Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

 

Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (5)
  4. Bonne gouvernance : posture ou imposture ?
  5. Communiqués de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 50

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

GOULAG PAR CONTUMACE POUR ALHOUMEKANI : L’ARBRE VEUT CACHER LA FÔRET

 

Le propre d’un régime impopulaire, c’est d’imposer aux citoyens ses propres préoccupations, corporatistes pourrait-on dire, souvent bien loin des difficultés quotidiennes du commun des mortels. Le moteur a beau tourner à plein régime, une voiture n’avance pas si sa boîte de vitesse est au point mort. Le matraquage médiatique à propos du procès en diffamation du dénommé Alhoumékani illustre parfaitement cette déconnexion entre citoyens et dirigeants. Accessoirement, ce procès est celui d’un autre procès au sujet duquel, parce que l’affaire est justement en instruction, nous n’avons jamais rien écrit, et n’écrirons encore rien aujourd’hui. Mais ce procès est en vérité un écran mis en scène pour occulter les véritables problèmes politiques auxquels il nous est bien difficile de ne pas le rattacher.

 

Nous n’évoquons qu’incidemment un aspect loufoque de l’argumentaire déployé par la partie civile pour diaboliser l’accusé : il n’a malheureusement pas le privilège d’avoir émis des chèques sans provision. Rappelons en effet qu’après sa réhabilitation, le député Moussa Ahmed Idriss a été lui aussi victime d’une telle indélicatesse commise par l’Assemblée Nationale qui, en guise d’indemnités, a trouvé normal de lui expédier un chèque en bois, pour lequel le Trésor ne lui jusqu’à présent rien versé.

 

En fait, le problème est à deux niveaux.

 

En premier lieu, ce n’est pas souvent que la télévision est invitée à couvrir dans son intégralité le déroulement d’un procès : le privilège médiatique accordé à ce qui n’est officiellement qu’une affaire de diffamation, ne peut nous faire oublier les conditions de « discrétion », pour ne pas parler d’illégalité, qui entourent l’emprisonnement du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, lui aussi accusé d’avoir diffamé. La « transparence » du procès par contumace du sieur Alhoumékani, essentiellement à usage externe (puisque, de toute évidence, l’objet de la diffamation ne constitue pas une préoccupation à Djibouti, ni pour le Peuple, ni pour l’opposition) contraste donc singulièrement avec l’opacité généralisée dans la gestion des affaires politiques. Dans ce souci de transparence de la Justice, et après les prestations remarquées des chefs de la Sécurité et de la Gendarmerie au procès par contumace de M. Mohamed Saleh Alhoumékani, aurons-nous également droit à la retransmission télévisée à travers le magazine « Gros Plan » du procès DAF-Zakaria ? La majorité de nos concitoyens assommés par le matraquage médiatique du procès de l’ « affabulateur » saura gré à qui de droit de l’informer du dossier d’un combattant de la démocratie qu’elle souhaiterait voir libéré : DAF.

 

En second lieu, une telle focalisation sur la mort d’un juge français (même si le journaliste de la RTD se croit obligé de parler d’un « suicide volontaire »), ne peut que légitimement nous inciter à demander des réparations, au moins symboliques, pour les centaines de victimes civiles assassinées par des éléments des forces djiboutiennes de défense et de sécurité. Surtout lorsque l’on se souvient que certaines de ces victimes sans défense ont été sauvagement torturées puis exécutées dans le district d’Obock au lendemain de l’élection présidentielle de 1999. Pas plus que d’autres, nous n’avons entendu parler d’une quelconque enquête diligentée par les galonnés que DAF aurait aujourd’hui diffamés, ni a fortiori par le Chef suprême des Armées, que tel exilé aurait lui aussi diffamé.

 

A travers ce procès, c’est donc cette puérilité du régime qui nous préoccupe : à quelques jours du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est toujours la même fuite en avant qui semble prévaloir. Parce qu’il s’agit d’un crime de lèse-majesté, diffamer est donc plus grave que massacrer à Djibouti.

 

Chaque époque vit avec ses mythologies judiciaires : accusés de sorcellerie, cochons, chiens ou animaux de basse-cour comparaissaient au Moyen-Age devant le tribunal des humains. Faute d’avocat peut-être, ils étaient souvent condamnés.

 

Les procédures et les croyances ayant évolué depuis, les régimes autoritaires trouvent moins inhumains de vouer au Goulag toute conscience réfractaire . Il est vrai que le froid conserve.

 

 


Brèves nationales

 

Hystérie répressive :

 

qui est en charge du dossier DAF ?

 

Alors que notre confrère entame sa troisième semaine de détention dans des conditions inhumaines, le régime continue ses persécutions à son encontre : perquisitions et confiscations illégales. Ce qui ne semblait au départ qu’une intolérable atteinte à la liberté de la presse est devenue, au fil des jours, une affaire politique impliquant tout l’appareil d’Etat et ses instruments de répression.

Les violations du domicile privé de notre ami DAF et du siège de son parti légalisé constituent autant de gestes de défi à l’opposition nationale, dont l’attitude responsable et unitaire déstabilisent le pouvoir aux abois. Soucieuse de ne pas prêter le flanc aux multiples provocations, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) a publié le 30 avril dernier le communiqué dont la teneur suit :

« Très tôt ce matin, la police judiciaire a investi, sans mandat de perquisition, le siège du parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement –M.R.D où elle a interpellé deux membres du parti et emporté un ensemble de matériels sono et de nombreuses cassettes audio. Au même moment, un autre contingent de la police prenait la résidence du Président Daher Ahmed Farah, toujours incarcéré à la prison de Gabode, ou elle a saisi, en toute illégalité, 7 machines à écrire, toutes les archives du journal le Renouveau Djiboutien, trois tampons du parti, un ordinateur et divers accessoires des machines à photocopier.

L’Union pour l’Alternance Démocratique –U.A.D qui considère les agissements du pouvoir comme une grave provocation :

– Réitère l’exigence de la libération immédiate et inconditionnelle du Président de M.R.D, M. Daher Ahmed Farah,

– Exige l’arrêt immédiat de telles procédés arbitraires, qui risquent de créer une situation incontrôlable,

Réclame le retour immédiat des matériels confisqués,

-Demande au Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme une réponse explicative de tels faits,

– Enfin, informe la communauté nationale et internationale sur le non-respect des Droits l’Homme en République de Djibouti. »

L’UAD suit cette affaire avec préoccupation et demande à toute la population de garder son calme pour contrer les manoeuvres de division d’un régime plus condamné que jamais.

Réinsertion :

les démobilisés du FRUD crient leur désespoir

Dans un long courrier qu’ils nous a fait parvenir cette semaine, le secrétaire général de l’Association des Démobilisés du FRUD (ACDF) dénonce la misérable conditions des ex-combattants neuf ans après l’Accord d’Aba’a et malgré le pacte d’alliance avec le RPP. Après avoir rappelé les multiples promesses non tenues par les autorités politiques, il proteste et s’indigne de la différence de traitement entre les démobilisés gouvernementaux et les ex-rebelles du FRUD.

Bien qu’alliés du gouvernement, les dirigeants du FRUD affirme-t-il, n’ont rien fait pour soulager la détresse de leurs camarades oubliés de la réinsertion sociale et condamnés à la misère sociale. C’est l’une des raisons, conclut-il, qui a poussé nombre de ces ex-combattants du FRUD à rejoindre les rangs de l’ARD (UAD) dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits bafoués à une juste réinsertion.

Rappelons que l’Association des Démobilisés du FRUD-armé (ADFA), qui compte 774 membres, reste quant à elle victime de la non-application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qui prévoyait justement une véritable réinsertion sociale pour ses combattants, dont certains totalisent une décennie d’engagement sur le terrain.

Promotion des droits de l’homme :

la philosophie de l’esbroufe s’exporte-t-elle ?

Le journal gouvernemental « La Nation », spécialisée dans l’agenda gouvernemental, n’a décidément rien à se mettre sous la dent en cherchant désespérément à crédibiliser la mauvaise gouvernance.

Ainsi, dans son édition de lundi dernier, le lecteur a droit à un exposé pompeux sur l’Etat de droit et les droits de l’homme à Djibouti.

Sur une pleine page, on peut y lire un long et indigeste discours prononcé à Brazzaville par le ministre-philosophe, au cours d’une conférence « des structures gouvernementales des droits de l’homme dans l’espace francophone ». Brazzaville, capitale du Congo est, soit dit en passant, un haut lieu de la paix et de la démocratie en Afrique.

Les droits de l’homme étant par nature indissociables d’une justice indépendante, nous aurions aimé, après son discours de Brazzaville, connaître la position de notre Garde des Sceaux, chargé des droits de l’homme, sur les persécutions dont sont victimes le Président d’un parti politique légalisé et son organe de presse.

Dans un pays où des clones « syndicalistes» continuent d’être présentés comme des représentants légitimes des travailleurs, de quel pluralisme se réclame un régime étouffant l’émergence d’une véritable société civile indépendante ?

Si le régime djiboutien se dit « fermement engagé à lutter en faveur des droits de l’homme », c’est la preuve qu’ils ne sont toujours pas respectés.

La Lutte continue donc !

Tadjourah :

le retour de l’enfant terrible ?

Mais de quelle nouvelle campagne électorale est encore chargée l’ancienne tête de liste de la mouvance présidentielle, dont les menées dilettantes ont été sanctionnées lors des dernières législatives? Toujours est-il, notre fringant Premier ministre a débarqué timidement jeudi dernier à l’escale de Tadjourah, accompagné des membres de sa « mouvance » et sans les «parlementaires mal élus» de la circonscription de Tadjourah. Ce qui aurait mécontenté certains intrépides qui, par manque de légitimité, auraient bien voulu débarquer dans ses valises.

Ayant pris soin quand même de dépêcher à l’avance et par route un petit comité d’accueil présent ce jour-là à l’arrivée, c’est donc entouré de quelques supporters maison qu’il a fait son entrée non remarquée dans la Ville Blanche.

Avec une certaine appréhension tout de même, car les rabatteurs spécialistes en fausses promesses envoyés sur place quelques jours auparavant n’avaient accompli qu’un maigre travail de sensibilisation.

Parcourant volontiers plusieurs dizaines de mètres à pied à la façon UMP, l’enfant du pays a pu constater l’état de prospérité de sa ville et de ses habitants, surtout depuis l’instauration de l’ère nouvelle qui a vu le renforcement de la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté, chères au Chef de l’Etat.

Ce week-end de travail prévu de longue date et sans cesse repoussé, se voulait avant tout une « reprise de contact » avec la Ville Blanche et sa Jeunesse frondeuse, dans l’espoir de se constituer une petite clientèle locale. Peine perdue !

Dans ses bagages, le chef de file de la « nouvelle génération aux affaires publiques » était censé rapporter quelques propositions alléchantes et beaucoup de promesses réalisables d’ici 2005 et surtout après cette date.

Selon les quelques jeunes triés sur le volet ayant eu l’insigne honneur de l’approcher et de l’écouter, son monologue avait trait au développement régional et comportait deux volets importants : le développement du district de Tadjourah et la promotion de sa jeunesse. Aussi, se serait-il engagé, une fois n’est pas coutume, à réaliser le programme suivant :

– encourager les jeunes chômeurs à créer leur propre entreprise, moyennant une aide financière remboursable de l’Etat de l’ordre de un à 1,5 million FD ;

– régulariser la situation professionnelle des bénévoles employés dans le secteur public ;

– rouvrir prochainement la frontière avec l’Ethiopie au niveau du poste de Bouya (fermé pour des raisons inexpliquées depuis six mois, pénalisant les transporteurs routiers) ;

– renflouer les caisses du Conseil Régional pour un montant de 50 millions FD à partir d’un financement déjà obtenu des Américains ;

– bitumer le tronçon Soudda de l’axe routier Randa-Dorra ;

– recruter des cantonniers (coolies) pour l’entretien des pistes rurales dangereuses ;

– ouvrir un centre d’enseignement professionnel à Tadjourah ;

– construire des logements sociaux dans ce district ;

– favoriser l’accès des entrepreneurs locaux aux futurs marchés publics, etc.etc

Vaste programme donc !

Bien sûr, nous avons volontairement laissé de côté d’autres promesses, démagogiques ou de circonstance, comme nous tairons les questions sensibles posées au Premier ministre et qui n’ont pas obtenu de réponse.

En fin de séance, il été décidé de créer une « commission de suivi » devant se réunir tous les deux mois et forcément composée des membres de sa « mouvance ».

Rendez-vous aurait donc été pris dans deux mois pour « récolter les premiers fruits », selon ses propres termes.

On le voit, notre leader national a des idées plein la tête mais peu de moyens politiques et financiers. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent bien y croire, concédons-lui tout de même qu’un nouveau sentiment volontariste semble l’animer.

Et si jusqu’à présent il n’avait pas réussi à prendre à bras le corps la destinée de son Peuple, c’est qu’il devait sûrement être occupé à « la gestion de vraie problématique ».

Bien qu’étant victimes de son surmenage, en notre qualité de partie cosignataire d’un Accord de Paix violé par son Exécutif, nous compatissons sincèrement, car on nous demande sans cesse d’oublier le passé.

Tant qu’on ne nous demande pas d’oublier l’avenir…

 


 

Le mensonge permanent (5)

5ème partie : Les Dépenses publiques contre le peuple

 

L’étude des dépenses de l’Etat, la semaine passée, démontrait l’incohérence du Budget dans sa répartition entre les différents ministères. Que les bénéficiaires des accroissements budgétaires n’étaient pas les secteurs sociaux, tel que le soutient le gouvernement, mais plutôt les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Que les augmentations des dépenses publiques appelaient des relèvements des impôts qui, loin de couvrir ces besoins, engendrent des déficits budgétaires qui doivent être comblés par des emprunts. C’est justement sur ces dysfonctionnements de la politique économique de l’Etat que porte le présent numéro.


L’accroissement d’année en année des dépenses publiques ne se justifiait nullement par une quelconque amélioration des conditions de vie des citoyens du pays. Bien au contraire, la sécurité du système politique en place reste le souci majeur du gouvernement qui octroie une enveloppe budgétaire de plus de 9 milliards fd soit plus de 37% des dépenses de fonctionnement et d’équipement de l’Etat, aux seuls ministères de l’Intérieur et de la Défense. La largesse de ces dépenses fort élevées s’opère au détriment des ménages les plus faibles matériellement.

Cet état de fait peut encore être mieux apprécié lorsque l’on approche la classification des ministères en fonction de la part du budget allouée. La Santé, secteur social clé, vient seulement en 5ème position après la Défense, l’Intérieur et le ministère des Finances et de l’Economie. Bien entendu l’Education vient en premier pour la simple raison que ses dotations proviennent essentiellement des dons et aides des pays amis ou des institutions internationales. D’autres ministères du ressort du Social, notamment celui de l’Emploi et de la Solidarité, celui de l’Agriculture et l’Elevage comme celui de la Jeunesse et Sports, pour ne citer que ceux-là, totalisent moins de 7% du Budget.

Cette situation n’est pas sans risque. La confrontation des ressources (propres ou pas) et des emplois résumée dans le tableau ci-dessous pourra éclairer les lecteurs sur la bonne ou mauvaise utilisation des deniers publics. Ces derniers étant toujours orientés au détriment des plus faibles revenus.

Mais, en avant-propos rappelons que la croissance des dépenses publiques bénéficie essentiellement à des secteurs qui ne contribuent pas, a fortiori, à un rehaussement du Revenu global et, naturellement, de la Consommation globale. Par contre, cette gestion des derniers publics entraîne une perversion de la politique économique du pays dont la Dette, subordonnée aux dépenses exorbitantes de la Sécurité entre autres, devient un fardeau désormais insupportable pour les contribuables.

L’analyse des données budgétaires de 2001, 2002 et 2003 confirme, on ne peut être plus clair, que le montant absolu des impôts est fixé sur la base des dépenses programmées, politique dirigiste oblige, et non sur celle du Revenu global. Ces dépenses reposent sur une politique qui a pour effet de prélever une partie des revenus de certaines catégories sociales pour les redistribuer à d’autres groupes, dont la propension marginale à consommer est très faible jusqu’à atténuer la Consommation globale de l’ensemble de la communauté nationale. Ces ponctions par l’impôt sur les traitements et salaires des ménages faiblement rémunérés, pèsent sur le revenu national qui se trouve renforcé d’année en année pour toujours grossir encore le rang des pauvres. Rappelons à toutes fins utiles que l’Impôt sur les traitements et salaires intervient à hauteur de 4,7 milliards fd, soit 45% des Impôts directs et 19% des ressources propres de l’Etat dans le Budget de l’exercice en cours.

Malgré cette évidence dramatique, puisque paupérisant les masses laborieuses, le gouvernement, depuis des années, n’a pas voulu remédier à cette situation de détresse nationale par l’application d’une thérapie économique fiable. Pourtant, chose encore plus choquante, il reconnaît dans sa synthèse issue du séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale, en février 2002, soit un peu plus d’un an, ce qui suit :

– l’appauvrissement intolérable de la population dont 45% sont pauvres et 10% incapables de se procurer la ration calorique minimale ;

– le chômage endémique qui frappe 52,5% des hommes et 66,5% des femmes ;

– la détérioration des capacités de gestion de l’Etat, le plus important agent économique, d’où l’accroissement de la crise dans l’ensemble du système économique et social, conséquence de l’absence du sens des responsabilités du pouvoir politique miné par le favoritisme, le clientélisme, la corruption à grandes échelles, le tribalisme, etc… ;

– les ressources fiscales de l’exercice 2000 qui fléchissent de plus de 3,4 milliards fd et les droits indirects en diminution de près de 2 milliards fd ;

– le niveau des dépenses publiques très préoccupant, conduisant à une situation de délabrement des services de l’Etat ;

– l’importance des effectifs et les ponctions fiscales qui ont généré une baisse de 60% à 70% du niveau de vie des agents de l’Etat ;

– enfin, la ruine des caisses de retraite et l’accumulation des arriérés des salaires des fonctionnaires.

Cette situation, née de la politique tant économique que sociale du gouvernement, est la conséquence de l’accroissement de la pauvreté frappant principalement les couches les plus vulnérables de la population nationale. Néanmoins, ces constats amers démontrent l’échec de la politique gouvernementale, qui navigue entre des «scénarios souhaitables » pour sortir de cette impasse voulue et entretenue par lui-même. Lesquels scénarios aboutissent à une conclusion résumée dans un tableau dénommé « Scénario tendanciel de l’économie nationale » dont les résultats projetés affichent une situation de déficits successifs entre 2000 et 2004. Un léger excédent pourrait être visible, seulement, en 2006 avec un produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,9%. Ce bilan plus que déplorable d’un gouvernement en manque d’imagination est en totale contradiction avec les budgets successifs, votés par une Assemblée Nationale aussi irresponsable, dans le rôle qui lui est dévolu, qu’improductive.

Le miracle ne se produit pas dans une économie où l’Etat dépense plus qu’il ne gagne. Le gouvernement djiboutien vit au-dessus des moyens mis à sa disposition par les contribuables, les Etats Etrangers et les Institutions Internationales.

Aide-toi, le ciel t’aidera… Alors qu’en 2001 le Ministère des Finances et de l’Economie avait budgétisé des recettes de 38,2 milliards fd, les comptes définitifs, arrêtés en 2002, ont dégagé 31 milliards fd seulement. Cette énorme différence représentant 19% (7,2 milliards fd), le gouvernement semble justifier que les recettes attendues, pourtant déficitaires, dépasseraient les dépenses de l’Etat pour dégager un Excédent budgétaire de près d’un milliard fd. Que dire donc du Budget 2003 tablant sur des rentrées de 41,2 milliards fd, en accroissement de 33% par rapport aux réalisations de 2001 ? Une folie lourde de conséquences ! Cette situation ruineuse n’atténuant en rien les conclusions négatives tirées des actions gouvernementales de l’année dernière.

La pauvreté ira davantage en exponentiel en raison des ponctions fiscales en augmentation constante, au seul profit de secteurs voraces et improductifs pour la Nation : LA SECURITE DU POUVOIR DEVIENT L’INSECURITE ALIMENTAIRE DU PEUPLE.

Entre la parole et les actes il y a un énorme fossé. La part des recettes supportées par les contribuables djiboutiens, bien que représentant plus de 26 milliards fd, n’améliore en rien leur bien-être, celle provenant des dons et prêts participerait seulement à soulager leurs conditions.

Les dépenses de l’Etat ne peuvent être couvertes par les recettes propres. Il apparait que les recettes budgétaires financent seulement les dépenses publiques en personnel et en matériels. D’où l’accumulation des déficits budgétaires que couvrent les intérêts et prêts financiers ( 1,2% du Budget) consécutifs aux emprunts destinés à compenser les pertes : il n’existe donc aucun budget national excédentaire. A suivre...

 

 


Bonne gouvernance : posture ou imposture ?

 

Nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer sur ce sujet. Non pas sur la mauvaise gouvernance que nous épinglons sans passion dans nos colonnes chaque semaine mais aussi sur le United Nations Development Assistance Funds. A travers le regard vigilant (qui, quoique partisan, se veut enrichissant) de notre journal,le propos des lignes qui suivent vise à aider, sans esprit polémique, le Système des Nations Unies (S.N.U) assurer un « bon suivi des conditions de mise en œuvre de l’UNDAF » de façon à lui permettre de bien évaluer l’ « impact final des résultats attendus sur les bénéficiaires »….

 


 

Le S.N.U est obligé de coopérer avec l’Etat et ses représentants officiels, tout comme d’ailleurs les traditionnels bailleurs de fonds impliqués dans la coopération pour le développement à Djibouti, ce qui est courant et normal et nous n’y trouvons rien à redire.

Le S.N.U, sans grand succès dans l’impulsion du développement durable chez nous, colmate bon an mal an, les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos décideurs politiques. C’est de notre point de vue et en l’état actuel de sa collaboration avec notre pays, un palliatif utile ! Sans plus ! Empressons nous de préciser que n’est pas mise en cause sa bonne volonté !

Signée en grandes pompes médiatiques la semaine dernière cette « véritable charte pour l’action commune en faveur du développement humain à Djibouti » est censée structurer un plan quinquennal de développement. Fort bien ! Et « dans cette perspective, ce plan-cadre se concentrera sur quatre axes majeurs :

– Allègement de la pauvreté et promotion du développement social,

– Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains,

– Promotion de la santé durable et lutte contre l’expansion du VIH /SIDA et autres maladies transmissibles

– Préservation des ressources en eau et rationalisation de leur utilisation

Déjà paraphé en juillet 2002, le document officiel que nous analysons ici ne fait pas état du volume d’aide octroyé à ces axes majeurs, il y est tout juste fait mention de l’origine des financements(PNUD , FAO, FMI, PNUE, OMS, PAM, BM…concernant les agences spécialisées des N.U et sans doute quelques concours d’Etats dans le cadre bilatéral) sans précisions sur la nature de l’aide : dons et/ou prêts ? Peu importe !

A la page une d’un document en comportant 47 et consacré à un avant-propos truffé de vraies fausses assertions, on peut lire « qu’au plan interne, la République de Djibouti qui est, depuis 1996 sous un programme d’ajustement structurel renforcé visant à assainir la situation financière et économique intérieure, est déterminée à mener à bien le processus de réformes économiques et institutionnelles recommandées par les institutions de Bretton Woods ». Le Gouvernement a entamé en 2000, la formulation du « document stratégique de réduction de la pauvreté » principal document de référence des bailleurs de fonds, dont la finalisation est prévue pour la fin 2002. »

Nous sommes en 2003 et nous vous prouverons, documents officiels à l’appui dans une prochaine édition, que non seulement ce programme n’a pas été finalisé à la fin de l’année précédente mais qu’il est quasiment resté au stade de la simple formulation d’un vœu pieux. Mais il y a plus grave.

Car on apprend qu’ « au niveau politique, le gouvernement entend poursuivre la consolidation de l’Accord de paix conclu avec l’ex-rébellion du Frud, par la mise en œuvre des termes négociés, dont le principal élément demeure la mise en place d’une décentralisation progressive, qui a déjà fait l’objet d’une loi votée par l’Assemblée Nationale ».

D’abord de quel Frud s’agit-il ? Il ne saurait s’agir du Frud-armé dont l’ARD et « Réalité » en sont la continuité et le porte voix ! Pour une raison très simple : le 12 mai, le Système des Nations Unis était présent lors de la cérémonie de signature de l’Accord de paix définitive, dont il a obtenu copie, y était annexé le texte de loi sur la décentralisation.

Après que le gouvernement l’ait adopté tel que convenu, d’accord parties, l’assemblée nationale l’a totalement et illégalement dénaturé et vidé de sa substance. Ce n’est donc pas le texte signé avec le Frud-armé qui a fait l’objet d’une « loi votée par l’assemblée nationale ».

Il s’agit donc vraisemblablement du Frud qui a signé les accords d’Aba’a dont la poignée de députés a signé comme un seul homme, sauf un seul, cet attentat contre la décentralisation. Auquel cas qu’on nous permette d’observer qu’en près de deux législatures 1992-1997, 1997-2002, la progression de la mise en place de la décentralisation, huit ans après les Accords est pour ainsi dire au point mort pour être prétendue poursuivie aujourd’hui.

La création par décret de quatre conseils régionaux dotés chacun de 50 millions de FD par an et qui n’ont à ce jour fait aucun compte rendu financier public de l’usage de ces fonds, est-ce cela une décentralisation à encourager ? Surtout, quand tout le monde (le Système des Nations-Unis compris) sait que les commissaires sont encore à ce jour nommés par le pouvoir central en fonction de leur obédience au parti au pouvoir et président à ce titre le Conseil Régional.

Ce n’est pas cela une décentralisation « considérée comme la base d’un développement économique des régions, tout en permettant la participation de la population à la gestion locale ».

Nous reviendrons en temps utile sur le volet concernant l’allègement de la pauvreté et la promotion du développement social à travers une analyse des budgets de l’Etat.

S’agissant de la « promotion de la santé durable et de la lutte contre l’expansion du VIH/SIDA et autres maladies transmissibles », dédouanons d’emblée les praticiens de la Santé qui malgré les très faibles moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics mènent une lutte quotidienne contre les maladies qu’elles soient transmissibles ou pas.

Dans le budget 2003, il est écrit : « en dépit des contraintes liées à l’application d’un système de gestion des finances publiques basé sur un plan de trésorerie où il s’agit de mettre en adéquation les recettes et les dépenses, le budget 2003 reflète les efforts consentis par le gouvernement pour développer les secteurs sociaux ». Dans la présentation du même budget, on apprend que le gouvernement compte consacrer près de 1,7 milliard de nos francs en Investissements… grâce aux ressources extérieures, en provenance de divers bailleurs de fonds : BAD, FIDES, IDA, BID…

S’agissant de l’eau « considérée comme le secteur prioritaire », elle bénéficiera…d’un don Japonais d’un milliard fd.

Quant à la Santé, on nous affirme « qu’afin d’accroître la capacité de l’Hôpital Peltier, la construction d’un pavillon et d’un centre d’épuration est prévue »…grâce à un don de la France.

Que Dons et Prêts soient affectés aux secteurs sociaux n’est pas en soi une mauvaise chose. Vous aurez compris que ce que nous réfutons, c’est le mensonge qui consiste à faire passer pour prioritaires des soucis qui en réalité et en pourcentages ne le sont pas ou si peu.

Car sont considérés comme prioritaires, les secteurs sociaux pour lesquels en pourcentage sont mobilisées les ressources propres. Dons éventuels et Prêts ne servant que d’appui infra….ou structurels. A ce sujet, il est piquant de constater dans les débats à l’Assemblée Nationale que les députés qui ont hier voté comme un seul homme la portion congrue affectée au ministère de la Santé, accablent celui chargé de l’exécuter. Pour le remplacer ? Non pas que ce dernier soit exempt de critique dans l’exécution de ce budget, mais nos « souverains » dépités, parce que les moins bien placés pour lui jeter la pierre, seraient plus inspirés à d’abord se livrer à une introspection.

« Le secteur de la communication se trouve quant à lui confronté à un certain nombre de faiblesses institutionnelles susceptibles de freiner son épanouissement parmi lesquelles on peut citer : l’absence de statut juridique réglementant les professions liées à la communication ; manque d’une stratégie visant à encourager davantage la presse plurielle ; difficultés financières liées à l’étroitesse du marché et à l’inexistence de structures et de mécanisme de financement « nous partageons ce constat sans complaisance ».

Plus loin p.11 « La République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des Droits de l’Homme ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981)… cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste dans certains cas difficiles, faute de cadre institutionnel et de mécanismes de suivi appropriés. Ceci donne un caractère quelques fois formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le Droit positif djiboutien ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous reprochons chaque semaine dans nos colonnes au gouvernement. Ne lui en déplaise, réellement (crûment) exprimé cela signifie en clair que le fait de ne pas se conformer aux conventions ratifiées, et de ne pas appliquer les lois et règlements qu’il édicte, d’ignorer les engagements écrits, manquer à la parole donnée, traduit non seulement une mauvaise volonté, mais aussi et surtout un mépris du Droit par le recours systématique et la primauté accordée à la force brute ! Qui règne par l’épée… !

Le monde libre a commémoré il y a quelques jours, la Journée Internationale de la Liberté de la Presse à juste titre considéré l’UNDAF comme un indicateur de la bonne gouvernance.

En cédant à un jeu de mot facile, que le Système des Nations-Unis nous pardonne une bienveillante interpellation « What about UNDAF ? ».

 

 


 

Communiqués de l’UAD

**

COMMUNIQUE DE L’UAD

MEETING DE l’UAD A L’AVENUE NASSER

 

A l’occasion du 2ème anniversaire de l’Accord de Paix Définitive, l’Union pour l’Alternance Démocratique appelle ses militants et sympathisants à venir nombreux lundi 12 mai 2003 à partir de 15 heures, assister à son meeting unitaire d’information à l’Avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.

 

 


* * *

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *