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Réalité numéro 82 du mercredi 4 février 2004

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Réalité numéro 82 du mercredi 4 février 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Propagande : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale ne chôme pas
  4. Un colloque pour la Corne de l’Afrique
  5. Espoir de Paix en Somalie
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 82

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

TAM-TAM A L’EAU DE ZAM-ZAM :

ENTRE FOI RELIGIEUSE ET MAUVAISE FOI POLITIQUE

Puisqu’on n’a pas fini de nous en rabâcher les oreilles (Hadj sonne mieux que docteur honoris causa), autant y revenir tout de suite : faut-il parler d’un geste ou d’une geste à propos du pèlerinage présidentiel ? Les deux formules sont appropriées, car il s’agit d’un acte de foi personnel immergé dans une trajectoire politique présentée comme une Providence que le peuple djiboutien devrait accueillir à son inestimable valeur. D’ailleurs, n’est-ce pas le chœur de son fan-club qui comparait en 1999 l’actuel Chef de l’Etat à Noé et son mandat présidentiel à l’Arche du susnommé élu de Dieu ? Le ton était déjà donné à dès cette époque : même si nous lui avions sincèrement souhaité bon pèlerinage et Rédemption acceptée, pourquoi s’étonner de ce que le geste de foi religieuse se dédouble d’une geste de mauvaise foi politique ? Par incorrigible amour de son prochain !

En effet, il nous faut encore insister sur un point capital : le Chef de l’Etat devrait être le croyant à ignorer que, selon le grand exégète de la Tradition du Prophète (PSL) qu’est Al-Razaali, une seule injustice commise dans l’exercice du pouvoir pèse, le Jour du Jugement Dernier, plus lourd que toute une vie ordinaire de péchés. Le Verset 24 de la Sourate 37 du Coran est explicite de ce point de vue : « Et arrêtez-les, car ils doivent être interrogés » (Mas’uuluun). Etymologiquement, en langue arabe, interrogé signifie en même temps responsable ! Le responsable politique est donc celui qui est interrogé, au Jour du Jugement Dernier, plus que d’autres. Car, la différence entre le dirigeant politique et ses concitoyens ordinaires, c’est qu’en plus de ses faits et gestes privés, le premier doit aussi rendre compte de sa gestion des affaires publiques ayant quelque incidence sur la vie quotidienne des seconds. Ce n’est pas peu dire que l’injustice (Zulm) et le mensonge hypocrite (Nifaaq) sont devenus une forme de gouvernement pratiquement banalisée à Djibouti. C’est donc quasiment un miracle divin que le citoyen et le croyant attendent de ce pèlerinage présidentiel : un changement radical des mœurs et des pratiques gouvernantes de dirigeants dont il est le premier responsable, si ce n’est l’unique.

Malheureusement, à voir à quel point ce Hadj n’a pas allégé la pression sur un Trésor Public de plus en plus incapable de verser les salaires, ou encore l’utilisation peu orthodoxe du quota de pèlerins accordé à notre pays (objet d’un véritable trafic dont beaucoup de croyants réellement nécessiteux se plaignent), il y a fort à craindre que sous le soleil djiboutien, il n’y a encore rien de nouveau à espérer de ce côté-là. Pèlerinage du Chef de l’État ou pas, si ce n’est en pire.

Toutefois, attendre un miracle n’est certainement pas une posture de résignation fataliste : si les symptômes de la mauvaise gouvernance persistent, luttons inlassablement, avec la détermination des Justes et la conviction de gagner ! Tout en sachant que nous ne sommes, pauvres mortels, que prétexte à l’accomplissement de la volonté divine.


Brèves nationales

Recul de la Voirie :

Les ordures contre-attaquent

Suite aux récentes pluies, l’insalubrité gagne du terrain dans plusieurs quartiers populaires, au grand désespoir des riverains et des automobilistes. Ce phénomène récurrent est aggravé depuis quelques jours par un inquiétant développement des décharges sauvages. Les ordures ménagères ont fait une dangereuse réapparition dans tous les coins de la ville. Les préparatifs de la fête de l’Aïd-el-Kébir et le retour des clandestin sollicités par les familles djiboutiennes pour l’évacuation des ordures ménagères expliquent en partie cette situation. Mais que font pendant ce temps les services techniques du district ? Après avoir bruyamment annoncé l’acquisition, grâce à la mendicité présidentielle, de nouveaux moyens matériels pour lutter contre l’insalubrité, force est de reconnaître que l’amélioration tant attendue n’est toujours pas au rendez-vous.

Les bennes à ordure font cruellement défaut et les décharges sauvages ont repris leur droit. Il ne suffit pas d’illuminer les principales artères de la Capitale quand le reste de la ville croule sous un tas d’ordures. Lors de la dernière fête de l’Aïd-El-Fitr, nous avions salué l’effort de nettoyage accompli ; malheureusement, cet effort n’est pas resté soutenu et les Djiboutiens ont fêté l’Aïd-El-Kébir dans une Capitale parmi les plus sales du monde. C’est cela, la mauvaise gouvernance : beaucoup de discours, peu d’actes. Vivement le changement souhaité par les Djiboutiens pour, entre autre, l’amélioration de notre cadre de vie !

Environnement et Tourisme :

Les sites « protégés » le sont-ils vraiment ?

A l’heure où le régime prétend répertorier et protéger les sites touristiques et les écosystèmes de notre pays, la réalité observée sur le terrain ne corrobore absolument pas les discours volontaristes du gouvernement. Si l’on assiste à un indéniable développement des activités touristiques grâce surtout aux initiatives privées, principalement dans le district de Tadjourah, les sites prétendument protégés se dégradent de jour en jour. Ainsi, le lac Assal a connu ces dernières années une affluence humaine massive en raison de l’exploitation économique de sa banquise de sel. Conséquence de activité lucrative mais polluante, cette zone s’est considérablement dégradée ; même le sol du petit village d’Assal est jonché d’ordures et de sacs de plastique.

Quant au rivage marin du Goubet-El-Kharab, il est périodiquement soumis à des pollutions marines d’origine inconnue. Concernant la foret primaire du Day, joyau national digne d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, sa préservation est quelque peu perturbée par le développement de la culture du khat. Enfin, selon des sources rurales sérieuses, le régime chercherait à enfouir des déchets toxiques dans la belle plaine du Grand Bara. Cette affaire est suivie de près…

Politique-fiction :

Belles paroles sans actes

« Il est de notre responsabilité d’aller vers les plus démunis. Nul ne doit être abandonné à l’indifférence. Cela est contraire à tous nos principes religieux et à toutes nos valeurs traditionnelles ». Ces paroles prononcées par le premier ministre à l’occasion de l’Aïd-El-Adha sont-elles conformes à la réalité ou relèvent-elles du domaine de la politique-fiction ? Même s’il est clairement établi que la solidarité nationale reste un vœu pieux chez ce régime insouciant, la violation des engagements écrits est toujours de mise. Sans mettre au défi le premier ministre de traduire ses belles paroles en actes, nous oserons par contre lui rappeler que son exécutif n’a montré jusqu’à présent aucun signe de bonne volonté en ce sens.

Aussi, le premier ministre doit donner l’exemple en s’attelant dès maintenant à la réinsertion des démobilisés du FRUD, du FRUD-armé ainsi que de ceux du gouvernement. Ces personnes sont parmi les plus démunies vivant dans notre pays. La situation des anciens militaires, policiers et gendarmes est également préoccupante et il convient de la régler rapidement. Enfin, nous croyons savoir que le premier ministre s’est dernièrement et timidement impliqué dans le dossier brûlant des incorporés du FRUD-armé, en demandant leur régularisation, sans succès.

Alors, comment croire aux belles paroles jamais suivies d’actes, quand elles ne sont tout simplement pas reniées ?

Ali-Sabieh :

Prochaine visite du sourcier national ?

La lutte effrénée contre la soif, menée par le sourcier national sur toute l’étendue de notre pays, a-t-elle réellement porté ses fruits dans le district d’Ali-Sabieh ? Toujours est-il que, selon des sources proches du pouvoir, le Chef de l’État compte prochainement inaugurer en grande pompes le projet d’eau d’Ali-Sabieh. Cette visite programmée paraît-il entre le 10 et le 15 février prochain aura forcément une connotation politique. En effet, les Assajog constatent médusés que le grand chef semble particulièrement attiré par leur ville, même si ses incursions intempestives restent pour le moment improductives. Dans cette campagne prématurée, le Chef de l’État cherche à reconquérir cette ville frondeuse, bastion de l’opposition dans le Sud du pays, comme l’essaie avec peine son premier ministre dans sa ville natale de Tadjourah autre grand fief de l’opposition dans le Nord. « Réalité » souhaite de la persévérance à ces deux spécialistes de la gestion de vraie problématique.

Le pèlerinage de la Mecque endeuillé :

Encore une bousculade meurtrière à Mina

Le Hadj est un des cinq piliers de l’Islam que tout musulman doit au moins accomplir une fois dans sa vie, si sa santé et ses moyens le permettent. Deux millions de fidèles accomplissent ce rituel chaque année. Devant l’ampleur des demandes, les autorités saoudiennes ont imposé des quotas par pays afin de permettre le bon déroulement du pèlerinage. Ainsi, bon an mal an, près d’un millier de nos compatriotes effectuent ce devoir sacré.

Malheureusement, le pèlerinage est parfois une entreprise à haut risque que malgré toutes mesures de précaution les autorités du pays d’accueil n’arrivent pas à rendre sûr à 100%. Cette année encore plus de 250 pèlerins d’une dizaine de nationalités ont perdu la vie en cherchant à accéder au site de Mina où une stèle symbolisant Satan doit être lapidé au moyen de sept petits cailloux. Pourtant, le Royaume Saoudien avait pris des mesures de sécurité exceptionnelles visant à circonscrire toute menace d’attentat terroriste et le pèlerinage s’annonçait sous des meilleures auspices que les années précédentes.

Selon des observateurs indépendants, la récurrence des risques de décès accidentels liés au pèlerinage traduirait l’incapacité des autorités saoudiennes à assurer l’organisation du Hadj dans des conditions optimales de sécurité. Aux dernières nouvelles les pèlerins djiboutiens seraient quant à eux sains et saufs. Cependant on rapporte que quelques-uns de nos compatriotes auraient été blessés bien avant la bousculade meurtrière. Nous souhaitons un prompt rétablissement aux malades et un bon retour à tous.

Prolifération des armes légères :

Le régime est à incriminer

Un séminaire consacré à la lutte contre la prolifération des armes légères a été organisé jeudi dernier avec la participation d’experts étrangers. Selon le journal gouvernemental « La Nation » qui rapporte cet évènement un officier supérieur de la FNP aurait déclaré dans sa communication que le régime a énormément contribué à cette lutte. Selon ce haut gradé particulièrement inspiré et cité par La Nation « la FNP et l’AND auraient mené conjointement des opérations de recensement, collecte et destruction des armes à feu aux mains des 1160 rebelles du FRUD, conformément aux accords de paix du 12 mai 2001. Ces opérations de destruction des armes ont eu lieu à Waddi et Ribta et se sont achevées par l’incinération de toutes armes détenues par les ex-rebelles au cours d’un bûcher de la paix ». Triste et pitoyable aveu d’un régime qui continue à ce jour et trois ans après ce mémorable évènement, voulu par le FRUD-armé, de terroriser les populations civiles du Nord au prétexte de rechercher d’hypothétiques caches d’armes.

Nous avons au cours des mois écoulés régulièrement dénoncé de telles dérives dangereuses pour la paix civile. A ce sujet, nous exigeons la libération immédiate des pauvres bergers injustement incarcérés à Gabode dans le cadre de ces fantaisistes recherches d’armes. Si malheureusement des armes à feu continuent de circuler illégalement dans notre pays, cela est dû, à notre humble avis, à la coupable inconscience de ce régime de mauvaise gouvernance.

Meeting de l’UAD de l’avenue Nasser :

L’opposition condamne le passif du régime

Dimanche dernier, l’opposition regroupée au sein de l’UAD a tenu son traditionnel rassemblement populaire de l’Aïd à l’avenue Nasser devant le siège de l’UDJ. Arrivée sur place à 10 h, la Direction de l’UAD a présenté ses vœux de bonne fête à la population djiboutienne avant d’aborder les principaux thèmes politiques de l’heure. Les dirigeants de l’UAD n’ont pas manqué à cette occasion de dénoncer le bilan négatif et l’attentisme du régime en place. Après avoir démystifié les multiples promesses démagogiques de ce pouvoir en campagne, tous ont exhorté nos concitoyens à lutter pour un changement démocratique.

Dernier orateur à s’exprimer, le Président Guedi a conclu sans ambiguïté « ce régime a échoué sur tous les plans. Son bilan est décevant. Ses projets de développement sont pour la plupart au point mort. Les arriérés de salaires perdurent malgré l’aide économique étrangère, les atteintes aux libertés publiques et syndicales s’accentuent… A la veille d’échéances électorales cruciales, inscrivez-vous massivement sur les listes électorales et restez mobilisés pour imposer un vrai changement démocratique. La victoire est au peuple… »

Ce meeting a pris fin aux environs de 11 h 30 dans une ambiance d’allégresse et d’espoir. Plus que jamais l’UAD incarne le changement attendu par notre peuple. Pour les Djiboutiens, elle est la seule force d’avenir capable de sauver notre pays.


Propagande : le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale ne chôme pas

Comme par hasard, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale (c’est son intitulé officiel) s’est fendu la semaine dernière d’une interview-reportage pour le moins complaisante dans les colonnes du journal gouvernemental « La Nation » en vue d’expliquer aux lecteurs-électeurs le bien-fondé du Service National Adapté, censé remédier à tous les problèmes de chômage structurel frappant surtout les jeunes et à la persistante inadéquation entre Formation et Emploi. En fait, c’est tout simplement parce que nous avions relaté dans nos précédents numéros les incohérences de ce Service National Adapté qui, comme son nom l’indique bien, est tout sauf un service national s’appliquant uniformément à tous, encore moins un moyen de lutte contre le chômage, que le régime tente depuis de justifier l’injustifiable à travers ses représentants. Tout simplement parce que le Président de la République, Chef du Gouvernement, Chef Suprême des Armées en a décidé ainsi. Nous vous démontrons ci-dessous les tenants et les aboutissants de ce faux-projet anti-chômage au profit des jeunes.


Albert Camus disait dans « La Peste » que: « la dignité de l’homme ne peut naître que de sa confrontation avec l’absurde, non dans l’espoir de l’annihiler car il est inhérent à la condition humaine, mais pour lui imposer sa marque, pour l’assumer tout en criant au scandale ». Cette phrase n’a rien de particulier par rapport à d’autres écrits engagés. Elle définit seulement le contexte entre ce qui doit régir entre le refus d’une existence et l’inévitable changement. Certes, c’est un appel à la révolte. Et pour cause…

Un microcosme minoritaire dans une région troublée en réelle refonte au sens large du terme veut se considérer comme le dénominateur commun régional pour redéfinir un enjeu qui se situe au-delà de certaines de ses espérances noyées par ses tergiversations politiques, limitées dans le temps et dans l’espace.

Bien entendu, loin de disposer de l’ensemble des cartes, le régime djiboutien indescriptiblement semble considérer comme un changement de cap de ses pratiques antérieures, en raison de la lutte contre le terrorisme.

Certes, la présence des forces françaises ou autres lui servant de parapluie pour le couvrir des réactions des pays frontaliers face aux immixtions de notre pays dans les affaires intérieures de ses voisins et même de certaines velléités d’émancipation interne, que celles-ci soient directes où indirectes.

Et cela y compris la capacité de remettre en cause de la manière la plus officielle une hypothétique réconciliation somalienne, après ses accords internes du 12 mai 2001 dont il n’a toujours pas respectée les points négociés.

Alors faut-il considérer le SNA comme une nouvelle mobilisation « anti-terroriste » s’adossant à cette donnée internationalement admise mais que notre régime tente « d’accompagner » en sabotant, d’une manière éventuelle ou affirmée, cette avancée pacifique de la région.

Tout en soulignant que, si la position de notre pays, siège de l’IGAD et plusieurs fois à la présidence de cette instance régionale, se conduit de la manière la plus arrogante face aux options choisies par les États membres de cette organisation sous-régionale dans la résolution de la crise somalienne, la nature du pouvoir en place est clarifiée par ses actes incessants et ses comportements effrontés face que ne peut lui garantir sa position géostratégique. L’imbrication des communautés interrégionales n’implique pas forcément une garantie sécuritaire dans une lutte contre le terrorisme et ne peut permettre à notre pays à vouloir dicter automatiquement ses valeurs morales qui, pour une pacification régionale, restent idem comme ses propres engagements politico-militaristes des années 1988-2000.

Cette démonstration conduit à faire l’analyse de la nouvelle donne du régime dont l’esprit subversif face à une réelle stabilité nationale comme régionale reste contraire à tout esprit d’intégration régionale. C’est cette aspect politico-militaire sous une ombrelle étrangère qu’obéit le Service National Adapté.

Un diction dit « Un lièvre croit dissimulé ses crottes qui resteront visibles ». Le Service National Adapté n’est en fait qu’une nouvelle formule de remobilisation voulant accompagner la nouvelle donne de « la lutte anti-terroriste » au niveau régional. Une mobilisation d’une armée « nouvelle formule anti-terroriste» laquelle formerait une jeunesse au chômage de l’ordre de 1200 avec un revenu mensuel de 20.000 FD/mois et par recrue. Le SNA révèle le journal gouvernemental « La Nation » est une émanation de l’Armée Nationale Djiboutienne –AND. L’actuel responsable de la Solidarité Nationale, certainement courtisant comme ses pairs d’un système nourricier autorisant les cooptés-fonctionnaires et autres conventionnés à émigrés femmes et enfants, serait-il à même de défendre l’indéfendable.

Ainsi donc, le fonctionnaire du ministère de l’Emploi préposé au travail de propagande, affirme dès le début que le Service National Adapté répond avant tout à un souci de sécurité interne et externe. Étonnant lorsque l’on sait qu’à ce chapitre, les démobilisés du FRUD-armé, qui devaient normalement être les premiers bénéficiaires d’une telle formation en vue d’insertion socioprofessionnelle, attendent encore le début de commencement d’un programme en ce sens.

Pour être plus précis dans ses dires, qui s’appuient sur le contenu du document justifiant le séminaire sur l’action gouvernementale de février 2002 dit réellement ce qui suit sur le SNA, le document auquel se réfère ledit préposé à la désinformation officielle prétend ce qui suit :

« Initié par le Président de la République, chef de gouvernement, chef suprême des Armées, le Service national adapté consiste en une forme de service militaire, d’une durée de 18 mois, destiné aux jeunes nationaux ayant abandonné le cycle scolaire.

Réparti selon un quota attribué à chaque District, y compris la capitale, l’effectif avoisinant les 1200 jeunes serviront au sein des Forces Armées pour la durée du service et recevront en contrepartie une formation leur permettant d’intégrer la vie active à l’issue de leur service.

Un effort devra cependant être consenti par le gouvernement pour les doter d’un statut les rendant prioritaires dans le recrutement, aussi bien dans les différents services de l’administration que dans le privé.

Cet apport en personnels permettra aux FAD de se délester de certaines charges de servitudes pour se consacrer davantage aux missions opérationnelle»

Certes, sur le plan institutionnel, le Président de la République est aussi, selon notre Constitution, Chef Suprême des Armées. Seulement, il s’avère que d’une part la période annoncée et le nombre retenu d’adultes non-scolarisés pour ce type d’emploi anti-chômage varient selon les résolutions du programme initié par le Président de la République et celui que les médias gouvernementaux comme les recruteurs locaux et régionaux présentent.

Sur le plan de la formation, il est clair, comme nous l’avions précisé antérieurement dans nos colonnes, que ni le Ministère de l’Éducation Nationale, d’ailleurs riche en dotation budgétaire et en aides étrangères, ni celui de la Solidarité et de l’Emploi n’ont aucun droit de regard sur l’enrôlement des enfants qui conditionnera, pour des raisons de Sécurité intérieure et Extérieure, une formation que nous supposons identique à celle des« milices vichystes ».

Lequel régime de Vichy considérait que la position des masses devait être aggravée : l’oppression sociale se devant d’être conjuguée à l’oppression nationale dont le plus grand nombre demeure la masse laborieuse. Esprit que le Président de l’Assemblée Nationale ne peut ignorer entre autre…

Il encore tout de même choquant que le choix d’une telle lutte contre le chômage n’engage pas le Ministère de la Défense directement mais que le Directeur de la Solidarité Nationale cite le maître- d’œuvre de ce programme est l’État-major de l’AND.

Or, pour ne citer que les formateurs actuels des différents Centres de formations liés, comme on pourrait le croire au Ministère de la Solidarité, ceux de Tadjourah seraient payés sur une enveloppe financière (douteuse puisque conventionnés) qui non budgétisée relève des manipulations du pouvoir.

Quant à la référence religieuse en vertu de laquelle le régime redistribue uniquement le superflu des richesses nationales, il semble bien que ce superflu soit des plus modestes, au regard de la misère que représentent les programmes sociaux.

A suivre…


Un colloque pour la Corne de l’Afrique

C’est bien connu, le régime djiboutien n’aime pas beaucoup une certaine presse impertinente, comme le Canard Enchaîné ou Les Nouvelles d’Addis. Pourtant, ce sont, chacune à son niveau, des institutions incontournables dans l’univers de la presse écrite française. Justement, en collaboration avec le parti écologique des Verts, notre confrère spécialisé dans la Corne de l’Afrique a organisé le 2 février 2004 dans les locaux de l’Assemblée Nationale, un colloque consacré aux problèmes et aux perspectives dans cette sous région du continent noir. En attendant d’avoir un compte rendu intégral des débats, voici dès à présent une présentation sommaire des intervenants et des thèmes abordés.


La situation dans la Corne de l’Afrique semble préoccuper beaucoup de gens, sauf dans les pays concernés. Spécialement quand il s’agit de Djibouti, qui a toujours tiré à boulets rouges sur toute tentative d’explication rationnelle susceptible de nuire à sa propagande. On se souvient que pour avoir porté sur le Somaliland un regard aussi lucide que courageux, l’africaniste (progressiste de surcroît) Gérard Prunier avait essuyé les foudres de notre presse gouvernementale.

Manque de chance pour les dirigeants djiboutiens, c’est l’un des intervenants de ce colloque, placé sous l’égide conjointe de MM. Noël Mamère, député membre de la Commission des Affaires Étrangères et Alain Leterrier, fondateur du journal « Les Nouvelles d’Addis ». Le premier a expliqué d’entrée pourquoi il a « voulu ce colloque », tandis que le second a présenté son journal comme « système d’information pour une région surexposée et méconnue ». Le tout expédié en un quart d’heure, entre 9h45 et 10h.

Après un événement exclusif consistant en une communication téléphonique du leader du SPLA (Sudan People’s Liberation Front) M. John Garang, il revenait ensuite à Gérard Prunier de procéder à un cadrage des débats en abordant le thème : fin de la guerre froide et diversification des sous régions.

Ils laisseront alors place intervenants de la première Table Ronde intitulée « Les peuples face aux enjeux stratégiques de la région » et dont M. Robert Wiren au cours de laquelle les personnalités suivantes ont pris la parole :

1° Roland MARCHAL (France, chercheur au CNRS et au CERI : « la crise somalienne reflet du ‘’désordre régional’’. Point sur la conférence de réconciliation somalienne » ;

2° Daher Ahmed FARAH (Djibouti, président du MRD) : « Tradition mafieuse, culture non-démocratique du pouvoir : la difficulté de faire de la politique à Djibouti » ;

3° Jean-Louis PENINOU (France, journaliste) : « conflit inter soudanais et conflit érythréo-éthiopien » ;

4° Claude GONIN (France, Vice-président de l’association France-Erythrée) : « l’Érythrée face aux enjeux de la mondialisation » ;

5° Aman KADIR (Ethiopie, personnalité Oromo) : « Diversité des peuples et fédéralisme » ;

6° Marc YARED (France, journaliste) : « Passerelles entre monde arabe et corne de l’Afrique » ;

7° Robert WIREN (France, journaliste, membre du comité de rédaction « Les Nouvelles d’Addis » : « Le point sur le processus de paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée ».

C’est également au cours de cette table ronde, qui a duré de 11h à 13h, que notre président M. Ahmed DINI est intervenu.

Après le déjeuner, les intervenants ont repris leur travaux à 14h30 en abordant les thèmes prévus par la deuxième Table Ronde intitulée « Paix et développement durable : Aide d’urgence et stratégie à long terme » avec M. Philippe Leymarie comme modérateur. Les intervenants étaient :

1° Philippe LEYMARIE (France, journaliste à RFI et conseiller au « Monde Diplomatique ») : « Développement durable, occupation militaire, etc.) » ;

2° Jean-Clément CABROL (France, Médecin, MSF) : « De retour du Darfour : point sur la situation humanitaire et sanitaire » ;

3° Bernard FAYE (France, docteur vétérinaire, chercheur au CIRAD) : « L’activité d’élevage dans la corne de l’Afrique : un enjeu pour le développement durable » ;

4° Néguedé GOBESIE (Ethiopie, dirigeant du Mouvement Socialiste pan-éthiopien (MESON) : « Paix et Développement durable » ;

Daniel FURTET (maire du Blanc Mesnil) : « Blanc Mesnil-Debré Berhan : Exemple d’une coopération réussie entre deux services publics » ;

5° Ghenette HAÎLE MICHAEL (Erythrée, membre de la communauté érythréenne en France) : « Quelques éléments d’analyse du conflit frontalier avec l’Éthiopie au travers de la perception de la population » ;

6° Marc-Entione PEROUSE DU MONCLOS (France, chargé de recherche à l’IRD) : « L’aide humanitaire et la guerre dans la corne de l’Afrique : les relations dangereuses » ;

7° Jérôme FRIGNET (France, responsable géographique Ethiopie, Action contre la faim) : « Aide alimentaire/Insécurité alimentaire » ;

8° Marc LAVERGNE ( chargé de recherche au CNRS, université Paris X Nanterre) : « Le point sur le processus de paix inter-soudanais ».

La troisième Table Ronde, intitulée « Démocratisation, pouvoir, opposition », dont M. Patrick FERBIAZ est le modérateur, a clôturé ce colloque avec les intervenants suivants :

1° Edna Adan ISMAEL (Somaliland, ministre des Affaires Etrangères du Somaliland) : « Le Somaliland demande à être reconnu au sein de la communauté internationale » ;

2° Siegfried PAUSEWANG (Norvège, chercheur au CHR Michelsen Institut) : « Éthiopie : démocratie naissante ou avortée ? » ;

3° Elshasie SAIED (Soudan, membre du comité central du Parti Communiste soudanais, membre de l’Alliance nationale démocratique) : « Processus de transition démocratique au Soudan » ;

4° Ghennet GIRMA (Ethiopie, membre du Parti Révolutionnaire du Peuple Éthiopien) : « Les causes de l’échec de la transition démocratique en Ethiopie » ;

5° Patrick FERBIAZ (France, Président de la commission transnationale des Verts) et enfin

6° Mohamed KADAMY (Djibouti, dirigeant du FRUD) : « Phase primaire de la constitution de l’État : heurts et malheurs du cas djiboutien ».

On le voit, les thèmes abordés sont extrêmement intéressants : tout juste regrettera-t-on que le régime djiboutien n’ait pas daigné y dépêcher au moins un seul représentant. Ce qui est pour le moins surprenant lorsque l’on sait, par exemple, que le régime avait dépêché à Stockholm tout un ministre, flanqué de sa presse , pour y assister à un Forum Afar, il y a quelque temps de cela. Au vu des thèmes abordés et de la qualité des intervenants, il nous semble pourtant que les citoyens djiboutiens auraient eu tout à gagner d’une confrontation des idées entre ses représentants et ceux de l’opposition : à défaut de Djibouti, pourquoi n’y aurait-il pas débat en France, par député et journalistes français interposés. Ou encore entre son ministre des Affaires Étrangères et celui du Somaliland : au lieu de soliloquer dans une émission djibouto-soft, il gagnerait plus à exposer le point de vue de son gouvernement dans le règlement du problème somalien.


Espoir de Paix en Somalie

La Conférence de Nairobi sera-t-elle la dernière ?

La Somalie détient un triste record des conférences de réconciliation avortées. Depuis plus de quatorze ans que dure ce conflit fratricide, quatorze conférence de paix ont été organisées dans plusieurs pays. A chaque fois sans succès. La Conférence de Nairobi sera-t-elle celle qui impulsera une paix véritable ?


L’interminable conférence de réconciliation somalienne organisée au Kenya ponctuée de rebondissements semble avoir franchi un pas décisif avec la signature jeudi dernier d’un accord portant sur la désignation d’un parlement intérimaire chargée à son tour d’élire un président pour cinq ans. Si le processus initié à Arta il y a quatre ans a bel et bien vécu, la page qui est en train de s’écrire à Nairobi à l’air prometteuse. N’en déplaise aux autorités djiboutiennes qui prétendaient les marginaliser, les Chefs de guerre se sont imposés par leurs nuisances comme des interlocuteurs incontournables dans toute recherche d’une paix sérieuse en Somalie.

La Conférence de Nairobi a eu moins le mérite de tenir compte de cette réalité en associant tous les protagonistes du conflit somalien, chose que n’avait pas réussi en son temps le régime djiboutien dans son désir insensé de renforcer la société civile somalienne en écartant les seigneurs de guerre pourtant maîtres du terrain. Même si elle constitue une étape importante vers la formation d’un gouvernement acceptable par toutes les parties en conflit, la conférence de Nairobi aura cependant fort à faire pour faire taire les rancœurs tenaces et autres appétits de puissance de certains Chefs de guerre qui se nourrissaient du conflit. En cela les hésitants risquent d’être encouragés par des puissances régionales dont les intérêts stratégiques sont forcément divergents.

Il est cependant encourageant de relever que, lutte antiterroriste oblige, la communauté internationale semble avoir compris le danger représenté par une Somalie perpétuellement sans État. L’implication de cette dernière dans la consolidation d’une paix durable en Somalie paraît acquise. Ce qui nous autorise à penser que le bout du tunnel est cette fois proche, même si à ce stade du processus toute spéculation semble hasardeuse, les impondérables restant nombreux tant ce dossier est compliqué.

En admettant que la Somalie renaisse grâce à la volonté d’un gouvernement crédible et avec le concours actif de la communauté internationale, il restera tout de même à résoudre l’épineuse question du Puntland. Cette entité autoproclamée a comme on le sait boycotté la conférence de Nairobi et ne semble pas pressée d’intégrer le giron Somalien. Une Somalie stable et démocratique pourra-t-elle ignorer le cas du Puntland territoire aux potentialités économiques reconnues ? On le voit le chemin menant à la reconstruction de l’ancienne Somalie est toujours semé d’embûches.

Pour sa part, le Somaliland qui a en douze ans fait la preuve de sa stabilité et viabilité paraît rechercher plus une reconnaissance qu’un retour à l’ancienne formule de l’État unitaire privilégié avant 1981 date de son soulèvement. Pour autant, lucides et nationalistes les autorités de Hargeisa n’excluent pas de dialoguer avec la Somalie si cette dernière parvenait à apporter la preuve de sa stabilité et de son sérieux. Ce qui est pour le moment loin d’être acquis. Quoi qu’il en soit si recomposition il doit y avoir, ce sera forcément sur de nouvelles bases et dans un lointain avenir.

Pour l’heure, il faut souhaiter que le processus de Nairobi aboutisse vraiment et que des mesures énergiques soient prises dans la voie de la formation d’un gouvernement volontaire et d’une administration efficace en Somalie. Toutes choses difficiles tant que dureront les inacceptables ingérences des pays voisins dont les déclarations d’intention en faveur d’un État Somalien stable sont bien loin des arrière-pensées réelles. En formant des vœux pour un succès total de la conférence de Nairobi, nous ne pouvons cependant résister à la tentation de rappeler au régime fanfaron djiboutien, toujours prompt à tirer la couverture à lui, qu’il porte une responsabilité historique dans le prolongement et la complication du conflit somalien. Ses multiples volte face et incohérences n’auront en rien favorisé la recherche d’une solution pacifique au profit du peuple somalien frère.

De même qu’il convient de dénoncer son attitude ambiguë et calculatrice à propos du Somaliland, premier État somalien à avoir accédé à l’indépendance le 26 juin 1960 avant de s’unir quelques jour plus tard à la Somalie Italienne, devenue indépendante, malheureusement plus pour le pire que pour le meilleur. L’actuel régime djiboutien qui n’a même pas réussi en un quart de siècle d’indépendance à renforcer la cohésion nationale dans notre pays sera certainement le dernier à contribuer sincèrement à la renaissance de l’État somalien. La preuve : le gouvernement de transition dont il a parrainé les premiers pas en août 2000 a lamentablement échoué au point de se retrouver à Nairobi trois ans plus tard au tour de la même table que les Chefs de guerre… Piètre succès de la diplomatie djiboutienne.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 81 du mercredi 28 janvier 2004

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Réalité numéro 81 du mercredi 28 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. La Paix régionale en question
  4. Les incohérences du Budget (3)
  5. La Décentralisation dans le Budget
  6. Quand l’enfant du pays s’émerveille
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 81

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

SON EXCELLENCE AL HADJ : PÈLERINAGE,

PAIX SOCIALE ET ARRIERES DE SALAIRE

Dans son utilisation politique, il est communément admis que l’Islam a souvent servi de légitimation religieuse à une forme d’autoritarisme que les spécialistes nomment le despotisme oriental. Cette quête d’un leader fort et omnipotent se fonde sur une exigence canonique : le Chef doit scrupuleusement se conformer aux préceptes de bonne gouvernance tels que définis par le Coran et la Sunna. C’est pour cela que tel verset demande aux croyants de respecter leur dirigeant, tandis que tel autre, renforcé par la Tradition prophétique, exige que les administrés se révoltent contre un mauvais responsable politique : c’est cela, le véritable sens du Djihad, et non pas d’aller massacrer chez eux ceux qui ont d’autres convictions religieuses.

C’est aussi pourquoi, en tant que couronnement d’une vie de piété ou premier pas vers la demande du Pardon, l’accomplissement du pèlerinage de la Mecque par le Chef de l’État est un peu plus qu’un geste contingent inscrit dans une trajectoire intime, personnelle. Car tout croyant sait que la stricte observance des préceptes religieux est la meilleure garantie d’une bonne gouvernance : ce n’est pas un hasard si, rappelant en cela les monarques de droit divin, chaque Chef d’État élu au suffrage universel prête serment sur le Coran ou la Bible. Ainsi donc, le Président djiboutien se rend en pèlerinage à la Mecque : tant mieux ! Le verset 198 de la Sourate de la Vache lui en donne le droit : « Ce n’est pas un péché que d’aller en quête de quelque grâce de votre Seigneur. Puis, quand vous déferlerez depuis Arafat, invoquez Allah, à Al Mach’ar Al Haram, Et invoquez-Le comme Il vous a montré la bonne voie, même si vous avez été auparavant du nombre des égarés ».

L’honnête citoyen et musulman pratiquant, voulant le Bien pour son prochain, surtout lorsque ce prochain détient une position de pouvoir capable d’influencer positivement ou négativement sur son existence quotidienne, ne peut donc que sincèrement souhaiter que cette Rédemption présidentielle se traduise rapidement et concrètement dans la pratique gouvernementale. Le chantier de la reconstruction djiboutienne qui l’attend alors est vaste, plus vaste qu’une vie humaine. Deux aspects en méritent tout de suite mention : la sauvegarde d’une Paix sociale difficilement acquise et la sauvegarde du droit au salaire pour tout travailleur.

Inutile de préciser que la Paix ne peut se renforcer que si et seulement si l’Accord qui l’instaure est scrupuleusement respecté : sur ce point, le futur Hadj a beaucoup de progrès à faire, sans jeu de mots.

Le respect de la sueur d’autrui, par le versement du salaire auquel il a droit, est également un acte de foi explicitement mentionné dans la Tradition du Prophète (PSL) dont un hadith authentifié exhorte tout employeur à rétribuer son employé avant même que la sueur de ce dernier n’ait séché. A l’heure où la lutte antiterroriste procure à notre pays une substantielle manne financière, il est inadmissible que, par la faute de la mauvaise gouvernance, les agents de l’État accusent encore des arriérés de salaire.

Dès son retour de la Mecque, son Excellence Al Hadj sera jugé par ses concitoyens sur ces deux points : souhaitons-lui d’être à la hauteur des défis qui l’attendent et digne de la Rédemption à laquelle il prétend. On ne sait jamais, pour 2005 et pour l’Au-delà.

MEETING DE L’UAD A L’AVENUE NASSER

A L’OCCASION DE LA FETE DE L’AÏD EL KEBIR, L’UNION POUR L’ALTERNANCE DEMOCRATIQUE SOUHAITE BONNE FETE A LA POPULATION DJIBOUTIENNE AINSI QU’A TOUS LES MUSULMANS DU MONDE ENTIER.

L’UAD INVITE TOUS SES MILITANTS ET SYMPATHISANTS A VENIR NOMBREUX AU MEETING POPULAIRE QUI SE TIENDRA DIMANCHE 1ER FEVRIER 2004 A PARTIR DE 8 HEURES 30, A L’AVENUE NASSER DEVANT LE SIEGE DE L’UDJ

 

 


Brèves nationales

Ali-Sabieh :

 

Brève incursion présidentielle

 

La visite présidentielle à Ali-Sabieh initialement programmée pour la deuxième quinzaine de janvier s’est-elle limitée à la brève incursion constatée le week-end dernier ? Toujours est-il que la population Assajog commence à se lasser des menées solitaires et improductives d’un Président amateur de la politique spectacle. Rappelons que depuis la rentrée c’est au moins la troisième fois que le Chef de l’État effectue des brèves visites dans une des villes qui lui est la moins favorable. Qu’y cherche t-il ? Mystère et boule de gomme.

Pour notre part, nous pensons que ces pérégrinations du Chef de l’État aux quatre coins du pays démontrent surtout la profonde solitude de celui qui a fait le vide de sérieux autour de lui. Le timonier national donne ces derniers temps, l’impression de naviguer à vue à bord d’un navire sans équipage et sans canot de sauvetage. Pourtant la mer est houleuse…

Paiement des arriérés :

Gel…. et dégel ?

Ballon d’essai ou cynisme gouvernemental ? Selon certaines sources se disant bien informées, le régime aurait songé dernièrement à geler les deux mois d’arriérés de salaire dûs aux travailleurs djiboutiens avant de faire marche arrière. Si cette éventualité avait été retenu un moment cela signifierait que ce pouvoir malfaisant cherche continuellement à s’enrichir sur le dos du peuple. Rappelons que les travailleurs djiboutiens ont déjà perdu plusieurs mois d’arriérés de salaire ces dernières années. Mais au moment ou la propagande gouvernementale cherche à faire croire que l’économie va mieux, principalement parce qu’une miraculeuse générosité extérieure est venu combler les brèches béantes de la mauvaise gouvernance, les autorités seraient mal fondées d’invoquer des difficultés de trésorerie. Car tout un chacun sait que la présence étrangère rapporte annuellement plus de 11 milliards de francs Djibouti à l’État, sans que la précarité n’en soit pour autant réduite.

A l’approche des échéances électorales décisives, le régime à court d’imagination cherchait peut-être à geler provisoirement le paiement des arriérés pour opportunément les débloquer en 2005. Quoi qu’il advienne, les travailleurs déjà amplement saignés doivent rester vigilants pour défendre le cas échéant les fruits de leur dur labeur face à un régime fondamentalement prédateur.

Somaliland-Puntland :

Silence assourdissant du «médiateur» régional

Le Chef de l’État djiboutien a-t-il renoncé à décrocher le prix Nobel de la paix, ou a-t-il tout simplement perdu son bâton de pèlerin ?

Le silence de notre médiateur régional à propos de la nouvelle tension entre le Somaliland et le Puntland est cette fois déconcertant. Et ce nonobstant la sortie intempestive du Ministre des Affaires Étrangères tenant des propos indignes d’un régime prétendant au statut de médiateur dans le conflit somalien. Et que dire de l’instrumentalisation des réfugiés somalis au Yémen, apportant leur soutien au régime Djiboutien mis en cause par Abdillahi Youssouf, Président du Puntland. Il convient de rappeler aux autorités djiboutiennes que l’utilisation des réfugiés à des fins de propagande est totalement interdite par la Convention de Genève.

En attendant, la crise ouverte entre Hargeisa et Garowe risque de tourner en conflit. En effet, le Somaliland et le Puntland se livrent depuis quelques semaines à une guerre des ondes sur fond de bruits de bottes aux alentours de la ville de Las-Anod. Selon les autorités du Somaliland les forces du Puntland qui revendique une partie des régions de Sol et Sanag auraient fait une incursion dans la ville de Las-Anod en territoire Somalilandais.

Le Puntland, qui a proclamé son autonomie en 1998, affirme de son côté que cette région lui revient, arguant des origines Puntlandaises de sa population

Devant la montée des périls, même le Secrétaire Général des Nations Unies a lancé un appel à la retenue.

La tension persistante entre ces deux voisins ne semble pas inquiéter le Président Djiboutien qui observe un silence gêné. L’homme de la rue a déjà trouvé une explication à l’actuelle apathie du médiateur régional. Avec comme passif, l’échec du processus de réconciliation somalienne initiée à Arta et la violation de l’Accord de paix interne du 12 mai 2001, le pouvoir djiboutien est tellement discrédité qu’il n’a plus voix au chapitre de la paix régionale. Peut-être. Plus prosaïquement ce recul diplomatique semble indiquer que l’étoile du «numéro un djiboutien » ne brille plus ni ici ni ailleurs. L’esbroufe ne paie plus.

Pour sa part l’ARD invite les deux parties (Somaliland et Puntland) à rechercher une solution négociée au différend frontalier qui les oppose.

Il en va de la stabilité régionale et de l’intérêt bien compris de nos peuples frères.

 


 

La Paix régionale en question

Entre espoir et inquiétudes

L’année 2004 sera-t-elle celle de la paix retrouvée dans notre sous région troublée ? Si des avancées notables sont enregistrées au Soudan, des récentes tensions entre l’Érythrée et l’Éthiopie ou des regrettables frictions entre le Somaliland et le Puntland font que la balance oscille entre espoir et inquiétudes.


Au plan de la paix régionale la seule note positive nous vient pour l’instant du Soudan où gouvernement et rebelles du Sud confirment de jour en jour leurs volontés de mettre fin à un conflit vieux de deux décennies. La rébellion du Darfour dont l’intransigeance avait fait capoter les négociations de N’Djamena en décembre dernier semble ces derniers jours revenir à la raison en confirmant sa disponibilité à rechercher une solution négociée au conflit qui l’oppose au régime de Khartoum.

Ce revirement du Mouvement de Libération du Soudan (MLS) est favorablement accueilli par les observateurs et amis du Soudan en raison de la catastrophe humanitaire générée par ce conflit. En effet, ces dernières semaines plus de 20 000 civils fuyant les combats au Darfour sont venus grossir les rangs des 80.000 réfugiés déjà enregistrés au Tchad. Selon les rares humanitaires ayant accédé à cette région de l’Ouest du Soudan, des milices arabes alliées du régime de Khartoum font régner la terreur dans les villages du Darfour. Souhaitons qu’un rapide cessez-le-feu et l’ouverture de véritables négociations viennent mettre fin au calvaire des populations civiles de cette région meurtrie.

Plus près de nous, la brusque remontée de la tension entre l’Éthiopie et l’Érythrée à propos de Badmé fait craindre une remise en cause du statu quo en vigueur depuis les accords de paix signés à Alger en 2000. Selon les analystes, le contentieux porterait sur le village de Badmé attribué à l’Érythrée mais toujours revendiqué par l’Éthiopie, au prétexte que la population de cette localité se considère Éthiopienne et non Érythréenne. Tout cela sur fond de méfiance grandissante et de suspicion mutuelle de déstabilisations internes. Pour l’heure, l’escalade militaire n’a pas encore débouché sur un conflit armé mais les risques demeurent.

De son côté, la communauté internationale continue de faire pression pour que les deux puissances militaires de la Corne de l’Afrique n’entrent pas à nouveau en guerre. Une telle éventualité serait lourde de conséquences pour la stabilité régionale et compromettrait gravement l’avenir des peuples de notre sous-région ainsi que l’intégration économique souhaitée par tous. Quoi qu’il en soit, le raidissement actuellement observé à Addis-Abeba et Asmara n’a rien de rassurant et complique davantage la mission des forces des Nations Unies déployées sur les frontières des deux pays. C’est dans ce contexte de tension extrême entre nos voisins Erythréens et Ethiopiens qu’est venu s’ajouter depuis quelques semaines un nouveau facteur d’instabilité régionale : le contentieux frontalier opposant le Puntland au Somaliland. Pour le moment l’escalade est plus verbale que militaire même si des bruits de bottes sont signalés dans la zone contestée de Las-Anod.

La menace est pourtant prise au sérieux puisque les Nations Unies par la voix de son Secrétaire Général appellent les deux parties à faire preuve de retenue et de ne pas recourir à la force. Bien que non reconnus par la communauté internationale, le Somaliland et le Puntland disposent de potentialités militaires non négligeables faisant craindre, en cas de conflit, des catastrophes humanitaires corollaire, de tout conflit armé. Le Somaliland en quête de reconnaissance internationale n’a aucun intérêt à entrer en guerre contre le Puntland; sa remarquable stabilité de 10 ans en serait gravement affectée. Quant au Puntland que gagnerait-il à affronter un Etat voisin et frère ? Après la paix introuvable en République de Somalie, otage des chefs de guerre, notre sous région n’a pas besoin d’un nouveau conflit qui réduirait à néant tout espoir de développement dans cette partie de l’Est Africain.

Placé sous le parapluie occidental, notre pays qui paraît à l’abri d’agressions extérieures aurait pu profiter de sa stabilité retrouvée pour jouer un rôle actif dans la recherche d’une paix globale dans la région, mais l’incohérence de ses dirigeants lui a ôté toute possibilité de contribuer à la consolidation de la paix sous-régionale.

Par ses atermoiements et ses alliances conjoncturelles, le régime Djiboutien n’est plus en mesure aujourd’hui de s’astreindre à une neutralité positive lui permettant d’exercer une influence crédible sur le cours des évènements dans la Corne de l’Afrique.

C’est bien dommage pour le bon voisinage et l’image de notre pays. Quoi de plus gênant pour un pays se disant médiateur que d’être régulièrement accusé de partialité ou d’ingérence douteuse ? c’est pourtant ce que l’on entend depuis quinze ans que notre pays prétend s’impliquer dans la réconciliation somalienne. A chaque fois, une partie des protagonistes récuse la neutralité djiboutienne. On l’a encore vu dernièrement avec le Pountland accusant les autorités djiboutiennes d’envenimer la situation dans un contentieux frontalier en cours avec le Somaliland.

Dans cette affaire, le silence embarrassé du médiateur régional semble éloquent.

 

 


Les incohérences du Budget (3)

 

Les budgets de l’État djiboutien se suivent et se ressemblent. Reconduisant chaque année des mesures budgétaires paupérisant davantage certaines catégories socioprofessionnelles, celui de 2004 va encore plus loin dans des justifications erronées, affirmant que la politique de diminution de la pression fiscale mise en place depuis 1999 par le gouvernement se poursuit. Nous répondons que ceci est totalement faux, en ce sens que, sans remonter à la date de l’arrivée au pouvoir de l’actuel Chef de l’État (chiffres que nous ne pouvons vous livrer ici pour des raisons techniques) nous appuyons notre démonstration face à cette politique économique insensée, en comparant les chiffres officiels du ministère de l’Économie et des Finances de 2001 à 2003 (Budgets rectifiés) face à celui prévisionnel de l’année en cours.


Bien qu’il aurait été souhaitable d’approfondir l’analyse chiffrée des données gouvernementales concernant principalement les affectations des fonds des contribuables, nous limiterons nos remarques aux seuls tableaux ci-dessous, lesquels contredisent les prétentions du régime.

2004 : l’appauvrissement se confirme

Nous ne demanderons pas encore aux autorités compétentes par quel génie le Ministère des Finances a pu passer d’un excédent budgétaire de 712 millions FD en 2001 à un déficit budgétaire de plus de 3 milliards FD en 2002 et enfin d’un nouvel excédent prévisionnel de plus de près de 550 millions fd pour l’année 2003.

Paradoxalement, le Budget de l’État croit d’année en année. Sa progression, sans remonter à l’exercice 1999, est passé de 38,2 milliards FD en 2001 (un an et demi après la prise du pouvoir du nouveau Chef de l’État) à 43,2 milliards FD pour 2004, soit une augmentation de plus de 13% en trois ans. Il faut souligner aussi que lors de l’année écoulée, le Budget prévisionnel et celui rectifié, tout en oscillant aux alentours des 40 milliards de nos francs, ont accusé une différence d’un millard FD.

Cette montée en flèche n’est certainement pas sans conséquences sur la population appauvrie, qui doit encore contribuer énormément aux dépenses fastidieuses d’un pouvoir incohérent et irresponsable. Sinon, comment comprendre une politique gouvernementale prétendant chercher à ne pas léser les salariés et les créateurs de richesses, alors que l’on observe clairement dans le tableau de recettes ci-dessous que l’augmentation des dons des institutions internationales n’a pas contribué à une quelconque diminution des prélèvements ahurissants de l’État sur les salaires, en augmentation cette année encore de 8%. Réalité qui contredit les affirmations du régime.

Cet impôt sur les traitements et salaires frappant essentiellement la classe laborieuse, les variations calculées depuis 2001 démontrent que ces taxes ont gonflé de plus de 24 % en 3 ans. Quant à l’impôt sur les bénéfices professionnels des entreprises, son montant de 2001 ne nous convainc pas. Cependant, sa progression continue encore avec une valeur relative de près de 5%.

Tout en relevant que la taxe sur les produits vendus dans le pays, communément appelée TIC, a, en deux exercices, affiché une montée de plus de 11%, globalement, l’ensemble de ces impositions (directes et indirectes) frappant en dernier ressort les ménages totalisent un accroissement vertigineux de plus de 153 % entre 2001 et 2004.

Quelle démagogie face à la catastrophe nationale, lorsque la présentation du budget 2004 affirme qu’il y a eu baisse des taxes et surtaxes sur les produits pétroliers et qu’en réalité nous observons dans la ligne des recettes « redevances diverses » qui portent essentiellement sur ces biens (dont le pétrole lampant utilisé par tous les ménages djiboutiens) a connu une ascension fulgurante d’environ 83 % entre 2001 et 2004 et de 12,43 % rien qu’entre 2003 et cette année.

Par conséquent, la politique gouvernementale n’est nullement axée sur la lutte contre la pauvreté mais plutôt sur l’appauvrissement général du peuple pour mieux le contrôler.

Mirobolantes dépenses sécuritaires :

Nous nous abstiendrons ici de fournir les détails des dotations budgétaires poste par poste. Toutefois, nous constatons que, pour une large part, les dépenses couvrent les besoins sans cesse grandissants de l’armée : sécurité présidentielle oblige. L’autre secteur bénéficiaire étant depuis peu celui de l’Éducation Nationale, nous avions dans un précédent numéro démontré l’écart entre les dotations budgétaires et les résultats escomptés de ce Ministère responsable de la formation de nos progénitures et surtout de la qualité des ressources humaines du pays.

L’opacité étant toujours de mise en ce qui concerne les revenus dégagés par le Port et l’Aéroport, les dépenses de l’État tirent l’essentiel de leurs ressources sur les revenus des travailleurs. Il est connu que toute dépense supplémentaire appelle une recette supplémentaire, d’où nos remarques suscitées. Les dépenses de l’État sont toujours en évolution constante puisqu’en 3 exercices, sa partie « Personnel » a enregistré une progression d’un peu plus de 5% et sa partie « Matériel » de +18,7%. Ne pouvant s’astreindre à un train de vie raisonnable, ni se contenter des aides, dons et autres subventions des institutions internationales et des Etats amis, l’endettement du régime représente près d’un demi milliard FD, auquel s’ajoutent bien entendu les prêts récemment contractés et « débattus », après adoption du budget 2004, par une Assemblée mal élue.

Plus bas dans le tableau dépense 2004, les dettes rééchelonnées augmentent de 561% environ, et les emprunts (programmes ou pas) de 24%. Bravo pour l’héritage difficile laissé aux jeunes générations !

Ce qui est le plus frappant dans cette partie du Budget, c’est que le pouvoir soutient les réalisations de plusieurs investissements favorisant une relance de l’économie et prometteurs de développement. Or, outre l’ambitieux projet de Doraleh dont le régime attend beaucoup, les chiffres résumés ci-dessus prouvent bien que sur près de 7 milliards FD d’investissements, notre gouvernement n’intervient qu’à hauteur de 1,6 milliards FD, le reste étant à la charge de nos partenaires.

Notre précédent numéro contredisait, d’ailleurs, le prétendu financement de 670 millions FD intentionnellement classé dans le chapitre « investissement » dont 500 millions FD portaient sur une prise de participation de l’État dans le capital d’une entreprise publique et 170 millions FD couvrant des charges récurrentes d’un projet d’investissement. Ces points appellent des explications de la part de l’Argentier.

En attendant de revenir plus en détail sur les destinations des deniers publics, nous retenons de ce Budget 2004, pour l’instant seulement prévisionnel, que la situation économique du pays va de mal en pis, surtout pour les plus démunis.

 

 


 

La Décentralisation dans le Budget

N’en croyez pas un mot !

 

A en croire le gouvernement, la Décentralisation est un souci gouvernemental depuis l’Indépendance et est inscrite dans la Constitution comme une priorité depuis 1992. les Budgets de l’Etat démontrent le contraire d’une propagande officielle rabâchée par les médias et constitue à n’en pas douter de la poudre aux yeux : ci suit les dessous d’une mystification.

 


 

« Hatta ‘alaa Haamaan yaa Far’uun ? »: c’est ce que, d’après la légende arabe, le grand Chancelier Haamaan qui commandait les troupes pharaoniques, aurait répondu à Pharaon qui, dans un délire (mystification ou folie des grandeurs) décrivait comment il avait créé les hommes… interrogation qui signifie : à d’autres, Pharaon!

c’est exactement ce que nous répondons au gouvernement qui, inlassablement, cherche à mystifier nos concitoyens qui ne sont plus dupes, ainsi que la coopération multi et bilatérale impliquée dans le financement de projets sans lendemain parce que concoctés dans la Capitale sans la participation des populations concernées. La coopération, malgré les évidents intérêts qu’elle cherche à préserver ou affermir dans notre pays, commence à se lasser du mensonge permanent érigé en méthode de gouvernement.

Sur ce sujet comme sur d’autres, rien davantage que les Budgets de l’État ne rend compte des véritables intentions gouvernementales. Avant d’examiner les Budgets de l’État, la Décentralisation doit être lue sous l’éclairage de l’Accord de Paix (titre V) tel que convenu d’accord parties le 12 mai 2001. chacun se fera alors de lui-même une opinion sur le fossé qui sépare les dispositions de l’Accord de la pratique gouvernementale en la matière.

En son article 18, ledit Accord dispose que « les deux parties conviennent des objectifs généraux de la Décentralisation sur les plans :

– politique : participation des citoyens par le biais de leurs élus locaux à la gestion et la valorisation de leur collectivité ;

– administratif : mise en place d’une administration plus efficiente car plus proche de ses administrés ;

– économique : promouvoir des pôles de développement économique en dehors de la Capitale et réduire les disparités régionales. »

L’état d’abandon dans lequel ont été laissées les cinq régions de l’Intérieur depuis l’indépendance et sont toujours laissées près de trois ans après la signature de l’Accord, nous dispense de toute démonstration concernant la promotion des pôles de développement économique : néant !

Quant à la participation des citoyens par le biais de leurs élus locaux à la gestion et la valorisation de leur collectivité, le gouvernement a reporté sine die les élections régionales qui devaient normalement avoir lieu en même temps que les législatives de janvier 2003.

Quant à lui, l’article 22 dudit Accord créait une commission de mise en place de la Décentralisation, composée de 12 membres dont 3 représentants de chaque partie signataire, et chargée de :

– mettre en œuvre la décentralisation,

– suivre la mise en place des institutions régionales et de la section de la Cour Judiciaire spécialisée dans le contentieux administratif et le contrôle des dépenses publiques et enfin

– participer au contenu des textes législatifs et réglementaires prévus par la présente Loi et veiller à leur mise en application. Le mandat de cette commission devait durer jusqu’à la mise en place effective des collectivités régionales.

Le dernier alinéa de l’article 22 stipulait pour sa part qu’ « un décret précisera les conditions et volume des dotations financières qui doivent correspondre aux besoins réels de chaque région et seront définies sur la base de critères objectifs ».

Chacun constatera d’abord que cette commission n’a jamais été mise en place par le gouvernement, sans doute pour mieux se donner les coudées franches avec la honteuse complicité de l’Assemblée Nationale et dénaturer le contenu du Titre V de l’Accord de Paix, notamment la récente et impertinente délimitation des districts, motivée par une irresponsable entourloupe électoraliste.

Plus gravement, ce sont les Budgets de l’État qui en disent davantage sur des pratiques gouvernementales contrevenant aux dispositions de tous les accords de paix signés en dix ans de conflit, et qui violent la Constitution consacrant la Décentralisation comme un indispensable instrument de réforme de l’État et de développement économique.

En examinant le Budget de l’État, nous constatons d’abord que la part du Budget consacrée au district d’Arta ne figure pas, contrairement à ceux des autres districts, dans le projet de budget du ministère de l’intérieur pour l’exercice 2004. Ni ailleurs ! Étonnant lorsque l’on a entendu le Chef de l’État, à l’occasion de sa présentation des vœux du Nouvel An, prétendre placer la concrétisation de la Décentralisation au centre des réalisations gouvernementales (c’est-à-dire des siennes) pour l’année à venir. Le gouvernement et son Chef ont donc menti (ce n’est pas nouveau) non seulement aux habitants de la région d’Arta, mais aussi à tous les Djiboutiens, à la coopération internationale dont ils continuent sans pudeur à solliciter le soutien financier, ainsi qu’à tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par la stabilité politique et le développement économique de notre pays. C’est peu glorieux comme bilan, à un an, si elles ont lieu, des prochaines échéances électorales.

Voici un tableau comparatif district par district, des budgets 1996 , 1997, et prévisionnel 2004 :

Les faits (et les chiffres officiels) sont sacrés, le commentaire par contre est libre. Nous laissons à nos lecteurs qui ne sont pas tous nos militants et sont pour la majorité d’entre eux pourvus de bon sens, le soin de se faire leur propre opinion et réservons pour notre part nos commentaires et analyses (des choix et variations des dotations budgétaires) à une autre édition.

Contentons-nous pour l’instant d’observer qu’en pourcentage, la part du Budget de l’État consacrée aux régions se résume à 1% du Budget national. On est très loin des promesses électoralistes, de la « réduction des disparités régionales » et de la « promotion des pôles de développement économique ». La distance qui sépare les Accords de Paix des pratiques gouvernementales est plus éloignée que celle qui sépare l’Orient de l’Occident…

Mais ce tableau ne tient pas compte des 50 millions FD octroyés aux conseils régionaux nous objectera-t-on ! C’est parce qu’ils ne figurent pas dans les budgets des districts et de toute façon cette aumône ne modifie en rien, en pourcentage, la part du camembert affecté aux régions.

Enfin, le cadre général du budget de l’État pour l’exercice 2003 affirmait sans rire que « la Chambre des Comptes et de Discipline Budgétaire mise en place avec tous les moyens nécessaires à son bon fonctionnement a entamé un programme de contrôle dans toutes les différentes administrations et organismes publics, concourant ainsi à une plus grande transparence dans la gestion des deniers publics.. » : à d’autres !

Tout le monde sait que ses comptes rendus et suggestions ont été depuis sa création privatisés par la Présidence. La transparence reste encore malheureusement à inventer chez nous !

Au total, loin de soigner les causes du conflit civil, les pratiques gouvernementales alimentent leur renouvellement.. Qu’à Allah ne plaise !

 


 Quand l’enfant du pays s’émerveille

Retour vers le néant politique

 La médiatisation à outrance sur les ondes de la RTD (ad nauseam, six jours de suite ) du dernier périple du Premier ministre à Tadjourah est typiquement révélatrice des attentes mystiques ou magiques que le régime place dans cette inondation d’images rose bonbon et de déclarations nombrilistes. Mais, en vertu d’un cloisonnement tribal de ses activités de propagande, le régime n’a pas tellement cherché à faire profiter les autres communautés linguistiques du pays de la lumière diffusée par le Premier ministre à l’occasion de cette tournée parmi des populations auxquelles de forts et indéniables liens de sang le rattachent. Par devoir de transparence, il est de notre devoir de clairement exposer ce qui s’est réellement passé à Sagallou il y a quelques jours : chacun pourra par lui-même mesurer à quel point ce régime confond action politique et invocation magique ; prenant du même coup ses concitoyens pour des attardés auxquels il n’est pas nécessaire de parler sérieusement.

 


 

Bien que se rattachant toutes à la tradition culturelle islamique, chaque composante de la communauté nationale se distingue par ses propres formes de sociabilité et de d’organisation sociale. Celle à laquelle le Premier ministre a récemment rendu visite dans le district de Tadjourah est caractérisée, d’un point de vue anthropologique, par une stricte hiérarchisation des rôles sociaux et par des formes d’alliance matrimoniale mettant en avant, par une sorte de survivance du matriarcat, l’importance du clan maternel, le matrilignage. C’est pour cela, qu’arrivé dans le village de Sagallou, le Premier ministre a estimé normal d’exclusivement remercier son matrilignage pour l’accueil chaleureux qu’il aurait reçu. Comme si tout son déplacement se résumait à cela ! Mais somme toute, dira-t-on, où est le mal ? Effectivement, le mal est ailleurs.

En premier lieu, les habitants de cette région ont tenu à lui rappeler qu’elle avait été profondément affectée par le conflit civil et qu’elle n’avait bénéficié d’aucun programme de réhabilitation. Ce à quoi le Premier ministre n’a pas craint le ridicule en affirmant qu’il n’était pas au courant du fait que la guerre avait détruit la région ! Aberrant de la part d’un si haut responsable de tranquillement prétendre ignorer les réalités dramatiques que vivent quotidiennement tous ceux sur lesquels les calamités armées se sont abattues. D’autant plus grave quand il s’agit d’un nouveau responsable politique dont le régime meuble le CV en le présentant comme un des principaux architectes de l’Accord-cadre de Paris, du 7 février 2000.

En second lieu, suite à ce pathétique aveu d’ignorance, le Premier ministre a solennellement promis aux habitants de Sagallou que le régime, maintenant qu’il est au courant des désastres, procédera à la pose officielle de la première pierre de la reconstruction, comme cela a été le cas pour Obock. Quand on se souvient que cette première pierre a été posée par le Chef de l’Etat en personne il y a des années de cela sans qu’aucune suite n’y soit donnée, et quand on sait également que les bénéficiaires de ce programme de réhabilitation ne sont pas prioritairement ceux qui ont le plus perdu, l’on aimerait bien que les auditeurs du Premier ministre n’aient pas à subir les mêmes humiliations et sacrifices que les riverains de Ras Bir.

Enfin, et tout aussi gravement, le Premier ministre a tenu des propos indignes de son rang relativement à des demandes d’emploi. En effet, les habitants de cette région n’ont pas manqué de lui rappeler que leur Jeunesse était généralement au chômage et que le régime devrait se préoccuper de leur condition. Ce à quoi le souriant premier des ministres a automatiquement orienté ses solliciteurs vers un programme présenté comme miraculeux : le service national adapté. Il a tout simplement exigé du Commissaire de la République, Chef du district de Tadjourah qu’il les favorise lors de l’établissement des listes des recrues pour ce service national adapté. Il est proprement inouï qu’un dirigeant politique, sans préjudice de sa trajectoire, demander que certains soient favorisés sur une seule base tribale par rapport à d’autres, tout aussi nécessiteux.

Le fond du problème est bien là : autant que l’aveu selon lequel ce gouvernement n’a aucune perspective d’emploi à proposer aux jeunes, ce régime promet à certains de les favoriser par rapport à d’autres. L’État n’est donc pas là pour assurer l’égalité entre tous les citoyens. On comprend donc mieux pourquoi la RTD retransmet six jours de suite ses propos, sans bien sûr prendre la peine de les traduire aux autres composantes de la communauté nationale : susciter la jalousie sociale et faire croire que, notre pays étant condamné au tribalisme, chacun doit impérativement soutenir son cousin seul à pouvoir lui donner quelque chose.

Sauf preuve du contraire, Gouled n’a jamais explicitement demandé une telle stupidité de la part de son Premier ministre : un tel degré dans la tribalisation excessive des enjeux politiques est bel et bien une nouveauté que l’on doit à l’actuel Chef de l’État. Heureusement qu’il est allé à la Mecque.

Mais personne n’est vraiment dupe : celui qui promet de privilégier son petit microcosme tribal est toujours le moins bien placé pour assurer sa propre survie politique. Car, si l’on cherche vainement à quel groupe tribal ce régime a réellement profité, l’on sait parfaitement, par contre à qui il a porté préjudice : à l’ensemble du Peuple djiboutien. Et cela, aucune tournée du Premier ministre ou de son Chef de gouvernement, ne peut faire croire le contraire. « C’est moi Alice, au pays des Merveilles, Alice aux cheveux blond vermeil, Alice qui parfois se réveille » chantait l’héroïne : le réveil politique risque d’être traumatisant pour tous ceux qui, mystifiés par la tombola du régime, croient encore aux contes de fée en se croyant réellement responsables.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 80 du mercredi 21 janvier 2004

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Réalité numéro 80 du mercredi 21 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les incohérences du Budget (2)
  4. Chantage à la citoyenneté
  5. S.T.O version RPP
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 80

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

LA VIE N’EST PAS UN JEU

Un citoyen mal informé ne peut sérieusement prétendre exercer son libre-arbitre. C’est pourquoi, au risque de paraître faire la publicité des publications adverses, nous invitons nos compatriotes à lire tout ce qui se rapporte à l’actualité nationale. Derrière la propagande officielle, par définition maladroite et faite de pose de première pierre sur fonds de you-you et de bottes de khat, la réalité se dévoile d’une façon ou d’une autre. Chacun se rendra alors compte à quel point et de quelle façon si diamétralement opposée les écoliers des deux districts du Nord ont été sollicités la semaine dernière, comme le rapporte si copieusement le journal gouvernemental « La Nation ».

A Tadjourah, comme s’il s’agissait d’une fête religieuse ou d’une journée fériée (pour tous), chômée (pour les fonctionnaires réquisitionnés) et payés (pour les rares privilégiés ignorant les retards de salaire), le régime a décrété école fermée sur l’ensemble du district. Mais, au lieu de profiter de cette journée, tous les écoliers de Tadjourah et de sa proximité furent unanimement convoqués pour assister à l’extraordinaire pose, par un Premier ministre sans compétence institutionnelle, de la première pierre d’un futur complexe sportif entièrement financé par la Chine. Et applaudir devant ce qui est manifestement présenté comme un exploit politique : la grandiloquence n’a tué personne, surtout lorsque le monopole sur les médias publics autorise soliloque et monologue. Sans trop se demander si la charrue n’a pas été mise avant les bœufs : l’amélioration des conditions de scolarité (peu de salles ou de manuels scolaires, mais suppléants mal formés et en surnombre) n’était-elle pas prioritaire par rapport à ce stade omnisports ?

Il est vrai que ce n’est pas vers la Chine qu’il faut se tourner pour que les recommandations des États Généraux sur l’Éducation trouvent un début d’application : aucun miracle de l’extérieur ne viendra assurer l’amélioration de notre système éducatif. Comédie politique beaucoup plus inadmissible quand on sait de quoi ces figurants sont coupables : aucune cantine scolaire n’existe dans ce district, pas plus qu’ailleurs : décemment remplir les petits ventres de ces écoliers n’est manifestement pas une priorité de ce régime qui n’hésite pourtant pas à investir des centaines de millions de francs dans la distribution partisane du khat. Du sport donc pour des écoliers sans cantine scolaire : aucune honte n’arrête décidément ce régime sans pudeur. Les enfants de la nomenklatura sont certainement logés à meilleure enseigne.

A Obock par contre, c’est à l’initiative des instituteurs que des élèves ont parcouru, mercredi dernier, la piste côtière jusqu’à Khor-Angar. Histoire de modestement les initier à la protection de l’environnement : comme pour la forêt du Day ou ailleurs, l’Unesco serait certainement intéressée par la protection de la mangrove de Godoria. Tout comme nous saluons l’initiative citoyenne de ces instituteurs invitant leurs élèves à s’intéresser à la géographie humaine : qu’est donc aujourd’hui devenu le village de Khor-Angar qui vivait, avant le conflit, de l’important échange commercial entre l’Éthiopie et le Yémen ?

Toutefois, la morale de l’histoire est donnée par le journal « La Nation » , concluant la narration de cette journée de la façon suivante : « L’unique fausse note de l’événement fut qu’à leur descente des véhicules, les élèves ont retrouvé une ville d’Obock plongée dans les ténèbres de l’obscurité due aux délestages de courant qui, ces derniers mois, semblent installés dans les mœurs ». Dans la durée et la banalité, devrait-on dire, tout en ne manquant pas d’ironiser que pour ne pas faire de jaloux, le régime a promis que les écoliers d’Obock auront aussi leur complexe sportif, dont le même souriant Premier ministre espère poser la première pierre.

Ce que ce régime et ses figurants essaient vainement de cacher, c’est qu’il n’y a aucun sport en dehors du contexte général de l’Éducation : sa qualité est inséparable de celle de l’enseignement assuré à notre progéniture. De même qu’il n’y a aucune Éducation digne de ce nom quand les conditions d’existence des parents ne cessent de se détériorer et quand l’État répond si peu aux priorités essentielles que sont la Santé ou l’Emploi. Un demi mensonge reste un mensonge, aussi souriant soit-il : nos enfants joueront mieux s’il y a du sérieux.


Brèves nationales

Sud-Ouest :

Promesses présidentielles en catimini ?

L’on se souvient que le Président américain Bush s’était rendu en cachette à Bagdad, et l’opinion internationale avait eu la regrettable impression que les États-unis n’avaient rien à proposer aux Irakiens eux-mêmes. Une version locale de cette visite en cachette vient de se produire chez nous : selon des sources concordantes, le Chef de l’État s’est dernièrement rendu en catimini à Hanlé, dans le district de Dikhil, précisément à Agna, luxuriante palmeraie très peuplée mais désolée. De bonnes sources indiquent que l’agronome volant en campagne prématurée n’a pas été à cet endroit uniquement pour y prêcher la culture du palmier-dattier. Il serait parti à la rencontre des populations oubliées de cette région du Sud-Ouest. Populations auxquelles il aurait fait les mirobolantes promesses dont il a le secret : construction de routes, d’écoles et de dispensaires. Il n’est jamais trop tard pour faire le bien, mais rappelons tout de même à l’illustre « numéro un » qu’il n’y a pas si longtemps, il considérait les ruraux défavorisés de cette contrée comme des étrangers.

Ce qu’ils sont effectivement, car ne bénéficiant pas pour la plupart d’entre eux, de pièces d’identité nationale. Même leurs plus hauts notables en sont dépourvus, bien qu’étant appointés par l’administration depuis des décennies. Si le Chef de l’État veut vraiment rendre service à ces populations, qu’il commence par leur faire délivrer des pièces d’identité nationale. Pour l’heure, les apartés présidentiels avec les habitants de cette région se limitent malheureusement au traditionnel bakchich, au khat et aux promesses sans lendemain. Après ses visites éclairs en catimini à Assamo, As-Eyla et Agna, le futur candidat donne l’impression qu’il attend plus de ses visites impromptues et « bakchisantes » sur le terrain plutôt que des premières pierres médiatisées et des insipides discours à la Nation. Une autre manière de faire de la politique peut-être ! mais aux résultats aléatoires.

As-Eyla :

L’UMP aux abois

Depuis la dernière tournée de l’ARD dans le Sud-Ouest, le RPP et ses satellites s’inquiètent de l’audience grandissante de notre parti dans cette région. En témoignent les visites en catimini du Chef de l’Etat et les tournées hebdomadaires des membres de sa mouvance. Ainsi, l’on rapporte que dans le secteur d’As-Eyla et Goba’ad, la progression de notre parti ne serait pas du goût du Ministre de la Défense, leader autoproclamé de cette zone et qui serait, semble-t-il, profondément irrité et déstabilisé par la remarquable percée politique des dirigeants de notre fédération d’As-Eyla. Pensant contrer notre parti et ses idées de changement, ce ministre aurait affecté pour ce faire un véhicule de la Gendarmerie à la lourde tâche de quadriller une région sur laquelle il n’a plus aucune prise. A bord de ce véhicule militaire officieraient un gendarme-chauffeur sans permis de conduire et un adjudant-chef détaché au ministère de la Défense. On le voit, ce régime aux abois et manquant de vrais militants, en est réduit à réquisitionner fonctionnaires et militaires pour ses difficiles missions de sensibilisation. Cela s’appelle la démocratie militarisée…

Première pierre à Tadjourah :

Dans ma ville natale…

Un an après sa déroute électorale dans la Ville-Blanche et huit mois après sa dernière visite ratée en ce lieu, le Premier ministre a donc retrouvé sa ville natale jeudi dernier, non sans émotion. En effet, venus à bord de plusieurs véhicules dépêchés de la Capitale et de Tadjourah, des centaines de fonctionnaires, d’écoliers et de ruraux, tous réquisitionnés pour l’occasion attendaient poliment sur place. Ainsi que nous l’avions écrit la semaine dernière, cette visite faite au nom d’une première pierre d’un futur stade financé par la Chine Populaire, se voulait surtout politique. Pour faire sérieux, le Premier ministre était accompagné de plusieurs ministres, et le programme initialement prévu fut largement bousculé, comme l’on s’en doute. Après la cérémonie de pose de la première pierre, le séjour du Premier ministre a pris un tour éminemment politique avec de forts relents de campagne présidentielle. Rappelons que le programme de cette visite était fixé comme suit :

– pose de la première pierre du futur complexe sportif ;

– mise en place d’un comité régional des assises du Sport.

– mise en place de la ligue d’athlétisme régionale à Tadjourah par le Président du comité national d’athlétisme.

Toutes ces nobles activités ont été mises de côté pour essayer d’atteindre le véritable objectif de cette visite, à savoir reprendre pied à Tadjourah la frondeuse, en y mettant, pour ce faire, les moyens matériels et humains. A ce chapitre politique, la moisson semble bien maigre au regard de la logistique déployée. Passons sur l’inévitable khat qui aurait à lui seul englouti un million de FD. Rien que pour la nourriture de centaines d’obligés convoyés de Djibouti-ville ou des zones rurales, ce sont quelque six points de restauration qui auraient été installés dans la Ville-Blanche, aux frais du contribuable. Tout cela démontre qu’à part les quelques danseurs et danseuses largement rétribués, la grande majorité de la population Tadjouroise a préféré rester chez elle. Après cela, personne n’empêchera le Premier ministre de remercier à l’infini la cohorte de mobilisés pour l’occasion, en s’exclamant : « je vous remercie de m’avoir chaleureusement accueilli dans ma ville natale ». Remercier c’est déjà beaucoup pour les réquisitionnés. Pour le reste qui vivra verra.

Randa-Day :

La piste oubliée ?

Alors que le Premier ministre promet de bitumer la route du bord de mer de sa ville natale jusqu’au pied de Randa, la piste reliant ce village au Day reste impraticable, obligeant les usagers à un large détour de 80 kilomètres par la route de Garenlé. Il y a quelques mois de cela, les populations riveraines, lassées de l’indifférence des pouvoirs publics, avaient courageusement réhabilité en partie cette piste particulièrement dangereuse. Depuis lors, quelques véhicules empruntaient difficilement cette voie une ou deux fois par semaine. Mais aujourd’hui découragés par la dégradation constante de cette piste oubliée, les riverains lancent un appel pressant aux autorités, afin qu’elles prennent leurs responsabilités face à la menace de fermeture de cette voie de communication qui serait préjudiciable aux intérêts des population de cette partie de Goda. Rappelons pour la petite histoire que, lors de son séjour à Tadjourah, le Premier ministre avait gentiment écouté les multiples doléances des chefs coutumiers, en répondant une fois n’est pas coutume, à toutes leurs revendications Marhaba, en précisant toutefois : « Incha-Allah ». On n’est jamais trop prudent ! A l’heure où, après une longue absence, les engins des Travaux Publics sont miraculeusement de retour dans le Nord, le moment nous semble venu de sérieusement réhabiliter la piste Randa-Day, une des plus anciennes de notre pays.

Médias partisans :

Déficit de formation démocratique

C’est, semble-t-il, pour pallier aux carences en formation des journalistes des médias partisans, qu’un curieux séminaire devant combler leurs lacunes, a été récemment organisé à leur attention. A voir l’objectif affiché par le programme et les connaissances dispensées aux heureux bénéficiaires, la presse d’opposition, qui n’a pas eu la chance d’être conviée à ce séminaire de formation pour les points focaux, n’a plus qu’à regretter d’avoir été mise à l’écart de cette fulgurante transmission de connaissances en matière de communication. Afin de donner à nos lecteurs une idée de l’ampleur et de la profondeur de la formation que le régime a bien voulu dispenser à ses journalistes, voici in extenso le programme de cette journée historique à l’usage des médias partisans :

Séminaire de formation pour les points focaux

I°) Date et durée de la formation :

Date : jeudi 15 janvier 2004

Durée : une journée

II°) Déroulement de la formation

8h-8h30 : Arrivée et installation des points focaux

8h30-9h : pointage est distribution du programme

9h précise (sic) : Discours du Directeur de publication du journal

9h20 : Discours du Secrétaire National à la Communication

9h40 : Discours du Secrétaire Général

10h-10h30 : pause café

10h30-12h30 : Présentation sommaire du Journalisme et du rôle du journaliste

12h30-13h : Photo de famille

13h : fin de l’atelier

Quand une formation aussi importante ne dure que deux heures, on comprend que la photo de famille prenne trente minutes : c’est uniquement pour impressionner la galerie.

« Progrès » immuable :

Des courriers sans lecteurs

Les journalistes mal inspirés du pamphlet du RPP en avaient bien besoin : une formation accélérée d’une journée dûment organisée à leur attention devrait, espérons-le, combler leur pathétique carence en communication politique. En attendant ce miracle, ce journal financé sur deniers publics continuent à se singulariser par ses analyses oiseuses et ses attaques pernicieuses à l’encontre de la presse d’opposition qui vole largement au-dessus de lui. On raconte même qu’il y a quelques mois, le Chef de l’État, président en exercice du RPP et directeur de publication officieux mais en dernière instance de cet organe de presse, aurait rabroué en ces termes les plumitifs réquisitionnés : « avec tous les moyens que le Parti met à votre disposition, vous n’êtes pas foutus de contrer la presse d’opposition qui, avec peu de moyens, est plus régulière et plus efficace que vous ». c’est, nous semble-t-il, pour tenter de défendre l’indéfendable, que cette malheureuse publication occasionnelle fabrique périodiquement des pseudos courriers des lecteurs censés répondre aux arguments de l’opposition. Chacun pourra observer que les rares lecteurs de ce journal signent de leurs « initiales » L… Après LM signant des contrevérités historiques à l’encontre du Président Guedi, c’est dernièrement au tour d’un certain LMD de s’essayer à démonter les arguments de la presse d’opposition. Piètre tentative hors de sa portée.

Que dit ce sieur LMD ? Que l’opposition nie les réalisations de ce régime. Et de citer celles qui lui paraissent les plus pertinentes : le projet de Doraleh, l’eau du Day, le Port de Tadjourah, la route de Yoboki, l’eau d’Ali-Sabieh, les arriérés de salaire, la lutte contre les clandestins et enfin la service national adapté. Vastes réalisations qui méritent un petit commentaire.

Doraleh : les travaux lancés en juin 2003 sont arrêtés, faute de financement ; ce méga-projet n’employant que 30 ouvriers…

L’eau coule en effet au Day, mais la majeure partie du précieux liquide est orientée vers sa destination initiale : le jardin présidentiel. Des milliers de plants de khat et de café absorbent plus que les populations riveraines de cette eau venue de Garenlé.

A Ali-Sabieh, l’eau potable demeure un souci permanent. Le forage électoraliste sera-t-il en mesure de satisfaire la consommation locale et la prétendue commercialisation?

Le Port de Tadjourah, inauguré en grandes pompes par le Chef de l’État en 2000, n’a pas tenu ses promesses : il reste un misérable quai à boutres. A qui la faute ? En grande partie au régime qui refuse de réhabiliter les routes et pistes de la région, spécialement vers l’Éthiopie et qui n’a initié aucun projet de développement pouvant solliciter l’usage intensif des quais de Tadjourah.

Concernant la route Yoboki-Galafi, récemment réhabilitée, elle a la particularité de traverser une des régions les plus désolées de notre pays. Malgré son importance économique, les riverains ne profitent pas des retombées annoncées. A qui la faute ? Essentiellement à ce régime préférant les apparences aux réalités et qui, là non plus n’a proposé aucun projet générateur de revenus pour les populations de cette région, spécialement pour sa Jeunesse désœuvrée, sans perspective sinon l’exode vers Djibouti-ville.

Pour ce qui est des arriérés de salaire, ils n’ont été réduits que grâce à la générosité extérieure (États-unis et France), mais ils demeurent importants : au moins deux mois. Rien qu’avec les recettes du Port et de l’Aéroport, ces arriérés pourraient être épongés : où vont alors ces colossales recettes échappant au Budget National ?

Nous maintenons par ailleurs que la lutte contre l’immigration est pour le moment un cuisant échec. La preuve : la majorité des clandestins expulsés en septembre est déjà de retour.

Enfin, s’agissant du pseudo service national adapté, il demeure électoraliste et congénitalement inadapté : son exécution est réservée à l’Armée dont personne ne connaît la compétence en ce domaine. Le recrutement reste douloureusement sectaire, voire vulgairement tribale.

Des courriers sans lecteur restent ce qu’ils sont : des délires encrés. Le temps est donc venu pour les journalistes du « Progrès» d’entrer en séminaire…


ECONOMIE

Les incohérences du Budget (2)

La République de Djibouti est, de tout temps et structurellement, dépendante d’une économie essentiellement basée sur le secteur tertiaire dont l’activité portuaire reste toujours le socle. Il y a encore une dizaine d’années, l’État honorait les salaires de ses employés, les retraites, la santé, etc. La situation actuelle n’est pas seulement due à la guerre, mais tire sa vraie source des multiples pratiques illicites de nos gouvernants, accentuées par la mauvaise gouvernance. Deuxième volet de nos remarques sur les incohérences de ce Budget 2004.


La dernière décennie a été marquée par l’apparition réelle, entre 1994/1995, d’une crise économique et financière qui nous amène aujourd’hui à la considérer comme voulue et entretenue depuis quatre ans par le pouvoir en place. Durant toutes ces années, les prélèvements fiscaux frappant les salariés et les commerçants ont augmenté exponentiellement grâce aux multiples inventions d’un régime qui nourrit d’autres ambitions que celui d’un réel développement du pays.

En effet, les promesses de paix de 1994 n’ont toujours pas été suivies d’effets, les ponctions fiscales continuant à saigner la masse laborieuse. Il en est de même des privatisations et autres cessions-concessions des établissements publics qui loin de relancer l’économie nationale n’atténuent toujours pas l’hémorragie économique et financière.

« On ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué »

Entretenant l’opacité sur la gestion privée des complexes portuaires et aéroportuaires, plutôt que de rendre publiques les retombées économiques et financières de ces concessions, sa nouvelle trouvaille, depuis trois ans, est d’asseoir toute relance économique sur la seule construction du port de Doraleh.

Selon le Cadre général de la présentation du Budget 2004, les investissements ont été tels que celui de Doraleh est là pour appuyer une croissance projetée de 4,5% du PIB par « l’émergence d’une nouvelle dynamique dans le secteur de services grâce aux anticipations suscitées par la construction du complexe portuaire de Doraleh…avec des retombées indirectes pour le secteur de services… » En attendant ces retombées directes et indirectes dont bénéficiera grandement le secteur tertiaire, la seule anticipation que ce projet ait suscité parmi les investisseurs locaux et étrangers est celle remarquée de l’Établissement Public d’Hydrocarbure (EPH) qui, pour d’obscures raisons, s’est transformé en Société Anonyme aux multiples activités industrielles et commerciales. Un Établissement bien connu pour avoir été une entreprise publique, à la fois, accumulatrice de richesses (prélèvements des taxes et surtaxes sur les produits pétroliers) et « vache à lait » du régime. Quelles que soient les justifications d’une croissance plus que soutenue du PIB en 2004, nous sommes tentés d’interpeller l’Argentier du régime sur l’exercice 2002 dont les comptes n’ont à ce jour pas été rendus définitifs. L’actuel Budget 2004 nous dit-on serait la suite logique de la réussite du budget 2002 lequel, avait été largement commenté, en son temps, à travers nos analyses, étalées sur plusieurs numéros de « Réalité ». Pour qui l’aurait oublié, le Droit de réponse en date du 20 mai 2002, du Ministère de l’Économie, dont les extraits que voici, prétendaient :

Nous taxant d’adeptes d’une théorie économique Keynésienne dépassée et loin de prendre ainsi en compte nos remarques fondées et objectives, le Ministère chargé de l’Économie du pays justifiait ses mesures budgétaires de l’époque: « pour atténuer le déficit ayant atteint un seuil critique, il lui fallait opérer un rapprochement entre les recettes effectives et les dépenses de l’État…». Il renchérissait son choix économique en soutenant que « l’augmentation du taux d’imposition évite des licenciements massifs et contribue conjointement à de faire des économies drastiques sur les dépenses de l’État, exceptés les secteurs sociaux (éducation, santé…) ».

Plus loin, dans « La Paix a un coût, la Démocratie aussi », autre chapitre blanchissant cette théorie Rppiste « une somme de 370 millions FD est provisionnée pour la Consolidation de la paix et pour l’organisation d’élections ». Enfin, « il est encore prématuré en ce mois de mai 2002 de juger si telle ou telle autre dépense a été exécutée ou pas, tout budget étant annuel ».

« Lors de la clôture du budget 2002, le Ministère des Finances apportera des réponses à toutes les questions qui lui seront posées ». Soit : le seul point positif à retenir ci-dessus est celui portant sur les réponses à nos questions lors de la clôture du Budget 2002, officiellement retardées par on ne sait quoi.

En attendant ce bilan définitif pendant, comme un boulet suspendu à un condamné à perpétuité, il ne nous reste plus qu’à passer au Budget 2003, lequel serait présenté comme une suite logique de la réussite économique de 2002. Passons maintenant à l’analyse au Budget 2004 qui aurait tiré toute sa substance de ses résultats positifs des budgets antérieurs.

Constat Général :

A lire le Cadre Général de présentation du Budget 2004, on se croirait dans un autre pays que la République de Djibouti. Le développement du pays est maintenu avec une croissance soutenue du PIB qui approcherait dans l’année en cours les 5%, avec la création d’unités de production industrielles, avec le maintien depuis 1999 de la diminution de la pression fiscale en faveur de la classe laborieuse et des consommateurs, avec l’abaissement des taxes sur plusieurs produits, du pétrole lampant en passant par les tissus et les pièces détachées, etc. Le tout dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, lequel tiendrait la route à travers les financements des secteurs sociaux que sont la Santé et l’Éducation Nationale.

Le couronnement de cette réussite économique serait la présentation en avril 2004 d’un Document de Réduction Stratégique de la Pauvreté (DSRP) aux bailleurs de fonds, projet pour lequel l’Etat aurait déjà provisionné un capital de 200 millions FD. Or, les recettes augmentent encore grâce aux impositions sur les traitements et salaires et aux impôts sur les bénéfices des entreprises ; points que nous développerons plus tard. Dans ce numéro, nous nous cantonnerons seulement à l’analyse macroéconomique du Budget en augmentation encore pour cet exercice lequel passe de 42 milliards FD en 2003 à 43,2 milliards FD pour 2004.

L’embarras du Budget 2003

L’étude par poste budgétaire étant laissée pour plus tard, dans l’immédiat l’ensemble du projet du budget 2004 disserte sur un succès des investissements au dernier exercice, dont les argumentations développées ne nous convainquent guère. Il nous est dit que les réalisations des derniers 9 mois de l’année écoulée auraient déterminé les prévisions de 2004. Si tel est le cas, il ne peut échapper à personne que le déficit budgétaire prévisible en 2003, après rectificatif, serait de l’ordre 542 millions FD contre 3,7 milliards FD en 2002.

Or, les deux premiers trimestres de la période de référence 2003 avaient déjà dégagé des résultats négatifs respectivement de 2,2 milliards FD au 31 mars 2003 et de 1,2 milliards FD environ au 30 juin 2003. D’où vient l’exploit de l’Argentier officiel qui aurait réalisé dans son hypothèse, sur les six derniers mois de l’année écoulée, un excédent budgétaire de 2,816 milliards FD ? Un chiffre qui représente un excédent moyen mensuel de 703 millions FD contrairement au premier trimestre de l’année en question, où la même moyenne mensuel affichait un déficit de 560 millions FD.

Par conséquent, les justifications déterminantes du Budget 2004 ne tiennent pas, en ce sens qu’elles sont incohérentes même en l’absence des données définitives de 2002 et celles économiques des troisième et quatrième trimestres 2003. A noter, toutefois, que le Budget prévisionnel 2003 avait lors des dernières séances de l’Assemblée Nationale abouti à un dépassement de plus de 5,4 milliards FD risquant ainsi d’aggraver le déficit déjà important, comptablement réduit par la non réalisation de Dons et autres Emprunts projets d’un montant total de 4,6 milliards FD.

Investissements : Grâce aux Dons et financements extérieurs

Alors que les projets et autres promesses ne voient pas le jour, le régime semble mettre en avant des investissements qu’il n’est pas en mesure de réaliser.

En effet, en 2003 les dépenses d’investissements, sur financement intérieur, programmées pour un montant de 987 millions FD apparaissent subitement lors de la loi rectificative avec un nouveau chiffre de 1,66 milliards FD. Ce chiffre serait occasionné par deux dépenses relatives à deux nouvelles lignes budgétaires intitulées « Eau, Énergie, Industrie : Prises de participation dans des Entreprises publiques nationales » pour un montant de 500 millions FD et de 170 millions FD portant sur des « Charges récurrentes du projet d’investissement programme ». Comment se fait-il qu’un Etat puisse prendre des participations dans des Entreprises qui lui appartiennent ?

Globalement les investissements publics engagés lors du dernier exercice, et concernant les financements hors projets ou les contreparties nationales sur des projets de programme d’investissements, n’auraient été dans le budget rectificatif que de 1,857 milliards FD et non de 3,787 milliards FD comme écrit dans le Budget 2004. Par contre, les financements sur ressources extérieures dans les dépenses d’investissements étaient intervenus à hauteur de 2,948 milliards FD en 2003 et passeraient pour 2004 à plus de 5 milliards. Il est important de souligner que dans le Cadre Général de présentation du Budget en cours, le Ministère des Finances n’a pas jugé utile de préciser que ces investissements se feront sur des financements extérieurs.

Que ces prévisions d’investissements soient inscrites au Budget 2004 est une chose, mais il est tout de même surprenant que l’Assemblée Nationale qui l’a voté n’ait pas constaté que ceux de l’année dernière tablant pour sur de 7 milliards FD, n’auraient été réalisés qu’à hauteur de près de 3 milliards FD. Est-ce seulement pour gonfler le budget si ce n’est pour d’autres fins ?

L’incohérence dictant la démesure, les pratiques de ce régime demeurent nuisibles au pays, l’énorme fossé entre les promesses grandioses et la réalité aggrave la situation. C’est pour cela que nous engageons le pouvoir à réaliser effectivement les 7 milliards FD d’investissements projetés.

D’autre part, comme nous l’avons relevé dans plusieurs budgets, le régime pourra-t-il tenir son engagement et assurer ainsi les 1,7 milliards FD à sa charge dans ce domaine ?

A suivre…


Chantage à la citoyenneté

Carte d’identité ou carte de parti ?

Le ministère de l’Intérieur a adressé à « la presse », un communiqué annonçant la volonté du gouvernement de relancer la délivrance des cartes d’identité nationale et invitant les Djiboutiennes et Djiboutiens à faire preuve de civisme en s’inscrivant sur les listes électorales car il sera procédé à la révision annuelle des listes électorales….


Sans nous en formaliser outre mesure, constatons d’abord que pour le ministre de l’intérieur, la « presse nationale » se résume à l’A.D.I, «La Nation » ou quelques autres lucioles paraissant le temps d’une propagande et que le gouvernement subventionne à grands frais, à vos frais pour cela. Ce n’est donc pas fortuit et ce ne sont pas des actes manqués et c’est trop banal dans notre pseudo démocratie pour que nous nous en offusquions ici.

Si nous le relevons, c’est uniquement pour mettre en relief le mépris dans lequel nous sommes tous tenus par nos décideurs et souligner par comparaison, le respect et la courtoisie dont font preuve tous nos partenaires économiques en adressant à l’ensemble de la presse nationale, dont nous, leurs communiqués de presse et leurs invitations à l’occasion d’éventuelles conférences, ce qui ne les empêche nullement de coopérer en bonne intelligence, même si c’est difficile avec les autorités officielles. Passons à l’essentiel !

Contrairement à ce qu’affirme le communiqué cité par notre intermittent confrère « Le Progrès » à la page 9 du n°101 dans son édition datée du 11/01/04, nous devons rappeler que ces nouvelles dispositions relatives à la délivrance de l’état- civil ne correspondent absolument pas à la volonté de l’actuel président de la République de voir se régulariser la situation de « certains Djiboutiennes et Djiboutiens qui pour une raison ou une autre n’en étaient pas titulaires ».

Par contre, elles contreviennent explicitement aux dispositions de l’Accord de Paix Définitive signé en mondiovision en mai 2001, entre le président Dini et le Ministre de l’intérieur de l’époque et qui stipulait en son article10 intitulé « de la Nationalité », que « les personnes dont l’appartenance à la communauté Djiboutienne est vérifiable par tous les moyens peuvent prétendre à la citoyenneté Djiboutienne. Pour ce faire, les deux parties s’engagent à mettre en place une commission ad hoc chargée d’accélérer la délivrance des cartes nationales d’identité à ces personnes ».Tout y est dit et reste, concernant ce volet à ce jour inappliqué !

Le communiqué poursuit que « l’administration a entrepris à plusieurs reprises des opérations de délivrance de cartes, mais celles-ci se sont avérées insuffisantes. Car elles étaient limitées dans le temps (et dans l’espace.. n.d.l.r) alors que les demandes sont de plus en plus fortes chaque année en raison de l’arrivée des jeunes à la majorité».

Est-ce uniquement dans cette optique que les administrations sont aujourd’hui mobilisées pour délivrer des cartes nationales d’identité et réviser les listes électorales ? Non, soutient le ministre qui reconnaît avoir « constaté que des personnes bien connues, telles que des notables bien instruits sur les listes électorales ne disposaient pas non plus de leurs cartes nationales d’identité ».

Réjouissons nous d’abord que le ministre de l’intérieur fasse sien ce constat déjà clairement établi par l’Accord-cadre de Réforme et de concorde civile de Février 2000 et qui justifie la raison d’être de l’art.10 de l’Accord de mai 2001.

Il est ensuite normal que le gouvernement soit soucieux d’inscrire sur les listes électorales les jeunes arrivés à la majorité et déjà ou pas encore détenteurs des cartes nationales d’identité .

Il est enfin et par contre totalement anormal que l’instruction des demandes de dossiers « au profit des djiboutiennes et des djiboutiens remplissant les conditions requises » soit laissée à la seule discrétion de l’administration R.P.P, laquelle aurait aujourd’hui subitement acquis « les moyens requis pour mener ces longues opérations », censées durer un trimestre !

« Dans cette optique, tous les bureaux chargés des établissements de l’état- civil et des cartes nationales d’identité sont ouverts au public dans les cinq districts du pays. ».

Renseignements pris, ces bureaux dans les districts de l’intérieur sont peut-être ouverts au public mais des sources variées et concordantes font état de multiples entraves faites aux citoyens y ayant droit pour l’admission de leurs dossiers laissée à la discrétionnaire instruction de l’administration compétente..

Plus gravement, le communiqué poursuit : «Comme à l’accoutumée, nous allons procéder à la révision annuelle des listes électorales dans l’ensemble des districts ». C’est bien ce qui nous inquiète !D’abord nous sommes surpris d’apprendre que cette révision est annuelle : car à un courrier officiel et signé par les présidents des partis membres de l’U.A.D, et exigeant que conformément à la loi une copie des listes électorales révisées soit fournie à l’opposition dans les délais impartis par la loi, le ministre de l’intérieur (est-ce bien lui ?) a opposé un suspicieux silence radio.

Nous avons appris plus tard, par la voie de la presse officielle et partisane que ces listes électorales n’auraient pas été imprimées à temps…pourquoi puisque ces révisions sont annuelles ?

D’autre part, au regard des lecture et application partielles et partiales qu’a fait le gouvernement des Accords de Paix signés en dix années pleines de guerre civile, ainsi que du peu de cas qu’il fait des lois qu’il édicte sans les appliquer, ces opérations sont à nos yeux d’ores et déjà sujettes à suspicion.

Que cache ce réflexe pavlovien à toujours instruire, procéder .. à huis-clos et mettre toujours ainsi le peuple et l’opposition devant le fait accompli sur des sujets les concernant au premier chef ?Plus loin le communiqué précise que « cette révision concerne quatre catégories de personnes :

1) les jeunes arrivés à la majorité sont priés de s’inscrire sur les listes électorales dans leurs districts respectifs.

2) les gens qui ont changé d’adresse doivent s’inscrire dans leur circonscription actuelle.

3) les personnes remplissant les conditions requises mais qui ne se sont jamais inscrites sur les listes électorales. Elles sont priées de faire preuve de civisme en s’inscrivant dès aujourd’hui sur les listes électorales.

4) les personnes ayant voté sur ordonnance lors des dernières législatives du 10 janvier 2003, elles sont invitées à régulariser leur situation auprès leurs circonscriptions respectives ou de leur arrondissements respectifs… ».

En premier lieu, nous souhaitons savoir quelle suite le gouvernement entend donner aux dossiers de tous ceux depuis toujours officiellement inscrits au registre de l’état- civil du district d’Obock dont les archives ont été détruites par les forces gouvernementales en 1992.

D’autre part, le ministre a parfaitement raison de demander de régulariser leur situation aux trop nombreux bénéficiaires des ordonnances lors des dernières élections législatives.

Même si leur situation était régularisée, nous persistons à penser que ce n’est pas suffisant pour la transparence, tant revendiquée par notre peuple et souhaitée par tous nos amis et partenaires économiques parce que socle de stabilité.

Nous en voulons pour preuve un document dont vous avez eu la primeur au lendemain des élections législatives, tiré de l’épais dossier de recours soumis à l’instruction du juge constitutionnel et qui démontrait qu’une même personne titulaire d’une carte d’électeur a voté, sans doute à son insu, une fois avec sa carte d’électeur et une autre fois sur une ordonnance dûment délivrée par un juge dans deux bureaux de vote différents.

Comme il fallait s’y attendre, la CENI, concoctée « comme à l’accoutumée » en catimini ne l’a pas relevé ! Comme cette curiosité n’a pas soulevé la suspicion du juge constitutionnel qui a trouvé tout le processus et déroulement des opérations de vote « normal et régulier».

Il est trop facile quand on est entouré d’une garde prétorienne de distribuer ou pas, les cartes d’un jeu. Parce qu’issu du Peuple et au plus près de ses préoccupations, nous sommes bien placés pour savoir qu’il est à bout de patience.

Nous écrivions dans un éditorial au lendemain des élections législatives du 10/01/03, qu’ « on ne peut pas indéfiniment gouverner au nom du peuple et sans lui ! ».

Au total, il n’échappera à aucun observateur averti que toutes ces propagandes et entourloupes gouvernementales préparent, si elles ont lieu, des élections truquées à l’avance. Chat échaudé craignant l’eau froide, selon le proverbe, et parce que toute patience et sagesse ont des limites, nous informons dès ce jour, autant l’ensemble de nos concitoyens que nos décideurs politiques, ainsi que les États et instances internationales ayant directement ou indirectement apporté leur caution à l’Accord de Paix du 12 mai 2001, que l’ARD exige d’être associée à l’établissement des listes d’état civil, conformément à l’Accord de Paix du 12 mai 2001. Tout comme l’opposition, regroupée au sein de l’UAD, exige que lui soient fournies dans les délais réglementaires les listes électorales révisées.

A bon entendeur… SALAM !


S.T.O version RPP

La Fonction Publique comme harem politique

La récente visite à Tadjourah de la Présidente (non pas de la République, mais de l’UNFD ) nous avait donné l’occasion de brièvement ironiser à propos de la cohorte de fonctionnaires, quinquagénaires ou « kadragénaires », que les dignitaires en déplacement réquisitionnent pour jouer le rôle peu enviable de figurants pathétiques d’un dérisoire spectacle politique. La démesure caricaturale, jeudi dernier dans cette même ville, de cette danse du ventre fonctionnarisée nous amène à revenir sur ces contorsions des corps et des âmes, censées remplir les écrans de télévision. Contorsions et entorses politico-administratives qui ne peuvent manquer de rappeler un dramatique précédent historique : le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) par lequel l’Allemagne nazie réquisitionnait les ressortissants français pour faire tourner ses industries. Entre usine d’armement et usine à fabriquer des illusions politiques, la différence est mince : comme celle qui sépare totalitarisme et despotisme.


Les « malgré nous » : ainsi étaient appelés tous ceux qui, en application de la loi du 16 février 1943 portant institution du service du travail obligatoire, avaient docilement accepté de servir de main-d’œuvre gratuite pour les industries allemandes. Privilège du vainqueur et collaboration du vaincu se conjuguaient : ils étaient des millions à s’être abaissés à cette servilité, plutôt que de courageusement refuser de courber l’échine.

Immanquablement, les nombreux fonctionnaires qui, plus par obligation que par conviction, ont fait le déplacement pour applaudir les banalités démagogiques du Premier ministre à Tadjourah, font penser à ces « malgré nous » que le régime de Vichy avait mis à la disposition du 3ème Reich. Sauf qu’ici, c’est le système RPP qui impose aux fonctionnaires un travail parfaitement illégal mais devenu obligatoire depuis quelques années : se mettre corps et âme à l’entière disposition du parti au pouvoir.

Les Djiboutiens ont une belle formule pour dire que les choses étaient mieux avant : Salamoullah. Et, effectivement, Salamoullah à l’ancien Chef de l’État, à l’ancienne Première Dame ou encore à l’ancien Premier ministre : eux au moins n’obligeaient pas les fonctionnaires à cette dégradante danse du ventre les transformant en simples figurants itinérants, suivant les cortèges officiels de brousse en village. En toute logique et avec un certain sens de l’Etat, ils voyageaient accompagnés du strict minimum. C’est que, bien qu’ayant été d’intraitables ennemis politiques, force nous est de reconnaître que Gouled n’était pas un farfelu prétentieux et que Barkat jouissait d’une certaine reconnaissance parmi les membres de la communauté qu’il était censé représenter.

Avec l’arrivée au pouvoir de l’actuel Président de la République, c’est comme si une dangereuse précarité touchait un travail pourtant garanti par le Statut de la fonction Publique. Les foules devenant clairsemées parce démagogie ne payant plus, le régime en mal de légitimité tente de mystifier les citoyens-téléspectateurs par le spectacle de faux badauds : les fonctionnaires réquisitionnés par les dignitaires en déplacement. C’est pratiquement devenu une activité mondaine que tout fonctionnaire ambitieux et docile (condition sine qua non) doit intégrer dans son plan de carrière.

Ainsi, les téléspectateurs qui ont eu le temps de suivre le reportage généreusement consacré à la dernière virée du Premier ministre à Tadjourah, ont certainement reconnu quelques unes de ces glorieuses têtes administratives roulant B ou C, ayant déserté leurs bureaux dans la Capitale. Du directeur venu propager une culture du larbinisme et de la soumission, au directeur inamovible déversant ses flots d’admiration inconditionnellement intéressée, il y en avait pour tous les goûts et tous les dégoûts !

Une telle instrumentalisation d’une Fonction Publique normalement au service de l’intérêt général en dit long sur les dérives despotiques et clientélistes de l’actuel régime politique djiboutien: manifestement, le sens de l’État est une denrée extrêmement rare chez quiconque trouve normal que des agents de l’État servent, le plus souvent à leur corps défendant, des intérêts partisans sans intérêt. Lorsque l’on sait que le régime, copiant ce qui se passe en France, songe sérieusement à préparer une loi en vertu de laquelle la promotion des fonctionnaires se ferait selon le mérite, il y a vraiment de quoi s’inquiéter quant au rendement d’une administration soumise à un tel arbitraire.

Par ailleurs, quand on sait que ce sont principalement des considérations de copinage partisan qui président à l’attribution opaque des marchés publics, l’observateur est en droit de penser que le fonctionnement de l’État djiboutien rappelle curieusement et furieusement celui des réseaux mafieux : les chances d’enrichissement (de promotion sociale) dépendent du degré de proximité avec le centre du pouvoir. Proche duquel il convient de se placer et d’être vu : à l’occasion d’une visite à Tadjourah, par exemple.

Le débat s’était un temps instauré de savoir si ces « malgré nous » français avaient vraiment le choix, puisque l’article 5 de la loi du 16 février 1943 ne prévoyait qu’une amende de 200 à 1000 francs et d’un emprisonnement de 3 mois à 5 ans toute personne refusant le travail obligatoire. De fait, ils furent nombreux, ceux que l’on appelait « les réfractaires », préférant prendre le maquis et participer à la Résistance intérieure. L’administration djiboutienne aurait certainement besoin de ses réfractaires : l’avènement d’un véritable État de droit se conquiert au quotidien et passe aussi par le refus de servilement se prêter aux intimidations de dirigeants sans légitimité ni dessein ni destin : l’Administration n’est pas un harem qu’un sultan forcément polygame déplace au gré de ses caprices. C’est tout simplement dramatique pour l’image que ce régime du spectacle donne de notre pays.


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

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Réalité numéro 79 du mercredi 14 janvier 2004

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Les incohérences du Budget (1)
  4. Le déclin de l’Éducation Nationale
  5. Insécurité présidentielle
  6. Dyarchie de la première pierre
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 79

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BENNE’S BLUES : LA COMPLAINTE DE L’ÉBOUEUR

Oubli ou mémoire : c’est souvent la dialectique entre ces deux états de la conscience humaine qui articule la confrontation entre des forces politiques données. Elle se met en scène à travers les médias, que les régimes à déficit démocratique accentué instrumentalisent pour rappeler ce qui les intéresse ou occulter ce qui les gêne.

Mais, la Raison ayant ses ruses, et plus spécialement lorsque incompétence et amateurisme se conjuguent à la précipitation médiatique, il arrive que l’effet obtenu soit l’exact contraire de celui de l’encensement recherché. C’est ce qui semble être arrivé lundi dernier au journal gouvernemental « La Nation », obligé de couvrir deux événements qui, mis en présence dans la même édition, donnent toute la mesure des incohérences gouvernementales relativement aux vraies priorités de développement.

On y apprend d’une part que grâce aux efforts financiers et humains des forces américaines stationnées à Djibouti, le centre médical de Tadjourah a bénéficié d’un lifting inespéré, comme si le régime n’avait pas quelques millions de nos francs à investir dans cette action. On y apprend également que, certainement grâce à une providentielle et clairvoyante requête présidentielle en ce sens, la coopération chinoise va énormément contribuer à la salubrité de notre Capitale. A en croire la présentation qui en est faite, il s’agit là d’un don inespéré : 3 bennes tasseuses, 3 bennes basculantes, 2 camions pour conteneur détachable, 1 camion balayeur, 25 conteneurs détachables, 60 bacs à ordures de 1100 litres.

L’énumération s’imposait car tout ce matériel représente la somme « astronomique » de 120 millions FD : même si les finances publiques djiboutiennes sont dans un état de délabrement avancé, il est inimaginable que ce matériel, sans lequel il n’existe aucune Voirie digne de ce nom, ne pouvait être acheté sur fonds nationaux. Que ce régime n’ait même pas pensé à budgétiser le remplacement du matériel de la Voirie, ou même son accroissement consécutif à l’augmentation de la population de la Capitale, en dit long sur une mauvaise gouvernance tellement omniprésente qu’elle en devient banale. A tel point que ce régime ne craint pas le ridicule qu’il y a à médiatiser un don de bennes à ordures ! On le savait : la propreté domestique, au propre comme au figuré, n’est pas vraiment une priorité de ce gouvernement.

Oubli ou mémoire : une des fonctions de l’inflation des images et des commentaires, c’est aussi de contribuer à l’oubli de ce qui s’est passé par la massification du présent : aller de l’avant pour ne pas rappeler ce qu’il y a eu avant. Avant, ce sont par exemple tous ces dons, médiatisés en leur temps, et dont l’on ne sait plus trop bien ce qu’ils sont devenus une fois réceptionnés.

De l’imposant matériel de cuisine offert par l’Espagne à l’Hôpital Général Peltier, sans que l’alimentation des malades n’en soit pour autant assurée, aux motopompes fournies à chaque inondation, sans que la prochaine n’en soit mieux gérée, en passant par le don alimentaire du PAM, officiellement consacré aux cantines scolaires, sans que les élèves des zones rurales n’en soient les premiers bénéficiaires, la liste est longue des bonnes intentions détournées de leurs finalités sociales ou humanitaires. Mais, ce rappel de l’incompétence en action, ce n’est pas des médias publics subordonnés aux impératifs partisans qu’il faut l’attendre. Pour leur part, les éboueurs djiboutiens, bien que satisfaits de voir renforcé leur outil de travail, espèrent au moins deux choses : que la Voirie ne soit pas privatisée et qu’ils reçoivent leurs salaires régulièrement. Ce n’est pas beaucoup et ce n’est pas rien : c’est tout juste le début de la bonne gouvernance. Au boulot !


Brèves nationales

Pêche miraculeuse :

Entre espadon et requins, les Djiboutiens assurent

Qui a dit que le journal gouvernemental « la Nation » n’avait pas d’humour ? Certainement pas nous : Après son vif intérêt pour la situation des chèvres ruminant sur la voie publique, voici que cette semaine, il s’intéresse au milieu marin et à la pêche au gros. Ainsi dans son édition du lundi dernier notre confrère nous apprend qu’un homme d’affaire djiboutien très coté sur la place aurait battu un record national de pêche sportive en tirant hors de l’eau un espadon de 2,53 m et pesant 42 kg. Cet exploit a été, on s’en doute, homologué comme il se doit par un expert en la matière. « La Nation » en a même l’ivresse des profondeurs. Citons-la en apnée : «Le poisson a été pêché à l’aide d’une ligne de 50 livres. Cet exploit est à mettre à l’actif d’un Djiboutien en l’occurrence M. Abdourahman Boreh. Il lui a fallu beaucoup de dextérité pour ramener sa prise à bord car le fil utilisé est un des moins épais servant dans la pêche sportive… il pouvait à tout moment casser vus la taille et le poids de l’espadon. C’est ce que confirme Maître Martinet, le représentant de l’International Game Fish Association à Djibouti qui parle d’un record local. Quand les djiboutiens s’y mettent, ça mord et des gros… ».

Rappelons citoyennement et modestement qu’un hôtel-restaurant de Tadjourah avait reçu livraison, il y a quelques mois, d’un espadon d’une taille similaire : l’exploit avait été réalisé par un petit pêcheur n’ayant pas l’honneur d’avoir dans son carnet mondain l’adresse d’un avocat internationalement habilité à homologuer son exploit intempestif. Comme quoi, pour ne pas mourir idiots, les espadons ne devraient pas se mettre à la portée de n’importe quel hameçon. Effectivement, comme dirait un avocat internationalement habilité à établir des homologations internationalement reconnues, sans trop tirer sur le fil, à Djibouti ça mord, même dans les profondeurs hypothalassiques, pour les gros… hameçons bien sûr. Honni soit qui manigance…

Lutte contre la contrebande :

La fumée se dissipe.

Ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre d’années ? Même injustement qualifiée de République autoproclamée, le Somaliland n’a jamais tergiversé sur la lutte contre la contrebande. Certainement parce qu’il existe là-bas un sens de l’État qui n’existe plus chez nous ; car pour avoir trop souffert de l’injustice, les Somalilandais savent que si chacun commence à favoriser son cousin pour le commerce ou quoi que ce soit d’autre, les vieux démons ressurgiront tôt ou tard et les sacrifices consentis contre la dictature de Siad Barré n’auront servi à rien. C’est pour cela que confiant dans le dynamisme de ses hommes d’affaires et dans l’impartialité de son administration, le Somaliland a toujours combattu la contrebande d’où qu’elle provienne et parfois de Djibouti.

A cet égard, tous nos compatriotes savent que pour avoir osé saisir des marchandises qu’elles considéraient comme illégalement introduites, les autorités du Somaliland avaient vu leur frontière terrestre avec Djibouti brutalement fermée sans aucune explication par un régime djiboutien sacrifiant ses intérêts nationaux sur l’autel de la parentèle et de la clientèle. C’est donc avec satisfaction que nous enregistrons le retour à la raison des autorités djiboutiennes dans ce domaine.

En effet, comme nous l’apprennent généreusement les médias officiels, cette semaine Djibouti aurait finalement accepté de combattre la contrebande transfrontalière de concert avec le Somaliland dont l’expérience, le sérieux et le bien-fondé en ce domaine paraissent enfin reconnus.

Nous ne pouvons qu’encourager le régime dans cette voie, persuadés que les trois catégories bénéficiaires de cette rigueur seront : les consommateurs, la libre entreprise et les fiscalités nationales. N’en déplaise aux requins et autres espadons dûment homologués et nombreux paraît-il dans les mers chaudes bordant les deux pays.

Rappelons pour la sombre histoire que face à cette atteinte intolérable à la libre entreprise, de nombreux opérateurs économiques avaient suite à la fermeture des frontières entre Djibouti et le Somaliland, préféré délocaliser leurs opérations financières et commerciales sur Berbera, Addis-Abeba et les pays du Golfe au grand dam des banques commerciales de la place de Djibouti.

Obock :

Un district à part ?

Triste laboratoire d’expérimentation de toutes les injustices concoctées par ce régime sectaire, le district d’Obock reste à la traîne du développement durable version Chef de l’État. Ainsi la ville oubliée et enclavée d’Obock victime du délabrement pour cause du conflit et de la mauvaise gouvernance n’a même pas le minimum exigé d’une Capitale régionale. Cette semaine, les Obockois se plaignent du manque d’électricité consécutif à l’agonie de leur centrale électrique désuète. Conséquence : les moustiques qui y pullulent en cette saison font des ravages parmi la population. Après le chômage, l’insalubrité et la précarité quotidienne, les Obockois se demandent ce que vient chercher chez eux le Chef de l’État, dont la visite reste programmée. Le chantier de reconstruction des logements détruits lors du conflit n’a toujours pas démarré et l’on assiste même à des querelles entre réels bénéficiaires et ceux imposés par le régime pour de sombres raisons électoralistes. C’est dans ce climat délétère que l’on apprend que des problèmes de circulation des personnes sont apparus au niveau du poste frontalier de Moulhoulé. Si l’on en croit les centaines de Djiboutiens ayant transité depuis quelques semaines par ce check point tenu par l’Armée nationale, d’inadmissibles tracasseries frappent les usagers nationaux de cette voie terrestre entre l’Érythrée et Djibouti.

Il semble qu’en l’absence d’une police des frontières à Moulhoulé, les responsables des forces armées nationales de ce secteur exigent le laissez-passer Érythréen pour les Djiboutiens en provenance d’Érythrée. Quant aux nationaux se rendant en Érythrée, il leur serait demandé de présenter également des pièces d’identité érythréenne pour pouvoir aller en Érythrée. Ces tracasseries que les populations n’ont jamais connu du temps de l’administration française, ni ces deux dernières décennies, démontrent le mépris des autorités djiboutiennes pour tous les accords signés avec ce pays voisin et relatives à la libre circulation des biens et des personnes. Rappelons que pour sa part l’Armée nationale n’hésite pas, à l’occasion, à s’approvisionner en eau potable en Érythrée, à Rahaïta précisément. Alors, un peu de pudeur et de respect vis-à-vis des personnes arrivant d’Érythrée ou s’y rendant surtout lorsqu’elles sont djiboutiennes…


ÉCONOMIE

Les incohérences du Budget (1)

Pour irrationnels que puissent paraître les choix budgétaires de nos gouvernants finalement avalisés dans le budget prévisionnel 2004 par les mal-élus (malgré quelques palabres et interpellations savamment et sélectivement diffusées par la RTD, pour donner l’illusion d’un débat démocratique) ils n’en obéissent pas moins à une rationalité politique et plus précisément démagogique pour rester polis. Se contentant de commenter le cadre général, les lignes qui suivent introduisent une série d’articles qui feront un « Gros plan » comportant critiques, suggestions et questions sur les domaines qui vous préoccupent.


Davantage que notre posture d’observateurs vigilants de toutes les anomalies dans la gestion du bien public, c’est les confiance et responsabilité détournées (c’est une seconde nature chez nos dirigeants) que vous nous avez accordées au soir du 10 janvier 2003 qui nous commandent de jouer le rôle qui est le nôtre aujourd’hui.

Relevons pour commencer et à titre purement anecdotique, une curiosité constatée à l’examen des comptes définitifs du budget pour l’exercice 2001. La ligne budgétaire 30.10.10.1 (Présidence de la République-fourniture de bureau et entretien des locaux) est passée de 13.422.000 FD dans le budget pourtant rectifié à 471.559.957 FD dans les réalisations 2001, soit un dépassement de près d’un demi milliard de nos francs, c’est-à-dire 3600% d’augmentation. La Présidence aurait-elle démultiplié ses locaux durant cet exercice budgétaire ?

Nous ne le pensons pas ! D’abord parce que personne ne l’a constaté, ensuite parce que le budget 2004 ne prévoit pour la même ligne budgétaire qu’une enveloppe de 19.200.000 FD, soit une augmentation plus ou moins défendable en 3 ans, de l’ordre de 45% « seulement», si l’on ose parler ainsi.

Ce qui nous autorise à avancer qu’il s’agit vraisemblablement d’un subterfuge, qui nous dispense de critiquer et nous étaler sur la transparence qui serait à en croire le Chef de l’État, un souci gouvernemental…

Pour en terminer avec le chapitre anecdotique, observons qu’une ligne du budget de la Présidence, 001.62.2.4 intitulée « entretien et réparation du matériel de transport » est dotée d’une enveloppe de 164.000.000 FD, c’est-à-dire davantage que les budgets prévisionnels « Dépenses de matériel » des ministères de l’équipement et des transports ou celui de l’agriculture, sans doute pour entretenir les capricieux parc automobile et Boeing privé : on n’arrête pas la transhumance !

Restons-en là, concernant les anecdotes même si elles en disent à elles seules plus long que les promesses électorales, les discours et engagements officiels non suivis d’actes…

Nous apprenons à la page 2 de la présentation du budget prévisionnel 2004 que « … dans le domaine budgétaire, sur la base des projections établies à partir des neufs premiers mois, le déficit budgétaire prévisible en 2003 s’élèvera à 542 millions FD contre 3.7 milliards FD en 2002, soit une réduction du déficit public de 85%… ».

Quand on sait que les comptes définitifs de l’exercice 2002, n’ont toujours pas été adoptés par les mal-élus, nous sommes en droit de rester dubitatifs concernant ces projections qui nous semblent fantaisistes et contradictoires par rapport aux chiffres avancés par le n° 52 de « La Nation » du Lundi 30 Juin 2003 qui affirmait qu’ « à la lumière de tous ces éléments d’information, on se rend aisément compte que la hausse de 2% des recettes totales ne peut compenser la progression de 37% des dépenses totales d’où le déficit budgétaire de 2,203 milliards FD au 31 mars 2003.

A la même période en 2002, on ne parlait pas de déficit mais plutôt d’excédent budgétaire si minime soit-il, de 53 millions de FD… ». Le journaliste n’ayant fait que commenter les chiffres fournis par le ministère des finances, nous sommes sûrs que les experts de ce ministère s’empresseront de nous expliquer par quel miracle le déficit budgétaire prévisible pour 2003 s’élèvera à 542 millions de FD

Cette présentation nous append également que « le trafic portuaire a ainsi connu une forte augmentation de 39% et 37%, respectivement aux 1er et 2ème trimestres. Ces augmentations résultent principalement de l’accroissement des activités de transbordement liées à l’arrivée de nouveaux armateurs. Le transport aérien a pour sa part enregistré des hausses de 106% et 137% sur les 2 premiers trimestres de l’année 2003, comparé à la même période en 2002. Cette progression s’explique par les mesures de réformes initiées par le gouvernement avec la politique de «ciel ouvert» ainsi qu’au nouveau contrat de gestion privée de l’aéroport… ».

Si l’on ne peut que se réjouir de l’augmentation des trafics portuaires et aéroportuaires, cette augmentation doit davantage au contexte politique régional qu’au savoir faire émirati que personne ne remet en cause. D’autre part, nous continuons de penser que la gestion de ces établissements publics à caractère industriel et commercial aurait tout aussi bien pu être confiée à la Chambre de Commerce de Djibouti qui n’a rien à envier à qui que ce soit en matière de gestion, comme cela est courant à travers le monde.

Cette concession au capital privé étranger s’est faite au prix d’un humiliant aveu officiel de notre prétendue incapacité à gérer nous même nos instruments de développement économique.

Enfin, nous ne cesserons pas d’exiger que soit rendue publique la part en pourcentage que le concessionnaire doit annuellement verser à l’autre (heureux) contractant.

Le Ministre de l’Emploi et de la Solidarité Nationale affirmait il y a peu dans une interview accordée à la RTD que le Centre de Formation Professionnelle des Adulte (CFPA) ne répondait plus aux exigences modernes. Ah bon ?

Pourtant, à la page 4 du projet de Budget prévisionnel pour l’exercice 2004, il est explicitement écrit qu’ « outre les formations vers l’enseignement dit classique, les efforts du budget vont aussi à l’enseignement professionnel avec le renforcement du CFPA afin de doubler les effectifs formés en 2004 et en 2005 (le calendrier étant de passer de 200 adultes formés par an à 400 en 2004 et 800 en 2005). Le but étant de fournir aux jeunes de 18 à 30 ans n’ayant pas pu poursuivre leur scolarité, un bagage afin de les insérer dans le circuit économique. A travers ce programme, le gouvernement s’attaque à l’épineux problème du chômage des jeunes sans qualification dont le profil a été étudié dans le cadre des enquêtes et études réalisées du DSRP ». C’est à se demander s’il y a vraiment un timonier sur ce bateau : accordez au moins vos violons, messieurs les décideurs !

En tout état de cause, concernant ce volet formation, accordons au moins aux rédacteurs des lignes suscitées une présomption de bonne foi, puisque le budget prévisionnel du CFPA augmenté de 8.045.000 FD (huit millions quarante-cinq mille) pour les dépenses de personnel et de 10.000.000 FD (dix millions) pour les dépenses en matériel (pour l’acquisition de matériel technique). Si l’intention est louable l’enveloppe y affectée est insignifiante.

Quant au LIC, son budget se résumant à une peau de chagrin au regard de sa mission, reste égal.

Ceci nous amène à brièvement commenter le SNA (Service National Adapté). En attendant que nos décideurs politiques daignent figurer dans le Budget national l’incidence budgétaire de sa création, contentons-nous d’observer qu’il fait double emploi avec les structures déjà existantes normalement chargées de cette mission. D’autre part, le SNA est chargé de former en 3 ou 6 mois ou 1 an des « techniciens volontaires » dans des domaines aussi variés que la Santé (infirmiers), le BTP (maçons) etc. auxquels sont confiées leurs formations. Est-ce bien raisonnable ?

N’eût-il pas été plus rationnel de renforcer en moyens humains et matériels, les ministères depuis toujours chargés de cette mission ? Surtout qu’ils grincent des dents : comment former en si peu de temps avec si peu de moyens autant de « techniciens volontaires » ? Nous avons déjà eu l’occasion d’y consacrer un article, et cette trouvaille à un an de l’élection présidentielle prétend répondre, tout le monde l’a bien compris, à un souci électoraliste sans lendemain, maladroitement et hâtivement concocté pour être efficient.

Chiffres contradictoires, dépassements budgétaires bizarres, opacités,… décidément la Chambre des Comptes et de la Discipline Budgétaire à du pain sur la planche. Tout en vous éclairant sur les anomalies (restons polis ) des chiffres, nous invitons, faute de pouvoir la saisir, la Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire à suggérer au Chef de l’Etat, seul destinataire de ses comptes rendus, des budgétaires plus rationnels et des comptes plus transparents.


Le déclin de l’Éducation Nationale

La jeunesse de notre pays, qui représente la majorité de la population est en mauvaise posture face aux défis de notre siècle. L’avenir de cette jeunesse devait être le souci permanent de nos gouvernants en matière de formation et d’éducation se trouve dans une situation de précarité pour des raisons dues particulièrement aux dysfonctionnements de l’enseignement djiboutien. Aujourd’hui plus qu’hier, une incertitude pèse sur la destinée cette catégorie sociale à cause de l’incapacité et au manque de volonté des pouvoirs publics en matière d’Éducation Nationale. Pourquoi cet état de fait, surtout après la tenue d’États Généraux au cours desquels les professionnels avaient clairement identifié les maux et proposé les remèdes ?


On l’entend souvent, l’Éducation Nationale reste officiellement une priorité de l’action gouvernementale et bénéficie pour ce faire d’un budget qui est passé de 3,2 milliards de nos francs en 2001 à plus de 7 milliards en 2003 (cf. loi rectificative 2003). Ce qui représente environ 25% du budget total de l’année écoulée auxquels il faut ajouter les différentes dotations multiformes (manuels, matériels, formations, financements, etc. ), ce secteur rentrant dans la catégorie définie comme cible et prioritaire par les pays riches dans leur politique de lutte contre la pauvreté au niveau planétaire. L’Éducation étant ainsi en charge de la lutte contre l’analphabétisme.

Aussi, pour l’année qui vient de commencer, le gouvernement table sur des investissements sur fonds extérieurs de 2,2 milliards FD auxquels s’ajouteraient 364 millions FD (contrepartie nationale des projets d’investissements programmés) et 304 millions d’investissements sur financement intérieur. Cette enveloppe programmée représenterait en fait plus du double des contributions supplémentaires de l’année qui vient de s’achever. Il est bien clair ici que cette somme ne tient pas compte des frais supportés par les milliers de parents d’élèves à chaque rentrée scolaire tant pour les manuels scolaires que pour des activités autres.

Nous livrons ici ces quelques chiffres surtout pour permettre au lecteur de situer la richesse de ce ministère qui ne correspond pas à son rendement, ses résultats restent médiocres par rapport aux dotations budgétaires dégagées par les contribuables djiboutiens et l’aide étrangère.

Mais d’ou provient donc cet important décalage ? En décryptant, les défaillances de notre système éducatif,il semble bien que sa médiocrité s’explique essentiellement par les pratiques politiques passées et présentes de l’État, lesquelles ont gravement détérioré les fondements de base de ce département ministériel considéré partout dans le monde comme sensible et fondamental, donc à protéger des enjeux politiciens et conjoncturels..

En effet, les Djiboutiens conviennent de la rigueur et de la qualité de l’Éducation et de la formation des Jeunes dans les établissements publics dans les années 1980. Vérité que confirment le professionnalisme et la compétence de nombres de jeunes cadres de ces années-là, travaillant dans l’Enseignement. Or, la désagrégation des conditions de travail, disent certains, aurait commencé au lendemain de la démission du gouvernement de deux ministres qui avaient fait la preuve de leur compétence dans ce département, en lui donnant toutes ses valeurs morales, matériels et techniques ; responsables, enseignants, élèves et parents assumant chacun sa part de responsabilité.

Ces départs motivés, par le refus de la logique de guerre du régime et de ses multiples conséquences sur la population civile, ne constituent pas une explication convaincante de l’état actuel de l’Éducation Nationale : il faut donc chercher dans l’état d’esprit du régime au début des années 1990.

La décennie écoulée avait été marquée par les revendications démocratiques. Le régime djiboutien, comme d’autres pairs du continent étant opposé à tout changement politique, ne pouvait tolérer les revendications des enseignants qu’il considérait comme « un affront » et plaçait, par conséquent, dans le même chapitre, le combat politique de l’opposition et les demandes des droits légitimement exigés par les enseignants, désormais organisés en syndicats, instances pourtant reconnues par la nouvelle Constitution de septembre 1992.

Résultat : l’Éducation a été sciemment cassée pour la simple raison que les revendications des enseignants tombant en pleine période de guerre civile, le régime considérait ces actions syndicales comme relevant plutôt d’un soutien politique à l’opposition armée et qu’il fallait réprimer.

Aussi, les élèves et les parents allaient en connaître les effets négatifs directs et immédiats de cette situation sur la structure et l’architecture de l’enseignement. Les pressions, répressions, arrestations et emprisonnements des enseignants, élèves et parents de ce département forment l’élément catalyseur de la «casse » politique de l’éducation nationale le régime ayant entrepris le remplacement des grévistes et autres sanctionnés de l’enseignement par des volontaires, communément appelés «mobilisés de l’éducation ». Loin de répondre aux profils exigés par ce métier, les postulants venant de divers horizons choquaient et démotivaient les élèves. A ce mercenariat local s’était ajouté celui des étrangers issus de plusieurs pays, venus combler le déficit en personnel enseignant généré par une politique agressive et irresponsable.

De telles conditions de travail ont ainsi provoqué l’abaissement de la qualité de notre enseignement, à quoi est venu s’ajouter la remise en cause des avantages acquis et des salaires des maîtres et professeurs. En plus de cette saignée financière l’impôt patriotique prélevé au profit de la guerre gouvernementale à contribué à la démoraliser les formateurs de nos progénitures, du fait qu’il obérait drastiquement le pouvoir d’achat d’une catégorie sociale culturellement prédisposée à une certaine forme de consommation.

Car ces hommes et femmes subissaient par ailleurs la disparition de diverses primes de leur bulletin de paie. Ce qui naturellement affectait lourdement leur niveau de vie, mais avaient eu aussi des effets graves sur leur état psychologique que n’arrangeaient pas les multiples humiliations quotidiennes de certains établissements publics tels que l’ONED et l’EDD qui pourtant ne pouvaient la situation financière de cette catégorie sociale sujette en plus à plusieurs mois d’arriérés de salaires.

Malheureusement pour notre Éducation Nationale, ces pratiques répressives et anti-sociales allaient produire des effets dévastateurs en cette année 1995. De nombreux enseignants de qualité ont émigré à l’étranger notamment en Europe et au Canada, ceux ou celles d’entre eux encore en fonction sont rongés par le découragement qui mine désormais le métier . Dans un tel contexte, l’enseignement est devenu la proie de certaines pratiques illicites, à chaque début et fin d’année scolaire, on voit des parents d’élèves consternés par les manières parfois osées dont leurs enfants ont été lésés au profit d’autres… mieux lotis.

Par ailleurs, l’inadéquation entre enseignement dispensé d’une part, le niveau et l’objectif attendus d’autre part, générée par la mise au placard de caution académique française à l’ensemble du système éducatif a énormément contribué à l’affaiblissement de la qualité de notre baccalauréat, condition sine qua non d’accès aux études supérieures. Les multiples accords bilatéraux passés avec un certain nombre de pays à formations et enseignements divers et divergents ne servent qu’à colmater l’énorme brèche laissée par une politique irresponsable.

C’est ainsi que sans une programmation cohérente en matière de formation scolaire ou universitaire basée sur les besoins réels du marché de l’emploi du pays, le régime se fourvoie à désengorger coûte que coûte et quel que soit le prix, un système éducatif désuet à travers des accords de coopération hétéroclites expédiant nos progénitures pour des études en Malaisie, Égypte, Yémen, Soudan, Libye, France, Indonésie, Inde, Pakistan, Madagascar, etc.

Ce mixage d’une autre dimension indispose le capital humain, moteur de tout développement, n’est certainement pas la solution à moyen et à long terme. Les États Généraux de l’Éducation tenus dans les conditions que l’on sait, contrairement à ce qui était recherché par les parents et les enseignants, n’arrivent toujours pas à atteindre les objectifs qu’ils s’étaient assignés. Les multiples problèmes élucidés lors de ces assises qu’ils soient d’ordre conjoncturel ou structurel, demeurent pour la plupart sans réalité pratique, à une année du fameux Plan d’Action de 2001/2005.

La médiocrité de l’enseignement, les échecs scolaires, les disparités de la formation, les déficits en manuels et autres matériels pédagogiques, le faible niveau des élèves en fin du cursus primaire, la disparité de l’enseignement entre les régions du pays, etc… obèrent toute possibilité d’amélioration en ce domaine. En effet, de par l’inefficacité de leurs conclusions, ces États Généraux ressemblent fort à aux illusions d’un professeur d’université qui fait une expérience sur une puce: Celui-ci pose la petite bête sur une table et lui ordonne de sauter ce qu’elle fit. Il lui arracha une à une les pattes et lui demanda de sauter. Constatant qu’elle restait immobile il conclut: « Extraordinaire, quand la puce n’a plus de pattes elle devient sourde ».

Dans ces conditions, il s’avère aujourd’hui que l’enseignement privé est en marche et sert de roue de secours à un système éducatif public en perte de vitesse. Cependant, nombreuses sont les familles qui ne peuvent se permettre ce luxe et qui sont contraints de « garder leur enfant à la maison ».

A ce chapitre des injustices en matière d’enseignement public nous ne pouvons passer sous silence l’inqualifiable atteinte à la scolarité des élèves originaires des zones affectées par le conflit. En effet, au mépris des accords de paix de 1994 et 2001, le régime à criminellement décidé d’ignorer la situation de ces scolaires en refusant d’appliquer la clause de rattrapage scolaire pourtant explicitement contenue dans lesdits accords de paix.

Conséquence de ce mépris, des centaines d’élèves du Nord et Sud-ouest de notre pays sont condamnés à la vie active et constituent donc le gros des chômeurs mineurs sans formation professionnelle abandonnés au khat et à la délinquance, proies faciles du pseudo programme de réinsertion des jeunes cyniquement baptisé Service National Adapté.

Quel gâchis encore !


Insécurité présidentielle

Quand la Police politique sabote la Paix

La comparaison est connue : le minuscule staff de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes) est nettement plus efficace que la gigantesque administration présidentielle. Si son cabinet civil attire parfois l’attention sur lui pour des raisons pas nécessairement grandioses, le cabinet militaire, s’occupant des aspects sécuritaires et fonctionnant dans une opacité très peu démocratique, n’en est pas moins contreproductif pour le développement économique et social. A tel point que, lorsqu’il prétend appliquer à sa manière certaines dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, l’autre partie signataire que nous sommes est en droit de parler d’une véritable insécurité présidentielle, nuisant dangereusement aux fragiles acquis d’une concorde civile récemment retrouvée. Et qui gagnerait plus à être consolidée que sabotée par des manipulations électoralistes.


« Quand l’ombre du Pygmée s’étire, c’est que le soleil est près de se coucher » dit un proverbe d’Afrique de l’Ouest. L’importance démesurée que certains services de défense et de sécurité prennent dans la vie politique d’une Nation est révélatrice du degré d’instauration de l’État de droit et du respect des libertés publiques ou privées. Le rôle, pas vraiment constructif, joué par la sécurité présidentielle relativement à l’application sectaire des dispositions de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, notamment en ce qui concerne l’incorporation des combattants du FRUD-armé au sein de l’AND, de la FNP et de la Gendarmerie ou pour tout ce qui a trait à l’indemnisation des anciens soldats, policiers et gendarmes, est inquiétant. Car, autant que l’irrespect par rapport à un engagement solennel, il montre une bien triste conception du pouvoir : nuire à son prochain, instrumentaliser la misère pour mieux manipuler la conscience et orienter le vote.

Discrimination partisane à l’indemnisation : telle semble être la tactique adoptée par les responsables de cette Sécurité présidentielle qui aurait abusivement et unilatéralement restreint le nombre des ayants droit tel qu’arrêté par les deux parties au sein de la Commission Paix Civile et Sécurité et consigné dans ledit Accord.

C’est-à-dire 130 candidats arbitrairement choisis selon des critères faciles à imaginer en cette période de frénésie électorale, alors que près de 250 anciens soldats, policiers et gendarmes avaient été normalement recensés, sous réserve de complément d’enquête que les différents corps devaient engager à leur niveau pour identifier tous ceux qui, au moment du conflit, s’étaient par principe placés dans la catégorie de « déserteurs ». Que ce soit en politique, en syndicalisme ou dans tout autre domaine impliquant de discuter avec des représentants, le problème, c’est que le régime préfère les clones et les usurpateurs : il ne veut ni ne peut faire face à la légitimité de ceux qui ont des principes à défendre.

Aux dernières nouvelles, ces postulants à l’indemnisation, regroupés au sein d’une association de défense de leurs intérêts, envisageraient de descendre dans la rue pour manifester leur mécontentement face à ces manipulations mesquines. Nous ne pouvons que les en dissuader, surtout aux abords du Palais Présidentiel : sa Garde manque parfois de sang-froid et va jusqu’à tirer sur d’anciens soldats, aujourd’hui handicapés de guerre ; comme si leurs chaises roulantes allaient se transformer en chars d’assaut.

Discrimination à l’incorporation : nous avons déjà eu l’occasion de porter cette affaire sur la place publique car il est inconcevable que les 295 incorporés du FRUD-armé soient encore victimes de ségrégation, comme s’ils n’étaient pas des citoyens à part entière. En premier lieu, c’est à se demander à qui appartient la Gendarmerie, tant son chef semble n’en faire qu’à sa tête, au mépris de l’État de droit et des engagements souscrits dans le cadre d’un accord de paix : il refuse catégoriquement de normaliser la situation de ceux qui ont été incorporés dans la force qu’il commande, les maintenant dans une position de « mobilisés » anachronique et un salaire de misère y correspondant.

Suprême provocation, il s’apprêterait même à en démobiliser quelques uns : nous le mettons solennellement en garde contre une aventure aussi hasardeuse. Quoique que meilleure au sein de l’Armée et de la Police, la situation des incorporés n’y est pas totalement stabilisée, uniquement par un manque de volonté politique trahissant, dans toute son étendue, l’absence des règles de droit, la prédominance du favoritisme et du caprice partisans, bref la transformation en milices privées des forces de défense et de sécurité censées normalement témoigner du plus grand respect pour les valeurs républicaines.

Tant que la primauté de cette règle de droit ne sera pas unanimement admise par l’ensemble du corps social, dirigeants comme administrés, militaires comme civils, il est illusoire d’espérer une pacification des mœurs politiques. Tout comme il est malheureusement normal que certains secteurs opaques prennent une importance aussi démesurée, au péril de la concorde civile.


Dyarchie de la première pierre

Rééquilibrage institutionnel ?

Faut-il y voir une première application concrète de la promesse présidentielle d’un rééquilibrage des pouvoirs politiques annoncés à l’occasion du nouvel an 2004 ? C’est que laisse à penser la frénésie de la primature relative aux poses des premières pierres. Hier à Dikhil demain à Tadjourah, après demain à Khor-Angar ? C’est qu’en effet le Premier Ministre ces derniers temps très occupé à poser des premières pierres. Même si la constitution le confine à inaugurer des chrysanthèmes, cette surcharge de travail est remarquable et nous nous devions de le relever. Car, pour les Djiboutiens, le spécialiste incontesté de la pose de la première pierre (sans lendemain), c’est le Chef de l’État en personne.


A première vue, l’observateur mal avisé peut légitimement penser qu’il s’agit là d’une délégation de pouvoir allant dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs au sommet de l’État : Faut bien commencer quelque part, et quoi de mieux indiqué que les fondations, même d’un stade ?

Quelques observateurs avisés, malins impertinents et fidèles lecteurs de « Réalité » voient une autre raison de ce transfert de compétences. En effet, les perspicaces n’oublient pas que notre journal s’est fait l’écho d’une lassitude populaire : à force de le voir monopoliser urbi et orbi la pose de la première pierre, le citoyen lambda avait décerné au Chef de l’Etat le titre de « spécialiste de la première pierre ». Car, concrètement à ces pierres-là, le Chef de l’État en campagne de réélection ne veut pas que ses actions de marketing politique restent sans lendemain. Comme une certaine première pierre d’un dispensaire à Khor-Angar, c’était en février 2002, on connaît la suite…

Aux dernières nouvelles, cette pierre s’ennuie mortellement. Mais, peut-être qu’en homme de culture (lui qui a tant officié en ce domaine au bureau politique du Rpp) il n’aimerait pas que Corto Maltesse soit dépaysé par la modernité des lieux, s’il devait un jour revenir dans cette région, au charme sauvage, mais désolée du nord d’Obock. Le héros de la bande dessinée d’Hugo Pratt connaît bien cette contrée puisque, dans les années trente, il avait été profondément marqué par une « conversation mondaine à Moulhoulé ».

En attendant, les malheureux ruraux de Khor-Angar sont privés de soins, tandis que le Premier Ministre pose à son tour des premières pierres… qui ont quelques chances de grandir, car ces projets sont financés par la coopération chinoise. En fait, en ces temps difficiles pour le régime, la pose de la première pierre est un exercice facile, permettant à des dirigeants impopulaires de parader dans des lieux où ils ne sont plus en odeur de sainteté. Géniale trouvaille politique que ces cérémonies des premières pierres : grâce à elles, les populations mécontentes sont aisément mobilisables au prétexte d’apporter leur bénédiction reconnaissante à un projet de développement, qui plus est destiné à la Jeunesse.

A cette occasion, ministres, mal élus et autres fonctionnaires courtisans font le déplacement en compagnie bien sûr des bailleurs de fonds étrangers, chaleureusement reçus sur place à coups de chants et de danses traditionnels organisés à leurs intention et outrageusement récupérés dans un but propagandiste. Par ailleurs, ces futurs chantiers financés par la générosité extérieure permettent au régime de créer quelques emplois à travers des embauches sélectives, comme cela est actuellement le cas pour les recrutements électoralistes du service national adapté.

Pour le Premier ministre, le déplacement de demain à Tadjourah constitue la réalisation d’un ancien vœu: retrouver sa ville natale à l’occasion d’un heureux événement. Grâce à la Chine populaire, sa ville aura un stade omnisport que son gouvernement n’a pas été capable de lui offrir. Malheureusement pour lui, les Jeunes de la Ville-Blanche savent que leur illustre concitoyen n’a pas été en mesure (malgré sa bonne volonté) de concrétiser une seule des pompeuses promesses faites lors de son dernier séjour sur place, c’était le 1er mai 2003. « Rendez-vous dans trois mois pour récolter les premiers fruits » leur avait-il alors lancé en installant à la hâte un pseudo comité de suivi, uniquement composé de ses rares partisans.

Huit mois après cet engagement solennel, aucun fruit n’a été récolté, parce qu’aucune graine sérieuse n’a été semée. Et le voilà qui revient cette fois-ci avec son éternel sourire, porteur d’un vrai cadeau : une installation sportive entièrement financée par un pays ami. La ruse est de taille, mais l’appât est trop gros et l’hameçon mal noué. A cette pêche politique au gros, les prises risquent d’être réduites au menu fretin. En politique, il est parfois plus judicieux de battre en retraite plutôt que de partir à l’assaut sans y être préparé. Si le catalogue des promesses mensongères de ce régime semble inépuisable, la patience des populations précipitées dans la précarité a ses limites. Ignorant cela, le mimétisme partisan pousse à copier des gestes symboliques autrefois dévolues au Chef de l’État.

Cela ne signifie nullement que l’influence du nouveau poseur de première pierre tend à s’accroître. Bien au contraire, une telle délégation des pouvoirs ne doit-elle pas plutôt donner à penser que la pose de la première pierre n’est plus une action si rentable que cela ? En effet, tout indique que le spécialiste de la première pierre a compris tout le risque politique des multiples premières pierres en souffrance de concrétisation depuis avril 1999, à Obock, Damerjog, Khor-Angar ou ailleurs. Il apparaît ainsi que la dyarchie observable dans la pose de la première pierre est l’œuvre machiavélique de celui qui prétend reculer pour mieux sauter. Car, c’est bien connu, reculer est plus facile et prudent que sauter, surtout lorsque des premières pierres inachevées jonchent la voie… présidentielle.


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Journal Réalité n°78 du 7 janvier 2004 : malaise général sur fond de rumeurs

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Réalité n° 78 du 7 janvier 2004
Brèves nationales

Malaise général

Sur fond de rumeurs…

A l’approche du premier anniversaire de l’inqualifiable hold-up électoral du 10 janvier 2003, le régime distille à dessein les rumeurs les plus folles en direction de la population djiboutienne mécontente de la gestion désastreuse des affaires publiques. Ainsi, la ville bruisse de rumeurs fantaisistes au sujet d’un imminent changement de cap dans la conduite des affaires ; les plus euphoriques prédisant même une véritable révolution. Ces ballons d’essai lancés par le pouvoir sont destinés à occuper les citoyens Djiboutiens et à faire oublier l’immobilisme gouvernemental et le manque d’imagination dans les hautes sphères dirigeantes.

Pour notre part, nous restons convaincus que la crise du régime est structurelle et qu’aucun replâtrage ne le sauvera de la faillite programmée. Ce système basé sur le mensonge et l’injustice est condamné à disparaître, pour que survive la Nation djiboutienne victime de la précarité imposée par la gabegie officielle. Seul un profond changement d’hommes, de mentalités et de méthodes pourra sortir notre pays du gouffre. Pour l’heure, ce pouvoir usé ne cherche qu’à durer moyennant un petit ravalement de sa façade corrompue et sectaire. Chose que le Peuple Djiboutien ne souhaite absolument pas, car très éloigné de ses véritables espérances de changement.

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Réalité numéro 78 du mercredi 7 janvier 2004

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Réalité numéro 78 du mercredi 7 janvier 2004

 ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. Interview de M. Jean-Paul ABDI NOEL
  4. La Bourse ou la Vie
  5. Dénis de justice
  6. Haïti : du haut de cette misère
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 78

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

UN NOUVEL AN PRÉSIDENTIEL ENTRE VŒUX ET FEUX

Le Nouvel An inspirerait-il certains dirigeants plus que l’Aïd-el-Fitr ? La question semble se poser, en tout cas à notre modeste niveau car, autant l’allocution présidentielle de l’Aïd-el-Fitr nous avait semblé politiquement insignifiante (même si l’on admettra que cette insignifiance relève parfois de la tactique politicienne), autant les perspectives dessinées par ses vœux pour l’année 2004 frappent par leur nouveauté révolutionnaire. Le mot n’est pas trop fort, tant le Chef de l’Etat a tenu à cette occasion des propos qu’aucun opposant ou démocrate ne peut sous-estimer. N’étant pas dans notre habitude d’enfoncer des portes ouvertes, nous ne rectifierons pas ici le tableau imaginaire qu’il a trop facilement dressé d’une situation économique dont chacun de nos concitoyens ressent personnellement la dégradation constante, causée par la mauvaise gouvernance et le gaspillage des deniers publics. Toutes détériorations dont il est le principal responsable, tout comme il s’approprie l’exclusivité de toute supputation d’amélioration. Surtout lorsqu’il jure être de son devoir de ne pas « passer sous silence le souci de transparence qui doit être notre principe directeur dans la gestion des affaires publiques » : le prenant au mot, il nous semblerait légitime d’exiger un début d’application concrète de ce principe. A ce titre, ses concitoyens seraient ravis que soient rendus publics les comptes du Port de Djibouti : il est pour le moins étrange qu’une incompréhensible opacité entoure un outil aussi important du développement national. De même qu’ils seraient ravis que soient mis à leur disposition les fameux rapports de la Chambre de Compte et de Discipline Budgétaire.

Tout cela, c’est du vent, mais il reste ce qui nous semble essentiel : le Chef de l’Etat s’est explicitement engagé à initier les réformes, puisqu’il parle d’ « innovations en termes de rééquilibrage des pouvoirs, de rationalisation institutionnelle, de garantie des libertés, de vivification de notre patrimoine culturel, et la concrétisation du processus de décentralisation ». C’est étrange car, toutes ces innovations, l’Accord de Paix du 12 mai 2001 les avaient solennellement évoquées au chapitre des réformes démocratiques devant, en association avec d’autres mesures, remédier aux causes du conflit et en prévenir le renouvellement. Que le Chef de l’Etat les fasse aujourd’hui siennes constitue une nouveauté positive que nous devions relever. C’est probablement la démonstration qu’il s’est finalement résolu à admettre à accorder la Paix l’importance qu’elle mérite. Même tardif, ce revirement ne peut que réjouir tous ceux qui avaient été déçus par la véhémence avec laquelle le premier responsable du régime djiboutien violait méthodiquement un Accord de paix qui, à y bien regarder et pour peu qu’il l’applique intégralement, sera certainement sa plus grande contribution à l’édification d’une Nation djiboutienne réconciliée avec elle-même.

Encore faut-il que, de part et d’autre du pouvoir et sans préjuger de rien, les mêmes mots recouvrent les mêmes univers sémantiques car, sans fausse modestie, le Président de la République ne nous apprend pas grand-chose en reconnaissant que « La décentralisation constitue une pièce essentielle dans la consolidation de la démocratie locale, un domaine fécond pour le développement économique et social et un outil d’unification et de cohésion ». Il aurait dû l’expliquer aux locataires de l’Assemblée Nationale qui ont outrageusement dénaturé la portée historique du projet de décentralisation pourtant conjointement rédigé par ses représentants et ceux du FRUD-armé.

« La Constitution est en papier, les baïonnettes sont en acier » dit un proverbe haïtien, et les concitoyens du Père Aristide savent de quoi ils parlent, eux qui ont connu tant de dictatures sanglantes. Tant qu’un dirigeant politique pourra compter sur la complicité de miliciens (pompeusement appelés soldats, policiers ou gendarmes) pour détourner le verdict des urnes, comme ce fut le cas le 10 janvier 2003, les mots occasionnellement prononcés n’auront leur pleine pertinence qu’une fois rattachés à leur contexte concret. A cette aune, et jusqu’au verdict de la réalité, les promesses présidentielles faites à l’occasion des vœux du Nouvel An restent ce qu’elles sont : des paroles cruellement déconnectées des faits qui, quant à eux, sont malheureusement inscrits dans la violence ordinaire… et quelques coups de feux.


Brèves nationales

Malaise général

Sur fond de rumeurs…

A l’approche du premier anniversaire de l’inqualifiable hold-up électoral du 10 janvier 2003, le régime distille à dessein les rumeurs les plus folles en direction de la population djiboutienne mécontente de la gestion désastreuse des affaires publiques. Ainsi, la ville bruisse de rumeurs fantaisistes au sujet d’un imminent changement de cap dans la conduite des affaires ; les plus euphoriques prédisant même une véritable révolution. Ces ballons d’essai lancés par le pouvoir sont destinés à occuper les citoyens Djiboutiens et à faire oublier l’immobilisme gouvernemental et le manque d’imagination dans les hautes sphères dirigeantes.

Pour notre part, nous restons convaincus que la crise du régime est structurelle et qu’aucun replâtrage ne le sauvera de la faillite programmée. Ce système basé sur le mensonge et l’injustice est condamné à disparaître, pour que survive la Nation djiboutienne victime de la précarité imposée par la gabegie officielle. Seul un profond changement d’hommes, de mentalités et de méthodes pourra sortir notre pays du gouffre. Pour l’heure, ce pouvoir usé ne cherche qu’à durer moyennant un petit ravalement de sa façade corrompue et sectaire. Chose que le Peuple Djiboutien ne souhaite absolument pas, car très éloigné de ses véritables espérances de changement.

Ali-Sabieh :

Où l’on reparle du grand chef…

Initialement prévue pour la mi-décembre et curieusement reportée pour « cas de force majeure », la visite présidentielle dans la ville assajog serait finalement projetée pour la deuxième quinzaine de janvier. Il y a quelques jours, une importante réunion devant la préparer aurait été tenue entre les autorités du district et la société civile du coin, surtout représentée par les associations-maison. A cette occasion, il a été annoncé que le jour de la visite présidentielle, toutes les activités de cette ville active cesseront pour accueillir l’illustre visiteur, certainement en campagne prématurée. Ainsi, les écoles, dispensaires, marchés et commerces seront fermés ce jour-là pour permettre aux Assajogs de boire (faute d’eau minérale) les bonnes paroles du sauveur national.

Mais, là où le bât blesse, c’est que les Assajogs ne sont absolument pas disposés à s’en laisser conter, eux qui ont de multiples griefs à l’encontre de ce régime du mensonge permanent. C’est pour tenter d’aplanir les nombreuses difficultés quotidiennes soulevées par les habitants de ce district frondeur qu’une délégation ministérielle s’est dernièrement rendue sur place en catimini, afin d’amadouer les notables récalcitrants, et ils ne sont pas rares. Peine perdue : l’offensive de charme aurait lamentablement échoué.

Quant aux malheureux chefs de poste administratif, ils seraient sommés en tant qu’administrateurs des zones rurales, de procéder à la collecte des cabris devant être sacrifiés pour le gargantuesque festin présidentiel. Malheureusement, cette contribution patriotique est attendue des pauvres ruraux déjà victimes de la sécheresse et survivant grâce aux distributions de vivres de l’aide alimentaire internationale. Refuseraient-ils de donner gratuitement ces cabris qu’ils risquent fort d’être rayés des listes des prochaines distributions alimentaires, forcément sélectives, comme c’est toujours le cas dans le Nord du pays où, par exemple, de nombreux habitants de la région de Dorra, n’ont pas eu droit à cette aide alimentaire internationale au prétexte qu’ils auraient massivement voté pour la liste de l’opposition aux législatives de janvier 2003.

Comme quoi le régime n’attend que danses, chants et cabris des populations rurales. C’est peut-être cela, la véritable priorité accordée au développement agropastoral.

Opérations policières abusives :

Halte aux rafles aveugles !

Alors que la majorité des clandestins expulsés en septembre est de retour à Djibouti, on nous signale que depuis quelques jours, des rafles sauvages frappent des nationaux. Ainsi, dimanche dernier, un malade hospitalisé à Peltier s’est fait embarquer au centre-ville où il s’était rendu sur permission spéciale. Malgré son état de santé et la présentation de ses pièces d’identité nationale, le malheureux aurait été transféré au centre policier de détention de Nagad.

Plusieurs Djiboutiens se plaignent également de rafles sauvages de nationaux opérées par des policiers ripoux qui n’hésitent pas à demander de l’argent en échange de la libération des personnes interpellées abusivement. A l’heure où les véritables clandestins continuent tranquillement d’écumer la ville, il est scandaleux que les forces de l’ordre importunent de paisibles citoyens : nous demandons aux autorités concernées de sévir contre ces pratiques policières abusives.

Service national adapté :

Appât électoraliste douteux ?

Dernièrement, des officiers supérieurs de l’Armée nationale auraient procédé au recrutement de quelques dizaines de jeunes désœuvrés dans le cadre du fameux service national adapté, nouvelle trouvaille électoraliste destinée à résorber le chômage des jeunes. Ces opérations se poursuivent encore dans la Capitale et les districts de l’Intérieur, avec un succès mitigé selon les endroits. A notre avis, cette nouvelle esbroufe gouvernementale a déjà rencontré ses limites car concoctée dans la précipitation. Les jeunes des villes sont pour la plupart des exclus du système éducatif et font relativement peu confiance à la nouvelle stratégie gouvernementale prétendant à la réinsertion professionnelle à travers des formations dispensées par l’Armée nationale.

En effet, ces jeunes constatent que le chômage n’épargne même pas ceux d’entre eux ayant quitté l’école avec un relatif bon niveau de formation. Après son cuisant échec dans la lutte contre l’immigration clandestine motivée entre autres par l’appropriation nationale du marché de l’emploi, il est fort à craindre que le même service national adapté finisse par connaître un sort identique à celui des autres mesures gouvernementales ayant échoué parce que mal pensées et appliquées dans une logique sectaire.

Rétrospectives 2003 :

Un bilan en noir et blanc

En guise de bilan rétrospectif de l’année 2003, la RTD s’est essayé à travers son magazine « Gros Plan » à une rétrospective en images de l’année écoulée. Comme il fallait s’y attendre, ce montage a été réalisé sous un angle partial et partisan. Il s’agissait surtout de faire oublier que cette année 2003 avait débuté sur une note d’espoir avec l’adhésion populaire massive au projet d’alternance proposé par l’opposition. La première semaine de l’année passée restera dans les annales comme étant l’expression du ras-le-bol général de nos concitoyens face à ce régime du mensonge.

La formidable campagne de mobilisation menée par l’UAD a culminé avec le meeting monstre organisé le 8 janvier 2003 devant le Stade Hassan Gouled. Malheureusement, les fraudes abjectes du 10 janvier ont noirci le tableau, plongeant le pays dans la morosité et la régression tous azimuts. Tout compte fait, plus que le one man show présidentiel en fouta, les Djiboutiens retiendront de cette année 2003 le formidable élan populaire qui a durablement ébranlé ce pouvoir désormais déliquescent.

Port de Doraleh :

Suspension des travaux ?

Malgré les déclarations officielles annonçant la fin des travaux pour la fin 2004, le méga-projet électoraliste de Doraleh risque fort de ne voir le jour qu’après 2005. En effet, plus de six mois après son lancement officiel, ce chantier peine à avancer. Cette semaine, l’on apprend même que les travaux seraient suspendus et la vingtaine d’ouvriers condamnés au chômage technique. Les deux entreprises présentes sur ce chantier ne seraient plus disposées à régler les salaires des ouvriers sur leurs fonds propres. Par ailleurs, il semblerait que les autorités djiboutiennes souhaiteraient confier le marché à un entrepreneur proche du pouvoir, alors que les autorités de Dubaï Port préfèreraient lancer un appel d’offres international. Quoi qu’il en soit, le retard dans la réalisation du projet se confirme de jour en jour, différant ainsi l’inauguration en grandes pompes à beaucoup plus tard que prévu…

Education Nationale :

Droits bafoués et inacceptable passe-droit

L’Education Nationale constitue-t-elle vraiment une priorité de l’action gouvernementale ? Au-delà des discours officiels tendant à la présenter comme un souci majeur du régime, les multiples injustices et manquements constatés suffisent à discréditer ses prétentions en ce domaine, pourtant fondamental pour le devenir des jeunes générations. En effet, la démotivation générale du corps enseignant et du personnel d’encadrement trouve surtout sa raison d’être dans la baisse généralisée de leur niveau de vie, consécutive aux pseudo-politiques de réformes engagées depuis quelques années prétendument dans le but de rationaliser et d’adapter l’Education Nationale aux nouveaux défis de ce troisième millénaire.

Gangrenée par la corruption, le népotisme et la mauvaise gouvernance, l’Education Nationale reste l’ombre d’elle-même. Pour preuve : par une note de service n°250 du 8 avril 2003, le Ministre de l’Education Nationale a tenté de mettre fin aux intolérables injustices et passe-droit en matière d’attribution de logements administratifs dans son département.

Cette note généreusement distribuée à l’Assemblée Nationale, ainsi qu’aux différents services et intéressés de son ministère, sommait les occupants illégaux des logements administratifs de ce ministère de libérer leur logement au plus tard le 15 août 2003, et ceci afin de permettre aux réels bénéficiaires que sont les chefs d’établissement d’entrer en possession des demeures qui leur sont normalement destinées.

Cinq mois après cette mise en demeure ministérielle, seuls deux cadres ont effectivement libéré leur logement, tandis que 18 autres continuent d’ignorer la directive ministérielle, sans être inquiétés outre mesure. Parmi ces squatters, figurent des hauts responsables de l’Education Nationale. Quel mépris des textes et quelle coupable négligence des autorités compétentes !

Mais ceci s’explique par autre chose : sans que personne ne le dénonce, à part nous, ce ministère a criminellement contribué, dans son domaine, à la violation des accords de paix de 1994 et 2001, spécialement leurs dispositions relatives au rattrapage scolaire dont devaient bénéficier les élèves accusant un retard du fait du conflit.

Violation qui perdure encore, jetant hors du système éducatif des centaines d’enfants injustement déscolarisés à cause de leur seule origine ethnique et qui viennent gonfler la cohorte des mal-enseignés condamnés au chômage et victimes idéales du démagogique « service national adapté ».

A suivre…


Interview de M. Jean-Paul ABDI NOËL

Président de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH)

Une récente actualité continentale, tenant aux conclusions du Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme au cours duquel notre pays a été distingué, ainsi qu’une prochaine échéance électorale, nous amènent à poser quelques questions au Président de la LDDH, M. Jean-Paul ABDI NOEL. De sa participation aux travaux de ce Congrès aux perspectives d’avenir de son organisation, en passant par son appréciation de la CENI, le Président de cette association de défense des Droits de l’Homme nous livre ses réflexions. Sans excès ni concession.


M. le Président, vous rentrez du IIIème Congrès de l’Union Internationale des Droits de l’Homme (UIDH), qui vient de se tenir du 15 au 19 décembre à Ouagadougou au Burkina-Faso. Pouvez-vous nous parler de l’objectif de cette réunion ?

Tout d’abord, permettez moi de vous remercier pour vos soutiens constants et appréciables en accordant très souvent une attention particulière aux défenseurs des Droits de l’Homme et de nous aider à mieux médiatiser le combat réel que nous devons tous mener pour la protection, la promotion des Droits de l’Homme et pour un Etat de Droits effectif dans notre pays. Nous considérons et encourageons toute l’équipe du journal « Réalité » de continuer à être les , avant-gardistes du combat pour la Démocratie et pour la Bonne Gouvernance. Que l’année 2004 soit pour notre peuple une année d’un combat réel afin de mettre fin à la politique de l’impunité, aux abus de pouvoir insupportables, aux détournements des Deniers publics et des Biens sociaux, à la mise en place très rapidement de différentes structures fiables et transparentes sur tous les processus électoraux, avec la participation active et directe de tous les Partis politiques, qui sont prioritaires car les premiers concernés.

Comme vous le savez, le IIIème Congrès suivi d’un Forum de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH) s’est déroulé à Ouagadougou (Burkina Faso) du 15 au 19 décembre 2003. Un certain nombre de Résolutions et de Recommandations ont été adoptées par les participants.

Les membres du nouveau Bureau de l’UIDH ont été élus, et j’ai eu l’honneur d’être élu comme Vice-Président chargé de la Corne de l’ Afrique. Cet honneur, que nous partageons, doit nous encourager dans notre combat et nous devons tous ensembles avec toutes les Organisations des Droits de l’Homme de la Corne de l’ Afrique et toutes les forces vives des pays voisins nous engager à unifier et à harmoniser toutes nos actions en faveur de l’intégration régionale des différents Instruments des Droits fondamentaux et de faire progresser les Libertés des Citoyens et des Peuples, ainsi que la libre circulation des Biens et des Personnes dans de la Corne de l’ Afrique.

L’objectif principal est celui du Congrès, mais le Forum qui a suivi ce Congrès était très fructueux, tant dans les approches que dans la proposition qui a été retenue.

En effet, le Congrès portait sur la stratégie à adopter pour une protection des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, tandis que le Forum posait des questions aussi importantes que :

Comment sortir d’une économie d’endettement pour financer un développement durable et équitable ?

La Mondialisation: quelle alternative ?

L’environnement : ses contours aujourd’hui en Afrique, quelle stratégie pour un développement durable ?

Bien que le régime djiboutien lui accorde très peu d’importance, la LDDH a été consacrée lors de cette conférence puisque vous avez été élu Vice–Président de l’UIDH en charge de l’Afrique de l’Est. Ceci nous honore et nous aimerions savoir si notre région a toujours été représentée à ce niveau et pourquoi des bilans n’ont-ils pas été dressés sur cette partie du continent africain et en particulier pour Djibouti ?

Votre question est tout à fait judicieuse. En effet, Maître Aref Mohamed Aref, en tant que membre de l’ Association des Droits de l’Homme et des Libertés, avait été élu à ce poste qui pour la première fois avait mis en relief la sous-région de la Corne de l’ Afrique. Cette nouvelle particularité a permis aux défenseurs des Droits de l’Homme de l’UIDH de mieux s’investir à défendre Maître Aref et d’exiger sa libération inconditionnelle de la sinistre prison de Gabode et sa réintégration d’office au barreau du Tribunal de Djibouti. Je profite de cette occasion pour témoigner ma reconnaissance au Président de I’UIDH M. Halidou Ouédraogo, au Professeur Kepet, au Docteur Sow et à tous les membres de l’UIDH, pour leur combat légitime qu’ils avaient mené en faveur de mon compatriote Maître Aref, victime de l’acharnement d’un pouvoir foncièrement dictatorial.

En ce qui concerne la deuxième partie de votre question, je peux vous affirmer qu’aucun rapport sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti, encore moins sur la Corne de l’Afrique ne figure dans le rapport des activités des différentes régions, ni dans le rapport moral de l’UIDH lors du IIIème Congrès. Ce qui suppose peut-être que Maître Aref n’a pas eu le temps matériel pour transmettre officiellement son rapport.

Ce Congrès de Ouagadougou s’est tenu en même temps que la visite à Djibouti d’une délégation des Nations Unies chargée des Droits de l’Homme. Quel bilan la LDDH tire-t-elle de la mission de ces deux experts ?

Avant de vous parler du bilan de cette visite, je tiens à préciser que les membres du comité ad-hoc s’étaient réunis pour planifier l’organisation de cette visite. (c’est ainsi qu’un plan de contact a été établi. La priorité a été donnée au contact officiel. Seules quelques associations ont été retenues. Ces associations devraient rencontrer les deux experts du Haut Commissariat des Nations Unis pour les Droits de l’Homme au siège de l’Union Nationale des Femmes Djiboutiennes – UNFD.

L’ancien parlementaire actuellement Président de la LDDH que je suis a, au nom de son organisation, refusé de rencontrer les représentants des Droits de l’Homme à cet endroit. Car, tout en faisant remarquer que lors des dernières élections législatives, l’UNFD avait, d’une manière officielle et médiatique, soutenu les candidats de la liste UMP, il était donc de mon devoir de considérer l’UNFD comme partie prenante alors qu’elle n’est pas représentative de la femme djiboutienne dans sa totalité.

Par conséquent, j’ai proposé deux solutions à savoir: soit le comité ad-hoc reçoit les deux experts dans les locaux de la LDDH, soit les membres du comité rencontrent la délégation à leur hôtel. Un membre du comité ad-hoc des Droits de l’Homme de Djibouti dont je ne veux pas citer ici le nom a essayé de justifier cette décision pour une rencontre au siège de l’UNFD pour des raisons financières, cette association des femmes mettant gratuitement ses locaux à la disposition des experts. Dans cette affaire, une question se pose: Pourquoi la salle de réunion du PNUD, officiellement représentant du Haut Commissariat des Nations Unis, n’a-t-elle pas été retenue?

A mon départ, j’ai chargé officiellement M. Souleiman Ahmed Mohamed par un courrier au Ministre de la Justice afin que celui-ci rencontre et remettre le rapport de la LDDH sur les Droits de l’Homme à Djibouti aux deux experts. Malheureusement, malgré les sollicitations de M. Souleiman, la délégation du Haut-Commissariat des Nations Unis n’a pas estimé nécessaire de nous rencontrer.

Concernant l’objectif et le bilan de cette mission, ils nous sont totalement inconnus. Toutefois, lors de mon séjour à Paris, j’ai saisi à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme- FIDH en lui demandant de bien vouloir s’informer sur les résultats de cette mission que je considère comme une entrave aux travaux des Droits de l’Homme en République de Djibouti. Chose inouïe car la LDDH qui avait toujours eu de bonnes relations avec le Haut-Commissariat, notamment pendant la détention arbitraire des policiers de la FNP, a été négligée cette fois-ci.

Vos propositions de recommandation faites lors du congrès de Ouagadougou portent sur la transparence de la prochaine élection de 2005. Pouvez-vous être un peu plus précis ?

Nous avons dénoncé lors des dernières élections législatives la manière brutale dont celles-ci se sont tenues dans le pays et en particulier dans les districts de l’Intérieur. Nous n’avons pas manqué de dénoncer le Coup d’Etat électoral plus particulièrement fort dans le district de Tadjourah. Ces raisons m’ont conduit, lors de cette réunion de l’UIDH, a soumettre une recommandation qui puisse mobiliser les défenseurs des Droits de l’Homme de notre continent pour une participation active, en tant qu’observateurs, aux prochaines élections présidentielles de notre pays. Je n’ai pas manqué de souligner que le rôle des observateurs, régionaux et internationaux, ne devait pas se limiter au seul jour du scrutin, mais qu’il faut de leur part une participation effective et totale couvrant toute la période des processus électoraux.

Permettez-moi une fois encore d’encourager à travers votre journal tous les partis politiques du pays, auxquels je suggère qu’il ne faut pas attendre une décision gouvernementale inévitablement tardive pour lancer un appel à tous les observateurs et presses des pays amis et des organisations internationales pour un suivi au moins 10 mois avant le scrutin du processus électoral. J’entend par là le contrôle de la révision des listes électorales jusqu’au dépouillement et déclaration des résultats. La révision des listes électorales et la propagande de l’équipe gouvernementale sur les ondes de la RTD financée par les deniers publics et les biens sociaux sont par exemple deux points importants. Enfin, je dirais simplement que la transparence électorale passe par la transparence des demandes officielles des partis politiques auprès des pays amis et organisations internationales, concernant l’envoi d’observateurs et journalistes. Mon souhait est d’encourager tous les partis politiques pour que soient entamées, dès maintenant, les démarches. Car pour avoir des observateurs sérieux, il faudra permettre à ces pays et organisations de se préparer à temps pour ces missions.

Vous avez pris part aux travaux de la Commission Electorale Nationale Indépendante, mise en place par le régime pour superviser les élections du 10 janvier 2003. Quelles leçons en tirez-vous aujourd’hui ?

La Commission Electorale Nationale Indépendante – CENI- m’a appris beaucoup de choses.

J’ai appris que :

la CENI manquait de transparence

la CENI, par la loi même qui l’a créée:, impose le silence le plus total à tous ses membres :

la CENI, par les textes qui l’ont créée, est composée essentiellement de représentants du gouvernement alors que ceux des partis politiques se trouvent dans une situation de minorité. On peut en conséquence s’interroger sur la fiabilité d’un organisme électoral dont la grande majorité des membres est constituée de fonctionnaires connus pour leur fidélité au pouvoir en place.

Vous avez été le Rapporteur de la CENI. Pouvez-vous nous fournir une copie du rapport final, que vous avez rédigé, relatif aux conditions de déroulement des législatives du 10 janvier 2003 ?

Il n’y a jamais eu de rapport final officiel. Aucun texte n’a été adopté dans ce sens par l’Assemblée Nationale.

Le rapport final a tout simplement été soumis au Président de la République avec « un chèque en blanc » de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

Quelles sont les perspectives organisationnelles de la LDDH pour la nouvelle année ? Quelles améliorations en attendez-vous relativement au renforcement des droits civiques et à la promotion des droits de l’Homme ?

Sur le plan organisationnel la LDDH navigue à vue avec beaucoup de prudence, en fait mon organisation s’apparente à un Iceberg avec une importante partie immergée. Même si apparemment il nous est permis de réaliser certaines de nos activités, il nous paraît prudent de protéger nos adhérents contre la politique sournoise et foncièrement dictatoriale du régime qui nous oblige à rester vigilants. Nous devons dans un proche avenir penser à augmenter le nombre de nos adhérents en raison de l’inexistence de toute subvention en notre faveur. Nous avons par ailleurs décider de participer dans le cadre de la formation à sensibiliser nos populations (sur l’ensemble du pays) sur les processus électoraux et dans l’ intérêt suprême de notre Nation, sur la nécessité de l’ application de l’Accord de paix du 12 mai 2001, surtout en ce qui concerne la Décentralisation.

Propos recueillis par Mahdi Ibrahim A. God


La Bourse ou la Vie

Etat, régime, opposition et droit au travail

C’est fou ce que le brouillard linguistique peut parfois jeter un voile de décence sur certains propos, qui en disent long quant à la conception de la démocratie ayant cours ici ou là. Ainsi, en cette nouvelle année au cours de laquelle le Chef de l’Etat promet de spectaculaires avancées en matière démocratique, il nous a semblé utile de ramener à la mémoire de ses concitoyens les propos qu’il avait tenus en langue maternelle sur les ondes de la RTD, à l’occasions du premier anniversaire de son mandat: c’était en mai 2000. Propos relatifs à la distance infranchissable qui devait, selon lui, s’instaurer entre l’Etat (l’Administration) et les opposants politiques. Propos qu’il n’était pas inutile non plus de mettre en parallèle avec ceux que tenait Brejnev du temps de sa grandeur communiste.


La conception de la Démocratie et de la Liberté a en tout temps varié selon les pays. Beaucoup d’entre eux avaient pris le qualificatif de République dont les plus nombreux se situent en Afrique, indépendante depuis les années 1960. En réalité, le fait d’afficher cette épithète ne dérogeait pas aux pratiques des dirigeants lesquels agissent en monarques absolus sur des populations n’ayant pas connu le souffle de la liberté depuis plus d’un siècle par fait colonial.

Certes les révolutionnaires indépendantistes désignaient ceux-là de « despotes du colonialisme », ce que d’ailleurs justifiaient les agissements des « monarques noirs » qui ont marqué ce continent meurtri par la famine et les maladies endémiques. Les Bokassa, Idi Amin Dada, Mobutu, Menguistu, Siad Barreh, … représentent à eux seuls toute l’absurde intransigeance des dictatures génocidaires de notre continent, face aux inéluctables changements des sociétés africaines dans un monde en pleine mutation. Cependant, pour ceux qui durent encore, leur nature n’a pas changé d’un iota depuis les années 1990 où le vent de la Démocratie n’a fait qu’amplifier leur comportement d’anthropophage aux seules fins de conserver leur trône. Raison pour laquelle ils n’ont pas hésité à mettre à feu et à sang non seulement leur pays, mais aussi les régions et autres contrées voisines. Les deux extraits ci-dessous cités expriment par leur parallèle toute la hantise de la Démocratie et de la Liberté des Républiques Monarchistes.

Le premier extrait est tiré d’une interview accordée par le Chef de l’Etat à un journaliste de la RTD pour fêter comme il se doit le premier anniversaire de son arrivée à la Présidence: « Pour être un opposant, il ne faut pas avoir besoin de l’Etat. Il faut guerroyer longtemps être financièrement indépendant comme l’a fait et l’a été Wade, l’actuel Président du Sénégal ».

C’est proprement invraisemblable: le Chef de l’Etat de ce qui se présente comme une République ose froidement affirmer qu’un opposant ne devrait pas espérer un salaire de l’Etat tout comme un salarié de l’Etat ne devrait pas militer au sein d’une opposition. Heureusement, il n’a pas clairement interdit aux fonctionnaires et conventionnés de voter pour l’opposition lors des consultations électorales, mais c’est tout comme. Tranquillement ce faisant, le Chef de l’Etat djiboutien a remis en cause des droits fondamentaux pourtant garantis par notre Constitution: le droit au travail et le droit au salaire.

On savait que le droit au salaire était allègrement violé par ce régime dont la mauvaise gouvernance obligeait ses concitoyens à traîner comme un boulet les retards de salaire. On a appris ce jour-là que le droit au travail n’était qu’une utopie sur le papier qu’il valait mieux ne pas trop caresser: la liberté de pensée trouve sa limite dans l’obligation de reconduire les représentants du parti au pouvoir à chaque élection. Ce qui ne nous étonne guère: les responsables et dirigeants syndicalistes licenciés en 1995 pour fait de grève, et jamais réintégrés depuis, malgré les engagements officiels auprès du Bureau International du Travail, sont là pour rappeler aux travailleurs Djiboutiens qu’ils n’ont même pas le droit de librement choisir leurs délégués, encore moins d’être défendus face à un patron très peu respectueux du droit social. Mais, ce jour-là, le journaliste de la RTD n’a pas estimé utile de broncher : il avait peut-être oublié sa conscience professionnelle aux vestiaires.

Le deuxième extrait est celui de L. I. BREJNEV qui dans une interview accordée aux journalistes de « Stern » le 12 mai 1973 disait ceci: « Nous. avons un parti, un parti qui gouverne, à quoi bon une opposition ? Les gens parlent toujours de Liberté, qu’est-ce que ça veut dire ? » .

Même si les Républiques de ces deux Chefs d’Etat se situent dans deux contrées très éloignées l’une de l’autre, avec des populations, des économies et des richesses totalement différentes, ils partagent néanmoins la même conception et ont les mêmes convictions sur la Démocratie et la Liberté.

En effet leur propos démontre bien que pour eux le Parti, l’Etat l’Administration, les Finances, la Police et l’Armée forment un tout appartenant exclusivement aux dirigeants par définition inamovibles parce que détenant la Vérité suprême grâce à leur Pravda locale, qu’elle se nomme Izvestia ou RTD. C’est en quelque sorte « l’appropriation des moyens de domination », une philosophie qualifiable de « la Dictature des Présidiums » : l’on est donc bien loin du gouvernement du Peuple, pour le Peuple et par le Peuple. IL s’agit ainsi d’une idéologie disposant de moyens illimités pour asseoir une domination faite pour perdurer dans le temps et dans l’espace.

En définitive, si pour l’un comme pour l’autre, le parti unique qui gouverne se drape dans la notion de République, populaire ou démocratique, il s’agit bien d’une usurpation de titre et d’espoir. Tout comme le verdict de l’Histoire a été sans appel pour le communisme, les despotismes déguisés en démocratie, comme c’est le cas à Djibouti, sont inéluctablement condamnés à mourir, car elles ne tiennent que tant qu’ils tiennent. Jusqu’à ce que l’Histoire décide de mettre un terme à leur démesure, ces despotes peuvent disposer de la bourse d’autrui et se maintenir en menaçant leurs concitoyens démunis, faute d’une réelle Justice.


Dénis de justice

Quand la justice broie les citoyens

« La paix et la justice sont aussi inséparables que le souffle et la vie » proclamait l’Accord-cadre du 7 février 2000. L’ absence de la Justice était une des causes essentielles du conflit civil. Parce qu’elle perdure grâce ou malgré le silence des armes, nous tirons la sonnette d’alarme devant le danger permanent représenté par la déliquescence d’une Justice djiboutienne plus prompte à condamner les opposants et promouvoir les zélés qu’à servir tous les justiciables sans distinction.


Au lendemain des élections législatives, les dysfonctionnement et blocage de l’institution judiciaire (membres du Conseil Constitutionnel désignés par une seule partie, ventilation et champ de compétences d’une CENI concoctée à huit clos, Tribunal du Contentieux Administratif inexistant depuis 1996,…) nous inspiraient les réflexions suivantes: «La fonction essentielle de l’institution judiciaire est la régulation des rapports entre les justiciables avec, comme objectif final, d’empêcher que soit atteint le niveau de la violence par réaction à l’injustice subie. Elle est l’ultime recours et l’unique alternative contre la loi de la jungle entre les hommes. Jamais l’institution judiciaire nationale n’a abandonné dans un pays pour quelque cause que ce soit la place qui est la sienne sans que celle-ci soit occupée par une instance internationale, soit investie par l’anarchie violente où se livre alors un jeu sans règles ni arbitre». Nous y sommes la violence latente en moins !.

La déliquescence de la Justice à Djibouti n’est pas imputable au vide juridique. Les textes hérités de la colonisation ou édictés par l’Assemblée Nationale depuis l’Indépendance existent, mais sont tout simplement inappliqués. Faute de magistrats? Certainement pas ! Même si leur nombre est insuffisant et s’il sont pour la plupart dépités, ils existent et sont en règle générale compétents. Ce n’est pas non plus faute de locaux (fussent-ils vétustes).

Sans disserter sur ses causes, nous nous contenterons de constater que la disparition de la Justice à Djibouti est attestée lorsqu’elle ne prend pas une décision indispensable; lorsqu’une décision prise n’est pas exécutée ou quand les décisions de certaines juridictions violent explicitement la loi.

L’acharnement judiciaire contre D.A.F et le Co-directeur de publication de « Réalité » ainsi que l’impunité dont jouissent certains pontes du régime civils ou militaires ou leurs protégés. L’acharnement d’une banque à poursuivre un client insolvable pour quelques centaines de milliers de F.D démontrent s’il en était besoin les dangers de l’intrusion de la politique dans la sphère juridiciaire.

Exceptionnellement, nous nous ferons ici l’écho d’un cas qui mérite publicité pour la permanence du déni de justice ; suite à un grave accident de la circulation survenu en 1979, le responsable de l’accident a été condamné à payer près de neuf millions de F.D.Il n’en a payé que le tiers .En dernière instance, en Septembre 1999, le tribunal correctionnel de la cour d’appel, lui commande de payer le reste dans un délai d’un mois sous peine de huit mois de prison ferme pour refus d’exécution judiciaire.

La victime, Mr Ibrahim Abdallah Ibrahim ancien militaire handicapé à vie depuis lors et père de plusieurs enfants, défendue à l’époque par un avocat aujourd’hui mal-élu, attend donc un quart de siècle que Justice lui soit rendue et ce, malgré plusieurs doléances adressées aux deux Présidents qu’a connu notre République. Le condamné se serait nous dit-on, publiquement targué d’avoir des entrées influentes au sein de la haute fonction publique. Dans ces conditions, à qui recourir pour faire valoir ses droits ?

Chacun constatera d’abord que se sont écoulées deux décennies entre le drame et la décision définitive du Tribunal Correctionnel de la Cour d’Appel. Ce n’est pas à cause de la lenteur de la Justice ou l’usage par l’avocat et le condamné de toutes les ressources juridiques. Car entre la dernière décision et ce jour, c’est près de cinq années qui se sont encore écoulées sans que le condamné se soit acquitté du montant dû à la victime, ni que soit exécutée la décision du Tribunal. Ces retards et déni de justice sont uniquement dûs au défi sans précédent dans les annales judiciaires, lancé par un particulier bien introduit dans les sphères du pouvoir, à la Justice d’un pays.

Rappelons enfin au chapitre des Droits de l’Homme et à titre purement anecdotique, la récente et fulgurante promotion du responsable de la sécurité rapprochée du chef de l’Etat qui s’est tristement rendu célèbre en dirigeant la sanglante répression contre les démobilisés handicapés en Avril 2002. La grande muette désapprouve en se contentant de jaser.

Ce bref rappel qui est tout sauf exhaustif n’a d’autres objectifs que de réveiller la bonne conscience des praticiens de la Justice et de tous ceux qu’ils soient civils ou militaires en charge du destin collectif.


Haïti : du haut de cette misère

DEUX SIECLES D’INDÉPENDANCE VOUS CONTEMPLENT

L’événement est pratiquement passé inaperçu, tant ce pays qui inquiète tant l’ONU semble n’avoir plus aucune contribution positive à apporter au monde. Pourtant, Haïti ( Ayiti en arawak, signifiant Terres des hautes montagnes) vient de fêter le 1er janvier dernier le bicentenaire de son Indépendance, au terme d’une révolte des esclaves commencée en 1791. Deux siècles de liberté pour se dépêtrer aujourd’hui dans une misère sans fond : à travers la déchéance de ce pays, c’est tout le décalage entre l’idéal indépendantiste et son fruit détourné au profit de quelques-uns, qui se donne à lire. Et à méditer : sommes-nous indépendants juste pour qu’une minorité illégitime confisque notre destin pour le rendre immobile ?


Aucun citoyen d’un pays issu de la décolonisation ne devrait l’ignorer : Haïti, le premier pays souverain de l’Histoire de l’humanité noire vient de fêter le bicentenaire de son existence. C’est en effet le 1er janvier 1804 que ces populations essentiellement d’origine africaine se libérèrent de l’exploitation esclavagiste et s’organisèrent en Etat indépendant. L’actualité contemporaine de cette petite île des Caraïbes a éclipsé un tel honneur : Haïti est plutôt connu pour ses malheurs et ses tontons macoutes.

Mais la modestie ecclésiastique étant parfois soluble dans la démagogie politicienne, ce triste constat n’a pas empêché son Président, le Père Aristide, de verser dans la démesure. Ainsi a-t-il crû judicieux d’affirmer, à l’occasion de la célébration de ce bicentenaire que « La première République noire est et reste l’épicentre de la liberté pour les Noirs ».

Thabo Mbeki, le président sud-africain venu assister aux festivités, a toutefois remis les choses à leur juste grandeur en estimant que le révolte des esclaves en Haïti avait été source d’inspiration pour le monde. Car, en toute sincérité, et tout en reconnaissant que la révolte de Toussaint Louverture ait pu servir de modèle à la lutte contre l’apartheid, il serait bien difficile de trouver quoi mettre à l’actif du régime des Duvallier (père et fils). Tout comme il serait difficile d’expliquer en quoi les souffrances d’Haïtiens privés de liberté par les leurs auraient pu positivement influencer la détermination combative des peuples colonisés ou opprimés de par le monde.

Sans trop se demander dans quelle mesure la couleur de la peau peut se transformer en référent idéel, le raccourci est vraiment saisissant : deux siècles d’Indépendance pour être aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres du monde. Comment un mouvement d’émancipation aussi lourd de sacrifices humains a-t-il pu s’embourber dans un tel chaos ?

Le problème dépasse donc largement le cadre étroit d’Haïti et la question vaut également pour la majorité des pays issus du processus de décolonisation. Car, si la situation politique et sociale de cette population interpelle, c’est parce qu’Haïti fonctionne comme un paradigme : celui des luttes détournées de leur finalité par les régimes en place. Lesquels, par incompétence autant que par cupidité, se sont immensément enrichis, plongeant leurs peuples dans la misère et la mendicité internationale. C’est justement ce qui gêne dans le cas haïtien: les dictatures contemporaines n’ont fait que remplacer l’exploitation commerciale d’origine étrangère en lui donnant une coloration endogène, indigène

Aux négriers ont succédé les rois nègres méthodiques, n’en déplaise à l’émotivité chère à feu Senghor. Car, dans le domaine de la violence politique, Haïti a vraiment été un précurseur : entre 1804 (date de son indépendance) et 1957 (date de l’arrivée au pouvoir de Papa Doc), 24 de ses Chefs d’Etat sur 36 ont été soit renversés (il y aura aussi quelques coups d’Etat après), soit assassinés, les deux n’étant impossibles. Quant à la mégalomanie dynastique, Bokassa, en s’autoproclamant Empereur, s’est peut-être inspiré du destin de Jean-Jacques Dessalines, devenant dès 1804 Jacques Ier , monarque d’anciens esclaves.

Avant même que Sékou Touré ne dise non à la France, Haïti expérimentait déjà le modèle dictatorial qui allait connaître une remarquable inflation dans l’Afrique post-coloniale : le 22 octobre 1957, François Duvalier arrive au pouvoir. Il règne par la terreur, interdit les partis politiques d’opposition et obtient du Parlement de gouverner par décrets.

Mais, à y bien regarder, n’est-ce pas la même facilité antidémocratique que la Constitution Djiboutienne accorde au Président de la République, Chef du Gouvernement, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature et accessoirement président d’un parti politique ? Le fait est donc bien là : à travers Haïti, ce sont tous les régimes de dérive qui devraient se reconnaître dans ce gâchis et avoir honte. Car, si Haïti est aujourd’hui classé 146ème sur les 173 Etats, la République de Djibouti n’est pas bien loin devant : 142ème ou 143ème. Ce n’est pas glorieux.

« Les sociétés sans histoires, sans tradition, sans mœurs nationales, sans les vertus publiques, finissent par devenir des peuplades dont l’existence est inutile dans l’œuvre de la civilisation » écrivait excessivement en 1947 l’historien Thomas, auteur d’ouvrages relatifs à l’histoire d’Haïti. Tout peuple a une Histoire, qu’elle soit écrite ou orale, n’en déplaise aux partisans du comte de Gobineau. Le problème, c’est juste que certains dirigeants sans envergure n’ont aucun dessein pour leur Peuple, préférant leur imposer stagnation ou récession, du moment qu’ils perdurent en s’enrichissant personnellement, par les fraudes et la corruption.

 


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Dernières éditions Journal Réalité

Réalité numéro 77 du mercredi 31 décembre 2003

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Réalité numéro 77 du mercredi 31 décembre 2003

ARD

Sommaire

  1. Éditorial
  2. Brèves nationales
  3. L’asphyxie économique de Tadjourah
  4. Réalité dénonce, le régime renonce
  5. La LDDH à Ouagadougou
  6. Courrier des lecteurs
  7. Si Lansana m’était conté
Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 77

Tirage : 500 exemplaires

Tél : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 


Éditorial

BONNE ANNEE 2004…

DANS L’ŒIL DU CYCLONE

Pour parler un langage informatique, il semble que la mémoire audiovisuelle djiboutienne fonctionne sélectivement sur le mode du formatage récurrent : aucune rétrospective de l’année n’est proposée à l’appréciation du citoyen-téléspectateur ; autrement que sur le mode de l’invitation aux applaudissements propagandistes. Nous sommes dispensés d’apprécier le chemin parcouru, peut-être parce que c’est le plus souvent à rebours, en tout cas pour ce qui concerne les domaines dits sociaux. Là au moins, le recul est si patent que le régime serait malvenu de s’auto glorifier, quand bien même une providentielle perspicacité présidentielle aurait pourvu en dialyse un service certainement nécessiteux. Comme dans le secteur éducatif où, spécialement dans les zones rurales éloignées, les parents d’élèves se plaignent de ce que leurs enfants fassent encore école assis sur des boîtes de Nido.

Pour notre part, en tant qu’opposition s’estimant avoir des comptes à rendre aux citoyens, nous pensons que, s’il fallait retenir un fait marquant de l’année qui vient de s’écouler, ce serait à n’en pas douter l’énorme mobilisation populaire suscitée par le scrutin législatif du 10 janvier. N’eût été la rétention volontaire des cartes d’électeur, le taux de participation aurait frôlé les 90% des inscrits. Preuve donc s’il en était besoin, que l’instauration du multipartisme intégral, même en autorisant la création de multiples partis présidentiels, a suscité d’énormes espoirs au sein d’une population très majoritairement fatiguée des incessantes magouilles tribalo-financières et ne demandant qu’à vivre pacifiquement et assurer un héritage digne de ce nom à ses enfants. Mais, dix-neuf ans après 1984, le chef-d’œuvre d’Orwell, l’année qui vient de s’achever aura démontré, de façon certes caricaturale, la grotesque actualité de tous les Big Brother, pour lesquels le continent africain (hormis quelques exceptions asiatiques au rang desquelles il faut mentionner les geôliers birmans d’Aung San Su Chi) reste malheureusement le plus important retranchement. 2003 a donc été une année qui a débuté de façon mouvementée et qui, sans la sagesse d’une opposition dépossédée de sa victoire, aurait également fini de façon mouvementée, pour peu (et ce n’est pas évident) que ce régime d’usurpation ait pu résister aux légitimes assauts des aspirations populaires au changement démocratique.

Mais, il est bien évident que nulle formation politique (sauf si elle est sponsorisée par le pouvoir en place, ce qui n’est pas rare) n’a vocation à être perpétuellement dépossédée de sa victoire, à uniquement servir, par sa participation à des scrutins perdus d’avance, de caution démocratique à un régime profondément réfractaire à toute libre expression de la volonté populaire. Or, chacun le sait, et spécialement parce que la Constitution de 1992 organise ainsi notre vie politique, 2005 sera le théâtre d’un affrontement sans merci entre les forces de régression, regroupées autour du candidat officiel, quel qu’il soit si Allah lui prête vie, et celles du changement, quel qu’il soit si Allah lui prête itou vie.

De ce point de vue, l’année qui commence demain se situe effectivement dans l’œil du cyclone : un moment de calme entre deux séquences historiques pour le moins troubles. Il faut donc en profiter, pour se construire une conscience citoyenne encore plus aiguë, déterminée et capable de condamner le blâmable et de soutenir le juste. Dans cette construction d’une identité nationale résolument installée dans les droits de l’homme et le respect de son prochain, de son voisin, inutile de compter sur les forces du formatage cyclique et d’oubli sélectif.


Brèves nationales

Dikhil :

Libération des jeunes chômeurs

Mardi dernier, les 18 jeunes chômeurs, libérés la veille ont à nouveau manifesté pacifiquement devant les bureaux du district de Dikhil, exigeant la libération de leurs 7 camarades incarcérés à Gabode. Quarante-huit heures après cette manifestation de solidarité qui a été suivie avec sympathie par la population dikhiloise, les autorités ont relâché ces jeunes injustement écroués à Gabode. Espérons qu’avec cette détente, les jeunes chômeurs seront embauchés comme ils le souhaitaient, au chantier de la réhabilitation de la route Dikhil-Wéa. Il est tout simplement inimaginable que le régime laisse impunis les propos d’un galonné prétentieux justifiant une répartition tribale du droit au travail en fonction de zones géographiques.

Tourisme :

Le Goda s’auto-développe

En l’absence de toute politique volontariste de la part du gouvernement visant à développer le tourisme et l’artisanat, dans cette région qui ne manque pas d’atouts, les habitants du Goda ont depuis longtemps retroussé les manches pour valoriser leur région délaissée par les dirigeants, dont c’est pourtant la mission, mais trop occupés à dîner en dormant. Passons ! L‘Ard tient à féliciter toutes les initiatives privées qui, à travers toutes les associations et ONG, ou tout simplement sur de petits prêts, ont impulsé le travail de fourmi en cours.

Résultat ? A l’occasion des fêtes de fin d’année (Noël et Nouvel An), ce sont des colonnes de véhicules 4×4 qui ont emprunté les pistes du Goda, pour séjourner dans les nombreux sites touristiques ayant essaimé dans la région. Aucune publicité n’étant faite dans la presse par l’officie chargé de ce développement, c’est le bouche à oreille dans la communauté expatriée qui fait office de publicité. L’attrait certain du paysage montagneux, la légendaire hospitalité des habitants, le charme des daboïtas, tout concourt, l’espace de quelques jours, à faire oublier aux touristes la criante absence de politique publique dans ce domaine. Les touristes commencent même à rêver, si quelques travaux étaient effectués pour rendre les pistes plus praticables et les sites plus rapides d’accès, c’est chaque week-end qu’ils se rendraient volontiers bivouaquer au Day, à Bankoualé, Dittillou ou ailleurs, qui gardent charme et attrait en toute saison. Quant au district d’Obock, nul doute qu’il aurait, lui aussi, tiré son épingle du jeu dans cette saison touristique, si la mauvaise gouvernance et les calculs électoraux ne lui imposaient un féroce enclavement asphyxiant toute initiative de développement.

Nous encourageons tous nos partenaires économiques à s’intéresser, en les finançant, à ces activités sources d’emplois.

Obock :

La dernière première pierre ?

Hasard du calendrier ou panique officielle ? Pendant que la direction de l’ARD procédait à l’inauguration d’une nouvelle section de notre parti à Tadjourah, une délégation du RPP organisait une cérémonie de pose d’une première pierre… du futur siège de ce parti à Obock. Décidément, Obock est devenue la ville des premières pierres et la pierre d’achoppement du développement durable version RPP. Malgré les moyens techniques et financiers déployés pour cette visite d’esbroufe, le passage des envoyés gouvernementaux est pratiquement passé inaperçu. Aux dires de certains, ce déplacement ne faisait pas l’unanimité au sein même des barons de ce régime en plein désarroi. Le malaise actuel au sein de cette formation sclérosée explique peut-être que d’autres aient préféré respirer l’air marin d’Obock.

Tadjourah :

L’ARD se multiplie

A l’invitation du dynamique comité des femmes de Tadjourah, et des militants du quartier de Marsaki, une délégation de notre parti, conduite par le Président par intérim, M. Ahmed Youssouf, a effectué une visite de travail dans la Ville-Blanche le week-end dernier. Arrivée sur place jeudi vers midi, la délégation a été conviée à un sympathique déjeûner chez la grande militante Fato Omar. Dans l’après-midi, la direction de l’ARD a eu une importante séance de travail avec le comité des sages et des jeunes de la ville. Dans la soirée, une réunion s’est tenue avec le comité des femmes à l’annexe centrale du parti, non sans attirer une curiosité démesurée de certains pontes du RPP, certainement impressionnés par l’affluence féminine.

Le lendemain vendredi, les dirigeants de l’ARD ont été chaleureusement accueillis par les militantes et militants de Marsaki. Dans ce quartier situé au nord de la ville, la direction de l’ARD devait procéder à l’inauguration d’une nouvelle section du parti, conformément aux souhaits maintes fois exprimés par les habitants particulièrement engagés à nos côtés. Après le siège central de la place de l’Indépendance et la section du bord de mer, l’installation d’une troisième section dans la Ville-Blanche démontre la vitalité de notre parti et son audience réelle dans cette ville de Tadjourah ,solidement ancrée dans l’opposition.

Fatiguée de l’esbroufe officielle et des fraudes, la population de Tadjourah continue de brandir fièrement l’épi de dourah, symbole de notre parti. Au cours de ses multiples rencontres avec les militants de cette ville, la direction de l’ARD a tenu un langage de vérité : son message d’espoir et de lutte a été parfaitement compris. Après Tadjourah, la direction de l’ARD compte prochainement effectuer une visite similaire dans la ville enclavée d’Obock.

Gestion urbaine :

Les hommes réfléchissent, les animaux méditent

Le journal gouvernemental « La Nation » ne manque pas d’humour, dans son édition de lundi dernier en page 10, une brève solennelle relate les cogitations du comité technique chargé de la gestion urbaine. On y apprend ainsi qu’ « au cours de cette réunion, les membres du comité technique de coordination, structure chargée de réfléchir sur les problématiques liées à la gestion urbaine de la ville, ont examiné les voies et moyens d’améliorer les conditions d’hygiène et de salubrité de la capitale. » Fort bien ! et nous les y encourageons. Mais, pour l’heure, force est de constater que ces réunions de grands penseurs n’ont toujours pas mis fin à l’errance des animaux en ville. A ce sujet, nous saluons la pertinence et la sagacité de la photo publiée sur la même page de « La Nation » et montrant des chèvres méditant tranquillement sur la chaussée publique. Entre les discours et la réalité…


L’asphyxie économique de Tadjourah

Tandis que le régime multiplie les opérations de charme, au masculin comme au féminin, en direction de la Ville-Blanche, la situation économique du district de Tadjourah ne cesse de se détériorer. Réduction constante des postes budgétaires, abandon des infrastructures publiques, aucune aide à l’investissement privé, opacité de la gestion du Conseil régional qui ne rend aucun compte à ceux qu’il est pourtant censé administrer, entraves au commerce transfrontalier : c’est une véritable asphyxie qui ne dit pas son nom. A qui profite le crime ?


Tadjourah, Capitale régionale du Nord de notre pays et son arrière-pays souffrent de la pauvreté, du délabrement et d’un chômage endémique frappant lourdement sa jeunesse. Cette situation contraste fortement avec son passé glorieux de port commercial pour le Choa et l’Abyssinie en général. Cette ville qui a émerveillé tant d’aventuriers et suscité tant de convoitises des puissances en lutte pour le contrôle de cet axe maritime. Nombre d’étrangers de passage ont écrit sur cette ville, jouissant d’indéniables capacités commerciales qu’elle a su faire fructifier par ses relations avec les voisins proches ou lointains, allant de l’Égypte à l’Inde en passant par le Golfe d’Aden.

Après les années coloniales improductives, le régime issu de l’Indépendance a gâché, par son centralisme étouffant, les possibilités de développement de cette région.

Le Budget du district de Tadjourah, à en croire les comptes définitifs du budget de l’État pour l’exercice 2001, s’élève à 41,2 millions de nos francs. Il est, rappelons-le, en constante diminution depuis une décennie. Les dépenses admises du Budget de l’exercice s’élèvent quant à elles à 30,4 millions FD. C’est donc environ 0,1% du Budget de l’État qui est consacré en 2001 au développement de cette région. Même en ajoutant la dotation du Conseil régional (50 millions FD pour chaque district), la part du Budget de l’État consacrée à ce district reste invariable et insignifiante. Le montant global des enveloppes consacrées aux quatre districts s’élève à 1% du Budget national. Dans ces conditions, il serait plus juste de parler de Budget de Djibouti (la Capitale) plutôt que de Budget National. D’où la pertinence de notre insistante revendication pour une véritable décentralisation. Affecter 99% du Budget de l’Etat au plus petit district en superficie, au prétexte qu’il abrite la Capitale et qu’il est le plus peuplé en dit long sur les priorités et les choix budgétaires de nos décideurs politiques.

Si la guerre civile a affecté la vie de cette région, il n’en demeure pas moins que le régime actuel n’a absolument pas cherché à en guérir les maux, à tous les sens du terme. En effet, aucune politique sérieuse et sincère pour la réhabilitation des zones affectées par le conflit et, d’une manière générale, le développement des régions n’a vu encore le jour. La population de Tadjourah comme celles des autres régions est toujours contrainte à l’exode économique vers la Capitale. Il n’y a pas très longtemps la ville de Tadjourah comptait environ 300 salariés de l’administration publique. Actuellement, il en reste moins de 50. En octobre 2000, lors de son déplacement spectaculaire pour l’inauguration du « nouveau » port, le Président de la République avait promis à ce district des retombées économiques rapides de «cette oeuvre». Il s’avère aujourd’hui, trois ans plus tard, qu’aucune création d’emploi n’a été recensée, l’espace bitumé réservé au stockage temporaire des marchandises demeure tristement vide, et sert de parking.

Le constat est amer. Le dragage qui devait permettre aux boutres d’accoster plus facilement et de bénéficier d’une eau profonde n’a pas été entièrement réalisé. L’augmentation du flux maritimes, pour raisons touristiques ou autres relève du bluff total : même la plage du «Sable Blanc est nettement plus fréquentée que le port de Tadjourah ! Par conséquent, cet investissement financé sur les fonds du Port Autonome International de Djibouti (avant concession à Dubaï) reste improductif, faute d’une réelle volonté politique capable de prendre en compte tous les paramètres d’un développement durable. Il se murmure dans les milieux proches du régime que ce port aurait plutôt été rénové pour des raisons uniquement sécuritaires, au bénéfice de l’armée et de la police. On ne sait jamais…

Pour sa part, l’usine des eaux de Tadjourah, qui employait quelques dizaines de salariés et qui a été saccagée durant la guerre civile par les troupes gouvernementales, elle aurait récemment fait l’objet d’une cession sans appel d’offres, pour un « franc symbolique » à des amis politiques du pouvoir. Sa destinée reste méconnue de la population. Depuis la fermeture de la route reliant Tadjourah et Bouya, le secteur du transport transfrontalier a été frappé de plein fouet, jetant dans le chômage technique nombre de professionnels. Chacun le sait, le journal gouvernemental « La Nation » s’en fait souvent l’écho, les pistes de l’Intérieur ne sont plus entretenues que par… les forces françaises.

Ainsi, aucune amélioration dans la vie quotidienne de cette population très affectée n’est visible. Fatigués du mensonge électoraliste, les habitants de cette ville plusieurs fois centenaire, jadis carrefour commercial et débouché économiques d’une partie de la sous région, n’attendent rien de ce régime qui préfère distribuer du khat plutôt que de donner travail, soins ou Éducation. Lors de notre déplacement la semaine dernière, les Sages de Tadjourah nous l’ont répété :. « rien n’est fait et rien ne se fera sous ce régime prédateur et insatiable». CQFD.


Réalité dénonce, le régime renonce

Il y a un peu moins d’un an, le régime a dépêché un émissaire prendre contact avec l’équipe de rédaction de Réalité. Marché proposé : le journal de l’ARD évoque les bonnes réalisations du régime qui procèdera alors à la restitution du salaire confisqué des dirigeants du FRUD-armé. Inutile de préciser que ce chantage à l’argent n’a pas fonctionné. Et encore : si les médias publics, respectueux du pluralisme des opinions caractérisant toute véritable démocratie, accordait la place qui lui revient au point de vue opposant, la presse d’opposition aurait été bien obligée, ne serait-ce que par respect, de nuancer ses propos. Donc, depuis son lancement, par son sérieux et son indépendance d’esprit, notre hebdomadaire croit avoir véritablement contribué à faire bouger les choses. La liste non exhaustive des résolutions positives à son actif est là pour témoigner de son efficacité. Malheureusement, les dérives dénoncées n’ont pas toujours été circonscrites, car elles se sont heurtées à la force d’inertie négative de ce régime irresponsable.


Dan un de ses premiers numéros, Réalité s’était inquiétée des conditions douteuses de fonctionnement d’une clinique médicale officiant dans la Capitale, pompeusement baptisée «clinique égyptienne » alors que chacun sait que les véritables spécialistes égyptiens sont mondialement reconnus pour leur compétence. L’Ambassade égyptienne s’étant saisi de l’affaire, il est apparu qu’une praticienne était recherchée dans son pays pour certaines indélicatesses.

Suite à cette publication et surtout à cette suite donnée par les officiels égyptiens, une partie du personnel officiant dans cette clinique a été contrainte de rentrer en Égypte. De son côté, le ministre djiboutien de la Santé, obligé de plonger dans une affaire à laquelle, pour de sombres raisons, son illustre prédécesseur avait accordé d’incompréhensibles facilités, a été amené à se rendre à l’évidence et à fermer définitivement cette clinique. My doctor is rich : ce n’est malheureusement pas le cas pour Djibouti.

Après cette victoire, dont nous n’avons jamais fait état, puisque le ministère djiboutien de la Santé a également veillé, dans la mesure de ses maigres moyens institutionnels, à la sauvegarde de la Santé publique, Réalité a réussi à bousculer quelques idées reçues en arrachant à la mauvaise gouvernance institutionnalisée certains droits injustement refusés aux administrés abandonnés. Ainsi, dans son numéro 42, notre journal s’était élevé contre la soif imposée aux habitants du petit village de Moulhoulé, dans l’extrême Nord du district d’Obock, population punie pour avoir massivement voté UAD lors des dernières législatives de janvier 2003. A la suite de notre dénonciation, les habitants de Moulhoulé ont tout simplement été restaurés dans leurs droits légitime : désormais, une citerne de l’Armée Nationale leur distribue généreusement et quotidiennement l’eau douce collectée par un camion-citerne. Comme quoi, notre Armée nationale ne demande qu’à justifier son existence en servant ses concitoyens.

Quant à la pêcherie d’Obock, privée d’électricité en raison de la rupture d’un petit câble électrique, elle a renoué avec la lumière grâce aux dénonciations hebdomadaires de cette coupable négligence par Réalité, le journal qui, décidément, défend les oubliés de ce système anti-développement durable.

Concernant l’électrification du village de Randa, il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’influence déterminante de notre journal quant à sa revivification à travers l’inauguration de sa centrale électrique par le Chef de l’État en personne. Au lendemain de cette électrification en grandes pompes, nous n’avions pas cessé de critiquer la paralysie gouvernementale pour cause de pénurie en carburant, du fonctionnement de ce groupe électrogène. Après nos multiples protestations, Randa a quand même réussi à bénéficier de quelques heures quotidiennes d’électricité, entre dix-huit heures et vingt-trois heures.

Les malheureux coolies d’Obock, embauchés début 2002 pour raison électoraliste, nous sauront quant à eux gré d’avoir contribué à arracher leurs salaires, eux qui en étaient privés depuis plus de neuf mois sans aucune justification. La seule question qui se pose alors, c’est de savoir pourquoi ces pauvres smicards n’avaient pas été payés depuis longtemps. Seule la volonté de nuire et d’humilier son prochain peut expliquer une telle méchanceté.

Comment ne pas faire un parallèle entre les attentions électoralistes du régime en faveur de Yoboki et nos multiples appels à la réhabilitation de cette localité oubliée depuis 1992 ? Le Chef de l’État en personne s’est rendu sur place pour y inaugurer un petit groupe électrogène, lançant en principe l’électrification de ce village maintenu dans l’obscurité depuis dix ans. Au chapitre du développement du Sud-Ouest, rappelons que le régime, après avoir inauguré en grande pompe la route Dikhil-Galafi, censée favoriser le commerce transfrontalier, avait interdit pendant plusieurs semaines l’entrée des commerçants éthiopiens coutumiers de cette voie.

Conséquence : des dizaines de transporteurs djiboutiens vivant de ce trafic étaient contraints au chômage technique. Réalité ayant vigoureusement dénoncé ce blocus préjudiciable aux intérêts des commerçants nationaux, les autorités ont bien été obligées de laisser entrer sur notre territoire des importateurs éthiopiens faisant travailler des dizaines de familles djiboutiennes.

Sans oublier les destinataires nécessiteux de la ville d’Ali-Sabieh, auxquels la distribution des dattes était refusée durant le mois béni du Ramadan, et qui ont été généreusement servis après la fête de l’Aïd-El-Fitr, juste parce que Réalité a révélé cette irresponsable rétention de denrées alimentaires opérées par les autorités administratives de ce district.

Last but not least, mentionnons le scandale du trafic de jeunes filles clandestines pensionnaires du camp de réfugiés d’Awr-Awsa et qui étaient pratiquement vendues par les responsables de ce camp aux légionnaires. Réalité est certainement à l’origine de la punition administrative infligée à certains responsables, civils et policiers, de ce camp.

Telles sont quelques-unes de nos modestes contributions à la lutte contre la mauvaise gouvernance. Nous aurions également pu citer la récente acquisition de camions-bennes pour améliorer l’intolérable insalubrité dont souffrait notre Capitale. Bravo et continuez sur cette lancée en offrant une Voirie digne de ce nom, comme il en existait il y a trente ans, bien avant la prédation.

Notre journal continuera, contre vents et marées, à défendre toutes les victimes de l’injustice inhérente à la mauvaise gouvernance de ce régime. C’est sa mission et il en va de sa crédibilité nationale. Réalité restera pour les Djiboutiens le pourfendeur des multiples abus de ce régime irresponsable.

NÉCROLOGIE

NOUS AVONS APPRIS AVEC TRISTESSE LE DECES DE MADAME FATOUMA DABALE MOHAMED, SURVENU VENDREDI 26 DECEMBRE 2003 A DJIBOUTI-VILLE.

LA DEFUNTE, NEE EN 1935 A BOLLI DANS LE DISTRICT DE TADJOURAH, ETAIT LA MERE DE NOTRE COMPAGNON MOHAMED GARAD HOUMED, SECRETAIRE GENERAL DE NOTRE FEDERATION D’ARHIBA-MAKKA-AL-MOUKARAMA.

L’ARD ET LA REDACTION DE REALITE PRESENTENT LEURS SINCERES CONDOLEANCES A LA FAMILLE DE FATOUMA DABALE MOHAMED.

QU’ALLAH L’ACCUEILLE EN SON PARADIS ÉTERNEL. AMIN.

INNA LILLAH WA INNA ILAYHI RAAJI’UUN

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La LDDH à Ouagadougou

Alors que le comité officiel chargé des Droits de l’Homme prétendait qu’il n’existe aucune organisation de défense des droits de l’Homme à Djibouti, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains a participé aux travaux du Troisième Congrès de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme. A ce titre, c’est à M. Noël Abdi Jean-Paul qu’est revenu l’honneur de représenter notre pays à cette réunion qui s’est tenue les 17 et 18 décembre 2003 à Ouagadougou. Voici ses propositions de recommandations pour que la prochaine consultation électorale soit un peu plus transparente que les précédentes.


 LDDH, Le Président

Proposition de Recommandation en faveur de la Transparence

lors de la prochaine élection présidentielle en République de Djibouti.

A L’ATTENTION DES MEMBRES DU 1IIème CONGRES DE L’UIDH

présentée par: M. NOEL ABDI Jean-Paul de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains

Rappelant que la République de Djibouti avait par nature la vocation l’être le havre de Paix dans notre sous Région, même s’il n’avait pas réussi à gérer la Paix civile à l’intérieur, en particulier dans les districts d’Obock, de Tadjourah et de Dikhil.

Rappelant que le conflit armé entre les Forces armées du gouvernement et les celles du Frud-Armé a éclaté en 1991 pour prendre fin (après plusieurs Appels de la LDDH en faveur de la Paix et pour l’ouverture des négociations), avec le premier Accord de Paris du 7 février 2000 entre les deux Parties ; Accord de Paix signé, enfin, le 12 mai 2001, après plus d’une année d’une négociation à huis clos. Négociations probablement rendues difficiles par un régime en position de force sur son propre terrain.

Consciente que la dernière élection présidentielle a largement contribué à la Paix avec la candidature unique des Partis Politiques de l’Opposition unie soutenue par le Frud-Armé. Malheureusement, cette élection présidentielle du 8 avril 1999 a été une totale mascarade, ou plus exactement un véritable Coup d’État électoral : devant chaque Bureau de Vote, des hommes armés de la Gendarmerie Nationale et de la Force Nationale de Police veillaient. Même des morts ont voté.

Consciente que les élections législatives de janvier 2003 ont constitué des mascarades pires que celles de 1992 à 1999 dans les zones de guerre : après les élections législatives de janvier dernier la LDDH, par Note d’Information, avait souligné le Coup d’État électoral dans la Région de Tadjourah en particulier.

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains est très inquiète pour la transparence et le bon déroulement des prochaines élections présidentielles d’avril 2005 et lance un Appel pressant aux membres du Congrès de l’Union Interafricaine qui se déroule à OUGADOUGOU (BURKINA FASO), pour que, dès à présent, toutes les Instances Internationales et Régionales, tous les pays amis prennent leurs dispositions afin que les Observateurs Internationaux ne jouent plus le même rôle que le Conseil Constitutionnel de la République, dont malheureusement les augustes membres courbent souvent l’échine avant même de se prononcer de la manière la plus solennelle et la plus sincère, comme tous les véritables juges tenus par « en mon âme et conscience ».

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains demande à ses frères de l’UIDH d’œuvrer par tous les moyens, pour que toutes les prochaines consultations électorales soient organisées à partir de la vérification et de la révision des listes électorales (au moins 10 mois avant la date du scrutin prévu entre mars et mai 2005), bien avant que le propagande officielle, insupportable et permanente n’ait produit ses effets négatifs, comme elle le tente actuellement.

Car, l’actuelle campagne quotidienne est financée avec les derniers publics, avec les biens des institutions étatiques confisquées par le Chef du Gouvernement, Premier Magistrat, Chef des Armées, Chef de la Mouvance Présidentielle autour de sa personne, futur candidat à l’élection de 2005.

Le Président de la LDDH

Noel Abdi Jean-Paul

COMMENTAIRES

Nous serions certainement les derniers à sous-estimer la nécessité d’une refonte globale des listes électorales, d’un contrôle plus neutre du déroulement des scrutins et d’une mise en hibernation d’un Conseil Constitutionnel aussi peu respectueux de la légalité. Merci pour votre contribution à une pacification des moeurs politiques locales : nous aurons l’occasion de revenir très prochainement sur ce sujet à l’occasion du premier anniversaire du hold-up électoral du10 janvier. La Rédaction.


Courrier des lecteurs

Bonnes fêtes et ne vous plaignez pas !

En cette veille de la nouvelle année, permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour l’excellence du travail accompli au cours de l’année qui s’achève. En effet, ce n’est certainement pas facile tous les jours d’animer une presse d’opposition, vous comme votre confrère « Le Renouveau Djiboutien » pour contrer la propagande officielle quotidiennement déversée par un régime disposant d’aussi énormes moyens. Mais ce n’est pas spécialement pour vous présenter ces vœux que je prends aujourd’hui la plume : en fait, c’est au sujet de l’article publié la semaine dernière et intitulé « Une journée ordinaire d’un opposant » que j’aimerais vous soumettre quelques modestes remarques, réflexions et suggestions personnelles.

Dans le chapeau introductif de cet article relatant les déboires d’un de vos amis politiques avec les forces répressives du régime de 1994 à aujourd’hui, vous avez crû utile de dresser une liste (qui ne me semble pas exhaustive, loin de là) de dirigeants de l’opposition victimes de quelques « vacheries » financières du régime. Moussa Ahmed et le chèque sans provision de l’Assemblée Nationale, Ahmed Dini auquel une décennie de pension de retraite est refusée, les cadres du FRUD-armé dont le salaire est suspendu par la Présidence (précision qui me semble inutile car, sans l’aval de la Présidence, qui est capable de décider tout seul au gouvernement ou dans la haute administration publique ?), etc. etc. La liste aurait pu être plus longue, chacun connaissant dans son entourage une victime de ce genre d’abus de pouvoir pour raison politique, ou plutôt partisane, car je ne peux pas vous indiquer quelle ligne politique vraiment digne de ce nom le régime prétend protéger par de telles exactions.

En rappelant comme vous le faites le courage des opposants face à ces menaces, provocations et actes de terrorisme, je crois que vous rendez la méchanceté du RPP encore plus invincible. Et c’est justement cela que cherche le régime : terroriser le petit Peuple en faisant de vous les exemples de son arbitraire tout-puissant. En voyant avec quelles facilité et impunité la Présidence ou une de ses courroies de transmission viole les règles de droit les plus élémentaires et vous prive de vos sources de revenu, aussi modestes soient-elles, le citoyen ordinaire ne peut que craindre encore plus un tel pouvoir totalitaire.

Or, c’est justement ce qui est recherché car nul ne croit que nos finances djiboutiennes soient si misérables qu’elles ne peuvent supporter les dépenses relevant de vos justes droits, qui à l’indemnisation, qui à la retraite ou encore qui au salaire. Si vous, opposants inflexibles et démocrates convaincus, vous êtes les victimes financières de ce régime, c’est parce que l’exemple des abus dont vous êtes victimes doit servir à terroriser nous autres citoyens ordinaires. En parlant des injustices qui vous sont faites, vous offrez une publicité inutile à des dirigeants RPP pour lesquels il est normal de faire peur à des citoyens auxquels le droit de librement choisir leurs représentants est déjà refusé. Permettez-moi de vous rappeler toute la campagne de haine venant de la prétendue « majorité présidentielle» dont M. Dini fut victime lors des dernières législatives. C’était, aux yeux des spécialistes de la police politique, pour montrer au Peuple que le régime avait le droit et le pouvoir de salir même un Père de l’Indépendance.

M. Dini a eu parfaitement raison de ne pas y répondre, sinon que serait le débat devenu si l’UAD pointait du doigt certains aspects peu glorieux du chef de cette prétendue « majorité présidentielle » lors du conflit armé ? En clair, ce n’est pas parce que vous aurez dénoncé les injustices dont vous êtes victimes que le régime y renoncera et cessera ses abus en rendant à qui son indemnité d’ancien parlementaire, à qui sa pension de retraire décennal, ou encore à qui son salaire confisqué depuis deux ans. A mon humble avis, et je conclurai là, n’offrez pas une tribune inutile au terrorisme gouvernemental dont vous êtes victimes : supportez stoïquement ces bassesses dont seul est capable quelqu’un qui ne se respecte pas lui-même ! Et quelqu’un qui ne se respecte pas lui-même est insensible aux dénonciations de ses bassesses : tout ce qu’il veut, c’est que l’on ait peur de lui, pas qu’on le respecte. Nous souffrons déjà assez comme ça, alors s’il vous plait, n’en rajoutez pas dans l’impunité du régime. Luttez comme vous le faites, dénoncez uniquement les injustices dont vos concitoyens sont victimes, aux quatre coins du pays.

Quant à vous ne vous plaignez pas, vous êtes au-dessus de cela. Même si, pour revenir à l’article qui a suscité cette modeste contribution, il est parfaitement normal de soutenir un opposant aussi déterminé que M. Mahdi Ibrahim : halte aux mercenaires !

EMH, vous comprendrez

COMMENTAIRES

Message reçu 5 sur 5, Al Hamdou Lillah, quoique vous admettrez aisément que notre objectif n’a jamais été de nous plaindre, en espérant naïvement que le régime accepte enfin de reconnaître nos droits : nous ne l’avons jamais crû responsable au point de spontanément remédier à ses erreurs. C’est pour cela que nous n’avons jamais espéré une quelconque amélioration de sa part en notre faveur. Par contre, si nous insistons sur ses multiples violations de l’Accord de Paix du 12 mai 2001, c’est uniquement pour que les multiples organisations internationales qui s’en sont portées garantes à cette époque (Nations Unies, Communauté Européenne Union Africaine) voient l’étendue de sa violation gouvernementale : l’Accord est bafoué jusqu’à la bassesse. Quand manque le sens de l’État…


Si Lansana m’était conté

L’Afrique, ses fausses démocraties et ses vraies dictateurs

En Guinée, l’élection présidentielle du 21 décembre 2003, largement boycottée par l’opposition démocratique, n’a convaincu aucun observateur. Seul candidat face au Président sortant Lansana Conté au pouvoir depuis 1984, Mamadou Bhoye Barry, unique député d’une formation alliée du parti présidentiel, y a participé juste pour la forme. Malgré une faible participation des électeurs, le scrutin aurait été remporté par un Chef d’État malade, avec un score parfaitement fantaisiste de 95% des suffrages exprimés. Mourir au pouvoir : tel semble être le choix insensé du successeur de feu Sekou Touré, lui-même emporté par la maladie après 26 années de pouvoir dictatorial et tribalo-sanguinaire.


Lansana Conté, obscur militaire sans aucun charisme ni dessein national, accède au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en avril 1984, suite à la mort de Sékou Touré, le héros du Non à De Gaulle et premier Président de la Guinée indépendante, foudroyé par la maladie. Prétextant de mettre fin aux luttes intestines de succession, un groupe d’officiers s’empare du pouvoir et confie les destinées du pays à Lansana Conté qui proclame aussitôt la Deuxième République. Le nouveau Président de la République et président du Conseil Militaire de Redressement National (CMRN) rétablit les libertés individuelles et les règles démocratiques. Par contre, il engage le pays dans un régime de mauvaise gouvernance à outrance, qui vaut aujourd’hui à la Guinée d’être un des pays les plus misérables du continent africain, alors que la prospérité n’était pas hors de sa portée.

Pourtant, la Guinée, première colonie française à proclamer son indépendance dès 1958, ne manque pas de potentialités. Le pays dispose en effet de richesses minières, forestières et agricoles considérables. Après les années sombres du régime paranoïaque de Sékou Touré et l’omnipotence du Parti-Etat qu’il avait institué (le Parti Démocratique de Guinée) le règne chaotique de Lansana Conté n’a pas apporté aux Guinéens le développement et la démocratie tant attendus. Pire, le système régionaliste et sectaire instauré s’est révélé être un régime autoritaire déguisé, en apparence paisiblement démocratique, mais dangereusement rétrograde. La population guinéenne souffre gravement des maux classiques de la mauvaise gouvernance, que les Djiboutiens connaissent malheureusement bien pour les vivre quotidiennement depuis 1999 : retards de salaire, services publics défaillants, administration passablement corrompue, népotisme institutionnalisé et régression sociale.

Durant cette dernière présidentielle contestée, le candidat Lansana Conté tellement handicapé n’a tenu qu’un seul meeting et a même été obligé de « voter » à l’intérieur de sa voiture, parce qu’incapable de se déplacer normalement. Il est cependant parvenu à neutraliser toute opposition crédible (dont un ancien journaliste croyant que la presse ouvrait toutes les portes) en réussissant à rempiler sans difficulté pour un nouveau mandat de sept ans, bien qu’étant pratiquement dans l’incapacité de réellement exercer le pouvoir. Faisant fi des conseils de ses pairs africains lui ayant déconseillé de se représenter, Lansana Conté a obstinément choisi de renouveler son mandat, malgré la désapprobation générale suscitée par sa candidature anormale et irresponsable.

Le scrutin a été boycotté, comme il fallait s’y attendre de la part d’une opposition responsable, par toutes les forces démocratiques réunies au sein du Front Républicain pour l’Alternance Démocratique (FRAD). Le Chef de l’Etat sortant s’est engagé à briguer un nouveau mandat de sept ans, conforté en cela il est vrai par l’amateurisme du faire-valoir démocratique Mamadou Bhoye Barry, unique candidat à avoir accepté de jouer le jeu non-démocratique en se présentant à une élection organisée juste pour la forme. Le verdict ne s’est pas fait attendre : à l’issue du scrutin, le Chef de l’État sortant a été déclaré vainqueur avec 95% des suffrages exprimés, alors que son challenger n’en récoltait que 4%. Ainsi a pris fin une élection honteuse mettant aux prises un président malade et impotent et un opposant totalement inconnu et de surcroît naïf.

Pour sa part, l’Union Européenne a estimé utile de justifier son refus d’envoyer des observateurs lors de ce scrutin guinéen. Il s’agissait pour elle, le plus sérieusement du monde, de s’élever contre le monopole que le parti au pouvoir exerce sur les médias publics de Conakry. On conviendra avec nous que, de ce point de vue, notre RTD n’a absolument rien à envier aux autres Pravda. Alors, pourquoi ne pas dénoncer ici ce dont l’on s’offusque ailleurs? La seule différence, peut-être, c’est que la situation géostratégique de Djibouti mérite bien quelques accommodements avec la bonne morale et quelque mansuétude devant d’incontestables violations des droits les plus élémentaires. Surtout avec tous ces terroristes que l’on dit écumer la région.

Sans verser dans l’afro-pessimisme ambiant, nous ne pouvons que regretter de voir différée l’alternance démocratique tant espérée par la majorité des Guinéens et ce à cause de l’inconscience de Lansana Conté et de sa soif morbide de pouvoir. Pour le plus grand malheur des peuples africains, il est triste de constater que notre continent abrite encore en son sein des candidats presque non déclarés à la présidence à vie, comptant pour leur réélection, au péril de leur santé défaillante, sur les fraudes électorales et la complicité des Conseils Constitutionnels. Cette situation de mépris pour les réelles aspirations populaires explique en partie la dramatique stagnation de certaines nations africaines.


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