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Réalité numéro 41 du mercredi 5 mars 2003

 

Réalité numéro 41 du mercredi 5 mars 2003

 
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Comme un château de cartes
  3. Cher “ nouveau confrère ” (2)
  4. Le dessous d’un symposium

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 41

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

AVEUGLEMENT FRAUDULEUX

 

A intervalle d’à peu près un mois (29/01-26/02), nous avons publié dans « Réalité » le texte de notre recours devant le Conseil Constitutionnel ainsi que la décision de cette juridiction rejetant le recours introduit.

Notre requête demandait l’annulation des élections du 10 janvier 2003. A l’appui de notre demande, nous avons évoqué comme griefs : la rupture de la légalité par la violation des lois, décrets, arrêtés, décisions, circulaires ; la violation du principe constitutionnel d’égalité, l’abus de pouvoir ; les fraudes commises avant, pendant et après le scrutin. Nous avons décrit la nature et les circonstances des griefs avancés et avons fourni comme preuves les témoignages, déclarations, attestations et autres documents pertinents et officiels.

Le Conseil Constitutionnel, par sa Décision n°002/2003 du 20 février, a rejeté, écarté, refusé tous ces arguments et preuves en déclarant que : « les circonstances évoquées ne sont pas suffisamment établies » pour la rupture de légalité. Que le grief tiré d’une violation du principe constitutionnel d’égalité « ne pouvait être accueilli » car, dit-il, « le législateur a pris soin de prévoir l’égalité entre les nombres des représentants des partis politiques au sein de la CENI ». Concernant l’excès de pouvoir, ce grief est rejeté par le Conseil Constitutionnel qui l’explique et le justifie par les craintes « des troubles à l’ordre public » et la nécessité de les prévenir. Quant aux allégations de fraudes, le Conseil Constitutionnel les balaie en arguant de l’absence de « preuves précises » et de la présence de « procès verbaux qui ne mentionnent aucune réclamation, protestation ou observation de la part des délégués UAD ». Exit donc toutes les fraudes, sous toutes leurs formes !

Pourtant, les membres du Conseil Constitutionnel n’ignorent nullement, puisqu’ils ne peuvent ignorer ce qui est connu et su de tout le monde : le refus absolu et systématique de permettre aux ayants droit légaux l’accès à la liste électorale et que cela constitue une rupture manifeste de la légalité et représente le socle principal de la fraude mise en place et exécutée par l’administration publique. Parce que cette liste comporte autant des électeurs fictifs, entre les morts et les inscriptions (volontairement) multiples, que de vrais électeurs.

Le Conseil Constitutionnel sait parfaitement que les capitales des districts d’Ali-Sabieh, Dikhil, Tadjourah ou Obock ne sont pas de simples campements nomades en transhumance, mais bien des cités urbaines peuplées de citadins sédentaires urbanisés. Tout comme d’ailleurs leurs agglomérations rurales, postes administratifs et autres villages de garnison.

Comme une des méthodes de base de la fraude électorale, l’administration publique au service du régime en place refuse le principe constitutionnel d’égalité. La preuve ? A Djibouti-ville, la liste électorale et le registre d’émargement sont établis par bureau de vote ; les cartes d’électeur sont établies conformément à la loi et comportent outre l’identité et l’adresse de l’électeur, le numéro du bureau de vote où il doit se rendre pour voter.

Par contre, dans tous les districts de l’Intérieur, y compris les chefs-lieux et autres agglomérations urbaines, sédentaires, les cartes d’électeur sont établies en violation de la loi et du principe d’égalité, sans identité complète ni adresse, ni précision du numéro du bureau de vote. Ce qui permet à l’administration de transformer en NOMADES les cartes des électeurs eux bien sédentarisés.

Nous avons déposé devant le Conseil Constitutionnel des centaines de telles cartes illégales, comptabilisées au bénéfice de l’UMP sans le consentement de leurs véritables titulaires, privés de leur droit. Ces cartes sont ramassées dans la nature, aux environs des bureaux de vote où elles étaient abandonnées après utilisation, comme des détritus, par les partisans de l’UMP qui les détenaient en exclusivité. Cela, à peu près tout le monde le sait, sauf apparemment les « sages » du Conseil Constitutionnel.

Il est donc regrettable qu’une telle cécité les ait frappés dans un contexte aussi important.

 


Comme un château de cartes

Pourquoi le Conseil Constitutionnel ne pouvait dire la vérité

 

Parce que nous ne nous trompons pas de cible, il ne nous a pas semblé nécessaire de nous appesantir sur les errements du Conseil Constitutionnel : il ne faut pas confondre la proie et son ombre. Pour donner toute la mesure du discrédit, pour ne pas dire plus, qui frappe ses membres, nous avons estimé utile de publier certaines pièces du dossier que l’UAD lui avait soumis aux fins d’annulation des résultats électoraux. Les conditions de déroulement des opérations électorales dans le bureau de vote n°19 (Daffeynaïtou) du district de Tadjourah résument de façon caricaturale le caractère massif et organisé des fraudes qui ont gravement entaché le scrutin législatif du 10 janvier dernier. Procédés tellement grossiers que, comme le montre le document ci-dessous, les notables de la région, ont particulièrement tenu à dénoncer les irrégularités au terme desquelles les paisibles citoyens ont été dépossédés de leurs voix.

 


 

De même, le représentant de la CENI dans ce bureau de vote nous a adressé l’attestation suivante, que nous reproduisons en rappelant qu’une copie en a été expédiée au Conseil Constitutionnel dans le recours en annulation. C’est le document reproduit en page suivante.

 

 

Ces pièces, et beaucoup d’autres tout aussi significatives, les membres du Conseil Constitutionnel, en ont pris connaissance. De deux choses l’une : soit ces documents sont véridiques, auquel cas il y avait lieu d’invalider les résultats de ce bureau de vote de Daffeynaïtou ; soit ces documents constituent des faux, auquel cas nous en aurions subi les conséquences pénales prévues par la loi.

 

Pour des raisons qui tiennent à la nature de ses liens de dépendance vis-à-vis du pouvoir Exécutif, le Conseil Constitutionnel a préféré s’exposer au ridicule en cautionnant toutes ces irrégularités : cela ne nous a absolument pas surpris !

Une question se pose alors : puisqu’il a invalidé les résultats du bureau de vote de Kalaf ( 948 UMP contre 11 UAD), pourquoi le Conseil Constitutionnel n’a-t-il pas également invalidé ceux de Daffeynaïtou ? La réponse est arithmétique : après l’invalidation des résultats de Kalaf, l’UMP se retrouve avec 4796 voix et l’UAD avec 3478 voix dans cette circonscription électorale de Tadjourah. Si les résultats de Daffeynaïtou avaient été invalidés au motif de déplacement illégal.

 

du lieu de vote, ce sont quelque 1060 voix qui auraient ainsi échappé à l’UMP dont le score serait tombé à 3736 voix. L’UAD aurait alors perdu quant à elle 40 voix, son score s’établissant à 3438 voix.

 

Mais il aurait également fallu invalider pour le même motif de déplacement illégal du lieu de vote les résultats de Monkour, dont le bureau de vote, comme chacun le sait, a été déplacé à Dabrima. Dans ce cas, ce sont pas moins de 440 voix qu’aurait perdues l’UMP, l’UAD ne perdant que 174 voix. Le score final dans cette circonscription électorale de Tadjourah aurait été le suivant : 3296 pour l’UMP et 3264 pour l’UAD. Courte victoire de 32 voix : quel citoyen de cette circonscription aurait accepté une telle énormité ?

 

Surtout que si le Conseil Constitutionnel, dans cette optique, s’était montré aussi respectueux de légalité, les résultats du bureau de vote d’Adaylou auraient immanquablement été invalidés. En effet, parmi les nombreux témoignages d’irrégularités soumis à sa « sagacité », il y avait celui du secrétaire de ce bureau de vote, donc nommé par le régime que nous reproduisons ci-dessous.

 

 

 

Une question de bon sens aurait pu se poser au Conseil Constitutionnel : qui a alors rédigé le procès verbal de ce bureau de vote ? Lorsque le Conseil Constitutionnel ose affirmer que les faits ne sont pas établis, il manque de respect non seulement à ses concitoyens, mais avant tout à lui-même ! Devant de telles preuves, les résultats de ce bureau de vote auraient dû être normalement annulés : l’UMP y aurait perdu 834 voix et l’UAD 102. Le score se serait alors établi comme suit : 2462 voix pour l’UMP et 3162 voix pour l’UAD. La circonscription électorale de Tadjourah serait donc logiquement revenue à l’UAD.

 

Là encore, c’est l’effet boule de neige qui aurait prévalu : aucun autre district n’aurait accepté de rester sous le joug du parti unique. Car nul n’en doute : parce que notre victoire est indiscutable, les documents que nous avons produits à l’appui de notre recours en annulation sont tout aussi solides dans les quatre autres circonscriptions électorales de Djibouti, d’Ali-Sabieh, de Dikhil et d’Obock. Ce sont donc toutes ces pièces indiscutables que, dans une insouciance qui n’est que le reflet d’un régime irresponsable, le Conseil Constitutionnel a jugé préférable d’écarter d’un revers de manche lourd de conséquences.

 

Nous examinerons prochainement la typologie générale de toutes les fraudes par lesquelles le régime prétend confisquer la volonté populaire.

 

 

 


 

Cher “ nouveau confrère ” (2)

2ème partie. Les KAAR DAMEER du coq à l’âne : les vrais problèmes de la nationalité

Merci au tout jeune l’Évènement de la Corne d’avoir repris la citation d’Ernest RENAN (1823-1892), Écrivain et Académicien Français sur la définition de la Nation lors d’une Conférence restée célèbre et donnée à la Sorbonne en 1882, parue dans Al-Wahdaa, Édition n° 36 du 31 janvier 2001, sous le titre de La Nationalité : un problème et un Enjeu politique. Certes, à chacun sa Réalité, mais celle-ci tendancieusement traitée ne devient pas pour autant Vérité. Si la bouteille à demie-pleine signifie pessimisme pour certains, la frilosité habite lesdits Optimistes, jusque là incapables de mettre en application l’Accord de Paix définitif du 12 mai 2001, entre le Gouvernement et le FRUD-armé. Pour diriger les optimistes sur cette question, nous rappelons qu’en son titre IV sur les Réformes démocratiques, et principalement en son article 10 sur la Nationalité, l’Accord stipulait : Les personnes dont l’appartenance à la communauté djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes. Or, la volonté de vivre ensemble, qui induit naturellement la formation sinon l’existence d’un État et d’une Nation, dans un pouvoir organisé, n’a pas été le souci majeur du pouvoir au lendemain de l’indépendance.


Pour être plus clair, la question de la Nationalité frappe et touche, depuis cette époque, certaines communautés considérées comme susceptibles de remettre en cause un « ordre national établi », au mépris du Droit le plus élémentaire de l’Etre humain. Loin, bien entendu, de la citation de RENAN qui dit : « Une Nation est une âme, un principe spirituel. L ‘une est dans le passé, l ‘autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs. L’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’ héritage qu’on a reçu indivis».

Trois éléments définissent une Nation : une population, un territoire et un pouvoir organisé. Il ne peut y avoir d’État que si et seulement si, une population existe. Cette dernière est formée de multiples individus qui composent la Nation. Cependant, cette population est normalement liée à l’État par la nationalité, laquelle distingue ce groupement humain entre nationaux et non nationaux ou étrangers avec pour chacun d’entre eux des droits et des devoirs.

Si dans le passé notre territoire était intégré par fait colonial à l’État Français, on ne pouvait imaginer cet État si loin de nous et la formation d’une Nation avec la puissance colonisatrice considérée par le peuple comme étrangère. De la même manière, et pour défendre au mieux ses intérêts dans ce territoire, la France avait choisi l’arme de la division pour demeurer. La notion de consentement mutuel, à vouloir vivre ensemble entre dominé et dominant était donc totalement absente dans ce contexte. Seul le rapport de force en faveur du colonialisme déterminait, l’individu ou le groupe d’individus pouvant faire partie ou non de « son État ».

D’où, l’attribution de la nationalité par la puissance dominatrice était l’arme idéale pérennisant sa présence sur ce territoire. Tout groupe supposé « nuisible aux intérêts de la France », à tort ou à raison, ne pouvait bénéficier d’une quelconque intégration à la nationalité. Cette pratique coloniale a ainsi mis des familles entières dans une situation de Non droit, pire que la situation des étrangers sur leur propre sol, un déni des Droits les plus élémentaires.

Certes, notre jeune confrère l’Évènement de la Corne cite la réponse sans équivoque du Président Dini à une question de M. Ali Couba mais sans préciser toutefois qu’elle était la réalité vécue par des familles entières sous le colonialisme. Nous rappellerons à toutes fins utiles que c’était toujours Dini et Cheiko qui avaient plaidé à Paris et ailleurs en faveur de ces milliers de familles sans pièces d’identité, et contraint les autorités françaises à la régularisation de leur situation avant l’indépendance. La solution a été d’attribuer, en attendant l’accession à la souveraineté nationale, des Cartes d’Identité de Résidents sur le Territoire à ces hommes et femmes.

Ayant voté massivement en faveur de l’indépendance, et malgré la promesse faite par le leader Gouled de faire de ces non-citoyens des vrais Djiboutiens, les porteurs de Kaar Dameer endurent 26 ans après les mêmes injustices, et sur trois générations.

Pire, une politique délibérée destinée à marginaliser certaines communautés a été systématisée depuis 1977, période à laquelle Djibouti a pourtant enregistré un accroissement démographique invraisemblable, mais dont l’explication tire toute sa source dans la loi de 1981 sur la Nationalité, laquelle base l’attribution de la nationalité à une population vivant dans une limite territoriale dénommée « territoires circonvoisins ».

Mieux que le colonialisme cette politique de marginalisation des communautés suspectes frappe non seulement la population citadine mais aussi celles des régions du Nord et du Sud-Ouest.

Dans ces régions, après une enquête que nous avons menée sur le terrain, nous avons été acquis d’une réalité révoltante. En effet, sous le régime colonial, une équipe de la Direction de la population se déplaçait plusieurs fois dans l’année, munis d’un appareil photo instantané, procédait à la régularisation gracieuse de la situation en matière de nationalité des citoyens de ces contrées.

Il s’avère que depuis l’indépendance, à quelques exceptions près, aucun déplacement de ce service n’a été enregistré. D’ailleurs, un des hauts responsables de l’administration centrale dans ces régions nous a confirmé ce manquement irresponsable, puisque conscient de la part du Ministère de l’Intérieur, mais a voulu expliquer cet état de fait par l’impossibilité des populations rurales à payer les quelques centaines de francs occasionnés par la confection des pièces à savoir : les timbres fiscaux, les photos, etc. Le ridicule ne tue pas !

Plus ridicule est qu’il y a tout juste quelques mois avant les dernières législatives, un Directeur d’une Société d’Etat ait été chargé de distribuer des pièces d’identité à des familles de la région nord triées sur le volet , en vue du scrutin de 2003, alors que des milliers d’enfants et parents demeurent en ce début du vingt-troisième millénaire sans justificatif pour leur appartenance à la communauté nationale. D’ailleurs, cela n’a eu aucune suite puisque aucune carte n’a été distribuée !

Quant à la communauté citadine, elle est composé de deux catégories. La première catégorie est oubliée volontairement. Déjà marginalisés par le colonialisme, ces Kaar-Dameeristes et leurs progénitures attendent toujours une régularisation de leur situation de ni citoyen ni étranger. C’est le cas du porteur de la CIR en page 7, né en1946 à Djibouti et grand-père de plusieurs petits-enfants. Et ce n’est pas la colonisation française qu’il rend aujourd’hui responsable de sa situation de quasi-apatride de fait dans sa patrie de droit.

La seconde catégorie de familles, par rapport à la première, n’est pas aussi avantagée, que l’ on croit. Elle se définit par le fait que l’un des deux conjoints soit Étranger, non djiboutien. Dans cette catégorie très importante, le conjoint étranger, quel que soit le nombre d’années de vie commune ou le nombre d’enfants issus de cette union, ne peut bénéficier de l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne, par le lien du mariage.

Il semblerait, que très peu de familles des deux catégories en question arrive tout de même à obtenir ce «droit» par des circuits détournés et certes non officiels, ou moyennant argent. Une pratique valable depuis l’indépendance de notre pays.

Il est donc certain, que ces citoyens entièrement à part ( et non citoyens à part entière ) vivent en raison de leur statut, toujours et depuis des décennies, dans une alarmante situation de Non-Droits, puisque Étrangers dans leur pays.

De par leur statut, ces « mi-citoyens, mi-étrangers » endurent les mêmes problèmes. Leurs Droits et Devoirs sont bafoués quotidiennement. Si, lors des premières années qui suivirent l’indépendance du pays le droit au travail était toléré à la catégorie KAAR DAMEER, ce « droit » ne fut qu’une parenthèse bouclée dès le début des années 80.

Quant aux descendances ( pour les deux catégories ) issues de ces Djiboutiens à part, au moins sur deux générations, bien que bénéficiant de la scolarisation, sont freinées lors des passages des examens : de fin du primaire, du secondaire et au baccalauréat. Aucune chance ne peut s’offrir à elles, quels que soient leurs âges et leurs capacités intellectuelles pour pouvoir suivre des études supérieures à l’Étranger.

Le seul titre de voyage dont ces enfants ont droit, comme d’ailleurs leurs parents (forcément la catégorie Kaar Dameer et le conjoint Étranger pour la seconde), n’est autre qu’un simple « laisser-passer » les autorisant à pouvoir se déplacer vers les pays limitrophes tels que le Somalie, l’Éthiopie et le Yémen. Titre de voyage d’ailleurs très utilisé en période estivale.

Le paradoxe de cette situation humiliante pour toutes ces familles est, que ces « citoyens-spéciaux » forment un électorat de taille. Les détenteurs du pouvoir et leurs hommes de main s’en servent, moyennant finances et promesses, pour un vote en leur faveur lors des élections (législatives et présidentielles).

Ces populations, ni citoyennes, ni étrangères, nombreuses et inscrites depuis l’Indépendance sur les listes électorales du Ministère de l’Intérieur sont, lors de chaque scrutin, victimes des mêmes promesses non tenues par le régime et ses représentants, à savoir:

1- la régularisation de leur situation de citoyen et de celle de leurs progénitures ;

2- le remplacement de la C.I.R par la Carte d’Identité Nationale – C.I.N, et naturellement l’acquisition de la Nationalité Djiboutienne pour tous les enfants et suivants, issus de cette première catégorie,

3- l’attribution de la C.I.N à celui des deux conjoints Étranger, ainsi qu’aux enfants et petits-enfants.

Une telle situation d’exploitation des faiblesses de ces citoyens ne peut certainement pas déroger à la règle fixée depuis l’indépendance par le régime, et en l’absence d’une réelle démocratie avec des élections transparentes, ces électeurs otages voteront de gré ou de force en faveur du régime en place, soit avec des ordonnances, sinon avec des cartes électorales renouvelées sur simple présentation de l’ancienne carte électorale.

Il est dit, que bon nombre de ces citoyens otages avanceraient même le prix du ou des timbres fiscaux que nécessiterait la nouvelle Carte Nationale, au Candidat choisi dans la tribu par le Parti au pouvoir, pour les législatives; par le Ministre et les Députés de cette même tribu, lors des Présidentielles. Quelle cagnotte, pour l’heureux candidat! Au nom de la Tribu. Joli coup non?

Il est d’abord choquant de voir les dirigeants de notre petite République battre le record de signatures des différentes conventions internationales, et surtout se vanter d’avoir été parmi les dix premiers pays signataires.

C’était, pour ne citer que la dernière en date, la signature de la charte africaine fondant les « États-unis » d’Afrique, initiés par le Colonel Kadhafi. Une heureuse initiative dirait-on, et surtout pour avoir été le 6ème pays à parapher l’intégration inter-africaine.

Seulement, la simple question que ce citoyen-otage du système est en droit de poser à ses gouvernants est la suivante : « Quel serait mon statut dans ces « États-unis » d’Afrique avec ses millions de citoyens, alors que je n’existe pas, statutairement parlant, dans mon minuscule pays et surtout parmi sa très faible population? »

Alors que les conditions de cette catégorie de citoyens n’étaient guère meilleures sous Gouled, l’arrivée au pouvoir de son neveu n’a fait que rendre plus difficiles les possibilités offertes par les lois antérieures sur la délivrance du certificat de nationalité

En effet, publié dans le Journal Officiel du 13 septembre 1999, le Décret n° 99/015/PR/MI abroge et remplace les décrets n ° 82-113/PR du 28Octobre 1982 et le n° 90-0107/PR/INT relatifs à la délivrance du certificat de nationalité.

Ce décret n’apportant aucune avancée pour soulager ces victimes suscitées, introduit en son article 3, nous citons : « Avant l’établissement du certificat de nationalité, le dossier comportant les éléments d’enquête sera transmis pour avis au Directeur de la Population ».

Une nouveauté, puisque le Juge qui ordonne l’enquête auprès des services de police ou de la gendarmerie, après avoir, au regard de la loi sur la question, et des pièces fournies par le demandeur, se voit dans l’obligation de tenir compte, dans sa décision d’attribuer ou non le Certificat de Nationalité, de l’avis du Directeur de la Population.

Ce Juge de nationalité, peut-il juger en son âme et conscience et au regard de la Loi, si telle ou telle autre personne est de nationalité djiboutienne ou pas ? Où se situe « l’avis » du Directeur de la Population face aux responsabilités qui incombent au Juge? .

Ce n’est qu’un frein encore pour que Justice ne soit pas rendue en faveur de tous ces Citoyens, dans la désolation dans leur propre pays.

Le drame de notre pays, c’est qu’aux problèmes légués par la puissance coloniale, sont venus s’ajouter de nouveaux, artificiellement créés par un régime qui non seulement trouve normal de ne pas remédier aux injustices des KAAR DAMEER héritées de la colonisation, mais se permet de surcroît de priver de larges franges de la population nationale de ce droit le plus élémentaire : avoir une patrie.

Si le régime avait pour sa part la conscience tranquille, il y a longtemps que la commission ad hoc sur la Nationalité, prévue à l’article 10 de l’Accord du 12 mai 2001, aurait été mise en place. La violation de cette disposition, une de plus, montre clairement que le régime n’est pas encore disposé à assurer une réelle coexistence entre toutes les composantes de la communauté nationale.

« En voulant extraire l’épine qui est plantée dans sa patte, le chameau ne parvient qu’à l’enfoncer davantage » dit un proverbe du coin.

Une certaine presse spécialisée dans la propagande en faveur du régime aurait été mieux inspirée de ne pas évoquer un tel sujet où, de toute évidence, la culpabilité du parti unique est totale.<

 

 


Le dessous d’un symposium

Courage, fuyons la réalité !

 

En organisant un symposium sur la langue afar à Djibouti, le régime cherche à occulter les vrais problèmes nationaux en récupérant l’admirable travail effectué par des bénévoles. La valorisation des langues nationales ne sera effective que lorsque les droits politiques injustement bafoués seront reconnus aux différentes composantes de notre Nation. Le réveil des langues nationales est donc illusoire tant que sera niée la réalité du sous-développement économique, politique et culturel.

 


 

Un symposium consacré à l’uniformisation des néologismes en langue afar se tient depuis deux semaines au Palais du Peuple à Djibouti. Contre certaines mauvaises interprétations, il convient d’abord de préciser que toute action visant à promouvoir les langues nationales mérite encouragement et soutien. Ce que nous regrettons par contre, c’est l’hypocrisie d’un système qui a fait de la marginalisation de certaines composantes de la communauté djiboutienne une constante de sa politique, tout en feignant de les courtiser au gré de ses déboires intérieurs…

Ainsi, c’est effarés que nous avons pu lire dans « La Nation » que l’organisation de ce symposium découle du respect d’un engagement pris par le Chef de l’État… En matière d’engagements solennels non respectés, nous aurions trouvé beaucoup à dire, tout comme de son courage politique, qu’une voix autorisée, juriste de surcroît, n’a pas manqué de saluer dans une tonitruante interview. Ventre, quand tu nous tiens…

La promotion des langues nationales est la dernière préoccupation de ce régime. Pour preuve, aucune politique d’alphabétisation à grande échelle n’a été menée ici depuis 25 ans. Même sous les régimes dictatoriaux des pays voisins, de grands progrès avaient été accomplis dans ce domaine. Dans cette continuité, chaque Région autonome d’Éthiopie peut en toute liberté enseigner sa langue. L’État érythréen a, quant à lui en dix ans d’existence, beaucoup entrepris pour la valorisation de ses langues nationales, en les enseignant dans les écoles primaires avec un matériel didactique de qualité.

Chez nous, à part l’organisation de séminaires, colloques et autres symposiums à travers lesquels le régime cherche à récupérer le travail des bénévoles, aucune volonté politique n’existe et l’Etat ne fait rien pour subventionner des associations dont certaines fonctionnent depuis 1973 avec de grandes difficultés matérielles et financières.

La tenue d’un symposium à Djibouti, avec la participation des représentants des pays voisins où vivent près de 80% des locuteurs de langue afar, est en soi une bonne chose. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la tentative djiboutienne de vouloir régenter l’avenir d’une langue qui est en fait un patrimoine appartenant à tous ceux qui l’utilisent dans la région. La cooptation d « experts djiboutiens » plus prompts à crédibiliser le régime qu’à sérieusement contribuer à l’enrichissement de la langue afar, en est une parfaite illustration. A voir ces messieurs s’extasier à longueur de journée sur le mérite du pouvoir djiboutien dont la volonté politique aurait permis de sauver la langue afar, il y a manifestement d’autres enjeux sans rapport avec la promotion d’une culture menacée.

Tout comme le symposium sur la langue somali, tenu il y a un an, n’a pas concrètement fait avancer le développement de cette langue où le bien-être de ses locuteurs dans notre pays, il est fort à craindre que ni le destin de la langue afar ni celui de ses locuteurs, ne sera amélioré ici tant que la philosophie de l’esbroufe ne sera pas abandonnée.

Ces réserves étant posées, il convient de saluer le mérite des bénévoles altruistes qui se sont dépensés sans compter pour faire de ce symposium une base de départ pour la promotion réelle des langues nationales injustement écartées de l’enseignement public djiboutien.

La formation des formateurs doit être rapidement mise sur pied si l’on veut vraiment donner à ces langues la place qui leur revient dans notre système éducatif déjà fort mal en point. L’uniformisation des termes est nécessaire et utile, si l’on tient compte des propositions formulées par ceux qui sont les plus avancés en la matière, sans oublier que tous les locuteurs n’ont pas la même histoire coloniale ni le même environnement démographique.

Or, les séquences du symposium diffusées à la télévision font clairement apparaître la volonté de certains de faire main basse sur les travaux et ce malheureusement aux dépens de l’efficacité. Ce n’est pas parce qu’il a financé l’organisation de ce symposium que le régime doit s’attendre à en tirer un quelconque bénéfice politique.

Car il est illusoire de prétendre promouvoir une langue tout en niant les droits primordiaux de ses locuteurs. A commencer, dans le contexte actuel, par le droit de librement choisir par les urnes ses représentants politiques les plus à même de justement leur assurer un réel développement dans toutes ses dimensions.<

 

 


 

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