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Réalité numéro 54 du mercredi 4 juin 2003

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Réalité numéro 54 du mercredi 4 juin 2003

ARD
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le présidentialisme djiboutien (1)
  4. La fraude du régime djiboutien devant l’opinion internationale
  5. Une fumée peut en cacher une autre

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 54

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LA CORRÈZE AVANT LE ZAMBÈZE

OU

LA PAIX INTÉRIEURE AVANT LES MIETTES EXTERIEURES

 

Une dimension essentielle des relations internationales consiste à fournir un capital de crédibilité à des régimes issus d’élections douteuses, comme celui de Djibouti : rechercher à l’extérieur une reconnaissance que l’on ne peut obtenir à l’intérieur. C’est pour cela que ces gouvernements mal élus demandent à leurs médias d’assurer le plus bruyant tapage et la plus intense couverture à leur virée internationale, pour en mettre plein la vue aux gouvernés dépossédés de leurs droits les plus élémentaires, dont celui de librement choisir leurs représentants. La récente tournée du Chef de l’Etat en Inde n’échappe pas à cette logique mystificatrice : pendant et après, il n’est question que de cela.

On apprend ainsi par la presse gouvernementale qu’à son retour de New-Delhi, le Président de la République aurait, consciencieusement, tenu une réunion interministérielle avec les départements concernés afin de veiller lui-même à l’application rapide de toutes les dispositions contenues dans l’accord de coopération signé avec l’Inde. A la bonne heure ! Il aurait en effet été décevant qu’il ait fait le voyage pour rien : on se souvient, par exemple, qu’en 1989, une délégation de notre ministère des Affaires Etrangères avait effectué une tournée similaire non seulement en Inde, mais également, dans la foulée, à Singapour, au sultanat de Brunei, en RFA et aux Pays-Bas, excusez du peu.

Résultat : bien qu’ayant visité les infrastructures portuaires de Singapour, cet Etat n’a jamais pu initier la moindre coopération technique avec le Port de Djibouti. Quant aux retombées de la visite de courtoisie à Bandar Seri Begawan, inutile de rappeler que le Sultan de Brunei (l’homme le plus riche du monde, qui aurait même financé les Contras) n’a jamais mis la main à son immense portefeuille.

Mais l’essentiel n’est pas ici dans l’unique improductivité de telles tournées qui coûtent cher au contribuable djiboutien. Le fait que le Chef de l’Etat pousse le scrupule à lui-même superviser l’application des accords passés avec l’Inde ne peut manquer de susciter un mauvais souvenir pour le Peuple djiboutien : chacun aurait préféré qu’il accordât au moins la même importance à l’Accord de Paix conclu le 12 mai 2001 entre son gouvernement et le FRUD-armé.

Pour autant que l’on sache, au Palais du Peuple en tout cas, il s’était solennellement engagé devant Dieu et ses concitoyens à consolider, grâce à la stricte application de cet Accord, une concorde nationale durement mise à mal durant une décennie de conflit civil. Est-ce donc à croire qu’il donne plus d’importance aux miettes de la coopération internationale qu’à la coexistence pacifique entre les diverses composantes de la communauté nationale ? Auquel cas cela reviendrait à bâtir une maison sur du sable mouvant ! Car il est bien évident qu’aucune aide extérieure, quelle qu’en soit la nature, ne peut être véritablement porteuse de progrès si n’est pas assurée la condition fondamentale de tout Développement durable : la Paix intérieure.

Laquelle, et il est navrant d’avoir à le rappeler à un régime aussi inconséquent, ne peut se concrétiser qu’en éradiquant les causes du conflit et en soignant ses conséquences. Il est donc pour le moins préoccupant de voir le Chef de l’Etat s’investir autant dans l’accessoire tout en évitant le principal : cela ressemble à une vaine fuite en avant.

« La Corrèze avant le Zambèze » s’était un jour exclamé un homme politique français soucieux de voir le gouvernement accorder la priorité au développement économique des régions de France. Il est illusoire de prétendre faire le bonheur des Djiboutiens grâce à la mendicité transcontinentale, tout en remettant en cause la Paix si difficilement acquise, en violant constamment les engagements officiels pris en ce sens et en étouffant des régions qui attendent presque tout d’une réelle Décentralisation.

 


Brèves nationales

 

On n’arrête pas « Le Progrès » :

 

de l’œil au beurre noir à l’œil de verre

 

Dans sa dernière livraison, « l’hebdomadaire » du parti unique, visiblement aveuglé par la brûlante réalité quotidienne, affirmait à propos de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 : « Le gouvernement est l’initiateur et le garant de cet accord. L’application de ses clauses est visible à l’œil nu si on ne se voile pas la face ». Après la gifle magistrale assénée par le Peuple djiboutien à la mouvance présidentielle le 10 janvier 2003, le griot dénommé « Le Progrès » en avait gardé un œil au beurre noir. Son éclipse de quelques semaines lui a apparemment été fatale, puisqu’il nous revient cette fois avec un œil de verre. Inutile donc de commenter les délires de ceux qui n’ont pas honte de perdre la face.

Nier une réalité qui crève les yeux finit, on le sait bien, par rendre totalement aveugle. Toutefois, ne désespérant pas de la nature humaine, « Réalité » renvoie ce confrère fatigué à la lecture de son numéro 51 du 14 mai 2003, consacré à toutes les clauses violées ou non appliquées de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Mais le délire empêche peut-être de… lire. Navrant.

Obock : un district en voie d’extinction ?

La ville d’Obock est restée totalement privée d’électricité durant six jours la semaine dernière, sans que les médias officiels, peut-être trop occupés à couvrir la visite présidentielle en Inde, ne jugent utile de s’en faire l’écho. Le mépris dans lequel les autorités tiennent ce district et ses habitants n’a jamais été aussi flagrant. Déjà maintenus dans un enclavement injuste, la ville d’Obock et son arrière-pays restent les parents pauvres du développement et constituent le laboratoire de la politique de la misère, conduite par le régime obscurantiste. La population obockoise, déjà durement éprouvée par le conflit civil, ressent amèrement aujourd’hui la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, dont elle attendait, entre autres, la reconstruction des habitations détruites et pillées par les troupes gouvernementales ainsi qu’une véritable réhabilitation des infrastructures publiques. En somme, la restauration de sa dignité et de son cadre de vie.

Randa : en attendant

le retour de l’enfant prodige ?

Avec le début de l’été et les vacances scolaires, le village de Randa se repeuple. Chaque année en cette saison, ce sont des centaines de vacanciers fuyant la canicule citadine qui s’y s’installent. Cette station d’altitude, autrefois recherchée, reste malheureusement privée d’électricité et d’eau courante depuis dix ans, essentiellement à cause de la mauvaise gouvernance. Dès la tombée de la nuit, la torche et la lampe à pétrole y sont de rigueur. Le groupe électrogène installé il y a plus d’un an n’est toujours pas en service.

Le réseau électrique est en partie refait, mais l’eau courante ne suit pas encore. Fin mars 2003, le régime claironnait que la centrale électrique de Randa serait bientôt inaugurée courant avril. Cette inauguration en grande pompe devait être effectuée, disait-on, par le Premier ministre en personne. La visite de ce haut responsable, annoncée depuis plusieurs semaines, est sans cesse reportée. Les Randaniens espéraient qu’avec le retour de l’enfant prodige l’obscurité et la corvée d’eau disparaîtraient à jamais. Malheureusement, il semble que « la gestion de vraie problématique » ne lui en laisse pas le temps.

DAF enfin libéré

Le Président du Mouvement pour le renouveau Démocratique et le Développement (MRD) et directeur de publication du « Renouveau djiboutien » a été libéré hier mardi en fin de matinée, après un éprouvant séjour de plusieurs semaines à Gabode. L’Union pour l’Alternance Démocratique et le journal « Réalité » se réjouissent du retour de notre ami DAF parmi les siens auxquels il a tant manqué. Toutes nos félicitations à ce grand camarade et saluons au passage le courage et la détermination dont il a fait preuve en ces heures difficiles.

La cimenterie d’Ali-Sabieh : réalité ?

Parmi les grands succès de la récente visite présidentielle en Inde, la presse gouvernementale spécialisée dans la production des jalousies sociales, aime à citer l’obtention d’une ligne de crédit qui sera consacrée au financement d’une cimenterie à Ali-Sabieh. Si nous ne pouvons que sincèrement nous réjouir d’une telle réalisation, une question se pose toutefois : était-il vraiment impossible que ce projet voie le jour sans la mendicité internationale ? En effet, rien qu’en réduisant les dépenses somptuaires du régime, il nous semble qu’avec un peu de volonté politique et une meilleure affectation des ressources financières, ce projet aurait pu voir le jour depuis longtemps. Rappelons, par exemple, toute l’improductivité de la tribune présidentielle construite à l’occasion de la célébration du 25ème anniversaire de l’Indépendance qui aurait coûté, au bas mot, plusieurs centaines de millions de nos francs.

 


 

Le présidentialisme djiboutien (1)

 

Démocratie, Dictature ou Caricature ?

1ère partie : Pourquoi des réformes démocratiques ?

 

Dans le cadre des négociations entre le gouvernement et le FRUD-armé, les réformes démocratiques avaient constitué un volet pénible pour le régime. Des conditions d’organisation des législatives du 10 janvier dernier aux multiples violations de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, en passant par la topographie de la mauvaise gouvernance, nous n’avons cessé de saisir le Chef de l’Etat et de le rendre responsable des dérives, injustices et autres illégalités mettant en danger la survie de notre Nation. Il convient donc de s’interroger sur sa nature pour mieux saisir les causes de son dysfonctionnement afin de proposer les remèdes appropriés. Dans cette première partie, suivie de trois autres, nous rendons aujourd’hui public l’argumentaire développé lors des négociation, tel que consigné dans le document intitulé « Propositions » et remis à la partie gouvernementale en juillet 2000.

 


 

L’impérieuse nécessité d’améliorer le fonctionnement de nos institutions, en les rendant plus équilibrées, est la motivation essentielle de la conclusion de l’Accord-cadre du 7 février 2000.

En effet, l’équilibre est en toute chose la seule garantie de la permanence, donc de la stabilité. La situation actuelle en République de Djibouti se caractérise par un déséquilibre flagrant dans tous les domaines, rendant illusoires tout espoir de stabilité et toute tentative de développement, toutes conditions nécessaires à la paix civile. Les difficultés que notre pays a connues (conflit civil, crise financière, économique et sociale, etc.) sont quelques-unes des manifestations et des conséquences de ce déséquilibre.

Il convient par conséquent, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde civile du 7 février, de procéder à l’instauration des grands équilibres par une réforme des institutions, ce qui est la justification-même dudit Accord.

Ce qui implique tout d’abord la nécessité de remédier au déséquilibre principal contenu dans la loi fondamentale, c’est-à-dire la Constitution du 15 septembre 1992.

Ce texte, dont l’analyse compétente et neutre de nombreux spécialistes a mis en évidence non seulement les insuffisances, mais aussi le fait que chaque proclamation des principes est verrouillée par des textes législatifs ordinaires et ultérieurs, installe un pouvoir personnel et discrétionnaire, sans contrôle ni contre-pouvoir et sans recours : c’est l’antithèse-même d’une Constitution démocratique et équilibrée. Ce qui prouve la nécessité de réviser ou d’amender la Constitution afin de permettre au quotidien un contrôle réglementaire de l’Exécutif, de juger et de sanctionner, positivement ou négativement, l’action gouvernementale ; bref d’instaurer un véritable Etat de Droit. C’est l’objet essentiel de notre proposition de révision.

Ce qui implique également que la séparation des pouvoirs, énoncée dans la Constitution, devienne effective par la promulgation de la loi portant Statut de la Magistrature qui, presque un quart de siècle après notre Indépendance, demeure encore à l’état de projet. Peut-on continuer à parler de République ou même d’Etat, en présence d’une Justice sans statut, donc sans autonomie ? Nous proposons donc que l’adoption du Statut de la Magistrature fasse partie intégrante de la présente réforme qui, sans elle, serait inopérante.

Ce qui implique enfin que la représentation nationale, c’est-à-dire le pouvoir législatif, puisse contrôler, approuver et, le cas échéant, sanctionner la politique générale de l’Exécutif, tout en donnant en même temps à celui-ci la possibilité de mettre fin à une législature qui se rendrait responsable d’une instabilité gouvernementale injustifiée. La paralysie actuelle dans laquelle les deux pouvoirs législatif et exécutif sont tenus l’un vis-à-vis de l’autre n’est en faveur ni de l’intérêt national ni du débat démocratique. Notre proposition de réforme constitutionnelle répond également à cet impératif.

L’équilibre au sein de l’Exécutif d’une part, entre celui-ci et les deux autres pouvoirs législatif et judiciaire d’autre part, pour vital qu’il soit, n’aura pas l’effet bénéfique escompté si le déséquilibre ethnique persiste au sein de l’armée, la gendarmerie, la police, la sécurité, etc. La situation plus qu’anormale en ce domaine et l’absence de statistiques officielles en la matière, nous ont amenés à en dresser un état des lieux et à formuler des propositions en conformité avec la Loi de Programmation Militaire et dans l’intérêt de l’Unité nationale.

De même, en ce qui concerne l’administration civile, la situation se caractérise par l’accaparement et la prééminence d’un côté, la marginalisation voire l’exclusion de l’autre. Ce qui crée un rapport dominant/dominé, au lieu de l’égalité entre citoyens de toute société harmonieuse ; ce qui est enfin source de frustration, revendication, résistance et rébellion. Il y a donc lieu de rétablir l’équilibre en ce domaine par la participation équitable de toutes les composantes de la communauté nationale. Ce qui permettra à tout un chacun de se sentir citoyen et non pas intrus, rejeté ou dominé. C’est l’objectif central de notre proposition de rééquilibrage.

Lequel rééquilibrage doit à son tour être viabilisé par l’exercice démocratique du multipartisme non limitatif, correspondant à l’article 6 de la Constitution, de l’activité syndicale indépendante et conforme aux recommandations pertinentes du B.I.T, ainsi que de la liberté effective de la presse, correspondant au Préambule, à l’esprit et à la lettre de notre Constitution.

Toutes ces modifications et améliorations institutionnelles seraient enfin vaines si tous les citoyens n’étaient pas assurés du libre et égal accès à la nationalité ; ce dont l’ethnie afar a été activement exclue depuis l’Indépendance. Cette exclusion a touché environ cent mille (100.000) d’entre eux par le recensement de 1983, infirmé par le représentant de l’ONU, dont le résultat a été reconduit par le recensement intercensitaire de 1991, qui n’a fait que multiplier par deux la falsification de celui déjà infirmé : le pourcentage « décrété » restant le même. Exclusion aggravée, d’une part, par le gel de la délivrance de toute pièce d’état civil et, d’autre part, par la destruction volontaire des fichiers de recensement démographique et des registres d’état civil les concernant.

Ce qui justifie notre proposition principale de déblocage en la matière pour donner sens et pertinence à toutes les réformes : on ne peut pas et on ne doit pas laisser à une seule composante de la communauté nationale le soin de décider de la citoyenneté pour (ou contre) les autres composantes. A suivre…

 

 


La fraude du régime djiboutien devant l’opinion internationale

 

Le propre de tout régime impopulaire pris en flagrant délit de fraude, c’est de nier l’évidence en faisant le dos rond jusqu’à ce que les choses se tassent et que, par lassitude, l’opposition victorieuse et le Peuple abandonnent la lutte pour un véritable Etat de droit. Le RPP ne doit pas trop compter sur un tel découragement, comme en témoigne la mobilisation permanente de nos concitoyens et la détermination de l’UAD à ne pas se laisser déposséder de son éclatante victoire.

 

C’est dans ce cadre qu’au nom de l’UAD, le Président Dini a entrepris une série de démarches afin d’informer l’opinion internationale sur les conditions scandaleuses et inacceptables dans lesquelles se sont déroulées les élections législatives du 10 janvier 2003. nous vous présentons ci-dessous une lettre adressée dans ce sens.

 

La démarche entreprise par le Président de l’ARD et tête de liste de l’UAD auprès de nos partenaires est en effet inédite. Que cette démarche ait déplu à ceux qui souhaitent à tout prix conserver cet état de non-droit nous conforte dans la conviction qu’elle était judicieuse. Pour inédite qu’elle fut, elle n’en était pas moins cohérente. Elle s’inscrit dans la logique pacifique de démystification d’un régime condamné par l’Histoire et visait surtout à sensibiliser tous nos partenaires politiques et économiques sur les graves dangers d’instabilité que fait courir à notre pays et à la région ce régime irresponsable.

 


Ahmed Dini Ahmed

Président de l’ARD

Alliance Républicaine pour le Développement Tête de liste de l’UAD

Union pour l’Alternance Démocratique

 

Paris, le 28 avril 2003

 

Adresse à Djibouti BP 300 Djibouti

 

Tél. (00253) 351497 Tél. (00253) 25 01 88 Tél. (00253) 250919

 

Adresse en France 7 rue Décrès 75014 Paris Tél. I Fax 01 43 95 0744

 

 

A Monsieur le sénateur Jacques Legendre

 

Secrétaire général parlementaire

 

de l’Assemblée Parlementaire Francophone 235 boulevard Saint Germain 75007 Paris

 

 

A Madame Monique Pauti

 

Secrétaire Générale de l’ACCPUF

 

Association des Cours Constitutionnelles partageant l’usage du français

 

2 rue de Montpensier 75001 Paris.

 

 

Madame, Monsieur,

 

La République de Djibouti vient de procéder le 10 janvier 2003 à des élections législatives pour élire les soixante cinq députés de son Assemblée nationale. Les élections se sont déroulées sans la moindre violence, grâce uniquement à la maturité et à la tolérance du peuple djiboutien et malgré les fraudes généralisées qui ont atteint un degré caricatural. Voulant se faire passer pour une République comme les autres, le régime djiboutien a adopté les formes institutionnelles visibles de la démocratie telles qu’une séparation des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, l’instauration d’un médiateur de la République, ou la création d’une Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

 

Se prévalant de la mise en place apparente de normes démocratiques le régime djiboutien signe traités, conventions et accords internationaux et rejoint comme membre des organisations ou institutions internationales se référant à ces mêmes valeurs. Mais il ne s’agit là que d’une apparence abusive, la réalité étant toute autre :

 

L’Exécutif est le même depuis 26 ans, appartenant au même parti politique, gouvernant sans contrepouvoir ni contrôle, n’ayant de compte à rendre à personne.

 

Le Législatif est sans attributions constitutionnelles définies, ni impact d’aucune sorte sur la conduite des affaires publiques.

 

Le Judiciaire, ne jouissant d’aucune marge de liberté, se trouve dans la dépendance totale du pouvoir exécutif.

 

Le médiateur, cadre dirigeant du parti au pouvoir, ne peut connaître que d’affaires dont il doit être saisi par un membre de l’Assemblée nationale, elle-même composée depuis 26 ans des seuls membres de ce parti dirigeant et de ses alliés. Aussi il ne peut exercer de médiation qu’à la demande de ses partisans.

 

Enfin, la CENI composée exclusivement de fonctionnaires et partisans du régime en place n’a pas été instituée en vue d’assumer le rôle et la responsabilité traditionnellement dévolue à une CENI. C’est la raison pour laquelle l’opposition a refusé d’en faire partie. D’ailleurs certains membres de la dite CENI ont été surpris au cours du scrutin en flagrant délit de bourrage d’urnes et autres fraudes en faveur de la liste du parti au pouvoir. La situation est donc totalement bloquée et masquée par la tromperie.

 

Au temps des élections sous 1e régime du parti unique, seul ce parti pouvait présenter une liste élue d’office tandis que les candidats aux « élections » n’étaient pas astreints au versement d’une caution pour faire enregistrer leur liste (voir document n°1: Loi organique en annexe). Avec une opposition interdite, il n’était exercé ni contrôle de légalité ni respect de procédures, aucune contestation n’étant admise dans la pratique.

 

Après septembre 1992, l’instauration d’un système limité à quatre partis permit un certain pluralisme des candidats, aussi le régime a eu recours à la fraude électorale et à la violation de tous les textes concernés et en adoptant de nouveaux textes afin de préserver son monopole sur l’Assemblée et sur les autres centres de pouvoir. Un dépôt de caution inconnu du temps du parti unique est également institué, avec un montant fixé à la somme exorbitante de 500 000 FDJ (soit 2780 €), conditionnant l’enregistrement de toute liste de candidats.

 

Les élections législatives du 10 janvier 2003 n’ont pas dérogé à ces pratiques devenues règles, et les fraudes commises à cette occasion se sont caractérisées par les différents points suivants :

 

Premier point : une liste électorale utilisée comme un document confidentiel dont la communication ou même la consultation est refusée à l’opposition, alors que la loi en prescrit au contraire la publication par affichage et communication pour examen à tous les partis politiques. Le gouvernement prétend sans cesse qu’elle n’est pas imprimée (document n°2 : Décret n°93-0023/PR/Ml). De plus, cette liste électorale inaccessible à tout autre parti que celui au pouvoir, est, selon le communiqué même du 12 janvier 2003 de la Mission d’observation de la ligue des États arabes et de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), « inadéquate avec le corps électoral tel qu’il existe », et ainsi qu’il ressort du rapport de la Mission d’information de l’Union africaine (document n°3 et n°4). Cette liste électorale comporte en outre de très nombreuses inscriptions volontairement multiples des mêmes électeurs, favorisant les votes multiples et frauduleux (document n°5 : exemple de cartes d’électeurs multiples).

 

Deuxième point : la liste électorale et les cartes d’électeurs destinées aux districts de l’Intérieur du pays sont établies en violation des textes, sans mentionner: ni adresse, ni référence de l’identité de l’électeur, ni désignation et indication du numéro du bureau de vote, de telle sorte que l’électeur ne sait ni où demander sa carte ni où se rendre pour voter , et aucun contrôle n’est possible le jour du vote. N’importe qui peut alors voter avec n’importe quelle carte et n’importe où. Cette anomalie frauduleuse a concerné 82541 électeurs sur les 178799 que compte l’électorat djiboutien, touchant quatre districts sur cinq dans le pays (document n°6 : Extrait de la liste d’émargement).

 

Troisième point : Non remise à leurs titulaires des cartes d’électeurs établies à partir des listes inadéquates existantes (document n°7: lettres de l’UAD au Président du Conseil Constitutionnel). Les cartes retenues sont frauduleusement utilisées par des agents de l’administration nommés « Assesseurs » aux bureaux de vote, ou par des délégués du parti au pouvoir, ou même par des membres de la CENI.

 

Quatrième point: désignation des membres des bureaux de vote, Président, Secrétaire ou Assesseurs, sur le strict critère d’appartenance au parti au pouvoir, avec refus total des Assesseurs proposés par l’opposition (document n°7).

 

Cinquième point : intervention intempestive des forces de l’ordre, militaires ou policiers, soit pour expulser ou arrêter le délégué de l’opposition afin de l’empêcher de veiller sur le déroulement des votes, soit pour emporter de vive force l’urne contenant les votes avant tout dépouillement (document no8: Attestation d’un secrétaire de bureau de vote).

 

Sixième point : transfert des bureaux de vote de l’endroit originel indiqué dans le décret organisant le scrutin vers un lieu inaccessible ou même inconnu (document n°9 : Attestation d’un membre de la. CENI et Attestations de notables de village).

 

Septième point : non rédaction des procès verbaux de vote en présence des délégués de l’opposition et établissement ultérieur d’un document faux par les seuls partisans du parti au pouvoir (documents n°8 et n°9 déjà cités).

 

Huitième point : composition du Conseil constitutionnel des seuls membres du parti au pouvoir, qui entérinent automatiquement par leur jugement tout le processus électoral entaché de fraudes.

 

Neuvième point : publication des résultats d’un scrutin législatif sans rapport avec l’expression populaire par les médias publics réunis, Radio et Télévision de Djibouti (RTD), La Nation presse écrite, Agence Djiboutienne d’Information (ADI), sous la conduite des partisans du parti au pouvoir. Le verrouillage et la pérennisation d’un système vicié et bloqué de toutes parts sont assurés par la seule coercition du pouvoir régalien qui en est issu.

 

De tels attitudes et agissements avaient fatalement conduit le pays par le passé à un conflit civil et à un affrontement armé fratricide qui a duré de 1991 à 2000, aboutissant après de longues négociations à un Accord de réforme et de concorde civile signé le 12 mai 2001 pour traiter des causes et des conséquences de ce conflit et lui préconiser des solutions et des remèdes (document n°10: Accord de réforme et de concorde civile, du 12 mai 2001). Mais deux ans après sa signature, le régime refuse toujours obstinément de mettre cet accord en application, maintenant le blocage au même point de départ qui avait occasionné la lutte armée.

 

Devant une telle impasse, et afin d’éviter de recourir de nouveau à des actions violentes, nous, opposition, unis au sein de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) regroupant les quatre partis d’opposition Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), Union pour la Démocratie et la Justice (UDJ), Mouvement pour le Renouveau Démocratique et pour le Développement (MRD), et Parti Djiboutien pour le Développement (PDD), avons résolument décidé de suivre la voie légale.

 

Les objectifs de cette décision et sa mise en oeuvre visent à démasquer les impostures du pouvoir, à susciter une prise de conscience dans le pays, et à s’opposer aux complaisances et encouragements accordés de l’extérieur en faveur du régime. Ce, dans le but de contraindre les autorités djiboutiennes à se soumettre aux normes démocratiques et à la bonne gouvernance.

 

Aussi nous entendons dénoncer l’imposture totale dans laquelle s’est déroulée la mise en place de la CENI : lire en document n°11 le premier décret du 30/09/2002 portant composition et fonctionnement de la CENI, en document n°12 la lettre du 9/11/2002 de l’ARD et l’UDJ au Président de la République lui demandant de faire modifier le contenu du décret sur la CENI sous peine de le déférer devant la justice, et en document n°13 un second décret du 23/11/2002, modifiant le premier décret pour en justifier a posteriori la violation, en réduisant de moitié le délai légal entre la désignation des membres de la CENI et la tenue du scrutin.

 

Puis arrive les 25 et 26 novembre 2002, aux domiciles des représentants de chaque parti d’opposition, une lettre du Ministre de l’Intérieur leur enjoignant d’assister à la cérémonie du 27 novembre de prestation de serment des membres de la CENI, soit une cérémonie fixée au lendemain de la remise à domicile des invitations (document n°14 : lettre du 26/11/2002 du Ministre de l’Intérieur à M. Ahmed Dini, Président de l’ARD).

 

L’opposition a vivement réagi à cette provocation par une lettre adressée le jour même du 26 novembre au Ministre de l’Intérieur, lui exprimant clairement les raisons pour lesquelles l’opposition ne pouvait se joindre à la CENI sous sa forme présente et dans un tel manège de procédés (document n°15 : lettre du 26/11/2002 des partis d’opposition au Ministre de l’Intérieur et de la décentralisation).

 

Aucune suite n’ayant été donnée à nos objections adressées au Président de la République et au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, nous avons saisi le Conseil du contentieux administratif par le dépôt d’une requête en annulation des décrets relatifs à la CENI (document n°16 : Requête introductive d’instance auprès du Conseil du contentieux administratif). Mais hélas, le Conseil du contentieux administratif n’a pas davantage répondu à notre requête, imitant comme de tradition l’attitude du Chef de l’Etat, si bien qu’aucune voie de recours légal contre les actes du pouvoir n’est jamais ouverte en République de Djibouti.

 

Pendant la phase préparatoire des élections législatives, nous avons saisi le Conseil constitutionnel du refus qui nous a été opposé de consulter la liste électorale mais aussi du refus de distribuer les cartes d’électeurs à leurs titulaires (document n°7 déjà cité: lettres de l’UAD au Président du Conseil Constitutionnel). Cette saisine n’a abouti à aucun résultat.

 

Lors du dépôt de la liste des candidats, nous avons de nouveau saisi le Conseil Constitutionnel du refus par le Ministre de l’Intérieur de nous permettre de remplacer des candidats insolvables par d’autres candidats, un dépôt de 500.000 FDJ étant exigé comme caution. Le non dépôt de la caution constituant une cause d’inéligibilité, la loi autorise ce remplacement. Mais le Conseil Constitutionnel a rejeté cette requête (document n°17 : Requête du 25/12/02; et document n°18 : Décision du 28/12/02 de rejet de la requête).

 

Dès la fin des élections législatives, et avec production de preuves formelles de violations des lois sur les élections ainsi que de fraudes flagrantes, nous avons formulé devant ce même Conseil Constitutionnel un recours en annulation des élections législatives (document n°19 : Requête du 23/01/03). Et c’est sans procéder aux vérifications et constats que nous avions demandés ni à aucune instruction judiciaire, que le Conseil constitutionnel a rejeté notre recours (document n°20 : décision du 20/02/03 de rejet de notre requête). L’ensemble des éléments exposés ici laissent bien peu de possibilité à l’avènement de la démocratisation en République de Djibouti sous le régime actuel, lequel s’applique au contraire à en bloquer toutes les voies.

 

Cependant, le peuple djiboutien devant être le seul maître de son destin et de l’amélioration de sa situation, nous ne demandons pas une ingérence étrangère particulière dans les affaires de la République de Djibouti. Néanmoins, compte tenu de ce que Djibouti a adhéré à des organisations et institutions internationales en voulant passer pour ce qu’il n’est pas, et afin que le régime cesse de se croire soutenu et encouragé à persévérer dans la voie de l’illégalité, nous demandons :

 

A: que la section djiboutienne soit suspendue de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie dont elle est membre car cette présence lui apporte une légitimité indue, notre Assemblée nationale n’étant pas une assemblée élue dans les règles démocratiques. La majorité de notre peuple ne lui reconnaissant d’ailleurs aucune légitimité.

 

B : que l’ « Association des Cours Constitutionnelles partageant l’usage du Français » qui a institué l’«Observatoire de l’activité des Cours Constitutionnelles: Actualités électorales », prenne en considération la réalité du Conseil Constitutionnel de la République de Djibouti. Celui-ci contrevient gravement à l’article 3 des statuts de cette association en s’opposant à l’avènement de l’Etat de droit et en s’alignant systématiquement sur un régime qui viole ces droits d’une manière permanente et flagrante. Aussi, ce Conseil rend non seulement des jugements iniques mais commet par là-même un véritable déni de justice en toute connaissance, contre l’évidence des faits attestés, et constitue un des principaux obstacles à l’Etat de droit.

 

En rapport avec ce qui précède, il convient de souligner enfin que par sa situation géographique, sa nature géophysique et ses conditions climatiques, Djibouti cumule des avantages incomparables, propices à des exercices et entraînements militaires pour toutes les armes, terre, air et mer. Aussi Djibouti abrite des bases et de la présence militaire d’un certain nombre d’États démocratiques. En échange de quoi, il bénéficie, de la part de ces États démocratiques, de soutiens et d’assistances multiformes sous l’aspect de coopération à l’intérieur du pays et de caution de respectabilité démocratique à l’extérieur, contribuant à pérenniser une situation de non-dit.

 

Notre présente démarche vient à contre courant de ces cautions mais représente en réalité la seule alternative d’ouverture vers la démocratisation et le développement de notre pays, c’est à dire la seule chance vers la paix civile et vers une stabilité durable.

 

Ahmed Dini Ahmed

 

Président de l’ARD

 

 


 

Une fumée peut en cacher une autre

Antitabagisme, antiterrorisme et trafic de drogue

 

Tous les États de la planète se sont mobilisés pour commémorer le 31 mai dernier la « Journée Mondiale contre le tabac ». Bonne intention qui souligne l’urgence, surtout dans les pays du Tiers-monde, de responsabiliser les citoyens face à ce fléau. Si une telle initiative ne peut qu’être soutenue, ceci ne doit par nous faire oublier que, sous couvert de la lutte antiterroriste, une autre calamité prend silencieusement des proportions alarmantes : l’essor de la culture et du commerce de l’héroïne en Afghanistan.

 


 

Force est aujourd’hui de reconnaître que le régime des Talibans avait deux caractéristiques majeures : dans ses affaires intérieures, c’était l’obscurantisme le plus rétrograde ; dans ses relations internationales, c’était la fanfaronnade impuissante. Car, s’il n’avait pas commis l’erreur d’offrir refuge à Ben Laden, il est fort peu probable que ses agissements indigènes eussent suscité une quelconque sanction internationale : l’Afghanistan n’avait malheureusement pas le monopole des pratiques dictatoriales, quelle qu’en soit la justification, idéologique ou religieuse.

Mais les Talibans avaient au moins réussi un exploit : en 2000, ils avaient totalement interdit la culture du pavot, dont sont tirés l’opium et surtout l’héroïne. Bien avant eux, le régime islamiste d’Iran avait réussi à éradiquer cette culture en une seule année.

La mise en place d’une nouvelle élite afghane, suite à la lutte antiterroriste consécutive au 11 septembre et pour diverses raisons au rang desquelles il convient de souligner l’inexistence d’un pouvoir central fort, l’effondrement des infrastructures productives et la misère consécutive de la population, s’est accompagnée d’un regain de la culture du pavot. Pour le petit paysan patchoun sans ressource, et par définition peu enclin à faire confiance à un gouvernement d’une Alliance essentiellement tadjik, c’était le moyen le plus facile de subvenir aux besoins de sa famille : un champ de pavot rapporte, estime-t-on, quinze fois plus qu’une culture vivrière.

Toutefois, cultiver ne suffit pas, il fallait la complicité de certains barons de la drogue capables d’acheter le pavot, de le retraiter et de trouver un marché où l’écouler. Et c’est là le véritable drame : il est aujourd’hui établi que ces caïds de la drogue, ce sont les nouveaux responsables politique afghans, autrefois chassés par les Talibans et qui sont revenus à la faveur de la lutte contre le terrorisme international. Résultat de cette « Alliance avec le Diable » : l’Afghanistan sera en 2003, selon des prévisions des Nations unies, le premier producteur mondial d’opium avec plus de 4000 tonnes.

Ainsi, la nouvelle hiérarchie des priorités consécutive au 11 septembre, a eu pour effet de réhabiliter les narcotrafiquants afghans, souvent des chefs de guerre tribaux qui freinent l’instauration d’un pouvoir central fort, et de reléguer au second rang la lutte contre le développement du trafic des stupéfiants et surtout la recherche d’une solution alternative pour les malheureux paysans sans issue.

On ne peut manquer de penser à l’intransigeance morale du philosophe Karl Kraus lorsqu’il disait : « entre deux maux, je n’en choisis aucun ». Force est donc d’admettre que de telles bonnes intentions ne guident pas toujours l’action des grands de ce monde.

Certes, 4,5 milliards de dollars américains ont été accordés à l’Afghanistan lors de la conférence de Tokyo, mais cette aide internationale ira exclusivement, de l’avis même des experts, à la reconstruction des infrastructures détruites par l’offensive internationale contre les Talibans et ne financera aucun projet de développement visant à substituer d’autres cultures à celle du pavot.

Il est donc bien clair qu’en fonction de cette hiérarchie des priorités, combattre la drogue est politiquement moins rentable que de combattre les réseaux terroristes, même s’il est bien évident que la drogue rapporte beaucoup plus que l’action terroriste (rien qu’en Europe, la revente de l’opium représenterait près de 15 milliards d’euros par an) et que, jusqu’à preuve du contraire, la drogue tue nettement plus que le terrorisme aveugle.

N’est donc pas proche le jour où, grâce à un véritable programme de développement, une opportunité sérieuse sera offerte au petit paysan afghan afin qu’il vive dans la dignité et non en contribuant à détruire la vie de milliers de toxicomanes de par le monde mais surtout en Occident. En attendant, ce sont principalement ceux appelés à la rescousse dans la lutte antiterroriste qui profitent de la situation en participant à pérenniser les conditions des multiples formes de misère qui produisent cette dramatique pléthore des candidats au « martyr terroriste ».

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 53 du mercredi 28 mai 2003

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Réalité numéro 53 du mercredi 28 mai 2003

 
          Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Interview du Président Dini aux «Nouvelles d’Addis»

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 53

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LE PROCÈS DE DAF OU L’ACTUALITÉ DE KAFKA

« Il fallait qu’on ait calomnié Joseph K. : un matin, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté. » Par cette courte phrase, Franz Kafka installait d’emblée son « Procès » dans l’absurde inhumanité qui dépossède l’Homme devant la loi. Le procès, prévu pour ce mercredi, du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, illustre toute l’actualité de cet univers totalitaire à Djibouti : DAF est calomnié, si l’on peut dire, d’avoir calomnié ! Honnête citoyen comme M. K., le malheureux héros du roman, DAF est tout simplement persécuté parce qu’il est un farouche opposant à ce régime de non-droit. Car, personne ne s’y trompe, l’article incriminé ne peut en aucun cas justifier accusation ou incarcération : en quoi la forme interrogative peut-elle constituer une diffamation ? Dans son article, DAF n’avait en effet fait que poser des questions. Ce qui est la première rigueur journalistique lorsque l’on n’est pas une plume commanditée par le pouvoir en place, pisse-copie des épiscopats politiques, et que l’on n’a pas forcément les réponses adéquates. Une chose est sûre, ce ne sont pas des spécialistes de la langue française qui s’affronteront au tribunal et le débat ne tournera pas autour de la question de savoir si le prévenu, en tant que rédacteur en chef du « Renouveau Djiboutien », a utilisé une forme syntaxique diffamante : c’est que, dans une logique inquisitoriale, la question ne devait pas être posée !

La vérité est là : par sa détermination, l’opposant DAF gêne le pouvoir en place parce qu’il dévoile les fondements inégalitaires et divisionnistes du régime en place, tout comme la corruption généralisée et la dilapidation des deniers publics. D’autres l’ont fait avant lui, souvent au péril de leur vie ou au prix de leur liberté ; d’autres le font encore avec lui, peut-être avec moins de mordant, direz-vous. Mais cet acharnement contre le Président d’un parti d’opposition légalement constitué montre qu’autant que la question sacrilège, ce qui dérange, c’est celui qui la pose. Ce qui dévoilerait alors une dimension pratiquement banale du système politique djiboutien : à la division tribale du travail politique doit obligatoirement correspondre une répartition tribale des allégeances comme des contestations. En fonction de son origine, l’individu est sommé d’adhérer au régime qui trahit, se faisant, sa véritable nature : la République de Djibouti n’est certes pas un Etat de droit tout court, mais elle n’est pas davantage un Etat de droit tribal.

On comprend alors mieux les ressorts inavoués de ce procès : à travers DAF, c’est le fondement unitaire et national de l’opposition, regroupée au sein de l’UAD, que le régime cherche à atteindre. La dernière campagne électorale pour les législatives du 10 janvier l’a clairement prouvé : la mouvance présidentielle avait principalement axé ses discours sur l’incitation à la haine tribale, alors que l’UAD prônait unanimement la Paix et la Réconciliation nationale, afin qu’un réel Développement soit assuré à toutes les composantes de la communauté et à toutes les régions du pays. Si Dieu prête vie aux uns et aux autres, cette différence dans la conception de la citoyenneté djiboutienne constituera, à n’en pas douter, la principale ligne de partage entre le candidat du régime et celui de l’opposition. Par son dynamisme et sa popularité, DAF constitue donc pour le pouvoir en place l’ennemi à neutraliser prioritairement.

Mais, contrairement au héros de Kafka, DAF ne se laissera absolument pas abattre par la déraison totalitaire d’un régime dont la majorité des Djiboutiens attendent la chute avec impatience.

 

 


Interview du Président Dini aux «Nouvelles d’Addis»

 

Le Président de l’ARD, M. Ahmed Dini a accordé à notre confrère « Les Nouvelles d’Addis » une interview que nous reproduisons intégralement.

 


 

Ahmed Dini : « En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a l’impression que le gouvernement s’efforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. »

 

Deux ans après la signature de l’Accord de réforme et de concorde civile, dans un entretien avec Les nouvelles d’Addis, Ahmed Dini Ahmed s’étonne de l’attitude du gouvernement qui, ne respectant pas sa signature, « empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile ». Il aborde aussi les malversations diverses, la misère matérielle et morale de la population, les difficultés faites à l’opposition, la fraude électorale,… et il insiste sur sa démarche en direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie, en faveur d’un désaveu de la politique djiboutienne.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR ALAIN LETERRIER

 


 

L’accord oublié

LNA. – Nous nous retrouvons pour votre cinquième entretien avec Les nouvelles d’Addis. Nous sommes le 12 mai, c’est un anniversaire, le deuxième anniversaire de l’Accord de réforme et de concorde civile, que vous avez signé avec le gouvernement djiboutien. Aujourd’hui, c’est un euphémisme de dire qu’en regard du nombre d’engagements pris par les parties signataires, il n’y a pas forcément de quoi être très satisfait du résultat. J’aimerais avoir votre point de vue à ce sujet. Où en est-on de la mise en œuvre de cet accord, deux ans après ?

Ahmed Dini. – L’attitude des parties signataires de cet accord est, on ne peut plus divergente. Une partie s’efforce de l’oublier, c’est la partie gouvernementale. L’autre partie – c’est-à-dire nous et le peuple de Djibouti – fondait de grands espoirs sur cet accord. Nous nous efforçons de ne pas oublier cet accord et les mesures prévues dans cet accord et de l’empêcher de tomber dans l’oubli. Cet accord prétendait régler les causes du conflit civil qui a duré dans le pays, pendant dix ans et qui a fait beaucoup de victimes, de l’ordre de milliers et beaucoup de dégâts matériels.

Quelqu’un a dit, je crois qu’il s’agit de Thomas Holmes, que « la cause des guerres civiles, c’est l’ignorance des causes.». Nous avions identifié les causes de ce conflit civil et, après les avoir identifiées, nous avons proposé une thérapeutique et des mesures de prévention. Une thérapeutique pour les séquelles, les dégâts, produits par ce conflit, et des mesures de prévention pour que cela ne se renouvelle pas.

Le gouvernement, en oubliant l’existence de cet accord, maintient les causes du conflit civil. En refusant de mettre en œuvre la thérapeutique, il refuse de réparer les préjudices causés par cette guerre civile. En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a l’impression qu’il s’efforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous ne comprenons pas les démarches d’un gouvernement national qui empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile.

Notre partie, c’est-à-dire la population et les signataires non gouvernementaux de cet accord, tient tellement à l’application de cet accord qu’aujourd’hui, deuxième anniversaire de l’accord, un meeting est organisé et la direction des quatre partis de l’opposition nationale a décidé de faire du 12 mai, la Journée Nationale de la Paix Civile. Pour nous, c’est très important, alors que nous avons en face de nous, un gouvernement qui considère cet accord, comme nul et non avenu.

LNA. – N’avez-vous pas l’impression que le gouvernement cherche à pousser l’opposition à la faute ? Que le premier sang versé pourrait l’intéresser ?

AD. – Apparemment c’est cela. Nous n’avons pas d’autre explication à cette attitude totalement négative. Mais que gagnerait le gouvernement en nous poussant à la faute ? Nous ne voyons pas quel bénéfice le gouvernement pourrait tirer d’un désordre civil à Djibouti.

LNA. – Les gens qui n’étaient pas très favorables à cet accord disent, qu’au moment de la signature, le gouvernement espérait recevoir quelques subsides. Montrer un profil « correct » et sans plus ; qu’il n’était pas dans ses systèmes d’en appliquer les termes.

AD. – Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle et l’intégrité morale d’accorder à autrui la considération que l’on s’accorde à soi-même, et de lui accorder un préjugé d’intelligence et de raison. Nous ne pouvions pas supposer et nous ne le supposons pas maintenant que le gouvernement est contre la paix dans le pays. Nous ne le pensons pas. Ce serait inintelligent, contreproductif et, finalement ce serait suicidaire. On ne peut pas durablement maintenir dans un pays une situation de non-paix. Même si certains peuvent, à la faveur de troubles, pêcher, comme on dit, dans les eaux troubles et en retirer quelques bénéfices ponctuels, individuels et éphémères. Au moment où le gouvernement a signé cet accord, il voulait peut-être en retirer des retombées positives.

Mais cet accord prévoit que pour son application, le gouvernement ferait appel au financement international. D’ailleurs, un certain nombre de parties multilatérales étaient prêtes à y contribuer, à y participer. Et, curieusement, le gouvernement n’a pas demandé le financement de la reconstruction des zones touchées par le conflit, des parties détruites… Il n’a pas demandé d’argent pour rebâtir ce qui a été détruit par la guerre civile. Nous avons l’impression qu’il y a une situation d’anarchie et de chaos, non pas voulue délibérément, mais provoquée et entretenue par un état de confusion. De confusion politique, administrative, à tous les niveaux. Nous sommes en présence d’une situation de non-droit qui émane d’un pouvoir qui a une apparence d’État, mais qui n’a pas la réalité d’un État.

Nature et développement des malversations

LNA. – N’existe-t-il pas aussi l’hypothèse que le pouvoir ne soit pas pressé d’appliquer l’accord dans sa globalité, et de donner ainsi à tous les acteurs politiques et aux citoyens l’accès aux données financières, etc. Ceci pouvant mettre au jour d’éventuelles malversations, actes de corruption ou autres ?

AD. – C’est possible. Mais, là encore, je dirais qu’il faut accorder à autrui le préjugé favorable que l’on s’accorde à soi-même… A contrario, il faut penser des autres le mal que l’on pense de soi-même. Si on est conscient que soi-même on peut se conduire de manière anormale, non conventionnelle, on peut imaginer que l’autre, son vis-à-vis peut lui aussi se conduire de cette manière. Donc, ce que vous voulez dire, c’est que le pouvoir ne voudrait pas nous introduire dans le partage du « fromage ».

Ce qui se passe à Djibouti dépasse la nature de la corruption. La corruption se passe entre corrupteurs et corrompus. Étant donné que c’est un acte peu honorable, cela se passe en cachette. On cache la corruption comme on cache un vice. À Djibouti, bien qu’il y ait des corrupteurs et des corrompus, ce qui se passe est d’une autre nature. Comme tout état moderne, nous avons des institutions, dont l’ensemble constitue l’État. Ces institutions sont l’exécutif, le législatif, le judiciaire, etc. Aucune de ces institutions ne remplit ses fonctions. On constate que chaque pouvoir, dans son créneau, se trouve en embuscade, une véritable embuscade.

Tout ce qui passe à sa portée est happé et privatisé. Et chaque pouvoir, au lieu de limiter le pouvoir de l’autre et de matérialiser ainsi l’équilibre de l’État, est complice avec son vis-à-vis. Complicité entre l’Exécutif et le Législatif et complicité entre le Judiciaire et les deux premiers. Les potentialités du pays sont prises en otage, par ceux qui devraient les gérer. Au lieu de gérer le pays, ils l’ingèrent. « Glup ! Avalé ! » La nature des malversations qui sévissent à Djibouti est absolument différente de ce que l’on nomme ailleurs, la corruption. Cela s’aggrave de jours en jours, de mois en mois, d’années en années. De telle sorte que le pays ne se développe pas. Ceux qui sont au pouvoir s’enrichissent, le peuple s’appauvrit. Le pays devient de plus en plus pauvre. Alors que le budget est de plus en plus gonflé.

Au commencement du conflit civil, le budget national était d’un peu plus de 25 milliards de francs Djibouti. Avec ces 25 milliards, l’administration fonctionnait et les salaires étaient versés mensuellement. Les pistes étaient entretenues, les services de santé fonctionnaient, les malades hospitalisés étaient nourris, les cantines scolaires fonctionnaient normalement. Maintenant, douze ans plus tard, le budget a presque doublé, il est de 41 milliards de francs Djibouti. L’entretien des pistes est supprimé ; de temps en temps, l’armée française entretient quelques tronçons, mais le gouvernement de Djibouti n’entretient plus les pistes, dans les régions de l’intérieur.

Cette année, le budget pour l’alimentation des malades hospitalisés a été officiellement supprimé. Jusqu’à 2002, ce budget existait, mais il n’était pas consacré à l’alimentation des malades, il était détourné. Les malades qui sont hospitalisés dépendent de personnes extérieures pour leur nourriture ; s’ils n’ont personne, ils n’ont plus qu’à mourir d’inanition. Les cantines scolaires sont fermées. Les salaires sont en retard, les arriérés sont de plusieurs mois. On m’a dit que pour certains, cela pouvait aller jusqu’à huit mois.

Les pensions de retraite ne sont pas payées, non plus. Il y a des retards, là aussi. Et le budget est doublé. Nous sommes en présence d’une situation totalement aberrante. Ce n’est ni un État organisé, ni un État anarchique. Ce sont les institutions embusquées qui s’approprient les potentialités du pays.

Le volet critique d’un rapport du Sénat français

LNA. – Dans un rapport d’information de la commission des Affaires étrangères du Sénat français, qui vient de paraître (1), la gestion des recettes et aides par le gouvernement djiboutien semble brocardée. Je cite trois extraits :

1) « Les élections générales du 10 janvier 2003 ont donc été organisées dans un climat de liberté d’expression jamais connu auparavant, et leurs résultats ont manifesté une nette percée de l’opposition, même si le mode de scrutin (liste majoritaire à un tour) a permis à la majorité sortante de remporter les 65 sièges de l’Assemblée. Cette émergence de l’opposition (37 % des voix dans la ville de Djibouti) traduit sans doute le désarroi d’une population qui ne bénéficie d’aucune retombée des masses financières que le Gouvernement tire de l’activité portuaire et de la présence des troupes étrangères sur son sol. »

2) « De nombreuses aides budgétaires ont également été consenties au profit du territoire, dont 1,8 million d’euros en 2001 et 6 millions d’euros en 2002. Ce soutien constant n’a pas permis, cependant, d’enrayer l’émergence d’une crise des finances publiques, dont la principale manifestation se traduit par un retard constant dans le versement des traitements de la fonction publique. La masse d’arriérés se monte aujourd’hui à environ cinq mois de salaire. »

3) « Ce constat est préoccupant car il témoigne d’un manque de maîtrise des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien. » Avez vous un commentaire à faire sur ces points ?

AD. – Je me permets d’abord une remarque sur la nature très approximative du contenu du rapport, nonobstant le sérieux reconnu de ses auteurs. Il ne pouvait en être autrement lorsque l’on visite quatre pays en 8 jours, jours d’arrivée et de départ inclus. Dans ce cas, les sources disponibles pour se faire une idée sont les personnes et les archives officielles. Il y en a qui sont peu informées, mal informées ou même désinformantes.

Concernant les trois extraits que vous citez :

1) Tant que les élections se déroulaient sous le régime du parti unique, il n’était pas question de liberté d’expression puisque le parti au pouvoir était le seul à avoir droit à la candidature, sur liste unique automatiquement élue. Depuis 1992, la liberté d’expression pendant la campagne électorale a toujours existé mais c’est la transparence et l’honnêteté du scrutin qui continuent de faire totalement défaut, malgré la liberté de la campagne électorale prévalant depuis 12 ans déjà. Le score officiellement reconnu à l’opposition dans la capitale n’est pas de 37%, comme l’écrit le rapport du Sénat, mais bien de 45% (44,97%) après la rétention délibérée par l’administration de toutes les cartes d’électeurs appartenant aux partisans et sympathisants de l’opposition, et la délivrance des cartes multiples et des ordonnances aux partisans et sympathisants du régime. Le vote pour l’opposition traduit sûrement le désir d’une population qui veut se débarrasser d’un régime devenu insupportable, qui l’opprime depuis l’indépendance en 1977.

2) La population n’est pas loin de considérer qu’elle n’est pas le véritable destinataire de l’aide consentie au gouvernement. Et il est donc devenu « normal » de ne pas bénéficier des retombées positives. Il s’agit, comme nous l’avons dit ailleurs (2), d’une coopération « connivence » entre les pays donateurs et le régime djiboutien. Ce n’est pas la « confidentialité » de la dernière convention financière entre la France et Djibouti qui le démentira ; ni le contrat de gestion, lui aussi confidentiel, du Port et de l’Aéroport de Djibouti avec le Port de Dubaï.

3) Au contraire, ce qui est préoccupant, c’est la maîtrise absolue, opaque et irrégulière des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien, sans aucun contrôle.

Fraudes politiques, atteintes aux droits de l’homme, etc.

LNA. – Donc, en janvier 2003, ont eu lieu les premières élections multipartites à Djibouti. Officiellement, la coalition des partis au pouvoir a remporté ces élections législatives. Les partis d’opposition, dont votre parti, l’Alliance Républicaine pour le Développement, ont contesté ces résultats. Qu’en est-il aujourd’hui de vos démarches sur cette question ?

AD. – En participant aux élections, nous avions plusieurs objectifs. Le premier, évidemment, c’était de gagner ces élections. Comme il n’existait pas de précédent où l’opposition avait remporté une élection en République de Djibouti, depuis l’indépendance, nous avions intégré dans nos réflexions, la possibilité de ne pas gagner ces élections. Mais, dans cette hypothèse, nous étions décidés à savoir pourquoi nous ne l’avions pas gagnées. Si c’était le choix des électeurs, il n’y avait rien à dire. Si c’était le résultat de magouilles du pouvoir, nous étions décidés à en apporter la preuve et à suivre la voie légale prévue pour ce cas-là, c’est-à-dire, à aller devant les juridictions compétentes. Malheureusement, les juridictions à Djibouti sont des appellations sans objet. Elles ne désignent pas des juridictions qui disent la Loi et rendent la justice entre les justiciables.

Nous avons participé aux élections. Nous avons eu l’occasion de nous exprimer librement, de tenir nos meetings librement et en paix, malgré le déséquilibre de la couverture médiatique. Lorsque nous avions 5 ou 6 minutes d’antenne à la télévision ou à la radio (en dehors des temps de la campagne officielle), les partis au pouvoir avaient 55 minutes. Malgré cela, nous avons participé à l’élection. Le jour de l’élection, nous avons désigné nos représentants, nos délégués et le pouvoir a désigné les membres des bureaux de vote, c’est-à-dire, le président, le secrétaire et les assesseurs. On nous a refusé la possibilité de désigner des assesseurs. Nous avons protesté contre le fait que les membres des bureaux étaient désignés en fonction de leur appartenance politique et de leur proximité familiale avec les candidats gouvernementaux. Nous avons saisi le Conseil constitutionnel en disant, M. Untel est parent avec le candidat Untel, etc. Bien sûr, le Conseil constitutionnel n’en a pas tenu compte.

Nous avons constaté que dans la plupart des circonscriptions électorales nous avions réellement gagné les élections ou nous aurions pu les gagner. La préparation de ces élections a été unilatérale. Le pouvoir a préparé unilatéralement ces élections qui étaient faussées dès le départ. La liste électorale est fausse. La mission d’observation, désignée par l’Organisation Internationale de la Francophonie, a dit officiellement, dans son communiqué, que la liste était « inadéquate », qu’elle ne correspondait pas au corps électoral tel qu’il existait en janvier 2003. La liste étant fausse, les cartes d’électeur établies à partir de cette liste, sont évidemment fausses. La liste étant fausse, elle n’était donc pas présentable, pas publiable. Non seulement elle n’a pas été publiée, comme le prévoit la Loi, mais sa consultation nous a été interdite. Nous n’avons pas pu vérifier qui était inscrit, qui ne l’était pas, sur cette liste. Pourquoi certains sont inscrits plusieurs fois et d’autres ne le sont pas du tout… Étant donné que la liste était fausse, elle n’a donc pas été publiée. Étant donné que les cartes électorales établies sur la base de cette liste étaient, elles aussi fausses, elles n’ont pas été distribuées.

La rétention de ces cartes a été compensée par le recours massif au vote par ordonnance. Ces ordonnances ont été accordées à des gens qui sont supposés ou qui sont d’évidence des partisans de la liste gouvernementale. En plus de leur inscription normale sur la liste électorale, ils avaient des ordonnances (une, deux, trois…). Ils pouvaient voter dans n’importe quel bureau, puisque le bureau n’était pas indiqué sur leur ordonnance. Et ainsi voter dans plusieurs bureaux.

Dans la moitié des cas, c’est-à-dire pour plus de 82.000 électeurs sur 178.000, les cartes électorales ne comportaient ni la désignation de leur bureau de vote, ni l’adresse. De telle sorte qu’ils ne savaient pas où s’adresser pour retirer leur carte et où se rendre pour voter. Le gouvernement a rendu impossible la rencontre entre l’électeur et sa carte. Ces cartes-là sont restées en possession du gouvernement qui les a utilisées pour le bourrage des urnes. N’importe qui pouvant voter avec n’importe quelle carte dans n’importe quel bureau.

Nous avons apporté les preuves de tout cela devant le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel nous a déboutés, sans se livrer à aucune instruction judiciaire du dossier. Nous avions vraiment préparé le dossier à l’intention du Conseil constitutionnel. Nous lui avions demandé d’examiner les listes d’émargement parce qu’il est obligatoire que chaque fois qu’un électeur a voté, il signe son vote par l’apposition de son pouce gauche. Dans le cas où il y a eu un bourrage d’urnes, il n’y avait pas d’empreintes sur la liste d’émargement. Dans le cas où le bourreur d’urne apposait sa propre empreinte, pour faire croire qu’il y a eu des votes, les empreintes étaient identiques pour tous les électeurs. Nous avions donc demandé au Conseil d’examiner cette liste et il a refusé. Les procès-verbaux des bureaux de vote, en dehors de la ville de Djibouti, étaient tous des faux, dans la mesure où nos délégués ont été empêchés de participer à leur rédaction. Nous l’avons dit également au Conseil constitutionnel et nos délégués l’ont écrit ; le Conseil n’en a tenu aucun compte.

Les élections préparées unilatéralement, truquées le jour du scrutin et avalisées in fine par le Conseil constitutionnel, il n’y a plus de recours désormais à l’intérieur de Djibouti. Mais nous avons d’autres recours extérieurs que nous avons entrepris. Djibouti fait partie d’organisations internationales, telles que par exemple, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui a envoyé des observateurs lors de ces élections. Nous avons donc saisi cette organisation, apportant devant elle, le dossier que nous avions déposé devant notre Conseil Constitutionnel et nous avons demandé à l’OIF de suspendre la section de Djibouti de sa qualité de membre de l’Assemblée Parlementaire Francophone (3).

LNA. – Comment la frustration de la population djiboutienne peut-elle se contenter de ces démarches institutionnelles ?

AD. – Nul n’est absolument maître de l’opinion publique. Surtout lorsque les motifs de mécontentement s’accumulent. Nous ne pouvons pas dire que nous sommes maîtres de l’opinion et de la réaction populaire. Le gouvernement ne peut pas le dire, non plus, personne ne peut le dire. Surtout lorsque les causes de mécontentement et de révolte sont multiples, permanentes et massives, comme à Djibouti. Mais nous, en tant que partis d’opposition, nous avons fait l’examen de la situation et nous nous sommes dits qu’en agissant pacifiquement, nous serions plus efficaces qu’en prônant l’action violente. Nous avons l’impression que cette situation est un encouragement pour le gouvernement qui se dit que tant qu’il n’y a pas de troubles, que l’opposition est pacifique, rien ne l’oblige à faire des concessions ou des réformes. Mais n’est-ce pas jouer avec le feu ? Parce que l’opposition, comme le gouvernement, peut ne plus maîtriser une situation devenue explosive par un cocktail de misère, matérielle, morale, politique, sociale… Cela peut provoquer une explosion incontrôlée et spontanée.

LNA. – Le multipartisme intégral est officiellement entré en vigueur à Djibouti. Or, récemment on a assisté à des événements qui permettraient d’en douter. Que pensez-vous de l’arrestation de Daher Ahmed Farah, le leader du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), l’un des partis membres de la coalition d’opposition aux dernières législatives ?
AD. – D’abord, gardons aux situations leur juste mesure. Parler d’un multipartisme intégral pour Djibouti, ne serait pas approprié.

Légalement, il n’y a pas de limitation du nombre de partis. Mais, multipartisme intégral signifie que n’importe qui peut former un parti. En réalité, ce n’est pas cela. Il y a beaucoup d’obstacles qui sont pour nombre de gens, insurmontables. D’abord, il y a l’obstacle financier. Pour créer un parti politique à Djibouti, le gouvernement impose le paiement d’une somme qui constitue un véritable racket. Cette somme ne correspond pas aux frais de dossier qui viennent en supplément ; elle ne correspond ni à une taxe, ni à un impôt, ni à la cession d’un service rendu. Quiconque voudrait créer un parti politique, en dehors des conditions territoriales, ethniques, administratives, doit débourser 2 millions de francs Djibouti. Alors, ne peut créer un parti politique à Djibouti qu’un riche commerçant, un voleur impuni ou bien un héritier fortuné.

LNA. – Il y aurait des voleurs impunis à Djibouti ?
AD. – [Rires] On dit qu’il y en a…

Partout ailleurs, on peut créer un parti politique par simple déclaration. Il suffit de présenter un extrait de casier judiciaire vierge, une attestation de bonne moralité et une liste de gens qui sont d’accord sur un statut. À Djibouti, il faut trouver de l’argent et fournir un tas de papiers qu’il faut timbrer, donc payer encore des timbres fiscaux, etc. Le multipartisme est donc intégral, dans le sens où le nombre de partis n’est pas limité, mais les conditions imposées le rendent presque impossible. Et puis on a l’impression que c’est un multipartisme toléré, simplement toléré, que c’est le fait du prince qui est appliqué en la matière.
L’arrestation du président Daher Ahmed Farah l’atteste bien. Lorsqu’on peut prendre le président d’un parti politique et le jeter en prison, comme un voleur. Alors qu’il n’a pas menacé l’ordre public, qu’il n’a ni agressé, ni volé, ni commis aucun délit… Il n’a fait que signer un article qui correspond à la vérité, à la réalité !

LNA. – Ce qu’il a dit dans cet article est vrai ?
AD. – C’est vrai ! Refuser que l’on dise à la police d’arrêter M. « X » et dire au procureur de mettre le « X » en question en prison, c’est tout. Et après le juge « Y » va le condamner. Ce qui est dit par le rapport du Département d’État américain correspond à la réalité.

LNA. – Rappelons que le Département d’État américain a soulevé plusieurs manquements graves au respect des droits de l’homme à Djibouti, comme l’absence d’indépendance de la justice, le harcèlement des membres de l’opposition, le non-respect de la liberté d’expression.

AD. – Tout cela est attesté et illustré par l’emprisonnement de Daher qui est maintenant en prison depuis plusieurs semaines, depuis le 20 avril.

Des présences militaires

LNA. – Voice of America a parlé de l’emprisonnement de Daher Ahmed Farah. La radio américaine a donné plusieurs fois la parole au représentant « Afrique » de Reporters sans frontières (RSF), qui a dénoncé l’arrestation injustifiée de «DAF» et les saisies de matériel du journal. Cette radio, qui fut en son temps accueillie très favorablement par le pouvoir, se retournerait-elle contre lui ?

AD. – Elle ne se retourne pas contre lui, elle se retourne contre ses agissements. Nous avons, en ce moment, à Djibouti, plusieurs présences militaires de pays démocratiques. L’armée française est toujours là ; les militaires américains, les Allemands… Ils considèrent Djibouti comme un pays allié et, à partir de là, ils surveillent le terrorisme international.

LNA. – Avez-vous remarqué, cette tendance américaine actuelle, à voir du terrorisme dans les pays où les intérêts US ne sont pas implantés mais sur lesquels ils ont des visées… Quand ils sont bien implantés, le terrorisme disparaît comme par enchantement.

AD. – À Djibouti, le problème est un peu différent. Les Américains ne peuvent pas, sans perdre leur crédibilité, ne pas remarquer ce qui se passe à Djibouti, en y étant présents. (Mais ont-ils besoin de crédibilité auprès des Djiboutiens, je ne sais pas…). Ayant remarqué ce qui se passe d’anormal, ils ne peuvent pas ne pas en parler. En parler à Djibouti, c’est dans l’intérêt de Djibouti, mais dans l’intérêt de leur présence également. Si Djibouti devenait, à force d’oppression, comme la Somalie, il leur serait difficile d’y être en paix, tranquillement. Ou bien, ils seraient contraints de participer à la répression avec le pouvoir, ce qui ne serait pas très indiqué, ou bien ils partiraient.

Djibouti n’a pas été choisi au hasard. Il réunit plusieurs conditions. D’abord, sa situation géographique et la nature géophysique du pays. Il y a la mer pour l’entraînement naval ; le désert, les montagnes, les plaines, toutes sortes de terrains d’entraînement pour toutes sortes d’armes, y compris des bombardements aériens avec des bombes réelles.

C’est un pays peu peuplé. Ensuite, il y a les conditions météorologiques. Ils peuvent s’y entraîner 365 jours par an. Et enfin, de par sa situation géographique, Djibouti est à proximité des zones sensibles. Djibouti a été choisi pour tous ces avantages qui n’existent pas ailleurs.

Si les agissements du pouvoir djiboutien précarisent cette situation, par des troubles politiques, économiques, sociaux, ils ont intérêt à ne pas se taire.

LNA. – Précisément, si on se réfère à la position stratégique de Djibouti qui intéresse les Français depuis tout temps mais qui intéresse aussi maintenant, vivement, les Américains, et peut-être d’autres, croyez-vous que ces puissances pourraient accepter le principe d’une alternance démocratique à Djibouti ?

ADA. – Je crois que oui. L’alternance démocratique ne modifierait aucun des paramètres, en vertu desquels Djibouti a été choisi pour le stationnement des troupes militaires étrangères. En revanche, l’alternance démocratique modifierait la gestion des affaires publiques à Djibouti. Au lieu que Djibouti soit une propriété privée pour un clan politique – je ne dis pas clan ethnique, puisque parmi ceux qui sont embusqués au pouvoir maintenant, il y a des gens issus de toutes les ethnies – le pays serait géré par des représentants de la population djiboutienne, dans l’intérêt et pour le bien de celle-ci, conformément aux règles normales de transparence.

LNA. – Le pouvoir aura au moins réussi cela, l’unification ethnique.

AD. – Oui, il y a une unité ethnique dans l’opposition et aussi une unité ethnique dans la prédation… Si l’alternance avait lieu un jour, elle ne serait pas contre la présence française ou autre, tant que cette présence ne serait pas contraire aux intérêts nationaux de Djibouti.

LNA. – C’est votre analyse, mais pensez-vous réellement que les puissances étrangères présentes à Djibouti, perçoivent les choses de la même manière ?

AD. – Croyez-vous qu’ils soient moins intelligents que moi ? [Rires.]

LNA. – Leurs intérêts ne sont peut-être pas les vôtres…

AD. – À Djibouti, si, leurs intérêts sont ceux que je viens de développer. À Djibouti, les Américains sont encore un peu novices. Étant donné qu’ils se considèrent en guerre, en guerre contre des inconnus, ils nous considèrent tous comme suspects. Ils se méfient. Parfois, ils gênent notre navigation maritime entre Tadjourah, Djibouti, Obock. D’autres fois, ils gênent notre circulation terrestre dans la plaine nord, entre Moulhoulé et Obock. Parfois, ils gênent nos nomades, la nuit, avec leurs hélicoptères en se livrant à des exercices nocturnes de parachutage de leurs commandos… Ils nous gênent, pour l’instant.

LNA. – Plus que les Français ?

AD. – Les Français ne nous gênent pas. D’abord, ils ne se considèrent pas en guerre. Ils ne se livrent pas à de multiples exercices. Ils ne se méfient pas de tout le monde, puisqu’ils sont là depuis longtemps et qu’ils connaissent les gens. Les Américains disent qu’ils sont en guerre contre des inconnus et comme nous sommes des inconnus, ils nous considèrent comme suspects. Ils se méfient de nous, tout en étant chez nous. Mais ce n’est pas spécifiquement dirigé contre nous. À la longue, s’ils n’en tirent aucun enseignement, cela pourrait devenir dirigé contre nous et se retourner contre eux.

Moyens d’expression de l’opposition et nouvel emprisonnement de «DAF»

LNA. – Revenons à l’opposition. Quels sont les moyens d’expression de l’opposition djiboutienne aujourd’hui?

AD. – Théoriquement, tout ce qui est légal et pacifique est à notre portée, comme moyen d’expression. Concrètement, les médias appartiennent à l’État et il y a une confusion, un amalgame entre le parti au pouvoir et l’État, donc la radio, la télévision, la presse écrite (la Nation), sont à la disposition des partis au pouvoir et non pas à la portée des partis de l’opposition. Nous n’y bénéficions même pas du droit de réponse légal. En dehors de cela, tout ce que les partis d’opposition peuvent avoir comme moyens d’expression sont autorisés. Les meetings pour informer nos adhérents et sympathisants ; nos propres journaux…

LNA. – Oui, théoriquement vous avez accès à tout cela. Mais, objectivement, quand on voit qu’un des leaders de l’opposition est emprisonné au secret parce qu’il a écrit un article qui n’a pas plu… Et dans la mesure où vous n’avez pas accès aux grands médias audiovisuels, comment faites-vous pour vous faire entendre à Djibouti?

AD. – C’est limité, mais nous avons occupé notre créneau et utilisé les moyens dont nous disposions, jusqu’à présent. L’emprisonnement de Daher n’a rien à voir avec l’article qu’il a publié, cela est un prétexte. Daher gêne politiquement le pouvoir.

LNA. – Pourquoi, n’êtes-vous pas en prison vous aussi?

AD. – Je ne suis pas aussi actif que Daher. De par mon âge, je suis moins actif que lui. Il est le benjamin de l’opposition. Il est plus énergique. Circulant plus que nous, voyageant plus que nous, il a plus d’informations et il publie ces informations. Bien que ces informations ne soient pas fausses, leur publication gêne le pouvoir et pour le faire taire, on l’arrête. Il parle de quantités de choses : manque d’eau, d’électricité, de soins, brimades contre certains fonctionnaires, brimades contre des villages…

Il parle de la vie quotidienne des gens, des lacunes ou des malveillances du pouvoir… Il gêne beaucoup plus que moi. Étant donné que le pouvoir ne connaît pas de limites à son pouvoir, il ordonne qu’on l’arrête, qu’on l’emprisonne et qu’on le condamne.

LNA. – Vous venez de dire : « DAF gêne plus que moi. » Pouvez-vous développer ?

AD. – Oui, je viens de vous dire qu’il est plus jeune, plus actif, qu’il s’informe plus, il publie plus de détails sur la vie quotidienne des Djiboutiens, il organise plus de réunions. C’est de cette façon qu’il gêne.

LNA. – Sur le plan de l’approche politique, qu’est-ce qui vous différencie ?

AD. – Il n’y a pas de différence. Il est partisan de la gestion publique et honnête de la chose publique, moi également. Il est partisan du développement du pays, c’est mon cas aussi. Il souhaite l’unité nationale, nous sommes tous d’accord là-dessus.

LNA. – Ce que je voulais dire, c’est plutôt sur la façon d’appréhender l’action politique. Quelles sont les caractéristiques des deux styles politiques ?
AD. – Je ne vois pas de différences.

Au prétexte d’une menace tribaliste

LNA. – Le gouvernement évoque régulièrement le risque de tribalisation de la société djiboutienne. Dans un article de la Nation, je viens de lire que le pouvoir refuse d’accorder des licences pour la création de radios privées à Djibouti, affirmant qu’elles seraient utilisées pour renforcer les sentiments tribaux. Il cite l’exemple de la radio des Milles collines au Rwanda.

AD. – C’est de la foutaise. Souvenez-vous, après les indépendances, en Afrique, dans les années soixante, partout, y compris chez nous, on a justifié la mise en place ou le choix du parti unique, par la prévention contre les risques de tribalisme. Pour éviter la création, la mise en place de partis ethniques, on a voulu créer l’unité nationale détribalisée, en mettant tout le monde dans le melting-pot du parti unique. La justification du système du parti unique était de combattre les risques de la tribalisation. On connaît la suite…

Il a fallu trouver une direction à ce parti unique. Généralement c’était le président ou le chef du gouvernement. Et étant donné qu’il était né dans une tribu, le parti devenait sa chose à lui et, à travers lui, la propriété sa tribu. C’est ainsi que ce système de parti unique a constitué le soubassement même du tribalisme, du système tribal, de l’administration tribale.

Alors, refuser la liberté d’expression – puisque la création d’une radio privée est une contribution à la liberté d’expression– sur cette base, est absurde. Actuellement, à Djibouti, la radio nationale appartient au régime et le régime est dirigé par quelqu’un qui est né dans une tribu. Et au sein de son régime, on retrouve de préférence des gens issus de sa tribu et la direction de la radio ou du journal sont exercés aussi par des membres de la tribu du président.

LNA. – Vous disiez précédemment que le pouvoir avait réussi à mélanger les origines ethniques au sein du gouvernement. Cela ne joue pas sur les médias ?

AD. – Non, cela ne joue pas sur les médias, parce que ces médias jouent le rôle de porte-parole du pouvoir. Et à cette place de porte-parole, le président ne veut que les siens et les plus proches des siens. Bien sûr, il y a quelques postes subalternes occupés par des gens issus d’autres ethnies, mais pas dans les plus hautes fonctions; quand ils y sont c’est « pour la galerie », comme l’est l’actuel Ministre de la Communication.

LNA. – On m’a dit qu’il y avait eu récemment des « appels du pied » de la Première Dame de Djibouti vers Ahmed Dini, est-ce vrai ?

AD. – Je ne pense pas que ce soit possible. Je ne pense pas que Ismaël Omar se serve de sa femme pour lui faire faire à sa place ce qui est de son ressort à lui. Je ne le pense pas.

LNA. – Donc, selon vous, le fait est faux. Et s’il est possible, ce serait une initiative personnelle de la Première Dame.

AD. – Je ne crois pas qu’elle puisse prendre d’initiative politique. Je connais cette femme depuis qu’elle était petite. J’étais ami avec son père. On travaillait ensemble à la direction des services d’hygiène. Et quand il allait la chercher à l’école des filles, nous étions toujours ensemble. Si elle veut me dire bonjour, je ne la fuirai pas, mais je ne pense pas que son mari l’envoie pour me tester, me recruter, ou je ne sais quoi d’autre. Je ne le pense pas.

LNA. – Il se dit qu’un cousin proche d’Ismaël Omar Guelleh aurait été égorgé à Balbala. Avez-vous des informations à ce sujet ?

AD. – Je ne connais pas son degré de parenté avec Ismaël Omar Guelleh. Mais je sais, par contre, qu’il est membre de la tribu d’Ismaël Omar, c’est un Mamassan. Et qu’il a été égorgé par un Issa fourbala, de la même tribu que Daher Ahmed Farah. Alors, est-ce que la rixe qui a abouti à ce crime est d’origine politique ou personnelle, je l’ignore. Même si ce n’est pas directement politique, dans un climat d’agitation et de ras-le-bol, il se peut que le Mamassan soit allé faire de la provocation à l’égard de l’autre homme et que cela ait dégénéré.

Implications djiboutiennes des Pays du Golfe et relations régionales

LNA. – Autre chose, comment analysez-vous le rôle à Djibouti des pays du Golfe ? Leur attitude a-t-elle évolué depuis l’intervention américaine en Iraq ?
AD. – Les pays du Golfe ont un triple rôle de soutien économique, technique et culturel à Djibouti. Le rôle économique essentiel est joué par l’Arabie Saoudite, qui finance divers projets d’infrastructures et d’équipements, notamment la route Fahd qui relie la Capitale Djibouti à Tadjourah. L’Arabie Saoudite a aussi un rôle de soutien à la mise en place d’un certain nombre d’écoles primaires de langue arabe et à la gestion d’instituts d’enseignement secondaire. Dubaï a un rôle de soutien technique à Djibouti, puisque le port de Dubaï gère le port et l’aéroport de Djibouti. Quant à l’attitude des pays du Golfe, depuis l’intervention américaine en Iraq, le temps écoulé est trop court pour qu’on puisse mesurer l’évolution de leur attitude envers Djibouti, depuis cet événement.

LNA. – Concernant les relations régionales, on relève toujours des conflits d’intérêts ; par exemple, dans le règlement de la crise somalienne. On a parfois l’impression que les pays de l’Igad, dont Djibouti, ne sont pas pressés de voir aboutir les négociations au Kenya.

AD. – La crise somalienne est fondamentalement somalienne, même si ses rapports avec d’autres pays de la région l’ont aggravée ou compliquée, par des interférences croisées d’intérêts divergents. Les pays de l’Igad ont chacun leurs propres problèmes et leurs crises récurrentes de différente nature, politique, économique, ethnique, sécuritaire, dont la résolution ne dépend, en réalité, ni de la poursuite, ni de la fin de la crise somalienne. N’ayant pas été en mesure de solutionner les problèmes domestiques qui les concernent chacun chez eux, on peut supposer qu’ils ne soient pas détenteurs de la solution de la crise somalienne. Le jour où les Somaliens se mettront d’accord entre eux pour mettre en place une solution à leur problème, personne ne les empêchera et tout le monde voudra les y aider pour avoir de bons rapports avec la Somalie.

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(1) « La corne de l’Afrique, nouvel enjeu stratégique », rapport d’information n° 200 (2002-2003) du 5 mars 2003, Commission des affaires étrangères du Sénat français, par MM. André DULAIT, André BOYER, Didier BOULAUD, Mmes Paulette BRISEPIERRE, Hélène LUC, M. Louis MOINARD, commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées.

(2) Monsieur Dini se réfère à un précédent entretien avec Les nouvelles d’Addis, le 18 juin 2002, où il avait notamment déclaré : « Peut-être que je vous surprendrai en disant qu’il n’y a pas qu’une seule coopération française avec l’Afrique. Après avoir longuement observé cette coopération, j’ai cru déceler qu’il y en a trois sortes. Il y a la « coopération continuité », il y a la « coopération connivence » et il y a la « coopération rupture ». La première signifie que la France continue à faire doucement avec les États indépendants ce qu’elle faisait fortement quand elle avait la souveraineté directe sur ces pays : financer un petit peu l’éducation nationale, la médecine et quelques autres domaines scientifiques ou techniques. C’est la coopération continuité, pour laquelle le financement de la France consiste généralement à envoyer des techniciens, des enseignants, des ingénieurs…

La coopération connivence c’est le soutien aux dictateurs, qui ne tient pas compte des besoins des pays, mais où, de temps en temps, on donne un ballon d’oxygène à la dictature ; pour qu’elle ne tombe pas, qu’elle ne se dissolve pas dans la misère, sa tête est maintenue hors de l’eau lui permettant de se maintenir à la tête du pays. Et la coopération rupture, c’est celle qui correspond aux besoins du pays, qui met en place des infrastructures, qui crée des ressources pour qu’un jour le pays puisse se prendre lui-même en main pour subvenir à ses besoins. Jusqu’à présent, chez nous, nous avons connu les deux premières formes de coopération, la coopération continuité et la coopération connivence. Nous considèrerons qu’il y aura un changement de coopération si la France ouvre la porte à la coopération rupture. C’est-à-dire à la création d’infrastructures, à l’aménagement du territoire, à la création de richesses pour qu’un jour le pays subvienne à ses propres besoins.»

(3) Le dossier a été déposé à l’adresse de M. le sénateur Jacques Legendre, secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) et de Mme Monique Pauti, secrétaire générale de l’Association des cours constitutionnelles partageant l’usage du français (ACCPUF), Paris, 28 avril 2003. Cet opuscule de 88 pages, présenté par Ahmed Dini Ahmed au nom de l’opposition djiboutienne, comprend la lettre au sénateur Legendre et à Mme Pauti plus 20 documents en annexes.

[Paris, 12 mai 2003]

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 52 du mercredi 21 mai 2003

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Réalité numéro 52 du mercredi 21 mai 2003

 

Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (6)
  4. Tournée de l’ARD dans le Nord
  5. L’autre terrorisme
Directeur de Publication :ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 52

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 

Éditorial

VOYAGE AU BOUT DU SUPERFLU

Il y a environ trente-cinq ans, alors que son pays traversait une profonde crise de civilisation, le Premier ministre Pompidou partait en voyage officiel en Iran et en Afghanistan : de retour à Paris, Mai 68 l’attendait fermement. Quelques jours après, c’était au tour du Chef de l’Etat de s’envoler pour la Roumanie de Ceausescu, fréquentable à l’époque : le Général a dû écourter ses bains de foule, rattrapé par la dégradation du climat social hexagonal à la suite des grèves générales décrétées par les centrales syndicales. Notre Chef de l’Etat s’est envolé il y a quelques jours pour l’Inde, sans état d’âme quant aux incidences financières de sa promenade, encore moins en ce qui concerne la détérioration de la situation politique, économique et sociale que connaît notre pays. La différence entre les deux situations française et djiboutienne n’échappe à personne : de par leur stature, ni Pompidou ni De Gaulle n’avaient besoin de s’offrir des voyages officiels intercontinentaux pour fuir les difficultés intérieures. Au demeurant, les conditions démocratiques dans lesquelles ils ont accédé au pouvoir leur interdisaient ce déni des réalités qui est, bien malheureusement, le trait essentiel de bien de « dirigeants » du Tiers-Monde.

Le fond du problème est donc là : pour certains responsables politiques aux conditions de prise et d’exercice du pouvoir pour le moins douteuses, les tournées internationales, avec tout le faste tape-à-l’œil et compassé du dispositif protocolaire, sont avant tout occasion à mystifier des peuples pas toujours satisfaits d’eux sur le plan intérieur. A cette aune, les incessants voyages intercontinentaux du Chef de l’Etat djiboutien qui, à ce rythme, connaîtra certainement mieux le reste de la planète que sa brousse locale, en disent beaucoup sur son besoin effréné de rechercher à l’extérieur une satisfaction que le contexte national ne lui procure pas vraiment.

Il est vrai que la situation nationale peut avoir pour son auguste médiation l’effet d’un épouvantail, si ce n’est d’une véritable pollution spirituelle. Chômage galopant parmi la Jeunesse, niveau de vie à la baisse, administration totalement démotivée par le marasme économique qu’aggrave le laisser-aller gouvernemental, opposition vindicative et déterminée : trop, c’est trop !

Le voyage officiel est donc pour certains hommes politiques ce que le divan du psychanalyste est à certains esprits torturés : un mouvement pour retrouver un calme intérieur quelque peu perturbé par les vicissitudes de l’existence quotidienne. Quelques millions puisés auprès d’un Trésor Public qui lutte souvent pour honorer des petites créances ordinaires, quand il ne s’agit pas de salaire, et hop : une sympathique virée au pays de Ghandi. Son modeste mausolée tout de marbre noir, rien de tel pour oublier les habitations détruites d’Obock ou de Yoboki, désespérément en quête de reconstruction par manque d’initiative gouvernementale en ce sens.

Puisse au moins la sérénité que procure la contemplation du Taj Mahal avoir quelque incidence positive sur notre politique intérieure comme pour les conditions de vie de la population djiboutienne !

 

 


Brèves nationales

Progrès des graves déficits démocratiques

Après une éclipse remarquée, « L’hebdomadaire » paraissant à l’improviste, porte-voix enroué du régime, a-t-il repris du service ? Dans son style inimitable, il s’échine à justifier l’injustifiable, avec des arguments qui en disent long sur son impuissance et son désarroi. Pamphlet de mauvaise facture, sa sous-culture démocratique le pousse souvent à se livrer à des insultes contre l’opposition, comme si les dénigrements suffisaient à contenir le mécontentement populaire.

Pire, le journal du parti unique ose affirmer qu’en Afrique les opposants contestent toujours les résultats des élections et que l’opposition djiboutienne ne déroge pas à la règle.

De quelle Afrique s’agit-il ? Notre confrère n’a-t-il pas entendu parler d’alternance démocratique dans certains pays africains ? Pour ce nostalgique des années 80, le parti au pouvoir remporte toujours les élections, l’opposition les perd toujours. Il est vrai que, comme à Djibouti, certains régimes bafouent les règles démocratiques les plus élémentaires et que, comme à Djibouti, certains Conseils Constitutionnels discréditent l’Etat de droit.Cela s’appelle le progrès à reculons. Lamentable !

DAF embastillé

depuis 30 jours

Le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien » entame sa cinquième semaine de détention illégale dans la sinistre cellule 13 à Gabode.

Outre la chaleur accablante du mois de mai, son environnement carcéral est des plus insalubres. C’est dans un nid à moustiques qu’il attend courageusement son procès prévu le 20 mai prochain.

Un avocat dépêché par « Reporters Sans Frontières » doit arriver le 26 mai pour assurer sa défense. Espérons que le régime ne prendra pas prétêxte de sa défense par un avocat venu de France pour inventer un nouveau chef d’accusation : l’antipatriotisme.

Ce procès sera l’occasion de démystifier la situation des droits de l’homme dans notre pays. Nous ne doutons pas de la ferme détermination de notre ami DAF à faire face à ses accusateurs et à gagner, enfin, la liberté.

Obock : de l’enclavement

au sous-développement durable

L’enclavement qui étouffe la ville sinistrée d’Obock est particulièrement pénible pour ses habitants en ce mois de mai caniculaire. Depuis quelque temps, la centrale électrique est défaillante et ne fournit que quelques heures d’électricité par jour. Dès vingt heures chaque soir, la ville est entièrement plongée dans l’obscurité, le fond de l’air est lourd et les moustiques font des ravages parmi la population. Contrairement à la résidence du Commissire, même l’unique dispensaire de la région n’échappe pas à ces délestages. Certaines nuits, les accouchements se font à la lumière d’une torche électrique ou d’une lampe à pétrole. Tous les soirs, les hospitalisés sont obligés d edormir dehors.

Pourquoi les pouvoirs publics se désintéressent-ils à ce point du sort de cette ville ? Attendent-ils qu’elle soit rayée de la carte pour la reconstruire ? Pourquoi le groupe électrogène offert par un philanthropique entrepreneur privé tarde-t-il à être installé alors qu’il est livré depuis plusieurs mois ? Pourquoi le second groupe, autrefois en service à Ali-Sabieh, n’y est toujours pas acheminé ? Est-ce un problème de transport ? Auquel cas, est-il interdit de demander l’aide logistique aux forces des pays amis présents sur notre sol ? Qui a programmé la mort lente de cette ville et l’abandon de ses habitants ? Dans ce district emblématique de la pauvreté durable, pourquoi laisse-t-on enfin sans salaire depuis quatre mois la trentaine de coolies récemment embauchés par le district ? Honte à la mauvaise gouvernance responsable de la mise en coupe réglée d’une région potentiellement riche et totalement délaissée.

Le Chef de l’Etat en Inde : visite de la caricature à l’authentique Démocratie

Après plus d’un mois de repos, le Boeing présidentiel a repris ses vols intercontinentaux. Le Président de la République se trouve cette semaine en Inde, la plus grande démocratie du monde et deuxième pays le plus peuplé de la planète. Cette visite au Taj Mahal et au Fort d’Agra fait suite à celles effectuées en France et en Chine, ainsi qu’aux Etats-Unis d’Amérique. Décidément, le numéro un djiboutien reste fasciné par l’infiniment plus grand, à défaut de grand dessein pour son pays, peut-être trop petit pour lui.

Reste à savoir si notre médiateur régional, à l’origine comme nul n’est censé l’ignorer de la pacification de la Corne de l’Afrique, proposera ses talents pour contribuer à la détente dans ce sous-continent indien où, depuis plusieurs décennies, une guerre larvée oppose deux puissances nucléaires à propos du Cachemire.

Histoire de mériter le futur prix Nobel de la paix.

Table ronde sur le VIH/SIDA :

enfin une gestion de vraie problématique

Dans son édition de lundi dernier, le bihebdomadaire officiel nous offre un carnet des activités gouvernementales, forcément chargé. A défaut du poids des mots, on peut y admirer le choc des photos. Notre fringant Premier ministre y semble en pole position dans la lutte contre la pandémie du SIDA, qui continue ses ravages destructeurs dans notre société.

Quant au ministre en charge de ce dossier prioritaire, celui de la Santé en l’occurrence, on le voit « lisant quelques mots » comme le dit la légende de la photo. A travers ces photos éloquentes, c’est la mauvaise gouvernance qui se donne à voir. Chez nous, cela s’appelle « la gestion de vraie problématique ».

N’ayant pas de réelles prérogatives, la primature semblait se contenter de la figuration protocolaire à laquelle l’assigne la Constitution. En tout cas ces derniers temps, elle donne l’impression d’être au four et au moulin.

La lutte contre le terrorisme international

enrichit le régime djiboutien

Sous le titre « Paris casse sa tirelire pour la base », L.O.I (La Lettre de l’Océan Indien) a publié dans son édition n°1042 du 17 mai 2003, l’article ci-dessous, consacré aux retombées financières de la base militaire française.

« Concurrencée par les Américains et les Allemands, la France a été obligée de doubler la mise de ses contributions pour maintenir sa présence militaire.

A l’issue de longues négociations de marchands de tapis, Paris a fini par accepter de quasiment doubler ses contributions à Djibouti pour le maintien de ses installations militaires et de ses facilités portuaires. Une enveloppe globale de 30 millions d’euros (34 millions $) par an a remplacé les diverses taxes payées par l’armée française et qui représentaient un montant global de 18 millions d’euros.

La France avait longtemps refusé de globaliser sa contribution, liée à sa présence militaire, afin qu’elle ne prenne pas la forme d’un «loyer». Le nouvel accord annoncé le 11 mai par l’ambassadeur de France, Patrick Roussel, s’en approche très fortement. Les autres pays africains qui accueillent des bases françaises sur leur sol, à l’instar de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Tchad, ne vont ainsi pas tarder à se manifester auprès de leurs nouveaux «locataires».

Le diplomate français a tenu à préciser que ce montant de 30 millions d’euros s’ajouterait à l’aide française au développement qui s’élève à environ 25 millions d’euros par an. Quant on sait que, dans un premier temps, Paris avait proposé 2, puis 10 millions d’euros d’aide exceptionnelle à Djibouti lors de la visite officielle à Paris, début octobre 2002, du président Ismai1 Omar Guelleh, on mesure le chemin par couru.

A l’annonce de cette «menue monnaie», le président djiboutien avait boudé le ministre français de la coopération, Pierre-André Wiltzer, en se faisant porter pâle. C’est le chef de la diplomatie djiboutienne qui était venu lui-même expliquer à son homologue français que la proposition était» indigne et humiliante» et que» le président préférait croire qu’il avait mal entendu’. Les «malentendants» réclamaient à l’époque 50 millions d’euros par an pour la location de la base française de Djibouti ! Sous par sous, on s’en approche. . . »

Fidèle à sa politique du bakchich, le régime semble vouloir engranger des sous dans la perspective de la prochaine présidentielle. D’ici-là, quelques cadeaux pré-électoraux sous la forme de paiement des arriérés de salaire sont prévus, mais rien qui mette fin à la misère volontairement entretenue. Nous n’avons jamais cessé de dénoncer le gaspillage de nos maigres ressources et des aides internationales organisé par la mauvaise gouvernance.

Avec un budget national en constante augmentation, le boom des activités aéroportuaires, les retombées financières de notre position géostratégique, notre pays continue de souffrir de la pauvreté durable et du sous-développement injuste. Tant que les prédateurs resteront aux commandes de l’appareil d’Etat, aucune amélioration des conditions de vie de la population n’est à espérer, tant il est vrai que les naufrageurs de l’économie nationale ne peuvent en être les sauveteurs. Seule une véritable alternance…

 


 

Le mensonge permanent (6)

6ème partie : à quoi servent les dons extérieurs ?

 

C’est parce que la date du 12 mai 2001 avait une importance capitale pour nous, contrairement au gouvernement du mensonge, que nous avions consacré la quasi-intégralité du précédent numéro de Réalité à cet événement national. La conférence de presse du Chef de l’Etat, couverte seulement par les médias gouvernementaux, n’a séduit aucun djiboutien. Le seul succès du régime, par rapport à l’ère Gouled, réside dans l’utilisation à outrance des médias audiovisuels : le faux doit passer en vrai pour « la populace », considère-t-on plus haut. Pour l’anecdote l’ex-URSS utilisait de la même manière ces supports pour la désinformation : les images des manifestations anti-nucléaires à l’Ouest, reprises et falsifiées, passaient, à l’Est, comme l’avant-goût d’un soulèvement contre les régimes dictatoriaux de l’Ouest, les mobilisations des travailleurs contre des mesures contraires à leurs intérêts, sous la forme d’une réelle décadence des économies capitalistes risquant d’engendrer rapidement une famine inéluctable.


Que dire donc de ces quatre années de promesses non tenues et des propos «plus qu’optimistes» du Chef de gouvernement dont les résultats visibles se résument à : l’appauvrissement accentué et à la détresse de la population, l’insécurité alimentaire et sanitaire, l’inexistence d’une administration citoyenne et responsable, le délabrement et l’absence d’hygiène dans la Capitale devenue une poubelle à ciel ouvert, le chômage et la faim des exclus vivants dans les régions de l’Intérieur ?

Il n’y a vraiment pas de quoi en être fier, si ce n’est… La vérité est que l’Education redouble, la Santé s’alite, l’Economie déprime. Et le gouvernement dans tout cela…

Amer constat d’un système qui avance à reculons dans un monde en compétition. «Shitari», il semble l’être, mais ne l’est pas du tout. Réalité concluait dans sa précédente étude : «les charges du régime en augmentation constante se trouvaient non couvertes par ses recettes propres, c’est-à-dire par les impôts et autres ressources générés par lui-même. C’est à peine si ces prélèvements douloureux pour les contribuables recouvrent l’intégralité des dépenses en personnel et en matériel de l’Etat. La solution de l’Argentier du régime dilapidateur face à l’accumulation des déficits budgétaires successifs de ces dernières années ne pouvait être que le recours aux emprunts.

Loin d’être une conclusion à la crise qui perdure, malgré le maintien de l’impôt patriotique sous une autre forme, malgré les prélèvements du 1% sur les Chiffres d’Affaires des entreprises déficitaires, malgré les retards cumulés des paiements des salaires et des factures fournisseurs, retards entretenus pour une simulation d’une trésorerie nationale progressivement confortable à l’adresse des bailleurs de fonds, etc…, ce choix politique ne fait qu’accroître la saignée des classes les plus défavorisées. Le contribuable djiboutien doit payer pour l’année en cours, 501 millions fd d’Intérêts et Frais Financiers pour le service de la dette. Ce chiffre, il faut le souligner, est en augmentation de 39% par rapport à l’exercice 2002. Quel dilemme budgétaire pour pouvoir joindre les deux bouts ?

A vouloir dépenser plus qu’on en a, on est pris dans un goulot d’étranglement. Après les impôts patriotiques, après le retard injustifié des paiements des salaires des fonctionnaires et des créances des fournisseurs, reste la solution finale pour faire de ces actifs des esclaves.

Des esclaves dont le rationnement alimentaire serait à la charge (à travers les relations bilatérales ou multilatérales) des chapitres budgétaires «sécurisantes et secouristes» de l’Onu, des Etats riches décideurs ou des instances émanant de ces derniers dont l’Onu est la première de ses institutions.

Les finances puisées au chapitre des «calmants» et de la lutte contre la pauvreté, contre la malnutrition, contre les maladies, contre les échecs scolaires, contre le travail des enfants, contre la domination de la femme, contre les mutilations génitales, contre… ne figurent pas celles relatives à la lutte contre les responsables de ces maux.

Bien au contraire, les régimes responsables de ces conditions contraires aux Droits de l’Homme sont soutenus par des injections financières dopantes pour leur pérennité et conjointement convenues pour l’immortalité des luttes contre des fléaux comme les maladies, famines (qui ne distinguent pas la nationalité, le clan, la couleur, la tribu, le sexe ni l’âge).

Cette politique douloureusement irresponsable n’a peut-être pas évalué que les centaines de véhicules 4×4 qui ne quittent jamais la Capitale et offerts par ses soins peuvent garantir la survie, la croissance et la scolarisation de plusieurs centaines d’enfants de Djibouti et des pays du tiers-monde.

Les connivences pernicieuses avec les régimes responsables et leurs ONG, canaux de transit des fonds illicitement spoliés aux contribuables des pays riches, garantissent en récompense les promotions des Représentants ayant scrupuleusement «à l’esprit l’objectif de leurs missions» dont les rapports doivent confirmer l’Avancée de la lutte contre X fléau et non son Eradication.

Cette triste réalité est contraire à celle des peuples «secourus» dans cette lutte contre des menaces indéfinies. Elle fait le bonheur de régimes crédibilisés, ne représentant qu’une poignée immensément riche et dont la fin serait identique à celle de ces dictateurs foncièrement fortunés sans et secours. Mobutu, Bédié, Saddam et bien d’autres ont fait le constat d’une fin de non-recevoir de la part de… Quelle que soit l’immensité de leur fortune, l’océan de famine et de détresse demeurera sourd aux sirènes des expropriateurs.

C’est cette co-responsabilité qui fait que le régime djiboutien profite de la manne financière de ceux qui participent à la couverture des dépenses non assurées par un système politique budgétivore. Les Dons octroyés par les Institutions Internationales et les États Étrangers représentent plus de 21% des Recettes.

Totalisant 8,8 milliards fd contre 7,3 milliards fd en 2002, ces dons des institutions internationales en augmentation semblent être destinés à des projets d’investissements ambitieux, notamment celui relatif à l’assainissement du quartier 4 pour 1,1 milliard. Ce projet, Réalité l’avait largement commenté l’année dernière. Aucune réalisation n’est visible sur le terrain, pourtant 445 millions fd avaient été affectés en 2002 pour l’assainissement de ce quartier populaire.

Concernant les aménagements des rocades urbaines, en augmentation de 300 millions fd par rapport à l’exercice antérieur, les 600 millions fd affectés au réseau routier de la périphérie de la Capitale relève de la duperie. En effet, ces axes routiers avaient été réalisés par le Japon, sauf celui concernant la route Nelson MANDELA (du Club Hippique au rond point d’Ambouli), l’aménagement de la route de Venise étant financé par un don Italien.

A remarquer aussi à la lecture des chiffres du Ministère des finances, que parmi les soutiens financiers des Institutions Internationales figure, dans le chapitre des dons affectés aux dépenses courantes, un appui au « Ministère de la Promotion de la femme » dont l’enveloppe de 75 millions fd en 2002, émanant de la Banque Africaine de Développement, a été reconduite en 2003. Il est clair ici que le Budget de l’Etat ne peut même pas financer ce ministère si cher au Président de la République, dans ses actions pour l’égalité entre les sexes.

Il en est de même pour d’autres départements comme la Chambre des Comptes dont les résultats des travaux reste dans l’opacité absolue, mais qui continue de bénéficier de la baraka des généreux donateurs pour un montant de 90 millions fd.

Nous disions plus haut que l’Education redoublait. Malgré la tenue d’un « débat national » sous le thème d’Etats Généraux de l’Education Nationale, ces assises dirigées et non démocratiques sur l’enseignement n’ont nullement amélioré les conditions de travail des enseignants, ni la scolarité des élèves, ni par conséquent la qualité de l’enseignement dispensé. Alors, l’appui attendu de la France en 2003, pour la construction d’écoles et lycées pour 267 millions fd aura-t-il un impact positif susceptible de parer à cette situation déplorable pour l’avenir des enfants djiboutiens ?

Nous connaissons tous le problème de l’eau en milieu rural. Notre confrère le « Renouveau Djiboutien » en parle souvent dans ses colonnes et évoque les détresses de nos compatriotes des régions de l’Intérieur. Et pourtant, le régime bénéficie de dons renouvelés par le Japon dans ce secteur, avec deux fois 800 millions fd. Alors à quoi ont donc servi ces fonds officiellement destinés à la lutte contre la soif ?

Quant aux dons provenant de gouvernements Etrangers, en progression de près de 250 millions fd, ils interviennent dans les recettes à hauteur d’environ 5 milliards fd. La France, à la tête du peloton des donateurs, aide Djibouti et surtout le régime pour l’assistance, la santé, le fonctionnement et le matériel de la Défense. Ce qui est inimaginable pour un pays qui doit être aidé pour le développement économique. Par ailleurs, les 2,2 milliards fd que ce pays ami affecte à l’Éducation et à la Santé interviennent pour 1/3 dans les budgets alloués à ces deux ministères auxquels le gouvernement se vante donner la priorité. Il clair ici que le régime fait peu de cas de ces secteurs sociaux, pénalisés au profit de la Défense et de la Police.

Dans ce même chapitre figurent deux dons provenant on ne sait d’ou, d’un montant global de plus d’un milliard fd et non affecté,. Nous n’avons trouvé aucune explication à ces mystérieuses dotations. Par contre, l’augmentation des dépenses de l’administration en général et du Ministère de la Défense en particulier justifie que la Démobilisation, qui bénéficie du soutien de l’Union Européenne pour 354 millions fd en 2003 et 251 millions fd en 2002, n’est sûrement pas mise en œuvre. Et pourtant…

Nous laissons au lecteur le loisir de procéder lui-même aux autres calculs qu’il peut tirer des chiffres de ces dernières semaines et de ceux à venir, par la lecture du tableau ci-dessous les recettes fiscales dégagées par l’État, directes ou indirectes, représentent 65,20% des rentrées escomptées face à des Dépenses de fonctionnement de l’État de 60,10%.

Cette différence ne justifie nullement une quelconque croissance, mais la couverture limitée avec une marge d’erreur de 5% des dépenses «Sécuritaires» d’un régime dictatorial. Les dépassements proviennent essentiellement, à lire le tableau, des recettes non fiscales, dont un mystérieux Produit Financier de l’ordre de 900 millions fd intervenant à hauteur de la moitié de ces rentrées d’une valeur de 1,8 millions fd.

Or, le pays doit supporter, outre le remboursement des Emprunts couvrant les déficits antérieurs, le paiement du loyer de l’argent, soit des Intérêts et Frais Financiers d’un montant de 501 millions fd. L’évolution est donc totalement différente entre les produits financiers nés de l’apport des placements et ceux provenant des emprunts au profit des «généreux préteurs», le rapport en millions de fd étant de 1 contre 2. Recourir aux emprunts risque d’entraîner le pays dans la dévaluation et le détachement du franc Djibouti au dollar US.

A suivre…

 

 


Tournée de l’ARD dans le Nord

DANS LES DISTRICTS DU NORD

Un peuple ARDemment mobilisé

 

Dans le cadre des routinières activités partisanes, l’ARD s’est rendue à Tadjourah et Obock. Une imposante délégation conduite par le 1er Vice-Président, M. Ahmed Youssouf, a ainsi sillonné le Nord de jeudi à samedi dernier. Bref aperçu de ce périple en pays profond, que les prétendus élus de la mouvance présidentielle n’osent jusqu’à présent pas entamer.

 


 

C’est dans l’après-midi du jeudi 15 mai 2003 que la délégation de l’ARD a quitté la Capitale pour Tadjourah où elle a été accueillie par une forte et enthousiaste représentation des femmes de la Ville Blanche. Celles-ci ont, pour l’occasion, quitté le four pour démontrer leur détermination militante et le rôle moteur qu’elles entendent jouer dans la conquête d’une véritable démocratie à Djibouti.

Après que le Secrétaire Général ait déclaré ouverte la réunion, le 1er Vice-Président, et Président par intérim, a pris la parole en exposant brièvement les motifs de la visite qui, outre la routine de la vie partisane, était destinée à maintenir nos militantes et militants mobilisés dans la perspective d’un plus que prochain aboutissement de la lutte légitime.

Très tôt le lendemain, ce fut le tour des notables (tous présents) d’accueillir et d’écouter la délégation de l’ARD, qui les a attentivement écoutés. Après un bref échange d’informations, les notables ont religieusement écouté et approuvé le speech bref et sincère de M. Ahmed Youssouf. Après un copieux repas offert en l’honneur de la délégation de l’ARD par une fervente membre active de l’annexe Tadjourah du Parti en son domicile, Fato Omar pour ne pas la nommer, l’ARD s’est ensuite rendue dans l’après-midi à Obock. Par la même occasion, la délégation a pu constater l’état qui laisse à désirer de la piste reliant les deux capitales régionales du Nord.

Obock est désespérément enclavée car cette piste n’est praticable que par des véhicules 4×4 en très bon état (et encore, quel rodéo !). Il n’y a plus de bac depuis belle lurette et aucun minibus ne peut se rendre à Obock par route. C’est donc la nuit tombante que la délégation est arrivée à Obock où elle a eu la désagréable surprise de constater un délestage. Tant bien que mal, la réunion prévue avec le dynamique comité de l’annexe a pu avoir lieu et s’est poursuivie jusqu’à une heure très tardive de la nuit.

La délégation a d’abord écouté le compte rendu des activités du responsable local, puis les doléances de divers intervenants. Le Secrétaire Général du Parti s’est réjoui après cet exposé du nombre croissant (après les législatives) des membres cotisants grossissant nos rangs et ce malgré les innombrables difficultés que traversent les Obockois (chômage généralisé, enclavement, absence de réhabilitation et des pouvoirs publics, etc.), mais aussi les pressions exercées par le pouvoir sur la poignée d’employés à cause de leurs activités partisanes bénévoles extra-professionnelles. Tôt le lendemain, une autre réunion s’est tenue à l’annexe ARD d’Obock entre la délégation venue de Djibouti et les responsables locaux du Parti. Les moyens de dynamiser davantage cette section furent abordés par les participants.

De retour sur Tadjourah, et après un déjeuner chez un membre aussi dynamique qu’influent, M. Mohamed Ibrahim plus connu sous le surnom d’As-Baba, les responsables de l’ARD ont tenu une réunion de travail avec les Jeunes membres du comité de l’annexe de Tadjourah.

Outre l’organisation intérieure du Parti, les conditions de vie dans ces deux districts, connaissant un taux de chômage très élevé, et victime du refus gouvernemental de réhabiliter les zones détruites lors du conflit et d’indemniser les populations dont les biens ont été pillés par les troupes gouvernementales, ont également été analysées. Partout, c’était la même condamnation unanime d’un régime insouciant devant la détresse de ses concitoyens et préférant sélectivement attirer certains à des seules fins clientélistes, plutôt que de s’atteler au vaste chantier de la Reconstruction et du Développement.

A ce titre, le sabotage dont est victime la politique de Décentralisation (ce n’est pas aux populations concernés que le régime mentira en parlant des réalisations inexistantes des Conseils Régionaux) continue de vivement préoccuper les habitants de ces districts qui attendent beaucoup de cette libération des initiatives régionales. De l’avis de tous, il n’y a absolument rien à espérer d’un régime aussi impopulaire et insouciant : ce n’est pas peu dire que l’alternance politique y est ardemment souhaitée pour que les citoyens sans aucune distinction soient enfin respectés dans toute leur dignité.

A n’en pas douter, ce sont les mêmes préoccupations que les responsables de l’ARD rencontreront dans les districts du Sud à l’occasion de la tournée prévue pour très bientôt.

Car, du Nord au Sud, c’est tout le Peuple djiboutien qui souffre de la mauvaise gouvernance d’un régime de plus en plus antidémocratique.

 

 


 

L’autre terrorisme

 

Aucun pays nulle part au monde n’est à l’abri des actes d’un fou. Que ce soit à Oklahoma-City ou dans les banlieues de Londres, de Washington D.C (serial killers) ou d’ailleurs, il est difficile de prévenir les actions imprévisibles d’un dément. Sans chercher ici à les définir, il nous semble utile de livrer en quelques mots, notre point de vue sur d’autres terrorismes, ceux dont des régimes politiques sont responsables.

 


 

New York, 11 Septembre 2001 : 3000 morts au bas mot.

Ryad (Arabie Saoudite) : 2003, 50 morts.

Moscou, 2002 : une centaine de morts.

Grozny, 2003 : une centaine de morts.

Gaza, Jérusalem, Tel Aviv 1999 : chiffres fiables non disponibles.

Casablanca, 2003 : une cinquantaine de morts.

Ce terrorisme-là, ce ne sont pas les actes de fous. Il s’agit d’actions d’un groupe d’individus qui tue consciemment, sciemment, sans discernement. C’est une réponse inadéquate à un problème réel. Parce qu’il tue des innocents, il doit être combattu.

Sur les ondes de la B.B.C et de R.F.I, ainsi que dans « La Nation », le Ministre de l’Intérieur s’est longuement exprimé sur ce sujet. Selon des sources autorisées mais non citées, notre région présenterait des risques potentiels. Une réunion spéciale consacrée au renforcement de la lutte contre le Terrorisme s’est tenue la semaine dernière à Djibouti. Un comité national, placé sous la responsabilité du ministère de la Justice, est même chargé depuis deux ans de cette lutte difficile. Les FAD, la F.N.P et la Gendarmerie sont tous mobilisés à cet effet. Stages de formation, séminaires, cellules interministérielles sont organisés au bénéfice des moins aptes et au frais de la coopération.

Tout ceci précisé, le Ministre de l’Intérieur n’a pas tort de mobiliser son ministère et sensibiliser l’opinion publique nationale sur ce sujet d’une extrême gravité pour la stabilité politique de la région et singulièrement de notre minuscule et fragile pays aux frontières poreuses et à l’attrait certain.

Nous sommes quant à nous, de ceux qui pensent que ( plus dans ce domaine que dans d’autres), « il vaut mieux prévenir que guérir ». Ce terrorisme-là est né et se nourrit de l’injustice. Appelons Orwell à la rescousse pour appuyer notre argumentation : « Que la moindre dégradation de l’Homme, infligée au moindre des hommes à des milliers de kilomètres, rejaillit sur notre vie intime en blessant notre humanité profonde. Accepter la servitude intérieure revient à entériner, et souvent à entraîner, l’esclavage d’autrui. A travers chaque cas particulier se joue l’avenir de tous. La défense de soi est indissociable de la défense de l’humanité en soi. La reconquête de l’homme est à refaire chaque matin… sur soi-même. »

Voilà ce que nous dit l’illustre écrivain britannique dans son «1984».

Vous aurez tous compris que ce qui nous préoccupe au plus haut point à Djibouti, c’est le comportement répressif et irresponsable de nos dirigeants. Au sortir d’un douloureux et ruineux conflit armé, les Djiboutiens paupérisés et meurtris, excepté un petit clan, avaient espéré des lendemains qui chantent suite à l’Accord de Paix du 12 mai 2001.

Bien qu’ayant déchanté (en sanctionnant les députés sortants le 10 janvier 2003) ils ont raison de continuer à placer en nous l’espoir de lendemains meilleurs.

C’est un bon placement car, qu’il soit bien compris que ce terrorisme-là, nous le combattrons autant que faire se peut, avec discernement, pacifiquement, inlassablement. Ces irresponsables qui nous gouvernent, parce qu’ils s’imaginent à tort être les plus forts, les plus rusés, sont en train de mener notre pays et la région vers l’indescriptible chaos que vit aujourd’hui la Somalie (pas le Somaliland). Dans ce chaos, tout le monde sera perdant.

Ces quelques lignes s’adressent principalement à tous nos partenaires politiques et économiques, car tout comme nous, eux aussi seront perdants, ne serait-ce que parce que les contribuables Américains et Européens ne souhaitent pas voir leur argent dilapidé par les choix politiques imprudents de leurs représentants.

Notre Peuple se refuse quant à lui à être le perdant collatéral d’une coopération bilatérale ou multilatérale qui serait préjudiciable à ses intérêts.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 51 du mercredi 14 mai 2003

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Réalité numéro 51 du mercredi 14 mai 2003

                Alliance           « La seule vraie politique est la politique du vrai » EDGAR FAURE
Républicaine
pour le Développement

 

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Accord de Paix du 12 mai 2001 : état des lieux
  4. 12 mai : journée nationale de la Paix

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 51

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


 

Éditorial

L’HONNEUR DU CHEF DE L’ÉTAT

Le hasard du calendrier offre parfois d’étranges coïncidences et d’instructives informations sur les préoccupations de chacun. Ainsi, alors que la presse gouvernementale s’épanche à n’en plus finir sur le quatrième anniversaire du mandat présidentiel, nous commémorons pour notre part le second anniversaire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Deux événements qu’il est bien difficile de ne pas mettre en perspective pour mieux saisir l’importance que le Chef de l’État accorde à la Réconciliation nationale.

Comme tout citoyen djiboutien, nous aurions été heureux que l’impétrant, qui a fêté il y a trois jours ses quatre années d’exercice de la magistrature suprême, nous donne, autrement que par la sempiternelle rhétorique officielle, quelles ont été les actions qu’il a concrètement menées pour véritablement renforcer la Paix. Laquelle, chacun en conviendra aisément, ne peut se résumer à la seule signature sur le papier, encore moins au fait que les armes se soient tues. Surtout lorsque l’on sait que les Budgets 2002 et 2003 comportent une ligne de crédit de 350 millions affectés, paraît-il, à la « consolidation des Accords de Paix » et dont aucune réalisation pratique ne vient corroborer une affectation dans ce sens.

Il est donc pour le moins navrant de voir le Chef de l’État se gargariser à propos d’une Paix à la consolidation de laquelle nous attendons depuis deux ans qu’il contribue réellement, autrement que par le verbiage et l’artifice, quand il ne s’agit pas malheureusement de remise en cause. Car le problème est aussi clair que simple : si violation de l’Accord de Paix il y a, c’est au Président de la République, Chef du gouvernement, Chef suprême des Armées, Président du parti majoritaire à l’Assemblée Nationale avant le 10 janvier 2003 et accessoirement Président du Conseil Supérieur de la magistrature, qu’incombe principalement la responsabilité.

Pour inquiétant qu’il soit, ce flagrant décalage entre un discours présidentiel voulant s’approprier une Paix unanimement saluée, et une pratique qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’œuvre pas à la Réconciliation nationale, pose une question : est-ce vraiment respecter son mandat et son serment présidentiels que d’utiliser un Accord à des seules fins incantatoires, symboliques, c’est-à-dire sans application concrète ?

Dans sa plus brutale réalité, c’est toute la différence entre l’action politique, inscrite dans une durée et dans un projet, et la gesticulation politicienne, souvent faite d’hypocrisie (NIFAAQ) et de tricherie (KHAYAANA), qui se dévoile aujourd’hui dans ce Janus aux deux visages. Force est donc de reconnaître que le souci d’assurer par la fraude la réélection d’une Assemblée Nationale tout à lui dévouée passait par la violation d’une disposition essentielle dudit Accord de Paix : l’instauration dans la pratique d’un environnement institutionnel propice à une vie politique pacifiée. L’incarcération du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, s’inscrit bien dans ce refus acharné de l’État de droit.

Force est également de regretter que la Réhabilitation des zones affectées par le conflit, du fait de l’amélioration des conditions de vie qu’elle aurait provoquée, se heurte à un ressort essentiel de cet Etat patrimonial et clientéliste : la politique de la misère. Logique despotique selon laquelle un citoyen nécessiteux est forcément un électeur obéissant.

En définitive, c’est tout le bien-fondé de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 qui est ainsi posé : à quoi sert-il de faire la paix si une partie se refuse à l’appliquer, empêche toute amélioration des pratiques politiques et toute amorce d’un véritable développement économique ? Tout aussi gravement pour le pays, se pose une autre question : à quoi sert un Chef d’État qui ne respecte pas la parole donnée ?

 

 


Brèves nationales

 

Bilan présidentiel en supplément gratuit :

 

Le passif ne se vend plus !

 

Un mois après avoir fêté son élection « sans ostentation », le Chef de l’État commémore depuis le week-end dernier son investiture, toujours sous « le signe de la sobriété » bien sûr. A cette occasion, les médias gouvernementaux n’ont pas lésiné sur les moyens afin de couvrir l’événement comme il se doit en rappelant les « réalisations », forcément grandioses de ces quatre années écoulées.

N’étant pas griots pour un sou, nous avions à notre manière analysé dans nos précédentes éditions ce maigre bilan présidentiel à la lumière de la réalité quotidienne plus morose que jamais. Si changement il y a eu, avions-nous écrit, c’est essentiellement en négatif. Sans revenir sur toutes les occasions ratées à cause de la mauvaise volonté de ce régime, arrêtons-nous tout de même sur la nouvelle image de rassembleur que cherche à se forger le « numéro un » djiboutien, après le hold-up électoral du 10 janvier 2003.

Comme le vent rassemble les nuages, puis les disperse, le « Président rassembleur » a fait le vide autour de lui après la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qu’il s’était pourtant solennellement engagé devant Dieu et le Peuple djiboutien à sincèrement appliquer. Comment prétendre renforcer l’Unité nationale tout en sabotant la reconstruction de zones dévastées par le conflit, l’indemnisation des victimes et en refusant la réinsertion sociale aux démobilisés ? Comment favoriser le développement des régions en reconduisant des conseils régionaux cooptés, opaques et inefficaces au lieu de mettre en œuvre une réelle Décentralisation ?

Maintenant qu’il semble engagé dans une pré campagne de réélection présidentielle, porter des habits neufs de rassembleur lui apparaît peut-être plus judicieux. Seulement, nos concitoyens se posent quelques questions : comment peut-on rassembler après avoir si longtemps divisé au moyen du clonage politique et du bakchich ? S’acharner contre Daher Ahmed Farah, Président d’un parti d’opposition légalisé, ressemble-t-il à un rassembleur ?

Comment fait-on pour « corriger ce qui peut l’être» tout en restant seul maître à bord : tantôt timonier, tantôt tisonnier ?

La fuite en avant pratiquée jusque-là, loin de constituer une parade à la crise, la renforce immanquablement, tout en faisant perdre un temps précieux à notre Peuple.

L’opposition part

en guerre diplomatique

Sous ce titre, L.O.I (la Lettre de l’Océan Indien) a publié le 10 mai 2003 dans son numéro 1041 un article consacré à la politique intérieure djiboutienne que nous offrons ci-dessous à nos lecteurs :

« Le président de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD, opposition), Ahmed Dini, qui séjourne actuellement à Paris, a pris quelques initiatives pour tenter d’isoler le régime djiboutien au plan diplomatique. Dini a mené la liste de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD, opposition) aux élections législatives du 10 janvier 2003. Avec ses colistiers, il a estimé que ce scrutin avait été terni par des fraudes et avait déposé un recours en annulation de ces élections auprès du Conseil constitutionnel djiboutien assorti, selon lui, de «preuves formelles de violations des lois sur les élections ainsi que de fraudes flagrantes». Mais l’opposition a été déboutée et finalement aucun siège de député ne lui est revenu alors même qu’elle a remporté, selon les chiffres officiels contestés par elle, 45% des suffrages à Djibouti-ville et 38% sur l’ensemble du pays.

Le 28 avril, Ahmed Dini au nom de l’ARD a écrit au sénateur Jacques Legendre, secrétaire général de l’Assemblée parlementaire francophone et à Mme Monique Pauti, secrétaire générale de l’Association des cours constitutionnelles partageant l’usage du français (ACCPUF) pour dénoncer cette situation.

Dans sa lettre de quatre pages assortie d’un gros dossier présentant les recours de l’opposition djiboutienne devant la Cour constitutionnelle de son pays, il a repris la liste des griefs de l’opposition au sujet de ces élections (problèmes dans l’élaboration des listes électorales, dans la remises des cartes d’électeur à leurs titulaires, dans la rédaction des procès verbaux du scrutin etc.). En outre, deux ans après la signature de l’accord de reforme et de concorde civile, le 21 février 2001, Dini estime que « le régime refuse toujours obstinément de mettre cet accord en application » et juge que « la situation est bloquée au même point de départ qui avait occasionné la lutte armée ». Après avoir dressé ce sombre constat, Dini réclame dans sa lettre que la « section djiboutienne soit suspendue de l’Assemblée parlementaire de la francophonie dont elle est membre car cette présence lui apporte une légitimité indue ». Il souhaite également que l’ACCPUF « prenne en considération la réalité du Conseil constitutionnel de la République de Djibouti » qui selon lui contrevient à l’article 3 des statuts de l’ACCPUF « en s’opposant à l’avènement d’un État de droit ».

Loin de la politique du mensonge, privilégiée par le régime, le président Dini poursuit son juste combat pour l’avènement d’un véritable État de Droit dans notre pays. N’en déplaise au pouvoir en place, pour nous, la seule vraie politique reste la politique du vrai.

La Paix vue par

le petit bout de la lorgnette

Dans un éditorial panégyriste consacré au quatrième anniversaire du mandat présidentiel, le journal gouvernemental « La Nation », peu suspect de sympathie envers nous, écrivait jeudi dernier : « Nous nous sommes interrogés sur l’image la plus forte, la plus significative, la plus symbolique de ces quatre dernières années. A notre humble avis, aucune image n’est plus forte que celle du bûcher de la Paix dans le Nord du pays. Ces bûchers ont marqué le désarmement du FRUD-armé, dernier mouvement rebelle. Cet événement qui a eu lieu précisément à Ripta et Waddi le 7 juin 2001 a constitué l’aboutissement sur le terrain de l’accord de paix signé le 12 mai 2001 au Palais du Peuple entre le gouvernement et le FRUD-armé. Ces accords, qui ont d’ailleurs parachevé ceux d’Aba’a (un moment présentés comme une hache de guerre définitivement enterrée, NDLR) ont définitivement restauré la paix sur l’ensemble du territoire djiboutien. »

Après cet événement, dont la réussite ne dépendait que du FRUD-armé qui l’a voulu, quelle avancée significative, forte ou symbolique le régime a-t-il accompli dans l’application de l’Accord de Paix historique du 12 mai 2001 ? Honte au mensonge officiel cachant la vérité au peuple et réduit à brandir une simple photo de famille prise au Palais du Peuple le 12 mai 2001 !

Les plus belles images, aussi émouvantes soient-elles, n’incarnent pas la paix, sans l’existence d’une volonté politique d’appliquer honnêtement et sincèrement le contenu de l’accord signé.

Conférence de presse du Chef de l’Etat :

de la fausse modestie à la vraie insuffisance

Dans un long entretien à bâtons rompus accordé à la presse présidentielle Son Excellence (pardon !) le Président de la République a, une fois de plus, déployé ses talents de grand communicateur. Dès la première question, il reconnaît avoir été rattrapé par le temps : « à vrai dire, je n’ai pas vu le temps passer (…) je ne peux pas dire que j’ai fait tout ce que j’avais à faire. C’est vous (les journalistes) et le peuple qui devez juger. »

Les journalistes de la presse gouvernementale, c’est bien connu, ont pour mission de glorifier le régime et ce n’est pas un hasard si aucun d’eux ne s’est hasardé à lui poser des questions relatives à l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Quant au Peuple, il a si sévèrement sanctionné l’action présidentielle aux législatives du 10 janvier 2003 qu’il en a été spolié de sa victoire.

Enfin, pour ce qui est de la presse d’opposition, ses critiques dérangent tellement que notre ami DAF en a perdu sa liberté pour avoir dénoncé le pouvoir de tous les abus. Si le Chef de l’État s’est subitement mué en démocrate, nous en prenons acte, en espérant que la presse d’opposition sera conviée à sa prochaine conférence urbi et orbi.

La plante verte ne volera plus

en première classe : Khat roues motrices ?

Selon des informations recueillies dans les milieux de la puissante association des brouteurs djiboutiens, le sujet le plus débattu dans les mabraz du pays serait, non pas l’anniversaire du mandat présidentiel, mais incontestablement le mode de transport désormais imposé à l’acheminement de la précieuse plante, qui passerait, pour ainsi dire, du carrosse à la charrette. En effet, dans quelques jours, l’avion quotidien ne sera plus qu’un bon souvenir et le khat empruntera la route Diré-Dawa-Djibouti. L’initiative de ce changement aurait ses origines dans les considérations de sécurité aéroportuaires soulevées par les Américains. Lesquels, ce faisant, contribuent à n’en pas douter à la démocratisation du marché du khat.

Les véhicules 4×4 seront donc particulièrement sollicités et la route encombrée, comme en 1991.

Malheureusement, cette future épopée risque également de causer des accidents sur la voie Ali-Sabieh-Djibouti : en 1991 déjà, on dénombrait plusieurs accidents mortels sur la route Dikhil-Galafi. Cette année, avec les camions éthiopiens, il faudra être extrêmement prudent.

 


 

Accord de Paix du 12 mai 2001 : état des lieux

 

Afin de mieux montrer tout le décalage qui existe entre un discours gouvernemental prétendant que l’application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 suit son cours normal, et la réalité des multiples violations, voici un état des lieux au bout de deux ans. Alors que la presse gouvernementale fait l’impasse sur ce sujet, pourtant essentiel à la réconciliation nationale, chacun pourra apprécier à travers les lignes qui suivent, la mauvaise foi en action du régime.

 


 

DECENTRALISATION

Article 20 : Du cadre juridique.

Elles adoptent le projet de loi de décentralisation, annexé au présent Accord, comme loi organique fixant le cadre juridique de la décentralisation.

Article 21 : Des niveaux de décentralisation.

a. Les deux parties s’entendent sur les niveaux de la décentralisation qui sont de l’ordre de deux, à savoir: la Région et la Commune.

b. Les deux parties ont accepté de mettre d’abord en place les régions et ultérieurement les Communes. Les 5 régions sont: ALI SABIEH, ARTA, DIKHIL, OBOCK et TADJOURAH. La Capitale disposera d’un statut particulier.

Article 22 : Commission Nationale de la Décentralisation.

Une commission de mise en place de la Décentralisation composée de douze membres (12) dont 3 représentants de chaque partie signataire de l’Accord-cadre de Réforme et de Concorde Civile susmentionnée est créée.

C’est toute l’économie du texte annexé à l’Accord de Paix qui a été remise en cause par le gouvernement et son Assemblée Nationale. La version adoptée par cette dernière constitue l’antithèse d’une véritable démocratie locale puisque des dispositions essentielles telles que le respect des limites régionales, la transparence des élections locales ou encore la coopération décentralisée ont été purement et simplement supprimées par le « législateur ». Tout comme le gouvernement a estimé légal de ne pas mettre en place la Commission Nationale de Décentralisation prévue à l’article 23.

Persistant dans sa mauvaise foi, le régime, une fois toutes ces violations perpétrées, a unilatéralement initié un pseudo séminaire consacré à la décentralisation, au terme duquel le Premier ministre a décrété qu’elle devait se faire non pas dans le respect du calendrier fixé par l’Accord de Paix, mais en fonction des ressources du pays qui ne suffiraient pas.

Les hasards de la tombola politique qui préside à la sélection du personnel politique au sein du RPP peuvent peut-être expliquer qu’un dirigeant sans envergure ni expérience, pour ne pas parler de projet, puisse faire preuve d’une telle désinvolture.

Mais lorsque de telles inepties se retrouvent dans la bouche du Chef de l’État, c’est à désespérer de la réelle volonté du régime à ce chapitre.

En effet, dans l’interview accordée à l’occasion du quatrième anniversaire de son mandat, le Président de la République a avancé que sur recommandation d’un expert étranger, il fallait marquer une longue pose dans la mise en place de la Décentralisation !

Il est tout simplement pitoyable que le premier responsable du pays en arrive à fuir des responsabilités auxquelles il s’est solennellement engagé devant le Peuple le 12 mai 2001 en se cachant derrière la potion magique d’un « grand sorcier blanc ».

En agissant ainsi, le Chef de l’État donne les preuves supplémentaires qu’il participe lui-même activement à la violation de cet Accord de Paix dont, faut-il le rappeler, le point B de l’article 24 stipule clairement que « Les deux parties signataires du présent Accord conduiront de concert l’application stricte et honnête de la totalité de son contenu et de toutes autres mesures entreprises dans son cadre ou en rapport avec ses objectifs. »

REFORMES DEMOCRATIQUES

Article 10 : De la nationalité.

Les personnes dont l’appartenance à la communauté djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes.

Article 11 : Du conseil constitutionnel.

Considérant l’importance du Conseil Constitutionnel, régulateur de la vie politique et protecteur des libertés fondamentales, les deux parties conviennent de réexaminer sa composition et son statut.

Article 13 : Des libertés publiques.

a. Les deux parties s’engagent à respecter les conventions ratifiées par la République de Djibouti et à tout mettre en oeuvre afin qu’une véritable liberté syndicale s’instaure. Tous les corps professionnels sont libres de s’organiser et de défendre leurs intérêts dans le respect des lois et règlements.

b. Les deux parties s’engagent à réaliser effectivement la protection des droits fondamentaux tels que proclamés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et contenus dans le Préambule de la Constitution Djiboutienne du 15 Septembre 1992.

Article 14 : De la liberté de la presse.

Les parties s’engagent à oeuvrer pour assurer la liberté de la presse conformément à la loi organique no21/An/92/2ème L du 15/09/92 telle qu’amendée dans ses articles 4, 60 et 63, relative à la liberté de communication, qui concilie le droit à l’information avec le droit à la vie privée et à l’ordre public.

Article 15 : De l’égalité de tous les citoyens.

a. Les deux parties réaffirment leur attachement au principe de l’égalité de tous les citoyens, tel que défini par l’article 3 de la Constitution de Septembre 1992.

b. Les institutions civiles et militaires de la République refléteront équitablement, dans le respect des qualifications requises, par leur effectif encadrement et hiérarchie la pluralité de communautés composant le peuple Djiboutien.

Article 16 : Le contrôle des opérations électorales sur le plan national est assuré par une commission électorale nationale indépendante. Un décret déterminera son fonctionnement et sa composition.

Article 17 : Droit à l’Éducation.

a. Les deux parties souscrivent à la volonté, telle qu’affirmée au Titre V de l’Accord de paix de Décembre 1994, d’un soutien scolaire renforcé aux enfants des zones affectées par le conflit armé.

b. Elles reconnaissent la nécessité de poursuivre ces efforts en direction des zones affectées par la guerre en matière éducative, par la réouverture des écoles fermées.

Aucune avancée significative n’est malheureusement à signaler dans ce domaine, le régime gardant toujours ses mêmes caractéristiques autoritaires.

Ainsi, la Commission ad hoc sur la Nationalité prévue à l’article 10 et devant remédier au déni de citoyenneté en procédant à la délivrance des cartes d’identité à tout citoyen pouvant y prétendre, n’a pas encore été mise en place. Quoi qu’en dise le régime, la discrimination dans l’octroi des pièces d’identité et l’inscription sur les registres d’état civil persiste.

De même, l’article 11 qui prévoyait d’améliorer le fonctionnement du Conseil Constitutionnel n’a trouvé aucune application, certaines notabilités en mal de reconversion se bousculant au portillon pour reconduire les intolérables dysfonctionnements d’une institution qui s’est totalement discréditée lors des dernières législatives. Si la clé de voûte institutionnelle d’une démocratie est aussi déréglée, il est illusoire de parler d’État de droit.

Dans ce registre, la mise en place d’une CENI réellement indépendante, prévue à l’article 16, a également connu de telles violations, le régime se contentant d’instituer un ersatz. Lequel, logiquement pourrait-on dire, s’est particulièrement illustré le 10 janvier 2003 puisque certains de ses membres ont été pris en flagrant délit de fraude sans qu’aucune sanction n’ait été prise à leur encontre. Inutile d’enfoncer une porte ouverte : le ridicule de cette institution maison n’a échappé à personne.

Plus gravement, comment le Chef de l’État ose-t-il prétendre œuvrer pour l’Unité nationale alors que l’article 15 qui prévoyait dorénavant l’égalité entre les citoyens par la dépolitisation des chances d’accès aux richesses nationales et du recrutement dans la fonction publique tarde encore à se concrétiser ?

D’autant plus dramatiquement que l’illégalité et l’opacité dans lesquelles travaillent les sociétés de travail temporaire sont propices à tous les abus sectaires.

Au chapitre du droit à l’Éducation (article 17) notons qu’aucune amélioration n’a été constatée, surtout en milieu rural et en ce qui concerne le rattrapage scolaire en faveur des écoliers dont la scolarité a été perturbée par le conflit.

Enfin, l’article 14 relatif à la liberté de la presse a été tout simplement oublié par le régime qu n’a même pas soumis à l’Assemblée Nationale les différents amendements portés à la loi en question dans le cadre des négociations. Le pluralisme de l’information n’est décidément pas à l’ordre du jour.

PAIX CIVILE

ET SECURITE

Article 4 : De la Concorde civile.

Les deux parties s’engagent à promouvoir l’instauration d’une culture de paix pour réaliser pleinement la fraternité et la réconciliation nationale afin que les tragédies passées ne se renouvellent pas.

Article 5 : Du désarmement et de la démobilisation.

a) Les échanges des prisonniers, l’arrêt des hostilités, le déminage et l’instauration de dialogue, étant des acquis tangibles, les deux parties conviennent, au plus tard, dans les 7 jours, après la signature du présent accord de procéder aux opérations de désarmement et démobilisation et ce en phases successives :

1) Regroupement des éléments FRUD-armé à : RIPTA et Waddi (Districts Nord)

2) Désarmement et démobilisation des combattants du FRUD-armé s’effectueront simultanément dans les points de regroupement convenus.

3) L’ensemble des opérations de désengagement, démobilisation et désarmement doit s’achever impérativement dans un délai de sept jours.

b) Les forces gouvernementales réintégreront leur position habituelle d’avant conflit dès lors que les opérations ci-dessus énumérées prendront fin. Elles doivent procéder au déminage avant leur repli de leurs anciens campements.

c) Les éléments du Frud Armé démobilisés bénéficient de l’intégration dans les corps de défense et de sécurité ou de l’insertion dans la vie sociale ou bien de l’indemnisation.

d) Pour la bonne gestion de ces opérations, une commission mixte sera mise en place. Elle sera chargée de l’identification complète de chacun des combattants suivant le formulaire ci-joint.

Elle sera chargée également du recensement physique des hommes et de leurs équipements de guerre (notamment armes individuelles et collectives) ainsi qu’à leur réception.

Au sein de cette commission mixte, une cellule chargée des opérations sanitaires et médicales sera mise en place.

Article 6 : De l’intégration, réintégration, indemnisation et réinsertion

a) Le passage des conflits à la paix durable implique le désarmement et la démobilisation.

b) Tout ancien fonctionnaire ou conventionné appartenant au Frud Armé sera réhabilité et réintégré dans son droit.

Pour le règlement de la situation des ex militaires, des ex gendarmes et des ex policiers figurant dans les mêmes cas; ils pourront selon leur statut respectif et leurs âges, prétendre à :

Mise à la retraite ;

Rachat des annuités manquantes ;

Pécule ;

Remboursement des cotisations.

Les conditions d’octroi de ces droits seront précisées ultérieurement par un décret.

c) Les deux parties conviennent de faire appel à la communauté internationale afin qu’elle apporte son assistance au processus de la démobilisation et de la réinsertion pour son financement dans le cadre de la prévention des conflits.

Article 7 : Des ayants droit.

Les ayants droit des victimes du Frud seront assistés. Une aide financière extérieure sera sollicitée pour appliquer ce programme dans le cadre du renforcement du processus de paix et de la prévention des conflits.

Les seuls points ayant trouvé une application concrète et rapide dans ce volet, ce sont le désarmement et la démobilisation des combattants du FRUD-armé dès juin 2001, conformément à l’alinéa b. de l’article 25 qui stipulait : « Les procédures de démobilisation prévues à l’article 6 du présent Accord débuteront dès la signature… et devront obligatoirement s’achever dans 15 jours. ».

Notre mouvement a donc respecté ces dispositions qui ne dépendaient que de lui et le bûcher de la paix n’a pu être réalisé uniquement parce qu’il en a décidé ainsi.

Par contre, si l’incorporation de 300 éléments du FRUD-armé au sein de l’Armée, la Police et la Gendarmerie a bien eu lieu, ils ont inexplicablement été classés « Mobilisés » alors qu’aucune situation de guerre ne le justifie. De plus, les grades qui devaient leur être attribués tardent toujours à arriver.

Quant à une autre disposition de cet article 5 prévoyant le retour des troupes gouvernementales à des positions d’avant le conflit, elle est quotidiennement violée à Adaylou. Ce qui crée un climat malsain que nous avons souvent évoqué dans nos colonnes.

L’article 6 prévoyait pour sa part la réintégration des fonctionnaires et conventionnés, de nouvelles intégrations dans la Fonction Publique et dans la Convention Collective, ainsi que l’indemnisation des anciens militaires, policiers et gendarmes.

Sur le premier point, quelques cadres du FRUD-armé ont été non pas réintégrés mais recrutés, ce qui implique perte de l’ancienneté et du droit à la retraite. Aucun d’eux n’a par contre été affecté à un quelconque poste dans quelque administration que ce soit. La Primature a vainement et maladroitement tenté de transformer ce droit en faveur personnelle en cherchant à procéder à des nominations sélectives. Puis, la carotte n’ayant pas marché, le régime a eu recours au bâton : les salaires de certains de ces cadres, recrutés a compter de janvier 2002, ont été purement et simplement suspendus au bout de quatre mois.

Ce qui fait qu’ils sont aujourd’hui les seuls salariés djiboutiens à totaliser quatorze mois d’arriérés. Cette petite mesquinerie aurait été imaginé par la Présidence et la Primature : l’amélioration de l’existence individuelle n’a aucun poids quand des dispositions collectives de l’Accord de Paix sont à ce point violées.

De même, pratiquement aucun fonctionnaire ou conventionné ayant été abusivement licencié pour raisons politiques durant le conflit n’a été réintégré.

De même qu’aucune intégration dans la Fonction Publique ou la Convention Collective, dans le cadre du rééquilibrage, n’a été effectuée.

Quant à l’indemnisation des anciens militaires, policiers et gendarmes, aucun décret présidentiel n’a encore été pris dans ce sens bien que, selon nos informations, les services concernés de l’AND aient pour leur part préparé le dossier technique s’y rapportant.

Enfin, à ce chapitre de la paix civile, l’article 7 qui prévoyait une assistance aux ayants droit des victimes FRUD, n’a pas davantage trouvé un début d’application.

Réhabilitation des zones dévastées par le conflit et indemnisation des biens privés

Article 8 : Principes généraux.

a. Soucieuses de contribuer à accélérer le développement économique du pays ainsi que son intégration régionale, les deux parties s’engagent à tout mettre en oeuvre pour remédier aux effets néfastes du conflit sur l’environnement macro- économique.

b. Devant l’ampleur du chantier de la reconstruction nationale, les deux parties sont convenues d’accorder à ce chapitre une importance toute particulière et d’engager toutes les mesures appropriées visant à la réhabilitation des réfugiés et des déplacés, à l’indemnisation des particuliers dont les biens ont été détruits durant le conflit et à la reconstruction des infrastructures publiques.

c. Le programme de réhabilitation et de reconstruction déjà engagé depuis plusieurs années sera poursuivi jusqu’à son terme sur toute l’étendue du territoire touchée par le conflit armé – par la mise en état des infrastructures

– par la mise en état d’adduction d’eau,

– programme de construction et de réhabilitation de logement à Yoboki et à Obock devront se réaliser dans un délai raisonnable.

Parallèlement aux programmes en cours de réalisation, le réaménagement du Port d’Obock sera entrepris à l’instar de celui de Tadjourah.

Dans le même cadre, le projet d’adduction d’eau à Day déjà entamé sur l’initiative du gouvernement djiboutien, sera poursuivi.

Un soutien financier international sera sollicité à cet effet.

Article 9 : Des conséquences sur les civils.

a) Les deux parties s’engagent à oeuvrer pour que tous les civils victimes des conséquences de la guerre soient restaurés dans leurs biens et puissent retrouver leur cadre de vie.

b) Une indemnisation sera allouée aux victimes civiles dont les biens ont été détruits ou endommagés par la guerre.

c) Un soutien financier international sera sollicité à cet effet.

Dans le meilleur des cas, la réhabilitation des infrastructures publiques prévue à l’article 8 est laissée à la générosité des Forces Françaises stationnées à Djibouti, dont la presse gouvernementale se fait souvent l’écho, sans se demander les raisons d’un tel désintérêt de nos pouvoirs publics. Et pour cause : la Conférence des donateurs au cours de laquelle devaient être collectés les financements nécessaires, a été ajournée sine die au plus haut niveau djiboutien.

Certes, c’est délibérément que l’Accord n’avait établi aucun échéancier à cet effet : la réalisation des immenses chantiers de la reconstruction dépassant de loin nos maigres ressources nationales, elle nécessite le concours financier de la coopération bilatérale et multilatérale impliquée dans le développement de notre pays. Il aurait été imprudent de budgétiser des dons extérieurs qui sont, par définition, aléatoires. En revanche, nous ne nous lasserons pas de condamner l’unilatéralisme irresponsable du régime qui, en violation de l’article 24 et des attentes populaires, consiste à faire passer pour une application de l’Accord la construction sur deux ans d’un pâté de logements à Obock et à Yoboki, pour le montant dérisoire de deux millions d’euros.

Pour sa part, l’article 9, se fondant sur un volumineux travail de recensement annexé à l’Accord, prévoyait une indemnisation aux civils dont les biens ont été détruits durant le conflit. Alors que le régime distribue des cadeaux à ses griots patentés, il est pour le moins regrettable et contraire à la Réconciliation nationale comme au développement économique, que les civils dont l’outil de travail a été détruit (pirogues, boutres ou véhicules 4×4) ne soient pas indemnisés.

 

 


12 mai : journée nationale de la Paix

 

L’espoir soulevé par l’Accord de Paix définitive du 12 mai 2001 reste intact, comme en témoigne le succès du meeting de l’UAD consacré à cette commémoration lundi dernier. Ce rassemblement unitaire a également été l’occasion d’exiger solennellement la libération du Président Daher Ahmed Farah, injustement incarcéré depuis plus de trois semaines.


C’est sous un soleil de plomb malgré l’heure tardive (17 heures) et l’accablante humidité du mois de mai que se sont rassemblés plusieurs milliers de militants et sympathisants de l’UAD devant le siège de l’UDJ, à l’avenue Nasser. Autant que la commémoration de cette journée historique, ce que les observateurs ont remarqué, c’est bien la solidité de la dynamique unitaire de l’opposition nationale.

Des banderoles exigeant la libération immédiate de DAF et l’application totale de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 étaient largement déployées aux abords du lieu du meeting. Dans la matinée déjà, plusieurs milliers d’exemplaires de l’Accord de paix et du communiqué de l’UAD étaient distribués dans la Capitale et dans les quatre districts de l’Intérieur.

Une façon d’associer le Peuple tout entier à l’importance de l’événement.

Plusieurs orateurs de l’UAD se sont succédé au micro pour dénoncer l’attitude irresponsable du régime qui sabote la Réconciliation nationale et le Développement en persistant dans son refus d’appliquer sincèrement et intégralement le contenu de cet Accord.

Les dirigeants de l’UAD ont tous estimé qu’il n’y avait rien à attendre d’un pouvoir ne respectant ni ses engagements, ni les droits de l’Homme, ni même le verdict des urnes. Tous ont convenu que désormais le 12 mai sera fêté comme journée nationale de la paix.

M. Ismaël Guedi, Président de l’UDJ, a quant à lui résumé le sentiment général des dirigeants de l’UAD et même du Peuple djiboutien face à cet inqualifiable attentat contre la Paix et la Réconciliation nationale que représente la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001. En effet, il a à juste titre estimé que « La Paix est notre seule industrie et constitue le véritable gage de notre développement harmonieux. le FRUD-armé a consenti des efforts louables pour parvenir à cette paix. Si cette paix reste une réalité deux ans après sa signature, le mérite en revient surtout à la sagesse de l’opposition, et non aux gesticulations démagogiques d’un régime insouciant. Refuser de traiter les causes et conséquences d’un conflit civil qui a duré dix ans, est totalement irresponsable et n’augure rien de bon pour l’avenir

Après une décennie de conflit civil, il est bien normal que le retour de « notre bien commun le plus précieux » dixit le Chef de l’État, soit commémoré comme il se doit. Où a-t-on vu un Président de la République fêtant plus que de raison son élection et son investiture qu’une paix sans laquelle tout développement reste impossible ?

Conscient de ses dérives et mensonges concernant les violations de la paix signée le 12 mai 2001, le régime en est honteusement réduit cette année à publier dans sa presse la photo souvenir ressortie de ses placards pour ne pas être en reste. L’hypocrisie s’arrête là et la réalité reprend aussitôt le dessus. Le silence des armes et une photo de famille ne sauraient à eux seuls signifier la paix.

Nos concitoyens n’ont pas manqué de relever qu’aucune question relative à l’application de l’Accord de Paix n’a été soulevée dans les discours officiels depuis un an. C’est la preuve que le sabotage est organisé en haut lieu.

C’est si vrai que dans un entretien fleuve récemment accordé aux médias officiels, « le numéro un djiboutien » continue de faire l’impasse sur ce sujet sensible, préférant ouvrir des chantiers « plus importants ».

Quel chantier est plus important que la consolidation de la paix ? Par quelle baguette magique résoudra-t-il les grands problèmes de l’heure tout en laissant fermé le grand chantier passionnant de la paix ?

Fuir l’Accord de Paix démontre tout simplement l’absence de grand dessein au plus haut niveau de l’État. Le mensonge permet de passer, mais pas de repasser, dit un proverbe local.

 

 


 

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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

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Réalité numéro 50 du mercredi 7 mai 2003

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (5)
  4. Bonne gouvernance : posture ou imposture ?
  5. Communiqués de l’UAD

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 50

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

GOULAG PAR CONTUMACE POUR ALHOUMEKANI : L’ARBRE VEUT CACHER LA FÔRET

 

Le propre d’un régime impopulaire, c’est d’imposer aux citoyens ses propres préoccupations, corporatistes pourrait-on dire, souvent bien loin des difficultés quotidiennes du commun des mortels. Le moteur a beau tourner à plein régime, une voiture n’avance pas si sa boîte de vitesse est au point mort. Le matraquage médiatique à propos du procès en diffamation du dénommé Alhoumékani illustre parfaitement cette déconnexion entre citoyens et dirigeants. Accessoirement, ce procès est celui d’un autre procès au sujet duquel, parce que l’affaire est justement en instruction, nous n’avons jamais rien écrit, et n’écrirons encore rien aujourd’hui. Mais ce procès est en vérité un écran mis en scène pour occulter les véritables problèmes politiques auxquels il nous est bien difficile de ne pas le rattacher.

 

Nous n’évoquons qu’incidemment un aspect loufoque de l’argumentaire déployé par la partie civile pour diaboliser l’accusé : il n’a malheureusement pas le privilège d’avoir émis des chèques sans provision. Rappelons en effet qu’après sa réhabilitation, le député Moussa Ahmed Idriss a été lui aussi victime d’une telle indélicatesse commise par l’Assemblée Nationale qui, en guise d’indemnités, a trouvé normal de lui expédier un chèque en bois, pour lequel le Trésor ne lui jusqu’à présent rien versé.

 

En fait, le problème est à deux niveaux.

 

En premier lieu, ce n’est pas souvent que la télévision est invitée à couvrir dans son intégralité le déroulement d’un procès : le privilège médiatique accordé à ce qui n’est officiellement qu’une affaire de diffamation, ne peut nous faire oublier les conditions de « discrétion », pour ne pas parler d’illégalité, qui entourent l’emprisonnement du Président du MRD, M. Daher Ahmed Farah, lui aussi accusé d’avoir diffamé. La « transparence » du procès par contumace du sieur Alhoumékani, essentiellement à usage externe (puisque, de toute évidence, l’objet de la diffamation ne constitue pas une préoccupation à Djibouti, ni pour le Peuple, ni pour l’opposition) contraste donc singulièrement avec l’opacité généralisée dans la gestion des affaires politiques. Dans ce souci de transparence de la Justice, et après les prestations remarquées des chefs de la Sécurité et de la Gendarmerie au procès par contumace de M. Mohamed Saleh Alhoumékani, aurons-nous également droit à la retransmission télévisée à travers le magazine « Gros Plan » du procès DAF-Zakaria ? La majorité de nos concitoyens assommés par le matraquage médiatique du procès de l’ « affabulateur » saura gré à qui de droit de l’informer du dossier d’un combattant de la démocratie qu’elle souhaiterait voir libéré : DAF.

 

En second lieu, une telle focalisation sur la mort d’un juge français (même si le journaliste de la RTD se croit obligé de parler d’un « suicide volontaire »), ne peut que légitimement nous inciter à demander des réparations, au moins symboliques, pour les centaines de victimes civiles assassinées par des éléments des forces djiboutiennes de défense et de sécurité. Surtout lorsque l’on se souvient que certaines de ces victimes sans défense ont été sauvagement torturées puis exécutées dans le district d’Obock au lendemain de l’élection présidentielle de 1999. Pas plus que d’autres, nous n’avons entendu parler d’une quelconque enquête diligentée par les galonnés que DAF aurait aujourd’hui diffamés, ni a fortiori par le Chef suprême des Armées, que tel exilé aurait lui aussi diffamé.

 

A travers ce procès, c’est donc cette puérilité du régime qui nous préoccupe : à quelques jours du deuxième anniversaire de la signature de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est toujours la même fuite en avant qui semble prévaloir. Parce qu’il s’agit d’un crime de lèse-majesté, diffamer est donc plus grave que massacrer à Djibouti.

 

Chaque époque vit avec ses mythologies judiciaires : accusés de sorcellerie, cochons, chiens ou animaux de basse-cour comparaissaient au Moyen-Age devant le tribunal des humains. Faute d’avocat peut-être, ils étaient souvent condamnés.

 

Les procédures et les croyances ayant évolué depuis, les régimes autoritaires trouvent moins inhumains de vouer au Goulag toute conscience réfractaire . Il est vrai que le froid conserve.

 

 


Brèves nationales

 

Hystérie répressive :

 

qui est en charge du dossier DAF ?

 

Alors que notre confrère entame sa troisième semaine de détention dans des conditions inhumaines, le régime continue ses persécutions à son encontre : perquisitions et confiscations illégales. Ce qui ne semblait au départ qu’une intolérable atteinte à la liberté de la presse est devenue, au fil des jours, une affaire politique impliquant tout l’appareil d’Etat et ses instruments de répression.

Les violations du domicile privé de notre ami DAF et du siège de son parti légalisé constituent autant de gestes de défi à l’opposition nationale, dont l’attitude responsable et unitaire déstabilisent le pouvoir aux abois. Soucieuse de ne pas prêter le flanc aux multiples provocations, l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) a publié le 30 avril dernier le communiqué dont la teneur suit :

« Très tôt ce matin, la police judiciaire a investi, sans mandat de perquisition, le siège du parti du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement –M.R.D où elle a interpellé deux membres du parti et emporté un ensemble de matériels sono et de nombreuses cassettes audio. Au même moment, un autre contingent de la police prenait la résidence du Président Daher Ahmed Farah, toujours incarcéré à la prison de Gabode, ou elle a saisi, en toute illégalité, 7 machines à écrire, toutes les archives du journal le Renouveau Djiboutien, trois tampons du parti, un ordinateur et divers accessoires des machines à photocopier.

L’Union pour l’Alternance Démocratique –U.A.D qui considère les agissements du pouvoir comme une grave provocation :

– Réitère l’exigence de la libération immédiate et inconditionnelle du Président de M.R.D, M. Daher Ahmed Farah,

– Exige l’arrêt immédiat de telles procédés arbitraires, qui risquent de créer une situation incontrôlable,

Réclame le retour immédiat des matériels confisqués,

-Demande au Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme une réponse explicative de tels faits,

– Enfin, informe la communauté nationale et internationale sur le non-respect des Droits l’Homme en République de Djibouti. »

L’UAD suit cette affaire avec préoccupation et demande à toute la population de garder son calme pour contrer les manoeuvres de division d’un régime plus condamné que jamais.

Réinsertion :

les démobilisés du FRUD crient leur désespoir

Dans un long courrier qu’ils nous a fait parvenir cette semaine, le secrétaire général de l’Association des Démobilisés du FRUD (ACDF) dénonce la misérable conditions des ex-combattants neuf ans après l’Accord d’Aba’a et malgré le pacte d’alliance avec le RPP. Après avoir rappelé les multiples promesses non tenues par les autorités politiques, il proteste et s’indigne de la différence de traitement entre les démobilisés gouvernementaux et les ex-rebelles du FRUD.

Bien qu’alliés du gouvernement, les dirigeants du FRUD affirme-t-il, n’ont rien fait pour soulager la détresse de leurs camarades oubliés de la réinsertion sociale et condamnés à la misère sociale. C’est l’une des raisons, conclut-il, qui a poussé nombre de ces ex-combattants du FRUD à rejoindre les rangs de l’ARD (UAD) dans la lutte pour la reconnaissance de leurs droits bafoués à une juste réinsertion.

Rappelons que l’Association des Démobilisés du FRUD-armé (ADFA), qui compte 774 membres, reste quant à elle victime de la non-application de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, qui prévoyait justement une véritable réinsertion sociale pour ses combattants, dont certains totalisent une décennie d’engagement sur le terrain.

Promotion des droits de l’homme :

la philosophie de l’esbroufe s’exporte-t-elle ?

Le journal gouvernemental « La Nation », spécialisée dans l’agenda gouvernemental, n’a décidément rien à se mettre sous la dent en cherchant désespérément à crédibiliser la mauvaise gouvernance.

Ainsi, dans son édition de lundi dernier, le lecteur a droit à un exposé pompeux sur l’Etat de droit et les droits de l’homme à Djibouti.

Sur une pleine page, on peut y lire un long et indigeste discours prononcé à Brazzaville par le ministre-philosophe, au cours d’une conférence « des structures gouvernementales des droits de l’homme dans l’espace francophone ». Brazzaville, capitale du Congo est, soit dit en passant, un haut lieu de la paix et de la démocratie en Afrique.

Les droits de l’homme étant par nature indissociables d’une justice indépendante, nous aurions aimé, après son discours de Brazzaville, connaître la position de notre Garde des Sceaux, chargé des droits de l’homme, sur les persécutions dont sont victimes le Président d’un parti politique légalisé et son organe de presse.

Dans un pays où des clones « syndicalistes» continuent d’être présentés comme des représentants légitimes des travailleurs, de quel pluralisme se réclame un régime étouffant l’émergence d’une véritable société civile indépendante ?

Si le régime djiboutien se dit « fermement engagé à lutter en faveur des droits de l’homme », c’est la preuve qu’ils ne sont toujours pas respectés.

La Lutte continue donc !

Tadjourah :

le retour de l’enfant terrible ?

Mais de quelle nouvelle campagne électorale est encore chargée l’ancienne tête de liste de la mouvance présidentielle, dont les menées dilettantes ont été sanctionnées lors des dernières législatives? Toujours est-il, notre fringant Premier ministre a débarqué timidement jeudi dernier à l’escale de Tadjourah, accompagné des membres de sa « mouvance » et sans les «parlementaires mal élus» de la circonscription de Tadjourah. Ce qui aurait mécontenté certains intrépides qui, par manque de légitimité, auraient bien voulu débarquer dans ses valises.

Ayant pris soin quand même de dépêcher à l’avance et par route un petit comité d’accueil présent ce jour-là à l’arrivée, c’est donc entouré de quelques supporters maison qu’il a fait son entrée non remarquée dans la Ville Blanche.

Avec une certaine appréhension tout de même, car les rabatteurs spécialistes en fausses promesses envoyés sur place quelques jours auparavant n’avaient accompli qu’un maigre travail de sensibilisation.

Parcourant volontiers plusieurs dizaines de mètres à pied à la façon UMP, l’enfant du pays a pu constater l’état de prospérité de sa ville et de ses habitants, surtout depuis l’instauration de l’ère nouvelle qui a vu le renforcement de la bonne gouvernance et la lutte contre la pauvreté, chères au Chef de l’Etat.

Ce week-end de travail prévu de longue date et sans cesse repoussé, se voulait avant tout une « reprise de contact » avec la Ville Blanche et sa Jeunesse frondeuse, dans l’espoir de se constituer une petite clientèle locale. Peine perdue !

Dans ses bagages, le chef de file de la « nouvelle génération aux affaires publiques » était censé rapporter quelques propositions alléchantes et beaucoup de promesses réalisables d’ici 2005 et surtout après cette date.

Selon les quelques jeunes triés sur le volet ayant eu l’insigne honneur de l’approcher et de l’écouter, son monologue avait trait au développement régional et comportait deux volets importants : le développement du district de Tadjourah et la promotion de sa jeunesse. Aussi, se serait-il engagé, une fois n’est pas coutume, à réaliser le programme suivant :

– encourager les jeunes chômeurs à créer leur propre entreprise, moyennant une aide financière remboursable de l’Etat de l’ordre de un à 1,5 million FD ;

– régulariser la situation professionnelle des bénévoles employés dans le secteur public ;

– rouvrir prochainement la frontière avec l’Ethiopie au niveau du poste de Bouya (fermé pour des raisons inexpliquées depuis six mois, pénalisant les transporteurs routiers) ;

– renflouer les caisses du Conseil Régional pour un montant de 50 millions FD à partir d’un financement déjà obtenu des Américains ;

– bitumer le tronçon Soudda de l’axe routier Randa-Dorra ;

– recruter des cantonniers (coolies) pour l’entretien des pistes rurales dangereuses ;

– ouvrir un centre d’enseignement professionnel à Tadjourah ;

– construire des logements sociaux dans ce district ;

– favoriser l’accès des entrepreneurs locaux aux futurs marchés publics, etc.etc

Vaste programme donc !

Bien sûr, nous avons volontairement laissé de côté d’autres promesses, démagogiques ou de circonstance, comme nous tairons les questions sensibles posées au Premier ministre et qui n’ont pas obtenu de réponse.

En fin de séance, il été décidé de créer une « commission de suivi » devant se réunir tous les deux mois et forcément composée des membres de sa « mouvance ».

Rendez-vous aurait donc été pris dans deux mois pour « récolter les premiers fruits », selon ses propres termes.

On le voit, notre leader national a des idées plein la tête mais peu de moyens politiques et financiers. Les promesses n’engageant que ceux qui veulent bien y croire, concédons-lui tout de même qu’un nouveau sentiment volontariste semble l’animer.

Et si jusqu’à présent il n’avait pas réussi à prendre à bras le corps la destinée de son Peuple, c’est qu’il devait sûrement être occupé à « la gestion de vraie problématique ».

Bien qu’étant victimes de son surmenage, en notre qualité de partie cosignataire d’un Accord de Paix violé par son Exécutif, nous compatissons sincèrement, car on nous demande sans cesse d’oublier le passé.

Tant qu’on ne nous demande pas d’oublier l’avenir…

 


 

Le mensonge permanent (5)

5ème partie : Les Dépenses publiques contre le peuple

 

L’étude des dépenses de l’Etat, la semaine passée, démontrait l’incohérence du Budget dans sa répartition entre les différents ministères. Que les bénéficiaires des accroissements budgétaires n’étaient pas les secteurs sociaux, tel que le soutient le gouvernement, mais plutôt les ministères de la Défense et de l’Intérieur. Que les augmentations des dépenses publiques appelaient des relèvements des impôts qui, loin de couvrir ces besoins, engendrent des déficits budgétaires qui doivent être comblés par des emprunts. C’est justement sur ces dysfonctionnements de la politique économique de l’Etat que porte le présent numéro.


L’accroissement d’année en année des dépenses publiques ne se justifiait nullement par une quelconque amélioration des conditions de vie des citoyens du pays. Bien au contraire, la sécurité du système politique en place reste le souci majeur du gouvernement qui octroie une enveloppe budgétaire de plus de 9 milliards fd soit plus de 37% des dépenses de fonctionnement et d’équipement de l’Etat, aux seuls ministères de l’Intérieur et de la Défense. La largesse de ces dépenses fort élevées s’opère au détriment des ménages les plus faibles matériellement.

Cet état de fait peut encore être mieux apprécié lorsque l’on approche la classification des ministères en fonction de la part du budget allouée. La Santé, secteur social clé, vient seulement en 5ème position après la Défense, l’Intérieur et le ministère des Finances et de l’Economie. Bien entendu l’Education vient en premier pour la simple raison que ses dotations proviennent essentiellement des dons et aides des pays amis ou des institutions internationales. D’autres ministères du ressort du Social, notamment celui de l’Emploi et de la Solidarité, celui de l’Agriculture et l’Elevage comme celui de la Jeunesse et Sports, pour ne citer que ceux-là, totalisent moins de 7% du Budget.

Cette situation n’est pas sans risque. La confrontation des ressources (propres ou pas) et des emplois résumée dans le tableau ci-dessous pourra éclairer les lecteurs sur la bonne ou mauvaise utilisation des deniers publics. Ces derniers étant toujours orientés au détriment des plus faibles revenus.

Mais, en avant-propos rappelons que la croissance des dépenses publiques bénéficie essentiellement à des secteurs qui ne contribuent pas, a fortiori, à un rehaussement du Revenu global et, naturellement, de la Consommation globale. Par contre, cette gestion des derniers publics entraîne une perversion de la politique économique du pays dont la Dette, subordonnée aux dépenses exorbitantes de la Sécurité entre autres, devient un fardeau désormais insupportable pour les contribuables.

L’analyse des données budgétaires de 2001, 2002 et 2003 confirme, on ne peut être plus clair, que le montant absolu des impôts est fixé sur la base des dépenses programmées, politique dirigiste oblige, et non sur celle du Revenu global. Ces dépenses reposent sur une politique qui a pour effet de prélever une partie des revenus de certaines catégories sociales pour les redistribuer à d’autres groupes, dont la propension marginale à consommer est très faible jusqu’à atténuer la Consommation globale de l’ensemble de la communauté nationale. Ces ponctions par l’impôt sur les traitements et salaires des ménages faiblement rémunérés, pèsent sur le revenu national qui se trouve renforcé d’année en année pour toujours grossir encore le rang des pauvres. Rappelons à toutes fins utiles que l’Impôt sur les traitements et salaires intervient à hauteur de 4,7 milliards fd, soit 45% des Impôts directs et 19% des ressources propres de l’Etat dans le Budget de l’exercice en cours.

Malgré cette évidence dramatique, puisque paupérisant les masses laborieuses, le gouvernement, depuis des années, n’a pas voulu remédier à cette situation de détresse nationale par l’application d’une thérapie économique fiable. Pourtant, chose encore plus choquante, il reconnaît dans sa synthèse issue du séminaire de réflexion sur l’action gouvernementale, en février 2002, soit un peu plus d’un an, ce qui suit :

– l’appauvrissement intolérable de la population dont 45% sont pauvres et 10% incapables de se procurer la ration calorique minimale ;

– le chômage endémique qui frappe 52,5% des hommes et 66,5% des femmes ;

– la détérioration des capacités de gestion de l’Etat, le plus important agent économique, d’où l’accroissement de la crise dans l’ensemble du système économique et social, conséquence de l’absence du sens des responsabilités du pouvoir politique miné par le favoritisme, le clientélisme, la corruption à grandes échelles, le tribalisme, etc… ;

– les ressources fiscales de l’exercice 2000 qui fléchissent de plus de 3,4 milliards fd et les droits indirects en diminution de près de 2 milliards fd ;

– le niveau des dépenses publiques très préoccupant, conduisant à une situation de délabrement des services de l’Etat ;

– l’importance des effectifs et les ponctions fiscales qui ont généré une baisse de 60% à 70% du niveau de vie des agents de l’Etat ;

– enfin, la ruine des caisses de retraite et l’accumulation des arriérés des salaires des fonctionnaires.

Cette situation, née de la politique tant économique que sociale du gouvernement, est la conséquence de l’accroissement de la pauvreté frappant principalement les couches les plus vulnérables de la population nationale. Néanmoins, ces constats amers démontrent l’échec de la politique gouvernementale, qui navigue entre des «scénarios souhaitables » pour sortir de cette impasse voulue et entretenue par lui-même. Lesquels scénarios aboutissent à une conclusion résumée dans un tableau dénommé « Scénario tendanciel de l’économie nationale » dont les résultats projetés affichent une situation de déficits successifs entre 2000 et 2004. Un léger excédent pourrait être visible, seulement, en 2006 avec un produit intérieur brut (PIB) de l’ordre de 0,9%. Ce bilan plus que déplorable d’un gouvernement en manque d’imagination est en totale contradiction avec les budgets successifs, votés par une Assemblée Nationale aussi irresponsable, dans le rôle qui lui est dévolu, qu’improductive.

Le miracle ne se produit pas dans une économie où l’Etat dépense plus qu’il ne gagne. Le gouvernement djiboutien vit au-dessus des moyens mis à sa disposition par les contribuables, les Etats Etrangers et les Institutions Internationales.

Aide-toi, le ciel t’aidera… Alors qu’en 2001 le Ministère des Finances et de l’Economie avait budgétisé des recettes de 38,2 milliards fd, les comptes définitifs, arrêtés en 2002, ont dégagé 31 milliards fd seulement. Cette énorme différence représentant 19% (7,2 milliards fd), le gouvernement semble justifier que les recettes attendues, pourtant déficitaires, dépasseraient les dépenses de l’Etat pour dégager un Excédent budgétaire de près d’un milliard fd. Que dire donc du Budget 2003 tablant sur des rentrées de 41,2 milliards fd, en accroissement de 33% par rapport aux réalisations de 2001 ? Une folie lourde de conséquences ! Cette situation ruineuse n’atténuant en rien les conclusions négatives tirées des actions gouvernementales de l’année dernière.

La pauvreté ira davantage en exponentiel en raison des ponctions fiscales en augmentation constante, au seul profit de secteurs voraces et improductifs pour la Nation : LA SECURITE DU POUVOIR DEVIENT L’INSECURITE ALIMENTAIRE DU PEUPLE.

Entre la parole et les actes il y a un énorme fossé. La part des recettes supportées par les contribuables djiboutiens, bien que représentant plus de 26 milliards fd, n’améliore en rien leur bien-être, celle provenant des dons et prêts participerait seulement à soulager leurs conditions.

Les dépenses de l’Etat ne peuvent être couvertes par les recettes propres. Il apparait que les recettes budgétaires financent seulement les dépenses publiques en personnel et en matériels. D’où l’accumulation des déficits budgétaires que couvrent les intérêts et prêts financiers ( 1,2% du Budget) consécutifs aux emprunts destinés à compenser les pertes : il n’existe donc aucun budget national excédentaire. A suivre...

 

 


Bonne gouvernance : posture ou imposture ?

 

Nous avons déjà eu l’occasion de nous exprimer sur ce sujet. Non pas sur la mauvaise gouvernance que nous épinglons sans passion dans nos colonnes chaque semaine mais aussi sur le United Nations Development Assistance Funds. A travers le regard vigilant (qui, quoique partisan, se veut enrichissant) de notre journal,le propos des lignes qui suivent vise à aider, sans esprit polémique, le Système des Nations Unies (S.N.U) assurer un « bon suivi des conditions de mise en œuvre de l’UNDAF » de façon à lui permettre de bien évaluer l’ « impact final des résultats attendus sur les bénéficiaires »….

 


 

Le S.N.U est obligé de coopérer avec l’Etat et ses représentants officiels, tout comme d’ailleurs les traditionnels bailleurs de fonds impliqués dans la coopération pour le développement à Djibouti, ce qui est courant et normal et nous n’y trouvons rien à redire.

Le S.N.U, sans grand succès dans l’impulsion du développement durable chez nous, colmate bon an mal an, les brèches laissées béantes par les choix irrationnels de nos décideurs politiques. C’est de notre point de vue et en l’état actuel de sa collaboration avec notre pays, un palliatif utile ! Sans plus ! Empressons nous de préciser que n’est pas mise en cause sa bonne volonté !

Signée en grandes pompes médiatiques la semaine dernière cette « véritable charte pour l’action commune en faveur du développement humain à Djibouti » est censée structurer un plan quinquennal de développement. Fort bien ! Et « dans cette perspective, ce plan-cadre se concentrera sur quatre axes majeurs :

– Allègement de la pauvreté et promotion du développement social,

– Promotion de la bonne gouvernance et des droits humains,

– Promotion de la santé durable et lutte contre l’expansion du VIH /SIDA et autres maladies transmissibles

– Préservation des ressources en eau et rationalisation de leur utilisation

Déjà paraphé en juillet 2002, le document officiel que nous analysons ici ne fait pas état du volume d’aide octroyé à ces axes majeurs, il y est tout juste fait mention de l’origine des financements(PNUD , FAO, FMI, PNUE, OMS, PAM, BM…concernant les agences spécialisées des N.U et sans doute quelques concours d’Etats dans le cadre bilatéral) sans précisions sur la nature de l’aide : dons et/ou prêts ? Peu importe !

A la page une d’un document en comportant 47 et consacré à un avant-propos truffé de vraies fausses assertions, on peut lire « qu’au plan interne, la République de Djibouti qui est, depuis 1996 sous un programme d’ajustement structurel renforcé visant à assainir la situation financière et économique intérieure, est déterminée à mener à bien le processus de réformes économiques et institutionnelles recommandées par les institutions de Bretton Woods ». Le Gouvernement a entamé en 2000, la formulation du « document stratégique de réduction de la pauvreté » principal document de référence des bailleurs de fonds, dont la finalisation est prévue pour la fin 2002. »

Nous sommes en 2003 et nous vous prouverons, documents officiels à l’appui dans une prochaine édition, que non seulement ce programme n’a pas été finalisé à la fin de l’année précédente mais qu’il est quasiment resté au stade de la simple formulation d’un vœu pieux. Mais il y a plus grave.

Car on apprend qu’ « au niveau politique, le gouvernement entend poursuivre la consolidation de l’Accord de paix conclu avec l’ex-rébellion du Frud, par la mise en œuvre des termes négociés, dont le principal élément demeure la mise en place d’une décentralisation progressive, qui a déjà fait l’objet d’une loi votée par l’Assemblée Nationale ».

D’abord de quel Frud s’agit-il ? Il ne saurait s’agir du Frud-armé dont l’ARD et « Réalité » en sont la continuité et le porte voix ! Pour une raison très simple : le 12 mai, le Système des Nations Unis était présent lors de la cérémonie de signature de l’Accord de paix définitive, dont il a obtenu copie, y était annexé le texte de loi sur la décentralisation.

Après que le gouvernement l’ait adopté tel que convenu, d’accord parties, l’assemblée nationale l’a totalement et illégalement dénaturé et vidé de sa substance. Ce n’est donc pas le texte signé avec le Frud-armé qui a fait l’objet d’une « loi votée par l’assemblée nationale ».

Il s’agit donc vraisemblablement du Frud qui a signé les accords d’Aba’a dont la poignée de députés a signé comme un seul homme, sauf un seul, cet attentat contre la décentralisation. Auquel cas qu’on nous permette d’observer qu’en près de deux législatures 1992-1997, 1997-2002, la progression de la mise en place de la décentralisation, huit ans après les Accords est pour ainsi dire au point mort pour être prétendue poursuivie aujourd’hui.

La création par décret de quatre conseils régionaux dotés chacun de 50 millions de FD par an et qui n’ont à ce jour fait aucun compte rendu financier public de l’usage de ces fonds, est-ce cela une décentralisation à encourager ? Surtout, quand tout le monde (le Système des Nations-Unis compris) sait que les commissaires sont encore à ce jour nommés par le pouvoir central en fonction de leur obédience au parti au pouvoir et président à ce titre le Conseil Régional.

Ce n’est pas cela une décentralisation « considérée comme la base d’un développement économique des régions, tout en permettant la participation de la population à la gestion locale ».

Nous reviendrons en temps utile sur le volet concernant l’allègement de la pauvreté et la promotion du développement social à travers une analyse des budgets de l’Etat.

S’agissant de la « promotion de la santé durable et de la lutte contre l’expansion du VIH/SIDA et autres maladies transmissibles », dédouanons d’emblée les praticiens de la Santé qui malgré les très faibles moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics mènent une lutte quotidienne contre les maladies qu’elles soient transmissibles ou pas.

Dans le budget 2003, il est écrit : « en dépit des contraintes liées à l’application d’un système de gestion des finances publiques basé sur un plan de trésorerie où il s’agit de mettre en adéquation les recettes et les dépenses, le budget 2003 reflète les efforts consentis par le gouvernement pour développer les secteurs sociaux ». Dans la présentation du même budget, on apprend que le gouvernement compte consacrer près de 1,7 milliard de nos francs en Investissements… grâce aux ressources extérieures, en provenance de divers bailleurs de fonds : BAD, FIDES, IDA, BID…

S’agissant de l’eau « considérée comme le secteur prioritaire », elle bénéficiera…d’un don Japonais d’un milliard fd.

Quant à la Santé, on nous affirme « qu’afin d’accroître la capacité de l’Hôpital Peltier, la construction d’un pavillon et d’un centre d’épuration est prévue »…grâce à un don de la France.

Que Dons et Prêts soient affectés aux secteurs sociaux n’est pas en soi une mauvaise chose. Vous aurez compris que ce que nous réfutons, c’est le mensonge qui consiste à faire passer pour prioritaires des soucis qui en réalité et en pourcentages ne le sont pas ou si peu.

Car sont considérés comme prioritaires, les secteurs sociaux pour lesquels en pourcentage sont mobilisées les ressources propres. Dons éventuels et Prêts ne servant que d’appui infra….ou structurels. A ce sujet, il est piquant de constater dans les débats à l’Assemblée Nationale que les députés qui ont hier voté comme un seul homme la portion congrue affectée au ministère de la Santé, accablent celui chargé de l’exécuter. Pour le remplacer ? Non pas que ce dernier soit exempt de critique dans l’exécution de ce budget, mais nos « souverains » dépités, parce que les moins bien placés pour lui jeter la pierre, seraient plus inspirés à d’abord se livrer à une introspection.

« Le secteur de la communication se trouve quant à lui confronté à un certain nombre de faiblesses institutionnelles susceptibles de freiner son épanouissement parmi lesquelles on peut citer : l’absence de statut juridique réglementant les professions liées à la communication ; manque d’une stratégie visant à encourager davantage la presse plurielle ; difficultés financières liées à l’étroitesse du marché et à l’inexistence de structures et de mécanisme de financement « nous partageons ce constat sans complaisance ».

Plus loin p.11 « La République de Djibouti a ratifié la majorité des conventions internationales des Droits de l’Homme ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981)… cependant, même si la ratification de ces conventions traduit la volonté du gouvernement de se conformer aux instruments internationaux, leur application reste dans certains cas difficiles, faute de cadre institutionnel et de mécanismes de suivi appropriés. Ceci donne un caractère quelques fois formel aux signatures accordées sans pour autant que les clauses des conventions signées ne se traduisent dans le Droit positif djiboutien ».

A l’euphémisme protocolaire près, c’est exactement ce que nous reprochons chaque semaine dans nos colonnes au gouvernement. Ne lui en déplaise, réellement (crûment) exprimé cela signifie en clair que le fait de ne pas se conformer aux conventions ratifiées, et de ne pas appliquer les lois et règlements qu’il édicte, d’ignorer les engagements écrits, manquer à la parole donnée, traduit non seulement une mauvaise volonté, mais aussi et surtout un mépris du Droit par le recours systématique et la primauté accordée à la force brute ! Qui règne par l’épée… !

Le monde libre a commémoré il y a quelques jours, la Journée Internationale de la Liberté de la Presse à juste titre considéré l’UNDAF comme un indicateur de la bonne gouvernance.

En cédant à un jeu de mot facile, que le Système des Nations-Unis nous pardonne une bienveillante interpellation « What about UNDAF ? ».

 

 


 

Communiqués de l’UAD

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COMMUNIQUE DE L’UAD

MEETING DE l’UAD A L’AVENUE NASSER

 

A l’occasion du 2ème anniversaire de l’Accord de Paix Définitive, l’Union pour l’Alternance Démocratique appelle ses militants et sympathisants à venir nombreux lundi 12 mai 2003 à partir de 15 heures, assister à son meeting unitaire d’information à l’Avenue Nasser devant le siège de l’UDJ.

 

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

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Réalité numéro 49 du mercredi 30 avril 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Le mensonge permanent (4)
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Nécrologie
  6. La face immuable du pouvoir

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 49

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

1ER MAI DJIBOUTIEN : LA DÉFAITE DU TRAVAIL

 

Dans notre éditorial de l’an dernier consacré à cette occasion, nous écrivions, à la faveur d’une timide ouverture syndicale de la part du régime, que cette flamme devait à présent devenir lumière. Force est malheureusement de constater que sous nos cieux, le monde du travail a peu à fêter et beaucoup à revendiquer.

 

Sans même évoquer les dysfonctionnements de l’Ecole, dont l’inadéquation avec le marché du travail a été largement démontrée par les professionnels eux-mêmes, les chances d’obtenir un emploi se réduisent de plus en plus. Ce n’est pas un hasard si aucune statistique officielle n’est disponible sur le chômage qui frappe près de 75% des jeunes : il y a des réalités qu’un gouvernement paresseux est obligé de cacher.

 

Pour les privilégiés qui arrivent à se faire une place, ils ne sont pas logés à la même enseigne selon qu’il s’agit du privé ou du public. Dans le premier cas, les travailleurs ont au moins une consolation : c’est que, toutes proportions gardées, ils y sont moins exploités. En effet, sauf problème de trésorerie parfois inhérent au risque de l’entreprise privée dans le contexte qui est le nôtre, l’employeur respecte le contrat de travail au sens où les salaires sont normalement versés à la fin de chaque mois et où l’avancement n’est pas gelé. Car, dans le second cas, c’est peu dire que l’employeur, l’Etat, viole allègrement ses obligations à l’égard de ses agents.

 

Il s’agit des retards de salaire qu’aucun état de guerre ne justifie plus. Une réaffectation rationnelle des dépenses publiques, fondée sur une priorité accordée à la relance par la consommation, donc par le renforcement du pouvoir d’achat des ménages, aurait normalement incité tout gouvernement responsable et soucieux du bien-être social à résorber cette dette intérieure qui obère durablement l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Pourtant l’impôt « patriotique » perdure sous une autre forme, ponctionnant sans raison sérieuse le faible revenu des ménages dans un pays tributaire de l’extérieur à 99%.

 

Il s’agit aussi, si les agents de l’Etat nourrissaient des velléités revendicatrices pour être restaurés dans leurs droits fondamentaux, de la situation dramatique dans laquelle se trouve le syndicalisme djiboutien. Quand on sait qu’il existe au ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale une ligne budgétaire officiellement affectée à un « Service des Libertés Syndicales », la parodie prêterait à sourire si n’étaient en jeu la situation personnelle de tous les syndicalistes abusivement licenciés pour fait de grève (qui, rappelons-le, attendent encore leur réintégration et leur indemnisation) et la situation collective d’un syndicalisme libre, seul garant de la protection des travailleurs contre toutes les formes d’abus ou d’exploitation. Or, la plus intolérable exploitation, c’est celle dont sont victimes tous les agents de l’Etat, par les traitements non versés comme par le gel des avancements. Pourtant, la récente manne financière consécutive au regain du terrorisme international, pour peu qu’elle soit utilisée dans la transparence et affectée dans le sens des urgences, pourrait permettre au gouvernement de verser tous les salaires en souffrance et même de procéder, après onze années de sacrifices imposés, au déblocage des avancements dans la fonction publique.

 

Enfin, il est malheureusement logique qu’à des conditions de travail bafouées fassent écho des droits réduits à la retraite. Les intentions du régime en matière de retraite n’augurent guère de lendemains sereins. On l’aura compris : si le régime s’autorise tous ces abus, c’est parce qu’il a préalablement étouffé toute expression syndicale indépendante. C’est aussi, accessoirement, parce que les multiples fraudes électorales lui permettent de contourner le verdict des urnes qui ne peut pas ne pas sanctionner une telle gestion irresponsable, oppressante.

 

Dans ces conditions, bien qu’il nous soit difficile de ne pas souhaiter « Bon 1er mai à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs du pays », il s’agit surtout de prendre conscience du long chemin à parcourir avant que cette journée soit fêtée dans l’environnement politique, économique, social et surtout syndical lui donnant sa véritable dimension.

 

 


Brèves nationales

Coupures d’eau :

le coupable identifié ?

On connaît la boutade de la BBC à propos du fatalisme des Djiboutiens : ils se contentent de dire « Ohh ! » quand il y a coupure d’électricité et « Ahh ! » quand le courant revient.

Pour démentir cette caricature, par pur civisme, nous nous sommes penchés sur les récentes autant qu’intempestives coupures d’eau qui ont frappé la Capitale : à qui la faute ? Est-ce un déficit de gestion du matériel ?

Un premier élement de réponse est fourni par… le Chef de l’Etat en personne. En effet, l’on se souvient qu’à l’occasion de l’inauguration de la fontaine publique du Day, le Président de la République avait tenu à féliciter le Directeur de l’ONED qui, selon lui, s’est tellement engagé dans la réalisation de ce projet, « n’a fait que cela depuis douze mois faisant des va et vient entre la Capitale et le Day ».

En toute logique, il en aurait donc négligé le reste de ses énormes charges dont, entre autres, le suivi de la situation hydraulique à Djibouti-ville.

Accessoirement, on aurait pu se demander, toute responsabilité étant par ailleurs partagée, au terme de quelle séance son Conseil d’administation lui a donné le feu vert pour s’investir personnellement et pour investir financièrement dans le projet d’adduction d’eau du Day.

Le régime vaccine

contre l’opposition

Selon des témoignages concordants, les sympathisants de l’UAD seraient actuellement victimes de nombreuses discriminations sur le marché du travail.

Ainsi, la dernière campagne de vaccination qui vient de s’achever dans les districts du Nord, a été pour la mouvance présidentielle l’occasion d’une vengeance aveugle contre les vaccinateurs temporaires auxquels le ministère de la Santé fait appel en de telles circonstances.

Habituellement recrutés en raison de leur expérience, une dizaine de ces jeunes militants de l’UAD ont été tout simplement rayés de la liste des recrutés, malgré la bonne volonté des responsables de la Santé, et remplacés par des militants RPP sans aucune expérience en matière de vaccination.

D’autre part, les membres du syndicat des transporteurs routiers du District de Tadjourah, déjà largement pénalisés par la fermeture de la frontière éthiopienne à Bouya depuis plusieurs mois, n’ont pas non plus été épargnés par cette discrimination. Ainsi, les services en charge de cette campagne de vaccination n’ont pas pu, sur insistance expresse d’en haut lieu, attribuer ce marché temporaire du transport du matériel et des vaccinateurs à trois véhicules pourtant en très bon état de fonctionnement. Leur tort : ils avaient été loués par le représentant de l’UAD lors de la campagne électorale.

Il s’agit des véhicules tout-terrain immatriculés 719D33, 915D40 et 698D41, auxquels le ministère de la Santé faisait pourtant appel auparavent dans le cadre de ses campagnes de vaccination, justement en raison de leur état de marche plus que satisfaisant.

Décidément, la rigueur administrative ne semble pas une vertu appréciée par ce régime plus soucieux de réprimer sur le marché du travail : rappelons que l’ancien Commissaire de la République, Chef du District de Tadjourah, limogé de ce poste depuis peu, avait en son temps refusé de cautionner une telle pratique discriminatoire qui lui avait été suggérée un ponte local du RPP ayant ses entrées à la Primature. Laquelle reste accusée d’avoir instauré cette chasse aux sorcières à l’encontre de la Jeunesse UAD de Tadjourah. Et pour cause…

Immobilisme gouvernemental :

les « députés » inspirent, les ministres expirent

Sous respiration artificielle depuis leur déroute aux dernières législatives, les ministres et « députés » parlementent à l’Assemblée Nationale, dans l’indifférence générale.

Ces douloureuses séances de remue-ménage, pardon ! de remue-méninges, sont comme il se doit, largement retransmises à la télévision.

Après le pompeux séminaire sur l’action gouvernementale de l’an dernier, dont les recommandations sont restées lettre morte, nul ne doute que les actuelles « cogitations » constituent, elles aussi, une nouvelle version de la mystification chère au régime.

Ces parlottes, visiblement inspirées d’en haut lieu pour faire croire que cette législature mal élue existe, seraient un peu plus crédibles si certains thèmes ne restaient pas tabous.

Par exemple, la politique intérieure et les violations des règles démocratiques : quel député mal élu oserait interpeller le Ministre de l’Intérieur sur la violation de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ainsi que sur le sabotage de la loi de Décentralisation ?

Osera-t-on, dans ces faux débats médiatiques, questionner le Ministre de la Communication sur les aspects non appliqués de la loi relative à la liberté de communication, uniquement invoquée par le régime pour réprimer la liberté de la presse, d’opposition bien sûr ?

Quel député, féru d’économie, se permettra-t-il d’interpeller le Ministre des Finances chargé de la Privatisation, sur les conditions de concession au privé de la gestion de certains établissements publics et sur l’opacité qui entoure certaines privatisations réalisées ou prévues ?

Pourquoi le Ministre des Transports et de l’Equipement n’a-t-il pas été interrogé sur l’absence des engins des TP dans les districts du Nord, sur les activités et les recettes du Fonds d’Entretien Routier?

Enfin, quel développement est possible dans les conditions d’enclavement qui étouffent les régions de l’Intérieur ?

Tant que les vrais problèmes n’auront pas été abordés, à commencer par les conditions de légitimité du mandat électif en situation de fraudes massives, nous continuerons à dénoncer l’immobilisme et la régression dont est synonyme ce régime d’inertie et de gaspillage.

Salubrité publique :

de la fumée aux yeux

Mais où est donc passée la Voirie ? Malgré les réunions techniques et autres déclarations d’intention, la Capitale reste l’endroit le plus sale de notre pays.

Les détritus s’amoncellent dangereusement et les colonnes de fumée signalant leur incinération s’élèvent un peu partout. L’odeur âcre et nauséabonde de ces fumées fait désormais partie de l’environnement de notre ville.

Les ministères concernés ne font rien et continuent à discourir dans les salles feutrées et aseptisées sur l’embellissement de la Capitale. Avant d’embellir, il est plus urgent de nettoyer.

Alors que le paludisme fait des ravages dans la population, plutôt que de combattre efficacement ce fléau en distribuant par exemple des moustiquaires comme cela se fait dans beaucoup de pays, le régime préfère inaugurer la journée mondiale contre le paludisme par des banderolles et des réunions philosophiques.

Dixième jour de détention arbitraire pour DAF :

qui a peur du « Renouveau Djiboutien » ?

Une semaine après avoir jeté en prison le Président du MRD et directeur de publication du « Renouveau Djiboutien », le régime s’est permis une énième provocation en procédant à la confiscation illégale de son matériel de publication et d’impression. Le pouvoir aux abois semble à ce point fragilisé qu’il craint même les machines appartenant à notre ami DAF.

Rappelons que l’acharnement contre notre confrère a déjà suscité de multiples protestations dans le monde et ternit encore plus l’image d’un régime très largement discrédité par les récentes fraudes électorales. L’UAD a publié dimanche 27 avril un communiqué le presse suivant à l’attention de l’opinion nationale et internationale :

« Le président du MRD (Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement) et directeur de publication du journal le « Renouveau démocratique » croupit toujours, depuis déjà une semaine, à la sinistre prison centrale de Gabode.

Malgré les permis de communiquer délivrés par le juge d’instruction, le Directeur de la prison n’autorise que la mère du détenu, dépassant ainsi ses prérogatives et bafouant les lois en vigueur en la matière.

En outre, très tôt ce matin, la maison de la mère de Daher Ahmed Farah (DAF) a été fouillée de fond en comble par la police criminelle qui a emporté deux ordinateurs et un scanner et cela sans mandat de perquisition.

L’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) qui regroupe les quatre partis d’opposition s’émeut de la nature de la détention arbitraire du Président Daher Ahmed Farah, notamment le manque de visite, hormis sa mère et la confiscation de la radio et de tout objet d’écriture ;

réitère son exigence sur sa libération immédiate et inconditionnelle comme le stipulent les lois sur la presse, ainsi que la restitution du matériel informatique saisi illégalement ;

informe l’opinion nationale et internationale sur le non-respect des Droits de l’Homme à Djibouti. »

Affaire à suivre…

Réhabilitation :

le bluff continue

Un des volets de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, censé réparer les conséquences du conflit, la réhabilitation des zones affectées, continue d’être saboté par le gouvernement.

La conférence des donateurs devant participer au financement du vaste programme de reconstruction, pourtant prévue par l’Accord de paix, n’est plus à l’ordre du jour.

Dans ces conditions, le projet de reconstruction de toutes les zones affectées par le conflit, financé à hauteur de deux millions d’euros par l’Union Européenne et dont l’exécution a été confiée au PNUD, reste largement insuffisant en nature et en volume.

Pourtant, le régime s’en gargarise en présentant cette aide extérieure comme « la continuité des efforts du gouvernement et de ses partenaires pour la reconstruction et la réhabilitation des zones touchées par le conflit ». De qui se moque-t-on ? 360 millions FD permettent-ils de reconstruire les habitations détruites et pillées dans les trois districts et sur trois ans ?

Loin d’en vouloir à nos partenaires extérieurs obligés de traiter avec le pouvoir établi, nous considérons cependant comme encourageant de voir l’exécution de ce projet confiée à une agence des Nations Unies expérimentée en la matière. Cela démontre que la confiance en ce régime de mauvaise gouvernance a des limites.

Cela nous rassure également sur l’utilisation efficiente du financement accordé par les bailleurs de fonds.

Toutefois, seule une véritable réhabilitation permettra la reconstruction totale des biens détruits et l’indemnisation de milliers de victimes civiles qui vivent dans le dénuement le plus complet.

Quand on sait que le pouvoir s’est permis de financer pour plus d’un demi-milliard de nos francs la construction d’une tribune présidentielle et d’une nouvelle route goudronnée lors du défilé du 25ème anniversaire de l’Indépendance, c’est le comble !

Le régime doit donc comprendre que toute prétendue réhabilitation engagée sans concertation avec l’autre partie signataire, c’est-à-dire nous, constituera une violation de l’Accord de Paix et restera de ce fait insuffisante et sans effet réel sur le développement régional.

Législatives du 10 janvier 2003 :

les mal-élus persistent dans la fuite

Sanctionné pour appartenance à la mouvance présidentielle, et durement désavoué pour cela lors des dernières législatives, le FRUD d’Aba’a, qui ne s’en est toujours pas remis, a récemment tiré, bien qu’à sa façon mais pouvait-il faire autrement, les enseignements de sa déroute électorale. Selon ce mouvement particulièrement soluble dans le RPP, le score revu, corrigé et considérablement augmenté de « 62% » des suffrages que s’attribue l’UMP, resterait insuffisant au regard de ses prétentions.

Toutefois, ce « faible » score s’expliquerait comme l’on s’en doute par la « désaffection de nos populations pour la politique ». Tout cela a un air de déjà entendu.

A en croire ces politiciens apparemment rompus à la langue de bois du régime, les 52% d’abstentionnistes seraient des citoyens certainement partis à la pêche ce jour-là.

Comme les Français au premier tour de la présidentielle de 2002.

Cependant, reconnaît ce même parti qui n’est pas à une contradiction près, les véritables raisons ayant provoqué cette désaffection pour la politique restent : « la pauvreté, le chômage, l’usure du pouvoir,… ».

Pourquoi avoir alors fait alliance avec un pouvoir usé, générateur de chômage et de pauvreté ? Enfin, comment ces idéologues fatigués expliquent-ils que 62% de nos concitoyens ont préféré reconduire un tel gâchis ? En vérité, comme l’appêtit vient en mangeant, l’inspiration politique s’en va en nageant à contre-courant dans des eaux glauques.

Alors qu’ils n’osent même pas se rendre dans les circonscriptions qui les auraient « officiellement élus», voilà que les mal-élus profitent des médias généreusement mis leur disposition par le pouvoir qui les a décrêtés vainqueurs pour montrer qu’ils ont bien appris leur leçon.

Mais surtout pour faire acte d’allégeance dans la perspective de la prochaine présidentielle; ce qui n’étonne personne quoique, comme l’aurait dit un certain Lapalisse, faudrait pouvoir y arriver!

Qui vivra verra…

 


 

Le mensonge permanent (4)

3ème partie : le social est-il réellement une priorité ?

 

Depuis des années, la situation de crise économique est expliquée par le pouvoir tantôt par le fait de la guerre civile tantôt par une conjoncture économique internationale. Or, les différents budgets de l’Etat dénotent cette démarche explicative. Il ressort de sa lecture le manque d’adéquation entre les mesures économiques et leurs multiples retombées.

 


 

Le gouvernement semble dans une impassibilité totale face à cette longue conjoncture, les excuses d’une guerre n’étant plus recevables, celle-ci ayant pris fin dès le 7 février 2000, date la signature de l’Accord-cadre de réformes et de concorde civile.

La première étude économique du Budget de l’exercice 2003 par notre organe d’information, dans sa partie Recettes, démontrait le manque d’objectivité des décideurs de l’économie nationale. Les changeantes impositions fiscales dirigées vers les modérés salaires engendrant l’amplification simultanée de la pauvreté, la politique « de redressement économique» du régime conduirait inéluctablement à la faillite socio-économique du pays.

En effet, la croissance des recettes à travers les ponctions fiscales dirigistes du système en raison de l’augmentation continue des dépenses publiques non-maitrisées à ce jour, explique la montée d’année en année du Budget prévisionnel présenté par le Ministère de l’Economie et des Finances.

Ce constat mérite de considérer que les pouvoirs publics ont bel et bien conscience des conséquences d’une telle politique économique qui relève de l’arbitraire. Ils savent que la morosité économique n’est pas prioritairement exogène, mais endogène, effet de sa politique délibérée, appliquée sans que des actions préventives, encore moins curatives, soient prises à temps.

Il est dit que l’on ne peut pas empêcher les catastrophes naturelles, mais le fait de les avoir prévues permet de s’en prémunir et de se mettre à l’abri. En ce sens que depuis des années, aucune prévision économique fiable, pour le futur proche (sur deux, voire trois périodes budgétaires), avec une marge d’erreurs très limitée, semble n’avoir été dressée par le Ministère chargé de ce secteur public.

Une politique courageuse et volontariste, face à la conjoncture, suppose des prévisions impliquant, nécessairement, la définition d’une thérapie qui repose soit sur la guérison, une fois le mal arrivé, soit sur la prescription, a priori, d’un traitement capable d’anticiper l’arrivée du mal pour éventuellement le freiner à temps. Ainsi, la thérapie économique dispose de ses propres leviers, comme les multiples possibilités de la politique fiscale sur les importations, celle portant sur les investissements, celle sur une fiscalité appropriée aux différentes ressources de l’Etat ou encore celle, globalement, budgétaire.

Ces actions aussi variées étant absentes, puisque la crise perdure et frappe davantage les maigres revenus, le Budget 2003 commenté ci-dessous, rend le gouvernement responsable de l’inexistence de remèdes, tant curatifs que préventifs, pour asseoir une politique d’assainissement des Finances de l’Etat, acte préalable au fondement d’une politique de développement économique. Le régime ne peut donc espérer un quelconque retournement de la situation de crise que vit le pays ces dix dernières années.

La persistance de l’impôt patriotique, sous une forme différente des anciennes pressions fiscales sur les traitements et les salaires, en plus des trouvailles annuelles autoritaires, particulièrement accentuées sur les travailleuses et travailleurs, prouvent l’inaccessible relèvement d’une demande globale qui est dépendante du revenu ; lequel dicte le volume de la consommation et de l’épargne, piliers d’une croissance économique réellement libérale.

Les dépenses inconsidérées de l’Etat, dont les rétombées négatives sont palpables, justifient à elles seules l’irréalisme du dirigisme budgétaire engraissant seulement une couche de la communauté nationale, au détriment de son économie et de sa population soumises plus que jamais à la mendicité internationale, si rien de fiable et d’honnête n’est entrepris incessament.

En effet, si les pouvoirs publics augmentent leurs dépenses, il est imparable que seules trois solutions s’offrent à lui :

– celle d’augmenter ses dépenses sans toucher aux impôts,

– celle de modifier les recettes sans toucher le montant des dépenses,

– enfin, celle de changer simultanément les dépenses et les recettes.

Or, Djibouti semble opter pour la troisième possibilité, dont les conséquences de sa politique de dépenses publiques tirent leur origine sur un semblant d’équilibre budgétaire.

Face à la croissance accrue des dépenses, une imposition plus importante des contribuables se voit budgétisée, frappant principalement les moins rémunérés.

Cette politique a également des effets pervers sur l’économie puisque la Dette Publique lui est aussi subordonnée. Toute dépense non-couverte par une recette fiscale du même ordre donne lieu à un emprunt, ce qui implique remboursement de la part du contribuable.

De plus, les dépenses publiques n’étant par définition pas génératrices d’un accroissement du Revenu Global de la nation, les augmentations des charges de l’Etat, en personnel comme en matériel, ne se justifient nullement en ce sens qu’elles ne touchent que les Ministères autres que ceus réputés sociaux, la preuve étant donnée par la part alloués aux différents postes budgétaires principalement consommateurs de dotations (intérieures ou extérieures).

« Réalité » livrera sur la base des données de l’Etat la situation réelle des secteurs sociaux dans tous les budgets passés et présents en comparaison aux secteurs « sécurisants » d’un régime sous haute protection.

En plus, en plus de manière par laquelle chaque poste est financé : Budget intérieur, Dons, Emprunts et autres recettes inexpliquées au peuple. Sinon, comment imaginer les secteurs Défense et Intérieur totalisent 23% d’un Budget de plus de 41 Milliards de nos francs alors que la Santé et l’Education n’en bénéficient que de moins de 20%.

Alors, où se situe le souci du régime, en lutte contre la pauvreté ? Sûrement pas en faveur des travailleuses et travailleurs saignés au profit de ses propres protecteurs et de leurs arsenals répressifs.

 

Source : ministère des Finances. Djibouti. 2003

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

La Jeunesse de Tadjourah rejette la politique du ventre

 

Nous avons reçu un courrier de la Jeunesse de Tadjourah, retraçant la detresse économique et sociale dans laquelle se débat sa région. Nous le publions intégralement en la remerciant pour sa contribution à l’information régionale et en l’assurant des constants efforts de l’ARD afin que, par un changement de régime et de méthode de gouvernement, les citoyens délaissés soient restaurés dans leurs droits.


A l’heure où les fonctionnaires originaires de Tadjourah arrivent par petits groupes dans l’espoir de nous retourner et de nous tromper avec les plus plats arguments, nous leur répondons que la réalité crève les yeux sur le terrain. Ainsi, le centre hospitalier de la Ville-Blanche se dégrade sous nos yeux, sans que les pouvoirs publics s’en inquiètent. Dès que l’on approche l’entrée du pavillon où est situé le bureau du médecin-chef, on suffoque à cause de la puanteur dégagée par les déjections des pigeons. Les asthmatiques ne peuvent tenir quelques minutes devant le bureau du médecin-chef. Il faut parfois patienter plusieurs heures pour obtenir une ordonnance destinée à la pharmacie locale.

Les jeunes de Tadjourah sont chômeurs à plus de 90% et ressentent difficilement l’indifférence autant que l’insouciance des autorités locales et gouvernementales. Les malades hospitalisés sont oubliés dans leur souffrance. Cette négligeance est en partie causée par les rivalités opposant le médecin à certains infirmiers doyens, ayant participé au hold-up électoral du 10 janvier 2003. leurs querelles incesssantes nuisent au bon fonctionnement du dispensaire. Aussi, nous pensons que les cadres originaires de Tadjourah seraient mieux inspirés de trouver, avec les autorités politiques qu’ils soutiennent, des solutions aux maux dont souffre notre district. Fuyant la réalité, ils préfèrent tenter de nous soudoyer afin de nous vendre au régime en grande partie responsable de nos malheurs. Dans ces conditions, qu’ils ne doutent pas de notre détermination à lutter aux côtés de l’opposition. Notre appartenance à ce mouvement n’est pas une aventure, c’est une ferme conviction. Nous ne sommes pas prêts à céder aux pressions alimentaires d’un pouvoir qui a confisqué notre victoire électorale.

Nous ne sommes pas près d’oublier le hold-up du 10 janvier 2003 car nous l’avons vécu sur le terrain ce jour-là.

Nous en avons assez des figurants, nous voulons de vrais parlementaires soucieux avant tout des intérêts de leurs électeurs et non inféodés au pouvoir autocratique d’un seul homme.

La décentralisation telle que négociée et signée avec le FRUD-armé reste notre grand espoir. Elle seule permettra un véritable développement de notre région dont les potentialités restent immenses.

 

 


 

Nécrologie

Nous avons appris avec tristesse le décès de Madame Maryami Ahmed Issé, survenu à Tadjourah le samedi 26 avril 2003. la défunte, âgée de 80 ans, était la mère de notre compagnon Kabbo Idriss.

Elle laisse de nombreux enfants et petits-enfants.

L’ARD et la Rédaction de Réalité adressent leurs sincères condoléances à toute sa famille.

Qu’Allah l’accueille en Son Paradis Eternel

 

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN.

 

 


 

La face immuable du pouvoir

Il faudrait tout un numéro spécial pour énumérer les multiples entraves aux libertés publiques chez nous. Nous ne le ferons pas : on ne tire pas sur un corbillard. Les lignes qui suivent peuvent se lire autant comme une sommation que comme une invitation à pacifier les conflits d’intérêt par le strict respect des règles en vigueur communément acceptées. Il en va de notre avenir commun.


S’estimant diffamé non par quelques lignes mais par les accusations d’un livre (sulfureux il est vrai, « La face cachée du Monde ») le directeur de la rédaction d’un des plus sérieux quotidiens européens, Edwy Plenel porte plainte et réclame un euro symbolique de dommages et intérêts et la publication du jugement aux frais de l’éditeur dans la presse nationale française.

Les quelques lignes incriminées chez nous ont hier été présentées par les médias officiels comme « l’affaire du mois ». C’est aujourd’hui devenu une affaire d’Etat. Et demain ? Notre confrère sera-t-il déféré pour haute trahison devant la Cour de Sûreté de l’Etat ?

Nous apprenons que le 27 avril dernier au matin, tout le rudimentaire matériel d’impression de notre confrère « Le Renouveau Djiboutien » a été saisi. Sur ordre de quel juge et en vertu de quelle loi ? Munis d’un permis de communiquer dûment délivré par le juge, MM. Mohamed Daoud, Président du PDD et Souleiman Farah, 2ème vice-Président du MRD, se rendent à la prison de Gabode pour prendre des nouvelles de DAF. Ils sont vertement éconduits par le policier de garde qui, pour mettre fin à la légitime insistance des susnommés, affirme avoir reçu des ordres (qui, comme chaque militaire le sait, ne se discutent pas !). Qui est cet ordonnateur dont les ordres sont plus exécutés qu’un permis de communiquer délivré par un juge ?

Les logorrhées d’un avocat de la place cherchant aujourd’hui à justifer un état de non-droit dont il a lui-même été victime, ne convainquent personne. Peu nous importe ici car, après tout, tout plaignant a droit à une défense ! Ces agissements sont en totale contradiction avec les lois en vigueur. Si encore il ne s’agissait que d’une exception. Tel n’est pas le cas, car ces sautes d’humeur sont récurrentes, illégales et compulsives, sans doute parce que banalement impunies.

On se souvient tous que sous le règne de l’ancien Président de la République, en toutes illégalité et impunité, un chef (soyons polis) ambitieux, aujourd’hui très et auto promu, avait ordonné la saisie de l’outil de travail d’un opposant déterminé du FUOD, aujourd’hui codirecteur de publication de « Réalité ».

Inentamée, la détermination de ce dernier est encore intacte : au moins autant que le pain (qu’Allah octroie généreusement à toutes Ses Créatures) la Lutte légitime nourrit aussi son homme, au moins en terme de dignité sauvegardée. Les décideurs publics seraient donc plus inspirés de vaquer de manière responsable à leurs occupations, plutôt que de perdre leur temps et dilapider notre argent à des intimidations forcément vouées à l’échec.

Ce qui nous préoccupe pour l’heure, c’est l’avenir de la liberté d’opinion, son exercice, ses limites légales. Car, la disproportion de la réaction du Pouvoir démontre le naturel illégalement répressif du régime que nous avons toujours dénoncé et qui est incompatible avec l’Etat de droit, présenté par nos décideurs politiques comme étant un souci gouvernemental.

L’être humain étant ce qu’il est (faillible), il peut arriver à n’importe qui d’abuser d’une Liberté conquise ou octroyée. C’est pourquoi toutes les véritables démocraties à travers le monde prévoient et sanctionnent, au civil, tout abus de quelque bord qu’il provienne.

Décourager par une très forte amende propagation de fausses nouvelles ou diffamation, c’est du déjà vu. Obliger le condamné à publier le jugement définitif dans chaque édition pendant un certain temps, c’est du déjà entendu. Ce que nous n’avons ni vu ni entendu dans une démocratie digne de ce nom, c’est l’emprisonnement, la condamnation au pénal, par le tribunal des flagrants délits, sans instruction publique, d’un homme et de son journal.

Quels que soient les griefs, avérés ou supposés, reprochés à notre confrère, nous ne resterons pas indifférents à ce qui, de toute évidence, constitue un injuste procès intenté à l’exercice des libertés publiques, d’expression et d’opinion.

Où va-t-on si chaque chef (restons toujours polis) s’estimant diffamé, abusant d’un pouvoir normalement limité par le droit et par définition limité par le temps, emprisonne, saisit, condamne, exproprie ?

Prenant à témoin l’opinion nationale et internationale, nous lançons un avertissement au gouvernement et à nos soi-disant serviteurs sur les réels dangers que font courir à la stabilité de notre pays ces comportements répressifs irresponsables.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

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Réalité numéro 44 du mercredi 26 mars 2003

ARD

Sommaire
  1. Éditorial
  2. Valse des commissaires
  3. Brèves nationales
  4. La Jeunesse de Tadjourah nous écrit
  5. Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie
  6. Guerre entre les images de guerre

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 44

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

LES VRAIS AMIS DES AMERICAINS

 

Estimant que seule la légalité internationale devait prévaloir dans le règlement des conflits interétatiques, la France a donc refusé de cautionner l’actuelle croisade menée contre l’Irak par les États-unis d’Amérique et leurs alliés, dont certains ont choisi l’anonymat. Les dérapages médiatiques de quelques simples d’esprit et de quelques esprits malintentionnés n’y changeront durablement rien : cette position de la France ne fait pas d’elle une puissance ennemie des Américains. Car les États-unis ont deux types d’amis.

Il y a tout d’abord les vrais, ceux qui leur sont structurellement, consubstantiellement liés par un ensemble de données culturelles, économiques et politiques. Dans ce camp figurent non seulement les puissances occidentales partageant avec eux les mêmes valeurs de civilisation, mais aussi tous les États qui, de par le monde, se trouvent résolument engagés dans la démocratisation de leurs institutions. Le Sénégal par exemple, qui ne se prête à aucune surenchère entre Américains et Français au gré des circonstances. Ceux-là savent qu’avec la fin de la guerre froide, ils peuvent compter sur les États-unis pour les aider, en contrepartie d’une libéralisation politique, à libéraliser leur économie, avec tout ce que cela peut malheureusement impliquer comme dictature du marché.

Il y a aussi les faux amis. Ceux qui se rangent inconditionnellement derrière la puissance américaine pour des raisons conjoncturelles. Dans cette cohorte hétéroclite, on trouve des États du Tiers-monde peu démocratiques cherchant, dans cette alliance, à la fois clémence politique et retombées financières. Ce n’est pas le modèle américain qui les intéresse, encore moins sa défense qui les mobilise : ils saisissent tout juste l’opportunité offerte par une administration convertissant en plus-value politique le désarroi légitime d’un peuple traumatisé par un terrorisme aveugle. Ainsi, chacun sait, par exemple, que le retour de l’USAID à Djibouti, que le Chef de l’État présente comme une grande victoire de sa diplomatie, ne peut masquer l’essentiel : cette agence américaine d’aide au développement avait dû quitter notre pays à cause de la mauvaise gouvernance.

Mais les Américains ne sont pas dupes : ils savent que parmi leurs alliés d’aujourd’hui, il y a quelques Saddam Houssein en puissance, maintenant leurs peuples dans un intolérable état de sous-développement politique et économique. Si jurisprudence il devait y avoir dans cette affaire, ce serait d’universaliser, par des voies pacifiques, l’opération « Liberté en Irak », afin de faire trembler tous les tyranneaux de la planète. Afin que l’Organisation des Nations Unies ne soient pas qu’une simple Organisation des États Unis plus soucieuse de la stabilité des régimes que du droit des peuples.

Devant cette regrettable démonstration d’unilatéralisme et de bellicisme, les vrais amis des Américains ne peuvent qu’être frappés du caractère prophétique de la lettre ouverte adressée au Président Nixon le 19 décembre 1971 par André Malraux : « Vous vous souvenez de notre conversation avec le Général de Gaule. Vous veniez d’atteindre le pouvoir et vous m’aviez fait l’honneur de me parler de la politique américaine. Je vous avais dit : les États-unis sont le premier pays devenu le plus puissant du monde sans l’avoir cherché. Alexandre voulait être Alexandre, César voulait être César ; vous n’avez pas voulu être les maîtres du monde. Mais vous ne pouvez pas vous payer le luxe de l’être distraitement. »

Espérons que la légèreté politique à l’origine de cette croisade n’aboutisse pas à l’ouverture d’une « boîte de Pandore » aux conséquences incalculables, dans cette partie du monde comme ailleurs.

 


Valse des commissaires

ou encore l’art du mouvement au point mort

Les commissaires de la République, chefs de district, ont vraiment la bougeotte, à tel point que les régions d’Obock et de Tadjourah ont vu chacune passer trois de ces représentants de l’État en trois ans ! Faut-il mettre cette rotation effrénée sur le compte d’un souci perfectionniste de toujours mieux faire de la part du régime ? Ou ne serait-ce, plus banalement et vraisemblablement, qu’une preuve supplémentaire de la mauvaise gouvernance persistante, sabotant encore et toujours la seule véritable condition de développement durable : la mise en place d’une réelle décentralisation ?


La Décentralisation constituait le volet essentiel de l’Accord de paix signé le 12 mai 2001 entre le gouvernement et le FRUD-armé. Nous n’entretiendrons pas le lecteur à propos des multiples violations perpétrées par le régime à tous les niveaux pour en réduire unilatéralement la portée : ce sujet a déjà été abondamment traité dans nos colonnes et chaque citoyen sait de quoi il s’agit.

Le récent changement des représentants de l’Etat dans la capitale et les deux districts du Nord nous fournit l’occasion de revenir sur cette importante réforme voulue par le FRUD-armé, car il donne toute la mesure de la préméditation gouvernementale quant à cette violation de l’Accord de paix comme de la mauvaise volonté du régime peu soucieux de promouvoir la compétence car tout aussi peu soucieux de sortir les régions de leur actuel état d’abandon.

Tout d’abord, une question peut légitimement se poser : les districts d’Obock et de Tadjourah sont-ils à ce point difficiles à gérer pour être victimes d’une rotation si rapide de leurs commissaires de la République ? Car enfin, quelle peut vraiment être l’œuvre d’un Chef de district ne séjournant qu’une seule année dans sa région d’affectation ?

La gestion du quotidien, et encore : quand on connaît la faiblesse de l’administration dans ces districts et le dénuement dans lequel ils se trouvent, il est bien évident que les administrés n’attendent aucun miracle des représentants de l’Etat aussi démunis.

D’autant plus que, quelle qu’aurait été l’ambition personnelle, somme toute légitime, d’un commissaire désireux de laisser une empreinte positive, il est volontairement mis par le pouvoir central en situation d’impuissance. N’ayant à sa disposition que le strict minimum pour verser les salaires de ses rares agents, il ne peut initier aucun projet de développement régional durable parce tout simplement ce n’est pas ce qui lui est demandé.

Il suffit, pour s’en convaincre, de penser à tous les problèmes que ces Chefs de district rencontrent dans leur souci de consciencieusement tenir à jour les registres d’état civil ou de recenser tous ceux de leurs administrés cherchant vainement à obtenir leurs cartes d’identité nationale.

Surtout que les habitants de ces régions durement affectées par le conflit savent pertinemment que les programmes de réhabilitation et d’indemnisation tardent à venir, depuis 1995 pour certains, parce que le régime, conformément à sa politique de la misère, ne semble apparemment pas en voir la nécessité.

En second lieu, il est révélateur de relever à quel point, bien que son inefficacité ait été largement démontrée, même à l’occasion du pompeux « séminaire sur l’action gouvernementale », l’organisation territoriale héritée de la colonisation (c’est-à-dire, un modèle d’action autoritaire ayant peu de considération pour le libre choix des administrés) continue d’avoir la préférence du régime.

Alors que la puissance coloniale sélectionnait ses administrateurs dans un corps spécifique et spécialisé, il est remarquable que l’État djiboutien n’ait absolument pas cherché à mettre sur pied un véritable corps d’administrateurs dotés d’une formation spécifique. Vingt-cinq ans après notre Indépendance, la nomination de commissaires issus d’autres secteurs administratifs ( quand cela est le cas) et n’ayant pratiquement aucune compétence dans l’administration territoriale, démontre à quel point l’aménagement décentralisé du territoire et la prise en compte effective, à la base, des aspirations régionales, constituent la dernière préoccupation du parti au pouvoir.

Cette constance à accorder le monopole des décisions au seul pouvoir central est la preuve que les mentalités du parti unique conditionnent encore les pratiques gouvernementales.

Ce qui est amplement démontré par le bilan négatif des « conseils régionaux » dont le mode de (non) fonctionnement s’explique par le fait que leurs membres sont nommés par l’Exécutif et non pas choisis par les administrés : ils n’ont de compte à rendre qu’à une instance qui ne leur demande rien ! C’est pour cela que les administrés attendent en vain un quelconque rapport sur les réalisations de ces « conseils régionaux » : circulez, il n’y a rien à voir !

Enfin, il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, les élections régionales promises pour le mois prochain, soient apparemment reportées à des jours meilleurs pour le régime : après sa cuisante défaite aux législatives du 10 janvier dernier, il est improbable que la mouvance présidentielle prenne aussi rapidement le risque d’un nouveau et massif désaveu populaire. Non seulement parce que le Peuple n’a pas fait son deuil de sa victoire en se résignant à la spoliation dont les listes de l’UAD ont été victimes, mais surtout parce le mobile de cette spoliation se profile à l’horizon : la présidentielle de 2005. La mouvance présidentielle n’a été décrétée « victorieuse » que pour assurer la victoire de qui elle s’autorise !

C’est pourquoi les administrés d’Obock et de Tadjourah n’attendent aucun miracle de cette rotation des commissaires de la République, chefs de district : quand le régime méprise leur volonté en détournant aussi frauduleusement le verdict des urnes, il y a tout lieu de penser que son représentant dans le district ne sera pas « atypique » et ne dérogera pas à cette ligne de conduite gouvernementale.

Autant que la volonté populaire, c’est le développement des régions qui est victime de la chasse aux sorcières sectaire ou de la tombola partisane qui président à la disgrâce des uns ou à la promotion des autres.

En effet, cette « restructuration » ne s’est pas faite dans un souci d’efficacité : à voir ceux qui ont été promus, on peut se demander quels services opaques ils ont rendus au régime, alors que ni leur bilan passé ni leur action présente ne plaident en leur faveur.

Quant à ceux qui ont été « remerciés », ce n’est pas toujours leur incompétence qui est en cause, mais souvent leur manque de zèle, à un moment où le pouvoir avait particulièrement besoin de leur coup de main partisan. tout cela démontre bien qu’en haut lieu les considérations sectaires et l’esprit de coterie priment sur la compétence et l’intégrité dans les nominations et les punitions des agents de l’État. Dans les semaines qui viennent, nous aurons l’occasion d’apprécier à sa juste mesure l’amélioration des conditions de vie des habitants des districts d’Obock et de Tadjourah, à la lumière ténébreuse de l’entrée en fonction de leur commissaire respectif. Chacun connaît les heureux promus : celui d’Obock est un enfant du pays qui n’a absolument aucune connaissance de l’administration territoriale.

Comme celui de Tadjourah, anciennement à Obock, où il n’a visiblement laissé aucune réalisation digne d’être mentionnée : La Ville Blanche, frondeuse par nature, sait bien qu’étant un des leurs, son nouveau commissaire ne lui apportera aucune amélioration concrète, malgré sa bonne volonté. Tout juste lui sera-t-il demandé, dans la logique policière qui prévaut, de mieux « quadriller » les habitants de la région pour le compte du parti unique. L’ancien commissaire, dont la compétence professionnelle et l’implication personnelle étaient largement reconnues aurait, semble-t-il, été sacrifié par pure animosité épidermique de certains représentants de la « nouvelle génération ».

Enfin, à Djibouti ville, qui peut sérieusement penser que l’ancien trésorier payeur général du Trésor Public durant les années fastes du régime, contribuera mieux que son prédécesseur à la salubrité et à la prospérité perdues de notre Capitale ? Là aussi, plus que les qualités de gestionnaire d’une Capitale, ce qui semble être attendu du nouveau Chef du district de Djibouti, c’est qu’il contribue, du haut de son piédestal inespéré, à rallier les mécontents de sa « mouvance »… de plus en plus nombreux.

C’est à ce gâchis de nos rares richesses naturelles et ressources humaines qu’il est urgent de mettre fin. L’UAD s’y emploie résolument.

 

 


 

Brèves nationales

La rue djiboutienne en effervescence : qui manifeste contre qui ?

 

Depuis que la rue des pays arabes a décidé de protester contre la guerre en Irak, les autorités djiboutiennes qui, d’habitude, ont une peur panique de toute manifestation de rue, ont-elles, elles aussi encouragé une petite marche contre l’agression anglo-américaine ?

Cette petite manifestation a eu lieu en fin de matinée dimanche 23 mars 2003 et les médias officiels l’ont largement couverte. Le lendemain, ce sont quelques centaines de jeunes qui ont récidivé en s’attaquant aux forces de l’ordre à l’avenue Cheik Houmed.

Dans une riposte disproportionnée, ces dernières auraient fait usage de gaz lacrymogènes et de balles réelles. Bilan : plusieurs blessés, dont deux sérieusement, hospitalisés au service de réanimation de Peltier.

Dans la journée de mardi, les collégiens sont redescendus dans la rue en brûlant des pneus et en jetant des pierres contre les policiers de plus en plus nerveux.

Cette fois-ci, la guerre en Irak ne semble plus constituer la préoccupation première de ces jeunes et le pouvoir s’inquiète… des débordements d’une manifestation qu’il ne contrôle plus. L’insécurité reprend-elle ses droits ?

Les retraités du GCF de nouveau sans pension.

 

Les retraités de l’ancien Groupement Nomade Autonome (GNA) devenu Groupement Commando des Frontières (GCF) au lendemain de l’Indépendance, se retrouvent aujourd’hui sans pension.

Après avoir fait valoir leur droit à pension au terme d’une longue bataille administrative auprès des autorités djiboutiennes et françaises, ces dernières ayant fait admettre à l’Etat djiboutien ses obligations envers les anciens du premier corps de serviteurs locaux en armes de ce qui deviendra la République de Djibouti.

Voilà donc que ces pensionnés, au nombre de 644 ( retraités et veuves) se voient à nouveau nier leur droit à pension par la Caisse Nationale de Retraite, la CNR. Cela fait maintenant plus de cinq trimestres impayés. Les intéressés ont saisi et ressaisi le Premier ministre, le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale, le Ministre des Finances, ainsi que le Chef de l’Etat. En vain, aucune réponse n’est venue. C’est tout simplement incompréhensible, car ces pensionnés ont régulièrement cotisé des années durant et ont légalement droit à pension. D’où leur cri de détresse que nous relayons dans ces colonnes.

Obock : grève du personnel soignant

 

La malheureuse ville d’Obock, depuis longtemps oubliée par le pouvoir djiboutien, n’en finit pas de compter ses problèmes : chômage, précarité, enclavement, insalubrité constituaient déjà son lot quotidien. A ces difficultés de vivre est venue s’ajouter depuis plus de dix jours, une grève du personnel de santé du seul véritable dispensaire du district.

Dans l’indifférence générale, les Obockois ne sont donc plus soignés et les ruraux des alentours s’inquiètent aussi de cette situation. Le personnel médical aurait déclenché cette grève pour l’amélioration de ses conditions de travail exigeant, entre autres le paiement des primes de garde non versées des mois de septembre, octobre et novembre de l’année dernière. En outre, leurs salaires n’auraient pas été versés depuis quatre mois. Mais ils savent bien que cela n’est pas de la faute de leur Ministre de tutelle.

A l’heure où le régime procède à la valse des commissaires, plus dans un souci sectaire que d’efficacité, les Obockois continuent de souffrir plus que jamais de la mauvaise gouvernance. Nous demandons aux pouvoirs publics de se pencher sérieusement sur la détresse du personnel de la santé et, par voie de conséquence, sur les malheurs d’Obock, ville plus que jamais enclavée et sinistrée.

Randa-Day : week-end présidentiel politico-bucolique

 

Initialement prévue pour la première semaine de janvier 2003, et reportée en raison des difficultés du camp gouvernemental dans cette région, l’inauguration du projet d’adduction d’eau du Day aura finalement lieu le jeudi 27 mars. Une nuée de courtisans et autres carriéristes accompagnent le Président de la République pour marquer l’événement. Dans la foulée, la centrale électrique de Randa sera mise en service. Le pouvoir, qui a été sévèrement sanctionné dans cette région aux dernières élections législatives, espère y redorer son blason, mais rien n’est moins sûr. Ce sont de véritables décentralisation et réhabilitation qu’attendent les populations qui ont souffert du conflit.

Elles savent que leurs problèmes ne seront pas résolus en ce week-end de fête et de bakchich annoncée, mais par une politique volontariste de reconstruction à l’échelle de toute la région de Tadjourah. Après la déroute de ses partisans au Day et à Randa, le Chef de l’Etat semblait mécontent de ces localités ; son timide retour à Arta, où il ne se rendait plus depuis trois ans, était présenté comme un abandon de son pharaonique projet (agropastoral ?) du Day.

Le week-end prochain, nous en saurons plus.

 

La LDDH enfin légalisée.

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH), fondée le 9 mai 1999 et qui fonctionnait jusqu’à présent sur la seule base du récépissé délivré par le ministère de l’Intérieur le 26 décembre 2001, vient enfin d’être officiellement légalisée par insertion au Journal Officiel du 31 décembre 2002, curieusement mis en vente en février 2003. Pauvre administration !

Nous félicitons très sincèrement son Président pour cette légalisation tardive, tout en l’encourageant à poursuivre sans relâche son juste combat pour le respect des droits de l’Homme dans notre pays.

 

 


La Jeunesse de Tadjourah nous écrit

 

Nous avons reçu le sympathique courrier qui suit de nos jeunes militants de Tadjourah, résolument déterminés à faire activement respecter le verdict des urnes.


LA VILLE BLANCHE ET SA JEUNESSE

100% UAD

La Ville-Blanche est plus que jamais déterminée à soutenir l’espoir de tous les Djiboutiens, dans leur Combat pour sauver notre Pays qui est malade de sa classe politique dirigeante.

La Ville-Blanche a dit OUI ! au programme de l’UAD et à ses dirigeants, conduits par le Père de la Nation, Ahmed Dini, et par l’espoir de la Jeunesse djiboutienne, DAF.

La Ville-Blanche et toutes les localités de l’Intérieur, Sagallou, Randa, Ideyta, Day, etc. ont dit NON ! aux mensonges de l’UMP et à leurs dirigeants qui distribuent des T-shirts et du khat.

La preuve : les programmes de l’UAD est toujours affiché sur tous les murs et les poteaux de la ville. Par contre, l’UMP n’a affiché aucun programme, à part les photos de ses six candidats. On ne trompe pas le Peuple avec des photos. Le problème de la jeunesse ne se résout pas avec des T-shirts et du khat, ce que Dilleyta ignore encore.

Aujourd’hui, plus de 60% de la Jeunesse a moins de 25 ans, ce ne sont pas les chefs coutumiers que M. Dilleyta a convoqués à la résidence du Sultan qui comprennent les problèmes de la Jeunesse du 21ème siècle.

Dilleyta se trompe encore quand il n’écoute pas les doléances de la Jeunesse, qui représente plus de la moitié de la population.

D’ailleurs, il n’a rien à dire, si ce n’est que pour apporter son emballage de mensonge. La Ville-Blanche et sa Jeunesse, dans toutes les localités de l’Intérieur, soutiennent l’UAD à 100%.

Comme l’a dit le très dynamique président du MRD, DAF, vive la Ville-Blanche ! Vive cette belle Jeunesse.

Nous vous réserverons toujours un accueil aussi chaleureux.

La Jeunesse de Tadjourah

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Réponse : Merci pour ce dynamique message de soutien, qui est bien celui d’une Jeunesse dont la mobilisation constante au service du changement fait l’admiration de tous nos concitoyens. Nous vous encourageons à poursuivre votre juste combat, qui est le notre, en faveur de toute la Jeunesse de notre pays, pour un avenir meilleur aux côtés des forces du changement que sont l’ARD, l’UDJ, le MRD et le PDD. L’UAD est fière de sa Jeunesse et reste convaincue que l’avenir lui appartient. Nous vous rendrons bientôt visite.Vive la Jeunesse verte de l’UAD ! LA RÉDACTION

 

 


 

Courrier des lecteurs : à l’Est de la Syrie

Je suis un universitaire djiboutien et bien qu’opposant, je ne milite pas activement à l’ARD. Pourtant, je suis lecteur assidu de votre organe de presse qui, quoique politiquement situé, n’en garde pas moins la mesure dans les propos et une distance dans le traitement et l’analyse des informations. Je vous serais reconnaissant d’insérer dans vos colonnes, au cas où vous l’estimez digne, ce point de vue qui n’engage que ma petite personne.

S’adressant à l’Amérique et au monde, le 43ème Président des Etats-Unis d’Amérique, dissertant sur la lutte contre le terrorisme, parle de « croisade ». Lapsus linguae révélateur d’une intention inconsciente ? Que nenni ! Il s’empresse d’expliciter sa pensée, à l’occasion de la visite d’une mosquée, dans un speech œcuménique destiné à rassurer les américains de confession musulmane.

Au lendemain de l’odieux attentat au Boeing contre les tours du World Trade Center, ils étaient nombreux, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) plutôt bon chic que bon genre, à manquer de discernement dans une réaction de vengeance contre les supposés complices confessionnels de ce crime contre l’humanité. Quelque temps plus tard, avec l’aval et la bénédiction de l’ONU, et la solidarité agissante de l’opinion publique internationale, les Etats-Unis sous mandat et vote unanime du conseil de sécurité, ont défait le seul soutien et asile officiel d’Al Qaïda dont l’écrasante majorité des membres sont parqués à Guantanamo et traduits en justice sous l’unique instruction du juge militaire américain.

La poignée encore en fuite continue d’être à juste titre pourchassée et traquée dans la région. Fort bien ! Depuis cinq jours, les mêmes Etats-Unis d’Amérique sont engagés dans une guerre disproportionnée et hors légalité internationale contre l’Irak. Contre l’Irak seulement ?

Cette question mérite d’être posée au regard des prétextes invoqués pour le déclenchement de cette guerre (liens avec Al Qaïda, désarmement d’un Etat qualifié de voyou possédant des armes de destruction massive, mais aussi et sans rire la « libération de l’Irak). Si l’on suit cette logique, cette guerre devrait s’étendre de manière indéfinie dans le temps et géographiquement illimitée à tous les Etats remplissant ces vagues critères (ils sont nombreux) ou susceptibles de les remplir (encore plus nombreux !)…

A Djibouti, nous serons certainement les derniers à regretter la plus que probable disparition du parti Baas et de son chef en Irak. Ne serait-ce que parce que nous avons failli en être victimes au tout début des années 90, suite à la signature d’un accord secret (Baas/RPP) portant sur la circulation transfrontalière et le « règlement des problèmes de nationalité ».

Cela peut paraître aberrant, car même si les progrès technologiques (Internet, satellites, téléphones cellulaires, diffusion radiotélévisée des informations en temps réel) ont fait de notre planète un petit village, elles n’en ont pas modifié pour autant la distance géographique entre la Mésopotamie et la Corne orientale de l’Afrique… Il n’y a pas, que l’on sache, d’Afars ou Somalis nomadisant sur les rives fertiles du Tigre et de l’Euphrate, pas plus qu’il n’y a de chiites ou de Kurdes, menaçant la stabilité de Djibouti. Alors que signifiait cet accord sur la circulation transfrontalière ?

Le RPP, qui ne manque pas de suite dans les idées récidivistes a, au surlendemain de la chute du DERG, signé avec l’Ethiopie un accord de défense (secret comme il se doit) portant après quelques volets conjoncturels sur la « circulation transfrontalière et le règlement des problèmes de nationalité ». Décidément !

L’avant-veille de l’ultimatum, Saddam Houssein lance un appel à la guerre sainte. Appel au Djihad ? Lui ? Ridicule ! Il a tué à lui seul, chez lui et à ses frontières, davantage de musulmans (sunnites et chiites confondus) que n’en ont tué les Croisés lors des guerres religieuses.

Vendredi dernier, à l’occasion d’un prêche enflammée contre « les coalisés », un imam égyptien a crû reconnaître dans la pénétration des chars Abrams en territoire irakien, le déluge de bombes sur Bagdad et l’ « arrogance mécréante de Bush fils », l’apparition de l’Antéchrist !Citant à l’appui de ses imprécations un hadith du Prophète (PSL) qui aurait prédit que l’Antéchrist apparaîtrait « à l’Est de la Syrie, sur la route de l’Irak.. »

Ces discours va-t’en-guerre du Président américain, le bellicisme ciblé des faucons américains, ouvrent la porte à toutes les interprétations, tout comme les prêches défensifs des imams emportent à tort ou à raison l’adhésion d’un grand nombre de musulmans à travers le monde. Le tout étant favorisé par la perte de repères consécutive à la fin de la guerre froide. Sachons raison garder !

Car il suffit d’ouvrir l’œil, le lucide, et le garder ouvert, pour s’apercevoir que les enjeux de cette guerre sont ce que l’on veut sauf religieux et intemporels.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les professions de la palette d’experts appelés à la rescousse par les médias (les seuls que nous entendons pour d’évidentes raisons linguistiques) pour éclairer de leurs commentaires l’Histoire immédiate. Il y a là des économistes, des experts militaires, des orientalistes,… mais le plus sollicité de tous, et ce n’est pas fortuit, est sans conteste Pierre Terzian, qui dirige la revue spécialisée intitulée « Pétrostratégies ».

Lors de la première conférence de presse accordée à Doha, capitale du Qatar, par le général Tommy Francks, chef d’état-major interarmes de la coalition, on apprend au détour d’une réponse, que cette guerre était sérieusement « étudiée par le Pentagone » depuis quelques années, en clair juste après le 11 septembre.

Programmée depuis belle lurette, cette guerre obéit donc à des impératifs politiques différents, mais complémentaires, de deux puissances. La seule puissance militaire (nucléaire) dont les fondements idéologiques menacent la stabilité de la région et du monde : Israël. Et bien sûr la seule superpuissance qui compte, les Etats-Unis (contre qui ?), protecteurs inconditionnels de la première.

Israël, obnubilé par sa sécurité, cherche par tous les moyens à détruire son ennemi palestinien (qu’elle s’est créée) et à neutraliser ses soutiens politiques réels ou supposés qu’elle multiplie de façon exponentielle par son intransigeance et sa paranoïa. Pour ce faire, elle a détruit une centrale nucléaire énergétique (Osirak) à Tamuz, pulvérisé dans la banlieue de Tunis le quartier général de l’OLP qu’elle a chassée quelques années plus tôt de Beyrouth. En toute illégalité, en toute impunité ! Il est vrai que c’était du temps de la guerre froide. Secrètes, minutieusement préparées et surtout diaboliquement efficaces, ses opérations avaient au moins le mérite (la guerre froide aidant) de ne pas entraîner le reste du monde dans une guéguerre perdue d’avance.

Pour en revenir à notre sujet, Israël n’a jamais fait mystère, afin d’élargir son périmètre de sécurité « vital » autour de ses frontières, de ses intentions de « disloquer les entités étatiques constituant une menace potentielle pour ‘’Eretz Israël’’ ». De là à insinuer que cette guerre fut inspirée aux Etats-Unis par l’Etat sioniste, il y a un pas que je me garderai bien de franchir.

Et les Etats-Unis ? Pourquoi s’engagent-ils dans cette guerre ? L’ivresse (qui confine à la folie) des grandeurs, avec le sentiment, l’illusion d’invulnérabilité qu’elle procure chez tous les puissants qui y cèdent ? Peut-être ! Mais pour rester objectif, il y a aussi et surtout cette odeur (enivrante il est vrai) du pétrole et le pouvoir d’en maîtriser directement ou indirectement la production, c’est-à-dire l’offre, donc d’influer ( à la baisse bien entendu) sur son prix (à la pompe, la facture énergétique du plus industrialisé des pays.

Ainsi, nous apprenons en pleine guerre qu’un appel d’offres de 900 millions de dollars américains est d’ores et déjà lancé à l’appétit des seules sociétés américaines pour l’extinction des puits de pétrole en feu dans le Sud de l’Irak sous contrôle des coalisés.

Pour ce qui est de la future reconstruction de l’Irak, nul doute que les compagnies américaines sont en pôle position pour s’adjuger ce marché.

A.M

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COMMENTAIRE

A quelques réticences près relatives aux références religieuses, il nous semble que votre analyse ne manque pas de pertinence. Merci donc de votre aimable contribution, en souhaitant que notre destin national vous inspirera tout autant que la situation internationale. Avec ou sans référence religieuse. LA RÉDACTION

 

 


 

Guerre entre les images de guerre

 

Tout événement, du plus anodin au plus dramatique, n’existe pour la conscience qu’en fonction de la construction, de la mise en scène, qui lui confère une visibilité : la médiatisation de l’actuelle guerre contre l’Irak n’échappe pas à cette loi. Si la couverture médiatique de ce conflit a surtout démontré l’absence d’une télévision francophone de dimension internationale, il est bien évident que chaque partie, en conflit ou spectatrice (engagée), présente au téléspectateur des facettes présélectionnées d’une réalité complexe : selon quels critères ?


Les motivations de la télévision irakienne ne sont pas difficiles à cerner. Média d’Etat dans un régime dont le respect du pluralisme audiovisuel n’est pas la vertu principale, elle est au service d’une légitime défense contre une agression sans aucune légalité internationale. En exhibant des cadavres ou des prisonniers américains, sa mission est donc claire et double : traumatiser les esprits occidentaux (américains en tête) en montrant une guerre sale et galvaniser les masses arabo-musulmanes (dont les siennes) en exaltant une résistance autant patriotique que religieuse.

Les télévisions américaines ne font généralement pas plus preuve d’objectivité, tant elles sont résolument engagées aux côtés de leurs troupes. CNN en tête, elles cherchent quant à elles à justifier la guerre en offrant surtout aux téléspectateurs des images censées démontrer à la fois l’incontestable supériorité des coalisés, l’attente messianique d’un peuple irakien opprimé et le caractère chirurgical des attaques répondant aux impératifs d’une « guerre propre » et du « zéro mort ». Toute tentative de présentation des faits ne répondant pas à ces critères est implacablement neutralisée : les envoyés spéciaux d’une chaîne américaine l’ont appris à leurs dépens, puisque leurs cassettes ont été confisquées !

Les médias des parties en conflit ne peuvent donc être considérés comme des sources fiables d’information même, en certaines circoonstances malheureusement, la respectable BBC, jusque-là peu suspectée de manquement à la déontologie journalistique, son service somali mis à part, spécialement en ce qui concerne les informations relatives à notre région.

Pour ce qui est des médias issus de pays ne participant pas au conflit, on peut les classer en deux catégories : les grandes chaînes occidentales qui s’efforcent, autant que faire se peut, de ne pas être victimes des inévitables manipulations des parties en conflit, et la nouvelle chaîne «Al Jazira» du Qatar.

La récente apparition de la chaîne « Al Jazira » dans l’univers médiatique international essentiellement propulsée grâce à son monopole sur la diffusion des cassettes de Ben Laden et de la couverture de la chute du régime taliban en Afghanistan, constitue dans ce conflit une source a priori intéressante pour tout téléspectateur (surtout lorsqu’il ne maîtrise que la langue arabe) soucieux de diversifier ses sources. C’est véritablement, dans son traitement spécifique de l’information, le seul média d’envergure internationale digne de ce nom dans le monde arabe. Malheureusement, le quasi-monopole que lui a accordé le régime irakien sur certains champs de bataille, nuit aux yeux de ses collègues à la crédibilité de ses images. Bien qu’ « Al Jazira » ne doive ce privilège qu’au seul souci irakien de mieux toucher les masses arabophones pour mieux susciter leur adhésion affective.

Les mondes arabe et ango-saxon étant relativement bien représentés, la couverture de cette guerre contre l’Irak a donc mis en évidence une nécessité absolue : celle de la création d’une télévision francophone à vocation mondiale, tant dans son fonctionnement que dans ses centres d’intérêt. Elle constituerait un renfort inestimable au rayonnement d’une vision francophone des relations internationales que cherche à promouvoir la Francophonie et lutterait plus efficacement contre la marginalisation des locuteurs de langue française dans l’espace médiatique international.

Mais un tel projet se heurte à un obstacle de taille : quand on sait que, par déficit démocratique structurel, certains Etats arabes en sont venus à fermer leurs ambassades à Doha pour remettre en cause l’indépendance de la chaîne « Al Jazira », on est en droit de se demander si un tel média francophone pourra résister aux injonctions de nombreux Etats concernés n’accordant pas une telle liberté à leurs propres médias nationaux. Comme le disait lui-même un journaliste de cette chaîne, la confrontation démocratique des idées, déjà largement inexistante dans la culture arabe, est de surcroît étouffée par la nature des régimes à dominance patrimoniale.

Pour le moment, les images de guerre en provenance d’Irak se font la guerre, pour convaincre un téléspectateur mis, bien malgré lui et souvent en violation des conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerre, en demeure de choisir entre deux postures l’une plus inacceptable que l’autre.

Nous aurions préféré nous passer d’un tel conflit et de telles images, sans oublier enfin de nous poser la question de savoir si, en définitive, ce conflit ne sera pas moins meurtrier que l’injuste embargo onusien qui frappait le peuple irakien depuis plus d’une décennie.

 


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