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Réalité numéro 73 du mercredi 3 décembre 2003

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Réalité numéro 73 du mercredi 3 décembre 2003

ARD
Sommaire 

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Obock : mensonges et mépris
  4. Le développement du chômage
  5. L’Irak de Bush à oreille
  6. Révolutions ?
Directeur de Publication : 

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 73

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

Éditorial

A GÉNIE INTERNATIONAL,

MAUVAIS GÉNIE NATIONAL ?

 

Dans les fausses démocraties comme la nôtre, où le régime en place fraude à chaque élection et où les médias publics se distinguent par l’absence de pluralisme et d’objectivité, les mises en scène prennent parfois des tours enfantins. Ainsi, alors que, comme la majorité de notre Peuple, nous n’avions pas été convaincus de la prestation présidentielle à l’occasion de l’Aïd, la presse gouvernementale, juste parce qu’elle doit donner l’illusion du contraire, a estimé nécessaire de convoquer un soutien international censé corroborer l’excellence de ladite allocution.

On apprend donc que les principaux médias arabes auraient été tellement impressionnés par les propos présidentiels qu’ils ont tenu à faire profiter de son incommensurable profondeur l’ensemble des arabophones de la planète. Le ridicule n’ayant pratiquement aucune limite ici, que l’on cherche avec nous où se situe réellement l’événement.

Le Président de la République aurait condamné le sanglant attentat commis en Arabie Saoudite : qui serait assez irresponsable pour invoquer le moindre commencement de justification à une telle barbarie ? Il aurait également suggéré que les Irakiens puissent enfin pouvoir décider par eux-mêmes de leur destin et que les forces d’occupation se retirent de leur pays : franchement, il n’y a là rien de révolutionnaire.

Le Chef de l’État djiboutien aurait par ailleurs fermement condamné le régime sioniste et invité la communauté internationale à user de tous les moyens de pression pour imposer une solution juste et équitable : il nous semble un peu en retard sur le déroulement du processus de paix. Enfin, il se serait félicité des pourparlers de paix inter somaliens se déroulant actuellement au Kenya : il était temps, après toutes les incohérences de son régime à ce chapitre. On le voit bien, comme nous l’avions dit, aucune nouveauté n’a été proférée qui puisse justifier une telle considération, nationale ou internationale à l’égard de l’allocution présidentielle de l’Aïd.

Mais, s’il fallait à tout prix restituer ce texte dans son contexte, une première remarque viendrait à l’esprit. Tout d’abord, si ces médias arabes (au rang desquels Al Hayat et Al Jazira sont mentionnés) ont vraiment évoqué le speech présidentiel, ce serait, nous semble-t-il, pour une raison bien particulière, loin d’une improbable contribution à la résolution des grands problèmes contemporains.

La question qui se poserait, c’est en effet d’évaluer la douleur présidentielle consécutive à ce grand écart qui consiste à critiquer des partenaires dont on accueille pourtant les forces armées dans une croisade qui tarde, pour le moment, à prouver une quelconque efficacité dans la lutte contre un introuvable terrorisme régional. Surtout lorsque l’on remarque, malheureusement, à quel point les États-unis d’Amérique s’aliènent gravement, au moins l’opinion publique arabe, en cautionnant le terrorisme quotidien de l’État sioniste. Il faut résolument combattre le terrorisme, partout où il se manifeste et quelle qu’en soit la forme : Israël est le seul État terroriste du monde ! Le terrorisme des pauvres se nourrit quant à lui, non pas d’une quelconque inspiration religieuse, mais avant tout dans les frustrations et les humiliations subies. Aucune diplomatie ne peut l’ignorer.

Le ridicule a toutefois une limite : la presse gouvernementale n’a pas pu faire croire que les médias arabes internationaux avaient accordé un large écho aux propos présidentiels relatifs aux réalisations économiques ou sociales du régime en faveur du Peuple djiboutien. Tant que l’éloge reste dans le domaine international, ses indécentes retombées sont moins insupportables.

 


Brèves nationales

 

AWR-AWSA :

 

Un camp très visité ?

 

Réfugiés ou clandestins, ils sont des milliers, pensionnaires de ce camp insolite installé à 18 kilomètres de la ville d’Ali-Sabieh, rouvert à la suite des expulsions massives de septembre dernier. Le lieu est souvent cité comme étant un repaire de trafiquants où Djiboutiens et étrangers se livrent à des opérations commerciales douteuses. Après les épouses des dignitaires qui venaient y recruter des « bonnes », clandestines bien sûr, c’est maintenant au tour des légionnaires de « visiter » l’endroit pour y retrouver l’âme sœur, avec plus ou moins de bonheur selon les jours.

Dimanche dernier un scandale aurait failli éclater lorsque deux légionnaires et leur accompagnateur Djiboutien, venus à bord d’un véhicule de marque Daihatsu Rocky, sont arrivés sur place dans le but de récupérer deux filles, ex-compagnes parait-il des deux «képis blancs». Les forces de l’ordre auraient un moment arrêté les deux visiteurs et leurs « moitiés », puis les ont finalement laissé repartir ensemble à Djibouti-ville, après que les deux légionnaires eurent déboursé une forte somme aux responsables du camp. Pourtant, des sous-officiers consciencieux avaient à plusieurs reprises averti leur hiérarchie de la persistance en ce lieu, d’un trafic indigne de l’esprit humanitaire..

Qu’attendent les autorités concernées pour sévir contre ce genre de pratiques bassement mercantile ?

 Ali-Sabieh :

Du discours à la réalité

L’agenda présidentiel semble chargé en ce mois de Décembre. Après son retour d’un voyage officiel en Iran, le Chef de l’État, en course pour sa réélection en 2005, projetterait de visiter au moins deux districts de l’Intérieur. Selon nos informations, le probable candidat à sa propre succession serait attendu à Ali-Sabieh dans la deuxième quinzaine du mois. Le terrain où doit se poser l’hélicoptère de l’illustre visiteur serait dès à présent parfaitement sécurisé. Pour ce faire, le bulldozer du district aurait rasé un chantier en construction appartenant à un ponte du RPP local. Lequel aurait ainsi appris à ses dépens que les impératifs de sécurité passent avant les amitiés politiques.

Dépêchés sur place afin d’y préparer cette visite, les missi dominici du pouvoir annoncent à qui veut les entendre que le chantre de l’agro pastoralisme serait déterminé à inonder le pays assajog d’eau minérale, sans oublier les usines de marbre et de ciment qui fleuriront parait-il du côté du mont Arrey. Pour l’heure, seule une clôture métallique délimite le site de la future usine d’eau minérale. Pour le reste, qui vivra verra…

En attendant ce jour heureux, la mauvaise gouvernance vécue au quotidien est loin de plaider en faveur du développement décentralisé cher au « numéro un djiboutien ». Aussi, les Assajog restent dubitatifs en constatant que la réalité observée sur place ne corrobore absolument pas les prétentions gouvernementales relatives à leur district. On ne peut que comprendre leurs craintes en les écoutant égrener la liste des difficultés causées par la mauvaise gouvernance antithèse d’un développement durable.

Au chapitre social, tout ne semble pas rose, loin s’en faut. Dans le domaine de la santé, il y aurait même quelques grincements de dents. Les habitants d’Ali-Sabieh ont ainsi été privés de soins du 22 au 26 novembre dernier en raison d’une grève du personnel soignant du dispensaire local. Les grévistes auraient exigé le paiement des arriérés de prime de garde non versés depuis sept mois. Suite à ce mouvement de contestation, les agents de la Santé auraient repris le travail après que le nouveau médecin-chef se soit engagé à débloquer la situation en plaidant leur cause auprès des autorités compétentes.

Par ailleurs, Ali-Sabieh connaîtrait depuis plusieurs semaines des problèmes d’éclairage public. Plusieurs artères de cette belle ville seraient plongées dans le noir, le District n’étant plus en mesure de participer aux frais d’éclairage. Last but not least, le siège du Conseil Régional coopté serait privé d’électricité depuis quelques jours pour non-paiement des factures. No Comment !

 District de Dikhil :

L’Éducation escamotée

La région de Dikhil est la plus vaste de notre pays mais curieusement une des plus négligées par l’Éducation nationale. Certaines zones bien peuplées restent toujours sans école. Dans les écoles existantes, l’enseignement est fréquemment décrié par les parents d’élèves. Ainsi, les élèves du collège de Dikhil n’ont toujours pas reçu la totalité des manuels scolaires, qu’ils ont pourtant payé au début de l’année scolaire.

Dans cet établissement, certains professeurs refuseraient même l’accès à leurs cours aux élèves dépourvus de manuels. Seuls les élèves munis d’un certificat d’indigence seraient autorisés à assister aux cours sans manuels. Dans les écoles rurales, l’enseignement de la langue arabe est insuffisante à As-Eyla et inexistante à Yoboki. A As-Eyla il n’y aurait qu’un seul maître d’arabe pour six classes de C.M bénéficiant chacune d’une heure de langue arabe par semaine. A chaque réunion, les parents d’élèves soulèvent ce problème, hélas toujours sans être entendus. Faute d’enseignant depuis la rentrée scolaire, les cours d’arabe ne seraient plus dispensés aux élèves des C.M de l’école de Yoboki. Les parents d’élèves de cette localité se seraient plaints de cette situation lors de la dernière tournée du ministre de l’Éducation dans leur village. Malgré la promesse ministérielle, aucun enseignant d’arabe n’a été affecté à cette école. La prétendue déconcentration de l’Éducation nationale n’a apporté aucune amélioration au fonctionnement des établissements scolaires du district de Dikhil. Dans cette région l’Éducation paraît escamotée et sinistrée. Dans ces conditions, c’est tout l’avenir des enfants scolarisés dans ce district que ce régime irresponsable assassine.

 Tadjourah :

L’UNFD en pâle position ?

Depuis le hold-up électoral du 10 janvier dernier, les habitants de la ville blanche témoignent très peu d’estime à l’égard de la mouvance présidentielle responsable de fraudes massives et de la mauvaise gouvernance. L’UNFD, section féminine de l’ex-parti unique, tenterait désespérément ces derniers temps de sensibiliser les femmes de Tadjourah connues pour être les porte-drapeaux de l’opposition dans cette ville. Sans succès.

Aussi, pour donner l’illusion d’une implantation réelle du parti présidentiel sur cette rive du Golfe, la Première Dame et présidente de l’UNFD projetterait de se rendre sur place et principalement de visiter Tadjourah le week-end prochain.

Dans ce déplacement, elle sera bien entendu accompagnée de toute sa cour, estimée paraît-il à plusieurs dizaines de ferventes admiratrices. Le seul hic, c’est que les admiratrices de l’UNFD, il en manque cruellement à Tadjourah et pour cause : les femmes de cette ville sont dans leur écrasante majorité militantes de l’opposition et partisanes du changement démocratique. Peu intéressées donc par les lendemains qui chantent toujours promis par celui qui cherche à rempiler, elles resteront majoritairement chez elles, préférant vaquer à leurs occupations domestiques plutôt que de poser devant les caméras aux côtés de l’illustre visiteuse au cours de la garden-party.

En attendant les reportages forcément enthousiastes des médias gouvernementaux, il ne nous reste qu’à souhaiter Bon week-end à toutes…

 Pollution de l’air :

La route d’Arta, zone à risques

Rares sont les passants qui n’ont pas, un jour ou l’autre été incommodés par les nuisances olfactives et visuelles des fumées perpétuelles visibles sur la route d’Arta à hauteur d’Arhiba. Ces fumées dangereuses proviennent des ordures incinérés sur la terrain vague du « sans fil»; des cadavres d’animaux seraient régulièrement brûlés à cet endroit, dégageant d’épaisses fumées blanches qui indisposent les passants, les riverains et les automobilistes. Certains jours la circulation est rendue dangereuse sur cette voie très fréquentée en raison de l’épaisseur de ces fumées réduisant la visibilité. Si la multiplication des décharges sauvages est à l’origine de cette situation, la négligence des pouvoirs publics ignorant les nuisances de ces ordures et fumées sur l’environnement, est regrettable. L’hygiène publique et la préservation de l’environnement restent pour le moment les parents pauvres de ce régime insouciant.

 Pôle Universitaire :

Malaise persistant.

Lundi dernier, des étudiants en section BTS du pôle universitaire de Djibouti avaient, en groupe, abordé leur directeur devant le Lycée Industriel et Commercial cherchant à dialoguer avec lui. Pris de panique ce dernier aurait foncé avec son véhicule sur le petit attroupement manquant de blesser certains d’entre eux. Fous furieux, les étudiants auraient rejoint le pôle pour protester contre la réaction méprisante et irresponsable de leur directeur. Ne le trouvant pas ils auraient alors saccagé son bureau. Une fois arrivé sur les lieux, le directeur aurait été violemment pris à partie mais aurait réussi tout de même à rejoindre son bureau sous les quolibets de jeunes surexcités.

Dans leur furie, les étudiants auraient également endommagé son véhicule. L’absence d’un dialogue constructif entre les autorités de l’Éducation nationale et les élèves frustrés du pôle universitaire serait à l’origine d’un tel débordement révélateur d’un malaise profond. A l’heure où nous mettons sous presse les étudiants seraient toujours en grève mais la Direction semblerait, à présent, disposée au dialogue. Pourvu que cette détente réussisse, afin que les étudiants puissent reprendre leurs cours dans de bonnes conditions.

 Journée mondiale du SIDA :

Tolérance et prévention avant tout.

La semaine nationale contre le SIDA a culminé lundi dernier avec des manifestations diverses organisées un peu partout dans le pays. Pour ne pas être en reste, le régime fanfaron a donné de la voix faute de vrais moyens à engager dans la prévention de ce fléau.

Ainsi, le Chef de l’État s’est offert la luxe d’une interview sur les ondes du service somali de la BBC. Au-delà de ses belles déclarations d’intention, la réalité sur la progression de la pandémie planétaire dans notre pays est sujette à caution. Si quelques associations font œuvre utile en sensibilisation avec leurs faibles moyens, le régime lui, semble privilégier les actions d’éclat plutôt que les mesures nécessaires adoptées un peu partout dans le monde et particulièrement en Afrique. La tolérance vis-à-vis des porteurs sains ou malades du syndrome reste encore à inventer chez nous.

L’obstacle principal réside dans la mentalité elle-même sectaire des dirigeants de ce régime négligeant la communication de masse qu’implique la création d’un tel climat. L’hypocrisie officielle ne fera pas reculer la pandémie du SIDA.

 


 

Obock : mensonges et mépris

 

Hayyou ? Les colons s’y sont installés il y a un siècle et demi, le turban de Rahaïta leur accordant un droit de mouillage sur sa rade. La France ayant outrepassé ses droits, elle fut priée par le même turban d’aller déstructurer ailleurs. Elle a connu Lagarde et Monfreid et a vu la naissance des plus gros employeurs privés que sont les Établissements Coubèche et Marill. Enfin la plupart des intellectuels et des hommes politiques qui ont fait l’Histoire de ce pays y sont nés, y ont vécu ou étudié…


Mais tout cela c’est son passé. Sa grandeur de l’époque n’intéresse que les historiens. A l’en croire, c’est à son présent et son avenir que feint de s’intéresser le pas si nouveau régime. Selon nos informations, après son retour d’Iran, le Chef de l’Etat compterait y effectuer une tournée au cours de laquelle il s’apprêterait à y annoncer une série de projets portant sur différents domaines de développement intéressant les Obockois qui tout en étant patients et vindicatifs ne sont plus dupes. Beaucoup de nos lecteurs ne l’ont peut-être jamais vu et ceux qui souhaiteraient s’y rendre aujourd’hui ne le pourraient pas : c’est qu’elle est enclavée !

Ni bac ni boutre ne la desservent régulièrement par voie maritime. Il n’y a plus de liaison aérienne depuis belle lurette et la voie terrestre Tadjourah/Obock n’est non seulement pas bitumée après 27 ans d’Indépendance, mais la piste qui y mène est dans un piteux état. Pourtant, des sources officieuses, variées et concordantes nous font savoir que le financement (un fonds Arabe de développement) pour le bitumage de ce tronçon serait disponible depuis plus d’un an.

Notre « malin » Président attend peut-être sa prochaine visite à Obock (à un an et demi des présidentielles…) pour débloquer les fonds et désenclaver cette ville et sa région par voie terrestre ! Connaissant le régime, nul besoin d’être devin pour prévoir qu’à cette occasion et à cette occasion seulement, bac et boutre reprendront du service pour convoyer toute la cour qui précède et accompagne les tournées présidentielles dans les districts de l’intérieur (des dizaines de sacs de khat, 4×4 flambant neuves et un groupe de décolorées pour faire foule et les youyous).

Sans nous étendre sur la période 1977-2000, il n’est pas inutile de rappeler quelques faits pour rafraîchir la mémoire de nos acteurs (qui riment avec menteurs) politiques qui y paradent d’une campagne électorale à une autre et surtout informer nos lecteurs sur la réalité du quotidien obockois. S’il nous fallait décrire la ville, nous n’exagérons pas si nous affirmons que Lagarde et Monfreid la reconnaîtraient sans peine : poussiéreuse et en ruines, elle ressemble encore à un champ inexploité.

L’installation de la France à Obock plutôt qu’ailleurs ne doit rien au hasard. Situé dans le Golfe d’Aden, son port évitait aux navires marchands le long détour (150 km aller-retour) auquel ils sont aujourd’hui contraints en débarquant leurs marchandises au port de Djibouti. Sa proximité avec le Yémen offre au district, dont elle est le chef-lieu, la possibilité d’être un levier de développement commercial avec notre voisin yéménite.

Les ressources halieutiques sous-exploitées de ses eaux font le bonheur des pirates. Les milliers d’hectares de terres agricoles arables et non exploités recensés par les services du ministère de l’Agriculture autorisent l’espoir, sinon d’une autosuffisance, du moins d’une moindre dépendance alimentaire pour notre pays. Délaissés par les politiques publiques de développement, ses côtes, plages et monts suscitent la convoitise et le dépit des entrepreneurs découragés par l’absence d’une politique volontariste pour développer le tourisme. Aucune piste praticable ne donne accès aux verdoyants plateaux des Monts Mabla et Moussa Ali.

Tout cela, les Obockois ne l’ignorent pas, ni le Président de la République qui, en quatre ans d’exercice du pouvoir, s’est contenté d’y parader avec quelques obligés. Il trouvera le cahier de doléances des notables plus chargé que les promesses sans lendemain de ses tournées électorales. La population du district a déjà fait savoir aux missi dominici qu’il a dépêché pour y préparer sa tournée qu’aucun accueil populaire ne lui serait réservé. Au lendemain des Accords de paix d’Ab’a, le gouvernement y a annoncé et signé en grandes pompes un projet de Réhabilitation financé par la coopération multilatérale (dons et prêts).

Ces fonds ont été gérés par un fonctionnaire membre du FRUD d’Ab’a, officiellement chargé de la réalisation et du suivi de ce projet. A l’occasion d’une cérémonie soigneusement médiatisée, seule une pierre (la première) fut posée ! Ceux, et ils sont légion à Djibouti-ville, qui ont la mémoire courte peuvent consulter « La Nation » de l’époque. Rappelons pour l’anecdote que le gestionnaire de ce projet fut promu quelques temps plus tard… pour services non rendus?

Bien plus tard, à l’occasion d’un « séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale » tenu en fanfare au Palais du Peuple en février 2002, un cadre Obockois interpelle le chef du gouvernement en personne sur l’inaction gouvernementale dans ce district martyr et délaissé par les politiques publiques de développement, pour s’entendre répondre par ce dernier sous un émouvant tonnerre d’applaudissements qu’un plan Marshall déjà à l’étude y serait appliqué sous peu.

Un an plus tôt, le même gouvernement a signé avec nous en mai 2001 un accord de paix définitive prévoyant dans un de ces volets, la Réhabilitation des zones affectées par neuf ans de guerre civile reconnaissant explicitement ce faisant, qu’elles ne l’ont pas été après l’accord d’Ab’a.

Conformément à l’Article 1er de l’Accord Cadre de Réforme et de Concorde Civile signé à Paris en février 2000 qui stipulait : « La réhabilitation des zones touchées par le conflit civil sera réalisée afin de permettre aux populations civiles réfugiées, déplacées ou affectées par ce conflit, de réintégrer leurs lieux d’habitation, de profession, de production dans les meilleurs conditions. A cet effet, il sera mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour réhabiliter, restaurer ou justement indemniser les victimes civiles et militaires dans la perte de leurs habitations, commerces, biens mobiliers et immobiliers, de profession ou de production et des plantations. Le bénéfice de réparation doit uniformément couvrir toutes les victimes du conflit dans les mêmes conditions».

Une commission conjointe Gouvernement/FRUD-armé avait planché durant un an sur ce dossier. Ses conclusions annexées à l’Accord de paix définitive ont estimé le coût global de cette réhabilitation à environ 50 millions de US dollars. Durant la campagne électorale des législatives 2003, un ministre en exercice et mal élu de la région y avait souvenons-nous, promis toute honte bue, monts et merveilles… Pas plus tard qu’il y a quelques mois, à l’occasion d’un de ces séminaires ou ateliers ou autres bricoles que le régime affectionne et concocte en toutes occasions pour faire semblant de réfléchir et travailler mais sont aussi et surtout le prétexte à mendier et soutirer quelques dollars et euros à la coopération, une commission ad hoc a produit un document-cadre sur la réduction de la pauvreté.

Et pour revenir à notre sujet, le clou de ces spectacles sera animé par l’inénarrable Président de la République lors d’une visite qui serait prévue (sauf imprévu) pour la première quinzaine de décembre. Il compterait selon nos informations, annoncer (ou lancer) à défaut d’un Plan Marshall, quelques menus travaux : près de cinq ans après l’exercice effectif et exclusif du pouvoir, le forage de quelques puits dans le district, la réhabilitation de quelques dizaines d’habitations dans la ville et probablement le bitumage de la piste reliant Tadjourah à Obock.

Sans lui intenter un procès d’intention et ne jugeant ses actes qu’à l’aune de ses promesses non tenues ou dénaturées, nous ne pensons pas que tout ce vacarme soit motivé par le souci de laisser quelques réalisations pour la postérité et encore moins par le souhait de plaire au Créateur auxquels cas, il aurait accordé un minimum de suite à la parole donnée et engagements écrits. Observons seulement que si, par miracle, quelques unes des promesses qu’il fera à Obock devaient partiellement voir le jour, elles seraient comme par hasard, achevées ou en cours d’achèvement à la fin de son mandat. Parions sans risques, au regard de ses interminables déplacements intra-muros ou planétaires, qu’il sera, si Dieu lui prête vie ( ce que nous lui souhaitons), candidat à sa propre succession en 2005… Qui vivra, verra !!!

En attendant, nous ne pouvons, avec les Obockois que fermement condamner ce cinéma indigne d’un responsable respectueux de ses concitoyens.

 

 


Le développement du chômage

L’échec du RPP est patent

 

Même en temps de guerre, la situation économique et sociale du pays n’avait jamais été à ce point inquiétante. Or, les discours présidentiels décalés de la réalité, copieusement servies par la presse gouvernementale, semblent surtout destinés à une prospère communauté étrangère, plutôt qu’aux Djiboutiennes et Djiboutiens dont les conditions de vie sont de plus en plus précaires, surtout en ce qui concerne l’accroissement du chômage qu’atteste pourtant les chiffres officiels.

 


 

Rappelons pour mémoire l’allocution présidentielle à l’occasion des vœux traditionnels du début du Ramadan: « … J’ai instauré un programme ambitieux qui a pour objectif de remédier aux difficultés économiques qui étouffaient le pays et en même temps une stratégie à court terme et à long terme qui vise le développement de notre pays ainsi que l’accès à des meilleures conditions de vie pour tous les citoyens djiboutiens. Et ceci en jetant les fondements solides en vue d’un développement durable dans tous les secteurs tant économique que social, éducatif, politique et sanitaire… Nous sommes sur le bon chemin… ».

A la lumière de ce petit extrait, une simple remarque s’impose : la stratégie gouvernementale de développement à court terme est largement défaillante puisque, dans quelques mois, au bout de cinq années de mandat présidentiel. Quant au long terme, il risque donc d’être bien court ! Durant cette période, le pays a vécu une situation de difficulté jamais enregistrée dans le passé et à tous les niveaux. Entre la parole officielle et la réalité quotidienne, le fossé est profond et se creuse dangereusement. En ces temps de rigueur dictée selon les concepteurs des projets économiques et sociaux par la crise, de multiples réformes ont été entreprises au niveau des finances du pays et un nouveau « système fiscal simplifié » susceptible de participer à la relance économique des entreprises et donc de l’emploi auraient été mis en place.

Pourtant la précarité et l’appauvrissement ronge davantage les populations et les générateurs de ressources budgétaires que sont les entreprises qui ferment en raison des multiples taxations officielles et officieuses dont elles restent victimes. Cette situation de crise entretenue, « Réalité » l’avait largement commentée dans ses colonnes, en expliquant le déséquilibre financier et les disfonctionnements économiques générés par les augmentations injustifiées des Budgets irrationnels qui frappent de plus en plus les contribuables véritablement productifs au profit de l’Armée et de la Sécurité, secteurs non productifs de l’Économie nationale s’il en est un.

Cantonnons toutefois l’analyse au problème du chômage qu’évoquait « La Nation » du 27 octobre 2003 en livrant malencontreusement (à côté du discours du Chef de l’Etat dont les lignes suscitées sont extraites) tirées des données publiées dans le bulletin d’information économique du second trimestre 2003 du ministère de l’Economie et des Finances, sous le titre de « Moins de création d’activités et des emplois au compte-goutte ».

Pour une fois, nos confrères de la presse gouvernementale ont été critiques et pertinents, mais ils n’ont procédé à aucune analyse sérieuse des raisons de cette situation structurelle de sous-emploi. Cependant, ce qui est à retenir de cette conjoncture, c’est que contrairement aux affirmations prometteuses du premier magistrat, d’une part les chiffres du ministère de l’Économie portent sur une variation négative entre création d’emplois et licenciements ne dépassant pas la quarantaine. D’autre part, il existe réellement une précarité de l’emploi dans le secteur du bâtiment où une majorité des travailleurs (mais ceci existe malheureusement dans les autres branches) n’est pas déclarée. Ainsi, les créations d’activités sont au rouge et un tel environnement économique incertain ne peut engendrer une réelle croissance ni donc une relance de l’emploi. Quatre facteurs expliquent essentiellement le chômage endémique qui frappe surtout les jeunes :

1. L’absence d’une politique économique cohérente dans un pays dépourvu de ressources naturelles et dont le secteur tertiaire, principal moteur des activités génératrices d’emplois, subit d’inconcevables ponctions fiscales ; sans parler des multiples ingérences sous diverses formes des agents des services publics dans la marche des entreprises ;

2. Les privatisations et autres concessions faites sur des bases occultes et non adossées à des garanties destinées à vraiment préserver les emplois de certaines catégories de travailleurs ;

3. Les impôts et autres taxes directs ou indirects qui pénalisent les investissements privés et freinent le développement du secteur productif, dont d’ailleurs la frilosité instinctive devant d’éventuels financements de projets n’a pas échappé d’ailleurs au premier responsable du pays, qui sollicitait lors de son discours (encore un) leur implication effective dans le développement national. Quelle audace !

4. La mise à sac de la législation sociale qui (chose grave) légalise aujourd’hui, outre les licenciements abusifs, ces multiples abus qui freinent l’emploi ou permettent de tricher à travers des déclarations des salaires inférieurs à ceux réellement payés. Ce qui laisse tout un chacun imaginer aisément le manque à gagner pour les pouvoirs publics, conséquence de cette stratégie en matière économique chère au Président de la République.

La vérité, c’est que depuis mai 1999, les Djiboutiens sont abreuvés par les médias gouvernementaux, sans que leur soif en soit pour autant étanchée, de multiples actions réussies et à venir du premier magistrat de la République. Déplacements, promesses, etc. tout y passe. Sauf que le quotidien de nos concitoyens s’en trouve davantage compromis. L’orientation politique présente n’augurant certainement pas, dans ces conditions, d’un lendemain meilleur. Bien au contraire !

 

 


 

L’Irak de Bush à oreille

Un Père Noël entre attentats et suicides

 

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, et il y avait vraiment de quoi, dans le plus grand secret, le Président de la première puissance mondiale, George W. Bush, s’est rendu pour quelques heures dans un pays où la violence politique est aussi extrême qu’omniprésente : l’Irak. Une fois passée l’émotion provoquée par l’effet Père Noël, des questions se posent, gênantes, qui renvoient à la l’illégitimité de cette guerre, à laquelle la lutte légitime contre le terrorisme, n’a servi que de prétexte.


George W. Bush à l’aéroport de Bagdad, entouré de militaires américains avec lesquels il est venu partager la dinde traditionnelle, en ce Thank’s Giving Day. L’image a rapidement fait le tour du monde, copieusement servi en boucle par la plupart des grandes chaînes de télévision. Aussitôt talonné par l’ancienne First Lady, Hillary Clinton, elle aussi venue remonter le moral des troupes américaines stationnées dans ce bout du monde désertique et, officiellement, engagées dans une lutte sans merci contre le terrorisme international, au plus grand bénéfice, tout aussi officiellement, du Peuple Irakien à la disposition duquel la Démocratie est enfin, gratuitement et généreusement mise.

Que ceux qui, selon toute probabilité, risquent fort d’être les deux principaux candidats à la prochaine présidentielle, s’estiment obligés de faire un petit détour par Bagdad, pose clairement le décor en forme de champ de bataille : l’Irak, et très largement la guerre au nom de laquelle les troupes américaines y sont présentes, est avant tout un enjeu électoral.

Face à un terrorisme aveugle qui n’a pas hésité à massacrer des milliers d’innocents sous prétexte de s’attaquer aux symboles du capitalisme triomphant que sont les tours jumelles du World Trade Center, et au lieu de se donner le temps d’analyser ce phénomène pour le combattre plus efficacement, l’administration Bush, dominée par un lobby militaro-pétrolier, n’a pas hésité à passer outre la légalité internationale, incarnée par les Nations Unies, en lançant les forces armées américaines dans un conflit mal pensé contre un « ennemi » diabolisé et surestimé à dessein.

C’est ce handicap initial qui explique que les téléspectateurs du monde entier assistent aujourd’hui à un événement totalement inédit dans les relations internationales : la visite en cachette de Bush à l’aéroport de Bagdad. C’est bien la première fois qu’un Président des États-unis d’Amérique effectue un tel voyage à l’étranger dans des conditions aussi étranges : le pays visité est réduit au tarmac de sa Capitale alors que ses habitants sont totalement absents. La dinde partagée avec quelques soldats américains paraissait assez dérisoire par rapport à tout le désintérêt, pour ne pas parler de mépris, ainsi affiché envers un Peuple irakien pour la Démocratie duquel des enfants du Wyoming et du Nevada sont venus sacrifier leur vie dans le désert.

Surtout que, six mois après la fin officiel de la guerre, pratiquement aucune perspective de normalisation institutionnelle n’est proposée par des puissances occupantes tenant encore à l’écart les Nations Unies. Même si c’est parfaitement compréhensible d’un strict point de vue sécuritaire (Bush se baladant dans Bagdad sous haute surveillance, cela aurait fait provocation), limiter sa visite à ses seuls soldats constitue certainement une erreur politique dont l’incidence risque d’être déterminante dans la prochaine compétition électorale. L’unique message de sa visite aux troupes américaines sur l’aéroport de Bagdad, c’est d’incarner le rôle d’un héroïque Père Noël n’hésitant pas à mettre sa vie en danger pour apporter un réconfort psychologique à ceux de ses compatriotes qui, comme le chantait Lucky Luke, sont loin de chez eux, dans un environnement extrêmement hostile, pour la défense de l’Humanité civilisée.

Plus gravement, la bombance ostentatoirement mise en scène à travers cette dinde présidentielle rappelle cruellement que, pour sa part, la population irakienne n’a bénéficié d’aucune amélioration concrète de ses conditions de vie : si elle mange, quand elle arrive à le faire, c’est uniquement pour survivre. Et l’injuste embargo d’une décennie ayant causé la mort d’environ 50.000 enfants irakiens ( sources ONU ) rappelle encore ses effets moralement dévastateurs : quelle humanité peut-on encore exiger de ces enfants qui n’hésitent pas à piétiner des cadavres, comme pour se venger en profanant des corps calcinés ?

Dans un tel contexte, il est parfaitement compréhensible que des soldats américains venus du fin fond de l’Amérique profonde, en arrivent à se suicider, même si 17 cas ont pour le moment été enregistrés en Irak. Venus en conquérants, se croyant à l’occasion libérateurs, leur désillusion est à présent grande, pratiquement à la dimension de la précipitation et de la mauvaise foi qui ont présidé à l’invasion de l’Irak. Exit la traque d’introuvables terroristes de la branche irakienne d’Al-Qaïda. Oubliées les fameuses armes de destruction massive dont la neutralisation avait justifié la constitution de cette coalition belliqueuse et l’invasion sans trop de pertes de l’Irak. Reste donc la vérité dans toute sa clarté : cette guerre était une nécessité… électorale.

 

 


 

Révolutions ?

 

Il y a eu cette dernière décennie à travers le monde un certain nombre de bouleversements, de renversements de régimes politiques qui continuent encore de façonner l’échiquier politique international, ouvrant ici puis là des brèches dans un certain nombre d’idées reçues…


La chute du mur de Berlin en 1989 et l’édification d’un autre par l’État sioniste en Palestine en 2003 ainsi que Septembre 2001 sont à juste titre, considérées comme des dates charnières par les observateurs politiques.

Parce que plus près de nos préoccupations, ce qui nous intéresse ce sont les renversements des rapports de force politique de différentes façons en Afrique ou ailleurs. Partant, il nous est possible de tirer sans hâte quelques conclusions : d’une part, l’ère des coups d’État et la prise du pouvoir par un quarteron d’officiers subalternes semble bel et bien révolue. Tant mieux !Car ayant rythmées le quotidien des pays du « Tiers-monde », cette façon de procéder quelle que soit sa justification n’a fait qu’aggraver le sous-développement politique et économique de ces pays. D’autre part, le recours à la force armée par des mouvements politico-militaires pour la conquête du pouvoir semble lui aussi passé de mode.

Pour ce qui nous concerne, nous avons déjà eu l’occasion d’expliciter une démarche qui nous semble cohérente. Notre positionnement actuel sur l’échiquier politique national suffit amplement à démontrer que tout le propos de notre résistance armée a avant tout consisté à favoriser ou imposer par les armes (devenues l’unique et ultime recours sous la dictature) l’avènement d’un état de droit. Son embryon qui n’existe chez nous qu’au plan des textes censés régir la cité est battu en brèche et remis en cause par les pratiques d’un autre âge de nos dirigeants.

En effet, les multiples entraves aux libertés syndicales et d’expression, au libre exercice des activités partisanes, l’opacité dans la gestion des deniers publics, les innombrables dénis de justice ainsi que le chômage endémique font peser sur notre pays une palpable menace de troubles sociaux, malgré la manne financière que procurent à notre pays les avantages de sa position stratégique dans la nouvelle donne des relations internationales.

Pour en revenir à notre sujet et les mêmes causes produisant les mêmes effets, le cas Géorgien pour ne citer que celui-là devrait inspirer le peuple djiboutien, ses mal-élus et ses forces armées.

L’entrée en scène vindicative et déterminée d’un acteur politique aussi puissant que négligé qu’est le peuple, est aussi une leçon que l’on peut tirer des récents modes de rejet des rapports de domination en cours depuis une décennie. La réaction déterminée du peuple et canalisée par des forces de progrès responsables s’est avérée d’autant plus déterminante qu’il occupe et remplit un espace que ne peut durablement contrôler un pouvoir rejeté parce que mal conquis et mal exercé : la rue ! Un peu partout, ses actions ont été rendues décisives grâce à la sage attitude des forces armées (militaires, police,…) qui sont restées neutres quand elles n’ont pas(ayant pris acte du réel rapport de force) fraternisé avec le peuple dont elles sont issues.

Le cas Géorgien, qualifié de révolution de velours est exemplaire par l’attitude somme toute responsable adoptée tant par le peuple, les forces armées, l’opposition spoliée ainsi que d’Edouard CHEVARNADZE qui avait faussé les résultats des dernières législatives. Face à la détermination de la rue, sa décision en cette occasion de ce dernier aura à notre humble avis, en ne tentant pas de s’accrocher au pouvoir par la force, amnistié tout son discutable passé et bilan d’homme d’État.

Par contre le scénario malgache n’est pas à suivre, au regard des désastreuses et coûteuses conséquences qu’a occasionné ce très long (près de six mois !) conflit civil et urbain. Par le dangereux comportement des responsables au pouvoir, l’impasse politique en Côte d’Ivoire rappelle par beaucoup d’aspects la situation politique djiboutienne. Il nous semble injuste de toujours demander à la seule opposition l’attitude courageuse et responsable qui fait défaut aux mals-élus d’ici et d’ailleurs. Car, le sentiment d’impunité que cela procure à ces derniers aggrave l’exaspération des peuples qui subissent ces injustices et spoliations. La réaction désespérée des plus déterminés peut ne pas être canalisée et maîtrisée par la plus sage des oppositions.

Quoi qu’il advienne, puisse notre Peuple rester uni et résolu en toutes circonstances pour faire triompher ses droits.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 72 du mercredi 26 novembre 2003

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Réalité numéro 72 du mercredi 26 novembre 2003

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La main droite confisque ici, la main gauche offre là-bas
  4. Courrier des lecteurs
  5. L’Aïd el Fitr de l’Opposition
  6. Démence meurtrière
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 72

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UN PEUPLE BRAS-CASSE

Il existe en journalisme une hiérarchie des rubriques, allant de pair avec une hiérarchie correspondante de l’espace alloué aux articles. Il est par ailleurs communément admis par les lecteurs comme par les rédacteurs que, par exemple, l’éditorial doit aborder un thème d’importance majeure, à même d’incarner les grandes lignes d’un programme politique sérieux, crédible, capable de recueillir le suffrage des (é)lecteurs. Dans cette logique militante, et quitte à s’imposer un retard, il nous avait semblé opportun de complètement coller à l’actualité en réservant cet espace aux réactions qu’aurait normalement dû provoquer de notre part le traditionnel discours du Chef de l’État en cette fête d’Aïd, en son palais ombrageux. Preuve s’il le fallait de l’estime dans laquelle nous tenons sa fonction, donc de notre attachement aux valeurs républicaines.

Las ! Et que le premier discoureur du pays n’en prenne pas ombrage : il n’y avait vraiment rien de sérieux à se mettre sous la dent. Sauf à l’imiter en écrivant du vide à propos d’un bide, la légèreté avec laquelle il a traité des sujets pourtant d’importance cruciale (Éducation Nationale, Santé et Emploi seraient des priorités du régime et justifieraient le déficit budgétaire), n’appelle pratiquement aucune réponse de notre part. tout juste pouvons-nous inviter nos citoyens à se faire leur propre opinion en se reportant aux propos présidentiels, en version originale de préférence.

Quant à nous, ayant plus important à faire que de remplir le vide ou d’occuper à tout prix un espace politique ou médiatique, intéressons-nous aux vrais problèmes et, comme l’y invite non sans humour un courrier des lecteurs (page 8), zappons !

Récemment donc, une connaissance à nous, vieil homme à la retraite de son état, et principalement musulman pratiquant, s’est rendu à l’Hôpital Peltier pour affaire le concernant. Au détour d’un couloir, notre vieil homme assiste, incrédule, à une scène surréaliste, qui en dit long sur les réelles non-priorités gouvernementales et sur l’état de délabrement avancé du service public en général et de l’Hôpital Général Peltier en particulier. Il y avait là un homme débarquant de sa brousse résidentielle, suite à une fracture au bras. Certes, la médecine traditionnelle l’aurait probablement soigné : quelques fractures ont été traitées avec succès depuis qu’Erectus est devenu Sapiens. Seulement voilà, notre broussard est un positiviste inconditionnel :il croit mordicus aux vertus libératrices et humanistes de la Science. Mais seulement revoilà : il en oublie par idéalisme que cette Science est parfois pratiquée par des hommes sans conscience… professionnelle. Et il l’apprit à ses dépens : la pose du plâtre salvateur avait un prix : 2000 FD. Et encore, tarif réduit pour bédouin nécessiteux.

Pléonasme : l’agropastoralisme version RPP ne faisant aucun miracle, un bédouin sans revenu par définition (et inutile de lire Le Capital pour le prouver) est forcément un nécessiteux au regard de ce mode de production capitaliste, même si la référence est passée de mode. Inutile de tourner autour du pot : il n’a pas les deux mille FD que lui impose, pour réparer son bras cassé, le dénuement dans lequel l’irresponsabilité gouvernementale a jeté les services de santé publique. Abrégeons sa douleur, car une fracture, ça fait mal : le voilà sauvé par la compassion humaine, prenant les traits de notre vieux retraité musulman pratiquant : c’est lui qui déboursera les 2000 FD demandés à notre bras cassé par trop perméable aux mirages d’un régime d’artifices. Notre vieil ami a tenu à nous en informer, non pas pour que nous le citions, il n’a pas besoin d’une publicité à si peu de frais. C’est juste pour montrer que comme ce malheureux bédouin, c’est tout le Peuple Djiboutien que ce régime irresponsable a transformé en bras-cassé. Pour combien de temps encore ?


Brèves nationales

Insalubrité durable :

Arhiba, la cité interdite ?

Si, à l’occasion des fêtes, les services techniques du district de Djibouti paraissent consentir un effort conséquent en assainissement et embellissement de notre Capitale, certains quartiers populaires demeurent désespérément des îlots d’insalubrité durable. Ainsi, la cité d’Arhiba construite à la fin des années 60, reste un triste exemple de la démission des services publics. Ce lotissement particulièrement dégradé, est pratiquement ceinturé par des canalisations d’eaux usées à ciel ouvert, et ce depuis quelques années. La station de refoulement fonctionne très rarement, faute de carburant parait-il. Enfin, le pire danger pour la santé des habitants provient de la montagne d’ordures située au nord de ce quartier, apparemment ignorée par la voirie urbaine.

Les pouvoirs publics semblent avoir progressé cette année dans le nettoyage et l’éclairage des principales artères ; ils doivent désormais s’attaquer d’urgence aux immondices qui s’accumulent dangereusement dans les quartiers populaires les plus peuplés et les plus négligés. Il y a là de quoi alimenter l’incinérateur, offert par les Américains, pour très longtemps, à condition que les camions-bennes accèdent à ces endroits oubliés de l’hygiène publique.

Visite présidentielle en Iran :

Coopération ou rééquilibrage diplomatique ?

Selon certaines sources, le Chef de l’État s’apprêterait à effectuer à la fin du mois une visite officielle en Iran, à la tête d’une forte délégation comprenant plusieurs ministres. Puissance politique et économique reconnue, la République Islamique d’Iran s’intéresse particulièrement à l’Afrique depuis plus d’une décennie. Elle apporte ainsi une assistance économique à plusieurs États africains avec lesquels elle entretient une coopération fructueuse. Seulement, les États-unis ayant diabolisé ce pays, peu de Chefs d’État de notre continent effectuent des visites officielles a Téhéran.

Pourtant, ce pays est une grande nation agricole et son industrie pétrochimique est particulièrement développée. Cette visite présidentielle apparaît donc de nature plus politique qu’économique. En plus de l’assistance économique qu’il ne manquera pas de solliciter, le Chef de l’État pourrait nouer à cette occasion des contacts politiques au moment où notre pays apparaît surtout comme une base occidentale, plaque tournante dans la lutte contre le terrorisme international. La coopération Sud-Sud n’est souvent qu’un slogan politique donnant l’illusion de s’affranchir de la pesante tutelle des grandes puissances en recherchant l’effet contraire : mieux se faire courtiser. Peu à l’aise parmi ses pairs arabes, le « numéro un djiboutien » cherche à tisser des liens avec d’autres pays musulmans : Iran, Malaisie et Turquie…

Tadjourah privée de médicaments :

Silence méprisant des autorités politiques

La fermeture de l’unique pharmacie privée de Tadjourah semble s’apparenter à une mesure politique destinée à punir la population frondeuse de la Ville-Blanche. Le régime continue d’ignorer la réprobation générale provoquée par cette décision arbitraire et injustifiée, ne concernant pas les pharmacies privées des autres districts. Certains cercles du pouvoir n’auraient toujours pas digéré leur échec politique dans cette ville et tenteraient de s’imposer maladroitement au moyen de pressions d’un autre âge. Les Tadjouriens n’ont pas la mémoire courte et sauront le moment venu se rappeler au bon souvenir d’une classe politique nuisible, ayant érigé les règlements de compte personnels en méthode de gouvernement.

Dans cette affaire, notre souci est d’affirmer notre solidarité avec les populations victimes de la mauvaise gouvernance et du mépris. Cette attitude déplaira forcément au sommet de l’État, mais nous n’en avons cure. Pendant ce temps, la Présidente de l’UNFD s’apprêterait à effectuer dans les prochains jours une visite à Tadjourah que sa cour prédit historique. Peut-être ne sait-elle rien de la fermeture de la pharmacie, ou ignore-t-elle tout de la pétition adressée par toute cette ville à la Présidence et à la Primature ? Ou, dans la pure ligne démagogique du régime, s’y rendra-t-elle plus prosaïquement pour y distribuer des médicaments…placebo bien sûr ?

Obock :

L’enclavement ne connaît pas la fête

L’Aïd-el-fitr est généralement l’occasion de déplacements et de retrouvailles familiales. Ainsi, les originaires des districts de l’Intérieur résidant dans la Capitale partent dans leurs villages ou campements célébrer la fête au sein de leurs familles restées là-bas. Depuis plusieurs années, les Obockois travaillant à Djibouti-ville n’ont plus cette chance et pour cause: leur district est totalement isolé et l’absence d’un moyen de transport fiable, rapide et régulier se fait cruellement sentir. De fait, il est pratiquement devenu impossible de se rendre dans ce district pour un court séjour : un week-end par exemple. Les transports en commun ne peuvent pas y accéder par route depuis la Capitale. La méchante piste reliant Tadjourah à Obock reste uniquement praticable pour les véhicules 4×4 en bon état. Il se passe parfois plusieurs jours sans qu’aucun véhicule n’emprunte cette voie qui demeure l’une des moins fréquentées de notre pays. Pourtant, le financement pour le bitumage de cet axe existerait depuis plus de deux ans. Le régime attendrait-il l’approche de l’élection présidentielle pour lancer les débuts des travaux ? Après la décentralisation par étapes, ainsi va également la réhabilitation par étapes, fruit de l’imagination du Chef de l’État, mais les Obockois ne sont pas dupes.

Ali-Sabieh :

Avant l’eau minérale, l’eau plate…

La ville d’Ali-Sabieh a souvent connu par le passé des pénuries d’eau potable : ces dernières années, l’approvisionnement s’est amélioré mais les problèmes resurgissent chaque été. Devant cette situation, les Assajogs restent prudents et sceptiques quant à la capacité des nouveaux forages à produire une eau potable suffisante à la consommation de la ville ainsi qu’à la commercialisation sous forme d’eau minérale. Quoi qu’il en soit, le régime semble décidé coûte que coûte à produire une eau minérale made in Ali-Sabieh et aurait déjà pour ce faire acquis la technologie nécessaire. Espérons que la future unité industrielle verra vraiment le jour tout comme nous espérons qu’elle profitera réellement à la population de ce district sans disparaître sous les griffes des oligarques rapaces de ce régime.

Djib-Télécom :

Vers une privatisation-maison ?

L’opérateur public Djib-Télécom a récemment changé de direction. Une nouvelle équipe composée de deux cadres expatriés est désormais à la tête de cet établissement public demeuré, malgré des hauts et des bas, un des fleurons de l’économie nationale. Les pouvoirs publics, laissent entendre à présent que les experts étrangers ont pour mission de redresser l’entreprise en vue d’une privatisation, programmée semble-t-il. Il y a quelques années, Djib-Télécom avait déjà privatisé certains de ses services comme le système de facturation informatisée concédé, parait-il, à un oligarque très, très proche du régime mais résidant dans la lointaine Amérique. Miracle de la mondialisation et d’Internet !

De là à prévoir que la suite de la privatisation intéressera au premier chef les milieux affairistes du pouvoir, il n’y a qu’un pas que le citoyen ordinaire ne manque pas de franchir. En effet, il y a bien longtemps que la notion d’intérêt public a pratiquement disparu de nos cieux, laissant place à la politique du ventre. Se servir d’abord, et surtout la part du lion…jusqu’à l’inévitable et dangereuse indigestion.

Saluons au moins le Directeur sortant, pour une gestion dont personne n’a contesté la rigueur. De même qu’il convient de saluer l’excellent travail de tous ses collaborateurs que le régime, en prétendant faire appel à des expatriés pour un redressement, semble accuser de mauvais rendement. Ingrat !

Djibouti-Mogadiscio :

A tout saigneur, tout honneur ?

Le Chef de l’État djiboutien et son homologue nommé à la conférence d’Arta se seraient-ils résolus à la real politique ? Dans leur gestion désastreuse du dossier de la réconciliation somalienne, ces deux compères ne sont pas à une contradiction près. Ainsi, notre médiateur régional aurait reçu la semaine dernière en sa résidence une importante délégation dirigée par Abdilkassim Salat Hassan, président du Gouvernement de transition, dont le mandat a théoriquement expiré depuis le mois d’août dernier. La visite du Président somalien ne constitue pas en soi un événement, puisqu’il réside périodiquement dans notre Capitale. Par contre, la présence dans sa délégation de ses nouveaux alliés du Conseil National du Salut Somalien est intéressante à plus d’un titre. Cette structure composée en effet de quelques grandes factions belligérantes, est présidée par Moussa Soudi Yalahow, un des plus puissants chefs de guerre, régnant sur plusieurs quartiers de Mogadiscio, et sur d’autres villes, dont Balad et Johar. Il y a deux ans, ses forces s’étaient illustrées en pilonnant à la roquette un hôtel de Mogadiscio où résidaient des membres du gouvernement, manquant de peu le premier ministre de l’époque, Ali Khalif Galleyd.

Pour sa part, le « numéro un djiboutien » ne manque pas de toupet : cynisme ou pragmatisme, quelques semaines après une tonitruante interview accordée à l’agence IRIN dans laquelle il disait tout le mal possible des seigneurs de guerre, le voilà revenu à de meilleurs sentiments, qui s’entretient cordialement de la paix et de la réconciliation avec leurs représentants. Enfin reconnus par celui-là même qui, du haut de la tribune des Nations Unies en septembre 1999, demandait leur traduction devant le Tribunal Pénal International, les « saigneurs » de guerre ainsi courtisés cesseront-ils désormais de faire couler le sang du Peuple somalien meurtri par toutes ces années de guerre civile ?

Puisse cette réconciliation en trompe-l’œil devenir réellement durable et s’étendre à tous les protagonistes du drame somalien.


La main droite confisque ici, la main gauche offre là-bas

A propos d’un « don présidentiel » au Somaliland

La fleur qui a poussé dans un dépotoir : ainsi pourrait-on qualifier le récent don de générateurs électriques dont, subitement, le Chef de l’État djiboutien a personnellement estimé vital et urgent de doter notre voisin somalilandais. En d’autres circonstances, nous nous serions félicités de ce qui aurait été la reconnaissance de facto d’un pays qui a largement démontré sa stabilité politique et son dynamisme économique. Mais, connaissant la nature profonde du régime djiboutien, et au vu de sa pratique gouvernementale caractérisée par le refus des règles de droit et par la spoliation des citoyens, ce don nous semble doublement stigmatisé puisqu’il prétend donner à un voisin non reconnu des biens qu’il confisque à ses propres citoyens.


Même si, pour des raisons bien compréhensibles, les médias gouvernementaux, sont restés discrets sur le sujet, le « don » de la République de Djibouti au Somaliland est d’une extrême importance : il s’agit de deux unités électrogènes d’une capacité totale de trois mégawatts. Le généreux « donateur » ? le Chef de l’État en personne, à en croire le journal gouvernemental La Nation qui n’hésite pas à parler tout simplement de générateurs « offerts par le Président de la République » : pourquoi feindre la modestie quand il n’y a aucune limite à la fanfaronnade ?

La seule nouveauté du geste mérite donc, à maints égards, que l’on s’y attarde. Pas seulement sur le fait que de principal bailleur de fonds national (agropastoralisme, santé, etc.), le « numéro un » djiboutien s’investisse aujourd’hui dans la coopération internationale. La destination de ce don (Le Somaliland envers lequel Djibouti a surtout manifesté beaucoup d’animosité), la qualité du généreux donateur (le Chef de l’État dont on ne sait s’il agit à titre personnel) ainsi que sa nature (deux unités électrogènes au coût exorbitant) justifient les quelques considérations qui suivent.

Le journal gouvernemental La Nation prétend restituer ce geste dans le contexte qui serait celui de notre voisin bénéficiaire : « Dans ce domaine, le secteur privé du Somaliland est peu étoffé. Du côté des pouvoirs publics, seul un générateur de 2,5 mégawatts est en service ». Même si l’on ne saisit pas très bien la référence au secteur privé du Somaliland, tous les observateurs s’accordent à reconnaître que ce dernier est nettement plus dynamique et florissant qu’à Djibouti.

Non seulement du fait de l’existence d’une importante diaspora d’affaires vivant dans les pays du Golfe, mais aussi parce que la corruption généralisée ne rackette pas les entrepreneurs privés du Somaliland. Toutefois, parce qu’il est parfaitement compréhensible qu’un pays n’ayant pratiquement aucune relation, a fortiori de coopération, avec le reste du monde, manifeste de réels besoins, le problème doit être abordé d’un point de vue diplomatique. Car, lorsque le journal gouvernemental La Nation s’autorise à écrire que « Ce don du Président s’inscrit dans le cadre du soutien de la République de Djibouti au Somaliland », on touche, en négatif, au fond du problème : ce dont le Somaliland a le plus besoin, c’est non pas d’un groupe électrogène quelle que soit son utilité, mais avant tout d’une reconnaissance internationale, à commencer celle des États voisins au premier rang desquels, pour d’évidentes raisons historiques, se trouve la République de Djibouti. Surtout que, au vu de sa remarquable stabilité, de nombreuses puissances seraient disposés à rapidement reconnaître le Somaliland… si ses voisins immédiats s’engageaient préalablement dans cette direction.

Or, au prétexte hypocrite de ne pas entériner la partition de l’ancienne République Démocratique de Somalie, Djibouti est le plus hostile État à toute reconnaissance du Somaliland sur la scène internationale : c’est pratiquement une sorte de « veto par proximité ». récemment encore, le Chef de l’État djiboutien parlait même d’une insécurité au Somaliland qui serait due selon lui à un intégrisme religieux que cette région n’a jamais connu de son histoire. Si cette reconnaissance internationale venait à se concrétiser, le Somaliland recevrait bien plus qu’un générateur électrique. Il mérite donc mieux que ce soudain « don électro-présidentiel ».

Lequel ne trompe personne sur sa réelle nature démagogique et électoraliste quand on sait que pour d’obscures raisons tenant à la défense d’intérêts commerciaux privés, le régime djiboutien avait sérieusement entravé la libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays, chose que même la colonisation française, au plus fort de la lutte indépendantiste en 1976, n’avait pas osé !

En second lieu, l’on veut nous faire croire qu’il s’agit d’un don du Chef de l’État Djiboutien. Concédons-lui au moins une chose : le déséquilibre entre les pouvoirs Exécutif, Législatif et Judiciaire, comme au sein de l’Exécutif, qu’il n’a pas vraiment contribué à atténuer, fait qu’effectivement, ce don relève de la seule initiative du seul responsable politique habilité à prendre des initiatives. A ce stade, il serait peut-être plus judicieux de parler de l’institutionnalisation des caprices présidentiels.

A tel point, l’on s’en souvient avec amusement, qu’un ministre dithyrambique ne s’est pas gêné pour présenter le don libyen d’une foreuse comme un cadeau personnel du Président Kadhafi à son homologue djiboutien. Quoi qu’il en soit, il nous semble impossible de prétendre qu’il s’agit bien d’un don présidentiel : la fiche de paye du supposé donateur privé n’expliquerait pas une telle générosité débordante. Car, selon nos estimations, le coût total de ces deux générateurs s’élèverait à environ 500 millions FD ! Tout tendrait plutôt à montrer, au contraire, qu’il s’agit bel et bien d’une partie de notre patrimoine commun dont le Chef de l’État a disposé sans aucune considération pour le fonctionnement normal d’un État de droit ni pour les rapports normaux entre dirigeants et citoyens.

D’une part, parce qu’une réelle coopération présuppose une reconnaissance mutuelle et relève ensuite du travail routinier des Affaires Étrangères, bénéficiant pour cela d’un budget lui-même préalablement soumis à l’appréciation souveraine de l’Assemblée Nationale. Il est permis de rêver en évoquant le circuit normal de toute démocratie digne de ce nom. D’autre part, s’il s’agit d’une acquisition nouvelle opérée pour la circonstance, il existe certainement d’autres priorités nationales en quête d’un tel financement de 500 millions FD. Somme qui correspond, les salariés du secteur public le savent douloureusement, à environ un mois d’arriérés de salaire de tous les fonctionnaires, conventionnés, militaires et policiers de la République de Djibouti.

Et si, c’est l’hypothèse la plus probable, il s’agit d’un matériel dont notre pays disposerait en surplus, toujours grâce à une générosité internationale accrue en ces temps de lutte antiterroriste, il aurait très bien pu trouver acquéreur sur les marchés internationaux et le recettes de sa vente auraient pu être affectés au financement de réelles priorités nationales. De la Santé publique à l’Éducation, en passant par l’agro pastoralisme et le développement des ressources en eau potable, du Nord au Sud, les urgences en manque de financement sont nombreuses.

Surtout quand l’on se souvient, par exemple, que pour financer l’achat d’un petit groupe électrogène au profit d’une zone affectée par le conflit comme Yoboki ou Randa, le régime a fait appel à la générosité internationale. Tandis qu’aucun groupe électrogène digne de ce nom n’est pour le moment installé dans une capitale régionale comme Obock, dont le coût serait nettement inférieur au plus petit véhicule 4×4 immatriculé A ou B.

L’Islam réprouve deux choses : le reniement de la parole donnée et l’utilisation de la main gauche pour certaines actions quotidiennes essentielles. Ce don présidentiel a malheureusement le tort de cumuler ces deux péchés. Car s’autoriser sur un simple caprice à faire un don aussi important au détriment de ses propres urgences nationales, c’est prétendre offrir de la main gauche ce qu’a confisqué la main droite.

En effet, la générosité internationale, même entre voisins que lient d’aussi importantes relations historiques, ne peut être crédible que si et seulement si les besoins nationaux ont été préalablement, identifiés, budgétisés (sur plusieurs années s’il le faut) et que des programmes visant à leur réalisation aient été mis en œuvre dans la plus grande transparence. 500 millions FD investis, sous quelque forme que ce soit, dans la générosité internationale, alors que les besoins primordiaux sont si patents et que l’aide extérieure des pays industrialisés ou pétroliers, ainsi que du système des Nations Unies est si souvent sollicitée dans les domaines aussi vitaux que la Santé ou l’Éducation, ce sont toujours 500 millions FD confisqués au Peuple djiboutien par un régime démagogique n’hésitant pas à brader les intérêts nationaux sur l’autel de sa pérennité.

Quand le riz généreusement offert par l’Inde est détourné aussi impunément, spoliant du même coup, surtout en période de Ramadan, tous les Djiboutiens nécessiteux, le don de ces générateurs, qui auraient certainement pu trouver un usage domestique, ne convainc vraiment personne quant à sa sincérité ou à son opportunité. Affecter ainsi à l’externe une portion aussi importante de notre patrimoine national au détriment des priorités internes, cela revient, d’un point de vue moral sinon religieux, à confisquer de la main droite. Double faute car, confisquer est mauvais et le faire de la main droite l’est encore plus. Dans le contexte d’une telle disqualification, auquel la pratique courante de ce régime de corruption généralisée n’apporte aucune circonstance atténuante, tout donne lieu d’estimer que c’est une main gauche qui a procédé à ce don. En Islam, il est interdit de tendre la main gauche.

Le Somaliland a besoin de beaucoup plus qu’un générateur électrique : il s’agit de reconnaître l’importance des liens historiques qui lient notre Peuple au sien. Ce n’est pas en creusant un trou que l’on bouche un autre trou : ce n’est pas en confisquant au Peuple Djiboutien que ce régime démagogique prétendra aider le Peuple Somalilandais. C’est lorsque l’on a balayé devant sa propre porte que l’on peut prétendre aider le voisin de palier : eu égard à l’intensité des liens historiques qui nous lient, la position de notre pays vis-à-vis du Somaliland mérite un réel débat national dépassionné, tenant compte des intérêts supérieurs de la Nation djiboutienne.


Courrier des lecteurs

PRIÈRE DE L’AÏD-EL-FITR : pourquoi j’ai zappé la secte présidentielle

En cette sainte occasion, le sermon de l’imam était vraiment historique. Imaginez : devant le Chef de l’État, ce saint homme martelait toutes les vertus de la Paix, au plan régional comme au niveau du village planétaire qu’est devenu le monde contemporain. Les oreilles d’un régime qui viole allègrement chaque accord de paix ont dû terriblement siffler en ce jour où le mensonge et l’hypocrisie ont la vie pénible. Mais le problème n’est pas là : je n’étais pas sur les lieux de ces saintes paroles, et c’est justement la raison pour laquelle je me permets de vous adresser ce petit courrier, en espérant que, malgré les délais de fabrication, vous aurez l’amabilité de l’insérer dans le numéro de demain.

Voilà, il se trouve que les actions barbares de quelques illuminés ont fâcheusement terni l’image de notre religion, à tel point que le commun des mortels croit à tort qu’il convient de s’inquiéter d’une islamisation de la politique. Tout au contraire, il me semble qu’il conviendrait plutôt de parler d’une dangereuse politisation de l’Islam, instrumentalisé par ceux qui veulent accéder au pouvoir ou le garder. Certes, notre religion n’a jamais établi la moindre distinction entre le politique et le religieux : les deux dimensions sont inextricablement liées dans la vie de la collectivité humaine.

De nos jours encore, en dépit des prétentions « laïcisantes » des prétendues démocraties, le Chef de l’Etat dans tous les régimes arabo-islamiques fait également office de « Commandeur des Croyants». La preuve, c’est justement qu’aucune prière de l’Aïd n’est concevable sans que ce dernier ne s’invite au premier rang des prieurs télévisés, et le contraire choquerait plutôt le commun de ses concitoyens.

Avec le Chef de l’Etat-Commandeur des Croyants, c’est aussi toute sa cour, sa secte qui s’invite au premier rang : toute l’équipe dirigeante et ses obligés prennent alors de facto la position du premier cercle des adeptes du Prophète (PSL). Et c’est justement ce qui me gêne dans le fait de prier en une telle compagnie. Je ne parle même pas de l’imposant dispositif militaire déployé pour assurer la sécurité de ces importants : il est bien loin le temps où l’ancien Chef de l’État allait remplir son devoir de l’Aïd en toute simplicité ! Il est en effet désagréable d’être sévèrement fouillé au corps et de prier avec un fusil dans le dos, victime potentielle d’une bavure : une fois, pour le principe, oui ; une deuxième fois par mimétisme mondain, cela deviendrait suicidaire ! Mais j’approuve totalement le retour à l’orthodoxie de la pratique du Prophète (PSL) qui consiste à prier en plein air à l’occasion des deux Aïd. Ce que je n’admets pas, c’est d’être obligé de prier derrière des gens passablement responsables des difficultés quotidiennes de mon existence ordinaire.

En effet, en ma qualité de citoyen, je suis condamné à subir leurs pratiques frauduleuses au terme desquelles les responsables politiques que j’ai choisis, comme la majorité des Djiboutiens, sont remplacés par des usurpateurs cooptés. En ma qualité de fonctionnaire souffrant de plusieurs mois d’arriérés de salaire à cause de la mauvaise gouvernance instaurée par ceux qui veulent m’obliger à prier avec et derrière eux, je ne peux même pas saisir le tribunal du contentieux administratif : « ils » en ont également bloqué le fonctionnement. En ma qualité de père de famille, j’assiste impuissant à la dégradation de notre système éducatif obérant dangereusement l’avenir de nos enfants. Enfin, mais la litanie n’est pas exhaustive, en ma qualité, de contribuable, j’aurais également beaucoup à dire et à redire à propos de l’affectation irrationnelle de l’argent que l’on me ponctionne, s’il y avait un minimum de transparence sur son parcours.

Tout cela, je l’accepte tant que mes compatriotes l’acceptent. Par contre, j’estime qu’il est de mon droit, le plus inaliénable, de choisir en compagnie de qui j’entends me prosterner devant Allah en cette sainte occasion. Et c’est pour cela que je parcours plusieurs kilomètres, afin de prier parmi le Peuple, loin de l’hypocrisie et du mensonge.

En ce jour saint de l’Aïd-el-fitr 2003, l’imam a été tout à fait inspiré en demandant aux fidèles de prier pour le Chef de l’État : une intervention divine est vraiment la bienvenue pour arracher notre pays aux griffes des rapaces en place. Mais, je l’ai déjà dit, je n’étais pas sur les lieux. Peut-être parce que, contrairement à certaines âmes pieuses comme l’imam ou Martin Luther King, je suis trop désabusé pour faire certains rêves de rédemption spontanée.

A.M.H


L’Aïd el Fitr de l’Opposition

La fête du Peuple pour le Peuple

Comme à son habitude, l’Union pour l’Alternance Démocratique a tenu à célébrer l’Aïd-el-fitr à la jonction des grands quartiers populaires, devant le siège de l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), à l’Avenue Nasser. Dans une ambiance festive et militante, les dirigeants de l’UAD ont souhaité une bonne et heureuse fête à la population djiboutienne, tout en abordant les principaux thèmes politiques de l’heure. De l’avis de tous les participants, cette journée fut un franc succès.


Venus de tous les coins de la Capitale, des milliers de militants de l’opposition ont convergé dès 8 heures du matin vers le lieu du meeting à l’Avenue Nasser, pour écouter les vœux de fête et les messages politiques de l’UAD. Arrivée vers 9h 30, la direction de l’UAD a aussitôt pris place à la tribune d’honneur, sous les vivats d’une foule enthousiaste. Après les traditionnels messages de vœux au Peuple Djiboutien, les interventions ont pris un tour éminemment politique. Plusieurs orateurs se sont succédé au micro, chacun fustigeant à sa manière la politique néfaste de ce régime et ses désastreuses conséquences sur les conditions de vie des citoyens. Égrenant la liste des méfaits et gâchis imputables à l’actuel mandat présidentiel, tous ont exhorté la population à se mobiliser en vue de défaire ce pouvoir sectaire et corrompu.

Les dirigeants de l’UAD ont particulièrement insisté, exemples à l’appui, sur l’absence d’un véritable État de droit, et la poursuite insensée de l’arbitraire et de la corruption, principales causes de la pauvreté dans laquelle se débattent les couches populaires. Évoquant les perspectives de lutte qui s’offrent à l’opposition, les intervenants n’ont pas caché qu’à l’avenir, les combats populaires devront s’intensifier pour venir à bout de ce pouvoir malfaisant et irresponsable. La récente affaire de contrebande de riz impliquant l’administration présidentielle est la meilleure preuve du mépris de l’intérêt général dans les hautes sphères du pouvoir. Ce détournement d’une aide alimentaire internationale destinée au Peuple Djiboutien est révélateur du climat de corruption entretenu par la classe dirigeante actuelle, se nourrissant de la prédation.

Dans ces conditions, aucun développement durable ne peut être mis en œuvre sous l’égide de ce pouvoir sans foi ni loi et incapable de s’amender.

Luttant résolument pour une alternance responsable, pour sauver notre pays, l’UAD a un programme politique alternatif proposant des solutions réalistes aux maux qui accablent notre Nation. Ce dernier point a été particulièrement développé par le Président pat intérim de l’UAD, M. Ismael Guedi Hared, Président de l’UDJ et parfait connaisseur des rouages de l’Etat. Après avoir dénoncé les multiples violations de l’accord de paix du 12 mai 2001 et le refus présidentiel de l’appliquer intégralement et honnêtement, le Président Guedi, dernier orateur a conclu en ces termes : « L’UAD dispose d’un programme de développement du pays. Ce programme que nous vous soumettrons très prochainement lorsque toutes les personnalités de l’UAD se rencontreront, ne contient aucune promesse irréalisable, mais il est établi sur la base des réalités nationales. Nous sommes persuadés que nos différentes propositions permettront de sortir notre pays de la léthargie, la corruption et d’autres maux essentiellement générés par l’incapacité et la nature irresponsable du régime RPP. »

A la fin du meeting, les dirigeants de l’UAD se sont rendus tous ensemble au domicile du Président Moussa Ahmed Idriss, afin de souhaiter bonne fête à cet éminent dirigeant de l’opposition, en ce jour béni de l’Aïd-el-Fitr. Manière affectueuse de rendre hommage à l’action politique d’un dirigeant politique qui reste un des plus grands hommes de notre pays.

Ainsi se terminait cette mémorable journée de retrouvailles, la première depuis les derniers grands meetings de l’UAD tenus au même endroit. C’était le 12 mai 2003, à l’occasion de la commémoration du second anniversaire de la paix définitive, journée au cours de laquelle l’opposition unie avait également vivement exigé la libération du Président Daher Ahmed Farah, qui était injustement incarcéré à ce moment-là. Si depuis lors, DAF a été libéré, notre exigence de l’application intégrale de l’accord de paix du 12 mai 2001 reste plus que jamais d’actualité.


Démence meurtrière

« Ce qui est incompréhensible, c’est que tout est compréhensible » disait Einstein. Pourtant, les récents attentats meurtriers à Ryad et Istanbul, non seulement heurtent notre conscience, mais échappent à notre entendement d’êtres humains.


Il ne suffit pas de condamner : aucun être humain sain d’esprit ne peut rester indifférent face à ces tueries aveugles et délibérées de civils innocents que le Pape a parfaitement raison de considérer comme un crime contre l’humanité. Bien sûr, il faut le combattre ! Parce que les actes de tout homme normal obéissent à la raison, à une raison, nous, et tout le monde, cherchons en vain une quelconque rationalité à ces comportements criminels qui ne font que desservir la « cause » qu’ils prétendent servir.

Face à ce que l’on considère être une agression caractérisée et injuste contre son pays, ou tout simplement son humanité, il est parfaitement compréhensible,même si ce n’est pas justifiable, que les membres d’organisations clandestines aient, faute d’autres moyens, recours à cette forme de résistance non conventionnelle communément appelée terrorisme, en s’attaquant sans discernement aux intérêts de l’agresseur.

C’est le cas en Palestine : aux territoires occupés depuis 1967 (Israël est né en 1948) et suite aux différentes guerres qui l’ont opposé à ses voisins arabes, s’ajoutent de manière continue, les colonies de peuplement d’immigrants venus de tous les coins du monde, les dénis de justice que sont les veto systématiques américains opposés aux condamnations d’Israël par le Conseil de Sécurité et aujourd’hui, comble de l’injustice, l’édification d’un mur séparant les Palestiniens des Palestiniens… au prétexte fallacieux de raisons sécuritaires.

Inutile de se voiler la face : nous l’avons dit et répété, la question palestinienne empoisonne les relations internationales car tous les conflits récurrents au Proche et au Moyen-Orient y plongent leurs racines. En effet, parce que suspectés par Israël de soutenir la résistance libanaise au Sud du Liban que l’État sioniste occupait pour sécuriser sa frontière Nord et y poursuivre les résistants… palestiniens, la Syrie et l’Iran figuraient et figurent toujours sur la liste des régimes à abattre par Tel-Aviv. Tant qu’il n’y sera pas trouvé une solution courageuse et honorable pour les deux parties, le reste du monde se trouvera d’une manière ou d’une autre impliqué dans les conflits qui déchirent cette région.

D’autre part, que certains Irakiens (avec ou sans le soutien de groupuscules transnationaux) s’attaquent en Irak et comme ils le peuvent à ceux qu’ils considèrent être les représentants des puissances occupantes, c’est banal et ce n’est pas un précédent ! Les États-unis d’Amérique (et leurs alliés) affirment d’ailleurs vouloir se retirer de l’Irak à très court terme, après avoir cédé le pouvoir (et la gestion des problèmes nés de cette occupation) à des démocrates irakiens. C’est une décision raisonnable, même si ce n’était pas le but, encore moins la justification de leur invasion (qui aura été la plus irréfléchie des expéditions militaires, au regard des coûts humain et financier par rapport à l’objectif à atteindre).

Par contre, ce qui est incompréhensible, insensé, injustifiable et doit être dénoncé et combattu comme telle, c’est cette démence qui revendique la tuerie d’innocents civils dans des pays stables. Le choix de ces pays ne doit rien au hasard : l’Arabie Saoudite est le plus ancien et le plus riche allié des Américains dans la région. A cheval entre l’Europe et l’Asie, la Turquie est membre de l’OTAN. Tous deux sont donc des alliés stratégiques de l’Occident. Et alors ? Si la nébuleuse terroriste cherche à déstabiliser tous les pays musulmans alliés ou proches de l’Occident, elle a du pain sur la planche et ne ferait que multiplier ses ennemis ! Qu’y gagnerait alors sa cause, si tant est qu’elle en ait une ?

Mais c’est surtout le choix des cibles qui en dit davantage sur la démence des commanditaires et exécutants de ces tueries : d’innocents civils toutes confessions confondues, et des synagogues. Toutes cibles pourtant explicitement considérées comme sacrées et inviolables par le Coran et l’Islam, dont ils prétendent lever l’étendard. Toutefois, cette démence n’étant pas née ex nihilo, nous restons persuadés que le meilleur moyen de la combattre et de s’en prémunir, c’est encore sa prévention par un traitement politique adéquat et juste des profondes injustices en cours au Proche et Moyen-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs.

Si elles ne sont pas à l’origine de cette démence, elles constituent la justification de ceux qui revendiquent cette folie meurtrière.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 71 du mercredi 19 novembre 2003

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Réalité numéro 71 du mercredi 19 novembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Soins sans médicaments : Tadjourah sous embargo sanitaire
  4. Lu dans Le Monde Diplomatique : Armes d’intoxication massives, mensonges d’État
  5. La fête loin du Peuple
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 71

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

FÊTE A CRÉDIT

Il y a une constante dans le mensonge gouvernemental relatif à la situation réelle dans notre pays. Les contrevérités sur la réalité politique, économique et sociale abondent dans les médias gouvernementaux qui font état d’une évolution positive dans la gestion des affaires publiques depuis la dernière fête du Ramadan jusqu’à aujourd’hui.

dans tous les domaines, l’échec de ce régime est pourtant patent.

Sur le plan politique: la limitation illégale des partis politiques à quatre a laissé la place à un multipartisme intégral qui a donné naissance à quatre partis d’opposition véritablement responsables face à une incohérente et boiteuse mouvance présidentielle. Les élections législatives du 10 janvier 2003 ont bien démontré le fossé qui sépare les tenants de l’immobilisme et les forces du progrès proposant une alternance responsable pour sauver notre pays de la régression et de la récession. Aujourd’hui, dix mois après le hold-up électoral, « l’assemblée nationale» reste uniquement composés de figurants cooptés dans le seul but de servir un seul homme tout en se servant : intérêt national, connais pas !

Sur le plan économique : ces figurants ont récemment voté sans considération pour l’intérêt national, la loi rectificative du Budget 2003. Par ailleurs, les dernières données du Ministère de l’Économie contredisent les discours officiels tendant à faire croire à une amélioration de la situation du pays. Pourtant, les derniers chiffres publiés montrent que rien qu’au mois de juin 2003, les réalisations du Budget de l’État accusaient un déficit cumulé supérieur à trois milliards de nos francs. En effet, les recettes de l’État n’ont pas pu combler des dépenses publiques toujours exponentielles du fait de l’importance démesurée accordée aux impératifs sécuritaires du régime.

Résultat : augmentation des ponctions fiscales au détriment des catégories sociales les plus défavorisées et répartition budgétaire au détriment des secteurs sociaux les plus prioritaires. Donc un endettement de l’État consécutif qui a des recours aux financements extérieurs, malgré la réévaluation à la hausse des multiples revenus financiers générés par les présences militaires extérieures dans un contexte de lutte contre le terrorisme. L’armée, la police et autres bras armés bénéficient de confortables enveloppes face à des ministères censés répondre aux besoins sociaux et sanitaires. Pourtant, les injections financières occasionnées par la présence des troupes étrangères sur notre sol semblent intervenir dans des domaines autres que ceux concernant nos conditions de vie.

Au chapitre social enfin : les fêtes passent et se ressemblent misérablement pour la majorité de la population qui a déjà d’énormes difficultés pour arrondir ses fins de mois. Si à la même époque l’an dernier, la France avait généreusement accepté de contribuer à éponger deux mois d’arriérés de salaire, le régime escompte encore cette année payer les arriérés restants grâce au matelas financier qu’il s’est constitué avec la complicité des locataires que sont les chercheurs de terroristes musulmans : France, États-unis, Allemagne, Espagne pour l’instant. Seulement, cette bouée de sauvetage occidentale est malheureusement lancée au profit d’un pouvoir structurellement en crise pour cause de malversations financières à grande échelle, lesquelles sont largement responsables de la pauvreté grandissante d’une importante frange de la population djiboutienne.

Dans ces conditions, les Djiboutiens seront peu enclins à croire aux discours révisionnistes et suffisants sur l’état de la Nation, dont ne manquera pas de les assommer le Chef de l’État habitué à de pareils exercices oratoires. L’Opposition regroupée au sein de l’UAD s’apprête quant à elle à fêter l’Aïd-el-fitr avec le Peuple à l’avenue Nasser. Ce sera une occasion supplémentaire de délivrer un message d’Espoir et de Vérité, mais aussi de procéder à une analyse sans complaisance du gâchis perpétré par ce régime insouciant et insatiable. Quoi qu’il en soit, l’UAD souhaite Bonne Fête à Toutes et à Tous.


Brèves nationales

Salubrité publique :

Vers la fin des feux de brousse…en ville ?

L’armée américaine stationnée à Djibouti vient de faire don d’un incinérateur destiné à être mis en service à la décharge publique de Douda. Laquelle décharge est normalement alimentée, faut-il le rappeler, par tous les détritus dont les services de la Voirie débarrassent quotidiennement la Capitale, seul espace du territoire national où s’applique la taxe sur les ordures ménagères. Il faut à présent espérer que les multiples feux allumés en ville par les particuliers diminueront, pour finalement cesser.

Pour contribuer à la cessation de ces feux de brousse en ville, facteur de pollution et risque d’incendie, les services techniques du district de Djibouti doivent désormais redoubler d’efforts dans l’enlèvement des ordures ; tâches dont elles sont loin de s’acquitter convenablement pour le moment. La Voirie devrait déjà commencer à mieux entretenir l’important parc de matériel d’entretien généreusement offert par d’autres donateurs, apparemment plus soucieux que le régime de notre salubrité publique.

Si les ordures ne s’amoncèlent plus, les occasions de les brûler se feront rares et notre Capitale aura un visage plus humain. La salubrité publique est l’affaire de tous, mais les pouvoirs publics doivent préalablement donner l’exemple en s’acquittant efficacement des tâches qui leur incombent. Souhaitons donc que le don de cet incinérateur ne connaîtra pas le même ridicule destin que le don de chasse-neige dont l’URSS avait autrefois glorieusement gratifié un pays africain. Contrairement à ces chasse-neige qui n’ont jamais pu prouver leur efficacité faute de neige, prions pour que notre Voirie ne sabote pas le fonctionnement de cet inestimable incinérateur en ne l’approvisionnant pas en combustible : sans ordures ramassées, point d’incinérateur !

Audiovisuel :

Djibnet a-t-elle inventé l’antenne jetable ?

De nombreux et modestes foyers djiboutiens ayant acquis l’antenne Djibnet pour 10.000 FD, suite à une publicité alléchante parue dans « La Nation», continuent à pester contre l’opérateur responsable de cette publicité mensongère et de ce recul devant son engagement à retransmettre un certain nombre de chaînes contre l’achat de cette antenne. Désormais en situation de monopole, le prestataire des services télévisuels, comptant déjà des milliers d’abonnés à son bouquet numérique, espère ainsi acquérir ce marché de clients dupés et privés de manière discourtoise de la réception des chaînes gratuites TV5 et CFI, en leur imposant de s’abonner, puisque l’antenne ne peut être restituée.

Certains clients particulièrement furieux de cette supercherie commerciale, menaceraient même de porter plainte pour abus de confiance, dol, publicité mensongère, etc., persuadés qu’ils sont que Djibnet les a abusivement privés de chaînes satellitaires pour les pousser à s’abonner à son bouquet numérique. Pour l’heure, l’opérateur ne semble pas prendre la mesure de cette contre-publicité pour l’image de sa boîte où le profit paraît roi et le client négligeable. Malgré la baisse de qualité de ses services, notamment avec les nombreux changements intempestifs de programme, les abonnés de son bouquet numérique à 7.000 FD/ mois craignent à leur tour d’être les prochaines victimes des sombres arrière-pensées commerciales de Djibnet.

Déjà, de nombreuses familles étrangères se seraient rabattues sur d’autres moyens de réception satellitaire, proposant une centaines de chaînes à des prix défiant toute concurrence. Après l’antenne jetable spoliant les foyers à revenu modeste, quel service payant et pas net faut-il craindre de ce monopole et de cette apparente impunité ? De toute évidence, le domaine économique semble aussi peu réglementé que la compétition électorale : à chacun ses fraudes !

Yoboki :

Réhabilitation-mensonge

La localité de Yoboki avait été particulièrement courtisée le mois dernier par le régime. Parmi les multiples promesses électoralistes figurait la reconstruction de seulement 150 logements sur un total beaucoup plus important, détruits lors du conflit en février 1992. L’euphorie des naïfs admirateurs du régime semble à présent retombée et pour cause : on ne parle plus officiellement que de 34 habitations à reconstruire. Des Yobokois mécontents et inquiets se demandent sur quels critères ce régime du mensonge et du favoritisme compte établir la liste des futurs bénéficiaires. Comme à Obock, cette liste risque d’être dressée de manière partisane et injuste.

La réhabilitation sabotée de Yoboki et des autres zones affectées par le conflit a pour origine la volonté présidentielle de transformer toutes les victimes civiles du conflit en mendiants virtuels quémandant ses faveurs personnels plutôt que de s’en remettre à une justice impersonnelle. Dans leur grande amertume, les Yobokois l’ont finalement compris, à l’instar des victimes civiles des autres districts. Seule une réelle réhabilitation, telle que contenue dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001, peut garantir une juste indemnisation à tous, sans distinction d’appartenance politique.

Commerce transfrontalier via Galafi :

Inquiétudes des transporteurs djiboutiens

La route Dikhil-Galafi, dont la réhabilitation a été bruyamment inaugurée le mois dernier, faisait travailler des dizaines de transporteurs djiboutiens vivant de ce trafic commercial en cherchant les commerçants éthiopiens depuis Galafi, puis les convoyant à la frontière avec leurs marchandises. Depuis la semaine dernière, les commerçants éthiopiens habitués de ce couloir routier, seraient empêchés d’entrer sur notre territoire, les autorités leur refusant l’octroi des laissez-passer de 10 jours auxquels ils avaient auparavant droit, puisque leurs noms et photographies étaient gardés dans un registre. Certaines sources policières prétendent même que des clandestins auraient pénétré sur le territoire national au moyen de ces laissez-passer provisoires uniquement délivrés aux commerçants en situation régulière.

S’il n’est pas exclu que des ripoux aient permis aux clandestins de se faufiler parmi les commerçants éthiopiens, la mesure actuelle s’apparente fort à une entrave abusive au commerce transfrontalier, pénalisant du même coup des djiboutiens importateurs ou transporteurs. Quoi qu’il en soit, la raison invoquée de la lutte contre l’immigration clandestine ne semble pas crédible et il y a tout lieu de penser qu’il s’agirait selon toute probabilité d’une mesure de rétorsion qui ne dit pas son nom et qui serait relative, selon des informations que nous développerons en temps utile, à la lutte menée par les autorités douanières éthiopiennes contre la contrebande…. de riz Affaire à suivre

Djibouti-Somalie :

La politique de l’autruche

Nous avions publié en primeur la semaine dernière un résumé du rapport du Groupe des Nations Unies chargé d’évaluer le potentiel terroriste à partir de Mogadiscio, suite à l’attentat de Mombassa, ainsi que l’obligatoire respect par les pays voisins (Djibouti, Kenya, Éthiopie et Yémen) de l’embargo onusien sur les ventes d’armes à destination de Bosaso et Mogadiscio. Voila que cette semaine le journal gouvernemental La Nation, qui avait préféré taire l’implication de notre pays, annonce l’arrivée d’une délégation du comité chargé de contrôler le respect de l’embargo sur les ventes d’armes à destination de la Somalie. Ce n’est pas un hasard si cette commission visite en ce moment notre pays. Comme ce n’est pas un hasard que la presse gouvernementale ait préféré passer sous silence les recommandations contenues dans ce rapport d’experts.

En voici des extraits : « Les gouvernements des États de première ligne et des pays voisins devraient déclarer leurs stocks d’armes (antiaériennes) au Groupe, et confirmer qu’ils contrôlent pleinement ces stocks. En principe, il faudrait aussi que les achats de ce type d’armes soient signalés au Groupe. On devrait demander instamment aux États de première ligne et aux pays voisins d’instituer des bureaux pour l’assistance aux sanctions sur leur territoire, avec l’aide d’organisations régionales et sous-régionales. Ce bureau aiderait les autorités nationales compétentes à contrôler et à faire respecter l’embargo sur les armes sur leurs territoires. »

Ou encore : «Le Groupe est favorable à la recommandation visant l’établissement d’une liste où seraient inscrits les personnes ou groupes qui fabriquent, vendent et achètent, constituent des arsenaux, transfèrent, possèdent, transportent, assurent et financent illégalement l’acquisition d’armes illicites, le but étant de proposer des mesures à prendre éventuellement contre ces violations. Les États Membres devraient par la suite veiller à demander des comptes à leurs nationaux ou résidents reconnus coupables de violations de l’embargo et de délits connexes.»

Enfin, comment ne pas avoir à l’esprit le dénouement en queue de poisson d’une affaire de faux billets qui a récemment défrayé la chronique locale en lisant la recommandation suivante : « Les pays et les sociétés qui impriment des billets de banque devraient tous cesser d’imprimer des shillings somaliens tant qu’un gouvernement légitime n’aura pas chargé une autorité de ladite impression. Les entreprises d’imprimerie, gouvernementales ou privées, devraient signaler au Comité du Conseil de Sécurité toute demande ou tentative visant l’impression de billets somaliens. Les stocks existants de shillings somaliens ou de Somaliland devraient être détruits.»


Soins sans médicaments : Tadjourah sous embargo sanitaire

Le ministère de la Santé Publique vient de prendre une initiative qui, si elle se réalise, constituera un important pas qualitatif dans la couverture médicale des districts de l’Intérieur. Il s’agit de la prochaine ouverture programmée d’une pharmacie communautaire dans chaque chef-lieu de district. Malheureusement, le refus de la concurrence loyale, caractéristique des magouilles électorales de ce régime, aurait-il gravement contaminé le domaine de la Santé ? C’est en tout cas ce que laisse à penser une récente mesure qui a soulevé l’indignation générale au sein de la population de Tadjourah : la fermeture sans justification par les autorités administratives de la seule pharmacie du district.


« Tadjourah : un district désenclavé » titrait cyniquement le journal gouvernemental La Nation dans une récente édition. Dans cet article élogieux, il s’agissait surtout de récupérer le travail d’autrui : la remise en état des pistes de cette région par l’Armée française. Par contre, ce journal passe inexplicablement sous silence un événement qui fait pourtant la une à Tadjourah depuis une semaine et qui scandalise toute sa population. Apparemment, la presse gouvernementale n’a pas encore entendu parler de décentralisation ni d’initiative locale. A moins que son correspondant dans ce district n’ait pas jugé utile de transmettre l’information à sa rédaction djiboutoise.

Quoi qu’il en soit, par une décision injustifiée, la pharmacie de Tadjourah a été tout simplement obligée de fermer ses portes. C’est que les habitants de cette région l’aimaient bien, leur pharmacie, et pour cause : la seule pour 7.000 kilomètres carrés, à 180 km à la ronde, les patients n’avaient pas à se rendre à Djibouti ville pour pouvoir acheter les médicaments prescrits par les docteurs du coin. Mais pharmacie est un bien grand mot : il s’agit en fait d’un simple dépôt privé approvisionné par une grande pharmacie privée de la Capitale.

C’est qu’il y avait un marché prometteur, alimenté, pourrait-on dire, par l’incompétence gouvernementale : la Santé n’étant une priorité du régime que sur le papier, cela fait bien longtemps que les quelques dispensaires des districts de l’Intérieur ne fournissent plus aucun médicament à leurs malades. C’est donc devant le constat de cette dramatique carence que cette antenne privée a été ouverte il y a quatre ans, comme à Dikhil. Pour vendre des médicaments rigoureusement sélectionnés uniquement sur présentation d’une ordonnance médicale, la société pharmaceutique privée a fait confiance à une personne au moins aussi compétente que tous les autres vendeurs des pharmacies de la Capitale et remarquablement secondée par une employée ayant déjà fait ses preuves ailleurs dans une autre pharmacie.

Voila donc qu’après avoir plutôt bien fonctionné quatre années durant et rendu d’inestimables services aux habitants de la région (le propriétaire-vendeur était tellement serviable qu’on pouvait le réveiller en pleine nuit pour acheter un médicament introuvable au dispensaire), ce dépôt est sommé de fermer. Mais, paradoxalement, aucune règle de procédure habituelle ne semble avoir été respectée dans cette affaire. En effet, le fournisseur, auquel devait également parvenir une notification d’interdiction aurait également dû être saisi. Si tout s’était passé dans la légalité, le grossiste-répartiteur aurait donc dû être avisé.

Plus gravement d’un point de vue politique, la population de Tadjourah dans son ensemble, avec toutes ses autorités traditionnelles en tête, ont adressé en début de semaine une vigoureuse pétition au Président de la République et à son Premier ministre. Ils y réclamaient que vive leur pharmacie dont ils dénonçaient la fermeture abusive, mettant en danger la vie de nombreux malades en situation d’urgence médicale. A l’heure où nous mettons sous presse, la Présidence n’a pas encore daigné leur répondre, certainement plus préoccupée à lutter contre la corruption avec l’efficacité que l’on sait .

Inutile de dire que ce refus d’accorder le moindre respect à une attente populaire tout à fait légitime, même si elle ne nous étonne absolument pas, a choqué plus d’un honnête citoyen dans la Ville-Blanche, qui n’est pas loin de se considérer comme victime de ses préférences partisanes : il est vrai que le vendeur de leur pharmacie est une éminente personnalité régionale de l’opposition.

Avec le refus d’initier la réhabilitation dans cette région dévastée par le conflit, la fermeture de l’unique pharmacie de Tadjourah n’est qu’une preuve supplémentaire de la terreur par laquelle ce régime impopulaire veut soumettre les citoyens à son diktat. Entre terreur et terrorisme, il n’y a pratiquement aucune différence, juste une infime nuance sémantique séparant le prédicat du substantif. Selon certains spécialistes de l’intimidation politique et de la fraude électorale, faire peur au Peuple serait le meilleur moyen de gouverner. A l’Histoire d’infliger un cinglant démenti.


Lu dans Le Monde Diplomatique : Armes d’intoxication massives, mensonges d’État

Au lendemain de l’attaque qui a coûté à vie à des soldats italiens basés à Nassiriyah, on entendait un ministre italien tranquillement expliquer que « ceux qui ont commis cet attentat sont les mêmes que ceux du 11 septembre». Dans le même temps, Antenne 2 diffusait un reportage donnant la parole à des GI’s américains. Si certains d’entre eux sidéraient par leur irresponsabilité, mention spéciale doit toutefois être faite de l’un d’eux, reconnaissant que si une puissance étrangère envahissait son pays, il aurait le même comportement de résistance que celui dont les Irakiens font preuve actuellement contre les forces de la coalition. Tout le problème est ainsi posé : des soldats qui n’ont rien demandé à personne sont sur un terrain extrêmement hostile à faire les frais des erreurs politiques de leurs responsables en difficulté intérieure. C’est pour mieux souligner toute la manipulation des esprits entourant cette croisade dont la lutte antiterroriste n’est qu’un prétexte, que nous vous proposons ci-dessous un article paru dans Le Monde Diplomatique de juillet 2003.


ARMES D’INTOXICATION MASSIVE :

Mensonges d’Etat

par Ignacio RAMONET

« Je préférerais mourir plutôt que proférer une inexactitude. » GEORGE WASHINGTON.

C’est l’histoire du voleur qui crie : « Au voleur ! » Comment pensez-vous que M. George W. Bush intitula le célèbre rapport d’accusation contre M. Saddam Hussein qu’il présenta le 12 septembre 2002 devant le Conseil de sécurité de l’ONU ? « Une décennie de mensonges et de défis ». Et qu’y affirmait-il en égrenant des « preuves » ? Un chapelet de mensonges ! L’Irak, disait-il en substance, entretient des liens étroits avec le réseau terroriste Al-Qaida et menace la sécurité des Etats-Unis parce qu’il possède des « armes de destruction massive » (ADM) – une expression terrifiante forgée par ses conseillers en communication. Trois mois après la victoire des forces américaines (et de leurs supplétifs britanniques) en Mésopotamie, nous savons que ces affirmations, dont nous avions mis en doute le bien-fondé, étaient fausses.

Il est de plus en plus évident que l’administration américaine a manipulé les renseignements sur les ADM. L’équipe de 1.400 inspecteurs de l’Iraq Survey Group que dirige le général Dayton n’a toujours pas trouvé l’ombre du début d’une preuve. Et nous commençons à découvrir que, au moment même où M. Bush lançait de telles accusations, il avait déjà reçu des rapports de ses services d’intelligence démontrant que tout cela était faux. Selon Mme Jane Harman, représentante démocrate de Californie, nous serions en présence de « la plus grande manoeuvre d’intoxication de tous les temps». Pour la première fois de son histoire, l’Amérique s’interroge sur les vraies raisons d’une guerre, alors que le conflit est terminé…

Dans cette gigantesque manipulation, une officine secrète au sein du Pentagone, le Bureau des plans spéciaux (Office of Special Plans, OSP) a joué un rôle venimeux. Révélé par M. Seymour M. Hersh, dans un article publié par le New Yorker, le 6 mai 2003, l’OSP a été créé après le 11 septembre 2001 par M. Paul Wolfowitz, le numéro deux du département de la défense. Dirigé par un « faucon » convaincu, M. Abram Shulsky, ce Bureau a pour mission de trier les données recueillies par les différentes agences de renseignement (CIA, DIA, NSA), afin d’établir des synthèses et les remettre au gouvernement.

Se fondant sur des témoignages d’exilés proches du Congrès national irakien (organisation financée par le Pentagone) et de son président, le très contestable Ahmed Chalabi, l’OSP a énormément gonflé la menace des armes de destruction massive ainsi que les liens entre M. Saddam Hussein et Al-Qaida. Scandalisé par ces manipulations, et s’exprimant sous le nom de Veteran Intelligence Professionals for Sanity, un groupe anonyme d’anciens experts de la CIA et du département d’Etat a affirmé le 29 mai, dans un mémorandum adressé au président Bush, que dans le passé des renseignements avaient « déjà été faussés pour des raisons politiques, mais jamais de façon aussi systématique pour tromper nos représentants élus afin d’autoriser une guerre ».

M. Colin Powell a été lui-même manipulé. Et joue désormais son avenir politique. Il aurait résisté aux pressions de la Maison Blanche et du Pentagone pour diffuser les informations les plus contestables. Avant son fameux discours du 5 février 2003 devant le Conseil de sécurité, M. Powell a tenu à lire le brouillon préparé par M. Lewis Libby, directeur du cabinet du vice-président Richard Cheney. Il contenait des informations tellement douteuses que M. Powell aurait piqué une colère, jeté les feuilles en l’air et déclaré : « Je ne vais pas lire cela. C’est de la m….»

Finalement, le secrétaire d’Etat exigera que M. George Tenet, le directeur de la CIA, soit assis bien en vue derrière lui, le 5 février, et partage la responsabilité de ce qui fut dit. Dans un entretien au magazine Vanity Fair, publié le 30 mai, M. Wolfowitz a reconnu le mensonge d’État. Il a avoué que la décision de mettre en avant la menace des ADM pour justifier une guerre préventive contre l’Irak avait été adoptée « pour des raisons bureaucratiques ». « Nous nous sommes entendus sur un point, a-t-il précisé, les armes de destruction massive, parce que c’était le seul argument sur lequel tout le monde pouvait tomber d’accord. »

Le président des États-unis a donc menti. Cherchant désespérément un casus belli pour contourner l’ONU et rallier à son projet de conquête de l’Irak quelques complices (Royaume-Uni, Espagne), M. Bush n’a pas hésité à fabriquer l’un des plus grands mensonges d’État.

Il n’a pas été le seul. Devant la Chambre des communes à Londres, le 24 septembre 2002, son allié Anthony Blair, premier ministre britannique, affirmait : « L’Irak possède des armes chimiques et biologiques. (…) Ses missiles peuvent être déployés en 45 minutes. » De son côté, dans son intervention devant le Conseil de sécurité, M. Powell déclarait: « Saddam Hussein a entrepris des recherches sur des douzaines d’agents biologiques provoquant des maladies telles que la gangrène gazeuse, la peste, le typhus, le choléra, la variole et la fièvre hémorragique. » « Nous croyons que Saddam Hussein a, en fait, reconstitué des armes nucléaires», soutenait enfin le vice-président Cheney en mars 2003 à la veille de la guerre.

Au cours d’innombrables déclarations, le président Bush a martelé les mêmes accusations. Dans un discours radiodiffusé à la nation, le 8 février 2003, il allait jusqu’à apporter les faux détails suivants : « L’Irak a envoyé des experts en explosifs et en fabrication de faux papiers travailler avec Al-Qaida. Il a aussi dispensé à Al-Qaida un entraînement aux armes biologiques et chimiques. Un agent d’Al-Qaida a été envoyé en Irak à plusieurs reprises à la fin des années 1990 pour aider Bagdad à acquérir des poisons et des gaz. »

Reprises et amplifiées par les grands médias bellicistes transformés en organes de propagande, toutes ces dénonciations ont été répétées ad nauseam par les réseaux de télévision Fox News, CNN et MSNC, la chaîne de radio Clear Channel (1 225 stations aux États-unis) et même des journaux prestigieux comme le Washington Post ou le Wall Street Journal. A travers le monde, ces accusations mensongères ont constitué l’argument principal de tous les va-t-en-guerre. En France, par exemple, elles furent reprises sans vergogne par des personnalités comme Pierre Lelouche, Bernard Kouchner, Yves Roucaute, Pascal Bruckner, Guy Millière, André Glucksmann, Alain Finkielkraut, Pierre Rigoulot, etc.

Les accusations furent également répétées par tous les alliés de M. Bush. A commencer par le plus zélé d’entre eux, M. José Maria Aznar, président du gouvernement espagnol, qui, aux Cortés de Madrid, le 5 février 2003, certifiait : « Nous savons tous que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive. (…) Nous savons tous également qu’il détient des armes chimiques. » Quelques jours auparavant, le 30 janvier, exécutant une commande formulée par M. Bush, M. Aznar avait rédigé une déclaration de soutien aux États-unis, la « Lettre des Huit », signée entre autres par MM. Blair, Silvio Berlusconi et Vaclav Havel. Ils y affirmaient que « le régime irakien et ses armes de destruction massive représentent une menace pour la sécurité mondiale ».

Ainsi, pendant plus de six mois, pour justifier une guerre préventive dont ni les Nations unies ni l’opinion mondiale ne voulaient, une véritable machine de propagande et d’intoxication pilotée par la secte doctrinaire qui entoure M. Bush a répandu des mensonges d’Etat avec une outrecuidance propre aux régimes les plus détestés du XXe siècle.

Ils s’inscrivent dans une longue tradition de mensonges d’Etat qui jalonne l’histoire des États-unis. L’un des plus cyniques concerne la destruction du cuirassé américain Maine dans la baie de La Havane en 1898, qui servit de prétexte à l’entrée en guerre des États-unis contre l’Espagne et à l’annexion de Cuba, Porto Rico, les Philippines et l’île de Guam.

Le soir du 15 février 1898, vers 21 h 40, le Maine fut en effet victime d’une violente explosion. Le navire sombra dans la rade de La Havane et 260 hommes périrent. Immédiatement, la presse populaire accusa les Espagnols d’avoir placé une mine sous la coque du navire et dénonça leur barbarie, leurs « camps de la mort » et même leur pratique de l’anthropophagie…

Deux patrons de presse allaient rivaliser dans la recherche du sensationnel : Joseph Pulitzer, du World, et surtout William Randolph Hearst, du New York Journal. Cette campagne reçut le soutien intéressé des hommes d’affaires américains qui avaient beaucoup investi à Cuba et rêvaient d’en évincer l’Espagne. Mais le public ne manifestait guère d’intérêt. Les journalistes non plus d’ailleurs. En janvier 1898, le dessinateur du New York Journal, Frederick Remington, écrivit de La Havane à son patron : « Il n’y a pas de guerre ici, je demande à être rappelé. » Hearst lui câbla en réponse : « Restez. Fournissez les dessins, je vous fournis la guerre. » Survint alors l’explosion du Maine. Hearst monta une violente campagne comme on le voit dans Citizen Kane, le film d’Orson Welles (1941).

Pendant plusieurs semaines, jour après jour, il consacra plusieurs pages de ses journaux à l’affaire du Maine et réclama vengeance en répétant inlassablement : « Remember the Maine! In Hell with Spain » (Souvenez-vous du Maine ! En enfer l’Espagne !). Tous les autres journaux suivirent. La diffusion du New York Journal passa d’abord de 30 000 exemplaires à 400 000, puis franchit régulièrement le million d’exemplaires ! L’opinion publique était chauffée à blanc. L’atmosphère devint hallucinante. Pressé de partout, le président William McKinley déclara la guerre à Madrid le 25 avril 1898. Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête sur la destruction du Maine devait conclure à une explosion accidentelle dans la salle des machines…

Manipulation des esprits. En 1960, en pleine guerre froide, la Central Intelligence Agency (CIA) diffusa auprès de quelques journalistes des « documents confidentiels » démontrant que les Soviétiques étaient en passe de remporter la course aux armements. Immédiatement, les grands médias commencèrent à faire pression sur les candidats à la présidence et à réclamer à cor et à cri une substantielle augmentation des crédits de la défense. Harcelé, John F. Kennedy promit de consacrer des milliards de dollars à la relance du programme de construction de missiles balistiques de croisière (the missile gap).

Ce que souhaitaient non seulement la CIA, mais tout le complexe militaro-industriel. Une fois élu et le programme voté, Kennedy devait découvrir que la supériorité militaire des Etats-Unis sur l’Union soviétique était écrasante… En 1964, deux destroyers déclarent avoir été attaqués dans le golfe du Tonkin par des torpilles nord-vietnamiennes. Aussitôt, la télévision, la presse en font une affaire nationale. Crient à l’humiliation. Réclament des représailles.

Le président Lyndon B. Johnson prend prétexte de ces attaques pour lancer des bombardements de représailles contre le Nord-Vietnam. Il réclame du Congrès une résolution qui va lui permettre, dans les faits, d’engager l’armée américaine. La guerre du Vietnam commençait ainsi, qui ne devait s’achever – par une défaite – qu’en 1975. On apprendra plus tard, de la bouche même des équipages des deux destroyers, que l’attaque dans le golfe du Tonkin était une pure invention…

Même scénario avec le président Ronald Reagan. En 1985, il décrète soudain l’« urgence nationale » en raison de la « menace nicaraguayenne » que représenteraient les sandinistes au pouvoir à Managua, pourtant élus démocratiquement en novembre 1984 et qui respectaient à la fois les libertés politiques et la liberté d’expression. « Le Nicaragua, affirme cependant M. Reagan, est à deux jours de voiture de Harlingen, Texas. Nous sommes en danger ! » Le secrétaire d’État George Schultz affirme devant le Congrès : « Le Nicaragua est un cancer qui s’insinue dans notre territoire, il applique les doctrines de Mein Kampf et menace de prendre le contrôle de tout l’hémisphère … » Ces mensonges vont justifier l’aide massive à la guérilla antisandiniste, la Contra, et déboucheront sur le scandale de l’Irangate.

On ne s’étendra pas sur les mensonges de la guerre du Golfe en 1991, largement analysés et demeurés dans les mémoires comme des paradigmes du bourrage de crâne moderne. Des informations constamment répétées – comme « L’Irak, quatrième armée du monde », « le pillage des couveuses de la maternité de Koweït », « la ligne défensive inexpugnable», « les frappes chirurgicales », « l’efficacité des Patriot », etc. – se révélèrent totalement fausses.

Depuis la victoire controversée de M. Bush à l’élection présidentielle de novembre 2000, la manipulation de l’opinion publique est devenue une préoccupation centrale de la nouvelle administration. Après les odieux attentats du 11 septembre 2001, cela s’est transformé en véritable obsession. M. Michael K. Deaver, ami de M. Rumsfeld et spécialiste de la psy-war, la « guerre psychologique », résume ainsi le nouvel objectif : « La stratégie militaire doit désormais être pensée en fonction de la couverture télévisuelle [car] si l’opinion publique est avec vous, rien ne peut vous résister ; sans elle, le pouvoir est impuissant. »

Dès le début de la guerre contre l’Afghanistan, en coordination avec le gouvernement britannique, des centres d’information sur la coalition furent donc créés à Islamabad, Londres et Washington. Authentiques officines de propagande, elles ont été imaginées par Karen Hugues, conseillère médias de M. Bush, et surtout par Alistair Campbell, le très puissant gourou de M. Blair pour tout ce qui concerne l’image politique. Un porte-parole de la Maison Blanche expliquait ainsi leur fonction : « Les chaînes en continu diffusent des informations 24 heures sur 24 ; eh bien, ces centres leur fourniront des informations 24 heures par jour, tous les jours…»

Le 20 février 2002, le New York Times dévoilait le plus pharamineux projet de manipulation des esprits. Pour conduire la « guerre de l’information », le Pentagone, obéissant à des consignes de M. Rumsfeld et du sous-secrétaire d’État à la défense, M. Douglas Feith, avait créé secrètement et placé sous la direction d’un général de l’armée de l’air, Simon Worden, un ténébreux Office de l’influence stratégique (OIS), avec pour mission de diffuser de fausses informations servant la cause des États-unis. L’OIS était autorisé à pratiquer la désinformation, en particulier à l’égard des médias étrangers.

Le quotidien new-yorkais précisait que l’OIS avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe et qui avait mis au point la fausse déclaration de l’« infirmière » koweïtienne affirmant avoir vu les soldats irakiens piller la maternité de l’hôpital de Koweït et « arracher les nourrissons des couveuses et les tuer sans pitié en les jetant par terre ».Ce témoignage avait été décisif pour convaincre les membres du Congrès de voter en faveur de la guerre…

Officiellement dissous après les révélations de la presse, l’OIS est certainement demeuré actif. Comment expliquer sinon quelques-unes des plus grossières manipulations de la récente guerre d’Irak ? En particulier l’énorme mensonge concernant la spectaculaire libération de la soldate Jessica Lynch.

On se souvient que, début avril 2003, les grands médias américains diffusèrent avec un luxe impressionnant de détails son histoire. Jessica Lynch faisait partie des dix soldats américains capturés par les forces irakiennes. Tombée dans une embuscade le 23 mars, elle avait résisté jusqu’à la fin, tirant sur ses attaquants jusqu’à épuiser ses munitions. Elle fut finalement blessée par balle, poignardée, ficelée et conduite dans un hôpital en territoire ennemi, à Nassiriya. Là, elle fut battue et maltraitée par un officier irakien. Une semaine plus tard, des unités d’élite américaines parvenaient à la libérer au cours d’une opération surprise.

Malgré la résistance des gardes irakiens, les commandos parvinrent à pénétrer dans l’hôpital, à s’emparer de Jessica et à la ramener en hélicoptère au Koweït. Le soir même, le président Bush annonça à la nation, depuis la Maison Blanche, la libération de Jessica Lynch. Huit jours plus tard, le Pentagone remettait aux médias une bande vidéo tournée pendant l’exploit avec des scènes dignes des meilleurs films de guerre. Mais le conflit d’Irak s’acheva le 9 avril, et un certain nombre de journalistes – en particulier ceux du Los Angeles Times, du Toronto Star, d’El País et de la chaîne BBC World – se rendirent à Nassiriya pour vérifier la version du Pentagone sur la libération de Jessica. Ils allaient tomber de haut.

Selon leur enquête auprès des médecins irakiens qui avaient soigné la jeune fille – et confirmée par les docteurs américains l’ayant auscultée après sa délivrance -, les blessures de Jessica (une jambe et un bras fracturés, une cheville déboîtée) n’étaient pas dues à des tirs d’armes à feu, mais simplement provoquées par l’accident du camion dans lequel elle voyageait…

Elle n’avait pas non plus été maltraitée. Au contraire, les médecins avaient tout fait pour bien la soigner: « Elle avait perdu beaucoup de sang, a raconté le docteur Saad Abdul Razak, et nous avons dû lui faire une transfusion. Heureusement des membres de ma famille ont le même groupe sanguin qu’elle : O positif. Et nous avons pu obtenir du sang en quantité suffisante. Son pouls battait à 140 quand elle est arrivée ici. Je pense que nous lui avons sauvé la vie»

En assumant des risques insensés, ces médecins tentèrent de prendre contact avec l’armée américaine pour lui restituer Jessica. Deux jours avant l’intervention des commandos spéciaux, ils avaient même conduit en ambulance leur patiente à proximité des lignes américaines. Mais les Américains ouvrirent le feu sur eux et faillirent tuer leur propre héroïne…

L’arrivée avant le lever du jour, le 2 avril, des commandos spéciaux équipés d’une impressionnante panoplie d’armes sophistiquées surprit le personnel de l’hôpital. Depuis deux jours, les médecins avaient informé les forces américaines que l’armée irakienne s’était retirée et que Jessica les attendait…

Le docteur Anmar Ouday a raconté la scène à John Kampfner de la BBC : « C’était comme dans un film de Hollywood. Il n’y avait aucun soldat irakien, mais les forces spéciales américaines faisaient usage de leurs armes. Ils tiraient à blanc et on entendait des explosions. Ils criaient : « Go ! Go! Go ! » L’attaque contre l’hôpital, c’était une sorte de show, ou un film d’action avec Sylvester Stallone . »

Les scènes furent enregistrées avec une caméra à vision nocturne par un ancien assistant de Ridley Scott dans le film La Chute du faucon noir (2001). Selon Robert Scheer, du Los Angeles Times, ces images furent ensuite envoyées, pour montage, au commandement central de l’armée américaine, au Qatar, et une fois supervisées par le Pentagone, diffusées dans le monde entier. L’histoire de la libération de Jessica Lynch restera dans les annales de la propagande de guerre. Aux États-unis, elle sera peut-être considérée comme le moment le plus héroïque de ce conflit. Même s’il est prouvé qu’il s’agit d’une invention aussi fausse que les « armes de destruction massive » détenues par M. Saddam Hussein ou que les liens entre l’ancien régime irakien et Al-Qaida.

Ivres de pouvoir, M. Bush et son entourage ont trompé les citoyens américains et l’opinion publique mondiale. Leurs mensonges constituent, selon le professeur Paul Krugman, « le pire scandale de l’histoire politique des États-unis, pire que le Watergate, pire que l’Irangate».

Le Monde Diplomatique. Juillet 2003


La fête loin du Peuple

Manie sécuritaire et crainte du Peuple

Le mois béni du Ramadan tire à sa fin, conclu par l’Aïd-el-fitr marquant la rupture du jeûne. Il est célébré dans tout le monde musulman par toutes les couches sociales de différentes manières. Alors que l’UAD invite le Peuple à fêter avec elle cette sainte journée, il est remarquable que le régime mal élu s’enferme à l’occasion dans une garden-party à huis clos, entre privilégiés.


On se souvient qu’avant l’Indépendance, les partis politiques de l’époque célébraient les deux Aïds en mobilisant leurs partisans devant leurs sièges centraux. Dans une atmosphère bon enfant, ils sensibilisaient leurs militants en les maintenant mobilisés pour l’action politique pacifique. Ainsi, l’administration coloniale comme les partis politiques jaugeaient les rapports de force politique et leur popularité.

Plus près de nous, jusqu’en 1992, le premier Chef de l’État et le gouvernement au grand complet se déplaçaient comme un seul homme pour tenir un meeting populaire devant le siège central du parti unique. Après quoi, le Chef de l’État organisait une réception en son palais à l’attention du corps diplomatique et de quelques cadres présélectionnés. Sous le précédent mandat présidentiel, le Peuple était au moins associé à la fête et les apparences étaient ainsi sauvés. . Autre temps, autre méthode, autres mœurs ! L’on assiste depuis cinq ans à un rituel qui en dit long sur le mépris du régime à l’endroit du peuple devenu quantité négligeable.

Inutile de s’étaler sur les incalculables sorties de l’actuel Chef de l’État qui, à défaut de déplacer les foules, mobilise un incroyable cortège de véhicules blindés et de gardes du corps plutôt nerveux que vigilants, même pendant les séances de prière collective. Tout cela est risible et pathétique. Mais ce qui attire notre attention, et il est loisible à tout un chacun de l’observer, l’actuel Chef de l’État a une façon bien particulière et privée de fêter ces importants événements annuels. Fuyant le contact populaire auquel s’astreignait son prédécesseur, il préfère discourir dans les jardins de la Présidence devant un parterre d’invités triés sur le volet.

S’il est normal qu’un minimum de service d’ordre et de sécurité soit assurés autour de la personne et du lieu de visite de notre illustre personnage, les riverains de la grande place face à l’Hôpital Peltier où a lieu la prière de l’Aïd sont nombreux à se plaindre des tracasseries de la Garde présidentielle, allant jusqu’à la fouille au corps imposée à tous les croyants venus s’acquitter de leur devoir religieux. A défaut de déplacer les foules pour les informer de la marche du pays, il cède à la facilité en s’imposant dans les foyers par médias interposés, proférant de flagrantes contrevérités lors d’insipides causeries.

Enfin, aucun citoyen ne peut s’empêcher de dénoncer cette paranoïa sécuritaire qui conduit par exemple à la privatisation de l’espace public puisque la route de l’Escale est fermée à la circulation automobile, obligeant les usagers à un détour par le Port et la route de Venise, alors que l’impétrant n’y réside pas. Tout cela nous démontre s’il en était besoin que ce régime et ses représentants sont totalement coupés d’un Peuple exaspéré, qui ne les a pas choisis.

Quant à l’UAD, comme à son habitude depuis sa naissance, elle célèbrera l’Aïd avec son Peuple qu’elle entend retrouver, malgré toutes les fraudes instituées, pour faire le point avec lui de la situation réelle et peu enviable de notre pays, sous le joug de ce régime irresponsable.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 70 du mercredi 12 novembre 2003

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Réalité numéro 70 du mercredi 12 novembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Coopération internationale : palliatif ou levier ?
  4. Somaliland : Une reconnaissance sabotée
  5. Djibouti-Mogadiscio, via Al Qaïda
  6. Combien coûte la Paix ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 70

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

VOL AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON

Au moment où nous révélons un détournement de l’aide alimentaire perpétré au sommet de l’État djiboutien, il n’est absolument pas étonnant que la presse gouvernementale ait préféré passer sous silence un événement que Kofi Annan qualifie pourtant de « tournant décisif » : il s’agit de l’adoption par l’Assemblée Générale de la Convention des Nations Unies contre la corruption. « A l’avenir, les fonctionnaires et autres responsables politiques auront plus de mal à dissimuler leurs gains illicites. C’est particulièrement important pour de nombreux pays en développement où de hauts responsables ont pillé les richesses nationales et où les nouvelles autorités ont grand besoin de ressources pour la reconstruction et la remise sur pied de la société » commentait même, euphorique, le Secrétaire général de l’ONU. Ceci expliquant peut-être cela, il convient donc de relier la récente contrebande gouvernementale du riz indien et le refus tout aussi gouvernemental d’une réelle reconstruction du pays après une décennie de conflit civil.

Mais le problème n’est pas là : en attendant un miracle de ce nouvel instrument international de lutte contre la corruption, nationale ou transnationale, il s’agit de s’interroger sur l’impact d’une telle dénonciation. Car, en politique comme ailleurs, il faut éviter l’erreur consistant à surestimer l’impact du coup porté à l’adversaire. En l’espèce, quelles pourraient bien être les retombées de ce scoop ? Plus précisément, quel serait le vecteur de translation entre la médiatisation d’un délit et ses conséquences, tant politiques que judiciaires ?

Pour y répondre, il faut avoir au préalable clairement posé le problème : s’agit-il vraiment d’un scoop ? Non : ce qui généralement surpris nos lecteurs, ce n’est pas que la Présidence ait été impliquée dans ce détournement d’une aide alimentaire. Nul n’est ici assez naïf pour croire qu’il n’y a jamais eu de corruption à Djibouti : les richesses ex nihilo de certains dignitaires du régime sont là pour démontrer qu’il s’agit bien d’une pratique courante.

Non, ce qui a étonné nos lecteurs et concitoyens, c’est surtout le fait que nous ayons osé évoquer ce délit. Car, la banalité de la corruption renvoie à une impunité qui traduit tout un ensemble de dysfonctionnements institutionnels, au premier rang desquels il convient de placer ceux de l’appareil judiciaire. Tout le paradoxe de la situation djiboutienne est donc là, montrant dans toute son absurdité l’absence d’un État de droit : le soupçon, ou l’accusation, de vol suppose qu’il y ait possibilité, pour ne pas dire obligation, de poursuites judiciaires. Il faut donc qu’une Morale, incarnée par le Droit, soit en vigueur pour qu’une pratique délictueuse se transforme en scandale politique puis en affaire judiciaire. Le silence petit du régime au sujet du détournement de l’aide alimentaire indienne par l’administration présidentielle montre ainsi toute la virtuelle étendue comme toutes les réelles limites, que nous avons souvent évoquées, de la démocratie version RPP : cause toujours !

Dans ces conditions, il est absolument improbable que ce délit soit d’une quelconque manière sanctionnée : quand elle est grosse, comme pour la Tour Eiffel, il faut une certaine distance pour appréhender la corruption. Or, dans cette affaire, les ramifications sont de toute évidence trop nombreuses pour qu’un simple fusible soit sacrifié. L’inertie institutionnelle est la parade par excellence des régimes menacés et fragiles. Mais déjà une certitude : la République de Djibouti ratifiera la récente Convention des Nations Unies contre la corruption. On n’est jamais trop prudent, cela n’engage à presque rien et rapporte gros.


Brèves nationales

Port de Doraleh :

Anguille sous roche ?

En écho à notre brève de la semaine dernière consacrée au retard des travaux sur le chantier de Doraleh, le journal gouvernemental « La Nation » titrait en une de son édition de jeudi dernier : « Le projet du Port de Doraleh en bonne voie ». A l’appui de son affirmation, notre confrère relatait la récente rencontre entre le Chef de l’Etat et le Président-directeur général de Dubaï Port Authority. Djebel Ali, qui gère déjà la Port et l’Aéroport de Djibouti, a fort à faire dans notre pays, et le déplacement de son responsable entre peut-être dans ce cadre et rien ne prouve qu’il concerne la relance des travaux du port de Doraleh. Ce dernier projet, comprenant le terminal à conteneurs le plus moderne d’Afrique et dont les travaux devaient se terminer dans les deux ans, a pris un retard considérable que n’explique pas le journal gouvernemental se bornant à prétendre qu’un appel d’offres sera bientôt lancé pour la réalisation de la partie terminal à conteneurs, sans même évoquer le terminal pétrolier ou la raffinerie. Mystère ! Décidément, il semble qu’il y ait anguille sous roche à Doraleh. Quoique, dans la chaude mer qui borde Doraleh, il faille plutôt parler de murène… de la finance !

Tadjourah :

L’unique pharmacie privée a fermé

Les habitants de la ville blanche s’enorgueillissaient depuis quatre ans d’avoir à leur disposition une pharmacie privée bien approvisionnée et bon marché. Le propriétaire, natif de la ville, était particulièrement disponible, acceptant même d’ouvrir au milieu de la nuit en cas d’urgence.

Cette semaine, cette pharmacie très appréciée a été contrainte de fermer suite à une décision écrite du Commissaire du district. Les Tadjouriens, furieux de ne plus avoir accès aux médicaments, se concertent actuellement en vue d’élever une vigoureuse protestation auprès des pouvoirs publics.

Affaire à suivre…

Awr-Awsa :

Scènes quotidiennes dans un camp insolite

Des milliers de réfugiés et clandestins s’entassent depuis fin août dans ce camp du district d’Ali-Sabieh, malgré des conditions de vie difficiles. A l’insuffisance de la nourriture s’ajoute la précarité des abris et les piètres conditions d’hygiène. Les procédures administratives pour filtrer ceux qui remplissent vraiment les conditions d’accès au statut de réfugiés et les vrais clandestins devant être rapatriés prennent du retard. La déprime et le désarroi sont le lot quotidien de ces pensionnaires dont beaucoup ont déjà fui vers la Capitale, profitant du manque de vigilance des forces de sécurité.

De plus, ces dernières semaines, l’on signale que des épouses de dignitaires du régime viennent sur les lieux pour recruter des femmes de ménage qu’elles réussissent à emmener dans leur foyer à Djibouti. Dernièrement, c’est l’épouse d’un haut gradé de l’armée nationale qui serait venue sur place pour repartir avec des bonnes « clandestines » bien sûr. Si des dérogations sont ainsi permises pour les familles des oligarques, pourquoi avoir privé des honnêtes citoyens d’employer des femmes de ménage très difficiles à trouver dans la communauté djiboutienne? les Djiboutiens n’en finissent pas de maudire cette lutte maladroite contre l’immigration finalement devenue une esbroufe de mauvais goût.

Obock :

Le district sacrifié ?

Deux mois après le pompeux séminaire sur le développement décentralisé, la fatalité quotidienne a repris ses droits dans ce district sacrifié depuis de longues années, malgré ses énormes potentialités. L’injuste enclavement auquel il reste soumis explique son considérable retard dans tous les domaines. C’est le seul de tout le pays à connaître de manière chronique des pénuries en produits de première nécessité et en carburant. Ses infrastructures de base restent dans un état lamentable et tout porte à croire que l’État s’est durablement désengagé de cette région. Si l’enclavement durable et la pauvreté extrême de la population obèrent toute possibilité de développement rationnel, il n’a échappé à aucun observateur que le désenclavement préalable n’a pas été retenu dans les pieuses recommandations adoptées à l’issue du pseudo-séminaire tenu sur place les 20 et 21 septembre 2003. Tant que persistera cette situation de mépris, les envoyés du régime seront éconduits comme l’ont été les deux pontes du RPP à s’y être rendus le 1er novembre dernier…

Ali-Sabieh :

Chronique de la mauvaise gouvernance

La capitale du pays Assajog, frondeuse de nature, a quelques raisons d’être particulièrement mécontente ces derniers jours. Ainsi, l’on apprend sur place que le stock des dattes destinées aux malades du dispensaire et aux nécessiteux, n’a pas encore quitté les entrepôts du district et ce plus de deux semaines après le début du Ramadan. Ces dattes seront-elles au moins distribuées pour le Zakat-el-Fitr ?

Au plan sanitaire, les Assajogs s’insurgent contre l’entrave aux évacuations sanitaires, soumises à une autorisation préalable du Commissaire de la République, chez qui les ambulances sont parquées. Des malades munis d’une autorisation d’évacuation délivrée par les autorités médicales de ce district sont encore obligés de passer chez le Commissaire pour accéder aux ambulances. Est-ce cela, la décentralisation promise par la mauvaise gouvernance ?

Les Assajogs sont également remontés contre l’Éducation Nationale boiteuse. Élèves et parents d’élèves du lycée Arrey n’en finissent pas de se plaindre des mauvaises conditions d’étude dans cet établissement, faute de mobilier suffisant. Il n’y aurait pas assez de tables et de chaises pour le nombre d’élèves accueillis dans chaque classe . « L’Éducation pour tous », credo de la mauvaise gouvernance, a laissé un goût amer au lycée Arrey victime de ce régime de pénurie et de gâchis.

Presse indépendante :

Le Renouveau Djiboutien paraît à nouveau

Après une injuste interdiction de plus de trois mois, notre confrère le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, est de nouveau disponible dans les kiosques depuis jeudi dernier. « Réalité » salue le retour de ce pionnier de la presse indépendante, bête noire du régime, mais aussi organe de lutte particulièrement apprécié par les militants de l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Encore une fois, toutes nos félicitations et bon vent au voilier du Renouveau Djiboutien !

Assistance technique à la Pêche :

La FAO pèche-t-elle par ignorance ?

Le journal gouvernemental « La Nation », toujours à l’affût de la moindre louange adressée au Chef de l’État, rapporte dans son édition de lundi dernier qu’à l’occasion de la cérémonie de signature d’un accord de financement entre le ministère de l’Agriculture et la FAO, le représentant de cette organisation onusienne aurait déclaré : « Djibouti est reconnu pour sa volonté de développer le secteur agricole, ainsi que ceux de l’élevage et de la pêche. En témoignent les reconnaissances faites au Président Ismael Omar Guelleh lors de son dernier séjour à Tokyo ». Et le journal de poursuivre (pour ceux qui ne l’auraient pas compris ) : « Il s’agit bien évidemment du doctorat honoris causa attribué au Président Guelleh par la prestigieuse université d’agriculture de Tokyo ». Ouf, nous voilà rassurés ! Bien évidemment, nous sommes d’accord avec « La Nation » et la FAO : la meilleure et unique preuve de la volonté présidentielle concernant le développement du secteur agropastoral se résume au grigri rapporté de Tokyo.

Mais, pour rafraîchir la mémoire de tous ceux ne péchant pas par ignorance, rappelons tout de même que la plus grande réalisation en matière de développement agricole sous l’actuel mandat présidentiel, reste sans conteste la plantation de khat située à la lisière de la forêt primaire du Day… Une manière écologique de régénérer cette forêt menacée de disparition. Il fallait y penser, en attendant peut-être de demander à l’UNESCO de l’inscrire au patrimoine universel de l’humanité.

Audiovisuel :

Djibnet ne serait-elle pas toujours nette ?

Confrontée il y a deux ans à l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché, la société Djibnet, proposant un abonnement payant à un bouquet numérique, avait dû baisser ses tarifs et adopter une stratégie commerciale plus attractive. Ainsi, cette entreprise avait lancé sur le marché un nouveau produit sous la forme d’une antenne vendue à 10.000 FD sans décodeur ni abonnement et permettant de recevoir gratuitement quatre chaînes de télévision : TV5, MBC, CFI et la RTD. Des centaines de foyers djiboutiens, au revenu modeste mais désireux de s’informer et de se distraire, avaient opté pour cette solution peu coûteuse pour accéder aux chaînes satellitaires francophones les plus regardées à Djibouti que sont CFI ou TV5, ou arabophones comme MBC.

Mais curieusement, depuis quelques semaines, l’antenne miracle ne reçoit plus CFI et TV5. Malgré les multiples protestations des usagers, la direction de Djibnet n’a jusqu’à présent fourni aucune explication plausible à cette situation. Comme il fallait s’y attendre, les médias publics n’ont pas jugé utile de se faire l’écho des frustrations des clients de Djibnet. Les mauvaise langues avancent une raison à cela : ce prestataire de services télévisuels serait lié à certains oligarques du régime…

De guerre lasse, plusieurs dizaines de clients mécontents ont téléphoné à la rédaction de notre journal, s’estimant floués par cette publicité mensongère et cette rupture de contrat. Ils exigent des explications de Djibnet. En l’absence d’une association de défense des consommateurs digne de ce nom, « Réalité » qui se veut le porte-voix des sans-voix, amplifie donc les cris de colère des milliers de téléspectateurs djiboutiens et demande sans passion à Djibnet d’apporter de vraies réponses aux inquiétudes de ses clients.

Pour leur part, les abonnés disposant d’une décodeur et bénéficiant de la réception de plusieurs chaînes satellitaires pour la somme mensuelle de 7.000FD, se demandent après la disparition de certains concurrents de Djibnet si cette dernière, en situation de quasi-monopole, ne projette pas d’augmenter à nouveau ses tarifs. Affaire à suivre…


Coopération internationale : palliatif ou levier ?

Le retour de l’USAID à Djibouti nous offre l’occasion de nous exprimer à nouveau sur ce sujet d’une importance vitale pour notre petit pays et expliquer ce que de notre point de vue elle doit impérativement devenir : un levier de développement, et ce qu’elle doit cesser d’être : un palliatif utile !


Sans nous livrer à un bilan de la coopération bilatérale ou multilatérale, qui fera l’objet d’une série d’articles l’année prochaine, Inch Allah, il suffit d’observer l’échec des différents projets financés par l’APD (Aide Publique au Développement) des pays riches, ainsi que par la coopération multilatérale et singulièrement par le Système des Nations Unies cette dernière décennie, pour s’interroger sur l’opportunité, le volume, la nature et l’affectation des ces aides et en tirer quelques conclusions. Interrogé par notre confrère L.N.A (Les Nouvelles d’Addis) sur la coopération, le Président de l’ARD en avait distingué et décrit trois sortes : la coopération-connivence, la coopération-continuité et la coopération-rupture. Nous ne nous étalerons pas ici sur ces différentes définitions, pour nous contenter d’exposer la forme d’aide que nous souhaitons voir s’établir avec tous nos partenaires impliqués dans notre développement économique.

Une coopération-rupture, c’est-à-dire une aide substantielle, structurelle, soutenue et suivie, qui nous permette de nous passer de la mendicité à laquelle se résume malheureusement la coopération avec nos partenaires suscités. Au lendemain de l’Indépendance, Djibouti a été, suite à la Conférence des donateurs de 1983, le pays le plus aidé au monde à l’époque, non pas en volume, mais en termes de dollars par tête d’habitant. En dehors de la rénovation des infrastructures portuaires et aéroportuaires, et du remarquable développement de l’outil des télécommunications, ainsi que plus tard sur financement du Royaume d’Arabie Saoudite, l’exécution par une société yougoslave de la Route de l’Unité reliant la Capitale à Tadjourah, il ne subsiste plus rien de cette volumineuse manne financière : c’est presque tout et dérisoire en 26 ans d’Indépendance.

Au prétexte de notre prétendue incapacité à gérer nous-mêmes nos instruments économiques, l’actuel Chef de l’Etat a, de son propre chef et en toute opacité, concédé la gestion de ces leviers de développement économique que sont le Port et l’Aéroport au capital privé étranger. La concession et la privatisation d’autres établissements publics à caractère industriel et commercial sont en concoction, toujours dans la même opacité. Aucun de nos souverains députés n’a osé demander des éclaircissements sur cette concession…

La multitude de projets (que nous n’énumérerons pas ici) financés par les pays amis et le Système des Nations Unies ont tous capoté. L’échec de ces projets et la faillite des sociétés d’État ne seraient pas uniquement dus, même si elle y est pour beaucoup, à la seule mauvaise gestion. Dans ce contexte de délitement de l’État (corruption généralisée, choix budgétaires irrationnels aggravés par l’absence de contrôle, parlementaire ou autre, impunité de la délinquance financière …) la coopération bilatérale et multilatérale conditionne toute aide à la bonne gouvernance depuis une décennie. Du coup, nos gouvernants ont-ils été obligés de recourir aux institutions de Bretton Wood, autrement plus sourcilleux sur les anomalies de la gestion du bien public. C’est sous la pression conjuguée de la coopération internationale et des luttes intestines que le gouvernement s’est finalement résolu à initier uniquement sur le papier une ouverture démocratique de façade.

Si le multipartisme a été conquis de haute lutte, les entraves à son bon fonctionnement sont multiples et répétés, et la violation par le gouvernement de l’Accord de Paix définitive du 12 mai 2001, par son refus de traiter les causes du conflit (Décentralisation et Réformes Démocratiques) et soigner ses conséquences (Réhabilitation) recrée telles quelles les conditions qui ont conduit à la guerre civile : la bonne gouvernance n’ est toujours pas au rendez-vous des pratiques politiques à Djibouti !

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que ni les retombées financières des présences militaires française et américaine, ni la coopération multilatérale ne servent de leviers de développement économique et social tant attendu par notre Peuple. Il en va pourtant de l’intérêt bien compris des deux parties. Pour les pays donateurs, c’est sans doute la meilleure « containment policy », quant aux bénéficiaires, il en va de leur statut de pays (et d’êtres humains) dignes et responsables, car il est moralement dégradant et économiquement impossible de vivre ad vitam aeternam de la mendicité.

Si la coopération que nous souhaitons n’a toujours pas vu le jour, c’est par manque de volonté politique de nos régents pour créer le climat et les conditions institutionnelles favorisant son avènement. Aussi, notre malheureux Peuple en est-il réduit à constater la poursuite de cette forme de coopération palliant ici ou là, ici puis là, les errements et les insuffisances de nos gouvernants, leurs choix budgétaires irrationnels aggravés par l’opacité dans la gestion du bien public et la prédation. Avec la croissance démographique et le chômage endémique, le Peuple djiboutien se contentera-t-il longtemps de constater et de subir la mauvaise gouvernance et les injustices, sans les contester de différentes façons ? La patience humaine ayant des limites, il faut être inconscient ou aveugle pour ne pas se l’imaginer…


Somaliland : Une reconnaissance sabotée

La fin de la guerre froide n’a pas été simplement marquée par l’éclatement de l’ex-puissance soviétique mais a aussi remis en cause les équilibres des Etats dits sous-développés tant à l’intérieur qu’entre eux. La dislocation de l’ancienne République Démocratique de Somalie reste une exception planétaire. « Le malheur des uns faisant le bonheur des autres », aujourd’hui plus qu’hier, l’état du monde est plus que menacé, surtout en ce qui concerne les pays non impliqués directement, par les conséquences directes ou indirectes de la guerre menée contre le terrorisme par les puissances militaires, États-unis en tête. Le déséquilibre entre États de la Corne de l’Afrique consécutif à son évolution spatiale des années 1990 marque davantage l’enjeu posé par la géopolitique régionale, dans ce qui semble être une redéfinition des rapports dans un environnement occupé par les puissances en lutte contre le terrorisme.


Toujours absente réellement sur la scène internationale et en proie aux affrontements meurtriers entre clans, la Somalie du Gouvernement issu de la Conférence d’Arta semble plus discréditée par les attentats perpétrés dans les pays de la région que l’incapacité du Gouvernement de Transition à pacifier la Capitale. Face à cette partie du pays considérée comme le bastion des terroristes de tout bord, la République du Somaliland autoproclamée en 1991 a pu évolué depuis avec sérénité, en marge d’une communauté internationale influencée par des dogmes ne répondant pas à la situation présente et qui continue à vouloir attacher utopiquement et injustement le sort de ce pays à une grande somalie dont la réalisation demeure toujours incertaine.

Pacifiée, la Somaliland, Etat de fait de plus de 250.000 km2 et d’un peu plus de trois millions d’âmes, même si elle a su s’assurer des institutions démocratiques, un redressement économique fiable, une reconstruction courageuse, une situation sanitaire et scolaire honorable, enfin une sécurité responsable, son existence n’est, cependant pas particulièrement appréciée par certains de ses voisins immédiats.

Ces derniers, tout comme sur leurs vues de la problématique de paix en Somalie, divergent fondamentalement sur la reconnaissance officielle ou non de cette République, les intérêts particuliers y étant pour beaucoup.

L’évolution récente de la énième conférence de réconciliation entre factions somaliennes du Kenya et les maigres chances d’un succès après celui d’Arta n’augurant en rien pour asseoir la paix d’une somalie unifiée, les antagonismes des pays dits « de première ligne » de l’Igad sont sortis au grand jour, au détriment malheureusement des populations victimes de la guerre civile. Aussi, le départ avec fracas de la délégation djiboutienne et de délégations des certaines factions en plus d’une partie de la société civile, les accusations échangées sur l’existence d’un sabotage de la conférence de pays organisateurs de l’Igad dénotent le probable aboutissement de ses assises.

Pourquoi ? La chute du régime de Siad Barré n’étant pas une exception aux bouleversements constatés de part et d’autre du globe en cette fin des années 1990, la nouvelle donne politique avait engagé aussi, certains États de la région à faire d’une pierre deux coups : Contribuer directement ou indirectement au départ du dictateur, se positionner pour influer sur le pouvoir à venir.

Or, les départs successifs des deux dictateurs (Siad et Mengistu) de deux grands pays de la région laissaient incertaine toute appréhension d’une politique cohérente dans un espace pluriculturel et pluriethnique en proie à une situation conflictuelle perpétuelle. Les précipitations politiques des uns et des autres des états de la sous-région ayant été pour quelque chose dans cette crise somalienne, en ce début des années 1990, malgré la disponibilité et la générosité de la communauté internationale, les multiples maladresses, pas toujours innocentes, qui ont présidé à la première Conférence de Réconciliation Somalienne tenue à Djibouti en 1991 ont été le principal élément catalyseur du naufrage somalien.

En effet, cette conférence réunissant dans sa présidence une brochette d’hommes politiques somaliens d’envergure, elle s’était tenue après l’auto-proclamation de la République du Somaliland logiquement absente de ces assises. Des concertations sérieuses avec un délai d’appréciation suffisant n’auraient été engagées avec les parties somaliennes concernées comme avec les États membres du Conseil de Sécurité, de l’OUA, de la Ligue Arabe, de l’IGAD, etc. En ce sens que la nomination par le pays organisateur de la Conférence avec l’appui d’autres pays aussi intéressés, de M. Ali Mahdi à la tête de ce qui restait de la Somalie entamait la vraie guerre civile au sud de ce pays toujours déchiré. Depuis, les conférences se suivant et se ressemblant, celle tenue en 2000, encore en République de Djibouti, à Arta précisément, diffère uniquement des précédentes par l’énormité des propositions aussi impensables que dangereuses, du nouvel homme fort de la République.

La proposition la plus ahurissante consistait à écarter les Chefs de guerre, à les arrêter et à les faire condamner par un Tribunal Pénal International pour crimes contre l’humanité, y compris le Président de la République autoproclamée du Somaliland d’alors. Cette initiative du Chef de l’État Djiboutien faite devant la plus haute instance internationale, l’Assemblée Générale des Nations Unis, incitait à la prudence toutes les diplomaties dont certains confiaient en privée « l’échec avant l’heure et le risque qu’engendraient cette position de Djibouti pour la tenue d’une réelle assise pour une paix définitive en Somalie ».Chacun suivait donc, sans vraiment partager l’initiative djiboutienne, l’issue de cette rencontre qui abouti, après les multiples remous causés par les influences contradictoires des diplomaties et des clans, à la formation d’une Assemblée Constituante et de l’élection d’un Président intérimaire en la personne de Abdilkassim Salad Hassan et d’un Gouvernement de Transition pour une durée de trois ans. La suite, tout un chacun le sait.

Pour autant, il faut le rappeler, feu Président Egal avait effectué deux séjours en République de Djibouti, en 1994 et 1997, sans succès face à l’intransigeance du pouvoir djiboutien, partisan inconditionnel d’une Grande Somalie. De même que la récente auto-exclusion de notre pays de la Conférence du Kenya, suivie du rapprochement spontané avec le Somaliland et de la visite officielle à Djibouti, à la mi-octobre 2003, d’une délégation conduite par le nouveau Président Daher Rayaleh Kahin donnent toute la mesure du revirement de la politique régionale de notre diplomatie.Ce passage de la délégation somalilandaise de haut niveau, bien que médiatisée à outrance avait tout l’air d’une reconnaissance après les embûches et les multiples entraves à la libre circulation des biens et des personnes par la partie djiboutienne.Des accords de coopération entre les deux États furent signés, en plus de la mise en place prochaine de commissions ministérielles. De réels actes que confirmaient les différentes conférences de presse tenues à Djibouti et à Hargeisa.

Malheureusement, habitué à la politique de « Shitara », voilà qu’en moins de deux semaines l’interview du 29 octobre dernier du numéro un djiboutien à l’Agence Onusienne IRIN remettait en cause l’ensemble du processus tant sur la paix en somalie que sur l’éventuelle reconnaissance du Somaliland, pour générer du coup une polémique avec ses autorités. Refusant toute crédibilité au gouvernement formé par lui à Arta et à Conférence du Kenya, le Président djiboutien considère que le sort du Somaliland, pays très inquiétant en raison de la présence d’intégristes dit-il, est lié à celui du Sud. Retour à la case départ donc. Ces propos ont choqué le peuple et les politiques du pays voisin dont l’ancien candidat à la Présidence de la République M. Ahmed Mahamoud dit « Silanyo» déclare à la BBC que « le Président Djiboutien Ismaël Omar Guelleh est opposé à la décision souveraine du peuple somalilandais pour son indépendance ». Il ajoute en substance que les propos du djiboutien sont destinés à saboter la paix qui existe dans son pays dont lie le sort à celui de Mogadiscio où les violences et les actions intégristes ont condamné tout processus de réconciliation.

Par ailleurs, il accuse Djibouti d’ingratitude vis-à-vis de la Somalie qui avait énormément contribué à son indépendance et dit n’avoir jamais vu notre pays aidé la Somalie depuis Ali Mahdi sinon le troubler, en plus des provocations permanentes contre le Somaliland autoproclamé. Il accuse simultanément le pouvoir en place dans son pays pour avoir crû si vite aux accords signés avec Djibouti. Ce dernier s’est expliqué par la voix de son ministre chargé des relations avec le Parlement, M. Abdi Hassan Bouni, en ces termes : « Aujourd’hui nous nous rapprochons de la reconnaissance de notre pays, il nous faut être unis. L’espoir viendra de la Conférence du Kenya dont, si l’issue aboutit à la formation d’un Gouvernement, permettra aux deux parties Somalienne et Somalilandaise de se reconnaître mutuellement et de dresser un calendrier pour le partage des avoirs intérieurs et extérieurs laissés par le pouvoir déchu de Siad Barré ».

Si aucune issue n’est trouvée pour la formation d’un direction somalienne, alors nous sommes certains que la communauté internationale ne veut plus nous faire attendre la résolution du problème du Sud et qu’elle reconnaîtra aussitôt la République du Somaliland ».

Cette conduite politique de nos gouvernants dans notre contrée troublée risquerait à terme d’empoisonner gravement nos relations dans la région. L’inconscience et la politique de l’autruche ne pourront que compromettre notre crédibilité diplomatique, déjà affaiblie par une gestion aussi douteuse qu’opaque des derniers de l’Etat : cause de la pauvreté grandissante du peuple djiboutien.

Quant à nous, il nous semble que pour la pacification de la région, la communauté internationale se doit désormais de reconnaître le Somaliland qui a fait ses preuves en tant qu’entité stable séparée de la Somalie depuis 1991. D’autant plus que la communauté internationale s’ inquiète sérieusement de ce que Mogadiscio soit aujourd’hui devenue un véritable sanctuaire du terrorisme international.


Djibouti-Mogadiscio, via Al Qaïda

En complément à l’article publié pages 5-6, voici le résumé du rapport S/2003/1035 que le Groupe d’experts des Nations Unies dresse de l’implantation du réseau d’Al-Qaida en Somalie et de ses sources de ravitaillement en armes. Ce rapport, officiellement remis le 4 novembre 2003, est l’oeuvre du Comité du Conseil de sécurité, créé par la résolution 751 (1992) concernant la Somalie. Chacun verra que le journal gouvernemental « La Nation » n’a pas tout dit à ce sujet : Djibouti est explicitement cité comme une des sources de ce trafic d’armes à destination de Bosaso et Mogadiscio. Tout comme chacun peut alors répondre à la question qui se pose : qui est capable de mettre sur pied à Djibouti un tel trafic d’armes ?


1. Malgré la déclaration de cessez-le-feu d’octobre 2002 et le processus de réconciliation en cours, la Somalie est en proie à des violations de l’embargo sur les armes établi par la résolution 733 ( 1992) du Conseil de sécurité. Le rapport qui suit, basé sur une surveillance attentive au cours des six derniers mois, dépeint une situation inquiétante. un courant continu de petites quantités d’armes et de munitions arrive dans le pays, alimentant les marchés locaux, où des armes peuvent être achetées et vendues ouvertement, et les entrepôts des chefs de faction. On constate ces six derniers mois une diminution, par rapport aux années précédentes, des grosses violations de l’embargo par des grands navires ou des avions cargos lourds Mais ce petit courant incessant d’armes et de munitions représente en six mois des centaines de tonnes d’articles parvenant dans le pays en violation de l’embargo.

2. Le problème des courants d’armes à destination de la Somalie et transitant par ce pays est un problème dont les conséquences retentissent sur la sécurité et la stabilité de la région au sens large. Le Groupe a constaté qu’il y avait des liens entre les violations de l’embargo sur les armes et les courants illicites d’armes à destination des pays voisins, la piraterie dans les eaux somaliennes et les eaux internationales, et les activités de groupes armés et d’extrémistes au-delà des frontières somaliennes.

3. Les envois d’armes à destination de la Somalie proviennent généralement de Djibouti, des Émirats arabes unis, d’Érythrée, d’Éthiopie et du Yémen ou transitent par ces pays, d’où il est simple d’acheminer des armes en Somalie. Les principaux points d’entrée sont les ports qui desservent Puntland (Bosaso), Mogadishu (Marha et El Ma ‘an) et Kismayo, ainsi que les terrains d’aviation situés aux alentours de Mogadishu. La méthode habituelle, pour tourner les sanctions, consiste à acheminer les armes par un petit bateau de pêche, ou cachées dans la soute d’un avion La marchandise est ensuite distribuée dans l’ensemble du pays en passant par une longue chaîne d’intermédiaires.

4. Une bonne partie de ce trafic est assurée par des dhows (voiliers traditionnels), du Yémen à la côte nord-est de la Somalie. La plupart des envois, en majorité vers le principal port de la région, Bosaso, ne sont ni remarqués ni signalés. Le gros en est destiné à Mogadishu, plaque tournante du commerce somalien des armes. En moyenne, il arrive du Yémen en Somalie des dhows chargés d’armes et de munitions deux à trois fois par semaine.

5. Quelque 1250 vols arrivent chaque mois en Somalie, en provenance pour la majorité d’entre eux des pays voisins et d’autres États de la région. II est rare que leur chargement soit inspecté. Il n’y a guère de réglementation de l’espace aérien somalien, et les opérations aériennes à destination et en provenance de la Somalie arrivent facilement à passer inaperçues lorsqu’elles violent les sanctions. De même, la frontière entre la Somalie et l’Éthiopie, longue de 1600 kilomètres, est pour l’essentiel laissée sans surveillance, et la circulation est libre dans les deux sens.

6. Les chefs de factions somaliennes paient leurs armes de diverses manières. par exemple, au moyen d’espèces reçues de leurs protecteurs étrangers, ou tirées des impôts et redevances perçus dans les ports et les aéroports et aux barrages routiers, en khat, ou en faux shillings somaliens imprimés à j’étranger. Le Groupe a enquêté sur plusieurs tentatives récentes d’imprimer des milliards de shillings somaliens (l’équivalent de millions de dollars des États-Unis) en faux billets.

7. Les violations de l’embargo sur les armes ont permis à des terroristes transnationaux de se procurer non seulement des armes légères, mais même des systèmes portatifs de défense aérienne, des armes légères antichar et des explosifs. Les terroristes responsables en 2002 de la destruction à l’explosif du Paradise Hôtel de Mombasa, et de la tentative visant le vol 582 (Mombasa- Tel-Aviv), avaient acheminé leurs missiles au Kenya depuis le Yémen, en passant par la Somalie. Le Groupe a établi qu’il restait relativement facile de se procurer des missiles surface-air et de les importer en Somalie.

8. Des États de première ligne et des acteurs extérieurs régionaux jouent un rôle essentiel dans les affaires somaliennes. Même s’ils ont manifesté plus de respect pour l’embargo sur les armes ces six derniers mois qu’ils ne l’avaient fait les années précédentes, ils sont nombreux à persister dans leurs violations, et rares à s’être activés pour faire cesser les envois commerciaux d’armes en Somalie. Le Groupe a constaté souvent qu’ils ne soutenaient pas ses travaux, mais même lorsqu’ils lui apportaient leur aide, nombre des États de la région n’avaient pas les moyens de surveiller suffisamment les marchandises exportées ou réexpédiées passant par leurs ports, leurs aéroports, leurs points de passage aux frontières terrestres, leurs eaux territoriales et leur espace aérien.

9. Les observateurs sont nombreux à attribuer la diminution des courants d’armes, ces derniers mois, au contrôle actif des violations de l’embargo exercé par le Conseil de sécurité. Au moment où le processus de paix en Somalie entre dans une phase critique, et difficile, l’imposition effective de l’embargo et un contrôle robuste peuvent contribuer à renforcer l’attachement des parties au dialogue, limiter les possibilités d’une reprise du conflit armé et en atténuer les conséquences si elle se produisait.


Combien coûte la Paix ?

Vraies dépenses pour fausse consolidation

Fidèles à notre posture d’observateurs vigilants de toutes les anomalies dans la gestion du bien public, nous versons cette semaine un nouveau dossier au chapitre du mensonge permanent. Puisque nos souverains députés ne sont pas sourcilleux sur ce sujet et n’étant pas habilités à saisir la Chambre des Comptes (qui n’est d’ailleurs légalement pas autorisée à rendre un compte public de ses conclusions et recommandations…), nous avons jugé utile d’interpeller le gouvernement sur ce dossier qui nous et vous concerne au premier chef : « la consolidation de la paix ».


Dans un très bref exposé des motifs introduisant le projet de loi des finances rectificative pour l’exercice 2003 (LFR 2003), nous apprenons effarés (même habitués à la permanence et à la grossièreté des mensonges de l’Etat) que «les dépenses de personnels sont en hausse suite à l’intégration de 300 éléments du FRUD au sein des forces armées. Le report au mois d’octobre du programme de démobilisation entraîne un surcoût qui se traduit par une croissance des crédits des mobilisés». Curieusement, ces « surcoût et croissance des crédits des mobilisés » ne sont pas mentionnés au titre II : Dépenses du personnel, dans la ligne budgétaire libellée « mobilisation-démobilisation AND–05/0013/61/1 (traitements et salaires) et 05/003/61/6/9 (primes de démobilisation) qui reste égale dans le budget 2003 et la L.F.R 2003 (743,048 millions fd). Ils ne sont pas non plus mentionnés dans les dépenses de personnel de la gendarmerie nationale 05/005/61/1 dont le montant des dépenses est égal dans le budget 2003 et la L.F.R 2003 (34,8 millions fd).

Ces surcoût et croissance des crédits des mobilisés sont portés au titre IV «Transferts » du projet de la L.F.R 2003. Cette ligne budgétaire 07/64/4/1 est libellée « Consolidation Accords de paix-Contribution nationale » : son enveloppe est passée d’un montant de 350 millions fd dans le budget prévisionnel 2003 à 767millions FD dans celui rectificatif 2003, soit une différence de 417 millions fd. Rappelons que dans le Budget prévisionnel 2002, une ligne budgétaire 07-6441 était pourvue d’un montant de 350 millions FD.

Les comptes définitifs pour l’exercice 2002 n’ayant toujours pas été adoptés par notre souveraine Assemblée Nationale, ce sont au total, à en croire nos pacifiques décideurs, un milliard cent dix-sept millions FD qui auraient été dépensés en deux ans pour consolider la Paix. Emmuré dans cet unilatéralisme que nous continuons de dénoncer, et en violation de l’article 24 stipulant en son point b : « les deux parties signataires du présent accord conduiront de concert l’application stricte et honnête de la totalité de son contenu et de toutes les autres mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses objectifs », le gouvernement aurait donc engagé en 2003 767 millions fd (sur fonds propres comme l’affirme le libellé) pour consolider la paix.

Le conditionnel est de rigueur. Parce que nous sommes les mieux placés pour le faire, nous nous inscrivons en faux contre ces affirmations et exigeons des responsables chargés d’exécuter cette ligne budgétaire d’apporter dans les plus brefs délais, les preuves matérielles et la démonstration que ces dépenses ont été engagées à cet effet (dates, montants, affectations et bénéficiaires…). En attendant, nous portons à la connaissance de nos lecteurs que le programme de consolidation comporte trois volets entraînant une incidence budgétaire : la réinsertion des combattants du Frud-armé, la réintégration des anciens cadres dans leur administration d’origine et l’engagement des combattants du FRUD dans les différents corps armés. Aucun de ces trois volets nous concernant n’a trouvé une application concrète et totale.

L’Association des Démobilisés du Frud-armé s’est vue opposer un refus systématique à toutes ses démarches entreprises en ce sens auprès du gouvernement pour la réinsertion de ses démobilisés, qui hantent la Capitale et les districts et grossissent les rangs des désœuvrés. A ce jour, ni les recrues dans la FNP, ni celles de la gendarmerie n’ont été officiellement engagées dans ces deux corps alors que dans l’exposé des motifs il est officiellement (et mensongèrement) question de 300 combattants du Frud-armé. S’agissant de la réintégration dans leur administration d’origine des anciens fonctionnaires, est-il besoin de rappeler qu’ils sont aujourd’hui les seuls à totaliser 20 mois d’arriérés de salaire, malgré une correspondance officielle de protestation des intéressés auprès des différents ministères de tutelle.

Il ressort de toutes ces violations de l’Accord de Paix définitive depuis sa signature que, loin d’être consolidée, la paix civile est gravement menacée par le maintien du statu quo ante qui a conduit au douloureux conflit armé…


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 69 du mercredi 5 novembre 2003

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Réalité numéro 69 du mercredi 5 novembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Riz made in Zone Franche
  4. Courrier des lecteurs
  5. Uniforme ou déguisement ?
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 69

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

L’ARD A UN AN : ET APRÈS ?

Notre fidèle lecteur s’est-il jamais demandé pourquoi, avec une telle régularité depuis sa création, notre journal n’a pas encore mis en place un service d’abonnement? En toute logique, par la fidélisation d’un lectorat disponible six mois ou un an à l’avance, une telle politique aurait certainement accru de façon significative la courbe de nos ventes. Si nous n’avons pas jugé utile ce service d’abonnement, c’est pour une raison simple qui tient au respect dû au lecteur : l’abonnement est un pari sur l’avenir que nous ne pouvons pas engager. Pas un pari de rentabilité économique, sans fausse modestie. Ce serait un pari politique, un gage de stabilité institutionnelle : prétendre, par l’abonnement, que nous serons en mesure de publier dans six mois, reviendrait à dire que ce régime de liberté contrôlée nous laissera travailler dans six mois. Ce qui reviendrait à faire croire que la démocratie djiboutienne est entrée dans les mœurs et les pratiques dirigeantes et que le pouvoir en place respecte le pluralisme de la presse. Bref, même le récent acharnement contre un représentant de la presse d’opposition est là pour démontrer qu’une politique d’abonnement donnerait à nos concitoyens une fausse illusion démocratique, qui serait l’antithèse du véritable combat pour les droits de l’Homme.

Alors que notre Parti, l’Alliance Républicaine pour le Développement a fêté le 6 octobre dernier le premier anniversaire de sa fondation, un tel paradoxe de l’action politique dans ce contexte despotique se devait d’être rappelé. Nul n’ignore que l’ARD est née d’une volonté pacifique : celle qui animait le FRUD-armé, signataire de deux accords de paix, en février 2000 et mai 2001. L’abandon de la lutte armée par nous impliquait certaines obligations pour le régime responsable de ce conflit : établir l’égalité entre les citoyens et garantir les bases institutionnelles d’une vie politique pacifiée. A ce chapitre, nul n’ignore que la distribution des cartes d’identité nationale à tous ceux qui en ont été illégalement privés, premier pas dans le respect de toutes et de tous, sans discrimination, tarde encore malgré les promesses récurrentes.

Par contre, la première confrontation du multipartisme intégral avec les réalités sociopolitiques nationales a amplement démontré qu’il y avait péril en la demeure et que, très majoritairement, les électeurs djiboutiens attendaient une relève capable d’arracher le pays aux griffes des rapaces en place. A peine trois mois après leur fondation, l’ARD et les autres partis membres de l’UAD ont administré la preuve éclatante de leur légitimité : l’alternance est une aspiration profondément ancrée, suscitée par les abus et dérapages que citoyennes et citoyens ont décidé de ne plus cautionner par leur passivité. Seules les fraudes massives ont empêché un nouveau chapitre de notre destin collectif de s’écrire.

Et c’est là que réside le problème : si tout le monde est intimement persuadé que l’actuel régime aura toujours recours à l’illégalité pour se perpétuer, faut-il alors supposer que l’ARD, comme l’UAD, au prétexte de règles démocratiques qu’elle est la seule à respecter, s’est définitivement abonnée au rôle de simple caution légale, acceptant par avance de perdre des élections truquées par avance ? Si chacun a bien conscience de notre éclatante démonstration de force et de popularité au cours de l’année écoulée, de sérieuses questions subsistent légitimement dans l’esprit de nos concitoyens : quelle est la pertinence d’un jeu politique auquel les deux joueurs n’accordent manifestement pas la même crédibilité et dont ils ne respectent pas les mêmes règles ? Comment vaincre de façon pacifique et transparente un régime qui gouverne par la force et la fraude ? Dans quelles conditions notre pays cessera-t-il enfin d’être une simple « démocratie sur le papier » pour devenir à une réelle démocratie en action, respectueuse de sa pluralité ?

Telles sont quelques unes des questions auxquelles la Nation djiboutienne devra trouver les bonnes réponses, à brève échéance : il est hors de question, pour l’ARD de cautionner par son existence, des pratiques gouvernementales totalement improductives et contraires aux aspirations populaires. Incarner l’Espoir : oui ! Entretenir l’Illusion : non !


Brèves nationales

Campagne du RPP dans les zones rurales :

D’Obock à Yoboki, en passant par khat chemin

Avec pour seul argument le khat nourricier distribué à une échelle industrielle, le parti présidentiel à l’image de son leader nomade à l’échelle intercontinentale, bat inlassablement la brousse djiboutienne, du Nord au Sud. Dans le Sud-Ouest ( Gorabous, Yoboki, Hanlé), les missi dominici du pouvoir s’échinent à contenir la fulgurante progression de notre parti. Ainsi, la quantité de khat distribuée a presque doublé après la récente tournée de l’ARD, au grand étonnement des innombrables chômeurs de cette région, qui auraient préféré voir venir du travail, mais pas mécontents de cette générosité n’ayant rien à voir avec le Ramadan. Parmi les destinataires de la précieuse plante, beaucoup de militants de l’opposition des localités desservies mâchouillent gratis, tout en sensibilisant les populations aux idées de changement de l’ARD.

Dans le district d’Obock, c’est le même scénario de bakchich et de promesses mensongères qui reste employé. Depuis plusieurs semaines, une Toyota Pick-up immatriculée C de l’ONED serait chargée d’approvisionner en khat les populations rurales du Nord d’Obock. Dans cette région où sévit une soif endémique due à la sécheresse et à la défaillance des forages publics, quasiment sous embargo alimentaire du fait de son enclavement (alors que le financement de la route Tadjourah-Obock est disponible depuis trois ans) la mauvaise gouvernance considère-t-elle que le khat est plus précieux que l’eau et la nourriture ?

Réhabilitation de la piste Randa-Day :

Les riverains à l’œuvre comme ils peuvent

Aide-toi, le ciel t’aidera ! Après avoir attendu en vain l’aide de la fameuse « Armée de Développement » et ses engins de génie civil, les riverains de la piste Randa-Day se sont courageusement mis au travail avec leurs pelles et pioches, pour réhabiliter la voie reliant les deux villages de Goda. Les pluies diluviennes du mois d’août dernier avaient rendu impraticable cette piste de 17 kilomètres, creusant par endroits des fossés larges de 10 mètres. Pour accéder d’un village à l’autre, les usagers étaient obligés d’effectuer un large détour par la piste de Garenlé, soit plus de 80 kilomètres. L’Armée de Développement, occupée à soigner son image par des déclarations fantaisistes dans la presse gouvernementale, ou en éditant de luxueuses brochures, aura raté là une occasion de vraiment servir les populations rurales.

Rappelons par ailleurs que le village de Randa, particulièrement courtisé l’été dernier, a renoué avec l’obscurité. Depuis plus de deux mois en effet, l’électricité y a disparu, provoquant l’ire des habitants contre la mauvaise gouvernance irresponsable et incapable.

Pôle Universitaire de Djibouti :

Entre suffisance et insuffisances

Cette semaine, le Ministre de l’Éducation Nationale a signé un accord de partenariat entre le Pôle Universitaire de Djibouti et l’université française d’Amiens. A cette occasion, le Ministre s’est fendu d’un discours vantant les efforts déjà entrepris dans le domaine de l’Éducation en rappelant que cet accord « vient de compléter un ensemble d’actions menées dans le cadre des États généraux de l’Éducation, avec l’appui de fonds de solidarité déjà menées dans le cadre des États généraux de l’Éducation… ». Comprenne qui pourra : comme qui dirait, le disque semble rayé.

La réalité quotidienne dans cet établissement universitaire est malheureusement tout autre : la grogne estudiantine contre les mauvaises conditions d’étude a conduit ceux inscrits en BTS IG ( Informatique et Gestion) à déclencher une grève du 25 au 29 octobre derniers. Bénéficiaires de la formation à distance SISCO du Canada via Internet, les BTS IG ont protesté contre la suppression annoncée de cet enseignement sur le Web, suite aux exigences salariales de l’enseignant chargé de ce cours. Lequel aurait menacé d’émigrer au Canada si son salaire n’était pas revalorisé.

A la suite de cette grève, les autorités avaient promis de maintenir ce cours sur Internet, mais rien n’est encore définitivement acquis. Ainsi, lundi dernier, les étudiants se sont de nouveau mis en grève, mais cette fois-ci pour protester contre la caution de 10.000 FD exigée pour accéder à la bibliothèque. Comment des étudiants ne percevant aucune bourse, peuvent-ils débourser une telle somme, qui plus est pour un service normalement gratuit ? Comment suivre des études dans des conditions décentes, sans bénéficier des connaissances complémentaires procurées par une bibliothèque universitaire ? Entre la suffisance affichée par les responsables de l’Education Nationale, et la réalité des intolérables insuffisances dont les étudiants sont victimes, le Pôle n’est plus magnétique et notre élite de demain s’inquiète sérieusement pour son avenir.

Le Ministre de l’Intérieur

visite l’Intérieur:

Information ou propagande électorale ?

Le Ministre de l’Intérieur se faisait discret depuis sa prestation télévisée de fin septembre relative à la lutte contre l’immigration clandestine. Et pour cause : cette lutte menée tambour battant depuis l’été dernier s’essouffle peu à peu, à tel point que l’on observe un important reflux de « clandestins » vers notre Capitale. Mécontent de ce coup d’épée dans l’eau, bien sûr indépendant de sa volonté, notre Ministre de l’Intérieur s’en est donc allé dans les districts de l’Intérieur où cette lutte a réellement porté ses fruits, même si les populations rurales ont d’autres urgences à formuler.

Ainsi, le Ministre était également porteur d’une bonne nouvelle à ces populations rurales se plaignant régulièrement de la non-distribution persistante des pièces d’identité nationale. A en croire ce haut responsable, les opérations de délivrance des cartes d’identité débuteront après le Ramadan et s’étaleront sur une longue période… allant jusqu’à la présidentielle de 2005, aurait-il dû préciser pour mieux appâter les nombreuses victimes de cette discrimination. En effet, les citoyens lésés se comptent par dizaines de milliers et c’est en vertu d’une disposition contenue dans l’Accord de Paix du 12 mai 2001 que le régime a finalement accepté de les restaurer dans leur citoyenneté. En attendant ce jour, qu’en est-il des révisions effectives des listes électorales, puisque l’ombre de la prochaine consultation plane déjà sur cette tournée, comme sur les autres aspects de l’action gouvernementale ?

Port pétrolier de Doraleh :

Pourquoi le retard des travaux ?

Les travaux du futur gigantesque complexe pétrolier, dont le lancement a été inauguré l’été dernier à Doraleh, ne semblent pas démarrer comme prévu, malgré la propagande officielle sur les retombées économiques escomptées, sans préjudice bien sûr de la mauvaise gouvernance prédatrice. Pour l’heure, seuls quelques engins de travaux publics s’agitent sur les collines surplombant la mer, et les ouvriers affectés à ce projet ne sont pas aussi nombreux que l’exigerait un chantier de développement digne de ce nom. Qu’est-ce qui cloche donc dans ce projet du millénaire ?

Certaines sources se disant informées affirment pour leur part que le financement annoncé ferait encore défaut. Si le retard actuellement observé se confirmait dans les mois à venir, nul doute que le Port de Doraleh connaîtra le même sort que la raffinerie de 1991, sur le même site. Toujours est-il que pour le moment, ce port dont les travaux de construction devaient se terminer dans deux ans, semble n’être qu’un port sec…

A ce chapitre de l’esbroufe de ce régime, il n’est peut-être pas inutile d’établir un parallèle avec le destin réservé au Port de Tadjourah : inauguré en grande pompe fin 2000, et censé orienter ses activités vers l’Éthiopie via la route Tadjourah-Bouya et qui n’a pas pu obtenir de l’État les moyens décentralisés de son ambition. Il n’est plus désormais qu’un quai à boutre sur lequel, contre toute logique de développement et malgré sa faible activité, l’État prétend prélever des taxes.

Ainsi va la mauvaise gouvernance avide, cherchant à moissonner plus que ne le permettent ses maigres semailles.


Riz made in Zone Franche

Aide internationale et contrebande présidentielle

C’est parce que nous le pensons réellement que nous le répétons s ans cesse : le régime RPP n’est pas de nature tribaliste. Certes, pour des raisons électoralistes, il cherche à provoquer une illusion de compétition entre les différentes composantes de la communauté nationale : alors que des sacs de khat sont quotidiennement distribuées aux habitants de certaines régions, c’est la promesse d’une eau minérale miraculeuse qui est faite à d’autres. Mais ceci n’est qu’apparence. En fait, tous les citoyens djiboutiens, sans aucune distinction, se retrouvent victimes des agissements frauduleux, contraires aux intérêts nationaux, des affairistes au pouvoir. C’est à l’un de ces agissements que nous nous intéressons dans ce numéro : il s’agit du détournement de l’aide internationale perpétré par la Présidence de la République.


Même la rareté de nos ressources naturelles ne peut masquer l’explication principale de la quasi inexistence d’un tissu productif djiboutien : incapable d’assurer les conditions économiques et institutionnelles d’un développement endogène, le régime djiboutien pousse l’irresponsabilité jusqu’à détourner de ses fins premières les fruits de sa mendicité internationale. En fait, l’aide extérieure n’est malheureusement pas le seul domaine dans lequel sévissent corruption, concussion et détournement. La vie politique nationale bruisse de ces rumeurs d’enrichissement miraculeux de certains responsables politiques ou administratifs.

Notre journal n’a jamais fait état de telles rumeurs : non seulement nous n’aurions rien appris à personne (certains mabrazes proches des centres de décision seraient même mieux informés) mais surtout, dans une administration ayant pratiquement perdu le sens de l’écrit, de la règle de droit et dans laquelle l’opacité s’installe de plus en plus depuis quelques années, il aurait été à peu près impossible de fournir les preuves concrètes de malversations défrayant pourtant la chronique quotidienne. C’est pourtant l’une d’elles, impliquant le sommet de l’État, que notre journal est en mesure de vous révéler aujourd’hui : elle porte sur la contrebande illicite d’un don de riz en provenance de l’Inde, comme l’atteste le document reproduit en page 5.

Pour mieux saisir la manœuvre, il faut rappeler le chemin institutionnel que prenait autrefois toute aide internationale sous forme de denrées alimentaires. Il existait un organisme d’État, l’Office Nationale d’Approvisionnement et de commercialisation (ONAC) chargé de réceptionner cette aide et de la commercialiser sur place pour le compte de l’État djiboutien. Les recettes en étaient gérées conformément aux règles en vigueur et affectées selon les nécessités budgétaires.

Or, depuis environ 1994, le fonctionnement de l’ONAC a été beaucoup plus assujetti aux fluctuations des enjeux politiciens, plus particulièrement à une nouvelle façon de faire la politique avec une nouvelle classe politique se servant autant qu’elle servait ses courtisans. Suite à cette perversion, l’ONAC a complètement disparu à l’orée des années 2000 : officiellement, il n’existe plus aucun organisme d’État spécialement chargé de gérer l’aide alimentaire extérieure. Voici pour le cadre institutionnel, ou plutôt son absence, rendant possible le gigantesque détournement que nous allons à présent relater.

Chacun s’en souvient, à son retour d’Inde, la presse gouvernementale avait largement salué une performance présidentielle ahurissante : grâce à sa persuasion, l’Inde avait accepté de fournir à notre pays une importante aide alimentaire sous forme de riz indien. Du fait que l’ONAC a disparu (c’était peut-être l’intention) ce don a été réceptionné par la Présidence de la République Djiboutienne, plus exactement par son Directeur de Cabinet, comme le montre ce document. Ce qui, en soi, ne serait pas illégal. L’illégalité réside dans le parcours qu’indique le document :

Port d’embarquement : Kandla

Port de débarquement : Djibouti

Destination finale : Éthiopie

Là réside la preuve qu’il y a bel et bien manœuvre frauduleuse, car de trois choses l’une. Soit il s’agit d’une transaction commerciale entre un vendeur privé indien et un acheteur privé éthiopien, auquel cas rien ne justifie que la Présidence djiboutienne joue les intermédiaires (dallaal, en arabe) entre deux opérateurs privés. Soit il s’agit effectivement d’un don à l’Éthiopie, auquel cas l’on ne comprend toujours pas comment le sommet de l’État djiboutien se retrouve en position d’intermédiaire. Soit il s’agit d’un don à la République de Djibouti, auquel cas rien n’explique légalement que la destination finale de ce don soit le marché intérieur éthiopien.

Or c’est bien de cela qu’il est question : les tonnes de riz dont l’Inde a gracieusement fait don à la République de Djibouti sont frauduleusement écoulées sur le marché éthiopien : même si le Programme Alimentaire Mondial ne chôme pas en matière d’acheminement de denrées alimentaires vers notre voisin sévèrement touché par la sécheresse et la famine, nul n’a entendu parler, surtout en cette période de Ramadan, d’une aide alimentaire djiboutienne au profit du Peuple frère d’Éthiopie. Tout au contraire, la suite de notre enquête, menée sur le terrain, dans les hangars de la Zone Franche portuaire qui furent le théâtre de ce détournement montre clairement qu’il y a eu malversation (suite page 6) au plus haut niveau de l’État.

Dans ces hangars, notre équipe a trouvé, et photographié, des montagnes de sacs vides de 50 KG sur lesquels l’on peut lire : « CADEAU DE L’INDE A DJIBOUTI. GIFT FROM INDIA TO DJIBOUTI ». Dizaines de milliers de sacs qui, à leur débarquement au Port de Djibouti, contenaient les milliers de tonnes de riz indien à 20% de brisures. Riz que de nombreux employés écoeurés transvasaient machinalement dans de nouveaux sacs de 50 KG, tout aussi photographiés par nos soins, où l’on peut lire : « PETRAM PRIVATE Ltd Co. FROM DJIBOUTI TO INDIA ». Sacs d’origine spontanée, comme telle richesse miraculeuse de certains détenteurs ou proches du pouvoir. Sacs dont l’incontestable matérialité est censée représenter ou justifier une opération ordinaire de commerce privé, et subitement contenir un riz pakistanais long grain à seulement 10% de brisures. Cette opération de substitution a porté, pour le seul lot en présence duquel nous avons été mis, sur 13.000 sacs représentant 650 tonnes de riz. Sur le marché djiboutien, cette transaction aurait à peu près représenté la coquette somme d’environ 60 millions de nos francs.

D’autre part, selon nos investigations, la société « Diamond Shipping Service sarl » est une société de transit de droit djiboutien, dont un des propriétaires a de solides entrées dans les coulisses du pouvoir djiboutien. De plus, sous la référence floue de « destination finale : Éthiopie » se cache un important négociant éthiopien d’origine hadaré (région de Diré-Dawa) auquel est dévolue la lourde tâche de tromper les autorités douanières éthiopiennes en écoulant ce riz détourné. Lesquelles autorités éthiopiennes, qui ont engagé une lutte sans merci contre la contrebande, auront certainement à cœur de vérifier le sérieux de nos sources et la crédibilité de nos affirmations en procédant aux contrôles d’usage.

En conclusion, il s’agit donc bien d’un don initialement destiné au Peuple Djiboutien ( dont de larges couches sont devenues nécessiteuses à cause de la politique économique et sociale improductive du régime), mais que d’autres consommateurs, éthiopiens eux, devront acheter, qui plus est selon un étiquetage relevant de la supercherie puisque le riz frauduleusement vendu par la Présidence et acquis par le commerçant éthiopien usurpe une qualité qui n’est pas réellement le sien : il est indien et non pakistanais, il comporte 20% de brisures et non 10% comme prétendu.

La malversation étant établie sans aucune contestation possible, et l’appât du gain n’étant pas une disposition rare chez les responsables et les proches du régime, il s’agit enfin de savoir pourquoi une telle malversation s’est déroulée pratiquement au vu et au su de tout le monde. Parce que ce régime méprise le Peuple au point qu’il l’estime trop anesthésié pour pouvoir s’indigner d’une telle contrebande d’État ? Certainement : il est évident qu’un régime qui confisque la volonté populaire en assurant sa réélection par la fraude électorale n’a aucune raison particulière de respecter ses concitoyens en d’autres circonstances : pour lui, la Nation n’est qu’un prétexte pour confisquer le pouvoir.

Parce que ce régime sous-estime la seule presse digne de ce nom : la presse d’opposition qu’il croit trop frileuse pour oser relater de tels scandales ? Alors, cet article est bien la preuve qu’il se trompe lourdement : chaque fois que nous aurons sérieusement établi les faits en recoupant plusieurs sources d’information, notre journal n’hésitera pas à informer les citoyens djiboutiens comme la communauté internationale, des manœuvres irresponsables et bassement mercantiles de ceux qui se servent sur le dos du Peuple en prétendant servir l’intérêt national, à quelque niveau qu’ils soient de la hiérarchie du pouvoir.

Voici donc le document attestant de façon irréfutable que la Présidence de la République s’est constituée cliente d’une société de transit pour acheminer du riz au profit d’une société privée éthiopienne. Si cette activité lucrative n’étonne personne, la seule question qui se pose est de savoir si la Présidence dispose d’une patente commerciale et si elle s’acquitte de l’impôt sur les sociétés.

Affaire à suivre..

Preuve supplémentaire de cette malversation, voici un document, de la même origine, portant sur un autre lot, toujours destiné au Directeur de Cabinet du Président de la République de Djibouti. Il s’agit toujours d’acheminement de riz indien mais, cette fois-ci, la destination finale n’est plus l’Ethiopie, mais… Djibouti.


Courrier des lecteurs

La prostitution juvénile doit être sévèrement combattue

Notre article consacré à la prostitution des mineures, paru dans le n° 65 de Réalité a réveillé les consciences. Pour preuve, nous publions cette semaine le courrier de lecteur que nous a adressé un citoyen révolté contre les atteintes aux bonnes mœurs ayant cours dans notre société musulmane.


C’est malheureux ! Je ne pensais pas que de telles choses puissent se passer à quelques centaines de mètres de mon domicile. Pire, il est inimaginable que de telles atrocités soient perpétrées sur des mineures dans mon pays, et cela en toute impunité depuis de longues années. J’ai souvent crû sans trop réfléchir aux ragots de certaines mauvaises langues qui véhiculaient des idées erronées sur la nature et le contenu du journal « Réalité ».

J’ai toujours été un simple observateur passif de la dégradation constante de l’état du pays, des malversations financières de certains responsables, de l’appauvrissement sans fin de la population, des projets insensés et irréalisables que l’on nous promet depuis trop longtemps.

Mais je me sens profondément choqué cette fois-ci, sur la nature de la prostitution enfantine, apparemment tolérée par la Justice et les politiciens de mon pays, et paradoxalement dénoncée par « Le Canard Enchaîné », un journal étranger qui semble défendre nos fillettes et que le journal « Le Progrès » du RPP insulte étrangement.

J’ai en effet suivi ces deux dernières semaines la réaction de nos autorités face à cette information relative à l’existence d’un bordel d’enfants mineures, bordel territorialement contigu à un camp militaire français.

Aujourd’hui, même si je suis parfaitement conscient que toute l’armée française ne peut être tenue pour responsable, c’est blessé dans ma chair, attenté par l’existence à peine cachée d’un marché de détournement de mineures en République de Djibouti, au su et au vu des autorités en place, que je prends la plume pour crier mon dégoût et ma honte face à cette humiliante situation. Je me sens sincèrement affecté par cette affaire de prostitution de mineures, révélée par « Le Canard » et reprise par votre journal. Ce qui me révolte le plus, c’est surtout la passivité de nos dirigeants politiques et la stupide polémique engagée au sujet de votre article, alors qu’ils devraient accorder la plus extrême attention à cette exploitation sexuelle des mineures, quelle que soit leur nationalité. C’est donc ça qui m’amène aujourd’hui à définitivement condamner ce régime perverti à tous points de vue, politiquement, culturellement, religieusement, etc.

Je me dois d’avouer qu’avant cette triste affaire, pour diverses raisons, je n’avais pas beaucoup d’admiration pour le journal « Réalité ». Mais ce détournement d’enfants de onze ans par les militaires d’un pays censé représenter l’avant-garde du respect de la dignité humaine a vraiment de quoi choquer.

C’est effectivement une raison assez forte qui me pousse aujourd’hui à rejoindre définitivement votre camp, celui du refus de la démagogie politique. Et je m’engage personnellement à appeler tous nos concitoyens à faire preuve de courage et d’humilité, pour dénoncer ces dérives que tolèrent nos dirigeants politiques et autres garants de la loi. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce commerce de mineures, sexuellement exploitées au profit d’une armée étrangère, dont les éléments les plus pervertis ne se permettraient jamais ces conduites chez eux, où la Justice est implacable avec ce genre de délits.

J’invite enfin par cette occasion tous les parents à exiger auprès des autorités concernées toute la vérité sur cette affaire salement inhumaine et immorale afin que le châtiment le plus exemplaire soit retenu contre les profiteurs de la misère et ceux qui assassinent l’innocence de l’enfance.

Je m’associerai à une éventuelle pétition nationale pour que justice soit rendue à ces malheureuses enfants mineures.

DHR

Commentaire

Merci pour votre courrier, qui en dit long sur les ressources citoyennes de notre pays. L’affairisme qui gangrène notre société pousse certains de nos compatriotes à se livrer à un commerce honteux et antipatriotique. Réalité poursuit son enquête et fera tout ce qui est possible pour aider à la dénonciation et au démantèlement des réseaux mafieux de la prostitution, a fortiori juvénile, dans notre pays.

LA RÉDACTION


Uniforme ou déguisement ?

Le régime harcèle les incorporés du FRUD-armé

Discrédité aux niveaux national autant qu’international à cause de son refus persistant d’appliquer l’Accord de Paix qui le lie au FRUD-armé, et qui l’engage devant le Peuple Djiboutien, le régime invente éperdument des subterfuges pour tenter de justifier l’injustifiable. Après avoir vainement nié la réalité de sa mauvaise volonté, et après une longue période de mutisme sur l’actualité de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, il revient aujourd’hui, peut-être parce qu’il est déjà en campagne pour la présidentielle de 2005, sur un argumentaire qui n’avait convaincu aucun observateur l’été 2001 : il serait impossible d’appliquer cet Accord car le FRUD-armé aurait caché des armes.


Lors d’une de ses innombrables apparitions télévisées, le Chef de l’État, du haut de sa suffisance, avait demandé au journaliste hébété qui l’interviewait : « Savez-vous où se trouve Alaylé sur la carte de notre pays ? » Au journaliste sidéré devant une telle connaissance encyclopédique, le Chef de l’Etat cachait comment lui connaissait ce lieu ne comprenant que quelques daboïtas : les éléments de sa Sécurité y avaient justement terrorisé d’innocents civils au prétexte que des caches d’armes se trouvaient dans les environs. Pour l’occasion ; d’anciens combattants du FRUD-armé nouvellement incorporés au sein de l’Armée Nationale Djiboutienne et en entraînement à Hol-Hol, avaient été conduits de force sur les lieux des fouilles : ils parleraient mieux, pensaient les stratèges de la Sécurité présidentielle, en présence de leurs familles terrorisés. Mais en vain : après de longues fouilles, les experts en intimidation de civils sont rentrés bredouilles. D’ailleurs, pour s’être fait l’écho de ces magouilles visant uniquement à justifier par avance la violation programmée de l’Accord de paix, notre confrère « Le Renouveau Démocratique » avait encouru les foudres du régime en et été 2001.

Voilà que la même comédie recommence aujourd’hui, avec les mêmes méthodes : des civils arbitrairement arrêtés en brousse brutalement interrogés avec des incorporés du FRUD-armé. Incorporés est un bien grand mot : le régime se refusant encore à régulariser leur situation ; certains d’entre eux étant même officiellement classés dans la catégorie des « mobilisés » qu’aucune situation de guerre ne justifie plus aujourd’hui. Ainsi, à Obock comme à Djibouti ; nos incorporés sont aux arrêts de rigueur et brutalement interrogés par les « spécialistes » du SDS. Inutile de dire que cette thèse de caches d’armes est absolument fantaisiste : qui peut croire sans rire que le Président Dini, véritable initiateur de cette paix que la Peuple dans son ensemble attendait, se préparait en fait à reprendre le maquis, escomptant selon eux un appui grâce à ses accointances islamistes ?

Il s’agit donc bien évidemment d’une nouvelle manœuvre dilatoire que nous condamnons ave la plus extrême vigueur : comme nos concitoyens, nous y voyons plutôt une raison supplémentaire de débarrasser notre pays d’une classe politique aussi irresponsable et n’hésitant pas, dans le seul but de rester au pouvoir, à mettre en danger une paix si durement acquise.

Nous n’aurions pas évoqué outre mesure de tels subterfuges si d’innocents civils n’étaient à ce point terrorisés et si la dignité de nos incorporés n’était sans cesse bafoué par un régime sans respect pour l’uniforme qu’il assimile à un déguisement : ses soldats ne seraient que des miliciens privés tandis que nos incorporés ne seraient que des guérilleros en embuscade. Car, si le pouvoir respectait à la fois le caractère normalement républicain des forces de défense et de sécurité, et le statut régulier de nos incorporés, nous ne nous sentirions pas obligés de prendre la défense de nos anciens compagnons de lutte. Par cet acharnement, le régime semble surtout souhaiter que nos incorporés restituent leurs uniformes : il suffisait de le demander. Comme cela, l’actualité caduque de l’Accord de paix en vertu duquel ils ont été incorporés deviendra effectif et chaque partie signataire n’aura plus qu’à assumer ses responsabilités. En tout état de cause, nos instances dirigeantes se réuniront très bientôt pour statuer sur ce point.

Après le refus présidentiel d’indemniser les civils dont les biens ont été détruits ou pillés par les troupes gouvernementales, de dédommager les anciens militaires, gendarmes et policiers, d’intégrer nos cadres dans l’administration et après la mesquinerie présidentielle de suspendre illégalement le salaire des rares « réintégrés » du FRUD-armé dans la fonction publique, cette énième provocation prouve bien que le régime cherche à consolider le mensonge comme mode de gouvernement. Ce qui ne peut évidemment pas nous laisser indifférents, au même titre que le sort de nos démobilisés, retenus prisonniers à Djibouti, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, alors qu’ils sont titulaires d’une carte de démobilisé délivrée par le PRAC.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

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Réalité numéro 67 du mercredi 22 octobre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’ARD dans le Sud-Ouest
  4. M. Ismaël Guedi répond
  5. La LDDH rend hommage à l’UDC
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 67

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

RÉPUBLIQUE PACIFIEE DU SOMALILAND VISITE

DÉMOCRATIE AUTOPROCLAMEE DE DJIBOUTI

T out le développement des rapports internationaux
entre toutes les civilisations humaines dans toutes
les zones géographiques l’atteste : il n’existe aucune Histoire ex nihilo, se déployant à partir du néant. C’est pourquoi la prétention du Chef de l’Etat de faire la Paix dans la lointaine Mogadiscio, tout en osant ignorer le proche Somaliland, ne pouvait que rencontrer le terrible désaveu de la réalité concrète, historique. Surtout lorsque l’on sait que, depuis la dislocation de l’ancienne République Démocratique de Somalie, la seule «contribution» des dirigeants de Mogadiscio à notre destin national, ce fut l’envoi en 1993 de troupes mercenaires chargées de combattre le FRUD et d’attiser un conflit fratricide.

Donc, le verdict fut en effet impitoyable : sans aller jusqu’à dire que la Conférence de Réconciliation Somalienne d’Arta fut une énorme mystification (le RPP réduit souvent la politique à la comédie), il est révélateur que le régime djiboutien se félicite aujourd’hui de l’échec de la nouvelle tentative kenyane : alors que du temps d’Arta c’était l’Egypte que Djibouti accusait de sabotage, c’est maintenant le Kenya qui serait coupable de zizanie !

Mais il est autrement plus réconfortant de voir l’Etat djiboutien adopter une position qui est celle du FUOD (du FRUD et de l’ARD) depuis 1992 : la reconnaissance du Somaliland comme entité étatique en conformité avec les règles internationales. A l’ARD, nous sommes donc extrêmement heureux qu’un terme soit de facto mis à d’inadmissibles campagnes haineuses contre de si proches voisins qu’il y a encore peu la presse gouvernementale traitait de Juifs de la Corne et contre un pays qu’elle qualifiait de Bantoustan ou encore de Disneyland.

Personne ni aucune résolution du Conseil de sécurité ne peut obliger les Somaliens à vivre ensemble : en attendant leur réconciliation, les Djiboutiens doivent impérativement, pour leur part, établir les meilleures relations de bon voisinage possible avec leurs plus proches voisins géographiquement, mais aussi historiquement, culturellement et économiquement. Notre pays ne serait pas tout à fait ce qu’il est si Hargueisa et Borama n’existaient pas.

Même si les incohérences du dispositif protocolaire déployé à l’occasion de la visite du Président somalilandais à Djibouti montrent que le régime RPP ne sait pas encore sur quel pied danser dans un revirement imposé par certaines contraintes, nous souhaitons vivement pour la consolidation de notre concorde nationale comme pour la crédibilité de notre diplomatie régionale, que la reconnaissance du Somaliland en tant qu’Etat souverain devienne à très court terme une réalité incontournable, irréversible, au plus grand bénéfice des deux peuples.

Certes, Hargueisa n’offre aucune opportunité mafieuse à certains affairistes patentés, mais le Somaliland aurait certainement quelques leçons à donner au RPP en matière de paix intérieure ou même de transparence électorale et d’alternance démocratique: d’une part parce que plus de civils ont été tués ici que là-bas par les troupes gouvernementales depuis une décennie, d’autre part parce que, contrairement à la nôtre, la CENI ne s’y est pas couverte de ridicule. Peut-être est-ce dû au fait qu’au Somaliland, où le dynamisme du secteur privé n’est pas à démontrer, le ridicule ne rapporte pas : ce Peuple a trop souffert de la dictature et du génocide pour brader sa fierté et son honneur au profit du premier opportuniste venu.Nous en sommes donc tous convaincus, si cette reconnaissance même tardive du Somaliland devait devenir réalité, elle impliquera nécessairement une réhabilitation historique par laquelle la démocratie autoproclamée de Djibouti réparera une intolérable injustice dont sont victimes depuis l’Indépendance des milliers de Djiboutiens : celle des Kaar-Dameer.


Brèves nationales

Fatwa présidentielle contre le palmier-doum:

Un discours qui fera datte ?

Ainsi que nous l’annoncions dans notre brève de la semaine passée, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à prodiguer ses sages conseils à la population de Yoboki et de tout le Sud-Ouest. Le nouveau lauréat de l’université d’agriculture de Tokyo a ainsi proposé une culture de substitution au palmier-doum dont est extrait le vin de palme, doma en langue locale. L’auguste visiteur, apparemment soucieux de préserver la santé de ses concitoyens, suggère de cultiver le palmier dattier.

L’expert en question agropastorale semble ignorer que le palmier-doum donne un fruit savoureux et que ses feuilles servent à tresser des nattes utilisés dans la fabrication des maisons traditionnelles(daboïta), des tapis et des ustensiles de conservation du lait et des denrées alimentaires. En outre, en période de sécheresse, les vaches se nourrissent de ses feuilles. Quant au palmier dattier, en plus de ses dattes nourrissantes, il donne également un vin de palme. Tout dépend de l’utilisation, bonne ou mauvaise, que la population fait de ces palmiers, doum ou dattier.

Les méchantes langues se rient des conseils d’un « agronome » lui-même promoteur de la culture de khat, en rappelant l’utilité socioéconomique du palmier doum contre lequel le Président a lancé son épique fatwa. Ironie de l’histoire, quelques heures après ce discours présidentiel, des dizaines de sacs de khat ont été généreusement distribués aux habitants de Yoboki : pour fêter la journée mondiale de l’alimentation ?

Un cadavre remuant :

Parabole à propos de l’affaire Borel

Cette parabole tirée du Coran vaut ce qu’elle vaut. Elle n’en est pas moins riche d’enseignements. Moïse, sur ordre divin, demande aux fils d’Israël d’abattre une vache. Les enfants d’Israël tergiversent, tournent autour du pot, rechignent mais finissent par obtempérer, après description détaillée de la vache à sacrifier.

Il y avait là le cadavre d’un homme assassiné. Le coupable restant introuvable, il fut demandé aux fils d’Israel de frapper le cadavre avec un morceau de viande prélevée sur la vache sacrifiée. Ceci fait, le cadavre ressuscita et désigna son meurtrier.

Le rappel de cette parabole est inspiré par le récent rebondissement de l’affaire Borel. La partie civile reste convaincue que, d’une manière ou d’une autre, le cadavre du magistrat français désignera les coupables : commanditaire, complices et exécutants de ce crime maquillé, selon les derniers développements de l’enquête, en suicide. Rappelons toutefois que tout suspect (si, comme semblent le laisser croire les nouveaux éléments de l’enquête, il s’agit d’un crime) reste par définition présumé innocent. Mais cette parabole démontre enfin qu’aucun crime ne reste impuni ici-bas, ni a fortiori dans l’au-delà, quelles qu’en soient les circonstances.

Grave accident sur la route Dikhil-Galafi :

La négligence tue encore

Samedi dernier, vers 9 heures trente du matin, un grave accident a coûté la vie à un jeune policier embarqué quelques minutes plut tôt à bord d’un camion militaire lourdement chargé et roulant en direction de Dikhil. L’accident survenu au lieu-dit Sabir, entre Gallamo et Gorabous, a été provoqué par la rupture du capot qui a violemment heurté ce passager. Un taxi-brousse en route vers Dikhil a accepté de convoyer le blessé jusqu’au dispensaire. Une fois sur les lieux, les autorités médicales de Dikhil bien que disposant de plusieurs véhicules, et malgré l’état préoccupant du blessé, ont demandé au taxi-brousse, déjà lourdement chargé, de procéder lui-même à son évacuation sur Djibouti-ville. C’est donc à bord de ce taxi-brousse que le policier blessé est décédé aux environs de Wéa, victime de la négligence des autorités médicales de Dikhil. Il s’appelait Ali Cheiko Hamad.

Inna Lillah Wa Inna Ilayhi Raaji’uun

Immigrés clandestins :

Pignon sur rue ?

A l’approche du mois béni du Ramadan et après qu’ils aient appris le caractère ephémère des rafles, les clandestins expulsés en août dernier, ont refait surface à Djibouti de manière ostentatoire. Dans tous les quartiers de la Capitale, sur les principales artères ainsi que dans les transports en commun, leur retour remarqué alimente les conversations quotidiennes des Djiboutiens. Le camp d’Awr-Awsa se dépeuple chaque jour au profit de la Capitale. Les immigrés clandestins ont donc gagné du terrain et les Djiboutois pourront aisément vérifier cette réalité durant le Ramadan.


L’ARD dans le Sud-Ouest

Le flambeau ARDent contre l’obscurantisme RPP

A l’invitation des militants de cette région, une forte délégation de notre parti, conduite par M. Ahmed Youssouf, président par intérim, a effectué vendredi et samedi derniers une tournée de travail dans le district de Dikhil. Partout où elle est passée, la direction de l’ARD a reçu un accueil enthousiaste. Moins de 24 heures après la visite présidentielle à Galafi et Yoboki, l’incontestable réussite de cette tournée d’un mouvement emblématique de l’opposition nationale dans le Sud-Ouest sonne comme un désaveu cinglant de la politique-spectacle instituée, depuis bientôt cinq ans, par le Chef de l’Etat.


« Merci d’avoir répondu favorablement à notre appel, nous vous attendions impatiemment ». C’est par ces mots que les militants et sages de la ville d’As-Eyla ont accueilli notre délégation arrivée sur place vendredi à 11 heures. Après la grande prière du vendredi, un copieux et sympathique déjeuner a réuni à l’annexe de notre parti les membres du comité d’As-Eyla, les sages de la région et la direction venue de la Capitale. Dans l’après-midi, une réunion élargie aux militants de cette ville a été organisée à l’annexe de notre parti. La direction de l’ARD a délivré un message d’espoir en rappelant que le combat contre l’injustice continue jusqu’au triomphe du droit sur l’arbitraire.

De leur côté, les militants et sages ont largement évoqué l’obscurantisme et la mauvaise gouvernance du système RPP, basé sur le sectarisme, le mensonge et le bakchich. Pour illustrer leurs propos, les notables ont fait goûter à la direction de l’ARD l’eau courante du robinet d’As-Eyla. Cette eau aigre provient d’un forage situé à quelques dizaines de mètres d’un puits traditionnel dont l’eau est excellente et abondante. A plusieurs reprises, les habitants de cette ville se sont plaints aux autorités de la mauvaise qualité de l’eau courante provenant de ce forage, tout en demandant un autre forage produisant une eau potable vraiment douce.

A ce jour, leurs appels n’ont pas été entendus : les habitants continuent donc de consommer une eau difficile à avaler et à l’origine, semble-t-il, de multiples problèmes digestifs et dentaires dont, se plaint cette population ignorée. Dans la soirée de vendredi, la délégation est rentrée à Dikhil où elle a tenu une grande réunion toute la nuit durant avec les membres du comité de l’annexe ARD de cette ville. La direction de notre parti a passé la nuit dans cette vaste annexe que le président de la fédération de Dikhil avait superbement organisée en maison d’hôtes pour la circonstance.

Le lendemain matin, la délégation a tôt quitté Dikhil pour la localité de Gorabous et le poste administratif de Yoboki.

Gorabous rend hommage au courage et à la dignité de l’ARD

Dans la matinée de samedi le cortège de la direction de l’ARD, composé de trois véhicules 4X4, est entré triomphalement dans le village de Gorabous, situé sur l’axe routier Dikhil-Galafi. Les membres de notre délégation ont été portés en triomphe par une population qui scandait : « bienvenu au parti du courage et de la dignité! vive l’ARD ». Rappelons que la population de ce village martyr, détruit par les troupes gouvernementales en février 1992, avait vivement protesté lorsque, mardi 14 octobre 2003, cinq de nos responsables avaient été arbitrairement arrêtés à Yoboki.

Le lendemain mercredi 15 octobre, les jeunes de Gorabous ont déployé une banderole où l’on pouvait lire en français et en arabe : « Nous sommes tous rebelles ! ». Ce qui signifiait rebelle au système RPP. Ce geste symbolique aurait-paraît-il, donné quelques sueurs froides au convoi de la fameuse garde présidentielle qui avait traversé le village ce jour-là, en route pour Yoboki. Après s’être entretenu avec les jeunes et les sages de Gorabous, la délégation de l’ARD a pris le chemin de Yoboki, dernière étape de sa tournée dans la région.

Yoboki brandit le flambeau ARDent

Samedi matin, il régnait une effervescence particulière à Yoboki : la population rassemblée devant l’annexe de l’ARD s’apprêtait à réserver un accueil délirant à la délégation de notre parti qu’elle attendait depuis fort longtemps. Signalons par ailleurs que l’ancien tableau de notre parti avait été endommagé quelques heures après le départ de Yoboki du Chef de l’Etat, par des nervis du régime aux ordres, paraît-il, d’un membre de l’entourage présidentiel. Le nouveau tableau est arrivé dès le lendemain.

Se déroulant à peine 48 heures après l’inutile et clownesque visite présidentielle dans cette ville, notre tournée avait pour but de démystifier la politique officielle basée sur le mensonge, la division et le bakchich. En se mobilisant massivement pour accueillir fièrement l’ARD, les Yobokois entendaient de leur côté prouver que leur cœur battait pour l’ARD : le seul espoir de demain. C’est finalement aux environs de 10 heures du matin que la délégation de l’ARD, continuité historique du FRUD a fait une entrée remarquée dans cette ville martyre de Yoboki, pour y délivrer un message historique de paix et de réconciliation nationale.

Aussitôt arrivée, une foule nombreuse et enthousiaste a commencé à danser et à chanter. Les jeunes filles ont alors entonné un chant mémorable en l’honneur de l’ARD et de toute l’opposition regroupée au sein de l’UAD. Preuve que la Jeunesse ne voit pas son avenir avec l’actuel régime, synonyme pour elle d’injustice, de fraude et de mépris permanent.

Après une réunion avec les notables de la ville rassemblés à l’intérieur de notre annexe, les dirigeants de l’ARD se sont ensuite adressés à une foule en liesse. Tour à tour, MM. Ahmed Youssouf, Adan Mohamed et Ali Mahamadé ont remercié la population yobokoise pour l’accueil historique réservée à notre délégation. Tous ont insisté sur le caractère démagogique et électoraliste des attentions que le régime feint d’accorder maintenant à Yoboki et aux autres zones affectées par le conflit.

Après avoir expliqué la vraie réhabilitation, contenue dans l’Accord de paix du 12 mai 2001, tous ont conclu : Yoboki et toutes les zones affectées par le conflit doivent lutter contre ce système qui refuse d’œuvrer à la réconciliation nationale par une réelle réhabilitation. Message reçu cinq sur cinq. A quoi la population de Yoboki a massivement répondu : « nous rejetons l’obscurantisme du régime. A bas le RPP ! »

A la fin du meeting, le cortège de l’ARD a effectué une émouvante visite de l’ancienne ville de Yoboki, totalement détruite par les troupes gouvernementales en février 1992. Quel spectacle de désolation et de mépris gouvernemental : qu’est ce qui a empêché ce régime de la reconstruire depuis 1994, date des fameux accords d’Ab’a signés à quelques kilomètres de cette localité ? Le constat est donc alarmant : des dizaines de maisons en dur, sans toit ni portes ou fenêtres, totalement abandonnées et non reconstruites, alors qu’aucune contrainte sécuritaire ne le justifie. Même le siège du RPP est toujours situé dans un bâtiment aux trois-quarts détruits.

Quelle honte pour ce régime prétendant électrifier quelques maisons reconstruites par les Yobokois eux-mêmes, et se contentant pour l’instant d’allumer quelques lampadaires. Oui, et là est l’aberration : samedi, une dizaine de poteaux d’éclairage public récemment installés sur les abords de la route de Galafi traversant Yoboki étaient allumés toute la journée.

Pendant ce temps, les habitants sans électricité depuis onze ans continuaient pour leur part à suffoquer chez eux, dans leurs maisons délabrées. Lamentable gâchis de ce régime de gaspillage, mais aussi formidable prise de conscience politique latente, qu’est venue réveiller l’ARD, (UAD) chez une population yobokoise édifiée et brandissant désormais le flambeau ardent de sa victoire sur l’obscurantisme et le chantage clientéliste. Yoboki a donc définitivement tourné la page des années sombres, symbolisée par le régime RPP, en entrant dans l’ère nouvelle chargée d’espoir avec l’ARD.

La population yobokoise désenchantée par le RPP et désormais mûre a réaffirmé sa détermination à ne plus se laisser intimider par des exactions d’un autre âge. Tout comme elle ne se laissera plus abuser par des bakchichs inutiles (khat cette semaine encore ) ou des inaugurations (groupe électrogène) en trompe-l’oeil et autres promesses sans lendemain.

Mobilisée, elle n’attend du concret que de l’UAD.


M. Ismaël Guedi répond

Suite à la polémique soulevée dans les colonnes du « Progrès », M. Ismael Guedi, Président de l’UDJ, nous a fait parvenir la mise au point suivante que nous publions bien volontiers.


«L’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.» Ismael Guedi

Sous la rubrique « Tribune libre » le journal du RPP, « Le Progrès » a publié dans son édition n°94 du 9 octobre 2003, les propos d’un certain L.M qui n’a même pas eu le courage d’écrire son nom en critiquant et commentant au nom de ses maîtres, l’entretien que j’ai accordé à l’hebdomadaire « Réalité », organe de l’Alliance Républicaine pour le Développement. Les accusations proférées à mon encontre appellent de ma part la mise au point suivante.

En tant que démocrate et fervent partisan de la liberté d’expression, je ne récuse pas les critiques, à condition qu’elles soient fondées. C’est pourquoi la mise au point qui suit me tient à cœur, non seulement pour répondre à L.M., un courtisan des hommes du pouvoir et du RPP, mais aussi pour mieux éclairer en général les Djiboutiens et les lecteurs du « Progrès », et en particulier les jeunes de la génération de 15 à 35 ans, n’ayant ni suivi ni vécu l’Histoire des quarante dernières années de notre pays, surtout en ce qui concerne la lutte pour l’Indépendance. Ne rien dire ou ne rien faire, serait laisser passer des contrevérités inadmissibles, destinées à influencer pour mieux induire en erreur les Djiboutiens, par des écrits entachés d’ignorance et de mauvaise foi.

L’auteur de l’article du « Progrès » est surpris de mon entretien avec M. Mahdi Ibrahim de « Réalité» : il oublie que depuis plus de huit ans je suis un acteur politique, un opposant qui rejette et condamne la gestion désastreuse du gouvernement. Et que je suis de surcroît le Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), formation politique qui agit au sein de l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique) et dont l’importance et l’audience sont incontestables.

Dans notre pays, la fièvre pour une certaine émancipation, un début de prise de conscience de la situation coloniale de notre pays a commencé depuis plus de 40 ans. Quand bien même il y aurait quelques mouvements ou quelques cas isolés, la vraie lutte a débuté avec l’arrivée sur la scène politique djiboutienne du grand héros national Mahamoud Harbi Farah.

En 1960, l’année des indépendances africaines, un parti nationaliste que les falsificateurs de l’Histoire du pays ont tendance à ignorer était né à Djibouti. Il s’agissait du Parti du Mouvement Populaire (PMP) dirigé par des hommes valeureux dont l’un des principaux acteurs était M. Moussa Ahmed Idriss. La manifestation de 1960 contre le Ministre de la France d’Outre-Mer, M. Robert LECOURT, en visite à Djibouti, et celle de 1966 contre le Général DE GAULLE a été organisée par ce parti. J’ai été un militant et adhérent de la première heure de cette formation.

Ma carte d’adhésion toujours en ma possession jusqu’à aujourd’hui illustre bien mon patriotisme et mon rejet du colonialisme. D’abord Premier Vice-Président puis Président de l’Association des Etudiants et Stagiaires Djiboutiens à Paris, avec mes amis, nous avons dénoncé et condamné constamment auprès des médias et des mouvements d’étudiants des partis français de gauche, la répression qui s’abattait sur nos concitoyens.

Après mon retour à Djibouti en 1966, j’ai été un des rédacteurs, sinon le principal rédacteur qui assurait chaque semaine la publication du bulletin d’information du PMP, jusqu’au mois de mars 1967, date d’interdiction par l’administration coloniale du Parti du Mouvement Populaire. Plusieurs ténors politiques djiboutiens encore en vie pourront confirmer aisément, y compris des personnalités liées au pouvoir actuel, s’ils sont de bonne foi.

A l’extérieur de Djibouti, s’est formé un Front de Libération de la Côte des Somalis (FLCS) dirigé par le patriote Aden Robleh Awaleh, qui lui aussi avait interrompu ses études pour venir, en même temps que moi, au secours des djiboutiens.A peu près à la même époque, se sont constitués plusieurs partis : l’UPA (l’Union Populaire Africaine) dirigée par Hassan Gouled, l’AJP (l’Action pour la Justice et le Progrès) de Moumin Bahdon, et la LAO ( Ligue pour l’Avenir et l’Ordre) dirigée par Ahmed Dini Ahmed.

Ces dernières ont fusionné et ont pris le nom de Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) dont les principaux dirigeants ont été Hassan Gouled et Ahmed Dini.

Par ailleurs, un groupe de députés appelé les 13 parlementaires à la tête desquels se trouvait Barkat Gourad Hamadou a joué un rôle éminemment décisif dans la marche vers l’Indépendance. Je confirme ici ce qu’a dit le dénommé Baxwell ( cadre de la LPAI à n’en pas douter ) dans ce numéro 66 de « Réalité ». Effectivement, j’ai été invité, bien qu’Inspecteur du Travail avec d’autres à assister à des réunions de travail, les après-midi, au domicile du Président Hassan Gouled souvent sous sa présidence. Nous abordions des sujets aussi divers que l’organisation administrative de la future république, les finances, et chacun des participants faisait un exposé dans le domaine de sa compétence. C’est lors d’une de ces réunions que j’ai fait la connaissance d’hommes comme Maître Antoine PINET ou encore Patrick MILLON.

Mon militantisme pour la liberté, engagé en 1960, a culminé en 1976 avec ma participation à la Conférence de Paris, après que le Président Valéry GISCARD D’ESTAING eut reconnu la vocation du TFAI d’accéder à l’indépendance. Tous les mouvements extérieurs et tous les partisans de l’indépendance basés à Djibouti étaient présents. La partie française et les nombreuses délégations du TFAI se sont mises d’accord et ont arrêté la date du 27 juin 1977 jour de l’Indépendance.

Là aussi, j’avais apporté ma modeste contribution pour rapprocher les positions des uns et des autres. Ce fut le couronnement d’un long combat pour tous ceux qui, des années durant, ont lutté inlassablement pour l’Indépendance de notre pays.

C’est vrai, j’étais un fonctionnaire modèle, inspecteur du travail, responsable d’un secteur très important de l’administration, un arbitre entre toutes les parties, mais je ne négligeais pas pour autant les activités tendant à faire bouger le pays, pour qu’il rejoigne les autres pays libres de l’Afrique post-coloniale.

Bien que tenu par l’obligation de réserve, j’ai été quelque fois contraint d’évoluer sur des terrains hérissés d’obstacles, je n’ai jamais failli à ma mission. Je ne me suis jamais dérobé. Chaque fois que les partis qui combattaient le colonialisme avaient besoin de moi, j’étais présent. Je n’ai jamais été un collabo, ni policier ni agent de renseignements, et encore moins lié à une quelconque administration chargée de la répression des indépendantistes qui, quotidiennement, intimidait les cœurs et les esprits épris de liberté. Comme l’a très bien souligné le courrier publié par le numéro 66 de « Réalité », l’auteur de la « Tribune libre » généreusement présenté par « Le Progrès » s’est lamentablement trompé de référence historique. Il a confondu Ismaël Omar, le policier et l’agent de l’administration coloniale avec Ismaël Guedi, l’inspecteur du Travail qui s’acquittait de son travail avec foi et rigueur.

Au siècle dernier, notre continent a connu deux sortes de colonisation. La colonisation de peuplement comme l’Algérie et l’Afrique du Sud et la colonisation d’encadrement. La nôtre était de la deuxième catégorie. Elle consistait à occuper les postes clés. Pour pouvoir remplacer un titulaire de ces postes, il fallait une formation théorique et pratique solide, ainsi qu’un sérieux et une expérience suffisante. Les nominations et les fonctions au rabais d’aujourd’hui uniquement justifiées par le népotisme, le tribalisme, le clanisme et la fidélité servile n’existaient pas. Seuls les éléments solides, sérieux et compétents accédaient aux postes occupés par les européens. C’est la raison pour laquelle l’administration coloniale d’alors était efficace, dynamique et performante dans tous ses différents secteurs.

C’est grâce au mérite, seul critère de promotion en vigueur, que j’ai pu gravir toute la hiérarchie et ainsi connaître une ascension rapide dans l’administration. Pendant cette longue lutte pour la libération du pays, de quel côté était le thuriféraire LM et ses maîtres ? Sûrement du côté de l’administration coloniale.

Mes activités antérieures, mon passé, mes différentes responsabilités et ma disponibilité ont été pour beaucoup dans ma nomination en qualité de Directeur de Cabinet par le Président Hassan Gouled Aptidon. Cet homme politique, perspicace, a compris combien je serai utile à mon pays dans mes nouvelles responsabilités, au moment où l’Etat djiboutien, à peine proclamé, demeurait extrêmement fragile comme un nouveau-né.

Après l’indépendance, devant un sentiment de méfiance ou d’attentisme de certains, d’excès d’euphorie chez d’autres, il a fallu consolider le nouvel Etat, organiser la vie post-coloniale, et cela a nécessité beaucoup d’efforts et de réflexion, de nuits entières d’insomnie. C’est pourquoi, je trouve tout à fait injustifiées les critiques de ceux qui n’ont rien fait ou ont étroitement collaboré avec la police coloniale et les services de renseignements. Une fois le pays partiellement stabilisé, il a fallu s’attaquer aux problèmes les plus urgents : La lutte contre la soif, le développement agricole tous azimuts, le développement des ressources nationales, pêche et élevage.

Mais le plus urgent des points cités dessus était le développement de nos ressources humaines. La formation des hommes, de la jeunesse djiboutienne était devenue une priorité des priorités. Ne dit-on pas qu’ « il n’est de richesse que d’hommes ». Devant les nouvelles administrations telles que les Affaires Etrangères, beaucoup d’enseignants décidèrent de quitter leur département considéré comme exigeant et moins rémunéré. Pour les intéresser, les encourager à se maintenir en place, des avantages leur ont été consentis (logements et indemnités). Cette initiative dénote la pureté des intentions des responsables d’alors. Elle a développé la consommation intérieure et relancé la création d’emplois en poussant les djiboutiens à investir dans le bâtiment, elle a relevé le moral du corps enseignant.

Aujourd’hui, nous constatons que le salaire des enseignants est un salaire de misère. Ils fuient leur propre pays pour aller s’établir à l’étranger. Le gouvernement assiste sans réagir à la fuite massive des cerveaux, des intellectuels, des enseignants et des cadres de haut niveau qui étouffent sous ce régime dictatorial. La démotivation des enseignants est à l’origine du niveau alarmant de notre enseignement.

Le gouvernement du RPP se complait dans le recrutement d’étrangers à prix d’or au lieu de mettre sur pied une politique audacieuse et généreuse comme nous l’avons fait en 1978 pour rassurer les enseignants.

Concernant l’ancienne OPS, je précise que j’ai activement participé à la création de l’entité qui lui a précédée c’est-à-dire la CPS en 1968, suivie en 1976 du SMI. J’ai même été Vice-Président de son Conseil d’Administration durant 6 ans, avec une gestion exemplaire. Lorsque j’ai quitté le Ministère du Travail pour la Présidence, la CPS disposait de 6 milliards FD de réserve. La Caisse des Prestations Sociales a prêté au gouvernement djiboutien, en bonne et due forme, avec contrat de remboursement du capital et intérêts, comme l’on fait d’autres établissements : le Port, l’Edd, l’Oned, etc.

Il est normal que les fonds des établissements publics servent à l’investissement, quand on sait combien notre pays avait, par exemple, besoin d’un hôtel de classe internationale. Le Sheraton a coûté à peu près 3 milliards FD et était la fierté de notre pays. Qu’est devenu le Sheraton aujourd’hui ? Qui l’a bradé pour quelques centaines de millions FD ? Qui a dilapidé un capital d’une telle importance, sans aucun remboursement des créanciers ?

La seule réponse : c’est le gouvernement RPP en place. Pourquoi donc rechercher des boucs émissaires, quand chacun connaît celui ou ceux qui sont à l’origine de cet énorme gaspillage des deniers publics.

La Banque de Développement de Djibouti (BDD) est victime de la crise financière qu’a connue notre pays, car le Trésor National doit plusieurs centaines de millions à cette banque. On avance même le chiffre de 700 millions FD qui est la somme des retenues opérées sur les fonctionnaires et autres agents de l’Etat mais qui n’a pas été reversée à la BDD.

Le PK 20 était un projet agricole expérimental. Tous les essais étaient concluants mais malheureusement le coût de production a été trop élevé pour pouvoir poursuivre ce projet. Faut-il rappeler que celui qui officiait à l’époque en qualité de gestionnaire du PK 20, est aujourd’hui l’intendant de la Présidence.

L’administration existait bel et bien, elle fonctionnait correctement, les salaires étaient payés régulièrement, la retraite assurée, la corruption limitée et combattue, la justice quasi indépendante, la santé et l’éducation étaient réellement des départements prioritaires.

Comme chacun le sait, l’Exécutif djiboutien était composé comme suit par ordre d’importance :

– Le Président, Chef de Gouvernement Hassan Gouled Aptidon élu par le Peuple et responsable devant le Peuple ;

– Le Cabinet du Président, Directeur et Chef, responsable devant le Président ;

– La Primature (Premier Ministre) ;

– Le Cabinet du Premier Ministre ;

– Le Conseil des Ministres, responsable devant le Président de la République.

Hormis tout ce qui avait trait aux questions relevant de la sécurité intérieure et extérieure, dévolues au seul Chef de Cabinet et au SDS, toutes les autres décisions se prenaient soit en Conseil des Ministres, soit sur décision du Président de la République, assisté du Directeur et du Chef de Cabinet.

Monsieur L.M, l’auteur de l’article de la « Tribune libre » du journal « Le Progrès » semble ignorer complètement l’organisation ci-dessus, ainsi que les responsabilités des uns et des autres.

En ce qui me concerne, je n’ai pas à avoir honte de mon passé, car j’ai œuvré dans l’intérêt supérieur de notre jeune Nation.

Je ne rejette donc pas mon passé : il a été pour moi source de formation, d’enrichissement, d’expérience et surtout d’humilité car aucun responsable ne peut exister sans la confiance que lui accordent les administrés. C’est enfin ce passé qui m’a préparé pour le Présent et pour mieux me préparer pour l’Avenir. Incha Allah.

Ismaël Guedi Hared

Président de l’Union pour la Démocratie et la Justice


La LDDH rend hommage à l’UDC

Trente années d’existence travailleuse : l’occasion devait être fêtée à sa juste mesure. Consciente du rôle primordial de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) dans l’éducation et la culture, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains nous a fait parvenir l’hommage suivant que nous reproduisons. Nous reviendrons plus en détail la semaine prochaine sur le destin exceptionnel de cette association.


HOMMAGE AUX MEMBRES DE

L’UNION POUR LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL (UDC)

LE 20 OCTOBRE 2003

Hommage aux membres de l’Union pour le Développement Culturel (UDC) ;

Hommage aux membres de I’UDC qui nous ont quittés pour leur dernière Demeure, que Dieu Tout-Puissant leur accorde Sa Paix et les accueille dans Son Paradis céleste ;

Hommage aux membres qui continuent sans relâche à oeuvrer au développement du patrimoine culturel de notre pays, au sein de l’UDC avec indépendance et sérieux.

En cette période du trentième ( 30eme ) anniversaire de I’UDC, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) rend un vibrant Hommage à I’UDC pour les raisons suivantes :

– Considérant le fait que I’UDC a énormément oeuvré sans publicité, avec discrétion, efficacité et abnégation exemplaires au développement et à la promotion de l’Education non seulement des jeunes qui aujourd’hui, et il faut le dire, assument des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, des jeunes donc les études ont été financées, lorsque l’Etat avant ou après I’indépendance faisait défaut, ont été financées grâce au concours de I’UDC, mais aussi à participer à la promotion du Patrimoine de la Culture et des Arts ;

– Considérant le fait que l’UDC a toujours avec discrétion et efficacité oeuvré à la promotion de la transcription et à la diffusion de la langue Afar, en effet, alors que la transcription de la langue Somalie s’était rapidement propagée, parallèlement, I’UDC avait pris avec ses faibles moyens « le taureau par les cornes » en participant avec ténacité et par des méthodes pragmatiques au succès de la promotion de la langue Afar et à la réussite d’une meilleure alphabétisation dans notre Territoire.

– Considérant les actions de I’UDC en vue de mieux propager les instruments internationaux et nationaux, actions dont la dernière en date a consisté à traduire en langue Afar la Déclaration Universelle des Droits de I’Homme et de procéder à sa diffusion dans les secteurs mêmes les plus reculés du Nord et de l’Ouest de la République de Djibouti.

La liste des actions de I’UDC en faveur de la promotion de la dignité de la personne humaine étant longue, la LDDH ne peut que rendre Hommage à toutes les actions positives des membres de I’UDC ;

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains encourage vivement les membres de I’UDC à continuer et à amplifier le combat légitime pour le développement de la Culture et des Arts djiboutiens, ses combats légitimes tout en continuant à préserver avec vigueur dans sa volonté d’indépendance par rapport aux pouvoirs étatiques, volonté d’indépendance qui doit servir d’exemple en tant que doyenne des Organisations djiboutiennes Non Gouvernementales.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

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Réalité numéro 65 du mercredi 8 octobre 2003

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Géostratégie du légionnaire
  4. En hommage à Edward Saïd
  5. De la Tchétchénie à Israël
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 65

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LE CIRQUE POLITIQUE BIENTÔT EN REPRÉSENTATION A YOBOKI

Terminator, Gouvernator, Exterminator, Doctor : ce n’est certainement pas un hasard si les comédiens et autres acteurs de cinéma sont statistiquement (par rapport à d’autres métiers) les plus nombreux à être attirés par une carrière politique. Sans parler de la candidature de Coluche, même la reconversion réussie de Bernard Tapie en sens inverse le montre clairement : la politique est inséparable du spectacle. Mais si la concurrence électorale entre les partis et l’alternance des régimes, qui définissent une véritable démocratie, tempèrent ailleurs le recours abusif à la mise en scène mystificatrice, l’action politique est le plus souvent réduite, dans les situations de parti unique comme à Djibouti, à la seule imagerie officielle exagérément produite par des médias dociles, avec tout ce que cela implique de retouches ou de trucages.

Au moment où, dans le cadre de ses activités, l’ARD projette pour bientôt une tournée dans le Sud et le Sud-Ouest, c’est essentiellement dans cette optique symbolique (au sens de nulle) qu’il convient de comprendre les récentes et prochaines attentions que le régime feint d’accorder à Yoboki et sa région. A régime sans dessein, coopération sans envergure : tout le monde, à commencer par les habitants de Yoboki, aura noté le ridicule consistant à financer aujourd’hui une étude aux fins d’installation d’un réseau électrique alimenté par un groupe électrogène qui s’ennuie sur place depuis plus d’un an. Mettre la charrue avant les bœufs, c’est la meilleure trouvaille du régime pour simuler le mouvement au point mort.

Pourquoi le spectacle tient-il donc ici lieu d’action et de pensée politiques ? Principalement parce qu’il s’agit, sous la conduite peu éclairée du Chef de l’État en campagne électorale anticipée, de violer les dispositions de l’Accord de paix du 12 mai 2001 relatives à l’indemnisation des biens civils détruits et à la Réhabilitation des zones affectées par le conflit. On saisit alors toute la mesure de la démagogie en action, surtout quand il s’agit d’une région comme celle de Yoboki qui, bien que sécurisée d’un point de vue militaire dès les Accords d’Ab’a en 1994, n’a jamais bénéficié du moindre programme de reconstruction de ses infrastructures. Et si nous rappelons sans cesse cette violation, c’est surtout parce que partout dans le monde, elle s’est terminée par un nouveau conflit : seul un régime irresponsable peut l’oublier.

Comme pour Obock ou Randa, aucune visite ministérielle ou présidentielle n’y changera rien : le triste spectacle des artifices politiques, servi jusqu’à la nausée par les médias gouvernementaux, ne sert qu’à masquer la réelle absence d’un programme tendant à restaurer dans leur dignité, dans leurs biens et dans leurs droits les habitants de ces régions dévastées et visant à durablement arracher toutes les masses défavorisées au dénuement dans lequel les maintiennent prédation et mauvaise gouvernance généralisées.

Le pain et le cirque, disaient déjà les Latins. A défaut d’assurer le pain quotidien en améliorant leurs conditions d’existence, le régime est en tout cas très généreux dans la promotion de son cirque politique : bientôt à Yoboki. Les invités de la région sont rassurés : aucune carte nationale d’identité ne sera exigée pour pouvoir assister au spectacle.

C’est déjà cela de gagné !


Brèves nationales

Présidence de la République :

Bailleur de fonds national ?

Le Chef de l’État a récemment inauguré une unité de dialyse du service de santé des FAD. Cet appareillage coûteux mais très utile n’a été financé ni sur le budget de la Défense ni sur celui de la Santé, mais par la Présidence. Mais d’où proviennent alors les fonds apparemment inépuisables et non budgétisés de ce nouveau bailleurs de fonds national ? Rappelons qu’il y a plus d’un an la première dame avait « fait don » à l’Hôpital Peltier d’un coûteux appareil de mammographie, au cours d’une cérémonie médiatisée à outrance.

Nous ne serions pas étonnés d’apprendre dans quelques mois que la Présidence a financé l’acquisition de nouveaux équipements pour la RTD fragilisée après l’incendie de samedi dernier. A quoi servent les départements ministériels et leurs budgets respectifs, si les projets relevant de leur compétence sont concoctés et financés par la Présidence, seul îlot de prospérité dans un océan de précarité ?

Sud-Ouest :

Visite de l’agronome volant ?

Dans le cadre de la promotion du développement agropastoral, le Chef de l’État, frais émoulu de l’Université d’agriculture de Tokyo, s’apprêterait à effectuer une visite médiatique dans la région Yoboki Galafi à la mi-octobre.

Après ses visites éclairs du mois de juillet dernier à Assamo et As-Eyla au cours desquelles il avait prodigué ses conseils éclairés aux cultivateurs de ces deux localités, nul doute que cette fois, « le numéro un djiboutien » s’entretiendra avec les nomades du Sud-ouest, de la riziculture en milieu aride. A moins que ce ne soit de l’autosuffisance en kath…

A ce chapitre, le jardin d’acclimatation du Day, propriété privée de notre agronome volant, accueille déjà plus de 2000 plants de khat tout droit venus de la région de Dire-Dawa. Une façon comme une autre de lutter contre l’érosion des hauts plateaux djiboutiens !

Yoboki :

Réhabilitation élec…toraliste ?

Après les réhabilitations ébranlées de Randa et d’Obock, le régime planche actuellement sur l’électrification bien tardive de Yoboki. Neuf ans après les accords d’Ab’a, cette localité abandonnée végète encore dans l’obscurité. Pré-campagne présidentielle oblige, les autorités semblent à présent décidées à la sortir des ténèbres dans lesquelles elle était injustement maintenue depuis 1992. Le groupe électrogène livré en 2002 attend peut-être la visite du Président lui aussi électrogène pour fonctionner.

Dans une logique d’esbroufe, le Commissaire de Dikhil évoque déjà la mise sur pied d’un comité de gestion du futur réseau électrique dont la mise en service est prévue dans trois mois. On se souvient du groupe électrogène de Randa qui a cessé de fonctionner, faute de carburant, dès le lendemain de son inauguration en grande pompe. Les habitants de Yoboki restent pantois devant ce qu’ils considèrent comme une gageure électoraliste. Après tout, ces populations n’oublient pas qu’à leur retour d’exil, elles ont dû attendre près de dix ans pour entendre à nouveau parler d’électricité.

En attendant, il reste les habitations détruites à reconstruire, les démobilisés à réinsérer, toutes les victimes ayant perdu leurs biens à indemniser. Pari impossible à tenir par ce régime se nourrissant de la détresse de ses concitoyens en les abrutissant avec du khat financé avec les deniers publics. Pur délire que prétendre pouvoir convaincre ainsi une population oubliée depuis si longtemps. Avant de renouer avec la lumière, la vraie, Yoboki entend se libérer de l’obscurantisme imposé pour ce régime paternaliste et sectaire.

Education Nationale :

Le triangle de l’ignorance

Hanlé, Galafi, Gagadé, Assal, toutes ces régions bien peuplées du district de Dikhil se singularisent par un injuste et criminel abandon dans le domaine de l’Éducation. En effet, aucune école n’y a été construite en un quart de siècle d’indépendance. Les habitants de ces contrées n’ont ni école, ni dispensaire, ni même de pièces d’identité. Ils se considèrent comme les damnés de notre pays.

En février 2002, lors d’un pompeux séminaire sur l’action gouvernementale, le Vice-président du Conseil régional coopté de Dikhil avait courageusement évoqué la gravité de la situation dans ces régions, sans être entendu. Un véritable développement respectueux des populations commence par la lutte contre l’ignorance, en un mot par l’éducation des enfants, avant le GSM et la Télévision !

Damerjog :

Futur ranch agropastoral ?

Nul n’est censé l’ignorer, notre Président est un amoureux de la terre. Anticipant sur l’installation à Damerjog d’un Centre Régional d’Exportation de Bétail, notre illustre paysan y disposerait déjà d’une propriété à finalité agropastorale. Les méchantes langues affirment même qu’il compte y pratiquer la riziculture apprise au Japon paraît-il. La future rizière serait irriguée à partir de l’eau de mer dessalée par une usine devant être installée su la côte et destinée à fournir de l’eau douce pour les millions de tête de bétail qui transiteront par cette localité de Damerjog.

On n’arrête pas le progrès agropastoral de notre pays et de son Président. Pour l’heure, Damerjog reste reliée à la Capitale par une piste qui attend d’être goudronnée comme celles des autres zones rurales.

Port pétrolier de Doraleh :

En attendant l’Oléoduc ?

Les ports d’Aden (Yémen) et de Salalah (Oman) n’ont qu’à bien se tenir. Le futur port de Doraleh (voulu par le Chef de l’État) et dont le Conseil d’Administration déjà en place est présidé par un très proche du « promoteur », deviendra à n’en pas douter le plus performant de la région, et pour cause : des gisements de pétrole découverts paraît-il dans la zone côtière du nord-est du Somaliland, seraient bientôt mises en exploitation. Il s’agit donc à présent de plancher sur la faisabilité d’un projet d’oléoduc qui relierait cette région pétrolifère du Somaliland au futur terminal pétrolier de Doraleh. Il fallait y penser ! Depuis que l’Emirat de Dubaï est devenu notre modèle…

Clandestins :

Retour à la case départ

Le régime a beau claironner que des centaines d’étrangers en situation irrégulière ont été refoulés depuis le début des rafles, on observe depuis plusieurs jours un mouvement en sens inverse. Les immigrés reviennent dans la Capitale. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la cohorte des mendiants et autres sans domicile fixe qui errent en ville. Ce mouvement de retour est rendu possible par l’existence de trois facteurs : la porosité de nos frontières, le dynamisme des passeurs professionnels et le dépeuplement progressif du camp d’Awr-Aoussa au profit de la Capitale.

A ce rythme, d’ici le mois du Ramadan, Djibouti retrouvera son visage d’avant le mois d’Août. Conçue dans une logique démagogique et électoraliste, la brutale et maladroite lutte contre l’immigration clandestine mise en œuvre par le régime ne pouvait que lamentablement échouer.

Ce docteur m’abuse :

L’honneur sans cause

La communauté internationale est décidément ingrate : bien qu’il ait inventé une approche révolutionnaire dans le règlement des conflits (faire la paix sans ceux qui font la guerre) et bien que le Budget du pays ait beaucoup souffert de la générosité d’Arta, le prix Nobel de la paix n’a pas été décernée au Chef de l’Etat djiboutien pour son inestimable contribution à la réconciliation intersomalienne. Les ingrats l’auraient même oublié, lui préférant d’ombrageux voisins, puisque notre pays ne semble pas avoir été le bienvenu à la énième conférence des chefs de guerre qui se tient actuellement au Kenya.

Qu’à cela ne tienne ! l’intolérable injustice ainsi commise est aujourd’hui réparée : une illustre université japonaise reconnaît enfin ses incommensurables qualités, qui vient de lui accorder le titre de docteur honoris causa. Le quidam national est sommé de gober la plaisanterie internationale, même s’il sait qu’une telle distinction est généralement une sorte de transaction au terme de laquelle une université rehausse son propre prestige en distinguant une personnalité ayant elle-même un cursus académique et une action politique incontestables.

Sans avoir à évoquer la prétention présidentielle d’introduire à Djibouti la culture du riz jaune (sans rire, bien entendu !), les motifs invoqués pour cette distinction honorifique laissent perplexes : c’est à se demander si l’honorable université nippone ne s’est tout simplement pas trompé d’impétrant.

En effet, comment rester sérieux lorsque l’on apprend, dans les colonnes de « La Nation », que le Chef de l’État a été distingué pour « son encouragement à l’égard de l’Université d’Agriculture de Tokyo dans son projet intitulé ‘’le reboisement du désert’’ » ? Il y a une nouvelle coopération Sud-Nord dont nous ne sommes apparemment pas au courant.

Quant à « ses efforts entrepris dans la lutte contre la famine et la désertification, son combat pour l’autosuffisance énergétique, son initiation d’une grande campagne « vert » visant la régénération de la végétation et la lutte contre la pauvreté, son rôle actif dans le développement et l’amélioration de l’agriculture, dans la lutte pour la préservation de l’environnement » (excusez du peu), au-delà des répétitions qu’impose l’hagiographie officielle, il est malheureux de constater que la réalité nationale ne corrobore absolument pas de tels exploits.

La dégradation des conditions de vie, de l’environnement, l’état d’abandon des régions de l’Intérieur démontrent tout le contraire. A moins que l’auguste institution ait pris le projet présidentiel d’acclimatation du khat et du café au Day pour une action visant à l’autosuffisance alimentaire et à la protection de cette forêt unique en son genre.

Il faut être irresponsable RPP ou quelque fonctionnaire international pour prétendre que tout va bien. Heureusement, si les Djiboutiens ont beaucoup moins de raisons que les Irakiens d’être désespérés de l’impuissance des Nations Unies, le Japon est pour nous un partenaire de développement constant et efficace qui vaut bien que lui soit pardonné ce doctorat de circonstance.

Service National Adapté :

Le grand bluff de l’insertion sociale des jeunes

Dans un pays où le chômage frappe la quasi totalité des jeunes en âge de travailler et vu le mécontentement grandissant de cette catégorie sociale, le régime en panne d’imagination n’a rien trouvé de mieux que de tenter l’embrigadement. Ce projet loufoque œuvre de l’imagination débordante de notre Einstein national a été confié pour explication à deux spécialistes de « la gestion de vraie problématique» : le Premier Ministre et le Ministre de la Défense. Ce dernier, au gouvernement depuis plus de 8 ans et de surcroît signataire d’un accord de paix avec le régime, oublie que plus d’un millier de démobilisés du Frud d’Ab’a attendent une vraie réinsertion.

Quant au numéro deux virtuel du régime, par ailleurs négociateur de l’accord cadre de réformes et de concorde civile de février 2000, et responsable de tutelle du Prac (Programme de Réinsertion des Anciens Combattants) , se souvient-il des 774 démobilisés du Frud-armé qui ne bénéficient d’aucune réinsertion sociale ?

En cette période préélectorale, le régime ne sait plus à quel saint se vouer pour appâter les jeunes. La formation professionnelle n’a jamais constituée une priorité gouvernementale. La preuve: l’Éducation nationale fabrique elle-même chaque année des milliers de chômeurs.


Géostratégie du légionnaire

 

du mercredi 24 septembre 2003

C’est le bordel à Djibouti

On savait depuis longtemps que ce n’était pas la réussite de ce régime qui propulsait notre pays sur le devant de l’actualité internationale. On apprend aujourd’hui, aux dépens de notre honneur national, que ce n’est pas non plus les seuls attraits géostratégiques qui attirent l’attention internationale sur les manœuvres de la présence militaire étrangère. Loin des considérations tactiques de la lutte antiterroriste, le scandale qui secoue actuellement les sphères galonnées tricolores, et que révèle le document ci-dessous reproduit du Canard Enchaîné, concerne le commerce des corps, souvent mineurs. Et interpelle sur la responsabilité du régime en place dans cette intolérable prostitution.

Alors qu’ils travaillaient sur une affaire de corruption qui éclabousse l’armée à Djibouti, les pandores sont tombés sur plus surprenant encore. Dans l’une de ses dépositions, un officier gardé à vue a craché le morceau sur la gestion du bordel qui jouxte l’enceinte du camp militaire de la Légion étrangère.

Ce « pouf », selon l’expression en vigueur chez les képis blancs, avait déjà eu les honneurs du « Canard » le 18 juin dernier. Pour y avoir abusé de gamines dont la plus âgée avait onze ans, un caporal répondant au nom de Colin Powell (rigoureusement sic) avait été interpellé par les gendarmes. Mais, bien que relevant du tribunal aux armées de Paris, selon les accords franco-djiboutiens, l’intéressé avait récupéré fissa par la Légion et remis aux autorités locales. Lesquelles l’avaient condamné à… 3 mois de prison (pour ce genre de facéties, c’est 10 ans, selon le Code pénal français).

Or la déposition récente de cet officier mis en garde à vue dans une autre affaire éclaire d’un jour nouveau l’obligeance de ces messieurs à képi blanc envers un des leurs. « Quand je suis arrivé à la division, explique le mouchard, j’ai été mis au courant de l’existence d’un cahier qui devait être tenu secret et que chaque chef de corps remettait à son successeur. Ce cahier relatait tout l’historique financier des différents « poufs » (maison close militaire). Sur ce cahier apparaissaient les noms des différents chefs de corps ayant autorisé cette activité au sein du régiment. »

Et le naïf de narrer par le menu le malaise du nouveau patron du régiment découvrant le fameux « cahier » avec les noms de « généraux actuels qui y figuraient », et demandant, après l’avoir mis au coffre, « que personne n’en parle». « Toutes les personnes dont le nom figure sur ce cahier pourraient être accusées de proxénétisme aggravé et de détournement de fonds. » Des généraux maquereaux, quelle affiche !

L’ambiance est telle, sur place, qu’en sortant de sa garde à vue le témoin a souscrit une assurance-vie ! Mais les pandores, qui travaillent sur commission rogatoire, sont bien décidés à mettre la main sur l’encombrant brûlot. Car, depuis la fin de la guerre d’Algérie, les bordels sont interdits dans les armées. Une exception avait été faite pour la Légion étrangère, jusqu’en 1978, époque à laquelle Bourges avait ordonné la fermeture de tous les établissements. Au grand dam des anciens.

A Djibouti pourtant, le petit commerce a perduré jusqu’en 1993. mais, lors d’une inspection, un général a finalement exigé que le pouf soit installé à l’extérieur du camp militaire. On l’a donc collé de l’autre côté du grillage. « Dans le cadastre, ce n’est plus une emprise française », se marre un gradé. Mais le nom des généraux, lui, est bien à l’intérieur… du cahier.

B.R.

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COMMENTAIRE

A moins de supposer une extraterritorialité, une sorte de « zone franche sexuelle », il est légitime de penser que ce bordel est une société commerciale de droit djiboutien, appartenant à des Djiboutiens et dont les bénéfices vont à des Djiboutiens : le régime RPP est au moins son complice, sinon son actionnaire. Qui sont donc ces malheureuses prostituées, souvent mineures ? Françaises : strictement impossible ! Immigrées clandestines : quelques-unes, mais certainement majeures. Djiboutiennes : au moins les mineures, à n’en pas douter. Beaucoup de bruits courent à propos de réseaux djiboutiens de prostitution, dont un à Ambouli.

Le mode de recrutement de la Légion étrangère ainsi que la misère sexuelle des garnisons peuvent largement expliquer de tels comportements déviants. Mais que la Justice djiboutienne ne réprime pas ces perversions, surtout le trafic de mineures, en dit long sur la moralité qui règne dans certaines sphères dirigeantes et de leur prétendue « promotion de la femme ». Réalité mène son enquête et livrera bientôt ses conclusions.


En hommage à Edward Saïd

L’œuvre du grand intellectuel, Edward Saïd, récemment décédé, mérite d’être connue. Son origine palestinienne donnait à ses écrits une impression d’écorché vif, tandis que sa citoyenneté américaine d’adoption se retrouvait dans sa totale liberté de pensée, loin du conformisme ambiant. Voici un texte publié dans Le Monde Diplomatique d’août 1998 dans lequel il invite les intellectuels arabes à éviter les explications trop faciles dans la recherche d’une solution au problème israélo-palestinien.


RÉPONSE AUX INTELLECTUELS ARABES FASCINÉS PAR ROGER GARAUDY

Israël-Palestine, une troisième voie, par EDWARD SAÎD

La décision prise, cet été, par le gouvernement israélien d’accélérer la judaïsation de Jérusalem-Est confirme l’échec des accords d’Oslo. Cette impasse ravive le débat entre intellectuels arabes sur les responsabilités qui leur incombent. Ainsi nombre d’entre eux – à de très rares et courageuses exceptions près – saluent en Roger Garaudy, dont souvent ils ne connaissent pas les derniers livres, un défenseur de l’islam victime de la censure occidentale. Très critique envers ce dernier ainsi qu’à l’égard de ses partisans arabes, notamment égyptiens, Edward W. Saïd revient ici sur la question de l’engagement moral et politique de l’intellectuel arabe ou israélien.

MAINTENANT qu’Oslo s’est révélé foncièrement inopérant et impraticable, il serait pour le moins souhaitable que les défenseurs arabes, israéliens et autres de cet accord se décident à faire un effort de clarté. Un certain nombre de points préliminaires semblent s’imposer à cet égard; pour commencer, que le terme de « paix » est un mot désormais discrédité, voire frauduleux, dont l’usage a montré qu’il ne constitue aucune garantie contre l’avènement de nouvelles entreprises de répression et de destruction à l’encontre du peuple palestinien. Comment peut-on décemment continuer à parler de « paix » alors qu’Israël ne cesse, à force de pouvoir et d’arrogance, de démolir, d’interdire, de confisquer les terres, de procéder à des arrestations et de pratiquer la torture (1)?

L’historien romain Tacite disait de la conquête de l’Angleterre qu’ « ils [les soldats romains] avaient créé la désolation et lui avaient donné le nom de paix ». C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui dans les territoires occupés, et ce avec la collaboration de l’Autorité palestinienne, des États arabes (à peu d’exceptions près), d’Israël et des États-unis.

Il est, d’autre part, inutile et vain de penser que l’on peut sortir de l’impasse par un retour au passé. Nous ne pouvons ni revenir aux jours d’avant la guerre de 1967 ni accepter le recours à des slogans de rejet et de ségrégation, prétendument inspirés de l’âge d’or de l’islam. Comme le disent aussi bien Israël Shahak (2) qu’Azmi Bishara (3), il faut, pour défaire l’injustice, créer davantage de justice et non pas de nouvelles formes de surenchère du type: « Ils ont un État juif, nous voulons un État islamique. » Sans compter qu’il est stupide de vouloir imposer un boycottage à tout ce qui est israélien (mode de pensée actuellement en vogue dans plus d’un cercle d’intellectuels progressistes arabes), et de prétendre que c’est là que se trouve la vraie voie du nationalisme.

Et le million de Palestiniens qui sont citoyens israéliens, faut-il aussi les boycotter, comme ce fut le cas dans les années 50? Et les Israéliens qui appuient notre combat, faut-il qu’ils soient boycottés parce qu’ils sont israéliens? Une telle attitude équivaut à nier le triomphe du peuple sud-africain sur l’apartheid et à faire fi de toutes les victoires de la justice dues à la coopération politique non violente entre gens de même opinion situés des deux côtés d’une frontière mobile. Comme je l’ai écrit récemment (4), nous ne pouvons gagner cette bataille en souhaitant que les juifs s’en aillent ou en prônant l’islamisation: nous avons besoin de ceux qui de l’autre côté de la frontière sont partisans de notre lutte. Nous nous devons de franchir cette ligne de séparation que les accords d’Oslo ont, entre autres, consacrée et qui maintient une situation d’apartheid entre juifs et Arabes en Palestine. La franchir et non pas la renforcer.

Enfin, et ce point est sans doute le plus important, il y a une différence majeure entre un comportement politique et un comportement intellectuel. Le rôle de l’intellectuel est de dire aussi pleinement, aussi honnêtement et aussi directement que possible la vérité. Cela implique qu’il ne se soucie ni de plaire ou déplaire au pouvoir, ni de s’inscrire dans la logique d’un gouvernement, ni de répondre à un intérêt de carrière. Le comportement politique repose, en revanche, sur des considérations d’intérêts et de maintien de pouvoir. Il est évident, à cet égard, que la poursuite de la voie tracée par les accords d’Oslo place les États arabes, l’Autorité palestinienne ainsi que le gouvernement israélien dans une position strictement politique et non pas intellectuelle.

Prenez, par exemple, la déclaration conjointe des Égyptiens (Société du Caire pour la paix) et des Israéliens (La Paix maintenant) (5), retirez- en les phrases redondantes sur la « paix » et constatez le résultat: vous avez là non seulement un endossement d’Oslo, mais aussi un retour à l’esprit des accords de Camp David entre Anouar El Sadate et Menahem Begin à la fin des années 70, ici décrits comme un modèle de courage, d’une importance décisive. Tout cela est très bien, à cela près que l’on est tout de même en droit de se demander ce qu’il en est des Palestiniens dans cette affaire. Ni la question de leur autodétermination ni celle de leur territoire ne sont mentionnées dans ce fameux « modèle de courage » que sont les accords de Camp David.

Que penserait-on si une poignée d’Israéliens et de Palestiniens formulaient ensemble de vibrantes proclamations de paix israélo-syriennes en lieu et place de ces deux gouvernements? Au nom de quoi deux parties, l’une étant l’oppresseur des Palestiniens et l’autre s’arrogeant le droit de parler pour eux, seraient-elles habilitées à concevoir l’issue d’un conflit qui ne les oppose pas directement? Sans compter que, s’il devait s’agir d’en appeler à l’actuel gouvernement israélien, cela équivaudrait à demander au comte Dracula de nous vanter les vertus du régime végétarien! Bref, un tel comportement politique ne fait qu’abonder dans le sens d’un processus agonisant, celui d’Oslo, et hypothèque les chances d’une vraie paix, en opposition à la paix frauduleuse américano-israélienne. Néanmoins, il est intellectuellement irresponsable de revenir au confort de l’esprit de boycottage qui se répand actuellement dans un certain nombre de pays arabes. Cette sorte de tactique (pas plus maligne que l’entêtement d’une huître à chercher son chemin dans le sable) constitue une pure régression.

Israël n’est ni l’Afrique du Sud, ni l’Algérie, ni le Vietnam. Et, que cela nous plaise ou non, les juifs ne sont pas des colonialistes ordinaires. Oui, ils ont souffert de l’Holocauste, oui, nombre d’entre eux sont victimes d’antisémitisme. Non, ces faits ne leur donnent pas le droit d’exercer ou de poursuivre une politique de dépossession à l’encontre d’un peuple qui ne porte aucune responsabilité dans l’histoire de leurs malheurs. Je le dis et le répète depuis vingt ans: nous n’avons pas d’option militaire dans ce conflit et n’en aurons pas de sitôt. D’ailleurs, en dépit de leur énorme pouvoir, les Israéliens n’ont pas réussi, de leur côté, à obtenir la sécurité qu’ils souhaitaient. Il ne faut pas oublier non plus que les Israéliens ne sont pas tous les mêmes, et que nous nous devons, quoi qu’il arrive, d’apprendre à vivre avec eux de la manière la moins injuste ou, mieux encore, la plus juste possible.

La troisième voie dont je parle se démarque aussi bien de la faillite d’Oslo que des politiques rétrogrades de boycottage. Elle nécessite, tout d’abord, d’être conçue en termes de citoyenneté et non de nationalisme, dans la mesure où la notion de séparation (Oslo) et d’un nationalisme théocratique triomphaliste, qu’il soit juif ou musulman, ne répond ni ne traite des réalités qui nous attendent. Ce concept de citoyenneté implique que tout individu bénéficie d’un même droit, fondé non sur la race ou la religion, mais sur une égalité de justice garantie par la Constitution, concept inconciliable avec la notion largement dépassée d’une Palestine « purifiée » de ses « ennemis ». Qu’elle soit pratiquée par les Serbes, par les sionistes ou par le Hamas, la purification ethnique est la purification ethnique.

La position qu’Azmi Bishara et plus d’un juif israélien – tel Ilan Pappé (6) – tentent à présent de faire entendre et de promouvoir politiquement est une position qui accorde les mêmes droits aux juifs et aux Palestiniens qui se trouvent au sein de l’État juif. Et on ne voit pas pourquoi ce même principe d’égalité ne serait pas applicable dans les territoires occupés, où les Palestiniens et les juifs israéliens vivent côte à côte, sachant qu’à l’heure actuelle un peuple – les juifs israéliens – domine l’autre. Le choix est clair: c’est soit l’apartheid, soit la justice et la citoyenneté.

Le véritable enjeu se pose ici en termes de clarté et de courage intellectuels, un enjeu qui consiste à combattre toute discrimination raciale, d’où qu’elle vienne. Or il s’insinue, à l’heure actuelle, dans le discours et la pensée politiques d’un certain nombre d’intellectuels arabes une mauvaise vague d’antisémitisme rampant et d’hypocrite vertu. Une chose doit être claire: nous ne combattons pas les injustices du sionisme pour les remplacer par un nationalisme odieux (religieux ou civil) qui décréterait les Arabes de Palestine plus égaux que d’autres.

L’histoire du monde arabe moderne, avec son cortège d’échecs politiques, de violations des droits humains, d’incroyables incompétences militaires, de baisses de production (le tout accompagné du fait que, plus qu’aucun autre peuple moderne, nous reculons au lieu d’avancer en matière de démocratie, de technologie et de sciences), cette histoire est déformée par toutes sortes de poncifs et d’idées indéfendables qui vont, notamment, jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Holocauste et la souffrance du peuple juif.

La thèse selon laquelle l’Holocauste ne serait qu’une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël. Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens, établir un lien et du même coup le mettre en cause pour ce qu’il recouvre d’hypocrisie et de déviation morale.

Abonder dans le sens de Roger Garaudy et de ses amis négationnistes au nom de la liberté d’expression est une ruse imbécile qui ne fait que nous discréditer davantage aux yeux du monde. C’est une preuve de méconnaissance fondamentale de l’histoire du monde dans lequel nous vivons, un signe d’incompétence et d’échec à mener une bataille digne. Pourquoi ne combattons-nous pas plus durement en faveur de la liberté d’expression dans nos propres sociétés, une liberté dont tout le monde sait qu’elle existe à peine? Les mesures d’oppression et de censure de la presse et de l’opinion publique sont tout de même autrement plus inquiétantes dans le monde arabe qu’en France! Pourquoi ne pas concentrer nos efforts à les combattre plutôt que de s’exciter à défendre M. Garaudy et à se fourvoyer au point que certains, et parmi eux des intellectuels de renom, n’hésitent pas à ériger cet homme en Zola!

Des pays tels que l’Égypte et le Liban comptent respectivement 130 000 et 400 000 réfugiés palestiniens de 1948. Et voilà cinquante ans que ces derniers n’ont pas droit, pour la plupart, à un permis légal de séjour. Traités en ennemis par les États arabes qui les hébergent, ils sont privés de permis de travail, d’accès à l’éducation ainsi que d’assistance sociale ou médicale, et ils sont de surcroît sommés de se présenter à la police tous les mois. Oubliés de tous, n’appartenant ni à un lieu ni à un autre, ils vivent une situation littéralement kafkaïenne. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que des intellectuels responsables se mobilisent, dans les pays concernés, pour l’amélioration de leurs conditions de vie. L’obtention d’une aide humanitaire élémentaire et la levée des mesures discriminatoires auraient été bien plus utiles à la cause palestinienne que la pléthore de théories auxquelles nous avons droit, qu’il s’agisse de déclarations contre la « normalisation » ou pour les « nouvelles initiatives de paix » entre gouvernements égyptien et israélien.

Ce n’est pas tout. Suite à un article, publié en novembre dernier, dans lequel j’évoquais la question de l’Holocauste (7), j’ai été l’objet des plus stupides diffamations que je n’aurais pu imaginer. Un intellectuel bien connu a été jusqu’à m’accuser de chercher à obtenir un certificat de bonne conduite auprès du lobby sioniste. Bien sûr que je suis en faveur du droit de Garaudy à dire ce qui lui plaît et bien sûr que je m’oppose à cette lamentable loi Gayssot qui a servi à son procès et à sa condamnation (8). Il n’en demeure pas moins que son propos est vide de réalité et irresponsable, et que l’endosser consiste nécessairement à rejoindre le camp de M. Jean-Marie Le Pen et de tous les éléments fascistes et rétrogrades de l’extrême droite française.

LE combat que nous menons est un combat pour la démocratie et l’égalité des droits, pour un Etat ou une République laïque dont tous les membres sont citoyens égaux, et non pas un faux combat inspiré d’un passé mythologique et lointain, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Le génie de la civilisation arabe trouve son apogée dans l’Andalousie pluriculturelle, pluri religieuse et pluriethnique. Voilà un idéal à suivre en lieu et place d’un processus d’Oslo moribond et d’une attitude malsaine de rejet négationniste. La lettre tue, mais l’esprit donne vie, comme il est dit dans la Bible.

Nous devrions concentrer notre résistance sur le combat contre les colonies israéliennes, à partir de manifestations non violentes qui soient de nature à entraver la confiscation des terres, à créer des institutions civiles démocratiques et solides (hôpitaux, cliniques, écoles et universités, actuellement en terrible déclin, ainsi que d’autres projets d’amélioration de l’infrastructure) et à mettre en évidence le contenu d’apartheid inhérent au sionisme.

Compte tenu de l’impasse, il est beaucoup question, à l’heure actuelle, d’une imminente explosion. Or, quand bien même ces prévisions se vérifieraient, elles ne doivent pas nous faire oublier la construction de l’avenir, sachant que ni l’improvisation ni la violence ne sont de nature à garantir la création et la consolidation d’institutions démocratiques.

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Notes:

(1) Lire Edward W. Saïd, « La Palestine n’a pas disparu », Le Monde diplomatique, mai 1998. Toutes les notes de cet article sont de la rédaction du Monde diplomatique, ainsi que les surtitres, le titre et les intertitres.

(2) Ancien dirigeant de la Ligue des droits de l’homme, M. Israël Shahak a été l’un des intellectuels juifs israéliens les plus engagés dans la défense des droits des Palestiniens. Il a notamment écrit Jewish History, Jewish Religion. The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, Londres, 1994 (voir Le Monde diplomatique, août 1994).

(3) Professeur de philosophie à l’université de Bir Zeit, dirigeant de l’Alliance nationale démocratique, élu député à la Knesset le 29 mai 1996 sur une liste commune avec le Parti communiste israélien, M. Azmi Bishara est désormais l’une des figures marquantes du combat pour l’égalité des droits et l’autonomie des Arabes israéliens. Il s’est déclaré candidat au poste de premier ministre d’Israël.

(4) Al Hayat, Londres, 9 juin 1998.

(5) Lire Mohamed Sid-Ahmed, « Les intellectuels arabes et le dialogue », « Proche-Orient 1967-1997: la paix introuvable », in Manière de voir, n° 34, mai 1997.

(6) De tous les « nouveaux historiens » israéliens, M. Ilan Pappé passe pour le plus engagé, historiquement et politiquement – il est membre du Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash). Lire Dominique Vidal, Le Péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens, Éditions de l’Atelier, Paris, 1998.

(7) Al Hayat, 5 novembre 1997.

(8) Adoptée le 13 juillet 1990, la loi dite loi Gayssot, du nom du dirigeant du Parti communiste français qui l’avait proposée, modifie la loi française sur la liberté de presse par l’adjonction d’un article 24 bis, qui rend passible de sanctions (emprisonnement d’un an et amende de 300 000 francs, augmentés de diverses peines annexes) quiconque conteste « l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale ».

Des personnalités de grand prestige intellectuel et connues pour leur combat contre le négationnisme – comme le professeur Pierre Vidal-Naquet, auteur des Assassins de la mémoire (Le Seuil, Paris, 1995), et Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme – se sont interrogées sur la pertinence d’une loi qui établit en quelque sorte une « vérité d’État » (lire Le Monde, 4 mai et 21 mai 1996).

Saisi par le négationniste Robert Faurisson, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a toutefois considéré, en novembre 1996, que la loi Gayssot ne portait pas atteinte à la liberté d’expression.


De la Tchétchénie à Israël

Dans le contexte actuel des guerres chaudes en cours depuis la fin de la guerre froide (que ce soit au Proche-Orient, en Tchétchénie ou ailleurs) il y a, si tant est qu’il s’agisse d’un jeu « maldonne» , jeu auquel s’adonnent tous ceux qui ne croient qu’à la force brute. Courte vue ! l’Histoire, pourtant pleine d’enseignements, nous rappelle entre autres leçons que les rapports de force sont par définition contingents.


En espérant nous tromper, nous écrivions et prédisions dans quelques lignes consacrées à la guerre en Tchétchénie au lendemain de la prise d’otages dans un théâtre moscovite par un commando tchétchène que « d’une part et d’autre, un degré sera franchi dans l’horreur ». Ce qui malheureusement eut lieu. En réponse à cet acte désespéré la Russie de Poutine a lancé une énième offensive dans cette république du Caucase. Exactions et exécutions sommaires sont opérées à grande échelle sur ordre et à « huis clos » tant par l’armée rouge que par la milice du tout dernier président tchétchène sponsorisé par Moscou, M. Ahmed Kadirov, lui aussi élu à « huis clos ».

D’après la presse internationale, les USA ont volontairement fermé les yeux sur le génocide en cours dans le Caucase parce que présenté par Poutine comme étant une lutte contre le « terrorisme ». Comment ? Tous les hommes en âge de combattre (plus de treize ans) sont exécutés. La terre brûlée et les femmes violées… Justement c’est elles qui montent au créneau la-bàs et ailleurs. Pharaon épargnait les femmes et tuait les fils d’Israël. Les russes les violent. Ce n’est donc pas un hasard si toutes les femmes figuraient dans ce fameux commando comme il n’est pas fortuit qu’une avocate palestinienne s’explose et tue sans discernement. Ce que Hitler n’a pas réussi contre le peuple juif, les gouvernements actuels d’Israël ne le réussiront par contre le peuple palestinien. Poutine n’aura pas plus de succès que Staline et ses prédécesseurs contre la chevaleresque résistance du peuple tchétchène qui a plus aujourd’hui qu’avant d’insondables profondeurs stratégiques ?

Contrairement à une idée reçue et paresseusement acceptée, ce n’est pas l’Amérique de Bush qui a inventé la politique de la « guerre préventive ». Les administrations US (Démocrates et Républicains) ont par contre conçu et plus ou moins efficacement appliqué « la containment policy ». Endiguer toute menace communisante sur la planète terre. La « guerre préventive » quant à elle a été conçue par les Romains (qui veut la paix prépare la guerre) et pratiquée depuis sa création par l’État sioniste : La destruction d’une centrale nucléaire à usage civil à Tamuz en 1979 en Irak (déjà) mais aussi Sabra et Chatila et les assassinats ciblés des résistants palestiniens en Tunisie (Sidi Bou Said, Carthage…), au Liban ou ailleurs.

Ce qui nous autorise à avancer au risque de déplaire, qu’Israël a « soufflé » à G.W.Bush et à son administration ce concept de « guerre préventive ». Nous n’affirmerons pas que Bush et son administration sont les otages d’un lobby sioniste mais le soutien inconditionnel, les veto US contre les résolutions des Nations Unis condamnant Israël, la constante générosité de l’oncle Sam (plusieurs milliards de dollars) a été et demeure suspect aux yeux du reste du monde.

Du coup, le seul gendarme du monde que sont aujourd’hui devenus les USA pour le moment, s’aliène la sympathie du monde Arabo-musulman dont l’écrasante majorité rejette en bloc cette violence aveugle commise en son nom par des groupuscules dont la prolifération et la détermination sont proportionnelles à la paranoïa et l’agressivité des « forces coalisées ». La poursuite par Israël de cette politique (attaque programmée depuis longtemps de la Syrie) de guerre préventive ainsi que son approbation diplomatique par Bush junior, n’augure rien de bon dans un proche avenir. Dans cette guéguerre, il n’est pas sûr que les détenteurs de bombes atomiques sortent vainqueurs. Combattre partout et tout le temps un invisible ennemi conduira inéluctablement les « coalisés » à la ruine financière !

Il y a pourtant de plus urgents et plus nobles combats à mener…


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