ARD » 10 janvier 2016

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Editorial de L’Aurore n°5 : En massacrant des concitoyens, le fuyard rattrapé sonne sa fin

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[Editorial de ‪#‎L‬‪#‎Aurore‬ N°5] : Nous vous proposons, en avant première, l’éditorial de ce numéro 5. Bonne lecture.

En massacrant des concitoyens, le fuyard rattrapé sonne sa fin.

Le 21 décembre 201 5, à balles réelles, le régime d’Ismaël Omar Guelleh (IOG) a fait tirer policiers, gendarmes et militaires sur des civils sans défense, des Somalis Issas Yonis Moussa, venus célébrer leur ancêtre éponyme à Buldhuqo, à la périphérie de Balbala, banlieue de la capitale djiboutienne. Un grand nombre de membres de cette communauté et d’autres civils ont été tués. Le pouvoir a commis un massacre.

Ce, quelques jours après la commémoration d’un autre carnage, perpétré celui-là contres les Afars à Arhiba le 18 décembre 1991. Mais aussi après d’autres tueries contre d’autres composantes somalies telles que les Samaronnes. C’est le massacre de trop. Pour un mandat de trop, le 4eme d’IOG depuis 1 999, qu’il tente de s’arroger par la force et la fraude en avril 201 6.

L’USN a vigoureusement condamné ce massacre et présenté ses condoléances aux familles comme aux proches des victimes. Elle souhaite un prompt rétablissement aux blessés et demande une enquête internationale indépendante sur le drame.

En ce 21 décembre 201 5, le pouvoir s’en est aussi pris aux
dirigeants de l’opposition en réunion au domicile de l’un d’entre eux, Djama Amareh Meidal, fracturant le col du fémur au président de l’USN, Ahmed Youssouf Houmed, et blessant par balles l’ancien ministre Hamoud Abdi Souldan ainsi que le jeune député Saïd Houssein Robleh.

Lors de cet assaut policier sanglant, le secrétaire général de l’USN, Abdourahman Mohamed Guelleh dit Tx, a été arrêté par la police. Depuis le 24 décembre 201 5, il croupit à la prison centrale du pays, Gabode, avec une quarantaine d’autres détenus politiques dont l’ancien ministre Hamoud Abdi Souldan, pourtant grièvement blessé par balles.

Ce que vient de commettre le régime à Buldhuqo et contre l’opposition, nous évoque un phénomène que le pasteur
nomade connait : le comportement de l’hyène acculée. Ce carnivore à la peau tachetée ou rayée est, avec le chacal, le
fauve le plus répandu dans nos contrées où il n’a pas bonne réputation. Son nom n’est pas synonyme de courage, ni de
noblesse. L’hyène n’est pas le lion, prédateur à la crinière fournie et à la démarche majestueuse. Elle n’en a ni le cri
puissant qui secoue la savane, ni le regard qui glace sa proie, encore moins l’allure qui en impose. L’hyène n’est pas le roi des animaux. Dans la réalité comme dans la mythologie pastorale.

L’hyène, à la fois charognard et chasseur, tue, mais elle ne tue que les bêtes qui la fuient. Elle ne tue que par derrière.
Que la proie se retourne et lui plonge les yeux dans les yeux, et la voilà qui doute subitement de sa force : le face à
face la déstabilise.

A l’hyène, qui chasse seule ou en meute, il arrive d’être chassée à son tour. Par nos pasteurs nomades. Non pour sa
chair, la chair des carnivores n’entre pas dans l’ordinaire pastoral, ni pour sa peau, sauf dans de rares cas, mais pour
la mettre hors d’état de nuire.

De voir l’hyène fuyant devant celui dont elle attaque ou menace le troupeau, est édifiant. C’est un spectacle de fuite éperdue. N’ayant ni la rapidité du guépard, ni l’endurance du dromadaire, elle est assez vite rattrapée. Acculée, sentant sa fin, elle pousse des hurlements de détresse.

L’hyène est alors capable de coups mortels contre son ou ses poursuivants. Avec l’énergie du désespoir, elle peut tenter une dernière attaque, celle du quitte ou double.

Vous l’avez compris, par bien des aspects, un pouvoir qui se distingue par la prédation économique, la misère sociale et la répression politique, rappelle l’hyène. Comme elle, il manque de courage et de noblesse. Comme elle, il fonctionne à l’instinct. C’est un pouvoir primaire où la raison n’a guère droit de cité.

Telle l’hyène, ce régime ne sévit que parce que la proie le fuit. Il ne tient que par la crainte qu’il inspire. Que la peur populaire cesse, que le peuple se retourne et lui plante les yeux dans les yeux, et il est désarmé. Que le peuple s’avance vers lui, et il fuit. D’abord, par la répression classique : gaz lacrymogène, arrestations, détentions, maltraitances et autres actes de torture, persécutions professionnelles, administratives, etc. Puis, si cela ne suffit plus, il panique et manie les armes à feu. Il tire à balles
réelles. C’est là sa charge finale, celle qu’il tente avec l’énergie du désespoir. Désespoir, car il sait que si les balles réelles ne font pas reculer le peuple, c’en est fait de lui. Il est comme l’hyène qui, gueule ouverte, dans un ultime sursaut, se retourne contre le ou les pasteurs qui la poursuivent. Il mord à mort, espérant que le sang qu’il répand et les vies qu’il ôte, lui assurent quelque sursis.

Seulement, il oublie que, contre le vivant, les mêmes assauts ne produisent pas toujours les mêmes effets. Il oublie qu’aujourd’hui n’est pas hier, ne serait-ce que parce que les leçons du sang passé ont été intégrées par la conscience collective et que le peuple a changé en conséquence.

C’est dire si, en massacrant à Buldhuqo, carnage de trop, le régime crépusculaire de Guelleh a manqué son coup désespéré. Il a achevé de se condamner à la disparition.

Le sang de Buldhuqo sonne la fin d’une époque.

@Editorial de L’Aurore N°5

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Droits de l’Homme menacés à Djibouti : de futures élections sous tension (10/01/16)

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Le 21 décembre 2015, au moins 27 civils sont tués à Buldhoqo, près de la capitale de la République de Djibouti. Ce « massacre » – comme le qualifie la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) – s’inscrit dans un contexte politique tendu à l’approche des élections présidentielles d’avril 2016.

Source : http://www.parlonsinfo.fr

Le 21 décembre dernier, les forces de police et l’armée intervenaient violemment lors d’une cérémonie traditionnelle organisée à Buldhoqo, un bidonville annexe à Balbala – l’un des quartiers les plus peuplé de Djibouti – en prétextant une foule hostile armée de machettes et d’armes à feu. Cette justification du ministre des Affaires Étrangères djiboutiennes est immédiatement démentie par l’opposition qui dénonce une attaque planifiée contre ce quartier connu pour rassembler les adversaires du régime. Des membres de l’Union pour le Salut National (USN), une coalition de plusieurs partis opposés au régime, auraient été blessés, arrêtés et torturés.

Le bilan — encore provisoire — est tragique. Les autorités annoncent 7 morts civils et une cinquantaine de policiers blessés alors que la FIDH annonce au moins 27 morts. La Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme (LDDH), elle, en comptabilise 28 en plus d’une cinquantaine de blessés et d’une dizaine d’arrestations.

Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que ce baraquement est visé. En effet, le 26 novembre 2013, les autorités avaient déjà rasé ce bidonville et expulsé les 4000 habitants de leurs habitats de fortune. Bien que le ministre de l’Intérieur prétextait que cet événement entrait dans le cadre d’un « programme de démantèlement des occupations illégales » et aurait permis l’arrestation de contrebandiers, d’autres témoignages d’anciens habitants dénonçaient plutôt des actes d’intimidation.

Une escalade de la violence s’inscrivant dans un contexte politique tendu

Le 18 décembre 1991 avait eu lieu un massacre à Arhiba – un autre quartier peuplé de la capitale – faisant au moins 59 morts à la suite d’une succession de rafles planifiées qui furent stoppées uniquement par le survol d’un hélicoptère de l’armée française dans la zone. Le suffrage parlementaire de 2013 avait causé la mort de 6 manifestants par balle. En octobre 2015, déjà, plus d’une cinquantaine de personnes avaient été arrêtées en raison de leurs liens familiaux avec des membres du Front pour l’unité et la restauration de la démocratie (FRUD), adversaires du pouvoir. De plus, cela était sans compter la centaine de militants sympathisants d’opposition emprisonnés depuis novembre 2015, ce qui augmente le bilan d’arrestation arbitraire à 300 civils en trois mois dont une large partie serait actuellement encore en prison.

Ces circonstances avaient déjà préoccupé la FIDH qui avait très tôt tiré le signal d’alarme sur la situation et sa possible dégénérescence. Cependant, même la présence de bases militaires occidentales n’ont pas pu empêcher le drame du 21 décembre. Parmi les blessés, M. Ahmed Youssouf Houmed – le président de l’USN – serait à l’hôpital pour une fracture du col du fémur des suites de la répression et M. Said Houssein Robleh – député de l’Assemblée Nationale – aurait été atteint par des tirs à la gorge.

Le mardi 5 janvier 2016, la FIDH réclamait une enquête sur ces événements pour tenter d’apporter une lumière médiatique sur l’urgence de la situation afin d’amener la communauté internationale à se saisir du problème. Les circonstances semblent, en effet, extrêmement préoccupantes à l’approche des élections qui auront lieu en avril 2016. En effet, M. Ismaïl Omar Guelleh – actuel président de Djibouti réélu en 2011 avec 94% des voix – avait modifié la constitution en 2010 pour se permettre de concourir à un quatrième mandat après avoir pourtant renoncé publiquement à l’élection pour calmer les tensions. Ce suffrage s’annonçait déjà très tendu depuis l’annonce officielle du président de revenir sur cette déclaration un an après la fin des négociations sur la création de commissions parlementaires multipartistes. L’opposition avait alors invité à boycotter le scrutin.

Une situation préoccupante, les civils menacés

Courant 2016, l’Afrique ne verra pas moins de 16 élections présidentielles se succéder au cours de l’année, chacune amenant sont lot de tensions et d’instabilités au continent. La situation à Djibouti n’est que la cristallisation d’une situation encourue depuis plusieurs années, à force de pressions politiques et ethniques. L’inaction occidentale n’est que le résultat de l’incapacité du droit international – reposant grandement sur le consentement des États – à permettre des interventions militaires autres que celles décidées par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

La FIDH lance à présent, le 8 janvier 2016, un appel urgent concernant M. Omar Ali Ewado – fondateur et grande figure de la LDDH – actuellement entendu par la justice djiboutienne pour diffamation publique. L’ONG dénonce une « détention » et un « harcèlement judiciaire » de celui qui a publié un compte précis et détaillé des victimes et blessés des événements du 21 décembre. Elle somme Djibouti de cesser de porter atteinte à ce « défenseur des Droits Humains » : cela ne ferait effectivement qu’aggraver ce contexte explosif et pourrait mener à de nouvelles agressions potentielles.

Les risques de violence sont imminents et bien réels. Cela fait 25 ans que Djibouti est le théâtre de brutalités répétées à l’abri du regard du monde et le destin de ce petit État ne semble pas préoccuper la communauté internationale. Pourtant, tous se souviennent de la part de responsabilité de l’inaction de l’ONU dans les événement au Rwanda en 1994 qui ne sont que le reflet de l’histoire sanglante contemporaine de l’Afrique. La France se dit inquiète de la situation et les États-Unis n’ont pas encore réagi alors que ces deux pays disposent d’une présence militaire sur le territoire djiboutien pour lutter contre les shebabs. La Chine devrait déployer des forces armées en 2017, mais il est probable que ce soit déjà trop tard.

L’état des droits de l’homme et des civils à Djibouti semble plus que préoccupant. La situation ne peut que se dégrader — encore plus à mesure qu’approchent les élections d’avril — et la réaction internationale tarde à venir alors que le monde semble, une nouvelle fois, détourner le regard.

Bastien Mollet

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