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Intervention de Laurence Dawidowicz, représentante de SURVIE, à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti (Paris, 2-07-17)

Intervention de Laurence Dawidowicz, représentante de l’association SURVIE

à la conférence de commémoration des 40 ans de dictature à Djibouti

Paris, le 2 juillet 2017

Le travail de Survie  contre les dérives de la Françafrique et notamment par rapport à Djibouti

Tous mes remerciements tout d’abord aux organisateurs de cette rencontre pour avoir invité l’association Survie à y prendre la parole et à ceux qui ont dors et déjà évoqué notre travail.

Partons d’un vocabulaire commun car il y a surement dans la salle une personne qui ne sait pas ceci : le mot de Françafrique a été créé par Félix Houphouët-Boigny pour parler de l’amitié entre la France  et les pays d’Afrique qu’elle avait colonisé. Mais quand à la fin des années 50, De Gaulle a « accordé » l’indépendance aux pays africains, il les a liés aux intérêts de la France, a organisé leur maintien sous influence.

Pour ce qui concerne Djibouti, depuis son indépendance en 1977, La France n’a jamais quitté Djibouti. Sa base y est la plus grande de ses bases extérieures avec 1350 hommes et surtout elle constitue un encrage en Afrique de l’Est employée dans 2/3 des opérations extérieures depuis 1960.Le dispositif étant complété par la base d’Abu-Dhabi et celles de Mayotte et de la Réunion.

Les raisons de ce maintien sous influence étaient multiples :

  • au niveau économique :

-garder un accès aux matières premières stratégiques ou aux lieux stratégiques comme à Djibouti,

– préserver les débouchés des entreprises françaises, longtemps présentes à Djibouti.

  • au niveau politique :

-pendant la guerre froide, il s’agissait de garder l’Afrique « dans le camp occidental »,

-donner du poids à la France à l’ONU (vous vous rappelez qu’IOG a soutenu l’intervention de la France au Mali auprès de l’Union Africaine, il se déclare maintenant solidaire de la guerre contre le terrorisme….).

-Djibouti est moins concerné par le financement du parti gaulliste puis des partis de gouvernement par le détournement des rentes africaines (ce qu’a révélé l’affaire Elf).

Comment cela a –t-il pu se faire ?

Selon les pays , la France a installé d’anciens militaires français à ses ordres, ou des hommes acquis a ses intérêts , élections truquées, coups d’état, assassinats politiques des leaders indépendantistes , soutien militaire via des accords de défense secrets…

Et aujourd’hui ? le monde change, mais les mécanismes de maintien de la domination française en Afrique perdurent, ils ont juste évolués.

– au niveau économique : je ne parlerai pas ici du Franc CFA qui ne concerne pas Djibouti, même s’il est très important pour les autres pays de ce « réseau ». De nouveaux pays sont entrés dans le jeu de la concurrence. Jean-Loup Schaal communique souvent sur le site de l’’ARDHD des informations sur la présence de la Chine qui tiendra bientôt des pans entiers de l’économie djiboutiennes captifs.

Mais quand au Niger, l’attribution d’une concession d’exploitation d’uranium à Azelik à cette même Chine a permis à ce pays de faire réévaluer les sommes dues par Areva, ancienne entreprise d’état passée au privé mais qui bénéficiait  encore des taux fixés par Paris comme au temps de Foccart et De Gaulle . Au bénéfice du pays pas du seul chef de l’état quand à Djibouti les loyers des diverses bases militaires étrangères dont la base française, ne figurent même pas au budget de l’état !

-au niveau politique : malgré une économie affaiblie, la France reste une puissance de premier ordre, notamment grâce à ses positions militaires sur le sol africain (bases et OPEX).Le budget de l’armée qui était déjà de 9% du budget de l’état va passer d’après les annonces récentes à + de 10% ! la sanctuarisation du budget de l’armée et le maintien de l’état d’urgence présagent qu’une continuité du soutien à l’armée  la marque du gouvernement Macron. Mais rassurez vous, elle l’aurait été su Mme Le Pen avait été présidente comme sa visite au Tchad et à l’armée française qui y est positionné depuis 1978 sans discontinuité, en pleine campagne électorale, nous l’a fait comprendre. Cela aurait été « la rupture dans la continuité »….

L’état français a soutenu et soutient encore politiquement et militairement des dictatures : rappelez vous la proposition de Mme Alliot-Marie, ministre des Armées sous Sarkozy, de prêter expérience et matériel à la police de Ben Ali pour réprimer les manifestations au début de ce que les journalistes ont appelé « le printemps arabe », ignorant au passage les manifestations si nombreuses à Djibouti dans la même période.

Aujourd’hui si la France n’organise plus d’élections truquées, elle les valide, comme elle l’a fait des coups d’état, elle avalise les modifications constitutionnelles qui permettent aux chefs d’état autoritaires de rester au pouvoir –comme au Tchad en 2005, au Gabon en 2011, à Djibouti en 2010 puis 2015 permettant la réélection de 2016.

Si elle  n’exécute plus comme au temps des Um Nyobe ou Félix Moumié, elle déclenche des guerres baptisées OPEX sans  que le parlement n’ait à donner d’accord par son vote si ce n’est au moment du renouvellement de sa présence  au bout de 6 mois-en Cote d’Ivoire ,en Lybie sous Sarkozy, au Mali et en Centrafrique sous Hollande).

IOG a réduit l’influence française en acceptant l’implantation de nombreuses bases d’autres pays sur le sol djiboutien. Après les USA, le Japon, l’Italie, la Chine….donnent leur dime au chef de l’état. Mais Sarkozy avait fait voter par le parlement en 2012 le renouvellement du bail pour 10 ans juste avant la fin de son mandat (mais il n’imaginait surement pas la fin de celui-ci !)pour la somme de 30 millions d’euros et cela quelque soit la taille du contingent-parallèlement, l’accord de défense conclut entre la France et Djibouti est le seul qui comprenne encore une clause d’engagement de la France à « contribuer à la défense de l’intégrité territoriale de la République de Djibouti » en cas d’agression armée. Encore faudrait il caractériser ce qu’est une agression armée …rébellion armée ?répression de l’opposition par des moyens militaires… ?

Et que fait mon association dans tout cela ?

Solidaire des partis d’opposition en diaspora et des associations de défense des droits humains ici et là bas,

-Survie diffuse et informe les citoyens français comme les parlementaires (et pour les nouveaux parlementaires cela devrait être intéressant car ils ne sont pas forcément informés par leurs ainés françafricains), ainsi en 2016 nous avons réalisé un dossier « Élections en Françafrique, la coopération militaire française au service des dictatures »paru avant les élections de 2016 en Afrique, mais aussi des communiqués de presse,

-Survie exige une diplomatie qui soutienne les peuples pas les dictateurs,

-Survie exige le retrait de l’armée française d’Afrique, et tout du moins la suspension de la coopération militaire et sécuritaire avec les régimes oppresseurs de leur peuple,

-Survie exige la transparence économique et fiscale,

-Survie exige un contrôle parlementaire de la politique africaine de la France, mais aussi une justice indépendante et la fin de l’impunité.

Depuis plusieurs années c’est sur ce dernier point que j’investie l’essentiel de mon temps militant ;

Depuis 2010, la France a voté et intégré dans son Code Pénal le statut de Rome concernant la Cour Pénale Universelle (CPI) donc la notion de compétence universelle : on peut donc juger en France des crimes de génocide, crimes contre l’Humanité, crimes de guerre et torture, commis à l’étranger par et sur des étrangers. Au sein de la Coalition Française pour la CPI nous avons protesté quand Sarkozy a limité le droit : on ne peut poursuivre qu’un résidant permanent (et non de passage pour les soldes),sur la demande du seul parquet (et non des victimes), si et seulement si le pays d’origine poursuit aussi (comment l’imaginer ?) et après la CPI … ;on m’a signalé que l’ article 689.1 du Code permet néanmoins de poursuivre en cas de disparitions forcées ou de torture.

Aujourd’hui j’accompagne nos avocats dans les procédures contre les génocidaires rwandais vivants en France, 3 procès ont déjà donné lieu à des condamnations. Nous sommes partie civile aux cotés d’autres associations ou de victimes, tout comme dans des procès concernant des militaires français de l’opération Turquoise.

J’avais signalé lors de la dernière commémoration des massacres d’Arhiba à Paris qu’une plainte contre un tortureur ou un violeur devait être possible mais qu’elle ne pourrait qu’être initiée et documentée que par une ou plusieurs Djiboutiens, victime ou faille de victime. Des associations plus spécialisées sur le droit pourraient les accompagner.

Laurence Dawidowicz

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