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Lettre du 8 mars de l’AFASPA à E. Macron pour dénoncer les violences contre les femmes et les violations des D.H. par l’équipe de Guelleh

Lettre du 8 mars de l’AFASPA à E. Macron pour dénoncer les violences contre les femmes et les violations des D.H. par l’équipe de Guelleh

Bagnolet le 8 mars 2019

Monsieur Emmanuel MACRON
Président de la République
Palais de l’Elysée
55 rue du Faubourg Saint Honoré
75008 Paris

Objet : Etat des droits de l’homme à Djibouti

Monsieur le Président de la République,

A l’occasion de votre déplacement à Djibouti où vous rencontrerez le Président Ismaïl Omar Guelleh, il nous paraît important que vous évoquiez les atteintes graves aux droits de l’homme perpétuées par les institutions civiles et militaires dans ce pays.

Il en est ainsi, et ce n’est pas par opportunité de la Journée Internationale des Femmes, des viols des femmes Afar en représailles de l’engagement de leur famille dans l’opposition armée du FRUD. Les plaintes déposées par celles qui ont eu le courage d’affronter la procédure n’ont jamais été suivies de procès. C’est la raison pour laquelle les femmes djiboutiennes réfugiées en Europe ont mené une grève de la faim de 19 jours en mars 2016 en France et de 20 jours en Belgique, pour alerter l’opinion publique et les institutions. Plusieurs d’entre elles, victimes de ces viols ont témoigné dans les médias. Cette action a conduit à une résolution du Parlement européen condamnant Djibouti et demandant l’ouverture d’une enquête internationale sur les violences faites aux femmes.

Dans les murs de la sinistre prison de Gabode où une dizaine de prisonniers politiques croupissent, leur santé et leur vie sont en grand danger. Ainsi le 1er août 2017, le plus ancien prisonnier politique et militant du FRUD, Mohamed Ahmed, dit Jabha, est mystérieusement mort d’empoisonnement et des séquelles des tortures et mauvais traitements endurés au cours des sept ans de détention. L’administration pénitentiaire a refusé de lui apporter les soins nécessités par son état, en infraction avec l’article 3 commun aux quatre conventions de Genève de 1949 qui couvre les situations de conflits armés internes, exige que toutes les personnes se trouvant aux mains de l’ennemi soient traitées avec humanité et dignité.

Il interdit également le meurtre, les mutilations, la torture, les traitements cruels, humiliants et dégradants. La mort de Mohamed Ahmed dit Jabha n’est pas sans lien avec la demande de la cour d’appel de Djibouti de le libérer qui n’a jamais exécutée. Le pouvoir de Djibouti a d’ailleurs refusé les sollicitations répétées du CICR sur son cas.C’est pourquoi nous sommes très inquiets quant au sort de Monsieur Oudoum Aboubaker, détenu depuis deux ans pour sympathie au FRUD, après avoir subi toutes formes de tortures, pour lequel nous sollicitons votre intervention afin que le CICR puisse le visiter.

Les exécutions extra judiciaires sont toujours d’actualité, ainsi, en août 2018 Ibrahim Bakaré est mort sous les balles des soldats et son frère a été grièvement blessé à 15 kilomètres de la ville d’Obock.

Alors qu’Ismaël Omar Guelleh ambitionne un cinquième mandat, contesté dans son pays comme ailleurs, il redoute le rassemblement de son opposition dont le Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie est un élément essentiel. Ce qui l’a conduit à de demander à la France l’extradition de Mohamed Kadamy, raflé en septembre 1997 avec 45 militants du FRUD et sa femme Aïcha Daballé, dans les campements de réfugiés Afar d’Ethiopie et les livré à Djibouti (ce qui se pratiquait aussi à l’inverse).

Les autorités reprochaient à la seule femme raflée à cette occasion, d’avoir dénoncé les viols des femmes Afar par les militaires djiboutiens lors de la Conférence internationale des Femmes à Pékin en 1995. Une campagne internationale fut lancée qui aboutit en février 1998 à la libération d’Aïcha Daballé à quelques jours d’accoucher. Il est inconcevable que la France se plie à une pratique de monnaie d’échange en donnant suite à l’extradition d’un démocrate qui a obtenu le statut de réfugié politique en 2006 qui le conduirait à retourner entre les mains de ses anciens tortionnaires.

Sur le plan du maintien de la paix, nous tenons à vous signaler le jeu dangereux des ingérences armées djiboutiennes en Éthiopie pour susciter le conflit entre communautés Afar et Issa ; ces initiatives pointées dans la région ont contribué à marginaliser Djibouti dans la recherche des Etats à contrecarrer les activités meurtrières des groupes terroristes.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes respectueuses salutations.

Jean-Paul ESCOFFIER
Président

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