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DJIBOUTI: LA RÉVOLUTION SANS MÉDIAS ? LE 16 FÉVRIER 2011 par DAVID SERVENAY (owni.fr)

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DJIBOUTI: LA RÉVOLUTION SANS MÉDIAS?

LE 16 FÉVRIER 2011 

Source : Owni.fr, du 16 février 2011

Une révolution doit-elle être médiatique pour s’accomplir ? Question en suspens. Si l’œil du monde fixe la Tunisie, l’Egypte et l’Algérie, quid du Gabon et de Djibouti où la colère gronde ?

Un président au pouvoir depuis des décennies (et ancien des services de renseignements), soutenu par les grandes puissances en raison de l’importance géostratégique de son pays, en butte à son opposition à quelques semaines d’un scrutin présidentiel joué d’avance et confronté à des manifestations de rue… Vous pensez à Hosni Moubarak ? Zinedine Ben Ali ? Raté.

Prenez la direction du Sud, dans la Corne africaine, où un chef d’Etat se trouve confronté à une situation très semblable. Ces derniers jours, vous n’avez sûrement pas lu une ligne, ni vu une image de la colère qui vise Ismaël Omar Guelleh (IOG), président de la République de Djibouti depuis 12 ans, en piste pour un troisième mandat dès avril prochain (pour pouvoir se présenter, il a légèrement tripatouillé la constitution). Vous n’avez rien vu et pourtant ce n’est pas faute d’avoir dressé des parallèles, IOG affirmant sans rire dès février 2008 dans Jeune Afrique :

JN : Vous avez derrière vous une longue carrière au sein de la Sûreté nationale, et votre parcours, celui d’un homme d’ordre, n’est pas sans rappeler celui du président tunisien Ben Ali. C’est un modèle pour vous?

IOG : Le Président Ben Ali est plus fort que moi, cela ne fait aucun doute ! Sérieusement : la Tunisie est pour nous un vrai modèle, particulièrement dans le domaine clé de la lutte contre la pauvreté.

L’étincelle ? De mauvaises notes aux partielles de droit

Les faits sont têtus. Djibouti compte parmi les pays pauvres de la planète, tout en affichant unecourbe de l’Indice de développement humain (IDH) plutôt positive ces quinze dernières années. Des chiffres en trompe-l’œil. Selon le World factbook de la CIA, l’espérance de vie des Djiboutiens (60 ans) place le pays au 186e rang sur 223. Pas de quoi pavoiser.

Pire : les écarts de niveau de vie sont tels entre la majorité des 740 000 Djiboutiens et les milliers de soldats français, américains ou japonais stationnés sur son territoire, que la population cultive un certain ressentiment à l’égard d’une classe politique jugée aussi corrompue qu’inefficace.

Les premiers jours de février, le mouvement de contestation du régime a démarré par un rassemblement d’étudiants mécontents du système de notation en vigueur à l’université. Selon les observateurs de France 24, l’étincelle fut la publication des résultats des partielles du premier semestre de la fac de droit. Sur 180 étudiants, deux seulement ont obtenu la moyenne, la plupart écopant de notes allant de 2 à 4 sur 20.

Certains ont alors mis en cause le gouvernement, accusé de vouloir retarder l’entrée sur le marché du travail de ces futurs diplômés pour ne pas aggraver les chiffres du chômage. D’autres mettent en cause un vaste système de corruption au profit de jeunes, héritiers des barons du régime IOG.

Le samedi 5 février, une manifestation où se mêlent étudiants et lycéens dégénère. Plusieurs villas et commerces sont saccagés. La police intervient à coups de gaz lacrymogène. Certains témoins parlent de tirs. L’opposition djiboutienne basée à Bruxelles recense au moins deux morts, 20 blessés et des centaines d’arrestations.

Arrêté pour “participation à un mouvement insurrectionnel”

Mercredi 9 février, la vague d’arrestations touche le président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH). Arrêté par la gendarmerie, Jean-Paul Noël Abdi est inculpé par un juge de « participation à un mouvement insurrectionnel » et incarcéré à la prison de Gabode. Il risque 15 ans de prison.

Dès le lendemain, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dénonce cette opération d’intimidation dans un communiqué qui a fait peu de bruit jusqu’à maintenant. M. Abdi n’est pas seul : au moins sept autres personnes ont subi le même sort.

Que faut-il en conclure ?

  • que Djibouti n’intéresse personne, en Europe comme dans le reste du monde
  • que les opposants à IOG ne savent pas se faire voir / entendre
  • que l’information n’a pas trouvé les canaux par lesquels toute révolution du XXIe siècle semble devoir passer, l’image et l’émotion qu’elle véhicule

Les Djiboutiens manquent d’une véritable story-telling révolutionnaire, prête à rendre leurs revendications adaptées à la production des grands networks de l’information. Faut-il en blâmer les intéressés ? Pas sûr, car il est peu probable qu’ils connaissent précisément la situation djiboutienne, minuscule pays confetti frappé par une crise politique et économique.

Comme rival, un homme d’affaires soutenu par Dubaï

Politiquement, Djibouti est un village. Avec ses familles et ses clans, qui structurent la société depuis des lustres et organisent les réseaux de pouvoir. La vie politique se règle à l’heure du Qat, dans les longs palabres de salon où l’élite se retrouve chaque après-midi. Ismaël Omar Guelleh est un Issa du clan Mamassan, originaire du Somaliland. Bien que majoritaire dans le pays, où les Afars représentent la minorité active, les Issas sont en proie à des rivalités internes, tout autant qu’aux soubresauts de la situation en Somalie. Hassan Gouled Aptidon, prédécesseur, oncle et mentor d’IOG l’aurait averti :

Ne te mêles jamais des affaires intérieures somaliennes ou elles te perdront.

Le pouvoir du président Guelleh est donc en proie, comme ses homologues chassés par les manifestations de rue, à une véritable usure du pouvoir où la répartition des richesses constitue un puissant levier. Or, Djibouti n’a pas été épargnée par la crise économique. C’est sans doute cette configuration -des ambitions présidentielles déclarées- qui ont décidé le très riche homme d’affaires Abdourahman-Charles Boreh à quitter le pays fin 2008. M. Boreh avait notamment monté le nouveau terminal portuaire financé par Dubaï, une installation qui tourne aujourd’hui au ralenti.

Depuis quelques mois, Abdourahman Boreh tente de mobiliser l’opinion djiboutienne autour de sa candidature à l’élection présidentielle du 8 avril. Cela suffira-t-il à déclencher un soulèvement populaire, comme à Tunis et au Caire ? L’Union pour l’alternance démocratique (UAD), coalition de plusieurs mouvements d’opposition, a lancé un appel à la manifestation pour vendredi 18 février. Loin de l’oeil du monde.


Crédits photo via Flickr : Saarab [cc-by–nd] Ismaël Omar Guelleh ; Jean-Paul Noël Abdi, photo de Jean-Loup Schaal pour Owni

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A Djibouti, la première base du Japon à l’étranger depuis 1945 (Monde diplomatique, 20/01/2011)

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A Djibouti, la première base du Japon à l’étranger depuis 1945

jeudi 20 janvier 2011, par Philippe Leymarie

 

Djibouti, petit Etat stratégique à l’entrée de la mer Rouge et de l’océan Indien, permet au Japon d’ouvrir cette année sa première base militaire permanente à l’étranger… depuis sa défaite de 1945. Engagées depuis 2009 dans la lutte anti-piraterie au large de la Somalie, les Forces d’« autodéfense » du Japon vont bénéficier, pour la première fois dans un pays étranger, d’installations en dur aux côtés des militaires français et américains déjà implantés dans la Corne de l’Afrique. Une étape supplémentaire sur la voie de la remilitarisation de l’ex-empire nippon…

Les cent cinquante soldats japonais hébergés provisoirement dans les installations américaines, au Camp Lemonnier – du nom d’un ancien casernement de la Légion étrangère française – vont rejoindre incessamment leur nouvelle base, édifiée en bordure de l’aéroport, où sont déjà établis les militaires français et américains. Ils vont occuper un terrain de 12 hectares concédé par l’Etat djiboutien. D’un coût de 40 millions d’euros, ces installations comportent notamment un centre de commandement et liaison, un hangar de maintenance des avions d’observation P3 Orion, des bureaux et logements pour les aviateurs ainsi que pour les personnels de soutien aux navires de la marine japonaise en escale au port de Djibouti.

Raison invoquée : un dixième des 20 000 bateaux qui franchissent chaque année le détroit de Bab el Mandeb, au large de Djibouti, de la Somalie et du Yémen naviguent sous pavillon japonais, ou transportent des biens achetés ou vendus par le Japon. Les neuf dixièmes des exportations de l’archipel dépendent de cette route maritime, via la mer Rouge et le Canal de Suez. Et plusieurs bâtiments japonais ont déjà été attaqués par les pirates : le chimiquier Golden Nori en 2007, le pétrolier Takayama en 2008, le MV Apl Finland et le tanker Socotra Island en 2009.

Ville de garnisonRetour à la table des matières

Sous la pression de l’opinion publique, des syndicats de marins et de la fédération des armateurs – qui regroupe une centaine de compagnies, propriétaires de deux mille navires –, le gouvernement nippon a décidé en avril 2009, avec une rapidité inhabituelle, de déployer dans les parages de Djibouti deux frégates de la marine impériale, avec leurs hélicoptères embarqués, et deux avions de patrouille maritime à longue endurance P-3C Orion. Leur première tâche a été d’escorter les unités de la flotte decommerce japonaise.

Mais ces détachements aérien et maritime japonais, qui ne font partie ni de la force européenne Atalanta, ni de la force de l’OTAN, nécessitent un soutien spécifique. Après des repérages à Oman, au Yémen et au Kenya, Tokyo a choisi d’implanter sa base à Djibouti, plus central – à la jointure entre l’Afrique et le Moyen-Orient, lié aux émirats du Golfe –, et qui a une tradition de « ville de garnison », un ancrage nettement pro-occidental, et un équipement plus performant que la plupart de ses concurrents.

Les conversations menées avec le gouvernement djiboutien, pour l’obtention de facilités à terre et à quai, ont abouti à la conclusion, le 17 juillet 2010, d’un accord pour la mise à disposition des forces d’autodéfense du Japon d’une parcelle de terrain. Puis, en décembre dernier, d’un accord sur le statut de la base et des personnels, d’une durée de douze mois mais renouvelable automatiquement, dont la Lettre de l’Océan Indien [1] a obtenu le détail, de source japonaise :

— la liberté de déplacement et de circulation sur le territoire de la République de Djibouti, « y compris ses eaux et son espace aérien » ;
— l’exemption de droits de douanes ou taxes pour les produits importés, destinés aux activités de la base ou à l’usage personnel des militaires ;
— les soldats pourront porter leurs uniformes, conduire des véhicules militaires immatriculés au Japon, utiliser leurs propres réseaux de communication ;
— immunité judiciaire des installations : pas de perquisition, réquisition ou saisie.

Diplomatie du chéquierRetour à la table des matières

Bien que les Forces d’autodéfense soient parmi les armées les plus modernes du monde, l’insertion du Japon dans les dispositifs de sécurité internationaux était fortement limitée jusqu’ici, la Constitution de 1946 – imposée par les vainqueurs au lendemain de la défaite – interdisant notamment l’envoi de ces troupes à l’étranger (lire Martine Bulard, « Mikado diplomatique au pays du Soleil-Levant », Le Monde diplomatique, juin 2010). En 2003, la Constitution avait déjà dû être modifiée pour permettre le déploiement de soldats en Irak, au sein de la coalition formée autour des Américains, mais sous un mandat limité à des activités de reconstruction, d’aide humanitaire ou de formation de policiers. Autre étape en 2006 : l’Agence de défense, qui administrait les Forces d’autodéfense, a été transformée en un ministère de plein exercice, pouvant prendre des arrêtés, disposer d’un budget autonome, etc.

Le gouvernement japonais est d’ailleurs resté discret sur cette première implantation permanente à Djibouti, pour ne pas réveiller un débat sur ce qui pourrait apparaître comme une violation de la Constitution pacifiste. En principe, le texte actuel ne s’oppose pas à la présence des FAD à l’étranger,« si c’est à la requête du pays concerné, et que leurs activités ne conduisent pas à l’usage de la force, y compris dans un cadre collectif (et sauf cas de légitime défense) », précise Sonia Le Gouriellec [2].

Cette chercheuse de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) recense, parmi les facteurs à prendre en compte pour expliquer ces ambitions japonaises :

— la dépendance énergétique et commerciale de l’archipel ;
— sa vocation maritime (qui l’a conduit à construire une marine militaire performante) ;
— l’expérience du pays en matière d’antipiraterie, notamment la formation de garde-côtes à Singapour, en Malaisie, en Indonésie (qui a contribué à réduire très fortement la piraterie dans les détroits entre l’océan Pacifique et l’océan Indien) ;
— l’ambition du Japon de décrocher un siège permanent au Conseil de sécurité, et de « transformer sa richesse en puissance », sortant de ce qui a été jusqu’ici surtout une « diplomatie du chéquier ».

Le Japon, champion de l’aide publique au développement à l’ensemble du continent africain, accorde une aide civile à Djibouti depuis plus de vingt ans : centrale électrique solaire, équipements agricoles, lutte contre la sécheresse, studios de radio-télévision, etc. La coopération japonaise finance en partie la construction, au port de conteneurs de Doraleh, à Djibouti, d’un centre régional de formation des experts garde-côtes.

Rente stratégiqueRetour à la table des matières

Dans l’immédiat, Djibouti s’apprête à encaisser les dividendes d’une troisième base permanente : le loyer annuel pour la nouvelle basejaponaise a été fixé à 30 millions de dollars – une somme comparable, pour le moment, aux royalties versés par le gouvernement américain (mais, dans ce cas, pour 2 000 hommes). Les Français s’acquittent d’un loyer de 30 millions d’euros (pour 2 850 hommes). Plusieurs armées étrangères – espagnole, allemande notamment – qui disposent également de facilités à Djibouti, mais pas de bases permanentes, versent des compensations plus réduites. Le petit Etat, dont la rente stratégique (aérienne et portuaire) est la seule ressource, est redevenu un point focal : il y a quelques semaines, on y a même aperçu l’amiral commandant la marine iranienne.

Côté français, la tendance reste plutôt au « décrochage ». La 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE), stationnée depuis un demi-siècle à Djibouti, devrait être transférée en mai prochain à Abou Dhabi, où l’armée française a ouvert une nouvelle base. Le bail qui lie la France au gouvernement djiboutien prend fin l’an prochain, et devra être renégocié, dans un contexte d’effectifs en baisse. Le nouvel accord de défense entre Paris et Djibouti pourrait être signé fin janvier, grâce à un passage-éclair dans la Corne de l’Afrique du nouvel « Air Sarko One ».

Notes

[1] 8 janvier 2011.

[2Cf. « Le paradoxe de la puissance japonaise », Revue Défense nationale, novembre 2010.

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Documents annexe sur le massacre d’Arhiba du 18 décembre 1991

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LE DÉROULEMENT DU MASSACRE

6H00 du matin, le quartier d’Arhiba est totalement investi et encerclé par les forces armées djiboutiennes coalisées dans une action militaire sans précédent à Djibouti-ville d’environ 400 personnes en armes et équipements de guerre. Alors que l’essentiel des troupes d’assaut est placé en position de tir dans les tranchées, dans les tanks, sur des Jeeps et sur des vedettes, le groupe des policiers Afars sans armes munis de gourdins, est chargé de convaincre leurs frères de sang avec lesquels ils engagent le dialogue. Parallèlement, les « crânes rasés » issus de la mobilisation générale vident tous les civils de leurs cases en cartons et les rassemblent sur le terrain vague

7H00 : Les premiers lève-tôt d’Arhiba II , sortis de chez eux sont aussitôt embarqués dans des camions mis à la disposition des forces de l’ordre par les entrepreneurs privés qui se trouvent alignés au sud du quartier. Après triage, le groupe ciblé est isolé du reste et une partie est embarquée dans un premier camion. 7h15 : les rafles continuent. Les forces armées tirent de leurs huttes, hommes, femmes et enfants, les regroupent par dizaines en les faisant asseoir parterre, et une fois le nombre suffisant pour contenir un camion, le chauffeur approche du secteur et l’on embarque tout le monde. La cité étant étendue sur 3 à 4 km, une scène identique à celle ci se déroule à plusieurs endroits, couvrant ainsi, tout Arhiba Il

7h30 : Sur un des « points de’ rassemblement » d’Arhiba II, certaines personnes ne se contentant pas de l’explication facile donnée par les hommes en uniforme selon laquelle il ne s’agirait que d’une simple “vérification d’identité”, elles voudraient comprendre et demandent des explications. Ne pouvant supporter plus longtemps cette situation macabre, un policier Afar se détache du rang, dans un dernier élan de solidarité ethnique, déconseille vivement aux futures victimes de se laisser déporter en demandant d’opposer une résistance passive. Pour son geste, il sera sommairement abattu par ses collègues de la FNS au cours de la fusillade. Voyant leur plan dévoilé et devant le refus des civils de monter dans le camion, les forces armées s’apprêtent dès ce moment, à tirer sans sommation sur tout ce qui bouge.
Ayant remarqué’ des mouvements qui contrarient le plan initialement établi, les forces armées qui s’étaient préparées à l ‘éventualité d’une réticence de la part des civils, reçoivent l’ordre d’exécuter sur place leur plan : l’acte d’extermination qu’elles devaient accomplir ailleurs. Elles ouvrent le feu sans sommation sur une foule sans défense (femmes, enfants, vieillards) qui tombe comme des mouches, tués à bout portant. Dès les premières rafales, une panique folle s’empare très logiquement de toute la population d’Arhiba II et aux quatre coins de la cité, loin de contenir, les forces de l’ordre tirent è vue. La chasse à l’Afar commence, un déluge de feu s’abat sur les civils, une course poursuite abominable s’organise .Qui à pied, qui. en véhicule tout terrain, les forces de l’ordre s’en donnent à coeur joie. Un safari humain.
FAIT ÉLOQUENT
Trois policiers, Kalachnikov aux poings, font irruption dans l’École Primaire Public d’Arhiba dont le Directeur est sommé sous la contrainte par un vif et bref échange de propos, de faire sortir ces classes les élèves (probablement pour les exposer au carnage prévu). Le Directeur de l’École n’a pas manqué, malgré la menace, de leur faire observer qu’il y va de sa responsabilité professionnelle de mettre en sécurité les élèves et qu’il ne peut satisfaire leur dangereuse requête aussi longtemps que les armes ne se seront pas tues à Arhiba. Pendant ce temps, les deux autres policiers s’introduisent dans les classes où ils n’hésitent pas à tirer plusieurs rafales créant une panique généralisée tant parmi les enseignants que parmi les élèves qui fuient à toutes jambes.
7h45 : Un hélicoptère de l’armée française survole les lieux du massacre, panique cette fois coté tueurs, par la crainte des caméras que les Français n’ont certainement pas manqué de sortir pour un tel flagrant délit. Au premier passage, les tireurs cessent la fusillade, certains ont le ridicule réflexe de se cacher derrière les maisons, mais continuent à pourchasser les rescapés dès que le Puma s’éloigne. Au second passage, les “chasseurs” décident de se retirer et maquillent le chiffre réel du carnage en s’empressant d’entasser dans deux camions un maximum de cadavres. Combien de morts ? Impossible à dire avec précision. Les témoins oculaires les plus optimistes chiffrent à 50 cette cargaison funeste. Le convoi se dirige vers la ville, les hommes en uniforme quittent enfin Arhiba.
8H00 Les habitants d‘Einguela constatent que le terrain vague des Salines qui s’étend au Nord d’Arhiha est lui aussi quadrillé par les hommes de la FNS, à la hauteur du chantier séoudien jusqu’aux Théâtres des Salines. Toutes les routes menant à Einguela sont bloquées par les agents de la circulation et ni piétons ni véhicules ne passent. Certains observateurs constatent qu’un long convoi de véhicules militaires qui assure l’encadrement, se dirige vers le secteur bouclé

BILAN DU MASSACRE

33 corps abandonnés sur le terrain vague, 7 personnes décédées à l’hôpital Peltier le lendemain des suites de leurs blessures, 7 corps retrouvés le 19 en mer à marée basse, 12 corps que les forces de l’ordre ont emportés, Soit un total de 59 morts dont 47 ont été enterrés

LISTE DES PERSONNES DISPARUES LE 18.12.1991

1. HAMAD IBRAHIM SAID
2. YASSO KATHE ALI
3. ALI IBRAHIM MOURRA
4. NIBALLEH ADEN MOHAMED
5. DAOUD MOHAMED ALT
6. ABDALLAH HANAD OMAR
7. SAID HAMADOU GAAS

LISTE DES PERSONNES TUEES LORS DU MASSACRE D’ARHIBA

Corps découverts sur place

1. ALI ADAM AHMED
2. AHMED MOUMINE BAGUILA
3. HABILE MOUMINE BAGUÏLA
4. GANIBO IBRAHIM YASSO
5. ALI MOHAMED WEO
6. ADAM DIHIBO MOUSSA
7. MOHAMED ALI OMAR
8. ALI ALELOU ASSOWE
9. BERO DAOUD ANGADE
1O.OMAR MOHANED KABADE
11.ABDALLAH YAYO IBRAHTM
12.HASSAN ALI ABOUBAKER
13.MALIK ALI MAHAMED
14.HASSAN ABDOU ABOUBAKER
15.ALI ABDALLAH GOURATE
16.SABOLI ABDALLAH GAAS
17.ALI KABIR MANDEITOU
18.NOUMANE MOHAMED ABDALLAH
19.ALI SATD MOHAMED
20.MAHAMED MOUSSA WAAYE
21.ALI HOUSSEIN HARSSOU
22.ALI CHEIKO HAMAS
23.ADAM CHEIKO HAMAD
24.MOHAMED ALI HOUSSEIN
25.HASSAN FILADERO HASSAN
26.IDRISS LALE ALI
27.MOHAMED OSMAN IBRO
28.OSMAN MOHANED IBRO
29.SAADA AHMED
3O.ALI ARERO ALI
31.MISERA BOUCHRA CHOUMA
32.SALIHA MOHAMED ALT
33.ALI ADAM ALI

Personnes retrouvées à marée basse

34.HOUSSEIN IBRAHIM MOHAMED
35.KILO YASSIN ALI
36.MAHAMEISSE DINBIHISSE ALI
37.ALI HAMAD DOULA
38.HERE ALI YASSO
39,FOSSEYA MOHAMED OSMAN
40.HASNA SAID MOHAMED

Personnes retrouvées à l’hôpital Peltier

41 OSMAN YOUSSOUF
42.HAMADOU GOHAR HAMADOU
43 ABDOULKADER MOHAMED ISSA
44.ARISSO ONDE ARISSO
45.MOHAMED MOUSSA MOHAMED
46.MOHANED ALI AHMED
47.GOHAR HAMADOU GOHAR

N.B. Les impacts de balles relevés sur les blessés nous autorisent à penser qu’il y avait plusieurs groupes de tireurs et que nombreuses étaient les personnes en train de fuir lorsqu’elles ont été atteintes par les projectiles. Ainsi, 50 % des survivants sont atteints au dos, 30% de face et 20 % de côté. De plus, il a pu être dénombré environ 300 blessés dont 70 seulement furent admis à Peltier, une dizaine à l’hôpital militaire français alors que les autres ont été soignés par leurs propres familles de peur de représailles éventuelles.

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Mémorandum de l’Union pour l’Alternance démocratique (UAD) remis à l’Union européenne le 30 octobre 2008

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Mémorandum de l’Union pour l’Alternance démocratique (UAD) remis à l’Union européenne le 30 octobre 2008

Note de la rédaction

Cette semaine RÉALITÉ en ligne publie en exclusivité le Mémorandum de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) présenté à l’occasion de la visite à Djibouti, d’une mission d’Information du Parlement Européen, le 30 octobre 2008.

Les Parlementaires Européens se sont longuement entretenus avec les dirigeants de l’UAD dans les locaux de l’Union Européenne au Plateau du Héron. Les discussions ont été qualifiées de franches et fructueuses par les deux parties. Le document, ci-dessous reproduit, basé uniquement sur les faits démontre clairement la faillite de la démocratie en République de Djibouti. Le potentat local qui hante le Palais de l’Escale depuis l’indépendance reste le principal artisan de ce naufrage.

UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE (U.A.D.)
2, rue de Pékin, Héron – DJIBOUTI – Tél : 34 18 22 – 82 99 99

Djibouti, le 30 octobre 2008

MÉMORANDUM

A l’occasion de la visite d’une délégation de l’Union Européenne à Djibouti, l’opposition djiboutienne regroupée au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) présente un mémorandum sur la situation politique en République de Djibouti.

INTRODUCTION

Après une décennie de multipartisme limité à quatre partis, l’instauration du multipartisme intégral suite á l’accord de paix définitive du 12 mai 2001 n’a pas tenu ses promesses d’avènement d’une nouvelle ère de vie démocratique pacifiée dans notre pays.

Les premières élections législatives pluralistes en janvier 2003 ont vu s’affronter une coalition de quatre partis progouvernementaux et une alliance de quatre partis de l’opposition nouvellement créés. Sans surprise, la mouvance présidentielle a raflé la totalité des siéges à l’Assemblée Nationale à l’issue d’un scrutin ni libre ni transparent.

L’opposition nationale a été spoliée d’une victoire incontestable par les fraudes massives. Bien que créditée selon les chiffres officiels de 45% dans la capitale et de 38% au niveau national, le mode de scrutin majoritaire à un tour imposé par le pouvoir l’a privé de tout siége.

Son recours en annulation du scrutin a été rejeté malgré les preuves irréfutables de fraudes et sa caution de 32 500 000 FD déposée au trésor national ne lui a pas été remboursée. Cherchant á se prémunir contre des futures élections frauduleuses, l’UAD a adressé plusieurs courriers au ministère de l’intérieur et au chef de l’Etat afin qu’un minimum de transparence et d’équité soient observés lors des scrutins à venir.

Ses 9 propositions pour garantir la transparence électorale ont été purement et simplement ignorés et le pouvoir n’a même pas daigné répondre aux courriers. Face à ce mépris gouvernemental, l’UAD a boycotté les élections présidentielles d’avril 2005.

Ses consignes de boycott ont été largement suivies comme l’ont constaté les observateurs internationaux et les journalistes étrangers présents á Djibouti lors de cet étrange scrutin. En effet, le Président sortant, ISMAEL OMAR GUELLEH s’est retrouvé seul candidat en lice.

Au lendemain de cette parodie d’élection, le candidat unique s’est proclamé vainqueur avec un score fantaisiste de plus de 75 %. Poursuivant son mépris des revendications de transparence formulées par l’opposition nationale, le régime a organisé les premières élections régionales en 2006 et des pseudo élections législatives en février 2008. L’UAD a tout naturellement boycotté ces simulacres d’élections.

A l’occasion de la campagne des législatives de 2008, le pouvoir a interdit par la force tout rassemblement politique de l’opposition, se permettant même d’assigner à résidence les dirigeants de l’UAD.

DES RECULS DÉMOCRATIQUES MAJEURS

Conséquence de ce grave recul démocratique et du retour en force du despotisme, l’assemblée nationale issue des dernières «élections» sur la base d’une liste unique présentée par le pouvoir, reste monocolore. Ainsi, 30 après l’indépendance, Djibouti demeure un des rares pays africains où l’opposition n’est pas représentée á l’assemblée nationale.

La dérive autoritaire du pouvoir s’est confirmée depuis 2005, par la confiscation totale de la liberté d’expression. Les journaux de l’opposition sont interdits, les syndicalistes indépendants et les défenseurs des droits de l’homme sont systématiquement harcelés, arbitrairement arrêtés et souvent contraints à l’exil en Europe notamment et á Bruxelles singulièrement.

Pire encore, un culte de la personnalité inconnu même au temps du parti unique, régente la vie nationale á tous les niveaux. La société civile émergente reste largement embrigadée ou réprimée.

UN DÉVELOPPEMENT EN TROMPE-L’ŒIL

Sur le plan économique, force est de déplorer que les investissements massifs venus des pays du Golfe Arabo-Persique n’ont pas profité aux populations. Les grands chantiers de construction lancés ces dernières années font largement appel à une main-d’oeuvre immigrée d’origine asiatique. Plus de 60 % des jeunes djiboutiens sont au chômage et 42 % de la population vit au dessous du seuil de pauvreté.

En dépit de l’aide économique bilatérale et multilatérale en constante augmentation, la grande majorité de la population souffre d’une malnutrition chronique dans la capitale et dans les districts de l’intérieur.

MARGINALISATION ET CRIMINALISATION DE L’OPPOSITION LEGALE

Depuis avril 2008, un contentieux frontalier oppose Djibouti á l’Érythrée voisine dans l’extrême nord-est du pays. Suite aux affrontements armés meurtriers de juin dernier un conflit larvé persiste entre les deux pays autrefois amis.

Sur le plan intérieur le régime, arguant d’une situation de guerre, accentue la répression politique contre les opposants. Ainsi, en juillet 2008, le pouvoir a arbitrairement par décret présidentiel dissout un parti d’opposition légal et pacifique : le mouvement pour le Renouveau Démocratique (M.R.D.) membre de l’UAD sur la seule base d’allégations de trahison qui n’ont convaincu personne. A ce jour, le régime continue périodiquement de menacer l’opposition nationale souvent qualifiée de traître, d’apatride et d’ennemie de l’intérieur.

CONCLUSION

Il apparaît clairement que le régime djiboutien est redevenu depuis 2005 une dictature de plus en plus oppressive. En l’absence de toute vie politique pacifiée et démocratique, il est fort à craindre que le mécontentement général et la paupérisation ne conduisent comme dans un passé récent á des soubresauts déchirants.

Aussi, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) attend de l’Union Européenne qu’elle use de toute son influence politique et économique pour que notre pays ne devienne pas une nouvelle zone d’instabilité dans la corne de l’Afrique.

Union pour l’Alternance Démocratique (U.A.D.)

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Compte-rendu de la commémoration de la tuerie d’Arhiba, par l’ARD (19/12/05)

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Compte-rendu de la commémoration de la tuerie d’Arhiba, par l’ARD

Les Djiboutiennes et les Djiboutiens de France se sont déplacés en nombre à la manifestation réussie du 18 décembre 2005 à Paris pour commémorer les tueries des civils d’Arhiba à Djibouti.

Le temps ensoleillé hivernal a jeté la foule de protestataires sur le pavé, de 15 h à 18 h, sur le seuil de la rue Emile Meunier abritant l’ambassade de la république de Djibouti dans le seizième arrondissement de Paris.

Les banderoles et les slogans se sont élevés nombreux pour dénoncer les pratiques de l’autocrate Ismaël Omar Guelleh et pour condamner le déni de justice infligé aux victimes. De fait, du 18 décembre 1991 au 20 novembre 2005 la cité populaire d’Arhiba a expié de dizaines de victimes femmes et enfants sur l’autel de la folie assassine.

La manifestation du 18 décembre 2005 s’est tenue en parallèle dans quatre villes au moins de par le monde, notamment Paris, Bruxelles, Ottawa, ainsi que Djibouti, où dans Arhiba même, l’Union de la Jeunesse d’Arhiba et l’Association des familles et des proches se sont donnés la main pour dire leur écoeurement face à l’impunité des auteurs des forfaits.

A Paris, l’Association pour la démocratie et le développement (ADD) s’est jointe à la représentation en France de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) pour donner le change au Forum pour la démocratie et la paix (FDP), organisateur à Bruxelles d’un rassemblement prodigieux le 16 décembre 2005, contraint à cette date par la tenue à Bruxelles d’une réunion du Conseil de l’Europe les mêmes jours.

Des représentants du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD), du Comité en Belgique du Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) ainsi que des délégués de l’ARD en Belgique se sont joints au FDP pour accomplir le devoir de mémoire.

Les caméras des fonctionnaires djiboutiens accrédités aux légations ont tourné à plein régime sans réussir à décourager les manifestants, opposés, par exemple à Paris, aux émissaires de l’ambassade dans un face à face frontal pacifié laborieusement par l’interposition des agents de police français.

Le représentant de l’ARD en France a informé l’assistance de l’annonce dans les prochains jours d’une décision capitale par son mouvement politique concernant les tueries de Djibouti.

Maki Houmedgaba
Représentant de l’ARD en France

ardfrance@yahoo.fr

Fait à Paris, le 19 décembre 2005

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Dernières éditions Journal Réalité

Liste des publications du journal Réalité de 2002 à 2005

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PUBLICATIONS DU JOURNAL REALITE

DE 2002 A 2005

 

 PUBLICATIONS DE REALITE EN 2005

Réalité n°132 du 30 mars 2005

Réalité n°131 du 23 mars 2005

Réalité n°130 du 16 mars 2005

Réalité n°129 du 9 mars 2005

Réalité n°128 du 2 mars 2005

Réalité n°127 du 23 février 2005

Réalité n°126 du 16 février 2005

Réalité n°125 du 9 février 2005

Réalité n°124 du 2 février 2005

Réalité n°123 du 26 janvier 2005

Réalité n°122 du 19 janvier 2005

Réalité n°121 du 12 janvier 2005

Réalité n°120 du 5 janvier 2005

 PUBLICATIONS DE REALITE EN 2004

Réalité n°119 du 29 décembre 2004

Réalité n°118 du 22 décembre 2004

Réalité n°117 du 15 décembre 2004

Réalité n°116 du 8 décembre 2004

Réalité n°115 du 1 décembre 2004

Réalité n°114 du 24 novembre 2004

Réalité n°113 du 17 novembre 2004

Réalité n°112 du 10 novembre 2004

Réalité n°111 du 3 novembre 2004

Réalité n°110 du 27 octobre 2004

Réalité n°109 du 20 octobre 2004

Réalité n°108 du 13 octobre 2004

Réalité n°107 du 6 octobre 2004

Réalité n°106 du 29 septembre 2004

Réalité n°105 du 22 septembre 2004

Réalité n°104 du 15 septembre 2004

Réalité n°103 du 30 juin 2004

Réalité n°102 du 23 juin 2004

Réalité n°101 du 16 juin 2004

Réalité n°100 du 9 juin 2004

Réalité n°99 du 2 juin 2004

Réalité n°98 du 26 mai 2004

Réalité n°97 du 19 mai 2004

Réalité n°96 du 12 mai 2004

Réalité n°95 du 5 mai 2004

Réalité n°94 du 28 avril 2004

Réalité n°93 du 21 avril 2004

Réalité n°92 du 14 avril 2004

Réalité n°91 du 7 avril 2004

Réalité n°90 du 31 mars 2004

Réalité n°89 du 24 mars 2004

Réalité n°88 du 17 mars 2004

Réalité n°87 du 10 mars 2004

Réalité n°86 du 3 mars 2004

Réalité n°85 du 25 février 2004

Réalité n°84 du 18 février 2004

Réalité n°83 du 11 février 2004

Réalité n°82 du 4 février 2004

Réalité n°81 du 28 janvier 2004

Réalité n°80 du 21 janvier 2004

Réalité n°79 du 14 janvier 2004

Réalité n°78 du 7 janvier 2004

 PUBLICATIONS DE REALITE EN 2003

Réalité n°77 du 31 décembre 2003

Réalité n°76 du 24 décembre 2003

Réalité n°75 du 17 décembre 2003

Réalité n°74 du 10 décembre 2003

Réalité n°73 du 3 décembre 2003

Réalité n°72 du 26 novembre 2003

Réalité n°71 du 19 novembre 2003

Réalité n°70 du 12 novembre 2003

Réalité n°69 du 5 novembre 2003

Réalité n°68 du 29 octobre 2003

Réalité n°67 du 22 octobre 2003

Réalité n°66 du 15 octobre 2003

Réalité n°65 du 8 octobre 2003

Réalité n°64 du 1er octobre 2003

Réalité n°63 du 24 septembre 2003

Réalité n°62 du 17 septembre 2003

Réalité n°61 du 10 septembre 2003  

Réalité n°60 du 16 juillet 2003

Réalité n°59 du 9 juillet 2003

Réalité n°58 du 2 juillet 2003

Réalité n°57 du 25 juin 2003

Réalité n°56 du 18 juin 2003

Réalité n°55 du 11 juin 2003

Réalité n°54 du 4 juin 2003

Réalité n°53 du 28 mai 2003

Réalité n°52 du 21 mai 2003

Réalité n°51 du 14 mai 2003

Réalité n°50 du 7 mai 2003

Réalité n°49 du 30 avril 2003

Réalité n°48 du 23 avril 2003

Réalité n°47 du 16 avril 2003

Réalité n°46 du 9 avril 2003

Réalité n°45 du 2 avril 2003

Réalité n°44 du 26 mars 2003

Réalité n°43 du 19 mars 2003

Réalité n°42 du 12 mars 2003

Réalité n°41 du 5 mars 2003

Réalité n°40 du 26 février 2003

Réalité n°39 du 19 février 2003

 

Les éditions précédentes seront disponibles bientôt sur le site

 

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 132 du mercredi 30 mars 2005

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Réalité numéro 132 du mercredi 30 mars 2005

Sommaire  

Éditorial

Brèves nationales

Courrier des lecteurs

Interview de M. Mahdi Ibrahim

Une catastrophe nommée candidat solitaire

Laa Ilaahah Illallah

 Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 132

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

Éditorial

 LA PAROLE EST AU PEUPLE :

RÉALITÉ CESSE DE PARAÎTRE

« Il n’y a pire bête que celle qui se tète, ni pire humain que celui qui se vante » dit un proverbe local. A l’heure où notre journal a décidé d’interrompre sa publication la semaine prochaine, ce n’est pas à sa Rédaction d’encenser sa place dans l’ensemble de la presse djiboutienne. Modestie des propos n’étant pas oubli des origines, tout juste devons-nous rappeler ce qu’une telle liberté doit au fracas des armes. Comme il est de notre devoir de ne pas occulter les sacrifices consentis par l’équipe de rédaction : pour avoir bénévolement animé ces colonnes, ces membres ont tous perdu leurs salaires de fonctionnaires depuis mai 2002. Enfin, nos lecteurs savent autant que nous que la meilleure reconnaissance de l’utilité de « Réalité » réside dans l’insulte que nous adresse l’adversaire.

 

Ecrire n’est pas un engagement en soi. Il se peut même, et c’est la mauvaise impression qui nous a souvent hantés, que s’en contenter ou lui accorder une importance narcissique servait à maints égards un régime présentant cette liberté accordée à la presse d’opposition comme la parfaite illustration qu’une réelle démocratie existe à Djibouti. Il fallait vivre avec, jusqu’à ce que les événements commandent de remettre en question le postulat de notre utilité. Ce qui est le cas aujourd’hui : écrire ne suffit plus parce que la mobilisation implique une autre forme d’engagement, physique et plus proche d’un Peuple pour lequel, dans sa grande majorité, ces colonnes peuvent avoir quelque chose d’abscons. Dans sa phase actuelle, le boycott actif peut se passer de ce journal : c’est désormais de vive voix, à pied et dans la rue que le message de l’UAD doit responsabiliser.

 

Dans un premier temps, il s’agira d’expliquer partout la portée historique de la pétition lancée en faveur du boycott. C’est le véritable geste de citoyenneté responsable dont chacun doit être capable. Dans aucune démocratie digne de ce nom, une candidature unique ne saurait être tolérée. Surtout quand aucun moyen public n’est mis à la disposition de l’opposition pour sérieusement expliquer sa position. Si débat clair il y avait eu, c’est aux citoyens et à eux seuls qu’aurait appartenu la décision suprême de juger qui a tort et qui a raison. En toute indépendance.

 

Dans un deuxième temps, c’est en manifestant pacifiquement que nos concitoyens, partout encadrés par des responsables de l’opposition, dénonceront une mascarade électorale qui est la négation de leur citoyenneté, en ce qu’elle leur dénie toute possibilité de choix. Ce n’est pas une telle imposture qui est nouvelle, c’est notre détermination à sanctionner l’illégalité qui l’autorise. L’actuelle posture du candidat solitaire rappelle celle d’un attaquant lorsque la règle ne structure pas le terrain de football.

 

Ici, ce joueur hors-jeu, en embuscade devant la cage adverse et attendant une passe venue de loin pour prendre à défaut un gardien sans défense, un tel joueur a un nom : « Saariq al Gool ». Voleur de but : voilà ce qu’est en réalité le candidat unique. Il faut donc mettre hors-jeu un joueur ne respectant aucune règle de jeu : le meilleur arbitre, c’est le Peuple souverain ! Que la RTD ait censuré les récents événements survenus au Kirghistan, où un despote a été chassé par la pression de la rue, est révélateur de la fragilité du despote local : c’est tout à fait réalisable ici. Et le Peuple djiboutien a droit au changement.

 

Donc, « Réalité » ne sera pas disponible la semaine prochaine. Avec l’ensemble des responsables de l’UAD, sa Rédaction sillonnera l’ensemble du pays à la rencontre de tous nos concitoyens. Naïf est ce régime qui pense qu’une menace suffit à nous dissuader d’être visibles. Car, la vie d’un parti politique ne peut se résumer aux réunions dans les annexes ou aux colonnes dans un journal. Prétendre imposer une telle clandestinité, c’est prendre le risque d’inciter à une autre forme d’expression. De tout cela, et de beaucoup d’autres sujets, il en sera question au grand meeting auquel l’UAD invite tous ses concitoyens, qui se tiendra vendredi prochain à l’avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.

 

 

Brèves nationales

 

Dérive d’une campagne insolite :

 

Le temps des griots

 

La fébrilité officielle étant proportionnelle au rejet populaire chaque jour et partout manifesté, le ministre de l’Intérieur multiplie les déclarations en forme de mise en garde à l’opposition, accusée de vouloir troubler l’ordre public. Pendant ce temps, le reste de la troupe présidentielle ne se prive pas non plus de provoquer l’UAD et ses dirigeants. Ainsi, des griots patentés lancent à longueur de journée sur les ondes d’autres défis irresponsables à l’opposition.

 

Parmi ces griots réquisitionnés, le plus ridicule est sans doute cet octogénaire émargeant à la Présidence au titre de chargé de mission. De l’avis général, ses propos indignes d’un vieillard ont choqué l’opinion par leur vulgarité bien au-dessous de la ceinture. Aussi, loin d’améliorer l’image du candidat solitaire, ces individus provocateurs ne font que renforcer le mécontentement populaire contre l’imposture.

 

Par ailleurs, ces griots alimentaires apportent de l’eau au moulin des partisans du boycott et réussissent tout simplement à exacerber le mépris contre la personne de celui qu’ils soutiennent, sans même parler de son bilan.

 

La majorité de nos concitoyens a bien compris que l’UAD a parfaitement raison de refuser un jeu électoral truqué imposé par un régime délinquant et corrompu. Surtout que cela neutralise les insultes officielles.

 

*

Ali-Sabieh :

La réalité contre le mensonge officiel

 

Spécialiste des fausses promesses et fomenteur des jalousies sociales, le candidat solitaire a commencé sa campagne officielle dans les districts de l’Intérieur par celui d’Ali-Sabieh. Si les médias publics n’ont pas hésité à glorifier l’événement en exhibant des milliers de badauds pour la plupart convoyés de la Capitale, les habitants de cette ville et de ce district font quant à eux savoir qu’ils boycotteront la mascarade du 8 avril prochain.

 

Comme ailleurs, ils ont été amusés par cet afflux de badauds déplacés par milliers, uniquement pour faire croire que le candidat solitaire attire partout les foules. En fait, cette stratégie qui consiste à exhiber partout les mêmes réquisitionnés, rappelle celle que la tradition locale appelle ici « les renforts du macaque ».

 

Et pour cause : les Assajog sont majoritairement mécontents du mensonge officiel. Mettant en avant le chômage des jeunes, ils rappellent le mirage que s’est révélé n’être l’usine d’Il Jano, souvent en panne et où ne travaillent que quelques jeunes originaires de cette région. Quant aux méga projets annoncés, ils sont loin de faire leur bonheur.

 

Enfin, tous se disent mécontents de la fameuse commission de campagne où figurent, paraît-il, des députés de sinistre mémoire.

 

Pour toutes ces raisons et tant d’autres qu’il partage avec toutes les régions de notre pays, le district assajog n’entend pas devenir le laboratoire des expériences ratées du candidat solitaire.

 

*

Cadeau électoral de Melès Zenawi :

Pour un ancien « Diré-Dawa lidj »

 

Le Premier ministre éthiopien a effectué une brève visite dimanche dernier à Djibouti. Il a aussitôt été accueilli seul par le candidat solitaire. Rien n’a filtré de leurs entretiens. Tout ce que l’on sait, c’est que notre puissant voisin ne serait pas venu les mains vides. Outre une importante cargaison de khat, immédiatement convoyée sur Ali-Sabieh, il aurait également offert des milliers de T-shirts et des casquettes couleur verte solitaire.

 

On s’aide comme on peut entre candidats même si, en réalité, on se tire dans les pattes… En fait, le Premier ministre éthiopien ne serait venu que pour conseiller un ancien compatriote qui avait rappelé ses origines, en langue locale, au Parlement éthiopien au début de son dernier mandat.

 

*

Arrestation arbitraire d’un opposant :

Houssein Robleh emprisonné pour l’exemple ?

 

Notre camarade Houssein Robleh Dabar, ancien cadre du FRUD-armé et militant actif de l’UDJ, a été arrêté samedi dernier, alors qu’il regardait passer des manifestants lycéens. Aussitôt placé en garde à vue, il a été transféré à la prison de Gabode trois jours après. A travers cette arrestation arbitraire, le régime semble vouloir intimider l’opposition. Peine perdue! Notre cause est juste et notre Peuple nous soutient.

 

L’UAD exige la libération immédiate et sans condition de Houssein Robleh Dabar et dénonce les provocations irresponsables d’un régime aux abois.

 

*

Nouvelle étude historique :

Un Djiboutien écrit sur l’Éthiopie

 

Notre confrère Aramis Houmed Souleh, spécialiste de la culture afar, a récemment publié une étude sur la vie de deux sultans d’Awsa, Mohamed Hanfaré dit Illalta (1861-1902) et Ali Mirah, Sultan depuis 1944. Son étude, préfacée par Gérard Prunier, directeur du Centre des Études Éthiopiennes, est une somme de connaissances sur l’Histoire récente de notre région à travers la vie de deux personnages hors du commun.

 

Tous ceux qui s’intéressent à l’Histoire de l’Éthiopie vue sous l’angle de cette composante pourront acquérir cet ouvrage au prix de 3.000 FD à la papeterie Kouros et à Discorama. « Réalité » félicite l’auteur et l’encourage à poursuivre ses travaux historiques dans un domaine exploré que par de rares chercheurs étrangers.

 

*

Des militaires non militants :

Le solitaire rogne leurs maigres revenus

 

Des militaires retraités réclament à cor et à cri le versement de leurs arriérés soldes de 1995 et 1997, comme l’indique depuis 2003 le président de leur association, M. Houssein Abdi Egueh. Qui, dans un courrier adressé le 18 février de cette année au ministre des Finance, regrette que les promesses officielles relatives au calcul de l’impôt et versement de onze mois de prime d’alimentation n’aient pas été honorées.

 

Leurs collègues anciens gendarmes dénoncent la suppression des soins médicaux imposée par le candidat unique, prétendument proche des hommes en arme ou l’ayant été. Les militaires en service se plaignent eux des nouveaux barèmes de solde institué par un récent décret présidentiel et revoyant à la baisse le montant de leurs soldes injustement charcutées.

 

Last but not least, les mutilés n’arrivent pas à obtenir une pension d’invalidité conforme au préjudice physique subi dans l’exercice de leurs missions sous les drapeaux.

 

Ainsi, pour ne prendre qu’un seul cas, citons les déboires de l’ex caporal Mohamed Gaditto, retraité depuis 2001 qui, malgré toutes ses démarches, n’a pas pu faire valoir son droit à la révision du taux d’invalidité qui doit être le sien.

 

A l’heure où des militaires favorisés de la garde présidentielle sont présentés comme l’exemple de l’armée de demain, la grande majorité des militaires s’inquiète de l’avenir morose que lui prépare le frileux candidat solitaire, qu’ils ne rééliront pas. Il en va de leur avenir.

 

 

Courrier des lecteurs

Un lecteur d’Obock nous a adressé ce courrier contenant deux brèves informations, disponibles nulle part ailleurs. L’une relate la discourtoisie des autorités djiboutiennes lors d’une réunion mixte prévue à Rahaïta avec la partie érythréenne. La seconde évoque une récente mésaventure d’AIR-FAD, qui a failli tourner au cauchemar.


 

Une maladresse à la mesure de ses auteurs

 

Une fois encore, le gouvernement de Djibouti a démontré avec éclat, le faire -semblant et l’inconsistance qui l’ont toujours caractérisé. Les djiboutiens sont résignés et font avec, du moment qu’ils n’ont jamais participé à la gestion de la chose publique, jamais un haut fonctionnaire et de surcroît un ministre n’ a été inquiété pour une faute qu’il aurait commise dans son département… mais les pauvres djiboutiens espéraient, que l’image sur le plan régional ou international de leur Patrie serait, du moins dans les apparences, ménagée… mais c’était trop attendre des gens qui doivent leurs réussites à des paramètres douteux autres qu’intellectuels.

 

Les relations diplomatiques djibouto-érythréennes viennent justement de subir un coup de froid le jeudi 17 mars 2005 lorsque le gouvernement de Djibouti n’a pas jugé utile d’honorer des engagements antérieurement pris avec l’autre partie. Il s’agit d’une cérémonie de réouverture des frontières entre ces deux états frères. Une réunion mixte au niveau des gouverneurs et des officiers des 2 régions frontalières avait auparavant étudié à Obock les modalités de ce rapprochement (les 9 et 10 février 2005) et le rendez-vous a été pris au 16 mars 2005 à Rahayta au niveau gouvernemental pour officialiser cette opération…

 

Mais c’était sans compter sur le manque de scrupule de la partie djiboutienne qui est persuadée que l’engagement n’engage que ceux qui y croient ! C’est ainsi que le commissaire d’Obock flanqué du commandant du régiment obockois des FAD, s’est retrouvé seul le jour dit face à la partie érythréenne qui, pensant donner à l’opération tout l’honneur qu’elle mérite, était composée des ministres des affaires étrangères, de la défense et de l’Intérieur en plus des responsables locaux des différents départements. L’ambassadeur de Djibouti en Érythrée avait aussi fait le déplacement. Celui-ci s’est d’ailleurs offusqué du comportement ridicule de son gouvernement qui n’a pas été à la hauteur de l’enjeu…

 

« Mais, où est donc passé votre gouvernement ? » lui aurait demandé le chef de la diplomatie érythréenne on peut imaginer le désarroi du commissaire qui ne pouvait qu’endosser la responsabilité de cette GAFFE qui aurait avancé que tout était de sa faute! un oubli ! C’était nier l’évidence, puisque ce même jour ces illustres absents paradaient au palais du peuple pour témoigner leur soutien aveugle au président-candidat-solitaire qui n’en a que faire car c’est plutôt un candidat qu’il lui faut !!!

 

Leur soutien, ça peut attendre. Qui sait ce qu’est devenue cette cérémonie? Aucun écho dans les médias djiboutiens…

 

Un comportement qui conforte les Obockois, de même que leurs concitoyens, dans l’idée qu’ils se sont toujours faite de leurs dirigeants chez qui l’efficacité se mesure plutôt à leur allégeance au chef de l’État et non à la réussite de leur action gouvernementale. Peut-être qu’il n’a jamais existé d’action commune du gouvernement de Djibouti puisque tout aurait été initié par un seuil homme; le Président!

 

Bref, la communauté obockoise comptait énormément sur cette opération qui comportait beaucoup d’avantages : les régions d’Obock et d’Assab sont peuplées des mêmes familles qui pourraient facilement se revoir, la Route Nationale Obock/Érythrée constitue un potentiel économique pour tous ces petits villages qui la bordent et dont les habitants savent de quoi ils parlent, …d’autres conventions signées à Obock prévoyaient le développement des coopérations multiples entre les deux régions sœurs.

 

Le voyage de tous les dangers

 

Les passagers « d’Obock Airways » ont vécu un atterrissage mouvementé, le mercredi 16 mars 2005 sur la piste d’Obock. Pardon! c’est plutôt le petit avion de l’armée djiboutienne qui provisoirement désenclave (avec tous les risques) les régions nord du pays. Et ce jour-là les dix sept voyageurs ont frôlé la catastrophe lorsque leur avion a manqué de s’écraser à l’atterrissage à cause de la crevaison de son pneu survenue, heureusement, au moment de l’arrêt de l’appareil. L’accident a fait plus de peur que mal au grand soulagement des passagers mais aussi des parents au sol. La plupart d’entre eux sortent plutôt effrayés. Et si ce pneu avait crevé quelques secondes plutôt au moment du contact de l’avion avec la piste ? Et l’incident a été l’occasion de dire plus haut ce que les autres pensent plus bas à propos de ce voyage aérien miraculeusement apparu ces derniers mois.

 

Et ce jour-là l’inquiétude s’est emparée des autres passagers en partance pour la Capitale. Il s’agit de la quinzaine des jeunes Obockois dépêchés en urgence pour prendre part à la cérémonie du soutien au candidat-président sans adversaire, au nom de la communauté obockoise toute entière. Et l’avion est en mission spéciale. Les avis se sont vite partagés et un groupe des jeunes sympathisants s’est écrié « le soutien certes, mais pas à n’importe quel prix. »

 

Ils refusent de prendre cet avion qui constitue un danger capital (et gratuit). Ils ont préféré la piste en réquisitionnant un véhicule 4×4 de l’ONED en mission dans la région (autre que pour l’eau). Les inconditionnels ont voulu démontrer la limite de leur dévouement et prouver l’ampleur de leur attachement au GUIDE en bravant ce danger et ont décollé après une attente de quatre heures. Le pneu neuf fut ramené de Djibouti par hélicoptère militaire.

 

Et encore une fois rendons grâce au Très Haut, car l’appareil est arrivé à destination sans encombre.

 

Certes, ce ne sera pas la dernière rotation de cet avion sur Obock. Tous conscients du risque que constitue ce voyage, les Obockois (les plus pressés) ont décidé de l’emprunter en attendant que cette route goudronnée et ces bacs japonais promis les délivrent de ces voyages de tous les dangers.

 

Entre le mal et le pire…mais les interrogations qui reviennent sans cesse aux habitants de ce côté du golfe sont d’ordre sécuritaire. Selon quelles normes voyagent-ils par rapport à celles de l’aviation civile ? Les véhicules ainsi que les embarcations maritimes de l’armée sont strictement interdites aux civils. Est-ce faute d’assurance qui restent uniquement pour professionnels ?

 

D’où vient cette exception aérienne ? De quelles informations dispose-t-on sur ces appareils de seconde main rachetés en Afrique du Sud mais jamais destinés au transport civil. Combien d’heures de vol totalisent ces pilotes militaires dont la plupart font leur initiation sous le regard apeuré des passagers qui regrettent l’absence, depuis deux mois, du capitaine HASSAN ancien pilote, actuellement en mission à l’étranger.

 

Les pilotes « bleus » font certainement de leur mieux mais ne peuvent éviter des décollages et des atterrissages agités avec crissement de pneus et tremblement des sièges. D’ailleurs où est donc passée le service de la protection civile qui a pour tâche de veiller à la sécurité des citoyens. Comme pour boucler la boucle, la liste des passagers en provenance d’Obock fait le voyage à bord du même vol que les passagers comme pour ne laisser aucune trace des occupants de l’appareil en cas de drame que personne ne souhaite… Toutes ces questions et bien d’autres restent posées.

 

Un mince espoir subsiste quand même, non dans la réalisation des promesses de désenclavement de la région qui durent depuis trente ans, mais attendu avec la fin très probable de « ce pont aérien » qui devrait intervenir avec la (dés)élection de son concepteur.

 

Car dans cette affaire tout le monde risque sa peau, civils comme militaires.

 

 

Interview de M. Mahdi Ibrahim

Né en 1957 à Djibouti, Mahdi Ibrahim Ahmed God est membre fondateur de l’ARD, dont il siège au Bureau politique, membre du Haut-Conseil de l’UAD et codirecteur de Réalité. démocrate et opposant de toujours, il fait partie de cette génération d’intellectuels qui a tout sacrifié pour l’idéal démocratique. A l’heure où le régime divisionniste exhibe des opposants rachetés et autres intellectuels alimentaires, Réalité présente le témoignage édifiant d’un vrai patriote. Comme un appel à la droiture et à la tolérance.

« L’UAD est l’incarnation de l’intérêt général 

et la seule alternative à l’UMPisme 

qui menace la paix sociale et l’unité nationale. »

Mahdi Ibrahim

 

Réalité : Autrefois symbole d’une jeunesse qui a réussi, vous êtes aujourd’hui un opposant sans ressources. Racontez-nous les conditions de votre engagement politique et les circonstances de votre faillite professionnelle.

Mahdi Ibrahim Ahmed God : Faire l’historique de mon engagement politique et des circonstances de ma faillite professionnelle prendrait beaucoup de temps. Je vais tout de même essayer de résumer ce vécu d’une part et ensuite démontrer le drame que tout djiboutien vit, qui qu’il soit.

Issu d’une famille politisée j’ai vécu dès mon jeune âge dans ce milieu. A neuf ans j’ai vécu l’emprisonnement de mon père lors des évènements de 1967, pour des raisons politiques. J’ai quitté mon pays un an avant l’indépendance pour faire mes études secondaires et universitaires en France. Donc, je faisais partie de cette génération qui rêvait d’apporter un sang nouveau pour le développement national et la coexistence pacifique. C’était mal connaître Djibouti peut-être !

Par conséquent Aimer son pays était et est pour moi s’engager pour l’Aider à sortir de cette situation d’otage. Je me suis donc engagé directement, sans crainte ni remord. Ma faillite professionnelle n’est donc que la conséquence de mon activisme politique et mes idées sont partagées par une majorité de mes compatriotes. Ce qui m’encouragea davantage et me permit de persévérer. Connaissant donc l’aigreur et le cynisme du régime que j’avais décidé de combattre, je devais m’attendre au pire, y compris à sacrifier femme et enfants. Et c’est ce qui s’est passé d’ailleurs, puisqu’ils sont rentrés en France contraints par la mise en faillite d’abord de l’entreprise familiale héritée de mon père, puis de mon Cabinet comptable, mon épouse travaillant avec moi à l’époque.

J’ai vécu l’esprit d’un système abject. Nous vivons sous une dictature que l’on qualifie dans le jargon actuel de Démocrature. Sa politique consiste à faire de n’importe qui un politicien pourvu qu’un représentant (choisi par lui) pour une fraction tribale, une tribu, une ethnie, etc, fasse partie de son gouvernement ou de son assemblée si ce n’est des arcanes du pouvoir. Ceci est vrai pour tout le monde : Issa, Afar, Issak, Gadabourcy, Arabe, Darod et bien d’autres comme les Soudanais par exemple. A l’époque du parti unique, les représentants tribaux étaient de véritables notables, respectés dans leur communauté d’origine. On se souvient par exemple comment le regretté Moussa Bouraleh, dit Irdeh, avait refusé en 1995 la promotion que Gouled tentait de faire pour son neveu chef de cabinet : « Mais c’est un incapable! Je préfère aller voir Guedi, qui sait comment faire fonctionner une administration. »

Réalité : Une telle descente aux enfers aurait normalement dissuadé plus d’un de persévérer dans l’opposition. D’ailleurs, les reconversions du jour au lendemain ne sont pas rares. Pourtant, vous êtes là, inébranlable. Est-ce le régime qui n’a pas tenté de vous racheter et est-ce vous qui avez résisté ? Auquel cas, à quel prix ?

MIAG : Je suis là parce que je crois à l’avenir de mon pays et au rejet de la division fomentée par un système usurpateur qui ignore que le destin de notre pays n’est viable que dans la mesure où chaque communauté est consciente de l’obligation absolue de vivre ensemble. J’ai été souvent menacé, constamment démarché par des émissaires me faisant miroiter une brillante carrière. Je n’ai cédé ni à l’une ni aux autres. L’enrichissement soudain de certains convertis et les difficultés imposées aux opposants servent d’exemples dissuasifs pour recruter au RPP.

Quant au prix payé pour mon opposition au régime, il est à la hauteur de la paupérisation du peuple et des travailleurs djiboutiens, qui ne sont pourtant pas tous opposants.

Réalité : Pour discréditer votre engagement en faveur de la Démocratie et de l’Unité nationale comme il le peut, c’est-à-dire par la calomnie, le régime vous présente souvent comme une sorte de « coopérant tribal » roulant pour d’autres. Sous la bassesse de l’accusation se cache pourtant une question de fond : comment la politique peut-elle s’affranchir des sollicitations tribales ?

MIAG : Les fausses représentations communautaires et leur dosage ethnico-tribal ne peuvent plus lui servir. Sans idées ni projet de société, ce régime est totalement en panne. Il aurait été plus intelligent pour lui, qui est capable de tuer ou d’affamer ses propres communautés, d’oser tenter une certaine démocratie à la base, permettant ainsi à chaque communauté de choisir librement et souverainement ses représentants dans le respect de l’intérêt général. Il se trouve que le régime en place considère cette option comme dangereuse, car il perdrait tout contrôle sur les tribus et les clans. Or, pour moi, si hier il avait diabolisé la lutte du FRUD et refusé d’admettre que son relais politique dans la Capitale le FUOD (formé d’Afar, d’Issa, d’arabe, d’issak et de gadabourcy) pour lui cette union était « contre-nature ». Il y a cette vérité qui est une contrainte naturelle et spatiale : nous tous, sans distinction aucune, nous sommes contraints de vivre ensemble. Si le régime parle de coopérant-tribal, il ne parle que de sa conception de la vie en communauté puisque étant, divisionniste et dangereux, ses représentants communautaires sont pour lui des « coopérants tribaux ». D’ailleurs, un dicton somali dit que « l’éléphant ne voit pas la tique qu’il porte en lui mais celle de l’autre. » Il ne peut le comprendre, vu sa nature. La Démocratie repose sur le choix libre de ses opinions et de ses idées. Mieux encore, on ne choisit pas sa famille mais ses amis.

Réalité : Comme beaucoup de nos compatriotes, vous avez de la famille dans les pays voisins dont vous suivez avec attention l’évolution politique et sociale. Un tel investissement affectif dans des enjeux extérieurs ne masquerait-il pas un désinvestissement par rapport aux urgences spécifiquement djiboutienne ? En d’autres termes, comment construire une Unité djiboutienne dans un tel environnement ?

MIAG : L’avènement d’une véritable unité nationale passe par l’acceptation de l’autre, de la différence. Nous n’avons aucune différence religieuse mais seulement linguistique et a fortiori culturelle entre les trois grandes communautés du pays que sont les somalis, les afars et les arabes. L’absence d’unité nationale est consécutive à la confiscation de tous les pouvoirs par Gouled qui travaillait depuis 1977 pour son neveu. Pour ce régime tout se résume à la mystification à travers ses médias. Djibouti-ville ne fut dans son passé qu’un point de chute du colonialisme, après la ville d’Obock. Personne, je dis bien personne ne peut revendiquer une Capitale que l’on fait passer aujourd’hui comme un pays tout court. Inadmissible est donc cette Cité/État opposée à tout développement des régions de l’Intérieur et des quartiers de la Capitale. Cette gestion catastrophique ciblée en tribu et sous-tribu, en clan et sous clan doit cesser. Issas, Afars, Gadabourcy, Issacs, Arabes, Soudanais, Arméniens, Français, et métisses de tout genre sommes venus ici pour travailler. Nomades ou semi-nomades, pêcheurs ou chasseurs, nous sommes tous ici pour vivre ensemble et en paix

Le petit groupe qui dirige le pays méprise le peuple parce qu’il le croit docile, abruti par le khat et terrorisé par les hommes en armes : « Dad Ma’aha. On peut en faire ce que l’on veut ». Ce qu’il croit être de la docilité est en fait de la sagesse. Près de trente ans après l’Indépendance, débarrassé du carcan du parti unique et libéré des démons de la guerre civile, notre Peuple est aujourd’hui parfaitement mûr. Conscient que la violation de l’accord de paix du 12 mai 2001 conduit le pays à l’explosion, que la survie de Djibouti en tant qu’État dépend de son application intégrale et immédiate, sans devenir une promesse électorale vouée à être trahie. Et, à l’instar des autres peuples, le nôtre fera incessamment sous peu la démonstration éclatante de sa maturité.

Réalité : Pour la première fois dans l’Histoire du pays, l’opposition dans son ensemble a décidé de boycotter une élection présidentielle. Cette unanimité serait donc, selon votre analyse, une évolution positive dans le sens d’une action politique entendue comme défense des intérêts généraux au détriment des égoïsmes communautaires ?

MIAG : En vérité le boycott a existé à Djibouti en 1992, 1993 et en 1997, contre l’imposture et la division du régime. Seulement ces boycotts n’étaient pas suivis par l’ensemble de l’opposition. A l’élection d’avril 1999, toute l’opposition était réunie dernière son candidat unique, qui est pour moi un ami et un père, M. Moussa Ahmed Idriss, face à l’actuel candidat unique. On connaît la suite : après sa spoliation son emprisonnement, sans parler des victimes tombées ou blessées dans la résidence de ce vaillant combattant de l’indépendance de notre pays, un père de la Nation comme Dini.

Ce qui est inédit en 2005 et un motif d’espoir pour le Peuple, c’est tout d’abord cette unité de l’opposition pour un boycott actif qui a rendu le candidat unique, plus solitaire que jamais. En Démocratie il ne peut y avoir un candidat unique comme lors du parti unique. Boycott actif qui est le seul moyen de lui démontrer l’échec de cette politique néfaste. Cette candidature unique ne reflète que son mépris des textes et du Peuple. Les Djiboutiens doivent ensemble mettre fin à cette dictature vieille de 28 ans. L’usurpation, ça suffit !

L’UAD représente l’incarnation de l’intérêt général et la seule alternative à l’UMPisme qui menace la paix sociale et l’unité nationale.

Réalité : Dans un pays où 80% de la population ne sait ni lire ni écrire, le codirecteur de « Réalité » que vous êtes n’est-il pas frustré quelque part ?

MIAG : Loin d’être frustré, j’ai le sentiment du devoir accompli. « Réalité » n’est pas ma première expérience journalistique. Dès octobre 1992, j’ai participé au lancement d’Al Wahda, organe du FUOD. Puis à celui de l’Indépendant et du Temps. Au total, malgré la terrible évidence de l’illettrisme, que vous avez raison de souligner, après trois années de Réalité, je ressens de la fierté. Malgré la concurrence déloyale d’une presse gouvernementale fonctionnant sur deniers publics, notre journal a joué un rôle important dans la conscientisation et la maturation de notre Peuple.

Cela dit, il est clair que notre discours aurait gagné en intensité si nous disposions d’une radio libre. Puisque nous sommes une société où l’impact de l’oral est capital. Malheureusement, le régime nous interdit de facto une telle opportunité. C’est grave lorsque l’on sait, par exemple, que dans un pays aussi pauvre que Haïti, il y a 200 radios libres.

Réalité : Par définition, la Jeunesse est l’avenir du pays. A la lumière de votre propre expérience, quels conseils lui donneriez-vous afin qu’elle tienne dans notre Nation la place qui doit être la sienne ?

MIAG : L’arbitraire doit cesser. L’actuel candidat n’est pas un candide de la politique. En vérité, cela fait plus de dix ans qu’il préside aux destinées de ce pays, soit par procuration soit directement. Il reste l’homme de l’arbitraire, le chef d’orchestre de la division, du sabotage de l’unité nationale, du renforcement de la parcellisation sociale de la communauté nationale, de la stratification tribalo-clanique de la société djiboutienne et enfin de la dramatique paupérisation du peuple. Peuple qui vit aujourd’hui dans la détresse et la dépossession absolues. Et l’avenir de nos enfants est gravement menacé. Pour lutter contre cet arbitraire, il n’y a qu’une seule voie : celle qui consiste à dépasser le faux clivage nourri depuis des années par ce régime affameur.

C’est pour cela que notre jeunesse doit impérativement se lever, dans un élan unitaire à travers tout le pays, pour dire Non à l’arbitraire, refuser la mascarade et s’exprimer autrement en participant massivement, sans crainte aucune et pacifiquement, à la construction d’une vraie République Démocratique, Libre et Unie.

Le 8 Avril 2005 ne laisse qu’un seul choix responsable:

Imposer par le boycott actif l’Alternance pour l’Avènement d’une réelle Démocratie dans l’Unité et la Solidarité et mettre en œuvre une vraie politique au service du développement équitable de toutes les régions et de toutes les composantes de notre pays.

…………

Propos recueillis par La Rédaction de Réalité

 

 

Une catastrophe nommée candidat solitaire

 

Une contribution de M. Mohamed Daoud Chehem, Président du PDD,

aux Nouvelles d’Addis

 

M. Mohamed Daoud Chehem, a publié le 27 mars dernier un communiqué dans lequel il précise sa position face à l’actuelle impasse politique. Tout en exprimant sa solidarité aux partis de l’UAD engagés dans une action pacifique contre l’imposture. Sa contribution ci-dessous reproduite, parue dans Les Nouvelles d’Addis, est une implacable démystification du bilan de ce mandat présidentiel, pompeusement mis en scène dans un livre vert solitaire. Le journal du RPP en sera certainement gêné aux entournures, lui qui prétendait que, par sa séparation, le PDD aurait affaibli l’UAD. Preuve qu’il n’en est rien : ce document à lire et à méditer.


 

Le vrai bilan du mandat de M. Ismaël Omar Guelleh (IOG)

 

et les fausses perspectives de son éventuel second mandat

 

Par Mohamed Daoud Chehem,

 

Président du Parti djiboutien pour le développement (PDD)

 

(Exclusif)

 

Djibouti, 24 mars 2005.

 

Au moment où IOG présente son faux bilan de son mandat sous forme d’un livre vert, décrivons le vrai bilan dont le peuple djiboutien est témoin.

 

En réalité, c’est à partir de 1996 que l’actuel Président a commencé à avoir le contrôle sur tous les ministères, par décret présidentiel signé par l’ancien Président Hassan Gouled en sa faveur, au détriment de son directeur de cabinet, M. Ismaël Guedi Hared. Dès cette année-là, il a supprimé la police nationale qui portait ombrage à sa police politique, pour la fusionner à la force nationale de sécurité qui se trouvait sous son contrôle par personne interposée. C’est aussi le début de la paupérisation de la population du fait de la réduction importante des salaires, des retraites et de la résiliation des baux de plus de 400 logements de particuliers qui n’avaient que les loyers comme seul revenu. Ces logements n’ont jamais été remis en état par l’administration, passant outre les obligations des contrats qui la liaient aux propriétaires dont certains n’ont pas pu les relouer à cause de leur mauvais état.

 

Élu Président de la République en 1999, M. IOG n’a fait que continuer sur sa lancée de 1996 à savoir :

 

– Destruction de tous les services ou établissements publics qui fonctionnaient normalement. C’est ainsi qu’il a fermé l’Office national d’Approvisionnement et de Commercialisation qui jouait bien son rôle de régulateur du marché des denrées alimentaires avant et après l’indépendance. A suivi la fermeture de l’établissement public des hydrocarbures sans justifications.

 

– Maintien dans la misère la population malgré l’accroissement des ressources financières dû, non pas à sa bonne gestion, mais lié à des facteurs extérieurs qui ont permis la présence des armées étrangères sur notre territoire en plus de celle de la France qui a presque doublé son aide financière. Cet accroissement est de l’ordre de 11,3 milliards FD d’après le budget national qui est passé de 35,2 milliards FD (153,04 millions d’euros) en 1999 à 46,5 milliards FD (202,17 millions d’euros) en 2005. Sur les 11,3 milliards, les recettes du port et de l’aéroport ne sont pas incluses.

 

Malgré cette manne financière, la situation dans le pays n’a pas cessé de se dégrader dans tous les domaines :

 

– Santé : le seul grand hôpital du pays est devenu un mouroir. Tout en sachant son état réel, lors de l’émission Gros plan du 11-03-05, M. IOG s’est permis de dire que la santé va bien, vraiment il n’a aucun respect pour le peuple. Suppression de l’alimentation des malades depuis son arrivée au pouvoir, c’est incroyable mais vrai.

 

– Éducation : les enseignants sont découragés à la base, dès leur formation à l’école normale. C’est ainsi que les salaires des normaliens sont passés de 80.000 FD [350 euros] à 15.000 FD [65 euros] qui ne couvrent même pas leurs frais de transport. Quel résultat à attendre d’un enseignant démoralisé délibérément par le pouvoir ? Aussi la politique de répression contre les enseignants revendiquant leurs droits a fait fuir à l’étranger nos cadres de grande valeur.

 

– Voirie : entre janvier 2003 [3400B] et mars 2005 [3620B], l’État a acheté plus de 200 véhicules immatriculés en série B pour une valeur de plus d’un milliard FD [4.350.000 euros]. Parmi ces 200 véhicules, il n’y a aucun véhicule utilitaire tel que bennes de ramassage des ordures ni ambulances qui font grand défaut dans les districts de l’intérieur. Les rues de la capitale sont bondées d’ordures par manque des camions. Cela nous montre que l’État a démissionné de ses obligations.

 

Contrairement à ce qu’il avance dans son livre, les arriérés de salaires et les créances des fournisseurs ne sont pas réglés à ce jour.

 

Aujourd’hui, IOG ne peut tromper le peuple djboutien qui est témoin de cette dégradation puisqu’il la vit quotidiennement. Enfin, le constat que l’on peut faire de sa gestion des deniers publics est le suivant : plus l’argent rentre, plus la pauvreté augmente sous ce régime.

 

Toutefois, seul projet que l’on peut mettre à son actif, c’est l’usine d’eau minérale d’Ali-Sabieh.

 

REVENONS AU FONCTIONNEMENT DE L’ÉTAT

 

Dès qu’il a été élu en 1999, IOG a continué à détruire :

 

– les institutions républicaines telles que la police, l’armée et la gendarmerie qui était un corps respecté par toute la population, pour créer sa propre garde républicaine qui a juré sur le livre du Coran de défendre sa personne et non les institutions du pays.

 

– l’administration est actuellement inexistante, il n’y a plus d’écrit, tout est devenu verbal.

 

– le service public est aussi inexistant, chacun s’appropriant le domaine dont il est chef.
– la justice est réduite au silence et sous ses ordres.
– le Trésor public est dépoullé de ses fonctions initiales.
– les biens immobiliers de l’État abandonnés tombent en ruine par manque d’entretien.

 

– la Constitution du pays est mise au placard. Toutes les lois sont bafouées. IOG les fait adopter tout juste pour se donner une image à l’extérieur. Par la suite, il n’en respecte aucune.

 

– la démocratie et les droits de l’Homme, il ne les connaît pas. Pour lui, ce sont les affaires des pays occidentaux, il fait ce bon lui semble de son peuple.

 

– les médias sont publics, sur les textes, mais ils restent uniquement au service du parti au pouvoir et de son chef. Ils ne diffusent que les propagandes mensongères du gouvernement. Parfois ils se font les champions des insultes envers l’opposition ou de tout personne critiquant le régime.

 

– le pouvoir législatif est réduit au rôle d’une chambre d’enregistrement.

 

– de plus la corruption est généralisée et l’impunité a atteint tous les niveaux.

 

FAUSSES PERSPECTIVES DE SON EVENTUEL SECOND MANDAT

 

Personne ne peut attendre de ce régime un avenir meilleur pour les raisons suivantes :

 

1. – Monsieur Ismaël Omar Guelleh veut se maintenir au pouvoir par la force. Or, tout le monde est conscient, sauf lui peut-être, qu’un régime se basant sur la force contre la volonté populaire a toujours eu une fin tragique et le sien ne fera pas exception et il connaîtra le même sort. Ce genre de régime peut même conduire à la destruction du pays.

 

2. – Sur le plan social, la loi n°155/AN/02/4L du 31-01-2003, relative à la réduction des pensions de retraite va entrer en vigueur à partir du 01-01-2007. Tous les fonctionnaires, employés, militaires, policiers et gendarmes verront leurs pensions diminuer de moitié. Cela sera la création de nouveaux pauvres qui vont s’ajouter à ceux qui existent aujourd’hui. M. IOG ne sait qu’appauvrir la population dans l’espoir de rester le plus longtemps possible au pouvoir. Déjà, tous les retraités sont victimes de l’arbitraire du pouvoir qui calculent leurs pensions sur l’indice de 1991 qui leur fait perdre ainsi de 500 à 700 points de leurs échelons. En procédant encore à la diminution des pensions, il montre qu’il n’est pas du tout soucieux des autres sauf de ses propres intérêts.

 

3. – Depuis l’année 2000, la gestion du port de Djibouti est confiée au port du Dubaï. Le contrat entre les deux pays est gardé top secret par le signataire. Dans son livre de faux bilan, IOG reconnaît lui-même que le port est bénéficiaire, mais personne ne sait où vont ses recettes puisque aucun sou n’est versé au Trésor public. L’extension du port de Djibouti est, certes, nécessaire et même obligatoire pour accroître sa capacité étroitement liée au développement de l’Éthiopie avec laquelle nous devons renforcer le partenariat dans tous les domaines. Mais malheureusement, le port de Doraleh n’appartient pas à l’État djiboutien. Il est la propriété d’un État tiers qui prendrait aussi, dans quelques mois, notre douane en main. Cela signifie que nous mettons nos ressources financières entre les mains d’un État tiers. Alors que deviendra notre souveraineté nationale et notre État aussi ? Dans ce cas, il est permis de penser que la République de Djibouti deviendrait le 10ème Émirat qui emploierait des travailleurs étrangers sous-payés au détriment des Djiboutiens qui grossiraient le flot des pauvres qui n’a cessé d’augmenter durant le mandat de IOG.

 

Pour garder notre souveraineté nationale qui risque de nous échapper, l’État djiboutien doit construire ce port lui-même en ouvrant son capital aux investisseurs nationaux et étrangers tout en donnant priorité à ceux qui ont des intérêts dans notre pays. Nous entendons souvent dire que Djibouti n’a pas les moyens suffisants. C’est un faux prétexte car l’obtention de financements est toujours liée à la crédibilité d’un gouvernement, c’est ce qui fait défaut aujourd’hui à ce pouvoir. Egalement, nous devons former nos jeunes dans le cadre de l’exploitation du futur port et montrer que nous sommes capables de conduire notre pays vers un avenir meilleur pour notre peuple sans le mettre entre les mains d’un État tiers sous prétexte qu’il sait mieux gérer que nous. Nous disons à Monsieur Ismaël Omar Guelleh que les Djiboutiens ne sont pas des mineurs incapables. Il suffit de savoir les diriger.

 

Nous pourrions donner encore d’autres raisons montrant que les perspectives, projetées par le candidat sortant pour son éventuel second mandat, ne conduisent qu’à un avenir incertain.

 

Au vu de son bilan négatif sur tous les plans, malgré les ressources financières suffisantes, IOG a mis au grand jour son mépris pour le peuple djiboutien, son incompétence à gérer les affaires de l’État.

 

Le journaliste au mensuel Nouvel Afrique-Asie, M. Sy Savané Mamadou Saliou avait publié dans le numéro de mai 1999, un article intitulé « La déraison au pouvoir » et qui se terminait par la question suivante : « Est-ce que l’ancien policier saura devenir chef de l’État ». Aujourd’hui, nous pouvons répondre à cette question sans hésitation. Monsieur Ismaël Omar Guelleh a raté sa transformation du policier à un homme d’État. Donc, le peuple djiboutien, n’ayant rien à attendre de lui, doit lui refuser un nouveau mandat.

 

MDC

 

 

Laa Ilaahah Illallah

Ces quelques lignes, démystifiant l’imposture officielle, doivent surtout se lire comme un mot d’ordre d’incitation du démocrate djiboutien à la résistance et au combat politique pacifique, pour la conquête de la Liberté. Seules la détermination et la persévérance sont payantes. Nasroun min Allah wa fathoun Qariib.


 

Jamais l’embrigadement de la société civile n’a atteint à Djibouti le niveau qui est aujourd’hui le sien. Ni du temps du parti unique, ni durant la guerre civile. Depuis l’accession au pouvoir de l’actuel candidat solitaire, la politique a perdu son caractère tragique qui faisait et fait ailleurs son sérieux et sa noblesse. Un sextennat durant, elle a délibérément été réduite à sa simple expression théâtrale. Les comédiens officiels y jouent des rôles savamment distribués et grassement rétribués. Pas d’improvisation et toute fausse note y est impitoyablement sanctionnée par le chef de la troupe. Ses rôles préférés sont ceux du sorcier et du soldat : ils sont les plus proches des rapprochés de la cour.

 

Deux comédiens jouent le rôle de sorcier, l’un au grand jour, l’autre en coulisses. Celui qui se donne en spectacle est interprété par les médias publics. Illusionniste, il est officiellement chargé de jet de la poudre aux yeux du peuple par une mise en scène destinée à lui faire croire qu’il le sert. Ainsi, récemment interrogé par un illusionniste (Gros Plan) sur l’impact de sa politique sur l’opinion publique, le candidat solitaire lui retourne la question :

 

« Mais ça, vous le savez mieux que moi. N’êtes-vous pas les faiseurs d’opinion ? ». Coquin, il sait qu’en le rabâchant sans pudeur ni contradiction à la télé, à la radio et dans la presse écrite, ces sorciers des temps modernes peuvent faire d’un gros mensonge une vérité partagée. Ainsi le font-ils passer pour tout ce qu’il n’est pas : l’homme de la paix, de la bonne gouvernance…

 

Parce que d’autres parvenus avant lui y ont souvent eu recours, nous n’excluons pas le bien fondé d’une rumeur persistante, à savoir son recours en coulisses au sorcier tout court : faal, oracles et autres charlatanismes chargés de le prémunir contre l’adversité.

 

Tout rappel étant utile (peut-être se repentira-t-il pendant qu’il en est encore temps ?), rappelons-lui ce qu’a dit l’Unique en chargeant le prophète Moussa d’une mission chez Pharaon : « LAA YOUFLIHOU SAAHIROU HAYSOU ATAA ».

 

Bien que salutaire et pacifique, toute voix dissonante (la nôtre) toute contradiction n’a évidemment pas droit à la scène, à l’audimat. Dont acte !

 

Quant au soldat, son rôle est lui aussi joué par deux acteurs. Celui essentiel et vital pour le parvenu est interprété par un comédien obligé de juger en public sa fidélité à lui. Si l’on y ajoute le SDS, au budget duquel émargent des milliers de femmes, c’est le comédien le plus choyé. Il doit espionner, tenir à distance et le cas échéant réprimer sans état d’âme toute contestation populaire. Exhibé à chaque occasion, c’est un talisman censé conférer au grand parvenu une sorte d’invulnérabilité. Miskiin !

 

Présenté comme garant de l’ordre républicain, le rôle de l’autre soldat est à ses yeux second. Négligé, humilié, il se cherche encore à Djibouti. Partout ailleurs et récemment, il a retrouvé sa voie à défaut de voix. Nous sommes convaincus que les FAD, la Police et la Gendarmerie joueront, à Djibouti aussi, leur vrai rôle à elles imparti par la Constitution : garantes de l’ordre républicain, par la neutralité.

 

S’enflant d’orgueil, il recrute, gratifie, menace, divise et sanctionne à tours de bras. Tirant parti de la misère : morale des uns, tout court des autres. Et il proclame : « C’est Moi ! J’ai le soutien des femmes, des jeunes, des barbus, des imberbes, des enturbannés. C’est Moi ! ». A d’autres, Pharaon !

 

En effet, même si leur sort est identique, plus qu’à Icare, c’est à Pharaon qu’il fait immanquablement penser. Son comportement outrancier est une sommation. Il cristallise ce faisant ce qu’il y a de plus enfoui en chacun d’entre nous : l’ange ou le démon, c’est selon. Poussant un grand nombre à l’exil, éliminant certains, enrichissant les siens, paupérisant les autres et contraignant la majorité à la résignation… ou au sursaut !

 

Par la voix du comédien chargé de l’Intérieur, il vient d’interdire ce qui est légal, légitime : l’expression pacifique d’opinions autres par une opposition légale. Lequel, s’exprimant lors d’un meeting au Héron samedi 26 mars, déclare : « Nous connaissons les agitateurs. Il s’agit de quatre anciens ministres indépendantistes et de quatre universitaires. Ne les écoutez pas ! » Où était-il quand eux tous militaient pour l’Indépendance ? Et il ose nous interdire de nous exprimer et nous accuser de rage. Trouve-t-il normal, lui le prétendu démocrate, qu’un seul candidat soliloque ?

 

Dos au mur, défié, la balle est dans le camp du démocrate, du Mazloum, du lésé de ses droits, c’est-à-dire de l’écrasante majorité des Djiboutiens.

 

S’il ne reste qu’une poignée à relever le défi et inciter le démocrate djiboutien au combat politique pacifique, nous serons celle-là. Et advienne que Mektoub !

 

KAAM MIN FIATIN QALIILATIN RALABAT FIATIN KATHIIRATIN BI IZNILLAH.