux ateliers, où la présence humaine était beaucoup plus étoffée et responsable.

Une chose reste malheureusement constante dans notre pays : c’est le manque total de volonté politique pour mettre fin aux différents abus de pouvoir, et le maintien d’une dictature foncièrement sournoise, ? Jusqu’à quand ? Actuellement, le ras-le-bol se fait sentir à tous les niveaux, seul le miroir de la peur persiste encore !

Sans nous appesantir sur les périls réels d’une mauvaise gouvernance fondée sur les mensonges, les manipulations d’information à travers notamment la mainmise totale sur les médias de l’Etat, les effets d’annonce, il est de notoriété publique que les recommandations d’un Forum sur les Droits de l’Homme, pour généreuses et justes qu’elles soient , ne peuvent trouver une application sincère que si la volonté politique existe.

1- L’existence d’une justice indépendante avec des magistrats compétents constitue l’une des premières exigences des investisseurs. A cet aune « stimuler les investissements n’a pas de sens dans un pays où la justice brille par son opacité et par l’inertie des juridictions spécialisées telles que la Chambre des Comptes et le Conseil du Contentieux Administratifs, et de l’absence totale de toute jurisprudence.

2- « S’assurer » de l’équité dans les recrutements et les promotions est une chose et les mystères des voies et moyens en usage dans l’administration pour fonder ceux-ci sur « la base du mérite, de la compétence et de l’ancienneté » en est une autre. A moins de rêver, les objectifs de cette démarche, ne peuvent aboutir que si elles s’inscrivent dans un cadre dépouillé de toutes magouilles politico-électorales d’où les préoccupations tribalo-claniques se doivent d’être absentes ;

3- Tous les points énumérés dans les recommandations du « Forum sur les Droits de l’Homme » découlent sans aucun doute d’une bonne intention et nous en savons gré aux contributions. Mais, comme le dit si bien l’adage : « même les sentiers de l’enfer sont pavés de bonnes intentions », au risque de nous répéter et d’agacer, nous insistons sur l’absence au plus haut sommet de l’Etat d’une volonté politique susceptible d’instituer un fonctionnement transparent des institutions à commencer par la Justice.

4- En ce qui concerne les recommandations sur les associations, les syndicats, les partis politiques et la presse, nous prenons acte de cet aveu sans ambages, du forum sur le sort réservé à la société civile, aux organisations politiques et à la presse, en dépit d’une constitution leur garantissant toutes les libertés. Des termes « permettre …d’exercer pleinement leur rôle » merci au Ministre de la Justice d’avoir laissé filtré cet aveu. Pour ce qui est de la loi sur la communication, le plein exercice de la liberté de la presse, il faut que soient créées les dispositions nécessaires dans le cadre de cette loi. Djibouti faisant l’objet d’une attention particulière sur les violations permanentes des Droits et libertés syndicales de la part du BIT et autres organisations internationales des défenses des Droits humains depuis près d’une décennie, le forum aurait pu insister sur ces violations et exiger la réintégration des dirigeants syndicaux licenciés depuis 1995. Cela eut été un gage de sérieux pour un conclave qui prétend avoir réussi le tour de force de rassembler associations, syndicats et partis politiques, sans que l’on sache lesquels et qui les représentaient.

5- Pour le reste « le forum qui se serait modestement penché sur les Droits de l’Homme à cœur ouvert » ne semble pas avoir drainé les institutions internationales qui font notoriété telles la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), Amnesty International, l’UIDH (Union Interafricaine des Droits de l’Homme), tout comme les deux organisations nationales qui sont la LDDH et l’ADDHL.

6- En conclusion, la mauvaise foi comme le mensonge et toutes les pratiques politiques pernicieuses trouvent leurs origines et forcément leur explication dans l’absence de volonté politique qu’elles concourent à occulter.

7- Nous interpellons qui de droit sur les conséquences de cette inertie politique et institutionnelle qui débouchera forcement sur le pire.

 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 97 du mercredi 19 mai 2004

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Réalité numéro 97 du mercredi 19 mai 2004

 
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération en eaux troubles (fin)
  4. Communiqué sur les Droits de l’Homme
  5. Violation des Droits de l’Homme : un cas pratique
  6. Droits de l’Homme : version Etat-voyou
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 97

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

A BEAU MENTIR QUI VIENT DE LOIN :

QUAND UN PROCUREUR DIFFAME

Il n’y a rien à dire : le langage spontané des corps est souvent plus parlant que tous les discours de rationalisation a posteriori. Il suffisait, pour s’en rendre compte, de juste prêter attention à la façon dont se tenaient les différents acteurs de la conférence de presse, généreusement retransmise par la RTD, qui s’est déroulée à Paris dans le cadre des derniers développements de l’affaire Borrel. N’insistons pas sur la posture débonnaire des journalistes français au moins dubitatifs et intéressons-nous aux organisateurs, professionnels de la parole légale, ce qui ne veut dire ni juste ni légitime, dont l’aisance par rapport à cet exercice de séduction variait en fonction d’un certain nombre de données sociologiques, sinon ethnologiques. Ainsi, tandis qu’un des deux avocats français témoignait une aisance (et une suffisance) qu’autorise plus la distance géographique que la maîtrise technique du dossier, l’autre était vraiment dans ses petits souliers, visiblement mal à l’aise et n’ayant pratiquement pas évoqué ce qui était censé justifier sa présence, à savoir l’attentat du Café de Paris de septembre 1990, quoique l’on apprit au passage qu’il avait accusé certains magistrats djiboutiens de corruption.

Pour sa part, le magistrat djiboutien chargé de vendre la version de son commanditaire, tranchait par son extrême fébrilité. Nerveux à tel point qu’il en était maladivement sur la défensive, son aisance approximative avec le français parlé (n’ayant pas grandi dans un tel environnement culturel) ne jouant pas en sa faveur. Si son micro a quelque peu souffert de l’amplitude (au sens thermique) de sa voix, ses auditeurs djiboutiens n’ont pas eu à beaucoup tendre leurs oreilles pour se rendre compte que le Procureur était manifestement en train de mentir et de diffamer.

Nul n’insistera sur le fait qu’Alhoumékani et son compère Iftin soient aujourd’hui présentés comme d’anciens tortionnaires : aux ordres de qui torturaient-ils alors ? Nul ne prendra non plus ce magistrat au sérieux lorsqu’il prétend qu’Alhoumékani avait toujours été protégé par le Général Fathi : il faudrait se demander si ledit Fathi avait réellement ce pouvoir et de quelle protection se sentait-il assuré pour mettre en danger la vie du Président de la République et de son Chef de Cabinet en maintenant dans leur garde rapprochée un individu aussi peu sûr ?

Mais aucun concitoyen ne peut accepter que le Procureur djiboutien essaie de salir quelqu’un dont il n’arrive même pas à la cheville : il faut avoir très peu de respect à l’égard de l’identité djiboutienne (ou en avoir une idée venue d’ailleurs) pour oser prétendre que l’affaire Borrel est une pure invention de M. Dini. Selon le Procureur (qui s’en est d’ailleurs emmêlé les pédales en affirmant une fois que Djibouti est un pays pacifique et pacifié, et se rétractant une autre fois en insistant sur le fait que l’invention de cette affaire Borrel s’expliquait par le conflit civil que traversait alors Djibouti), M. Dini aurait beaucoup écrit, plaidant pour que M. Alhoumékani, détenteur de lourds secrets d’Etat relatifs à l’assassinat du juge français, obtienne le statut de réfugié politique.

Et ceci est une honteuse diffamation, dont seul est capable un magistrat pour lequel défendre un régime est plus important que de défendre la loi. En attendant que l’ARD dépose officiellement plainte contre lui (par principe, pour montrer toutes les limites d’une Justice dont le Procureur de la République viole aussi facilement une loi qu’il est censé appliquer), nous le mettons au défi non seulement de produire le moindre document signé de M. Dini en faveur de M. Alhoumékani (c’est en fait un autre responsable habilité à engager le FRUD qui en est l’auteur), mais surtout d’indiquer la moindre ligne dans ce document faisant allusion à la mort de M. Borrel. Pour le FRUD, il s’agissait juste d’aider un concitoyen s’estimant en danger à pouvoir s’installer en Europe. Crainte qui, connaissant la nature profondément répressive du régime djiboutien, ne pouvait être prise à la légère, avec ou sans affaire Borrel : même aujourd’hui et par ricochet, personne n’osera sérieusement prétendre que la famille d’Alhoumékani restée à Djibouti vit en toute quiétude.

Le renversement des rôles est tout simplement extraordinaire dans cette affaire : un procureur devant normalement instruire se transforme en avocat plaidant maladroitement pour l’innocence du Président de son Conseil Supérieur de la Magistrature ; un avocat étranger s’autorisant à instruire en déclarant que la Justice djiboutienne pourrait diligenter une nouvelle instruction. De quoi se mêle-t-il ? La fâcheuse impression qui se dégage de la complaisance française et de l’arrogance djiboutienne, c’est qu’il y a comme un renvoi d’ascenseur… pour l’échafaud ?


Brèves nationales

Les Pitres (riz) du « Progrès » :

Qui sème le vent récolte… le Khamsin

Ayant adopté un honteux profil bas pendant toute la période où « Réalité » révélait le scandale du riz indien détourné par l’administration présidentielle, voilà que le malheureux pamphlet du Rpp gonfle ses poumons (mais non ses ventes) en raillant dans son dernier numéro la lettre ouverte à la Présidente de l’UNFD publiée dans notre numéro 95. Prenant son cas pour des généralités, ce confrère fatigué nous accuse d’avoir fabriqué ce document au nom d’une association fantôme, l’Union de la Jeunesse d’Arhiba en l’occurrence.

L’UJA n’est effectivement pas une association-maison vivant des prébendes, c’est un regroupement de jeunes désœuvrés révoltés par la pauvreté et la prédation vécues dans leur quartier. Nous les connaissons et avons soigneusement gardé leur manuscrit signé. Nous aurions pu recueillir leur témoignage et en faire un article sur le détournement de l’aide humanitaire octroyée à Arhiba.

Nous avons respecté leur choix en publiant leur lettre ouverte. Rappelons que dans cette lettre ouverte ces jeunes demandent à rencontrer la Présidente de l’UNFD afin de lui exposer de vive voix la dure réalité de leur quartier géré par des prédateurs proches du pouvoir. Si la première dame est disposée à les recevoir dans un de ses multiples bureaux feutrés, elle verra bien que ces mécontents regroupés sous le sigle UJA existent bel et bien. Le griot dénommé « Le Progrès » s’est donc ridiculisé en nous imputant un texte plutôt amical envers l’UNFD. Surtout que la Présidente de l’UNFD et son illustre époux savent mieux que quiconque que la rédaction de « Réalité » n’a jamais été tendre à leur égard.

Saluons tout de même au passage les prouesses intellectuelles de l’écrivaillon qui s’est fendu de l’article accusant « Réalité » de fabriquer des faux : Il aura réussi à noircir toute une page sans démentir une seule fois ce qui faisait l’objet de la Lettre Ouverte : l’aide humanitaire fourni aux sinistrés d’Arhiba a été détourné, comme tant d’autres.

A propos : où était ce génial rédacteur quand « Réalité » avait publié des documents prouvant le détournement du riz indien ? Il se cachait : eh bien qu’il s’abrite du Khamsin maintenant !

Forum sur les droits de l’Homme :

En l’absence des vrais défenseurs

On peut reconnaître une grande qualité au Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, celle de la persévérance. Alors que l’Union pour l’Alternance Démocratique lui avait notifié solennellement les raisons de son refus de participer au Forum sur les Droits de l’Homme.

Notre philosophe peut-être disciple de Zénon a quand même envoyé des cartons d’invitation sans même apporter un début de réponse aux griefs soulevés par l’UAD. Libre à lui dans la logique de ce régime d’esbroufe d’organiser une concertation médiatique avec les associations-maisons et autres acteurs complaisants.

Nous lui rappellerons pour notre part qu’après son arrivée à la tête du Ministère de la Justice, il y a de cela 3 ans, le Tribunal du Contentieux Administratif n’a toujours pas siégé une seule fois. Sans justice indépendante comment peut-on parler d’Etat de Droit, tout comme il est ridicule de parler d’État de Droit dans un pays où les citoyens sont démunis devant le pouvoir de tous les abus ?

Ali-Sabieh /Il-Jano :

Disponible en piscine mais pas en bouteille.

Trois mois après la pompeuse et folklorique inauguration de l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh, les Djiboutiens s’étonnent toujours de l’absence de « la source du paradis » sur le marché. Aux dernières nouvelles, cette eau serait maintenant disponible dans une piscine géante construite près de l’usine. Les jeunes Assajog qui voient leurs robinets à sec plusieurs fois par semaine viennent donc se baigner dans cette piscine miraculeuse mais dont la qualité de l’eau rarement changée est plus que douteuse. Piètre performance de ce régime de mauvaise gouvernance synonyme à la fois de pénurie et de gâchis.

Interview présidentielle à «Jeune Afrique» :

Le citoyen président a-t-il revu sa copie ?

Dans la deuxième partie de l’interview fleuve accordée à « Jeune Afrique », le chef de l’Etat qui n’est pas à une volte-face près revient sur le cas Aden Robleh Awaleh.

Le journaliste n’a pas manqué de lui rappeler sa précédente bourde, en le questionnant ainsi: «lors de notre précédent entretien, vous avez évoqué le nom de l’ex-opposant Aden Robleh Awaleh parmi les commanditaires présumés de l’attentat de 1990 contre le « Café de Paris ». Or, Robleh travaille actuellement à vos côtés. N’est-ce pas gênant ?».

Apparemment sans gêne,le Premier Magistrat Djiboutien, répond en se rétractant: « je ne mets pas en cause spécifiquement Aden Robleh dans cette affaire, mais un groupe de djiboutiens basés à l’époque à Addis-Abeba.

Je ne suis pas Juge, je n’ai jamais jeté l’anathème sur personne. Pour le reste je suis quelqu’un d’ouvert : tous les hommes de bonne volonté sont les bienvenus à mes côtés, dont M. Robleh ».

Sidérant, n’est-ce pas ? Nous analyserons plus longuement cette surréaliste interview présidentielle dans notre prochaine édition.

Taxis Djiboutiens :

Volant à gauche, s’abstenir.

Depuis quelques années l’importation de véhicule bon marché en provenance des pays du Golfe est en nette progression.

Si certains particuliers nantis prennent bien soin de faire modifier sur place le volant normalement à gauche de leur véhicule privé, ils sont nombreux les Djiboutiens ayant importé des véhicules disposant des volants à gauche.

C’est ainsi que se sont retrouvés sur le marché djiboutien des dizaines de véhicule de marque japonaise avec un volant à gauche et servant comme taxi, légalement importés et immatriculés.

Les propriétaires de ces automobiles sont également munis des autorisations en bonne et due forme régulièrement délivrées par les autorités compétentes afin d’exercer le métier de taxi. Revirement des pouvoirs publics : depuis quelques mois une décision interdit l’importation de ce genre de véhicule pour des impératifs sécuritaires. Aussi plusieurs dizaines de taxis encore en circulation ont donc été dernièrement retirés de la circulation.

Confisqués à leurs propriétaires et entreposés dans la zone franche. Il est demandé paraît-il aux propriétaires de ces véhicules d’effectuer dans les meilleurs délais des travaux de modification (volant de gauche à droite). S’ils veulent continuer à exercer leur métier. Le comble pour ces chauffeurs c’est le prix de la modification de volant de leurs véhicules : 200.000 FD à payer à un garagiste devenu miraculeusement spécialiste pour ce genre de travaux. Proche du régime, ce dernier est assuré d’engranger au bas mot 30.000.000 FD sur le parc automobile à modifier. Les chauffeurs de taxi rappellent de leur côté que leur revenu mensuel n’excède pas 100.000 FD. Dans ces conditions, que faire?

Des dizaines de familles djiboutiennes vivant de ce métier de transport se retrouvent privés de revenus à cause des volte-face d’une administration permissive et pernicieuse ?

La balle est désormais dans le camp de l’homme providentiel en campagne pour sa réélection ; n’est-il après tout le premier bailleur de fonds national grâce aux fonds inépuisables engrangés par la Présidence?

Meles Zenawi à Djibouti :

Une visite sur fond de suspicions…

Le Premier Ministre Ethiopien Meles Zenawi effectue, depuis mardi, une courte visite à Djibouti, officiellement pour y inaugurer les nouveaux locaux de l’Ambassade Ethiopienne bâtie au Marabout. Cette visite annoncée de longue date mais sans cesse reportée sera l’occasion de jauger de l’Etat de nos relations avec ce grand voisin. En effet, les observateurs s’accordent à dire que les liens privilégiés que notre pays a entretenu jadis avec notre puissant voisin ne sont plus ce qu’ils étaient.

Les motifs de désaccord ne manquent pas : le dossier somalien figure en bonne place, suivi par le contentieux sur les conditions de l’utilisation du port de Djibouti par la partie Ethiopienne.

Enfin, dernière pomme de discorde et non des moindres, la présence supposée sur notre territoire des mouvements éthiopiens en rébellion ouverte contre le pouvoir central de ce pays. C’est ce qui expliquerait peut-être que les éthiopiens peu confiants dans la vigilance de nos forces de sécurité aient préféré dépêcher à l’avance des éléments de leurs propres services de sécurité.

Après cela, le régime djiboutien fanfaron osera toujours prétendre que nos relations restent excellentes avec notre partenaire historique.

L’avenir nous le dira…


Coopération en eaux troubles

(suite et fin)

Nous continuerons cette semaine encore à interpeller le Gouvernement concernant l’usage qu’il a fait ou compte faire de la manne financière de 125 millions de US dollars (dont 25 millions de prêt) mobilisés en 2003 à la faveur de la lutte contre le terrorisme, toujours à la lumière du rapport d’activités du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération et du Budget de l’Etat pour l’exercice 2004.


Le Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération a effectivement été très actif à en croire le nombre de visites effectuées à l’étranger par les Ministres et le Chef de l’État : Éthiopie à trois reprises, Inde, Iran (trois), Malaisie, Chine (2), Japon (3) et USA. Mais aussi par le nombre d’accords signés cette année là et dont l’exécution dépend pour l’essentiel de Djibouti. Si nous reproduisons ici intégralement le tableau l’aide bilatérale mobilisée, c’est uniquement aux seules fins de les confronter à l’épreuve des réalisations et du vécu des difficultés quotidiennes de nos concitoyens.

L’opacité délibérément entretenue et les chiffres contradictoires fournis par les lois adoptées par l’Assemblée Nationale (budget de l’État, lois rectificatives…) rendent illisibles les comptes-rendus du gouvernement comme ils ôtent toute crédibilité à ses incantations : nous pensons notamment aux fonds débloqués après les Accords de 1994 pour la réhabilitation de la ville d’Obock et qui se sont volatilisés. Dix ans plus tard, toute pudeur digérée, les mêmes dirigeants sollicitent les mêmes bailleurs de fonds pour la réhabilitation de la même ville…. Chat échaudé craignant l’eau froide, il semble que le PNUD ait tenu à cogérer ce programme. Nous aurons l’occasion de revenir en détail sur ce sujet , constatons pour l’heure que tant dans sa conception, sollicitation de l’aide, réalisation (ce devait l’être de concert parties) que par le montant affecté (nature et nombre d’habitations à reconstruire, infrastructures à réhabiliter…), ce programme constitue une violation des accords du 12 mai 2001.

Le scandale d’une Éducation Nationale à deux vitesses fera prochainement l’objet d’un article, nous nous contenterons cette semaine de relever que les dons mobilisés en 2003 à son intention ne figurent pas tous dans le budget 2004 de l’Éducation Nationale et exigeons de savoir l’état d’avancement des travaux d’aménagement du quartier P.K.12 pour lesquels l’A.F.D a débloqué 334 millions FD et surtout où en sont les « construction des écoles et lycées . 216 millions FD (A.F.D) » et « construction école et collège : 800 millions FD (Japon,JICA) » ??? Pour ce qui est de la coopération bilatérale pour l’année 2003, il ressort du tableau ci-dessous reproduit les quelques constatations suivantes : les troupes des États-unis ont payé 15 millions de US dollars comme bail, tandis que les FFDJ auraient payé 30 millions d’Euros pour leur stationnement sur notre territoire c’est-à-dire plus du double. Il est vrai que d’abord elles sont plus nombreuses que les troupes US, mais surtout notre arrière pays leur offre depuis toujours un espace d’entraînement et un champ de tir à nuls autres pareils.

D’autre part vous observerez comme nous que l’aide des États-unis est supérieure à l’aide française, non seulement en volume mais aussi en pourcentage autre que bail. Elle est enfin plus variée.

Est-ce à dire qu’en joignant le geste à l’intention, les États-unis accordent au moins autant sinon plus d’intérêt au développement socio-économique de notre pays qu’à leur présence militaire dans la région, que la France ? Les chiffres avancés par le MAEC pour l’année 2003 semblent le laisser croire. Un survol de la coopération française en 27 ans d’indépendance accrédite cette thèse. Cela ne nous étonne guère. En effet, partout où elle militairement implantée, la politique extérieure de la France n’est pas dictée par le Quai d’Orsay, Bercy ou depuis peu par la coopération mais bien par le Ministère de la Défense. Et ce, quelque que soit le gouvernement, à la notable exception de l’intermède COT…. Dans le cas de notre pays, le grand reporter M. HONORIN avait dès le lendemain de l’indépendance (1982) livré les dessous de cette présence dans un long reportage intitulé « Djibouti, la République en uniformes ». Jusque durant le conflit armé, l’essentiel des relations franco-djiboutiennes a essentiellement consisté en une coopération militaire qui a parfois relevé de la connivence et nous sommes, avec un inamovible officier français coopérant aujourd’hui au Ministère de la Défense…djiboutienne, les mieux placés pour le savoir.

A moins que sa longue présence à Djibouti aidant et l’expérience des années 1980 ayant échaudé plus d’un donateur, la France ne souhaite plus voir l’argent de son contribuable dilapidé dans des projets sans lendemain, se contentant en plus du paiement du bail, d’une coopération technique et du colmatage çà et là, de quelques brèches. Ce en quoi nous ne saurions la blâmer.

Toujours est-il que notre pays demeurera handicapé tant que perdurera l’opacité dans la gestion des deniers publics .Les Etats-Unis d’Amérique viennent de rendre publique la liste des pays qui bénéficieront en priorité du Compte du millénaire. Djibouti qui, au regard de sa position stratégique pouvait légitimement espérer en être, n’y figure pas. Les critères d’admissibilité ne sont pourtant pas draconiens ni insurmontables : une Justice indépendante, transparence électorale et budgétaire, économie libérale…

Une Assemblée monocolore depuis l’indépendance avalisant comme un seul homme lois et décrets présentés par le gouvernement sa seule contribution à la vie politique nationale fut un amendement violant l’accord de paix du 12 mai 2001.

Une Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire dont aucun compte-rendu ou suggestion n’est, à ce jour rendu public.

Impunité de la délinquance financière instituée : le plus officiellement du monde un journaliste du journal gouvernemental «La Nation » nous expliquait que la propension des directeurs à se servir des deniers publics a obligé notre Président à concéder en toute opacité au Capital privé étranger la gestion des Etablissements publics à caractère industriel et commercial…

La violation des Accords de paix, la persistance des causes qui ont conduit au conflit armé et tous les maux que nous venons de citer font que non seulement les financements extérieurs productifs vont inéluctablement se tarir mais constituent également les germes du renouvellement, inévitable dans ces conditions, du conflit civil…

Source: Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération


Communiqué sur les Droits de l’Homme

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COMMENTAIRES DU 14 MAI 2004 SUR UN FORUM EN MATIERE DES DROITS DE L’HOMME

ORGANISE ( avec un optimum de secret)

PAR LE MINISTRE DE LA JUSTICE CHARGE DES DROITS DE L’HOMME

Ayant appris, avec un grand intérêt, dans la soirée du 14 mai 2004 sur les antennes de la Radio Télévision de Djibouti (RTD) que le Forum sur les Droits de l’Homme aura lieu dans les locaux de la Femme « Djiboutienne ( présidée par la première Dame djiboutienne) ;

Constatant que le Forum sur les Droits de l’Homme ne pourra pas comme prévu se tenir au Palais du Peuple ( terrain neutre) peut-être pour des raisons de climatisation, et ne pourra pas se tenir au Sheraton Hôtel, peut-être pour des raisons financières et ce malgré les demandes de financement au PNUD soutenues par le Président de la LDDH fin février 2004 ;

Ayant appris l’absence de la grande majorité des Organisations Internationales des Défenseurs des Droits de l’Homme pour des raisons qui sont à notre avis gardées dans le plus grand secret ;

Regrettant l’absence des hommes politiques de l’Opposition membres de l’UAD, absence probablement consécutive à l’entêtement du Premier Magistrat dans le maintien de la politique de refus du remboursement du montant des 32 500 000 qui représentent la caution déposée par l’UAD lors des élections législatives de l’année dernière ;

En tant que Défenseurs des Droits de l’Homme, il est de notre devoir de demander le report de ce Forum sur les Droits de l’Homme jusqu’à la prochaine rentrée judiciaire afin de permettre au Ministre de la Justice de remplir toutes les conditions pour un meilleur succès et une plus grande transparence en terrain neutre, avec la participation de tous les hommes politiques (toutes tendances confondues), des membres des Organisations Non-Gouvernementales, avec surtout des éléments palpables et tangibles en faveur de l’indépendance totale de la Justice en République de Djibouti, et la Déclaration solennelle de la fin de l’impunité, de la fin des Abus de Pouvoir par la mise en place de structures judiciaires totalement indépendantes.

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Le ministère de justice organise aujourd’hui et demain un forum sur les droits de l’Homme. Ainsi les droits de l’Homme s’invitent dans le débat public. Après des années d’amnésie, c’est un fait nouveau. L’ADDHL avait appelé de ses v ceux, et elle s’en réjouit car cela permettra peut être de s’exprimer sur la situation des droits de l’Homme et des libertés.

Cependant, nous constatons avec regret que les deux organisations de défense des droits de l’Homme à savoir l’ADDHL (Association pour la Défense des Droits de l’Homme et des libertés) et la LDH (ligue des Droits Humains), toutes affiliées par ailleurs à la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) et à l’UIDH (Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme) ne soient pas conviées à ce forum, tout comme nous déplorons l’absence des organisations syndicales des travailleurs.

Avec l’absence des partis politiques d’opposition, l’objet de ce forum devient sans intérêt. C’est pourquoi nous le considérons comme nul et non avenu.

Pourtant, sans discuter, sans débattre si âprement que ce soit, on ne peut pas résoudre les problèmes, ni décrire objectivement la situation des Droits de l’Homme. On ne peut même pas les poser. Alors que l’enjeu mérite bien qu’on affronte dans le contexte politique qui est le nôtre, la réalité de la situation.

Le Ministre de la justice est là en cause à cause de son sectarisme et ceci est l’aveu de son malaise. Un malaise politique dont la clé est à la fois existentielle et institutionnelle. Le piège de la pensée unique et du conformisme politique est en train de se refermer sur le Ministre de la justice Ce moment était prévisible, presque programmé, et à coup sûr anticipé.


Violation des Droits de l’Homme : un cas pratique

A l’heure où le régime prétend favoriser la promotion des Droits de l’Homme, il nous a semblé utile de proposer à nos lecteurs l’histoire d’une famille djiboutienne victime de l’acharnement du pouvoir de tous les abus. Ce texte, rédigé par les intéressés, nous a été remis il y a quelques semaines, le moment nous a paru opportun de le publier.

Ministre ou Avocat ?

En Novembre 2000, Mr GONA ALI, âgé d’une quarantaine d’années atteint de paludisme est évacué d’as-eyla sur Dikhil . Au lieu de bénéficier des soins auxquels il a droit, Mr GONA s’avère être le frère d’un certain infirmier nommé Abdoulkader Ali, lequel a eu auparavant un différend avec le Médecin-chef du District de Dikhil ; il s’agit du Docteur Boutes. Refoulant sa conscience professionnelle, ce Médecin expatrié a tout fait pour empêcher l’accès aux soins de GONA tant à Dikhil qu’ailleurs. Ce dernier sera chassé du centre hospitalier de Dikhil alors qu’il se trouve en coma. Son frère Ibrahim Ali, militaire de carrière arrive tant bien que mal à le transporter en bus à Ali Sabieh où il le fait subir des examens. Revenu à Dikhil, Mr Ibrahim utilise tous les moyens pour faire évacuer sur Djibouti son frère GONA dont l’état sanitaire s’est dégradé d’une façon inquiétante. Sachant sa situation irréversible, Dr Boutes et ses infirmiers consentent à ce que Mr GONA soit évacué en compagnie d’une autre malade pour lequel l’on a demande une Ambulance. Quelques heures après son arrivée à Djibouti Mr GONA succombe à la Réanimation de l’Hôpital Peltier. Aussitôt son frère Ibrahim dépose sur une plainte contre Dr Boutes pour non assistance à une personne en danger et pour avoir délibérément conduit son frère GONA ALI à la mort en refusant les soins nécessaires à sa maladie et en bloquant son évacuation sur Djibouti. Cette plainte conduit Mr Ibrahim Ali ex caporal-chef de l’ AND à la radiation des effectifs de l’armée par décision Ministérielle n°179 de 30 Mai 2001. La plainte de Mr Ibrahim est bloquée avant même le début de l’instruction. Le père du défunt sera menacé de déportation par le sultan de gobaad sous l’impulsion du Ministre de la Défense. La partie civile a écrit à :

– Monsieur le Président de République de Djibouti 2 fois

– Monsieur le Premier Ministre 3 fois

– Monsieur le Ministre de la justice 4 fois

– Monsieur le Procureur de République 6 fois

– Monsieur le Médiateur de la République 2 fois

– Monsieur le Président de l’assemblée 2 fois

– Monsieur le chef de Mission Française à Djibouti 2 fois

Aucune de ces multiples correspondances n’a eu de réponse et encore moins d’échos et ce malgré la gravité que soulèvent ces lettres

En janvier 2003, le frère aîné de Mr Ibrahim, à savoir Houmad Ali est décédé brutalement laissant derrière lui une veuve et 4 enfants.

A l’annonce de sa mort, le personnel du Ministère de la Défense met à la disposition de la famille du défunt Houmed une voiture de service pour leur faciliter les travaux de l’enterrement. C’est mal connaître le Ministre de la Défense qui envoie ses gardes de corps à la poursuite de la camionnette prêtée à la famille du défunt Houmed.

Aussitôt dit, aussitôt fait, les gendarmes arrêtent la voiture en question, déposent matériels et hommes en pleine chaussée et ramènent la voiture au Ministère. Il pas superflu de rappeler que le défunt a travaillé pendant plus de 15 ans au Ministère de la Défense en qualité de planton.

Mr Slyas, chef du service secrétariat établit une décision de fin de contrat du défunt pour le soumettre à la signature du Ministre à savoir :

– Capital décès de six mois

– 2 mois de congé non pris

– 3 mois de salaires no pris.

Cette décision est rejetée par le Ministre de la Défense sans la moindre explication.

II sera de même de son remplacement par lé membre de famille.

La fille du défunt Houmed postule à un emploi de femme de ménage auprès de la caisse Militaire de Retraite (C.M.R).

Dans un premier temps sa demande est accueillie favorablement. Aussitôt que le Ministre de la Défense apprend la nouvelle, elle se voit rejetée. L’on est en droit de se demander quel lien de parenté unissait et unit encore l’actuel Ministre Djiboutien de la défense avec Dr Boutes qui a déjà quitté le pays. La famille de GONA a porté plainte contre un Médecin expatrié Dr Boutes et depuis, subit tantôt en ville tantôt en brousse les foudres du Ministre de la défense. Le plus difficile pour cette famille est le silence des plus hautes autorités du pays et ce après qu’ils eurent été saisies.

L’actuel Ministre de la Défense qui assure aussi la défense du Dr Boutes par tous les moyens en menant la vie dure à la famille GONA en usant tous les moyens possibles pour empêcher l’instruction du dossier sera dorénavant considéré comme le second responsable de la mort de GONA ALI survenu en NOV 2000 à Djibouti après un horrible calvaire et le seul responsable du blocage du dossier de liquidation des droits de Mr HOUMED ALI décédé le 28 janvier 2003.

Cette famille si malmenée par un Ministre en exercice n’arrive pas à s’expliquer le silence pesant du premier magistrat du pays en l’occurrence le Président de la République dont l’attention a été attirée à maintes reprises sur cette situation par tous les moyens( correspondances directes, publication dans les journaux, R. T .D, etc.

LA FAMILLE DU DEFUNT


Droits de l’Homme : version Etat-voyou

« Et vous disiez, monsieur d’Ormesson/ Qu’il flottait sur Saïgon/ Un air de Liberté». Donc, un Forum (la majuscule n’est pas obséquieuse) a été organisé sous l’égide du ministère de la Justice, pour constater que les Droits de l’Homme sont une avancée incontestable à Djibouti, surtout depuis 1999, c’est peut-être l’effet messianique du millénaire naissant. Le régime les respecterait, les concrétiserait et les renforcerait. S’il nous faut démontrer que tout cela relève de la propagande mensongère, il y a donc lieu d’avancer des preuves tangibles et significatives. En voici donc au moins une parmi beaucoup d’autres, tirée de l’actualité la plus récente et beaucoup plus brutalement parlante que toutes les démonstrations théoriques.


Pour qui cherche à comprendre la dynamique interne d’un contexte national, les ressorts descriptifs ou explicatifs d’une configuration historique donnée, spécialement lorsqu’elle est issue d’un processus chaotique de (dé) colonisation, il y a grosso modo deux options, théoriques autant que politiques. La première posture s’appelle juridisme ou encore nominalisme et a très longtemps prévalu, par une sorte de paternalisme nostalgique au terme duquel l’objet étudié a été aussi sous-développé que la science qui l’étudiait, il s’agissait de mesurer, par exemple, le niveau de libertés publiques dont des citoyens pouvaient jouir sur la seule base des textes instituant lesdites libertés. Pour Djibouti, les avancées démocratiques seront jugées à l’aune des dispositions formelles de la Constitution ou des divers textes de loi garantissant telle ou telle liberté.

Ou encore d’établir un inventaire à la Prévert de toutes les conventions internationales ratifiées par notre pays. Comme il s’agira pour le régime, dans une posture d’incantation propitiatoire, de faire croire que les Droits de l’Homme existent à Djibouti à partir du moment où tout un forum est organisé sur ce thème, où la bonne gouvernance est une réalité incontournable dès lors que telle institution internationale investit des millions dans sa promotion, ou encore que la liberté syndicale est solidement établie puisque le Budget de l’Etat a prévu d’autres dizaines de millions de nos francs dans son renforcement. C’est souvent dans ce travers que tombent quelques chercheurs et certains journalistes à prétention internationale.

La seconde posture s’appelle, de façon barbare, objectivation. Cela revient à donner une réalité concrète, objective, à un concept théorique ou à un outil heuristique. En l’occurrence, quand il s’agit de parler de Démocratie ou des Droits de l’Homme à Djibouti, il conviendra de rechercher, dans l’existence quotidienne des corps et des choses, dans les structures sociales comme dans les structures cognitives, en quoi on peut dire qu’il y a ou qu’il n’y a pas Démocratie ou Droits de l’Homme ici. Bref, cela consiste à prouver dans les faits la véracité ou l’inexistence d’une idée, quand il ne s’agit pas d’un idéal. Mais, justement, foin de théorie : il nous faut démontrer, exemplifier, par la réalité concrète.

Officiellement invités par le gouvernement djiboutien au ban des nations pour sa répression en matière syndicale et soucieux de donner des gages de sa bonne volonté en quête d’adéquation entre sa pratique indigène et les stipulations des conventions internationales ratifiées à cor et à cri, deux experts du B.I.T (Bureau International du Travail) devaient participer jeudi dernier à une réunion, sous l’égide du ministère de l’Emploi, entre régime et syndicats nationaux. Invités par les deux experts à titre de dirigeants reconnus par le B.I.T et les instances internationales (et que le régime n’a pas hésité à exhiber à la télé le 1er mai dernier pour faire croire que la liberté syndicale était respectée), les vrais responsables démocratiquement élus de l’UDT (Union des Travailleurs Djiboutiens) sont arrivés sur les lieux en toute bonne foi.

Le représentant du ministère de l’Emploi (il conviendrait peut-être mieux de parler de ministère du chômage), ayant vraisemblablement reçu des ordres stricts, il a été signifié à ces responsables syndicaux qu’ils étaient indésirables, le régime n’ayant prévu que la participation des seuls clones. En toute simplicité despotique : pourquoi faire compliqué quand la bêtise permet de faire simple ? Outrés d’une telle impolitesse et désireux de voir cette réunion se tenir dans des conditions décentes et fructueuses pour toutes les parties concernées, les experts du B.I.T ont solennellement invité la partie gouvernementale à raison garder et à accepter la participation de la représentation syndicale non clonée. Rien n’y fit : ce fut un Niet plutôt musclé !

En effet, sur convocation du ministère chargé de la répression syndicale, six policiers en uniformes et en armes firent irruption dans la salle et en expulsèrent manu militari les indésirables mais légitimes représentants syndicaux. Ainsi donc, comme on dit dans certains milieux qui ont le temps de s’étonner, les deux experts du B.I.T ont pu assister à l’expulsion des vrais syndicalistes : la réalité de la liberté syndicale a été jugée à sa juste pertinence concrète. Furieux d’avoir été abusés par un régime aussi irresponsable, et ne voulant absolument pas cautionner par leur mansuétude un tel terrorisme contre les travailleurs djiboutiens, les experts du B.I.T ont aussitôt quitté Djibouti, promettant des lendemains ailleurs douloureux au régime RPP.

Donc, le régime a utilisé la force des armes pour contraindre au silence les représentants légitimes d’une centrale syndicale en présence de délégués d’une organisation internationale. Quand on l’entend prétendre que seule la fierté nationale l’a conduit à violemment réagir à l’affaire Borrel comme dans ses rapports avec le FMI, le citoyen djiboutien, surtout s’il est travailleur, ne comprend pas pourquoi les vrais représentants librement et démocratiquement élus sont à ce point et militairement humiliés devant des arbitres aussi neutres que ceux du B.I.T. Dans ces conditions, à quoi sert alors un forum sur les droits de l’Homme à Djibouti ?

De deux choses l’une : soit le Chef de l’Etat est foncièrement incompétent au point de ne pas pouvoir assurer un minimum de cohérence à l’action de son gouvernement, ce qui expliquerait la marge de manœuvre illégale de ses ministres ; soit il est l’instigateur de toutes ces illégalités officielles, ce qui expliquerait l’impunité de leurs auteurs.

Le plus souvent, la vérité se situe dans l’entre-deux : la mauvaise foi a besoin d’une certaine médiocrité.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 96 du mercredi 12 mai 2004

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Réalité numéro 96 du mercredi 12 mai 2004

 ARD
Sommaire

NUMÉRO GRATUIT

  1. Éditorial
  2. Communiqué de l’UAD
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 96

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

NUMÉRO GRATUIT

MESSAGE

12 MAI 2001 :

UN COUP DE PAIX DANS L’EAU ?

A chacun ses préoccupations, en fonction de ses priorités : prétendant changer le monde en en changeant la représentation, le Chef de l’Etat s’est offert une débauche d’encre et de papier pour fêter le cinquième anniversaire de son mandat. Libre à lui de se glorifier, s’il estime que le 8 mai 1999 est plus important dans l’Histoire du pays que le 12 mai 2001, la majorité de nos concitoyens n’est certainement pas de son avis. C’est pourquoi, pour notre part, nous saisissons l’occasion du troisième anniversaire de l’Accord de Paix définitive pour modestement inviter les citoyens lecteurs-électeurs à une pause-réflexion à trois niveaux : la fragilité d’une paix à laquelle les deux parties signataires n’accordent pas la même importance, les limites d’une opposition pacifique dans un contexte de fraude généralisée et enfin l’utilité d’un journal comme le nôtre.

En premier lieu, par manque d’application honnête, l’Accord de paix n’a pas mis fin aux multiples injustices qui sont à l’origine du conflit, le récent communiqué présidentiel l’imputant aux manœuvres néocolonialistes françaises n’est que la preuve par l’absurde d’un constat dramatique : un quiproquo n’aurait-il pas présidé à la paix ? Les attentats perpétrés par le régime contre une nouveauté institutionnelle aussi importante que la décentralisation, et son acharnement à prétendre instaurer une Nation au détriment de sa diversité, à travers une citoyenneté à deux vitesses, montre bien le peu d’intérêt accordé à la Réconciliation nationale et à la Reconstruction du pays. Dans ces conditions, comment nos concitoyens peuvent-ils tolérer un régime aussi insouciant de l’intérêt général et passivement assister à cette entreprise de destruction de notre avenir commun ?

En second lieu, autant la timide ouverture politique de septembre 1992 a été imposée par le bruit des armes rebelles, autant le multipartisme intégral est une conquête de l’Accord de paix du 12 mai 2001. La menace du clonage disparue, de véritables partis d’opposition se sont créés, unissant leurs forces pour participer à une consultation électorale qu’ils espéraient sincère et transparente, assurés qu’ils étaient de représenter l’alternance crédible que le Peuple attendait depuis si longtemps. L’instauration d’un environnement institutionnel pacifié s’est heurtée aux tourments d’un ancien parti unique essentiellement préoccupé par sa survie. Les graves déficits démocratiques que l’Accord du 12 mai 2001 rendait responsables du conflit civil ont été purement et simplement renforcés à cette occasion, le fonctionnement folklorique du Conseil Constitutionnel et de la CENI n’en étant que l’épiphénomène le plus brutalement caricatural. Dans ces conditions, face à un régime qui ne respecte aucune légalité, comment nos concitoyens estiment-ils possible qu’une opposition à laquelle il est interdit de proposer puisse un jour gouverner en arrivant au pouvoir par les urnes, par la voie démocratique ?

Enfin, concernant spécifiquement notre journal, une modestie personnelle au service d’une efficacité militante nous incline à toujours interroger le sens de nos productions hebdomadaires. Ecrire pour être lu n’est pas une posture d’apesanteur politique : on écrit avant tout pour faire bouger les choses, pour donner une autre vision des multiples réalités, nationales comme internationales. Car écrire autant que lire ne peut tenir lieu de condition suffisante du changement démocratique. Il y a une condition absolument nécessaire, sine qua non : l’action pratique. En d’autres termes, nous invitons cette semaine nos lecteurs à se poser une question : nous lire peut-il contribuer à provoquer un changement dans la gestion de la chose publique ?

C’est pourquoi nous avons préféré commémorer le troisième anniversaire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 de cette façon : réduire le journal à la stricte explicitation de notre démarche, en invitant chaque citoyen à se demander où va notre pays dans ces conditions. Le Chef de l’Etat croit remplir le vide de sa politique par la surabondance de sa publicité. Nous choisissons la démarche inverse : nous ne produisons rien cette semaine pour laisser les citoyens lecteurs-électeurs seuls avec leur conscience. La liberté de la presse ne peut pas exister sans la liberté de librement choisir ses représentants politiques.

L’Accord de Paix, le fonctionnement des partis d’opposition et la publication de notre journal ont-ils encore un sens quand sont à ce point bafoués les droits civiques les plus élémentaires ?


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DÉMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE

A l’occasion du 3ème anniversaire de la signature de l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001 décrétée Journée Nationale de la Paix, l’Union pour l’Alternance Démocratique réitère ses exigences pour la stricte application immédiate et intégrale de tous les points objet de cet accord.

La non-application de l’essentiel de ses volets et la violation pure et simple d’autres, avec notamment l’adoption récente par l’Assemblée Nationale de l’impertinente et irresponsable redéfinition des limites territoriales des districts, recréent telles quelles les conditions qui ont favorisé le déclenchement de la lutte armée.

L’Union pour l’Alternance Démocratique, constatant que les manœuvres du pouvoir sont loin de créer un climat favorable à la promotion de la démocratie et de l’état de droit en République de Djibouti, est désormais déterminée à faire aboutir ses droits par tous les moyens.

Elle condamne ces pratiques unilatérales d’un autre âge et exige :

– le retrait immédiat de cette loi et l’adoption comme loi organique du projet de loi sur la décentralisation tel qu’adopté par le gouvernement en conseil des ministres et convenu d’accord parties le 12 mai 2001 ;

– le remboursement immédiat de la caution de 32,5 millions FD déposée au Trésor national à la veille des législatives de janvier 2003 et illégalement confisquée jusqu’à ce jour par le gouvernement, toutes les démarches légales étant épuisées dès lors. Ce genre de racket absolument inadmissible est fait pour obliger les partis politiques d’opposition à boycotter toute consultation électorale.

Par ailleurs, l’Union pour l’Alternance Démocratique, consciente des ses responsabilités, se doit d’alerter l’opinion internationale et les pays amis sur les dangers que fait courir à la stabilité politique de notre pays le comportement insensé et irresponsable du régime en place.

De même, l’UAD prend à témoin l’opinion publique djiboutienne : la Démocratie ne peut exister que si toutes les parties inscrivent leurs actions dans la légalité et le respect de la volonté populaire.

Enfin, l’UAD décline toute responsabilité sur les fâcheuses conséquences qui pourraient découler du refus obstiné du gouvernement d’appliquer l’Accord de Paix définitive, de renforcer l’Unité nationale et surtout de respecter les Droits civiques fondamentaux.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 95 du mercredi 5 mai 2004

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Réalité numéro 95 du mercredi 5 mai 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Grande braderie au RPP
  4. Une journée syndicale sans syndicat
  5. Lettre ouverte à la Première Dame
  6. Les Hooligans politiques : dis moi qui est ton maître !
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 95

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

IRAK :

OPERATION LIBERTE HUMILIANTE

Les troupes coalisées passent les croupes en revue : ainsi aurait pu s’intituler les tristes déboires que les forces d’occupation connaissent ces temps-ci en Irak. L’affaire est on ne peut plus regrettable, tant est remise en cause, du fait que les armes de destruction massive demeurent désespérément introuvables, la seule justification pompeusement civilisatrice de la guerre contre le tyran Saddam.

Imaginez : les prétendus soldats-missionnaires, généreusement venus irriguer de leur sang les sables du désert irakien pour dispenser les vertus de la démocratie aux bédouins indigènes, pris en flagrant délit de sévices de tous ordres contre leurs prisonniers sans jugement d’une guerre sans nom. Dire que ces traitements inhumains et dégradants constituent une violation flagrante des conventions de Genève est un doux euphémisme : on chercherait en vain une quelconque légalité dans cette croisade d’un genre nouveau. Donc les soldats américains et anglais auraient été photographiés en train de torturer leurs prisonniers irakiens : certaines photos comme celles de dizaines d’hommes entassés nus les uns sur les autres ou encore d’un soldat anglais en train d’uriner sur un prisonnier, ont été courageusement retransmises en boucle même par les télévisions américaines. C’est courageux d’infliger aux siens le spectacle de tels comportements de délinquants du Bronx car, autant le black-out illégal qui entoure les prisonniers de Gantanamo ne gêne que quelques organisations de défense de droits de l’Homme, autant la bonne conscience de ceux qui s’estimaient en état de légitime défense après le 11 septembre est durablement ébranlée au spectacle de cette barbarie.

Leur médiatisation à outrance donnant à ces tortures les allures d’une banalité massive et quotidienne, qui ne sont pas loin de rappeler les atrocités commises par les forces sionistes au prétexte de la lutte contre le terrorisme palestinien, il est difficile de ne plus comprendre alors pourquoi les États-unis sont à ce point détestés dans le monde arabe et ailleurs. Mais, autant que la faiblesse d’une certaine nature humaine encline à humilier le faible, surtout quand il n’est pas en position de pouvoir se défendre, ces traitements sauvages s’expliquent : c’est une façon comme une autre pour ces militaires d’évacuer leur stress et de venger leurs frères d’armes tués dans quelque embuscade. Le drame, c’est que l’on ne peut même pas supposer que ces bourreaux d’occasion s’estimaient impunis, conscients qu’ils étaient du fait qu’ils ne sont justiciables devant aucune juridiction internationale. Comme quoi, certaines armées régulières d’Afrique ou d’Asie ne sont pas les seules à ignorer le droit international relatif à la protection des civils ou des prisonniers de guerre.

Dans ces conditions, on voit mal les Nations Unies s’investir politiquement dans un territoire occupé où des forces d’occupation n’auraient aucun compte à leur rendre. Les préoccupations de leur Secrétaire Général quant aux terribles affrontements entre forces de la Coalition et population irakienne n’en sont que plus justifiées. Pour sa part, le Président Bush, en campagne pour sa réélection, n’avait certainement pas besoin d’une si mauvaise publicité venant de si pitoyables soldats-ambassadeurs, mais ceci est une autre histoire : il ne fait aucun doute que l’état-major américain sanctionnera sévèrement ses coupables mais aussi victimes expiatoires d’une campagne irakienne qui relève chaque jour un peu plus de l’erreur politique. Le mal est déjà fait et les États-unis paient aujourd’hui pour leurs maladresses successives : pour avoir trop diabolisé l’irakien moyen qui n’était qu’un simple rouage du totalitarisme du parti Baas, et peut-être trop sûrs de leur supériorité civilisatrice, les Coalisés ont refusé d’efficacement associer ceux qu’ils prétendaient libérer et responsabiliser. Car, à la vue de telles tortures, tout homme digne de ce nom ne pense malheureusement qu’à une seule chose : se venger, quitte à y laisser sa peau

A moins d’être comme certains torturés djiboutiens adulant leur bourreau. Parce qu’il est plus confortable de voir la paille dans l’œil du voisin plutôt que la poutre dans le sien, on se scandalise plus facilement à la vue d’Irakiens humiliés par les Américains qu’au souvenir des centaines Djiboutiens sauvagement, gratuitement et impunément torturés par le SDS. Sans oublier d’autres centaines d’innocents civils froidement assassinés par les troupes gouvernementales.

Au moins, la torture des Irakiens ne restera pas impunie et, par-delà les vicissitudes de la mesquinerie humaine, c’est cela la Démocratie : refuser l’impunité. N’en déplaise aux faux démocrates protecteurs des méchants.


Brèves nationales

Dos-d’âne à Obock :

Pas si bête !

Nous n’avons toujours raison de blâmer l’inefficacité des administrations régionales : à défaut de compétences, on peut au moins leur reconnaître une bonne volonté impuissante. Ainsi, suite au décès d’un enfant écrasé par un militaire chauffard sans permis au volant d’un véhicule aux freins défectueux, les autorités du district d’Obock ont décidé de prendre en mains un problème qu’elles croient cruciales et prioritaires : rationaliser la circulation routière dans le chef-leu de ce district. Donc, pour remédier aux ardeurs des fous du volant, il a été décidé de mettre des dos-d’âne à toutes les intersections jugées dangereuses dans cette ville où les véhicules roulant se comptent sur les doigts des deux mains.

Bref, des dos-d’âne dissuasifs auraient été mis en place pour protéger les inoffensifs piétons des ardeurs meurtrières des assassins sur quatre roues. Sans douter des bonnes intentions officielles, le seul problème c’est que ces dos-d’âne sont de sable sur des « ruelles » elles-mêmes ensablées. Pour la simple raison qu’il n’y a pas un seul mètre de chaussée goudronnée dans le district d’Obock : quand chaussée réservée aux automobiles et trottoirs réservés aux piétons sont à ce point indifférenciés, à quoi bon construire des dos-d’âne temporaires ? Par définition, leur sable disparaîtra à la prochaine pluie ou au prochain Khamsin.

C’est tout l’art de mystifier en proposant de fausses solutions à de vrais problèmes. Si le ministère concerné commençait à goudronner les rues d’Obock et donnait aux piétons de cette ville des trottoirs où ils pourraient se sentir en sécurité et des chaussées clairement délimités où les conducteurs sauraient qu’ils doivent rouler, ce serait un grand pas dans la rationalisation de cet espace urbain.

Cette pitoyable histoire n’est pas sans rappeler une autre, peu connue. Dans les bidonvilles d’une ville dont nous tairons le nom par pudeur, un énorme taureau s’est retrouvé bloqué dans la porte d’une maison dans laquelle il voulait s’introduire.

Ne pouvant ni reculer ni avancer, les simples propriétaires de cette humble masure ont illico presto fait appel à la sagacité de leur chef de village pour résoudre cette énigme digne du sphinx Œdipe. Après un temps incalculable de réflexion à s’en exploser les méninges, ledit chef du village a trouvé la solution-miracle : « détruisez tout ce côté de la maison et libérez le taureau » leur ordonna-t-il.

Et tout ce côté de la maison en planches fut détruit sur-le-champ. Une fois la maison détruite, le bœuf intempestif fut libéré : il ne restait plus qu’à reconstruire la misérable demeure. Et c’est là que les habitants du quartier, et sujets de ce providentiel chef du village se mirent à pleurer à l’unisson. Modeste comme tout chef providentiel qui se respecte, ledit chef demanda à ses sujets le pourquoi de leur émoi sanglotant.

Ce à quoi ils répondirent tout autant à l’unisson : « après ta mort, oh chef omniscient, qui nous donnera des conseils aussi éclairés que les tiens ? ».

Attendre du RPP et de ses serviteurs des conseils ou des actions aussi inutiles que le prétendu miracle de ce chef de village, c’est tout simplement prendre des vessies pour des lanternes.

Au secours, Abou Nawas !

Palmiers de DjibNet :

Le planteur s’est-il planté ?

Pour le cinquième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de l’actuel Chef de l’Etat, la société DjibNet, ayant le monopoles du numérique, avait « généreusement » décodé toutes les chaînes à la population que ne desservent plus les antennes à 10.000 FD qui avaient renfloué ses caisses.

Pour plaire davantage à qui de droit, et au mépris d sa propre politique commerciale, voilà que la semaine dernière, avec la seule concertation de la présidence dit-on, cette société s’est furieusement mise à planter des palmiers le long de certaines routes de la Capitale empruntées par le cortège présidentiel, à ses frais.

Nous savions que cette société était spécialisée dans le domaine de la retransmission satellitaire, mais personne n’aurait jamais douté qu’elle émargeait aussi aux travaux publics au jardinage. Son œuvre caritative au seul profit des yeux du couple présidentiel a failli plonger une partie importante de la Capitale dans l’obscurité.

En effet, causant une catastrophe technique en creusant des trous destinés à recevoir ses plantes, DjibNet a sectionné un câble électrique par lequel transitaient 63.000 kva, sur la route du port, côté Marabout, quelques mètres en face du restaurant Longchamps.

Cette société subitement bienfaitrice n’aurait consulté aucun plan cadastral avant d’entamer ses travaux écologiques. Malheureusement l’accident causé par cette intervention coûtera plus cher que les projets d’embellissement entrepris.

A vouloir transformer en une « promenade des Anglais » l’itinéraire emprunté par le Chef de l’Etat, DjibNet récoltera dit-on une facture bien salée pour la réparation de ses maladresses.

En effet, l’EDD n’ayant formé aucun technicien pour ce genre d’intervention depuis l’indépendance, il a fallu faire appel à des compétences étrangères, matériellement et techniquement mieux préparés.

Les techniciens français auraient exigé, la mise en place de tentes climatisées sur le chantier pour pouvoir travailler dans des conditions supportables, tant pour eux que pour le précieux matériel technique.

En voulant plaire, DjibNet aurait ainsi causé non seulement des dégâts gravissimes mais failli tuer ses propres travailleurs, en raison de la puissance du voltage du câble. Pour le reste, il est à se demander qui paiera cette facture certainement astronomique : l’EDD ou DjibNet ?

Depuis trois mois le pays enregistre des délestages importants, avant l’arrivée de la canicule et malgré les investissements étrangers opérés pour pallier à la situation de « Djibouti, une capitale dans les ténèbres » connue il y a tout juste 4 ans, voilà que la folie des grandeurs a failli replonger la Capitale du pays dans l’obscurité. Pas trop Net comme travail…n’est-ce pas ?

Culture du culte de la personnalité :

Des portraits peu flatteurs

Connaissant la propension du grand chef à rechercher les flatteries en tout genre, certains griots en mal de reconnaissance ou tout simplement avides de bakchich s’échinent à plaire par tous les moyens au candidat en campagne.

Ainsi, à l’entrée de Tadjourah un curieux portraitiste à mis plus de 24h à dessiner et peindre une image grandeur nature du grand timonier. Les automobilistes se rendant dans la ville blanche ou la quittant pourront ainsi admirer depuis le 1er mai dernier un portrait épique de l’homme providentiel au niveau du PK 3 de Tadjourah. Le drame c’est que les commissaires des autres districts seront désormais obligés sous peine d’être mal vus de disposer eux aussi des portraits du grand timonier à l’entrée et à la sortie de leurs villes respectives.

Si le culte éhonté de la personnalité inconnue sous nos cieux est une ridicule constante de l’actuel mandat présidentiel, qui paiera alors la facture certainement salée de ces dessinateurs en herbe recrutés ou pas ?

Ainsi va la campagne maladroite et coûteuse de celui qui a fait don de sa personne (à défaut d’autre chose) au peuple Djiboutien qui ne lui en demandait pas tant.

Riz Indien invendu :

Epilogue ?

Alors que les médias gouvernementaux éberlués nous apprennent généreusement que l’Etat a reçu une aide financière japonaise de l’ordre de 230 millions de nos francs destinée à l’achat de riz, nous avons pour notre part appris effarés et en sueur que cette somme serait en réalité destinée à racheter le riz indien invendu et pourrissant en stock depuis plusieurs mois.

Quant à l’UNFD, Organisation Gouvernementale promue humanitaire, il est regrettable de mettre à son passif la détresse des milliers de sinistrés du quartier de Djebel qui n’ont pas vu l’ombre d’une quelconque assistance humanitaire alors que des non sinistrés, mais réels nécessiteux, à cause de la mauvaise gouvernance auraient été largement approvisionnés.

Quoi qu’il en soit, nous appelons les bailleurs de fonds à faire preuve de la plus grande vigilance quant à la véritable affectation de leurs fonds imprudemment confiés à un régime foncièrement prédateur.

Une vraie Opposition :

Qui veut le bien…

Notre propos ici n’est pas de répondre aux pamphlets enragés à l’approche d’échéances électorales dans la presse officielle. Il nous semble toutefois nécessaire par respect tant pour notre (é)lectorat qu’à nos adversaires d’élever le débat en le centrant sur les sujets qui préoccupent au quotidien nos concitoyens.

La presse officielle nous apprend que la campagne pour les élections présidentielles est prématurément lancée par le candidat à sa propre succession qui dispose il est vrai, à cet effet des fonds publics.

Dont acte ! Avec son célébre tact, le Premier Ministre questionné sur son bilan (ou le bât blesse) par le journaliste de « Gros Plan » répondait qu’une de ses réalisations depuis sa nomination avait été d’interdire l’accès au parking de la Cité ministérielle aux véhicules privés ; tandis que s’agissant des prochaines échéances électorales (législatives 2003), il prédisait : « le RPP raflera tous les sièges ».

L’histoire retiendra que dans ce cas d’espèce, il s’est effectivement agit de rafles.

Un journaliste de « La Nation » que nous continuons de considérer comme griot (malgré lui ou en toute bonne foi peu importe, car c’est son droit), tantôt imprécateur (en dénigrant les rédacteurs de « Réalité » qui ne jouent pourtant pas dans la même cour que lui, tantôt oracle, nous annonce d’ores et déjà que l’électorat (chaque jour plus nombreux) de l’opposition ne pourra empêcher Ismaël Omar Guelleh de rempiler à sa façon pour six ans. Ne crachons pas sur l’avenir !!!

S’il nous arrive fatalement d’épingler certains responsables (ou pas) dans nos colonnes, c’est toujours soit pour toucher du doigt ce qu’ils personnifient, soit le plus souvent pour critiquer leurs choix, décisions… qu’ils sont amenés à prendre dans l’exercice certainement rendu difficile par la mauvaise gouvernance, de leurs fonctions.

Diinta iyo Nolosha :

Une (é)mission de salubrité publique

Même si la posture tantôt obséquieuse, tantôt conciliante, parfois polémique (selon les invités) du journaliste n’est pas exempte de critiques. « Gros Plan » suscite chez les téléspectatuers une curiosité de la chose publique qui élève la conscience politique de nos concitoyens. A notre grande satisfaction, l’émission « Diinta iyo Nolosha », bien que calquée sur « Al Diin Wal Hayat » d’Al-Jazirah en est une heureuse réplique.

Animée par M. Abdourahman Bachir dans la langue somali que beaucoup veulent bien comprendre, contrairement à certains responsables méprisant ouvertement telle autre langue locale et ses locuteurs, l’Iman comme l’émission forcent notre estime, même si d’autres imams doivent être relevés de leurs fonctions. Il n’est pas question de « fesser » les femmes ni attenter à la vie d’autrui pour bâtir une impossible nation islamique.

Par contre, l’Iman qui force notre intéresse prêche avec un verbe éloquent et érudit sur la nécessité de conformer leurs actes aux prescriptions coraniques et à la Sunna (jurisprudence) du dernier des Prophètes. Ses prêches sont œcuméniques car on les retrouve tant dans la Bible, la Thora (10 commandements), que le Boudhisme…

Ne mentez pas, ne volez pas, ne forniquez pas… Notre iman prend bien soin de préciser que seront ici-bas et dans l’au-delà, les plus exposés à la punition divine surtout les responsables : AL-MAS’UULIIN !

Ambouli-Djebel :

Les sinistrés oubliés

Le quartier populaire de Djebel est un de ceux ont payé le plus lourd tribut aux crues dévastatrices du mardi 13 avril. A l’heure où le régime prétend avoir porté assistance aux sinistrés de la Capitale, ce sont des dizaines de pères de famille, furieux qui ont alerté notre journal sur la coupable négligence des autorités (l’UNFD) à leur égard. En effet, il se murmure que de faux sinistrés auraient largement bénéficié d’une aide humanitaire indue, les véritables sinistrés de Djebel ayant tout perdu crient leur désespoir et leur colère plus de trois semaines après les inondations catastrophiques.

Nous exhortons donc la nouvelle organisation décrétée humanitaire qu’est l’UNFD à porter une assistance de toute urgence aux sinistrés injustement oubliés de Djebel.

Les fonds ne manquent pas puisque le Prince saoudien AL-WALEED BIN TALAL aurait généreusement contribué en remettant au Chef de l’Etat un chèque de plus de 80 millions de nos francs en faveur des sinistrés de Djebel et d’ailleurs.


Grande braderie au RPP

ON LIQUIDE MÊME SES AMIS POLITIQUES !

Décidément, c’est à se demander si certains dirigeants djiboutiens n’ont pas des intérêts financiers dans Jeune Afrique/L’Intelligent, au point d’en squatter l’équipe rédactionnelle. Ainsi, après son Premier ministre qui y a étale l’étendue de ses lacunes, c’est au tour du Chef de l’État de s’y fendre d’une interview. Même si la seconde partie en a malheureusement subi une déprogrammation de dernière minute (elle devait paraître cette semaine, comme quoi les priorités fluctuent), les propos rapportés par le journaliste (ainsi que ses commentaires pour le moins approximatifs) montrent à quel point l’affaire Borel donne ici lieu des excès, disons bizarres. Ainsi, au prétexte de gommer un arrière-plan de la mort du juge français, le Chef de l’État relance imprudemment ce qui, de toute évidence, n’est que la vérité de sa Justice : l’attentat du Café de Paris aurait été commandité par M. Aden Robleh Awaleh. C’est Sauve qui peut : le premier canot est pour le capitaine !


« Ecoutez : Borel était conseiller technique auprès du ministre de la Justice, en charge de la rédaction du code pénal et de la formation de nos magistrats. Il n’a jamais eu à connaître de l’affaire du Café de Paris, qui est intervenue avant son arrivée. Cet attentat, dont les auteurs ont été jugés et condamnés, a été commandité par Aden Robleh et ses camarades à partir d’Addis-Abeba. Les français, qui ont enquêté en long en large et en travers sur ce dossier, savent tout cela mieux que quiconque.

Croyez-vous sérieusement que,s’ils me soupçonnaient d’avoir participé à un acte terroriste dirigé contre leurs ressortissants, ils seraient restés les bras croisés ? ».

Le Chef de l’Etat aurait pu pousser le courage jusqu’à révéler au journaliste apparemment sans grande information que ledit commanditaire de cet acte terroriste, qui a coûté la vie à un petit enfant français, est aujourd’hui député « élu » sur la liste de la majorité présidentielle.

Quoique les parlementaires du monde entier n’auraient que moyennement apprécié de savoir qu’un de leurs collègues tua en son temps.

Passons, car l’essentiel n’est pas donc ici dans les conséquences de la fraude commise par le pathétique Conseil Constitutionnel, mais plutôt dans l’environnement de cet attentat et le déroulement de son procès. Petit retour en arrière.

Journée chaude au Tribunal de Djibouti : un homme, pourtant solidement maintenu par ses collègues agents du SDS (Service de Documentation et de Sécurité) venus l’aider à « spontanément » témoigner manu militari contre M. Aden Robleh, s’arrache à ses anges gardiens et s’enfuit précipitamment. Le procès de l’attentat du Café de Paris venait de perdre son seul témoin à charge.

Par contre, le commanditaire présumé était bel et bien présent, campant avec son éternelle canne sculptée et tenant à fermement clamer son innocence. Sans convaincre ses juges : ils le reconnurent comme le commanditaire de l’attentat du Café de Paris et le condamnèrent six ans de prison… avec sursis ! Les mauvaises langues disent déjà que Ben Laden, commanditaire de milliers d’assassinats, a tout à fait tort de se cacher puisque, à ce tarif, il ne risquerait que le sursis. Les spécialistes du droit nous arrêteront si nous sommes dans l’ignorance, mais il nous semble bien que ce soit le seul cas recensé du commanditaire d’un attentat, reconnu coupable et condamné à une peine moins sévère que celles infligées à ses exécutants.

Si le Chef de l’Etat ne voit pas le ridicule de la situation (le commanditaire d’un assassinat devenant élu du Peuple et dont le casier judiciaire est à nouveau mis en exergue) c’est qu’en fait les choses sont un peu plus compliquées que cela et la culpabilité de M. Aden Robleh loin d’être établie.

Revenons donc aux aspects plus ou moins ignorés des dramatiques développements de cette douloureuse soirée de septembre 1990 où la mort attendait un innocent enfant (peut-il en être autrement quand il s’agit d’enfant ?) à la terrasse d’un café de Djibouti, sur la Place du 27 juin. On s’en souvient encore comme si c’était hier : certains milieux français invitaient gentiment la communauté martyrisée à faire confiance en la Justice djiboutienne. Drôle de médiation : on ne leur avait rien demandé et nul ne comprenait pourquoi ils se mêlaient d’une affaire strictement djiboutienne, au moins pour ce qui concerne les torturés, les victimes collatérales.

Pas si strictement djiboutienne que cela : l’acharnement des tortionnaires de la police politique (le SDS, donc la Gendarmerie) contre une seule composante de la communauté djiboutienne (des familles entières, père, mère et enfants ont été sauvagement torturés et tous les torturés ( des centaines dont certains sont morts des suites de ces sévices) ont été aussitôt relâchés sans autre forme de procès) place d’emblée cet attentat dans le cadre d’un conflit qui, pour être djiboutien, n’en a pas moins une dimension régionale.

Surtout quand on se souvient que la périphérie de la Capitale avait été quelques mois auparavant le théâtre de violents affrontements intercommunautaires, au cours desquels les forces de l’ordre n’ont pas joué un rôle exemplaire, il est bien évident que le repositionnement des forces tribales au lendemain de la chute de Siad Barré, était un enjeu crucial pour le régime djiboutien dont les prétentions territoriales sur le Nord de la Somalie étaient un secret de Polichinelle. En fait, l’atmosphère était si tendue que beaucoup savaient (dont les services secrets français) qu’un attentat se préparait contre les intérêts français et l’Irak n’y serait pour rien.

Et M. Aden Robleh, dans tout cela ? On voit mal en quoi attenter aux intérêts d’une France si omniprésente à Djibouti aurait utilement servi son combat politique d’exilé. Surtout qu’après la Capitale éthiopienne, il a longtemps résidé en France, jusqu’au déclenchement du conflit armé opposant FRUD et troupes gouvernementales. Ironie de l’Histoire : c’est à la suite d’une amnistie générale décrétée par le régime pour appâter les exilés qu’il est revenu à Djibouti pour fonder un parti politique aussitôt légalisé. Amnistie générale dont les juges djiboutiens lui ont interdit de se prévaloir au moment de son procès : il paraît qu’aucun texte de loi ne l’a formellement consacrée.

Les langues se délieront un jour ou l’autre et l’on verra (sans parler de l’évasion aussi spectaculaire que suspecte de la prison de Gabode du principal suspect) à quel point sont suspectes la mansuétude du régime à l’égard de certains et la condamnation de M. Aden Robleh, elle-même suspecte au double titre de sa légèreté aux deux sens du terme. Donc, s’il y a malheureusement eu mort d’un enfant français, l’environnement général de l’attentat du Café de Paris montre (les centaines de torturés tous d’une même communauté et le contexte régional d’une dictature de Siad Barré en plein effondrement) que son mobile ne concerne aucunement la France. Si Borrel a découvert quelque chose, c’est peut-être cela, et autre chose qui gênait certains milieux typiquement français, à commencer par le point d’honneur hexagonal à respecter ses engagements avec les dictatures incorrigibles.

Les Djiboutiens n’oublient pas que, pour avoir découverts des cadavres découpés en morceaux dans les poubelles du SDS (Brigade Nord de la Gendarmerie) la France avait un moment suspendu sa coopération militaire avec les autorités djiboutiennes : nos torturés innocents et nos civils massacrés itou innocents auraient certainement apprécié un tel égard : tout le monde aurait alors apprécié à sa juste et constante mesure la sollicitude de la France à l’égard de Djibouti.

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LA FRANCE SPONSORISE QUI ?

« Il y aura ici, dans un an, une élection présidentielle à laquelle certains, à Paris, souhaitent sans doute que je ne me présente pas ». par cette petite phrase, le Chef de l’Etat a clairement laissé entendre au journaliste de Jeune Afrique/L’Intelligent que l’ancienne puissance coloniale s’estime encore en droit d’influer sur la politique intérieure de son ancienne colonie. Ce qui n’est pas tout à fait faux : on voit mal la France assister placidement à la montée en puissance (bien improbable) d’un leader politique lui demandant de démonter sa base militaire.

A cette assertion présidentielle fait comme par hasard écho l’approximation (certainement pas gratuite du journaliste) qui ose écrire dans une ignorance dont la suffisance sidère : « Le Parti socialiste, les verts, les communistes et la communauté des ONG n’ont, il est vrai, jamais porté dans leur cœur cet ancien commissaire de police (ex-chef de cabinet du président Gouled Aptidon) auquel ils ont toujours préféré l’éternel opposant Ahmed Dini ».

Que certains milieux français n’aiment pas l’un, rien de plus normal. Mais qu’ils préfèrent l’autre, encore faut-il le démontrer, ce qui est loin d’être évident. Pour n’avoir pas cherché à scrupuleusement s’informer auprès des horizons les plus divers, M. François Soudan, journaliste de Jeune A Fric, s’est mesquinement condamné à ignorer des faits que tout le monde connaît à Djibouti, sans même insister sur l’illogisme qui consiste à prétendre qu’une puissance coloniale puisse ne pas aimer un de ses plus zélés policiers. Judas s’en retournerait sûrement dans sa tombre

Ainsi, les pauvres électeurs djiboutiens infantilisés ont assisté, impuissants, à la visite d’un Ministre françaisen exercice (celui de la Coopération en l’occurrence) au domicile privé de Haramous de celui qui n’était à l’époque que candidat à la présidentielle et accessoirement Chef de cabinet de la présidence : comme l’a lui-même écrit quelque part dans son premier livre un ministre en exercice de l’actuel gouvernement, la France a voté en faveur de M. Ismael Omar Guelleh ! De même, ce journaliste aurait également su, pour avoir sillonné l’Afrique, que le successeur de Gouled est certainement le seul Chef d’Etat africain dont l’élection ( si on peut parler l’élection ) a été saluée par un survol « sans franchissement du mur du çon » de sa résidence privée par des Mirage français : si ce n’est pas de l’adoubement en bonne et due forme, c’est à désespérer du bon sens.

Quant à M. Dini, ce journaliste peu au fait des turbulences de la vie politiques françaises, ignore certainement toute la répulsion que ce dernier inspire à la France, depuis les années 60 où il a décidé de africianiser l’administration territoriale.

Comme il ignore, par exemple, la politique de deux poids, deux mesures de la France dans nos drames intérieurs : alors qu’il se contentait de simplement « désapprouver » le massacre d’Arhiba du 18 décembre 1991, le Quai d’Orsay avait énergiquement « condamné » l’attaque du FRUD contre les infrastructures portuaires en mars 1993.

On appréciera la nuance plus que sémantique et le respect accordé aux tueurs de civils profitant d’une impunité internationalement accordée.


Une journée syndicale sans syndicat

(article manquant).


Lettre ouverte à la Première Dame

PRESIDENTE DE L’UNFD

Djibouti, le 2 mai 2004

Madame,

Suite à votre visite effectuée il y a trois semaines à Arhiba pour faire le point de la situation après les inondations causées par l’Oued d’Ambouli, nous avons la tristesse de vous informer que rien de tout ce que vous nous avez octroyé pour l’assistance du quartier, en matière de vivres et de biens, n’est parvenu aux ayants-droit légitimes en l’occurrence les sinistrés et les nécessiteux.

Par contre, les soi-disants responsables, en tout cas non reconnus par l’ensemble des habitants que vous avez eu l’occasion de rencontrer lors de votre tournée en furent les principaux bénéficiaires dont nous retenons essentiellement du Président de l’annexe RPP ayant marchandé les dons en particulier les matelas reçus et du chef de quartier.

Ces derniers s’étant entendus comme larrons en foire ont détourné cette aide avec la complicité de la coordination des associations alimentaires de ce quartier. Ces derniers nous ont invité à leur obscure et hâtive réunion afin de nous salir les mains, mais nous avons solennellement décliné leur proposition d’une responsabilité partagée compte tenue de l’insuffisance honteuse de ces dons.

En vérité, la rédaction de cette lettre est la conséquence d’un mécontentement général et généralisé de la population révoltée contre la mauvaise foi des figurants politique et associatif de notre quartier. La goutte d’eau qui a fait déborder la vase étant le dramatique événement du 1er mai. En effet, ce jour-là, quelques jeunes excités et exaspérés par le vol anticipé des vivres et des biens opéré par les prétendus responsables sus-cités se sont rendus coupables de la prédation du quart des dons humanitaires, infiniment insuffisants faits au nom de la pauvre coordination, dépourvue de moyens logistiques et sécuritaires, dans l’intention machiavélique de camoufler leur vol en jetant la responsabilité sur le dos de toute une population pourtant d’accord sur le renvoi de ces dons à l’UNFD. La porte défoncée, quelques sacs de riz, de farine, cartons de lait en poudre, de tomate, des jerricans d’huile végétale ont été dépouillés.

Mais tout le monde n’est pas dupe d’une telle supercherie, d’une machination élaborée par une bande d’escrocs profiteurs construisant leur paradis sur la misère d’une population qui ne revendique pas les dons à cause des crues passagères de la dernière fois. Arhiba est quotidiennement sinistré par les égouts nauséabonds des fosses septiques débordant constamment, jusqu’à constituer de véritables marées provoquant tant d’épidémies et fléaux dont les victimes dépassent plusieurs centaines durant cette dernière décennie.

Certes, vaine fut leur simulation et leur désir de semer la zizanie entre des gens unis par la misère.

Pour notre part, en tant que jeunes d’Arhiba, nous regrettons, Madame, que vous ayez rendu visite aux faux responsables de la cité, un acte qui fut hautement préjudiciable aux véritables nécessiteux.

Par conséquent, au nom de l’Union des Jeunes d’Arhiba (UJA) représentant la réelle volonté populaire, tout en accusant formellement ces responsables, nous vous prévenons que désormais nous ne reconnaissons plus officiellement la Coordination des associations, le Chef du quartier et les membres du siège du RPP tels que Monsieur LOITA et KAMIL « AYTILEH ».

Aussi, nous exigeons d’avoir un Chef de quartier choisi par la population, et une nouvelle coordination impliquant les jeunes du quartier, puisque non seulement les dirigeants de ces associations représentant la coordination n’habitent pas tous le quartier, mais ils sont aussi détourneurs des aides récupérées au nom de notre cité et nous demandons enfin la dissolution du Comité du RPP en échange de quoi nous vous promettons le dialogue.

Pour cela, nous sollicitons une entrevue avec vous, afin de vous soumettre les véritables doléances de ce quartier qui souffre depuis plus d’une décennie.

En attendant, veuillez agréer, Madame, l’expression de nos sentiments les plus distingués.

L’Union des Jeunes d’Arhiba

 


Les Hooligans politiques : dis moi qui est ton maître !

Pour le plus grand malheur de la beauté du sport, les hooligans semblent être de retour dans les stades d’Europe, en France et en Italie pour le moment. Ceux dont les débordements avaient tragiquement discrédité le football anglais dans les années 80 s’évertuent aujourd’hui à transformer les gradins en rings. Si de tels excès sont extrêmement circonscrits là-bas, il y a malheureusement à Djibouti une autre forme de hooliganisme qui est inscrite dans la durée et imposée par les derniers soubresauts d’un parti unique qui n’arrive pas à s’adapter : c’est le hooliganisme politique. Les deux caractéristiques des hooligans politiques à la djiboutienne, c’est la provocation extrémiste et le mépris de l’adversaire.

La seule chose qu’il est impossible de nier aux hooligans des stades d’Europe, c’est qu’ils adorent le sport. A tel point qu’ils ne supportent pas de voir leur équipe en difficulté et que, de toutes les façons, ils se croient obligés de jouer une troisième mi-temps avec un spectacle sanguinolent. Et bien, on retrouve le même penchant à la provocation et le même mépris du fair play chez les hooligans politiques djiboutiens, à la différence près que ces derniers se prennent maladivement au sérieux.

Ainsi, nos lecteurs se souviennent que dans un numéro de juin 2002, nous avions démontré dans un article intitulé « Hymne national … à l’intolérance » que les paroles de l’hymne djiboutien étaient totalement anticonstitutionnelles en ce qu’elles établissaient une ségrégation linguistique entre les citoyens, et illégales en ce que leur adoption ne découle d’aucun texte de loi. Savez-vous quelle a été la réponse du régime à des critiques que nous voulions contribuer à une réelle construction de la Nation Djiboutienne ? La voici : lors des cérémonies du 25ème anniversaire au Stade Hassan Gouled, au moment où retentissait l’hymne national chacun pouvait voir le Chef de l’Etat et quelques-uns de ses ministres en reprendre à tue-tête les paroles anticonstitutionnelles et illégales, tandis que le Premier ministre et certains ministres-citoyens de seconde classe, ignorant des paroles sans sens dans leur langue maternelle (un décret présidentiel n’ayant pas été pris pour les y obliger), baillaient aux corneilles, ou aux mouches, c’est selon. Alors que la violence physique illégitime des hooligans d’Europe est unanimement condamnée, la violence symbolique de nos hooligans politiques qui trouvent normal que des ministres et une importante frange de la communauté nationale soient dépossédés du sens de leur hymne national, laisse dubitatif quant aux réelles intentions de ces dirigeants provocateurs pour construire une identité nationale respectueuse de ses différences : quand on pense que La Marseillaise avait le même sens pour tous et que M. Ali Aref s’exprimait en français à tous les habitants du Territoire lors de ces déclarations officielles, il y a comme une régression dangereuse pour l’avenir.

Second exemple : nous avions également critiqué, dans le respect de la stricte neutralité normalement attendue de tous les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions et se disant au service de l’intérêt général. Nous avions même pris le récent exemple du Directeur de l’OPS (nous aurions pu prendre celui du Directeur de l’ONED) qui offrait à la population du Day un poste téléviseur et un groupe électrogène (à essence avions-nous précisé, libres à eux d’acheter le carburant. Quelle fut la réponse de ce régime qui empêche tout libre exercice du droit syndical ? La voilà : le fonctionnaire dont la malléabilité est proportionnelle à ses ambitions, a été vu à la télévision la semaine suivante mystifier les populations de Hanlé pour le compte d’Un Chef de l’Etat qui ne les considère même pas djiboutiennes et qui bloque encore leur accès aux pièces d’identité nationale. Provocation généreusement mise en scène par la RTD et qui avait un objectif principal : montrer qu’à partir du moment où l’on se met au service du Président de la République, l’on est assuré de bénéficier de l’impunité la plus totale. Preuve la plus flagrante que le régime peut ignorer la loi quand il s’agit de délits commis par des serviteurs zélés.

On pourrait montrer la même disposition provocatrice dans la suite donnée au scandale du riz indien détourné par la Présidence il y a quelques mois : au lieu de vérifier la véracité (inconstatable au demeurant) de nos assertions et de punir les indélicats comme il se doit, la Présidence a trouvé le moyen de prouver l’impunité de telles indélicatesses. Ainsi, suite aux récentes inondations qui ont frappé la Capitale, le régime a fait appel à l’aide internationale en avançant une facture exactement équivalente à la valeur du riz détourné…

Bref, face à de tels actes de provocation, nul ne doit s’étonner que des plumes soient de temps en temps sollicitées pour insulter l’adversaire : qui ne se respecte pas ne peut pas respecter autrui. Ainsi, le lecteur du journal gouvernemental « La Nation » a-t-il coutume d’y lire (il s’en serait certainement passé) de violentes lignes insultant, au gré des commandes partisanes du RPP, donc de son Président, tel ou tel opposant. Après les leaders classiques de l’UAD, ce sont les membres de la rédaction de notre hebdomadaire qui ont eu droit la semaine dernière à ce qui osait se présenter comme un aimable conseil d’un ami. Laquelle rédaction a au moins une prétention : celle de ne pas compter des impolis au nombre de ses amis !

Par respect pour nos lecteurs, nous ne répondrons pas ici à ces écarts de langage : le seul fait que le Chef de l’Etat demande à ses plumes mercenaires de nous insulter est en soi élogieux pour nous. Mais nous ne pouvons passer sous silence une accusation totalement calomnieuse : dire que Mohamed Adoyta a été obligé de quitter la présidence du FRUD à cause des magouilles d’Ahmed Dini. Si la plume commanditée, et sans respect pour les sacrifices consentis sur le terrain et ailleurs par les véritables patriotes, peut se permettre une telle contrevérité, nous sommes absolument certains que nos anciens compagnons de Lutte, Mohamed Adoyta comme ceux qui ont contribué à la genèse de cette légitime défense, ne cautionneront jamais cette mesquinerie qui ne sert en fait qu’un seul objectif : tenter de faire oublier que le commanditaire n’a apporté aucune véritable contribution positive à la construction de l’identité djiboutienne.

Au journaliste des basses besognes, et qui n’a lui-même que très peu contribué à cette lutte, on peut trouver une seule circonstance atténuante : dis-moi qui est ton maître, je te dirai qui tu es : tout petit !

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 94 du mercredi 28 avril 2004

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Réalité numéro 94 du mercredi 28 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération en eaux troubles
  4. Renforcement des luttes populaires
  5. Aide extérieure, bonne gouvernance et anti terrorisme
  6. Les tribulations du Premier ministre
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 94

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

QUAND LE CHEF INSULTE :

LE CRACHAT ET LA POMME DE NEWTON

Arafat terroriste ! Dini opportuniste ! Par-delà les latitudes, les religions et les idéologies, il y a une invariance fondamentale dans la façon dont les régimes violeurs d’accords de paix cherchent à discréditer l’autre partie signataire. Ainsi, c’est avec un réel écœurement que les lecteurs du journal gouvernemental « La Nation» ont pu lire jeudi dernier un éditorial anonyme s’en prenant d’une manière très insultante à M. Dini. Ce n’est pas nouveau. L’excès des propos n’échappant à personne, il faut en rechercher l’origine ailleurs que dans l’imagination débridée d’un journaliste. La presse publique étant ce qu’elle est à Djibouti, et la même plume trempée dans le vitriol partisan se retrouvant dans l’organe de presse du parti présidentiel, c’est le Chef de l’Etat et lui seul qu’il convient de rendre responsable de propos outranciers dont la principale contribution est d’encanailler une vie politique djiboutienne déjà bien mal en point.

En effet, l’impunité dont nous savons que ces invectives bénéficieront n’en démontre que plus l’implication du sommet de l’Etat, se trouvant de surcroît être président du conseil supérieur de la magistrature. Mettre fin à ce régime, c’est plus que jamais notre objectif, puisqu’il œuvre aussi ouvertement contre les intérêts d’une Nation Djiboutienne éprise de paix et n’aspirant qu’à la réconciliation, au développement et à la démocratie. Donc, insulter est devenu une pratique courante pour ce régime : tous ses opposants ont, un jour ou l’autre, eu droit à ce traitement de choc : Ismael Guedi, le Général Meidal, Daher Ahmed Farah, etc… Pourquoi ?

Il y a tout d’abord une certaine prédisposition personnelle à insulter l’adversaire, que l’on retrouve chez tous ceux qui n’ont pas la stature suffisante pour n’exister que par leurs réalisations. Celui dont la trajectoire n’est pas assez glorieuse est fatalement enclin à déprécier celle de son rival : insulter un des pères de l’Indépendance djiboutienne s’impose à celui qui n’a jamais contribué à cette lutte d’émancipation, n’en déplaise aux biographes officiels qui s’étalent en vain dans un coûteux et pompeux agenda présidentiel.

En second lieu, répondre par l’impolitesse à des arguments sérieux est une manière de justement ôter tout sérieux aux propos de l’adversaire ou, à tout le moins, de montrer que son sérieux ne saurait en aucune façon être pris au sérieux par celui qui a le monopole de dire n’importe quoi dans les médias officiels. Enfin, et plus gravement, autoriser sa presse à proférer des insultes contre tous les opposants, c’est la preuve la plus atroce qu’il n’y a aucune démocratie à Djibouti : aucun journaliste n’oserait diffamer s’il n’était pas certain d’être protégé par le commanditaire de ses écrits. Autant il peut revendiquer la bêtise d’une argumentation spécieuse, autant il lui faut un solide bouclier pour sa production d’invectives partisanes.

Comme la corruption est généralisée parce qu’elle est impunie en haut lieu, le régime demande à ses plumes de diffamer parce qu’il leur garantit l’impunité. Que le plus haut responsable de l’Etat rabaisse sa presse officielle à de telles extrémités montre, autant que sa propre vulnérabilité à la critique sérieuse, le peu d’ambition qu’il nourrit pour la démocratie djiboutienne dont l’épanouissement, avec l’élévation de la conscience politique que cela implique, ne peut que sonner le glas de son régime basé sur le blabla, la concussion et les apparences factices.

Mais nul ne s’y trompe, et la dernière campagne électorale l’a pourtant amplement démontré : il est suicidaire pour le Chef de l’Etat d’inciter ou d’autoriser sa presse à insulter ses opposants en général et M. Dini singulièrement. Car ce dernier évolue, par sa probité jamais démentie et son espoir de fonder une Nation Djiboutienne pour laquelle il a tant sacrifié avant et après l’Indépendance, dans une sphère nettement au-dessus de la sienne. Or, si Newton vivait aujourd’hui à Djibouti, et considérant que l’insulte est toujours la marque d’une infériorité, c’est sur cette métaphore qu’il aurait fondé toute sa théorie de la gravitation : le crachat retombe toujours sur le visage de celui qui veut salir quelqu’un de plus haut placé que soi, du point de vue de la vertu, du sharaf. Le drame, c’est qu’il est difficile de respecter un dirigeant qui se ridiculise par l’insulte d’autrui.

Arafat est rendu responsable d’une seconde Intifada du désespoir qui le dépasse parce qu’elle puise son origine et ses martyrs dans le refus sioniste de respecter une paix pour la conclusion de laquelle il a obtenu, avec Rabin, le prix Nobel. Ce n’est certainement pas en l’insultant que la presse du Chef de l’Etat renforcera l’indéniable rôle pacificateur qu’elle prétend dénier à M. Dini.


Brèves nationales

L’UAD et l’affaire Borrel :

Et pourtant, il y a un cadavre !

C’est fou comme l’affaire Borrel rend le régime djiboutien extrêmement nerveux : même Kagamé a été moins virulent contre la France qu’il accusait pourtant d’avoir au moins passivement assisté au génocide de 1994. Nervosité vraiment suspecte. La constance et la cohérence étant les dernières vertus dont le RPP fait preuve, on apprend donc dans sa presse haineuse, aussitôt ses insultes proférées, qu’il s’agissait pratiquement d’un malentendu de toutes pièces fomenté par l’UAD en général et M. Dini en particulier : l’affaire Borrel ne serait qu’un avatar de la vie politique djiboutienne.

Rappelons juste qu’au moment des faits, de la mort du juge français, M. Dini se trouvait très loin du Goubet. Par contre, tout le monde sait qu’il y a un cadavre et que, selon les dernières expertises menées, les circonstances de la mort renvoient immanquablement à un assassinat.

Tout ce que demande l’opposition, c’est que la justice fasse son travail, que l’âme du mort trouve enfin repos et que sa famille puisse entamer son travail de deuil en toute sérénité. Mais, s’il nous est permis de donner, gratis pro deo, quelques conseils aux protagonistes de cette affaire, ce seraient les suivants : que le régime djiboutien se calme en abandonnant sa fixation aussi suspecte qu’indéfendable sur la thèse du suicide et que la partie civile s’intéresse un peu plus aux réseaux mafieux installés à Djibouti, dans lesquels elle croit reconnaître les assassins du juge.

Pour le reste, il y a des morts et des victimes djiboutiennes qui nous préoccupent beaucoup plus que ce drame.

Critiquer ou insulter ?

Mettre en garde ou menacer ?

Pour tout régime mal assuré de sa légitimité, pour cause de fraude et de mauvaise gouvernance, les critiques que l’opposition veut constructives sont perçues comme des insultes, tandis que ses mises en garde contre les risques que les méthodes despotiques font courir à la stabilité intérieure sont lues comme autant de menaces. Selon cette logique, à l’instar d’une bête sauvage acculée dans ses derniers retranchements, le régime perd son sang-froid et tombe dans un travers qui lui est malheureusement coutumier, surtout depuis quelques années : la diffamation et l’insulte.

Ainsi, dans un éditorial que nul n’a eu le courage de signer mais dont la provenance ne trompe personne, paru dans le journal gouvernemental « La Nation » de jeudi dernier, il est prêté des propos aussi mensongers que méprisables à M. Dini. Connaissant les limites du système judiciaire djiboutien, nous ne ne daignons même pas porter plainte : c’est parce que l’impunité leur est assurée que certains délits sont si souvent commis.

Pourquoi cette nouvelle charge diffamatoire contre un responsable de l’opposition ? Accessoirement pour permettre au régime de se défouler à peu de frais en évacuant l’énorme frustration née de la mise en quarantaine dans laquelle l’écrasante majorité du Peuple djiboutien a placée la Présidence suite à son communiqué irresponsable. Principalement pour inventer un répondant aux propos va-t-en guerre, révisionnistes et «tribalisants» tenus en 1993 par l’actuel Chef de l’Etat, que la propagande cherche aujourd’hui à présenter comme un inlassable gardien et garant de la Paix.

Malheureusement, la vérité est incontournable : s’il a bien eu l’opportunisme de saisir la main tendue par le Président Dini pour trouver un règlement négocié au conflit, chacun garde en mémoire les propos extrémistes que le successeur de Gouled tenait peu après son élection. Ainsi, à Ghislaine Dupont, qui l’interviewait sur les ondes de RFI, il répondait avec plein de suffisance et peu de conciliation : « pas de négociation avec le FRUD. M. Dini avait misé sur la communauté afar. Or, elle vient de le désavouer.» Les prisonniers du FRUD ? « Il n’y a aucun prisonnier politique à Gabode : ce ne sont que des criminels ». Sans jugement lui rappelle toutefois la journaliste.

Prétendre après cela avoir initié la paix de 2000, c’est croire que le Peuple souffre d’une profonde amnésie, mais le Peuple n’oublie rien !

Solidarité présidentielle :

Fausse sympathie et réelle indifférence

Si le Chef de l’Etat a quand même tenu à manifester une certaine solidarité en rencontrant quelques familles sinistrées à l’intérieur d’un camp militaire sécurisé, cette sympathie envers les victimes fut de courte durée. En effet, nos compatriotes effarés ont appris que, suite à la publication d’un communiqué présidentiel virulent à l’encontre de la France, les autorités djiboutiennes auraient également sommé les FFDJ (Forces Françaises stationnées à Djibouti), de suspendre leur assistance aux sinistrés, pendant que ces dernières assuraient, entres autres corvées, le ravitaillement en eau potable au bénéfice des habitants assoiffés de Balbala.

Curieuse manière de soulager la détresse de la population en mettant fin aux opérations humanitaires d’une armée étrangère, pour une raison uniquement judiciaire, au mépris des véritables besoins des sinistrés. Pour l’heure, l’incontestable solidarité présidentielle se limite à la généreuse distribution de khat dans toutes les localités visitées par le grand chef. Est-ce dans le cadre de la lutte contre la pauvreté ? Il faut bien commencer par quelque chose quand on est à ce point soucieux du bien-être de ses concitoyens.

Quoi qu’il en soit, il nous a paru opportun, au moment où le Chef du district de Djibouti et président du comité ORSEC annonce l’ouverture d’un compte bancaire à la BCI, et destiné à recueillir des fonds pour aider les sinistrés, de lancer un appel pressant au Chef de l’Etat, principal bailleur de fonds national, pour qu’il crédite généreusement ce compte.

Après avoir financé les projets d’adduction d’eau du Day et d’Ali-Sabieh, le « numéro un djiboutien » nous semble le mieux nanti pour aider financièrement les victimes des eaux dévastatrices de l’oued d’Ambouli : ce n’est que de cette manière, nous semble-t-il, qu’il pourra démontrer sa solidarité agissante à l’égard de ses concitoyens sinistrés. Tout le reste n’est que blabla.

Droits de l’homme :

Amnesty d’aujourd’hui et amnésie d’hier

Incapable d’apporter le moindre démenti au rapport 2003 du Département d’Etat américain relatif à la situation calamiteuse des droits de l’homme dans notre pays, voilà que le brûlot gouvernemental « La Nation » ose appeler au secours du régime la crédibilité d’une vénérable organisation qui a souvent consacré des pages noires à la violation des droits de l’homme dans notre pays.

Ainsi, au détour d’un éditorial ad hominem à l’encontre du Président Dini, on peut lire dans son édition de jeudi dernier, que Amnesty International, organisation humanitaire internationale basée à Londres aurait « sollicité le parrainage du gouvernement djiboutien dans sa campagne mondiale contre la peine de mort ».

Et le griot gouvernemental de rappeler que la peine capitale n’a jamais été appliquée dans notre pays. Que dire alors des centaines de victimes civiles des exécutions extrajudiciaires ou tombées sous la torture ? Se seraient-elles suicidées, à l’instar d’un juge français ?

Pour notre part, rappelons seulement que sous l’actuel mandat présidentiel, des civils et des handicapés ont été froidement exécutés sans autre forme de procès par des militaires, et sans que les auteurs de ces crimes n’aient été punis. L’impunité assurée aux criminels d’Etat est une dangereuse constante de ce régime liberticide. Rien ne l’empêche donc de désapprouver la peine de mort ailleurs, quand il a les moyens de l’appliquer chez lui autrement et sur des innocents : Adouani a bien été libéré!

Intellectuels et Progrès «cides » :

Cécité, surdité et mutité

Sérieusement mis à mal par la réaction responsable de l’UAD à travers son communiqué de presse du 19 avril dernier, le malheureux pamphlet du RPP pris au dépourvu n’a rien trouvé de mieux que de fabriquer, comme à son habitude, de prétendues réactions lorsqu’il lui fut intimé l’ordre de répondre. Ainsi, ce journal spécialisé dans la propagande, a-t-il crû bon de faire réagir en signe de solidarité avec le régime malmené, des soi-disant intellectuels djiboutiens, imaginaires bien sûr.

A en croire ce texte insipide à l’encre délébile et sur papier recyclé, un Collectif d’Intellectuels Djiboutiens (CID) jusque-là inconnu aurait réagi dans les colonnes de ce journal en condamnant l’opposition, tout en renouvelant son soutien au pouvoir. Après avoir lu ces inepties attribuées à l’occulte CID, un de nos sympathisants s’est écrié : « à moi conte, deux mots ! En garde jeunes patriotes ! »

Mais quand les maux ont pour noms surdité, mutité et cécité, que faire, comme disait Lénine ?

Secours aux sinistrés :

Mauvaise gouvernance = mauvaise assistance

Depuis les inondations catastrophiques du mardi noir, les médias officiels tentent désespérément de mettre en première ligne l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) dans les opérations humanitaires. Si nous n’avons aucune raison particulière ou partisane de douter de la compassion des privilégiées membres de cette organisation féminine à défaut d’être féministe, force est de regretter qu’on la fait passer avant les organismes officiels mandatés pour ce genre d’assistance.

En effet, le citoyen sinistré ne comprend pas la mise en avant d’une organisation partisane et ne disposant d’aucun moyen logistique reconnue pour remplir le vide laissé par tous les comités nationaux et autres ONG traditionnellement sollicités. L’approche d’importantes échéances électorales ne suffit pas à justifier l’implication exagérée et médiatisée à outrance d’une association féminine gouvernementale traditionnellement cantonnée à la propagande militante.

Achat de riz :

Sans rire !

Selon le journal gouvernemental « La Nation », que certains lecteurs appellent « La Ration », le gouvernement djiboutien aurait encore bénéficié d’une aide financière japonaise d’un montant de 150 millions de yens (environ 230 millions FD). Elle serait destinée, paraît-il, à l’achat de riz. Scandalisés par cette nouvelle, des milliers de Djiboutiens sinistrés et n’ayant pas vu l’ombre d’un sac de riz indien sur les 24500 entreposés depuis plusieurs mois dans la Zone Franche et en ville, rient jaune en maudissant ce régime corrompu et prédateur. A quelle sauce sera mangé ce futur riz, quand on sait que la Présidence a déjà constitué un trésor de guerre électoral pour acheter les consciences ?

« Il est de notre devoir d’aller vers les plus démunis», s’exclamait le Premier ministre le jour de l’Aïd-el-Kébir. Pour le moment, les dignitaires de ce régime alimentaire vont vers les plus démunis munis de bakchich et de khat : à qui réservent-ils le riz destiné au peuple ?

Gestion des deniers publics :

L’opacité endémique

Toute honte bue, l’agenda gouvernemental dénommé « La Nation » revient dans son édition de lundi dernier sur les travaux de l’Assemblée Nationale délabrée où les mal-élus seraient en pleine cogitation depuis quelques jours. Sous la plume de ce confrère fatigué, nous apprenons dépités : « Enfin, les députés ont constaté que depuis sa création (en 2000, NDLR), la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire n’a présenté aucun rapport de ses activités annuelles. Le Ministre de la Justice étant le seul ministre interpellé a fourni les réponses satisfaisantes aux questions des députés ». Lesquelles ? Toujours selon cette source, ce jour-là, « le thème débattu portait sur la stabilité politique, l’Etat de droit et la bonne gouvernance ».

Edifiant !


Coopération en eaux troubles

ETAT DES LIEUX !

Pressés de convertir en retombées financières l’intérêt que portent à notre pays l’OTAN et singulièrement les Etats-Unis, les dirigeants du RPP multiplient mensonges et courbettes. Peine perdue ! Compte tenu des conditions imposées par les donateurs au déblocage de l’aide et à la lumière du rapport d’activité du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération pour l’exercice 2003, examinons l’impact de l’aide multilatérale comme bilatérale (nature, volume, affectation) sur le développement économique et social de Djibouti.


Dans une interview accordée à notre confrère LNA, le Président Dini avait exposé la nature de la coopération qu’il souhaitait voir s’établir entre nous et tous nos partenaires (Etats, Organisations et Institutions financières) impliqués dans le développement économique et social de notre pays : Une Coopération rupture. En clair, une aide substantielle, structurelle et soutenue qui, en mettant notre pays sur les rails du développement durable, nous permettrait de nous passer de l’aide. En effet, cette forme de coopération et cette forme-là seulement va dans le sens des intérêts bien compris des deux parties. Elle constitue la meilleure politique d’endiguement et de prévention des causes (misère extrême, disparités sociales et exclusion) qui constituent le terreau fertile des extrémismes religieux ou idéologiques.

Tandis qu’elle est la seule issue possible pour les bénéficiaires ne serait-ce que parce qu’il est moralement dgradant et économiquement impossible de vivre indéfiniment de la mendicité et de l’endettement. Les Etats-Unis qui ont, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, grâce au Plan Marshall, financé la reconstruction et impulsé le développement de l’Europe, semblent orienter leur diplomatie et coopération sur cette voie à en croire l’administration de l’USAID. Traçant les grandes lignes de ce que sera l’aide américaine à l’étranger dans un monde en mutation, il explique que l’instrument-levier de cette politique novatrice sera le M.C.A (Compte du Millénaire) devant constituer une charnière de la stratégie anti-terroriste à long terme des Etats-Unis. Fort bien !

A cet effet, ce compte permettra de consacrer 5 milliards de dollars de plus pour compter de 2006, à des pays qui appliquent une politique socio-économique judicieuse pour les aider à faire des progrès rapides en matière de développement. Cependant, parce qu’aucun pays ou groupe de pays (G 8), quelque soit sa richesse, ne peut laisser s’engloutir l’argent du contribuable dans des projets sans lendemain (par manque de transparence par exemple), M. Natsios prend bien soin de préciser que cette aide sera conditionnée « aux programmes nationaux de promotion de la justice et de l’état de droit », précisant que le M.C.A sélectionnera les pays qui recevront cette aide importante en fonction de l’attachement et l’importance qu’ils accordent « en pratique » à la bonne gouvernance, aux libertés d’une manière générale et dans le domaine économique en particulier ainsi qu’aux investissements dans le domaine social. Voilà pour ce qui est des conditions imposées au déblocage de l’aide. Notre pays les remplit-il ? A l’évidence, la réponse est NON !

Nous avons déjà eu l’occasion d’émettre nos réserves concernant l’efficacité du Système des Nations-Unies en critiquant les absences de traçabilité des fonds débloqués et de suivi dans l’exécution de certains projets. Nous pensions notamment au programme de réhabilitation des zones affectées par le conflit armé et financé entre autres donateurs par le PNUD, lors des Accords de paix de 1994. La preuve en est l’état de délabrement dix ans plus tard des deux villes les plus affectées par la guerre et pour la réhabilitation desquelles ce soutien a été sollicité : Obock et Yoboki. Si l’impact des balles et les traces du conflit armé y sont encore visibles aujourd’hui, les fonds bel et bien débloqués se sont quant à eux volatilisés. Ce seul exemple suffit à décrédibiliser ce régime.

Le Système des Nations-Unies en a pris acte. Sans se désengager de sa mission à Djibouti, il continue çà et là à colmater les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos gouvernants dans des domaines aussi vitaux tels que la santé et l’éducation. Il a consigné le constat amer de son partenariat avec notre pays dans un Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté où l’on peut lire à la page 11 « la République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des droits de l’Homme, la Charte africaine des droits de l’Homme et du peuple (1981)… Cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste difficile faute de cadre institutionnel et de mécanisme de suivi appropriés. Ceci donne un caractère formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le droit positif djiboutien… ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous ne nous lasserons pas de dénoncer dans nos colonnes. Et nous sommes les mieux placés pour le faire, victimes que nous sommes avec notre peuple du refus obstiné du gouvernement d’appliquer intégralement cet Accord. Pourtant, l’application honnête et concertée de son volet concernant les réformes démocratiques (Cour des Comptes, Libertés Syndicales et de la presse, Indépendance de la justice, Transparence électorale…) aurait fourni à notre pays l’indispensable socle structurel pour le développement. Nous n’en sommes malheureusement pas là.

Examinons à présent le rapport d’activités du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération pour l’exercice 2003 que son excellence introduit avec les salamalecs d’usage : « sous la haute autorité de S.E.M. Ismaël Omar Guelleh, Président de la République et Chef de Gouvernement, notre diplomatie a connu une année particulièrement chargée pleine de réalisation. En effet, l’année 2003 a été marquée par des nombreux évènements dont le plus important est la visite officielle effectuée par le Chef de l’Etat aux Etats-Unies à l’invitation de son homologue S.E.M Georges W. BUSH ». Nous nous contenterons cette semaine d’interpeller le gouvernement en dressant à l’attention de nos lecteurs une liste de l’aide bilatérale. Nous réservons nos appréciations et analyses à une autre édition.

L’annexe 5 du rapport ne précise pas si cette liste est exhaustive ni n’indique explicitement la nature de l’aide. Toutefois, dans le tableau que nous reprenons ci-dessous, il nous est précisé qu’au total, « nous avons mobilisé une aide bilatérale de l’ordre de 125 millions de dollars, environ 22 milliards de nos francs dont 25 millions de dollars sur prêt ».

Donc, à en croire son Excellence, ce sont 100 millions de dollars de dons que son actif département a mobilisé pour l’exercice 2003. Au cours de la campagne électorale des législatives 2003, le Président Dini, tête de liste de l’UAD disait en substance, à l’occasion du dernier meeting à Djibouti le 8 janvier 2003, en sollicitant les suffrages (obtenus) des électeurs : « nous sommes dignes de confiance… nous vous promettons aucun miracle dont seul Dieu est capable, par contre nous vous faisons ici le serment solennel que toutes les ressources nationales (ou extérieures) mobilisées seront équitablement redistribuées et investies en fonction des priorités définies par une Assemblée que vous élirez et un gouvernement légitime… ».

Puisqu’à en croire les lamentations des mal élus, la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire ne rend ses comptes et suggestions qu’à un seul homme, notre posture d’observateurs vigilants et responsables nous oblige à exiger du gouvernement d’administrer la preuve matérielle et publique que les dons mobilisés en 2003 et représentant près de la moitié du budget national 2004 sont (ou en cours de l’être) injectés et affectés à leur destination initiale.

Que chaque ministère fasse preuve de la même diligence que le Ministre de la Coopération en rendant public son rapport d’activités 2003 en démontrant les projets réalisés ou en cours grâce aux Dons.

Dans un mea culpa clôturant l’annexe 6 du rapport sus-cité, son Excellence nous prie de bien vouloir noter que « nous n’avons pu donner notre voix à aucun des pays amis qui l’ont sollicité vu que nous n’avons pas payé nos arriérés de contribution, comme vous pouvez le constater dans la liste ci-jointe (arriérés des contributions de la République de Djibouti annexe 7).»

Quand les dons mobilisés depuis l’indépendance ne parviennent pas ou si peu aux destinataires et que l’Etat qui est censé les représenter est incapable de rendre la plus petite monnaie de la pièce aux donateurs, il y a de quoi décourager le plus altruiste, s’il peut exister, des pays donateurs.

 

Source : Ministère djiboutien des Affaires Etrangères. 2003


Renforcement des luttes populaires

L’opposition prête à la confrontation finale

Soucieux d’appliquer les dures leçons de sa longue expérience politique, le président Dini n’est absolument pas disposé à laisser encore une fois trahir sa bonne foi et réduire à néant son désir de paix ; conforté qu’il est dans cette exigence par l’ensemble des dirigeants de l’UAD. Contrevenant aux règles les plus élémentaires de la bienséance, certains plumitifs font croire que le leader de l’UAD a abandonné toute action politique. La réalité aura bientôt raison de l’intoxication.


Samedi 24 avril vers 10 heures du matin : c’est dans une forme excellente que le Président Dini reçoit le Bureau Politique de l’ARD pour une réunion hebdomadaire habituelle. Après avoir écouté le rapport sur la situation politique nationale dressé par les principaux dirigeants de notre mouvement, le chef emblématique de l’opposition djiboutienne s’exprime ainsi : « Je constate malheureusement que ce régime de non-droit reste égal à lui-même. La démocratie est en panne et les injustices se poursuivent. Il nous faut donc agir de toute urgence car il en va de l’avenir de notre pays ».

Il poursuit d’un ton grave : « Si j’ai bien compris, ce régime clame qu’il ne respectera ni les textes de loi en vigueur, ni l’Accord de paix qui nous lie à lui devant Dieu et notre Peuple. Pour preuve, le Trésor Public, conforté en cela par un appareil judiciaire ayant perdu le sens de la justice, refuse de restituer la caution électorale de 32.500.000 FD versée par l’UAD pour participer aux législatives du 10 janvier 2003. Le régime continue également à piétiner l’Accord de paix signé il y a trois ans. Que faire dans ces conditions ? Mettre en place la légitime réaction populaire ! Pour contrer les agissements délictueux d’un pouvoir qui s’obstine à ne reconnaître aucune légalité et surtout pas la libre expression de la volonté populaire ».

En effet, si l’opposition djiboutienne a jusqu’à présent fait preuve de la plus grande patience afin de préserver la stabilité politique et sociale, force est de regretter que cette attitude de responsabilité ait été mal interprétée par un régime insouciant et irresponsable. Devant cet inqualifiable défi lancé à la paix civile, l’opposition démocratique est désormais déterminée à ne plus brider la légitime contestation populaire qui ne demande qu’à pacifiquement s’exprimer, afin que les légitimes aspirations au changement soient enfin clairement entendues et respectées.

Le lendemain, ce sont les travaux d’une réunion de tous les partis regroupés au sein de l’UAD que le Président a dirigés, toujours avec la même disposition d’esprit combative. Après avoir sincèrement félicité les dirigeants de l’UAD pour l’unité d’action jamais démentie et brillamment démontrée sur tous les terrains pendant sa longue absence du pays, le chef charismatique de l’opposition a exhorté ses pairs à la mobilisation générale en vue d’une confrontation décisive avec ce despotisme irresponsable.

Ceux qui se mettaient imprudemment à rêver d’une opposition décapitée et sclérosée, sans aucune détermination inscrite dans la durée et le sacrifice, en seront bientôt pour leurs frais. A l’heure où, malgré un bilan politique, économique et social catastrophique, le « numéro un djiboutien » et son fan-club de plus en plus réduit cherchent à abuser le Peuple exaspéré en faisant miroiter une possible réélection du responsable de tous ses malheurs, nous disons que c’est sans compter sur la voix rassurante de l’homme d’acier et c’est oublier la main de fer (dans un gant de velours ) de celui qui a surtout assuré sa carrière dans la répression de tous les démocrates.

Dieu seul connaît l’avenir, nous ne connaissons pour notre part que notre détermination à sauver notre pays des griffes des prédateurs. Demain sera un autre jour.

Pauvre régime qui se gargarise d’analyses fantaisistes par lui-même inspirées et maladroitement rapportées dans les pages complaisantes de « Jeune Afrique/ L’Intelligent » qui ose écrire, sans même le vérifier auprès de l’UAD : «Le drame de l’opposition tient à son manque de représentation au sein des institutions élues. L’absence de proportionnelle l’a privée de toute représentation au parlement. Sa seule présence se limite à une presse quotidienne dont l’audience est certes populaire, mais ne lui procure que peu d’influence dans le débat politique».

C’est peut-être la morosité dans laquelle le plonge l’ennui d’un papier commandité et grassement rétribué qui empêche ce journaliste d’aborder l’essentiel : même avec l’actuel mode de scrutin, l’opposition aurait remporté les élections, s’il n’y avait pas la fraude institutionnalisée.


Aide extérieure, bonne gouvernance et anti terrorisme

Pour d’évidentes raisons tenant tant à sa position stratégique qu’à ses maux revêtant un caractère endémique que la coalition internationale contre le terrorisme se propose de prévenir et combattre dans une région aux troubles récurrents, notre pays peut légitimement nourrir l’espoir de figurer parmi les pays africains devant prioritairement bénéficier du MCA (Compte du Millénaire). Au grand désespoir de notre peuple, et par la faute de dirigeants irresponsables, irrationnels dans leurs choix budgétaires, gaspilleurs et inconséquents, Djibouti, demeure handicapé car n’apportant aucun contenu concret aux « parures institutionnelles » dont elle se dote formellement pour abuser des donateurs qui ne sont plus disposés à se laisser flouer…


Le Secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires Africaines, M. Charles Snyder, affirmait au cours d’une conférence de presse organisée par l’« American Enterprise Institute » que « Les Etats-Unis ont en Afrique de réels intérêts en matière de sécurité et s’ils devaient les ignorer, ce serait à leurs risques et périls ». L’administrateur de l’USAID, dans un article paru dans l’International Herald Tribune, persiste et signe : « nous nous sommes rendu compte que la sécurité sur notre territoire dépendait de la sécurité, de la Liberté et des possibilités économiques au-delà de nos frontières ». Bien que tardive, cette prise de conscience est salutaire pour tout le monde car, comme nous l’écrivions bien avant le 11 septembre 2001, la meilleure containment policy passe par une étroite collaboration avec les pays pauvres (terreaux fertiles de tous les extrémismes) surtout dans le domaine économique et social, comme dans celui des droits de l’Homme.

Abondant dans notre sens, le Washington File, édité par la section culturelle de l’Ambassade américaine à Paris, nous explique qu’ « afin de relever ces défis, le Président Bush a annoncé l’initiative de lutte contre le terrorisme en Afrique Orientale. Il s’agit d’un programme de 100 millions de dollars visant à renforcer les capacités de lutte antiterroriste de nos partenaires dans la région… Nous nous attachons à aider plusieurs pays, notamment le Kenya, l’Ethiopie et Djibouti, à renforcer la sécurité de leurs frontières, à accroître la compétence de leurs forces de l’ordre et à améliorer la façon dont les collectivités territoriales marginalisées perçoivent les Etats-Unis et leur politique… ». A la bonne heure !

Avec l’écrasante majorité des Etats membres de l’ONU, « Réalité » n’a jamais fait mystère de sa désapprobation de la politique de l’administration républicaine au Proche-Orient. Par contre, intéressés au premier chef par sa politique en Afrique Orientale, et parce que représentatifs de tout le peuple djiboutien, (collectivités marginalisées ou pas) nous tenons à faire savoir à l’adresse tant des Etats-Unis d’Amérique que de l’ensemble de nos partenaires impliqués dans la lutte contre le terrorisme et dans le développement de notre pays, un certain nombre d’observations de nature à mieux orienter leurs politique chez nous.

De 1977 (attentat contre le Palmier en Zinc) à 2004 (multiples attentats sur la voie ferrée, dont le dernier à équidistance de la gare et de la Garde Présidentielle…), la brève existence de notre pays est émaillée d’attentats dont pratiquement aucun n’a été élucidé, chacun servant de prétexte à la répression contre l’une ou l’autre des composantes de la communauté nationale. A l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons que l’explosion d’une grenade a fait un blessé léger dans un quartier de la Capitale (4). La prolifération d’armes légères dans des milieux autorisés et la persistance d’une population flottante font que Djibouti est considéré comme le maillon faible de la région par les groupuscules nuisibles.

Contentons-nous d’observer que, de l’Indépendance à 1999, la sécurité nationale et extérieure relevait des compétences officielles d’un seul homme : l’actuel Président de la République. Reconnaissons-lui le mérite partagé d’avoir eu, moins d’un an après son accession à la magistrature suprême, le pragmatisme d’avoir mis fin à un interminable conflit civil armé. Constatons à sa décharge que, trois ans après la signature de l’Accord de paix définitive du 12 mai 2001, le courage et ce pragmatisme lui font aujourd’hui défaut pour l’appliquer intégralement et de concert. Non seulement les conséquences du conflit (Réhabilitation) n’ont pas été soigneusement soignées, mais plus grave, les causes politiques qui ont conduit au conflit armé perdurent. Le risque est réel et grand, que le conflit à ce jour sourd et latent, ne dégénère.

Pour l’heure, force est de regretter, comme s’en inquiétait récemment la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, que la lutte planétaire contre le terrorisme menée par les grandes puissances, n’aura malheureusement servi qu’à légitimer et renforcer les régimes dictatoriaux de par le monde. S’il est tout à fait normal que les Etats-Unis d’Amérique se préoccupent d’aider son allié à sécuriser ses frontières poreuses, qui peut garantir la paix civile intra muros d’une Cité-Etat se singularisant par la plus forte densité mondiale d’hommes en uniformes ?

A l’évidence, à la seule lecture des rapports annuels du Département d’Etat sur la situation désastreuse des Droits de l’Homme dans notre pays, l’opinion publique américaine n’acceptera jamais que ses soldats soient, malgré eux, impliqués dans un conflit strictement interne pour la défense d’un despotisme que l’engagement américain vise justement à éradiquer dans le monde.


Les tribulations du Premier ministre

UN JEUNE A FRIC MALADROIT

Il en est peut-être de même pour certains régimes de l’Asie du Sud-Est, mais la palme revient incontestablement aux Etats postcoloniaux d’Afrique : prétendant compenser leur déficit démocratique par une surabondante campagne médiatique, ils font appel aux services de journaux à diffusion internationale pour redorer leur blason terni. N’étant pas en reste de cette mystification, surtout depuis 1999, le régime djiboutien achète pour plusieurs millions les pages «Plus» d’un magazine francophone que Le Canard Enchaîné avait ironiquement rebaptisé Jeune à fric et qui s’est lui-même pompeusement rebaptisé L’Intelligent. Ainsi, dans son édition N° 2258 du 18 au 24 avril 2004, le lecteur est-il sommé de prendre au sérieux une interview du Premier ministre djiboutien, que l’on doit à la plume héroïque du journaliste Cherif Ouazani. Même quand il s’est agi de répondre à ces questions de niveau maternelle, le Premier ministre a surtout étalé toute son inexpérience politique. Sans même parler de naïveté.


« Pourtant, à lire les journaux de l’opposition, vos anciens compagnons ne sont guère complaisants... » : c’est pratiquement la question la plus courageuse que le journaliste ait posée au Premier ministre. C’est bien insuffisant : il aurait au moins pu respecter la déontologie journalistique et avoir la politesse de demander à ces journaux de l’opposition pourquoi ils étaient si peu complaisants avec lui. Mais ce journaliste n’était pas à Djibouti pour entendre les points de vue de toutes les parties concernées et avoir une vision d’ensemble de la situation nationale. L’ignorance, du journaliste se retrouvant jusque dans sa présentation tendancieuse du FRUD en général : « mouvement sécessionniste afar ». Non. Il était tout simplement en service commandé : l’Etat djiboutien ayant acheté 17 pages d’un publi-reportage, sorte de safari médiatique dont le but, payant, est de rechercher les meilleures sensations et de garder les plus belles images. Malheureusement pour le régime cherchant vainement à crédibiliser ses figurants, les réponses du Premier ministre produiront l’effet contraire de celui pour lequel l’Etat a déboursé un gros magot, aux frais du contribuable djiboutien bien sûr.

Mettons certaines choses au clair : nous n’avons jamais été d’anciens compagnons du Premier ministre pour une raison très simple : sans aucun antécédent militant, son entrée en politique est récente ; mars 2001 pour être précis.

Mais, contrairement aux biographies complaisantes, ce n’est nullement sa contribution à la signature de l’Accord-cadre de Paris de février 2000 qu’il faut retenir : le chef de délégation de la partie gouvernementale, lui-même ancien maquisard connaissant bien M. Dini pour l’avoir secondé dans le maquis, n’était autre que M. Ali Guelleh, Chef de cabinet de la Présidence. Nos vrais anciens compagnons du FRUD apprécieront cette confiscation de l’Histoire.

La seule participation que nous reconnaissons au Premier ministre dans le déroulement de ce conflit, c’est uniquement d’avoir organisé l’extradition en septembre 1997 depuis la Capitale éthiopienne où il était chef de poste, avec celle des responsables du FRUD, de Mme Aïcha Dabalé, à l’époque enceinte et dont le seul tort était, en plus de sa référence matrimoniale, de travailler dans une organisation caritative. Maigre fait d’armes policier, mais certainement aucune réelle contribution politique à la paix. Quant à sa consolidation…

Nous n’évoquerons qu’incidemment la grande nouveauté consistant à présenter le « genou » d’un responsable : après avoir précisé que ce dernier « est issu de la tribu afar des Hassouma », lira-t-on prochainement, pour respecter les grands équilibres que le Chef de l’Etat « est issu de la tribu Somali-Issa-Mamassan des Bah Fourlaba »? Plus sérieusement, pour rester sur ce chapitre, les lecteurs apprendront que, selon le Premier ministre, « Le peuple djiboutien est composé de deux groupes ethniques, les Afars et les Issas. Ces deux groupes se scindent en plusieurs tribus, clans et sous-clans ». Inculture suspecte qui procède à la négation des nombreuses autres composantes de la communauté nationale. Son propre Directeur de cabinet, la Présidente de la Cour Suprême et tous ceux appartenant à des groupes qui contribuent depuis les origines au rayonnement de notre pays apprécieront cette inacceptable légèreté.

On se demandait pourquoi l’UMP avait sollicité les services sympathisants de l’ancien Président du Conseil de Gouvernement du temps colonial : l’énumération du Premier ministre nous ramène tout droit aux simplifications du « Territoire Français des Afars et des Issas » dont on comprend aisément que certains ethnarques se disent faussement revanchards.

Le mur du çon (comme dirait Le Canard Enchaîné) étant toutefois franchi lorsque, au journaliste lui demandant candidement s’il lui arrivait de rencontrer les dirigeants de l’opposition, le Premier ministre répond avec une naïveté qui aurait été touchante en d’autres circonstances : « Djibouti est un petit pays, où tout le monde se connaît. Il nous arrive de nous croiser dans les dîners en ville, les réceptions dans les ambassades ou dans d’autres circonstances. Cela se passe très bien, et les diplomates s’étonnent de nous voir ensemble ».

C’est vraiment trop : à en croire ses propos, la vie politique djiboutienne ressemblerait à une maternelle où tout le monde il est gentil et tout le monde il s’aime.

Le Premier ministre serait bien incapable d’indiquer dans quelle circonstance mondaine il rencontre si souvent les dirigeants de l’opposition, puisqu’il semble avoir beaucoup de temps libre, constitutionnellement plongé qu’il est dans une société politique de loisirs.

Par contre, la mansuétude que ceux-ci témoigneraient à son égard pourrait aisément s’expliquer : il est inutile de le charger de tous les travers de ce régime, lui qui n’est que son premier figurant institutionnel !

Sauf quand il se prend trop au sérieux en répondant intempestivement à un courrier du FRUD-armé adressé au Chef de l’Etat, et s’interposant sans aucune protection en invoquant pour son chef la désormais célèbre « gestion de vraie problématique ». That’s all folks !


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 93 du mercredi 21 avril 2004

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Réalité numéro 93 du mercredi 21 avril 2004

 ARD
Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Cinquièmes propos du Président (2)
  4. Communiqué de l’UAD
  5. Trop vieux ? Trop jeune ? Trop gros ?
  6. Israël/États-Unis : Tsahal cherche aide de camp de concentration
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 93

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BORREL M’A TUER

LA FRANCE, SES MORTS, NOS PROBLEMES…

On l’a vu avec un certain 11 septembre, qui n’a pas le même sens à Santiago et à New York, le 7 février est perçu différemment selon que l’on est du régime ou de l’opposition éprise de paix. Ainsi, alors qu’il se passait des choses à Paris qui intéressaient au plus haut point nos compatriotes fatigués de la guerre, et tandis que le Parquet djiboutien prenait officiellement position à propos d’une affaire Borrel en cours d’instruction ailleurs, cependant que telle jeunesse d’Etat manipulée et autres first class Sittizen scandaient « Touche pas à mon Président », un illustre invité débarquait discrètement à l’aéroport d’Ambouli et s’installait dans une suite luxueuse du Sheraton, aux frais du contribuable djiboutien bien entendu. Mais ce n’était certainement pas trop cher payer, puisqu’il s’agissait tout simplement de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France à Addis-Abeba, surtout connu pour avoir accessoirement été le grand patron de la DGSE, la Piscine. Hasard ? Piscine dans laquelle semble aujourd’hui se noyer, à voir le communiqué surréaliste (restons polis) que la Présidence djiboutienne a rendu public à la suite de la levée du secret-défense qui frappait jusque-là certains rapports d’un agent du contre-espionnage français (son prénom n’est pas Jacques) relatifs à la mort du juge Borrel aux environs du Goubet. Par décence, nous ne reprendrons pas l’outrance des propos : TF1 est une chaîne privée, il y a plus de grèves à RFI qu’à la RTD et insulter un mort n’est guère glorieux. Tout comme il est évident que la France n’a nullement besoin de nous pour se défendre : tout juste devons-nous, au nom du Peuple Djiboutien, lui faire part de notre profonde désapprobation face à un communiqué présidentiel aussi irresponsable.

Par contre, en accusant tous azimuts l’ancienne puissance de tutelle, la Présidence a du même coup procédé à un révisionnisme historique que nous devons dénoncer avec véhémence : parler de « la stratégie de partition du pays conçue et développée par la France » relève de la plus extrême légèreté politique. Même si une telle négation des causes profondes du conflit civil auquel nous pensions avoir définitivement mis fin renvoie immanquablement aux propos que tenait en 1992 le Chef de Cabinet de la Présidence dans les colonnes du journal Al Hayat : les Afar constituent une minorité nationale outrageusement favorisée par la France. Trouver aujourd’hui une coloration tricolore à la naissance du FRUD est proprement indigne de qui prétend œuvrer à la réconciliation nationale : nier les injustices n’est qu’une autre façon d’inciter à la division, donc à la résistance des victimes. A terme, la violation systématique de l’Accord de paix porte les germes d’une future discorde aux conséquences incalculables : uniquement préoccupé par sa réélection, le Chef de l’Etat n’en a cure pour l’instant. A ses risques et périls !

Surtout, oser prétendre qu’ « il est permis de supposer donc que si le Président Ismael Omar Guelleh gêne la France, c’est parce qu’il s’est toujours posé à ses interlocuteurs comme un dirigeant qui a veillé à la promotion de l’intérêt national », et sans prendre la défense d’une France dont il serait bien difficile de démontrer en quoi l’instabilité de notre pays assurerait la stabilité de sa base, nous mettons sans trop de difficultés ledit Président au défi de démontrer la plus petite de ses contributions en faveur de cette paix civile. Violation systématique des principales dispositions de l’Accord du 12 mai 2001, fraudes électorales institutionnellement organisées, corruption généralisée, abandon complet des districts de l’Intérieur dont la réhabilitation des rares infrastructures publiques est laissée à la générosité de l’Armée française : on chercherait vainement une circonstance atténuante pour expliquer un tel acharnement à saper l’Unité du pays et à entacher notre fierté nationale.

Aux dernières nouvelles, Maître Vergés, le défenseur de Saddam qui a tué et d’Omar qui n’a pas tuer, ne serait pas du tout disposé à défendre les intérêts de l’Etat djiboutien dans cette affaire : entre l’originalité et le mercenariat, il y a le fossé de la décence militante, petit pour certains, infranchissable pour d’autres.


Brèves nationales

Le khat héliporté :

L’autre opération de secours ?

Mardi 13 avril, jour noir pour notre pays à cause des inondations meurtrières et destructrices : le réseau routier reliant la Capitale au reste du pays était coupé à hauteur de Wéa suite à l’effondrement d’un petit pont stratégique.

Alors que les hélicoptères de l’armée française (six selon le Général Pons, gérés par une cellule de crise installée bien avant celle du plan orsec national) participaient activement aux opérations de secours, celui de l’armée djiboutienne aurait effectué pendant ce temps une mission peu glorieuse dans ces circonstances aussi dramatiques.

En effet, si l’on en croit de nombreuses sources à Dikhil et à Djibouti, tandis que d’autres se noyaient à Ambouli, un hélicoptère des FAD se serait posé à Dikhil dans l’après-midi avec à son bord des sacs de khat destinés aux consommateurs de cette ville et de cette région.

Décidément, sous ce régime de blabla et de mauvaise gouvernance, l’inévitable et précieuse plante verte semble être aussi importante que les opérations de secours aux sinistrés. Time is money, dit-on. Sauver la vie d’un Djiboutien en danger ne serait-il pas plus urgent que de nuire à sa santé en livrant le khat de peur qu’il ne flétrisse ? Honte à ce régime insouciant préférant abrutir son peuple en faisant de la distribution du khat une priorité nationale, aux dépens des droits de la personne humaine.

Le devoir d’assistance :

L’armée française en première ligne

A la suite des pluies torrentielles qui se sont abattues sur notre pays, le petit pont vieillissant datant des années soixante et situé côté Djibouti-ville à l’entrée du petit village de Wéa, a cédé sous la pression des eaux. Cet ouvrage d’une dizaine de mètres de long sur environ cinq de large, a certainement été fragilisé par le passage quotidien de centaines de poids lourds. Mal entretenu, malgré les sommes colossales engrangées par le Fonds d’Entretien Routier, sa rupture a isolé la Capitale de tous les districts de l’Intérieur, interrompant également le trafic commercial routier avec l’Ethiopie.

Une fois de plus, ce sont les engins de génie de l’armée française qui sont arrivés les premiers sur les lieux pour mettre en place une déviation de plusieurs centaines de mètres et rétablir la circulation sur cette voie vitale.

Par ailleurs, la pénurie d’eau courante qui a frappé la localité d’Arta à la suite de ces inondations a été évitée grâce à l’assistance technique de l’Armée française qui a mis plusieurs de ses camions-citernes à la disposition des habitants de cette ville.Après cela, les autorités djiboutiennes pourront toujours clamer sans crainte du ridicule leur prétendu nationalisme sourcilleux et leur indépendance orgueilleuse.

Il est prétentieux et irresponsable de narguer les autres quand on est à ce point inefficace : la souveraineté, cela se voit d’abord sur le terrain de la réalité concrète.

Après les inondations catastrophiques :

La déroute de la pensée… officielle

Emu ou déphasé ? Après une ballade en hélicoptère au-dessus de la Capitale sinistrée, le Chef de l’Etat est brutalement redescendu sur terre pour se rendre compte sur le terrain de l’étendue du désastre. Dans une déclaration recueillie et copieusement diffusée par les médias officiels éberlués, et suivie par les citoyens auditeurs et téléspectateurs écœurés par un tel mépris, le chantre du développement agropastoral a livré clés en main sa solution-miracle face aux dangers représentés par les crues de l’oued d’Ambouli.

Selon notre illustre expert en développement tous azimuts, son gouvernement compte prochainement installer des retenues d’eau tout le long de l’oued meurtrier. Une solution qui aurait à ses yeux (son troisième œil, comme dirait le lama Lobsang Rampa) un triple avantage : reconstituer la nappe phréatique, permettre l’installation de nouveaux périmètres agricoles et enfin briser l’élan dévastateur des crues de l’oued d’Ambouli. Vaste programme ! Il fallait y penser. Comme quoi son séjour au Japon et son diplôme de docteur honoris causa sont largement profitables à son petit et malheureux pays.

Le seul hic : dès le lendemain, son incorrigible gouvernement lançait un appel à l’aide internationale, non pour venir au secours d’un pays et d’une population sinistrés, mais pour la mobilisation de 20 millions de dollars (américains) devant servir à sécuriser et à réaménager le lit de l’oued d’Ambouli. Il faudrait savoir : y a t-il deux politiques différentes de mendicité dans ce régime présidentialiste de non-droit et de mauvaise gouvernance ?

Echaudés par les multiples et criminels détournements de l’aide internationale dont s’est rendu coupable ce pouvoir prédateur et malfaisant, il est fort improbable que les donateurs se bousculent pour mettre leur obole dans la tirelire gouvernementale.

Surtout que, tout le monde n’ayant pas la mémoire courte, certains se souviennent encore que toutes les promesses gouvernementales consécutives aux crues de 1994 sont restées lettre morte. Ceausescu adorait les titres ronflants tels que « Génie des Carpates » ou « Danube de la pensée » : notre grand penseur local devrait se faire appeler « Oued de l’impensé » et ses fans deviendraient les mauvais «Génies des carpettes ».

Affaire Borrel :

Matraquage et bourrage de crâne

Dans une réaction épidermique et disproportionnée qui fera certainement date dans les annales de la diplomatie menaçante, la Présidence djiboutienne (sinistrée ?) s’est fendue d’un communiqué rageur à l’encontre du gouvernement français coupable à ses yeux de n’avoir pas réussi à museler ses médias. Si, dans une logique despotique, le régime djiboutien confond TF1 et RTD, libre à lui de délirer en pure perte. Mais, quand il en vient à se réclamer de la légitimité populaire pour hausser le ton et gonfler ses poumons, nous disons ça suffit !

Ce communiqué maladroit et suffisant ose ainsi conclure : « Djibouti est déterminée à forger sa destinée propre. Le peuple djiboutien conscient des enjeux soutient le Président et son gouvernement dans la poursuite des objectifs de développement ».

Comme si la France investissait à perte à Djibouti depuis 1977 ! Pour l’heure, les seuls objectifs de développement visibles, privilégiés par le régime RPP, c’est le matraquage politicien et le bourrage de crâne. Pour notre part, nous resterons sourds aux lamentables lamentations d’un pouvoir condamné par l’Histoire.

Djibnet :

Programme pas net !

Le seul monopole normalement admissible devrait être celui contracté par les liens sacrés du mariage. Pour tout le reste, sérieux comme frivole, travail comme loisir, c’est la libre concurrence qui peut seule garantir la meilleure défense des consommateurs. Malheureusement à Djibouti, rien ne fonctionne selon ce sain principe. En politique, c’est l’ancien parti unique au pouvoir qui revendique le monopole du sérieux, reléguant les partis d’opposition et tous leurs sympathisants dans l’ignorance et l’insignifiance : drôle de conception de la démocratie.

Dans le domaine du ludique, lui fait écho le monopole de Djibnet sur la prestation de services satellitaires, avec son bouquet numérique à géométrie variable.

Pour éviter tout malentendu, rendons tout d’abord hommage aux techniciens de cette société pour la qualité et la constance dont ils font preuve depuis le lancement de cette technologie.

Ce problème n’est pas de cet ordre, il relèverait plutôt d’une politique commerciale qui gagnerait à mieux être définie. Ne parlons même pas des changements inopinés de programmation, quoique certains abonnés rouspètent contre une valse des chaînes souvent injustifiée.

Ainsi, les téléspectateurs auraient aimé être prévenus que la diffusion de FR3, sur laquelle était retransmise la finale de la ligue opposant Nantes à Sochaux serait interrompue dès… le coup de sifflet annonçant le début du match. Passons, car il y a plus grave.

Ainsi, profitant de la fermeture de CFI-Afrique, Djibnet a modifié la composition de son bouquet, en y introduisant quatre autres télévisions accessibles sous le nom de superbouquet au prix de 10.000 FD. Il y a fort à parier que peu d’abonnés se sont rués sur cette formule peu attractive : débourser 3.000 FD supplémentaires pour 4 télés ne diffusant que films et séries (dont 13ème rue spécialisée dans les policiers) et pour une qualité de réception fortement parasitée par des interférences transformant, dans certains secteurs, le plaisir de regarder la télévision en calvaire pénible pour les yeux.

De plus, pour mieux fidéliser ses clients à ses débuts, Djibnet distribuait gratuitement une petite brochure détaillant l’essentiel de la grille mensuelle des principales télévisions de son bouquet numérique.

Le problème, c’est que la gratuité ne s’imposant nullement pour une telle prestation (avec une incidence non négligeable sur le bénéfice de la société), Djibnet l’a interrompu un temps pour en faire depuis ce mois-ci une marchandise payante, au prix modique de 200 FD. Il s’agit là d’une véritable arnaque contre laquelle nous tenons à mettre en garde nos lecteurs, ce qui aurait dû relever de la vigilance militante de telle association de défense des consommateurs, car l’acheteur n’en a nullement pour son argent.

En effet, seuls les programmes de quatre ou cinq chaînes (sur les 25 officiellement disponibles) sont concernés : TV5, Canal+, Movie Channel, 13ème rue et la moitié de RTL9. c’est vraiment peu, et en tous les cas indigne de s’appeler programme mensuel du bouquet Djibnet ! Avec le développement de l’Internet, nous invitons les personnes concernées à se rendre sur le web ( par exemple sur le site fr. yahoo. Com) pour y consulter toute la programmation qu’elles désirent.

Il y a même possibilité de recevoir quotidiennement les différentes grilles de programme.

En attendant qu’une concurrence s’organise, pour le plus grand bénéfice des consommateurs, il serait dommage que cette dynamique société déçoive aujourd’hui sa clientèle avec de telles approximations commerciales : le marché est là pour son expansion, à condition de se démocratiser et de gagner en prévisibilité.


Cinquièmes propos du Président (2)

La démagogie contre la vérité (Seconde partie)

« L’Economie dérape : Quand le régime nous donne raison » titrait Réalité dans son édition du 17 avril dernier ; analyses du Budget de l’Etat en partie corroborées par celles du pouvoir en place, dont la politique du mensonge ne peut continuellement tromper le monde. Non seulement les incohérences entretenues par le pouvoir, concernant surtout la gestion des deniers publics, ne peuvent rehausser le niveau de vie de la population, mais engendrent aussi des difficultés quant à nos rapports avec les institutions de Brettons Wood, le sérieux et la transparence n’étant pas une culture du parti au pouvoir. La confrontation entre la dure réalité quotidiennement vécue par nos concitoyens et l’imaginaire succès économique d’un Président au terme de son mandat, appelle quelques commentaires supplémentaires sur les propos du numéro djiboutien.


Le Chef de l’Etat croyant que les retombées financières engendrées par la lutte contre le terrorisme allait mettre à l’abri de tout besoin notre pays ruinée par sa mauvaise gestion, pérorait en juin 2003 dans « Marchés Tropicaux » à propos du FMI «qu’il nous fiche la paix».

Rajoutées aux différentes recettes et plus-values opaques tirées des cessions-concessions des complexes aéroportuaires et autres privatisations des entreprises publiques, en plus des projets d’investissement engagés à Doraleh, Djibouti pouvait se passer des institutions financières internationales, voilà que cette-fois, le Président de la République tente de corriger sa « gaffe » de l’été dernier lors de sa dernière Conférence-bilan.

Or, le FMI connaissant les pratiques budgétivores du régime, ne l’entend pas de cette oreille et demeure très explicite avec Djibouti dont le Chef de gouvernement considère maintenant que le pays a « besoin de réformes et de discipline plus que la Banque Mondiale et le FMI ».

Malgré ces aveux, le Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté présenté par notre gouvernement ne peut recevoir l’aval du FMI pour la simple raison que les réformes engagées depuis six ans n’ayant pas été rigoureusement suivies, la situation économique et sociale du pays reste encore fragile.

Les experts du FMI, après avoir décortiqué le dossier économique du pays en décembre dernier, ont constaté que ni le Budget 2003 ni celui de 2004, en cours, ne garantissaient pas une croissance économique soutenue, encore moins une quelconque réduction de la pauvreté.

Partant de là, ces experts ne comprennent pas comment un pays qui privatise des entreprises publiques et met en concession d’autres, devenues défaillantes pour mauvaise gestion, puisse en créer de nouvelles sur financement public, ces dépenses alourdissant davantage un Budget déjà déficitaire : une folie en somme.

Concernant les recettes tirées de la présence des forces étrangères dans notre pays et celles (opaques) reçues de Dubai Port Authority pour les complexes aéroportuaires et portuaires, le FMI suggère que le bon sens serait d’arrêter les investissements non-générateurs de richesses, donc de croissance et d’éponger l’énorme dette publique intérieure en procédant à la démobilisation, en honorant les salaires et retraites gelés, les cotisations sociales des fonctionnaires, les factures impayées dues aux entreprises publiques et privées du pays, en remboursant les prêts contractés auprès des banques de la place, etc.

En effet, la rigueur économique imposée depuis des années ayant eu pour conséquence d’instaurer une pauvreté structurelle (estimée à 74% de la population) il est encore plus choquant de voir la propension du régime à l’endettement auprès des Etats et des institutions financières. Choquantes ont aussi été pour les experts du FMI les dotations budgétaires au profit d’une diplomatie « inconsidérablement mobile et mobilisante » et l’augmentation exponentielle des « dépenses courantes ». Un choix à l’opposé de toute logique économique et qui a conduit le FMI à «conseiller» au gouvernement de dévaluer notre monnaie par rapport au dollar. Et ce pour attirer des investisseurs étrangers.

Tout cet amer constat ne semble pourtant pas atténuer les prétentions du Chef de l’Etat qui, dans ses « cinquièmes propos » de sa conférence-bilan, maintenait que son document présenté aux institutions de Brettons Wood avait été discuté à tous les niveaux du pays depuis deux ans, avec la société civile, les administrations civiles et le secteur privé. Ce qui est totalement faux, puisque ni les associations indépendantes ni les syndicats indépendants n’ont eu bien entendu l’honneur de participer à ce programme engageant le pays.

Toutefois, les conditions posées par le FMI sur le nouveau dossier du gouvernement (qui d’ailleurs avait été « prié » de clairement budgétiser toutes les recettes tirées de la présence des forces étrangères dans le pays) partent du postulat que ni les coûts exogènes du pétrole, ni les raisons climatiques invoquées par le Président n’expliquent la situation de délabrement économique et social du pays. Les causes sont à rechercher ailleurs…dans la mauvaise gouvernance.

Sans disserter sur une fausse stabilisation des finances publiques, ni sur l’inexistante réduction de la dette et du déficit, encore moins sur une imaginaire relance économique, le piteux état de l’économie nationale est malheureusement ressenti par tout un chacun. Le paraître étant le point fort de ce régime, les prétentions présidentielle et électoralistes relèvent essentiellement de la mystification. Pour preuve, le Premier magistrat du pays considère encore que « la corruption relève d’une question d’éducation… ». Une conception du vol somme toute compréhensible de la part de ce régime prédateur. En y regardant de plus près, si la corruption relève d’une question d’éducation, il en est de même pour l’impunité.

Pour contredire une telle abbération, rappelons que notre culture de nomade n’a jamais toléré le vol, de bétail ou autre,considéré comme acte illicite engageant la responsabilité de la famille, du clan, de la tribu et donc réprimé en conséquence. Que le vol soit individuel ou collectif, outre l’indiscutable restitution du bétail, la réparation du dommage causé aboutissait selon des règles de droit coutumier précis, à défaut par la force.

Cependant, là ou le bât blesse, c’est quand les médias du régime prétendent que le Président a engagé une lutte féroce et productive contre la corruption. Une telle conception tendant à présenter la corruption comme un fait de culture trahit une aliénation culturelle que l’opposition ignore totalement et condamne.

Les voleurs de bétail étaient traduits devant une juridiction traditionnelle. Des règles de conduite, des lois non-écrites mais bien connues régissaient la vie intercommunautaires et celle entre communautés.

Comme le bétail n’est pas du tout la propriété du chamelier ou du berger rémunérés, les biens publics ne sont pas non plus la propriété des responsables politiques ou administratifs qui en ont la charge. Le vol de bétail comme la corruption relèvent d’une expropriation illicite, un abus de biens sociaux ou un détournement devant être sévèrement sanctionnés par la justice.

Ainsi, la tolérance active ou la mansuétude passive étant autant d’incitations à la délinquance financière, la conception que se fait de la corruption le Président de la République rejoint le dicton somali qui dit : « Dameeri isku halayn bay hooyadeed dabada uga nuugtaa » (Bébé-âne tète sa maman ânesse par le derrière). Comme le bébé ne craint pas les coups de sabot de sa mère-ânesse, il est normal que détourner les fonds publics particulièrement sous cette présidence relève de la même moralité que celle du diction suscité. En conclusion, la banalisation de la corruption ainsi présentée ne peut que nuire tant aux corrompus qu’aux corrupteurs. Il est de notoriété publique que certains dignitaires de ce régime auraient même été mêlés à des malversations dépassant nos frontières.

Autre leitmotiv présidentiel : la cherté de l’énergie. L’Electricité de Djibouti, naguère sérieusement gérée, a connu une altération de son potentiel humain et matériel depuis une décennie. Elle est aujourd’hui ruinée par les ponctions perpétuelles et le financements de la guerre.

Une solution de rechange pour pouvoir attirer des investisseurs étrangers relève encore de l’utopie. Le plus sage serait déjà que l’Etat paie ses arriérés à cet établissement pour que la population ne puisse pas supporter les problèmes de trésorerie de cette énergie gâchée, au détriment du développement.

Nous ne saurions comprendre les cinquièmes propos d’un Président adepte de projets sans lendemain.

Les institutions financières internationales constatent pour leur part que depuis 1996, la pauvreté s’est fortement accrue à Djibouti. Que la pauvreté relative et la pauvreté extrême sont évaluées à respectivement 67,9% et 34,7%. Elle s’est davantage généralisée entre 1999 et 2002 puisqu’elle touche toutes les zones géographiques et toutes les couches sociales du pays.

En somme, c’est parce que la pauvreté est devenue structurelle que les experts constatent que la croissance avancée par le régime ne se traduit nullement par un amélioration du niveau de vie des Djiboutiens.

Il est communément admis que la croissance économique dont se vante le Chef de l’Etat a été négative, le PIB par tête d’habitant se dépréciant de –3,2% entre 1991 et 2001. Alors, à l’entendre prétendre que la situation des jeunes sans emploi s’est nettement améliorée depuis qu’il préside à la destinée de ce pays, est une assertion totalement dénuée de tout fondement.

En ce sens que, ni la libéralisation du marché de l’emploi, ni la mise en place d’un ersatz dénommé Service National Adapté, ne seront d’une quelconque efficacité dans la baisse du taux de chômage des jeunes, qui serait de l’ordre de 60 à 65%.

Notre prétendu incapacité à gérer nous-mêmes les instruments de développement économique est en fait un prétexte fallacieux invoqué pour brader au capital privé étranger ou national des pans entiers de notre tissu productif.Et ce en toute opacité. Drôle de transparence !


Communiqué de l’UAD

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE

(ARD, UDJ, MRD, PDD)

Djibouti, le 19 avril 2004

COMMUNIQUE DE PRESSE

L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) présente tout d’abord ses condoléances les plus attristées aux nombreuses familles victimes des inondations de la nuit du 12 au 13 avril 2004.

Pour la troisième fois en quinze ans (1989, 1994, 2004) l’oued d’Ambouli a fait encore plus d’une centaine de morts, des milliers de blessés, des centaines de maisons emportées et un nombre indéterminé de disparus.

L’UAD remercie tous ceux, qui ont, de près ou de loin, soulagé les souffrances des victimes durant ces épreuves et particulièrement l’Armée française qui a hélitreuillé de nombreuses personnes et mis tous ses moyens humains et matériels à la disposition de la population.

Une fois de plus, c’est la mauvaise gouvernance qui est responsable du nombre élevé des victimes. En effet, l’oued d’Ambouli a connu ces derniers temps des occupations sauvages (jardins, villas, puits, décharges, etc…) qui ont rétréci le lit de l’oued, provoquant une crue dévastatrice qui a inondé de nombreux quartiers.

C’est dans ces circonstances dramatiques que la Présidence de la République a publié hier un communiqué condamnant le gouvernement français pour n’avoir pas fait taire les médias et la justice dans l’affaire du juge Bernard BORREL.

Cette manœuvre de diversion est destinée à tromper l’opinion nationale et faire oublier la coupable négligence des autorités dans la gestion de cette catastrophe sans précédent. Le peuple djiboutien demeure reconnaissant pour l’assistance de l’armée française qui a généreusement contribué aux côtés de nos militaires et policiers sans moyens techniques et eux-mêmes sinistrés.

L’UAD regrette un tel comportement du pouvoir en place et dénonce son irresponsabilité, son inefficacité autant que son insouciance.

 


Trop vieux ? Trop jeune ? Trop gros ?

LE LIÈVRE RPP CONTRE LA TORTUE UAD

Pendant que de nombreuses familles djiboutoises pataugent encore dans la boue, suite aux récentes inondations, la premier responsable de la mauvaise gouvernance à laquelle nos compatriotes doivent l’essentiel de leurs malheurs quotidiens, fait annoncer dans sa presse qu’il a fermement l’intention de briguer un second mandat. S’il ne lui est pas interdit de rêver, l’argumentaire développé quant à ses prétendues prouesses, ainsi que les appréciations discourtoises portées contre l’opposition, commandent que nous répondions brièvement au griot qui s’est fendu de cet article dithyrambique sous la plume ABS dans « La Nation » de jeudi dernier.


« La politique, dit-on, est un art qui demande du doigté et de l’imagination. M. Guelleh ne donne pas l’impression d’en manquer » : ainsi se termine la pleine page consacrée, sous le titre évocateur « le compte à rebours a déjà commencé » au lancement officiel de la campagne par le candidat à sa propre succession. On aurait pu se demander tout de suite de quel compte à rebours il s’agit : celui du début de la fin ? On le verra très bientôt. Nous ne relèverons pas pour l’instant le fameux doigté : tout djiboutien sait si le candidat RPP a fait carrière dans la diplomatie ou dans la défense de droits de l’homme, ou s’il a eu la main un peu… lourde en certains sombres épisodes de la vie politico-militaro-policière de notre pays.

Puisque l’Histoire est toujours là, en dépit de toutes les tentatives de manipulation, occupons-nous du véritable problème qui est ailleurs que dans cette pathétique réécriture de ce qui fut. Rappelons tout d’abord que son malheureux challenger lors de la présidentielle de 1999, M. Moussa Ahmed Idriss, auréolé d’une longue et inlassable lutte pour l’accession de notre pays à l’indépendance, est un saint homme qui ne s’est pas enrichi par la politique et qui n’a jamais accusé quiconque à tort : s’il avait été battu à la régulière, il aurait certainement été le premier à reconnaître sa défaite et à féliciter son tombeur.

Le fait est que, hier comme aujourd’hui, des listes électorales falsifiées à la composition partisane des bureaux de vote (sans oublier le toujours folklorique Conseil Constitutionnel), les consultations électorales relèvent très largement de la mascarade à seul usage externe : les Djiboutiens n’ont jamais accordé grand crédit à la légalité, encore moins à la légitimité, du pouvoir en place. Passons !

Le candidat précoce (quand le bilan est si catastrophique, il faut bien partir avant les autres) aurait d’une part à son actif une glorieuse liste de réalisations. Par la magie de la ventriloquie politique, on apprend en lisant sur les lèvres immobiles d’un prétendu sympathisant (accessoirement entrepreneur vivant certainement de quelque commande publique) que « le Président a aujourd’hui un bilan sur lequel on ne peut l’attaquer. Les retards de salaire ? Un vieux souvenir. La guerre ? Un cauchemar oublié. La corruption ? Efficacement combattue. On ne peut vraiment pas l’accuser d’immobilisme… ».

Non, en toute honnêteté, ce serait plutôt de régression qu’on l’accuserait : retards de salaire persistants (peut-être que cet entrepreneur fait partie des privilégiés privés pas concernés par la colossale dette publique intérieure), un conflit civil dont les causes s’aggravent et les conséquences s’éternisent, une corruption généralisée à tous les niveaux, donnant à notre pays la configuration d’un narco-Etat.

Mais, inutile de montrer quoi que ce soit à qui ne veut pas voir la flagrante réalité. C’est ce déni du réel qui autorise alors le griot réquisitionné (peut-être parce qu’il est un des très rares démobilisés de la Paix d’Ab’a sur des milliers à avoir bénéficié d’une réinsertion socioprofessionnelle, à vêtir les habits du bookmaker politique en pariant sur les chances et les malchances des candidats potentiels de l’opposition. Le raccourci est aussi saisissant que bref : « Dini ? Un peu trop âgé ! serait-on tenté de penser. DAF : un peu trop jeune, non ? dirait la ménagère de 50 ans en fronçant les sourcils ». Heureusement, ladite ménagère ne dit pas cela : elle froncerait plutôt les sourcils devant sa difficulté à remplir son panier.

Rappelons, pour les ignorants officiels, que M. Gouled avait 70 ans au moment de l’Indépendance, et que l’actuel Président de la Géorgie est un trentenaire, beaucoup plus jeune que notre fringant et souriant Premier ministre, et avec énormément plus d’expérience politique et d’engagement militant. Curieusement, le thuriféraire de service a préféré passer sous silence les Présidents des deux autres partis politiques d’opposition, MM. Ismael Guedi Hared et Mohamed Daoud Chehem. En temps utile, l’UAD déterminera souverainement sa stratégie et choisira son candidat unique.

Parce que nous sommes une civilisation couchitique, la morale des fables y est prégnante, dans la pure tradition du philosophe Luqman. Ainsi, le lièvre dont le candidat-Chef de l’Etat endosse si précipitamment le rôle, est synonyme dans nos cultures, non pas de responsabilité ou de sérieux, mais de ruse, de traîtrise et de félonie. Par contre, la tortue qui symbolise si bien l’attitude responsable des dirigeants et des militants de l’UAD, renvoie quant à elle à la persévérance et à la foi en un destin transcendant: « Dieu fait-il partie du complot ? » demanda-t-elle un jour que sa mort prochaine lui était annoncée, bien avant que sa carapace protectrice ne la recouvre. Assurément, Dieu ne participera jamais à ce qui n’est qu’un minuscule complot contre le peuple djiboutien.

Pour qui douterait encore que cette prétention à un second mandat relève d’un intolérable complot contre les intérêts vitaux du Peuple Djiboutien, il suffit de laisser la parole au griot qui explique le pourquoi de la cession des biens nationaux à des intérêts étrangers : « dans un pays comme le nôtre où la perle rare qui évite de manger de ce pain-là est considérée comme une poule mouillée et où le bon vivant se servant à bras raccourcis passe aux yeux de sa famille, de ses voisins et de ses amis pour un « lion » (libah, louback ou assad, c’est selon) on ne doit pas se demander pourquoi le chef de l’Exécutif s’empresse de sauver ce qui peut l’être en en confiant la gestion à des compétences étrangères ». Donc, c’est parce que ses compatriotes seraient culturellement des voleurs patentés que le Chef de l’Etat brade notre patrimoine national aux intérêts privés étrangers. Nos compatriotes apprécieront.

Deux questions enfin : qui nomme tous ces voleurs à des postes où ils peuvent voler ? Alors que des lois existent en matière de répression de la délinquance financière, qui est en position d’assurer l’impunité aux voleurs patentés ? Une seule personne : le candidat prématuré et imprudent à sa propre succession.

Mais il semble oublier un seul détail, mais de taille : l’opposition n’a pas vocation à être sans cesse spoliée de sa victoire. Tendre l’autre joue n’est pas dans notre culture.


Israël/Etats-Unis : Tsahal cherche aide de camp de concentration

Mitrovitca, samedi 17 avril 2004 : commentant avec virulence les récents développements de la situation au Proche-Orient et au Moyen-Orient, suite au soutien de George Bush au plan de séparation et d’annexion préparé par Sharon, des policiers de la force d’interposition des Nations Unies, des Américains et des Jordaniens, se tirent dessus. Bilan : au moins deux morts et six blessés. Tension gravissime quand on sait tout ce que les États-unis ont sacrifié pour empêcher le massacre de Musulmans dans les Balkans au cours des années 90. L’actuel soutien inconditionnel apporté par l’administration républicaine aux agressions sionistes et son enlisement dans les sables d’Irak n’ont pas fini de déployer leurs conséquences dramatiques pour la stabilité internationale.


« Bush donne ce qui ne lui appartient pas à ceux qui n’y ont pas droit » : ainsi résumait poliment un palestinien le soutien que l’administration américaine venait d’accorder au plan de séparation unilatéralement concocté par Sharon. Le marché proposé par le chef du Likoud est aussi clair que machiavélique : démanteler quelques minuscules colonies pour en épargner d’énormes et, du même coup, annexer une large portion d’un territoire palestinien délimité comme un vaste camp de concentration à ciel ouvert par un mur et des barbelés. Ce que l’Autorité Palestinienne a bien évidemment condamné avec la plus extrême vigueur : ceci constitue une remise en cause de toutes les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, des Accords d’Oslo et de la fameuse feuille de route, pourtant instaurée par les Etats-Unis quelques mois auparavant et internationalement saluée pour sa cohérence.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser le Président Bush à un revirement aussi spectaculaire qu’inédit ? C’est la dernière once d’impartialité que l’on serait en droit d’attendre d’une telle superpuissance qui disparaît ainsi. Car les responsables politiques palestiniens et européens sont fondés à dire que ce n’est pas entre Israël et les Etats-Unis qu’un accord de paix doit intervenir, mais plutôt entre Israël et l’Autorité Palestinienne. On est en effet bien loin des miracles qu’avait produits en son temps la célèbre « diplomatie des petits pas » chère à Henry Kissinger.

Comme on est bien loin de la solidité des positions tenues par Madeleine Albright : la politique étrangère américaine semble aujourd’hui connaître, spécialement au Proche et au Moyen-Orient, ses heures les plus sombres. Pour en revenir aux motivations qui ont poussé George Bush à cautionner un unilatéralisme sioniste dangereux pour la suite des événements, une réponse viendrait tout de suite à l’esprit : des considérations aussi pressantes que conjoncturelles de politique intérieure. En d’autres termes, c’est le retour du bâton : les déboires des Coalisés (de moins en moins solidaires puisque plusieurs pays retirent leurs troupes ) en Irak semblent négativement peser sur la campagne électorale du candidat républicain à sa propre succession. C’est donc son besoin impérieux de s’attirer les bonnes grâces du très influent lobby juif qui aurait poussé George Bush à un tel déni de la légalité internationale et du droit des peuples à l’autodétermination.

Ce n’est certainement pas rendre service au Peuple d’Israël, qui a le droit d’exister au moins autant que les autres. Mais tant que la légitimité de l’État sioniste relèvera de la théodicée ( justification religieuse du besoin d’espace vital pour un Peuple élu autorisé à s’installer sur la terre des autres et à l’annexer en toute impunité), et en déniant tout droit de retour dans leur patrie aux millions de réfugiés et expulsés de 1948, il sera difficile de trouver un modus vivendi entre Israéliens et Palestiniens. Le sacré doit être général ou ne doit pas être invoqué à sens unique.

En donnant un tel blanc-seing au plan sioniste de séparation unilatéral, en cautionnant une aussi grave remise en cause de la légalité internationale et du processus de paix, l’administration américaine s’est du même coup ôté le peu de légitimité qu’elle aurait pu être en droit de se prévaloir pour justifier sa guerre d’Irak. Ce serait en effet sous-estimer la capacité de mobilisation d’Al Qods pour les masses musulmanes que d’ignorer les ravages causés par ce dramatique revirement de la diplomatie américaine. Comment prétendre remplir une mission civilisatrice dans les sables irakiens (installer la démocratie) tout en violant les droits inaliénables du Peuple Palestinien martyrisé ? Avec la meilleure bonne volonté du monde, aucun Irakien ne pourra plus sérieusement croire que les soldats américains sont chez lui pour le sauver malgré lui. Du coup, devant une telle injustice, c’est le soldat américain qui ne se trouvera plus aucune raison sérieuse de mourir en Irak.


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