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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

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Réalité numéro 59 du mercredi 9 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Lu pour vous : Abdourahman Wabéri
  4. Droit de réponse de M. Eleyeh
  5. L’honnêteté sanctionnée
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 59

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial


Brèves nationales

Assises de l’ex parti unique :

Le parti d’un seul homme

Il n’aura donc fallu qu’une matinée de retrouvailles sans débat pour donner l’illusion d’un parti au pouvoir existant et travaillant. Ce conclave aura tout de même permis au Chef de l’État et président de cette formation de repeindre cette coquille vide à ses propres couleurs. L’éviction de quelques caciques du Bureau Politique ne s’est pas faite sans grincements de dents.

Quant aux nouveaux cooptés, il semble qu’ils avaient été plus choisis pour leur docilité avérée que pour une efficacité réelle. Ce vernissage démontre toutefois de manière flagrante que cette formation reste plus que jamais un parti-Etat sans base populaire, mais dirigé par les trois plus hauts responsables de l’État.

Loin d’améliorer son influence, ce rafistolage version présidentielle décrédibilisera davantage ce club de prédateurs honni par le Peuple.

En attendant sa totale disparition, cette machine à frauder demeure nuisible et réfractaire au changement, parce que bassement alimentaire. Fort heureusement, le parti d’un seul homme est surtout le parti d’un homme seul ayant fait le vide autour de lui.

Obock :

l’injustice toujours au rendez-vous

Sous le titre « Obock : l’espoir au rendez-vous », le journal gouvernemental « La Nation » en date du 3 juillet relatait les festivités du 27 juin dans cette ville sinistrée et toujours engluée dans des difficultés sociales incommensurables.

La seule perspective d’amélioration annoncée par l’article de ce journal d’opinion gouvernementale concernait la prochaine reconstruction des habitations détruites (et pillées) par les troupes gouvernementales au début du conflit civil.

Sachant que ce régime d’esbroufe cherche à récupérer à son profit les bénéfices de la générosité extérieure, nous avions quant à nous exprimé des réserves quant à cette réhabilitation à la réalisation de laquelle le FRUD-armé et les populations concernées n’avaient pas été associés. En effet, le projet de reconstruction des maisons d’Obock, financé par l’Union Européenne et exécuté par le PNUD, ne concerne qu’un quart (1/4) des habitations détruites et laisse toute latitude au régime d’établir sa liste sélective des futurs bénéficiaires, apparemment sélectionnés sur une base exclusivement partisane. C’est pour avoir dénoncé une telle injustice que le Président du Croissant-Rouge d’Obock, natif du coin faut-il le préciser et donc de ce fait mieux à même que sa hiérarchie djiboutoise d’apprécier les réalités de la détresse matérielle de sa ville natale, a été tout simplement démis de ses fonctions pour avoir dévoilé ce chantage au dénuement (lire sa correspondance en page 8).

Il n’est pas nouveau de constater que sous ce régime d’arbitraire, l’intégrité est un critère de sanction. Ce n’est pas une nouveauté. Rappelons que dans le cadre de la préparation de la tournée présidentielle de février 2002, le directeur de l’école d’Obock, interrogé par la RTD sur les problèmes scolaire de cette région, avait déclaré que les élèves du district d’Obock, comme tous ceux des zones affectées par le conflit, n’avaient pas bénéficié du soutien scolaire par dérogation exceptionnelle prévu dans les accords de paix de 1994 et 2001.

A croire que les médias gouvernementaux jouent principalement un rôle de délateur : pour avoir exprimé cette dramatique et criminelle réalité, ce directeur consciencieux a été muté à Djibouti-ville et mis en marge de l’enseignement pour se retrouver inactif dans un bureau, affecté à des activités bureaucratiques qui ne correspondent pas à sa vocation première.

Le régime djiboutien qui, pour des raisons difficilement compréhensibles pour le bon sens citoyen, a fait d’Obock son laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices sociales, serait mieux inspiré de ne pas remuer le couteau dans la plaie : ce sont de telles injustices qui sont directement à l’origine du conflit civil de dix ans que le Chef de l’État lui-même avait qualifié des « dix années les moins glorieuses de notre Histoire » dans son discours au Palais du Peuple un certain 12 mai 2001. Tout cela semble bien oublié.

Décentralisation et développement agropastoral :

Enfin, les masques tombent

Un an après la violation officielle de l’Accord de paix du 12 mai 2001, le régime récidive dans la provocation en concoctant unilatéralement un projet de loi antithèse de la Décentralisation telle que négociée par le FRUD-armé.

Un séminaire de sensibilisation de la société civile aux objectifs de cette loi foncière aurait été programmé pour la deuxième quinzaine du mois de juillet à Tadjourah.

On s’en souvient, lors de sa maladroite réponse à un courrier du Président Dini adressé au Chef de l’Etat, le Premier ministre niait catégoriquement une quelconque volonté d’expropriation, qualifiant mêmes nos craintes de « fantasmes ». Un an après, force est de reconnaître que si la décentralisation tarde à se mettre en place, une loi néfaste d’expropriation des terres relevant du droit coutumier est bel et bien en préparation. Les « fantasmes » décriés par le Premier ministre commencent à prendre forme politique sous le nom de loi d’Etat..

Si rien ne nous étonne de la part de ce régime irresponsable, il reste quand même des interrogations : qu’est ce qui peut bien pousser le pouvoir djiboutien à remettre en cause un statu quo foncier multiséculaire dont personne ne se plaint et qui n’entrave en rien le véritable développement ?

Pourquoi s’attaque-t-on maintenant à un pilier de la stabilité pastorale auquel ni le pouvoir colonial ni le régime dictatorial qui lui a succédé n’ont porté atteinte ? Après l’échec du développement durable et d’une réelle décentralisation, s’achemine-t-on cette fois vers le sabotage officiel de la Réconciliation nationale ?

Dans ces conditions, où va notre pays dirigé par un « Timonier » devenu tisonnier » ?


Lu pour vous : Abdourahman Wabéri

DAF, UN HOMME EN QUÊTE D’UN DESTIN

par ABDOURAHMAN A. WABERI, écrivain

Il est rare de rencontrer un homme lancé sur le sillon d’un destin qui dépasse sa personne physique et son histoire, un homme en phase avec les aspirations les plus partagées de son peuple. Un homme qui ne ménage pas ses efforts, qui n’économise ni son souffle ni sa salive. Un homme, enfin, qui, contre vents et marées, tient d’une main ferme son cap. Le cheptel politique de mon pays est tellement étique que les hommes qui font métier de la respublica se sont croisés tant et tellement de fois que les rancœurs personnelles, les inimitiés d’un autre temps (avant-hier, sous le régime colonial dirigé par Monsieur Ali Aref Bourhan ; hier, sous celui orageux de Monsieur Hassan Gouled Aptidon) et les attachements claniques au-delà du raisonnable brouillent dangereusement la lecture que l’on peut se faire de leurs actes et de leurs pensées.

Daher Ahmed Farah, très jeune, s’est montré attentif au sort d’autrui, aux plus défavorisés surtout. D’où son intérêt à la chose publique depuis ses années lycéennes. D’où sa trajectoire professionnelle heurtée (études de gestion, École de Saint-Cyr, travail à l’état-major, journaliste, enseignant, écrivain, militant, chef d’un parti etc.) qui démontre son immense curiosité et sa grande disponibilité. Il me souvient que ses adversaires ont insisté sur ce parcours peu commun pour y voir le signe d’une instabilité psychologique. Il n’en est rien. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage ! Foutaises, donc. Il m’en souvient aussi DAF est également romancier, le premier en date dans notre petite république – même s’il est vrai que Splendeur éphémère est loin d’avoir révolutionné l’art romanesque, y compris à Djibouti. C’était une œuvre de circonstance certes, il fallait la faire. Un point, c’est tout.

Depuis qu’il est rentré au pays, à la queue des années 1980, tout le monde s’accordera pour reconnaître que cet homme a beaucoup apporté à notre pays. Le courage et l’honnêteté exigent qu’on reconnaisse cela, surtout si l’on est en désaccord avec ses idées politiques. Ça s’appelle le fair-play.

Enfin, j’ai rencontré cet homme en quête de destin il y a quelques mois, à Djibouti. C’était une poignée de jours avant son avant-dernier embastillement dans la sinistre prison de Gabode. Je l’ai trouvé plus combatif qu’avant, plus calme aussi. Son constat après les élections législatives était sans appel, calmement devrais-je ajouter. Relisons ces quelques lignes extraites de sa Lettre à la jeunesse djiboutienne : « Ces souffrances sans nom [celles du peuple djiboutien, s’entend] ne sont pas tombées du ciel, pas plus qu’elles n’ont surgi du sol. Elles sont le produit d’un régime et de son système de gestion des affaires nationales. Elles sont les conséquences directes de l’alimentarisme de nos gouvernants qui allient absence de vision politique, cupidité, inertie et autres agissements fossoyeurs. C’est le fait de ces hommes et femmes dont le principal souci est de se servir de leur pays pour eux-mêmes au lieu de le servir au mieux de l’intérêt général.

Nos souffrances sont, en un mot, le prix que nous payons pour la prospérité exclusive de la poignée d’individus qui prétendent nous diriger. Nous souffrons et ils prospèrent sous nos yeux sommés de suivre en spectateurs captifs leur spectacle qui relève ridiculement du troupeau insatiable.

Mais, pour graves qu’elles soient, ces souffrances ne sont pas insurmontables. Nous pouvons les faire refluer jusqu’à totale disparition. C’est tout à fait possible. Mieux, cela ne dépend que de nous.

Pour y parvenir, refusons d’abord de renoncer. Ne nous laissons pas impressionner par le spectacle suranné des pâturants. Gardons la tête froide pour réagir avec méthode et résolution.

Une fois chassé le sentiment de découragement qui fait le lit de la résignation, disons-nous chacun que nous ne sommes pas seuls. Répétons-nous que c’est tout un pays qui doit trouver son salut, que la quasi-totalité des Djiboutiennes et Djiboutiens aspirent aujourd’hui au changement salvateur. Pourquoi ? Parce qu’il est psychologiquement réconfortant de ne pas se savoir seul. »

Qui pourrait honnêtement soutenir le contraire ? Quel Djiboutien/ne n’a pas, dans le secret de sa conscience, proféré les mots pour lui/elle-même, pour se convaincre qu’il/elle était en vie et en pleine possession des facultés intellectuelles ? Combien de privilégiés d’un instant dormiront tranquilles après ses paroles qui forent loin la conscience de chacun ?

Ce que d’aucuns n’osent pas encore en rêver, Daher Ahmed Farah le dit et l’écrit. C’est bien cela son seul crime. Que nous dit-il encore ? Eh bien ceci :
« À tous, je remémore que ce régime est incroyablement fragile et qu’il ne tient que par notre déficit de résistance collective. Très sincèrement, ce pouvoir est tout de faiblesses. Osons l’effort qui sauve.

Alors ACTION ! ACTION ! ACTION ! Sous toutes ses formes constructives.

La lutte continue… »

Ce lundi 16 juin 2003, cet homme affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de Justice. Cela nous concerne tous.

Bien citoyennement

A.A.W.

COMMENTAIRES : l’engagement aux côtés des forces du progrès et de la résistance du plus connu de nos écrivains constitue, à n’en pas douter, une contribution importante. Comme l’écrit Abdourahman Wabéri, DAF « affrontera à nouveau son destin… dans la cour d’un palais de justice » :ce mercredi, il doit comparaître devant les juges, la partie civile ayant décidé de faire appel.


Droit de réponse de M. Eleyeh

PETITION CONTRE LA BCI-MR : Réaction irréfléchie ou face cachée de « Réalité » ?

Notre article consacré aux déboires que connaît actuellement une grande banque de la place avec le régime (sous couvert d’une pétition dont le journal gouvernemental « La Nation » s’était fait l’écho) nous a valu un long droit de réponse d’un lecteur s’étant présenté comme membre d’une association de défense des consommateurs. Si nous laissons nos lecteur juges de savoir s’il existe une « face cachée de Réalité », nous avons estimé utile de reproduire intégralement ce droit de réponse, même si son auteur nous ayant demandé de préserver son anonymat, ce que, connaissant la nature répressive du système en place nous avons accepté. Ceci par souci de susciter un débat constructif autour de la seule question que pose ce sujet : existe-t-il à Djibouti une réelle société civile autonome, dont les différents segments sont capables de défendre leurs intérêts contre tous les abus quotidiens de ce régime autocratique ?


L’arrivée de votre journal dans le paysage méditico-politique, a été pour tout citoyen détestant le mensonge et les flagorneries, l’espoir de voir un jour la fin d’un système monolithique qu’on peut qualifier de «mafio-cratie ».

Dans une mentalité locale, où les retournements de veste, la sauvegarde des positions partisanes et particulières, ont biaisé l’environnement politique, il serait réconfortant pour nous, simples citoyens, que les hommes qui prônent une autre vision, adoptent une démarche courageuse et cohérente pour les multiples «campagnes de discrédit » menées par le pouvoir en place.

Je suis un fidèle lecteur du Renouveau et de Réalité car ces deux journaux préconisent le changement et la fin d’un système politique dont l’issue – si rien ne fait – nous conduira vers un non état et une anarchie à la somalienne.

Au delà de la sympathie politique que j’ai pour votre journal, j’apprécie énormément votre style et vos références qui tranchent avec les smicards de la «plume gouvernementale ».

Ceci dit, j’ai été attristé voire peiné que « mon journal » fait sien des méthodes des mercenaires de la plume locale. J’ai été consterné de voir dans l’édition du mercredi l8 juin 2003, un article intitulé «La mauvaise gouvernance contre la BCI-MR».

Dans ces lignes, vous fustigiez et pire encore vous ironisiez sur la réaction d’une société civile sans défense face au diktat de la BCI.

L’article paru sur « La Nation » auquel vous faites allusion, a été apprécié par tous les signataires de la pétition nationale, toute confession politique incluse.

Je ne crois pas que ce soit une « plume gouvernementale » qui l’a produit comme vous le devinez mais un jeune et courageux journaliste qui a servi d’écho amplificateur aux contestations murmurantes et susurrantes des clients de cette banque, moi le premier.

Son seul crime est peut-être d’avoir écrit sur « La Nation», journal fonctionnant avec les frais de contribuables mais réduit au rôle propagandiste et hagiographique d’un pouvoir qui n’est pourtant rien d’autre qu’un accident de l’histoire et restera sûrement demain comme une anecdote dans la mémoire citoyenne.

Cette façon de disqualifier par avance sans débats ni discernements, ressemble beaucoup au terrorisme de la pensée unique et inique que le pouvoir actuel nous impose depuis plus d’un quart de siècle.

En méditant sur votre réaction, je ne peux m’empêcher de me remémorer ces mots d’un grand journaliste «A pensée unique, pensée unique et demie: je te combats en t’ignorant à l’abri d’une superbe solitude où je n’entends que mon écho et ne voit que mon image».

C’est ainsi que nous vivons de curieux temps, de révision et d’inversion, de mensonges et d’impostures, où les mots sont vidés de toute vérité, où la liberté d’expression devient une dictature quotidienne, où la démocratie se dévoile en néototalitarisme.»

Sincèrement, j’ai été plus que surpris voire même choqué par votre réaction intempestive. Au fond, je me demande d’où vient l’allergie du journal « Réalité » ? Est-ce un des journaliste, qui a des intérêts à défendre à la BCI ou est-ce la ligne éditoriale qui joue la BCI contre les citoyens ?

Si la société civile s’organise en association des consommateurs pour défendre leurs intérêts y compris contre une banque, en quoi elle vous dérange?

Chaque chose a un début, demain peut être cette organisation embryonnaire d’une société sans boussole pour l’instant, dénoncera les insuffisances de l’État et demandera des comptes aux responsables politiques.

Alors, pour votre crédibilité et pour tous ceux qui croient à l’alternance (dont moi-même), il serait temps que « Réalité » cesse de faire le sniper embusqué qui se trompe de cible. Citoyennement.

Ileyeh

*

QUESTION A LA REPONSE

Défenseur des consommateurs : un don qui choque ou un Don Quichotte ?

Croyant à un regrettable malentendu, nous avons failli être agréablement surpris, presque sur le point de rêver d’une mobilisation citoyenne qui ne soit pas, pour une fois, instrumentalisée par le régime. En effet, nous n’avions pas saisi la raison de ce droit de réponse car, en ce qui concerne la pertinence d’une association de défense des consommateurs, même vis-à-vis d’une banque, nous pensions avoir été précis : « Quant à affirmer que les clients « exigent un peu de considération. Ils entendent se constituer en une association des consommateurs pour faire respecter leur intérêt », c’est une excellente nouvelle : à quand alors la défense des usagers d’une Voirie défaillante à cause de la mauvaise gouvernance, des fonctionnaires auxquels l’Etat n’est même pas capable d’assurer un salaire mensuel ? ».

Ce que vous avez compris comme ironie n’était qu’un vœu sincère de notre part. Tout le problème est donc là : si l’altruisme qu’implique la défense d’intérêts généraux (dans le cadre d’une association au service des consommateurs par exemple) ne nous a jamais semblé « un don qui choque », le procès d’intention que vous nous intentez nous amène à nous poser une question. A savoir : par votre démarche en faveur d’une pétition, ne seriez-vous pas en train de renouveler le personnage de Don Quichotte ?

Permettez-nous, tout d’abord, de vous rafraîchir la mémoire. Dans les années 70, une boulangerie de la place vendait aux djiboutiens du pain impropre à la consommation parce fait à partir d’une farine dans laquelle les charançons pullulaient. Pour mettre un terme à ce scandale, il a fallu qu’une certaine presse enquête puis, s’en fasse l’écho. Ce journal, vous vous en doutez, ce n’était pas « Le Réveil de Djibouti », organe de l’administration coloniale : c’était « Le Populaire », organe de la LPAI qui avait révélé ces faits discriminatoires.

Mutatis mutandis, nous persistons à croire que « La Nation » n’est pas la tribune appropriée pour faire avancer les choses dans le bon sens à Djibouti. Mais, contrairement à vous, ce n’est pas à cause de ceux que vous nommez avec un mépris inexplicable « les smicards de la plume gouvernementale » : comme la plupart des agents de l’État, ils ne font pas toujours ce qu’ils voudraient faire ; la preuve, ce sont souvent des pigistes plus exploités qu’ailleurs. Si les journalistes sont parfois courageux, comme vous le dites, le problème, c’est que le journal gouvernemental d’un régime despotique peu soucieux de pluralisme de l’information ou même de déontologie, étouffe ce genre de qualité : sa ligne éditoriale (si l’on ose ce non-sens), interdit de poser les problèmes que la police politique estime indignes d’être posés.

D’autre part, le jugement plutôt déplacé que ce journal gouvernemental s’est permis de porter à propos du contentieux opposant l’ancien Président du Croissant-Rouge d’Obock (lire en page 8), nous amène à penser qu’il ne se préoccupe pas toujours de la défense des faibles à laquelle vous prétendez : les habitants d’Obock et d’ailleurs, auxquels le régime refuse encore tout droit à la Réhabilitation, sont un peu plus nombreux que vos pétitionnaires clients de banque, à moins que votre association estime prématuré (ou déplacé) de se faire leur porte-voix.

En clair, si Don Quichotte se battait contre des ennemis imaginaires (des moulins en l’occurrence), il nous semble que votre association ( dont la discrétion étonne plus d’un) ne pose pas la vraie question, au moins dans le cas précis de cette pétition : pourquoi l’État djiboutien détenant 33% du capital de cette banque et constituant de ce fait une minorité, de blocage, ne défend-il pas lui-même ses citoyens au lieu de masquer son incompétence et son insouciance derrière la plume d’un de ses journalistes de service ?

Alors, de nous ou de vous, qui devrait réellement cesser de « faire le sniper embusqué qui se trompe de cible ? ». Demandez à nos cibles ce qu’elles pensent de nos tirs. Concitoyennement !


L’honnêteté sanctionnée

A propos de l’éviction du Président du Coissant-Rouge d’Obock

Djibouti, le 06/07 12003

A

Monsieur le Directeur

du Croissant Rouge Éternel de Djibouti

Monsieur ABDI KAIREH

Réponse à la mise au point par le Directeur

du croissant rouge paru sur la nation du jeudi 3 juillet 2003

En réponse à votre mise au point, j’ai le regret que votre réaction soit si déplacée car je n’ai fait que faire valoir au Ministre les droits des réels nécessiteux consistant à la réhabilitation de leurs logements endommagés par la guerre. Ceci n’est pas de la politique mais d’actes d’humanisme en faveur de personnes humaines.

J’ai voulu donner donc la priorité à ces gens en question et non aux terrains vides et aux habitations de fortune qui existaient avant la guerre et qui par surprise figure sur la liste.

C’est pourquoi, j’ai trouvé injuste que les vrais sinistrés de la guerre soient ignorés et que les autres soient servis alors qu’ils ne sont pas concernés par la réhabilitation.

Faisant donc profiter cette aide au nom de l’humanité aux personnes qui ont subi des préjudices par la guerre.

Quant à la décision de mon écartement de la présidence du croissant rouge branche d’Obock et mon remplacement par le vice-présidente, je souhaite à cette dernière un succès dans l’exercice de cette responsabilité ainsi qu’au comité.

Aussi, vous avez cité que les paragraphes

– Impartialité

– Neutralité

– Et Indépendance

Mais vous aviez omis le chapitre le plus important qui est d’ailleurs bien avant ces trois chapitres dans les statuts qu’est : L’humanité : qui est un mot très important et dont la signification prime sur tous les autres car un monde sans humanité n’est qu’une jungle

Le chapitre humanité stipule :

« Née du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, la croix rouge, sous son aspect international et national s’efforce de prévenir et d’alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes. Elle tend à protéger la vie et la santé ainsi qu’à faire respecter la personne humaine. Elle favorise la compréhension mutuelle l’amitié, la coopération et une paix durable entre tous les peuples. »

A mon avis il faudrait donner du sang nouveau à ces honorables organisations humanitaires «croissant rouge de Djibouti».

Et merci.

**

COMMENTAIRES : on savait qu’une administration démotivée par la mauvaise gouvernance ne pouvait qu’être déshumanisée, oubliant complètement la mission de service public qui doit être la sienne. Mais, dans le cas présent d’un fonctionnaire démis de ses fonctions pour avoir fait preuve de l’honnêteté qu’exige le travail humanitaire, c’est tout simplement le degré zéro de la morale. Ce n’est pas un scoop : tout le monde sait que dans ce régime délinquant, le Mal est devenu la norme des promotions partisanes. Même quand il s’agit de soulager une détresse humaine qu’un gouvernement peu soucieux de paix civile a largement contribué à provoquer : la preuve, c’est qu’il l’entretient encore en refusant toute Réhabilitation ! Si aucun citoyen n’est dupe, avis aux bailleurs de fonds.


* * *

Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

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Réalité numéro 58 du mercredi 2 juillet 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural
  4. Iznogoud : un nouveau Calife pour Djibouti ?
Directeur de Publication : ALI MAHAMADE HOUMEDCodirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 58

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

QUI EST DÉPHASÉ :

UN PEUPLE MALTRAITE OU UN RÉGIME IRRESPONSABLE ?

 

Passons sur le paradoxe : une Capitale illuminée pendant trois-quarts d’heure par les feux d’artifice alors que certains de ses quartiers sont plongés dans l’obscurité à cause des délestages dus à la mauvaise gouvernance. Évoquons la mauvaise conscience des fraudeurs officiels : l’énorme taux d’abstention de 51% à l’occasion de la dernière consultation électorale serait du à une dépolitisation des citoyens djiboutiens. Arrêtons-nous sur l’événement de la semaine : dans sa grande majorité, le Peuple ne s’est pas tellement senti concerné par les festivités du 27 juin. A qui la faute ?

Sans avoir à nécessairement verser dans la culpabilisation facile, dans laquelle beaucoup d’oppositions versent de par le monde, il est difficilement imaginable qu’un Peuple aussi martyrisé que le nôtre puisse, en toute inconscience, boycotter un événement pour lequel il a tant lutté et dont il attendait certainement tout, sauf de voir se détériorer ses conditions d’existence quotidienne. En clair, si les citoyens djiboutiens avaient quelque chose à fêter en ce 27 juin, ils se seraient manifestés de façon un peu plus évidente.

Il y a donc, manifestement un décalage entre l’ostentation que le régime cherche, en toute logique instrumentale, à donner à la célébration de l’Indépendance nationale et les réticences d’une population djiboutienne qui semble avoir plus de raisons de bouder que de s’amuser. Ce déphasage entre la propagande officielle et les attentes populaires pose ainsi la question de savoir d’où vient un aussi flagrant malaise.

Un premier élément de réponse, sous réserve d’une enquête d’opinion complémentaire, nous est fourni, autant que dan la pratique gouvernementale quotidienne, par certains aspects du discours présidentiel prononcé à cette occasion. C’est tout simplement sidérant. On y apprend par exemple que « la régularité des salaires figure parmi les résultats tangibles » obtenus par ce gouvernement de la mauvaise gouvernance : pourtant, le Chef de l’État devrait être le plus à même de savoir que les retards de salaire perdurent et que, si éclaircie il y a eu, c’est tant grâce à la générosité française qu’au prix d’un déficit des finances publiques. Il n’y a eu aucun miracle redevable à une saine gestion de nos ressources intérieures. Il serait donc pour le moins salutaire, et décent, que ses principaux collaborateurs informent enfin le Président de la République sur la dramatique détérioration du pouvoir d’achat des djiboutiens, très largement imputable non pas à une inflation importée à laquelle s’expose un pays qui ne produit absolument rien, mais essentiellement au gaspillage des rares ressources intérieures.

On y apprend également que le gouvernement aurait réussi à assurer « l’amélioration des conditions de vie des populations des districts de l’intérieur » : fondamentalement ubuesque, lorsque l’on sait qu’aucun emploi n’a pour le moment été créé dans ces régions. Plus gravement, une telle aberration constitue un défi au bon sens populaire comme une insulte aux attentes de ces populations, spécialement dans les zones dévastées par le conflit et auxquelles le régime refuse jusqu’à présent tout droit à la réhabilitation et à l’indemnisation. Accessoirement, le sabordage, initié au plus haut niveau de l’État, du processus de Décentralisation, est loin de plaider en faveur d’une quelconque intention sérieuse du régime en ce qui concerne un réel développement des districts de l’Intérieur.

Sans même évoquer une pratique gouvernementale largement dominée par le gaspillage et la corruption, le seul discours présidentiel prononcé à l’occasion de ce 27 juin montre de façon indubitable que si fossé il y a entre gouvernants et gouvernés, l’irresponsable responsabilité en incombe surtout à des dirigeants non seulement incapables de subvenir au minimum vital, mais bien coupables de nier l’injuste réalité à laquelle le Peuple djiboutien doit quotidiennement faire face.

Dans ces conditions, il est compréhensible que les citoyens djiboutiens aient préféré se prélasser en ce 27 juin plutôt que d’avoir l’impression de cautionner un régime responsable de la détérioration de leurs conditions d’existence. Il est peu probable que ce gouvernement des apparences tienne véritablement compte d’un tel désaveu : les fraudes électorales lui suffisent pour rester au pouvoir.

 

 


Brèves nationales

 

Les rodomontades du ministre-philosophe :

 

Cicéron ou fanfaron ?

 

En déplacement à Tadjourah dans le cadre des festivités du 27 juin, le Garde des Sceaux, peu loquace ces derniers temps, en a profité pour dispenser ex cathedra un cours de haute politique à l’intention des habitants de la Ville-Blanche, innocentes victimes de la politique gouvernementale. Il est étonnant que le représentant gouvernemental de la fraude ait pu oser donner des leçons de démocratie à des citoyens dont le libre choix du 10 janvier 2003 a été confisqué. L’inspiration lui ayant fait défaut, l’orateur a trébuché à plusieurs reprises en tentant d’esquiver la rude réalité. Déphasé et dépassé, il a justifié l’impasse actuelle par l’attitude négative de l’opposition naviguant à contre-courant selon lui. Ignore-t-il que cette opposition ainsi brocardée est celle-là même qui a récemment fait la preuve de son influence prépondérante à Tadjourah et ailleurs ? Alors que certains ministres de la mal-gouvernance restent ignorés jusque dans leurs propre villages.

Mais, comme dans ce régime d’esbroufe, parler pour ne rien dire relève de la culture politique, il est tout à fait regrettable de voir un philosophe figurer dans un gouvernement interdisant l’usage des immenses ressources de la maïeutique qui sont les siennes. Accepter de rester à l’étroit dans un système bridant à ce point l’imagination, c’est faire de la politique non pas de tout son sens, mais de tout son ventre.

Lutte contre la pauvreté :

l’esbroufe en guise de bouffe

Un curieux édito honteux en dernière page de « La Nation » du 26 juin nous a fait pouffer de rire. Sous le titre « Pour une décentralisation responsable », le lecteur a droit à une explication incohérente où se mêlent l’événementiel et la prospective. On a beau chercher ce qui a trait à la décentralisation, on reste sur sa faim. Juste quelques lignes complètement décalées du corps du texte nous rappellent qu’il s’agit en fait de la décentralisation économique, matérialisée par les méga-projets de développement au bénéfice du district d’Ali-Sabieh, région frondeuse où le chômage reste important. Cette politique démagogique destinée à susciter des jalousies sociales ne peut pourtant pas faire oublier qu’il y a plus de dix ans de nombreux emplois ont été supprimés suite à la faillite retentissante d’entreprises publiques telles que la Laiterie, Air-Djibouti ou l’Usine d’Aliments de Bétail.

Seule une politique volontariste de lutte contre le chômage pourra réduire de façon notable la pauvreté à l’échelle de toute la Nation. Pour le moment, l’esbroufe reste servie comme bouffe à nos concitoyens affamés par la mauvaise gouvernance.

A l’appui de notre thèse, citons copieusement l’édito de « La Nation » pour une fois, chef-d’œuvre du genre : « Personne ne peut nier : la situation économique s’est positivement débloquée. L’amorce de ce décollage est le fruit de la mise en place progressive du programme sur lequel s’est engagé le Président de la République. Programme qui s’articule autour de la lutte effrénée contre la pauvreté, la réduction du chômage et la lutte pour l’amélioration des conditions de vie du président. ».CQFD .

Il aurait été étonnant qu’une presse alimentaire ne se soucie pas de « l’amélioration des conditions de vie du président » de la République. Quoique que ce dernier nous semble moins à plaindre que la majorité des Djiboutiens. Et pour cause…

Les militants du MRD libérés, mais…

Nous avons appris avec satisfaction la libération de Pauline Mohamed Abdou et de ses trois compagnons, arrêtés pour « tentative de graffiti » dans la nuit du 22 au 23 juin et injustement incarcérés depuis à la prison centrale de Gabode. Candidate de l’UAD dans la circonscription de Djibouti aux dernières législatives, Pauline avait été arrêtée dans le cadre de l’acharnement contre le leader du MRD, M. Daher Ahmed Farah. Elle et ses trois co-accusés ont été finalement libérés le 29 juin à l’issue d’un procès expéditif au cours duquel ils ont tout de même été condamnés à trois mois de prison avec sursis. En sursis, mais libres.

Pour quelques barils de gasoil :

Randa renoue avec l’obscurité et la corvée d’eau

Contrairement aux affirmations fantaisistes du vice-président du conseil régional de Tadjourah, par ailleurs responsable régional de l’EDD, la mauvaise gouvernance ne semble pas en mesure d’efficacement « contribuer aux frais de gasoil », encore moins de « tirer un trait sur l’obscurité et la soif à Randa » de manière permanente. Quelques jours après la coûteuse autant qu’improductive visite présidentielle, les Randaniens ont ressorti leurs torches électriques et autres lampes-tempête pour s’éclairer. La rapide réapparition de la corvée d’eau leur a également fait retrouver l’usage des brouettes et des jerricans pour chercher l’eau à la source du coin. Les habitants de ce paisible village et ses centaines de vacanciers n’en finissent pas de maudire la mauvaise gouvernance et ses représentants locaux et nationaux, qui prophétisaient prématurément une renaissance économique à cette station d’altitude, sinistrée depuis 1993. Est-ce donc cela, la « gestion de vraie problématique » ?

 


 

Une inacceptable expropriation : à propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

A propos du projet de réforme de la propriété foncière en milieu rural

 

Au lieu de s’atteler à « la gestion de vraie problématique » chère au Premier ministre, le Chef de l’Etat semble pour le moment plus préoccupé de s’investir dans l’un des projets les plus dangereux, puisque potentiellement générateur de conflits territoriaux ainsi que d’anarchie pastorale par la destruction des structures millénaires existantes . Ainsi, plutôt que de mettre en place une réelle Décentralisation et d’œuvrer au développement socio-économique des régions, il vient de concocter, avec l’appui technique d’un expert africain dépêché par la FAO, un projet de loi sans aucune nécessité immédiate, visant à une remise en cause totale des structures sociales traditionnelles. Le titre pompeux « le pastoralisme et le développement agropastoral » masque mal la véritable intention de ce projet de réforme de la propriété terrienne en milieu rural : mettre toutes les régions de l’Intérieur entre les mains de l’État, de sa politique et de son clientélisme. Avant nos commentaires sur ce projet fantaisiste autant que dangereux, en voici le texte dans son intégralité.

 


 

AVANT-PROJET DE LOI

 

SUR LE PASTORALISME ET LE DEVELOPPEMENT AGROPASTORAL

L’assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit

 

Vu la Constitution du 15 Septembre 1992

 

Vu le Décret n° . . . . portant nomination du Premier Ministre

 

Vu le Décret n° . . . portant nomination des membres du gouvernement

TITRE I – DISPOSITIONS GENERALES

Chapitre 1 – Objet et champ d’application

Article 1 : La présente loi définit les principes fondamentaux et les régies générales régissant la gestion des ressources naturelles à des fins pastorales et agropastorales en République de Djibouti.

Elle détermine en particulier :

– le statut des ressources pastorales ;

– les conditions d’accès aux espaces pastoraux et de la pratique de la transhumance ;

– les mesures de sécurisation foncière des activités pastorales et agropastorales.

Elle consacre les droits des pasteurs et définit leurs obligations dans l’exercice des activités pastorales et agropastorales.

Article 2 : La présente loi a pour objectif de promouvoir la mise en valeur et l’utilisation durable des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural.

Elle vise également à promouvoir les pratiques de protection de l’environnement contre les risques de dégradation afin de préserver les intérêts des générations présentes et futures; elle met en place un cadre institutionnel pour la gestion effective des ressources pastorales.

Article 3 : La présente loi s’applique uniquement au milieu rural et principalement à l’élevage pastoral des espèces caméline, bovine, ovine et caprine.

Chapitre 2 – Définitions

Article 4 : Au sens de la présente loi, on entend par :

1°) pastoralisme, le mode d’élevage qui consiste à assurer l’alimentation et l’abreuvement des animaux grâce à l’exploitation itinérante des ressources pastorales;

2°) agro pastoralisme, la production rurale traditionnelle qui associe aux activités pastorales de base des activités agricoles d’appoint;

3°) pasteur, celui qui exerce à titre d’occupation principale l’activité d’élevage pastoral;

 

4°) ressources pastorales, l’ensemble des ressources végétales, hydriques et minérales nécessaires à l’alimentation des animaux dans le cadre de l’élevage pastoral;

5°) transhumance, le mouvement cyclique et saisonnier des animaux en vue de l’exploitation des ressources pastorales d’un espace donné;

6°) coutumes pastorales, l’ensemble des règles locales, en général non officielles, de gestion des ressources pastorales, reconnues comme telles par une population, fondées sur les traditions ancestrales et dont l’observation est considérée comme s’imposant à tous;

7°) usages pastoraux locaux, les pratiques locales habituelles d’exploitation et de gestion des ressources pastorales observées par les pasteurs dans une localité ou région déterminée ;

8°) pâturage lignager, territoire de pâture occupé et exploité depuis plusieurs générations par un lignage déterminé et considéré coutumièrement comme lui appartenant:

9°) pâturage communautaire, territoire de pâture dont les ressources sont librement accessibles aux membres de la communauté concernée, et considéré coutumièrement comme n’appartenant à personne en particulier;

10°) acteurs ruraux, les pasteurs, l’État, les collectivités territoriales décentralisées et les opérateurs privés exerçant des activités de développement en milieu rural.

Chapitre 3 – Principes fondamentaux

Article 5 : Tout acteur rural, sans distinction d’origine sociale, de sexe et de religion, bénéficie d’un droit d’accès équitable aux ressources pastorales en vue du développement d’activités productives.

L’État prend toutes dispositions de nature à promouvoir l’accès effectif des acteurs ruraux femmes aux ressources pastorales.

Article 6 : L’accès aux ressources pastorales se fait dans les conditions prévues par la présente loi et les autres textes législatifs et réglementaires y afférents, ainsi que dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux des régions concernées.

L’accès de chaque catégorie d’acteurs ruraux aux ressources pastorales se fait dans le respect des droits d’utilisation reconnus aux autres catégories d’acteurs.

Article 7 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux locaux.

Article 8 : Conformément aux traditions culturelles et usages de solidarité pastorale, les pasteurs des régions favorisées prêtent assistance aux pasteurs des régions moins favorisées en matière d’exploitation des ressources pastorales. A cet effet, ils peuvent passer des conventions d’assistance interlignages.

Article 9 : Dans le cadre de leur gestion durable, les ressources naturelles doivent être mises en valeur et utilisées en vue de l’amélioration des conditions de vie de la population rurale.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées prennent toutes mesures administratives, techniques et juridiques de nature à favoriser la mise en valeur optimale des terres rurales en tenant compte de leur vocation et potentialité pastorale, agricole, touristique ou autres.

L’État et les collectivités territoriales décentralisées favorisent la diversification des activités de mise en valeur des ressources naturelles. Ils prennent des mesures incitatives pour la promotion et le développement des activités telles que la pêche, l’apiculture ou l’artisanat.

Article 10 : L’État et les collectivités territoriales favorisent l’implication et la responsabilisation des populations locales dans la gestion des ressources locales Ils peuvent à cet effet, mettre en place toute structure de consultation ou de concertation au niveau national ou local, ou faciliter l’organisation des autres catégories d’acteurs ruraux.

Article 11 : La présente loi reconnaît et valorise les coutumes, usages et savoir-faire pastoraux locaux, à l’exception des coutumes de nature pénale et sous réserve de leur conformité avec les principes constitutionnels de la République de Djibouti.

En cas de conflit entre la loi d’une part et les coutumes et usages pastoraux d’autre part, préférence doit être donnée à la loi.

Chapitre 4 – Protection de l’environnement

Article 12 : L’exercice des activités pastorales, agricoles, touristiques ou autres par l’ensemble des acteurs ruraux est soumis à l’obligation générale de préservation de l’environnement.

A ce titre, tous les acteurs ruraux sont responsables, au sein de leurs communautés et à titre individuel, de la bonne utilisation et de la préservation des ressources pastorales.

Article 13 : L’exploitation des ressources naturelles à des fins pastorales doit être faite de manière durable, avec le souci de préserver les droits des générations présentes et futures, conformément à la législation relative à la protection de l’environnement.

Article 14 : Les acteurs ruraux doivent participer à la conservation et à l’utilisation durable de la diversité biologique, notamment en respectant la réglementation relative aux aires protégées et à la préservation des ressources végétales, spécialement celles fortement appétées.

La coupe des arbres sur les espaces pastoraux est interdite. L’émondage des arbres est autorisé sous réserve du respect des normes édictées par les services techniques compétents.

Article 15 : Conformément aux conventions internationales pertinentes, l’État doit veiller à la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique; à cet effet il oeuvre à la connaissance, la préservation, l’amélioration et la vulgarisation des pratiques pastorales traditionnelles des communautés de base, qui favorisent la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique.

Article 16 : Les acteurs ruraux doivent collaborer pour lutter efficacement contre la désertification.

Ils coopèrent avec les institutions nationales et internationales compétentes en matière de protection des écosystèmes naturels, de préservation de leur fonctionnement équilibré et de valorisation de leur potentiel productif.

Article 17 : Les actions et projets de développement doivent être conçus et réalisés en tenant compte de la nécessité de préserver les ressources pastorales en tant qu’éléments essentiels du cadre et de la qualité de vie des populations rurales.

A cet effet, une étude d’impact sur l’environnement est exigée chaque fois que la réalisation d’un projet, d’un programme ou d’un plan de développement est susceptible de causer des dommages à l’environnement ou d’entraîner la suppression totale ou partielle de ressources pastorales.

TITRE II. REGIME DES RESSOURCES PASTORALES

Chapitre 1 – Énumération et classification des ressources pastorales

 

Article 18 : Les ressources pastorales sont constituées par :

 

les pâturages naturels herbacés ;

 

les pâturages aériens;

 

les cultures fourragères;

 

les ressources en eau, superficielles ou souterraines utilisées à des fins pastorales.

 

Constituent également des ressources pastorales.

 

les espaces où se pratiquent habituellement les cures salées; les zones de mangroves;

 

les zones de palmiers doum.

Section 1 – Les pâturages
 

Article 19 : Les espaces pastoraux comprennent les espaces pastoraux coutumiers et les espaces pastoraux immatriculés.

Article 20 : Les espaces pastoraux coutumiers sont constitués par les pâturages lignagers et par les pâturages communautaires.

 

Les pâturages lignagers sont des espaces pastoraux détenus en vertu de faits ancestraux de possession, exercés à titre particulier, exclusif ou prioritaire, par des lignages déterminés, et dont les droits sont unanimement reconnus comme légitimes par les communautés de base dont relèvent ces lignages;

Les pâturages communautaires sont des espaces pastoraux occupés et exploités de manière commune par les membres d’une communauté de base, sans qu’un lignage déterminé membre de cette communauté de base puisse se prévaloir de droits particuliers, exclusifs ou prioritaires.

Article 21 : Les espaces pastoraux immatriculés sont ceux occupés en vertu d’un titre foncier régulièrement délivré conformément à la législation foncière en vigueur. Ces espaces peuvent être :

soit intégrés au domaine privé de l’État ou des collectivités territoriales décentralisées; soit concédés au profit de personnes privées;

soit détenus en vertu d’un titre foncier de propriété privée régulièrement délivré.

Au sens de la présente loi, sont assimilés aux espaces pastoraux immatriculés, les espaces ruraux pastoraux relevant du domaine public de l’État, tels que les zones de mangroves ou certaines zones de cures salées.

Section 2. Les ressources en eau

Article 22 : Les points d’eau pastoraux comprennent les points d’eau naturels et les points d’eau aménagés.

Constituent des points d’eau naturels: les cours d’eau; les lacs et étangs; les mares et gueltas.

Constituent des points d’eau aménagés:les puits;les forages ;tous autres ouvrages hydrauliques destinés à la maîtrise de l’eau telles que les retenues collinaires.

Au sens de la présente loi, les puits sont les ouvrages hydrauliques permettant de prélever les ressources souterraines en eau à une faible profondeur; les forages sont les ouvrages hydrauliques permettant de capter les ressources en eau à une grande profondeur.

Chapitre 2- Régime commun d’accès aux espaces pastoraux

Article 23 : Les espaces pastoraux constituent un patrimoine de la nation djiboutienne. L’État et les collectivités territoriales décentralisées, en tant que représentants de l’intérêt général sont responsables, en collaboration avec les communautés de base concernées, de la préservation des ressources pastorales et de la lutte contre la désertification

Article 24 : Les populations rurales bénéficient un droit d’usage et de jouissance sur les espaces pastoraux coutumiers qu’elles occupent et exploitent traditionnellement. Toute décision de l’État ou d’une collectivité territoriale décentralisée d’attribuer ou d’autoriser l’occupation ou l’exploitation d’espaces pastoraux coutumiers nécessite l’accord préalable des populations concernées.

Article 25 : Les droits d’usage et de jouissance reconnus par la présente loi aux populations rurales sont assortis de l’obligation générale de respecter l’environnement et de se conformer aux principes de l’utilisation durable des ressources naturelles.

L’Etat ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent intervenir pour prendre les mesures appropriées de préservation des ressources naturelles lorsqu’il est établi que des pratiques locales sont de nature à compromettre de manière irréversible l’utilisation durable des ressources pastorales.

Article 26 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées veillent à la préservation de la vocation pastorale des espaces ruraux. Ils s’assurent que les projets de développement et opérations de mise en valeur en milieu rural tiennent dûment compte des besoins en espace et en ressources naturelles des populations locales pour assurer leur subsistance et les activités productives habituelles.

Tout changement de destination d’une portion d’espace pastoral nécessite l’avis favorable préalable des services techniques de l’élevage, des collectivités territoriales décentralisées et des autorités coutumières concernées.

Article 27 : Les décisions de l’État ou des collectivités territoriales prises en violation des dispositions du présent chapitre peuvent être annulées par les juridictions compétentes dans le cadre des procédures ordinaires de recours contre les actes administratifs.

Il en est de même en ce qui concerne les décisions prises en violation des dispositions des articles 35 et 47 ci-dessous de la présente loi. .

Chapitre 3 – Régime des pâturages lignagers

Article 28 : Les lignages exercent des droits exclusifs d’usage et de jouissance sur leurs pâturages lignagers. Ces droits sont constitutifs de droits réels et protégés comme tels. Nulle personne et nul groupe de personnes ne peuvent être privées de leurs droits sur les pâturages lignagers pour cause d’utilité publique sans une juste et préalable indemnité

Article 28 : Les droits reconnus au lignage sur le pâturage lignager confèrent un droit collectif d’exploitation aux membres du lignage. Ce droit collectif donne à chaque membre du lignage un droit égal d’accès aux ressources du pâturage lignager. Chaque membre du lignage peut à ce titre, dans le respect des usages locaux reconnus en la matière, faire pâturer ses animaux et les abreuver. Il peut également, sous l’autorité du représentant du lignage entreprendre toutes activités productives, agricoles, touristiques ou autres.

Article 29 : L’accès aux espaces pastoraux lignagers aux fins de pâturage des animaux se fait dans le respect de l’aménagement traditionnel de l’espace rural notamment, du zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces.

Article 30 : Nul pasteur membre de la communauté, mais non membre du lignage titulaire d’un pâturage ne peut accéder aux ressources du pâturage lignager concerné sans l’autorisation préalable du représentant du lignage. Toute exploitation frauduleuse ou occupation non autorisée est interdite.

Les pasteurs appartenant à d’autres communautés ne pourront accéder à des pâturages lignagers qu’en vertu d’une convention locale pastorale, conformément aux usages locaux en vigueur. L’accès accordé à une communauté comporte de plein droit un droit de réciprocité.

Les pâturages lignagers peuvent faire l’objet de locations et prêts à des pasteurs membres d’autres lignages ou communautés dans les conditions prévues par les usages locaux. L’État et les collectivités territoriales décentralisées encouragent par toutes mesures appropriées la formalisation des prêts et locations de pâturage et garantissent le respect de ces conventions.

Article 31 : Le représentant du lignage est légalement investi des droits reconnus au lignage sur les pâturages lignagers. Il agit au nom du lignage et pour son compte. Il peut autoriser d’autres personnes à occuper et exploiter temporairement les terres du lignage. Il est habilité à ester en justice pour défendre les droits pastoraux du lignage.

De manière générale, le représentant du lignage peut accomplir tous actes d’administration au nom et pour le compte du lignage. Il peut notamment demander la délivrance, au nom du lignage, d’un titre collectif attestant des droits du lignage sur ses pâturages.

Aucun membre du lignage, quel que soit son statut, ne peut accomplir seul des actes de disposition des pâturages lignagers. Tout acte de cession d’une portion de pâturage lignager nécessite l’accord préalable des membres du lignage. Cet accord est constaté par un procès-verbal obligatoirement annexé à l’acte de cession.

La cession irrégulière d’une portion de pâturage est nulle et de nul effet.

Chapitre 4 – Régime des pâturages communautaires

Article 32 : Les communautés locales de base exercent des droits communs d’usage et de jouissance sur les pâturages communautaires reconnus comme constituant les espaces traditionnels de ces communautés.

Les droits reconnus à la communauté sur le pâturage communautaire confèrent un droit d’exploitation collectif, prioritaire et non exclusif aux membres de la communauté. Chaque membre de la communauté concernée dispose d’un droit égal d’accès aux ressources de l’espace communautaire. Il peut y faire pâturer ses animaux, les abreuver et accomplir tout acte de mise en valeur.

Les personnes qui ne sont pas membres de la communauté de base peuvent également accéder aux ressources de l’espace communautaire. Cet accès est conditionné par le respect du droit de priorité reconnu par la présente loi aux membres de la communauté locale, ainsi qu’au respect des usages locaux en vigueur

Article 33 : Les droits reconnus à chaque membre de la communauté sont exercés dans le respect des droits des autres utilisateurs et conditionnés par le respect de l’environnement. Il est interdit de gaspiller les ressources des pâturages communautaires ou de les utiliser de manière abusive.

Article 34 : Les autorités coutumières locales apportent leur concours à la préservation et à l’utilisation durable des ressources pastorales communautaires Elles informent les services techniques compétents des menaces de dégradation de l’environnement dont elles ont connaissance. Elles peuvent prendre toute mesure jugée appropriée de préservation des ressources naturelles, en concertation avec les services techniques locaux.

Toute personne qui de manière répétée se rend coupable d’exploitation abusive ou de dégradation graves des ressources naturelles peut être temporairement empêchée d’y accéder par les autorités coutumières locales. Ce temps d’interdiction ne peut dépasser une année. Information de l’interdiction d’accès est donnée immédiatement à l’autorité administrative locale territorialement compétente.

Chapitre 5 – Régime des espaces pastoraux immatriculés

Section 1 – Espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État

Article 35 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent immatriculer des portions d’espaces pastoraux dans leurs domaines privés respectifs. L’immatriculation est subordonnée à l’accord préalable des représentants des populations locales concernées, dans les conditions prévues par les textes complémentaires de la présente loi. L’accord des populations locales est constaté par l’établissement d’un procès-verbal.

Article 36 : Dans le cadre des opérations d’aménagement des espaces ruraux entrepris par l’État, celui-ci négocie un réaménagement foncier avec les populations locales concernées.

Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.

Article 37 : L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux, sauf les exceptions prévues par la loi.

Exceptionnellement, l’État ou les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer à titre gratuit une partie des terres aménagées à des femmes rurales, individuelles ou organisées en associations ou en coopératives de production.

Section 2 – Espaces pastoraux appropriés individuellement

Article 38 : Sous réserve du respect des dispositions de la présente loi et de la législation foncière en vigueur, les particuliers peuvent être titulaires des droits privatifs sur les espaces pastoraux, soit au moyen d’une transaction foncière coutumière, soit par attribution de l’État sur son domaine privé.

Article 39 : Toute transaction foncière coutumière ayant pour objet le transfert définitif d’une portion d’espace pastoral au profit d’une personne étrangère au lignage ou à la communauté détentrice des droits fonciers pastoraux, requiert l’accord préalable des membres de ce lignage ou de cette communauté. L’accord est constaté par l’établissement d’un procès-verbal dans les conditions et selon les modalités fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Toute transaction foncière coutumière ne respectant pas les prescriptions du présent article est nul et de nul effet.

Article 40 : Conformément à la législation foncière en vigueur, l’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent attribuer des portions d’espace pastoral relevant de leur domaine privé à des personnes physiques ou morales désirant réaliser des opérations de mise en valeur en milieu rural. L’attribution est faite par voie de concession provisoire, et toujours à titre onéreux.

Article 41 : L’octroi de concession sur les espaces pastoraux relevant du domaine privé de l’État est assorti de l’obligation de respecter les clauses du cahier des charges de la concession.

Sous peine de déchéance, il est interdit de changer l’affectation d’un espace pastoral pendant toute la durée de la concession provisoire, sauf autorisation préalable délivrée par le service des domaines après avis des services techniques locaux concernés.

La concession provisoire peut être transformée en concession définitive après réalisation de la mise en valeur prévue par le cahier des charges.

Chapitre 6 – Accès aux ressources en eau et aménagement des points d’eau

Section 1 – Points d’eau naturels

Article 42 : Les points d’eau naturels sont accessibles librement et gratuitement à tous les pasteurs pour les besoins de l’abreuvement de leurs animaux.

Le droit d’accès libre aux points d’eau naturels est conditionné par le respect de l’environnement et l’utilisation des ressources en bon père de famille. En particulier, cette utilisation doit se faire de manière économique et en respectant les droits des autres utilisateurs. Tout gaspillage et toute occupation abusive d’un point d’eau naturel sont interdits.

Les utilisateurs d’un point d’eau naturel sont tenus de participer à sa protection, à travers le respect des mesures prévues par les structures de gestion de points d’eau.

Article 43 : Des zones de sauvegarde peuvent être instituées à proximité des sources et des nappes souterraines afin d’assurer la protection qualitative et quantitative des ressources en eau.

Les fonds inclus dans les zones de sauvegarde sont frappés de plein droit d’une servitude utile à la protection de la ressource. Les textes complémentaires de la présente loi fixent les restrictions et interdictions applicables aux zones de sauvegarde.

Article 44 : L’accès aux points d’eau naturels se fait obligatoirement par les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Les collectivités territoriales décentralisées et les autorités coutumières locales concernées sont responsables conjointement de la détermination et de la délimitation des couloirs de passage.

Article 45 : Des servitudes de passage pour l’accès des animaux sont imposées aux propriétaires des fonds riverains des points d’eau naturels. Les servitudes s’exercent uniquement sur les couloirs d’accès aménagés à cet effet. Elles peuvent donner lieu à indemnisation, en nature ou en numéraire, au profit du propriétaire du fonds servant dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 46 . Tous travaux, aménagements ou interventions sur le lit des cours d’eau susceptibles d’affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux font l’objet d’une autorisation préalable délivrée par l’administration compétente, conformément au code de l’eau.

Section 2 – Points d’eau aménagés

Article 47 : La décision de création d’un point d’eau public aménagé, qu’il s’agisse d’un puits, d’un forage ou d’une retenue collinaire nécessite une concertation préalable obligatoire avec les populations locales concernées. Leur avis est requis en ce qui concerne l’opportunité de création du point d’eau, le choix de son lieu d’implantation ainsi que pour les distances d’implantation à respecter par rapport à d’autres points d’eau.

Article 48 : Le ministre chargé de l’hydraulique élabore les normes relatives au maillage des puits et forages publics. Ces normes sont fixées par voie réglementaire, après consultation des populations locales concernées.

Article 49 : La création d’un forage public est subordonnée à la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social. L’étude doit comporter l’indication des mesures à prendre pour atténuer les conséquences nuisibles identifiées de l’implantation du forage.

Article 50 : Les puits et forages publics sont aménagés de manière à séparer les points d’alimentation humaine et les points d’abreuvement des animaux.

Ces aménagements doivent s’accompagner de la création de périmètres de protection.

Article 51 : L’accès à un puits ou forage public peut être soumis au paiement d’une redevance dont le taux est fixé en tenant compte de la faiblesse des revenus des populations rurales.

La redevance peut être fixée annuellement pour les pasteurs résidents et en fonction de l’utilisation des ressources pastorales pour les pasteurs transhumants.

Article 52 : Les populations locales usagères d’un puits ou forage public sont responsables de sa gestion et son entretien. Les autres utilisateurs doivent contribuer à l’entretien des infrastructures par des travaux en nature ou par des contributions financières.

Article 53 : La création de tout point d’eau public aménagé, notamment d’un forage, doit être accompagnée de la mise en place d’un système local de gestion du point d’eau. Les utilisateurs d’un point d’eau s’organisent pour créer une commission locale de l’eau.

Les services techniques compétents et les collectivités territoriales décentralisées favorisent et facilitent la mise en place des commissions locales de l’eau.

Article 54 : La gestion de chaque point d’eau public aménagé est assurée par une structure locale de gestion du point d’eau. Cette structure peut proposer à l’autorité compétente les mesures appropriées et consensuelles de gestion des ressources en eau, notamment les principes d’accès aux points d’eau et les taux des redevances.

Article 55 : Les structures locales de gestion de l’eau prennent toutes mesures appropriées pour une utilisation rationnelle et équitable des ressources d’un point d’eau public aménagé. Elles peuvent notamment, en concertation avec les autorités coutumières locales, instituer des tours d’eau en fonction des espèces d’animaux, petits ruminants ou gros bétail.

Article 56 : Les structures locales de gestion de l’eau assurent la collecte et la gestion des redevances liées à l’utilisation des ressources en eau. Les fonds récoltés doivent être reversés dans une caisse tenue à cet effet. La structure rend compte périodiquement de la gestion de ces fonds aux institutions locales compétentes.

Section 3 – Points d’eau pastoraux privés

Article 57 : La réalisation de puits par des particuliers pour la réalisation d’activités domestiques est libre. Sont considérées comme domestiques les activités de production pastorales, agropastorales ou agricoles menées aux fins de subsistance.

Article 58 : Tout prélèvement de ressources du domaine public hydraulique par voie de forage privé est soumis à autorisation préalable de l’autorité compétente, conformément au code de l’eau.

L’accès aux ressources d’un puits privé ou d’un forage privé est réservé au propriétaire. Aucun prélèvement par autrui ne peut être fait sans l’autorisation préalable du propriétaire

Article 59 : Les propriétaires de puits et forages privés sont tenus de se conformer à la réglementation applicable aux prélèvements des eaux du domaine public hydraulique, notamment en ce qui concerne le matériel de pompage et le débit d’exhaure.

 

TITRE III – TRANSHUMANCES

 

Article 60 : Les pasteurs ont le droit de conduire les animaux en transhumance sur l’ensemble du territoire djiboutien.

Les autorités administratives locales et les collectivités territoriales décentralisées apportent leur concours et leur assistance à la bonne organisation des déplacements des animaux, à la sécurité des troupeaux et au règlement des litiges éventuels.

Après consultation des représentants des pasteurs, le ministère chargé de l’élevage procède à la détermination et l’aménagement des grands axes de passage des animaux en transhumance et pour la commercialisation.

Article 61 : Le déplacement des animaux en transhumance se fait dans le respect de l’environnement et des usages locaux relatifs à l’utilisation des pâturages. En particulier, les pasteurs transhumants sont tenus de respecter le zonage traditionnel des pâturages en fonction des espèces d’animaux.

Article 62 : Les troupeaux en transhumance doivent faire l’objet d’une surveillance. La garde des animaux transhumants est assurée conformément aux usages locaux en vigueur.

Dans tous les cas, les propriétaires de troupeaux transhumants répondent des dommages causés à autrui du fait de leurs animaux.

Article 63 : Les propriétaires d’animaux en transhumance sont tenus de se conformer aux régies en vigueur relatives à la police zoosanitaire. Les pasteurs transhumants doivent déclarer tout cas suspect de maladie contagieuse.

Les services chargés de l’élevage sont habilités à mettre en quarantaine les troupeaux inconnus suspectés de véhiculer des maladies contagieuses.

Article 64 : Le droit de transhumer reconnu à l’article 60 ci-dessus comprend la faculté de franchir les frontières nationales à des fins de pastoralisme, sous réserve de l’obligation pour les pasteurs de se conformer à la législation du pays d’accueil, notamment en matière de la police zoosanitaire et de protection de l’environnement.

Sous réserve de réciprocité, les pasteurs en provenance des pays voisins ont le droit de pénétrer sur le territoire Djiboutien à des fins de transhumance. Les pasteurs transhumants en provenance d’autres pays sont tenus de respecter la législation djiboutienne, notamment en matière de police zoosanitaire, de protection de l’environnement et de gestion des points d’eau.

Article 65 : Les autorités compétentes djiboutiennes négocient avec les États voisins des accords bilatéraux ou multilatéraux visant la coopération dans les situations de crise écologique, la gestion des ressources transfrontalières et la promotion de la commercialisation du bétail.

TITRE IV – SECURISATION DES DROITS

Chapitre 1 – Principes de sécurisation foncière pastorale

Article 66 : Les espaces pastoraux occupés en vertu des coutumes ne constituent pas des biens vacants et sans maître.

Les droits fonciers pastoraux individuels et collectifs reconnus par la présente loi sont protégés par le juge compétent contre les troubles de jouissance susceptibles d’être causés par les particuliers, l’État et les collectivités territoriales décentralisées.

Les titulaires de ces droits ne peuvent en être privés que pour des raisons d’utilité publique et contre une juste et préalable indemnisation, conformément aux dispositions en vigueur relatives à l’expropriation pour cause d’utilité publique.

Article 67 : Les lignages et communautés titulaires de droits fonciers pastoraux peuvent, par l’intermédiaire de leur représentant, demander aux autorités compétentes la délivrance d’un titre attestant de leurs droits.

La nature de ce titre et les modalités de sa délivrance sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Mécanismes et outils de sécurisation des droits

Article 68 : La gestion des droits fonciers pastoraux relève des institutions locales compétentes et de l’administration nationale chargée de la conservation foncière.

Les textes complémentaires de la présente loi déterminent les institutions locales compétentes en matière d’administration des droits fonciers pastoraux. Ils fixent également les modalités de cette administration ainsi que les modalités de supervision et de contrôle par les autorités nationales compétentes.

Article 69 : Les terres rétrocédées par l’État aux populations rurales dans les conditions prévues à l’article 36 ci-dessus font obligatoirement l’objet de mesures d’identification des bénéficiaires, de délimitation et de matérialisation par tous moyens appropriés. Des textes complémentaires de la présente loi fixent les modalités de constatation des droits, de délimitation et de matérialisation des terres ainsi rétrocédées.

Article 70 : Les droits fonciers acquis par l’État ou les collectivités territoriales décentralisées et immatriculés dans leur domaine privé doivent être recensés et représentés sur des cartes foncières rurales, qui constituent des documents ruraux pré-cadastraux.

Les cartes foncières rurales sont établies par l’administration de la conservation foncière, en concertation avec les services locaux de l’agriculture et de l’élevage et avec les collectivités territoriales décentralisées concernées. L’échelle de réalisation des cartes est fixée par les textes complémentaires de la présente loi.

Les cartes foncières rurales sont régulièrement mises à jour dans les conditions fixées par les textes complémentaires de la présente loi.

TITRE V – INSTITUTIONS – GESTION DES CONFLITS

Chapitre 1 – Comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 71 : Il est créé dans chaque région un comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes

 

Article 72 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes a pour mission de promouvoir la responsabilisation des populations dans la gestion des ressources pastorales communes et d’assurer la mise en oeuvre effective des principes, régies et usages de gestion durable de ces ressources.

Article 73 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est principalement chargé de :

formuler des avis à la demande des autorités nationales et locales chargées de la gestion des ressources pastorales ;

recommander en cas de besoin aux instances locales compétentes des mesures spécifiques de gestion des ressources pastorales, telles que les régies d’accès équitables aux ressources communes ou les mises en défens;

organiser la collecte des usages pastoraux locaux, promouvoir leur observation et fournir une expertise en la matière aux tribunaux en cas de besoin ;

favoriser la conclusion des conventions locales pastorales d’assistance inter-lignages et faciliter le règlement des différends qui résultent de leur mise en oeuvre ;

suivre la mise en oeuvre de la législation pastorale et formuler toute recommandation de révision aux autorités compétentes ;

participer à la négociation et au suivi de la mise en oeuvre de plans de réaménagement foncier ;

concourir par tous moyens appropriés à la prévention, des conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales communes.

Les attributions du comité de concertation pour la gestion durable des ressources naturelles sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Article 74 : Le comité de concertation pour la gestion durable des ressources communes est composé notamment de représentants des autorités coutumières, des exploitants ruraux, des femmes exploitantes rurales, des associations locales de développement, ainsi que de personnes ressources locales.

La composition du comité de concertation et les modalités de son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 2 – Commissions locales de l’eau

Article 75 : Conformément au code de l’eau, les usagers de l’eau en milieu rural constituent au niveau de chaque commune rurale une commission locale de l’eau dotée de la personnalité morale

Article 76 : Les commissions locales de l’eau contribuent à la mise en valeur et à la gestion rationnelle, participative et durable des ressources en eau. Elles sont responsables de l’entretien des infrastructures hydrauliques publiques. Elles sont en outre chargées de la réalisation des missions prévues aux articles 54 à 56 de la présente loi

Article 77 : La commission locale de l’eau est composée de représentants des différentes catégories d’usagers de l’eau, des femmes exploitantes rurales et des autorités coutumières.

La composition exacte de la commission et les modalités de son fonctionnement sont fixées par les textes complémentaires de la présente loi

Chapitre 3 – Fonds djiboutien de développement pastoral

Article 78 : Il est créé un Fonds djiboutien de développement pastoral, dont les ressources sont principalement destinées à contribuer à la prévention, l’atténuation et la gestion des effets des catastrophes naturelles.

Article 79 : Le Fonds a notamment pour mission de :

contribuer à définir les actions et mesures à prendre dans les situations d’urgence;

financer des microprojets de développement pastoral, agropastoral et d’amélioration de la gestion des parcours;

soutenir des actions spécifiques d’appui aux femmes exploitantes rurales.

Article 80 : Les ressources du Fonds sont constituées notamment par.

les dotations de l’État;

une partie du produit des taxes et redevances d’exploitation des ressources naturelles;

les subventions d’organisme de coopération;

les dons et legs acceptés par l’État.

Article 81 : Les missions du Fonds et les modalités de son organisation et son fonctionnement sont précisées par les textes complémentaires de la présente loi.

Chapitre 4 – Gestion des conflits

Article 82 : Les conflits liés à l’utilisation des ressources pastorales sont gérés localement et à l’amiable par les autorités traditionnelles, conformément aux usages locaux. Aucune sanction pénale ne peut être infligée par ces autorités.

Article 83 : En cas de besoin, l’autorité administrative locale crée au niveau de la commune rurale une commission locale de conciliation chargée de concilier les parties aux conflits locaux liés à l’utilisation des ressources pastorales.

Article 84 : En cas d’accord amiable pour un règlement du différend, la commission établit un procès-verbal de conciliation. En cas d’échec de la tentative de conciliation, la commission établit un procès-verbal de non-conciliation.

Les litiges non conciliés liés aux activités pastorales et agropastorales sont portés devant les juridictions de droit commun, conformément aux textes en vigueur.

Article 85 : La composition, l’organisation et le fonctionnement des commissions de conciliation sont précisés par les textes complémentaires de la présente loi.

 

TITRE VI – INFRACTIONS ET SANCTIONS

 

Article 86 : Sont compétents pour rechercher et constater les infractions aux dispositions de la présente loi et de ses textes complémentaires:

les officiers de police judiciaires ;

les agents assermentés des eaux et forêts ;

les agents habilités des services de l’élevage et de l’agriculture.

Les textes complémentaires de la présente loi précisent les catégories d’agents des services de l’élevage et de l’agriculture habilités à rechercher et constater les infractions à la présente loi

Article 87 : les agents habilités désignés à l’article précédent peuvent, dans le respect des dispositions du code de procédure pénale, pénétrer à l’intérieur des propriétés bâties ou non bâties, en vue de procéder à des enquêtes, constats et perquisitions.

Article 88 : Quiconque fait pâturer des animaux en violation des coutumes et usages de zonage des pâturages en fonction des pratiques traditionnelles de mise en défens est puni d’une amende de 5000 francs à 20 000 francs.

Article 89 : Quiconque entreprend sur un pâturage lignager des activités pastorales, agropastorales, touristiques ou autres, sans titre ni autorisation préalable du représentant du lignage, est puni d’une amende de 5000 francs à 50 000 francs La condamnation peut être assortie d’une astreinte

Article 90 : Sans préjudice de l’annulation de l’acte, tout membre d’un lignage ayant procédé à des actes de disposition d’une portion de pâturage lignager, sans l’accord préalable des autres membres du lignage, est puni d’une amende de 50000 francs à 1000 000 de francs.

Article 91 : Quiconque exploite les ressources pastorales communes en violation des usages pastoraux locaux ou en violation du droit de priorité reconnu aux membres de la communauté concernée est puni d’une amende de 5000 francs à 20000 francs.

Article 92 : Sans préjudice de l’interdiction temporaire d’accès aux ressources pastorales prévue à l’article 34 de la présente loi, quiconque commet dans un pâturage communautaire des actes répétés de dégradation de l’environnement, de gaspillage ou d’utilisation abusive des ressources pastorales est puni d’une amende de 5000 à 50 000 de francs.

Article 93 : Est puni de la même peine quiconque pollue, gaspille ou exploite de manière abusive les ressources en eau.

Article 94 : Quiconque, sans autorisation préalable, change l’affectation d’un espace pastoral concédé pendant la durée de la concession provisoire est puni d’une amende de 50 000 francs à 1000 000 de francs.

Article 95 : Est puni d’une amende de 5000 à 50 000 francs quiconque :

occupe ou entrave une piste pastorale ou empiète sur son emprise;

accède aux points d’eau pastoraux en dehors des pistes prévues à cet effet;

viole les dispositions relatives aux zones de sauvegarde des points d’eau pastoraux;

entrave ou empêche l’accès des animaux aux points d’eau;

établit un campement pastoral ou agricole aux abords d’un point d’abreuvement des animaux ou les occupe abusivement.

Article 96 : Est puni d’un emprisonnement de quinze jours à six mois et d’une amende de 50 000 à 1000 000 de francs ou de l’une de ces deux peines quiconque, sans autorisation préalable, entreprend des travaux sur le lit des cours d’eau de nature à affecter gravement les possibilités d’abreuvement des animaux

Article 97 : Est puni d’une amende de 50 000 à 1000 000 francs quiconque, sans étude d’impact sur l’environnement, réalise des travaux susceptibles d’entraîner la disparition totale ou partielle de pâturages. ,

Article 98 : Sans préjudice de la condamnation à la remise en état des lieux, quiconque procède au déplacement ou à la destruction des bornes, balises et autres moyens de délimitation des espaces pastoraux et des pistes à bétail est puni d’une amende de 10 000 francs à 100 000 francs.

Article 99 : Sans préjudice de la condamnation au paiement de dommages et intérêts pour les préjudices causés aux tiers, quiconque laisse divaguer des animaux transhumants est puni d’une amende de 5 000 à 50 000 francs.

Article 100 : Les sanctions prévues par les lois connexes en vigueur, notamment le code de l’eau, la loi-cadre sur l’environnement, la loi réglementant la coupe de bois, la loi zoosanitaire restent.

 

Article 101 : Le juge peut décider de remplacer les sanctions pécuniaires prévues par la présente loi par des prestations équivalentes en nature.

 

Il peut également, en considération des circonstances locales et de la situation personnelle de l’auteur de l’infraction, remplacer les sanctions pécuniaires dont le maximum n’excède pas 50 000 francs par des sanctions alternatives de type éducatif

Les textes complémentaires de la présente loi définissent la nature et les modalités d’exécution des prestations en nature et des sanctions alternatives de type éducatif.

 

TITRE VIII – DISPOSITIONS DIVERSES ET FINALES

 

Article 102 : Les comités de concertation pour la gestion durable des ressources communes, en collaboration avec les autorités coutumières et les collectivités territoriales décentralisées, organisent la collecte et la promotion des usages locaux pastoraux contribuant à la gestion durable des ressources naturelles. Dans la mesure du possible, ils favorisent la généralisation des usages positifs et contribuent à leur harmonisation sur l’ensemble du territoire Djiboutien.

Article 103 : Toutes dispositions antérieures contraires à la présente loi sont abrogées

Article 104 : La présente loi sera promulguée par le Président de la République, publiée au journal officiel de la République de Djibouti et exécutée comme loi de l’État.

Elle entrera en vigueur un an après la date de sa publication. Dans le délai compris entre sa publication et son entrée en vigueur, le Ministère de l’Élevage organisera la diffusion et la vulgarisation de la loi aux niveaux national et local.


Iznogoud: un nouveau Calife pour Djibouti ?

IZNOGOUD :

Un nouveau Calife pour Djibouti ?

 

Tout le monde connaît Iznogoud, personnage de bande dessinée, le méchant qui n’avait qu’une obsession : devenir calife à la place du calife. Mais si Haroun El Poussah gouvernait son pays avec bonté et justice, son acharné comploteur ne nourrissait quant à lui que de sombres desseins pour son peuple : régner en terrorisant ses sujets et en s’enrichissant sur leur dos. Telle pourrait être la morale de la réforme de la propriété foncière en milieu rural que l’Exécutif djiboutien a imaginé. Ce projet de loi est pudiquement intitulé « loi sur le pastoralisme et le développement agropastoral ». Mais, loin de remédier à une quelconque injustice traditionnelle, cette réforme semble avoir un objectif principal : assurer au régime le contrôle sur des zones rurales dont la gestion relève des règles traditionnelles afin d’offrir plus de ressources coercitives à son clientélisme tout en autorisant une classe d’affairistes liée au régime à disposer comme elle l’entend des énormes potentialités jusque-là étouffées des régions de l’Intérieur. En fait de développement agropastoral, ce projet de loi vise tout simplement à déstructurer les fondements de la société traditionnelle en milieu rural. Ceci en annexant à l’Etat et à des collectivités territoriales qui tardent à se mettre en place, c’est-à-dire au régime en place avec tout ce que cela implique comme déni de droit et arbitraire, un pilier de la stabilité pastorale : les structures de la propriété foncière. S’il est bien évident que l’on ne change pas une société par décret, il s’agit d’analyser les motivations de l’Exécutif djiboutien en concoctant, au mépris de toute concertation préalable avec les premiers concernés, une réforme terrienne qui, aux dires des experts eux-mêmes, a déjà produit des effets plutôt néfastes dans les pays africains où elle a été introduite.


Il est tout d’abord remarquable que l’État djiboutien fasse appel à l’expertise de la F.A.O (Food and Agricultural Organisation = Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture) non pas aux fins de promouvoir l’agriculture par la mise en valeur des quelques terres fertiles dont le pays dispose, mais pour détruire un des piliers de l’organisation sociale traditionnelle. Comme si celle-ci concurrençait négativement le pouvoir central. Comme si les règles de la propriété du sol en milieu rural freinait un quelconque développement agropastoral. Les motivations de cette réforme sont donc autres que le souci du développement agropastoral.

Quel est le champ d’application de cette réforme ? Le territoire de la République de Djibouti, d’une faible étendue, se compose de petites zones urbaines et le reste de zones rurales. Aucune de ces entités ne comporte de terres vacantes ou sans maître : elles appartiennent soit au domaine public ou privé de l’État si elles sont immatriculées comme telles au Cadastre des terres domaniales, soit elles constituent des propriétés particulières individuelles ou collectives selon les coutumes et traditions dans ces zones rurales. Les zones urbaines sont des entités artificielles vivantes, issues du besoin grégaire et des nécessités économiques des sociétés humaines soumises à la croissance et aux transformations qu’elle implique : elles sont organisées et accompagnées par des adaptations règlementaires et législatives. D’où Cadastre, lotissements, parcellisation, servitude et voirie. Les citadins sont donc protégés dans leurs droits et servis dans leurs besoins par les autorités qui assurent le gouvernement de la Cité. Chacun jouissant en paix de ses droits, conformément aux documents en sa possession ( exemple : le titre foncier ), s’acquittant de ses devoirs municipaux et de la voirie.

Quant aux régions rurales, elles sont gérées par leurs habitants en fonction de leur destination et de leur finalité. Dans notre pays, ces régions rurales sont gérées pour la partie parcourue et habitée par la communauté Issa, conformément aux us et coutumes qui lui sont propres : le Xeer Issa. Qui donne à l’évidence toute satisfaction à ses utilisateurs, puisqu’il n’y a pas conflit de parcours, de transhumance, d’accès aux pâturages ou aux points d’eau au sein de cette société pour l’utilisation de son espace au mieux de ses intérêts. Il n’est donc point besoin de légiférer pour ces régions par le gouvernement central, le contraire risquerait d’y introduire le jeu politique, ses aléas et son instabilité dans un domaine qui n’est actuellement que paix et harmonie.

Quant à la région parcourue par la communauté Afar, elle est également gérée depuis toujours par un riche corpus de coutumes (Qada), de jurisprudence (Madqa) et de tradition (Xinto). La propriété du sol y est strictement réglée, ainsi que la transhumance, l’accès aux pâturages et aux points d’eau, les réserves, la rotation, la nomadisation, l’entraide réciproque, l’inviolabilité, les processus de règlement des litiges le cas échéant, le recours, l’arbitrage, la stabilité, les redevances temporaires ou permanentes, la déshérence; bref, tous les aspects de l’utilisation de l’espace rural et de sa gestion pacifique sont absolument garantis par le système existant.

A ce chapitre, il n’est pas inutile de souligner ici une spécificité remarquable dans nos zones rurales, si le Sultan perçoit bien un loyer annuel, sur certaines terres, il n’a absolument pas le droit de procéder à une quelconque expropriation, pour quelque raison que ce soit. C’est tout simplement parce qu’il n’est pas lui-même propriétaire de ces terres : il est tout juste le garant des limites territoriales entre les différents lignages. Comme chacun de ses sujets, le Sultan est tenu de se conformer à ce qui existe : il n’a pas le droit d’innover ou de mettre en place une nouvelle jurisprudence, quel que soit le domaine. C’est le gestionnaire et le garant de l’orthodoxie traditionnelle. On est donc bien loin de l’image du despote tout-puissant et capricieux qui entache souvent ce rôle politique, et que l’on retrouve malheureusement parfois dans certains Etats prétendument démocratiques.

C’est aussi la raison pour laquelle, d’autre part, il faut bien admettre que si le système perdure par-delà les siècles, c’est qu’il y a une nécessité fonctionnelle à son maintien. Il y a attachement aux normes et valeurs traditionnelles pour autant que les structures mentales correspondent aux structures sociales, c’est-à-dire aux formes interpersonnelles de l’existence quotidienne : famille, tribu, lignage, solidarité et, dans le cas présent, mode de vie pastoral réglementé dont l’arbitrage relève d’une instance centrale unique : le Sultan.

Ceci repose sur la conviction que « Dieu n’a pas créé des Hommes sans terre, comme il n’a pas créé de terre sans habitants ».

Il est donc non seulement inutile mais extrêmement dangereux d’attenter à une telle stabilité dans la paix, la cohésion et la solidarité, sans aucune nécessité autre que le besoin, actuellement manifesté par le régime, de procéder à une expropriation à peine déguisée.

Or, ce que propose ce projet de réforme, c’est de remplacer le système existant, dans lequel toutes les décisions sont contrôlées par une assemblée collégiale et par tout un corpus juridique clairement codifié, par un pouvoir central dont la première caractéristique n’est certainement d’assurer l’égalité entre tous les citoyens et entre toutes les régions. Car, si tel avait été le cas, la République de Djibouti aurait fait l’économie d’un conflit fratricide, de même que les accords de paix de 1994 et de 2001 auraient trouvé une stricte et honnête application, dans le sens de l’intérêt général et de la réconciliation nationale.

Le fait est donc que ce régime d’injustice est le moins bien placé pour prétendre « promouvoir la mise en valeur et l’utilisation des ressources pastorales et agropastorales en vue d’améliorer les conditions de vie de la population en milieu rural. », comme le stipule l’article 2 de ce projet de loi. Une bonne intention ne peut exister séparément d’un contexte général lui accordant sérieux et crédibilité.

Nous avons abondamment évoqué ici et ailleurs toutes les entraves gouvernementales à une réelle Décentralisation et toute son incapacité, pour ne pas parler de désintérêt, à assurer les bases d’un Développement durable des régions de l’Intérieur. Mais, sans même évoquer la précipitation dans la rédaction de ce projet de loi ( précipitation qui se dévoile dans ses deux articles 28), le seul fait qu’aucune autorité traditionnelle n’ait été préalablement associée à ce projet montre clairement que le souci d’une hypothétique justice sociale en milieu rural n’est pas ce qui motive cette destruction préméditée et malintentionnée d’un des piliers fondamentaux de la société traditionnelle.

Car, force est de reconnaître que ce ne sera pas ce pouvoir de tous les abus de pouvoir qui remplacera efficacement et dans le sens de l’intérêt général, une autorité traditionnelle dont la modération fondée sur la collégialité décisionnelle et le strict respect des lois ancestrales a jusqu’à présent assuré la paix et la concorde civile.

De plus, conscients plus que les citadins que la chasse au gaspillage est une condition essentielle de survie dans un environnement écologique hostile, les ruraux n’ont pas attendu les conseils d’un pouvoir central excentré pour veiller à la sauvegarde de leur cadre de vie et pour s’entraider en cas de besoin. On ne peut qu’être dubitatif devant le caractère superflu de l’article 7 de ce projet de loi : « l’État et les collectivités décentralisées garantissent aux pasteurs le droit d’accès aux ressources pastorales ainsi que la mobilité de leurs troupeaux. Ce droit d’accès s’exerce dans le respect des coutumes et usages pastoraux. » : on se demande bien pourquoi changer alors ce qui sera tout de même respecté ?

La véritable intention d’expropriation se dévoile en fait dans les articles 36 à 41 de ce projet de loi. Ainsi, l’article 36 dispose que « Le plan de réaménagement foncier rural consiste en une convention entre d’une part l’État ou une collectivité territoriale décentralisée prenant l’initiative d’un aménagement public, et d’autre part les communautés rurales concernées par ledit aménagement, en vertu de laquelle les populations cèdent une partie de leurs droits fonciers à l’État ou à la collectivité territoriale décentralisée, et reçoivent en contrepartie, la rétrocession d’une partie des terres aménagées; elles bénéficient également de la jouissance d’infrastructures économiques et sociales prévues dans la convention. La négociation du plan de réaménagement foncier tient compte de la plus-value qu’apporte l’aménagement projeté aux terres des populations locales.»

Pour sa part, l’article 37 stipule que « L’État et les collectivités territoriales décentralisées peuvent affecter des portions de leur domaine privé immatriculé à des particuliers en vue de la réalisation d’activités de développement rural, notamment dans le domaine de la production agricole, agropastorale ou touristique. L’attribution de terres aménagées du domaine privé de l’État aux personnes physiques ou morales privées a lieu à titre onéreux ». Donc, la tribu cède à un prix dérisoire mais rachète au prix fort. Par contre, sans tenir compte des aspirations régionales, l’Etat peut mettre toutes les zones qu’il désire à la disposition d’investisseurs privés : le caractère mercantile du projet et ses potentialités néfastes n’échappent donc à personne.

Il ne s’agit donc pas, avec ce projet en préparation, de combler un vide juridique, ni de supprimer une lacune, encore moins de corriger un défaut. Il s’agit tout simplement de déposséder les possédants en transférant à l’État la propriété du sol appartenant jusque là à ses occupants.

L’ARD condamne catégoriquement ce projet de réforme et demande à toutes les populations concernées, aux Sultans et aux notables, de même qu’aux mal-élus et aux ministres, de refuser cette expropriation, quoi qu’il leur en coûte, puisque c’est une provocation absolument contraire à l’intérêt général et à la paix civile.

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 57 du mercredi 25 juin 2003

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Réalité numéro 57 du mercredi 25 juin 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le présidentialisme djiboutien (4)
  4. Tadjourah-Randa : l’échec d’une politique
  5. La Réhabilitation version calife
  6. Décentralisation et création de parti

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 57

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

ÊTRE INDÉPENDANT,

C’EST NE PAS ÊTRE DÉPENDANT

A force d’être ritualisée, banalisée, une liturgie commémorative aussi importante que celle de la date fondatrice de notre nation en arrive à perdre son sens véritable : la dimension festive (congé payé) prend le dessus sur la célébration proprement dite de l’Indépendance. Pourtant, échappant un instant et autant que faire se peut, aux tracas de la vie quotidienne, le 27 juin devrait être, pour chaque citoyen djiboutien, l’occasion de se poser une question essentielle : sommes-nous réellement indépendants ?

Certes, par temps de mondialisation, de village planétaire et surtout de dégradation des termes de l’échange, il peut paraître présomptueux pour une Nation de revendiquer une quelconque autarcie. A fortiori lorsque l’on est un minuscule État tel que le nôtre, ne disposant de surcroît de pratiquement aucune ressource naturelle exploitable. Dès le départ donc, nos maigres potentialités nous interdisaient tout optimisme débordant quant à nos chances de développement économique. Mais tout de même, cet handicap ne saurait aucunement absoudre une gestion gouvernementale désastreuse qui nous a rendus plus que jamais tributaires de la générosité internationale. Le problème n’est pas d’être naturellement pauvre, c’est de mal gérer ses ressources. Or, par insouciance autant que par irresponsabilité, le régime djiboutien étale à longueur de temps dans sa presse spécialisée les manifestations les plus flagrantes de son incompétence, de son incapacité, bref son absence d’une réelle volonté politique tendant à réduire autant que possible notre dépendance à l’égard des aides extérieurs.

Ainsi, lorsque l’on apprend que l’État djiboutien n’est même pas capable d’offrir sur fonds propres un petit groupe électrogène aux habitants d’un village sinistré tel que Randa, et qu’il doit pour cela solliciter l’appui financier du PNUD, c’est la preuve pathétique que ce régime prédateur refuse volontairement de mettre nos moyens nationaux à la disposition de ses concitoyens. De même, devoir mendier pour réhabiliter un tronçon routier aussi vital que celui reliant Dikhil à Galafi, alors que nul ne sait officiellement ce que sont devenus les centaines de millions du Fonds d’Entretien Routier, normalement prévues à cet effet, relève à maints égards de la plus totale irresponsabilité politique.

Dans d’autres cas, c’est grâce aux prêts contractés auprès d’institutions financières internationales que des projets vitaux sont réalisés. Mais ceci est tout aussi dramatique car, tôt ou tard, ce sont les contribuables djiboutiens qui devront supporter les sacrifices qu’exigera le remboursement de ces emprunts. Ce ne sont là que quelques exemples parmi beaucoup d’autres : dès qu’il s’agit d’investissement productif ou à caractère social, le gouvernement de la mauvaise gouvernance a surtout recours à la mendicité internationale, préférant réserver les recettes nationales à ses dépenses somptuaires et à sa politique clientéliste.

A deux jours du 27 juin, un tel gaspillage pose une question : à quoi sert un régime politique qui transforme aussi systématiquement ses concitoyens en mendiants internationaux ? Fêter n’est pas célébrer : la comédie politique, avec toute sa mise en scène fastueuse ne peut nous faire oublier que nous sommes de moins en moins indépendants. Djibouti ne survit que grâce à la générosité internationale : nous sommes donc bien loin de la souveraineté qu’incarne normalement le 27 juin. Il est vraiment grand temps que disparaissent ces pratiques misérabilistes d’un régime incapable d’assurer le minimum vital à ses concitoyens.

 

 


Brèves nationales

 

Affaire DAF :

 

Mea culpa de l’injustice

 

L’acharnement contre le Président du MRD et directeur de publication du « renouveau Djiboutien », M. Daher Ahmed Farah, a heureusement pris fin le 23 juin, puisque le prévenu a été tout bonnement acquitté à l’issue de son procès en diffamation. Nous nous réjouissons de la libération de notre ami DAF, injustement incarcéré durant plus de deux mois dans des conditions intolérables à la sinistre prison de Gabode, au motif fallacieux d’un délit de presse qui n’a finalement pas été retenu.

Il semble que le récent séminaire organisé à l’intention des magistrats leur a été profitable, puisque ces derniers ont miraculeusement daigné rendre justice à un opposant persécuté sans aucun motif sérieux et dont l’acquittement logique contraste fortement avec le refus opposé à sa demande de liberté provisoire.

Rien ne justifiait donc l’incarcération d’un prévenu qui allait être acquitté. Notre compagnon de lutte s’est courageusement défendu en l’absence de son avocat, soutenu qu’il fut par tous les leaders de l’opposition, face à un avocat de la partie civile, autrefois défenseur de droits de l’homme parait-il, qui a fait bien piètre figure. Bravo DAF ! La lutte pour l’avènement d’un véritable État de droit continue…

Randa :

Barrage au mensonge

La presse gouvernementale spécialisée dans la désinformation ne manque par de lyrisme quant il s’agit d’encenser les rares actions gouvernementales entreprises de surcroît sur financement extérieur. Ainsi, nous apprenons ébahis et en sueur, dans un article dithyrambique de l’incorrigible « La Nation » : « il faut dire que l’inauguration du mini-central hydroélectrique, constitue une sorte de renaissance pour le village d’après ses responsables ». Mais qui avait tué ce village, et quelques-uns de ses habitants, depuis un certain 5 juillet 1993 ?

Rappelons, moins pour le lecteur que pour le bihebdomadaire gouvernemental, qu’une centrale hydroélectrique fonctionne, par définition, grâce à l’énergie fournie par la masse d’eau retenue par un barrage. En attendant ce miracle de la pluviométrie nationale, puisse au moins la mauvaise gouvernance fournir les quelques rares barils de gasoil nécessaires au fonctionnement du petit groupe électrogène et la mini motopompe.

Réhabilitation à Randa :

Étape nécessaire mais insuffisante

Si le coûteux déplacement présidentiel, avec sa cohorte de 4×4 rutilantes et ses centaines d’obligés, a permis au village de Randa de sortir de l’obscurité et de se soulager d’une corvée d’eau épouvantable, la réhabilitation version Chef de l’État n’en est pas une véritable. Le système du bakchich privilégié en haut lieu continue à présenter un droit inaliénable à être réhabilité comme une faveur présidentielle réservée à quelques-uns.

Les Randaniens sinistrés ne l’ont pas entendu de cette oreille, préférant dans leur grande majorité boycotter une visite dont ils n’attendaient pas beaucoup : le bla-bla finit sans doute par lasser les auditeurs. Les maisons détruites restent à reconstruire et les jardins pillés, à l’image du verger administratif où la délégation présidentielle a fait une halte remarquée, offre un spectacle de désolation. L’unique jardinier qui arrosait ce qui fut autrefois la plus grande pépinière nationale (jardin créé par un ingénieur français dans les années 40) est aujourd’hui à la retraite et son poste budgétaire n’a pas été pourvu. Tout comme les dizaines de jeunes de ce village condamnés au chômage, la population locale survit tant bien que mal, faute d’un réel intérêt pour sa condition de la part des pouvoirs publics.

Cette station d’altitude, bien peuplée l’été, a préféré se faire représenter aux festivités animées par des groupes ramenées de Tadjourah et de Djibouti, par des vacanciers, pour l’essentiel des curieux et maladroitement comptabilisés au nombre des supporters par les médias gouvernementaux éberlués.

Eau et électricité régionales :

L’énergique de Tadjourah

Comme il fallait s’y attendre, à chaque fois que « Réalité » critique certaines personnifications de la mauvaise gouvernance, le journal « La Nation », qu’il serait peut-être plus judicieux de rebaptiser « La Ration », se croit obligé de donner une tribune aux représentants épinglés de « la gestion de vraie problématique ».

Ainsi, dans l’édition du lundi 23 juin 2003, le responsable régional de l’EDD, que nous avions récemment interpellé au sujet de l’obscurité dans laquelle reste plongée la pêcherie d’Obock à cause de la rupture d’un câble électrique, nous revient miraculeusement par un tour de passe-passe médiatique, pour nous parler de la création d’un comité de gestion de l’eau et de l’électricité à Randa, suite à la tout aussi miraculeuse visite présidentielle.

Il est vrai que le cruel manque de cadres compétents par lequel la mauvaise gouvernance explique le cumul des fonctions et la parodie de décentralisation que sont les « conseils régionaux », lui permet en même temps que ce don d’ubiquité, l’absolution de ses multiples défaillances techniques.

Lesquelles défaillances sont directement à l’origine de la détresse des pêcheurs d’Obock privés de glace pour conserver leurs poissons, et accessoirement de certains malaises des malades et parturientes qui étaient hospitalisés sans électricité au dispensaire d’Obock dans le courant du mois dernier.

Chambre de commerce :

Victoire du bon sens !

Samedi 21 juin 2003 restera sans nul doute inscrit dans les annales de la Chambre de Commerce de Djibouti, institution quasi-centenaire, comme un grand jour pour la communauté d’affaires de notre pays. En effet, ce jour-là, l’assemblée consulaire réunie en séance plénière et extraordinaire, a procédé à l’élection du successeur du charismatique Président Coubèche, à la tête de cet organisme depuis plusieurs décennies.

Les résultats des élections du bureau de l’ex CICID ont donné vainqueurs des opérateurs économiques reconnus pour leur contribution au développement économique national, même si l’on peut regretter que le secteur bancaire n’ait pas obtenu une place correspondant à son poids réel.

L’un de ces opérateurs, élu président avec une confortable majorité, malgré le vote orienté, selon de nombreuses sources autorisées, de certaines voix aux ordres du régime, mérite nos plus vifs encouragements.

Said Omar Moussa, dynamique propriétaire de la « Pharmacie de la Corne de l’Afrique », est un membre unanimement respecté du Bureau de la Chambre de Commerce auquel il appartient depuis de longues années. Ce polyglotte affable a beaucoup contribué au développement de l’information commerciale de la chambre de commerce.

C’est en effet sous sa houlette que le service d’information commerciale s’est considérablement développé, au point de devenir la vitrine de cet établissement public au service des initiatives privées.

Mise en vitesse de croisière par le président sortant, la Chambre de commerce de Djibouti s’apprête à prendre un nouveau départ sous la conduite du Président Said Omar Moussa et des cadres nationaux expérimentés, qui doivent à présent en prendre nécessairement la direction.

Mauvaise gouvernance :

La mendicité encore et toujours

Toute honte bue, le journal gouvernemental « La Nation » ne craint pas de médiatiser une honteuse mendicité internationale révélatrice de la démission des pouvoirs publics sous ce régime de mauvaise gouvernance.

Après les réhabilitations des écoles de Bondara et celles du district d’Ali-Sabieh, cette semaine, les Forces Françaises Stationnées à Djibouti (FFDJ) sont encore à l’honneur pour avoir accepté d’acheminer l’aide alimentaire internationale destinée aux cantines scolaires des districts d’Ali-Sabieh et de Dikhil.

Où est donc le mérite du régime djiboutien, claironnant que l’Éducation Nationale bénéficie du premier chapitre du Budget national, quand ce sont des organismes internationaux qui fournissent l’essentiel de l’aide alimentaire aux écoles de brousse, autrefois approvisionnées et gérées sur fonds exclusivement nationaux ?

Et que dire de l’acheminement de ces vivres confiée aux FFDJ, alors que des 4×4 rutilantes de l’administration, achetés sur fonds propres, sont mobilisés pour l’acheminement du khat lors des improductives tournées gouvernementales aux quatre coins du pays ? Sans parler des dizaines de camions offerts à l’Armée Nationale par les pays amis, véhicules qui ne sont mobilisés que les jours de parade.

Lamentable gâchis permanent de la mauvaise gouvernance.

 

 


 

Le présidentialisme djiboutien (4)

Démocratie, Dictature ou Caricature ?

4ème et dernière partie : une caricature despotique de la Démocratie

 

Jusqu’à présent, nous n’avions pas encore clairement défini à quelle catégorie pouvait être rattaché le système politique djiboutien, caractérisé par la prééminence sans contrepouvoir du Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Chef suprême des Armées, Président du RPP, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, seul autorisé à signer lois, décrets, décisions et arrêtés. Singer la Démocratie tout en se montrant autoritaire et peu respectueux de l’État de droit, cela a un nom : caricature despotique et délinquante. Clôturons donc cette série en examinant ces deux dimensions fondamentales du présidentialisme djiboutien.


Nous avions dit la semaine dernière qu’il était possible de parler de dictature à partir du moment où l’on se trouve en présence d’un système politique caractérisé par la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul individu, d’un groupe d’individus, d’une organisation particulière (parti ou armée). Nous n’en avions alors examiné que deux dimensions pour démontrer que l’on ne pouvait pas parler de dictature à Djibouti, puisqu’il n’y avait ni parti unique structuré, ni groupe ethnique solidaire dans sa domination. Nous avions volontairement laissé pour cette semaine un aspect qui rend assez fidèlement compte de la réalité djiboutienne : la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul homme.

De fait, la Constitution djiboutienne accorde des pouvoirs absolus au Chef de l’État. Elle organise également les autres pouvoirs, pensera-t-on : Législatif et Judiciaire. Inutile de nous répéter : c’est justement à ce propos que l’on est en droit de parler ici de caricature. Les textes ne sont là que pour masquer un profond dysfonctionnement de nos institutions.

Ainsi, la vie politique nationale se caractérise par deux traits essentiels : un autoritarisme personnifié profitant au Chef de l’État à tel point qu’il est possible d’évoquer la notion de despotisme ; une violation permanente des textes de loi autorisant quant à elle le recours à la catégorie de « régime délinquant ».

Le despotisme renvoie donc à l’absence totale de contrepouvoir susceptible d’encadrer ou de contrôler les immenses pouvoirs du Chef de l’État. Même si la Constitution organise les pouvoirs des membres du gouvernement, le fait par exemple qu’aucun ministre ne puisse recruter le plus humble gardien ou la plus modeste femme de ménage sans une décision présidentielle montre bien qu’il dispose d’un pouvoir de vie ou de mort sociales sur l’ensemble de ses concitoyens.

C’est une forme d’organisation politique dans laquelle le pouvoir est arbitraire, c’est-à-dire non fondé sur le droit, le bénéficiaire l’exerçant de façon absolue

Les traits caricaturaux de cette disposition constitutionnelle n’autorisant aucun garde-fou au pouvoir du Chef de l’État, se trouvent grossis par une gestion quotidienne des affaires publiques justifiant l’utilisation du concept de patrimonialisme, forgé par Weber, ou encore celui de despotisme oriental inventé par Montesquieu. Tous deux ont en commun de décrire une forme d’organisation politique dans laquelle la société est gouvernée à la manière d’un foyer domestique, les relations normalement impersonnelles caractéristiques de tout État de droit y sont remplacées par des réseaux d’allégeance liant le Chef à ses courtisans. Il n’y est pas rare que la confusion soit généralisée entre biens publics et privés.

Cette privatisation de l’espace public s’appuie sur des pratiques de favoritisme, eux-mêmes indissociables d’une culture de la fidélité par laquelle le Chef est obligé de constamment réactiver la loyauté des bénéficiaires de ses largesses. Comme le jardin d’acclimatation du Day, il lui faut irriguer ses réseaux de soutien, laquelle manne liquide qui, comme pour le ranch agropastoral du Day, n’est pas forcément budgétisée de façon réglementaire.

Ce n’est pas par abus de langage que nous parlons de caprice à propos des conditions dans lesquelles l’eau est arrivée sur ces hauteurs. Que l’on en juge par la définition que donne Montesquieu dans son Esprit des Lois : « Le gouvernement républicain est celui où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la souveraine puissance ; le monarchique, celui où un seul gouverne mais par des lois fixes et établies ; au lieu que, dans le despotique, un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. »

Le document que nous vous présentons en page 7 de ce numéro est exemplaire à cet égard : le favoritisme par lequel des nécessiteux sont soumis au chantage et la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 y trouvent une actualité qui serait caricaturale, n’eût été le drame de ceux qui ont tout perdu dans le conflit.

Inutile de dire que, dans ces circonstances, le favoritisme despotique est près peu compatible avec le respect des normes de droit : c’est le règne de l’arbitraire absolu sans lequel, justement, le pouvoir arbitraire, discrétionnaire du Chef ne pourrait exister ou se perpétuer.

C’est la seconde dimension caractéristique du présidentialisme djiboutien : la violation quasi-systématique des règles les plus élémentaires, définissant toute Démocratie autorise à dire que nous sommes en présence d’un régime délinquant.

Laquelle délinquance se définissant généralement par l’existence de pratiques déviantes par rapport aux normes édictées et s’appliquant uniformément à tous.

Le droit est remplacé par le passe-droit : tout devient, à condition que l’on sache à quelle porte frapper et quelle intervention solliciter, affaire de marchandage. Il n’est pas nécessaire d’illustrer cette déviance devenue norme à Djibouti : la seule physionomie volontairement rachitique d’une Chambre des Comptes qui, comme par hasard n’adresse les résultats de ses investigations qu’au Chef de l’État (alors que sa justification serait de les rendre publics), suffit à démontrer que ce que l’on nomme pudiquement « opacité dans la gestion des deniers publics » est une dimension constitutive du système politique djiboutien.

Mais l’aspect le plus dramatique de cet usage privé des biens publics, c’est incontestablement dans le mépris qu’un tel système affiche à l’égard de la volonté populaire. Jusqu’aux dernières élections législatives, il est bien établi qu’un pouvoir absolutiste, despotique, ne laisse aucune liberté de choix à ses concitoyens et aucune place à l’opposition pacifique.

La fraude massive du 10 janvier 2003, ainsi que l’acharnement contre un opposant tel que DAF sont monnaie courante dans ces situations monopolistiques : même éclairé, un despote ne peut accepter une quelconque diminution, la plus légale soit-elle, de son autorité. Dans cette logique, leur propension naturelle à renforcer le pouvoir central amènent les despotes de par le monde à refuser toute idée d’une décentralisation : les caricatures que constituent les actuels « conseils régionaux » et le sort réservé au projet de Décentralisation signé le 12 mai 2001 montrent bien que sous nos cieux également, cette constante autoritaire se retrouve.

Ainsi va la République de Djibouti : des textes consacrant largement l’État de droit et la ratification de presque toutes les conventions internationales coexistent sans douleur, tant la duplicité est devenue une seconde nature, avec les formes les plus extrêmes de la personnalisation du pouvoir (et de ses abus) et les violations les plus flagrantes de toute règle de droit. La maturité politique dont ont fait preuve tant le Peuple que l’Opposition djiboutienne, nous autorisent enfin à conclure cet article par une interrogation qui hantait Rousseau : « On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit : mais qu’y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions ? Qu’y gagnent-ils, si cette tranquillité même est une de leurs misères ? On vit tranquille aussi dans les cachots ; en est-ce assez pour s’y trouver bien ? »

Malheureusement, Djibouti n’a pas toujours connu la « tranquillité civile » le refus gouvernemental d’appliquer l’Accord de Paix du 12 mai 2001, persistant donc dans son acharnement à reconduire les causes du conflit en creusant davantage le déficit démocratique, nous inclinent à penser que le despotisme local n’a même pas certaines vertus dont ce genre de pouvoir est capable ailleurs.

De même que le gauchisme était la maladie infantile du communisme, du moins si l’on en croit ses détracteurs, on peut considérer que le despotisme est la maladie infantile des systèmes politiques issus du processus de décolonisation. Heureusement qu’une caricature se fait au crayon: ça s’efface tôt ou tard.

 

 


Tadjourah-Randa : l’échec d’une politique

 

Six mois après le hold-up électoral du 10 janvier 2003, le Chef de l’État entouré de ses mal-élus traumatisés, s’est rendu dans la Ville-Blanche pour y inaugurer un mausolée, pardon, un nouveau bâtiment de l’ex- parti unique rejeté à l’échelon national et totalement défait à Tadjourah. Raison pour laquelle son illustre président s’est personnellement investi dans une campagne cherchant à le réanimer. Peine perdue!


C’est curieusement sur la place de l’Indépendance où règne l’annexe de l’ARD, et haut lieu des rassemblements de l’UAD, qu’un fantaisiste siège du parti illégalement au pouvoir a été bâti. Le fait d’avoir choisi ce lieu emblématique dans une ville considérée comme le bastion de l’opposition, ne trompe personne. Ce régime d’esbroufe cherchait à tester son influence, moyennant faveurs et mensonges : échec total.

Quelques jours auparavant, des missi dominici envoyés en éclaireurs et des agents de la sécurité présidentielle pré positionnés, ne cachaient pas leur pessimisme. Dans leur rapport d’inspection, ces grenadiers-voltigeurs avouaient sans fausse modestie l’échec de leurs entreprises de sensibilisation, ou plutôt de désinformation. Ce serait, semble-t-il, suite à leurs conseils avisés que le Chef de l’État, qui avait initialement prévu d’aller à Tadjourah par mer, a finalement préféré se rendre en hélicoptère dans la Ville-Blanche.

Ce changement d’itinéraire au dernier moment est en soi révélateur du désarroi d’un régime déstabilisé et frileux. Il est vrai que la veille, les dynamiques militants de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD) n’avaient pas caché leur opposition à ces festivités qui leur apparaissaient comme une provocation de la part d’un régime particulièrement détesté depuis la mascarade électorale du 10 janvier 2003.

Une fois sur place, le Président de la République et son gouvernement, habitués à amadouer en ces circonstances, ont eu la désagréable surprise de voir que quelque chose ne tournait pas rond dans cette ville normalement connue pour son respect du visiteur et pour la chaleur de son accueil.

Aussi, après une symbolique cérémonie d’un local tout aussi symbolique, le Chef de l’Etat a préféré retrouver la fraîcheur de l’altitude en se rendant par hélicoptère à Randa. Pourtant, les engins des Travaux Publics, absents du Nord depuis fort longtemps, avaient fait des miracles sur la route PK9-Randa à son intention, au plus grand bonheur des usagers de ce tronçon, bénéficiaires bien malgré eux de cette manifestation inattendue des services publics.

De l’avis même de certains représentants de l’entourage présidentiel, la dernière visite du « numéro un djiboutien» à Tadjourah a été un cuisant échec. Pour preuve, les membres du second parti de l’alliance illégalement au pouvoir, sous-traitants locaux du RPP, ont préféré adopter un profil bas, n’apparaissant qu’au dernier moment aux festivités organisées par courtoisie en l’honneur d’un Président de la République qui a déçu à beaucoup d’égards. Certains d’entre eux s’éclipsant même pour rejoindre illico presto Randa , toujours avec la même discrétion. Pendant ce temps, nos braves militants de Tadjourah se sont retrouvés à l’annexe de l’ARD pour nettoyer ses alentours et badigeonner ses murs. Ainsi, des centaines de femmes de Elaamo, Fii’a, Tadjourah-centre et Marsaki ont allègrement boudé la comédie présidentielle en restant chez elles

Quoi qu’en pense le RPP local fossilisé, l’ARD, le grand parti emblématique de l’opposition nationale et membre de l’Union pour l’Alternance Démocratique, plus connu là-bas sous le sigle « UAD 100% », reste absolument maître des lieux, parce qu’elle incarne la seule solution crédible face à la démagogie d’un régime plus soucieux de faire croire que de réellement rendre service aux citoyens.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que, suite au coûteux déplacement présidentiel censé tirer un trait sur « la soif et l’obscurité » à Randa, dès samedi 21 juin 2003, les habitants auraient constaté le retour de l’obscurité et de la corvée d’eau. Et ce quarante-huit heures après la médiatique visite présidentielle qui s’est terminée, comme on le sait, en queue de poisson : dans le cadre enchanteur du jardin d’acclimatation du Day.

Qui peut donc croire que ce régime peut encore survivre uniquement en mentant au Peuple et en investissant des millions en propagande alors que la réalité la plus évidente démontre qu’il a totalement échoué dans la construction de l’Unité nationale et dans le Développement économique durable.

Et dire que le vice-président du Conseil Régional de Tadjourah prétendait que « l’État va contribuer aux dépenses de gasoil et aux frais d’entretien de ce groupe électrogène

Si le vernis ne dure qu’un temps, la dure réalité insuffisamment combattue réapparaît tout le temps.

 

 


 

La Réhabilitation version calife

 

Comme nous le disions dans l’article précédent, Djibouti est sous un régime essentiellement fondé sur le seul caprice d’un leader qui se croit tout permis, parce que lui-même préfère récompenser les citoyens djiboutiens en fonction des attentes qu’ils formulent à son égard. Ce qui est d’autant plus grave qu’il s’agit d’une situation dans laquelle, par respect pour les nécessiteux, aucun chantage ne doit être moralement permis. Malheureusement, le régime despotique que les citoyens djiboutiens doivent supporter jusqu’à l’inévitable changement n’a quant à lui aucun scrupule à terroriser de malheureux nécessiteux uniquement désireux de voir réhabiliter un cadre de vie qu’ils on perdu à cause de la prédation de soldats gouvernementaux impunis. Le courrier ci-dessous reproduit, émanant du Président du Croissant Rouge pour la région d’Obock, est assez révélateur de toute cette injustice institutionnalisée.

 


Mr MOHAMED AHMED CHEHEM

Président du Croissant Rouge d’Obock

Tél. : 81 8642

Djibouti

Djibouti, le 21 Juin 2003

A

Son Excellence Monsieur le Ministre

de l’Habitat Et de l’Environnement

Djibouti

Objet : Doléances

Excellence,

En ma qualité de président du Croissant Rouge d’Obock, j’ai assisté à la Réunion à Obock dans l’enceinte du Centre Communautaire et on nous a soumis la liste nominative de 240 personnes qui bénéficieront de la réhabilitation de leurs logements à Obock, lequel projet est financé par la communauté européenne.

Toutefois, j’ai été surpris de constater que la majeure partie des personnes figurant sur ladite liste ne sont pas réellement les personnes dont leurs logements ont été endommagés par la guerre.

J’ai d’ailleurs avisé le Commissaire de la République, Chef du District d’Obock à ce sujet car il est regrettable que les réelles personnes qui ont subi un préjudice par la guerre ne sont pas figurés sur cette liste.

C’est pourquoi, je recours à vous, Excellence, afin qu’une autre commission soit reconstitué pour déterminer sur le terrain même à Obock en procédant à une enquête auprès des habitants d’Obock pour connaître les vrais personnes qui étaient propriétaires des terrains sur lesquels ils possédaient dans le temps leurs logements endommagés par la guerre. .

Aussi, il existe des personnes qui ont construit des habitations de fortune à la suite de l’endommagement de leurs logements par la guerre et qui habitent dans des conditions pénibles, exposés aux intempéries et aux moustiques. C’est donc ces gens qu’il faudrait aider et assister en premier lieu et en urgence car c’est vraiment eux qui ont subi des préjudices et qui se sont installés suivant leurs moyens. Tandis que ceux qui vont construire dans la Zone Palmeraie aux abords de l’OUED et sur le LIT de l’OUED, il est recommandé de leur octroyer par le District d’Obock des terrains dans d’autres emplacements car l’OUED a déjà fait assez de victimes.

En conséquence, je vous prie de bien vouloir intervenir afin que les vrais nécessiteux soit servis avant les autres qui veulent ont profité car cette affaire risque d’avoir des conséquences fâcheuses si l’on détermine pas les réelles sinistrés.

Comptant sur votre compréhension et sur votre précieux recours ainsi que sur le bien fondé de votre décision pour cette affaire.

Je vous prie de croire, Excellence, Monsieur le Ministre, l’assurance de mon profond respect. 

COMMENTAIRE

 

Il fallait s’y attendre : s’est pour s’adonner à ce favoritisme malveillant et injuste que le régime a saboté la Réhabilitation prévue par l’Accord de Paix du 12 mai 2001. or, durant les négociations, le FRUD-armé avait dressé un tableau exhaustif des destructions subies dans les zones affectées par le conflit. Il aurait suffi au régime de se référer à ce document annexé au dit Accord pour savoir qui indemniser et de quoi. Mais son souci n’est pas de rendre justice. La dérive dont se plaint M. Mohamed Ahmed Chehem s’est déjà produite par le passé, lorsqu’il a été question d’indemniser les pêcheurs ayant perdu leur outil de travail, de même que les jardiniers dont les potagers ont été détruits durant le conflit. Contrairement à ce régime démagogique qui ne veut récompenser que ses seuls fidèles, il prône quant à lui une réhabilitation prioritaire des vraies victimes.

 

 


 

Décentralisation et création de parti

 

Dans son édition du lundi 23 juin, le journal gouvernemental « La Nation » a donné la parole, sur visite spontanée comme d’autres le font à « Jeune Afrique-L’Intelligent », pour rétablir ce qu’ils estiment être une vérité que le lecteur ne peut ignorer à propos des négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé. on y apprend beaucoup de choses, comme par exemple le fait que le FRUD-armé aurait demandé à ce que l’administration fonctionne sur la base des quotas ethniques. C’est tout le contraire : nous avions insisté sur la nécessité d’éviter les situations monocolores que l’on observe çà et là, préjudiciables à l’Unité Nationale. On y apprend également que nous aurions cherché à attenter à l’Unité nationale en proposant l’abrogation d’un article de la Constitution. Voyons cela.


« La Nation » propose donc au lecteur une sorte de mise au point, d’autant plus intéressante qu’elle émane d’un fonctionnaire présenté comme avoir participé aux premières loges aux pourparlers de paix entre le gouvernement et le FRUD-armé entre avril 2000 et mai 2001. Accessoirement à sa participation à la « Commission des Réformes Démocratiques », l’interviewé, un certain Monsieur Ali Djama Abdi, n’est pas un inconnu à « Réalité ». Au nom du ministre de l’Économie et des Finances, il s’était en effet autorisé à nous répondre à propos de quelques considérations économiques, en nous invitant, au nom du gouvernement djiboutien « à faire preuve de patience » car, selon lui, de centaines de millions de nos francs avaient été investis par le régime dans « la consolidation de paix ».

Histoire peut-être de nous suggérer de détourner une partie de ces fonds puisque, de toute évidence, la partie signataire que nous sommes n’a jamais entendu parler d’une concrétisation dudit Accord de Paix.

Voilà donc que notre génial fonctionnaire nous revient aujourd’hui pour éclaircir un point d’histoire essentiel de notre pays. Sous le titre « Ils n’ont pas le monopole de la paix », cet apparemment paisible citoyen djiboutien qui, sommé par le journal gouvernemental de « donner des exemples concrets » des bonnes dispositions du régime quant à une concrétisation rapide et sincère de l’Accord-cadre conclu le 7 février 2000 à Paris, livre au lecteur des « révélations » pour le moins inexactes.

Le monologue étant l’arme des situations dictatoriales qu’il incarne, peut-être bien malgré lui , ce sieur Ali Djama Bakal, qui jouait un rôle plus que marginal dans cette « Commission des Réformes Démocratiques » dont le co-président côté gouvernement n’était autre que l’actuel Président de la mal-élue Assemblée Nationale, se croit en droit de prétendre qu’ « à la discussion qui a porté sur la constitution, deux points ont été particulièrement importants à nos yeux, car il était question de la sauvegarde de l’unité du pays et de l’union des communautés. Le premier point était la réforme de l’article 6 de la constitution, et nos adversaires nous avaient proposé de réviser cet article pour extraire les éléments tels que ‘’ ethnie, langue et région’’ comme base d’identification pour un parti politique.

Autrement dit, toute organisation à caractère politique aurait la possibilité de s’identifier à une ethnie, à une langue ou à une région. Ce projet de réforme était inacceptable dans notre esprit, dans la mesure où elle s’inscrit dans une logique de division ethnique et de haine tribale. Accepter cette proposition, reviendrait à dresser les différentes communautés les unes contre les autres pour entraîner notre pays dans une sorte de ‘’balkanisation’’. »

Comme il le dit lui-même, et sans nécessairement convoquer comme lui le pléonasme, « ne pas évoquer l’intégralité de l’ensemble des arguments émanant des deux parties et en ne tenant pas compte de tous les aspects et contexte lié directement ou indirectement aux pourparlers, consiste à manquer de respect à la nation », une simple précision s’impose.

En effet, si lors de ces négociations le FRUD-armé a suggéré l’abrogation de cet article de la Constitution, c’était avant tout en référence à la loi relative aux partis politiques dans le contexte d’une réelle Décentralisation. Laquelle loi relative aux partis politiques dispose, comme chacun le sait, que des représentants de chaque région et de chaque composante de la communauté nationale se portent garants de la création de tout parti politique en République de Djibouti.

Ce qui peut sembler plus ou moins normal dans le contexte d’une compétition nationale, même s’il est bien évident que la référence à la sauvegarde de l’Unité Nationale a toujours servi d’alibi à toutes les situations de parti unique dans l’Afrique post coloniale : une domination tribale a besoin de figurants d’autres groupes tribaux pour se légitimer.

Mais si le FRUD-armé, c’est-à-dire nous, a suggéré une telle réforme dans la constitution de partis politiques, c’est pour une raison bien simple. Imaginez, par exemple, dans le cadre d’une réelle Décentralisation, que les citoyens d’une région décentralisée comme Ali-Sabieh ou même Arta, aient envie de s’organiser en parti politique pour mieux défendre leurs intérêts régionaux à l’échelle de leur région, ce qu’ils ont parfaitement le droit de faire.

Pourquoi les obliger alors, afin de pouvoir créer leur propre parti politique, à s’adjoindre des représentants de communautés ne vivant absolument pas ou marginalement dans leur région ?

Il est donc tout à fait stupide et malhonnête d’exiger des citoyens de ces régions d’exhiber des faire-valoir d’autres communautés, d’autres régions ou d’autres groupes ethniques pour être autorisés à défendre leurs intérêts régionaux légitimes, dans la sauvegarde bien entendu de l’Unité Nationale.

Car, dans une Décentralisation digne de ce nom, il s’agit avant tout de respecter les choix des citoyens pouvant librement désigner leurs élus locaux : pourquoi leur imposer alors de passer par un parti politique implanté à l’échelle nationale, avec tout ce que cela suppose comme fraude, pour être autorisés à exister ? Une telle entrave au libre exercice de la représentation politique est totalement contraire à ce que l’on entend communément par Démocratie.

Mais il est vrai que la République de Djibouti est tout sauf une Démocratie. Il est donc bien normal que certains représentants d’un régime illégal et illégitime inventent des quotas régionaux ou tribaux pour perpétuer la domination d’une minuscule clique au pouvoir, s’autorisant de textes taillés sur mesure pour étouffer des démocraties locales qui sont, à y bien regarder, l’unique chance de survie d’un État pluriethnique comme le nôtre.

Il est dramatique que le régime cherche éperdument à fuir cette réalité incontournable : temps perdu !

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 56 du mercredi 18 juin 2003

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Réalité numéro 56 du mercredi 18 juin 2003

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Aux origines des violations
  4. Le présidentialisme djiboutien (3)
  5. Courrier des lecteurs
  6. État contre BCI-MR
Directeur de Publication :ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 56

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 Éditorial

RANDA : L’IMPASSE D’UNE POLITIQUE

En référence au « Voyage au bout de la nuit » de Céline, nous avions intitulé un de nos éditoriaux « Voyage au bout du superflu » pour montrer la fuite en avant d’un Président de la République qui juge plus utile, parce que certainement moins risqué, de s’investir corps et âme dans la mendicité internationale plutôt que de courageusement s’atteler à reconstruire une Nation et une économie djiboutiennes sérieusement lézardées une décennie durant par un douloureux conflit civil. Il aurait peut-être été plus judicieux de titrer « Voyage au bout de l’ennui » tant il nous semble que les gesticulations du Chef de l’Etat relèvent beaucoup plus d’un profond malaise de l’impétrant dans ses fonctions présidentielles, comme si l’amélioration des conditions de vie quotidiennes de nos concitoyens dépendait avant tout d’un miracle d’une diplomatie rachitique, pour ne pas dire arthritique.

C’est en tout cas dans cette optique que nous interprétons sa prochaine visite dans le village de Randa pour y inaugurer un petit groupe électrogène qui, après avoir été subtilisé par les troupes gouvernementales en 1993, attend depuis quatre ans d’être réinstallé. Loin de nous l’intention de minimiser l’importance des tournées responsables et productives dans les terroirs : l’activité essentielle d’un Président de la République devait être, selon nous, d’inlassablement prendre le pouls des régions les plus reculées de notre minuscule territoire : il est à peu près inutile de rappeler que l’Intérieur représente 90% de la superficie de la République de Djibouti, donc autant de potentialités de développement, c’est-à-dire d’opportunités de réduire un chômage endémique.

Donc, le Chef de l’Etat se rend à Randa, et accessoirement à Tadjourah pour y inaugurer le siège régional d’un parti unique qui a heureusement fait la démonstration de toute son inutilité, de toute son inefficacité. D’autant plus gravement que le déplacement de toute sa cour d’obligés, avec son incontournable cohorte de sacs de khat, coûtera pratiquement autant que le mobile du déplacement.

Or, c’est oublier que, dans le cadre de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, cette région, comme toutes les autres détruites par le conflit civil, principalement par le pillage et les exactions des troupes gouvernementales, devait juridiquement bénéficier, pour préjudices subis, d’un vaste programme de Réhabilitation et sa population d’une généreuse politique d’indemnisation, que beaucoup de partenaires du développement s’étaient engagés à financer. Dans une telle optique, l’installation d’un minuscule groupe électrogène à Randa revient à mettre en scène l’accessoire tout en occultant l’essentiel : comment payer la facture énergétique quand pratiquement aucun habitant du village n’a un quelconque emploi rémunéré ? Surtout lorsque l’on sait que la population est obligatoirement mise à contribution, comme à Adaylou en ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable, pour faire fonctionner ses services publics primordiaux.

Donc, le Chef de l’Etat se rend à Randa : Obock, dont les habitations ont été majoritairement détruites, encore une fois par les troupes gouvernementales qui en ont revendu les planches, sans même parler des biens pillés, aurait également grand besoin d’un tel égard présidentiel. Mais, entre être ou paraître, comme le disait Shakespeare, le régime djiboutien semble avoir durablement choisi la primauté des apparences sur la durée des actions concrètes. Yoboki, qui a profondément souffert de cette politique de la terre brûlée demande aussi un égal traitement.

Dans cette logique de l’esbroufe et de la comédie politicienne, se dévoile sans nul doute le véritable motif de cette visite présidentielle : inaugurer une complètement inutile annexe à Tadjourah du parti illégalement au pouvoir. Histoire de s’imposer à des concitoyens auxquels la fraude électorale interdit de librement choisir leurs représentants politiques. Histoire également de faire oublier que seule une réelle Décentralisation pourra mettre en place les conditions durables d’une démocratie de proximité et d’un développement durable.

 

 


Brèves nationales

 

Le Premier ministre dans le Manitoba :

 

la diaspora djiboutienne courtisée ?

 

Une dépêche de l’Agence Djiboutienne d’Information (ADI), reprise dans « La Nation » du lundi 16 juin 2003, nous apprend que le Premier ministre absent depuis quelques jours serait en fait en tournée au Canada. La promotion de « la gestion de vraie problématique » aurait donc conduit notre dirigeant politique au-delà des mers, sur le continent américain, à la rencontre de ses compatriotes éloignés de leur pays, surtout à cause de la mauvaise gouvernance.

L’immigration djiboutienne au Canada et en Europe n’a jamais été aussi forte que ces quatre dernières années. Fuyant le chômage et la pauvreté, quand il ne s’agit pas des intimidations policières, des familles entières ont choisi de s’exiler. A côté de ces milliers de réfugiés politiques ou économiques, on retrouve bien sûr des familles de dignitaires du régime, ayant opté pour plus de confort et plus de sécurité outre-Atlantique.

C’est certainement à ceux-là que le Premier ministre s’est adressé et auxquels il aurait tenu le genre de beau discours qui ne convainc plus personne dans notre pays, parce qu’il n’est qu’un écran de fumée derrière lequel se cache la méchante réalité quotidienne.

La fuite en avant privilégiée dans les hautes sphères du pouvoir conduit malheureusement à rechercher ailleurs une légitimité perdue chez soi. Aussi, ils ne seront pas légion nos compatriotes exilés à choisir de rentrer au pays pour avoir crû au tableau idyllique brossé par un responsable politique aussi peu convaincant et ne craignant pas de « détailler avec minutie les progrès réalisés par notre pays dans les différents domaines ces dernières années ».

Cette politique de progrès, qui ne profite pas aux populations, a été, on le sait bien, sévèrement sanctionnée par les électeurs djiboutiens le 10 janvier 2003.

Obock :

la Pêcherie toujours sans électricité.

Après un mois de mai particulièrement difficile, la ville d’Obock connaît moins de délestages ces jours-ci, la centrale électrique fonctionne à peu près normalement, nonobstant les récurrents problèmes d’un carburant que la centrale emprunte souvent à l’Armée Nationale.

Si les habitants disposent à nouveau d’eau fraîche en cette période de grande chaleur, si le dispensaire offre des conditions plus aux moins décentes à ses hospitalisés qui étaient obligés de dormir à la belle étoile, il n’en est pas de même pour les pêcheurs qui se plaignent de ne pas avoir de la glace pour conserver leurs poissons. En effet, la pêcherie, distante de moins d’un kilomètre du centre-ville, reste privée d’électricité en raison de la rupture d’un câble aérien reliant les poteaux proches de la fabrique de glace. Conséquence : la pêcherie n’est plus opérationnelle, faute d’être alimentée en courant électrique. Les pêcheurs d’Obock opérant dans une des zones les plus poissonneuses de notre pays, sont condamnés à écouler leurs prises sur le marché local très réduit. Certains pêcheurs rechignent même à sortir en mer tant que durera cette situation.

A l’origine de cette panne, on retrouve inévitablement la mauvaise gouvernance incapable de remplacer un câble électrique, de quelques dizaines de mètres, qui paralyse le développement halieutique, secteur faisant vivre de nombreuses familles. Rappelons que la centrale électrique d’Obock reste sous la supervision du chef du secteur Nord de l’EDD, basé à Tadjourah.

Lequel responsable, certainement occupé par « la gestion de vraie problématique » dans son district, puisqu’il y est accessoirement vice-président du conseil régional, ne semble pas au courant, sans jeu de mots, de la détresse des pêcheurs d’Obock.

Nous demandons donc aux pouvoirs publics d’accélérer les travaux de réparation du câble électrique de la pêcherie d’Obock pour que les consommateurs djiboutiens puissent à nouveau trouver le poisson d’Obock sur leurs étals. Affaire à suivre…

Tadjourah :

les restaurateurs réclament leur dû.

La mauvaise gouvernance ayant fait disparaître les cantines scolaires autrefois gérées par l’Éducation Nationale, l’État avait chargé les restaurants privés de servir les repas aux élèves n’ayant pas de famille d’accueil à Tadjourah. Malgré les impayés importants qui s’accumulent, les restaurateurs de Tadjourah ont réussi tant bien que mal à assurer des repas à ces élèves originaires de l’arrière-pays. De son côté, l’État mauvais payeur s’était engagé à éponger régulièrement ses arriérés.

Depuis quelques semaines, ces restaurateurs de la Ville-Blanche voient leurs activités baisser en raison des vacances scolaires et surtout à cause des créances de l’État qui se chiffrent à plusieurs millions. S’il est établi que la mauvaise gouvernance reste incapable de créer des emplois, encore faut-il qu’elle ne sabote pas le petit secteur privé local, en acceptant enfin d’apurer ses dettes contractées envers la branche de la restauration déjà largement en difficulté du fait de la baisse généralisée du niveau de vie, consécutive à l’absence de tout projet de développement véritablement créateur d’emplois, donc de revenus.

Randa :

visite d’un Président électrogène

Le groupe électrogène installé il y a plus d’un an à Randa sera enfin mis en service ce week-end au cours d’une cérémonie qui promet d’être politique et « bakchisante ». Cette visite présidentielle dans une région à laquelle la Réhabilitation est toujours refusée, et qui a sévèrement sanctionné la mouvance présidentielle aux dernières législatives, est révélatrice du désarroi dans lequel est plongé ce régime sans crédibilité.

Il aura donc fallu quatre ans à l’actuel Chef de l’État pour apporter le courant électrique à un village qui en disposait au plus fort du conflit en 1992. Quatre ans pour restituer à ce village un petit groupe électrogène pillé par les troupes gouvernementales en 1993, on ne peut vraiment pas dire que l’efficacité soit le principal trait caractéristique de ce régime.

Trois ans après le retour de la paix définitive, le régime ne craint pas de se couvrir de ridicule en inaugurant en grande pompe une petite unité électrique, certes utile mais qui aurait pu être mise en service beaucoup plus tôt sans provoquer un coûteux déplacement présidentiel.

Mais comme dans la foulée le nouveau siège du RPP à Tadjourah sera lui aussi inauguré, on peut penser que la mauvaise gouvernance a ses raisons que l’intérêt général ne connaît pas nécessairement…

Rappelons enfin que le Président de la République, illustre voisin puisque disposant au Day d’un ranch agropastoral, avait déjà rendu visite il y a moins d’un an, en août 2002, à cette localité de Randa, sans n’y avoir rien amélioré concrètement, malgré les multiples doléances de la population : il avait peut-être oublié de dire bibliquement «Que la Lumière soit !» Espérons qu’elle sera.

Procès de DAF :

audience reportée au 23 juin.

Initialement fixée au 16 juin, le procès du Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » a été reporté au 23 juin pour des raisons inconnues.

La détention injuste et éprouvante de notre ami DAF en est donc prolongée d’une semaine supplémentaire. En réaction à cette situation, l’Union pour l’Alternance Démocratique a publié hier mardi 17 juin le communiqué suivant :

« Arrêté le 20 avril, libéré le 3 juin puis remis en prison le 5 juin dernier malgré une demande de mise en liberté provisoire, M. Daher Ahmed Farah, Président du MRD et Directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » devait comparaître hier 16 juin pour délit de presse.

Sans qu’aucune contrainte ne le justifie techniquement, ce procès vient d’être reporté d’une semaine au moins.Ce report injustifié prolonge d’autant la détention arbitraire du Président Daher Ahmed Farah dans des conditions insupportables.

L’UAD dénonce ce prolongement illégal d’une incarcération sans fondement et dont la seule justification réside dans une logique d’intimidation des opposants ;

L’UAD souhaite vivement que l’appareil judiciaire s’en tienne à la stricte indépendance qui doit être la sienne et instruise les dossiers qui luisont soumis, surtout lorsqu’ils sont de toute évidence politiques, dans le respect des droits inaliénables des prévenus, même lorsqu’il s’agit d’opposants.

L’UAD exige qu’un terme soit mis dans les meilleurs délais à cet acharnement afin que le Président Daher Ahmed Farah recouvre une liberté dont il est si illégalement privé.

L’UAD tient enfin à souligner que de telles entraves, loin de l’intimider, ne constituent qu’un discrédit supplémentaire pour le régime et l’appareil judiciaire. »

 


 

Aux origines des violations

 

La sincérité dans l’application d’un accord de paix aurait dû être perceptible dès sa conclusion : qui discute sérieusement agit scrupuleusement. C’est peu que le régime a inventé toutes les difficultés imaginables pour rendre difficile la recherche de la paix. En prologue à la troisième partie de l’article consacré à la nature du présidentialisme djiboutien, nous vous proposons aujourd’hui un bref aperçu de la prose gouvernementale lors des négociations avec le FRUD-armé, dans le cadre de la Commission des Réformes Démocratiques. Il s’agissait pour la partie gouvernementale du tout simplement justifier le statu quo.

 


 

LE RÉGIME POLITIQUE

Le régime politique de Djibouti demeure depuis l’accession de notre pays à l’indépendance nationale. La pérennité de ce régime politique est un gage de réussite constitutionnelle et une garantie de stabilité politique et institutionnelle.

Contrairement aux insinuations du Frud-armé dans leur document de propositions, le gouvernement est à l’écoute de son peuple et reste sensible à toute évolution de mentalité dans le pays et dans le monde.

C’est dans cette optique, qu’à l’aube du III ème millénaire, le gouvernement réfléchit et étudie sur la durée, l’efficacité du type de régime politique en place, sur sa permanence d’assurer une stabilité intérieure et un développement harmonieux à la prospérité du peuple djiboutien.

Ainsi, le gouvernement propose de mettre en oeuvre un débat national et une profonde réflexion pour le maintien ou l’adoption d’un nouveau type de régime politique à Djibouti, qui tiendrait compte de l’émancipation du peuple.

A l’issue de ce débat national qui réunira toutes les couches sociales, professionnelles, politiques, une consultation populaire sera organisée. Le référendum déterminera le choix du peuple. Le gouvernement s’engage à respecter et à appliquer le choix des djiboutiens sur le type de régime politique.

Ainsi, le résultat du référendum déterminera la nature du régime politique qui serait instauré dans notre pays.

LE MULTIPARTISME

En 1992, le peuple djiboutien, lors du référendum, a opté pour une limitation des partis politiques à 4. Le gouvernement qui a toujours respecté le choix de son peuple, a appliqué le quadripartisme. A cette époque, l’idée des dirigeants du pays n’était pas de réduire la liberté des djiboutiens en proposant le quadripartisme (partis politiques limités à 4) .

Mais en revanche, leur crainte était de voir régner à Djibouti une anarchie politique et institutionnelle, à cause de l’explosion des nombres des partis politiques. Le risque, voire la certitude de voir des partis à connotation ethniques ou claniques dominer la politique nationale, pour aboutir à une cristallisation et à la haine tribale.

A 1’heure actuelle, une ouverture non limitative des nombres des partis politiques constitue un grave danger pour la stabilité politique du pays. De plus, par le nombre total de la population et par le nombre total d’électeurs (environ 100.000), un nombre illimité de partis politiques conduirait à une médiocrité de la vie politique nationale: la prépondérance de l’intérêt ethnique ou clanique sur l’intérêt général.

Cette analyse qui est le fruit du constat national, s’ajoute à l’expérience vécue par certains pays de l’Afrique, où on assiste à une paroxysme des nombres de partis politiques. La décision issue de cette analyse, a incité le gouvernement à prendre conscience de la nécessité de respecter l’évolution de la mentalité et de l’émancipation des djiboutiens par la mise en place d’un pluralisme démocratique mais, avec une limitation des partis politiques à quatre, par souci de préserver la paix, la sécurité et la stabilité politique.

Aujourd’hui, le peuple djiboutien, mieux encadré par le système du quadripartisme politique, a atteint une certaine maturité politique, une maîtrise et une connaissance éclairée de la notion et du jeu démocratique. Pour l’instant, le gouvernement se tient à la situation actuelle, par respect au référendum de 92 qui limitait les nombres des partis politiques à quatre pour une durée de dix ans. Au terme de cette période, le gouvernement propose d’organiser un débat national sur la sur la limitation ou l’ouverture illimitée des nombres des partis politiques.

A l’issue du débat national, un référendum sera organisé pour que le dernier choix revienne aux Djiboutiens.

 

 


Le présidentialisme djiboutien (3)

Démocratie, Dictature ou Caricature ? 3ème partie : des allures de dictature

 

Dans la première partie, nous avions révélé un document inédit dans lequel le FRUD-armé, lors des négociations avec la partie gouvernementale, soulignait la nécessité des réformes démocratiques dans notre pays afin que les différents acteurs de la Démocratie (régime partis politiques même d’opposition, syndicats, citoyens et, d’une manière générale, toute la société civile nationale, puissent véritablement remplir leurs fonctions démocratiques. Dans la seconde partie, nous avions vu, de façon trop facile puisque cela équivalait à enfoncer une porte ouverte, que la République de Djibouti ne fonctionnait absolument pas selon les critères communément admis de la démocratie. Dans ce troisième volet, il convient donc de savoir si nous vivons sous une dictature subtropicale.


Prétendons au moins, ne serait-ce que par respect pour notre lecteur, à un minimum de droiture journalistique, sans viser l’intellectuelle : avoir le droit de poser la question de savoir si nous sommes en dictature, n’est-ce pas la meilleure preuve que nous sommes en démocratie ? Pouvoir s’interroger de façon aussi publique sur la nature du régime djiboutien, n’est-ce pas la plus indiscutable preuve que la liberté d’opinion est scrupuleusement respectée sous nos cieux ?

C’est bien là toute la difficulté, pour l’observateur extérieur, d’analyser le système politique djiboutien : si les textes instituant un fonctionnement démocratique des institutions sont disponibles noir sur blanc, pour ainsi dire, les multiples entraves à leur application dans la pratique quotidienne sont parfois beaucoup plus difficiles à être démontrées. S’il est donc bien évident pour tout citoyen djiboutien, comme pour tout observateur extérieur un tant soit peu vigilant, que nous ne sommes pas en démocratie, la question demeure intacte : sommes-nous donc en dictature ?

Parler de dictature, c’est évoquer la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul individu, d’un groupe d’individus, d’une organisation particulière (parti ou armée).

A cette aune, il est facile de démontrer que ce modèle monopolistique s’applique à Djibouti, sous certaines conditions.

En fait, lorsque l’on est en présence d’un terme tel que dictature, ayant subi une telle inflation sémantique, ayant été mis à toutes les sauces pour discréditer toutes sortes de régime par des opposants de tous les bords, et pas nécessairement démocrates eux-mêmes, il est normal de prendre un minimum de précautions quant à son usage.

Quand on parle de dictature, elle est le plus souvent de deux sortes : soit celle d’un parti unique se fondant sur une légitimité idéologique, soit celle d’une tribu s’autorisant d’une supériorité biologique.

Depuis septembre 1992, il est difficile de prétexter un quelconque monopole juridique du parti unique institué en 1981 suite à la loi portant mobilisation générale. Tout comme il est indéniable que le système du parti unique a profondément imprégné de son empreinte négative la société djiboutienne. En effet, la situation intérieure issue de la décolonisation, dans laquelle certains nouveaux dirigeants politiques ont de façon irresponsable voulu ériger la nouvelle donne comme une sorte de revanche ethnique s’est soldée par une dramatique remise en cause de l’impérieuse nécessité d’un destin commun. A ce chapitre, s’il convient de souligner l’importante contribution nationale des représentants responsables de certaines composantes de la communauté nationale, qui réussissaient à estomper les penchants monopolistiques, il n’est pas inutile de rappeler toute l’influence négative des services répressifs de la police politique.

En effet, si l’accès au marché du travail était relativement équilibré (même si des situations monocolores se retrouvaient ça et là) c’est au regard de la répression sauvage et gratuite que les citoyens djiboutiens n’étaient pas égaux.

Source : La Nation du jeudi 12 juin 2003

En fait, le parti unique sous une nouvelle forme n’est qu’une coquille vide à laquelle les nécessités des mascarades électorales insufflent un semblant de vie le temps d’une campagne. Malgré tous les artifices, que les médias gouvernementaux mettent volontiers en scène, il n’existe pratiquement aucune vie partisane routinière, inscrite dans les mœurs politiques du parti héritier.

On est donc bien loin de la situation d’avant 1992, lorsque les représentants du parti unique sillonnaient la Capitale et le pays, allant même jusqu’à proposer que l’accès au marché du travail soit conditionné par la possession d’une carte du Parti.

Les choses ont bien changé de nos jours. L’invention d’un sigle UMP, tout aussi creux que le précédent, montre à lui seul la faillite d’une organisation partisane dont ni l’idéologie ni les pratiques n’ont réussi à susciter une quelconque adhésion populaire.

Force est donc de reconnaître que nous ne sommes plus en situation de dictature d’un parti, fondant sa domination sur un programme politique cohérent. Reste alors à savoir s’il s’agit d’une dictature tribale déguisée sous les apparences d’un parti dans lequel toutes les composantes de la communauté nationale sont harmonieusement représentées.

Dictature tribale ?

Le sujet est délicat, pour de nombreuses raisons dont la moindre n’est pas le fait que, justement, tout se passe comme si le régime (la dernière campagne électorale l’a amplement démontré) espère bien que l’étiquette de tribaliste lui soit accolée. Toutefois, même s’il est bien évident qu’il existe dans les hautes sphères du pouvoir quelques aryens aux cheveux crépus, promus pour services rendus dans le cadre d’associations prônant l’intolérance, la notion de dictature tribale, à y bien regarder, ne tient pas dans le contexte djiboutien.

Tout d’abord, l’existence de l’UAD démontre à elle seule que ce clivage tribal, qui a fait les beaux jours de certains et favorisé la promotion de quelques autres, n’existe plus au moins depuis 1996. Le harcèlement contre des opposants connus prouve donc que la dynamique unitaire de l’UAD gêne le régime au plus haut point.

En second lieu, ce n’est pas l’homogénéité tribale qui conditionne uniquement l’accès aux postes et aux ressources. La nouvelle bourgeoisie d’État, qui doit principalement sa réussite à sa proximité par rapport aux centres de décision politique, regroupe en son sein des « représentants » de toutes les composantes de la communauté nationale. Le favoritisme n’est donc pas tribal, encore moins idéologique mais, plus que dans la richesse, c’est dans la pauvreté que les citoyens djiboutiens s’unissent

Car, en dernier lieu, prétendre favoriser les siens dans un contexte multiethnique, ce n’est absolument pas rendre service aux siens. Même s’il est bien évident que tel semble effectivement être le message véhiculé par le discours et la pratique du régime, l’exacerbation des particularismes tribaux ne peut à terme que remettre en cause le désir d’un destin commun, donc la raison d’être de ce favoritisme : quel groupe ethnique djiboutien serait aujourd’hui assez irresponsable pour prétendre vivre seul, c’est-à-dire soit expulser les autres composantes, soit s’en séparer pour fonder un Etat distinct.

C’est une aberration que seul est capable de secréter un régime avant tout soucieux de rester au pouvoir à tout prix, quitte à diviser le Peuple en tenant un discours qui varie en fonction de l’audience.

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Récapitulons. Le système politique djiboutien se caractérise par un dysfonctionnement généralisé dont la cause principale réside dans les déséquilibres au sein de chaque pouvoir (Exécutif, Législatif et Judiciaire) et entre chacun de ces pouvoirs ; raison pour laquelle, durant les négociations, le FRUD-armé avait proposé de salutaires réaménagements.

L’analyse du fonctionnement quotidien de ce système politique démontre amplement que les règles essentielles définissant une véritable démocratie n’y sont absolument pas respectés : si les textes garantissant les libertés fondamentales existent bel et bien, ils sont le plus souvent bafoués par un Exécutif sans aucun contrepouvoir.

Pour autant, il est difficile de prétendre que nous vivons sous un régime dictatorial : pas de parti unique solide et disposant d’une idéologie clairement affirmée, pas de conscience tribale agissant dans le sens d’un développement séparé des diverses composantes de la communauté nationale.

Le mystère demeure donc entier : comment caractériser ce qui n’est ni une démocratie tout en s’en donnant les apparences, ni une dictature tout en en ayant la pratique ?

C’est ce que nous tenterons de voir la semaine prochaine avec la quatrième et dernière partie de cet article.

 

 


 

Courrier des lecteurs

PLUME CONTRE FRAUDE : UN COMBAT INÉGAL

Fidèle lecteur de votre journal, je me permets aujourd’hui de vous écrire pour vous faire part de mes angoisses. Mes propos pourraient sembler, à vous et aux autres lecteurs, comme une sorte d’exercice d’autodestruction : j’estime en effet que, dans les conditions actuelles, je n’ai pas à exister en tant que lecteur car vous n’avez pas à exister en tant que journal.

Loin de moi d’idée de porter un quelconque jugement négatif sur votre journal et il serait malséant d’en faire ici l’éloge : ce n’est ni le lieu ni l’intention. On ne dira jamais assez combien la rare presse de toute opposition constructive (ce que est bien votre cas) contribue heureusement à l’édification d’une réelle conscience citoyenne, pour peu qu’elle évite le style du dénigrement trop facile et pointe du doigt les maux dont souffre notre société, sans oublier, évidemment, de proposer les remèdes qui s’imposent.

Donc, mon propos n’est pas de vous féliciter, mais plutôt de vous poser une question que je me pose : à quoi servez-vous pratiquement ? D’une façon générale, à quoi sert-il de jouer un jeu démocratique dans le cadre d’un régime politique qui ne respecte pratiquement aucune règle du jeu démocratique ?

J’estime en effet que vous, c’est-à-dire toute l’opposition démocratique, vous êtes en train de prêcher des convertis : la dernière campagne électorale l’a bien montré, l’écrasante majorité de la population djiboutienne est fatigué de l’actuelle classe dirigeante, affairiste et espère vivement une salvatrice alternance politique.

Seulement voilà, si j’ai dit « actuelle classe dirigeante », c’est que, tout le monde le sait parfaitement, l’opposition regroupée au sien de l’UAD serait aujourd’hui au pouvoir si la consultation électorale du 10 janvier 2003 avait été réellement démocratique, en clair si toutes les parties en compétition avaient respecté les règles du jeu. Ceci pour dire, et ce n’est pas un constat sorti d’une imagination fulgurante, ce régime manipulera toujours les innombrables ressources et technologies administratives pour rester aux commandes de l’Etat. Il y a donc fort à craindre que l’opposition sera encore victime des mêmes fraudes et manipulations à chaque prochaine échéance électorale.

Ainsi, le régime a absolument besoin d’une opposition « sage » jouant le jeu tout en sachant qu’elle perdra à chaque fois. D’où le sens de ma question du début : par votre action, aussi courageuse soit-elle, n’êtes-vous pas en train de rendre service à ce régime en le légitimant par le simple fait d’accepter de jouer un jeu dont les règles sont faussées d’avance ?

Un grand écrivain français, connu pour ses œuvres à caractère social, écrivait à peu près : « Pauvre de moi, qui croyais lutter contre la misère avec ma seule plume ». J’ose penser dans le même esprit, que vous ne croyez sincèrement pas combattre ce régime par vos seuls écrits. Car dénoncer ne suffit pas, encore faut-il également avoir l’opportunité de changer les choses.

Or, comme on vient de le voir avec la fraude électorale instituée en mode de perpétuation, il n’y a pratiquement aucune chance que l’opposition accède un jour au pouvoir par les voies légales.

Loin de moi l’intention de vous demander d’abandonner la lutte politique, il s’agit juste, mais vous en êtes certainement aussi conscients que moi, de matérialiser les limites d’une action politique légaliste lorsque l’on en face de soi un régime qui ne respecte aucun pilier de la Démocratie, qui est prêt à toutes les manœuvres tribalistes et à toutes les bassesses personnelles pour rester au pouvoir.

Pour conclure, je tiens à vous assurer que si lire chaque semaine votre journal est un devoir et une fierté pour moi, j’aimerais encore plus que vous, toute l’opposition, dirigiez ce pays pour que la République de Djibouti soit enfin et définitivement débarrassée des vautours qui ne voient en elle qu’une carcasse à dépecer.

A.M.H

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COMMENTAIRES

 

Ce n’est pas tous les jours qu’un lecteur se permet, de façon aussi pertinente, d’attirer notre attention, et celle des autres lecteurs, sur l’efficacité de la mission journalistique d’une presse d’opposition dans un contexte de « fraude instituée » comme il le dit si bien. Soyez-en convaincu cher lecteur, nous sommes conscients des limites que vous évoquez : il est légitime que vous vous posiez de telles questions.

 

Lorsque l’on est engagé dans une action politique, spécialement dans la configuration historique qu’est celle de notre pays, qui vient juste de sortir d’une décennie de conflit civil, le choix est simple : persister à chercher la paix ou risquer l’aventure de la guerre. Le régime auquel nous nous opposons a choisi la seconde voie, en refusant d’appliquer l’Accord de Paix du 12 mai 2001 et en se maintenant au pouvoir par la fraude électorale. Nous sommes également conscients, pour souvent l’évoquer dans nos colonnes, que l’actuel environnement institutionnel ne favorise absolument pas une vie politique pacifique, encore moins une alternance démocratique. Mais, si l’opposition devenait aussi irresponsable que le régime, que resterait-il de notre pays ?

 

LA RÉDACTION

 

 


 

État contre BCI-MR

La démagogie en action

 

Il est bien connu qu’un régime politique très peu respectueux de la démocratie cherche inlassablement à subordonner toutes les sphères d’activité aux seuls impératifs de sa survie. La récente campagne de discrédit contre la Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI-MR), au détour d’une brève venue de Tadjourah ( on se demande bien pourquoi, même s’il est vrai que cette ville est depuis peu connectée à Internet, sans que le chômage généralisé n’y soit résorbé) et parue dans l’édition de jeudi dernier de « La Nation » en est une illustration caricaturale.

 


 

Chacun s’en souvient, un cadre expatrié de cette banque était décoré il y a quelques jours, remercié qu’il fut pour « services rendus à la Nation djiboutienne ». Soyons justes : le fait que cette médaille ait été décernée par le préposé aux affaires protocolaires ne doit pas occulter l’essentiel : à travers un de ses rouages, c’est toute la pertinence de cette institution financière qui a ainsi été remerciée. Dans le cimetière des banques qu’est Djibouti, seule une rigoureuse gestion, sans préjudice de quelques faveurs aux favorisés du régime, a pu permettre à la BCI-MR d’échapper à la banqueroute.

Or, voilà qu’un procès en bonne et due forme lui est aujourd’hui intenté, ne mâchons pas les mots, pour exploitation des clients à travers la facturation « abusive » de certaines prestations. La plume de « La Nation » ne prend aucun gant : « Facilement et sans forcer, la BCIMR vient d’infliger une nouvelle défaite à ses clients dans un drôle de match où la filiale du groupe BNP Paribas impose ses propres règles pour gagner des pécules sur le dos de ses propres clients… Motif de ce désamour : le prélèvement excessif réalisé par la banque sur les différentes opérations ».

Il ne s’agit pas pour nous de justifier ou de critiquer une politique de facturation des services bancaires dont la BCI-MR n’a pas l’exclusivité, encore moins sur la place djiboutienne : ce procès simpliste du capitalisme montre tout simplement les subterfuges démagogiques et foncièrement malhonnêtes auxquels ce régime a recours pour fuir ses véritables obligations. En effet, la plume gratuitement méchante du journal gouvernemental oublie deux ou trois petits détails.

Tout d’abord, il occulte le fait que le gouvernement djiboutien est représenté au sein du conseil d’administration de cette banque puisque l’État djiboutien détient 33% de son capital. Il est donc pour le moins irresponsable que le régime discrédite un instrument financier dont il est en partie propriétaire : un actionnaire faisant la publicité négative de sa société est tout sauf sérieux.

Saboter sa propre entreprise, au lieu d’y apporter, s’il y a lieu, les améliorations qui s’imposent, seul le régime djiboutien qui n’a aucun respect pour ses contribuables comme pour ses concitoyens, peut se permettre une telle aberration. D’autant plus que l’État djiboutien perçoit de l’argent sous forme de timbre fiscal sur certaines prestations offertes par cette banque. Facilité qu’il s’est permise, de façon tout à fait abusive et certainement en l’imposant au conseil d’administration de la BCI-MR, depuis la fameuse Conférence d’Arta et qu’il a par la suite perpétuée, certainement pour soulager des problèmes de trésorerie consécutifs à la mauvaise gouvernance.

Que se passerait-il si ses clients mécontents, dans un esprit de civisme, actionnaient les mécanismes de la concurrence et allaient chercher chez une autre banque de la place des tarifications plus intéressantes ? Autant que la BCI-MR, c’est l’Etat djiboutien qui serait victime de ce dénigrement.

On se souvient, par exemple, qu’ayant intenté une procédure de recouvrement pour le moins précipitée à l’encontre d’investisseurs djiboutiens, qui se trouvaient être comme par hasard des opposants au régime, la banque, soucieuse de ne pas perdre d’aussi importants clients, avait bien été obligée de revenir à des considérations beaucoup plus pragmatiques en faisant prévaloir ses incontournables impératifs de rendement.

Surtout, le régime serait bien obligé de se tourner vers d’autres sources de financement quand lui vient l’envie électoraliste d’un tant soit peu réduire les intolérables retards de salaire.

A ce chapitre, on ne peut manquer de souligner la légèreté de la plume gouvernementale lorsque viennent les menaces : « une pétition nationale circule sur l’ensemble du territoire pour dénoncer cette situation ». A notre connaissance, avant de rêver de guichet automatique, l’ensemble du territoire national n’a même pas accès au minimum vital. Quant à affirmer que les clients « exigent un peu de considération. Ils entendent se constituer en une association des consommateurs pour faire respecter leur intérêt », c’est une excellente nouvelle : à quand alors la défense des usagers d’une Voirie défaillante à cause de la mauvaise gouvernance, des fonctionnaires auxquels l’Etat n’est même pas capable d’assurer un salaire mensuel ?

Ces citoyens ayant un urgent besoin d’être défendus contre tous les abus d’un régime incapable, sont à coup sûr beaucoup plus nombreux que les clients « mécontents de la plus grande banque de la place.

La véritable usurpation est là : c’est celle d’un régime qui fuit ses responsabilités en offrant de façon aussi inconséquente à la vindicte populaire une banque dont l’importance dans l’économie nationale n’est pas à démontrer, même si ce n’est pas philanthropique.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 55 du mercredi 11 juin 2003

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Réalité numéro 55 du mercredi 11 juin 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Djibouti vue de Paris
  4. Le présidentialisme djiboutien (2)
  5. Samireh est-il pigiste au Daily Mirror ?
  6. Violation de la Décentralisation : mode d’emploi

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 55

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

CONSCIENCE CITOYENNE OU VERTU POLITIQUE ?

Un régime sans aucune perspective politique, fondant le recrutement de son personnel, il aurait été plus judicieux de parler de ses domestiques, sur la seule base de la servilité, invente forcément des subterfuges pour éviter le vrai débat public sur les obligations respectives des dirigeants comme des citoyens ordinaires. Ainsi est-on peu surpris d’apprendre, dans « La Nation » du 9 juin, que les pouvoirs publics s’échinent à inculquer aux citoyens djiboutiens « une nouvelle conscience citoyenne » tendant à faire d’eux de véritables protecteurs de notre environnement pollué et de notre écosystème aride. C’est oublier et en même occulter beaucoup de choses.

Tout d’abord, il est normal que notre société de consommation dans laquelle sont engagés tous les Djiboutiens jouissant du plus haut niveau de vie régional (soit dit en passant, un État voisin, bien que plus pauvre comme l’Éthiopie en termes de revenu par tête d’habitant, a réussi à mettre en place une politique de décentralisation qui force le respect, même dans les nations politiquement et économiquement plus évoluées) produise une quantité de déchets difficilement gérable. Mais le problème, c’est que chacun se souvient parfaitement que dans les années 80, bon an, mal an, l’État djiboutien arrivait parfaitement à assurer ce minimum de voirie que l’on est en droit d’attendre d’une administration digne de ce nom.

Le fait est que l’État djiboutien, spécialement depuis trois ou quatre ans, cherche éperdument à masquer ses lacunes : à qui la faute si la Voirie nationale n’arrive même pas à assurer le minimum qui est attendu d’elle ?

Il est donc bien facile de demander aux citoyens de s’engager dans la voie de le salubrité publique lorsque l’Etat lui-même démissionne tout simplement, abandonnant ce secteur public à la seule initiative privée, en l’occurrence aussi peu respectueuse de l’intérêt général. Ainsi, à quoi bon demander aux citoyens, avant tout soucieux de leur cadre de vie, d’œuvrer à l’assainissement de leur environnement immédiat, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de leur fournir les moyens techniques pour y pourvoir ?

Chacun l’admettra facilement, ce n’est la faute à aucun quartier de la Capitale si les services techniques de la voirie urbaine sont à ce point défaillants : qui est responsable de la disparition des innombrables moyens techniques généreusement offerts à la République de Djibouti par les nombreux donateurs internationaux ? Certainement pas l’actuel Chef du district de Djibouti. Car, chacun s’en souvient, notre pays a reçu l’occasion de chaque inondation, une multitude de motopompes pour conjurer tout risque d’inondation, pour ne citer que cet exemple.

Dans un tel contexte, il est vraiment malhonnête de voir les marionnettes du régime demander aux citoyens une plus grande implication dans le processus de voirie urbaine quand ses moyens techniques ont été volontairement bradés par la bourgeoisie d’État en place. A ce chapitre, il serait extrêmement facile à tout un chacun, dans un esprit purement citoyen, d’exiger des comptes quant à l’affectation des millions dégagés dans le cadre du Fonds d’Entretien Routier.

Le véritable problème est donc bien là : avant de demander aux citoyens djiboutiens de faire preuve de civisme par rapport à un environnement écologique mis en danger par la modernité, il serait plus judicieux et surtout plus honnête d’exiger des responsables politiques des comptes quant à l’affectation des innombrables dons, reçus dans ce cadre. Ce n’est donc pas aux citoyens djiboutiens qu’il convient de demander des sacrifices : c’est avant tout aux responsables politiques, qui n’ont pas hésité un seul instant à mettre en faillite la Voirie nationale, d’exiger des comptes quant à la gestion des deniers publics. Mais, comme chacun le sait, le propre de ce régime de parvenus sans conscience nationale, c’est de fuir la réalité en exigeant du Peuple une rigueur qu’il est bien incapable de respecter lui-même dans la gestion des affaires publiques. Il n’est donc pas principalement question de demander aux citoyens djiboutiens d’assurer un cadre de vie décent pour leurs enfants : il s’agit surtout de savoir si nos responsables sont disposés à respecter leurs concitoyens en arrêtant de fuir la réalité : l’assainissement de notre cadre de vie incombe avant tout aux décideurs politiques.

Mais il est, somme toute, bien normal qu’un régime qui témoigne d’aussi peu de respect pour le verdict des urnes et pour la profonde aspiration au changement d’un Peuple fatigué par de mauvaise foi affairiste, cherche à tout prix à fuir ses obligations les plus primordiales.

 

 


Brèves nationales

 

Chambre de commerce :

 

après Coubèche, qui ?

 

Les élections consulaires du 4 juin dernier ont connu une couverture médiatique sans précédent et l’assemblée de 44 membres qui en est issue a du pain sur la planche maintenant qu’il s’agit d’élire en son sein le bureau et son président. La Chambre de commerce est la plus vieille institution de notre pays et la plus méconnue aussi. Sous l’impulsion du Président Coubèche, homme d’affaires dynamique et charismatique, cet établissement public a pu résister à la contagion de la mauvaise gouvernance qui gangrène l’administration nationale.

En effet, le Président Coubèche avait su maintenir de bonnes relations avec les pouvoirs publics, tout en veillant à l’autonomie de cet organisme placé sous la tutelle du ministère du Commerce. Son départ constitue donc un événement ouvrant la voie à une ère nouvelle, prometteuse si son successeur et les nouveaux membres élus en décident ainsi. Si toutefois l’affairisme de la bourgeoisie d’État est maintenue à une distance raisonnable et les influences politiques contenues dans les limites permises par les textes.

Dans ces conditions, ils ne sont pas légion, les opérateurs économiques réunissant les qualités de sérieux et d’indépendance d’esprit que requiert la fonction de Président de la Chambre de commerce, compte tenu des pratiques politiques en vigueur dans notre pays. Qui qu’il soit, puisse le futur Président de cette institution devenir l’homme de la situation.

F.A.D. : la grande muette mutée au développement ?

Une fois n’est pas coutume, un article en forme de plaidoyer pour une armée de développement a attiré notre attention citoyenne. L’autocensure et la censure en vigueur dans la presse gouvernementale sont connues de tous. C’est donc avec un réel intérêt que nous avons relevé certains passages dudit article. Lesquels passages prônaient la nécessaire adaptation de l’armée nationale au nouveau contexte de paix : « mais avec la paix retrouvée, l’armée nationale doit désormais faire moins de parade et plus de travail. ».

Ayant par le passé et à plusieurs reprises fustigé toute l’improductivité de ce corps budgétivore bénéficiant de la seconde place dans le Budget national, bien loin devant la Santé par exemple, nous ne pouvons que souscrire à cette nouvelle vision des choses. Malheureusement, notre courageux journaliste ne pousse pas plus loin sa témérité, s’excusant même d’avoir suggéré tant de bon sens à un régime lui-même improductif. Il rectifie : « Notre but n’est pas de fustiger nos forces armées garantes des institutions républicaines mais de sensibiliser nos politiques d’en utiliser à bon escient pour mettre en place des projets civils visant à améliorer les conditions de vie de notre population ».

Depuis le temps que nous proposions, aux fins d’efficacité et de réconciliation nationale, que les forces de défense participent activement au vaste chantier de la Reconstruction et de la Réhabilitation. Mais le problème, c’est que faire quand le régime sabote lui-même cette Reconstruction des zones affectées par le conflit, ne trouvant même pas impudique que ce soient les Forces Françaises ou la « Task Force » qui s’occupent de la remise en état des écoles ou des pistes rurales ? En attendant le miracle, les galonnés cherchent pour le moment à défendre leur « honneur » contre DAF.

Affaire DAF : les sombres manœuvres

d’un pouvoir aux abois ?

Y a-t-il péril en la demeure ou est-ce plus banalement une manifestation de plus de l’hystérie répressive ambiante ? Toujours est-il, c’est dans la confusion la plus totale que le Président du MRD a été reconduit en prison moins de 48 heures après sa libération-surprise intervenue mardi 3 juin. Selon certaines informations, le régime serait tiraillé entre le durcissement dans sa gestion de ce dossier et la voie de la sagesse en tempérant ses ardeurs aventuristes. Le traitement chaotique de cette affaire a révélé au grand jour la cacophonie interne comme les intentions liberticides et antidémocratiques d’un pouvoir ébranlé par la dynamique unitaire de l’opposition. En arrêtant notre ami DAF et en confisquant son matériel d’impression, les autorités espéraient mettre hors-jeu le MRD et son journal, de manière à intimider toute l’opposition. Peine perdue ! Le « Renouveau Djiboutien » a continué à paraître et même à gagner de l’audience. Quant à l’opposition regroupée au sein de l’UAD, elle a poursuivi son action unitaire, comme l’ont bien démontré le meeting du 12 mai et la manifestation du 28 mai derniers. Dans ces conditions, il ne sert à rien de s’acharner contre un combattant de la démocratie dans l’espoir d’entraver le véritable combat démocratique contre cette situation de non-droit. Les forces démocratiques et le Peuple djiboutien espèrent que le procès du 16 juin sera enfin le dernier et DAF vraiment libre à son issue.

Environnement :

Remèdes inadaptés aux vraies causes

La journée mondiale de l’Environnement a été célébrée le 5 juin un peu plus bruyamment que les années précédentes, et pour cause… Ayant mis sur pied un comité interministériel chargé de lutter contre l’insalubrité de notre Capitale, les pouvoirs publics ont donné de la voix, à défaut de redynamiser une voirie défaillante. Car, comme tout le monde le sait, la préservation de l’environnement ne doit pas se limiter à des opérations médiatiques et ponctuelles de nettoyage, mais exige aussi de se donner les moyens appropriés de cette lutte permanente. Outre les moyens techniques qui font cruellement défaut à cause de la mauvaise gouvernance, c’est toute la notion d’Etat et de ses obligations qui a également disparu. Ainsi, le régime préfère discourir sur les maux, principalement engendrés par l’environnement politique et institutionnel insalubre qu’il perpétue.

Prétendre soigner les effets visibles de l’insalubrité tout en se voilant la face sur les véritables causes à l’origine de la dégradation de notre environnement, revient à faucher les mauvaises herbes en espérant qu’elles ne repousseront plus : ce sont les racines du mal qui doivent être arrachées.

 

 


Djibouti vue de Paris
 

QUAND LA « VACHE A LAIT » INVITE A LA RAISON

 

Un régime impopulaire est toujours, par définition, narcissique : tout ce qu’il fait est grand, tout ce qu’il dit est beau. A tel point qu’il déforme la réalité de son pays et empêche les citoyens d’avoir une vision claire du contexte dans lequel ils vivent ainsi que de l’appréciation que les autres portent sur nous. L’un de ces autres, c’est bien sûr la France : ancienne puissance de tutelle et principal partenaire du développement, à défaut de parler de commerce, tant il est vrai que Djibouti ne produit absolument rien, si ce n’est la stagnation provoquée par un régime archaïque. Loin des spots médiatiques et du style obligé des médias gouvernementaux, il était intéressant de savoir la vision que des décideurs politiques français ont de notre pays et de son régime. Une de ces visions est contenue dans le document officiel ci-dessous, que nous reproduisons intégralement pour le chapitre concernant la République de Djibouti. Il s’agit du rapport d’information n°200 du Sénat, annexé au procès verbal de la séance du 5 mars 2003. il s’agissait, pour les sénateurs qui en sont les auteurs, d’analyser la pertinence de la base militaire française à Djibouti, ainsi que ses incidences pour les populations locales. Avant de vous livrer notre point de vue sur ce document, au lecteur d’en prendre connaissance, en exclusivité comme on dit.

 


 

DJIBOUTI ATOUTS STRATÉGIQUES,

CARENCES ÉCONOMIQUES

La situation géographique très privilégiée de Djibouti a été encore renforcée par le nouveau contexte stratégique qui prévaut depuis le Il septembre 2001. Ainsi, les troupes françaises stationnées dans ce pays de longue date, et maintenues après l’indépendance en 1977, grâce à un accord de défense signé la même année, ont été rejointes, en 2002, par un millier de soldats américains, ainsi que par des éléments allemands et espagnols.

Les tensions qui opposent historiquement la communauté afar, soutenant la rébellion du FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie), et le gouvernement d’origine issa n’ont cependant pas empêché la tenue d’élections générales le 10 janvier 2003. Leur résultat est certes contesté par l’opposition, mais dans un climat moins tendu que lors des précédentes consultations.

Il faut regretter que les atouts géopolitiques et économiques de Djibouti ne bénéficient guère à la population.

A. DES RELATIONS BILATÉRALES ÉTROITES,

TANT POLITIQUES QU’ÉCONOMIQUE

1. Une présence française ininterrompue depuis la fondation du territoire

La présence française dans la région remonte à la signature, le Il mars 1862, d’un traité d’amitié entre la France et les trois sultans qui règnent sur ce territoire. Les possibilités de mouillage existant à Obock sont alors cédées à la France. En 1884, la France marque son intérêt pour cette zone en y envoyant le gouverneur Lagarde, qui fonde la ville de Djibouti. Cet intérêt est affirmé par la création, en 1896, du territoire de la Côte française des Somalis, et le début de la construction du chemin de fer reliant Djibouti à Addis-Abeba, dont l’exploitation débute en 1917.

En 1946, la Côte française des Somalis reçoit le statut du territoire de l’Union française; le référendum de 1967 confirme cette appartenance à la France, malgré de premières revendications indépendantistes, et adopte la dénomination de « territoire français des Afars et des Issas » . En 1977, un nouveau référendum conduit à l’indépendance sous le nom de République de Djibouti. Des élections législatives conduisent à l’investiture d’Ahmed Dini (Afar) comme Premier ministre, et à la désignation d’Hassan Gouled Aptidon (Issa) comme Président de la République, fonction qu’il occupe sans interruption jusqu’à son retrait de la vie publique et l’élection, en 1999, du Président Ismaël Omar Guelleh (de la même ethnie).

La vie politique du territoire est, depuis l’indépendance, marquée par une constante tension entre les deux principales communautés, afar (environ 40% de la population) et issa (environ 60 %).

Cette opposition a débouché sur un conflit armé entre 1991 et 1994, qui a opposé le FRUD afar et le gouvernement issa.

Le premier accord de paix de 1994 n’a pas totalement fait taire les armes, et a été suivi de l’accord- cadre de février 2000, aux dispositions plus globales. En effet, cet accord prévoit le désarmement volontaire des combattants du FRUD, leur réintégration dans la vie civile, l’introduction du multipartisme et une décentralisation du pouvoir.

Les élections générales du 10 janvier 2003 ont donc été organisées dans un climat de liberté d’expression jamais connu auparavant, et leurs résultats ont manifesté une nette percée de l’opposition, même si le mode de scrutin (liste majoritaire à un tour) a permis à la majorité sortante de remporter les 65 sièges de l’Assemblée. Cette émergence de l’opposition (37 % des voix dans la ville de Djibouti) traduit sans doute le désarroi d’une population qui ne bénéficie d’aucune retombée des masses financières que le Gouvernement tire de l’activité portuaire et de la présence des troupes étrangères sur son sol.

2. Un fort appui économique de la France, insuffisant pour apurer la situation financière du gouvernement

La France est le premier bailleur de fonds de Djibouti, en terme de coopération civile. Le territoire a ainsi bénéficié en 2002 d’une enveloppe de 12,9 millions d’euros, permettant notamment la rémunération de 103 assistants techniques. L’application de l’accord de paix est soutenue par des actions de réhabilitation des ‘zones afar (0,76 millions d’euros en 2001 financés par le Fonds Social de Développement (FSD).

De nombreuses aides budgétaires ont également été consenties au profit du territoire, dont 1,8 million d’euros en 2001 et 6 millions d’euros en 2002. Ce soutien constant n’a pas permis, cependant, d’enrayer l’émergence d’une crise des finances publiques, dont la principale manifestation se traduit par un retard constant dans le versement des traitements de la fonction publique. La masse d’arriérés se monte aujourd’hui à environ cinq mois de salaire.

Ce constat est préoccupant car il témoigne d’un manque de maîtrise des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien.

B. LES FORCES FRANÇAISES

DE DJIBOUTI

1. Un dispositif qui a évolué avec la professionnalisation de notre armée

La délégation a consacré une des deux journées de son séjour à Djibouti à l’organisation de ces forces, qui regroupent actuellement quelque 2.800 soldats des trois armées et de la gendarmerie. Les forces terrestres comprennent le 5ème régiment inter-armes d’Outre-mer, la 13ème demi brigade de la Légion étrangère et un détachement de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre. Les forces aériennes sont composées du détachement Air 188, regroupant, outre les moyens nécessaires au fonctionnement d’une base aérienne, l’escadron de chasse « Vexin » et l’escadron de transport outre mer « Larzac ».

Le service de santé est implanté au centre hospitalier des armées Bouffard qui compte 63 lits, et dont les services sont largement ouverts aux civils français et djiboutiens. Les patients djiboutiens représentent, en effet, près de 90 % de l’activité générale de l’hôpital. Une équipe américaine de 12 médecins y exerce aujourd’hui sous l’autorité des médecins français.

C’est un protocole « provisoire » du 27 juin 1977 qui fixe les conditions de stationnement des forces françaises sur le territoire djiboutien L’accord prévoit que (art. 1) « en cas d’agression par une armée étrangère, le gouvernement de la République française apportera à la République de Djibouti la participation des Forces armées françaises stationnées sur le territoire de celui-ci ». En revanche, « les forces françaises stationnées sur le territoire de la République de Djibouti ne peuvent participer à des opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre ». Par ailleurs ( art. 10) « le territoire de la République de Djibouti ne pourra être utilisé comme base ou point d’ appui pour une intervention armée contre une tierce puissance, hormis le cas prévu à l’article premier ». Deux accords en matière de surveillance des eaux territoriales et de l’espace aérien de la République de Djibouti ont en outre été signés en février 1991.

Djibouti présente pour l’armée française trois avantages essentiels. Elle permet une présence française dans une zone d’intérêt stratégique majeur (accès à la Mer Rouge et au Golfe Persique), elle constitue une base relais pour des opérations se déroulant dans un cadre éloigné de la France, et enfin un terrain d’exercice idéal pour la préparation d’éventuelles interventions en milieux similaires à celui de Djibouti.

Les FFDJ assurent quatre missions principales :

– une mission intérieure de présence destinée à participer à la défense de l’intégrité de Djibouti, dans le cadre des accords de défense entre cet Etat et la République française; à concourir de façon permanente, et contre tout type de menace, à la défense des intérêts français à Djibouti, en particulier celle des ressortissants, ainsi qu’à la stabilité du pays ;

– une mission extérieure d’intervention limitée pouvant s’appliquer, sur ordre de l’état-major, aux pays limitrophes comprenant le stockage et le maintien en condition des matériels destinés à équiper un bataillon RECAMP ;

– une mission d’aide au profit de l’Etat et des forces armées nationales de Djibouti ;

– une mission de prévention et de coopération de défense.

 Les forces sont actuellement de 2.800 (basées à Djibouti, Ouéah et Arta) et devraient être réduites à 2.600 en 2003. La moitié des effectifs sont des unités tournantes (de quatre mois).

Cette configuration, plus resserrée, découle de la professionnalisation de l’armée française. Elle peut conduire, dans certains cas, à des tensions au sein du personnel militaire du fait du manque de stabilité de la structure d’encadrement.

Les autorités djiboutiennes, quant à elles, semblent avoir surestimé les conséquences financières négatives de cette réduction de format. En effet, les dépenses effectuées par les familles, qui accompagnaient plus systématiquement les militaires en poste avant le passage à l’armée professionnelle, ont été largement compensées par les coûts plus élevés suscités par des forces de métier .

Rappelons qu’un contingent de 200 hommes a participé à la MINUEE durant le 2ème semestre 2001, et que deux officiers basés à Asmara y participent actuellement.

2. Un dispositif dont les bases juridiques mériteraient d’être actualisées

Cet accord de défense a incontestablement contribué à maintenir l’intégrité de Djibouti. Les FFDJ ont un rôle stratégique majeur, tant par leur localisation que par leur capacité interarmées. Elles bénéficient de possibilités appréciables d’entraînement en milieu désertique et nautique, dont elles font également profiter les forces locales. Elles sont parfaitement intégrées au sein de la population.

La présence des FFDJ permet une coopération militaire significative; ainsi, 54 stagiaires ont été formés en 2001 dans les écoles nationales à vocation régionale, pour un financement de 350.000 euros. Le nombre de coopérants militaires permanents est de 22, répartis sur sept projets: la restructuration du service de la santé, le développement des communications interarmées, l’automatisation de l’administration et de la gestion, la mise à niveau de la gendarmerie, le renforcement de l’action de l’Etat en mer, le développement des écoles de Hol Hol et Ambouli, le soutien à l’établissement centralisé des matériels.

Une aide logistique de 2,1 millions d’euros a par ailleurs été attribuée pour l’année 2002. Le protocole de 1977 devrait être actualisé, d’autant plus qu’il était qualifié de « provisoire ». Certes, des ajustements mineurs lui ont été apportés au fil des années: mais les tracasseries administratives qui entravent la vie quotidienne de nos forces devraient conduire à une négociation plus globale, qui aurait également le mérite de faire évaluer à son juste niveau par les autorités djiboutiennes le montant global de l’aide française, tant civile que militaire, dont elles sont bénéficiaires.

Cette suggestion a d’ailleurs été évoquée auprès du Premier ministre, sans d’ailleurs rencontrer l’écho souhaité par la délégation. En effet, s’il est indéniable que Djibouti constitue une zone importante pour notre dispositif outre-mer, notamment par sa situation privilégiée au débouché de la mer Rouge sur le golfe d’Aden (comme l’atteste d’ailleurs l’implantation, depuis septembre 2002, d’un millier de soldats américains sur l’ancien camp Lemonnier, contigu à l’aéroport), il est à craindre que cette rente de situation dispense les autorités locales d’une réflexion, pourtant nécessaire, sur les causes du délabrement des infrastructures publiques, qui ajoutent encore au dénuement de la population, et qui s’accroît proportionnellement aux sommes dont elles sont destinataires.

La recherche par la France de la possibilité d’implantations alternatives pour ses forces permettrait peut-être de dissiper une certaine illusion sur le caractère totalement vital de Djibouti pour notre pays. Il conviendrait, tout au contraire, d’inverser cette croyance fallacieuse, et faire réfléchir le pouvoir en place sur l’avenir réservé à leur pays si la France s’en détournait.

Cette prise de conscience n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour, ainsi qu’en témoigne la conclusion, annoncée au début d’avril 2003, d’une convention entre la France et Djibouti portant sur une réévaluation du coût de notre présence militaire, et sur la situation financière et fiscale des FFDJ. Le contenu de cette convention n’a pas été rendu public.

Il faut cependant relever que la spécificité et la rudesse du territoire permettent à l’armée de terre française d’y organiser, au sein de « l’Ecole de formation au désert », la formation et l’aguerrissement d’unités tournantes aux combats et à la vie dans les zones désertiques. La délégation a pu d’ailleurs assister à une présentation terrestre, puis à des manœuvres aériennes qui ont illustré les capacités de nos troupes tant au combat qu’à des missions d’évacuation aérienne de civils, ou de blessés. L’organisation sans faille de ces manœuvres démontre, s’il en était besoin, la grande maîtrise de leurs missions dont nos forces font preuve.

QUE PENSER DE TOUT CELA ?

Le lecteur djiboutien en conviendra aisément : ce regard sans complaisance (signe caractéristique des vrais amis) n’aurait jamais été rendu public par le régime. Preuve qu’au moins les hommes politiques français sont tout aussi soucieux de rentabiliser les deniers du contribuable français finançant cette base militaire, que de ses retombées pour une population locale empêchée par son régime de pleinement profiter des retombées économiques et financières d’une telle présence, indispensable tant que les impératifs géostratégiques en décideront ainsi.

Il est donc tout à fait déshonorant de lire sous la plume de ces sénateurs qu’ « il conviendrait, tout au contraire, d’inverser cette croyance fallacieuse, et de faire réfléchir le pouvoir en place sur l’avenir réservé à leur pays si la France s’en détournait. Cette prise de conscience n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour » : si l’opposition n’attend pas grand-chose d’une France pour laquelle Djibouti est avant tout un pré-positionnement et un terrain d’entraînement militaires, abstraction faite des aspirations démocratiques de sa population, le régime en place est quant à lui foncièrement responsable de ne chercher qu’à faire fructifier cette présence en treillis, sans se soucier d’assurer la bonheur des djiboutiens.

C’est donc au Peuple djiboutien, sans aucunement remettre en cause les diverses formes de présence militaire, de mesurer à quel point ce régime est irrémédiablement réfractaire à toute notion d’intérêt général.

 

 


Le présidentialisme djiboutien (2)

 

Démocratie, Dictature ou Caricature ? 2ème partie : nous ne sommes pas en démocratie

 

Nous avions présenté la semaine dernière la première partie d’une série d‘articles consacrée aux dysfonctionnements institutionnels en République de Djibouti, consécutifs à l’hypertrophie d’un présidentialisme qui pose la question de savoir si nous sommes vraiment en démocratie. Après avoir exposé l’argumentaire du FRUD-armé durant les négociations de paix, en faveur d’un réaménagement dans le sens d’un meilleur équilibre, il convient dans cette partie de démontrer pourquoi il est difficile de prétendre que Djibouti est une démocratie.

 


 

Il s’agit donc de voir dans quelle mesure le présidentialisme tel qu’il a cours à Djibouti ne s’inscrit pas exactement dans la configuration communément admise de tout système démocratique autre que populaire. Parler du rôle démesuré d’un Président de la République, c’est aussi une façon de pudiquement ignorer l’existence purement formelle de son Premier ministre : la réalité de l’un renvoie à la virtualité de l’autre.Mais dira-t-on, certaines grandes démocraties, et non des moindres, fonctionnent à merveille sur la base du système présidentiel. Évoquer les seuls pouvoirs, aussi exorbitants soient-ils, que les dispositions constitutionnelles confèrent à un Chef d’État ne suffisent pas à remettre en cause la nature démocratique des institutions politiques de son pays. Il convient donc de confronter cette position dominante aux autres caractéristiques fonctionnelles définissant communément un État de droit et une démocratie.

Le pluralisme politique

et la transparence électorale

Une démocratie se définit tout d’abord par la liberté offerte aux citoyens de librement choisir leurs représentants politiques. Nous n’apprendrons certainement rien à personne en affirmant qu’à Djibouti, cette liberté fondamentale est constamment bafouée : à notre connaissance, aucune élection ne s’est ici déroulée dans des conditions d’honnêteté minimales.

Les dernières législatives n’ont pas échappé à cette règle et ont clairement montré à quel point la consultation des citoyens n’était qu’une pénible corvée à laquelle le régime devait s’astreindre pour se parer du vernis démocratique qu’exige la nouvelle donne internationale.

Si les fraudes ont généralement lieu par la falsification a posteriori des résultats, le 10 janvier 2003 a démontré qu’un pouvoir illégitime était également capable de chercher à assurer sa survie en tout simplement empêchant les électeurs de voter. La récente actualité politique continentale a pour sa part mis en évidence que cette technique était une invariante caractéristique des formations en difficulté : l’opposition togolaise a dénoncé une pratique similaire lors de la dernière consultation électorale.

Le pluralisme de l’audiovisuel

et l’indépendance de la presse

Là encore, n’importe quel téléspectateur ou auditeur de la Radio Télévision Djiboutienne (RTD) ou n’importe quel lecteur du journal « La Nation », appartenant en principe à tous les djiboutiens et devant refléter la diversité des opinions, sont singulièrement monocolores, partisans pour tout dire. Nos médias publics n’ont de public que le nom : hormis le temps d’une comique soirée post électorale, il est impensable d’espérer que les médias officiels se fassent l’écho des activités politiques ou des points de vue de l’opposition nationale. Quant à la presse de cette opposition, les récents déboires judiciaires du directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » montrent clairement qu’une épée de Damoclès est en permanence suspendue au-dessus d’elle et que l’invocation de délits tels que la « diffusion de fausses nouvelles » ou encore la « diffamation » suffit au régime pour l’empêcher de librement s’exprimer.

L’existence de contrepouvoir

et la séparation des pouvoirs

Il n’y a donc aucun contrepouvoir aux excès de pouvoir permanents de l’Exécutif djiboutien singulièrement personnifié(s). Par pudeur moins que par manque d’argument, nous n’insisterons pas ici sur le ridicule dont s’est couvert le Conseil Constitutionnel djiboutien en avalisant des résultats aussi fantaisistes que ceux de Daffeynaïtou : sa mission commanditée autant par le caractère limitatif des textes que par le mode de désignation de ses membres, ne l’a jamais érigée en garant de la légalité.

Quant aux parlementaires, inutile de démontrer que la cooptation dont ils sont les miraculeux bénéficiaires leur interdit toute velléité d’honnêteté professionnelle. Pour ce qui est enfin de la Justice, nous défions quiconque de démontrer son indépendance à l’égard de l’Exécutif : son seul statut violant la disposition pourtant constitutionnellement garantie de l’inamovibilité des magistrats du siège suffit à mesurer sa subordination.

La liberté syndicale

et les droits des travailleurs.

les dirigeants syndicaux licenciés pour fait de grève, c’est-à-dire pour avoir défendu les droits des travailleurs, et qui attendent, malgré toutes les promesses présidentielles, d’être réintégrés dans leur emploi, seront certainement les derniers à parler en bien de ce régime.

En fait, les sempiternels retards de salaire dont sont victimes les travailleurs djiboutiens du secteur public, sufissent à démontrer tout le mépris dans lequel ce régime d’arrivistes tient l’effort personnel et le droit à la reconnaissance individuelle.

++++++

Ainsi donc, si le système politique djiboutien, fondé sur la prééminence du Président de la République, n’est absolument pas une démocratie, il s’agit de savoir s’il s’agit d’une dictature, même personnelle.

C’est ce que nous tenterons d’examiner la semaine prochaine voyant dans quelle mesure on peut, ou on ne peut pas, véritablement parler d’une dictature à la djiboutienne.

 

 


 

Samireh est-il pigiste au Daily Mirror ?

 

Cela faisait longtemps que le héros de la petite BD que « La Nation » propose à ses lecteurs avait réussi à mériter notre indulgence : fini le temps où il se plaignait qu’il y avait trop de Houmed parmi les dockers du Port. Peut-être parce qu’il n’est pas tout à fait libre de disposer de sa sagesse bédouine, il nous revient malheureusement, dans l’édition du jeudi 5 juin, avec des propos cryptés en langue afar (certainement le premier effet positif du symposium) qu’il nous a semblé utile de traduire afin que chacun se rende compte qu’il est indécent de présenter une lecture de caniveau comme grille de lecture de la vie politique nationale.

 

 

 

– Hassan-le-grand, pourquoi es-tu tout seul ?

– Je pensais à ce que Ahmed Dini m’a dit.

– Que t’as-t-il dit ?

– Il m’a dit : « même après ancienneté, un notable n’en devient pas pour autant Sultan ; moi, je n’ai aucune augmentation de salaire pour un gardien.

-Mon ami, je ne connais personne à part Ahmed Dini qui n’ait aucun respect pour le travail

– Celui qui est repu pense que tu l’es aussi.

 

– Ahmed Dini sera ingrat avec tout le monde comme il l’a été avec Hassan-le-grand

 

Commentaires : le fameux Hassan-le-grand dont il est question dans ce feuilleton plein de bassesse serait à notre connaissance un chantre de l’Unité nationale, célèbre pour ses vers rythmés au moment de la lutte pour l’Indépendance. Ce patriote militant de la LPAI était une figure culturelle d’Arhiba et un personnage emblématique des années 70. Ancien nomade, il gagnait sa vie comme gardien à l’EDD bien après l’Indépendance. Les propos imaginaires qui lui sont prêtés dans cette bande dessinée de mauvais goût auraient été soufflés à un responsable de la rédaction de « La Nation » par un indicateur des services de la police politique. Comme par hasard, le journaliste en question aurait été félicité en haut lieu pour avoir publié de telles attaques personnelles contre un des pères de l’Indépendance et de surcroît signataire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. A ce jeu, il nous aurait été facile de dégonfler certaines outres réellement repues, mais nous savons que la bassesse ne grandit pas ses auteurs

 

Moralité : un régime à court d’arguments politiques et de réels projets d’avenir quant à la consolidation de la paix civile et de la réconciliation nationale en est réduit à s’abaisser à des attaques personnelles, assuré qu’il est que sa Justice ne laissera jamais aboutir une quelconque plainte en diffamation. Considèrant l’Etat comme sa propriété personnelle et n’ayant donc aucun sens de l’intérêt général, il poursuit sa fuite en avant. Mesquin, Maskiin !

 

 


 

Violation de la Décentralisation : mode d’emploi

Nous avons souvent évoqué dans nos colonnes les multiples formes de sabotage dont le régime se rendait coupable à l’encontre du processus de décentralisation tel que prévu par l’Accord de Paix du 12 mai 2001. pour qui aurait encore quelque doute à ce propos, le journal gouvernemental « La Nation », dans son édition du jeudi 22 mai 2003, dévoile en pleine page toute la mauvaise volonté du régime quant à la mise en place d’une véritable décentralisation. Passage en revue du mode d’emploi de la violation préméditée.


Il convient tout d’abord de relever un exploit dont seul un média tendancieux est capable : parler de décentralisation sans évoquer une seule fois l’Accord de Paix du 12 mai 2001 dont elle tire réellement son origine, au moins en terme de projet. Au lieu de cela, le journal gouvernemental se croit encore obligé de présenter comme une décentralisation en action des Conseils régionaux, désignés par l’Exécutif et n’ayant aucun compte à rendre aux populations administrées.

Le caractère ridicule des réalisations effectuées par ces Conseils régionaux en dit suffisamment long sur l’inefficacité et l’opacité de leur mode de fonctionnement. A voir la liste de ces réalisations, on comprend aisément que ces Conseils ne rendent jamais leurs comptes publics : « dépenses de personnel, réhabilitation des locaux abritant ces Conseils, et leurs équipements matériels informatifs et autres mobiliers de bureau, acquisition de véhicules 4×4 » nous apprend-on sans rire.

Même si, dans l’interview, le fonctionnaire réquisitionné estime à juste titre qu’ « on ne peut pas dire que le bilan soit vraiment positif », la raison invoquée pour cet échec patent ne convaincra personne : la nouveauté.

En effet, mis à part la faible dotation financières de 50 millions, l’Etat djiboutien ne s’est jamais soucié d’une dimension essentielle accompagnant toute véritable décentralisation : la mise à la disposition des entités décentralisées d’un personnel compétent, soit par transfert direct de fonctionnaires en service, soit par la formation, les deux approches étant par définition complémentaires. Le mode de désignation du personnel de ces Conseils régionaux montre bien que la bonne gestion et le respect des administrés ne sont pas forcément une priorité gouvernementale.

La vérité, c’est que ces 50 millions constituent un gaspillage supplémentaire et, dans la plupart des cas, leur affectation n’a absolument aucune incidence positive sur la qualité de vie des administrés. C’est juste une nouvelle poudre aux yeux dont la fonction est de faire semblant : un artifice supplémentaire de la mauvaise gouvernance pour en quelque sorte régionaliser l’absence de perspective globale.

Tout comme il est fallacieux de prétendre que « des pays beaucoup plus développés et plus riches que nous ont du mal à réaliser cette politique » de décentralisation : c’est mentir par omission car il est tout aussi vrai que des pays beaucoup plus pauvres que nous, le Mali par exemple, ont réussi, parce que les responsables politiques en avaient la ferme volonté, à mettre en place une réelle décentralisation. Ce n’est donc pas un problème de moyens financiers ou humains qui se pose à Djibouti.

Ce qui se passe ici, c’est que le régime, peut-être parce qu’il n’a pas assez de crédibilité intérieure pour penser et agir autrement, s’obstine à admettre que c’est justement l’étouffement de certaines régions et de certaines populations qui est directement à l’origine d’un conflit civil dont le renouvellement devait être évité par la mise en place d’une décentralisation capable de libérer les initiatives locales et d’assurer le développement régional.

Comme l’écrit lui-même le journal gouvernemental « la décentralisation est une idée forte lorsque l’Etat est fort, elle peut être une idée faible quand l’Etat est faible » : c’est donc parce que l’Etat djiboutien n’a d’Etat que le nom que ses dirigeants ne peuvent concevoir pour le moment une réelle décentralisation. Par manque général de projet de société, ils se contentent de bluffer : quand il n’y a pas de démocratie au niveau national, aucun miracle ne peut instituer une démocratie au niveau régional.

« Création de baronnies, augmentation du coût de l’administration, des espoirs déçus » : les risques inhérents à toute mauvaise décentralisation, tels que les énumère « La Nation » grâce à un document émanant du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation peuvent parfaitement s’appliquer aux actuels Conseils régionaux. S’il est bien évident pour tout le monde que les actuels Conseils régionaux ne constituent nullement une réelle décentralisation, prétendre le contraire n’est qu’une vaine fuite en avant, la politique de l’autruche aux conséquences fâcheuses pour les uns et les autres.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 54 du mercredi 4 juin 2003

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Réalité numéro 54 du mercredi 4 juin 2003

ARD
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le présidentialisme djiboutien (1)
  4. La fraude du régime djiboutien devant l’opinion internationale
  5. Une fumée peut en cacher une autre

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 54

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LA CORRÈZE AVANT LE ZAMBÈZE

OU

LA PAIX INTÉRIEURE AVANT LES MIETTES EXTERIEURES

 

Une dimension essentielle des relations internationales consiste à fournir un capital de crédibilité à des régimes issus d’élections douteuses, comme celui de Djibouti : rechercher à l’extérieur une reconnaissance que l’on ne peut obtenir à l’intérieur. C’est pour cela que ces gouvernements mal élus demandent à leurs médias d’assurer le plus bruyant tapage et la plus intense couverture à leur virée internationale, pour en mettre plein la vue aux gouvernés dépossédés de leurs droits les plus élémentaires, dont celui de librement choisir leurs représentants. La récente tournée du Chef de l’Etat en Inde n’échappe pas à cette logique mystificatrice : pendant et après, il n’est question que de cela.

On apprend ainsi par la presse gouvernementale qu’à son retour de New-Delhi, le Président de la République aurait, consciencieusement, tenu une réunion interministérielle avec les départements concernés afin de veiller lui-même à l’application rapide de toutes les dispositions contenues dans l’accord de coopération signé avec l’Inde. A la bonne heure ! Il aurait en effet été décevant qu’il ait fait le voyage pour rien : on se souvient, par exemple, qu’en 1989, une délégation de notre ministère des Affaires Etrangères avait effectué une tournée similaire non seulement en Inde, mais également, dans la foulée, à Singapour, au sultanat de Brunei, en RFA et aux Pays-Bas, excusez du peu.

Résultat : bien qu’ayant visité les infrastructures portuaires de Singapour, cet Etat n’a jamais pu initier la moindre coopération technique avec le Port de Djibouti. Quant aux retombées de la visite de courtoisie à Bandar Seri Begawan, inutile de rappeler que le Sultan de Brunei (l’homme le plus riche du monde, qui aurait même financé les Contras) n’a jamais mis la main à son immense portefeuille.

Mais l’essentiel n’est pas ici dans l’unique improductivité de telles tournées qui coûtent cher au contribuable djiboutien. Le fait que le Chef de l’Etat pousse le scrupule à lui-même superviser l’application des accords passés avec l’Inde ne peut manquer de susciter un mauvais souvenir pour le Peuple djiboutien : chacun aurait préféré qu’il accordât au moins la même importance à l’Accord de Paix conclu le 12 mai 2001 entre son gouvernement et le FRUD-armé.

Pour autant que l’on sache, au Palais du Peuple en tout cas, il s’était solennellement engagé devant Dieu et ses concitoyens à consolider, grâce à la stricte application de cet Accord, une concorde nationale durement mise à mal durant une décennie de conflit civil. Est-ce donc à croire qu’il donne plus d’importance aux miettes de la coopération internationale qu’à la coexistence pacifique entre les diverses composantes de la communauté nationale ? Auquel cas cela reviendrait à bâtir une maison sur du sable mouvant ! Car il est bien évident qu’aucune aide extérieure, quelle qu’en soit la nature, ne peut être véritablement porteuse de progrès si n’est pas assurée la condition fondamentale de tout Développement durable : la Paix intérieure.

Laquelle, et il est navrant d’avoir à le rappeler à un régime aussi inconséquent, ne peut se concrétiser qu’en éradiquant les causes du conflit et en soignant ses conséquences. Il est donc pour le moins préoccupant de voir le Chef de l’Etat s’investir autant dans l’accessoire tout en évitant le principal : cela ressemble à une vaine fuite en avant.

« La Corrèze avant le Zambèze » s’était un jour exclamé un homme politique français soucieux de voir le gouvernement accorder la priorité au développement économique des régions de France. Il est illusoire de prétendre faire le bonheur des Djiboutiens grâce à la mendicité transcontinentale, tout en remettant en cause la Paix si difficilement acquise, en violant constamment les engagements officiels pris en ce sens et en étouffant des régions qui attendent presque tout d’une réelle Décentralisation.

 


Brèves nationales

 

On n’arrête pas « Le Progrès » :

 

de l’œil au beurre noir à l’œil de verre

 

Dans sa dernière livraison, « l’hebdomadaire » du parti unique, visiblement aveuglé par la brûlante réalité quotidienne, affirmait à propos de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : « Le gouvernement est l’initiateur et le garant de cet accord. L’application de ses clauses est visible à l’œil nu si on ne se voile pas la face ». Après la gifle magistrale assénée par le Peuple djiboutien à la mouvance présidentielle le 10 janvier 2003, le griot dénommé « Le Progrès » en avait gardé un œil au beurre noir. Son éclipse de quelques semaines lui a apparemment été fatale, puisqu’il nous revient cette fois avec un œil de verre. Inutile donc de commenter les délires de ceux qui n’ont pas honte de perdre la face.

Nier une réalité qui crève les yeux finit, on le sait bien, par rendre totalement aveugle. Toutefois, ne désespérant pas de la nature humaine, « Réalité » renvoie ce confrère fatigué à la lecture de son numéro 51 du 14 mai 2003, consacré à toutes les clauses violées ou non appliquées de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Mais le délire empêche peut-être de… lire. Navrant.

Obock : un district en voie d’extinction ?

La ville d’Obock est restée totalement privée d’électricité durant six jours la semaine dernière, sans que les médias officiels, peut-être trop occupés à couvrir la visite présidentielle en Inde, ne jugent utile de s’en faire l’écho. Le mépris dans lequel les autorités tiennent ce district et ses habitants n’a jamais été aussi flagrant. Déjà maintenus dans un enclavement injuste, la ville d’Obock et son arrière-pays restent les parents pauvres du développement et constituent le laboratoire de la politique de la misère, conduite par le régime obscurantiste. La population obockoise, déjà durement éprouvée par le conflit civil, ressent amèrement aujourd’hui la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, dont elle attendait, entre autres, la reconstruction des habitations détruites et pillées par les troupes gouvernementales ainsi qu’une véritable réhabilitation des infrastructures publiques. En somme, la restauration de sa dignité et de son cadre de vie.

Randa : en attendant

le retour de l’enfant prodige ?

Avec le début de l’été et les vacances scolaires, le village de Randa se repeuple. Chaque année en cette saison, ce sont des centaines de vacanciers fuyant la canicule citadine qui s’y s’installent. Cette station d’altitude, autrefois recherchée, reste malheureusement privée d’électricité et d’eau courante depuis dix ans, essentiellement à cause de la mauvaise gouvernance. Dès la tombée de la nuit, la torche et la lampe à pétrole y sont de rigueur. Le groupe électrogène installé il y a plus d’un an n’est toujours pas en service.

Le réseau électrique est en partie refait, mais l’eau courante ne suit pas encore. Fin mars 2003, le régime claironnait que la centrale électrique de Randa serait bientôt inaugurée courant avril. Cette inauguration en grande pompe devait être effectuée, disait-on, par le Premier ministre en personne. La visite de ce haut responsable, annoncée depuis plusieurs semaines, est sans cesse reportée. Les Randaniens espéraient qu’avec le retour de l’enfant prodige l’obscurité et la corvée d’eau disparaîtraient à jamais. Malheureusement, il semble que « la gestion de vraie problématique » ne lui en laisse pas le temps.

DAF enfin libéré

Le Président du Mouvement pour le renouveau Démocratique et le Développement (MRD) et directeur de publication du « Renouveau djiboutien » a été libéré hier mardi en fin de matinée, après un éprouvant séjour de plusieurs semaines à Gabode. L’Union pour l’Alternance Démocratique et le journal « Réalité » se réjouissent du retour de notre ami DAF parmi les siens auxquels il a tant manqué. Toutes nos félicitations à ce grand camarade et saluons au passage le courage et la détermination dont il a fait preuve en ces heures difficiles.

La cimenterie d’Ali-Sabieh : réalité ?

Parmi les grands succès de la récente visite présidentielle en Inde, la presse gouvernementale spécialisée dans la production des jalousies sociales, aime à citer l’obtention d’une ligne de crédit qui sera consacrée au financement d’une cimenterie à Ali-Sabieh. Si nous ne pouvons que sincèrement nous réjouir d’une telle réalisation, une question se pose toutefois : était-il vraiment impossible que ce projet voie le jour sans la mendicité internationale ? En effet, rien qu’en réduisant les dépenses somptuaires du régime, il nous semble qu’avec un peu de volonté politique et une meilleure affectation des ressources financières, ce projet aurait pu voir le jour depuis longtemps. Rappelons, par exemple, toute l’improductivité de la tribune présidentielle construite à l’occasion de la célébration du 25ème anniversaire de l’Indépendance qui aurait coûté, au bas mot, plusieurs centaines de millions de nos francs.

 


 

Le présidentialisme djiboutien (1)

 

Démocratie, Dictature ou Caricature ?

1ère partie : Pourquoi des réformes démocratiques ?

 

Dans le cadre des négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé, les réformes démocratiques avaient constitué un volet pénible pour le régime. Des conditions d’organisation des législatives du 10 janvier dernier aux multiples violations de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, en passant par la topographie de la mauvaise gouvernance, nous n’avons cessé de saisir le Chef de l’Etat et de le rendre responsable des dérives, injustices et autres illégalités mettant en danger la survie de notre Nation. Il convient donc de s’interroger sur sa nature pour mieux saisir les causes de son dysfonctionnement afin de proposer les remèdes appropriés. Dans cette première partie, suivie de trois autres, nous rendons aujourd’hui public l’argumentaire développé lors des négociation, tel que consigné dans le document intitulé « Propositions » et remis à la partie gouvernementale en juillet 2000.

 


 

L’impérieuse nécessité d’améliorer le fonctionnement de nos institutions, en les rendant plus équilibrées, est la motivation essentielle de la conclusion de l’Accord-cadre du 7 février 2000.

En effet, l’équilibre est en toute chose la seule garantie de la permanence, donc de la stabilité. La situation actuelle en République de Djibouti se caractérise par un déséquilibre flagrant dans tous les domaines, rendant illusoires tout espoir de stabilité et toute tentative de développement, toutes conditions nécessaires à la paix civile. Les difficultés que notre pays a connues (conflit civil, crise financière, économique et sociale, etc.) sont quelques-unes des manifestations et des conséquences de ce déséquilibre.

Il convient par conséquent, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde civile du 7 février, de procéder à l’instauration des grands équilibres par une réforme des institutions, ce qui est la justification-même dudit Accord.

Ce qui implique tout d’abord la nécessité de remédier au déséquilibre principal contenu dans la loi fondamentale, c’est-à-dire la Constitution du 15 septembre 1992.

Ce texte, dont l’analyse compétente et neutre de nombreux spécialistes a mis en évidence non seulement les insuffisances, mais aussi le fait que chaque proclamation des principes est verrouillée par des textes législatifs ordinaires et ultérieurs, installe un pouvoir personnel et discrétionnaire, sans contrôle ni contre-pouvoir et sans recours : c’est l’antithèse-même d’une Constitution démocratique et équilibrée. Ce qui prouve la nécessité de réviser ou d’amender la Constitution afin de permettre au quotidien un contrôle réglementaire de l’Exécutif, de juger et de sanctionner, positivement ou négativement, l’action gouvernementale ; bref d’instaurer un véritable Etat de Droit. C’est l’objet essentiel de notre proposition de révision.

Ce qui implique également que la séparation des pouvoirs, énoncée dans la Constitution, devienne effective par la promulgation de la loi portant Statut de la Magistrature qui, presque un quart de siècle après notre Indépendance, demeure encore à l’état de projet. Peut-on continuer à parler de République ou même d’Etat, en présence d’une Justice sans statut, donc sans autonomie ? Nous proposons donc que l’adoption du Statut de la Magistrature fasse partie intégrante de la présente réforme qui, sans elle, serait inopérante.

Ce qui implique enfin que la représentation nationale, c’est-à-dire le pouvoir législatif, puisse contrôler, approuver et, le cas échéant, sanctionner la politique générale de l’Exécutif, tout en donnant en même temps à celui-ci la possibilité de mettre fin à une législature qui se rendrait responsable d’une instabilité gouvernementale injustifiée. La paralysie actuelle dans laquelle les deux pouvoirs législatif et exécutif sont tenus l’un vis-à-vis de l’autre n’est en faveur ni de l’intérêt national ni du débat démocratique. Notre proposition de réforme constitutionnelle répond également à cet impératif.

L’équilibre au sein de l’Exécutif d’une part, entre celui-ci et les deux autres pouvoirs législatif et judiciaire d’autre part, pour vital qu’il soit, n’aura pas l’effet bénéfique escompté si le déséquilibre ethnique persiste au sein de l’armée, la gendarmerie, la police, la sécurité, etc. La situation plus qu’anormale en ce domaine et l’absence de statistiques officielles en la matière, nous ont amenés à en dresser un état des lieux et à formuler des propositions en conformité avec la Loi de Programmation Militaire et dans l’intérêt de l’Unité nationale.

De même, en ce qui concerne l’administration civile, la situation se caractérise par l’accaparement et la prééminence d’un côté, la marginalisation voire l’exclusion de l’autre. Ce qui crée un rapport dominant/dominé, au lieu de l’égalité entre citoyens de toute société harmonieuse ; ce qui est enfin source de frustration, revendication, résistance et rébellion. Il y a donc lieu de rétablir l’équilibre en ce domaine par la participation équitable de toutes les composantes de la communauté nationale. Ce qui permettra à tout un chacun de se sentir citoyen et non pas intrus, rejeté ou dominé. C’est l’objectif central de notre proposition de rééquilibrage.

Lequel rééquilibrage doit à son tour être viabilisé par l’exercice démocratique du multipartisme non limitatif, correspondant à l’article 6 de la Constitution, de l’activité syndicale indépendante et conforme aux recommandations pertinentes du B.I.T, ainsi que de la liberté effective de la presse, correspondant au Préambule, à l’esprit et à la lettre de notre Constitution.

Toutes ces modifications et améliorations institutionnelles seraient enfin vaines si tous les citoyens n’étaient pas assurés du libre et égal accès à la nationalité ; ce dont l’ethnie afar a été activement exclue depuis l’Indépendance. Cette exclusion a touché environ cent mille (100.000) d’entre eux par le recensement de 1983, infirmé par le représentant de l’ONU, dont le résultat a été reconduit par le recensement intercensitaire de 1991, qui n’a fait que multiplier par deux la falsification de celui déjà infirmé : le pourcentage « décrété » restant le même. Exclusion aggravée, d’une part, par le gel de la délivrance de toute pièce d’état civil et, d’autre part, par la destruction volontaire des fichiers de recensement démographique et des registres d’état civil les concernant.

Ce qui justifie notre proposition principale de déblocage en la matière pour donner sens et pertinence à toutes les réformes : on ne peut pas et on ne doit pas laisser à une seule composante de la communauté nationale le soin de décider de la citoyenneté pour (ou contre) les autres composantes. A suivre…

 

 


La fraude du régime djiboutien devant l’opinion internationale

 

Le propre de tout régime impopulaire pris en flagrant délit de fraude, c’est de nier l’évidence en faisant le dos rond jusqu’à ce que les choses se tassent et que, par lassitude, l’opposition victorieuse et le Peuple abandonnent la lutte pour un véritable Etat de droit. Le RPP ne doit pas trop compter sur un tel découragement, comme en témoigne la mobilisation permanente de nos concitoyens et la détermination de l’UAD à ne pas se laisser déposséder de son éclatante victoire.

 

C’est dans ce cadre qu’au nom de l’UAD, le Président Dini a entrepris une série de démarches afin d’informer l’opinion internationale sur les conditions scandaleuses et inacceptables dans lesquelles se sont déroulées les élections législatives du 10 janvier 2003. nous vous présentons ci-dessous une lettre adressée dans ce sens.

 

La démarche entreprise par le Président de l’ARD et tête de liste de l’UAD auprès de nos partenaires est en effet inédite. Que cette démarche ait déplu à ceux qui souhaitent à tout prix conserver cet état de non-droit nous conforte dans la conviction qu’elle était judicieuse. Pour inédite qu’elle fut, elle n’en était pas moins cohérente. Elle s’inscrit dans la logique pacifique de démystification d’un régime condamné par l’Histoire et visait surtout à sensibiliser tous nos partenaires politiques et économiques sur les graves dangers d’instabilité que fait courir à notre pays et à la région ce régime irresponsable.

 


Ahmed Dini Ahmed

Président de l’ARD

Alliance Républicaine pour le Développement Tête de liste de l’UAD

Union pour l’Alternance Démocratique

 

Paris, le 28 avril 2003

 

Adresse à Djibouti BP 300 Djibouti

 

Tél. (00253) 351497 Tél. (00253) 25 01 88 Tél. (00253) 250919

 

Adresse en France 7 rue Décrès 75014 Paris Tél. I Fax 01 43 95 0744

 

 

A Monsieur le sénateur Jacques Legendre

 

Secrétaire général parlementaire

 

de l’Assemblée Parlementaire Francophone 235 boulevard Saint Germain 75007 Paris

 

 

A Madame Monique Pauti

 

Secrétaire Générale de l’ACCPUF

 

Association des Cours Constitutionnelles partageant l’usage du français

 

2 rue de Montpensier 75001 Paris.

 

 

Madame, Monsieur,

 

La République de Djibouti vient de procéder le 10 janvier 2003 à des élections législatives pour élire les soixante cinq députés de son Assemblée nationale. Les élections se sont déroulées sans la moindre violence, grâce uniquement à la maturité et à la tolérance du peuple djiboutien et malgré les fraudes généralisées qui ont atteint un degré caricatural. Voulant se faire passer pour une République comme les autres, le régime djiboutien a adopté les formes institutionnelles visibles de la démocratie telles qu’une séparation des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, l’instauration d’un médiateur de la République, ou la création d’une Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

 

Se prévalant de la mise en place apparente de normes démocratiques le régime djiboutien signe traités, conventions et accords internationaux et rejoint comme membre des organisations ou institutions internationales se référant à ces mêmes valeurs. Mais il ne s’agit là que d’une apparence abusive, la réalité étant toute autre :

 

L’Exécutif est le même depuis 26 ans, appartenant au même parti politique, gouvernant sans contrepouvoir ni contrôle, n’ayant de compte à rendre à personne.

 

Le Législatif est sans attributions constitutionnelles définies, ni impact d’aucune sorte sur la conduite des affaires publiques.

 

Le Judiciaire, ne jouissant d’aucune marge de liberté, se trouve dans la dépendance totale du pouvoir exécutif.

 

Le médiateur, cadre dirigeant du parti au pouvoir, ne peut connaître que d’affaires dont il doit être saisi par un membre de l’Assemblée nationale, elle-même composée depuis 26 ans des seuls membres de ce parti dirigeant et de ses alliés. Aussi il ne peut exercer de médiation qu’à la demande de ses partisans.

 

Enfin, la CENI composée exclusivement de fonctionnaires et partisans du régime en place n’a pas été instituée en vue d’assumer le rôle et la responsabilité traditionnellement dévolue à une CENI. C’est la raison pour laquelle l’opposition a refusé d’en faire partie. D’ailleurs certains membres de la dite CENI ont été surpris au cours du scrutin en flagrant délit de bourrage d’urnes et autres fraudes en faveur de la liste du parti au pouvoir. La situation est donc totalement bloquée et masquée par la tromperie.

 

Au temps des élections sous 1e régime du parti unique, seul ce parti pouvait présenter une liste élue d’office tandis que les candidats aux « élections » n’étaient pas astreints au versement d’une caution pour faire enregistrer leur liste (voir document n°1: Loi organique en annexe). Avec une opposition interdite, il n’était exercé ni contrôle de légalité ni respect de procédures, aucune contestation n’étant admise dans la pratique.

 

Après septembre 1992, l’instauration d’un système limité à quatre partis permit un certain pluralisme des candidats, aussi le régime a eu recours à la fraude électorale et à la violation de tous les textes concernés et en adoptant de nouveaux textes afin de préserver son monopole sur l’Assemblée et sur les autres centres de pouvoir. Un dépôt de caution inconnu du temps du parti unique est également institué, avec un montant fixé à la somme exorbitante de 500 000 FDJ (soit 2780 €), conditionnant l’enregistrement de toute liste de candidats.

 

Les élections législatives du 10 janvier 2003 n’ont pas dérogé à ces pratiques devenues règles, et les fraudes commises à cette occasion se sont caractérisées par les différents points suivants :

 

Premier point : une liste électorale utilisée comme un document confidentiel dont la communication ou même la consultation est refusée à l’opposition, alors que la loi en prescrit au contraire la publication par affichage et communication pour examen à tous les partis politiques. Le gouvernement prétend sans cesse qu’elle n’est pas imprimée (document n°2 : Décret n°93-0023/PR/Ml). De plus, cette liste électorale inaccessible à tout autre parti que celui au pouvoir, est, selon le communiqué même du 12 janvier 2003 de la Mission d’observation de la ligue des États arabes et de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), « inadéquate avec le corps électoral tel qu’il existe », et ainsi qu’il ressort du rapport de la Mission d’information de l’Union africaine (document n°3 et n°4). Cette liste électorale comporte en outre de très nombreuses inscriptions volontairement multiples des mêmes électeurs, favorisant les votes multiples et frauduleux (document n°5 : exemple de cartes d’électeurs multiples).

 

Deuxième point : la liste électorale et les cartes d’électeurs destinées aux districts de l’Intérieur du pays sont établies en violation des textes, sans mentionner: ni adresse, ni référence de l’identité de l’électeur, ni désignation et indication du numéro du bureau de vote, de telle sorte que l’électeur ne sait ni où demander sa carte ni où se rendre pour voter , et aucun contrôle n’est possible le jour du vote. N’importe qui peut alors voter avec n’importe quelle carte et n’importe où. Cette anomalie frauduleuse a concerné 82541 électeurs sur les 178799 que compte l’électorat djiboutien, touchant quatre districts sur cinq dans le pays (document n°6 : Extrait de la liste d’émargement).

 

Troisième point : Non remise à leurs titulaires des cartes d’électeurs établies à partir des listes inadéquates existantes (document n°7: lettres de l’UAD au Président du Conseil Constitutionnel). Les cartes retenues sont frauduleusement utilisées par des agents de l’administration nommés « Assesseurs » aux bureaux de vote, ou par des délégués du parti au pouvoir, ou même par des membres de la CENI.

 

Quatrième point: désignation des membres des bureaux de vote, Président, Secrétaire ou Assesseurs, sur le strict critère d’appartenance au parti au pouvoir, avec refus total des Assesseurs proposés par l’opposition (document n°7).

 

Cinquième point : intervention intempestive des forces de l’ordre, militaires ou policiers, soit pour expulser ou arrêter le délégué de l’opposition afin de l’empêcher de veiller sur le déroulement des votes, soit pour emporter de vive force l’urne contenant les votes avant tout dépouillement (document no8: Attestation d’un secrétaire de bureau de vote).

 

Sixième point : transfert des bureaux de vote de l’endroit originel indiqué dans le décret organisant le scrutin vers un lieu inaccessible ou même inconnu (document n°9 : Attestation d’un membre de la. CENI et Attestations de notables de village).

 

Septième point : non rédaction des procès verbaux de vote en présence des délégués de l’opposition et établissement ultérieur d’un document faux par les seuls partisans du parti au pouvoir (documents n°8 et n°9 déjà cités).

 

Huitième point : composition du Conseil constitutionnel des seuls membres du parti au pouvoir, qui entérinent automatiquement par leur jugement tout le processus électoral entaché de fraudes.

 

Neuvième point : publication des résultats d’un scrutin législatif sans rapport avec l’expression populaire par les médias publics réunis, Radio et Télévision de Djibouti (RTD), La Nation presse écrite, Agence Djiboutienne d’Information (ADI), sous la conduite des partisans du parti au pouvoir. Le verrouillage et la pérennisation d’un système vicié et bloqué de toutes parts sont assurés par la seule coercition du pouvoir régalien qui en est issu.

 

De tels attitudes et agissements avaient fatalement conduit le pays par le passé à un conflit civil et à un affrontement armé fratricide qui a duré de 1991 à 2000, aboutissant après de longues négociations à un Accord de réforme et de concorde civile signé le 12 mai 2001 pour traiter des causes et des conséquences de ce conflit et lui préconiser des solutions et des remèdes (document n°10: Accord de réforme et de concorde civile, du 12 mai 2001). Mais deux ans après sa signature, le régime refuse toujours obstinément de mettre cet accord en application, maintenant le blocage au même point de départ qui avait occasionné la lutte armée.

 

Devant une telle impasse, et afin d’éviter de recourir de nouveau à des actions violentes, nous, opposition, unis au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) regroupant les quatre partis d’opposition Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), Mouvement pour le Renouveau Démocratique et pour le Développement (MRD), et Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), avons résolument décidé de suivre la voie légale.

 

Les objectifs de cette décision et sa mise en oeuvre visent à démasquer les impostures du pouvoir, à susciter une prise de conscience dans le pays, et à s’opposer aux complaisances et encouragements accordés de l’extérieur en faveur du régime. Ce, dans le but de contraindre les autorités djiboutiennes à se soumettre aux normes démocratiques et à la bonne gouvernance.

 

Aussi nous entendons dénoncer l’imposture totale dans laquelle s’est déroulée la mise en place de la CENI : lire en document n°11 le premier décret du 30/09/2002 portant composition et fonctionnement de la CENI, en document n°12 la lettre du 9/11/2002 de l’ARD et l’UDJ au Président de la République lui demandant de faire modifier le contenu du décret sur la CENI sous peine de le déférer devant la justice, et en document n°13 un second décret du 23/11/2002, modifiant le premier décret pour en justifier a posteriori la violation, en réduisant de moitié le délai légal entre la désignation des membres de la CENI et la tenue du scrutin.

 

Puis arrive les 25 et 26 novembre 2002, aux domiciles des représentants de chaque parti d’opposition, une lettre du Ministre de l’Intérieur leur enjoignant d’assister à la cérémonie du 27 novembre de prestation de serment des membres de la CENI, soit une cérémonie fixée au lendemain de la remise à domicile des invitations (document n°14 : lettre du 26/11/2002 du Ministre de l’Intérieur à M. Ahmed Dini, Président de l’ARD).

 

L’opposition a vivement réagi à cette provocation par une lettre adressée le jour même du 26 novembre au Ministre de l’Intérieur, lui exprimant clairement les raisons pour lesquelles l’opposition ne pouvait se joindre à la CENI sous sa forme présente et dans un tel manège de procédés (document n°15 : lettre du 26/11/2002 des partis d’opposition au Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation).

 

Aucune suite n’ayant été donnée à nos objections adressées au Président de la République et au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, nous avons saisi le Conseil du contentieux administratif par le dépôt d’une requête en annulation des décrets relatifs à la CENI (document n°16 : Requête introductive d’instance auprès du Conseil du contentieux administratif). Mais hélas, le Conseil du contentieux administratif n’a pas davantage répondu à notre requête, imitant comme de tradition l’attitude du Chef de l’Etat, si bien qu’aucune voie de recours légal contre les actes du pouvoir n’est jamais ouverte en République de Djibouti.

 

Pendant la phase préparatoire des élections législatives, nous avons saisi le Conseil constitutionnel du refus qui nous a été opposé de consulter la liste électorale mais aussi du refus de distribuer les cartes d’électeurs à leurs titulaires (document n°7 déjà cité: lettres de l’UAD au Président du Conseil Constitutionnel). Cette saisine n’a abouti à aucun résultat.

 

Lors du dépôt de la liste des candidats, nous avons de nouveau saisi le Conseil Constitutionnel du refus par le Ministre de l’Intérieur de nous permettre de remplacer des candidats insolvables par d’autres candidats, un dépôt de 500.000 FDJ étant exigé comme caution. Le non dépôt de la caution constituant une cause d’inéligibilité, la loi autorise ce remplacement. Mais le Conseil Constitutionnel a rejeté cette requête (document n°17 : Requête du 25/12/02; et document n°18 : Décision du 28/12/02 de rejet de la requête).

 

Dès la fin des élections législatives, et avec production de preuves formelles de violations des lois sur les élections ainsi que de fraudes flagrantes, nous avons formulé devant ce même Conseil Constitutionnel un recours en annulation des élections législatives (document n°19 : Requête du 23/01/03). Et c’est sans procéder aux vérifications et constats que nous avions demandés ni à aucune instruction judiciaire, que le Conseil constitutionnel a rejeté notre recours (document n°20 : décision du 20/02/03 de rejet de notre requête). L’ensemble des éléments exposés ici laissent bien peu de possibilité à l’avènement de la démocratisation en République de Djibouti sous le régime actuel, lequel s’applique au contraire à en bloquer toutes les voies.

 

Cependant, le peuple djiboutien devant être le seul maître de son destin et de l’amélioration de sa situation, nous ne demandons pas une ingérence étrangère particulière dans les affaires de la République de Djibouti. Néanmoins, compte tenu de ce que Djibouti a adhéré à des organisations et institutions internationales en voulant passer pour ce qu’il n’est pas, et afin que le régime cesse de se croire soutenu et encouragé à persévérer dans la voie de l’illégalité, nous demandons :

 

A: que la section djiboutienne soit suspendue de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie dont elle est membre car cette présence lui apporte une légitimité indue, notre Assemblée nationale n’étant pas une assemblée élue dans les règles démocratiques. La majorité de notre peuple ne lui reconnaissant d’ailleurs aucune légitimité.

 

B : que l’ « Association des Cours Constitutionnelles partageant l’usage du Français » qui a institué l’«Observatoire de l’activité des Cours Constitutionnelles: Actualités électorales », prenne en considération la réalité du Conseil Constitutionnel de la République de Djibouti. Celui-ci contrevient gravement à l’article 3 des statuts de cette association en s’opposant à l’avènement de l’Etat de droit et en s’alignant systématiquement sur un régime qui viole ces droits d’une manière permanente et flagrante. Aussi, ce Conseil rend non seulement des jugements iniques mais commet par là-même un véritable déni de justice en toute connaissance, contre l’évidence des faits attestés, et constitue un des principaux obstacles à l’Etat de droit.

 

En rapport avec ce qui précède, il convient de souligner enfin que par sa situation géographique, sa nature géophysique et ses conditions climatiques, Djibouti cumule des avantages incomparables, propices à des exercices et entraînements militaires pour toutes les armes, terre, air et mer. Aussi Djibouti abrite des bases et de la présence militaire d’un certain nombre d’États démocratiques. En échange de quoi, il bénéficie, de la part de ces États démocratiques, de soutiens et d’assistances multiformes sous l’aspect de coopération à l’intérieur du pays et de caution de respectabilité démocratique à l’extérieur, contribuant à pérenniser une situation de non-dit.

 

Notre présente démarche vient à contre courant de ces cautions mais représente en réalité la seule alternative d’ouverture vers la démocratisation et le développement de notre pays, c’est à dire la seule chance vers la paix civile et vers une stabilité durable.

 

Ahmed Dini Ahmed

 

Président de l’ARD

 

 


 

Une fumée peut en cacher une autre

Antitabagisme, antiterrorisme et trafic de drogue

 

Tous les États de la planète se sont mobilisés pour commémorer le 31 mai dernier la « Journée Mondiale contre le tabac ». Bonne intention qui souligne l’urgence, surtout dans les pays du Tiers-monde, de responsabiliser les citoyens face à ce fléau. Si une telle initiative ne peut qu’être soutenue, ceci ne doit par nous faire oublier que, sous couvert de la lutte antiterroriste, une autre calamité prend silencieusement des proportions alarmantes : l’essor de la culture et du commerce de l’héroïne en Afghanistan.

 


 

Force est aujourd’hui de reconnaître que le régime des Talibans avait deux caractéristiques majeures : dans ses affaires intérieures, c’était l’obscurantisme le plus rétrograde ; dans ses relations internationales, c’était la fanfaronnade impuissante. Car, s’il n’avait pas commis l’erreur d’offrir refuge à Ben Laden, il est fort peu probable que ses agissements indigènes eussent suscité une quelconque sanction internationale : l’Afghanistan n’avait malheureusement pas le monopole des pratiques dictatoriales, quelle qu’en soit la justification, idéologique ou religieuse.

Mais les Talibans avaient au moins réussi un exploit : en 2000, ils avaient totalement interdit la culture du pavot, dont sont tirés l’opium et surtout l’héroïne. Bien avant eux, le régime islamiste d’Iran avait réussi à éradiquer cette culture en une seule année.

La mise en place d’une nouvelle élite afghane, suite à la lutte antiterroriste consécutive au 11 septembre et pour diverses raisons au rang desquelles il convient de souligner l’inexistence d’un pouvoir central fort, l’effondrement des infrastructures productives et la misère consécutive de la population, s’est accompagnée d’un regain de la culture du pavot. Pour le petit paysan patchoun sans ressource, et par définition peu enclin à faire confiance à un gouvernement d’une Alliance essentiellement tadjik, c’était le moyen le plus facile de subvenir aux besoins de sa famille : un champ de pavot rapporte, estime-t-on, quinze fois plus qu’une culture vivrière.

Toutefois, cultiver ne suffit pas, il fallait la complicité de certains barons de la drogue capables d’acheter le pavot, de le retraiter et de trouver un marché où l’écouler. Et c’est là le véritable drame : il est aujourd’hui établi que ces caïds de la drogue, ce sont les nouveaux responsables politique afghans, autrefois chassés par les Talibans et qui sont revenus à la faveur de la lutte contre le terrorisme international. Résultat de cette « Alliance avec le Diable » : l’Afghanistan sera en 2003, selon des prévisions des Nations unies, le premier producteur mondial d’opium avec plus de 4000 tonnes.

Ainsi, la nouvelle hiérarchie des priorités consécutive au 11 septembre, a eu pour effet de réhabiliter les narcotrafiquants afghans, souvent des chefs de guerre tribaux qui freinent l’instauration d’un pouvoir central fort, et de reléguer au second rang la lutte contre le développement du trafic des stupéfiants et surtout la recherche d’une solution alternative pour les malheureux paysans sans issue.

On ne peut manquer de penser à l’intransigeance morale du philosophe Karl Kraus lorsqu’il disait : « entre deux maux, je n’en choisis aucun ». Force est donc d’admettre que de telles bonnes intentions ne guident pas toujours l’action des grands de ce monde.

Certes, 4,5 milliards de dollars américains ont été accordés à l’Afghanistan lors de la conférence de Tokyo, mais cette aide internationale ira exclusivement, de l’avis même des experts, à la reconstruction des infrastructures détruites par l’offensive internationale contre les Talibans et ne financera aucun projet de développement visant à substituer d’autres cultures à celle du pavot.

Il est donc bien clair qu’en fonction de cette hiérarchie des priorités, combattre la drogue est politiquement moins rentable que de combattre les réseaux terroristes, même s’il est bien évident que la drogue rapporte beaucoup plus que l’action terroriste (rien qu’en Europe, la revente de l’opium représenterait près de 15 milliards d’euros par an) et que, jusqu’à preuve du contraire, la drogue tue nettement plus que le terrorisme aveugle.

N’est donc pas proche le jour où, grâce à un véritable programme de développement, une opportunité sérieuse sera offerte au petit paysan afghan afin qu’il vive dans la dignité et non en contribuant à détruire la vie de milliers de toxicomanes de par le monde mais surtout en Occident. En attendant, ce sont principalement ceux appelés à la rescousse dans la lutte antiterroriste qui profitent de la situation en participant à pérenniser les conditions des multiples formes de misère qui produisent cette dramatique pléthore des candidats au « martyr terroriste ».

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 53 du mercredi 28 mai 2003

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Réalité numéro 53 du mercredi 28 mai 2003

 
          Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Interview du Président Dini aux «Nouvelles d’Addis»

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 53

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LE PROCÈS DE DAF OU L’ACTUALITÉ DE KAFKA

« Il fallait qu’on ait calomnié Joseph K. : un matin, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté. » Par cette courte phrase, Franz Kafka installait d’emblée son « Procès » dans l’absurde inhumanité qui dépossède l’Homme devant la loi. Le procès, prévu pour ce mercredi, du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, illustre toute l’actualité de cet univers totalitaire à Djibouti : DAF est calomnié, si l’on peut dire, d’avoir calomnié ! Honnête citoyen comme M. K., le malheureux héros du roman, DAF est tout simplement persécuté parce qu’il est un farouche opposant à ce régime de non-droit. Car, personne ne s’y trompe, l’article incriminé ne peut en aucun cas justifier accusation ou incarcération : en quoi la forme interrogative peut-elle constituer une diffamation ? Dans son article, DAF n’avait en effet fait que poser des questions. Ce qui est la première rigueur journalistique lorsque l’on n’est pas une plume commanditée par le pouvoir en place, pisse-copie des épiscopats politiques, et que l’on n’a pas forcément les réponses adéquates. Une chose est sûre, ce ne sont pas des spécialistes de la langue française qui s’affronteront au tribunal et le débat ne tournera pas autour de la question de savoir si le prévenu, en tant que rédacteur en chef du « Renouveau Djiboutien », a utilisé une forme syntaxique diffamante : c’est que, dans une logique inquisitoriale, la question ne devait pas être posée !

La vérité est là : par sa détermination, l’opposant DAF gêne le pouvoir en place parce qu’il dévoile les fondements inégalitaires et divisionnistes du régime en place, tout comme la corruption généralisée et la dilapidation des deniers publics. D’autres l’ont fait avant lui, souvent au péril de leur vie ou au prix de leur liberté ; d’autres le font encore avec lui, peut-être avec moins de mordant, direz-vous. Mais cet acharnement contre le Président d’un parti d’opposition légalement constitué montre qu’autant que la question sacrilège, ce qui dérange, c’est celui qui la pose. Ce qui dévoilerait alors une dimension pratiquement banale du système politique djiboutien : à la division tribale du travail politique doit obligatoirement correspondre une répartition tribale des allégeances comme des contestations. En fonction de son origine, l’individu est sommé d’adhérer au régime qui trahit, se faisant, sa véritable nature : la République de Djibouti n’est certes pas un Etat de droit tout court, mais elle n’est pas davantage un Etat de droit tribal.

On comprend alors mieux les ressorts inavoués de ce procès : à travers DAF, c’est le fondement unitaire et national de l’opposition, regroupée au sein de l’UAD, que le régime cherche à atteindre. La dernière campagne électorale pour les législatives du 10 janvier l’a clairement prouvé : la mouvance présidentielle avait principalement axé ses discours sur l’incitation à la haine tribale, alors que l’UAD prônait unanimement la Paix et la Réconciliation nationale, afin qu’un réel Développement soit assuré à toutes les composantes de la communauté et à toutes les régions du pays. Si Dieu prête vie aux uns et aux autres, cette différence dans la conception de la citoyenneté djiboutienne constituera, à n’en pas douter, la principale ligne de partage entre le candidat du régime et celui de l’opposition. Par son dynamisme et sa popularité, DAF constitue donc pour le pouvoir en place l’ennemi à neutraliser prioritairement.

Mais, contrairement au héros de Kafka, DAF ne se laissera absolument pas abattre par la déraison totalitaire d’un régime dont la majorité des Djiboutiens attendent la chute avec impatience.

 

 


Interview du Président Dini aux «Nouvelles d’Addis»

 

Le Président de l’ARD, M. Ahmed Dini a accordé à notre confrère « Les Nouvelles d’Addis » une interview que nous reproduisons intégralement.

 


 

Ahmed Dini : « En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a l’impression que le gouvernement s’efforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. »

 

Deux ans après la signature de l’Accord de réforme et de concorde civile, dans un entretien avec Les nouvelles d’Addis, Ahmed Dini Ahmed s’étonne de l’attitude du gouvernement qui, ne respectant pas sa signature, « empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile ». Il aborde aussi les malversations diverses, la misère matérielle et morale de la population, les difficultés faites à l’opposition, la fraude électorale,… et il insiste sur sa démarche en direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie, en faveur d’un désaveu de la politique djiboutienne.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN LETERRIER

 


 

L’accord oublié

LNA. – Nous nous retrouvons pour votre cinquième entretien avec Les nouvelles d’Addis. Nous sommes le 12 mai, c’est un anniversaire, le deuxième anniversaire de l’Accord de réforme et de concorde civile, que vous avez signé avec le gouvernement djiboutien. Aujourd’hui, c’est un euphémisme de dire qu’en regard du nombre d’engagements pris par les parties signataires, il n’y a pas forcément de quoi être très satisfait du résultat. J’aimerais avoir votre point de vue à ce sujet. Où en est-on de la mise en œuvre de cet accord, deux ans après ?

Ahmed Dini. – L’attitude des parties signataires de cet accord est, on ne peut plus divergente. Une partie s’efforce de l’oublier, c’est la partie gouvernementale. L’autre partie – c’est-à-dire nous et le peuple de Djibouti – fondait de grands espoirs sur cet accord. Nous nous efforçons de ne pas oublier cet accord et les mesures prévues dans cet accord et de l’empêcher de tomber dans l’oubli. Cet accord prétendait régler les causes du conflit civil qui a duré dans le pays, pendant dix ans et qui a fait beaucoup de victimes, de l’ordre de milliers et beaucoup de dégâts matériels.

Quelqu’un a dit, je crois qu’il s’agit de Thomas Holmes, que « la cause des guerres civiles, c’est l’ignorance des causes.». Nous avions identifié les causes de ce conflit civil et, après les avoir identifiées, nous avons proposé une thérapeutique et des mesures de prévention. Une thérapeutique pour les séquelles, les dégâts, produits par ce conflit, et des mesures de prévention pour que cela ne se renouvelle pas.

Le gouvernement, en oubliant l’existence de cet accord, maintient les causes du conflit civil. En refusant de mettre en œuvre la thérapeutique, il refuse de réparer les préjudices causés par cette guerre civile. En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a l’impression qu’il s’efforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous ne comprenons pas les démarches d’un gouvernement national qui empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile.

Notre partie, c’est-à-dire la population et les signataires non gouvernementaux de cet accord, tient tellement à l’application de cet accord qu’aujourd’hui, deuxième anniversaire de l’accord, un meeting est organisé et la direction des quatre partis de l’opposition nationale a décidé de faire du 12 mai, la Journée Nationale de la Paix Civile. Pour nous, c’est très important, alors que nous avons en face de nous, un gouvernement qui considère cet accord, comme nul et non avenu.

LNA. – N’avez-vous pas l’impression que le gouvernement cherche à pousser l’opposition à la faute ? Que le premier sang versé pourrait l’intéresser ?

AD. – Apparemment c’est cela. Nous n’avons pas d’autre explication à cette attitude totalement négative. Mais que gagnerait le gouvernement en nous poussant à la faute ? Nous ne voyons pas quel bénéfice le gouvernement pourrait tirer d’un désordre civil à Djibouti.

LNA. – Les gens qui n’étaient pas très favorables à cet accord disent, qu’au moment de la signature, le gouvernement espérait recevoir quelques subsides. Montrer un profil « correct » et sans plus ; qu’il n’était pas dans ses systèmes d’en appliquer les termes.

AD. – Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle et l’intégrité morale d’accorder à autrui la considération que l’on s’accorde à soi-même, et de lui accorder un préjugé d’intelligence et de raison. Nous ne pouvions pas supposer et nous ne le supposons pas maintenant que le gouvernement est contre la paix dans le pays. Nous ne le pensons pas. Ce serait inintelligent, contreproductif et, finalement ce serait suicidaire. On ne peut pas durablement maintenir dans un pays une situation de non-paix. Même si certains peuvent, à la faveur de troubles, pêcher, comme on dit, dans les eaux troubles et en retirer quelques bénéfices ponctuels, individuels et éphémères. Au moment où le gouvernement a signé cet accord, il voulait peut-être en retirer des retombées positives.

Mais cet accord prévoit que pour son application, le gouvernement ferait appel au financement international. D’ailleurs, un certain nombre de parties multilatérales étaient prêtes à y contribuer, à y participer. Et, curieusement, le gouvernement n’a pas demandé le financement de la reconstruction des zones touchées par le conflit, des parties détruites… Il n’a pas demandé d’argent pour rebâtir ce qui a été détruit par la guerre civile. Nous avons l’impression qu’il y a une situation d’anarchie et de chaos, non pas voulue délibérément, mais provoquée et entretenue par un état de confusion. De confusion politique, administrative, à tous les niveaux. Nous sommes en présence d’une situation de non-droit qui émane d’un pouvoir qui a une apparence d’État, mais qui n’a pas la réalité d’un État.

Nature et développement des malversations

LNA. – N’existe-t-il pas aussi l’hypothèse que le pouvoir ne soit pas pressé d’appliquer l’accord dans sa globalité, et de donner ainsi à tous les acteurs politiques et aux citoyens l’accès aux données financières, etc. Ceci pouvant mettre au jour d’éventuelles malversations, actes de corruption ou autres ?

AD. – C’est possible. Mais, là encore, je dirais qu’il faut accorder à autrui le préjugé favorable que l’on s’accorde à soi-même… A contrario, il faut penser des autres le mal que l’on pense de soi-même. Si on est conscient que soi-même on peut se conduire de manière anormale, non conventionnelle, on peut imaginer que l’autre, son vis-à-vis peut lui aussi se conduire de cette manière. Donc, ce que vous voulez dire, c’est que le pouvoir ne voudrait pas nous introduire dans le partage du « fromage ».

Ce qui se passe à Djibouti dépasse la nature de la corruption. La corruption se passe entre corrupteurs et corrompus. Étant donné que c’est un acte peu honorable, cela se passe en cachette. On cache la corruption comme on cache un vice. À Djibouti, bien qu’il y ait des corrupteurs et des corrompus, ce qui se passe est d’une autre nature. Comme tout état moderne, nous avons des institutions, dont l’ensemble constitue l’État. Ces institutions sont l’exécutif, le législatif, le judiciaire, etc. Aucune de ces institutions ne remplit ses fonctions. On constate que chaque pouvoir, dans son créneau, se trouve en embuscade, une véritable embuscade.

Tout ce qui passe à sa portée est happé et privatisé. Et chaque pouvoir, au lieu de limiter le pouvoir de l’autre et de matérialiser ainsi l’équilibre de l’État, est complice avec son vis-à-vis. Complicité entre l’Exécutif et le Législatif et complicité entre le Judiciaire et les deux premiers. Les potentialités du pays sont prises en otage, par ceux qui devraient les gérer. Au lieu de gérer le pays, ils l’ingèrent. « Glup ! Avalé ! » La nature des malversations qui sévissent à Djibouti est absolument différente de ce que l’on nomme ailleurs, la corruption. Cela s’aggrave de jours en jours, de mois en mois, d’années en années. De telle sorte que le pays ne se développe pas. Ceux qui sont au pouvoir s’enrichissent, le peuple s’appauvrit. Le pays devient de plus en plus pauvre. Alors que le budget est de plus en plus gonflé.

Au commencement du conflit civil, le budget national était d’un peu plus de 25 milliards de francs Djibouti. Avec ces 25 milliards, l’administration fonctionnait et les salaires étaient versés mensuellement. Les pistes étaient entretenues, les services de santé fonctionnaient, les malades hospitalisés étaient nourris, les cantines scolaires fonctionnaient normalement. Maintenant, douze ans plus tard, le budget a presque doublé, il est de 41 milliards de francs Djibouti. L’entretien des pistes est supprimé ; de temps en temps, l’armée française entretient quelques tronçons, mais le gouvernement de Djibouti n’entretient plus les pistes, dans les régions de l’intérieur.

Cette année, le budget pour l’alimentation des malades hospitalisés a été officiellement supprimé. Jusqu’à 2002, ce budget existait, mais il n’était pas consacré à l’alimentation des malades, il était détourné. Les malades qui sont hospitalisés dépendent de personnes extérieures pour leur nourriture ; s’ils n’ont personne, ils n’ont plus qu’à mourir d’inanition. Les cantines scolaires sont fermées. Les salaires sont en retard, les arriérés sont de plusieurs mois. On m’a dit que pour certains, cela pouvait aller jusqu’à huit mois.

Les pensions de retraite ne sont pas payées, non plus. Il y a des retards, là aussi. Et le budget est doublé. Nous sommes en présence d’une situation totalement aberrante. Ce n’est ni un État organisé, ni un État anarchique. Ce sont les institutions embusquées qui s’approprient les potentialités du pays.

Le volet critique d’un rapport du Sénat français

LNA. – Dans un rapport d’information de la commission des Affaires étrangères du Sénat français, qui vient de paraître (1), la gestion des recettes et aides par le gouvernement djiboutien semble brocardée. Je cite trois extraits :

1) « Les élections générales du 10 janvier 2003 ont donc été organisées dans un climat de liberté d’expression jamais connu auparavant, et leurs résultats ont manifesté une nette percée de l’opposition, même si le mode de scrutin (liste majoritaire à un tour) a permis à la majorité sortante de remporter les 65 sièges de l’Assemblée. Cette émergence de l’opposition (37 % des voix dans la ville de Djibouti) traduit sans doute le désarroi d’une population qui ne bénéficie d’aucune retombée des masses financières que le Gouvernement tire de l’activité portuaire et de la présence des troupes étrangères sur son sol. »

2) « De nombreuses aides budgétaires ont également été consenties au profit du territoire, dont 1,8 million d’euros en 2001 et 6 millions d’euros en 2002. Ce soutien constant n’a pas permis, cependant, d’enrayer l’émergence d’une crise des finances publiques, dont la principale manifestation se traduit par un retard constant dans le versement des traitements de la fonction publique. La masse d’arriérés se monte aujourd’hui à environ cinq mois de salaire. »

3) « Ce constat est préoccupant car il témoigne d’un manque de maîtrise des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien. » Avez vous un commentaire à faire sur ces points ?

AD. – Je me permets d’abord une remarque sur la nature très approximative du contenu du rapport, nonobstant le sérieux reconnu de ses auteurs. Il ne pouvait en être autrement lorsque l’on visite quatre pays en 8 jours, jours d’arrivée et de départ inclus. Dans ce cas, les sources disponibles pour se faire une idée sont les personnes et les archives officielles. Il y en a qui sont peu informées, mal informées ou même désinformantes.

Concernant les trois extraits que vous citez :

1) Tant que les élections se déroulaient sous le régime du parti unique, il n’était pas question de liberté d’expression puisque le parti au pouvoir était le seul à avoir droit à la candidature, sur liste unique automatiquement élue. Depuis 1992, la liberté d’expression pendant la campagne électorale a toujours existé mais c’est la transparence et l’honnêteté du scrutin qui continuent de faire totalement défaut, malgré la liberté de la campagne électorale prévalant depuis 12 ans déjà. Le score officiellement reconnu à l’opposition dans la capitale n’est pas de 37%, comme l’écrit le rapport du Sénat, mais bien de 45% (44,97%) après la rétention délibérée par l’administration de toutes les cartes d’électeurs appartenant aux partisans et sympathisants de l’opposition, et la délivrance des cartes multiples et des ordonnances aux partisans et sympathisants du régime. Le vote pour l’opposition traduit sûrement le désir d’une population qui veut se débarrasser d’un régime devenu insupportable, qui l’opprime depuis l’indépendance en 1977.

2) La population n’est pas loin de considérer qu’elle n’est pas le véritable destinataire de l’aide consentie au gouvernement. Et il est donc devenu « normal » de ne pas bénéficier des retombées positives. Il s’agit, comme nous l’avons dit ailleurs (2), d’une coopération « connivence » entre les pays donateurs et le régime djiboutien. Ce n’est pas la « confidentialité » de la dernière convention financière entre la France et Djibouti qui le démentira ; ni le contrat de gestion, lui aussi confidentiel, du Port et de l’Aéroport de Djibouti avec le Port de Dubaï.

3) Au contraire, ce qui est préoccupant, c’est la maîtrise absolue, opaque et irrégulière des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien, sans aucun contrôle.

Fraudes politiques, atteintes aux droits de l’homme, etc.

LNA. – Donc, en janvier 2003, ont eu lieu les premières élections multipartites à Djibouti. Officiellement, la coalition des partis au pouvoir a remporté ces élections législatives. Les partis d’opposition, dont votre parti, l’Alliance Républicaine pour le Développement, ont contesté ces résultats. Qu’en est-il aujourd’hui de vos démarches sur cette question ?

AD. – En participant aux élections, nous avions plusieurs objectifs. Le premier, évidemment, c’était de gagner ces élections. Comme il n’existait pas de précédent où l’opposition avait remporté une élection en République de Djibouti, depuis l’indépendance, nous avions intégré dans nos réflexions, la possibilité de ne pas gagner ces élections. Mais, dans cette hypothèse, nous étions décidés à savoir pourquoi nous ne l’avions pas gagnées. Si c’était le choix des électeurs, il n’y avait rien à dire. Si c’était le résultat de magouilles du pouvoir, nous étions décidés à en apporter la preuve et à suivre la voie légale prévue pour ce cas-là, c’est-à-dire, à aller devant les juridictions compétentes. Malheureusement, les juridictions à Djibouti sont des appellations sans objet. Elles ne désignent pas des juridictions qui disent la Loi et rendent la justice entre les justiciables.

Nous avons participé aux élections. Nous avons eu l’occasion de nous exprimer librement, de tenir nos meetings librement et en paix, malgré le déséquilibre de la couverture médiatique. Lorsque nous avions 5 ou 6 minutes d’antenne à la télévision ou à la radio (en dehors des temps de la campagne officielle), les partis au pouvoir avaient 55 minutes. Malgré cela, nous avons participé à l’élection. Le jour de l’élection, nous avons désigné nos représentants, nos délégués et le pouvoir a désigné les membres des bureaux de vote, c’est-à-dire, le président, le secrétaire et les assesseurs. On nous a refusé la possibilité de désigner des assesseurs. Nous avons protesté contre le fait que les membres des bureaux étaient désignés en fonction de leur appartenance politique et de leur proximité familiale avec les candidats gouvernementaux. Nous avons saisi le Conseil constitutionnel en disant, M. Untel est parent avec le candidat Untel, etc. Bien sûr, le Conseil constitutionnel n’en a pas tenu compte.

Nous avons constaté que dans la plupart des circonscriptions électorales nous avions réellement gagné les élections ou nous aurions pu les gagner. La préparation de ces élections a été unilatérale. Le pouvoir a préparé unilatéralement ces élections qui étaient faussées dès le départ. La liste électorale est fausse. La mission d’observation, désignée par l’Organisation Internationale de la Francophonie, a dit officiellement, dans son communiqué, que la liste était « inadéquate », qu’elle ne correspondait pas au corps électoral tel qu’il existait en janvier 2003. La liste étant fausse, les cartes d’électeur établies à partir de cette liste, sont évidemment fausses. La liste étant fausse, elle n’était donc pas présentable, pas publiable. Non seulement elle n’a pas été publiée, comme le prévoit la Loi, mais sa consultation nous a été interdite. Nous n’avons pas pu vérifier qui était inscrit, qui ne l’était pas, sur cette liste. Pourquoi certains sont inscrits plusieurs fois et d’autres ne le sont pas du tout… Étant donné que la liste était fausse, elle n’a donc pas été publiée. Étant donné que les cartes électorales établies sur la base de cette liste étaient, elles aussi fausses, elles n’ont pas été distribuées.

La rétention de ces cartes a été compensée par le recours massif au vote par ordonnance. Ces ordonnances ont été accordées à des gens qui sont supposés ou qui sont d’évidence des partisans de la liste gouvernementale. En plus de leur inscription normale sur la liste électorale, ils avaient des ordonnances (une, deux, trois…). Ils pouvaient voter dans n’importe quel bureau, puisque le bureau n’était pas indiqué sur leur ordonnance. Et ainsi voter dans plusieurs bureaux.

Dans la moitié des cas, c’est-à-dire pour plus de 82.000 électeurs sur 178.000, les cartes électorales ne comportaient ni la désignation de leur bureau de vote, ni l’adresse. De telle sorte qu’ils ne savaient pas où s’adresser pour retirer leur carte et où se rendre pour voter. Le gouvernement a rendu impossible la rencontre entre l’électeur et sa carte. Ces cartes-là sont restées en possession du gouvernement qui les a utilisées pour le bourrage des urnes. N’importe qui pouvant voter avec n’importe quelle carte dans n’importe quel bureau.

Nous avons apporté les preuves de tout cela devant le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel nous a déboutés, sans se livrer à aucune instruction judiciaire du dossier. Nous avions vraiment préparé le dossier à l’intention du Conseil constitutionnel. Nous lui avions demandé d’examiner les listes d’émargement parce qu’il est obligatoire que chaque fois qu’un électeur a voté, il signe son vote par l’apposition de son pouce gauche. Dans le cas où il y a eu un bourrage d’urnes, il n’y avait pas d’empreintes sur la liste d’émargement. Dans le cas où le bourreur d’urne apposait sa propre empreinte, pour faire croire qu’il y a eu des votes, les empreintes étaient identiques pour tous les électeurs. Nous avions donc demandé au Conseil d’examiner cette liste et il a refusé. Les procès-verbaux des bureaux de vote, en dehors de la ville de Djibouti, étaient tous des faux, dans la mesure où nos délégués ont été empêchés de participer à leur rédaction. Nous l’avons dit également au Conseil constitutionnel et nos délégués l’ont écrit ; le Conseil n’en a tenu aucun compte.

Les élections préparées unilatéralement, truquées le jour du scrutin et avalisées in fine par le Conseil constitutionnel, il n’y a plus de recours désormais à l’intérieur de Djibouti. Mais nous avons d’autres recours extérieurs que nous avons entrepris. Djibouti fait partie d’organisations internationales, telles que par exemple, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui a envoyé des observateurs lors de ces élections. Nous avons donc saisi cette organisation, apportant devant elle, le dossier que nous avions déposé devant notre Conseil Constitutionnel et nous avons demandé à l’OIF de suspendre la section de Djibouti de sa qualité de membre de l’Assemblée Parlementaire Francophone (3).

LNA. – Comment la frustration de la population djiboutienne peut-elle se contenter de ces démarches institutionnelles ?

AD. – Nul n’est absolument maître de l’opinion publique. Surtout lorsque les motifs de mécontentement s’accumulent. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes maîtres de l’opinion et de la réaction populaire. Le gouvernement ne peut pas le dire, non plus, personne ne peut le dire. Surtout lorsque les causes de mécontentement et de révolte sont multiples, permanentes et massives, comme à Djibouti. Mais nous, en tant que partis d’opposition, nous avons fait l’examen de la situation et nous nous sommes dits qu’en agissant pacifiquement, nous serions plus efficaces qu’en prônant l’action violente. Nous avons l’impression que cette situation est un encouragement pour le gouvernement qui se dit que tant qu’il n’y a pas de troubles, que l’opposition est pacifique, rien ne l’oblige à faire des concessions ou des réformes. Mais n’est-ce pas jouer avec le feu ? Parce que l’opposition, comme le gouvernement, peut ne plus maîtriser une situation devenue explosive par un cocktail de misère, matérielle, morale, politique, sociale… Cela peut provoquer une explosion incontrôlée et spontanée.

LNA. – Le multipartisme intégral est officiellement entré en vigueur à Djibouti. Or, récemment on a assisté à des événements qui permettraient d’en douter. Que pensez-vous de l’arrestation de Daher Ahmed Farah, le leader du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), l’un des partis membres de la coalition d’opposition aux dernières législatives ?
AD. – D’abord, gardons aux situations leur juste mesure. Parler d’un multipartisme intégral pour Djibouti, ne serait pas approprié.

Légalement, il n’y a pas de limitation du nombre de partis. Mais, multipartisme intégral signifie que n’importe qui peut former un parti. En réalité, ce n’est pas cela. Il y a beaucoup d’obstacles qui sont pour nombre de gens, insurmontables. D’abord, il y a l’obstacle financier. Pour créer un parti politique à Djibouti, le gouvernement impose le paiement d’une somme qui constitue un véritable racket. Cette somme ne correspond pas aux frais de dossier qui viennent en supplément ; elle ne correspond ni à une taxe, ni à un impôt, ni à la cession d’un service rendu. Quiconque voudrait créer un parti politique, en dehors des conditions territoriales, ethniques, administratives, doit débourser 2 millions de francs Djibouti. Alors, ne peut créer un parti politique à Djibouti qu’un riche commerçant, un voleur impuni ou bien un héritier fortuné.

LNA. – Il y aurait des voleurs impunis à Djibouti ?
AD. – [Rires] On dit qu’il y en a…

Partout ailleurs, on peut créer un parti politique par simple déclaration. Il suffit de présenter un extrait de casier judiciaire vierge, une attestation de bonne moralité et une liste de gens qui sont d’accord sur un statut. À Djibouti, il faut trouver de l’argent et fournir un tas de papiers qu’il faut timbrer, donc payer encore des timbres fiscaux, etc. Le multipartisme est donc intégral, dans le sens où le nombre de partis n’est pas limité, mais les conditions imposées le rendent presque impossible. Et puis on a l’impression que c’est un multipartisme toléré, simplement toléré, que c’est le fait du prince qui est appliqué en la matière.
L’arrestation du président Daher Ahmed Farah l’atteste bien. Lorsqu’on peut prendre le président d’un parti politique et le jeter en prison, comme un voleur. Alors qu’il n’a pas menacé l’ordre public, qu’il n’a ni agressé, ni volé, ni commis aucun délit… Il n’a fait que signer un article qui correspond à la vérité, à la réalité !

LNA. – Ce qu’il a dit dans cet article est vrai ?
AD. – C’est vrai ! Refuser que l’on dise à la police d’arrêter M. « X » et dire au procureur de mettre le « X » en question en prison, c’est tout. Et après le juge « Y » va le condamner. Ce qui est dit par le rapport du Département d’État américain correspond à la réalité.

LNA. – Rappelons que le Département d’État américain a soulevé plusieurs manquements graves au respect des droits de l’homme à Djibouti, comme l’absence d’indépendance de la justice, le harcèlement des membres de l’opposition, le non-respect de la liberté d’expression.

AD. – Tout cela est attesté et illustré par l’emprisonnement de Daher qui est maintenant en prison depuis plusieurs semaines, depuis le 20 avril.

Des présences militaires

LNA. – Voice of America a parlé de l’emprisonnement de Daher Ahmed Farah. La radio américaine a donné plusieurs fois la parole au représentant « Afrique » de Reporters sans frontières (RSF), qui a dénoncé l’arrestation injustifiée de «DAF» et les saisies de matériel du journal. Cette radio, qui fut en son temps accueillie très favorablement par le pouvoir, se retournerait-elle contre lui ?

AD. – Elle ne se retourne pas contre lui, elle se retourne contre ses agissements. Nous avons, en ce moment, à Djibouti, plusieurs présences militaires de pays démocratiques. L’armée française est toujours là ; les militaires américains, les Allemands… Ils considèrent Djibouti comme un pays allié et, à partir de là, ils surveillent le terrorisme international.

LNA. – Avez-vous remarqué, cette tendance américaine actuelle, à voir du terrorisme dans les pays où les intérêts US ne sont pas implantés mais sur lesquels ils ont des visées… Quand ils sont bien implantés, le terrorisme disparaît comme par enchantement.

AD. – À Djibouti, le problème est un peu différent. Les Américains ne peuvent pas, sans perdre leur crédibilité, ne pas remarquer ce qui se passe à Djibouti, en y étant présents. (Mais ont-ils besoin de crédibilité auprès des Djiboutiens, je ne sais pas…). Ayant remarqué ce qui se passe d’anormal, ils ne peuvent pas ne pas en parler. En parler à Djibouti, c’est dans l’intérêt de Djibouti, mais dans l’intérêt de leur présence également. Si Djibouti devenait, à force d’oppression, comme la Somalie, il leur serait difficile d’y être en paix, tranquillement. Ou bien, ils seraient contraints de participer à la répression avec le pouvoir, ce qui ne serait pas très indiqué, ou bien ils partiraient.

Djibouti n’a pas été choisi au hasard. Il réunit plusieurs conditions. D’abord, sa situation géographique et la nature géophysique du pays. Il y a la mer pour l’entraînement naval ; le désert, les montagnes, les plaines, toutes sortes de terrains d’entraînement pour toutes sortes d’armes, y compris des bombardements aériens avec des bombes réelles.

C’est un pays peu peuplé. Ensuite, il y a les conditions météorologiques. Ils peuvent s’y entraîner 365 jours par an. Et enfin, de par sa situation géographique, Djibouti est à proximité des zones sensibles. Djibouti a été choisi pour tous ces avantages qui n’existent pas ailleurs.

Si les agissements du pouvoir djiboutien précarisent cette situation, par des troubles politiques, économiques, sociaux, ils ont intérêt à ne pas se taire.

LNA. – Précisément, si on se réfère à la position stratégique de Djibouti qui intéresse les Français depuis tout temps mais qui intéresse aussi maintenant, vivement, les Américains, et peut-être d’autres, croyez-vous que ces puissances pourraient accepter le principe d’une alternance démocratique à Djibouti ?

ADA. – Je crois que oui. L’alternance démocratique ne modifierait aucun des paramètres, en vertu desquels Djibouti a été choisi pour le stationnement des troupes militaires étrangères. En revanche, l’alternance démocratique modifierait la gestion des affaires publiques à Djibouti. Au lieu que Djibouti soit une propriété privée pour un clan politique – je ne dis pas clan ethnique, puisque parmi ceux qui sont embusqués au pouvoir maintenant, il y a des gens issus de toutes les ethnies – le pays serait géré par des représentants de la population djiboutienne, dans l’intérêt et pour le bien de celle-ci, conformément aux règles normales de transparence.

LNA. – Le pouvoir aura au moins réussi cela, l’unification ethnique.

AD. – Oui, il y a une unité ethnique dans l’opposition et aussi une unité ethnique dans la prédation… Si l’alternance avait lieu un jour, elle ne serait pas contre la présence française ou autre, tant que cette présence ne serait pas contraire aux intérêts nationaux de Djibouti.

LNA. – C’est votre analyse, mais pensez-vous réellement que les puissances étrangères présentes à Djibouti, perçoivent les choses de la même manière ?

AD. – Croyez-vous qu’ils soient moins intelligents que moi ? [Rires.]

LNA. – Leurs intérêts ne sont peut-être pas les vôtres…

AD. – À Djibouti, si, leurs intérêts sont ceux que je viens de développer. À Djibouti, les Américains sont encore un peu novices. Étant donné qu’ils se considèrent en guerre, en guerre contre des inconnus, ils nous considèrent tous comme suspects. Ils se méfient. Parfois, ils gênent notre navigation maritime entre Tadjourah, Djibouti, Obock. D’autres fois, ils gênent notre circulation terrestre dans la plaine nord, entre Moulhoulé et Obock. Parfois, ils gênent nos nomades, la nuit, avec leurs hélicoptères en se livrant à des exercices nocturnes de parachutage de leurs commandos… Ils nous gênent, pour l’instant.

LNA. – Plus que les Français ?

AD. – Les Français ne nous gênent pas. D’abord, ils ne se considèrent pas en guerre. Ils ne se livrent pas à de multiples exercices. Ils ne se méfient pas de tout le monde, puisqu’ils sont là depuis longtemps et qu’ils connaissent les gens. Les Américains disent qu’ils sont en guerre contre des inconnus et comme nous sommes des inconnus, ils nous considèrent comme suspects. Ils se méfient de nous, tout en étant chez nous. Mais ce n’est pas spécifiquement dirigé contre nous. À la longue, s’ils n’en tirent aucun enseignement, cela pourrait devenir dirigé contre nous et se retourner contre eux.

Moyens d’expression de l’opposition et nouvel emprisonnement de «DAF»

LNA. – Revenons à l’opposition. Quels sont les moyens d’expression de l’opposition djiboutienne aujourd’hui?

AD. – Théoriquement, tout ce qui est légal et pacifique est à notre portée, comme moyen d’expression. Concrètement, les médias appartiennent à l’État et il y a une confusion, un amalgame entre le parti au pouvoir et l’État, donc la radio, la télévision, la presse écrite (la Nation), sont à la disposition des partis au pouvoir et non pas à la portée des partis de l’opposition. Nous n’y bénéficions même pas du droit de réponse légal. En dehors de cela, tout ce que les partis d’opposition peuvent avoir comme moyens d’expression sont autorisés. Les meetings pour informer nos adhérents et sympathisants ; nos propres journaux…

LNA. – Oui, théoriquement vous avez accès à tout cela. Mais, objectivement, quand on voit qu’un des leaders de l’opposition est emprisonné au secret parce qu’il a écrit un article qui n’a pas plu… Et dans la mesure où vous n’avez pas accès aux grands médias audiovisuels, comment faites-vous pour vous faire entendre à Djibouti?

AD. – C’est limité, mais nous avons occupé notre créneau et utilisé les moyens dont nous disposions, jusqu’à présent. L’emprisonnement de Daher n’a rien à voir avec l’article qu’il a publié, cela est un prétexte. Daher gêne politiquement le pouvoir.

LNA. – Pourquoi, n’êtes-vous pas en prison vous aussi?

AD. – Je ne suis pas aussi actif que Daher. De par mon âge, je suis moins actif que lui. Il est le benjamin de l’opposition. Il est plus énergique. Circulant plus que nous, voyageant plus que nous, il a plus d’informations et il publie ces informations. Bien que ces informations ne soient pas fausses, leur publication gêne le pouvoir et pour le faire taire, on l’arrête. Il parle de quantités de choses : manque d’eau, d’électricité, de soins, brimades contre certains fonctionnaires, brimades contre des villages…

Il parle de la vie quotidienne des gens, des lacunes ou des malveillances du pouvoir… Il gêne beaucoup plus que moi. Étant donné que le pouvoir ne connaît pas de limites à son pouvoir, il ordonne qu’on l’arrête, qu’on l’emprisonne et qu’on le condamne.

LNA. – Vous venez de dire : « DAF gêne plus que moi. » Pouvez-vous développer ?

AD. – Oui, je viens de vous dire qu’il est plus jeune, plus actif, qu’il s’informe plus, il publie plus de détails sur la vie quotidienne des Djiboutiens, il organise plus de réunions. C’est de cette façon qu’il gêne.

LNA. – Sur le plan de l’approche politique, qu’est-ce qui vous différencie ?

AD. – Il n’y a pas de différence. Il est partisan de la gestion publique et honnête de la chose publique, moi également. Il est partisan du développement du pays, c’est mon cas aussi. Il souhaite l’unité nationale, nous sommes tous d’accord là-dessus.

LNA. – Ce que je voulais dire, c’est plutôt sur la façon d’appréhender l’action politique. Quelles sont les caractéristiques des deux styles politiques ?
AD. – Je ne vois pas de différences.

Au prétexte d’une menace tribaliste

LNA. – Le gouvernement évoque régulièrement le risque de tribalisation de la société djiboutienne. Dans un article de la Nation, je viens de lire que le pouvoir refuse d’accorder des licences pour la création de radios privées à Djibouti, affirmant qu’elles seraient utilisées pour renforcer les sentiments tribaux. Il cite l’exemple de la radio des Milles collines au Rwanda.

AD. – C’est de la foutaise. Souvenez-vous, après les indépendances, en Afrique, dans les années soixante, partout, y compris chez nous, on a justifié la mise en place ou le choix du parti unique, par la prévention contre les risques de tribalisme. Pour éviter la création, la mise en place de partis ethniques, on a voulu créer l’unité nationale détribalisée, en mettant tout le monde dans le melting-pot du parti unique. La justification du système du parti unique était de combattre les risques de la tribalisation. On connaît la suite…

Il a fallu trouver une direction à ce parti unique. Généralement c’était le président ou le chef du gouvernement. Et étant donné qu’il était né dans une tribu, le parti devenait sa chose à lui et, à travers lui, la propriété sa tribu. C’est ainsi que ce système de parti unique a constitué le soubassement même du tribalisme, du système tribal, de l’administration tribale.

Alors, refuser la liberté d’expression – puisque la création d’une radio privée est une contribution à la liberté d’expression– sur cette base, est absurde. Actuellement, à Djibouti, la radio nationale appartient au régime et le régime est dirigé par quelqu’un qui est né dans une tribu. Et au sein de son régime, on retrouve de préférence des gens issus de sa tribu et la direction de la radio ou du journal sont exercés aussi par des membres de la tribu du président.

LNA. – Vous disiez précédemment que le pouvoir avait réussi à mélanger les origines ethniques au sein du gouvernement. Cela ne joue pas sur les médias ?

AD. – Non, cela ne joue pas sur les médias, parce que ces médias jouent le rôle de porte-parole du pouvoir. Et à cette place de porte-parole, le président ne veut que les siens et les plus proches des siens. Bien sûr, il y a quelques postes subalternes occupés par des gens issus d’autres ethnies, mais pas dans les plus hautes fonctions; quand ils y sont c’est « pour la galerie », comme l’est l’actuel Ministre de la Communication.

LNA. – On m’a dit qu’il y avait eu récemment des « appels du pied » de la Première Dame de Djibouti vers Ahmed Dini, est-ce vrai ?

AD. – Je ne pense pas que ce soit possible. Je ne pense pas que Ismaël Omar se serve de sa femme pour lui faire faire à sa place ce qui est de son ressort à lui. Je ne le pense pas.

LNA. – Donc, selon vous, le fait est faux. Et s’il est possible, ce serait une initiative personnelle de la Première Dame.

AD. – Je ne crois pas qu’elle puisse prendre d’initiative politique. Je connais cette femme depuis qu’elle était petite. J’étais ami avec son père. On travaillait ensemble à la direction des services d’hygiène. Et quand il allait la chercher à l’école des filles, nous étions toujours ensemble. Si elle veut me dire bonjour, je ne la fuirai pas, mais je ne pense pas que son mari l’envoie pour me tester, me recruter, ou je ne sais quoi d’autre. Je ne le pense pas.

LNA. – Il se dit qu’un cousin proche d’Ismaël Omar Guelleh aurait été égorgé à Balbala. Avez-vous des informations à ce sujet ?

AD. – Je ne connais pas son degré de parenté avec Ismaël Omar Guelleh. Mais je sais, par contre, qu’il est membre de la tribu d’Ismaël Omar, c’est un Mamassan. Et qu’il a été égorgé par un Issa fourbala, de la même tribu que Daher Ahmed Farah. Alors, est-ce que la rixe qui a abouti à ce crime est d’origine politique ou personnelle, je l’ignore. Même si ce n’est pas directement politique, dans un climat d’agitation et de ras-le-bol, il se peut que le Mamassan soit allé faire de la provocation à l’égard de l’autre homme et que cela ait dégénéré.

Implications djiboutiennes des Pays du Golfe et relations régionales

LNA. – Autre chose, comment analysez-vous le rôle à Djibouti des pays du Golfe ? Leur attitude a-t-elle évolué depuis l’intervention américaine en Iraq ?
AD. – Les pays du Golfe ont un triple rôle de soutien économique, technique et culturel à Djibouti. Le rôle économique essentiel est joué par l’Arabie Saoudite, qui finance divers projets d’infrastructures et d’équipements, notamment la route Fahd qui relie la Capitale Djibouti à Tadjourah. L’Arabie Saoudite a aussi un rôle de soutien à la mise en place d’un certain nombre d’écoles primaires de langue arabe et à la gestion d’instituts d’enseignement secondaire. Dubaï a un rôle de soutien technique à Djibouti, puisque le port de Dubaï gère le port et l’aéroport de Djibouti. Quant à l’attitude des pays du Golfe, depuis l’intervention américaine en Iraq, le temps écoulé est trop court pour qu’on puisse mesurer l’évolution de leur attitude envers Djibouti, depuis cet événement.

LNA. – Concernant les relations régionales, on relève toujours des conflits d’intérêts ; par exemple, dans le règlement de la crise somalienne. On a parfois l’impression que les pays de l’Igad, dont Djibouti, ne sont pas pressés de voir aboutir les négociations au Kenya.

AD. – La crise somalienne est fondamentalement somalienne, même si ses rapports avec d’autres pays de la région l’ont aggravée ou compliquée, par des interférences croisées d’intérêts divergents. Les pays de l’Igad ont chacun leurs propres problèmes et leurs crises récurrentes de différente nature, politique, économique, ethnique, sécuritaire, dont la résolution ne dépend, en réalité, ni de la poursuite, ni de la fin de la crise somalienne. N’ayant pas été en mesure de solutionner les problèmes domestiques qui les concernent chacun chez eux, on peut supposer qu’ils ne soient pas détenteurs de la solution de la crise somalienne. Le jour où les Somaliens se mettront d’accord entre eux pour mettre en place une solution à leur problème, personne ne les empêchera et tout le monde voudra les y aider pour avoir de bons rapports avec la Somalie.

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(1) « La corne de l’Afrique, nouvel enjeu stratégique », rapport d’information n° 200 (2002-2003) du 5 mars 2003, Commission des affaires étrangères du Sénat français, par MM. André DULAIT, André BOYER, Didier BOULAUD, Mmes Paulette BRISEPIERRE, Hélène LUC, M. Louis MOINARD, commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées.

(2) Monsieur Dini se réfère à un précédent entretien avec Les nouvelles d’Addis, le 18 juin 2002, où il avait notamment déclaré : « Peut-être que je vous surprendrai en disant qu’il n’y a pas qu’une seule coopération française avec l’Afrique. Après avoir longuement observé cette coopération, j’ai cru déceler qu’il y en a trois sortes. Il y a la « coopération continuité », il y a la « coopération connivence » et il y a la « coopération rupture ». La première signifie que la France continue à faire doucement avec les États indépendants ce qu’elle faisait fortement quand elle avait la souveraineté directe sur ces pays : financer un petit peu l’éducation nationale, la médecine et quelques autres domaines scientifiques ou techniques. C’est la coopération continuité, pour laquelle le financement de la France consiste généralement à envoyer des techniciens, des enseignants, des ingénieurs…

La coopération connivence c’est le soutien aux dictateurs, qui ne tient pas compte des besoins des pays, mais où, de temps en temps, on donne un ballon d’oxygène à la dictature ; pour qu’elle ne tombe pas, qu’elle ne se dissolve pas dans la misère, sa tête est maintenue hors de l’eau lui permettant de se maintenir à la tête du pays. Et la coopération rupture, c’est celle qui correspond aux besoins du pays, qui met en place des infrastructures, qui crée des ressources pour qu’un jour le pays puisse se prendre lui-même en main pour subvenir à ses besoins. Jusqu’à présent, chez nous, nous avons connu les deux premières formes de coopération, la coopération continuité et la coopération connivence. Nous considèrerons qu’il y aura un changement de coopération si la France ouvre la porte à la coopération rupture. C’est-à-dire à la création d’infrastructures, à l’aménagement du territoire, à la création de richesses pour qu’un jour le pays subvienne à ses propres besoins.»

(3) Le dossier a été déposé à l’adresse de M. le sénateur Jacques Legendre, secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) et de Mme Monique Pauti, secrétaire générale de l’Association des cours constitutionnelles partageant l’usage du français (ACCPUF), Paris, 28 avril 2003. Cet opuscule de 88 pages, présenté par Ahmed Dini Ahmed au nom de l’opposition djiboutienne, comprend la lettre au sénateur Legendre et à Mme Pauti plus 20 documents en annexes.

[Paris, 12 mai 2003]

 

 


 

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