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Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

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Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’ARD dans le Sud-Ouest
  4. M. Ismaël Guedi répond
  5. La LDDH rend hommage à l’UDC
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 67

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

RÉPUBLIQUE PACIFIEE DU SOMALILAND VISITE

DÉMOCRATIE AUTOPROCLAMEE DE DJIBOUTI

T out le développement des rapports internationaux
entre toutes les civilisations humaines dans toutes
les zones géographiques l’atteste : il n’existe aucune Histoire ex nihilo, se déployant à partir du néant. C’est pourquoi la prétention du Chef de l’Etat de faire la Paix dans la lointaine Mogadiscio, tout en osant ignorer le proche Somaliland, ne pouvait que rencontrer le terrible désaveu de la réalité concrète, historique. Surtout lorsque l’on sait que, depuis la dislocation de l’ancienne République Démocratique de Somalie, la seule «contribution» des dirigeants de Mogadiscio à notre destin national, ce fut l’envoi en 1993 de troupes mercenaires chargées de combattre le FRUD et d’attiser un conflit fratricide.

Donc, le verdict fut en effet impitoyable : sans aller jusqu’à dire que la Conférence de Réconciliation Somalienne d’Arta fut une énorme mystification (le RPP réduit souvent la politique à la comédie), il est révélateur que le régime djiboutien se félicite aujourd’hui de l’échec de la nouvelle tentative kenyane : alors que du temps d’Arta c’était l’Egypte que Djibouti accusait de sabotage, c’est maintenant le Kenya qui serait coupable de zizanie !

Mais il est autrement plus réconfortant de voir l’Etat djiboutien adopter une position qui est celle du FUOD (du FRUD et de l’ARD) depuis 1992 : la reconnaissance du Somaliland comme entité étatique en conformité avec les règles internationales. A l’ARD, nous sommes donc extrêmement heureux qu’un terme soit de facto mis à d’inadmissibles campagnes haineuses contre de si proches voisins qu’il y a encore peu la presse gouvernementale traitait de Juifs de la Corne et contre un pays qu’elle qualifiait de Bantoustan ou encore de Disneyland.

Personne ni aucune résolution du Conseil de sécurité ne peut obliger les Somaliens à vivre ensemble : en attendant leur réconciliation, les Djiboutiens doivent impérativement, pour leur part, établir les meilleures relations de bon voisinage possible avec leurs plus proches voisins géographiquement, mais aussi historiquement, culturellement et économiquement. Notre pays ne serait pas tout à fait ce qu’il est si Hargueisa et Borama n’existaient pas.

Même si les incohérences du dispositif protocolaire déployé à l’occasion de la visite du Président somalilandais à Djibouti montrent que le régime RPP ne sait pas encore sur quel pied danser dans un revirement imposé par certaines contraintes, nous souhaitons vivement pour la consolidation de notre concorde nationale comme pour la crédibilité de notre diplomatie régionale, que la reconnaissance du Somaliland en tant qu’Etat souverain devienne à très court terme une réalité incontournable, irréversible, au plus grand bénéfice des deux peuples.

Certes, Hargueisa n’offre aucune opportunité mafieuse à certains affairistes patentés, mais le Somaliland aurait certainement quelques leçons à donner au RPP en matière de paix intérieure ou même de transparence électorale et d’alternance démocratique: d’une part parce que plus de civils ont été tués ici que là-bas par les troupes gouvernementales depuis une décennie, d’autre part parce que, contrairement à la nôtre, la CENI ne s’y est pas couverte de ridicule. Peut-être est-ce dû au fait qu’au Somaliland, où le dynamisme du secteur privé n’est pas à démontrer, le ridicule ne rapporte pas : ce Peuple a trop souffert de la dictature et du génocide pour brader sa fierté et son honneur au profit du premier opportuniste venu.Nous en sommes donc tous convaincus, si cette reconnaissance même tardive du Somaliland devait devenir réalité, elle impliquera nécessairement une réhabilitation historique par laquelle la démocratie autoproclamée de Djibouti réparera une intolérable injustice dont sont victimes depuis l’Indépendance des milliers de Djiboutiens : celle des Kaar-Dameer.


Brèves nationales

Fatwa présidentielle contre le palmier-doum:

Un discours qui fera datte ?

Ainsi que nous l’annoncions dans notre brève de la semaine passée, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à prodiguer ses sages conseils à la population de Yoboki et de tout le Sud-Ouest. Le nouveau lauréat de l’université d’agriculture de Tokyo a ainsi proposé une culture de substitution au palmier-doum dont est extrait le vin de palme, doma en langue locale. L’auguste visiteur, apparemment soucieux de préserver la santé de ses concitoyens, suggère de cultiver le palmier dattier.

L’expert en question agropastorale semble ignorer que le palmier-doum donne un fruit savoureux et que ses feuilles servent à tresser des nattes utilisés dans la fabrication des maisons traditionnelles(daboïta), des tapis et des ustensiles de conservation du lait et des denrées alimentaires. En outre, en période de sécheresse, les vaches se nourrissent de ses feuilles. Quant au palmier dattier, en plus de ses dattes nourrissantes, il donne également un vin de palme. Tout dépend de l’utilisation, bonne ou mauvaise, que la population fait de ces palmiers, doum ou dattier.

Les méchantes langues se rient des conseils d’un « agronome » lui-même promoteur de la culture de khat, en rappelant l’utilité socioéconomique du palmier doum contre lequel le Président a lancé son épique fatwa. Ironie de l’histoire, quelques heures après ce discours présidentiel, des dizaines de sacs de khat ont été généreusement distribués aux habitants de Yoboki : pour fêter la journée mondiale de l’alimentation ?

Un cadavre remuant :

Parabole à propos de l’affaire Borel

Cette parabole tirée du Coran vaut ce qu’elle vaut. Elle n’en est pas moins riche d’enseignements. Moïse, sur ordre divin, demande aux fils d’Israël d’abattre une vache. Les enfants d’Israël tergiversent, tournent autour du pot, rechignent mais finissent par obtempérer, après description détaillée de la vache à sacrifier.

Il y avait là le cadavre d’un homme assassiné. Le coupable restant introuvable, il fut demandé aux fils d’Israel de frapper le cadavre avec un morceau de viande prélevée sur la vache sacrifiée. Ceci fait, le cadavre ressuscita et désigna son meurtrier.

Le rappel de cette parabole est inspiré par le récent rebondissement de l’affaire Borel. La partie civile reste convaincue que, d’une manière ou d’une autre, le cadavre du magistrat français désignera les coupables : commanditaire, complices et exécutants de ce crime maquillé, selon les derniers développements de l’enquête, en suicide. Rappelons toutefois que tout suspect (si, comme semblent le laisser croire les nouveaux éléments de l’enquête, il s’agit d’un crime) reste par définition présumé innocent. Mais cette parabole démontre enfin qu’aucun crime ne reste impuni ici-bas, ni a fortiori dans l’au-delà, quelles qu’en soient les circonstances.

Grave accident sur la route Dikhil-Galafi :

La négligence tue encore

Samedi dernier, vers 9 heures trente du matin, un grave accident a coûté la vie à un jeune policier embarqué quelques minutes plut tôt à bord d’un camion militaire lourdement chargé et roulant en direction de Dikhil. L’accident survenu au lieu-dit Sabir, entre Gallamo et Gorabous, a été provoqué par la rupture du capot qui a violemment heurté ce passager. Un taxi-brousse en route vers Dikhil a accepté de convoyer le blessé jusqu’au dispensaire. Une fois sur les lieux, les autorités médicales de Dikhil bien que disposant de plusieurs véhicules, et malgré l’état préoccupant du blessé, ont demandé au taxi-brousse, déjà lourdement chargé, de procéder lui-même à son évacuation sur Djibouti-ville. C’est donc à bord de ce taxi-brousse que le policier blessé est décédé aux environs de Wéa, victime de la négligence des autorités médicales de Dikhil. Il s’appelait Ali Cheiko Hamad.

Inna Lillah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun

Immigrés clandestins :

Pignon sur rue ?

A l’approche du mois béni du Ramadan et après qu’ils aient appris le caractère ephémère des rafles, les clandestins expulsés en août dernier, ont refait surface à Djibouti de manière ostentatoire. Dans tous les quartiers de la Capitale, sur les principales artères ainsi que dans les transports en commun, leur retour remarqué alimente les conversations quotidiennes des Djiboutiens. Le camp d’Awr-Awsa se dépeuple chaque jour au profit de la Capitale. Les immigrés clandestins ont donc gagné du terrain et les Djiboutois pourront aisément vérifier cette réalité durant le Ramadan.


L’ARD dans le Sud-Ouest

Le flambeau ARDent contre l’obscurantisme RPP

A l’invitation des militants de cette région, une forte délégation de notre parti, conduite par M. Ahmed Youssouf, président par intérim, a effectué vendredi et samedi derniers une tournée de travail dans le district de Dikhil. Partout où elle est passée, la direction de l’ARD a reçu un accueil enthousiaste. Moins de 24 heures après la visite présidentielle à Galafi et Yoboki, l’incontestable réussite de cette tournée d’un mouvement emblématique de l’opposition nationale dans le Sud-Ouest sonne comme un désaveu cinglant de la politique-spectacle instituée, depuis bientôt cinq ans, par le Chef de l’Etat.


« Merci d’avoir répondu favorablement à notre appel, nous vous attendions impatiemment ». C’est par ces mots que les militants et sages de la ville d’As-Eyla ont accueilli notre délégation arrivée sur place vendredi à 11 heures. Après la grande prière du vendredi, un copieux et sympathique déjeuner a réuni à l’annexe de notre parti les membres du comité d’As-Eyla, les sages de la région et la direction venue de la Capitale. Dans l’après-midi, une réunion élargie aux militants de cette ville a été organisée à l’annexe de notre parti. La direction de l’ARD a délivré un message d’espoir en rappelant que le combat contre l’injustice continue jusqu’au triomphe du droit sur l’arbitraire.

De leur côté, les militants et sages ont largement évoqué l’obscurantisme et la mauvaise gouvernance du système RPP, basé sur le sectarisme, le mensonge et le bakchich. Pour illustrer leurs propos, les notables ont fait goûter à la direction de l’ARD l’eau courante du robinet d’As-Eyla. Cette eau aigre provient d’un forage situé à quelques dizaines de mètres d’un puits traditionnel dont l’eau est excellente et abondante. A plusieurs reprises, les habitants de cette ville se sont plaints aux autorités de la mauvaise qualité de l’eau courante provenant de ce forage, tout en demandant un autre forage produisant une eau potable vraiment douce.

A ce jour, leurs appels n’ont pas été entendus : les habitants continuent donc de consommer une eau difficile à avaler et à l’origine, semble-t-il, de multiples problèmes digestifs et dentaires dont, se plaint cette population ignorée. Dans la soirée de vendredi, la délégation est rentrée à Dikhil où elle a tenu une grande réunion toute la nuit durant avec les membres du comité de l’annexe ARD de cette ville. La direction de notre parti a passé la nuit dans cette vaste annexe que le président de la fédération de Dikhil avait superbement organisée en maison d’hôtes pour la circonstance.

Le lendemain matin, la délégation a tôt quitté Dikhil pour la localité de Gorabous et le poste administratif de Yoboki.

Gorabous rend hommage au courage et à la dignité de l’ARD

Dans la matinée de samedi le cortège de la direction de l’ARD, composé de trois véhicules 4X4, est entré triomphalement dans le village de Gorabous, situé sur l’axe routier Dikhil-Galafi. Les membres de notre délégation ont été portés en triomphe par une population qui scandait : « bienvenu au parti du courage et de la dignité! vive l’ARD ». Rappelons que la population de ce village martyr, détruit par les troupes gouvernementales en février 1992, avait vivement protesté lorsque, mardi 14 octobre 2003, cinq de nos responsables avaient été arbitrairement arrêtés à Yoboki.

Le lendemain mercredi 15 octobre, les jeunes de Gorabous ont déployé une banderole où l’on pouvait lire en français et en arabe : « Nous sommes tous rebelles ! ». Ce qui signifiait rebelle au système RPP. Ce geste symbolique aurait-paraît-il, donné quelques sueurs froides au convoi de la fameuse garde présidentielle qui avait traversé le village ce jour-là, en route pour Yoboki. Après s’être entretenu avec les jeunes et les sages de Gorabous, la délégation de l’ARD a pris le chemin de Yoboki, dernière étape de sa tournée dans la région.

Yoboki brandit le flambeau ARDent

Samedi matin, il régnait une effervescence particulière à Yoboki : la population rassemblée devant l’annexe de l’ARD s’apprêtait à réserver un accueil délirant à la délégation de notre parti qu’elle attendait depuis fort longtemps. Signalons par ailleurs que l’ancien tableau de notre parti avait été endommagé quelques heures après le départ de Yoboki du Chef de l’Etat, par des nervis du régime aux ordres, paraît-il, d’un membre de l’entourage présidentiel. Le nouveau tableau est arrivé dès le lendemain.

Se déroulant à peine 48 heures après l’inutile et clownesque visite présidentielle dans cette ville, notre tournée avait pour but de démystifier la politique officielle basée sur le mensonge, la division et le bakchich. En se mobilisant massivement pour accueillir fièrement l’ARD, les Yobokois entendaient de leur côté prouver que leur cœur battait pour l’ARD : le seul espoir de demain. C’est finalement aux environs de 10 heures du matin que la délégation de l’ARD, continuité historique du FRUD a fait une entrée remarquée dans cette ville martyre de Yoboki, pour y délivrer un message historique de paix et de réconciliation nationale.

Aussitôt arrivée, une foule nombreuse et enthousiaste a commencé à danser et à chanter. Les jeunes filles ont alors entonné un chant mémorable en l’honneur de l’ARD et de toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Preuve que la Jeunesse ne voit pas son avenir avec l’actuel régime, synonyme pour elle d’injustice, de fraude et de mépris permanent.

Après une réunion avec les notables de la ville rassemblés à l’intérieur de notre annexe, les dirigeants de l’ARD se sont ensuite adressés à une foule en liesse. Tour à tour, MM. Ahmed Youssouf, Adan Mohamed et Ali Mahamadé ont remercié la population yobokoise pour l’accueil historique réservée à notre délégation. Tous ont insisté sur le caractère démagogique et électoraliste des attentions que le régime feint d’accorder maintenant à Yoboki et aux autres zones affectées par le conflit.

Après avoir expliqué la vraie réhabilitation, contenue dans l’Accord de paix du 12 mai 2001, tous ont conclu : Yoboki et toutes les zones affectées par le conflit doivent lutter contre ce système qui refuse d’œuvrer à la réconciliation nationale par une réelle réhabilitation. Message reçu cinq sur cinq. A quoi la population de Yoboki a massivement répondu : « nous rejetons l’obscurantisme du régime. A bas le RPP ! »

A la fin du meeting, le cortège de l’ARD a effectué une émouvante visite de l’ancienne ville de Yoboki, totalement détruite par les troupes gouvernementales en février 1992. Quel spectacle de désolation et de mépris gouvernemental : qu’est ce qui a empêché ce régime de la reconstruire depuis 1994, date des fameux accords d’Ab’a signés à quelques kilomètres de cette localité ? Le constat est donc alarmant : des dizaines de maisons en dur, sans toit ni portes ou fenêtres, totalement abandonnées et non reconstruites, alors qu’aucune contrainte sécuritaire ne le justifie. Même le siège du RPP est toujours situé dans un bâtiment aux trois-quarts détruits.

Quelle honte pour ce régime prétendant électrifier quelques maisons reconstruites par les Yobokois eux-mêmes, et se contentant pour l’instant d’allumer quelques lampadaires. Oui, et là est l’aberration : samedi, une dizaine de poteaux d’éclairage public récemment installés sur les abords de la route de Galafi traversant Yoboki étaient allumés toute la journée.

Pendant ce temps, les habitants sans électricité depuis onze ans continuaient pour leur part à suffoquer chez eux, dans leurs maisons délabrées. Lamentable gâchis de ce régime de gaspillage, mais aussi formidable prise de conscience politique latente, qu’est venue réveiller l’ARD, (UAD) chez une population yobokoise édifiée et brandissant désormais le flambeau ardent de sa victoire sur l’obscurantisme et le chantage clientéliste. Yoboki a donc définitivement tourné la page des années sombres, symbolisée par le régime RPP, en entrant dans l’ère nouvelle chargée d’espoir avec l’ARD.

La population yobokoise désenchantée par le RPP et désormais mûre a réaffirmé sa détermination à ne plus se laisser intimider par des exactions d’un autre âge. Tout comme elle ne se laissera plus abuser par des bakchichs inutiles (khat cette semaine encore ) ou des inaugurations (groupe électrogène) en trompe-l’oeil et autres promesses sans lendemain.

Mobilisée, elle n’attend du concret que de l’UAD.


M. Ismaël Guedi répond

Suite à la polémique soulevée dans les colonnes du « Progrès », M. Ismael Guedi, Président de l’UDJ, nous a fait parvenir la mise au point suivante que nous publions bien volontiers.


«L’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.» Ismael Guedi

Sous la rubrique « Tribune libre » le journal du RPP, « Le Progrès » a publié dans son édition n°94 du 9 octobre 2003, les propos d’un certain L.M qui n’a même pas eu le courage d’écrire son nom en critiquant et commentant au nom de ses maîtres, l’entretien que j’ai accordé à l’hebdomadaire « Réalité », organe de l’Alliance Républicaine pour le Développement. Les accusations proférées à mon encontre appellent de ma part la mise au point suivante.

En tant que démocrate et fervent partisan de la liberté d’expression, je ne récuse pas les critiques, à condition qu’elles soient fondées. C’est pourquoi la mise au point qui suit me tient à cœur, non seulement pour répondre à L.M., un courtisan des hommes du pouvoir et du RPP, mais aussi pour mieux éclairer en général les Djiboutiens et les lecteurs du « Progrès », et en particulier les jeunes de la génération de 15 à 35 ans, n’ayant ni suivi ni vécu l’Histoire des quarante dernières années de notre pays, surtout en ce qui concerne la lutte pour l’Indépendance. Ne rien dire ou ne rien faire, serait laisser passer des contrevérités inadmissibles, destinées à influencer pour mieux induire en erreur les Djiboutiens, par des écrits entachés d’ignorance et de mauvaise foi.

L’auteur de l’article du « Progrès » est surpris de mon entretien avec M. Mahdi Ibrahim de « Réalité» : il oublie que depuis plus de huit ans je suis un acteur politique, un opposant qui rejette et condamne la gestion désastreuse du gouvernement. Et que je suis de surcroît le Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), formation politique qui agit au sein de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) et dont l’importance et l’audience sont incontestables.

Dans notre pays, la fièvre pour une certaine émancipation, un début de prise de conscience de la situation coloniale de notre pays a commencé depuis plus de 40 ans. Quand bien même il y aurait quelques mouvements ou quelques cas isolés, la vraie lutte a débuté avec l’arrivée sur la scène politique djiboutienne du grand héros national Mahamoud Harbi Farah.

En 1960, l’année des indépendances africaines, un parti nationaliste que les falsificateurs de l’Histoire du pays ont tendance à ignorer était né à Djibouti. Il s’agissait du Parti du Mouvement Populaire (PMP) dirigé par des hommes valeureux dont l’un des principaux acteurs était M. Moussa Ahmed Idriss. La manifestation de 1960 contre le Ministre de la France d’Outre-Mer, M. Robert LECOURT, en visite à Djibouti, et celle de 1966 contre le Général DE GAULLE a été organisée par ce parti. J’ai été un militant et adhérent de la première heure de cette formation.

Ma carte d’adhésion toujours en ma possession jusqu’à aujourd’hui illustre bien mon patriotisme et mon rejet du colonialisme. D’abord Premier Vice-Président puis Président de l’Association des Etudiants et Stagiaires Djiboutiens à Paris, avec mes amis, nous avons dénoncé et condamné constamment auprès des médias et des mouvements d’étudiants des partis français de gauche, la répression qui s’abattait sur nos concitoyens.

Après mon retour à Djibouti en 1966, j’ai été un des rédacteurs, sinon le principal rédacteur qui assurait chaque semaine la publication du bulletin d’information du PMP, jusqu’au mois de mars 1967, date d’interdiction par l’administration coloniale du Parti du Mouvement Populaire. Plusieurs ténors politiques djiboutiens encore en vie pourront confirmer aisément, y compris des personnalités liées au pouvoir actuel, s’ils sont de bonne foi.

A l’extérieur de Djibouti, s’est formé un Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) dirigé par le patriote Aden Robleh Awaleh, qui lui aussi avait interrompu ses études pour venir, en même temps que moi, au secours des djiboutiens.A peu près à la même époque, se sont constitués plusieurs partis : l’UPA (l’Union Populaire Africaine) dirigée par Hassan Gouled, l’AJP (l’Action pour la Justice et le Progrès) de Moumin Bahdon, et la LAO ( Ligue pour l’Avenir et l’Ordre) dirigée par Ahmed Dini Ahmed.

Ces dernières ont fusionné et ont pris le nom de Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) dont les principaux dirigeants ont été Hassan Gouled et Ahmed Dini.

Par ailleurs, un groupe de députés appelé les 13 parlementaires à la tête desquels se trouvait Barkat Gourad Hamadou a joué un rôle éminemment décisif dans la marche vers l’Indépendance. Je confirme ici ce qu’a dit le dénommé Baxwell ( cadre de la LPAI à n’en pas douter ) dans ce numéro 66 de « Réalité ». Effectivement, j’ai été invité, bien qu’Inspecteur du Travail avec d’autres à assister à des réunions de travail, les après-midi, au domicile du Président Hassan Gouled souvent sous sa présidence. Nous abordions des sujets aussi divers que l’organisation administrative de la future république, les finances, et chacun des participants faisait un exposé dans le domaine de sa compétence. C’est lors d’une de ces réunions que j’ai fait la connaissance d’hommes comme Maître Antoine PINET ou encore Patrick MILLON.

Mon militantisme pour la liberté, engagé en 1960, a culminé en 1976 avec ma participation à la Conférence de Paris, après que le Président Valéry GISCARD D’ESTAING eut reconnu la vocation du TFAI d’accéder à l’indépendance. Tous les mouvements extérieurs et tous les partisans de l’indépendance basés à Djibouti étaient présents. La partie française et les nombreuses délégations du TFAI se sont mises d’accord et ont arrêté la date du 27 juin 1977 jour de l’Indépendance.

Là aussi, j’avais apporté ma modeste contribution pour rapprocher les positions des uns et des autres. Ce fut le couronnement d’un long combat pour tous ceux qui, des années durant, ont lutté inlassablement pour l’Indépendance de notre pays.

C’est vrai, j’étais un fonctionnaire modèle, inspecteur du travail, responsable d’un secteur très important de l’administration, un arbitre entre toutes les parties, mais je ne négligeais pas pour autant les activités tendant à faire bouger le pays, pour qu’il rejoigne les autres pays libres de l’Afrique post-coloniale.

Bien que tenu par l’obligation de réserve, j’ai été quelque fois contraint d’évoluer sur des terrains hérissés d’obstacles, je n’ai jamais failli à ma mission. Je ne me suis jamais dérobé. Chaque fois que les partis qui combattaient le colonialisme avaient besoin de moi, j’étais présent. Je n’ai jamais été un collabo, ni policier ni agent de renseignements, et encore moins lié à une quelconque administration chargée de la répression des indépendantistes qui, quotidiennement, intimidait les cœurs et les esprits épris de liberté. Comme l’a très bien souligné le courrier publié par le numéro 66 de « Réalité », l’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.

Au siècle dernier, notre continent a connu deux sortes de colonisation. La colonisation de peuplement comme l’Algérie et l’Afrique du Sud et la colonisation d’encadrement. La nôtre était de la deuxième catégorie. Elle consistait à occuper les postes clés. Pour pouvoir remplacer un titulaire de ces postes, il fallait une formation théorique et pratique solide, ainsi qu’un sérieux et une expérience suffisante. Les nominations et les fonctions au rabais d’aujourd’hui uniquement justifiées par le népotisme, le tribalisme, le clanisme et la fidélité servile n’existaient pas. Seuls les éléments solides, sérieux et compétents accédaient aux postes occupés par les européens. C’est la raison pour laquelle l’administration coloniale d’alors était efficace, dynamique et performante dans tous ses différents secteurs.

C’est grâce au mérite, seul critère de promotion en vigueur, que j’ai pu gravir toute la hiérarchie et ainsi connaître une ascension rapide dans l’administration. Pendant cette longue lutte pour la libération du pays, de quel côté était le thuriféraire LM et ses maîtres ? Sûrement du côté de l’administration coloniale.

Mes activités antérieures, mon passé, mes différentes responsabilités et ma disponibilité ont été pour beaucoup dans ma nomination en qualité de Directeur de Cabinet par le Président Hassan Gouled Aptidon. Cet homme politique, perspicace, a compris combien je serai utile à mon pays dans mes nouvelles responsabilités, au moment où l’Etat djiboutien, à peine proclamé, demeurait extrêmement fragile comme un nouveau-né.

Après l’indépendance, devant un sentiment de méfiance ou d’attentisme de certains, d’excès d’euphorie chez d’autres, il a fallu consolider le nouvel Etat, organiser la vie post-coloniale, et cela a nécessité beaucoup d’efforts et de réflexion, de nuits entières d’insomnie. C’est pourquoi, je trouve tout à fait injustifiées les critiques de ceux qui n’ont rien fait ou ont étroitement collaboré avec la police coloniale et les services de renseignements. Une fois le pays partiellement stabilisé, il a fallu s’attaquer aux problèmes les plus urgents : La lutte contre la soif, le développement agricole tous azimuts, le développement des ressources nationales, pêche et élevage.

Mais le plus urgent des points cités dessus était le développement de nos ressources humaines. La formation des hommes, de la jeunesse djiboutienne était devenue une priorité des priorités. Ne dit-on pas qu’ « il n’est de richesse que d’hommes ». Devant les nouvelles administrations telles que les Affaires Etrangères, beaucoup d’enseignants décidèrent de quitter leur département considéré comme exigeant et moins rémunéré. Pour les intéresser, les encourager à se maintenir en place, des avantages leur ont été consentis (logements et indemnités). Cette initiative dénote la pureté des intentions des responsables d’alors. Elle a développé la consommation intérieure et relancé la création d’emplois en poussant les djiboutiens à investir dans le bâtiment, elle a relevé le moral du corps enseignant.

Aujourd’hui, nous constatons que le salaire des enseignants est un salaire de misère. Ils fuient leur propre pays pour aller s’établir à l’étranger. Le gouvernement assiste sans réagir à la fuite massive des cerveaux, des intellectuels, des enseignants et des cadres de haut niveau qui étouffent sous ce régime dictatorial. La démotivation des enseignants est à l’origine du niveau alarmant de notre enseignement.

Le gouvernement du RPP se complait dans le recrutement d’étrangers à prix d’or au lieu de mettre sur pied une politique audacieuse et généreuse comme nous l’avons fait en 1978 pour rassurer les enseignants.

Concernant l’ancienne OPS, je précise que j’ai activement participé à la création de l’entité qui lui a précédée c’est-à-dire la CPS en 1968, suivie en 1976 du SMI. J’ai même été Vice-Président de son Conseil d’Administration durant 6 ans, avec une gestion exemplaire. Lorsque j’ai quitté le Ministère du Travail pour la Présidence, la CPS disposait de 6 milliards FD de réserve. La Caisse des Prestations Sociales a prêté au gouvernement djiboutien, en bonne et due forme, avec contrat de remboursement du capital et intérêts, comme l’on fait d’autres établissements : le Port, l’Edd, l’Oned, etc.

Il est normal que les fonds des établissements publics servent à l’investissement, quand on sait combien notre pays avait, par exemple, besoin d’un hôtel de classe internationale. Le Sheraton a coûté à peu près 3 milliards FD et était la fierté de notre pays. Qu’est devenu le Sheraton aujourd’hui ? Qui l’a bradé pour quelques centaines de millions FD ? Qui a dilapidé un capital d’une telle importance, sans aucun remboursement des créanciers ?

La seule réponse : c’est le gouvernement RPP en place. Pourquoi donc rechercher des boucs émissaires, quand chacun connaît celui ou ceux qui sont à l’origine de cet énorme gaspillage des deniers publics.

La Banque de Développement de Djibouti (BDD) est victime de la crise financière qu’a connue notre pays, car le Trésor National doit plusieurs centaines de millions à cette banque. On avance même le chiffre de 700 millions FD qui est la somme des retenues opérées sur les fonctionnaires et autres agents de l’Etat mais qui n’a pas été reversée à la BDD.

Le PK 20 était un projet agricole expérimental. Tous les essais étaient concluants mais malheureusement le coût de production a été trop élevé pour pouvoir poursuivre ce projet. Faut-il rappeler que celui qui officiait à l’époque en qualité de gestionnaire du PK 20, est aujourd’hui l’intendant de la Présidence.

L’administration existait bel et bien, elle fonctionnait correctement, les salaires étaient payés régulièrement, la retraite assurée, la corruption limitée et combattue, la justice quasi indépendante, la santé et l’éducation étaient réellement des départements prioritaires.

Comme chacun le sait, l’Exécutif djiboutien était composé comme suit par ordre d’importance :

– Le Président, Chef de Gouvernement Hassan Gouled Aptidon élu par le Peuple et responsable devant le Peuple ;

– Le Cabinet du Président, Directeur et Chef, responsable devant le Président ;

– La Primature (Premier Ministre) ;

– Le Cabinet du Premier Ministre ;

– Le Conseil des Ministres, responsable devant le Président de la République.

Hormis tout ce qui avait trait aux questions relevant de la sécurité intérieure et extérieure, dévolues au seul Chef de Cabinet et au SDS, toutes les autres décisions se prenaient soit en Conseil des Ministres, soit sur décision du Président de la République, assisté du Directeur et du Chef de Cabinet.

Monsieur L.M, l’auteur de l’article de la « Tribune libre » du journal « Le Progrès » semble ignorer complètement l’organisation ci-dessus, ainsi que les responsabilités des uns et des autres.

En ce qui me concerne, je n’ai pas à avoir honte de mon passé, car j’ai œuvré dans l’intérêt supérieur de notre jeune Nation.

Je ne rejette donc pas mon passé : il a été pour moi source de formation, d’enrichissement, d’expérience et surtout d’humilité car aucun responsable ne peut exister sans la confiance que lui accordent les administrés. C’est enfin ce passé qui m’a préparé pour le Présent et pour mieux me préparer pour l’Avenir. Incha Allah.

Ismaël Guedi Hared

Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice


La LDDH rend hommage à l’UDC

Trente années d’existence travailleuse : l’occasion devait être fêtée à sa juste mesure. Consciente du rôle primordial de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) dans l’éducation et la culture, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains nous a fait parvenir l’hommage suivant que nous reproduisons. Nous reviendrons plus en détail la semaine prochaine sur le destin exceptionnel de cette association.


HOMMAGE AUX MEMBRES DE

L’UNION POUR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL (UDC)

LE 20 OCTOBRE 2003

Hommage aux membres de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) ;

Hommage aux membres de I’UDC qui nous ont quittés pour leur dernière Demeure, que Dieu Tout-Puissant leur accorde Sa Paix et les accueille dans Son Paradis céleste ;

Hommage aux membres qui continuent sans relâche à oeuvrer au développement du patrimoine culturel de notre pays, au sein de l’UDC avec indépendance et sérieux.

En cette période du trentième ( 30eme ) anniversaire de I’UDC, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) rend un vibrant Hommage à I’UDC pour les raisons suivantes :

– Considérant le fait que I’UDC a énormément oeuvré sans publicité, avec discrétion, efficacité et abnégation exemplaires au développement et à la promotion de l’Education non seulement des jeunes qui aujourd’hui, et il faut le dire, assument des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, des jeunes donc les études ont été financées, lorsque l’Etat avant ou après I’indépendance faisait défaut, ont été financées grâce au concours de I’UDC, mais aussi à participer à la promotion du Patrimoine de la Culture et des Arts ;

– Considérant le fait que l’UDC a toujours avec discrétion et efficacité oeuvré à la promotion de la transcription et à la diffusion de la langue Afar, en effet, alors que la transcription de la langue Somalie s’était rapidement propagée, parallèlement, I’UDC avait pris avec ses faibles moyens « le taureau par les cornes » en participant avec ténacité et par des méthodes pragmatiques au succès de la promotion de la langue Afar et à la réussite d’une meilleure alphabétisation dans notre Territoire.

– Considérant les actions de I’UDC en vue de mieux propager les instruments internationaux et nationaux, actions dont la dernière en date a consisté à traduire en langue Afar la Déclaration Universelle des Droits de I’Homme et de procéder à sa diffusion dans les secteurs mêmes les plus reculés du Nord et de l’Ouest de la République de Djibouti.

La liste des actions de I’UDC en faveur de la promotion de la dignité de la personne humaine étant longue, la LDDH ne peut que rendre Hommage à toutes les actions positives des membres de I’UDC ;

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains encourage vivement les membres de I’UDC à continuer et à amplifier le combat légitime pour le développement de la Culture et des Arts djiboutiens, ses combats légitimes tout en continuant à préserver avec vigueur dans sa volonté d’indépendance par rapport aux pouvoirs étatiques, volonté d’indépendance qui doit servir d’exemple en tant que doyenne des Organisations djiboutiennes Non Gouvernementales.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

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Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Géostratégie du légionnaire
  4. En hommage à Edward Saïd
  5. De la Tchétchénie à Israël
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 65

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE CIRQUE POLITIQUE BIENTÔT EN REPRÉSENTATION A YOBOKI

Terminator, Gouvernator, Exterminator, Doctor : ce n’est certainement pas un hasard si les comédiens et autres acteurs de cinéma sont statistiquement (par rapport à d’autres métiers) les plus nombreux à être attirés par une carrière politique. Sans parler de la candidature de Coluche, même la reconversion réussie de Bernard Tapie en sens inverse le montre clairement : la politique est inséparable du spectacle. Mais si la concurrence électorale entre les partis et l’alternance des régimes, qui définissent une véritable démocratie, tempèrent ailleurs le recours abusif à la mise en scène mystificatrice, l’action politique est le plus souvent réduite, dans les situations de parti unique comme à Djibouti, à la seule imagerie officielle exagérément produite par des médias dociles, avec tout ce que cela implique de retouches ou de trucages.

Au moment où, dans le cadre de ses activités, l’ARD projette pour bientôt une tournée dans le Sud et le Sud-Ouest, c’est essentiellement dans cette optique symbolique (au sens de nulle) qu’il convient de comprendre les récentes et prochaines attentions que le régime feint d’accorder à Yoboki et sa région. A régime sans dessein, coopération sans envergure : tout le monde, à commencer par les habitants de Yoboki, aura noté le ridicule consistant à financer aujourd’hui une étude aux fins d’installation d’un réseau électrique alimenté par un groupe électrogène qui s’ennuie sur place depuis plus d’un an. Mettre la charrue avant les bœufs, c’est la meilleure trouvaille du régime pour simuler le mouvement au point mort.

Pourquoi le spectacle tient-il donc ici lieu d’action et de pensée politiques ? Principalement parce qu’il s’agit, sous la conduite peu éclairée du Chef de l’État en campagne électorale anticipée, de violer les dispositions de l’Accord de paix du 12 mai 2001 relatives à l’indemnisation des biens civils détruits et à la Réhabilitation des zones affectées par le conflit. On saisit alors toute la mesure de la démagogie en action, surtout quand il s’agit d’une région comme celle de Yoboki qui, bien que sécurisée d’un point de vue militaire dès les Accords d’Ab’a en 1994, n’a jamais bénéficié du moindre programme de reconstruction de ses infrastructures. Et si nous rappelons sans cesse cette violation, c’est surtout parce que partout dans le monde, elle s’est terminée par un nouveau conflit : seul un régime irresponsable peut l’oublier.

Comme pour Obock ou Randa, aucune visite ministérielle ou présidentielle n’y changera rien : le triste spectacle des artifices politiques, servi jusqu’à la nausée par les médias gouvernementaux, ne sert qu’à masquer la réelle absence d’un programme tendant à restaurer dans leur dignité, dans leurs biens et dans leurs droits les habitants de ces régions dévastées et visant à durablement arracher toutes les masses défavorisées au dénuement dans lequel les maintiennent prédation et mauvaise gouvernance généralisées.

Le pain et le cirque, disaient déjà les Latins. A défaut d’assurer le pain quotidien en améliorant leurs conditions d’existence, le régime est en tout cas très généreux dans la promotion de son cirque politique : bientôt à Yoboki. Les invités de la région sont rassurés : aucune carte nationale d’identité ne sera exigée pour pouvoir assister au spectacle.

C’est déjà cela de gagné !


Brèves nationales

Présidence de la République :

Bailleur de fonds national ?

Le Chef de l’État a récemment inauguré une unité de dialyse du service de santé des FAD. Cet appareillage coûteux mais très utile n’a été financé ni sur le budget de la Défense ni sur celui de la Santé, mais par la Présidence. Mais d’où proviennent alors les fonds apparemment inépuisables et non budgétisés de ce nouveau bailleurs de fonds national ? Rappelons qu’il y a plus d’un an la première dame avait « fait don » à l’Hôpital Peltier d’un coûteux appareil de mammographie, au cours d’une cérémonie médiatisée à outrance.

Nous ne serions pas étonnés d’apprendre dans quelques mois que la Présidence a financé l’acquisition de nouveaux équipements pour la RTD fragilisée après l’incendie de samedi dernier. A quoi servent les départements ministériels et leurs budgets respectifs, si les projets relevant de leur compétence sont concoctés et financés par la Présidence, seul îlot de prospérité dans un océan de précarité ?

Sud-Ouest :

Visite de l’agronome volant ?

Dans le cadre de la promotion du développement agropastoral, le Chef de l’État, frais émoulu de l’Université d’agriculture de Tokyo, s’apprêterait à effectuer une visite médiatique dans la région Yoboki Galafi à la mi-octobre.

Après ses visites éclairs du mois de juillet dernier à Assamo et As-Eyla au cours desquelles il avait prodigué ses conseils éclairés aux cultivateurs de ces deux localités, nul doute que cette fois, « le numéro un djiboutien » s’entretiendra avec les nomades du Sud-ouest, de la riziculture en milieu aride. A moins que ce ne soit de l’autosuffisance en kath…

A ce chapitre, le jardin d’acclimatation du Day, propriété privée de notre agronome volant, accueille déjà plus de 2000 plants de khat tout droit venus de la région de Dire-Dawa. Une façon comme une autre de lutter contre l’érosion des hauts plateaux djiboutiens !

Yoboki :

Réhabilitation élec…toraliste ?

Après les réhabilitations ébranlées de Randa et d’Obock, le régime planche actuellement sur l’électrification bien tardive de Yoboki. Neuf ans après les accords d’Ab’a, cette localité abandonnée végète encore dans l’obscurité. Pré-campagne présidentielle oblige, les autorités semblent à présent décidées à la sortir des ténèbres dans lesquelles elle était injustement maintenue depuis 1992. Le groupe électrogène livré en 2002 attend peut-être la visite du Président lui aussi électrogène pour fonctionner.

Dans une logique d’esbroufe, le Commissaire de Dikhil évoque déjà la mise sur pied d’un comité de gestion du futur réseau électrique dont la mise en service est prévue dans trois mois. On se souvient du groupe électrogène de Randa qui a cessé de fonctionner, faute de carburant, dès le lendemain de son inauguration en grande pompe. Les habitants de Yoboki restent pantois devant ce qu’ils considèrent comme une gageure électoraliste. Après tout, ces populations n’oublient pas qu’à leur retour d’exil, elles ont dû attendre près de dix ans pour entendre à nouveau parler d’électricité.

En attendant, il reste les habitations détruites à reconstruire, les démobilisés à réinsérer, toutes les victimes ayant perdu leurs biens à indemniser. Pari impossible à tenir par ce régime se nourrissant de la détresse de ses concitoyens en les abrutissant avec du khat financé avec les deniers publics. Pur délire que prétendre pouvoir convaincre ainsi une population oubliée depuis si longtemps. Avant de renouer avec la lumière, la vraie, Yoboki entend se libérer de l’obscurantisme imposé pour ce régime paternaliste et sectaire.

Education Nationale :

Le triangle de l’ignorance

Hanlé, Galafi, Gagadé, Assal, toutes ces régions bien peuplées du district de Dikhil se singularisent par un injuste et criminel abandon dans le domaine de l’Éducation. En effet, aucune école n’y a été construite en un quart de siècle d’indépendance. Les habitants de ces contrées n’ont ni école, ni dispensaire, ni même de pièces d’identité. Ils se considèrent comme les damnés de notre pays.

En février 2002, lors d’un pompeux séminaire sur l’action gouvernementale, le Vice-président du Conseil régional coopté de Dikhil avait courageusement évoqué la gravité de la situation dans ces régions, sans être entendu. Un véritable développement respectueux des populations commence par la lutte contre l’ignorance, en un mot par l’éducation des enfants, avant le GSM et la Télévision !

Damerjog :

Futur ranch agropastoral ?

Nul n’est censé l’ignorer, notre Président est un amoureux de la terre. Anticipant sur l’installation à Damerjog d’un Centre Régional d’Exportation de Bétail, notre illustre paysan y disposerait déjà d’une propriété à finalité agropastorale. Les méchantes langues affirment même qu’il compte y pratiquer la riziculture apprise au Japon paraît-il. La future rizière serait irriguée à partir de l’eau de mer dessalée par une usine devant être installée su la côte et destinée à fournir de l’eau douce pour les millions de tête de bétail qui transiteront par cette localité de Damerjog.

On n’arrête pas le progrès agropastoral de notre pays et de son Président. Pour l’heure, Damerjog reste reliée à la Capitale par une piste qui attend d’être goudronnée comme celles des autres zones rurales.

Port pétrolier de Doraleh :

En attendant l’Oléoduc ?

Les ports d’Aden (Yémen) et de Salalah (Oman) n’ont qu’à bien se tenir. Le futur port de Doraleh (voulu par le Chef de l’État) et dont le Conseil d’Administration déjà en place est présidé par un très proche du « promoteur », deviendra à n’en pas douter le plus performant de la région, et pour cause : des gisements de pétrole découverts paraît-il dans la zone côtière du nord-est du Somaliland, seraient bientôt mises en exploitation. Il s’agit donc à présent de plancher sur la faisabilité d’un projet d’oléoduc qui relierait cette région pétrolifère du Somaliland au futur terminal pétrolier de Doraleh. Il fallait y penser ! Depuis que l’Emirat de Dubaï est devenu notre modèle…

Clandestins :

Retour à la case départ

Le régime a beau claironner que des centaines d’étrangers en situation irrégulière ont été refoulés depuis le début des rafles, on observe depuis plusieurs jours un mouvement en sens inverse. Les immigrés reviennent dans la Capitale. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la cohorte des mendiants et autres sans domicile fixe qui errent en ville. Ce mouvement de retour est rendu possible par l’existence de trois facteurs : la porosité de nos frontières, le dynamisme des passeurs professionnels et le dépeuplement progressif du camp d’Awr-Aoussa au profit de la Capitale.

A ce rythme, d’ici le mois du Ramadan, Djibouti retrouvera son visage d’avant le mois d’Août. Conçue dans une logique démagogique et électoraliste, la brutale et maladroite lutte contre l’immigration clandestine mise en œuvre par le régime ne pouvait que lamentablement échouer.

Ce docteur m’abuse :

L’honneur sans cause

La communauté internationale est décidément ingrate : bien qu’il ait inventé une approche révolutionnaire dans le règlement des conflits (faire la paix sans ceux qui font la guerre) et bien que le Budget du pays ait beaucoup souffert de la générosité d’Arta, le prix Nobel de la paix n’a pas été décernée au Chef de l’Etat djiboutien pour son inestimable contribution à la réconciliation intersomalienne. Les ingrats l’auraient même oublié, lui préférant d’ombrageux voisins, puisque notre pays ne semble pas avoir été le bienvenu à la énième conférence des chefs de guerre qui se tient actuellement au Kenya.

Qu’à cela ne tienne ! l’intolérable injustice ainsi commise est aujourd’hui réparée : une illustre université japonaise reconnaît enfin ses incommensurables qualités, qui vient de lui accorder le titre de docteur honoris causa. Le quidam national est sommé de gober la plaisanterie internationale, même s’il sait qu’une telle distinction est généralement une sorte de transaction au terme de laquelle une université rehausse son propre prestige en distinguant une personnalité ayant elle-même un cursus académique et une action politique incontestables.

Sans avoir à évoquer la prétention présidentielle d’introduire à Djibouti la culture du riz jaune (sans rire, bien entendu !), les motifs invoqués pour cette distinction honorifique laissent perplexes : c’est à se demander si l’honorable université nippone ne s’est tout simplement pas trompé d’impétrant.

En effet, comment rester sérieux lorsque l’on apprend, dans les colonnes de « La Nation », que le Chef de l’État a été distingué pour « son encouragement à l’égard de l’Université d’Agriculture de Tokyo dans son projet intitulé ‘’le reboisement du désert’’ » ? Il y a une nouvelle coopération Sud-Nord dont nous ne sommes apparemment pas au courant.

Quant à « ses efforts entrepris dans la lutte contre la famine et la désertification, son combat pour l’autosuffisance énergétique, son initiation d’une grande campagne « vert » visant la régénération de la végétation et la lutte contre la pauvreté, son rôle actif dans le développement et l’amélioration de l’agriculture, dans la lutte pour la préservation de l’environnement » (excusez du peu), au-delà des répétitions qu’impose l’hagiographie officielle, il est malheureux de constater que la réalité nationale ne corrobore absolument pas de tels exploits.

La dégradation des conditions de vie, de l’environnement, l’état d’abandon des régions de l’Intérieur démontrent tout le contraire. A moins que l’auguste institution ait pris le projet présidentiel d’acclimatation du khat et du café au Day pour une action visant à l’autosuffisance alimentaire et à la protection de cette forêt unique en son genre.

Il faut être irresponsable RPP ou quelque fonctionnaire international pour prétendre que tout va bien. Heureusement, si les Djiboutiens ont beaucoup moins de raisons que les Irakiens d’être désespérés de l’impuissance des Nations Unies, le Japon est pour nous un partenaire de développement constant et efficace qui vaut bien que lui soit pardonné ce doctorat de circonstance.

Service National Adapté :

Le grand bluff de l’insertion sociale des jeunes

Dans un pays où le chômage frappe la quasi totalité des jeunes en âge de travailler et vu le mécontentement grandissant de cette catégorie sociale, le régime en panne d’imagination n’a rien trouvé de mieux que de tenter l’embrigadement. Ce projet loufoque œuvre de l’imagination débordante de notre Einstein national a été confié pour explication à deux spécialistes de « la gestion de vraie problématique» : le Premier Ministre et le Ministre de la Défense. Ce dernier, au gouvernement depuis plus de 8 ans et de surcroît signataire d’un accord de paix avec le régime, oublie que plus d’un millier de démobilisés du Frud d’Ab’a attendent une vraie réinsertion.

Quant au numéro deux virtuel du régime, par ailleurs négociateur de l’accord cadre de réformes et de concorde civile de février 2000, et responsable de tutelle du Prac (Programme de Réinsertion des Anciens Combattants) , se souvient-il des 774 démobilisés du Frud-armé qui ne bénéficient d’aucune réinsertion sociale ?

En cette période préélectorale, le régime ne sait plus à quel saint se vouer pour appâter les jeunes. La formation professionnelle n’a jamais constituée une priorité gouvernementale. La preuve: l’Éducation nationale fabrique elle-même chaque année des milliers de chômeurs.


Géostratégie du légionnaire

 

du mercredi 24 septembre 2003

C’est le bordel à Djibouti

On savait depuis longtemps que ce n’était pas la réussite de ce régime qui propulsait notre pays sur le devant de l’actualité internationale. On apprend aujourd’hui, aux dépens de notre honneur national, que ce n’est pas non plus les seuls attraits géostratégiques qui attirent l’attention internationale sur les manœuvres de la présence militaire étrangère. Loin des considérations tactiques de la lutte antiterroriste, le scandale qui secoue actuellement les sphères galonnées tricolores, et que révèle le document ci-dessous reproduit du Canard Enchaîné, concerne le commerce des corps, souvent mineurs. Et interpelle sur la responsabilité du régime en place dans cette intolérable prostitution.

Alors qu’ils travaillaient sur une affaire de corruption qui éclabousse l’armée à Djibouti, les pandores sont tombés sur plus surprenant encore. Dans l’une de ses dépositions, un officier gardé à vue a craché le morceau sur la gestion du bordel qui jouxte l’enceinte du camp militaire de la Légion étrangère.

Ce « pouf », selon l’expression en vigueur chez les képis blancs, avait déjà eu les honneurs du « Canard » le 18 juin dernier. Pour y avoir abusé de gamines dont la plus âgée avait onze ans, un caporal répondant au nom de Colin Powell (rigoureusement sic) avait été interpellé par les gendarmes. Mais, bien que relevant du tribunal aux armées de Paris, selon les accords franco-djiboutiens, l’intéressé avait récupéré fissa par la Légion et remis aux autorités locales. Lesquelles l’avaient condamné à… 3 mois de prison (pour ce genre de facéties, c’est 10 ans, selon le Code pénal français).

Or la déposition récente de cet officier mis en garde à vue dans une autre affaire éclaire d’un jour nouveau l’obligeance de ces messieurs à képi blanc envers un des leurs. « Quand je suis arrivé à la division, explique le mouchard, j’ai été mis au courant de l’existence d’un cahier qui devait être tenu secret et que chaque chef de corps remettait à son successeur. Ce cahier relatait tout l’historique financier des différents « poufs » (maison close militaire). Sur ce cahier apparaissaient les noms des différents chefs de corps ayant autorisé cette activité au sein du régiment. »

Et le naïf de narrer par le menu le malaise du nouveau patron du régiment découvrant le fameux « cahier » avec les noms de « généraux actuels qui y figuraient », et demandant, après l’avoir mis au coffre, « que personne n’en parle». « Toutes les personnes dont le nom figure sur ce cahier pourraient être accusées de proxénétisme aggravé et de détournement de fonds. » Des généraux maquereaux, quelle affiche !

L’ambiance est telle, sur place, qu’en sortant de sa garde à vue le témoin a souscrit une assurance-vie ! Mais les pandores, qui travaillent sur commission rogatoire, sont bien décidés à mettre la main sur l’encombrant brûlot. Car, depuis la fin de la guerre d’Algérie, les bordels sont interdits dans les armées. Une exception avait été faite pour la Légion étrangère, jusqu’en 1978, époque à laquelle Bourges avait ordonné la fermeture de tous les établissements. Au grand dam des anciens.

A Djibouti pourtant, le petit commerce a perduré jusqu’en 1993. mais, lors d’une inspection, un général a finalement exigé que le pouf soit installé à l’extérieur du camp militaire. On l’a donc collé de l’autre côté du grillage. « Dans le cadastre, ce n’est plus une emprise française », se marre un gradé. Mais le nom des généraux, lui, est bien à l’intérieur… du cahier.

B.R.

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COMMENTAIRE

A moins de supposer une extraterritorialité, une sorte de « zone franche sexuelle », il est légitime de penser que ce bordel est une société commerciale de droit djiboutien, appartenant à des Djiboutiens et dont les bénéfices vont à des Djiboutiens : le régime RPP est au moins son complice, sinon son actionnaire. Qui sont donc ces malheureuses prostituées, souvent mineures ? Françaises : strictement impossible ! Immigrées clandestines : quelques-unes, mais certainement majeures. Djiboutiennes : au moins les mineures, à n’en pas douter. Beaucoup de bruits courent à propos de réseaux djiboutiens de prostitution, dont un à Ambouli.

Le mode de recrutement de la Légion étrangère ainsi que la misère sexuelle des garnisons peuvent largement expliquer de tels comportements déviants. Mais que la Justice djiboutienne ne réprime pas ces perversions, surtout le trafic de mineures, en dit long sur la moralité qui règne dans certaines sphères dirigeantes et de leur prétendue « promotion de la femme ». Réalité mène son enquête et livrera bientôt ses conclusions.


En hommage à Edward Saïd

L’œuvre du grand intellectuel, Edward Saïd, récemment décédé, mérite d’être connue. Son origine palestinienne donnait à ses écrits une impression d’écorché vif, tandis que sa citoyenneté américaine d’adoption se retrouvait dans sa totale liberté de pensée, loin du conformisme ambiant. Voici un texte publié dans Le Monde Diplomatique d’août 1998 dans lequel il invite les intellectuels arabes à éviter les explications trop faciles dans la recherche d’une solution au problème israélo-palestinien.


RÉPONSE AUX INTELLECTUELS ARABES FASCINÉS PAR ROGER GARAUDY

Israël-Palestine, une troisième voie, par EDWARD SAÎD

La décision prise, cet été, par le gouvernement israélien d’accélérer la judaïsation de Jérusalem-Est confirme l’échec des accords d’Oslo. Cette impasse ravive le débat entre intellectuels arabes sur les responsabilités qui leur incombent. Ainsi nombre d’entre eux – à de très rares et courageuses exceptions près – saluent en Roger Garaudy, dont souvent ils ne connaissent pas les derniers livres, un défenseur de l’islam victime de la censure occidentale. Très critique envers ce dernier ainsi qu’à l’égard de ses partisans arabes, notamment égyptiens, Edward W. Saïd revient ici sur la question de l’engagement moral et politique de l’intellectuel arabe ou israélien.

MAINTENANT qu’Oslo s’est révélé foncièrement inopérant et impraticable, il serait pour le moins souhaitable que les défenseurs arabes, israéliens et autres de cet accord se décident à faire un effort de clarté. Un certain nombre de points préliminaires semblent s’imposer à cet égard; pour commencer, que le terme de « paix » est un mot désormais discrédité, voire frauduleux, dont l’usage a montré qu’il ne constitue aucune garantie contre l’avènement de nouvelles entreprises de répression et de destruction à l’encontre du peuple palestinien. Comment peut-on décemment continuer à parler de « paix » alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la torture (1)?

L’historien romain Tacite disait de la conquête de l’Angleterre qu’ « ils [les soldats romains] avaient créé la désolation et lui avaient donné le nom de paix ». C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui dans les territoires occupés, et ce avec la collaboration de l’Autorité palestinienne, des États arabes (à peu d’exceptions près), d’Israël et des États-unis.

Il est, d’autre part, inutile et vain de penser que l’on peut sortir de l’impasse par un retour au passé. Nous ne pouvons ni revenir aux jours d’avant la guerre de 1967 ni accepter le recours à des slogans de rejet et de ségrégation, prétendument inspirés de l’âge d’or de l’islam. Comme le disent aussi bien Israël Shahak (2) qu’Azmi Bishara (3), il faut, pour défaire l’injustice, créer davantage de justice et non pas de nouvelles formes de surenchère du type: « Ils ont un État juif, nous voulons un État islamique. » Sans compter qu’il est stupide de vouloir imposer un boycottage à tout ce qui est israélien (mode de pensée actuellement en vogue dans plus d’un cercle d’intellectuels progressistes arabes), et de prétendre que c’est là que se trouve la vraie voie du nationalisme.

Et le million de Palestiniens qui sont citoyens israéliens, faut-il aussi les boycotter, comme ce fut le cas dans les années 50? Et les Israéliens qui appuient notre combat, faut-il qu’ils soient boycottés parce qu’ils sont israéliens? Une telle attitude équivaut à nier le triomphe du peuple sud-africain sur l’apartheid et à faire fi de toutes les victoires de la justice dues à la coopération politique non violente entre gens de même opinion situés des deux côtés d’une frontière mobile. Comme je l’ai écrit récemment (4), nous ne pouvons gagner cette bataille en souhaitant que les juifs s’en aillent ou en prônant l’islamisation: nous avons besoin de ceux qui de l’autre côté de la frontière sont partisans de notre lutte. Nous nous devons de franchir cette ligne de séparation que les accords d’Oslo ont, entre autres, consacrée et qui maintient une situation d’apartheid entre juifs et Arabes en Palestine. La franchir et non pas la renforcer.

Enfin, et ce point est sans doute le plus important, il y a une différence majeure entre un comportement politique et un comportement intellectuel. Le rôle de l’intellectuel est de dire aussi pleinement, aussi honnêtement et aussi directement que possible la vérité. Cela implique qu’il ne se soucie ni de plaire ou déplaire au pouvoir, ni de s’inscrire dans la logique d’un gouvernement, ni de répondre à un intérêt de carrière. Le comportement politique repose, en revanche, sur des considérations d’intérêts et de maintien de pouvoir. Il est évident, à cet égard, que la poursuite de la voie tracée par les accords d’Oslo place les États arabes, l’Autorité palestinienne ainsi que le gouvernement israélien dans une position strictement politique et non pas intellectuelle.

Prenez, par exemple, la déclaration conjointe des Égyptiens (Société du Caire pour la paix) et des Israéliens (La Paix maintenant) (5), retirez- en les phrases redondantes sur la « paix » et constatez le résultat: vous avez là non seulement un endossement d’Oslo, mais aussi un retour à l’esprit des accords de Camp David entre Anouar El Sadate et Menahem Begin à la fin des années 70, ici décrits comme un modèle de courage, d’une importance décisive. Tout cela est très bien, à cela près que l’on est tout de même en droit de se demander ce qu’il en est des Palestiniens dans cette affaire. Ni la question de leur autodétermination ni celle de leur territoire ne sont mentionnées dans ce fameux « modèle de courage » que sont les accords de Camp David.

Que penserait-on si une poignée d’Israéliens et de Palestiniens formulaient ensemble de vibrantes proclamations de paix israélo-syriennes en lieu et place de ces deux gouvernements? Au nom de quoi deux parties, l’une étant l’oppresseur des Palestiniens et l’autre s’arrogeant le droit de parler pour eux, seraient-elles habilitées à concevoir l’issue d’un conflit qui ne les oppose pas directement? Sans compter que, s’il devait s’agir d’en appeler à l’actuel gouvernement israélien, cela équivaudrait à demander au comte Dracula de nous vanter les vertus du régime végétarien! Bref, un tel comportement politique ne fait qu’abonder dans le sens d’un processus agonisant, celui d’Oslo, et hypothèque les chances d’une vraie paix, en opposition à la paix frauduleuse américano-israélienne. Néanmoins, il est intellectuellement irresponsable de revenir au confort de l’esprit de boycottage qui se répand actuellement dans un certain nombre de pays arabes. Cette sorte de tactique (pas plus maligne que l’entêtement d’une huître à chercher son chemin dans le sable) constitue une pure régression.

Israël n’est ni l’Afrique du Sud, ni l’Algérie, ni le Vietnam. Et, que cela nous plaise ou non, les juifs ne sont pas des colonialistes ordinaires. Oui, ils ont souffert de l’Holocauste, oui, nombre d’entre eux sont victimes d’antisémitisme. Non, ces faits ne leur donnent pas le droit d’exercer ou de poursuivre une politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs malheurs. Je le dis et le répète depuis vingt ans: nous n’avons pas d’option militaire dans ce conflit et n’en aurons pas de sitôt. D’ailleurs, en dépit de leur énorme pouvoir, les Israéliens n’ont pas réussi, de leur côté, à obtenir la sécurité qu’ils souhaitaient. Il ne faut pas oublier non plus que les Israéliens ne sont pas tous les mêmes, et que nous nous devons, quoi qu’il arrive, d’apprendre à vivre avec eux de la manière la moins injuste ou, mieux encore, la plus juste possible.

La troisième voie dont je parle se démarque aussi bien de la faillite d’Oslo que des politiques rétrogrades de boycottage. Elle nécessite, tout d’abord, d’être conçue en termes de citoyenneté et non de nationalisme, dans la mesure où la notion de séparation (Oslo) et d’un nationalisme théocratique triomphaliste, qu’il soit juif ou musulman, ne répond ni ne traite des réalités qui nous attendent. Ce concept de citoyenneté implique que tout individu bénéficie d’un même droit, fondé non sur la race ou la religion, mais sur une égalité de justice garantie par la Constitution, concept inconciliable avec la notion largement dépassée d’une Palestine « purifiée » de ses « ennemis ». Qu’elle soit pratiquée par les Serbes, par les sionistes ou par le Hamas, la purification ethnique est la purification ethnique.

La position qu’Azmi Bishara et plus d’un juif israélien – tel Ilan Pappé (6) – tentent à présent de faire entendre et de promouvoir politiquement est une position qui accorde les mêmes droits aux juifs et aux Palestiniens qui se trouvent au sein de l’État juif. Et on ne voit pas pourquoi ce même principe d’égalité ne serait pas applicable dans les territoires occupés, où les Palestiniens et les juifs israéliens vivent côte à côte, sachant qu’à l’heure actuelle un peuple – les juifs israéliens – domine l’autre. Le choix est clair: c’est soit l’apartheid, soit la justice et la citoyenneté.

Le véritable enjeu se pose ici en termes de clarté et de courage intellectuels, un enjeu qui consiste à combattre toute discrimination raciale, d’où qu’elle vienne. Or il s’insinue, à l’heure actuelle, dans le discours et la pensée politiques d’un certain nombre d’intellectuels arabes une mauvaise vague d’antisémitisme rampant et d’hypocrite vertu. Une chose doit être claire: nous ne combattons pas les injustices du sionisme pour les remplacer par un nationalisme odieux (religieux ou civil) qui décréterait les Arabes de Palestine plus égaux que d’autres.

L’histoire du monde arabe moderne, avec son cortège d’échecs politiques, de violations des droits humains, d’incroyables incompétences militaires, de baisses de production (le tout accompagné du fait que, plus qu’aucun autre peuple moderne, nous reculons au lieu d’avancer en matière de démocratie, de technologie et de sciences), cette histoire est déformée par toutes sortes de poncifs et d’idées indéfendables qui vont, notamment, jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Holocauste et la souffrance du peuple juif.

La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.

Abonder dans le sens de Roger Garaudy et de ses amis négationnistes au nom de la liberté d’expression est une ruse imbécile qui ne fait que nous discréditer davantage aux yeux du monde. C’est une preuve de méconnaissance fondamentale de l’histoire du monde dans lequel nous vivons, un signe d’incompétence et d’échec à mener une bataille digne. Pourquoi ne combattons-nous pas plus durement en faveur de la liberté d’expression dans nos propres sociétés, une liberté dont tout le monde sait qu’elle existe à peine? Les mesures d’oppression et de censure de la presse et de l’opinion publique sont tout de même autrement plus inquiétantes dans le monde arabe qu’en France! Pourquoi ne pas concentrer nos efforts à les combattre plutôt que de s’exciter à défendre M. Garaudy et à se fourvoyer au point que certains, et parmi eux des intellectuels de renom, n’hésitent pas à ériger cet homme en Zola!

Des pays tels que l’Égypte et le Liban comptent respectivement 130 000 et 400 000 réfugiés palestiniens de 1948. Et voilà cinquante ans que ces derniers n’ont pas droit, pour la plupart, à un permis légal de séjour. Traités en ennemis par les États arabes qui les hébergent, ils sont privés de permis de travail, d’accès à l’éducation ainsi que d’assistance sociale ou médicale, et ils sont de surcroît sommés de se présenter à la police tous les mois. Oubliés de tous, n’appartenant ni à un lieu ni à un autre, ils vivent une situation littéralement kafkaïenne. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que des intellectuels responsables se mobilisent, dans les pays concernés, pour l’amélioration de leurs conditions de vie. L’obtention d’une aide humanitaire élémentaire et la levée des mesures discriminatoires auraient été bien plus utiles à la cause palestinienne que la pléthore de théories auxquelles nous avons droit, qu’il s’agisse de déclarations contre la « normalisation » ou pour les « nouvelles initiatives de paix » entre gouvernements égyptien et israélien.

Ce n’est pas tout. Suite à un article, publié en novembre dernier, dans lequel j’évoquais la question de l’Holocauste (7), j’ai été l’objet des plus stupides diffamations que je n’aurais pu imaginer. Un intellectuel bien connu a été jusqu’à m’accuser de chercher à obtenir un certificat de bonne conduite auprès du lobby sioniste. Bien sûr que je suis en faveur du droit de Garaudy à dire ce qui lui plaît et bien sûr que je m’oppose à cette lamentable loi Gayssot qui a servi à son procès et à sa condamnation (8). Il n’en demeure pas moins que son propos est vide de réalité et irresponsable, et que l’endosser consiste nécessairement à rejoindre le camp de M. Jean-Marie Le Pen et de tous les éléments fascistes et rétrogrades de l’extrême droite française.

LE combat que nous menons est un combat pour la démocratie et l’égalité des droits, pour un Etat ou une République laïque dont tous les membres sont citoyens égaux, et non pas un faux combat inspiré d’un passé mythologique et lointain, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Le génie de la civilisation arabe trouve son apogée dans l’Andalousie pluriculturelle, pluri religieuse et pluriethnique. Voilà un idéal à suivre en lieu et place d’un processus d’Oslo moribond et d’une attitude malsaine de rejet négationniste. La lettre tue, mais l’esprit donne vie, comme il est dit dans la Bible.

Nous devrions concentrer notre résistance sur le combat contre les colonies israéliennes, à partir de manifestations non violentes qui soient de nature à entraver la confiscation des terres, à créer des institutions civiles démocratiques et solides (hôpitaux, cliniques, écoles et universités, actuellement en terrible déclin, ainsi que d’autres projets d’amélioration de l’infrastructure) et à mettre en évidence le contenu d’apartheid inhérent au sionisme.

Compte tenu de l’impasse, il est beaucoup question, à l’heure actuelle, d’une imminente explosion. Or, quand bien même ces prévisions se vérifieraient, elles ne doivent pas nous faire oublier la construction de l’avenir, sachant que ni l’improvisation ni la violence ne sont de nature à garantir la création et la consolidation d’institutions démocratiques.

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Notes:

(1) Lire Edward W. Saïd, « La Palestine n’a pas disparu », Le Monde diplomatique, mai 1998. Toutes les notes de cet article sont de la rédaction du Monde diplomatique, ainsi que les surtitres, le titre et les intertitres.

(2) Ancien dirigeant de la Ligue des droits de l’homme, M. Israël Shahak a été l’un des intellectuels juifs israéliens les plus engagés dans la défense des droits des Palestiniens. Il a notamment écrit Jewish History, Jewish Religion. The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, Londres, 1994 (voir Le Monde diplomatique, août 1994).

(3) Professeur de philosophie à l’université de Bir Zeit, dirigeant de l’Alliance nationale démocratique, élu député à la Knesset le 29 mai 1996 sur une liste commune avec le Parti communiste israélien, M. Azmi Bishara est désormais l’une des figures marquantes du combat pour l’égalité des droits et l’autonomie des Arabes israéliens. Il s’est déclaré candidat au poste de premier ministre d’Israël.

(4) Al Hayat, Londres, 9 juin 1998.

(5) Lire Mohamed Sid-Ahmed, « Les intellectuels arabes et le dialogue », « Proche-Orient 1967-1997: la paix introuvable », in Manière de voir, n° 34, mai 1997.

(6) De tous les « nouveaux historiens » israéliens, M. Ilan Pappé passe pour le plus engagé, historiquement et politiquement – il est membre du Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash). Lire Dominique Vidal, Le Péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens, Éditions de l’Atelier, Paris, 1998.

(7) Al Hayat, 5 novembre 1997.

(8) Adoptée le 13 juillet 1990, la loi dite loi Gayssot, du nom du dirigeant du Parti communiste français qui l’avait proposée, modifie la loi française sur la liberté de presse par l’adjonction d’un article 24 bis, qui rend passible de sanctions (emprisonnement d’un an et amende de 300 000 francs, augmentés de diverses peines annexes) quiconque conteste « l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale ».

Des personnalités de grand prestige intellectuel et connues pour leur combat contre le négationnisme – comme le professeur Pierre Vidal-Naquet, auteur des Assassins de la mémoire (Le Seuil, Paris, 1995), et Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme – se sont interrogées sur la pertinence d’une loi qui établit en quelque sorte une « vérité d’État » (lire Le Monde, 4 mai et 21 mai 1996).

Saisi par le négationniste Robert Faurisson, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a toutefois considéré, en novembre 1996, que la loi Gayssot ne portait pas atteinte à la liberté d’expression.


De la Tchétchénie à Israël

Dans le contexte actuel des guerres chaudes en cours depuis la fin de la guerre froide (que ce soit au Proche-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs) il y a, si tant est qu’il s’agisse d’un jeu « maldonne» , jeu auquel s’adonnent tous ceux qui ne croient qu’à la force brute. Courte vue ! l’Histoire, pourtant pleine d’enseignements, nous rappelle entre autres leçons que les rapports de force sont par définition contingents.


En espérant nous tromper, nous écrivions et prédisions dans quelques lignes consacrées à la guerre en Tchétchénie au lendemain de la prise d’otages dans un théâtre moscovite par un commando tchétchène que « d’une part et d’autre, un degré sera franchi dans l’horreur ». Ce qui malheureusement eut lieu. En réponse à cet acte désespéré la Russie de Poutine a lancé une énième offensive dans cette république du Caucase. Exactions et exécutions sommaires sont opérées à grande échelle sur ordre et à « huis clos » tant par l’armée rouge que par la milice du tout dernier président tchétchène sponsorisé par Moscou, M. Ahmed Kadirov, lui aussi élu à « huis clos ».

D’après la presse internationale, les USA ont volontairement fermé les yeux sur le génocide en cours dans le Caucase parce que présenté par Poutine comme étant une lutte contre le « terrorisme ». Comment ? Tous les hommes en âge de combattre (plus de treize ans) sont exécutés. La terre brûlée et les femmes violées… Justement c’est elles qui montent au créneau la-bàs et ailleurs. Pharaon épargnait les femmes et tuait les fils d’Israël. Les russes les violent. Ce n’est donc pas un hasard si toutes les femmes figuraient dans ce fameux commando comme il n’est pas fortuit qu’une avocate palestinienne s’explose et tue sans discernement. Ce que Hitler n’a pas réussi contre le peuple juif, les gouvernements actuels d’Israël ne le réussiront par contre le peuple palestinien. Poutine n’aura pas plus de succès que Staline et ses prédécesseurs contre la chevaleresque résistance du peuple tchétchène qui a plus aujourd’hui qu’avant d’insondables profondeurs stratégiques ?

Contrairement à une idée reçue et paresseusement acceptée, ce n’est pas l’Amérique de Bush qui a inventé la politique de la « guerre préventive ». Les administrations US (Démocrates et Républicains) ont par contre conçu et plus ou moins efficacement appliqué « la containment policy ». Endiguer toute menace communisante sur la planète terre. La « guerre préventive » quant à elle a été conçue par les Romains (qui veut la paix prépare la guerre) et pratiquée depuis sa création par l’État sioniste : La destruction d’une centrale nucléaire à usage civil à Tamuz en 1979 en Irak (déjà) mais aussi Sabra et Chatila et les assassinats ciblés des résistants palestiniens en Tunisie (Sidi Bou Said, Carthage…), au Liban ou ailleurs.

Ce qui nous autorise à avancer au risque de déplaire, qu’Israël a « soufflé » à G.W.Bush et à son administration ce concept de « guerre préventive ». Nous n’affirmerons pas que Bush et son administration sont les otages d’un lobby sioniste mais le soutien inconditionnel, les veto US contre les résolutions des Nations Unis condamnant Israël, la constante générosité de l’oncle Sam (plusieurs milliards de dollars) a été et demeure suspect aux yeux du reste du monde.

Du coup, le seul gendarme du monde que sont aujourd’hui devenus les USA pour le moment, s’aliène la sympathie du monde Arabo-musulman dont l’écrasante majorité rejette en bloc cette violence aveugle commise en son nom par des groupuscules dont la prolifération et la détermination sont proportionnelles à la paranoïa et l’agressivité des « forces coalisées ». La poursuite par Israël de cette politique (attaque programmée depuis longtemps de la Syrie) de guerre préventive ainsi que son approbation diplomatique par Bush junior, n’augure rien de bon dans un proche avenir. Dans cette guéguerre, il n’est pas sûr que les détenteurs de bombes atomiques sortent vainqueurs. Combattre partout et tout le temps un invisible ennemi conduira inéluctablement les « coalisés » à la ruine financière !

Il y a pourtant de plus urgents et plus nobles combats à mener…


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 60 du mercredi 16 juillet 2003

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Réalité numéro 60 du mercredi 16 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. DAF de nouveau « engabodé »
  4. Les contrevérités présidentielles
  5. DAF : le courage d’être soi
  6. Communiqué de «Reporters Sans Frontières »
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 60

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LES GALONS DES MAGISTRATS

(SANS PARLER DES AVOCATS DU DIABLE)

Autant que la misère généralisée de larges couches de la population nationale, l’une des caractéristiques principales des situations singulières, c’est incontestablement la soumission de l’appareil judiciaire aux menaces partisanes, despotiques ou affairistes, interdisant tout légitime espoir dans le règlement légal des inévitables contentieux liés au fonctionnement nécessairement conflictuel de toute réelle démocratie. Les récentes mésaventures du Président du MRD avec l’institution judiciaire, au prétexte d’une diffamation jamais clairement établie, montrent bien que les démocrates djiboutiens ne peuvent espérer aucune impartialité des magistrats locaux, ne craignant pas de tomber dans un ridicule pathétique pour assurer, consolider ou précipiter leur carrière en plaisant à ceux dont ils se sentent dépendants.

Un détail en dit long sur ces attentes magistrales. Depuis un certain temps, spécialement quelques magistrats, ceux affectés au traitement des dossiers dits politiques, bénéficient d’une protection policière qui n’est pas sans rappeler des pratiques autrefois courantes dans les républiques bananières. C’est une nouveauté qui en dit long sur les dérives mafieuses des conduites, puisqu’il faut bien appeler un chat un chat, d’une magistrature qui n’ose pratiquement plus subordonner sa mission de Justice qu’aux seules injonctions d’un pouvoir foncièrement répressif, quitte à saboter un processus démocratique prometteur du fait d’une maturité politique largement démontrée par le Peuple djiboutien. Car, honnêtement, quel type de menace justifie à Djibouti la protection policière des magistrats ?

Ceux qui, pour cause d’affinités culturelles, suivent les péripéties de la politique intérieure française, savent par exemple que pour n’avoir pas bénéficié d’une telle protection armée, un juge affecté à la lutte contre le banditisme organisé a tout simplement été abattu par ceux qu’il pourchassait. Contrairement aux impératifs dictés par la conjoncture italienne, La République française n’avait jugé utile de lui accorder une telle sécurité personnelle. Or, il n’existe à Djibouti aucune mafia organisée, du moins inconnue ou ennemie du régime, qui puisse justifier cette protection rapprochée des magistrats. Surtout que notre pays n’a absolument aucun antécédent dans ce domaine des règlements expéditifs et radicaux, du moins en ce qui concerne l’opposition démocratique, car nombreux sont par exemple les innocents civils impunément exécutés par les forces armées jusqu’en 1999.

Dire le droit en toute impartialité, donc, ne nous semble pas constituer pour nos magistrats une mise en péril de leur existence qui puisse justifier que l’État mette son bras armé au service de leur protection. Toute activité de l’existence humaine étant justiciable d’une analyse rationnelle, il s’agit alors d’expliquer une telle militarisation du métier de magistrat. La seule explication pertinente que l’opposition djiboutienne trouve à cet armement de la Justice, c’est de tout simplement assurer à certains de ses praticiens les moins scrupuleux une impunité matérialisée par des hommes en armes devant leur domicile, bien faite pour pallier une vulnérabilité volontairement organisée par un Statut de la Magistrature qui ne leur accorde aucune protection contre l’arbitraire du pouvoir Exécutif.

C’est très grave car l’affaire DAF pèse comme une épée de Damoclès sur toute une presse aspirant à l’indépendance : en cas de besoin, est ainsi démontrée qu’il n’existe à Djibouti aucun État de droit, aucune Justice indépendante vers laquelle se tourner pour condamner ou à tout le moins freiner les inévitables abus de pouvoir d’un régime fondamentalement fondé sur l’usurpation et la fraude. Est ainsi démontrée toute l’inutilité qu’i y a à vouloir consciencieusement respecter des valeurs républicaines que leurs garants premiers sont les premiers à violer aussi impunément. Avec la complicité de magistrats censés incarner leur effectivité. Si il existera toujours des avocats véreux préférant défendre le Diable, chapeau quand même à l’avocat qui, en ce 9 juillet 2003, a si vaillamment défendu la juste cause de DAF, perdue d’avance dans un régime de non-droit, qui n’hésite pas à armer ses magistrats pour imposer son arbitraire.


Brèves nationales

Don chinois de matériel informatique :

La mendicité, lot de la mauvaise gouvernance

Le régime a beau faire croire à une amélioration de la situation économique, la mendicité, corollaire de la mauvaise gouvernance continue d’être privilégiée quand il s’agit d’équiper les administrations publiques. Il ne se passe pas une semaine sans que le bihebdomadaire gouvernemental ne fasse état de dons en matériels de tout genre fournis par les pays amis. Ainsi, la dernière livraison en date concerne un lot de matériel informatique offert par l’Assemblée Populaire de Chine à l’assemblée mal-élue de Djibouti. On s’en souvient, l’Allemagne avait également fourni des ordinateurs à ces mêmes services il y a quelques mois de cela. A ce rythme, les bureaux délabrés de l’assemblée seront transformés en cybercafé pour mal-élus oisifs. Est-ce pour nous rassurer que le Président mal-élu « du Parlement s’est d’ailleurs engagé à faire bon usage du matériel qui lui a été remis » ?

Preuve que telle n’est pas la règle dans ces administrations gangrenées par la mauvaise gouvernance. Et à quoi servent et seront consacrés les crédits affectés annuellement à l’achat de matériels de bureau si la mendicité permet de s’en procurer gratis ? Avis aux donateurs !

Tadjourah-Randa :

Censure gouvernementale ou autocensure locale ?

A qui la faute si la réalité de la situation à Tadjourah et Randa est sinon cachée, du moins déformée ? Est-ce une censure du journal gouvernemental ou bien une autocensure de son correspondant local ? Les médias gouvernementaux, qui avaient pris une part active dans la médiatisation à outrance de l’inauguration du « mini-central hydroélectrique » de Randa, restent étonnamment silencieux sur l’absence d’eau courante et d’électricité dans cette localité depuis quelques semaines.

Le bihebdomadaire serait mieux inspiré d’enquêter du côté de cette région plutôt que de publier d’insipides articles sur une décentralisation assassinée par le régime. Pourquoi le pouvoir cache-t-il la réaction hostile qu’a suscitée son projet de loi agropastoral chez tous les notables consultés ? Et que dire du fiasco au baccalauréat 2003 des élèves du pseudo-lycée de Tadjourah ? Élèves mal préparés et insuffisamment suivis faute d’un matériel pédagogique adéquat. Honte à la mauvaise gouvernance et à ses laudateurs, collaborateurs actifs ou témoins passifs de ce gâchis mettant en péril l’avenir de toute une Jeunesse!

Projet de loi sur le pastoralisme :

Halte à la provocation !

Au mépris du bon sens et de la concorde civile, le régime poursuit sournoisement la promotion de son projet de loi sur la réforme foncière, en visant l’expropriation. Sous couvert de développement agropastoral, ce pouvoir partial tente de s’approprier des terres relevant du droit coutumier, en rien incompatible avec le véritable développement si initié par un gouvernement responsable et soucieux de l’unité nationale. Ce qui n’est pas, loin s’en faut, le cas de l’actuel régime . Inspiré en cela par une classe d’affairistes véreux désireux d’investir leur manne indûment gagnée sur le dos du Peuple, et par quelques déphasés en mal de reconversion sociale, le Chef de l’État fait totalement fausse route en persistant dans cette voie dangereuse .

Ayant déjà fait connaître son entière opposition à ce projet de loi néfaste, notre mouvement considère cette ultime provocation comme gravissime. Après la violation officielle de l’Accord de paix du 12 mai 2001, le sabotage d’une réelle décentralisation, le refus d’une véritable réhabilitation et indemnisation aux victimes du conflit, le hold-up électoral du 10 janvier dernier, privant les citoyens de librement choisir leurs représentants, l’ «engabodement injuste du Président Daher Ahmed Farah, arbitrairement condamné et incarcéré, après avoir été relaxé en première instance.

Nous dénonçons vigoureusement cette énième provocation d’un pouvoir irresponsable et pyromane.

Développement du tourisme :

Soutien réel ou entrave gouvernementale ?

Les potentialités touristiques de notre pays ne sont pas à démontrer, en témoigne la récente publication aux « Editions du Jaguar » appartenant au Groupe Jeune Afrique d’un guide touristique intitulé « Djibouti aujourd’hui ». Profitant de cette occasion, le journal gouvernemental « La Nation » nous propose dans son édition de lundi dernier une longue interview du Directeur de l’Office National du Tourisme de Djibouti (ONTD). En guise d’introduction à cette interview, nous avons lu avec amusement que le souci constant du régime est de « soutenir la création de centres d’activités touristiques ». A la bonne heure ! Malheureusement, la réalité ne correspond absolument pas à ces pieuses considérations de circonstance.

Tout d’abord, dans une danse du ventre typique de la nomenklatura, ce directeur se croit obligé d’en référer à l’égide du Chef de l’Etat pour argumenter sa position : « le Président de la République a placé au centre de sa politique le retour à la paix sur tout le territoire et au-delà sur toute la région ». sans rappeler ici toutes les insuffisances de la Conférence d’Arta, il serait facile de demander quelles ont été, après la signature du 12 mai 2001, ses contributions concrètes à la consolidation de cette paix, puisque le désarmement des combattants du FRUD-armé n’a jamais relevé de sa compétence, et pour cause.

En second lieu, l’insouciant bihebdomadaire rappelle imprudemment, pour qui l’aurait oublié, tous les sites grandioses de la République de Djibouti : « la forêt du Day, le Lac Assal, le Lac Abbé, les Sept Frères, etc. ». On aurait pu ajouter Ras Syan, Les Sables Blancs, la mangrove de Godoria, Daasbio, Assamo-Guistir, etc. : le problème, c’est que l’on chercherait désespérément une quelconque infrastructure touristique mise en place par l’État djiboutien sur ces sites depuis un quart de siècle. C’est bien la preuve qu’il n’existe aucune politique de développement touristique, le régime se contente de récupérer à des fins de propagande partisane les inestimables initiatives privées.

Mais le drame, c’est qu’il arrive souvent que cette initiative privée soit délibérément sabotée par certains dirigeants politiques dans le cadre de sombres règlements de compte privés. C’est par exemple le cas depuis deux mois à Tadjourah où les activités d’un centre touristique très apprécié et même encouragé il y a plus d’un an par le journal local du RPP, ont été partiellement paralysées, en haut lieu paraît-il.

Apparemment, il semble bien qu’il y ait deux politiques en matière de développement touristique : celle de la propagande officielle qu’aucune réalisation concrète ne vient confirmer, et celle des courageux investisseurs privés loin d’être soutenus, quand ils ne sont pas combattus par certains milieux du régime.


DAF de nouveau « engabodé »

Nous nous étions félicités dans notre édition n°57 du 25 juin dernier de la décision de relaxe prononcée deux jours auparavant en faveur de notre ami DAF par le tribunal correctionnel de première instance et sa libération après plus de deux mois de détention. Le tribunal avait jugé que le chef d’accusation de « diffamation » n’était pas constitué. Croire que l’affaire DAF avait trouvé sa conclusion dans la normalité par cette décision judiciaire se révélait de notre part une dérisoire illusion qui oublie la situation réelle prévalant en République de Djibouti. Las ! Les parties ayant considéré avoir perdu à tort un procès qu’elles voulaient exemplaire, n’ont pas tardé à interjeter contre ce jugement en appel, qui a été traité dans un délai extraordinairement rapide, nonobstant vacance judiciaire. Et le verdict est tombé le 9 juillet, avec la condamnation de DAF et son arrestation sur-le-champ. Sans que cela soit justifié par aucun élément nouveau versé au dossier de l’affaire. A cette occasion, le public a été témoin de plusieurs faits singuliers.


En premier lieu, la présence matérielle des preuves confirmant la véracité des propos du prévenu ne signifiait pas pour le tribunal leur existence (les cassettes des chansons partisanes).

En second lieu, l’aveu et même la revendication devant le tribunal par le dirigeant récemment promu au grade de commandant de la troupe artistique Harbi, que son travail consistait à faire des chansons pour soutenir le régime ( le gouvernement ) et combattre l’opposition qui porte, selon lui, atteinte au drapeau du Pays (comme DAF, a-t-il précisé ) ne confirmait pas la politisation partisane de ces militaires qui l’ont applaudi en pleine audience.

Troisièmement, que l’argumentaire du Procureur général pour obtenir la condamnation du prévenu était sa crainte, en cas d’acquittement, de voir les militaires qui se disaient « offensés » par l’article se mettre en colère et se livrer à des actes collectifs de violence, à l’instar de ce qui s’était passé à Bamako, au Mali. Pour l’avocat de la partie civile, procédant à l’amalgame entre survêtement et sous-vêtement, « tenue de sport » signifie nudité et servir au mabraz veut dire coucher avec celui que l’on sert !

Quant aux magistrats de la cour, ils ont renvoyé DAF à la prison de Gabode pour y purger une peine de trois mois fermes, ajoutés à trois autres de sursis. Comme condiments, ils ont estimé utile de relever cette peine par douze millions FD de dommages et intérêts, 200.000 FD d’amende et trois mois de suspension du journal le « Renouveau Djiboutien », publication du présent jugement et assortie d’une pénalité de 20.000 FD pour chaque jour de retard de publication dans un journal condamné à ne plus paraîtreà compter du 9 juillet 2003.

il nous a donc été donné de voir, comme tout le monde que :

1) la peur des militaires, feinte ou réelle, exprimée par le Procureur général s’est substituée à l’innocence de l’article incriminé, pour justifier la condamnation de DAF;

2) l’aveu public du commandant de la troupe artistique de son comportement partisan, interprété comme la dénégation de ce comportement ;

3) la présence physique des bandes cassettes audio attestant la matérialité de l’engagement partisan de ces militaires considérée comme l’absence de cette preuve ;

4) l’interprétation moralement abjecte de l’avocat de la partie civile concernant les formules « tenue de sport » et « servir dans un mabraz » revêtir des significations qui ne pouvaient en aucun cas être les leurs. Et sur ce, « engaboder » DAF avec une sévérité sans rapport avec son article. Une telle justice, outre le préjudice moral et matériel qu’elle inflige à sa victime, corrompt son bénéficiaire en l’exaltant.

L’incubation du virus corrupteur n’a pas duré longtemps en latence. Ainsi, le commandant Ali Gab, responsable de la troupe militaro-artistique, s’est permis d’opérer le 12 juillet 2003 une descente au siège du MRD au quartier 7 avenue Nasser. Circulant à bord d’un véhicule militaire de marque Boléro de fabrication indienne, il s’est arrêté en sens interdit devant le siège vers 18 heures 15 etl intime alors l’ordre d’arrêter la diffusion d’une chanson qui passait. Il s’entend répondre : « nous avons acheté cette cassette dans le commerce et nous sommes libres de l’écouter chez nous. »

Fou de rage, il dégaine son pistolet qu’il pointe sur la tête de la personne qui lui a répondu en criant : « tu arrêtes la chanson ou je te tue tout de suite. ». Il s’ensuit interposition des badauds, altercation verbale, attroupement, et le drame est évité de justesse.

Le responsable du siège, la personne menacée et les témoins se précipitent au deuxième arrondissement où ils relatent l’affaire et portent plainte entre les mains d’un sergent de la police. Ils repassent le lendemain 13 voir la suite réservée à la plainte, ils s’entendent dire par un lieutenant que « Ali Gab, c’est l’État » et aucune suite ne sera donnée à leur démarche.

Ils se rabattent au Parquet du tribunal où ils déposent en bonne et due forme une plainte enregistrée sous le numéro 2246/03 du 13 juillet 2003. A suivre.


Les contrevérités présidentielles

A propos d’une interview présidentielle dans « Marchés Tropicaux »

« Marchés Tropicaux » est plus qu’une référence : 58 années de sérieux en ont fait une institution. Sa dernière livraison datée du 27 juin 2003, est presque entièrement consacrée à un Spécial Djibouti. Au regard de ses atouts géostratégiques et l’importance qu’il a pris dans la nouvelle donne des relations internationales, notre pays vaut amplement qu’un Spécial lui soit consacré de temps en temps. Seulement voilà, dans de vaines tentatives de recherche de fréquentabilité et de respectabilité, notre incorrigible régime achète aux frais du contribuable djiboutien de très coûteuses pages publicitaires dans des journaux de renom. Ces pages sont systématiquement truffées de contrevérités et de mensonges, même quand il s’agit d’une interview accordée par le Chef de l’État en personne. Sans que, empressons-nous de le préciser, la crédibilité et le sérieux des journalistes n’en soient mises en cause, ce numéro 3007 de « Marchés Tropicaux » n’échappe pas à cette règle de la falsification officielle, qui appelle de notre part les quelques mises au point suivantes, mais en primeur résumons les propos du Président.


Économie nationale

Les différents accords conclus avec les institutions de Brettons Wood qui, selon des tenants du pouvoir, les avaient contraints à l’endettement et provoqué l’appauvrissement des populations les plus vulnérables, semblent être dépassés. Notre pays est en marche et sur le bon chemin dixit le Président dans son interview avec « Marchés Tropicaux » du 27 juin 2003.

Il y a une mise en échec de la politique économique des institutions de Brettons Wood par l’application de politique de concession plutôt que celle d’une privatisation synonyme de bradage. Les performances de Djibouti viennent de ce choix qui, contrairement au prétexte des coûts de facteurs élevés des institutions financières, démontre la compétitivité de Djibouti par rapport aux autres pays portuaires de la région.

Djibouti disposerait selon le Président d’une longueur d’avance sur Salalah (Oman) avec le port de Doraleh, et arrivera à s’en sortir sans l’aide de personne : « Avec les Américains et la renégociation de la contribution des Français, nous n’avons plus de problème budgétaire, alors fichez-nous la paix ! » s’écrit le Chef de l’État à l’adresse du FMI et de la Banque Mondiale » Car, croit-il en toute simplicité, même en l’absence d’un accord avec le FMI, y compris sous conditionnalité, tout problème avec les bailleurs de fonds est résolu.

Politique nationale

Le chômage serait la seule explication au mécontentement général de la population lors des dernières élections législatives. Le régime ayant su rallier la grande majorité des partis concurrents, soutient le Président, cette situation de chômage serait régulée avant les dernières consultations, la présidentielle. Quant à son éventuel candidature, elle dépendrait du choix de son parti.

Sur la Décentralisation : celle-ci aurait pu voir le jour dès 1977, mais aurait été bloquée, selon le Chef de l’Etat, par les héritiers du colon issus de l’Indépendance, à entendre ici « sous l’ancien régime ». Dans l’immédiat, la précipitation pour la mise en place effective de la décentralisation ne serait pas de l’avis des experts français auprès du gouvernement. Les conseils régionaux non élus mais mis en place par la Présidence relèveraient de l’apprentissage, les élections des assemblées régionales pourront attendre l’opposition étant très présente « non dans l’intérêt de la population » selon le Président, il faut procéder par étapes.

Nos remarques : Suffisance et insuffisances

Tous les signaux d’une éventuelle reprise de la croissance sont au rouge. L’aide extérieure plus qu’abondante des années passées n’avait servi à rien, en ce sens que l’économie nationale a perdu en compétitivité depuis l’Indépendance. D’où la dégradation sensible de la situation financière du pays et par conséquent l’appauvrissement accentué de la population. Selon l’étude sur les perspectives économiques de Djibouti, la pauvreté s’est considérablement aggravée puisqu’elle frappe plus de 74% de la population. Elle est même devenue structurelle.

Sans de réelles ressources naturelles, l’économie repose essentiellement sur les services, seule richesse sur laquelle reposent les rentrées financières. Or, les dépenses courantes de l’administration, en hausse exponentielle, déséquilibre un budget étouffé par une fiscalité frappant les secteurs producteurs.

Endettée seulement intérieurement à hauteur de 29 milliards fd les recettes supportées par les contribuables djiboutiens de plus de 26 milliards fd pour 2003 sont totalement absorbées par les dépenses publiques. Seuls les dons et les prêts conservent ces secteurs fragiles et contribuent au colmatage des déficits budgétaires. Nous restons septiques quant à une éventuelle épuration des finances, puisque les résultats du 1er trimestre 2003 se chiffrent à 2,2 milliards fd de déficit budgétaire, celui-ci risquant de se plafonner entre 20 à 25% de l’ensemble du budget prévisionnel de cette année.

Là est la réalité sur la santé économique du pays.

Si d’une part, les concessions faites à Jebbel-Ali pour la gestion du port et de l’aéroport de Djibouti avaient généré une bouffée d’oxygène, l’opacité entretenue autour de ces retombées financières nous donne matière à douter de la véracité de « cette réussite économique » Notre pays n’est pas une exception par rapport aux autres états africains. Le régime a, lui aussi, bradé des entreprises publiques notamment la Laiterie, l’Usine des Aliments de Bétail, la Pharmacie de l’Indépendance, etc. Ses privatisations « intra muros », faites sans appel d’offres, restent aujourd’hui aux mains de quelque « amis » du régime qui, pour reprendre les termes du Chef de l’État risquent aussi de jeter l’éponge, le cas de la Laiterie donnant l’avant-goût de ces privatisations ratées, réalisées, comme les concessions, dans l’opacité la plus totale.

D’autre part, si la magne financière tirée de la « lutte contre le terrorisme » a, par sa position géostratégique, fait de notre pays l’un des états prioritaires dans la récolte des financements américains, il n’en est pas moins surprenant de constater que les presque 12 milliards de fd obtenus entre les Américains et les Français n’arrivent pas à éponger les dettes intérieures qui accusent toujours des retards, encore moins à participer à une quelconque stabilisation des finances. « Marchés Tropicaux » avance une explication à cela : « Les 30 millions d’euros, ajoutés aux $ 31 millions américains, sont une véritable bouffée d’oxygène pour l’économie djiboutienne, encore convalescente. La ‘’rente militaire’’, précisons-le, représente près de 80% de la masse salariale de la fonction publique ! Cette somme importante, payée en liquide, échappe par ailleurs à tout contrôle ; dans un pays non exempt de corruption, l’enjeu est de taille. » Ce n’est certainement pas quelque employé de la banque où cette manne est déposée qui risque de la voler !

Enfin, la perspective d’un réel développement économique dépendant d’une volonté politique capable d’asseoir les bases d’une croissance, la construction du port de Doraleh financée presque totalement par Dubaï Port Authority pour un montant de 54 milliards fd est loin de participer à un rehaussement de la valeur ajoutée, ne serait-ce à moyen terme.

Donc, «On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué » dit un dicton français.

Le paraître étant le fort du régime, seule la médiatisation outrancière des fausses réalisations mystificatrices, rythme toutes les prétendues actions du système politique en place. Cependant, ce Spécial de « Marchés Tropicaux » ne nous semble pas être le marché des dupes. En vérité, la teneur des propos du « numéro un» Djibouti contraste avec la réalité économique telle que l’a constaté, tout au long de son séjour, Madame Anne Guillaume-Gentil, dont la pertinence des enquêtes et des analyses tirées des données obtenues des divers services de l’État confirme une réelle dégradation socio-économique comme le démontre l’extrait ci-dessous.

En politique nationale, le Président est complètement passé à côté de la question du journal, qui portait sur la Décentralisation suite aux accords de paix du 12 mai 2001. Il s’est seulement contenté de faire sienne la fausse décentralisation avec ses faux conseillers régionaux.

Mais ceci n’étonne personne.

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UNE PAUVRETÉ STRUCTURELLE

‘’ Depuis 1996, la pauvreté s’est fortement accrue à Djibouti. L’enquête djiboutienne auprès des ménages (EDAM-IS2), financée par le PNUD et réalisée en décembre 2002, et dont nous reprenons les principales conclusions, montre une forte incidence de la pauvreté relative et de la pauvreté extrême évaluée respectivement à 67,9% et 34,7% des ménages.

Entre 1996 et 2002, la pauvreté a progressé fortement, l’incidence passant respectivement de 45,1ù à 74% pour les pauvres relatifs ( $3 par jour) et de 9,6% à 42,1% pour les pauvres extrêmes ($ 1,8 par jour). L’enquête montre que la pauvreté est généralisée, qu’elle touche toutes les zones géographiques et toutes les catégories sociales. C’est toutefois dans les zones à forte densité de population, comme dans les arrondissements 4 et 5 du district de Djibouti, où se trouve la plus grande concentration de pauvres.

Une forte corrélation est constatée entre pauvretés monétaire et humaine, démontrant le caractère structurel de la pauvreté, selon les auteurs de l’enquête.

Ces derniers s’interrogent sur le lien entre croissance économique et pauvreté à Djibouti, remarquant qu’avec un revenu national brut de $ 890 par habitant, Djibouti est classé parmi les pays à faible développement humain, au même titre que les pays limitrophes aux revenus moins élevés. En cause, un niveau élevé des prix, le faible niveau des indicateurs du développement humain accompagné d’une dégradation continue du taux du taux brut de scolarisation, du taux de mortalité infantile, juvéno-infantile et maternelle et de l’accès à l’eau, une structure extravertie de l’économie.

La croissance économique par tête a été négative, -3,2% de 1991 à 2001. L’accroissement de la pauvreté est ainsi fortement associé au développement du chômage. Véritable crise du marché du travail, le taux de chômage touche 59,5% de la population active, contre 44,1% en 1996.

Cependant, ce taux masque le phénomène de sous-emploi, non quantifié. L’étude met en avant l’insuffisance de l’activité économique, le coût élevé du travail, la faiblesse du capital humain ne permettant pas de saisir les opportunités offertes et la permanence d’un flux important d’immigration comme facteurs expliquant le déséquilibre du marché du travail. ‘’

Extrait de «Marchés Tropicaux » n°3007 du 27/6/03


DAF : le courage d’être soi

NOUS AVIONS ÉCRIT IL Y A PLUS D’UN AN

Plus que la volontaire confusion par leur avocat entre survêtement et sous-vêtement de certains éléments féminins de la troupe artistique de l’Armée, ce sont les considérations de DAF relatives à l’absence d’esprit républicain de nos militaires qui a fortement déplu aux autorités politiques. Pourtant, il y a plus d’un an de cela, nous n’avions pas dit autre chose dans nos colonnes. Voici donc, en guise de contribution au bien-fondé des analyses de notre ami, ce que nous écrivions à ce sujet dans notre édition n°3 du 8 mai 2002.

LA GRANDE MUETTE CHANTE : armée nationale ou milice partisane ?

Au risque de paraître donner des leçons, il nous a semblé utile de présenter au lecteur un état de santé de notre jeune Démocratie pour démontrer, arguments à l’appui, qu’elle relève plus du décor que de la réalité. Formant en informant, il s’agit de proposer au citoyen une nouvelle grille de lecture de l’exercice réel de la démocratie, en constatant que le régime en place dénature par sa pratique le peu de libertés qu’il concède sur le papier. Cette série d’articles débutera par l’usage partisan fait des forces armées à Djibouti. Lesquelles, outrepassant la stricte neutralité qu’elles sont censées observer en toute circonstance et spécialement dans les affaires politiques, se livrent à une danse du ventre partisane qui n’est pas sans rappeler une danse du scalp des sociétés primitives.


Une dimension essentielle de tout Pouvoir politique consiste à se mettre en scène à travers un dispositif protocolaire dont la configuration dépend de la nature du régime concerné.

Les dictatures de Parti Unique, spécialement militaires en Afrique post-coloniale, ont ainsi repris à leur compte la symbolique stalinienne de l’embrigadement des masses et de la théâtralisation à outrance.

Même l’avènement de la démocratie pluraliste n’a pas toujours changé cet état des choses et l’on assiste alors à un décalage flagrant entre un discours de libéralisme politique et une chorégraphie, pour ne pas dire une pratique dictatoriale.

Djibouti n’échappe pas à cette règle et ceci est tout à fait contraire aux principes d’une véritable démocratie.

Depuis le fameux discours de la Baule, on entend les dirigeants politiques exprimer toutes leurs réserves quant au modèle occidental de Démocratie, selon eux frappé du stigmate de l’importation et peu compatible avec nos structures mentales et sociales. Dans le même temps, ils versent dans l’éloge appuyé des vertus de nos sociétés traditionnelles parées de toutes les vertus pour les besoins de la mystification.

Trop poli pour être honnête : par exemple, existe-il dans nos sociétés l’équivalant du griot de l’Afrique de l’Ouest ? Nos notables traditionnels, sultan, ougas, okals ou autres, pratiquent-ils le culte de la personnalité dont nous assomment aujourd’hui inlassablement la RTD ou La Nation ?

La couverture médiatique de la récente tournée présidentielle dans les districts de l’intérieur constitue hélas l’exemple typique de ce théâtre étatique.

Mais elle a également été l’occasion de voir un détournement à des fins partisanes d’une institution normalement républicaine et en dehors de toute manifestation de soutien politique : l’Armée.

En effet, téléspectateur comme badaud, chacun a pu voir le groupe dit Harbi, troupe artistique de l’Armée Nationale Djiboutienne (AND) animer avec entrain les meetings politiques du Chef de l’Etat. Est-ce normal en démocratie pluraliste ?

Dans les démocraties occidentales, il arrive qu’à l’occasion d’une kermesse, l’armée organise une petite troupe musicale pour animer la soirée. Mais ces artistes temporaires ne font pas que de la musique : ce sont avant tout des soldats soumis au même traitement que leurs collègues. Autrement, toute armée est dotée, comme la Fonction Publique, d’un statut qui lui confère certaine spécificités.

De même que tout fonctionnaire est au service de l’Intérêt général, une Armée nationale est censée représenter une Nation dont elle constitue la protection contre toute agression extérieure. En tant qu’émanation de la Nation, garantissant la séparation des pouvoirs et la division du travail social.

La troupe artistique Harbi de l’AND, par son animation des meetings politiques du parti au pouvoir et par sa production de chansons à la gloire du chef de ce parti, discrédite notre jeune démocratie en lui donnant toutes les apparences d’un régime militaire déguisé en civil. Cette permanence de la militarisation théâtrale des manifestations publiques de l’autorité étatique, pour fondamentalement contraire qu’elle soit à l’esprit démocratique, pose un double problème.

En premier lieu, cette mise en scène politique des forces militaires qui, dans la couverture médiatique de la tournée présidentielle, occupait beaucoup plus de temps que les débats publics ou la visite des éventuelles réalisations en matière de développement économique, culturel ou social, laisse suggérer que le régime fonde essentiellement son autorité et sa légitimité sur le recours à la violence armée. Cette mise en scène l’inscrit alors d’office dans la cohorte des fameuses et nombreuses « dictatures sorties des urnes » qui encombrent encore le paysage politique africain.

En second lieu, le fait de ne pas occuper l’Armée à des tâches utiles de développement national alors que, dans le même temps, les pistes des districts de l’Intérieur sont remises en état par l’Armée française, contribue à maintenir le pays dans un état d’assistanat et de mendicité. Il est évident que cette situation d’oisiveté artistique qui donne l’impression d’une « bohème militaire », voulue par l’autorité politique, n’est pas pour donner un exemple à suivre aux jeunes générations et ne favorise certainement pas l’inclination au travail bénévole, dont on sait qu’il tient une place non négligeable dans l’essor d’un pays.

Quand on connaît la disproportion entre le nombre de fonctionnaires du ministère de la Défense et celui de la troupe Harbi, c’est à se demander si le travail productif est vraiment une vertu à Djibouti.

A NOS LECTEURS

La Rédaction informe ses aimables lecteurs que « Réalité » cessera de paraître à compter d’aujourd’hui. Le prochain numéro sera disponible le Mercredi 10 Septembre 2003. A bientôt.


Communiqué de «Reporters Sans Frontières »

AFFAIRE DAF : INDIGNATION INTERNATIONALE

La nouvelle condamnation du Président du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement (MRD) et directeur de publication du «Renouveau Djiboutien », notre ami DAF, est unanimement condamnée par toutes les forces démocratiques de par le monde. Ainsi, l’association « Reporters Sans Frontières », qui avait déjà mis un avocat à sa disposition, a rendu public un communiqué de presse reproduit ci-dessous.


Liberté de la presse
9 juillet 2003
Djibouti

Daher Ahmed Farah de nouveau en prison

La cour d’appel de Djibouti a condamné Daher Ahmed Farah, directeur de publication du journal Le Renouveau et président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD, parti d’opposition), à trois mois de prison pour «diffamation», le 9 juillet 2003. A l’issue de l’audience, Daher Ahmed Farah a été immédiatement conduit à la prison de Gabode (Djibouti). Son journal est également interdit de parution pendant trois mois.

« C’est un véritable harcèlement. C’est la troisième fois que Daher Ahmed Farah est emprisonné cette année. Aujourd’hui, il est condamné à trois mois de prison dans une affaire pour laquelle il avait été relaxé en première instance. Ce n’est pas sérieux. De plus le montant astronomique demandé au titre des dommages et intérêts signe l’arrêt de mort du Renouveau. Comment un petit journal, qui tire à quelques centaines d’exemplaires pourrait-il trouver plus de 65.000 euros ? L’État le sait très bien et a trouvé là le moyen de faire taire une publication qui dérange le pouvoir en place », a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, la cour d’appel de Djibouti a condamné Daher Ahmed Farah à trois mois de prison ferme, trois mois de prison avec sursis, treize millions de francs djiboutiens (environ 65.000 euros) de dommages et intérêts et 200.000 francs djiboutiens (environ 1.000 euros) d’amende. Le Renouveau est interdit de parution pendant trois mois.

Daher Ahmed Farah était poursuivi par le chef d’état-major de l’armée, le général Zakaria Cheik Ibrahim, et par les membres d’un groupe folklorique militaire, la Troupe Harbi, pour «diffamation». Dans son édition n°475 du 17 avril 2003, Le Renouveau avait reproché au général d’utiliser la Troupe Harbi à des fins politiques et personnelles. « Est-il républicain de mettre au service de la propagande d’un régime un élément de l’institution militaire ? Pensez-vous agir en officier républicain en vous prêtant à l’instrumentalisation politicarde d’une troupe culturelle militaire ? Général, est-il vrai que des membres féminins de la Troupe Harbi continuent, comme par le passé, à vous servir (?), en tenue de sport bien entendu ? », avait publié Le Renouveau à l’adresse du général. Un tribunal de première instance de Djibouti avait prononcé la relaxe de Daher Ahmed Farah, dans le cadre de cette affaire, le 23 juin.

Le journaliste et opposant a été emprisonné à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Dans la plupart des cas, il était poursuivi pour un délit de presse et a été condamné à des peines de prison ou à des amendes. – RSF

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Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde, c’est-à-dire le droit d’informer et d’être informé, conformément à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Reporters sans frontières compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Abidjan, Bangkok, Tokyo, Montréal et Washington et une centaine de correspondants dans le monde.

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COMMENTAIRE

Après le camouflage que lui assurait le monopole du parti unique, la nature répressive du régime djiboutien finit inexorablement par se trahir. Les conditions rocambolesques de ce procès à répétition démontre clairement que face à une contestation politique crédible, le pouvoir en place perd ses moyens et en arrive à des excès qui ne sont que les premiers signes d’une perte de contrôle sur les évènements. Le début de la fin !


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

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Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lu pour vous : Abdourahman Wabéri
  4. Droit de réponse de M. Eleyeh
  5. L’honnêteté sanctionnée
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 59

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial


Brèves nationales

Assises de l’ex parti unique :

Le parti d’un seul homme

Il n’aura donc fallu qu’une matinée de retrouvailles sans débat pour donner l’illusion d’un parti au pouvoir existant et travaillant. Ce conclave aura tout de même permis au Chef de l’État et président de cette formation de repeindre cette coquille vide à ses propres couleurs. L’éviction de quelques caciques du Bureau Politique ne s’est pas faite sans grincements de dents.

Quant aux nouveaux cooptés, il semble qu’ils avaient été plus choisis pour leur docilité avérée que pour une efficacité réelle. Ce vernissage démontre toutefois de manière flagrante que cette formation reste plus que jamais un parti-Etat sans base populaire, mais dirigé par les trois plus hauts responsables de l’État.

Loin d’améliorer son influence, ce rafistolage version présidentielle décrédibilisera davantage ce club de prédateurs honni par le Peuple.

En attendant sa totale disparition, cette machine à frauder demeure nuisible et réfractaire au changement, parce que bassement alimentaire. Fort heureusement, le parti d’un seul homme est surtout le parti d’un homme seul ayant fait le vide autour de lui.

Obock :

l’injustice toujours au rendez-vous

Sous le titre « Obock : l’espoir au rendez-vous », le journal gouvernemental « La Nation » en date du 3 juillet relatait les festivités du 27 juin dans cette ville sinistrée et toujours engluée dans des difficultés sociales incommensurables.

La seule perspective d’amélioration annoncée par l’article de ce journal d’opinion gouvernementale concernait la prochaine reconstruction des habitations détruites (et pillées) par les troupes gouvernementales au début du conflit civil.

Sachant que ce régime d’esbroufe cherche à récupérer à son profit les bénéfices de la générosité extérieure, nous avions quant à nous exprimé des réserves quant à cette réhabilitation à la réalisation de laquelle le FRUD-armé et les populations concernées n’avaient pas été associés. En effet, le projet de reconstruction des maisons d’Obock, financé par l’Union Européenne et exécuté par le PNUD, ne concerne qu’un quart (1/4) des habitations détruites et laisse toute latitude au régime d’établir sa liste sélective des futurs bénéficiaires, apparemment sélectionnés sur une base exclusivement partisane. C’est pour avoir dénoncé une telle injustice que le Président du Croissant-Rouge d’Obock, natif du coin faut-il le préciser et donc de ce fait mieux à même que sa hiérarchie djiboutoise d’apprécier les réalités de la détresse matérielle de sa ville natale, a été tout simplement démis de ses fonctions pour avoir dévoilé ce chantage au dénuement (lire sa correspondance en page 8).

Il n’est pas nouveau de constater que sous ce régime d’arbitraire, l’intégrité est un critère de sanction. Ce n’est pas une nouveauté. Rappelons que dans le cadre de la préparation de la tournée présidentielle de février 2002, le directeur de l’école d’Obock, interrogé par la RTD sur les problèmes scolaire de cette région, avait déclaré que les élèves du district d’Obock, comme tous ceux des zones affectées par le conflit, n’avaient pas bénéficié du soutien scolaire par dérogation exceptionnelle prévu dans les accords de paix de 1994 et 2001.

A croire que les médias gouvernementaux jouent principalement un rôle de délateur : pour avoir exprimé cette dramatique et criminelle réalité, ce directeur consciencieux a été muté à Djibouti-ville et mis en marge de l’enseignement pour se retrouver inactif dans un bureau, affecté à des activités bureaucratiques qui ne correspondent pas à sa vocation première.

Le régime djiboutien qui, pour des raisons difficilement compréhensibles pour le bon sens citoyen, a fait d’Obock son laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices sociales, serait mieux inspiré de ne pas remuer le couteau dans la plaie : ce sont de telles injustices qui sont directement à l’origine du conflit civil de dix ans que le Chef de l’État lui-même avait qualifié des « dix années les moins glorieuses de notre Histoire » dans son discours au Palais du Peuple un certain 12 mai 2001. Tout cela semble bien oublié.

Décentralisation et développement agropastoral :

Enfin, les masques tombent

Un an après la violation officielle de l’Accord de paix du 12 mai 2001, le régime récidive dans la provocation en concoctant unilatéralement un projet de loi antithèse de la Décentralisation telle que négociée par le FRUD-armé.

Un séminaire de sensibilisation de la société civile aux objectifs de cette loi foncière aurait été programmé pour la deuxième quinzaine du mois de juillet à Tadjourah.

On s’en souvient, lors de sa maladroite réponse à un courrier du Président Dini adressé au Chef de l’Etat, le Premier ministre niait catégoriquement une quelconque volonté d’expropriation, qualifiant mêmes nos craintes de « fantasmes ». Un an après, force est de reconnaître que si la décentralisation tarde à se mettre en place, une loi néfaste d’expropriation des terres relevant du droit coutumier est bel et bien en préparation. Les « fantasmes » décriés par le Premier ministre commencent à prendre forme politique sous le nom de loi d’Etat..

Si rien ne nous étonne de la part de ce régime irresponsable, il reste quand même des interrogations : qu’est ce qui peut bien pousser le pouvoir djiboutien à remettre en cause un statu quo foncier multiséculaire dont personne ne se plaint et qui n’entrave en rien le véritable développement ?

Pourquoi s’attaque-t-on maintenant à un pilier de la stabilité pastorale auquel ni le pouvoir colonial ni le régime dictatorial qui lui a succédé n’ont porté atteinte ? Après l’échec du développement durable et d’une réelle décentralisation, s’achemine-t-on cette fois vers le sabotage officiel de la Réconciliation nationale ?

Dans ces conditions, où va notre pays dirigé par un « Timonier » devenu tisonnier » ?


Lu pour vous : Abdourahman Wabéri

DAF, UN HOMME EN QUÊTE D’UN DESTIN

par ABDOURAHMAN A. WABERI, écrivain

Il est rare de rencontrer un homme lancé sur le sillon d’un destin qui dépasse sa personne physique et son histoire, un homme en phase avec les aspirations les plus partagées de son peuple. Un homme qui ne ménage pas ses efforts, qui n’économise ni son souffle ni sa salive. Un homme, enfin, qui, contre vents et marées, tient d’une main ferme son cap. Le cheptel politique de mon pays est tellement étique que les hommes qui font métier de la respublica se sont croisés tant et tellement de fois que les rancœurs personnelles, les inimitiés d’un autre temps (avant-hier, sous le régime colonial dirigé par Monsieur Ali Aref Bourhan ; hier, sous celui orageux de Monsieur Hassan Gouled Aptidon) et les attachements claniques au-delà du raisonnable brouillent dangereusement la lecture que l’on peut se faire de leurs actes et de leurs pensées.

Daher Ahmed Farah, très jeune, s’est montré attentif au sort d’autrui, aux plus défavorisés surtout. D’où son intérêt à la chose publique depuis ses années lycéennes. D’où sa trajectoire professionnelle heurtée (études de gestion, École de Saint-Cyr, travail à l’état-major, journaliste, enseignant, écrivain, militant, chef d’un parti etc.) qui démontre son immense curiosité et sa grande disponibilité. Il me souvient que ses adversaires ont insisté sur ce parcours peu commun pour y voir le signe d’une instabilité psychologique. Il n’en est rien. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage ! Foutaises, donc. Il m’en souvient aussi DAF est également romancier, le premier en date dans notre petite république – même s’il est vrai que Splendeur éphémère est loin d’avoir révolutionné l’art romanesque, y compris à Djibouti. C’était une œuvre de circonstance certes, il fallait la faire. Un point, c’est tout.

Depuis qu’il est rentré au pays, à la queue des années 1980, tout le monde s’accordera pour reconnaître que cet homme a beaucoup apporté à notre pays. Le courage et l’honnêteté exigent qu’on reconnaisse cela, surtout si l’on est en désaccord avec ses idées politiques. Ça s’appelle le fair-play.

Enfin, j’ai rencontré cet homme en quête de destin il y a quelques mois, à Djibouti. C’était une poignée de jours avant son avant-dernier embastillement dans la sinistre prison de Gabode. Je l’ai trouvé plus combatif qu’avant, plus calme aussi. Son constat après les élections législatives était sans appel, calmement devrais-je ajouter. Relisons ces quelques lignes extraites de sa Lettre à la jeunesse djiboutienne : « Ces souffrances sans nom [celles du peuple djiboutien, s’entend] ne sont pas tombées du ciel, pas plus qu’elles n’ont surgi du sol. Elles sont le produit d’un régime et de son système de gestion des affaires nationales. Elles sont les conséquences directes de l’alimentarisme de nos gouvernants qui allient absence de vision politique, cupidité, inertie et autres agissements fossoyeurs. C’est le fait de ces hommes et femmes dont le principal souci est de se servir de leur pays pour eux-mêmes au lieu de le servir au mieux de l’intérêt général.

Nos souffrances sont, en un mot, le prix que nous payons pour la prospérité exclusive de la poignée d’individus qui prétendent nous diriger. Nous souffrons et ils prospèrent sous nos yeux sommés de suivre en spectateurs captifs leur spectacle qui relève ridiculement du troupeau insatiable.

Mais, pour graves qu’elles soient, ces souffrances ne sont pas insurmontables. Nous pouvons les faire refluer jusqu’à totale disparition. C’est tout à fait possible. Mieux, cela ne dépend que de nous.

Pour y parvenir, refusons d’abord de renoncer. Ne nous laissons pas impressionner par le spectacle suranné des pâturants. Gardons la tête froide pour réagir avec méthode et résolution.

Une fois chassé le sentiment de découragement qui fait le lit de la résignation, disons-nous chacun que nous ne sommes pas seuls. Répétons-nous que c’est tout un pays qui doit trouver son salut, que la quasi-totalité des Djiboutiennes et Djiboutiens aspirent aujourd’hui au changement salvateur. Pourquoi ? Parce qu’il est psychologiquement réconfortant de ne pas se savoir seul. »

Qui pourrait honnêtement soutenir le contraire ? Quel Djiboutien/ne n’a pas, dans le secret de sa conscience, proféré les mots pour lui/elle-même, pour se convaincre qu’il/elle était en vie et en pleine possession des facultés intellectuelles ? Combien de privilégiés d’un instant dormiront tranquilles après ses paroles qui forent loin la conscience de chacun ?

Ce que d’aucuns n’osent pas encore en rêver, Daher Ahmed Farah le dit et l’écrit. C’est bien cela son seul crime. Que nous dit-il encore ? Eh bien ceci :
« À tous, je remémore que ce régime est incroyablement fragile et qu’il ne tient que par notre déficit de résistance collective. Très sincèrement, ce pouvoir est tout de faiblesses. Osons l’effort qui sauve.

Alors ACTION ! ACTION ! ACTION ! Sous toutes ses formes constructives.

La lutte continue… »

Ce lundi 16 juin 2003, cet homme affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de Justice. Cela nous concerne tous.

Bien citoyennement

A.A.W.

COMMENTAIRES : l’engagement aux côtés des forces du progrès et de la résistance du plus connu de nos écrivains constitue, à n’en pas douter, une contribution importante. Comme l’écrit Abdourahman Wabéri, DAF « affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de justice » :ce mercredi, il doit comparaître devant les juges, la partie civile ayant décidé de faire appel.


Droit de réponse de M. Eleyeh

PETITION CONTRE LA BCI-MR : Réaction irréfléchie ou face cachée de « Réalité » ?

Notre article consacré aux déboires que connaît actuellement une grande banque de la place avec le régime (sous couvert d’une pétition dont le journal gouvernemental « La Nation » s’était fait l’écho) nous a valu un long droit de réponse d’un lecteur s’étant présenté comme membre d’une association de défense des consommateurs. Si nous laissons nos lecteur juges de savoir s’il existe une « face cachée de Réalité », nous avons estimé utile de reproduire intégralement ce droit de réponse, même si son auteur nous ayant demandé de préserver son anonymat, ce que, connaissant la nature répressive du système en place nous avons accepté. Ceci par souci de susciter un débat constructif autour de la seule question que pose ce sujet : existe-t-il à Djibouti une réelle société civile autonome, dont les différents segments sont capables de défendre leurs intérêts contre tous les abus quotidiens de ce régime autocratique ?


L’arrivée de votre journal dans le paysage méditico-politique, a été pour tout citoyen détestant le mensonge et les flagorneries, l’espoir de voir un jour la fin d’un système monolithique qu’on peut qualifier de «mafio-cratie ».

Dans une mentalité locale, où les retournements de veste, la sauvegarde des positions partisanes et particulières, ont biaisé l’environnement politique, il serait réconfortant pour nous, simples citoyens, que les hommes qui prônent une autre vision, adoptent une démarche courageuse et cohérente pour les multiples «campagnes de discrédit » menées par le pouvoir en place.

Je suis un fidèle lecteur du Renouveau et de Réalité car ces deux journaux préconisent le changement et la fin d’un système politique dont l’issue – si rien ne fait – nous conduira vers un non état et une anarchie à la somalienne.

Au delà de la sympathie politique que j’ai pour votre journal, j’apprécie énormément votre style et vos références qui tranchent avec les smicards de la «plume gouvernementale ».

Ceci dit, j’ai été attristé voire peiné que « mon journal » fait sien des méthodes des mercenaires de la plume locale. J’ai été consterné de voir dans l’édition du mercredi l8 juin 2003, un article intitulé «La mauvaise gouvernance contre la BCI-MR».

Dans ces lignes, vous fustigiez et pire encore vous ironisiez sur la réaction d’une société civile sans défense face au diktat de la BCI.

L’article paru sur « La Nation » auquel vous faites allusion, a été apprécié par tous les signataires de la pétition nationale, toute confession politique incluse.

Je ne crois pas que ce soit une « plume gouvernementale » qui l’a produit comme vous le devinez mais un jeune et courageux journaliste qui a servi d’écho amplificateur aux contestations murmurantes et susurrantes des clients de cette banque, moi le premier.

Son seul crime est peut-être d’avoir écrit sur « La Nation», journal fonctionnant avec les frais de contribuables mais réduit au rôle propagandiste et hagiographique d’un pouvoir qui n’est pourtant rien d’autre qu’un accident de l’histoire et restera sûrement demain comme une anecdote dans la mémoire citoyenne.

Cette façon de disqualifier par avance sans débats ni discernements, ressemble beaucoup au terrorisme de la pensée unique et inique que le pouvoir actuel nous impose depuis plus d’un quart de siècle.

En méditant sur votre réaction, je ne peux m’empêcher de me remémorer ces mots d’un grand journaliste «A pensée unique, pensée unique et demie: je te combats en t’ignorant à l’abri d’une superbe solitude où je n’entends que mon écho et ne voit que mon image».

C’est ainsi que nous vivons de curieux temps, de révision et d’inversion, de mensonges et d’impostures, où les mots sont vidés de toute vérité, où la liberté d’expression devient une dictature quotidienne, où la démocratie se dévoile en néototalitarisme.»

Sincèrement, j’ai été plus que surpris voire même choqué par votre réaction intempestive. Au fond, je me demande d’où vient l’allergie du journal « Réalité » ? Est-ce un des journaliste, qui a des intérêts à défendre à la BCI ou est-ce la ligne éditoriale qui joue la BCI contre les citoyens ?

Si la société civile s’organise en association des consommateurs pour défendre leurs intérêts y compris contre une banque, en quoi elle vous dérange?

Chaque chose a un début, demain peut être cette organisation embryonnaire d’une société sans boussole pour l’instant, dénoncera les insuffisances de l’État et demandera des comptes aux responsables politiques.

Alors, pour votre crédibilité et pour tous ceux qui croient à l’alternance (dont moi-même), il serait temps que « Réalité » cesse de faire le sniper embusqué qui se trompe de cible. Citoyennement.

Ileyeh

*

QUESTION A LA REPONSE

Défenseur des consommateurs : un don qui choque ou un Don Quichotte ?

Croyant à un regrettable malentendu, nous avons failli être agréablement surpris, presque sur le point de rêver d’une mobilisation citoyenne qui ne soit pas, pour une fois, instrumentalisée par le régime. En effet, nous n’avions pas saisi la raison de ce droit de réponse car, en ce qui concerne la pertinence d’une association de défense des consommateurs, même vis-à-vis d’une banque, nous pensions avoir été précis : « Quant à affirmer que les clients « exigent un peu de considération. Ils entendent se constituer en une association des consommateurs pour faire respecter leur intérêt », c’est une excellente nouvelle : à quand alors la défense des usagers d’une Voirie défaillante à cause de la mauvaise gouvernance, des fonctionnaires auxquels l’Etat n’est même pas capable d’assurer un salaire mensuel ? ».

Ce que vous avez compris comme ironie n’était qu’un vœu sincère de notre part. Tout le problème est donc là : si l’altruisme qu’implique la défense d’intérêts généraux (dans le cadre d’une association au service des consommateurs par exemple) ne nous a jamais semblé « un don qui choque », le procès d’intention que vous nous intentez nous amène à nous poser une question. A savoir : par votre démarche en faveur d’une pétition, ne seriez-vous pas en train de renouveler le personnage de Don Quichotte ?

Permettez-nous, tout d’abord, de vous rafraîchir la mémoire. Dans les années 70, une boulangerie de la place vendait aux djiboutiens du pain impropre à la consommation parce fait à partir d’une farine dans laquelle les charançons pullulaient. Pour mettre un terme à ce scandale, il a fallu qu’une certaine presse enquête puis, s’en fasse l’écho. Ce journal, vous vous en doutez, ce n’était pas « Le Réveil de Djibouti », organe de l’administration coloniale : c’était « Le Populaire », organe de la LPAI qui avait révélé ces faits discriminatoires.

Mutatis mutandis, nous persistons à croire que « La Nation » n’est pas la tribune appropriée pour faire avancer les choses dans le bon sens à Djibouti. Mais, contrairement à vous, ce n’est pas à cause de ceux que vous nommez avec un mépris inexplicable « les smicards de la plume gouvernementale » : comme la plupart des agents de l’État, ils ne font pas toujours ce qu’ils voudraient faire ; la preuve, ce sont souvent des pigistes plus exploités qu’ailleurs. Si les journalistes sont parfois courageux, comme vous le dites, le problème, c’est que le journal gouvernemental d’un régime despotique peu soucieux de pluralisme de l’information ou même de déontologie, étouffe ce genre de qualité : sa ligne éditoriale (si l’on ose ce non-sens), interdit de poser les problèmes que la police politique estime indignes d’être posés.

D’autre part, le jugement plutôt déplacé que ce journal gouvernemental s’est permis de porter à propos du contentieux opposant l’ancien Président du Croissant-Rouge d’Obock (lire en page 8), nous amène à penser qu’il ne se préoccupe pas toujours de la défense des faibles à laquelle vous prétendez : les habitants d’Obock et d’ailleurs, auxquels le régime refuse encore tout droit à la Réhabilitation, sont un peu plus nombreux que vos pétitionnaires clients de banque, à moins que votre association estime prématuré (ou déplacé) de se faire leur porte-voix.

En clair, si Don Quichotte se battait contre des ennemis imaginaires (des moulins en l’occurrence), il nous semble que votre association ( dont la discrétion étonne plus d’un) ne pose pas la vraie question, au moins dans le cas précis de cette pétition : pourquoi l’État djiboutien détenant 33% du capital de cette banque et constituant de ce fait une minorité, de blocage, ne défend-il pas lui-même ses citoyens au lieu de masquer son incompétence et son insouciance derrière la plume d’un de ses journalistes de service ?

Alors, de nous ou de vous, qui devrait réellement cesser de « faire le sniper embusqué qui se trompe de cible ? ». Demandez à nos cibles ce qu’elles pensent de nos tirs. Concitoyennement !


L’honnêteté sanctionnée

A propos de l’éviction du Président du Coissant-Rouge d’Obock

Djibouti, le 06/07 12003

A

Monsieur le Directeur

du Croissant Rouge Éternel de Djibouti

Monsieur ABDI KAIREH

Réponse à la mise au point par le Directeur

du croissant rouge paru sur la nation du jeudi 3 juillet 2003

En réponse à votre mise au point, j’ai le regret que votre réaction soit si déplacée car je n’ai fait que faire valoir au Ministre les droits des réels nécessiteux consistant à la réhabilitation de leurs logements endommagés par la guerre. Ceci n’est pas de la politique mais d’actes d’humanisme en faveur de personnes humaines.

J’ai voulu donner donc la priorité à ces gens en question et non aux terrains vides et aux habitations de fortune qui existaient avant la guerre et qui par surprise figure sur la liste.

C’est pourquoi, j’ai trouvé injuste que les vrais sinistrés de la guerre soient ignorés et que les autres soient servis alors qu’ils ne sont pas concernés par la réhabilitation.

Faisant donc profiter cette aide au nom de l’humanité aux personnes qui ont subi des préjudices par la guerre.

Quant à la décision de mon écartement de la présidence du croissant rouge branche d’Obock et mon remplacement par le vice-présidente, je souhaite à cette dernière un succès dans l’exercice de cette responsabilité ainsi qu’au comité.

Aussi, vous avez cité que les paragraphes

– Impartialité

– Neutralité

– Et Indépendance

Mais vous aviez omis le chapitre le plus important qui est d’ailleurs bien avant ces trois chapitres dans les statuts qu’est : L’humanité : qui est un mot très important et dont la signification prime sur tous les autres car un monde sans humanité n’est qu’une jungle

Le chapitre humanité stipule :

« Née du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, la croix rouge, sous son aspect international et national s’efforce de prévenir et d’alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes. Elle tend à protéger la vie et la santé ainsi qu’à faire respecter la personne humaine. Elle favorise la compréhension mutuelle l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples. »

A mon avis il faudrait donner du sang nouveau à ces honorables organisations humanitaires «croissant rouge de Djibouti».

Et merci.

**

COMMENTAIRES : on savait qu’une administration démotivée par la mauvaise gouvernance ne pouvait qu’être déshumanisée, oubliant complètement la mission de service public qui doit être la sienne. Mais, dans le cas présent d’un fonctionnaire démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de l’honnêteté qu’exige le travail humanitaire, c’est tout simplement le degré zéro de la morale. Ce n’est pas un scoop : tout le monde sait que dans ce régime délinquant, le Mal est devenu la norme des promotions partisanes. Même quand il s’agit de soulager une détresse humaine qu’un gouvernement peu soucieux de paix civile a largement contribué à provoquer : la preuve, c’est qu’il l’entretient encore en refusant toute Réhabilitation ! Si aucun citoyen n’est dupe, avis aux bailleurs de fonds.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

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Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural
  4. Iznogoud : un nouveau Calife pour Djibouti ?
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMEDCodirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 58

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

QUI EST DÉPHASÉ :

UN PEUPLE MALTRAITE OU UN RÉGIME IRRESPONSABLE ?

 

Passons sur le paradoxe : une Capitale illuminée pendant trois-quarts d’heure par les feux d’artifice alors que certains de ses quartiers sont plongés dans l’obscurité à cause des délestages dus à la mauvaise gouvernance. Évoquons la mauvaise conscience des fraudeurs officiels : l’énorme taux d’abstention de 51% à l’occasion de la dernière consultation électorale serait du à une dépolitisation des citoyens djiboutiens. Arrêtons-nous sur l’événement de la semaine : dans sa grande majorité, le Peuple ne s’est pas tellement senti concerné par les festivités du 27 juin. A qui la faute ?

Sans avoir à nécessairement verser dans la culpabilisation facile, dans laquelle beaucoup d’oppositions versent de par le monde, il est difficilement imaginable qu’un Peuple aussi martyrisé que le nôtre puisse, en toute inconscience, boycotter un événement pour lequel il a tant lutté et dont il attendait certainement tout, sauf de voir se détériorer ses conditions d’existence quotidienne. En clair, si les citoyens djiboutiens avaient quelque chose à fêter en ce 27 juin, ils se seraient manifestés de façon un peu plus évidente.

Il y a donc, manifestement un décalage entre l’ostentation que le régime cherche, en toute logique instrumentale, à donner à la célébration de l’Indépendance nationale et les réticences d’une population djiboutienne qui semble avoir plus de raisons de bouder que de s’amuser. Ce déphasage entre la propagande officielle et les attentes populaires pose ainsi la question de savoir d’où vient un aussi flagrant malaise.

Un premier élément de réponse, sous réserve d’une enquête d’opinion complémentaire, nous est fourni, autant que dan la pratique gouvernementale quotidienne, par certains aspects du discours présidentiel prononcé à cette occasion. C’est tout simplement sidérant. On y apprend par exemple que « la régularité des salaires figure parmi les résultats tangibles » obtenus par ce gouvernement de la mauvaise gouvernance : pourtant, le Chef de l’État devrait être le plus à même de savoir que les retards de salaire perdurent et que, si éclaircie il y a eu, c’est tant grâce à la générosité française qu’au prix d’un déficit des finances publiques. Il n’y a eu aucun miracle redevable à une saine gestion de nos ressources intérieures. Il serait donc pour le moins salutaire, et décent, que ses principaux collaborateurs informent enfin le Président de la République sur la dramatique détérioration du pouvoir d’achat des djiboutiens, très largement imputable non pas à une inflation importée à laquelle s’expose un pays qui ne produit absolument rien, mais essentiellement au gaspillage des rares ressources intérieures.

On y apprend également que le gouvernement aurait réussi à assurer « l’amélioration des conditions de vie des populations des districts de l’intérieur » : fondamentalement ubuesque, lorsque l’on sait qu’aucun emploi n’a pour le moment été créé dans ces régions. Plus gravement, une telle aberration constitue un défi au bon sens populaire comme une insulte aux attentes de ces populations, spécialement dans les zones dévastées par le conflit et auxquelles le régime refuse jusqu’à présent tout droit à la réhabilitation et à l’indemnisation. Accessoirement, le sabordage, initié au plus haut niveau de l’État, du processus de Décentralisation, est loin de plaider en faveur d’une quelconque intention sérieuse du régime en ce qui concerne un réel développement des districts de l’Intérieur.

Sans même évoquer une pratique gouvernementale largement dominée par le gaspillage et la corruption, le seul discours présidentiel prononcé à l’occasion de ce 27 juin montre de façon indubitable que si fossé il y a entre gouvernants et gouvernés, l’irresponsable responsabilité en incombe surtout à des dirigeants non seulement incapables de subvenir au minimum vital, mais bien coupables de nier l’injuste réalité à laquelle le Peuple djiboutien doit quotidiennement faire face.

Dans ces conditions, il est compréhensible que les citoyens djiboutiens aient préféré se prélasser en ce 27 juin plutôt que d’avoir l’impression de cautionner un régime responsable de la détérioration de leurs conditions d’existence. Il est peu probable que ce gouvernement des apparences tienne véritablement compte d’un tel désaveu : les fraudes électorales lui suffisent pour rester au pouvoir.

 

 


Brèves nationales

 

Les rodomontades du ministre-philosophe :

 

Cicéron ou fanfaron ?

 

En déplacement à Tadjourah dans le cadre des festivités du 27 juin, le Garde des Sceaux, peu loquace ces derniers temps, en a profité pour dispenser ex cathedra un cours de haute politique à l’intention des habitants de la Ville-Blanche, innocentes victimes de la politique gouvernementale. Il est étonnant que le représentant gouvernemental de la fraude ait pu oser donner des leçons de démocratie à des citoyens dont le libre choix du 10 janvier 2003 a été confisqué. L’inspiration lui ayant fait défaut, l’orateur a trébuché à plusieurs reprises en tentant d’esquiver la rude réalité. Déphasé et dépassé, il a justifié l’impasse actuelle par l’attitude négative de l’opposition naviguant à contre-courant selon lui. Ignore-t-il que cette opposition ainsi brocardée est celle-là même qui a récemment fait la preuve de son influence prépondérante à Tadjourah et ailleurs ? Alors que certains ministres de la mal-gouvernance restent ignorés jusque dans leurs propre villages.

Mais, comme dans ce régime d’esbroufe, parler pour ne rien dire relève de la culture politique, il est tout à fait regrettable de voir un philosophe figurer dans un gouvernement interdisant l’usage des immenses ressources de la maïeutique qui sont les siennes. Accepter de rester à l’étroit dans un système bridant à ce point l’imagination, c’est faire de la politique non pas de tout son sens, mais de tout son ventre.

Lutte contre la pauvreté :

l’esbroufe en guise de bouffe

Un curieux édito honteux en dernière page de « La Nation » du 26 juin nous a fait pouffer de rire. Sous le titre « Pour une décentralisation responsable », le lecteur a droit à une explication incohérente où se mêlent l’événementiel et la prospective. On a beau chercher ce qui a trait à la décentralisation, on reste sur sa faim. Juste quelques lignes complètement décalées du corps du texte nous rappellent qu’il s’agit en fait de la décentralisation économique, matérialisée par les méga-projets de développement au bénéfice du district d’Ali-Sabieh, région frondeuse où le chômage reste important. Cette politique démagogique destinée à susciter des jalousies sociales ne peut pourtant pas faire oublier qu’il y a plus de dix ans de nombreux emplois ont été supprimés suite à la faillite retentissante d’entreprises publiques telles que la Laiterie, Air-Djibouti ou l’Usine d’Aliments de Bétail.

Seule une politique volontariste de lutte contre le chômage pourra réduire de façon notable la pauvreté à l’échelle de toute la Nation. Pour le moment, l’esbroufe reste servie comme bouffe à nos concitoyens affamés par la mauvaise gouvernance.

A l’appui de notre thèse, citons copieusement l’édito de « La Nation » pour une fois, chef-d’œuvre du genre : « Personne ne peut nier : la situation économique s’est positivement débloquée. L’amorce de ce décollage est le fruit de la mise en place progressive du programme sur lequel s’est engagé le Président de la République. Programme qui s’articule autour de la lutte effrénée contre la pauvreté, la réduction du chômage et la lutte pour l’amélioration des conditions de vie du président. ».CQFD .

Il aurait été étonnant qu’une presse alimentaire ne se soucie pas de « l’amélioration des conditions de vie du président » de la République. Quoique que ce dernier nous semble moins à plaindre que la majorité des Djiboutiens. Et pour cause…

Les militants du MRD libérés, mais…

Nous avons appris avec satisfaction la libération de Pauline Mohamed Abdou et de ses trois compagnons, arrêtés pour « tentative de graffiti » dans la nuit du 22 au 23 juin et injustement incarcérés depuis à la prison centrale de Gabode. Candidate de l’UAD dans la circonscription de Djibouti aux dernières législatives, Pauline avait été arrêtée dans le cadre de l’acharnement contre le leader du MRD, M. Daher Ahmed Farah. Elle et ses trois co-accusés ont été finalement libérés le 29 juin à l’issue d’un procès expéditif au cours duquel ils ont tout de même été condamnés à trois mois de prison avec sursis. En sursis, mais libres.

Pour quelques barils de gasoil :

Randa renoue avec l’obscurité et la corvée d’eau

Contrairement aux affirmations fantaisistes du vice-président du conseil régional de Tadjourah, par ailleurs responsable régional de l’EDD, la mauvaise gouvernance ne semble pas en mesure d’efficacement « contribuer aux frais de gasoil », encore moins de « tirer un trait sur l’obscurité et la soif à Randa » de manière permanente. Quelques jours après la coûteuse autant qu’improductive visite présidentielle, les Randaniens ont ressorti leurs torches électriques et autres lampes-tempête pour s’éclairer. La rapide réapparition de la corvée d’eau leur a également fait retrouver l’usage des brouettes et des jerricans pour chercher l’eau à la source du coin. Les habitants de ce paisible village et ses centaines de vacanciers n’en finissent pas de maudire la mauvaise gouvernance et ses représentants locaux et nationaux, qui prophétisaient prématurément une renaissance économique à cette station d’altitude, sinistrée depuis 1993. Est-ce donc cela, la « gestion de vraie problématique » ?

 


 

Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

A propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

 

Au lieu de s’atteler à « la gestion de vraie problématique » chère au Premier ministre, le Chef de l’Etat semble pour le moment plus préoccupé de s’investir dans l’un des projets les plus dangereux, puisque potentiellement générateur de conflits territoriaux ainsi que d’anarchie pastorale par la destruction des structures millénaires existantes . Ainsi, plutôt que de mettre en place une réelle Décentralisation et d’œuvrer au développement socio-économique des régions, il vient de concocter, avec l’appui technique d’un expert africain dépêché par la FAO, un projet de loi sans aucune nécessité immédiate, visant à une remise en cause totale des structures sociales traditionnelles. Le titre pompeux « le pastoralisme et le développement agropastoral » masque mal la véritable intention de ce projet de réforme de la propriété terrienne en milieu rural : mettre toutes les régions de l’Intérieur entre les mains de l’État, de sa politique et de son clientélisme. Avant nos commentaires sur ce projet fantaisiste autant que dangereux, en voici le texte dans son intégralité.

 


 

AVANT-PROJET DE LOI

 

SUR LE PASTORALISME ET LE DEVELOPPEMENT AGROPASTORAL

L’assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit

 

Vu la Constitution du 15 Septembre 1992

 

Vu le Décret n° . . . . portant nomination du Premier Ministre

 

Vu le Décret n° . . . portant nomination des membres du gouvernement

TITRE I – DISPOSITIONS GENERALES

Chapitre 1 – Objet et champ d’application

Article 1 : La présente loi définit les principes fondamentaux et les régies générales régissant la gestion des ressources naturelles à des fins pastorales et agropastorales en République de Djibouti.

Elle détermine en particulier :

– le statut des ressources pastorales ;

– les conditions d’accès aux espaces pastoraux et de la pratique de la transhumance ;

– les mesures de sécurisation foncière des activités pastorales et agropastorales.

Elle consacre les droits des pasteurs et définit leurs obligations dans l’exercice des activités pastorales et agropastorales.

Article 2 : La présente loi a pour objectif de promouvoir la mise en valeur et l’utilisation durable des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural.

Elle vise également à promouvoir les pratiques de protection de l’environnement contre les risques de dégradation afin de préserver les intérêts des générations présentes et futures; elle met en place un cadre institutionnel pour la gestion effective des ressources pastorales.

Article 3 : La présente loi s’applique uniquement au milieu rural et principalement à l’élevage pastoral des espèces caméline, bovine, ovine et caprine.

Chapitre 2 – Définitions

Article 4 : Au sens de la présente loi, on entend par :

1°) pastoralisme, le mode d’élevage qui consiste à assurer l’alimentation et l’abreuvement des animaux grâce à l’exploitation itinérante des ressources pastorales;

2°) agro pastoralisme, la production rurale traditionnelle qui associe aux activités pastorales de base des activités agricoles d’appoint;

3°) pasteur, celui qui exerce à titre d’occupation principale l’activité d’élevage pastoral;

 

4°) ressources pastorales, l’ensemble des ressources végétales, hydriques et minérales nécessaires à l’alimentation des animaux dans le cadre de l’élevage pastoral;

5°) transhumance, le mouvement cyclique et saisonnier des animaux en vue de l’exploitation des ressources pastorales d’un espace donné;

6°) coutumes pastorales, l’ensemble des règles locales, en général non officielles, de gestion des ressources pastorales, reconnues comme telles par une population, fondées sur les traditions ancestrales et dont l’observation est considérée comme s’imposant à tous;

7°) usages pastoraux locaux, les pratiques locales habituelles d’exploitation et de gestion des ressources pastorales observées par les pasteurs dans une localité ou région déterminée ;

8°) pâturage lignager, territoire de pâture occupé et exploité depuis plusieurs générations par un lignage déterminé et considéré coutumièrement comme lui appartenant:

9°) pâturage communautaire, territoire de pâture dont les ressources sont librement accessibles aux membres de la communauté concernée, et considéré coutumièrement comme n’appartenant à personne en particulier;

10°) acteurs ruraux, les pasteurs, l’État, les collectivités territoriales décentralisées et les opérateurs privés exerçant des activités de développement en milieu rural.

Chapitre 3 – Principes fondamentaux

Article 5 : Tout acteur rural, sans distinction d’origine sociale, de sexe et de religion, bénéficie d’un droit d’accès équitable aux ressources pastorales en vue du développement d’activités productives.

L’État prend toutes dispositions de nature à promouvoir l’accès effectif des acteurs ruraux femmes aux ressources pastorales.

Article 6 : L’accès aux ressources pastorales se fait dans les conditions prévues par la présente loi et les autres textes législatifs et réglementaires y afférents, ainsi que dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux des régions concernées.

L’accès de chaque catégorie d’acteurs ruraux aux ressources pastorales se fait dans le respect des droits d’utilisation reconnus aux autres catégories d’acteurs.

Article 7 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux.

Article 8 : Conformément aux traditions culturelles et usages de solidarité pastorale, les pasteurs des régions favorisées prêtent assistance aux pasteurs des régions moins favorisées en matière d’exploitation des ressources pastorales. A cet effet, ils peuvent passer des conventions d’assistance interlignages.

Article 9 : Dans le cadre de leur gestion durable, les ressources naturelles doivent être mises en valeur et utilisées en vue de l’amélioration des conditions de vie de la population rurale.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées prennent toutes mesures administratives, techniques et juridiques de nature à favoriser la mise en valeur optimale des terres rurales en tenant compte de leur vocation et potentialité pastorale, agricole, touristique ou autres.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées favorisent la diversification des activités de mise en valeur des ressources naturelles. Ils prennent des mesures incitatives pour la promotion et le développement des activités telles que la pêche, l’apiculture ou l’artisanat.

Article 10 : L’État et les collectivités territoriales favorisent l’implication et la responsabilisation des populations locales dans la gestion des ressources locales Ils peuvent à cet effet, mettre en place toute structure de consultation ou de concertation au niveau national ou local, ou faciliter l’organisation des autres catégories d’acteurs ruraux.

Article 11 : La présente loi reconnaît et valorise les coutumes, usages et savoir-faire pastoraux locaux, à l’exception des coutumes de nature pénale et sous réserve de leur conformité avec les principes constitutionnels de la République de Djibouti.

En cas de conflit entre la loi d’une part et les coutumes et usages pastoraux d’autre part, préférence doit être donnée à la loi.

Chapitre 4 – Protection de l’environnement

Article 12 : L’exercice des activités pastorales, agricoles, touristiques ou autres par l’ensemble des acteurs ruraux est soumis à l’obligation générale de préservation de l’environnement.

A ce titre, tous les acteurs ruraux sont responsables, au sein de leurs communautés et à titre individuel, de la bonne utilisation et de la préservation des ressources pastorales.

Article 13 : L’exploitation des ressources naturelles à des fins pastorales doit être faite de manière durable, avec le souci de préserver les droits des générations présentes et futures, conformément à la législation relative à la protection de l’environnement.

Article 14 : Les acteurs ruraux doivent participer à la conservation et à l’utilisation durable de la diversité biologique, notamment en respectant la réglementation relative aux aires protégées et à la préservation des ressources végétales, spécialement celles fortement appétées.

La coupe des arbres sur les espaces pastoraux est interdite. L’émondage des arbres est autorisé sous réserve du respect des normes édictées par les services techniques compétents.

Article 15 : Conformément aux conventions internationales pertinentes, l’État doit veiller à la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique; à cet effet il oeuvre à la connaissance, la préservation, l’amélioration et la vulgarisation des pratiques pastorales traditionnelles des communautés de base, qui favorisent la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique.

Article 16 : Les acteurs ruraux doivent collaborer pour lutter efficacement contre la désertification.

Ils coopèrent avec les institutions nationales et internationales compétentes en matière de protection des écosystèmes naturels, de préservation de leur fonctionnement équilibré et de valorisation de leur potentiel productif.

Article 17 : Les actions et projets de développement doivent être conçus et réalisés en tenant compte de la nécessité de préserver les ressources pastorales en tant qu’éléments essentiels du cadre et de la qualité de vie des populations rurales.

A cet effet, une étude d’impact sur l’environnement est exigée chaque fois que la réalisation d’un projet, d’un programme ou d’un plan de développement est susceptible de causer des dommages à l’environnement ou d’entraîner la suppression totale ou partielle de ressources pastorales.

TITRE II. REGIME DES RESSOURCES PASTORALES

Chapitre 1 – Énumération et classification des ressources pastorales

 

Article 18 : Les ressources pastorales sont constituées par :

 

les pâturages naturels herbacés ;

 

les pâturages aériens;

 

les cultures fourragères;

 

les ressources en eau, superficielles ou souterraines utilisées à des fins pastorales.

 

Constituent également des ressources pastorales.

 

les espaces où se pratiquent habituellement les cures salées; les zones de mangroves;

 

les zones de palmiers doum.

Section 1 – Les pâturages
 

Article 19 : Les espaces pastoraux comprennent les espaces pastoraux coutumiers et les espaces pastoraux immatriculés.

Article 20 : Les espaces pastoraux coutumiers sont constitués par les pâturages lignagers et par les pâturages communautaires.

 

Les pâturages lignagers sont des espaces pastoraux détenus en vertu de faits ancestraux de possession, exercés à titre particulier, exclusif ou prioritaire, par des lignages déterminés, et dont les droits sont unanimement reconnus comme légitimes par les communautés de base dont relèvent ces lignages;

Les pâturages communautaires sont des espaces pastoraux occupés et exploités de manière commune par les membres d’une communauté de base, sans qu’un lignage déterminé membre de cette communauté de base puisse se prévaloir de droits particuliers, exclusifs ou prioritaires.

Article 21 : Les espaces pastoraux immatriculés sont ceux occupés en vertu d’un titre foncier régulièrement délivré conformément à la législation foncière en vigueur. Ces espaces peuvent être :

soit intégrés au domaine privé de l’État ou des collectivités territoriales décentralisées; soit concédés au profit de personnes privées;

soit détenus en vertu d’un titre foncier de propriété privée régulièrement délivré.

Au sens de la présente loi, sont assimilés aux espaces pastoraux immatriculés, les espaces ruraux pastoraux relevant du domaine public de l’État, tels que les zones de mangroves ou certaines zones de cures salées.

Section 2. Les ressources en eau

Article 22 : Les points d’eau pastoraux comprennent les points d’eau naturels et les points d’eau aménagés.

Constituent des points d’eau naturels: les cours d’eau; les lacs et étangs; les mares et gueltas.

Constituent des points d’eau aménagés:les puits;les forages ;tous autres ouvrages hydrauliques destinés à la maîtrise de l’eau telles que les retenues collinaires.

Au sens de la présente loi, les puits sont les ouvrages hydrauliques permettant de prélever les ressources souterraines en eau à une faible profondeur; les forages sont les ouvrages hydrauliques permettant de capter les ressources en eau à une grande profondeur.

Chapitre 2- Régime commun d’accès aux espaces pastoraux

Article 23 : Les espaces pastoraux constituent un patrimoine de la nation djiboutienne. L’État et les collectivités territoriales décentralisées, en tant que représentants de l’intérêt général sont responsables, en collaboration avec les communautés de base concernées, de la préservation des ressources pastorales et de la lutte contre la désertification

Article 24 : Les populations rurales bénéficient un droit d’usage et de jouissance sur les espaces pastoraux coutumiers qu’elles occupent et exploitent traditionnellement. Toute décision de l’État ou d’une collectivité territoriale décentralisée d’attribuer ou d’autoriser l’occupation ou l’exploitation d’espaces pastoraux coutumiers nécessite l’accord préalable des populations concernées.

Article 25 : Les droits d’usage et de jouissance reconnus par la présente loi aux populations rurales sont assortis de l’obligation générale de respecter l’environnement et de se conformer aux principes de l’utilisation durable des ressources naturelles.

L’Etat ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent intervenir pour prendre les mesures appropriées de préservation des ressources naturelles lorsqu’il est établi que des pratiques locales sont de nature à compromettre de manière irréversible l’utilisation durable des ressources pastorales.

Article 26 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées veillent à la préservation de la vocation pastorale des espaces ruraux. Ils s’assurent que les projets de développement et opérations de mise en valeur en milieu rural tiennent dûment compte des besoins en espace et en ressources naturelles des populations locales pour assurer leur subsistance et les activités productives habituelles.

Tout changement de destination d’une portion d’espace pastoral nécessite l’avis favorable préalable des services techniques de l’élevage, des collectivités territoriales décentralisées et des autorités coutumières concernées.

Article 27 : Les décisions de l’État ou des collectivités territoriales prises en violation des dispositions du présent chapitre peuvent être annulées par les juridictions compétentes dans le cadre des procédures ordinaires de recours contre les actes administratifs.

Il en est de même en ce qui concerne les décisions prises en violation des dispositions des articles 35 et 47 ci-dessous de la présente loi. .

Chapitre 3 – Régime des pâturages lignagers

Article 28 : Les lignages exercent des droits exclusifs d’usage et de jouissance sur leurs pâturages lignagers. Ces droits sont constitutifs de droits réels et protégés comme tels. Nulle personne et nul groupe de personnes ne peuvent être privées de leurs droits sur les pâturages lignagers pour cause d’utilité publique sans une juste et préalable indemnité

Article 28 : Les droits reconnus au lignage sur le pâturage lignager confèrent un droit collectif d’exploitation aux membres du lignage. Ce droit collectif donne à chaque membre du lignage un droit égal d’accès aux ressources du pâturage lignager. Chaque membre du lignage peut à ce titre, dans le respect des usages locaux reconnus en la matière, faire pâturer ses animaux et les abreuver. Il peut également, sous l’autorité du représentant du lignage entreprendre toutes activités productives, agricoles, touristiques ou autres.

Article 29 : L’accès aux espaces pastoraux lignagers aux fins de pâturage des animaux se fait dans le respect de l’aménagement traditionnel de l’espace rural notamment, du zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces.

Article 30 : Nul pasteur membre de la communauté, mais non membre du lignage titulaire d’un pâturage ne peut accéder aux ressources du pâturage lignager concerné sans l’autorisation préalable du représentant du lignage. Toute exploitation frauduleuse ou occupation non autorisée est interdite.

Les pasteurs appartenant à d’autres communautés ne pourront accéder à des pâturages lignagers qu’en vertu d’une convention locale pastorale, conformément aux usages locaux en vigueur. L’accès accordé à une communauté comporte de plein droit un droit de réciprocité.

Les pâturages lignagers peuvent faire l’objet de locations et prêts à des pasteurs membres d’autres lignages ou communautés dans les conditions prévues par les usages locaux. L’État et les collectivités territoriales décentralisées encouragent par toutes mesures appropriées la formalisation des prêts et locations de pâturage et garantissent le respect de ces conventions.

Article 31 : Le représentant du lignage est légalement investi des droits reconnus au lignage sur les pâturages lignagers. Il agit au nom du lignage et pour son compte. Il peut autoriser d’autres personnes à occuper et exploiter temporairement les terres du lignage. Il est habilité à ester en justice pour défendre les droits pastoraux du lignage.

De manière générale, le représentant du lignage peut accomplir tous actes d’administration au nom et pour le compte du lignage. Il peut notamment demander la délivrance, au nom du lignage, d’un titre collectif attestant des droits du lignage sur ses pâturages.

Aucun membre du lignage, quel que soit son statut, ne peut accomplir seul des actes de disposition des pâturages lignagers. Tout acte de cession d’une portion de pâturage lignager nécessite l’accord préalable des membres du lignage. Cet accord est constaté par un procès-verbal obligatoirement annexé à l’acte de cession.

La cession irrégulière d’une portion de pâturage est nulle et de nul effet.

Chapitre 4 – Régime des pâturages communautaires

Article 32 : Les communautés locales de base exercent des droits communs d’usage et de jouissance sur les pâturages communautaires reconnus comme constituant les espaces traditionnels de ces communautés.

Les droits reconnus à la communauté sur le pâturage communautaire confèrent un droit d’exploitation collectif, prioritaire et non exclusif aux membres de la communauté. Chaque membre de la communauté concernée dispose d’un droit égal d’accès aux ressources de l’espace communautaire. Il peut y faire pâturer ses animaux, les abreuver et accomplir tout acte de mise en valeur.

Les personnes qui ne sont pas membres de la communauté de base peuvent également accéder aux ressources de l’espace communautaire. Cet accès est conditionné par le respect du droit de priorité reconnu par la présente loi aux membres de la communauté locale, ainsi qu’au respect des usages locaux en vigueur

Article 33 : Les droits reconnus à chaque membre de la communauté sont exercés dans le respect des droits des autres utilisateurs et conditionnés par le respect de l’environnement. Il est interdit de gaspiller les ressources des pâturages communautaires ou de les utiliser de manière abusive.

Article 34 : Les autorités coutumières locales apportent leur concours à la préservation et à l’utilisation durable des ressources pastorales communautaires Elles informent les services techniques compétents des menaces de dégradation de l’environnement dont elles ont connaissance. Elles peuvent prendre toute mesure jugée appropriée de préservation des ressources naturelles, en concertation avec les services techniques locaux.

Toute personne qui de manière répétée se rend coupable d’exploitation abusive ou de dégradation graves des ressources naturelles peut être temporairement empêchée d’y accéder par les autorités coutumières locales. Ce temps d’interdiction ne peut dépasser une année. Information de l’interdiction d’accès est donnée immédiatement à l’autorité administrative locale territorialement compétente.

Chapitre 5 – Régime des espaces pastoraux immatriculés

Section 1 – Espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État

Article 35 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent immatriculer des portions d’espaces pastoraux dans leurs domaines privés respectifs. L’immatriculation est subordonnée à l’accord préalable des représentants des populations locales concernées, dans les conditions prévues par les textes complémentaires de la présente loi. L’accord des populations locales est constaté par l’établissement d’un procès-verbal.

Article 36 : Dans le cadre des opérations d’aménagement des espaces ruraux entrepris par l’État, celui-ci négocie un réaménagement foncier avec les populations locales concernées.

Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.

Article 37 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux, sauf les exceptions prévues par la loi.

Exceptionnellement, l’État ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer à titre gratuit une partie des terres aménagées à des femmes rurales, individuelles ou organisées en associations ou en coopératives de production.

Section 2 – Espaces pastoraux appropriés individuellement

Article 38 : Sous réserve du respect des dispositions de la présente loi et de la législation foncière en vigueur, les particuliers peuvent être titulaires des droits privatifs sur les espaces pastoraux, soit au moyen d’une transaction foncière coutumière, soit par attribution de l’État sur son domaine privé.

Article 39 : Toute transaction foncière coutumière ayant pour objet le transfert définitif d’une portion d’espace pastoral au profit d’une personne étrangère au lignage ou à la communauté détentrice des droits fonciers pastoraux, requiert l’accord préalable des membres de ce lignage ou de cette communauté. L’accord est constaté par l’établissement d’un procès-verbal dans les conditions et selon les modalités fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Toute transaction foncière coutumière ne respectant pas les prescriptions du présent article est nul et de nul effet.

Article 40 : Conformément à la législation foncière en vigueur, l’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer des portions d’espace pastoral relevant de leur domaine privé à des personnes physiques ou morales désirant réaliser des opérations de mise en valeur en milieu rural. L’attribution est faite par voie de concession provisoire, et toujours à titre onéreux.

Article 41 : L’octroi de concession sur les espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État est assorti de l’obligation de respecter les clauses du cahier des charges de la concession.

Sous peine de déchéance, il est interdit de changer l’affectation d’un espace pastoral pendant toute la durée de la concession provisoire, sauf autorisation préalable délivrée par le service des domaines après avis des services techniques locaux concernés.

La concession provisoire peut être transformée en concession définitive après réalisation de la mise en valeur prévue par le cahier des charges.

Chapitre 6 – Accès aux ressources en eau et aménagement des points d’eau

Section 1 – Points d’eau naturels

Article 42 : Les points d’eau naturels sont accessibles librement et gratuitement à tous les pasteurs pour les besoins de l’abreuvement de leurs animaux.

Le droit d’accès libre aux points d’eau naturels est conditionné par le respect de l’environnement et l’utilisation des ressources en bon père de famille. En particulier, cette utilisation doit se faire de manière économique et en respectant les droits des autres utilisateurs. Tout gaspillage et toute occupation abusive d’un point d’eau naturel sont interdits.

Les utilisateurs d’un point d’eau naturel sont tenus de participer à sa protection, à travers le respect des mesures prévues par les structures de gestion de points d’eau.

Article 43 : Des zones de sauvegarde peuvent être instituées à proximité des sources et des nappes souterraines afin d’assurer la protection qualitative et quantitative des ressources en eau.

Les fonds inclus dans les zones de sauvegarde sont frappés de plein droit d’une servitude utile à la protection de la ressource. Les textes complémentaires de la présente loi fixent les restrictions et interdictions applicables aux zones de sauvegarde.

Article 44 : L’accès aux points d’eau naturels se fait obligatoirement par les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Les collectivités territoriales décentralisées et les autorités coutumières locales concernées sont responsables conjointement de la détermination et de la délimitation des couloirs de passage.

Article 45 : Des servitudes de passage pour l’accès des animaux sont imposées aux propriétaires des fonds riverains des points d’eau naturels. Les servitudes s’exercent uniquement sur les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Elles peuvent donner lieu à indemnisation, en nature ou en numéraire, au profit du propriétaire du fonds servant dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 46 . Tous travaux, aménagements ou interventions sur le lit des cours d’eau susceptibles d’affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux font l’objet d’une autorisation préalable délivrée par l’administration compétente, conformément au code de l’eau.

Section 2 – Points d’eau aménagés

Article 47 : La décision de création d’un point d’eau public aménagé, qu’il s’agisse d’un puits, d’un forage ou d’une retenue collinaire nécessite une concertation préalable obligatoire avec les populations locales concernées. Leur avis est requis en ce qui concerne l’opportunité de création du point d’eau, le choix de son lieu d’implantation ainsi que pour les distances d’implantation à respecter par rapport à d’autres points d’eau.

Article 48 : Le ministre chargé de l’hydraulique élabore les normes relatives au maillage des puits et forages publics. Ces normes sont fixées par voie réglementaire, après consultation des populations locales concernées.

Article 49 : La création d’un forage public est subordonnée à la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social. L’étude doit comporter l’indication des mesures à prendre pour atténuer les conséquences nuisibles identifiées de l’implantation du forage.

Article 50 : Les puits et forages publics sont aménagés de manière à séparer les points d’alimentation humaine et les points d’abreuvement des animaux.

Ces aménagements doivent s’accompagner de la création de périmètres de protection.

Article 51 : L’accès à un puits ou forage public peut être soumis au paiement d’une redevance dont le taux est fixé en tenant compte de la faiblesse des revenus des populations rurales.

La redevance peut être fixée annuellement pour les pasteurs résidents et en fonction de l’utilisation des ressources pastorales pour les pasteurs transhumants.

Article 52 : Les populations locales usagères d’un puits ou forage public sont responsables de sa gestion et son entretien. Les autres utilisateurs doivent contribuer à l’entretien des infrastructures par des travaux en nature ou par des contributions financières.

Article 53 : La création de tout point d’eau public aménagé, notamment d’un forage, doit être accompagnée de la mise en place d’un système local de gestion du point d’eau. Les utilisateurs d’un point d’eau s’organisent pour créer une commission locale de l’eau.

Les services techniques compétents et les collectivités territoriales décentralisées favorisent et facilitent la mise en place des commissions locales de l’eau.

Article 54 : La gestion de chaque point d’eau public aménagé est assurée par une structure locale de gestion du point d’eau. Cette structure peut proposer à l’autorité compétente les mesures appropriées et consensuelles de gestion des ressources en eau, notamment les principes d’accès aux points d’eau et les taux des redevances.

Article 55 : Les structures locales de gestion de l’eau prennent toutes mesures appropriées pour une utilisation rationnelle et équitable des ressources d’un point d’eau public aménagé. Elles peuvent notamment, en concertation avec les autorités coutumières locales, instituer des tours d’eau en fonction des espèces d’animaux, petits ruminants ou gros bétail.

Article 56 : Les structures locales de gestion de l’eau assurent la collecte et la gestion des redevances liées à l’utilisation des ressources en eau. Les fonds récoltés doivent être reversés dans une caisse tenue à cet effet. La structure rend compte périodiquement de la gestion de ces fonds aux institutions locales compétentes.

Section 3 – Points d’eau pastoraux privés

Article 57 : La réalisation de puits par des particuliers pour la réalisation d’activités domestiques est libre. Sont considérées comme domestiques les activités de production pastorales, agropastorales ou agricoles menées aux fins de subsistance.

Article 58 : Tout prélèvement de ressources du domaine public hydraulique par voie de forage privé est soumis à autorisation préalable de l’autorité compétente, conformément au code de l’eau.

L’accès aux ressources d’un puits privé ou d’un forage privé est réservé au propriétaire. Aucun prélèvement par autrui ne peut être fait sans l’autorisation préalable du propriétaire

Article 59 : Les propriétaires de puits et forages privés sont tenus de se conformer à la réglementation applicable aux prélèvements des eaux du domaine public hydraulique, notamment en ce qui concerne le matériel de pompage et le débit d’exhaure.

 

TITRE III – TRANSHUMANCES

 

Article 60 : Les pasteurs ont le droit de conduire les animaux en transhumance sur l’ensemble du territoire djiboutien.

Les autorités administratives locales et les collectivités territoriales décentralisées apportent leur concours et leur assistance à la bonne organisation des déplacements des animaux, à la sécurité des troupeaux et au règlement des litiges éventuels.

Après consultation des représentants des pasteurs, le ministère chargé de l’élevage procède à la détermination et l’aménagement des grands axes de passage des animaux en transhumance et pour la commercialisation.

Article 61 : Le déplacement des animaux en transhumance se fait dans le respect de l’environnement et des usages locaux relatifs à l’utilisation des pâturages. En particulier, les pasteurs transhumants sont tenus de respecter le zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces d’animaux.

Article 62 : Les troupeaux en transhumance doivent faire l’objet d’une surveillance. La garde des animaux transhumants est assurée conformément aux usages locaux en vigueur.

Dans tous les cas, les propriétaires de troupeaux transhumants répondent des dommages causés à autrui du fait de leurs animaux.

Article 63 : Les propriétaires d’animaux en transhumance sont tenus de se conformer aux régies en vigueur relatives à la police zoosanitaire. Les pasteurs transhumants doivent déclarer tout cas suspect de maladie contagieuse.

Les services chargés de l’élevage sont habilités à mettre en quarantaine les troupeaux inconnus suspectés de véhiculer des maladies contagieuses.

Article 64 : Le droit de transhumer reconnu à l’article 60 ci-dessus comprend la faculté de franchir les frontières nationales à des fins de pastoralisme, sous réserve de l’obligation pour les pasteurs de se conformer à la législation du pays d’accueil, notamment en matière de la police zoosanitaire et de protection de l’environnement.

Sous réserve de réciprocité, les pasteurs en provenance des pays voisins ont le droit de pénétrer sur le territoire Djiboutien à des fins de transhumance. Les pasteurs transhumants en provenance d’autres pays sont tenus de respecter la législation djiboutienne, notamment en matière de police zoosanitaire, de protection de l’environnement et de gestion des points d’eau.

Article 65 : Les autorités compétentes djiboutiennes négocient avec les États voisins des accords bilatéraux ou multilatéraux visant la coopération dans les situations de crise écologique, la gestion des ressources transfrontalières et la promotion de la commercialisation du bétail.

TITRE IV – SECURISATION DES DROITS

Chapitre 1 – Principes de sécurisation foncière pastorale

Article 66 : Les espaces pastoraux occupés en vertu des coutumes ne constituent pas des biens vacants et sans maître.

Les droits fonciers pastoraux individuels et collectifs reconnus par la présente loi sont protégés par le juge compétent contre les troubles de jouissance susceptibles d’être causés par les particuliers, l’État et les collectivités territoriales décentralisées.

Les titulaires de ces droits ne peuvent en être privés que pour des raisons d’utilité publique et contre une juste et préalable indemnisation, conformément aux dispositions en vigueur relatives à l’expropriation pour cause d’utilité publique.

Article 67 : Les lignages et communautés titulaires de droits fonciers pastoraux peuvent, par l’intermédiaire de leur représentant, demander aux autorités compétentes la délivrance d’un titre attestant de leurs droits.

La nature de ce titre et les modalités de sa délivrance sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Mécanismes et outils de sécurisation des droits

Article 68 : La gestion des droits fonciers pastoraux relève des institutions locales compétentes et de l’administration nationale chargée de la conservation foncière.

Les textes complémentaires de la présente loi déterminent les institutions locales compétentes en matière d’administration des droits fonciers pastoraux. Ils fixent également les modalités de cette administration ainsi que les modalités de supervision et de contrôle par les autorités nationales compétentes.

Article 69 : Les terres rétrocédées par l’État aux populations rurales dans les conditions prévues à l’article 36 ci-dessus font obligatoirement l’objet de mesures d’identification des bénéficiaires, de délimitation et de matérialisation par tous moyens appropriés. Des textes complémentaires de la présente loi fixent les modalités de constatation des droits, de délimitation et de matérialisation des terres ainsi rétrocédées.

Article 70 : Les droits fonciers acquis par l’État ou les collectivités territoriales décentralisées et immatriculés dans leur domaine privé doivent être recensés et représentés sur des cartes foncières rurales, qui constituent des documents ruraux pré-cadastraux.

Les cartes foncières rurales sont établies par l’administration de la conservation foncière, en concertation avec les services locaux de l’agriculture et de l’élevage et avec les collectivités territoriales décentralisées concernées. L’échelle de réalisation des cartes est fixée par les textes complémentaires de la présente loi.

Les cartes foncières rurales sont régulièrement mises à jour dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

TITRE V – INSTITUTIONS – GESTION DES CONFLITS

Chapitre 1 – Comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 71 : Il est créé dans chaque région un comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 72 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes a pour mission de promouvoir la responsabilisation des populations dans la gestion des ressources pastorales communes et d’assurer la mise en oeuvre effective des principes, régies et usages de gestion durable de ces ressources.

Article 73 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est principalement chargé de :

formuler des avis à la demande des autorités nationales et locales chargées de la gestion des ressources pastorales ;

recommander en cas de besoin aux instances locales compétentes des mesures spécifiques de gestion des ressources pastorales, telles que les régies d’accès équitables aux ressources communes ou les mises en défens;

organiser la collecte des usages pastoraux locaux, promouvoir leur observation et fournir une expertise en la matière aux tribunaux en cas de besoin ;

favoriser la conclusion des conventions locales pastorales d’assistance inter-lignages et faciliter le règlement des différends qui résultent de leur mise en oeuvre ;

suivre la mise en oeuvre de la législation pastorale et formuler toute recommandation de révision aux autorités compétentes ;

participer à la négociation et au suivi de la mise en oeuvre de plans de réaménagement foncier ;

concourir par tous moyens appropriés à la prévention, des conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales communes.

Les attributions du comité de concertation pour la gestion durable des ressources naturelles sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 74 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est composé notamment de représentants des autorités coutumières, des exploitants ruraux, des femmes exploitantes rurales, des associations locales de développement, ainsi que de personnes ressources locales.

La composition du comité de concertation et les modalités de son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Commissions locales de l’eau

Article 75 : Conformément au code de l’eau, les usagers de l’eau en milieu rural constituent au niveau de chaque commune rurale une commission locale de l’eau dotée de la personnalité morale

Article 76 : Les commissions locales de l’eau contribuent à la mise en valeur et à la gestion rationnelle, participative et durable des ressources en eau. Elles sont responsables de l’entretien des infrastructures hydrauliques publiques. Elles sont en outre chargées de la réalisation des missions prévues aux articles 54 à 56 de la présente loi

Article 77 : La commission locale de l’eau est composée de représentants des différentes catégories d’usagers de l’eau, des femmes exploitantes rurales et des autorités coutumières.

La composition exacte de la commission et les modalités de son fonctionnement sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi

Chapitre 3 – Fonds djiboutien de développement pastoral

Article 78 : Il est créé un Fonds djiboutien de développement pastoral, dont les ressources sont principalement destinées à contribuer à la prévention, l’atténuation et la gestion des effets des catastrophes naturelles.

Article 79 : Le Fonds a notamment pour mission de :

contribuer à définir les actions et mesures à prendre dans les situations d’urgence;

financer des microprojets de développement pastoral, agropastoral et d’amélioration de la gestion des parcours;

soutenir des actions spécifiques d’appui aux femmes exploitantes rurales.

Article 80 : Les ressources du Fonds sont constituées notamment par.

les dotations de l’État;

une partie du produit des taxes et redevances d’exploitation des ressources naturelles;

les subventions d’organisme de coopération;

les dons et legs acceptés par l’État.

Article 81 : Les missions du Fonds et les modalités de son organisation et son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 4 – Gestion des conflits

Article 82 : Les conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales sont gérés localement et à l’amiable par les autorités traditionnelles, conformément aux usages locaux. Aucune sanction pénale ne peut être infligée par ces autorités.

Article 83 : En cas de besoin, l’autorité administrative locale crée au niveau de la commune rurale une commission locale de conciliation chargée de concilier les parties aux conflits locaux liés à l’utilisation des ressources pastorales.

Article 84 : En cas d’accord amiable pour un règlement du différend, la commission établit un procès-verbal de conciliation. En cas d’échec de la tentative de conciliation, la commission établit un procès-verbal de non-conciliation.

Les litiges non conciliés liés aux activités pastorales et agropastorales sont portés devant les juridictions de droit commun, conformément aux textes en vigueur.

Article 85 : La composition, l’organisation et le fonctionnement des commissions de conciliation sont précisés par les textes complémentaires de la présente loi.

 

TITRE VI – INFRACTIONS ET SANCTIONS

 

Article 86 : Sont compétents pour rechercher et constater les infractions aux dispositions de la présente loi et de ses textes complémentaires:

les officiers de police judiciaires ;

les agents assermentés des eaux et forêts ;

les agents habilités des services de l’élevage et de l’agriculture.

Les textes complémentaires de la présente loi précisent les catégories d’agents des services de l’élevage et de l’agriculture habilités à rechercher et constater les infractions à la présente loi

Article 87 : les agents habilités désignés à l’article précédent peuvent, dans le respect des dispositions du code de procédure pénale, pénétrer à l’intérieur des propriétés bâties ou non bâties, en vue de procéder à des enquêtes, constats et perquisitions.

Article 88 : Quiconque fait pâturer des animaux en violation des coutumes et usages de zonage des pâturages en fonction des pratiques traditionnelles de mise en défens est puni d’une amende de 5000 francs à 20 000 francs.

Article 89 : Quiconque entreprend sur un pâturage lignager des activités pastorales, agropastorales, touristiques ou autres, sans titre ni autorisation préalable du représentant du lignage, est puni d’une amende de 5000 francs à 50 000 francs La condamnation peut être assortie d’une astreinte

Article 90 : Sans préjudice de l’annulation de l’acte, tout membre d’un lignage ayant procédé à des actes de disposition d’une portion de pâturage lignager, sans l’accord préalable des autres membres du lignage, est puni d’une amende de 50000 francs à 1000 000 de francs.

Article 91 : Quiconque exploite les ressources pastorales communes en violation des usages pastoraux locaux ou en violation du droit de priorité reconnu aux membres de la communauté concernée est puni d’une amende de 5000 francs à 20000 francs.

Article 92 : Sans préjudice de l’interdiction temporaire d’accès aux ressources pastorales prévue à l’article 34 de la présente loi, quiconque commet dans un pâturage communautaire des actes répétés de dégradation de l’environnement, de gaspillage ou d’utilisation abusive des ressources pastorales est puni d’une amende de 5000 à 50 000 de francs.

Article 93 : Est puni de la même peine quiconque pollue, gaspille ou exploite de manière abusive les ressources en eau.

Article 94 : Quiconque, sans autorisation préalable, change l’affectation d’un espace pastoral concédé pendant la durée de la concession provisoire est puni d’une amende de 50 000 francs à 1000 000 de francs.

Article 95 : Est puni d’une amende de 5000 à 50 000 francs quiconque :

occupe ou entrave une piste pastorale ou empiète sur son emprise;

accède aux points d’eau pastoraux en dehors des pistes prévues à cet effet;

viole les dispositions relatives aux zones de sauvegarde des points d’eau pastoraux;

entrave ou empêche l’accès des animaux aux points d’eau;

établit un campement pastoral ou agricole aux abords d’un point d’abreuvement des animaux ou les occupe abusivement.

Article 96 : Est puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de 50 000 à 1000 000 de francs ou de l’une de ces deux peines quiconque, sans autorisation préalable, entreprend des travaux sur le lit des cours d’eau de nature à affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux

Article 97 : Est puni d’une amende de 50 000 à 1000 000 francs quiconque, sans étude d’impact sur l’environnement, réalise des travaux susceptibles d’entraîner la disparition totale ou partielle de pâturages. ,

Article 98 : Sans préjudice de la condamnation à la remise en état des lieux, quiconque procède au déplacement ou à la destruction des bornes, balises et autres moyens de délimitation des espaces pastoraux et des pistes à bétail est puni d’une amende de 10 000 francs à 100 000 francs.

Article 99 : Sans préjudice de la condamnation au paiement de dommages et intérêts pour les préjudices causés aux tiers, quiconque laisse divaguer des animaux transhumants est puni d’une amende de 5 000 à 50 000 francs.

Article 100 : Les sanctions prévues par les lois connexes en vigueur, notamment le code de l’eau, la loi-cadre sur l’environnement, la loi réglementant la coupe de bois, la loi zoosanitaire restent.

 

Article 101 : Le juge peut décider de remplacer les sanctions pécuniaires prévues par la présente loi par des prestations équivalentes en nature.

 

Il peut également, en considération des circonstances locales et de la situation personnelle de l’auteur de l’infraction, remplacer les sanctions pécuniaires dont le maximum n’excède pas 50 000 francs par des sanctions alternatives de type éducatif

Les textes complémentaires de la présente loi définissent la nature et les modalités d’exécution des prestations en nature et des sanctions alternatives de type éducatif.

 

TITRE VIII – DISPOSITIONS DIVERSES ET FINALES

 

Article 102 : Les comités de concertation pour la gestion durable des ressources communes, en collaboration avec les autorités coutumières et les collectivités territoriales décentralisées, organisent la collecte et la promotion des usages locaux pastoraux contribuant à la gestion durable des ressources naturelles. Dans la mesure du possible, ils favorisent la généralisation des usages positifs et contribuent à leur harmonisation sur l’ensemble du territoire Djiboutien.

Article 103 : Toutes dispositions antérieures contraires à la présente loi sont abrogées

Article 104 : La présente loi sera promulguée par le Président de la République, publiée au journal officiel de la République de Djibouti et exécutée comme loi de l’État.

Elle entrera en vigueur un an après la date de sa publication. Dans le délai compris entre sa publication et son entrée en vigueur, le Ministère de l’Élevage organisera la diffusion et la vulgarisation de la loi aux niveaux national et local.


Iznogoud: un nouveau Calife pour Djibouti ?

IZNOGOUD :

Un nouveau Calife pour Djibouti ?

 

Tout le monde connaît Iznogoud, personnage de bande dessinée, le méchant qui n’avait qu’une obsession : devenir calife à la place du calife. Mais si Haroun El Poussah gouvernait son pays avec bonté et justice, son acharné comploteur ne nourrissait quant à lui que de sombres desseins pour son peuple : régner en terrorisant ses sujets et en s’enrichissant sur leur dos. Telle pourrait être la morale de la réforme de la propriété foncière en milieu rural que l’Exécutif djiboutien a imaginé. Ce projet de loi est pudiquement intitulé « loi sur le pastoralisme et le développement agropastoral ». Mais, loin de remédier à une quelconque injustice traditionnelle, cette réforme semble avoir un objectif principal : assurer au régime le contrôle sur des zones rurales dont la gestion relève des règles traditionnelles afin d’offrir plus de ressources coercitives à son clientélisme tout en autorisant une classe d’affairistes liée au régime à disposer comme elle l’entend des énormes potentialités jusque-là étouffées des régions de l’Intérieur. En fait de développement agropastoral, ce projet de loi vise tout simplement à déstructurer les fondements de la société traditionnelle en milieu rural. Ceci en annexant à l’Etat et à des collectivités territoriales qui tardent à se mettre en place, c’est-à-dire au régime en place avec tout ce que cela implique comme déni de droit et arbitraire, un pilier de la stabilité pastorale : les structures de la propriété foncière. S’il est bien évident que l’on ne change pas une société par décret, il s’agit d’analyser les motivations de l’Exécutif djiboutien en concoctant, au mépris de toute concertation préalable avec les premiers concernés, une réforme terrienne qui, aux dires des experts eux-mêmes, a déjà produit des effets plutôt néfastes dans les pays africains où elle a été introduite.


Il est tout d’abord remarquable que l’État djiboutien fasse appel à l’expertise de la F.A.O (Food and Agricultural Organisation = Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture) non pas aux fins de promouvoir l’agriculture par la mise en valeur des quelques terres fertiles dont le pays dispose, mais pour détruire un des piliers de l’organisation sociale traditionnelle. Comme si celle-ci concurrençait négativement le pouvoir central. Comme si les règles de la propriété du sol en milieu rural freinait un quelconque développement agropastoral. Les motivations de cette réforme sont donc autres que le souci du développement agropastoral.

Quel est le champ d’application de cette réforme ? Le territoire de la République de Djibouti, d’une faible étendue, se compose de petites zones urbaines et le reste de zones rurales. Aucune de ces entités ne comporte de terres vacantes ou sans maître : elles appartiennent soit au domaine public ou privé de l’État si elles sont immatriculées comme telles au Cadastre des terres domaniales, soit elles constituent des propriétés particulières individuelles ou collectives selon les coutumes et traditions dans ces zones rurales. Les zones urbaines sont des entités artificielles vivantes, issues du besoin grégaire et des nécessités économiques des sociétés humaines soumises à la croissance et aux transformations qu’elle implique : elles sont organisées et accompagnées par des adaptations règlementaires et législatives. D’où Cadastre, lotissements, parcellisation, servitude et voirie. Les citadins sont donc protégés dans leurs droits et servis dans leurs besoins par les autorités qui assurent le gouvernement de la Cité. Chacun jouissant en paix de ses droits, conformément aux documents en sa possession ( exemple : le titre foncier ), s’acquittant de ses devoirs municipaux et de la voirie.

Quant aux régions rurales, elles sont gérées par leurs habitants en fonction de leur destination et de leur finalité. Dans notre pays, ces régions rurales sont gérées pour la partie parcourue et habitée par la communauté Issa, conformément aux us et coutumes qui lui sont propres : le Xeer Issa. Qui donne à l’évidence toute satisfaction à ses utilisateurs, puisqu’il n’y a pas conflit de parcours, de transhumance, d’accès aux pâturages ou aux points d’eau au sein de cette société pour l’utilisation de son espace au mieux de ses intérêts. Il n’est donc point besoin de légiférer pour ces régions par le gouvernement central, le contraire risquerait d’y introduire le jeu politique, ses aléas et son instabilité dans un domaine qui n’est actuellement que paix et harmonie.

Quant à la région parcourue par la communauté Afar, elle est également gérée depuis toujours par un riche corpus de coutumes (Qada), de jurisprudence (Madqa) et de tradition (Xinto). La propriété du sol y est strictement réglée, ainsi que la transhumance, l’accès aux pâturages et aux points d’eau, les réserves, la rotation, la nomadisation, l’entraide réciproque, l’inviolabilité, les processus de règlement des litiges le cas échéant, le recours, l’arbitrage, la stabilité, les redevances temporaires ou permanentes, la déshérence; bref, tous les aspects de l’utilisation de l’espace rural et de sa gestion pacifique sont absolument garantis par le système existant.

A ce chapitre, il n’est pas inutile de souligner ici une spécificité remarquable dans nos zones rurales, si le Sultan perçoit bien un loyer annuel, sur certaines terres, il n’a absolument pas le droit de procéder à une quelconque expropriation, pour quelque raison que ce soit. C’est tout simplement parce qu’il n’est pas lui-même propriétaire de ces terres : il est tout juste le garant des limites territoriales entre les différents lignages. Comme chacun de ses sujets, le Sultan est tenu de se conformer à ce qui existe : il n’a pas le droit d’innover ou de mettre en place une nouvelle jurisprudence, quel que soit le domaine. C’est le gestionnaire et le garant de l’orthodoxie traditionnelle. On est donc bien loin de l’image du despote tout-puissant et capricieux qui entache souvent ce rôle politique, et que l’on retrouve malheureusement parfois dans certains Etats prétendument démocratiques.

C’est aussi la raison pour laquelle, d’autre part, il faut bien admettre que si le système perdure par-delà les siècles, c’est qu’il y a une nécessité fonctionnelle à son maintien. Il y a attachement aux normes et valeurs traditionnelles pour autant que les structures mentales correspondent aux structures sociales, c’est-à-dire aux formes interpersonnelles de l’existence quotidienne : famille, tribu, lignage, solidarité et, dans le cas présent, mode de vie pastoral réglementé dont l’arbitrage relève d’une instance centrale unique : le Sultan.

Ceci repose sur la conviction que « Dieu n’a pas créé des Hommes sans terre, comme il n’a pas créé de terre sans habitants ».

Il est donc non seulement inutile mais extrêmement dangereux d’attenter à une telle stabilité dans la paix, la cohésion et la solidarité, sans aucune nécessité autre que le besoin, actuellement manifesté par le régime, de procéder à une expropriation à peine déguisée.

Or, ce que propose ce projet de réforme, c’est de remplacer le système existant, dans lequel toutes les décisions sont contrôlées par une assemblée collégiale et par tout un corpus juridique clairement codifié, par un pouvoir central dont la première caractéristique n’est certainement d’assurer l’égalité entre tous les citoyens et entre toutes les régions. Car, si tel avait été le cas, la République de Djibouti aurait fait l’économie d’un conflit fratricide, de même que les accords de paix de 1994 et de 2001 auraient trouvé une stricte et honnête application, dans le sens de l’intérêt général et de la réconciliation nationale.

Le fait est donc que ce régime d’injustice est le moins bien placé pour prétendre « promouvoir la mise en valeur et l’utilisation des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural. », comme le stipule l’article 2 de ce projet de loi. Une bonne intention ne peut exister séparément d’un contexte général lui accordant sérieux et crédibilité.

Nous avons abondamment évoqué ici et ailleurs toutes les entraves gouvernementales à une réelle Décentralisation et toute son incapacité, pour ne pas parler de désintérêt, à assurer les bases d’un Développement durable des régions de l’Intérieur. Mais, sans même évoquer la précipitation dans la rédaction de ce projet de loi ( précipitation qui se dévoile dans ses deux articles 28), le seul fait qu’aucune autorité traditionnelle n’ait été préalablement associée à ce projet montre clairement que le souci d’une hypothétique justice sociale en milieu rural n’est pas ce qui motive cette destruction préméditée et malintentionnée d’un des piliers fondamentaux de la société traditionnelle.

Car, force est de reconnaître que ce ne sera pas ce pouvoir de tous les abus de pouvoir qui remplacera efficacement et dans le sens de l’intérêt général, une autorité traditionnelle dont la modération fondée sur la collégialité décisionnelle et le strict respect des lois ancestrales a jusqu’à présent assuré la paix et la concorde civile.

De plus, conscients plus que les citadins que la chasse au gaspillage est une condition essentielle de survie dans un environnement écologique hostile, les ruraux n’ont pas attendu les conseils d’un pouvoir central excentré pour veiller à la sauvegarde de leur cadre de vie et pour s’entraider en cas de besoin. On ne peut qu’être dubitatif devant le caractère superflu de l’article 7 de ce projet de loi : « l’État et les collectivités décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux. » : on se demande bien pourquoi changer alors ce qui sera tout de même respecté ?

La véritable intention d’expropriation se dévoile en fait dans les articles 36 à 41 de ce projet de loi. Ainsi, l’article 36 dispose que « Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.»

Pour sa part, l’article 37 stipule que « L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux ». Donc, la tribu cède à un prix dérisoire mais rachète au prix fort. Par contre, sans tenir compte des aspirations régionales, l’Etat peut mettre toutes les zones qu’il désire à la disposition d’investisseurs privés : le caractère mercantile du projet et ses potentialités néfastes n’échappent donc à personne.

Il ne s’agit donc pas, avec ce projet en préparation, de combler un vide juridique, ni de supprimer une lacune, encore moins de corriger un défaut. Il s’agit tout simplement de déposséder les possédants en transférant à l’État la propriété du sol appartenant jusque là à ses occupants.

L’ARD condamne catégoriquement ce projet de réforme et demande à toutes les populations concernées, aux Sultans et aux notables, de même qu’aux mal-élus et aux ministres, de refuser cette expropriation, quoi qu’il leur en coûte, puisque c’est une provocation absolument contraire à l’intérêt général et à la paix civile.

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 57 du mercredi 25 juin 2003

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Réalité numéro 57 du mercredi 25 juin 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le présidentialisme djiboutien (4)
  4. Tadjourah-Randa : l’échec d’une politique
  5. La Réhabilitation version calife
  6. Décentralisation et création de parti

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 57

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

ÊTRE INDÉPENDANT,

C’EST NE PAS ÊTRE DÉPENDANT

A force d’être ritualisée, banalisée, une liturgie commémorative aussi importante que celle de la date fondatrice de notre nation en arrive à perdre son sens véritable : la dimension festive (congé payé) prend le dessus sur la célébration proprement dite de l’Indépendance. Pourtant, échappant un instant et autant que faire se peut, aux tracas de la vie quotidienne, le 27 juin devrait être, pour chaque citoyen djiboutien, l’occasion de se poser une question essentielle : sommes-nous réellement indépendants ?

Certes, par temps de mondialisation, de village planétaire et surtout de dégradation des termes de l’échange, il peut paraître présomptueux pour une Nation de revendiquer une quelconque autarcie. A fortiori lorsque l’on est un minuscule État tel que le nôtre, ne disposant de surcroît de pratiquement aucune ressource naturelle exploitable. Dès le départ donc, nos maigres potentialités nous interdisaient tout optimisme débordant quant à nos chances de développement économique. Mais tout de même, cet handicap ne saurait aucunement absoudre une gestion gouvernementale désastreuse qui nous a rendus plus que jamais tributaires de la générosité internationale. Le problème n’est pas d’être naturellement pauvre, c’est de mal gérer ses ressources. Or, par insouciance autant que par irresponsabilité, le régime djiboutien étale à longueur de temps dans sa presse spécialisée les manifestations les plus flagrantes de son incompétence, de son incapacité, bref son absence d’une réelle volonté politique tendant à réduire autant que possible notre dépendance à l’égard des aides extérieurs.

Ainsi, lorsque l’on apprend que l’État djiboutien n’est même pas capable d’offrir sur fonds propres un petit groupe électrogène aux habitants d’un village sinistré tel que Randa, et qu’il doit pour cela solliciter l’appui financier du PNUD, c’est la preuve pathétique que ce régime prédateur refuse volontairement de mettre nos moyens nationaux à la disposition de ses concitoyens. De même, devoir mendier pour réhabiliter un tronçon routier aussi vital que celui reliant Dikhil à Galafi, alors que nul ne sait officiellement ce que sont devenus les centaines de millions du Fonds d’Entretien Routier, normalement prévues à cet effet, relève à maints égards de la plus totale irresponsabilité politique.

Dans d’autres cas, c’est grâce aux prêts contractés auprès d’institutions financières internationales que des projets vitaux sont réalisés. Mais ceci est tout aussi dramatique car, tôt ou tard, ce sont les contribuables djiboutiens qui devront supporter les sacrifices qu’exigera le remboursement de ces emprunts. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres : dès qu’il s’agit d’investissement productif ou à caractère social, le gouvernement de la mauvaise gouvernance a surtout recours à la mendicité internationale, préférant réserver les recettes nationales à ses dépenses somptuaires et à sa politique clientéliste.

A deux jours du 27 juin, un tel gaspillage pose une question : à quoi sert un régime politique qui transforme aussi systématiquement ses concitoyens en mendiants internationaux ? Fêter n’est pas célébrer : la comédie politique, avec toute sa mise en scène fastueuse ne peut nous faire oublier que nous sommes de moins en moins indépendants. Djibouti ne survit que grâce à la générosité internationale : nous sommes donc bien loin de la souveraineté qu’incarne normalement le 27 juin. Il est vraiment grand temps que disparaissent ces pratiques misérabilistes d’un régime incapable d’assurer le minimum vital à ses concitoyens.

 

 


Brèves nationales

 

Affaire DAF :

 

Mea culpa de l’injustice

 

L’acharnement contre le Président du MRD et directeur de publication du « renouveau Djiboutien », M. Daher Ahmed Farah, a heureusement pris fin le 23 juin, puisque le prévenu a été tout bonnement acquitté à l’issue de son procès en diffamation. Nous nous réjouissons de la libération de notre ami DAF, injustement incarcéré durant plus de deux mois dans des conditions intolérables à la sinistre prison de Gabode, au motif fallacieux d’un délit de presse qui n’a finalement pas été retenu.

Il semble que le récent séminaire organisé à l’intention des magistrats leur a été profitable, puisque ces derniers ont miraculeusement daigné rendre justice à un opposant persécuté sans aucun motif sérieux et dont l’acquittement logique contraste fortement avec le refus opposé à sa demande de liberté provisoire.

Rien ne justifiait donc l’incarcération d’un prévenu qui allait être acquitté. Notre compagnon de lutte s’est courageusement défendu en l’absence de son avocat, soutenu qu’il fut par tous les leaders de l’opposition, face à un avocat de la partie civile, autrefois défenseur de droits de l’homme parait-il, qui a fait bien piètre figure. Bravo DAF ! La lutte pour l’avènement d’un véritable État de droit continue…

Randa :

Barrage au mensonge

La presse gouvernementale spécialisée dans la désinformation ne manque par de lyrisme quant il s’agit d’encenser les rares actions gouvernementales entreprises de surcroît sur financement extérieur. Ainsi, nous apprenons ébahis et en sueur, dans un article dithyrambique de l’incorrigible « La Nation » : « il faut dire que l’inauguration du mini-central hydroélectrique, constitue une sorte de renaissance pour le village d’après ses responsables ». Mais qui avait tué ce village, et quelques-uns de ses habitants, depuis un certain 5 juillet 1993 ?

Rappelons, moins pour le lecteur que pour le bihebdomadaire gouvernemental, qu’une centrale hydroélectrique fonctionne, par définition, grâce à l’énergie fournie par la masse d’eau retenue par un barrage. En attendant ce miracle de la pluviométrie nationale, puisse au moins la mauvaise gouvernance fournir les quelques rares barils de gasoil nécessaires au fonctionnement du petit groupe électrogène et la mini motopompe.

Réhabilitation à Randa :

Étape nécessaire mais insuffisante

Si le coûteux déplacement présidentiel, avec sa cohorte de 4×4 rutilantes et ses centaines d’obligés, a permis au village de Randa de sortir de l’obscurité et de se soulager d’une corvée d’eau épouvantable, la réhabilitation version Chef de l’État n’en est pas une véritable. Le système du bakchich privilégié en haut lieu continue à présenter un droit inaliénable à être réhabilité comme une faveur présidentielle réservée à quelques-uns.

Les Randaniens sinistrés ne l’ont pas entendu de cette oreille, préférant dans leur grande majorité boycotter une visite dont ils n’attendaient pas beaucoup : le bla-bla finit sans doute par lasser les auditeurs. Les maisons détruites restent à reconstruire et les jardins pillés, à l’image du verger administratif où la délégation présidentielle a fait une halte remarquée, offre un spectacle de désolation. L’unique jardinier qui arrosait ce qui fut autrefois la plus grande pépinière nationale (jardin créé par un ingénieur français dans les années 40) est aujourd’hui à la retraite et son poste budgétaire n’a pas été pourvu. Tout comme les dizaines de jeunes de ce village condamnés au chômage, la population locale survit tant bien que mal, faute d’un réel intérêt pour sa condition de la part des pouvoirs publics.

Cette station d’altitude, bien peuplée l’été, a préféré se faire représenter aux festivités animées par des groupes ramenées de Tadjourah et de Djibouti, par des vacanciers, pour l’essentiel des curieux et maladroitement comptabilisés au nombre des supporters par les médias gouvernementaux éberlués.

Eau et électricité régionales :

L’énergique de Tadjourah

Comme il fallait s’y attendre, à chaque fois que « Réalité » critique certaines personnifications de la mauvaise gouvernance, le journal « La Nation », qu’il serait peut-être plus judicieux de rebaptiser « La Ration », se croit obligé de donner une tribune aux représentants épinglés de « la gestion de vraie problématique ».

Ainsi, dans l’édition du lundi 23 juin 2003, le responsable régional de l’EDD, que nous avions récemment interpellé au sujet de l’obscurité dans laquelle reste plongée la pêcherie d’Obock à cause de la rupture d’un câble électrique, nous revient miraculeusement par un tour de passe-passe médiatique, pour nous parler de la création d’un comité de gestion de l’eau et de l’électricité à Randa, suite à la tout aussi miraculeuse visite présidentielle.

Il est vrai que le cruel manque de cadres compétents par lequel la mauvaise gouvernance explique le cumul des fonctions et la parodie de décentralisation que sont les « conseils régionaux », lui permet en même temps que ce don d’ubiquité, l’absolution de ses multiples défaillances techniques.

Lesquelles défaillances sont directement à l’origine de la détresse des pêcheurs d’Obock privés de glace pour conserver leurs poissons, et accessoirement de certains malaises des malades et parturientes qui étaient hospitalisés sans électricité au dispensaire d’Obock dans le courant du mois dernier.

Chambre de commerce :

Victoire du bon sens !

Samedi 21 juin 2003 restera sans nul doute inscrit dans les annales de la Chambre de Commerce de Djibouti, institution quasi-centenaire, comme un grand jour pour la communauté d’affaires de notre pays. En effet, ce jour-là, l’assemblée consulaire réunie en séance plénière et extraordinaire, a procédé à l’élection du successeur du charismatique Président Coubèche, à la tête de cet organisme depuis plusieurs décennies.

Les résultats des élections du bureau de l’ex CICID ont donné vainqueurs des opérateurs économiques reconnus pour leur contribution au développement économique national, même si l’on peut regretter que le secteur bancaire n’ait pas obtenu une place correspondant à son poids réel.

L’un de ces opérateurs, élu président avec une confortable majorité, malgré le vote orienté, selon de nombreuses sources autorisées, de certaines voix aux ordres du régime, mérite nos plus vifs encouragements.

Said Omar Moussa, dynamique propriétaire de la « Pharmacie de la Corne de l’Afrique », est un membre unanimement respecté du Bureau de la Chambre de Commerce auquel il appartient depuis de longues années. Ce polyglotte affable a beaucoup contribué au développement de l’information commerciale de la chambre de commerce.

C’est en effet sous sa houlette que le service d’information commerciale s’est considérablement développé, au point de devenir la vitrine de cet établissement public au service des initiatives privées.

Mise en vitesse de croisière par le président sortant, la Chambre de commerce de Djibouti s’apprête à prendre un nouveau départ sous la conduite du Président Said Omar Moussa et des cadres nationaux expérimentés, qui doivent à présent en prendre nécessairement la direction.

Mauvaise gouvernance :

La mendicité encore et toujours

Toute honte bue, le journal gouvernemental « La Nation » ne craint pas de médiatiser une honteuse mendicité internationale révélatrice de la démission des pouvoirs publics sous ce régime de mauvaise gouvernance.

Après les réhabilitations des écoles de Bondara et celles du district d’Ali-Sabieh, cette semaine, les Forces Françaises Stationnées à Djibouti (FFDJ) sont encore à l’honneur pour avoir accepté d’acheminer l’aide alimentaire internationale destinée aux cantines scolaires des districts d’Ali-Sabieh et de Dikhil.

Où est donc le mérite du régime djiboutien, claironnant que l’Éducation Nationale bénéficie du premier chapitre du Budget national, quand ce sont des organismes internationaux qui fournissent l’essentiel de l’aide alimentaire aux écoles de brousse, autrefois approvisionnées et gérées sur fonds exclusivement nationaux ?

Et que dire de l’acheminement de ces vivres confiée aux FFDJ, alors que des 4×4 rutilantes de l’administration, achetés sur fonds propres, sont mobilisés pour l’acheminement du khat lors des improductives tournées gouvernementales aux quatre coins du pays ? Sans parler des dizaines de camions offerts à l’Armée Nationale par les pays amis, véhicules qui ne sont mobilisés que les jours de parade.

Lamentable gâchis permanent de la mauvaise gouvernance.

 

 


 

Le présidentialisme djiboutien (4)

Démocratie, Dictature ou Caricature ?

4ème et dernière partie : une caricature despotique de la Démocratie

 

Jusqu’à présent, nous n’avions pas encore clairement défini à quelle catégorie pouvait être rattaché le système politique djiboutien, caractérisé par la prééminence sans contrepouvoir du Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Chef suprême des Armées, Président du RPP, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, seul autorisé à signer lois, décrets, décisions et arrêtés. Singer la Démocratie tout en se montrant autoritaire et peu respectueux de l’État de droit, cela a un nom : caricature despotique et délinquante. Clôturons donc cette série en examinant ces deux dimensions fondamentales du présidentialisme djiboutien.


Nous avions dit la semaine dernière qu’il était possible de parler de dictature à partir du moment où l’on se trouve en présence d’un système politique caractérisé par la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul individu, d’un groupe d’individus, d’une organisation particulière (parti ou armée). Nous n’en avions alors examiné que deux dimensions pour démontrer que l’on ne pouvait pas parler de dictature à Djibouti, puisqu’il n’y avait ni parti unique structuré, ni groupe ethnique solidaire dans sa domination. Nous avions volontairement laissé pour cette semaine un aspect qui rend assez fidèlement compte de la réalité djiboutienne : la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul homme.

De fait, la Constitution djiboutienne accorde des pouvoirs absolus au Chef de l’État. Elle organise également les autres pouvoirs, pensera-t-on : Législatif et Judiciaire. Inutile de nous répéter : c’est justement à ce propos que l’on est en droit de parler ici de caricature. Les textes ne sont là que pour masquer un profond dysfonctionnement de nos institutions.

Ainsi, la vie politique nationale se caractérise par deux traits essentiels : un autoritarisme personnifié profitant au Chef de l’État à tel point qu’il est possible d’évoquer la notion de despotisme ; une violation permanente des textes de loi autorisant quant à elle le recours à la catégorie de « régime délinquant ».

Le despotisme renvoie donc à l’absence totale de contrepouvoir susceptible d’encadrer ou de contrôler les immenses pouvoirs du Chef de l’État. Même si la Constitution organise les pouvoirs des membres du gouvernement, le fait par exemple qu’aucun ministre ne puisse recruter le plus humble gardien ou la plus modeste femme de ménage sans une décision présidentielle montre bien qu’il dispose d’un pouvoir de vie ou de mort sociales sur l’ensemble de ses concitoyens.

C’est une forme d’organisation politique dans laquelle le pouvoir est arbitraire, c’est-à-dire non fondé sur le droit, le bénéficiaire l’exerçant de façon absolue

Les traits caricaturaux de cette disposition constitutionnelle n’autorisant aucun garde-fou au pouvoir du Chef de l’État, se trouvent grossis par une gestion quotidienne des affaires publiques justifiant l’utilisation du concept de patrimonialisme, forgé par Weber, ou encore celui de despotisme oriental inventé par Montesquieu. Tous deux ont en commun de décrire une forme d’organisation politique dans laquelle la société est gouvernée à la manière d’un foyer domestique, les relations normalement impersonnelles caractéristiques de tout État de droit y sont remplacées par des réseaux d’allégeance liant le Chef à ses courtisans. Il n’y est pas rare que la confusion soit généralisée entre biens publics et privés.

Cette privatisation de l’espace public s’appuie sur des pratiques de favoritisme, eux-mêmes indissociables d’une culture de la fidélité par laquelle le Chef est obligé de constamment réactiver la loyauté des bénéficiaires de ses largesses. Comme le jardin d’acclimatation du Day, il lui faut irriguer ses réseaux de soutien, laquelle manne liquide qui, comme pour le ranch agropastoral du Day, n’est pas forcément budgétisée de façon réglementaire.

Ce n’est pas par abus de langage que nous parlons de caprice à propos des conditions dans lesquelles l’eau est arrivée sur ces hauteurs. Que l’on en juge par la définition que donne Montesquieu dans son Esprit des Lois : « Le gouvernement républicain est celui où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la souveraine puissance ; le monarchique, celui où un seul gouverne mais par des lois fixes et établies ; au lieu que, dans le despotique, un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. »

Le document que nous vous présentons en page 7 de ce numéro est exemplaire à cet égard : le favoritisme par lequel des nécessiteux sont soumis au chantage et la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 y trouvent une actualité qui serait caricaturale, n’eût été le drame de ceux qui ont tout perdu dans le conflit.

Inutile de dire que, dans ces circonstances, le favoritisme despotique est près peu compatible avec le respect des normes de droit : c’est le règne de l’arbitraire absolu sans lequel, justement, le pouvoir arbitraire, discrétionnaire du Chef ne pourrait exister ou se perpétuer.

C’est la seconde dimension caractéristique du présidentialisme djiboutien : la violation quasi-systématique des règles les plus élémentaires, définissant toute Démocratie autorise à dire que nous sommes en présence d’un régime délinquant.

Laquelle délinquance se définissant généralement par l’existence de pratiques déviantes par rapport aux normes édictées et s’appliquant uniformément à tous.

Le droit est remplacé par le passe-droit : tout devient, à condition que l’on sache à quelle porte frapper et quelle intervention solliciter, affaire de marchandage. Il n’est pas nécessaire d’illustrer cette déviance devenue norme à Djibouti : la seule physionomie volontairement rachitique d’une Chambre des Comptes qui, comme par hasard n’adresse les résultats de ses investigations qu’au Chef de l’État (alors que sa justification serait de les rendre publics), suffit à démontrer que ce que l’on nomme pudiquement « opacité dans la gestion des deniers publics » est une dimension constitutive du système politique djiboutien.

Mais l’aspect le plus dramatique de cet usage privé des biens publics, c’est incontestablement dans le mépris qu’un tel système affiche à l’égard de la volonté populaire. Jusqu’aux dernières élections législatives, il est bien établi qu’un pouvoir absolutiste, despotique, ne laisse aucune liberté de choix à ses concitoyens et aucune place à l’opposition pacifique.

La fraude massive du 10 janvier 2003, ainsi que l’acharnement contre un opposant tel que DAF sont monnaie courante dans ces situations monopolistiques : même éclairé, un despote ne peut accepter une quelconque diminution, la plus légale soit-elle, de son autorité. Dans cette logique, leur propension naturelle à renforcer le pouvoir central amènent les despotes de par le monde à refuser toute idée d’une décentralisation : les caricatures que constituent les actuels « conseils régionaux » et le sort réservé au projet de Décentralisation signé le 12 mai 2001 montrent bien que sous nos cieux également, cette constante autoritaire se retrouve.

Ainsi va la République de Djibouti : des textes consacrant largement l’État de droit et la ratification de presque toutes les conventions internationales coexistent sans douleur, tant la duplicité est devenue une seconde nature, avec les formes les plus extrêmes de la personnalisation du pouvoir (et de ses abus) et les violations les plus flagrantes de toute règle de droit. La maturité politique dont ont fait preuve tant le Peuple que l’Opposition djiboutienne, nous autorisent enfin à conclure cet article par une interrogation qui hantait Rousseau : « On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit : mais qu’y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions ? Qu’y gagnent-ils, si cette tranquillité même est une de leurs misères ? On vit tranquille aussi dans les cachots ; en est-ce assez pour s’y trouver bien ? »

Malheureusement, Djibouti n’a pas toujours connu la « tranquillité civile » le refus gouvernemental d’appliquer l’Accord de Paix du 12 mai 2001, persistant donc dans son acharnement à reconduire les causes du conflit en creusant davantage le déficit démocratique, nous inclinent à penser que le despotisme local n’a même pas certaines vertus dont ce genre de pouvoir est capable ailleurs.

De même que le gauchisme était la maladie infantile du communisme, du moins si l’on en croit ses détracteurs, on peut considérer que le despotisme est la maladie infantile des systèmes politiques issus du processus de décolonisation. Heureusement qu’une caricature se fait au crayon: ça s’efface tôt ou tard.

 

 


Tadjourah-Randa : l’échec d’une politique

 

Six mois après le hold-up électoral du 10 janvier 2003, le Chef de l’État entouré de ses mal-élus traumatisés, s’est rendu dans la Ville-Blanche pour y inaugurer un mausolée, pardon, un nouveau bâtiment de l’ex- parti unique rejeté à l’échelon national et totalement défait à Tadjourah. Raison pour laquelle son illustre président s’est personnellement investi dans une campagne cherchant à le réanimer. Peine perdue!


C’est curieusement sur la place de l’Indépendance où règne l’annexe de l’ARD, et haut lieu des rassemblements de l’UAD, qu’un fantaisiste siège du parti illégalement au pouvoir a été bâti. Le fait d’avoir choisi ce lieu emblématique dans une ville considérée comme le bastion de l’opposition, ne trompe personne. Ce régime d’esbroufe cherchait à tester son influence, moyennant faveurs et mensonges : échec total.

Quelques jours auparavant, des missi dominici envoyés en éclaireurs et des agents de la sécurité présidentielle pré positionnés, ne cachaient pas leur pessimisme. Dans leur rapport d’inspection, ces grenadiers-voltigeurs avouaient sans fausse modestie l’échec de leurs entreprises de sensibilisation, ou plutôt de désinformation. Ce serait, semble-t-il, suite à leurs conseils avisés que le Chef de l’État, qui avait initialement prévu d’aller à Tadjourah par mer, a finalement préféré se rendre en hélicoptère dans la Ville-Blanche.

Ce changement d’itinéraire au dernier moment est en soi révélateur du désarroi d’un régime déstabilisé et frileux. Il est vrai que la veille, les dynamiques militants de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD) n’avaient pas caché leur opposition à ces festivités qui leur apparaissaient comme une provocation de la part d’un régime particulièrement détesté depuis la mascarade électorale du 10 janvier 2003.

Une fois sur place, le Président de la République et son gouvernement, habitués à amadouer en ces circonstances, ont eu la désagréable surprise de voir que quelque chose ne tournait pas rond dans cette ville normalement connue pour son respect du visiteur et pour la chaleur de son accueil.

Aussi, après une symbolique cérémonie d’un local tout aussi symbolique, le Chef de l’Etat a préféré retrouver la fraîcheur de l’altitude en se rendant par hélicoptère à Randa. Pourtant, les engins des Travaux Publics, absents du Nord depuis fort longtemps, avaient fait des miracles sur la route PK9-Randa à son intention, au plus grand bonheur des usagers de ce tronçon, bénéficiaires bien malgré eux de cette manifestation inattendue des services publics.

De l’avis même de certains représentants de l’entourage présidentiel, la dernière visite du « numéro un djiboutien» à Tadjourah a été un cuisant échec. Pour preuve, les membres du second parti de l’alliance illégalement au pouvoir, sous-traitants locaux du RPP, ont préféré adopter un profil bas, n’apparaissant qu’au dernier moment aux festivités organisées par courtoisie en l’honneur d’un Président de la République qui a déçu à beaucoup d’égards. Certains d’entre eux s’éclipsant même pour rejoindre illico presto Randa , toujours avec la même discrétion. Pendant ce temps, nos braves militants de Tadjourah se sont retrouvés à l’annexe de l’ARD pour nettoyer ses alentours et badigeonner ses murs. Ainsi, des centaines de femmes de Elaamo, Fii’a, Tadjourah-centre et Marsaki ont allègrement boudé la comédie présidentielle en restant chez elles

Quoi qu’en pense le RPP local fossilisé, l’ARD, le grand parti emblématique de l’opposition nationale et membre de l’Union pour l’Alternance Démocratique, plus connu là-bas sous le sigle « UAD 100% », reste absolument maître des lieux, parce qu’elle incarne la seule solution crédible face à la démagogie d’un régime plus soucieux de faire croire que de réellement rendre service aux citoyens.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que, suite au coûteux déplacement présidentiel censé tirer un trait sur « la soif et l’obscurité » à Randa, dès samedi 21 juin 2003, les habitants auraient constaté le retour de l’obscurité et de la corvée d’eau. Et ce quarante-huit heures après la médiatique visite présidentielle qui s’est terminée, comme on le sait, en queue de poisson : dans le cadre enchanteur du jardin d’acclimatation du Day.

Qui peut donc croire que ce régime peut encore survivre uniquement en mentant au Peuple et en investissant des millions en propagande alors que la réalité la plus évidente démontre qu’il a totalement échoué dans la construction de l’Unité nationale et dans le Développement économique durable.

Et dire que le vice-président du Conseil Régional de Tadjourah prétendait que « l’État va contribuer aux dépenses de gasoil et aux frais d’entretien de ce groupe électrogène

Si le vernis ne dure qu’un temps, la dure réalité insuffisamment combattue réapparaît tout le temps.

 

 


 

La Réhabilitation version calife

 

Comme nous le disions dans l’article précédent, Djibouti est sous un régime essentiellement fondé sur le seul caprice d’un leader qui se croit tout permis, parce que lui-même préfère récompenser les citoyens djiboutiens en fonction des attentes qu’ils formulent à son égard. Ce qui est d’autant plus grave qu’il s’agit d’une situation dans laquelle, par respect pour les nécessiteux, aucun chantage ne doit être moralement permis. Malheureusement, le régime despotique que les citoyens djiboutiens doivent supporter jusqu’à l’inévitable changement n’a quant à lui aucun scrupule à terroriser de malheureux nécessiteux uniquement désireux de voir réhabiliter un cadre de vie qu’ils on perdu à cause de la prédation de soldats gouvernementaux impunis. Le courrier ci-dessous reproduit, émanant du Président du Croissant Rouge pour la région d’Obock, est assez révélateur de toute cette injustice institutionnalisée.

 


Mr MOHAMED AHMED CHEHEM

Président du Croissant Rouge d’Obock

Tél. : 81 8642

Djibouti

Djibouti, le 21 Juin 2003

A

Son Excellence Monsieur le Ministre

de l’Habitat Et de l’Environnement

Djibouti

Objet : Doléances

Excellence,

En ma qualité de président du Croissant Rouge d’Obock, j’ai assisté à la Réunion à Obock dans l’enceinte du Centre Communautaire et on nous a soumis la liste nominative de 240 personnes qui bénéficieront de la réhabilitation de leurs logements à Obock, lequel projet est financé par la communauté européenne.

Toutefois, j’ai été surpris de constater que la majeure partie des personnes figurant sur ladite liste ne sont pas réellement les personnes dont leurs logements ont été endommagés par la guerre.

J’ai d’ailleurs avisé le Commissaire de la République, Chef du District d’Obock à ce sujet car il est regrettable que les réelles personnes qui ont subi un préjudice par la guerre ne sont pas figurés sur cette liste.

C’est pourquoi, je recours à vous, Excellence, afin qu’une autre commission soit reconstitué pour déterminer sur le terrain même à Obock en procédant à une enquête auprès des habitants d’Obock pour connaître les vrais personnes qui étaient propriétaires des terrains sur lesquels ils possédaient dans le temps leurs logements endommagés par la guerre. .

Aussi, il existe des personnes qui ont construit des habitations de fortune à la suite de l’endommagement de leurs logements par la guerre et qui habitent dans des conditions pénibles, exposés aux intempéries et aux moustiques. C’est donc ces gens qu’il faudrait aider et assister en premier lieu et en urgence car c’est vraiment eux qui ont subi des préjudices et qui se sont installés suivant leurs moyens. Tandis que ceux qui vont construire dans la Zone Palmeraie aux abords de l’OUED et sur le LIT de l’OUED, il est recommandé de leur octroyer par le District d’Obock des terrains dans d’autres emplacements car l’OUED a déjà fait assez de victimes.

En conséquence, je vous prie de bien vouloir intervenir afin que les vrais nécessiteux soit servis avant les autres qui veulent ont profité car cette affaire risque d’avoir des conséquences fâcheuses si l’on détermine pas les réelles sinistrés.

Comptant sur votre compréhension et sur votre précieux recours ainsi que sur le bien fondé de votre décision pour cette affaire.

Je vous prie de croire, Excellence, Monsieur le Ministre, l’assurance de mon profond respect. 

COMMENTAIRE

 

Il fallait s’y attendre : s’est pour s’adonner à ce favoritisme malveillant et injuste que le régime a saboté la Réhabilitation prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001. or, durant les négociations, le FRUD-armé avait dressé un tableau exhaustif des destructions subies dans les zones affectées par le conflit. Il aurait suffi au régime de se référer à ce document annexé au dit Accord pour savoir qui indemniser et de quoi. Mais son souci n’est pas de rendre justice. La dérive dont se plaint M. Mohamed Ahmed Chehem s’est déjà produite par le passé, lorsqu’il a été question d’indemniser les pêcheurs ayant perdu leur outil de travail, de même que les jardiniers dont les potagers ont été détruits durant le conflit. Contrairement à ce régime démagogique qui ne veut récompenser que ses seuls fidèles, il prône quant à lui une réhabilitation prioritaire des vraies victimes.

 

 


 

Décentralisation et création de parti

 

Dans son édition du lundi 23 juin, le journal gouvernemental « La Nation » a donné la parole, sur visite spontanée comme d’autres le font à « Jeune Afrique-L’Intelligent », pour rétablir ce qu’ils estiment être une vérité que le lecteur ne peut ignorer à propos des négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé. on y apprend beaucoup de choses, comme par exemple le fait que le FRUD-armé aurait demandé à ce que l’administration fonctionne sur la base des quotas ethniques. C’est tout le contraire : nous avions insisté sur la nécessité d’éviter les situations monocolores que l’on observe çà et là, préjudiciables à l’Unité Nationale. On y apprend également que nous aurions cherché à attenter à l’Unité nationale en proposant l’abrogation d’un article de la Constitution. Voyons cela.


« La Nation » propose donc au lecteur une sorte de mise au point, d’autant plus intéressante qu’elle émane d’un fonctionnaire présenté comme avoir participé aux premières loges aux pourparlers de paix entre le gouvernement et le FRUD-armé entre avril 2000 et mai 2001. Accessoirement à sa participation à la « Commission des Réformes Démocratiques », l’interviewé, un certain Monsieur Ali Djama Abdi, n’est pas un inconnu à « Réalité ». Au nom du ministre de l’Économie et des Finances, il s’était en effet autorisé à nous répondre à propos de quelques considérations économiques, en nous invitant, au nom du gouvernement djiboutien « à faire preuve de patience » car, selon lui, de centaines de millions de nos francs avaient été investis par le régime dans « la consolidation de paix ».

Histoire peut-être de nous suggérer de détourner une partie de ces fonds puisque, de toute évidence, la partie signataire que nous sommes n’a jamais entendu parler d’une concrétisation dudit Accord de Paix.

Voilà donc que notre génial fonctionnaire nous revient aujourd’hui pour éclaircir un point d’histoire essentiel de notre pays. Sous le titre « Ils n’ont pas le monopole de la paix », cet apparemment paisible citoyen djiboutien qui, sommé par le journal gouvernemental de « donner des exemples concrets » des bonnes dispositions du régime quant à une concrétisation rapide et sincère de l’Accord-cadre conclu le 7 février 2000 à Paris, livre au lecteur des « révélations » pour le moins inexactes.

Le monologue étant l’arme des situations dictatoriales qu’il incarne, peut-être bien malgré lui , ce sieur Ali Djama Bakal, qui jouait un rôle plus que marginal dans cette « Commission des Réformes Démocratiques » dont le co-président côté gouvernement n’était autre que l’actuel Président de la mal-élue Assemblée Nationale, se croit en droit de prétendre qu’ « à la discussion qui a porté sur la constitution, deux points ont été particulièrement importants à nos yeux, car il était question de la sauvegarde de l’unité du pays et de l’union des communautés. Le premier point était la réforme de l’article 6 de la constitution, et nos adversaires nous avaient proposé de réviser cet article pour extraire les éléments tels que ‘’ ethnie, langue et région’’ comme base d’identification pour un parti politique.

Autrement dit, toute organisation à caractère politique aurait la possibilité de s’identifier à une ethnie, à une langue ou à une région. Ce projet de réforme était inacceptable dans notre esprit, dans la mesure où elle s’inscrit dans une logique de division ethnique et de haine tribale. Accepter cette proposition, reviendrait à dresser les différentes communautés les unes contre les autres pour entraîner notre pays dans une sorte de ‘’balkanisation’’. »

Comme il le dit lui-même, et sans nécessairement convoquer comme lui le pléonasme, « ne pas évoquer l’intégralité de l’ensemble des arguments émanant des deux parties et en ne tenant pas compte de tous les aspects et contexte lié directement ou indirectement aux pourparlers, consiste à manquer de respect à la nation », une simple précision s’impose.

En effet, si lors de ces négociations le FRUD-armé a suggéré l’abrogation de cet article de la Constitution, c’était avant tout en référence à la loi relative aux partis politiques dans le contexte d’une réelle Décentralisation. Laquelle loi relative aux partis politiques dispose, comme chacun le sait, que des représentants de chaque région et de chaque composante de la communauté nationale se portent garants de la création de tout parti politique en République de Djibouti.

Ce qui peut sembler plus ou moins normal dans le contexte d’une compétition nationale, même s’il est bien évident que la référence à la sauvegarde de l’Unité Nationale a toujours servi d’alibi à toutes les situations de parti unique dans l’Afrique post coloniale : une domination tribale a besoin de figurants d’autres groupes tribaux pour se légitimer.

Mais si le FRUD-armé, c’est-à-dire nous, a suggéré une telle réforme dans la constitution de partis politiques, c’est pour une raison bien simple. Imaginez, par exemple, dans le cadre d’une réelle Décentralisation, que les citoyens d’une région décentralisée comme Ali-Sabieh ou même Arta, aient envie de s’organiser en parti politique pour mieux défendre leurs intérêts régionaux à l’échelle de leur région, ce qu’ils ont parfaitement le droit de faire.

Pourquoi les obliger alors, afin de pouvoir créer leur propre parti politique, à s’adjoindre des représentants de communautés ne vivant absolument pas ou marginalement dans leur région ?

Il est donc tout à fait stupide et malhonnête d’exiger des citoyens de ces régions d’exhiber des faire-valoir d’autres communautés, d’autres régions ou d’autres groupes ethniques pour être autorisés à défendre leurs intérêts régionaux légitimes, dans la sauvegarde bien entendu de l’Unité Nationale.

Car, dans une Décentralisation digne de ce nom, il s’agit avant tout de respecter les choix des citoyens pouvant librement désigner leurs élus locaux : pourquoi leur imposer alors de passer par un parti politique implanté à l’échelle nationale, avec tout ce que cela suppose comme fraude, pour être autorisés à exister ? Une telle entrave au libre exercice de la représentation politique est totalement contraire à ce que l’on entend communément par Démocratie.

Mais il est vrai que la République de Djibouti est tout sauf une Démocratie. Il est donc bien normal que certains représentants d’un régime illégal et illégitime inventent des quotas régionaux ou tribaux pour perpétuer la domination d’une minuscule clique au pouvoir, s’autorisant de textes taillés sur mesure pour étouffer des démocraties locales qui sont, à y bien regarder, l’unique chance de survie d’un État pluriethnique comme le nôtre.

Il est dramatique que le régime cherche éperdument à fuir cette réalité incontournable : temps perdu !

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 56 du mercredi 18 juin 2003

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Réalité numéro 56 du mercredi 18 juin 2003

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Aux origines des violations
  4. Le présidentialisme djiboutien (3)
  5. Courrier des lecteurs
  6. État contre BCI-MR
Directeur de Publication :ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 56

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 Éditorial

RANDA : L’IMPASSE D’UNE POLITIQUE

En référence au « Voyage au bout de la nuit » de Céline, nous avions intitulé un de nos éditoriaux « Voyage au bout du superflu » pour montrer la fuite en avant d’un Président de la République qui juge plus utile, parce que certainement moins risqué, de s’investir corps et âme dans la mendicité internationale plutôt que de courageusement s’atteler à reconstruire une Nation et une économie djiboutiennes sérieusement lézardées une décennie durant par un douloureux conflit civil. Il aurait peut-être été plus judicieux de titrer « Voyage au bout de l’ennui » tant il nous semble que les gesticulations du Chef de l’Etat relèvent beaucoup plus d’un profond malaise de l’impétrant dans ses fonctions présidentielles, comme si l’amélioration des conditions de vie quotidiennes de nos concitoyens dépendait avant tout d’un miracle d’une diplomatie rachitique, pour ne pas dire arthritique.

C’est en tout cas dans cette optique que nous interprétons sa prochaine visite dans le village de Randa pour y inaugurer un petit groupe électrogène qui, après avoir été subtilisé par les troupes gouvernementales en 1993, attend depuis quatre ans d’être réinstallé. Loin de nous l’intention de minimiser l’importance des tournées responsables et productives dans les terroirs : l’activité essentielle d’un Président de la République devait être, selon nous, d’inlassablement prendre le pouls des régions les plus reculées de notre minuscule territoire : il est à peu près inutile de rappeler que l’Intérieur représente 90% de la superficie de la République de Djibouti, donc autant de potentialités de développement, c’est-à-dire d’opportunités de réduire un chômage endémique.

Donc, le Chef de l’Etat se rend à Randa, et accessoirement à Tadjourah pour y inaugurer le siège régional d’un parti unique qui a heureusement fait la démonstration de toute son inutilité, de toute son inefficacité. D’autant plus gravement que le déplacement de toute sa cour d’obligés, avec son incontournable cohorte de sacs de khat, coûtera pratiquement autant que le mobile du déplacement.

Or, c’est oublier que, dans le cadre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, cette région, comme toutes les autres détruites par le conflit civil, principalement par le pillage et les exactions des troupes gouvernementales, devait juridiquement bénéficier, pour préjudices subis, d’un vaste programme de Réhabilitation et sa population d’une généreuse politique d’indemnisation, que beaucoup de partenaires du développement s’étaient engagés à financer. Dans une telle optique, l’installation d’un minuscule groupe électrogène à Randa revient à mettre en scène l’accessoire tout en occultant l’essentiel : comment payer la facture énergétique quand pratiquement aucun habitant du village n’a un quelconque emploi rémunéré ? Surtout lorsque l’on sait que la population est obligatoirement mise à contribution, comme à Adaylou en ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable, pour faire fonctionner ses services publics primordiaux.

Donc, le Chef de l’Etat se rend à Randa : Obock, dont les habitations ont été majoritairement détruites, encore une fois par les troupes gouvernementales qui en ont revendu les planches, sans même parler des biens pillés, aurait également grand besoin d’un tel égard présidentiel. Mais, entre être ou paraître, comme le disait Shakespeare, le régime djiboutien semble avoir durablement choisi la primauté des apparences sur la durée des actions concrètes. Yoboki, qui a profondément souffert de cette politique de la terre brûlée demande aussi un égal traitement.

Dans cette logique de l’esbroufe et de la comédie politicienne, se dévoile sans nul doute le véritable motif de cette visite présidentielle : inaugurer une complètement inutile annexe à Tadjourah du parti illégalement au pouvoir. Histoire de s’imposer à des concitoyens auxquels la fraude électorale interdit de librement choisir leurs représentants politiques. Histoire également de faire oublier que seule une réelle Décentralisation pourra mettre en place les conditions durables d’une démocratie de proximité et d’un développement durable.

 

 


Brèves nationales

 

Le Premier ministre dans le Manitoba :

 

la diaspora djiboutienne courtisée ?

 

Une dépêche de l’Agence Djiboutienne d’Information (ADI), reprise dans « La Nation » du lundi 16 juin 2003, nous apprend que le Premier ministre absent depuis quelques jours serait en fait en tournée au Canada. La promotion de « la gestion de vraie problématique » aurait donc conduit notre dirigeant politique au-delà des mers, sur le continent américain, à la rencontre de ses compatriotes éloignés de leur pays, surtout à cause de la mauvaise gouvernance.

L’immigration djiboutienne au Canada et en Europe n’a jamais été aussi forte que ces quatre dernières années. Fuyant le chômage et la pauvreté, quand il ne s’agit pas des intimidations policières, des familles entières ont choisi de s’exiler. A côté de ces milliers de réfugiés politiques ou économiques, on retrouve bien sûr des familles de dignitaires du régime, ayant opté pour plus de confort et plus de sécurité outre-Atlantique.

C’est certainement à ceux-là que le Premier ministre s’est adressé et auxquels il aurait tenu le genre de beau discours qui ne convainc plus personne dans notre pays, parce qu’il n’est qu’un écran de fumée derrière lequel se cache la méchante réalité quotidienne.

La fuite en avant privilégiée dans les hautes sphères du pouvoir conduit malheureusement à rechercher ailleurs une légitimité perdue chez soi. Aussi, ils ne seront pas légion nos compatriotes exilés à choisir de rentrer au pays pour avoir crû au tableau idyllique brossé par un responsable politique aussi peu convaincant et ne craignant pas de « détailler avec minutie les progrès réalisés par notre pays dans les différents domaines ces dernières années ».

Cette politique de progrès, qui ne profite pas aux populations, a été, on le sait bien, sévèrement sanctionnée par les électeurs djiboutiens le 10 janvier 2003.

Obock :

la Pêcherie toujours sans électricité.

Après un mois de mai particulièrement difficile, la ville d’Obock connaît moins de délestages ces jours-ci, la centrale électrique fonctionne à peu près normalement, nonobstant les récurrents problèmes d’un carburant que la centrale emprunte souvent à l’Armée Nationale.

Si les habitants disposent à nouveau d’eau fraîche en cette période de grande chaleur, si le dispensaire offre des conditions plus aux moins décentes à ses hospitalisés qui étaient obligés de dormir à la belle étoile, il n’en est pas de même pour les pêcheurs qui se plaignent de ne pas avoir de la glace pour conserver leurs poissons. En effet, la pêcherie, distante de moins d’un kilomètre du centre-ville, reste privée d’électricité en raison de la rupture d’un câble aérien reliant les poteaux proches de la fabrique de glace. Conséquence : la pêcherie n’est plus opérationnelle, faute d’être alimentée en courant électrique. Les pêcheurs d’Obock opérant dans une des zones les plus poissonneuses de notre pays, sont condamnés à écouler leurs prises sur le marché local très réduit. Certains pêcheurs rechignent même à sortir en mer tant que durera cette situation.

A l’origine de cette panne, on retrouve inévitablement la mauvaise gouvernance incapable de remplacer un câble électrique, de quelques dizaines de mètres, qui paralyse le développement halieutique, secteur faisant vivre de nombreuses familles. Rappelons que la centrale électrique d’Obock reste sous la supervision du chef du secteur Nord de l’EDD, basé à Tadjourah.

Lequel responsable, certainement occupé par « la gestion de vraie problématique » dans son district, puisqu’il y est accessoirement vice-président du conseil régional, ne semble pas au courant, sans jeu de mots, de la détresse des pêcheurs d’Obock.

Nous demandons donc aux pouvoirs publics d’accélérer les travaux de réparation du câble électrique de la pêcherie d’Obock pour que les consommateurs djiboutiens puissent à nouveau trouver le poisson d’Obock sur leurs étals. Affaire à suivre…

Tadjourah :

les restaurateurs réclament leur dû.

La mauvaise gouvernance ayant fait disparaître les cantines scolaires autrefois gérées par l’Éducation Nationale, l’État avait chargé les restaurants privés de servir les repas aux élèves n’ayant pas de famille d’accueil à Tadjourah. Malgré les impayés importants qui s’accumulent, les restaurateurs de Tadjourah ont réussi tant bien que mal à assurer des repas à ces élèves originaires de l’arrière-pays. De son côté, l’État mauvais payeur s’était engagé à éponger régulièrement ses arriérés.

Depuis quelques semaines, ces restaurateurs de la Ville-Blanche voient leurs activités baisser en raison des vacances scolaires et surtout à cause des créances de l’État qui se chiffrent à plusieurs millions. S’il est établi que la mauvaise gouvernance reste incapable de créer des emplois, encore faut-il qu’elle ne sabote pas le petit secteur privé local, en acceptant enfin d’apurer ses dettes contractées envers la branche de la restauration déjà largement en difficulté du fait de la baisse généralisée du niveau de vie, consécutive à l’absence de tout projet de développement véritablement créateur d’emplois, donc de revenus.

Randa :

visite d’un Président électrogène

Le groupe électrogène installé il y a plus d’un an à Randa sera enfin mis en service ce week-end au cours d’une cérémonie qui promet d’être politique et « bakchisante ». Cette visite présidentielle dans une région à laquelle la Réhabilitation est toujours refusée, et qui a sévèrement sanctionné la mouvance présidentielle aux dernières législatives, est révélatrice du désarroi dans lequel est plongé ce régime sans crédibilité.

Il aura donc fallu quatre ans à l’actuel Chef de l’État pour apporter le courant électrique à un village qui en disposait au plus fort du conflit en 1992. Quatre ans pour restituer à ce village un petit groupe électrogène pillé par les troupes gouvernementales en 1993, on ne peut vraiment pas dire que l’efficacité soit le principal trait caractéristique de ce régime.

Trois ans après le retour de la paix définitive, le régime ne craint pas de se couvrir de ridicule en inaugurant en grande pompe une petite unité électrique, certes utile mais qui aurait pu être mise en service beaucoup plus tôt sans provoquer un coûteux déplacement présidentiel.

Mais comme dans la foulée le nouveau siège du RPP à Tadjourah sera lui aussi inauguré, on peut penser que la mauvaise gouvernance a ses raisons que l’intérêt général ne connaît pas nécessairement…

Rappelons enfin que le Président de la République, illustre voisin puisque disposant au Day d’un ranch agropastoral, avait déjà rendu visite il y a moins d’un an, en août 2002, à cette localité de Randa, sans n’y avoir rien amélioré concrètement, malgré les multiples doléances de la population : il avait peut-être oublié de dire bibliquement «Que la Lumière soit !» Espérons qu’elle sera.

Procès de DAF :

audience reportée au 23 juin.

Initialement fixée au 16 juin, le procès du Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » a été reporté au 23 juin pour des raisons inconnues.

La détention injuste et éprouvante de notre ami DAF en est donc prolongée d’une semaine supplémentaire. En réaction à cette situation, l’Union pour l’Alternance Démocratique a publié hier mardi 17 juin le communiqué suivant :

« Arrêté le 20 avril, libéré le 3 juin puis remis en prison le 5 juin dernier malgré une demande de mise en liberté provisoire, M. Daher Ahmed Farah, Président du MRD et Directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » devait comparaître hier 16 juin pour délit de presse.

Sans qu’aucune contrainte ne le justifie techniquement, ce procès vient d’être reporté d’une semaine au moins.Ce report injustifié prolonge d’autant la détention arbitraire du Président Daher Ahmed Farah dans des conditions insupportables.

L’UAD dénonce ce prolongement illégal d’une incarcération sans fondement et dont la seule justification réside dans une logique d’intimidation des opposants ;

L’UAD souhaite vivement que l’appareil judiciaire s’en tienne à la stricte indépendance qui doit être la sienne et instruise les dossiers qui luisont soumis, surtout lorsqu’ils sont de toute évidence politiques, dans le respect des droits inaliénables des prévenus, même lorsqu’il s’agit d’opposants.

L’UAD exige qu’un terme soit mis dans les meilleurs délais à cet acharnement afin que le Président Daher Ahmed Farah recouvre une liberté dont il est si illégalement privé.

L’UAD tient enfin à souligner que de telles entraves, loin de l’intimider, ne constituent qu’un discrédit supplémentaire pour le régime et l’appareil judiciaire. »

 


 

Aux origines des violations

 

La sincérité dans l’application d’un accord de paix aurait dû être perceptible dès sa conclusion : qui discute sérieusement agit scrupuleusement. C’est peu que le régime a inventé toutes les difficultés imaginables pour rendre difficile la recherche de la paix. En prologue à la troisième partie de l’article consacré à la nature du présidentialisme djiboutien, nous vous proposons aujourd’hui un bref aperçu de la prose gouvernementale lors des négociations avec le FRUD-armé, dans le cadre de la Commission des Réformes Démocratiques. Il s’agissait pour la partie gouvernementale du tout simplement justifier le statu quo.

 


 

LE RÉGIME POLITIQUE

Le régime politique de Djibouti demeure depuis l’accession de notre pays à l’indépendance nationale. La pérennité de ce régime politique est un gage de réussite constitutionnelle et une garantie de stabilité politique et institutionnelle.

Contrairement aux insinuations du Frud-armé dans leur document de propositions, le gouvernement est à l’écoute de son peuple et reste sensible à toute évolution de mentalité dans le pays et dans le monde.

C’est dans cette optique, qu’à l’aube du III ème millénaire, le gouvernement réfléchit et étudie sur la durée, l’efficacité du type de régime politique en place, sur sa permanence d’assurer une stabilité intérieure et un développement harmonieux à la prospérité du peuple djiboutien.

Ainsi, le gouvernement propose de mettre en oeuvre un débat national et une profonde réflexion pour le maintien ou l’adoption d’un nouveau type de régime politique à Djibouti, qui tiendrait compte de l’émancipation du peuple.

A l’issue de ce débat national qui réunira toutes les couches sociales, professionnelles, politiques, une consultation populaire sera organisée. Le référendum déterminera le choix du peuple. Le gouvernement s’engage à respecter et à appliquer le choix des djiboutiens sur le type de régime politique.

Ainsi, le résultat du référendum déterminera la nature du régime politique qui serait instauré dans notre pays.

LE MULTIPARTISME

En 1992, le peuple djiboutien, lors du référendum, a opté pour une limitation des partis politiques à 4. Le gouvernement qui a toujours respecté le choix de son peuple, a appliqué le quadripartisme. A cette époque, l’idée des dirigeants du pays n’était pas de réduire la liberté des djiboutiens en proposant le quadripartisme (partis politiques limités à 4) .

Mais en revanche, leur crainte était de voir régner à Djibouti une anarchie politique et institutionnelle, à cause de l’explosion des nombres des partis politiques. Le risque, voire la certitude de voir des partis à connotation ethniques ou claniques dominer la politique nationale, pour aboutir à une cristallisation et à la haine tribale.

A 1’heure actuelle, une ouverture non limitative des nombres des partis politiques constitue un grave danger pour la stabilité politique du pays. De plus, par le nombre total de la population et par le nombre total d’électeurs (environ 100.000), un nombre illimité de partis politiques conduirait à une médiocrité de la vie politique nationale: la prépondérance de l’intérêt ethnique ou clanique sur l’intérêt général.

Cette analyse qui est le fruit du constat national, s’ajoute à l’expérience vécue par certains pays de l’Afrique, où on assiste à une paroxysme des nombres de partis politiques. La décision issue de cette analyse, a incité le gouvernement à prendre conscience de la nécessité de respecter l’évolution de la mentalité et de l’émancipation des djiboutiens par la mise en place d’un pluralisme démocratique mais, avec une limitation des partis politiques à quatre, par souci de préserver la paix, la sécurité et la stabilité politique.

Aujourd’hui, le peuple djiboutien, mieux encadré par le système du quadripartisme politique, a atteint une certaine maturité politique, une maîtrise et une connaissance éclairée de la notion et du jeu démocratique. Pour l’instant, le gouvernement se tient à la situation actuelle, par respect au référendum de 92 qui limitait les nombres des partis politiques à quatre pour une durée de dix ans. Au terme de cette période, le gouvernement propose d’organiser un débat national sur la sur la limitation ou l’ouverture illimitée des nombres des partis politiques.

A l’issue du débat national, un référendum sera organisé pour que le dernier choix revienne aux Djiboutiens.

 

 


Le présidentialisme djiboutien (3)

Démocratie, Dictature ou Caricature ? 3ème partie : des allures de dictature

 

Dans la première partie, nous avions révélé un document inédit dans lequel le FRUD-armé, lors des négociations avec la partie gouvernementale, soulignait la nécessité des réformes démocratiques dans notre pays afin que les différents acteurs de la Démocratie (régime partis politiques même d’opposition, syndicats, citoyens et, d’une manière générale, toute la société civile nationale, puissent véritablement remplir leurs fonctions démocratiques. Dans la seconde partie, nous avions vu, de façon trop facile puisque cela équivalait à enfoncer une porte ouverte, que la République de Djibouti ne fonctionnait absolument pas selon les critères communément admis de la démocratie. Dans ce troisième volet, il convient donc de savoir si nous vivons sous une dictature subtropicale.


Prétendons au moins, ne serait-ce que par respect pour notre lecteur, à un minimum de droiture journalistique, sans viser l’intellectuelle : avoir le droit de poser la question de savoir si nous sommes en dictature, n’est-ce pas la meilleure preuve que nous sommes en démocratie ? Pouvoir s’interroger de façon aussi publique sur la nature du régime djiboutien, n’est-ce pas la plus indiscutable preuve que la liberté d’opinion est scrupuleusement respectée sous nos cieux ?

C’est bien là toute la difficulté, pour l’observateur extérieur, d’analyser le système politique djiboutien : si les textes instituant un fonctionnement démocratique des institutions sont disponibles noir sur blanc, pour ainsi dire, les multiples entraves à leur application dans la pratique quotidienne sont parfois beaucoup plus difficiles à être démontrées. S’il est donc bien évident pour tout citoyen djiboutien, comme pour tout observateur extérieur un tant soit peu vigilant, que nous ne sommes pas en démocratie, la question demeure intacte : sommes-nous donc en dictature ?

Parler de dictature, c’est évoquer la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul individu, d’un groupe d’individus, d’une organisation particulière (parti ou armée).

A cette aune, il est facile de démontrer que ce modèle monopolistique s’applique à Djibouti, sous certaines conditions.

En fait, lorsque l’on est en présence d’un terme tel que dictature, ayant subi une telle inflation sémantique, ayant été mis à toutes les sauces pour discréditer toutes sortes de régime par des opposants de tous les bords, et pas nécessairement démocrates eux-mêmes, il est normal de prendre un minimum de précautions quant à son usage.

Quand on parle de dictature, elle est le plus souvent de deux sortes : soit celle d’un parti unique se fondant sur une légitimité idéologique, soit celle d’une tribu s’autorisant d’une supériorité biologique.

Depuis septembre 1992, il est difficile de prétexter un quelconque monopole juridique du parti unique institué en 1981 suite à la loi portant mobilisation générale. Tout comme il est indéniable que le système du parti unique a profondément imprégné de son empreinte négative la société djiboutienne. En effet, la situation intérieure issue de la décolonisation, dans laquelle certains nouveaux dirigeants politiques ont de façon irresponsable voulu ériger la nouvelle donne comme une sorte de revanche ethnique s’est soldée par une dramatique remise en cause de l’impérieuse nécessité d’un destin commun. A ce chapitre, s’il convient de souligner l’importante contribution nationale des représentants responsables de certaines composantes de la communauté nationale, qui réussissaient à estomper les penchants monopolistiques, il n’est pas inutile de rappeler toute l’influence négative des services répressifs de la police politique.

En effet, si l’accès au marché du travail était relativement équilibré (même si des situations monocolores se retrouvaient ça et là) c’est au regard de la répression sauvage et gratuite que les citoyens djiboutiens n’étaient pas égaux.

Source : La Nation du jeudi 12 juin 2003

En fait, le parti unique sous une nouvelle forme n’est qu’une coquille vide à laquelle les nécessités des mascarades électorales insufflent un semblant de vie le temps d’une campagne. Malgré tous les artifices, que les médias gouvernementaux mettent volontiers en scène, il n’existe pratiquement aucune vie partisane routinière, inscrite dans les mœurs politiques du parti héritier.

On est donc bien loin de la situation d’avant 1992, lorsque les représentants du parti unique sillonnaient la Capitale et le pays, allant même jusqu’à proposer que l’accès au marché du travail soit conditionné par la possession d’une carte du Parti.

Les choses ont bien changé de nos jours. L’invention d’un sigle UMP, tout aussi creux que le précédent, montre à lui seul la faillite d’une organisation partisane dont ni l’idéologie ni les pratiques n’ont réussi à susciter une quelconque adhésion populaire.

Force est donc de reconnaître que nous ne sommes plus en situation de dictature d’un parti, fondant sa domination sur un programme politique cohérent. Reste alors à savoir s’il s’agit d’une dictature tribale déguisée sous les apparences d’un parti dans lequel toutes les composantes de la communauté nationale sont harmonieusement représentées.

Dictature tribale ?

Le sujet est délicat, pour de nombreuses raisons dont la moindre n’est pas le fait que, justement, tout se passe comme si le régime (la dernière campagne électorale l’a amplement démontré) espère bien que l’étiquette de tribaliste lui soit accolée. Toutefois, même s’il est bien évident qu’il existe dans les hautes sphères du pouvoir quelques aryens aux cheveux crépus, promus pour services rendus dans le cadre d’associations prônant l’intolérance, la notion de dictature tribale, à y bien regarder, ne tient pas dans le contexte djiboutien.

Tout d’abord, l’existence de l’UAD démontre à elle seule que ce clivage tribal, qui a fait les beaux jours de certains et favorisé la promotion de quelques autres, n’existe plus au moins depuis 1996. Le harcèlement contre des opposants connus prouve donc que la dynamique unitaire de l’UAD gêne le régime au plus haut point.

En second lieu, ce n’est pas l’homogénéité tribale qui conditionne uniquement l’accès aux postes et aux ressources. La nouvelle bourgeoisie d’État, qui doit principalement sa réussite à sa proximité par rapport aux centres de décision politique, regroupe en son sein des « représentants » de toutes les composantes de la communauté nationale. Le favoritisme n’est donc pas tribal, encore moins idéologique mais, plus que dans la richesse, c’est dans la pauvreté que les citoyens djiboutiens s’unissent

Car, en dernier lieu, prétendre favoriser les siens dans un contexte multiethnique, ce n’est absolument pas rendre service aux siens. Même s’il est bien évident que tel semble effectivement être le message véhiculé par le discours et la pratique du régime, l’exacerbation des particularismes tribaux ne peut à terme que remettre en cause le désir d’un destin commun, donc la raison d’être de ce favoritisme : quel groupe ethnique djiboutien serait aujourd’hui assez irresponsable pour prétendre vivre seul, c’est-à-dire soit expulser les autres composantes, soit s’en séparer pour fonder un Etat distinct.

C’est une aberration que seul est capable de secréter un régime avant tout soucieux de rester au pouvoir à tout prix, quitte à diviser le Peuple en tenant un discours qui varie en fonction de l’audience.

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Récapitulons. Le système politique djiboutien se caractérise par un dysfonctionnement généralisé dont la cause principale réside dans les déséquilibres au sein de chaque pouvoir (Exécutif, Législatif et Judiciaire) et entre chacun de ces pouvoirs ; raison pour laquelle, durant les négociations, le FRUD-armé avait proposé de salutaires réaménagements.

L’analyse du fonctionnement quotidien de ce système politique démontre amplement que les règles essentielles définissant une véritable démocratie n’y sont absolument pas respectés : si les textes garantissant les libertés fondamentales existent bel et bien, ils sont le plus souvent bafoués par un Exécutif sans aucun contrepouvoir.

Pour autant, il est difficile de prétendre que nous vivons sous un régime dictatorial : pas de parti unique solide et disposant d’une idéologie clairement affirmée, pas de conscience tribale agissant dans le sens d’un développement séparé des diverses composantes de la communauté nationale.

Le mystère demeure donc entier : comment caractériser ce qui n’est ni une démocratie tout en s’en donnant les apparences, ni une dictature tout en en ayant la pratique ?

C’est ce que nous tenterons de voir la semaine prochaine avec la quatrième et dernière partie de cet article.

 

 


 

Courrier des lecteurs

PLUME CONTRE FRAUDE : UN COMBAT INÉGAL

Fidèle lecteur de votre journal, je me permets aujourd’hui de vous écrire pour vous faire part de mes angoisses. Mes propos pourraient sembler, à vous et aux autres lecteurs, comme une sorte d’exercice d’autodestruction : j’estime en effet que, dans les conditions actuelles, je n’ai pas à exister en tant que lecteur car vous n’avez pas à exister en tant que journal.

Loin de moi d’idée de porter un quelconque jugement négatif sur votre journal et il serait malséant d’en faire ici l’éloge : ce n’est ni le lieu ni l’intention. On ne dira jamais assez combien la rare presse de toute opposition constructive (ce que est bien votre cas) contribue heureusement à l’édification d’une réelle conscience citoyenne, pour peu qu’elle évite le style du dénigrement trop facile et pointe du doigt les maux dont souffre notre société, sans oublier, évidemment, de proposer les remèdes qui s’imposent.

Donc, mon propos n’est pas de vous féliciter, mais plutôt de vous poser une question que je me pose : à quoi servez-vous pratiquement ? D’une façon générale, à quoi sert-il de jouer un jeu démocratique dans le cadre d’un régime politique qui ne respecte pratiquement aucune règle du jeu démocratique ?

J’estime en effet que vous, c’est-à-dire toute l’opposition démocratique, vous êtes en train de prêcher des convertis : la dernière campagne électorale l’a bien montré, l’écrasante majorité de la population djiboutienne est fatigué de l’actuelle classe dirigeante, affairiste et espère vivement une salvatrice alternance politique.

Seulement voilà, si j’ai dit « actuelle classe dirigeante », c’est que, tout le monde le sait parfaitement, l’opposition regroupée au sien de l’UAD serait aujourd’hui au pouvoir si la consultation électorale du 10 janvier 2003 avait été réellement démocratique, en clair si toutes les parties en compétition avaient respecté les règles du jeu. Ceci pour dire, et ce n’est pas un constat sorti d’une imagination fulgurante, ce régime manipulera toujours les innombrables ressources et technologies administratives pour rester aux commandes de l’Etat. Il y a donc fort à craindre que l’opposition sera encore victime des mêmes fraudes et manipulations à chaque prochaine échéance électorale.

Ainsi, le régime a absolument besoin d’une opposition « sage » jouant le jeu tout en sachant qu’elle perdra à chaque fois. D’où le sens de ma question du début : par votre action, aussi courageuse soit-elle, n’êtes-vous pas en train de rendre service à ce régime en le légitimant par le simple fait d’accepter de jouer un jeu dont les règles sont faussées d’avance ?

Un grand écrivain français, connu pour ses œuvres à caractère social, écrivait à peu près : « Pauvre de moi, qui croyais lutter contre la misère avec ma seule plume ». J’ose penser dans le même esprit, que vous ne croyez sincèrement pas combattre ce régime par vos seuls écrits. Car dénoncer ne suffit pas, encore faut-il également avoir l’opportunité de changer les choses.

Or, comme on vient de le voir avec la fraude électorale instituée en mode de perpétuation, il n’y a pratiquement aucune chance que l’opposition accède un jour au pouvoir par les voies légales.

Loin de moi l’intention de vous demander d’abandonner la lutte politique, il s’agit juste, mais vous en êtes certainement aussi conscients que moi, de matérialiser les limites d’une action politique légaliste lorsque l’on en face de soi un régime qui ne respecte aucun pilier de la Démocratie, qui est prêt à toutes les manœuvres tribalistes et à toutes les bassesses personnelles pour rester au pouvoir.

Pour conclure, je tiens à vous assurer que si lire chaque semaine votre journal est un devoir et une fierté pour moi, j’aimerais encore plus que vous, toute l’opposition, dirigiez ce pays pour que la République de Djibouti soit enfin et définitivement débarrassée des vautours qui ne voient en elle qu’une carcasse à dépecer.

A.M.H

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COMMENTAIRES

 

Ce n’est pas tous les jours qu’un lecteur se permet, de façon aussi pertinente, d’attirer notre attention, et celle des autres lecteurs, sur l’efficacité de la mission journalistique d’une presse d’opposition dans un contexte de « fraude instituée » comme il le dit si bien. Soyez-en convaincu cher lecteur, nous sommes conscients des limites que vous évoquez : il est légitime que vous vous posiez de telles questions.

 

Lorsque l’on est engagé dans une action politique, spécialement dans la configuration historique qu’est celle de notre pays, qui vient juste de sortir d’une décennie de conflit civil, le choix est simple : persister à chercher la paix ou risquer l’aventure de la guerre. Le régime auquel nous nous opposons a choisi la seconde voie, en refusant d’appliquer l’Accord de Paix du 12 mai 2001 et en se maintenant au pouvoir par la fraude électorale. Nous sommes également conscients, pour souvent l’évoquer dans nos colonnes, que l’actuel environnement institutionnel ne favorise absolument pas une vie politique pacifique, encore moins une alternance démocratique. Mais, si l’opposition devenait aussi irresponsable que le régime, que resterait-il de notre pays ?

 

LA RÉDACTION

 

 


 

État contre BCI-MR

La démagogie en action

 

Il est bien connu qu’un régime politique très peu respectueux de la démocratie cherche inlassablement à subordonner toutes les sphères d’activité aux seuls impératifs de sa survie. La récente campagne de discrédit contre la Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI-MR), au détour d’une brève venue de Tadjourah ( on se demande bien pourquoi, même s’il est vrai que cette ville est depuis peu connectée à Internet, sans que le chômage généralisé n’y soit résorbé) et parue dans l’édition de jeudi dernier de « La Nation » en est une illustration caricaturale.

 


 

Chacun s’en souvient, un cadre expatrié de cette banque était décoré il y a quelques jours, remercié qu’il fut pour « services rendus à la Nation djiboutienne ». Soyons justes : le fait que cette médaille ait été décernée par le préposé aux affaires protocolaires ne doit pas occulter l’essentiel : à travers un de ses rouages, c’est toute la pertinence de cette institution financière qui a ainsi été remerciée. Dans le cimetière des banques qu’est Djibouti, seule une rigoureuse gestion, sans préjudice de quelques faveurs aux favorisés du régime, a pu permettre à la BCI-MR d’échapper à la banqueroute.

Or, voilà qu’un procès en bonne et due forme lui est aujourd’hui intenté, ne mâchons pas les mots, pour exploitation des clients à travers la facturation « abusive » de certaines prestations. La plume de « La Nation » ne prend aucun gant : « Facilement et sans forcer, la BCIMR vient d’infliger une nouvelle défaite à ses clients dans un drôle de match où la filiale du groupe BNP Paribas impose ses propres règles pour gagner des pécules sur le dos de ses propres clients… Motif de ce désamour : le prélèvement excessif réalisé par la banque sur les différentes opérations ».

Il ne s’agit pas pour nous de justifier ou de critiquer une politique de facturation des services bancaires dont la BCI-MR n’a pas l’exclusivité, encore moins sur la place djiboutienne : ce procès simpliste du capitalisme montre tout simplement les subterfuges démagogiques et foncièrement malhonnêtes auxquels ce régime a recours pour fuir ses véritables obligations. En effet, la plume gratuitement méchante du journal gouvernemental oublie deux ou trois petits détails.

Tout d’abord, il occulte le fait que le gouvernement djiboutien est représenté au sein du conseil d’administration de cette banque puisque l’État djiboutien détient 33% de son capital. Il est donc pour le moins irresponsable que le régime discrédite un instrument financier dont il est en partie propriétaire : un actionnaire faisant la publicité négative de sa société est tout sauf sérieux.

Saboter sa propre entreprise, au lieu d’y apporter, s’il y a lieu, les améliorations qui s’imposent, seul le régime djiboutien qui n’a aucun respect pour ses contribuables comme pour ses concitoyens, peut se permettre une telle aberration. D’autant plus que l’État djiboutien perçoit de l’argent sous forme de timbre fiscal sur certaines prestations offertes par cette banque. Facilité qu’il s’est permise, de façon tout à fait abusive et certainement en l’imposant au conseil d’administration de la BCI-MR, depuis la fameuse Conférence d’Arta et qu’il a par la suite perpétuée, certainement pour soulager des problèmes de trésorerie consécutifs à la mauvaise gouvernance.

Que se passerait-il si ses clients mécontents, dans un esprit de civisme, actionnaient les mécanismes de la concurrence et allaient chercher chez une autre banque de la place des tarifications plus intéressantes ? Autant que la BCI-MR, c’est l’Etat djiboutien qui serait victime de ce dénigrement.

On se souvient, par exemple, qu’ayant intenté une procédure de recouvrement pour le moins précipitée à l’encontre d’investisseurs djiboutiens, qui se trouvaient être comme par hasard des opposants au régime, la banque, soucieuse de ne pas perdre d’aussi importants clients, avait bien été obligée de revenir à des considérations beaucoup plus pragmatiques en faisant prévaloir ses incontournables impératifs de rendement.

Surtout, le régime serait bien obligé de se tourner vers d’autres sources de financement quand lui vient l’envie électoraliste d’un tant soit peu réduire les intolérables retards de salaire.

A ce chapitre, on ne peut manquer de souligner la légèreté de la plume gouvernementale lorsque viennent les menaces : « une pétition nationale circule sur l’ensemble du territoire pour dénoncer cette situation ». A notre connaissance, avant de rêver de guichet automatique, l’ensemble du territoire national n’a même pas accès au minimum vital. Quant à affirmer que les clients « exigent un peu de considération. Ils entendent se constituer en une association des consommateurs pour faire respecter leur intérêt », c’est une excellente nouvelle : à quand alors la défense des usagers d’une Voirie défaillante à cause de la mauvaise gouvernance, des fonctionnaires auxquels l’Etat n’est même pas capable d’assurer un salaire mensuel ?

Ces citoyens ayant un urgent besoin d’être défendus contre tous les abus d’un régime incapable, sont à coup sûr beaucoup plus nombreux que les clients « mécontents de la plus grande banque de la place.

La véritable usurpation est là : c’est celle d’un régime qui fuit ses responsabilités en offrant de façon aussi inconséquente à la vindicte populaire une banque dont l’importance dans l’économie nationale n’est pas à démontrer, même si ce n’est pas philanthropique.

 


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