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Réalité numéro 39 du mercredi 19 février 2003

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Réalité numéro 39 du mercredi 19 février 2003

 ARD
Sommaire
  1. Éditorial
  2. Désigné d’office, à condition
  3. Précisions de la LDDH
  4. La Santé se meurt et tue !
  5. Mêmes causes, mêmes effets
  6. La rue, cinquième pouvoir ?

Directeur de Publication :

ALI MAHAMADE HOUMED

Codirecteur : MAHDI IBRAHIM A. GOD

Dépôt légal n° : 39

Tirage : 500 exemplaires

Tél. : 25.09.19

BP : 1488. Djibouti

Site : www.ard-djibouti.org

Email : realite_djibouti@yahoo.fr

 

 


Éditorial

UN PEU DE PUDEUR ET DE MODESTIE

Par définition, la démesure n’a pas de limite, spécialement lorsqu’il s’agit d’un média gouvernemental agissant aux ordres d’un régime comme le nôtre, s’estimant n’avoir aucun compte à rendre aux contribuables et subordonnant sa production non pas aux exigences du marché des lecteurs, mais uniquement aux impératifs de la propagande, par définition démagogique. Ainsi apprend-on, effaré, dans l’édition du lundi 17 février 2003 de « La Nation » que la position française consistant à privilégier l’option d’un désarmement pacifique de l’Irak « est assez proche de la position djiboutienne » et que l’appel lancé par notre Chef de l’État lors de l’Aïd en faveur d’un règlement négocié « semble avoir été entendu » par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Un tel encensement du Chef de l’État donnerait à sourire en d’autres circonstances car il y a eu plus ridicule : l’on se souvient qu’au sortir de l’incomplète Conférence d’Arta prétendant réconcilier une partie des forces belligérantes à Mogadiscio, dont une faction islamiste soupçonnée ou accusée d’accointance avec Al Qaïda, certains admirateurs indigènes n’hésitaient pas considérer qui de droit comme le futur prix Nobel de la Paix ! La démesure aujourd’hui revêt deux aspects.

D’une part, il est extrêmement prétentieux de considérer qu’une quelconque position de la France, dont chacun connaît le poids et la cohérence sur l’échiquier international, puisse avoir un point de vue se rapprochant de celui de notre minuscule pays : ce serait plutôt l’inverse. Pour tout dire, et spécialement depuis quelques années, notre pays n’a absolument aucune politique extérieure, tout juste se contente-t-il de faire fructifier, d’un seul point de vue financier, les drames et conflits dans lesquels Djibouti se trouve impliqué, de par sa situation géographique : sécheresse en Éthiopie, guerre entre voisins, mise à l’index d’un tiers, etc. Comme l’atteste le regain d’activité du port, nous ne devons principalement notre « essor » économique qu’au malheur d’autrui. Il est donc bien évident que seuls des esprits limités peuvent un instant croire que Djibouti et son Président puissent avoir une quelconque incidence sur le cours dramatique des événements en train de se dessiner dans le Golfe Persique.

Mais il y a plus grave que cela, concernant directement la vie quotidienne de nos concitoyens : à qui veut-on faire croire qu’un pays dont la politique intérieure est si chaotique, pour ne pas dire irresponsable, puisse avoir une quelconque politique extérieure ? Comment un régime sous lequel les droits de l’Homme sont si peu respectés, où les règles démocratiques sont à ce point bafouées, ose-t-il se positionner sur l’échiquier international et plaider en faveur d’autres peuples dont la cause est certainement digne d’être défendue ?

Cette prétention diplomatique n’est en fait qu’une vaine fuite en avant : beaucoup de dictateurs, pas loin de nous, ont désespérément tenté d’occulter les problèmes inhérents à leur gestion calamiteuse des affaires intérieures en usurpant, à un usage essentiellement interne, un rôle extérieur sans commune mesure avec leurs capacités ou leurs compétences ?

Lorsque qu’il viole si impudemment un accord de paix comme celui du 12 mai 2001, bafoue si quotidiennement les droits primordiaux de ses concitoyens, interdit si massivement à ses électeurs de choisir librement leurs représentants en refusant de leur délivrer les cartes d’électeur, falsifie si violemment le verdict des urnes, le régime djiboutien est très certainement le moins bien placé au monde pour prétendre à un quelconque rôle modérateur dans les relations internationales.

Mais, comme chacun le sait, la presse gouvernementale qui, il y a à peine quelques semaines, demandait encore à la France de pratiquement quitter Djibouti, tout en se demandant ce que pourrait rapporter au régime la présence des soldats américains, n’a absolument aucun compte à rendre à qui que ce soit. Ni au Peuple djiboutien désireux d’être informé du cours des événements, ni à la communauté internationale dont le régime n’attend que mansuétude pour ses pratiques antidémocratiques et son gaspillage des aides extérieures.

Réprouvant pour sa part toute attaque injustifiée contre l’Irak, sans pour autant sous-estimer la nécessité de la lutte antiterroriste, l’UAD attend par contre que le Conseil Constitutionnel statue sur son recours en annulation des législatives du 10 janvier dernier pour cause d’illégalité flagrante et de fraudes massives. Il ne reste qu’un mois !

 

 


Désigné d’office, à condition …

De l’humaine condition d’avocat

Il n’est pas facile d’être avocat à Djibouti. Il est encore plus difficile d’être un justiciable défendu par les avocats. L’UAD l’a appris à ses dépens lors de sa tentative d’annulation du décret instituant la CENI. La correspondance du Bâtonnier, reproduite ci-dessous, mérite d’être commentée.


 

 

DJIBOUTI, le 23 octobre 2002

 

 

Monsieur le Président de

 

l’Alliance Républicaine pour le Développement

 

 

Monsieur le Président,

 

 

Je fais suite à votre courrier du 15 octobre 2002 dans lequel vous sollicitez la désignation d’un Conseil pour exercer au nom de votre parti un recours en annulation contre le Décret instituant la Commission Electorale Nationale Indépendante.

 

Pour justifier votre demande, vous m’indiquez que vous avez consulté la plupart des Avocats qui ont « manifesté une certaine réticence » pour prendre en charge votre dossier en vue de procéder au recours en annulation du Décret dont il s’agit.

 

Il est vrai que vous avez consulté certains avocats mais pas la plupart d’entre eux.

 

Il y a d’abord trois avocats qui, d’un point de vue juridique et statutaire, ne peuvent spontanément se constituer pour votre parti. Il s’agit de Maître ALI DINI qui est Député et membre du FRUD, un parti dont vous étiez issu et qui a une alliance politique avec le parti R.P.P.

 

Quant aux deux autres Avocats, en l’occurrence Maître AIDID et Maître FOULIE, ils sont membres du Conseil Constitutionnel et, de par leur fonction au sein de cette noble institution, ils ne peuvent non plus se constituer pour votre parti.

 

En tant que Juges Constitutionnels, ils seront appelés à statuer sur les éventuels recours contentieux relatifs aux élections.

 

D’autres Avocats sont absents du territoire tels que Maître AREF que vous n’avez pas consulté puisqu’il n’est pas à Djibouti et Maître HASNA que vous avez vue avant son départ en Europe.

 

Il reste que pour les autres, notamment Maître OMAR et Maître Jean MONTAGNE, ils sont libres d’accepter ou de refuser de prendre en charge votre dossier .

 

Je ne pense donc pas que l’on soit devant une situation de refus injustifié qui requiert l’intervention du Bâtonnier d’autant qu’il y a d’autres Avocats qui sont prêts à vous défendre.

 

Il y a d’abord, Maître FATOUMA MAHAMOUD que vous n’avez pas consultée et qui est disposée à vous défendre.

 

Ensuite, vous avez le Bâtonnier que je suis, qui est également disposé à prendre en charge votre dossier, mais pour cause de suspicion, vous avez considéré lors de notre discussion téléphonique que j’étais « un interlocuteur privilégié du gouvernement » .

 

Je tiens, à cet égard, à vous rappeler que l’Avocat que je suis, a défendu le FRUD et certains grands responsables de l’opposition et plus récemment encore, j’ai accepté de défendre le Général YACIN YABEH décédé des suites de sa maladie. Je ne crois pas en tous ces instants, avoir subi la moindre pression ou menace de qui que ce soit. Je suis comme tous les Avocats, un homme libre, Monsieur AHMED DINI, et j’ai toujours assumé mes responsabilités.

 

Enfin, il y a Maître MARTINET qui vous aurait dit, selon vos propres propos, qu’il est le Conseil Juridique du Président de la République et qu’il ne peut se constituer pour votre parti sauf si le Bâtonnier le désignait d’Office.

 

Sur ce dernier point et en tant que Bâtonnier, je ne vois aucun inconvénient à vous désigner d’office Maître MARTINET mais ce dernier, confirmant votre propos, doit m’écrire et dans ce cas, je le désignerai.

 

Sous le bénéfice de ces observations, je vous invite donc à consulter Me FATOUMA MAHAMOUD qui est prête à vous défendre et au besoin, Me MARTINET dans les conditions que je viens de vous indiquer .

 

Croyez, Monsieur le Président, en l’hommage de mon profond respect.

 

 

**

 

QUELQUES EXPLICATIONS

Parmi ses clauses essentielles, l’Accord du 12 mai 2001 prévoyait la mise en place d’une Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). Ignorant le partenariat que stipulait le même Accord, le gouvernement a unilatéralement créé par décret une version tronquée de ladite CENI. Ayant décidé d’attaquer ce décret en annulation devant le Tribunal du Contentieux administratif, nous avons par conséquent sollicité les avocats du Barreau de Djibouti pour assurer la défense de notre dossier.

Le premier avocat consulté nous a répondu : « Je ne défends pas votre dossier puisqu’il n’y a pas de Tribunal du Contentieux devant lequel plaider une affaire. Il ne siège jamais ! »

Le second avocat : « Votre dossier est une affaire politique, c’est donc très sensible. De plus, en tant que Consul honoraire d’un État européen, je suis tenu à un certain devoir de réserve. Je ne prends pas votre affaire. »

Le troisième avocat réagit ainsi : « En tant que Conseil du Président de la République lui-même, je ne peux me constituer contre un décret qu’il a signé, sauf si je suis désigné d’office par le Bâtonnier. Mais je vous suggère d’aller voir X. »

Le dernier avocat : « Dossier politique, je ne prends pas. D’autant plus que le Tribunal du Contentieux ne siège jamais ! »

C’est à ce stade de nos démarches que nous avons saisi le Bâtonnier qui nous a répondu par courrier reproduit ici.

C’est enfin Maître Fatouma Mahamoud qui sauve ce qui reste de l’honneur du Barreau de Djibouti, accepte de défendre notre dossier et introduit une requête en ce sens. Cela a coûté beaucoup de temps à l’avocate, et à nous beaucoup d’argent mais, comme à son habitude depuis six ans, le Tribunal du Contentieux administratif est demeuré totalement absent.

Le Tribunal du Contentieux administratif de Djibouti n’ayant jamais siégé pour examiner une plainte et rendre un jugement depuis six ans, prive les justiciables de toute voie de recours légale contre les actes des pouvoirs publics. Il s’agit là d’un déni de justice que les défenseurs laissent s’installer par leur manque de combativité, et les victimes subissent, faute d’alternative. Pour notre part, nous allons prochainement soumettre à une juridiction internationale ce cas de non-justice. S’il fallait expliquer cette forme d’autocensure à laquelle s’astreignent les avocats de la place, trois facteurs viennent à l’esprit.

D’une part, facteur culturel, la profession d’avocat, détentrice d’une forme spécifique de savoir et promotrice d’un modèle exogène de règlement des conflits, cette profession est soumise à la rude concurrence des modes traditionnels de justice (Charia et droit coutumier) qui captent une part essentielle du marché judiciaire, spécialement en ce qui concerne divorce ou droits de succession, faisant ailleurs le bonheur des cabinets.

D’autre part, facteur économique, l’État est, du fait de l’exiguïté du marché djiboutien, le principal client des cabinets. C’est pour cette raison que, lorsqu’un avocat considère une affaire comme étant « politique », il faut comprendre qu’elle déplaira au régime, ce qui est susceptible de réduire de façon drastique les parts du marché public auquel il est possible de prétendre.

Enfin, facteur déterminant, politique justement, la forme même du régime, qui conjugue apparences démocratiques et pratiques antidémocratiques, comme l’atteste par exemple le blocage du Tribunal du Contentieux administratif, interdit à cette profession de pleinement s’exercer.

Face à une magistrature sous contrôle, dont le Statut viole le principe constitutionnel de l’inamovibilité de magistrats du siège, à laquelle il arrive de ne pas appliquer les décisions du Conseil Constitutionnel, la profession des avocats préfère, par facilité comme par conformisme prudent, laisser jouer l’inertie des institutions : s’adapter revient souvent plus cher que tenter de réformer.

En définitive, cette attitude démontre à quel point la Démocratie reste encore à inventer ici. C’est notre mission et c’est pour cette raison que les citoyennes et les citoyens veulent le changement qu’incarne l’Union pour l’Alternance Démocratique.¢

 

 


 

Précisions de la LDDH

 

Suite à nos commentaires de la semaine dernière, le Président de la LDDH nous a fait parvenir le texte suivant, que nous publions ci-dessous, et commentons, toujours sans vouloir polémiquer.


PRECISIONS SUR DEUX POINTS DES COMMENTAIRES DE « RÉALITÉ »

SUR LE DROIT DE RÉPONSE DE LA LDDH PARU DANS « RÉALITÉ » DU 12 FEVRIER 2003

Monsieur le Directeur de Publication,

Monsieur le Directeur sans être polémique, je vous prie de bien vouloir publier ces deux précisions qui suivent :

I) Sur la Vice-Présidence de la Commission des Opérations Electorales.

Dans vos commentaires il est écrit: « Renseignements pris, M. NOEL ABDI Jean-Paul était VicePrésident de la sous-commission des opérations électorales et membre de la commission de communication. »

Il est vrai que j’étais membre de deux commissions à savoir la sous-commission des opérations électorales et celle de la communication. Je peux vous renseigner aussi, que je me suis imposé pour être membre du Comité restreint chargé de la rédaction du Rapport Final, tout comme je m’étais proposé comme membre du Comité de rédaction du Règlement Intérieur.

Toutefois, je n’ai jamais assuré ni un poste de Vice-Président ni celui de Rapporteur.

Dans le cas des cinq Sous-Commissions, je suppose que vous n’avez pas eu connaissance du Règlement intérieur instaurant ces cinq Sous-Commissions, car vous auriez immédiatement constaté que vos renseignements sur moi sont totalement erronés.

En effet, l’article 12 du Règlement Intérieur stipule: « Il est créé au sein de la CENI Cinq Sous- Commissions de travail dirigées chacune par un Président assisté d’un Rapporteur ». Comme vous pouvez le constater, je ne peux pas être Vice-président alors que le Règlement Intérieur ne le prévoit pas. C’est encore une contre-vérité.

Moralité : Il est facile de démolir un homme, mais de grâce, ayez le courage intellectuel, la délicatesse et la finesse d’une certaine éducation, qui consiste à vérifier ses propres renseignements pour éviter des erreurs fatales. « Qof tuhum laguma diilo »

II) Sur le fait d’être dirigeant d’une Organisation des Défenseurs des Droits de l’Homme et dirigeant d’un Parti Politique.

Il est vrai que M.NOEL ABDI J.P. est Président de la LDDH mais il est complètement faux de dire qu’il est dirigeant d’un Parti Politique. Je l’avais déjà dit, que je suis un membre fondateur du PSD, et signataire de la lettre de caution morale pour ARD et le MRD mais je ne suis pas un dirigeant du PSD. Vous pouvez vous renseigner auprès du ministère de l’Intérieur, gardien des Statuts des Partis Politiques pour confirmer ou infirmer mes dires.

III) Amicalement pour terminer et clore avec vous nos différents échanges.

Votre titre: « Un homme peut-il être deux » parait un peu radin. Pour un homme qui « dénonçait courageusement » il serait plus judicieux, plus généreux de retenir le titre suivant « Un homme peut-il être deux cents ».

**

COMMENTAIRE

Le sens de l’humour de M. ABDI NOEL Jean-Paul n’étant pas incompatible avec le sérieux que nous recherchons, quelques autres précisions s’imposent.

1. Si le titre de vice-président n’est pas explicitement mentionné, le président de la LDDH, comme l’atteste le procès verbal de la séance plénière des membres de la CENI, en date du 16 février 2003, fait bien partie de deux sous-commissions et est le numéro 2, par ordre de citation, de la sous-commission des opérations électorales. Le reste nous semble relever du détail sauf que le fait de participer à deux sous-commissions constitue, sinon un zèle, du moins un souci de bien faire.

2. Nous n’avons jamais avancé que le Président de la LDDH était dirigeant d’un parti politique, mais convenez que n’importe qui n’est pas, comme lui, membre fondateur d’un parti. Tout juste avons-nous souhaité que les individus qui composent toute société civile s’interdisent, dans un souci d’efficacité et d’indépendance, toute confusion des rôles.

3. C’est dans cette optique que nous avions intitulé nos commentaires « Un homme peut-il être deux ? ». Cela dit, il ne nous semble pas nécessairement judicieux, pour la bonne marche et la crédibilité de la LDDH, que son président se multiplie à l’infini. Même si, par son action, il lui arrive souvent de valoir mieux que «deux cents hommes». C’est pourquoi nous l’encourageons à continuer sa défense des Droits de l’Homme, partout.

LA RÉDACTION

 

 


La Santé se meurt et tue !

La tragédie du dispensaire de Dorra

 

La mauvaise gouvernance qui gangrène dangereusement notre société est parfois assassine. Les malheureux ruraux abandonnés de notre pays en font souvent les frais, sans qu’une certaine presse aux ordres d’un régime fanfaron et insouciant ne s’en émeuve. Les faits, rigoureusement vérifiés et cités ci-dessous se produisent régulièrement dans les quatre districts de l’Intérieur. Nous tirons la sonnette d’alarme.

 


 

Nous avons déjà eu l’occasion de nous élever contre l’innommable scandale que constitue l’absence de repas gratuits aux malades hospitalisés à l’Hôpital Général Peltier, malgré la part (en constante diminution) du budget du ministère de la Santé (lui aussi décroissant) qui y est affecté.

‘’ « Réalité » peut aboyer, nous continuerons de détourner ‘’semblent penser les (ir)responsables, les complices et les bénéficiaires. Nous ne nous contenterons pas d’être la mauvaise conscience de nos dirigeants. Par rigueur morale, nous avons jusque-là répugné à montrer qui que ce soit du doigt, préférant toucher du doigt aux maux aux fins de les guérir et, le cas échéant, les prévenir. Nous ne nous étalerons pas ici sur l’usage à des fins privés d’un don public (cuisines modernisées par un don public italien et « gérés » aujourd’hui par des privés). Nous le ferons si nous y sommes contraints. S’il n’est pas immédiatement mis fin à ces scandales, qu’il soit bien compris que nous avons suffisamment d’éléments d’information et de preuves en mains pour y mettre fin par les voies légales… mais ce n’est pas l’objet de cet article, même s’il a trait à la Santé.

La mauvaise volonté et le laxisme que nous condamnons ici sont tout simplement tragiques car il y a eu mort d’homme (d’une femme pour être plus précis) par non-assistance à personne en danger.

La région de Dorra compte plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Il y avait un centre médical, un dispensaire composé de deux blocs : un bloc de médecine générale et un bloc anti-tuberculeux. Ce centre employait six personnes : un infirmier-major, deux aides-infirmiers, deux agents d’entretien et un cuisinier. Le gouvernement et son chef nous répètent sans convaincre dans leurs médias (RTD, La Nation, Le Progrès, etc.) que le social (Education et Santé notamment) constitue leur priorité.

Répétition n’est pas démonstration. L’Education fera en temps utile l’objet d’articles de notre part. « Inna mal a’mmalon bil niya » nous dit un hadith authentique.

Or, ici ou ailleurs, rien davantage que le Budget national (et son application, suivie et surveillée par une Cour qui rend publics ses comptes et ses appréciations) ne traduit et reflète les intentions et les priorités gouvernementales. Comme par hasard, c’est une restriction budgétaire qui fait qu’à partir d’avril 2002, il n’y plus qu’un seul aide-soignant en service au centre médical de Dorra. Restriction budgétaire ? Pourquoi à Dorra ? Quitte à restreindre, pourquoi dans ce secteur auquel gouvernement et son chef affirment accorder la priorité ?

Un plan-cadre quinquennal 2003-2007 des Nations Unies pour l’assistance au Développement (UNDAF) est signé en juillet 2002 par S.E Ali Abdi Farah, ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale et le Coordonnateur résident du système des Nations Unies, Mme Mbaranga Gasarabwé.

Entre autres déclarations d’intentions et profession de foi, il y est notamment écrit à la page 15: « l’amélioration de l’état de la santé des populations et la facilitation de l’accès aux soins à moindre coût, constituent, pour les autorités djiboutiennes, une priorité. Compte tenu de l’incidence très importante des maladies transmissibles dans le pays, le gouvernement s’est fixé comme objectif d’améliorer la prise en charge des maladies prévalentes ainsi que les urgences obstétricales et de l’accouchement. Il consiste aussi dans le développement de la prévention de façon générale, et notamment pour les maladies à transmission hydrique et sexuelle, dont le VIH/SIDA. Il en est de même pour la tuberculose et le paludisme qui comptent parmi les plus importantes causes de mortalité… »

Fort bien ! Toujours est-il que l’unique aide-soignant de ce qu’il est inconvenant d’appeler centre médical de Dorra est mis en position de retraite depuis janvier 2003 par le médecin-chef de Tadjourah. Personne ne l’a remplacé à ce poste depuis cette date Le centre anti-tuberculeux est hors-service. Le dispensaire est donc fermé !

Et ce, dans une région pourtant recensée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les services du ministère de la Santé comme étant fortement impaludée. Mais pas seulement, car on y relève également, toujours selon les sources du ministère de la Santé, la présence à l’état endémique de la malnutrition et de maladies telles que la tuberculose ou la dysenterie.

Rappelons que le dispensaire de Dorra, bourgade située à 80 km de Tadjourah, a été construit par la puissance coloniale bien avant l’Indépendance pour assurer une couverture sanitaire à une population actuellement estimée à 24.000 habitants environ. Le véhicule de secours qui lui a été affecté en mai 2000 lui a été retiré par le ministère de la Santé deux ans plus tard, en mai 2002.Depuis cette date, le centre médical de Dorra fonctionne donc sans ambulance pour l’évacuation des malades nécessitant un transfert sur Tadjourah ou même Djibouti.

La région de Dorra compte plusieurs zones d’habitation regroupées autour de points d’eau et de pâturage : Siarrou, Doda, Gamroyta, Allol, Andabba, Madgoul, Adgueno, Moussa Ali, Margoïta, etc., autour desquels vivent et cohabitent en permanence Ablé, Haïsamalé, Oulou’to, Madima, Ma’aSara, Ablissa, Gombar, Modayto, Awta, Afada, Ab’a Mela, Dida Mela, Ella Mela, et bien d’autres encore.

C’est donc en connaissance de cause qu’une région si fortement peuplée a été laissée à l’abandon. Loin de nous l’idée d’intenter quelque procès d’intention à qui que ce soit, pas plus que nous ne portons plainte ici au nom de qui que ce soit. C’est uniquement notre conscience ainsi que notre posture d’observateurs, vigilants et responsables, de toutes les anomalies dans la gestion du bien public qui nous commandent de condamner cette inconscience, d’autant qu’elle a eu les conséquences tragiques que nous vous relatons ici sans mettre de l’huile sur le feu ni recherche du sensationnel.

Avant d’en venir à la narration des faits, qu’on nous permette de (nous) poser une question : s’agit-il bien d’inconscience ?

Cette question mérite d’être posée au regard de l’état d’abandon dans lequel tout l’arrière-pays a été laissé depuis 25 ans par les politiques publiques. Ni rancune, ni paranoïa, ni procès d’intention dans nos propos, mais un simple constat qui nous amène à nous interroger et interpeller les responsables. D’autant que figure dans le programme politique de l’UAD, la couverture sociale (Éducation et Santé) à tous les ayants droit sur la totalité de notre pays.

Venons-en maintenant aux faits. Faute d’assistance médicale minimale, Mme Halima Daoud Kamil accouche difficilement à Dorra avec l’assistance d’une accoucheuse traditionnelle. Son état de santé se dégradant du fait d’une sévère anémie et d’une malnutrition prononcée (le dispensaire de Dorra ne nourrit plus les hospitalisés faute de crédits et de cuisinier depuis avril 2002), la radio des militaires de ce poste contacte chaque jour Tadjourah pour qu’elle soit évacuée. Ce n’est que douze jours après le premier appel que l’ambulance arrive.

La gravité de son état nécessitant son évacuation sur Djibouti, Mme Halima Daoud est admise en urgence à l’Hôpital Peltier samedi 15 février 2003. Le miracle ne se produisant que rarement quand il y a trop de négligence, elle décède le lendemain des suites de son accouchement.

A cette situation d’abandon vient s’ajouter une criminelle négligence, une faute professionnelle grave qui est prévue ici par la loi et, sous d’autres cieux, punie. En effet, nous nous faisons l’écho, car nous avons été saisis et alertés par les personnes concernées.

Le 6 novembre 2002, l’ambulance du district de Tadjourah, immatriculée 3334 B, conduite par M. A.O, accompagné de M. H.H, a été dépêché dans la région de Dorra pour le transport de moutons devant être sacrifiés lors de la cérémonie d’un mariage qui a lieu à Djibouti ! A l’arrivée de l’ambulance à Mounkour, il y avait là un malade, M. Kako Said, dont l’état de santé nécessitait, selon les témoins, une évacuation urgente sur Tadjourah.

Peu avant lui, Mme Dola Houmed, avait succombé des suites d’une diarrhée. Malgré l’insistance des ayants droit, le chauffeur refuse d’évacuer le malade, déclarant qu’il avait uniquement reçu ordre et mission du supérieur hiérarchique de transporter les moutons ! Comme cette malheureuse victime de la mauvaise gouvernance, M. Kako Said est décédé quelques jours après des suites de sa maladie.

Ce qui nous rappelle une anecdote. Interpellé par un subalterne choqué par ses méthodes, un officier de police pris en flagrant délit de bourrage d’urne dans le Sud n’a rien trouvé de mieux à répondre que : « J’ai des ordres à appliquer ».

Ce qui nous amène à nous interroger sur la responsabilité engagée à tous les niveaux de la hiérarchie, militaire comme administrative.

Où va-t-on ? Si les actes de nos dirigeants ne correspondent pas à leurs engagements ?

Si le policier censé arrêter le voleur se met à voler ? Si l’ambulancier (et les responsables de la Santé) censé, sinon sauver les vies, du moins soulager les souffrances ou retarder l’inéluctable, se détournent (sur ordre ou pas) de leur mission ?

A qui recourir ?

Village évacué (Malaho depuis 1977) écoles fermées (Daddato, Moudo, Malaho depuis 1977), pistes abandonnées parce que non entretenues, activités salariales supprimées, centres médicaux ou dispensaires fermés avec des malades laissés pour compte ou dépendant de « médecins » qui, apparemment, ne s’intéressent à eux que si peu ou pas du tout : quel message l’État djiboutien essaie-t-il de faire comprendre aux Djiboutiens des districts de l’Intérieur ?

Cette situation d’abandon constitue un grave problème auquel il est urgent de proposer une solution adéquate, car il est impossible qu’une telle insouciance perdure.

 

 


 

Mêmes causes, mêmes effets

Nouveau parallèle entre la Côte d’Ivoire et Djibouti

 

Dans une récente édition, nous avions établi un petit parallèle entre la situation ivoirienne, caractérisée par une violation des accords de paix entre gouvernement et rebelles, et celle qui prévaut à Djibouti suite à la violation de l’Accord de paix du 12 mai 2001 par le régime. Il s’avère que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le parallèle entre les deux pays est encore plus pertinent en ce qui concerne les causes de ces deux conflits internes.

 


 

Ainsi, à la question d’un journaliste lui demandant ce qu’il pensait de « l’attitude de la classe politique signataire de l’accord … qui se mure dans le silence et qui cède le débat politique à la rue », le Président burkinabé Blaise Compaoré donnait dans le n°2196 du journal Jeune Afrique/L’Intelligent une explication valant aussi bien pour la Côte d’Ivoire que pour Djibouti. Il y répondait en effet : « Je crois qu’il s’agit du produit de la gestion de la vie publique ivoirienne depuis la disparition du président Houphoët-Boigny. Ces dernières années ont été marquées par des scrutins douteux, accomplis sur la base de fichiers électoraux suspects car incomplets. Elles ont été également caractérisées par la relégation de pans entiers de la population ivoirienne à un statut de seconde zone, voire de non-citoyens. Il y a eu de nombreux dénis de droit et un développement de l’impunité. Tout cela ne peut se faire sans laisser des séquelles graves sur la société, qu’elle soit politique ou civile ».

Mutatis mutandis, sans même s’appesantir sur les origines du conflit, le raisonnement vaut effectivement pour Djibouti où, à défaut de mobiliser la rue, le régime en place se contente soit d’opposer une inertie rétrograde à toute application de l’accord de paix. Les récents développements de notre vie politique le démontrent clairement.

Le refus manifeste de mettre en chantier le vaste programme de réhabilitation des zones affectées par le conflit (pour certaines comme Obock sécurisées depuis 1994) prouve fait écho à ce que disait Blaise Compaoré au sujet de la marginalisation de « pans entiers de la population ».

Cette persistance volontairement organisée de la pauvreté pour cause de guerre n’est elle-même que la conséquence logique d’un déni de citoyenneté plus intolérable : celui du refus d’octroyer des cartes d’identité nationale. La mise en place d’une Commission ad hoc chargée de remédier à cette injustice se heurte encore à la mauvaise volonté du régime qui se faisant, reconduit en toute inconséquence l’une des causes majeures du conflit civil auquel l’Accord de paix du 12 mai 2001 a pourtant solennellement mis un terme.

Si cette politique d’une citoyenneté à double vitesse touche sélectivement certaines populations, c’est toute la Nation djiboutienne qui souffre quant à elle du « développement de l’impunité » dont parle Compaoré. La mauvaise gouvernance, avec ses corollaires que sont la corruption généralisée et l’insouciance de la classe politique, se traduit quotidiennement par ses incidences négatives sur les conditions de vie des djiboutiens.

Même s’il est prévu, dans une logique de matador, que quelques têtes trop voyantes tombent bien, l’opacité dans la gestion des deniers publics est encore la règle générale car l’exemple en est donné en haut lieu. C’est pour cette raison, étouffante si l’on peut dire, puisqu’il s’agit d’étouffer ce qui peut l’être, que le rapport de la Chambre de Compte reste confidentiel car ses attributions sont elles-mêmes limitées.

C’était justement pour sanctionner cette gestion suicidaire des affaires du pays que les citoyennes et les citoyens djiboutiens qui ont pu obtenir leurs cartes d’électeur, ont majoritairement voté pour la liste du changement représenté par l’Union pour l’Alternance Démocratique.

Malheureusement, Djibouti connaît aussi ses « scrutins douteux », n’a pour le moment connu que des scrutins douteux, et le dernier n’a pas fait exception. Les irrégularités constatées en bonne et due forme, les multiples actes électoraux accomplis en violations des textes de loi sont à ce point massifs que les législatives du 10 janvier dernier prennent, avec le recul et l’accumulation de nouveaux témoignages, les allures d’une caricature représentant la déroute du parti au pouvoir et de ses supplétifs.

Hier donné en exemple de stabilité démocratique surtout en raison de ses performances économiques, le modèle ivoirien a montré toutes les limites inhérentes à une répartition inégale, clanique, des richesses nationales, doublée d’une corruption généralisée et d’une impunité sélective.

Notre pays n’est guère mieux loti ou préparé pour l’avenir. Certes, certains tentent encore timidement de faire croire que notre système démocratique rivalise en sérieux avec celui des puissances occidentales.

Plus lucide que d’autres griots, un « député » a quant à lui estimé, lors d’un passage sur « Gros Plan » que « Djibouti est démocratique à 50% ». Il n’est pas interdit d’être sincèrement généreux, il est tout juste dangereux d’être naïvement optimiste.¢

 

 


 

La rue, cinquième pouvoir ?

Quelques considérations sur la mobilisation contre la guerre en Irak

 

Depuis que les Etats-Unis ont clairement exprimé leur intention d’outrepasser un quelconque mandat du Conseil de sécurité pour attaquer l’Irak, les manifestations se succèdent dans les grandes capitales occidentales pour éviter une guerre dont les premiers vainqueurs seront certainement les extrémistes de tous bords, sionistes comme islamistes. A travers les ressorts d’une telle mobilisation de peuples réputés égoïstes, se dessine un nouvel acteur des relations internationales : la rue.

 


 

Tout le monde se souvient que le régime de Saddam a bénéficié de la plus intolérable clémence lorsqu’il se rendait coupable des plus atroces violations des droits de l’homme et du droit international : exactions contre ses citoyens communistes, massacres des Kurdes, agression de l’Iran. On serait même tenté de dire qu’il n’est pas devenu plus méchant aujourd’hui. Le seul motif sérieux pouvant justifier, non pas une guerre préventive, mais un plus strict contrôle onusien, serait que l’Irak dispose à présent de missiles dépassant la portée autorisée, c’est-à-dire capables d’atteindre Israël.

C’est donc contre cette absence d’une justification supérieure que les opinions publiques occidentales se mobilisent aujourd’hui, et cette nouvelle prise de conscience augure de rapports internationaux inédits.

Tout d’abord, il convient de se demander ce qui pousse un européen à battre pavé pour une cause sans aucune incidence sur sa vie quotidienne, car il est bien évident qu’une attaque (chirurgicale comme promis) contre l’Irak, ne changera absolument rien à son standing de nanti, du moins en négatif, si l’on tient compte de la baisse escomptée du prix du baril. Cette mobilisation sur un enjeu aussi lointain démontre à quel point sont erronées les thèses pompeuses de la « fin de l’Histoire » ou de la « dépolitisation » des sociétés occidentales. Cette solidarité agissante des sociétés civiles est, à n’en pas douter, un élément modérateur de la violence des rapports interétatiques avant tout fondés sur la sauvegarde des intérêts, financiers ou stratégiques. Ces « citoyens du monde » préfèrent qu’une guerre soit évitée, quitte à perdre le bénéfice d’une baisse du prix à la pompe. N’en déplaise à certains, surtout dans le monde musulman, l’Occident n’est décidément pas tout à fait matérialiste !

Il est d’ailleurs fascinant de noter le silence assourdissant des Etats Arabes et de leurs populations plus promptes à « soutenir » les régimes en place qu’à dénoncer le désordre international.

En second lieu, c’est le refus de cautionner l’amalgame trop facile entre la lutte justifiée contre le terrorisme et le règlement de compte filial avec un dirigeant « politiquement incorrect » que les opinions publiques ont tenu à exprimer. L’une des conséquences d’une telle guerre serait indiscutablement, parce que perçue comme anti-arabe, d’exacerber une haine de l’Occident et de fournir un vivier de « martyrs » à des organisations terroristes qu’il convient au contraire d’isoler. Ce qui n’est pas, bien entendu, le but officiellement recherché par la coalition internationale mise en place pour anéantir Al Qaïda.

En troisième lieu, ces manifestants idéalistes s’estiment concernés par un tel enjeu international, pensent avoir des comptes à rendre au peuple irakien. Surtout, ils dénient à leurs gouvernants le droit d’engager leurs pays dans un conflit, avec les deniers publics, sans prendre la peine de les consulter, sans se soucier de leurs appréciations. C’est une application concrète et bénéfique des règles du jeu démocratique : même sur des sujets n’ayant pratiquement pas de retombées nationales, les dirigeants doivent prendre en considération les attentes et les positions de leurs électeurs. Surtout dans des pays comme l’Espagne et le Royaume-Uni où la population a pris le contre-pied de son gouvernement, il s’agira de voir, si cette guerre a finalement lieu, à quel point ce thème de politique internationale, normalement loin de leurs préoccupations quotidiennes, constituera un facteur déterminant des préférences électorales lors des prochains scrutins.

C’est dire enfin à quel point la première guerre du Golfe, pourtant légale du point de vue du droit international, puisqu’il s’agissait de libérer le Koweït annexé par l’Irak, a laissé un désagréable arrière-goût de manipulation médiatique dans les consciences spectatrices occidentales. La réalité du désastre a rapidement et dramatiquement démenti la version d’un conflit « soft » essentiellement mis en scène par CNN et offert au voyeurisme morbide de téléspectateurs amorphes.

De spectateurs passifs sans aucune prise sur les évènements, nous sommes passés à une ère de citoyens responsables, soucieux de faire entendre leur voix afin de peser sur le cours des destins mondiaux, surtout quand il s’agit d’épargner la vie de milliers d’individus, dont quelques enfants.


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